û2hô03i M. DCC. LXI1I. AVEC P JlIVILEGE DU RQiL T É DE LA VÉRITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE, Ou lyon établit la Divinité de Notre» Seigneur Jefus-Chrijl. Par Jacques A b b a d i e* TOME TROISIEME . Chez Jean D e v i l l e , rue Mercier©, I T É D H nÔTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST- E S veritez eiTt inwl!f icelles de la Religion font tellement enchaînées , qu’elles refifembient à cet égard aux principes .de la Geometrie , dont les uns fervent com- \ me de degré pour descendre à la connoiC- fance des autres. Ainfi dans l’examen que nous avons fait des principales preuves qui établirent les fondemens de nôtre Foi , la vérité de V exif- tence de Dieu nous avoit conduit à celle de la Religion naturelle 5 t: la vérité de la Re- ligion naturelle à la connoiffance de la Reli- gion judaïque 3 & la Religion Jfc#aïque à la vérité de la Religion Chrétienne : & tout cela par une fuite de confequences {I julies, qu’il ne fcrnbîe pas qu’on puifle les contef- ter , fans renoncer à ce qu’il y a de plus pur $âns la lumière naturelle. A ij aj, T rriti de la 'Divinité Ce raport que les grandes veritez^nt erj- tr’elles , nous a conduit encore plus loiri. Nous n’avons pû examiner avec quelque foirt les fondemens qui établirent la vérité de la Religion Chrétienne, fans nous convaincre que ces mêmes principes établirent la Divi- nité de nôtre Seigneur Jefus- Chrift , d’une telle forte que celui qui doute que Jefus- Chrift foit Dieu, le Dieu très haut , doit douter de la vérité des oracles qui établirent le Chriftianifme ; & que celui qui s’affure que ces oracles font véritables , ne doute plus de la Divinité de Nôtre-Seigneur J. C. Et c’eft: ici le derein général de ce Traité. Mais pour le mieux comprendre , il faut faire une diftin&ion très-neceffaire dans ces matières. On peut confiderer la Divinité de J. C. comme un Miftere qui nous eft caché, j ou comme une vérité qui nous a été révélée. - Au premier égard c’eft un dogme incompré- hensible , & nous ne devons point tâcher de l’expliquer : mais nous devons faire voir qu’il eft inexplicable. , | Toute la différence qu’il y a à cet égard entre le peuple & les Docteurs , c’eft que leur ignorance étant égale , l'ignorance du peuple eft une ignorance modefte & de bon- ne foi , qni ne rougit point de ne pas voir ce qu’il a plû à Dieu de lui cacher : au lieu que l’ignorance des Do&eurs eft une igno- rance fuperbe & artiricieufe , qui a recours aux diftin&ions de l’école & aux fpéruîations abftraitfc-, pour n’être pas obligé de fe con- fondre avec celle du peuple. On n’entreprend point ici d’expliquer I© Miftere , mais de prouver la vérité. On n’aura point recours à des fpéculations h u-j maines , posr montrer comment la chofe sft ; mais on montrera gifçiie eft effective- de Je fus - Cbrijf. f ment par des preuves prifes de la révélation. Entant que c'elt une vérité révélée , elle elt clairement &: diftinélement contenue dans l'Ecriture. Au relie , comme mon delfein eft de fai- re voir la dépendance efléntielle qui eft entre la Divinité de Jefus-Chrill , & la vérité de la Religion Chrétienne en général , je m'at- tacherai principalement à faire voir , qu'il faut ou iesfauver toutes deux , ou les faire périr toutes deux par un commun naufrage, ik dans cette vûë je me fervirai d'une métho- de qui pourra fembier avoir quelque choie de nouveau & d'extraordinaire , mais qui peut-être convaincra l'efpric. Car premièrement je montrerai , que fi J. C. n'étoit pas vrai Dieu d'une même effen- ce avec fon Pere , la Religion Mahomeca- ne feroit préférable à la Religion Chrétien- ne , tk Jefus-Chrill moindre que Mahomet. En fécond lieu je ferai voir, que fi Jefus- Chrill n'écoit pas le vrai Dieu dans ce fens , le Sanhédrin auroit fait un a été de jultice en le faifant mourir j ou du moins que ies Juifs auroient bien fait de s'en tenir à cette lén- tence , & de rejetter la prédication des Apô- tres , lorfque ceux - ci leur ont propofé de croire en ce Crucifié. On montrera pour un troiliéme , que fi Jefus-Chrift n’eft point le vrai Dieu , Jefus-Chrill ik les Apôtres nous ont engagé dans l’erreur , & que c'ell eux , & non pas nous, qui font coupables de cet- te féduétion. On fera voir en quatrième lieu-, que fi Jefus - Cbrift n'eit'*oinc d'une même elfence avec fon Pere , ii n'y a au- cun accord entre le Vieux & le Nouveau Teftament , que les Prophètes & les Apô- tres ont été inlpirez par un efprit de contra- (g fmitè de la Î>hiniîê di&ion & de merifonge. Enfin on montrera que fi Jefus-Chrift n’eft pas le Dieu très- haut , on ne peut difcerner la Religion de là fuperfiition & de Tidoîatrie j qu’on la doit prendre pour une farce deftinée à tromper les hommes 5 & môme ( fi l’on peut ie dire fans blafphême) qu’il n’y a point après cela allez de caraétere dans la Religion pour la difcerner de la Magie. C’eft à quoi nous def- tihons cinq Sections differentes qui partage- ront cet Ouvrage avec la fixiérne & dernicre, qui eft deftinée à répondre aux obje&iona- qu’on fait contre la Foi orthodoxe, & à chercher quelques voies de fe fatisfâire fur les difficuitez , & fur les obfcuritez de ce grand Miftere. Cependant il eft bon de donner ici au Lec- teur quelques avis qui nous parodient ailes» importans, Le premier eft , que la Divini- té de Jefus-Chrift , l'Incarnation S c la Trini- té , étant trois objets que l’on peut traiter avec quelque diftinétion , on ne le propofe ki que d'établir îs pfèmièrc-j que i on regar- de comme étant plus connue , & en quel- que lorte fondamentale 2 l’égard des autres. Le fécond eft * que l’on ne fera point de dièlcuité d’employer le terme de Dieufou- verain en parlant de Jefus-Chrift ; quoique ce terme foit une exprefiion payenne , à le. p rendre à la rigueur , & qu’il lernble mar- quer quelque opomion entre le Dieu luprê- me & des Divinités (ubalternes. Il flilîic que nous ôtionsi’éc uivoque,en déclarant que nous entendons p^r-là celui qui eft participant de cette efk :;ce, &: de cette Divinité glorieufe & fouveraine à laquelle toutes choies obéïflent» Le trOifiéme eft, que !a breveté qu’on re- cherche dans cet Ecrit, n’ayant point permis de ranger les ad vernir es de lado&rine onho de Jefùs - Ckrift< j> êo:iè en pïulieurs cfafiés differentes* & d« tombattre diftinétement les Arricns , les de- mi-Arriens, les Sociniens , on s'eft telle- ment réglé dans la conduite de cet Ouvra- ge , qu'ils fe trouvent prefque par-tout com- battus par les mêmes preuves. Après cela , je fouhaitc qu’on diftingus ici ce que je dis de la perfonne de nos adver- faires 3 d'avec ce que je dois dire de leur caufe. J'ai pour la première tous les fenti- mens d'amour & de compaiiion que je dois à mes freres égarez. J’admire les grands 8c admirables talens que Dieu a départis à quelques-uns d’entr'eux. Et quoi qu'ils Faf- fent une violence manifefi® à l'Ecriture 3 je ne voudroispas lesaccufer de parler contre leur fentiment ni ks juger indignes du chari- table Fuport qu'on a pour leurs perfonnss dans quelques Etats ProteiFarrs. A l’égard de leur caufe , on ne trouvera pas mauvais que je tâche de la Faire paroî- ire dans toute la difformité qui peut donner le plus d'horreur pour des fentimens^ que nous croyons incompatibles avec l'efprit de Sa véritable Religion. C'cft mon devoir , 8c la fin de mon Miniflere. Je ne dois rien ou- blier de tout ce que je peux croire capable de faire revenir ceux qui font dans l’égare- ment , 8c d'en défendre les autres. On ne prétend point au refte employer des hyperboles 8c des déclamations pour fai- re un portrait affreux d'une doctrine dégui- fée. On n'employera que des preuves pro- pofées d'une maniéré fimple on n aura recours qu'à la feverité de la droite raifort , foit pour fe convaincre , foit pour convain- cre ks autres. Dieu veuille- nous eclairer 8c jgtous diriger par ion Efprit > afin que ces A iiij % Traité de la Divinité Ouvrage réüiîïfle à fa gloire 5c au falut été r- jsel des âmes. Ainfi foit-il. I. SECTION. Où l'on fait voir que Ci Jefus-Chrift: 11'eft: pas vrai Dieu d'une même effence avec fon Pere , la Religion Mahometane eft préférable à la Religion Chrétienne, &c Jefus-Chrift moindrequeMahomet. CHAPITRE I. €}ue fi Jefus-Chrifi n'efi pas d'une même efisxce que fon Pere , le Chufiianifme que nous profefiens , efi la corruption de la Religion Chrétienne , que le Mahometifme en efi le rétabli filment. C'Eft un principe de la Religion naturel* le plus ancienne que toutes les autres. Religions , qu'il y a un éloignement infini entre le Créateur 8c la créature. Cela fais qu'on ne peut fans pieté abaiffer Dieu juf- qu'à la créature 5 & qu'on ne peut fans ido- lâtrie élever la créature jufqu’à Dieu. Si donc Jefus-Chrift eft le Créateur, le Sou- verain , on ne peut dire fans pieté qu'il foit une lim pie créature. Et fi Jefus-Chrift ii'eft qu'une Ample créature , on ne peut fans idolâtrie le reconnoître pour le Dieu Souverain. * De forte que fi nous nous trom- pons dans le fentiment que nous avons que Jefus-Chrift eft d'une meme effence que fon Pere , 8c qu'il eft par confequent le Dieu Souverain , on ne voit pas que nous puif lions nous défendre d'être de véritables ido* de Jefus - Chr'ift. $ lâtres , puifgue nous l’adorons dans cette qualité. Il ne fervira de rien de dire ici pour nous décharger de ce crime , que nous croyons de bonne foi que Jefus-Chrift eft le Dieu Souverain ; qu’il y a véritablement de l’er- reur dans nôtre efprit , mais non pas de l’in- fïdeiité dans nôtre cœur, puis qu’au fonds, ce n’eft qu’au Dieu Souverain que va nôtre adoration. On pourroit excufer par la même raifon toutes les idolâtries paftees, prefen- tes & poflibles. Les Payens qui adoroient leur Jupiter , croyoient de bonne foi qu’iî étoit le Dieu Souverain > & dans leur inten- tion leur culte fe raportoit à l’Etre Suprême. Cependant ils n’en étoient pas moins idolâ- tres pour cela. Il ne faut pas non plus s’imaginer, qu’un® créature pour être très excellente puîné de- venir l'objet de l’adoration qui ne peut être rendue qu’au Dieu Souverain. Ceux qui adorent les Allres , ne font pas moins idolâ- tres que ceux qui adorent le bois & la pier- re : &: ceux qui adoreroient les Anges , ne le feroient pas moins que ceux qui adorent les Aftres. Leur idolâtrie fèroit moins grofc ftere, mais elle ne feroit pas moins vérita- ble, parce que l’idolâtrie ne confite pas à rendre les honneurs divins à une créature baffe , mais Amplement à les rendre à une créature. On nous dira , qu’il peut être quelque fois permis de rendre l’adoration 'Bune créa- ture qu’il plaît à Dieu de revêtir de fa gloi- re : comme il eft permis de faire des hon- neurs extraordinaires à un homme à qui le Roi ordonne qu’on les rende. A la bonne heure que cela foie , pourvû qu’on nous i» Traité de la Divinité accorde qu’il n’eft jamais permis d’adorerurt'é créature comme le Dieu fouverain : de mê- me qu’il u’eft poinc permis d’honorer un fm jet en Je reconnoifîant pour être le véritable Roi. Dieu en effet n’a pu ni voulu fe dé- charger en faveur d’un autre de ce cara&e- re incommunicable de fa gloire. Il ne l’a pût car il eft impoEible que Dieu feul foit le Dieu fouverain , & qu’un autre qui n’a pas fon elfence , le foit avec lui. Il ne l’a point voulu * car comment pourroit il vouloir une chofe qui étant contre la vérité , eit aulR contre ia nature ? Supofez dcirc tant qu’il vous plaira , que Jefus-Chrift tient la place de Dieu v qu’il eit fon Ambaffadeur j & que ce n’eit qu’entant qu’il tient la place cie Dieu, qu’il eit un juite objet de noire adoration : cela ne fait rien contre nôtre maxime, qui eit que jefus- Chriit n’étant point le Dieu fouverain , ne peut être adoré comme Dieu fouverain , fans sme manifefte idolâtrie*- Ce fera nôtre pre- mier principe. Le fécond elt , que l’idolâtrie ef: un critn# qui viole la Loi de Dieu , & qui anéantie Fefprit de la prêté. En effet ce crime eit opo1* fé aux deux grandes En s de la Religion. Il & ane opofition évidente à la gloire de Dieu , puifqu’iî dépouille Dieu de fa gloire pour en revêtir une créature. Il eit opofe â nôtre falot , puifque le Saint- Efprit déclare que les idolâtres n hériteront jamais U Royaume des deux. | Il s'enfuit de ces deux principes que le Chriitianifme que nous profefTons , elt la corruption de la Religion Chrétienne , 5c que le Mahometifmc en elt le récabliffemenr, Car £ la Religion Chrétienne dans fa pureté ié Jefus - Chrifî. rt üfc' rêconnoït Jefus-Chrift que pour être une fimple créature , nous renverfons la Reli- gion Chrétienne , lorfque nous adorons Je- fus-Chrift , comme étant efiêntjellemcnt îë Dieu fouverain. Et h la Religion de ceux qui adorent Jefus-Chrift comme l'Etre fouve- rain , eft la corruption du Chriftianifme , il s’enfuit que la Religion Mahometane qui met le Dieu fouverain infiniment au-delfus de Jefus-Chrift , en eft à cet égard le réta- bliiïement. On dira ici peut-être , que la Religion- Chrétienne efîentiellement n’eft pas "une fcience de fimple contemplation * mais uns connoiiïance pratique y & qu’elle confifte’ plûcôt dans l’obéïiiance que dans des fpécu- lations abi! rai tes fur la Divinité. Je con- viens du principe : mais je fbûtiens qu’on n’en peut faire d’application raifonnable au? fujet dont il s’agit ici. Car peut-on traîner de fimplcs fpe'culations des principes fi im- portans , que nous fommes idolâtres ou ne Te fommes pas félon qu’ils font faux ou véri- tables ? Si Jefus-Chrift: eft d’une même efc fence avec fon Pere , ou ce qui revient à la même choie , fi Jefus-Chrift ell le Dieu fou- verain , il doit être adoré en cette qualité r & nos adverfaircs ne pourront alors fans im- piété refufer de le reconnoître pour tel , &r de l’honorer fous ce nom : & s’il ne l’efë point , nous ne pouvons fans idolâtrie le" confondre avec le Dieu fouverain. Il s’agit ici d’éviter l’impiété ou l’idolâtrie^ il s’agit par confequenc de queftions pratiques > qui font même d’une fouveraine impor- tance. C’eft d«ncen vain qu’Efcopius fait fes ef- forts pour nous montrer que ce n’eft poin& il Traité de la Divinité une chofe eftentielle au fàlut : defçavoirfi Jefus - Chrift eft Dieu par une génération éternelle j ou fi n’étant qu’une fimple créa- rure , il eft apeiié Dieti à caule de Ton Mi* niftere. Car lors qu’il entreprend de faire voir que ces queftions ne font point fonda- mentales , en montrant que ceux qui croyent Jefus - Chrift une fimple créature , ou même un fimple homme , peuvent i’adorer fans être coupables d’idolâtrie ; parce qu’ils l’adorent non entant qu’il eft homme , mais entant qu’il tient la place de Dieu ; il ne s’eft pas aperçu que fa preuve demeuroit im- parfaite : parce que pour montrer que ces queftions ne font pas eftentielles , il ne fuf- fit pas de faire voir que les Sociniens , fans ctre idolâtres , peuvent adorer celui qu’ils croyent être un fimple homme par i'a nature; mais qu’il faut montrer encore , que nous pouvons fans idolâtrie adorer Jefus Chrift comme le Dieu fouverain , encore qu’il ne foit pas le Dieu fouverain. Certainement ce que nous croyons de la confubftantialité, & de la génération éter-, nelle du Fils de Dieu, nous engage dans i’i- dolatrie, rien ne peut être plus elfentiel ni plus fondamental que ces queftions qui re- gardent cette génération & cpcte confubftan- tialité. Or il eft certain que nôtre do&rine fur ce fujet nous engage dans l’idolâtrie, s’il eft vrai que nous foyons dans l’erreur. Car fi Jefus- Chrift n’eft pas d’une même eflence avec fo^ Pere, il n’eft pas le Dieu & le Créateur de toutes chofes. Et fi cela eft en- core , nous ne pouvons le mettre fur le trô- ne de j’Etre fouverain fans une manifefte idolâtrie ; & même il ne nous refte plus d’excufe pour diminuer l’horreur de cette fuperftition. de Je fus - C tir /fi. rj Car lî nous difons pour nôtre juftification, que nous l'adorons comme l'Etre fouverain, parrce que nous le croyons de bonne foi l'Etre fouverain : les Payens , comme nous l'a- vons déjà remarqué, juftifieront le culte qu'ils rendent à ieur Jupiter , en difant qu'ils ne l'adorent comme le vrai Dieu , que parce qu'ils croyent de bonne foi qu'il eft le vrai Dieu. Si nous difons que nous ne fommes point coupables d’adortr Jefus-Chrift comme le Dieu fouverain ; parce qu'encore qu'il ne foie point en effet le Dieu fouverain, il mérité pourtant nôtre adoration , nous ne faifons que changer l’état de la queftion, Car il ne s'agit pas ici de fçavoir , lî Jefus-Chrift mé- rité nôtre adoration : mais il s'agit de fça^ voir lî nous pouvons l'adorer comme le Dieu fouverain , lors qu'il n’eft pas le Dieu fou- verain en effet. Si nous difons qu'il ne faut reconnoître pour elfentiel & pour véritablement neceflai- re au falut , que les chofes qui d'un côte font très-clairement contenues dans l'Ecritu- re , & qui de l'autre nous font commandées, ou défendues fous peine de la perte du falut éternel ; cela même fert à nous condamner. Car qu’y a-t-il de plus formellement con- tenu dans l'Ecriture , que le précepte de ne pas attribuer à un autre la gloire du. Dieu fouverain? Et qu'y a-t-il qui foit défendît fous des peines plus rigoureufes que l'i- dolatrie , qui met la créature ^ la place du Créateur. S'il nous vient dans la penfée , cjue le Dieu fouverain ne condamnera point nôtre culte , parce qu'il s'attribue tous les honneurs qu ou rend à Ion Fils , ou nous redrdfera en no«« ,V4 Traité de la Divinité difant que fi Jefus-Chrift eft une créature ? il| ne peut' être appelié Je Fils de Dieu que dans un fens impropre & éloigné i & que quoi qu'il en foit 3 s'il eft une fïmple créa- ture , la différence qui eft encre lui & le Dieu fouverain , eft plus grande que celle qui peut fe trouver entre une créature & une créature, quelle que Toit la difproportion qui eft enti 'elles: 3c qu'ainfi fi une créatuie excel- lente trouve mauvais avec raifon , qu'on .transporte à une créature baffe les homma- ges qui lui font dûs , Dieu trouvera plus mauvais encore qu'on rende à Jefus-Çhrift Je culte qui n'eft dû qu'à lui feul. On dit que Jefus-Çhrift reprefente le Dieu fouverain. Oüi : mais pour reprefçnter le Dieu fouverain , il n'eft pas le Dieu fouve- rain. Il eft le Fils de Dieu. Oüi , mais il ne porte ce tître que dans un fens impropre & figuré , qui n'empêche pas qu'il n'v ait un plus grand eloignement entre lui & le Dieu fouverain s qu'entre le plus fale des infeétes & le plus glorieux des Anges. De forte que quand il feroit permis de revêtir la plus baf- fe des créatures , des titres & de la gloire qui apartiennent à la plus noble , il ne feroit Jamais permis de rendre à J. C. les homma- ges qui ne font dûs qu'au Dieu fouverain. CHAPITRE II. Cm Ven montre que fi Jefus-Chrift n’eft pas d'une même eftencn avec {on Tere}on ne peut fe ùifpenfer de regarder Mahomet comme un homme divin* A Infi il nous paroît que la Religion Ma- hometane eft du moins à quelque égard r&abliRçment de la Religion Chrétienne , s*M efl vrai que Jefus-Chrift ne Toit pas d’u- ne même efîcnce avec le Dieu fouverain* Mais parce qu’on pourroic dire , que cette Religion eft d’ailleurs pleine de fidions & d’impoftures , nous demanderions volon- tiers , comment on conçoit que la vérité & l’erreur ayent ici une fi étroite alliance. Ma- homet eft un impofteur. Tout Je monde le reconnoît parmi nous. Mahomet a aboli l’i- dolatrie. C’eft çe qu’il faudra fupofer. Voi- là I’afTortiment de deux caradteres bien opofez. Si Mahomet a defa'oufé le monde fur le fujet de l’idolâtrie Chrétienne , ( car c’efl ainfî que j’appelle le culte que les Chrétiens rendent à Jefus-Chrift , fi celui-ci n’cll: pas J’Sure fuprême) par quel efprit a-t-il fait un fi grand ouvrage } par l’efprit de Dieu , on par l’efprit du démon ? Si c’eft par 1’efprie du démon, comment a-t-il aboli l’idola- trie ? Si c’eft par l’Efprit de Dieu 5 com- ment eft-il un impofteur ? ©n dira peut-être , que Mahomet a con- damné le culte des Idoles Payennes , & qu’ainfî on pourroit faire la même queftiom fur ce dernier article. Mais il y a de la dif- férence entre des principes q«e Mahomec fupofe , & des principes que Mahomet a établis. Mahomet fupofe la connoiffance du vrai Dieu & la ruïne de l’Idolâtrie Payenne. Ce n’eft point lui , mais Jefus-Chrift , qui a produit ces deux effets dans le monde. Oib jconnoiffoic par tout le vrai Dieu plufîeurs fiécles avant lui , & l’idolâtrie Paonne étoiç entièrement abolie. C’eft*] à un effet de la prédication des Apôtres. Et Mahomet , de quelque efprit d’impofture qu’on le con- çoive animé , n’aura ofé ni pu établir une Religion dueftement oppoféç è çss deia ^rinçi^sf» Traité de la Divinité Mais il n’en eft pas de même de la véri- table connoilTance de Jefus-Chrift , & de la ruïne de l’idolâtrie Chrétienne. C’eft Maho- met. qui a enfeigné aux hommes que les Chrétiens étoient des idolâtres en adorant Jefus Chrift comme le Dieu fcuverain. Il ne s’efF Yien propofé de plus efféntiel , que de ramener de leur égarement des hommes, qui fous le nom de la Trinité fervoient en effet , piufîeurs Dieux. Car c’eft ainfî qu’il parle dans fon Alcoran. Jefu£ChriR'& les Apô- tres auront donc été les Réformateurs du monde Payen , en détruifant par leur prédi- cation l’idolâtrie Payenne. Mais Mahomet doit être confédéré comme le Réformateur du monde Chrétien , s’il eft vrai qu’il ait dé- truit cette idolâtrie Chrétienne. Comme donc on feroit infiniment furpris iï les Apôtres avoient détruit l’idolâtrie Pa* yenne en prêchant des fables : nous aurions lieu d’être furpris que Mahomet eût aboli l’idolâtrie Chrétienne par des impoftures. En effet, Jefus-Chrift déclare dans fon Evangile , qu’on reconnoît les Docteurs à leurs fruits. Et cette maxime ne peut man- quer d’être véritable , puifque e’elF la vérité même qui nous l’enfeigne. A juger des chofes par ce principe , nous ne pouvons qu’avoir une très haute opinion de Maho- met , &■ le reconnoître même pour un grand Prophète , s’il efF vrai qu’il ait enfeigné aux hommes à ne pas confondre le Dieu fouve- rain avec une créature. Il a éclairé pltifîeurs nations K.t plufîeurs fîécles. Il amis Dieu fur le trône de Dieu , & la créature dans le rang de la créature. Qu’y a- t-il de plus lé- gitime & de plus faint qu’uiï tel deffein > Qu’y a-t-il de plus noble & de plus grand qu’un tel ouvrage i Certaine-, âe Jefus - Chrifî. 17 Certainement fi Mahomet a éclairé l’Uni- vers en dilîipant les ténèbres de cette pro- fonde fuperftition , on auroit tort de lui concerter tous les titres que les Mufulmans. lui donnent ; & Ton peut dire hardiment 5 & le fondement de la Reli- gion Chrétienne confiderée dans fa pureté. Mahomet qui a établi fa Religion fur ce grand principe , n’eft donc pas feulement un Do&eur de vérité , mais encore un Doéteur qui femble rétablir toutes les veritez , du moins toutes les veritez les plus eiTensielies & les plus importantes à la Religion. Mais , dira-t on , on ne fçauroit nier du moins que Mahomet ne tende à flatter les partions humaines , & qu’il ne foit plutôt le Doéteur de la chair que celui de jjefprir. Si cela ert ainfi , on s’étonnera avec raifon,. que tant de vérité fe trouve jointe avec tant: d’impureté &: de vices. Car nou5 ffâvons qu’il n’y a point de communion entre la Tcu&z * ll> B •j g. Traité de la Divinité lumière te les ténèbres, & qu’ainû Af$v home: n’a pas agi par i’Efprit de Dieu 3 il a agi par i’efprit du monde ; ou que s’il n’a point agi par Lefprit du monde, il a agi par LEfprit de Dieu. Là ddius nous cher- chons en lui les caractères de Lun ou de l’autre de ces deux efprits. On nous dit que Mahomet efi impur dans fa Morale & dans Les maximes. Ge caraétere eft celui de l’efi- prit du monde : mais il eft concilié. Il nous paroît que Mahomet a réformé la Religion en aboîiflànt l’idoiatrie Ghréiienne , & t'ai- Tant adorer par.-tnut un feul Dieu. C*eft ici- un caraétere de rEfprit de Dieu , &r le fait eft incontefiable. îi eti plus fur à nôtre égard- que Mahomet a le caractère de REfprit de. Dieu , qu’il ne l'feft qu’il.a Iss caraéteres de. i’efprit du monde. Si Mahomet eft un impofieur, dites- nous, comment un impofteur fait profperer le bom piaifir de Dieu , détruit l’idolâtrie , éclaire l’Univers. Dieu a-t-il revêtu un impofteur- du plus grand caraétere de fes Prophètes , & du caraétere de fon propre Fils ? Gar les Prophêtes qui ont annoncé la venue du Médis , ont prédit aufli comme un caractè- re de fa venue, qu'il détruiroit 1 ’ idolâtrie . ? Dieu a-t-il fait d’un impolteur l’iuftrumens de fa miféricorde & le miniltre de fa gloire ? Que croirions-nous de la Providence , fi elle eut choifi pour fes Evange liftes des démons qui euiient paru fous me forme humaine 3 éc qui euffent prêché l’Evangile ? On au- ï-oit cru qpu que Dieu vouloir faire détefter l'Evangile, tout divin qu’il eft , en le met- tant dans la bouche du démon ; ou que Dieu vouloit confacrer le démon nonobfiant &. malice 3 en le rendant, te dépofiuire de- de Jefuï - Çhrtjf. *$> FEvangile. Cette comparaiton pour être odieufe , n'en eft que plus propre à faire connoître ia vérité. Car cc que nous difons du démon , nous pouvons le dire des induc- teurs qui font fes miniftres , nous pouvons Je dire* fur le fujet de Mahomet. Que fi cet homme étant un impofteur > a été choifi par la Providence poür établir la véritable Re- ligion, il faut que la Providence ait voulu, ou rendre la Religion infâme en la faillit rétablir par un impofteur , ou conl acier l'impofture en la choiliftant pour rétablir la Religion : & l’un & l'autre* eft également impie & extravagant. CHAPITRE III. ©« Von fait voir que fi fefus-Chrifl n'eft pas d'u- ne meme ejfence avec fon Pere , Mahomet ejt un grand Prophète , le plus grand des Prophè- tes , & meme plus préférable en toutes manié- rés à Je fus Cbriji,. MÂis allons plus loin , Sé difons que fé- lon cette fuppofition , Mahomet peut être regardé non- feulement comme un Pro- phète, mais comme plus grand que tous les Prophètes de l'Ancien Teftament. Les Prophètes anciens ne parlement qu'au feu h peuple d'Ifràcl : Mais Mahomet a parlé à la plus belle 8c plus confiderable partie de l'U- nivers. Les Prophètes fe fuccedoient ’es uns aux autres , parce qu'un feul ne vivoit 'pa* aftfez long-tems pour inftruire lerÿiommcs de differens fiécies. Mahomet n'a point be- foin de compagnon ni de fucceffeur pour bannir pour toüjours l'idolâtrie despaïs , où fado&rme a été reçûë. Les anciens Prophê* sa Traité de la Divinité tes ont été fufcitez extraordinairement ponr détruire la fuperitition & l’idolâtrie , en fai- fant divers miracles. Mahomet a ruiné fans] miiacle une idolâtrie répandue dans tout rUnivers. Enfin , fi Moïfe a été honoré du- tître glorieux d’ami de Dieu , parce que Dieu lui réveîoit fa volonté fans obfcuritéi & fans énigme : Il faut eftimer encore da- vantage le privilège de Mahomet , qui n’au- ja pas feulement connu la volonté de Dieu , mais qui l’aura très-diftinélement fait con- Jioître. Moïfe n’a point connu Dieu tel qu’il' étoit. Jefus Chrift feul & l’a connu , & l’a fait connoître. Mais fi les principes de nos adverfaires font vrais 3 Mahomet l’a encore mieux fait connoître que n’a fait Jefus- j Chrift. Et ceci nous conduit infenfiblement à montrer que dans leurs hypothefes Maho- met doit être regardé comme un plus grand; Prophète que Jefus Chrift. C’eft dequoi il faudra demeurer d’accord , foit que vous confideriez fa doctrine 3 foie que vous regardiez le fuccès de fon Mïnifte- re. Si vous confiderez le fuccès de fa doc-i j.ine, la chofe parle. Jefus-Chrift a fait re- cevoir fon Evangile dans tout l’Univers.. Mais à peine a-t-il détruit une efpecedefu- perftition 3 que les hommes retombent dans une autre qui n’eft pas moins dangereufe , & ils ne font pas plutôt délivrez de lldola- trie Payenne , qu’ils tombent dans l’idolâ- trie Çhiétienne. Mahomet a établi fa Reli- gion ^ j des fondemens plus fermes ; & il a pris des mefures plus jufies pour empêcher que l’idolâtrie ne renaquit après avoir été détruite , puifque nous voyons que depuis 1 que fa Religion fubfifte fes difciples n’ont aucun penchant à çeue e.fpece de fupeifti- { uon,. de Jefiuf - Chrift. % î Il ne faut pas s'en étonner. Le defavanta- ge que Jefus-Chrift a dans cette comparai- son, vient, fi le principe de nos adverfaires efi véritable , de ce que la do&rine de Ma- homet a un cara&ere naturel qui ell plus opofé à l'idolâtrie , que n'eft celle de Jefus- Chrift. Que Ton eonfidere bien le langage de Jefus Chrift, foit lors -qu'il parle par lui- même , foit lors qu'il parle par le minifie- re de fes difciples , & qu'on le compare avec le langage de Mahomet ; & l’on en fe- ra perfuadé. jefus-Chrift parlant par lui-même, ou par fes ferviteurs > vous dira , qu’il a été fait avant Jean-'Baptifie -} qu’il était avant qu’ Abra- ham fut ; qu'il a en fa gloire par devers fon Pere avant la naiffance du monde , qu'il efi l'Alpha & V Oméga , l commencement & la fin , le premier & lê dernier : qu'il étoït au commencement \ qu’il étoit avec Dieu -, qu’il êtoit Dieu j que toutes chofes ont été faites par lui ’ que fans lui rien de ce qui a été fait , n’a été fait ; que les fiée te s ont été faits par lui ; que toutes çhofes ont été créées par lui , tant celles qui font au Ciel , que celles qui font en la terre , les chofes vifibles & les- chofes invifibles , foit les trônes , foit les domina- tions: foit les principautés, foit les puiffahees -, que toutes chofes ont été faites par lui & pour lui ; qu'il efi avant toutes chofes , & que toutes chofes fubfifient par lui. Il vous dira, qu’il y a un feul Seigneur qui efi Jefus - Chrifi: , par lequel font toutes chofes , & nous par lui ; que c’efi lui qui a fondé la terre , & que [es Cteux^nt les œuvres de fis mains. Il fe nomme le Fils de Dieu , le Fils unique de Dieu , le propre Fils de D eu , l’unique iffu du Pere , ëmanuël , c'ell:- à-dire , Dieu avec nous , Vm mmfifié en chair , Dieu mortifié en chair 3 Jean t. Ibid. 8, A p oc. 17 fear> 1, Heb. 2<* I .Cor. i. Hebr 1. Afoc, î. 3^. If aie $j. £?i traité de la 'Divinité Ô* jujtifié en efprit , le Seigneur (gr le Dieu : quel- quefois le Sauveur Ô'jgrand Dieu , U Vitu & le Sauveur de toute U terre y l'Etemd de nôtre juf- fice. Mais afin que nous ne doutions point du fens dans lequel toutes ces eiiprelhons con- viennent à J. C. il ell infiniment remar- quable que parlant par lui - même , ou par fes ferviteurs , qu'il a inftruits & remplis de fon efprit , il s'applique à lui - même les oracles des Prophètes qui font mention du 3Dieu Souverain , & qui contiennent les ca- ractères de fa gloire la plus propre & la plus- incommunicable. Il avoit été dit au Livre des Chroniques, que Dieu feul connoit les mœurs des fils des hommes. Jefus-Chrift s'attribue ce titre glorieux comme un titre qui lui doit' attirer la crainte & l'admiration des hom- mes. Et toutes les Eglifes f auront' , dit-il dans* l'Apocalypfe , que je fuis le ferutateur des reins- & des cœurs -, tgr je rendrai à chacun félon fes œu- vres. Il a été dit dans la Loi , Tu adoreras le- Seigneur ton Dieu , & tu ferviras à lui feul , fui- vant Texpofition qu’en donne Jefus - Chrift. Et l'Auteur de l'Epître aux Hebrèux nous aprend , que Dieu dit en introduifant fon Fils- premier né au monde , Qge tous les Anges l’ ai- dèrent. 11 a été dit du Mellie par un Prophè- te : L'efprit du Seigneur efi fur mot. Car le Ssi— gnettr ma oint : il ma envoyé peur porter de bon- nes nouvelles aux affligez, , pour guérir les de fiez, de cœur y & pour publier aux prijonr.iers leur dé— livrante , l'ouverture de leur prifon , &C. Je fuis le Seigneur fejîjrnel , aimant jugement , f> hdif- fant rinjuflice pour l’holocaufle. f établirai leur œu- vre en vérité , & je traiterai avec eux une alitan- te étemelle. JefusChrift s’applique cet oracle1 emSaint Luc, chap, 4» 18. lors qu’il di: aux» dé Je fus - Chrîff. juifs, Aujourd'hui cette Ecriture eft accomplie , &c. Les Prophètes avoient parlé d'une voix qui crieroit au defert , PrépareXJe chemin du Sel- l'f'ievf^ gneur 5 faites droits fes f entiers r Et ïiaïe pré- voyant ce tems-là , exhorte Sion à annoncer bonnes nouvelles , d élever fa voix avec force 3> & d dire aux villes de Juda , Voici ton Dieu s ajoûtant immédiatement après , vaiti le Sei- gneur viendra avec force , & fon bras aura domi- nation , &c. il paîtra fon troupeau comme le ber- ger, Il ajfemblera de fes bras les agneaux & les portera en fon fein , &TC. Et puis : §lui eft celui qui a mefuré les eaux avec le creux de fa main & qui a cctnpaffé les deux avec fa- paume ; qui' a pris la poudre de la terre avec trois doigts , qui a' pefé au crochet les coteaux , & les montagnes a Itfr balance ? qui eft celui qui a drejfé l'éfptit du Sei- gneur ? ou qui a été fon Confeiller ? &TC. Voici les nations font comme une goutte d'eau , & font efti - mies comme uu grain en la balance. H jette au loin- les ifles comme de la poudre menue , &C. Ce font là fans difticu lté les caraéteres de TEtre Souverain : & cependant l'Evangile en fait l’application à Jcfus Chrift ; puifque Jean- Baptifte eft cette voix qui crie âu defert ; ou que c'eft devant Jefus Chrift que Jean-Bap- tifte a préparé le chemin , & que peu après on a entendu les Meffagers de paix dire aux villes de Juda , Voici ton Sauveur qui vient. Voici votre Dieu. Dieu avoir dit par la bou- che du Prophète î Tare ; Dites aux trouble^ de lfaïi%^ . cœur y Soyef confiez , & ne craignez plus , Voi- ci vôtre Dieu viendra prenant v ngeance , Dieu viendra donnant rétribution , C T il voM fauvera. Alors les yeux des aveugles feront ouverts > Ô* les oreilles des fourds feront débouchées. Alors J ’au »- fera le boiteux comme le cerf, & la langue des mtsets. chant sr a , &e» Lifcz le Chag. I h d§.- 14 Traité de la Divinité Saint Mathieu , Sz vous verrez que Jefus- Chrift fe fait vifïbiement l'application de cet oracle dans la réponfe qu'il fait aux Difci- ples de Jean. Il fe déclare donc pour le Dieu des Ifraëlites > le Dieu qui les doit confoler i & aufti le Dieu de rétribution & de vengean- ce , le Dieu de leur falut , qui font tous des titres que le Dieu fouverain a accoutumé de prendre dans les anciens oracles. Il avoit été dit à Dieu par la bouche du Pfalmifte : Tfeetu- Tu as au commencement fondé la Terre -, & les Ute loi. deux [ont l’ouvrage de tes mains, ils périront j mais tu feras permanent. Ils vieilliront tous com- me un vêtement ; tu le changeras comme le vête- ment , & Us feront change ^ : mais toi, tu és toujours le même , & tes ans ne prendront jamais de fin. On ne peut nier que toutes ces chofes ne foient dites au Dieu Souverain & du Dieu Souverain, auffi-bien que le commence- ment du Cantique qui commence ainfi y Seigneur , oy mon oraifori , & que mon cri parvien- ne jufquà toi , & ces expreftions qui en font la fuite : Tu le lèveras, & auras compajfion de Sien y $zc. Alors Les nations redouteront le nom du Seigneur , & tous les Rois de la terre ta gloire quand le Seigneur aura réédifié Sron , & fera apa» ru en fa gloire : D'autant qu’il a regardé de fon faint lieu qui efl la haut , & que le Seigneur a con- templé du Ciel en la Terre. Il eft très-évident qu'il s'agit- là du Dieu Souverain, & plus évident encore , que cet oracle eft aplicpié à Jefus Chrift au Chapitre T. de l’Epitre aux Hebreux. C'eft au Dieu Souverain que le Pfalrfefte s'adrefîe, lors qu'après avoir dît, Tfeau- La chevalerie de Dieu efl de vingt mille , & de me 66. milliers d' Anges. Le Seigneur efl ent deux au Sanc- tuaire , comme en Sina. Tu es monté en lieu haut. bicn> : Et c'efi ici le Dieu de notre falut : S elab. C'ell ici le Dieu Souverain , le Pere de nôtre Seigneur Jefus Chrift , qui a des légions d'Anges en fa difpofition , comme Jefus- Chriit le dit lui-qnême; c'eft le D eu bénit, le Dieu qui étoit monté en un lieu élevé dans T Arche qu'il rempliffoit d'une maniéré particulière, le Dieu qui diftribuë fes dons aux hommes : Mais c'eft auffi Jefus Chrift lelon l'application que lui en fait l’Apôtre en ces termes qui lèvent toute difficulté à cct égard : 3lais la g race efl donnée à chacun de mus 'Epkef.ÿ, félon la mefure du don de Chrift. Pour laquelle cho - fc il dit : Etant monté en haut , il a tnené capti- ve une grande multitude de captifs , 0* a donna des dons aux hommes. O r te qu'il eft monté , queft- ce finon qu'il étoit premièrement def tendu dans les parties les plus bajjes de la terre. Ces dernieres paroles montrent que c'eft à Jefus Chrift que cet ancien oracle ell apliqué ; & il ne faut que confiderer l'oracle même , pour voir qu'il regarde manuellement le Souve- rain. Il avoit été dit par les Prophètes , que Dieu répandrait fur la mat fort de David & 2 ’ach.l® fur les habitant de jerufnlcm , Vefprit de grâce & de mifericorde , qu’ils regarder oient vers luit qu'ils aurcient percé , qu’ils le plaindront comme l'on plaint un fis unique , & qu’il ■ mener oient deuil fur lui , comme l'on mcr.e deuil fur la mort d’un premier né. On ne peut douter que ce ne foit le Dieu Souverain qui parle dans cette prophétie. Il n'y a qu'à écouter ie Prophète qui nous i'aprend dès l'entrée du # aphte en ces termes. Le Seigneur qui étend le Ciel , é- qui fonde la terre > qui forme îtfprit de l'homme en lui , a dit : loici je mettrai fer ufalem , &'c. & quelque temps après , fans changer dq Tmn t III, C %$ Traité de la Divinité perfbnne : Je répandrai fur la maifon de 'David & fur le s habit ans de Jerufalem l'efprit de grâce & de mifericorde,& ils regarderont vers moi qu’ils ont percé , &c. Saint Jean dans Ton Apocalypfe , fait Implication de cet oracle à Jefus- Chrift. Voici , dit- il , H vient avec les nuées , & tout ml le verra , même ceux qui Vent percé. Mais fi Ton fe defie de ce témoignage , & qu'on ne le trouve pas affez évident , il faut du moins acquiefcer à celui que nous lifons au Chapi- tre 1 9. de l’Evangile de cet Apôtrp , en ces mots : Et derechef une autre Ecriture dit , ils verront celui qu'ils amont percé. Ainfi l'oracle s'entend très-certainement du Dieu Souverain & très- certainement encore , c'eft en Jefus- Chrift que l'Evangelifte en cherche l'accom- pè’fTement. C'eft le Dieu Souverain que le Prophète Ifaïe introduit parlant ainfi : fai juré par moi-même , & la parole efi fortie en jufti- ce hors de ma bouche , & ne retournera point à moi : c’eft que tout gencüil fe ployera devant moi9 & toute langue jurera à moi. Je dis que celui qui parle dans cette Prophétie , eft le Dieu Souverain. Le Prophète le dit expreflement dans les verfets quf précèdent. Car vcici ce que dit le Seigneur quia crée les Cieux : Je fuis l’ Eternel qui a formé la terre , &rc. Je fuis le Seigneur l'E - ternel , & il n'y en a point d'autre , &TC. Et peu après : N'e(l-ce pas moi L'Eternel votre Dieu , fans qu'il y ait autre Dieu que moi ? & c. Mous tout les limites de la terre , regardez vers moi „ vous fereffauveXj, car il n'y en a point d'autre. J'ai juré par mot-même , &TC. c'eft que tout ge - noisil fe ploftbca devant moi , & toute langue me donnera gloire. Cependant il eft certain que Saint Paul en fait l'application’à Jefus Chrift. Car après avoir dit , Rom. 10. que nous corn- paroiirm tm tevmf is Tribunal te Chrift , ü ds Jefùs - Chrijf . rr fijoàte : Car il eft écrit : Je fuis vivant , dit le Seigneur , que tout geno'ùil fe ployer a devant moi , & toute langue donnera io'mnge à Dieu . CHAPITRE IV. OÙ l'on compare le langage de Je fus- Chrtft avec celui de Mahomet ; & où? on montre que fi Je- fus- ChriJl n'eft pas d'une mime ejfence avec (on Fere , Mahomet a été plus véritable , plus fa- ge , plus charitable , Jy plus xatlé pour la gloire de Dieu , queJefus-Chrift. VOilà comment Jefus-Chrift parlant pae lui-même , par la bouche de Tes Di Tri- ples , s'égale & Te confond avec le Dieu très-haut ; tantôt difant de foi-même des chofes , qui ne peuvent convenir qu'à l'Etre fuprêmej & tantôt s'apîiquant des oracles qui ne peuvent convenir qu'à l’Etre Couve- rai n. Mahomet n’a pas fait cela. U déclare dans prefque toutes les pages de Ion Alcoran , qu’il n’y a que le Pere étemel qui fo;t Dieu. Il fe dit un Prophète , un homme divine- ment envoyé ; mais il ne veut point palfer pour Dieu. Il avoue que Jefus-Chrilt a été envoyé divinement ; mais il ne veut point qu'on le nomme ni ®ieu , ni Fils de Dieu. Ses paroles ne font ni obfcures , ni équivo- ques. Il die nettement , que ceux-là font incrédules & infidèles , qui difent que le Fils de Marie eft Dieu. Chrift le Fils de Marne , n’eft que l'Envoyé de Dieu. Il dit , que les Chrétiens font des infidèles , faifant trois Dieux , là où il ri y en aquunfeul. Il reprefente même Dieu fc plaignant ainfi à J. C. : ofefts Fils de Marie, perfmdes-tH aux bemmes de vous p.aeer en la pu* z8 Traité de la Divinité ce de Dieu , & de vous adorer , Clarté ta tnere & toi , comme fi vous étiez, des Dieux ? A quoi Jefus répond : A Dieu ne plaife que je dife quelque chofe contre ta vérité. Tu fiais fi j'ai en - feigne cela. Tu cannois les fecrets des cœurs , &c>. Ii veut que les hommes invoquent Dieu Créa- teur du Ciel & de la Terre , qut a fait la lumière épies tenebres : Et il traite d'infidèles ceux qui établirent un autre Chrifi femblable & égal à Daniel. De là il femble qu’on ne peut s’empêcher de conclurre , que Mahomet a été , fi l'on fupofe le principe de nos adverfaires , & plus véritable , & plus fage , & plus cha- ritable , & plus zélé pour la gloire de Dieu, que Jefus Chrifi. Ce font là des conféquen- ces que nôtre cœur abhorre comme pleinesde biafphême : mais que nôtre efprit fera con- traint de recevoir comme véritables, fi Je- fus-Chrilt n'eft point d'une même efifence aveefon Pere. Je dis qu'en ce cas-là Mahomet feroit plus véritable que Jefus Chrifi , du moins en ce qui fait l'effentiel de la Religion , & qui concerne la gloire de l’Etre fuprême. Il me femble que cela recevra peu de difficulté fi nous rapellons ici toutes ces propofitions furprenantes de Jefus Chrifi: parlant par lui- même , ou par fes difciples , par lef quelles il femble fe confondre avec l’Etre Souverain, & que nous les comparions avec les propo- fitions de Mahomet qui leur font contradic- toires. JefusXhrift dit ou par lui-même, ou par fon Evangelifie , qu'tl étoït an commencement , & qu'il étoit Dieu. Mahomet vous dira , que Jefus Chrifi n'a point été Dieu , & qu’tl r'a pas été m commencement, JLa doctrine de Jefus-» àe Je fus - Chrijl. Chfift eft , que toutes chofes ont été faites par lui ; que fans lui rien de ce qui a, été fait gn a pas été fait } que toutes chofes ont été créées par lui , les cho- fes vif blés & les chofes inviftbles , que le monde a été fait par lui , qu’il a fait les ftécles , qu’il a •fondé la terre, & que les deux font l’ ouvrage de fes mains. La doctrine de Mahomet eft, que tou- tes chofes n’ont point été faites par fefus-ChriJl -, que le monde ni les ftécles n’ont point été faits par lui ÿ qu'il n’a créé ni les chofés vfibles , ni les chofes in - vif blés ; qu'il n' a point fondé la terre , & que les Cieux ne font point L’ ouvrage de fes mains. Les Evangeliftes parlant par Jefus - Chrift , & fuivantfes principes vous diront , que Dieu adonné fa gloire à Jefus-Chrift j & que ce- lui qui honore le Fils , honore le Pere. Mahomet au contraire , vous foûtiendra que Dieu ne donne fa gloire à perfonne 5 que comme il ne fe peut qu’un autre que lui foit le Dieu fouverain , la gloire de l’Etre fouverain eft une gloire incommunicable , qu’il n’eft pas vrai que celui qui honore le Fils , honore le Pere ; & qu’au contraire on deshonore le Pere , lorfqu’on veut trop honorer le Fils. Jefus - Chnft s’appliquant les Oracles des Prophètes qui parlent du Dieu Souverain , fe qualifie par là même Jehova , un Dieu ai- mant jugement , haijfant L’iniquité , celui qui a mefuré les eaux de la Mer dans le creux de fa main , (jr qui pefe les montagnes a la balance , çj» qui feme les ljles tomme de la poudre menue : le Créateur , & auffi le deftru&eur de la terre & des Cieux » le premier & le dernier , le commence- ment & la fin de toutes chofes : le fouverain de- vant la face duquel de voit marcher Jean-Baptifle , le Seigneur qui étend le Ciel , & qui fonde la Ter- re , & qui forme l'efprit de l’homme en lui , lequel divoit envoyer fur les habitant de Jcrufalem l’ef C iij Zach, 10. 3® Traité de la Divinité f rit de grâce & de mifericorde , &c. celui qùr jure par lui meme , celui devant lequel tout ge- noüil doit fe ployer > celui qui apelle les générations des le commencement t celui qui efl vivant , & au- quel toute langue doit donner louange , le Seigneur y le Rédempteur , le Dieu d'ifraël , celui qui s'écrie , il n'y a point d'autre Dieu que moi. Qui efi fem- blable à moi ? Qui Je nomme le Dieu des armées , notre crainte & nôtre épouvantement > le trois fois Saint d'ifaie , dont la gloire remplit toute la terre. Mahomet au contraire vous dira que tous ces titres font juftes & véritables apli* quez au Dieu fouverain 5 mais qu'ils font impies & facrileges apliquez à un autre , par- ce qu'ils enferment évidemment les caraéte- res de la gloire la plus incommunicable de Dieu. Ces deux langages ne peuvent être tous deux faux , & tous deux véritables* Car ils font contradictoires. Il faut que l'un foit véritable , & l’autre faux. Celui de Mahomet qui dit fi fortement, que Jefus- Chrifi eft une fimple créature , & qu'il ne doit point être confondu avec le Dieu fouve- rain , n'efi point faux , fi Jefus-Chrifi n'efi: qu’une fimple créature en effet. Il s'enfuie donc , ce qui efi horrible à dire , que c'eft celui de Jefus-Chrifi qui manque de vérité. On dira que les expreflions de Mahomet font propres & littérales ; au lieu que celles de Jefus-Chrifi font figurées & hyperboli- ques : auffi puiffant , au£ fi fage que Dieu. Il ne ferviroic de rien de dire, que ce font là des hyperboles , c’eft- à-dire, des figures , & non pas des expref- fions propres. Car on répondrait fort bien » qu’il y a des figures impies , & que les hy- perboles qui ofent mettre le Créateur en pa- xalelle avec la créature 5 font de ce nombre. Si dans le Hile du monde , on dit des beau- tez mortelles qu’elles font adorables , fi l’on en fait des Divinitez ; fi on prétend leur of- frir de l’encens , & leur faire des facrifices, ces exprelïions toutes figurées qu’elles font, ne laifient point de palier pour des expref* fions impies. La qualité d’exprelfions figu- rées ne les en met point à couvert. On ne peut pas même faire leur apologie , en di- fant qu’elles ne feront jamais prifes dans la rigueur delà lettre > & qu’il n’y a perfonne qui s’avife de prendre une femme qui a de la beauté pour une Divinité , trompé par cette forte d’expreflions. Car il fuiSt que ces figures enferment quelque irrévérence , & quelque manque de refpeét direfl; ou indireéfc ■pour le vrai Dieu , afin qu’elles paffènt pour impies. Que fi dans le langage humain , on ne doit point fouffrir des figures qui enfer* ment quelque idée defavantageufe à la Divi- nité , combien moins dans un langage fairit & divin comme celui de l’Ecriture? Et fi les hyperboles ne font pas fiiportables , lorf- qu’il s’agit de faire honneur à des beaucez mortelles , qu’il eft impolfible mie l’on con- fonde jamais avec le Dieu fouv mettre qu'on lui aplique les oracles de l'An- cien Teltament , qui marquent les caraéie- res lés plus eftentiels de la gloire de l'Etre, fu- prême ? On dira qu'il fuffit que Jefus-Cnrift déclare que fon Pere e(l plus grand que lui. Pre- mièrement ce fcroit une modeftie bien fuper- be à une fimple créature de dire que le Dieu fouverain eft plus grand qu'elle. Moyfe , Ifaïe , les Prophètes ne parlent point ainlî. Un fujet n'affe&e point de dire que Ton Roi eft plus grand que lui. Cela s'en va fans dire. Une créature ne le dira pas non plus de fou Créateur j parce que c'eft fe mettre en pa- rallèle avec lui. D'ailleurs que fert-il que Jefiis Çhrift déclare que fon Pere eft plus grand que lui ( nous verrons dans la fuite quel a été fon fens en le difant ) que fert-il que Jeliis Chrilt le déclare une feule fois dans une feule ocCafion , lorfque fa condui- te confiante î fes maniérés, fon langage, & le langage qu’il a apris à fes Difciples , difent très- fortement qu'il fe confond avec l'Etre fouverain ? On dira , que lorfque nous difons que J. C. fe confond avec l’Etre fou- verain , nous fupofons ce qui eft en queftion > &: que les expreflions qui nous donnent cet- te idée, doivent être prifes dans un autre fens que celui que nous leur donnons. On veut, par exemple, que quand Jefus-Ohrift eft apel- lé Dieu, cela (unifie un homme envoyé de Dieu , & reorefentant Dieu : qu® quand il eft dit , qu'il a fait les fiécles , cela veuille dire qu'il fait le bonheur de ce fiéçle avenir , que les Juifs attendoient avec tant d’ardeur i que lorfque fes Difciples nous aprennenc 34 " ‘Traité de la Divinité a créé les chofes vifibles & les chofes inviftbles , CC - Ja veuille dire qu'il y a aporté changement qui confifte , en ce que les créatures vifibles, comme les hommes , ont été éclairées de la connoiflance de l'Evangile -, & que les créa- tures invifibles , comme les Anges , ont commencé d'avoir un chef qu'elles n'avoient pas, à fçavoir Jefus Chrift : que lorfque ces Difciples difent qu'il étoit au commencement , à* ejue toutes chofes ont été faites par lui , cela ligni- fie qu’il étoit dès le temps de Jean-Baptif- te, & qu'il eft l'auteur de l'Evangile; & de tout ce qui fe fait fous cette difpenfation : que lorfque Jefus- Chrift eft apellé Dieu mani- fefiéen chair , cela veuille dire une créature qui reprefente Dieu : que lorfque il eft dit de lui par opofîtioa aux Anges , qui a fondé la ter - re , & que les deux font l'ouvrage de fes mains , cela lui eft attribué par accommodatios & non pas à la rigueur de la lettre , &c. 11 ne faut qu'un peu de fens commun , pour voir combien toutes ces explications font violentes. Mais fupofons qu'elles peuvent avoir lieu , du moins ne peut on point nier que ces expreffions , fi elles doivent erre pri- fes dans ce fens , ne foient un peu obfcures & équivoques. On ne le peut nier; puis qu'on a été tant de fiécles fans les entendre ; & que conftamment la première imprefiion qu'elles forment naturellement dans nôtre cfprit , nous donne un autre fens que ce- lui là. Or cette vérité qui eft inconteftable , fuftit pour noiw perfuader que Jefus-Chrift a été moins fage dans fes expreffions & dans fon langage , que n'a été Mahomet , ( fi je puis le dire fans blafphême. ) Car Mahomet a parlé jufte , clairement , expreffémenc & de Jefut - Chrîfî. $$ fortement, pour montrer que le Dieu fou- verain ne de voit point être confondu avec la créature. On ne le peut nier. La chofe par- le. Chacun peut voir de quelle maniéré il s'exprime dans fon Alcoran. Jefus-Chrift au contraire a employé , ou ce qui revient à la même chofe ; il a permis que çes Difciples employaffent des expreflions obfcures , équi- voques , captieufes même , & qui femblent par leur impreflïon naturelle confondre Je- fus-Chrift avec le Dieu fouverain : les hom- mes étant obligez de prendre les termes dans leur lignification ordinaire & naturelle , & non pas dans un fens violent & extraordi- naire. Il s'enfuit donc que le langage de Ma- homet eft plus propre que celui de Jefus- Chrift à élever le Dieu fouverain , & à le glorifier ; & qu'ainfi fi le deffcin de Jefus- Chrift eft de glorifier Dieu , il a moins réiifiî dans ce defifein que Mahomet. Ce qui eft une conclufion également impie & extrava- gante. On ajoûte en troifiéme lieu , que Maho- met auroit été plus charitable envers les hommes , que Jefus-Chjrift , fi le fentiment de nos adverfaires avoit lieu. En effet , deux chofes font certaines. La prermere eft , que la plus.grande marque de charité qu'on puif- fe donner aux hon nies* c'elî'de les défen- dre de l'idolâtrie ; pu fque l'idolâtrie donne la mort à leur arne , & que les idolâtres n'heriteront point le Royaume des Cieux. La fécondé eft , quec'eft Mahomet , & non pas Jefus-Chrift, qui a pris des nBfures juf- tes, afin que les hommes ne tombaflent point dans l'idolâtrie, s'il eft vrai , que Jefus- Chrirt ne foit pas d'une même efîence avec le Dieu fouverain. Mahomet a aboli l'ida* , §6 Traité de la Divinité latrie Chrétienne , & jette de tels fondemens de la Religion , qu’on ne commence d’être idolâtre qu’en cedant d’être du nombre de fes Difciples. Mais pour J. C. on peut dire qu’il a donné occalion ou par ces exprefîions , ou par celles de Tes Difciples , à la plus vé- ritable idolâtrie qui fût jamais ^ files fenti- timens de nos adverfaires font véritables. Car non feulement il permet qu’on le traite de Dieu , mais encore il fouffre qu’on lui attribue les vertus les plus incommunicables de la Divinité , qu’on lui âplique les oracles de l’Ancien Tefiament qui expriment les ca- ractères les plus propres de la gloire de l’Etre fuprême. C’eft une chofe furprenante , par exemple , que Jefus - Chrift aparoiflant à Thomas après fa réfurreétion , il lui permet- te de s’écrier , Mon Seigneur & mon Dieu 1 fans lui rien dire qui marque combien cette exclamation qui confond la Créature avec le Créateur5eft impie &■ pleine de blafphême.- Thomas avoit été incrédule ; & le voici idolâtre. Auparavant il nepouvoit Ce perfua- der la refurre&ion de Jefus-Chrift , & à pre- fent il le confond avec la Divinité , en lui donnant un titre qu’on ne donne qu’à Dieu. Certainement de ces deux extrêmitez la der- nière eft la plus condamnable. L’incrédulité eft beaucoup moirrs criminelle que i’idola- trie. Car l’incrédulité ne fait tort directe- ment qu’à Jefus-Chrift j & l’idolâtrie en fait à Dieu. Il auroit donc valu beaucoup mieux que Thomas eût perfeveré dans l’incrédulité, que denffortir de l’incrédulité queparl’i- dolatrie. Cependant Jefus-Chrift lui reproche la première 5 & point du tout la fécondé. Cela eft furprenant. Cela me paroîc d’autant de Jefus - Chrift. 37 plus contraire à la charité que Jefus-Chrill devoit avoir pour les hommes 3 qu'il ne pou voit pas ignorer l’impreffion que ces ex- preffions faifoient fur les hommes en gene- ral , fur Tes amis , fur Tes ennemis. Il con- noifioit le paflfé Se l'avenir. Il fçavoit donc bien que les Juifs l'avoient accufé de blaf- phême, trompez par des expre/fions moin- dres que celles-là. Il n'ignoroit pas que ces mêmes expreffions donneroient occafion aux Chrétiens qui viendroient dans la fuite , de le confondre avec le Dieu fouverain , en foûtenant qu'il étoit d'une même effence avec lui. Connoiffant donc le paffé &i l'ave- nir à cet égard , il eil évident qu'il étoit de Ja chariré de Jefus-Chrill de fu primer & de défendre toutes ces expreffions qui pouvoient faire une imprefïion fi dangereufe. Cepen- dant il nous paroît que non-feulement il per- met que fes Difciples parlent ainfi , mais en- core qu'il fait rédiger par écrit fans explica- tion , fans adouciffement , des chofes fi plei- nes d'une impiété aparente. On dira que ces expreffions qui marquent la Divinité fouverainè de Jefus Chrift, font équivoques. Premièrement, je ne fçai pas quelle équivoque on pourroit trouver dans ces paroles qui marquent expréffement , que Jefus -Chrijl x fende lu terre', que les Cieux Jont l'ouvrage de fes mains : que pur lui & pour lui font toutes chefs 3 En fécond lieu , quand il feroit vrai que ces expreffions feroient équivoques , il luffiroit que certe ambigui- té lue contraire à la gloire de Pieu, pour les faire condamner d'impieté. Cette confideracion nous conduit à mon- trer en quatre r. je &■ dernier lieu . , que h Je- fus-Cfuift pas d’une même eiîence 3* Traité de la. Divinité avec le Dieu fouverain. Mahomet auroît pa- ru plus zélé pour la gloire de Dieu , que ma fait Jefus-Chrift. Pour le comprendre, il ne faut que confiderer ce que c’eft que glori- fier Dieu. Cpmme la gloire eflfentielîe de Dieu cor.fifte dans l’éminence de ces perfec- tions qui l'élevent au-deftus de tous les au- tres êtres , la gloire extérieure de Dieu con- fiftedans les Aétes de la Religion qui le dis- tinguent de toutes fes créatures. Or je corn* prens bien que Mahomet a glorifié Dieu en le diftinguant de tous les autres êtres : mais on ne comprendra jamais comment Jefus- Chrift a glorifié Dieu , lorfque fon langage & celui de fes Difciples ne femblent tendre qu’à confondre une fimple créature avec le Dieu fouverain. Il eft certain que ces expref- lîons qui attribuent à la créature les carac- tères de la gloire du Créateur , font vérita- blement facrileges. Je foûtiens même que quand elles pourroient recevoir un fens qui ne foit pas impie, il fuffit qu’elles foient équi- voques , & qu’elles puififent être expliquées au préjudice de la gloire de Dieu , pour les faire condamner. Car lî dans le commerce de la vie civile, on trouveroit criminel un lan- gage équivoque qui pourroit être expliqué aux dépens du fervice du Souverain j & fi dans les occafions où l’autorité royale eft ir>- tereftee , on regarde le filence & les équivo- ques de ceux qui s’expriment d’une maniéré ambiguë , lors qu’il faut parler clairement pour la gloire de fon maître , comme autant de crime dfv leze-Majefté : n’a t on pas rai- lon d’accufer d’im pieté & de blafphême i’ambiguité Se les équivoques dont il s’agit ici , quand il n’y auroit rien que cela ? Mais il faut s'arracher les yeux > pour ne poitri de Jefus- Chrijî. voir qu’il y a plus que de l'ambiguité & des équivoques dans un langage ^qui n'étant qu une perpétuelle aplication des caraéteres de lagloire du Dieu fouverain à Jefus-Chrift, ji'eft qu'une continuelle profanation , fi Je- fus-Chrift n’eft: pas d'une même elfence avec lui. ^Ainfî^ fi nous fupofons que Jefus-Chrift n'eft qu'une fimple créature , il s’enfuit clai- rement que Mahomet qui n'a eu rien plus à cœur que de faire recevoir ce principe, a parle conformément à la vérité, à la pru- dence, à la charité & à la pieté: au lieu que Jefus-Chrift: aura parlé d'une maniéré fauffe , imprudente, cruelle envers nous, impie envers Dieu , fi l'on ofe parler ainfi : différence qui n'eft point petite, mais tout- a-fait extrême. Si nous fupofons au contraire , que Jefus- Chrift foit d'une même elfence avec le Dieu fouverain , il eft clair que Jefus-Chrift: a parlé conformement à la vérité , lors qu'il s'eft attribué les noms, les titres & les ou- vrages de Dieu : il a parlé d'une maniéré très-fage s puis qu’il a employé les expref. fions qui étoient le plus capable de nous fai- re connoître ce grand principe : il a parlé avec charité ; puis qu'il n'a pas voulu nous Jailfer ignorer une vérité fi necelfaire : il a parlé d’une maniéré très convenable à la pie- té ; puifque nous ne pouvons manquer à ce que nous devons à Jefus-Chrift , fans offen- fer Dieu même , s'il eft vrai que Jefus- Chrift foit d’une même elfence avec#ieu. Mahomet au contraire dans cette fupofi- tion, n'aura parlé ni conformément à la véri- té , puis qu’il aura foûtenu que Jefus-Chrift tfeft pgiflt çç qu'il eft en effet , ni confor- 4<5 Traité de la Divinité mément au deftein qu'il dit avoir de glori- fier Dieu , puis qu'en faifant tort à Jefus- Chrift , on en fait à Dieu même ; ni con- formément à la charité , puis qu’il enfeigne aux hommes à blafphêmer contre Jefus- Chrift j & les engage par- là dans la mort,; ni conformément à la pieté, puis qu'il ne peut interefler la gloire de Jefus-Chrift fans interelfer celle de Dieu , fupofé que Jefus- Chrift foit d'une même elfence avec lui. Il eft facile de juger , fi c'eft le fentiment de ceux qui croient que Jefus-Chrift efi une fimple créature^, & duquel on tire des con- féquences fi affreufes , qui doit être regar- dé comme véritable ; ou fi c'eft le fentiment qui établit la confubftantialité de Jefus-Chrift avec fon Pere , d'où il coule des cosfeqtien- ces fi raifonnabîes , qui doit être reçu com- me orthodoxe. Au refte il n'y a gueres d'objeérions que l'on puiife faire contre tous ces principes , aufqueües il ne nous foit bien facile de ré- pondre. Car fi l’on dit , que Mahomet eft coupa- ble de n'avir pas eu d’aflez grandes idées de Jefus-Chrift : il eft aifé de répondre , que le préjudice qu'il a fait à la Religion à eet égard, eft très- petit , auprès de l'avanta- ge qu’il lui a procuré , en détruisant les idées exceflîves que les hommes s’étoient fait du Fils de Marie. Car fe reprefenter une créatu- re moins excellente qu'elle n'eft en effet , rieft pas un grand malheur , fur-tout Jorf- que cetrç J créature étoit devenue l'idole des hommes. Mais aprendre à ne pas confondre la créature , avec le Créateur, eft le chef- d'œuvre de la pieté & de la Religion. Maho- met a regardé Jefus-Chrift comme un i mpie homme : de Je fus - Chrijî. 4ï homme : mais Mahomet a regardé J. C, comme étant l’envoyé de Dieu ; & c’elt principalement fous cette nation que nos adversaires veulent que nous le confinerions. Au fonds ; quand Mahomet abolit une ido- lâtrie déteftabie j & que par -là ilëleveîe Dieu fouverain autant que ks hommes l’a- voient abaiffé , il faut compter pour rien ce petit défaut , qui confiée à ne pas élever affez Jefus Chrill. On peut dire même que l’abaiffement de Jefus Chrift , fimple hom- me ou fimple créature , feroit très-julle 6c très- légitimé , s’il fervoit à glorifier ou à éle- ver le Dieu très-haut. Si l’on obje&e en fécond lieu , que quand il feroit vrai que Mahomet auroit quelque avantage fur Jefus-Chrifi à certains égards , cela n’empêcheroit pas que Jefus-Chnil n’en eût d’autres bien plus grands encore à d’au- tres : nous répondrons , que ce qu’il peut y avoir de plus effentiel 8c de plus important dans la .Religion , regarde la gloire de Diet* & le faîutdes âmes , puifque ce font ici les deux grandes fins de cette Religion. De for- te qu’étant évident que Mahomet a mieux réiifîl que Jefus -Chriil dans le delïein d’éle- ver Dieu & de le glorifier , & de défendre ks hommes de l’idolâtrie qui e.ft contraire à leur falut , comme nous l’avons fait voir :: il s’enfuit que Mahomet elf en effet préfé- rable à Jefus - Chritf. Je paffe plus avant 5. & je dis que fi le principe de nos adverfai- res efi véritable , Jefus-Chrifi ôt^ Dieu fai gloire, & que Mahomet la lui-rencr . Si l’on dit , que Mahomet a fait fembîant d’avoir dans le cœur le defîr d’avancer 1& gloire de Dieu , qu’il n’y avoit pas en effet r. on répond , que. félon la.maxime. de Jefuasr Tome. Xlk 4t Trahi de la Divinité Chrift » on reconnoît les Douleurs à leurs fruits. Si l'on objedle , que Mahomet n'a point fait de miracles , nous dirons , qu'il r/eft. pasefientiel à un Prophète véritable de fai- re des miracles , comme cela paroît par l'e- xemple de Jean-Baptifte ; & qu'au relie la Loi nous apprend à juger non de la doctrine par les miracles 5 mais des miracles par la do&rine. Si l'on dit , que Je fus - Chrift avoit été prédit par les oracles des Prophètes j & que Mahomet ne peut fe vanter de cet avanta- ge : c'cfr-cela même qui augmente l'em- barras de nos adverfaires. Car peut - on^ comprendre que les anciens oracles n'ayent point prédit la venue de Mahomet qui dé- truit l'idolâtrie dans les plus belles & plus conliderabies parties de l'Univers : & qu'ils, ayent annoncé la venue' de celui qui devoir, être l'idole des Chrétiens pendant plulîeurs. jGécles , &: qui par les exprelEons & celles de fes Difciples devok donner lieu à la plus- horrible & plus monftrueufe idolâtrie qui. fût jamais ? n’eft ce pas une belle matière de joie que la venue & le miniilere d'un homme qui devoit s'égaler & fe confondre.' avec le Dieu fouverain , pour être ainfi cé- lébrée par un Prophète : Leve- tôt & fois illu- minée. Car ta lumière efi venue , & la gloire fe. i’Eternel s’eft élevée fur tôt,. Si l’on dit , que la Morale de Jefus-Chrift furpaife celle de Mahomet : on demandé' quelle plit être cette morale qui n'empêr chepasles Chrétiens d'être coupables d'im- pieté & de blafphême , ni Mahomet d'être plus charitable & plus zélé pour la gloire ïe Dieu que Jefus Chrift. Certainement û dé Jefus - Chrîfi. 4* Jefus-Chrift n’eft point d'une meme enesce avec le vrai Dieu , c’eft une dourine d’im- pieté , plutôt qu’une do&rine de pieté , que la Religion Chrétienne. Si l’on dit que Mahomet a agi par poli- tique j au lieu que Jefus - Chrifi a agi par perfuafion , nous demandons en qui on re- marque le plus de caraéteres de i’efprit du monde , ou en un homme qui s’attribue tous les cara&eres les plus eftentiels de la gloire de Dieu fans l’être véritablement , tel qu’éft Jefus-Chrift s ou en un homme qui ne fe propofe rien de plus effentiel dans J’établif- fement de fa Religion, que d’élever & de glorifier le vrai Dieu , en montrant qu’on ne lui doit point aflbcier une fimple créa- ture. Si l’on obje&e , que Mahomet Rate la chair & le fang , en promettant un Paradis charnel & des délices groflteres : nous n’a- vons y fans examiner fi les Difciples de Ma- homet ne fpiritualifent pas leur Alcoran , en prenant ces exprelïions groflïeres dans un lens myftique & fpirituel , comme c’eft la vérité , nous n’avons qu’à répondre en tout cas , que les vices qui naiflfent des affections de la chair & du fang , ne font pas fi dange- reux que ceux qui naififent de l’orgueil &: de l’impiété de l’efprit, & qu’ainfi ja Morale de Mahomet feroit encore , à cet égard , moins dangereufe que la doétrine de Jefus-Chrift. Enfin j tandis qu’on fupofera que Jefus- Chrift a donné lieu à l’idolâtrie Chrétienne s> en parlant comme il a fait ,& que Mahomet au contraire a aboli cette idolâtrie , on trou- vera que les avantages que Jefus-Chrift peut avoir fur Mahomec , font très-petits , & les* avantages que Mahomet a. fur Jefus-Chrift-» B ijt *44 traité de la Divinité très- confidérab les , parce qu'il n'y a pas rien de plus effeniiel dans la Religion que de glo- rifier Dieu. Ce qui commence a nous faire voir , que la vérité de la Religion Chrétienne , & la Divinité de nôtre Seigneur Jefus-Chrift font fi eflfentiellement jointes , qu'on ne peut éta- blir l'une fans jufiifier l'autre , ni détruire celle ci fans renoncer à celle - là. Mais on le montrera beaucoup plus clairement & plus fortement encore dans la fuite de cet Ou- vrage. II. section. Où l'on fait voir que fi Jésus-Christ n'étoit pas le vrai Dieu d'une même cfïènce avec fon Pere , le Sanhédrin auroit fait un adte de Juftice en le fai- fant mourir, ou du moins que les Juifs auroient bien fait enfuite de s'en tenir à cette fentence. CHAPITRE I. fremiere preuve tirée de ce que Jefus-Chrift a pris le nom de Dieu.. COmme le fèntimentdéceux qui croyent que JefuSrChrift eft un fimple homme 5 ou mêmd une fimple créature > va à. confa»» crer la Religion Mahometane , il tend auift à juftifier les Juifs du plus execrable parricir de qui fût jamais ni commis , ni conçu , qui eft le meurtre de Jefus- Çbrift noire Saur de Je/us - Chrîfî. 4-ç En effet , pour juftifier parfaitement les Juifs à cet égard , il ne faut que montrer premièrement que le Sanhédrin a eu droit déjuger Jefus-Chrift : en fécond lieu, qu'il a eu raifon de le condamner de blafphême : pour un troifiéme , qu'il a eu droit de Je faire mourir : & enfin , que les Juifs ont eu raifon de s'en tenir à la femence de leur San- , hedrin ,. & de rejetter la prédication de ceux, qui leur ont propofé de croire en ce Cruci- fié. Or iL effc certain que ces quatre propo fitions font véritables, s'il eft vrai que Je- fus-Chrift foit un fimple homme , ou une fimple créature % & non pas le Dieu fou- verain. Pour le droit que l'on a eu de juger Je- fus-Chrift , il eft inconteftable ; puifque le. Sanhédrin étoit un Confeil établi de Dieu- même , & qu'il connoiffoit géneralemenr de toutes les affaires capitales qui regar.- doient la tranquilité de l'Etat, ou laconfer- vation de ^ Religion. U n’eft pas moins certain qu'on a eu Je droit de le faire mourir, s'il a été convaincu* de blafphême & derejetter la prédication de fes Apôtres , fi on l'a fait mourir avec Juftice. Ainfi la difficulté, confifte unique- ment àfçavoir , fi Tors a pû. le convaincre de blafphême. Il n'eft plus fur la terre. Les Juifs ne peuvent point inftruire le procès de nouveau en le mettant fur la fellete : mais il leur fera facile de connoître fa doctrine dans les Ecrits de fes Duciples $üi nous l'ont confervée. En effet le témoignage que Jefus-Chrift rend de lui- même, doit. être corif fondu avec celui que fes Difciples rendent de lui j puifque tout le monde convient, qujls ont parlé par l'ordre & par l'efgrk.dç; 4^ Traité de la Divinité Or il paroît que les Ecrits de Tes ©ifcipîes s ». Que Jefus-Chrift a été appelle Dieu : t. Qu’on lui a attribué les vertus de Dieu ; hon- neur qui n’avoit jamais été rendu qu’à Dieu : 3. Qu’il fe fait adorer : 4. Qu’on l’a fait égal à Dieu : 5. Qu’on lui a attribué les oracles de l’Ancien Teftament,qui expriment la gloire deDieu 5 & il eft évident par la lumière naturelle , que tout cela ne peut fe dire d’un limple homme , ni d’une limple créature , fans un bîafphême manifefte. Mettons-nous pour un moment en la pla* ce des Juifs de nos jours , & voyons li fu- pofé que le principe de nos adverfaires eft véritable , nous ne ferons pas obligez de perfeverer dans nôtre incrédulité. Pour fortir hors de cet état , il faudroit de deux chofes l’une : ou que nous pûfîions nous perfuader que Jefus - Chrift ne s’eft point apellé Dieu, qu’il ne s’eft point fait adorer , qu’il n’a point prétendu être égal à fon Pere, & qu’il ne s’eft point appliqué , oü qu’il n’a point permis qu’on lui appliquât les ©racles de l’Ancien Teftament,qui expriment la gloire de l’Etre fouverain : ou bien il faut fe perfuader qu’un limple homme peut fans impiété porter le nom de Dieu avec l’idée que cet augufte nom renferme , & la gloi- re & le culte qui fuivent cette idée. Le premier n’eft point poffible. Jefus-Chrift eft apellé Dieu dans les Ecrits des Apôtres. Il eft nommé le grand Dieu. Thomas lui dit apre^la réfurreélion , Mon Seigneur & mon 'Dieu ! Saint Jean commence ainlï fon Evai>- g: le : Au commencement éioit lu Parole , & la Farole étoit Dieu. Saint Paul l’apelle , Dieu ma- nifejlê en chair , & juftifié en efprit. Il n’impoiv seau, refte que ce foit en Grec ou en Hfc* de Jefuî - Chrrfî. 47 t>reu que ce nom foit donné à Jefus - Chrift.. Chacun f$ait que dans quelque langue que ce foit , ce nom exprime la gloire d'une ef- fençe élevée au- deflus de la nôtre. D’aHîeurs on ne |>eut douter que les Apôtres n'attri- buënt a Jefus-Chrift tous les noms de Dieu eonfacrez dans l’ufage delà langue fainte , puis qu'ils lui attribuent tous les oracles ou il efr parlé du Dieu fouverain. Ileft bon de remarquer ici , que ces cinq chefs de l'accufation que les Juifs peuvent former contre Jefus-Chrift j fe foutient mu- tuellement. On ne peut douter que Jefus- Chrift ne s'attribue le nom de Dieu ; puis= qu'il fe fait adorer. On ne peut pas douter qu’il ne fe falTe adorer dans un fens propre- ment dit , puis qu’il fe fait nommer Dieu* On ne peut difconvenir que ce nom ne lui foit attribué entant qu'il exprime la gloire de Dieu , puis qu'on ne fe contente point de lui donner ce nom , mais qu'on le lui attribue avec l' idée des perfections que ce grand nom renferme , & même qu'on le fait égal à Dieu , après lui avoir attribué les perfections divines. On ne peut nier qu’on ne le fafle égal à Dieu } puisqu’on lui applique des oracles qui parlent du Dieu, fouverain , qui ne parlent que du Dieu fou- vesain , & qui expriment les caraéteres de fa gloire efifentielle. Mais il faut confîderer toutes chofes dans le détail. Chacun {çait que nous nous faifons natu- rellement un fcrupule de prendre 1 Jnom de ; Dieu ; & l’on demande d'abord d'où vient: cette répugnance : fi c'eft du refpeCt que nous avons pour la Divinité j ou de quelque au- tre principe. Si c’eft de quelque autre prin- cipe, qu’on nous marque ce principe- là. SI: 48 Traité de la Divinité e’eft du refped que nous avons pour la Di- vinité , je demande encore , fi c’eft du re£ pedt que nous devons à l'Etre fouverain j oa du refipecï que nous avons pour quelque Di- vinité fubalterne. Ce n’eft pas du refpeâ: qui eft dû à quelque Divinité fubalterne : car fi cela étoit , il s’enfuivroit que ceux qui n’ont point reconnu la Divinité fubalterne , n’ont point du faire difficulté de prendre le nom de Dieu : ce qui feroit rempli d'extrava- gance. Que fi c’eft le refpeét que nous avons pour le Dieu fouverain qui fait que nous refufons de prendre le nom de Dieu , il s’enfuit qu’en prenant ce nom , nous cro- yons faire tort à l’Etre fouverain ; & qu’ainfi il faut que nous foyons perfuadez que ce nom foit propre à i’Etre fouverain : & fi nous croyons que ce nom eft propre & con- facré à l’Etre fouverain , nous ne pouvons regarder que comme un impie celui qui fans être le Dieu fouverain , ofe prendre ce nom. Et en effet le nom de Je fus - Chrift , celui de Sauveur ou Rédempteur du monde , n’eft alfûrément pas plus confacré au Fils de Ma- rie, que le nom de Dieu eft confacré à l’Etre fouverain. Car comme jufqu’ici per- fonne n’a ofé donner ce nom à un autre qu’au Fils de Marie parmi lés Chrétiens : auffi perfonne n’avoit ofé donner le nom de Dieu à un autre qu’au Dieu fouverain par- mi les Juifs. Et comme les Chrétiens n’en- tenden{j’as plffiôtcet adorable nom > Jefus- Chrift , qu’ils fe repreentent cet homme £aint & divin qui a été conçu dans le fiein de Marie : de même on ne prononçait pas plutôt l’augufte Nom de Dieu, ou celui qui répond àceluirci , que les Juifs avaient l'idée de Je fus - Ckrift. 49 l'idée de ce grand Dieu qui a créé les Cieux & ia terre. Comme donc un homme qui prétendroit aujourd'hui le nom de Jefus- Chrid fans l’être véritablement , & qui vou- droit être adoré comme nôtre Sauveur , fe- roit judement condamné de blafphême : on foûtient qu’un homme qui a pris le nom de Dieu fans être le Dieu fouverain , peut être jullement condamné d'impieté. Il ne fervira de rien de dire , que quoique Jefus- Chrid ait pris le nom de Dieu , il a pour- tant fait entendre qu'il n’étoit point le Dieu fouverain. Car premièrement il eft faux, que Jefus-Chrid ait donné à entendre , du moins comme il falloir , qu'il n'étoit point le- Dieu fouverain. Le contraire paroît évidem- ment de fon langage & de fa conduite. Car s'il n'ed pas le Dieu fouverain , pourquoi prend-il un nom propre & coni atré au Dieu fouverain ? S'il n'ed pas le Dieu fouverain , comment fe fait- il rendre l'adoration , qui ed un hommage ou cuite propre au D;eu fouverain ? Je réponds en fécond lieu , que comme ce feroit une impiété à un homme qui fe reeonnoîtroit n'être point Jefus-Chiid, de prendre les noms & les qualitez de Je- fus - Chrid j & de prétendre a-u culte qui n'ed dû qu'à xe divin Sauveur : c'ed une impiété tout de même à un hpmme qui n'elt pas le Dieu fouverain , de prendie les noms & les qualitez du Dieu fouverain , Sc en fe faifant adorer , fe faire rendre un hon- neur qu'on n'avoit accouumé de rendre qu'au pieu fouverain. ^ . Suppolons que Moïfe revenant de la fain- te Montagne , fon Rédempeur » E iiif Traité de la Divinité l'Eternel des armées. Je fuis le premier , & je fuis le dernier, il n'y a point de Dieu fi ce n'efir moi. Cela veut dire , que celui - là qui eft Dieu , peut fe nommer Jehov a , le Rédempteur ulfraèl , le Dieu des armées , le premier & le dernier -, mais que celui qui ne poffede point tous ces titres , ne peut & ne doit point être regardé comme Dieu. Vous voyez com- ment les Juifs ont raifon de s'attacher à ce grand principe , qu'il n’y a qu'un feul Dieu , & qu'autre que le Dieu fouverain, ne doit porter ce grand nom. Je fuis l'Eternel , dit- il par la bouche du même Prophète , & il n'y en a point d’aUtre , il n'y » point d'autre Dieu que moi. Je t' ai ceint , bien que tu ne me connufjet point, afin qu'on tomoijje depuis le Soleil levant , juf qu'au Soleil couchant , qu'il n’y en a point d'au- tre que moi. Je fuis l'Eternel , (y il n'y en a point d3 autre qui crée les ténèbres , Ô* qui forme la lumière , qui fait la paix , & qui crée L'ad- •uerfité. C'efi moi l'Eternel qui fais toutes ces chofes. Voyez , je vous prie , avec quel foin le Prophète répété cette vérité effentiellc 8c capitale , qu'il n'y a qu'un feul Dieu , 8c qu'on ne doit reconnoître pour tel, que celui qui a créé la lumière , & qui forme les té- nèbres. Vous , tous les bouts de la terre , dit - il ailleurs, regardez vers moi , & foyez fauvez. Je fuis le Dieu fort , & il n'y en a peint d'autre . C'eft fur ce principe , diront les Juifs , que nos Peres ont jugé votre Melfie. Il s'ell dit Dieu , & nous fçavons qu'il n'y a qu'un feul Dieu quj a créé les Cieux 8c la terre. Vôtre Melllt n'étant point ce Dieu , il ne fçauroit l’être , pu ï! que nous fçavons qu'il n'y en a point d'autre. lia blafphemé. Quand, les Juifs parleront ainfi , qu'au- rons-nous s répondre , fi nous fupofons que de Je fus - Chrîjt. j 7 Jefus-Chrift eft un (impie homme , & que néanmoins il s’eft dit Dieu ? Dirons - nous que c’eft un Dieu équivoque j qu’il n’y a que le Ton de cette expreflion qui lui con- vienne ? Non. Car fi cela étoit , Jefus- Chrift ne meriteroit pas mieux qu’un autre homme, de porter le nom de Dieu. Dirons- nous que c’eft ici un Dieu métaphorique ; & que Jefus-Chrift eft dit Dieu , dans le même fens qu’un homme extrêmement bra- ve , appelîé le Roi des vaillans , porte ce nom? Mais ce qui montre que Jefus Chrift ne fe donne pas pour un Dieu métaphori- que , c’eft qu’il fe fait adorer. Quand nous apellons un homme extrêmement brave , le Roi des vaillans r nous ne le traitons pas pour cela de Majefté. Outre qu’on n’a pas accoutumé de prendre un nom Simplement » fans correétif & fans adouciflement , lors qn'on ne peut fe l’attribuer que par méta- phore. Dirons -nous que Jefus-Chrift eft à la vérité un Dieu proprement dit , mais que' ce n’eft qu’un Dieu fubalterne & dépendant du Dieu fouverain ? C’eft-là en effet la ré- ponfe de ceux qui croyent qu’il eft une (im- pie créature par fon effénce. Mais par mal- rneur pour eux , lorfque l’Ecriture exclud la pluralité des Dieux en étabWfant l’unité de Dieu , elle exclud les Dieux fubalternes. Car elle exclud les Dieux qui n’ont, point créé toutes choies , comme cela fe voit par- tout dans i’ancien Teftament. D’ailieurs je demande, fi lorfqu^le fou- verain Légiflateur dit dans le Décalogue , Tu n'nu'As point d’autre Dieu devant ma face , il prétend exclure généralement tous jes ob- jets qui ne font point le Dieu fouveraift.j, ou feulement quelques - uns d’eux. S’il n’en Traité de la Divinité a voulu exclure que quelques-uns , il s*en- fuit que dans le tems que le Législateur di- foit 5 Tu n'auras point d'autres Dieux devant ma face , les Ifraëlites pou voient entendre qu’il leur étoit permis d'avoir quelques autres Dieux devant fa face. Que li Dieu défend d'adorer tous autres objets qui ne font point le Dieu Souverain , fans exception , il s'enfuit que les Juifs ont eu raifon d'accufer Jefus Chrift de blafphême , lorfque celui-ci a voulu fe faire reconnoître d'eux comme un Dieu fu- bal terne , contre ce précepte li exprès de leur Loi. On me dira ici , que lorfque le fouve- radi Législateur dit dans la Loi , Tu n'auras point d'autre Dieu devant ma face , il prétend principalement exclure les faux Dieux des Payens. Cela ne fait rien. Car première- ment , lorfque le Législateur exclud les faux Dieux en cet endroit , c'eft par une proposi- tion générale qui exclud tous les objets de nôtre culte , qui ne font pas le Dieu fouve- rain. Car le Législateur n'abhorre point les idoles Payennes parce qu'elles font Payen- nes , mais parce qu'elles ne font point le vrai Dieu , & qu'elles font adorées comme Si elles rétoient. Prenez donc non-feulement le bois, la pierre, mais un homme , mais un Ange } dès que vous l'adorez comme un Dieu , vous ea faites une idole Payenne. Autrement , on ne pourroit point redrelfer celui qui adoreroit quelqu'Ange , en lui di- fant cef*précepte du Décalogue , Tu n duras point d'autre Dieu devant ma face. C'eft donc ici un précepte général qui défend de recon- noître d'autre Dieu que le Dieu Souverain » & qui par conféquent exclud tous les Dieux fubalternes. de Jefüf-ChriJf. Que fi le fens du Légillateur étoit, Tu n' au- ras point d'autres Dieux fouverains devant fa- ce , on peut dire que de tous les Dieux des* jPay eus il n'y auroit que leur Jupiter dont le: fervice fut condamné dans la Loi du Décalo- gue. Car il n'y avoit que Jupiter qui paflat parmi eux pour le Dieu fouverain. On peut dire que le delfein de la Loi 5c des Prophètes , lors qu'ils répètent fi fou- vent , que 1‘ Eternel feul efl Dieu , qu'il n'y en a point d’autre que lui , que nous ne devons point avoir d'autres Dieux devant fa face , n'eft pas d’exclure la multitude des Dieux fouverains* car pourquoi entreprendroient-ils de con- damner une erreur qui n'a jamais été , 5c qui aparemment ne fera jamais ? mais que leur but eft lur-tout d’exclure la multitude des Dieux fubalternes. Ce qu'ils font , en montrant i'impolïibilité qu'il y a que des créatures baffes & foibles partagent la gloire de la Divinité avec une Effence fi grande, fi parfaite & fi puififante , telle qu'ell le vrai Dieu. C’eft là la raifon pour laquelle ils font des defcriptions les plus magnifiques &: les. plus éclatantes qu'il eft poffible de ce Dieu , qu'ils repréfentent tantôt comme le Créa- teur du Ciel & de la terre , tantôt com- me le fouverain difpenfateur de la profperirc- & de l'adverfité, &c. & des defcriptions fi balles & fi trilles des idoles , qu'ils repréfen- tent comme n'étant dans leur fubftance que des pierres qui ont été tirées de la carrière > ou une partie d'un bois qui a crû. pB laro- ifée des Cieux. Les Juifs n'ont-ils donc pas raifon de trou- ver mauvais que Jefus-Chrift n’étant qu'un; fimple homme , il fe falfe un Dieu ? Et pou- vons-nous condamner leur jugement, à moine €o Traité de la Divinité que nous ne (bions perfuadez quejefus Chrift n'eff point effentiellement different du Dieu qui a créé le Ciel & la terre ? Ils attachent ridée de l'fctre fouverain à ce nom de Dieu , parce qu'ils ont apris des Pro- phètes , qu'il n'y a qu'un feul Dieu qui a fait les Cieux & la terre , & que tous les autres Dieux ne font que vanité , & qu'ils doivent périr fur la terre. S'ils fe trompent, iis fe trompent avec les Prophètes qui les ont jettés dans l'erreur. S'ils ne fe trompent pas , iis ont raifon de condamner d'impieté tous ceux qui ufurpent le nom de Dieu. En effet les noms , comme chacun fçait , ne lignifient point naturellement , mais par inftitution. Ainfi il ne faut pas confiderer les lettres & les voyelles qui compofent le nom de Dieu en nôtre langue , ou Sios en Grec, oujehovazn Hebreu ; mais il faut voir quel fens les hommes lui ont attaché. Or ce fens n'eft pas celui qu'il plaît à un particulier de lui donner , mais celui que le confentcment des hommes lui a attaché. S'il prenoit en- vie à uii Comte de l’Empire de fie qualifier Empereur , il courroit grand rifque de dé- plaire aux Puiffances. Et il ne lui ferviroit de rien de dire , que par le nom d'Èmpereur il n'entend autre chofe qu'un homme qui eft fouverain dans fies Etats ; on lui diroit , que c'eff le confentement des hommes , & non pas fon caprice particulier , qui fait la li- gnification des noms. De même il ne fervira de rivaux Chrétiens de dire , que Jefus- Chriff véritablement a pris le nom de Dieu , mais que par ce nom il n'entend pas ce que les hommes ont accoutumé d'entendre. Car il ne s’agit pas de fçavoir ce qu’il a entendu , mais çe que les autres on dû entendre , lors de Jefus-Chrifl. 6 1 qu'ils ont vu qu'on lui donnoit ce nom. Ainfi, pour fçavoir ce que Jefus-Chrifl: a prétendu s'attribuer en fe difant Dieu, ou ce que les Difciples ont prétendu lui attri- buer en lui donnant ce nom , il ne faut que confiderer quelle étoit la véritable lignifica- tion de ce nom, établie par l'ufage. Cet ufa- ge eft ou des hommes en général , ou des Payens , ou des Juifs , ou des Prophètes, ou de Dieu même. Si le nom de Dieu con- vient à Jefus-Chrifl fimple homme , dites- nous fuivant quel ufage. En voilà cinq. Choifififez. Ce n'eft point fuivant l'ufage des hommes en général , ou des Payens en par- ticulier , puis qu'ils n'ont pas acccûtumé de donner le nom de Dieu à celui qui efl un fim- ple homme , ou un fimple efprit par fa na- ture. Ce n'efl pas non plus félon l'ufage des Juifs , des Prophètes , & de Dieu même. Car les Juifs étoient accoûtumés à attacher à ce nom l'idée de l’Etre fouverain , l'idée de Dieu qui a créé les Cieux & la terre. Us n'en connoiâent point d'autre. On peut dire la même chofe des Prophètes qui les avoient ainfi inftruits , & du Saint-Efprit qui avoit ainfi inftruit les Prophètes. CHAPITRE II. Suite de la même Preuve. LEs Juifs qui vivoient du tems des Apô- tres , ne font point coupables de parler comme Dieu 8c comme les Prophêÿs leur ont enfeigné. Us ne le font point de n'avoir ipû deviner qu'il y avoit une lignification du nom de Dieu , inconnue jufqu'alors , qui juflifioit pleinement un homme convaincu «ri Traité de la Divinité fans cela de blafphême. Les Juifs de nos jours le font encore moins de parler comme leurs Peres ont parlé. Mais il fera bon de voir en combien de maniérés les Prophètes les avoient inftrnits à cet égard. I. Ils les faifoient continuellement fouvenir de cette Loi du Décalogue, Tu n’au- ras point d’autres Dieux devant ma face : & ja- mais ils n^ont ajouté le moindre adoucilfe- ment , ni la moindre reftriélion qui ait mar- qué que ce précepte ne de voit être regardé comme un piécepte général , & qui obligeât les hommes de tous les tems & de tous les lieux. Les Juifs ont ■ ils été obligés de croire fans en être avertis , que l'obligation de ce précepte fi inviolable jufqu'alors , avoit cef- fé du tems de Jefus-Chrift ? I I. Iis opofent perpétuellement le Dieu qui a fait toutes chofes , aux Dieux qui (e font faits eux-mêmes. Ils donnent ce carac- tère au Dieu dont ils fcûtiennent l'unité en toutes fortes d'occafions , c'eft: qu'il a fait les deux & la terre ; & ils nous déclarent qu'il n'y a point d'autre Dieu. Les Juifs feront- ils plus fages que les Prophètes ? aporteront-iis des exceptions là où les Prophètes n'en ont jamais aporté ? III. Ils nous difent que tous autres Dieux que le vrai Dieu Créateur du Ciel & de la terre , font des Dieux corruptibles , & qui périront tôt ou tard. Les Dieux , difent- ils , qui n'cnt point créé les deux & la terre , périrent de deffus la terre. Le Prophète fait un Taifom^ment caché & implicite , qui peut être ainfi dévelopé. I.es Dieux qui n'ont créé les Cieux , périront fur la terre. Or les Idoles qu'adorent les Nations, font des Dieux q«i n’ont point créé les Cieux. Donc les Ido* de Jefus - Ckrift. 6$ les qu’adorent les Nations , périront fur la Terre. La première propofition de cet argu- ment , eft une propofition générale , qui èn- feignoit aux Juifs à ne reconnoître point d'autre Dieu que celui qui a créé les Cieux , & qui demeure éternellement. Les Juifs ont- ils dû regarder ce principe des Prophètes , comme étant faux& illufoire ? IV. Ils nous donnent ce caraélere de Dieu , c'eft qu'il ne peut être portrait , par- ce qu'il n'y a rien qui foit capable de nous le reprefenter. A qui me feriez-vous femblahle ? dit Dieu par la bouche du Prophète Ifaïe. Ma main n a-t-elle pas fait toutes ces cbofes ? Ce qui aprenoit aux Juifs à ne pas reconnoître pour Dieu tout ce qui pouvoit être reprefen- té par des llatuës ou par des images , & à croire par confequent qu’un homme étoit bien éloigné de pouvoir porter ce nom glorieux. V. Le nom de Jehova & les autres noms de Dieu étoient des noms fans diftinélion,que Dieu s’impofoit à lui - même , ou que les Prophètes lui donnoient pour l'élever au défi- fus des créatures, fe fuis ÏEtemel , dit Dieu par la bouche d'Ifaïe : C'eft - là mon nom. il n’y a point d’autre Dieu que moi. Les Prophètes enfeignoient auflià jurer par le nom de Dieu. Celui qui jurera , difei it -ils , en la terre , jurera par le Dieu ds vérité. Vous jureref par mon nom , dit Je Souverain Legiflateur. Ou ce nom devoit le diftinguer de toutes les créatures fans exception » ou il ne devoit le diftinguer que de quelques-unes de les créâmes. S'il ne devoit le diftinguer que de quelques-unes de fes créatures , en vain Dieu s'écrie par la bouche du Prophète , fe fuis l’Etemel : t'ejl-là won mm i il n’y a point d'autre gieu qm €4 Traité de la 'Divinité moi : puis qu'on peut lui répondre : Il eft vrai , ceft-là ton nom , mais ce nom ne te diftingue pourtant pas de toutes les créatu- res , puis qu'il y en a , ou qu'il y en doit avoir , qui le porteront aulîi bien que toi. Que fi ce nom devoir le diftinjjuer de toutes fes créatures fans exception , je dis que qui- conque prend cet augufte nom , fe tire par- la de la condition des créatures > & qu'ain- fi3 fi Jefus-Chrift prend ou ce nom , ou d'au- tres noms qui en expriment la gloire, ce qui eft la même chofe , les Juifs ne peu- vent s'empêcher de l'accufer d'impieté & de blafphême. V I. Les Prophètes répètent ce qu'ils nous difentde l'unité de Dieu, dans prefque toutes les pages de leurs divins Ecrits. Or , pour le dire en pafiant , on ne peut raporter c es foins extraordinaires de nous aprendre qu'il n'y a qu'un feul Dieu , fi ce n'eft au danger qu'îl y avoit que les hommes tom- bafîent dans l'idolâtrie , en reconnoiflant pour Dieu ce qui ne l’étoit point. Or je demande , , n'y avoit-il plus aucun danger i||ue les hommes tombaient dans l'idolâtrie , lorfque le Sanhédrin a jugé Jefus-Chrift? Certainement le danger étoit aufti grand en ce temps-là que du temps des Prophètes : & s'il en faut croire nos adverfaires, l'évene- ment a fait voir que les hommes pouvoient redevenir Payens , en mettant une créature honorée du nom de Dieu , fur le trône de la Divinité. Les Juifs dévoient avoir foin de la gloirf 'de Dieu , comme les Prophètes en avoient eu du temps de leurs Peres. Les Juifs pouvoient prévoir que fi on permettoit à un fimpîe homme de prendre le nom de Dieu 3 il feroit mis bien-tôt en la place de l'Etre de Jefus - Chrijf .• gj TEtre fouverain ; & l'évenement ne les au- roit que trop juftifiez à eet égard» Si donc les Prophètes avoient crié pendant tant de Cécles qu'il n'y avort qu'un feui objet qui dût porter le nom de Dieu > pour empêcher les Juifs de tomber dans l'idolâtrie : les Juifs ont dû par ce même interet s'élever contre un homme qui ofoit prendre les noms & les titres de Dieu. VII. Il ed extrêmement remarquable , que les Prophètes prennent à tâche de faire voir aux Juifs j que les êtres fubalternes & dependans ne doivent point être apellez des Dieux , en nous difant qu'il ne faut point reconnoître les Dieux qui n'ont point fait les Cieux , qui ne font point pleuvoir fur la: terre, &c. Les Juifs ont- ils du perdre tout: d'un coup & fansaucune raifon ce jude pré- jugé ? ou ne le perdant pas , ont-ils pû con~ fentir à l'Evangile ? Ils voyoient que Jefus- Chrill étoit un fimple homme , & par con- féquent un être fubalterne & purement dé- pendant. Us ont donc été obligez de regar- der comme une fuperllinon, la Religion qi*» lui attribuoit les noms & la gloire de Dieu, - ou de fe mocquer des principesde leurs Pro- phètes. VIII. Les Prophètes voulant nous mon- trer que Dieu ne peut jamais consentir ë voir honorer d'autres Dieux que lui, en pren- nent une raifon du confeil de Dieu j ils in- troduifent Dieu parlant ainfï : fe ne donnera v point ma gloire à un autre. Les Jui% avoient donc raifon de penfer qu'il n'avoit pointdon- né fa gloire à Jefus- Chrid. Car ou cette pro- pofition ed générale, de forte qu'elle ligni- fie , que Dieu ne donne jamais fa gloire ë perfonne ; ou elle ed particulière., de forts; 3 sm. LL. U fi. Truité de la "Divinité. qu’elle marque feulement , que quelquefois & en certaines rencontres Dieu ne donne point fa gloire à un autre. Si c’ell une propo- iïtion particulière , le raifonnement du Prophète ne vaut rien. Car il doit être con- çû de la forte. Dieu ne donne point fa gloi- re à un autre en quelque occafion , bien qu’il la donne en d’autres. Donc il ne don- nera point fa louange aux images taillées. Qpe fi c’eft là une propofition générale , comme le bon fens & la force des termes nous rapprennent aiTez j & qu’elle lignifie ,, jamais en aucune occafion Dieu ne donna fa; gloire à un autre : il s’enfuit que les Juifs, ont été obligez de croire que Dieu n’âvoit point donné fa gloire à Jefus- Ghrift , & qu’ainfi Jefus- Chriil ne pouvoir fans une im- piété manifeile , ni fe revêtir des titres de; Pieu j ni prétendre à. des honneurs divins ,. ou à l’adoration qu’on avoir accoutumé de rendre feulement à l’Etre fouverain. IX. Le refpeét que les Prophètes ont eu. pour les noms qui expriment i’effence & la, gloire de Dieu, eft tel, qu’ils évitent d’en prendre leurs métaphores. C’eft-là une diffé- rence effentieiie qu’on peut remarquer entre le langage humain & divin. Le premier , comme étant le langage des hommes qui ne refpeélent pas alïez. la Divinité , eft rempli de métaphores prifes de Dieu. Tout y- eft' divin, adorable , éternel, infini. Les ter- mes d'encens , de facrifke:, de confacrer de fe défiler , & mille autres exprdftons . prifes du culte que nous devons à. Dieu , ne coûtent rien. Mais elles font bannies du lan- gage du Saint - Efprit , qui parlant de Dieu comme de Dieu-, Se de la créature comme de là, créature y évite les métaphores prifes . de fefut - Cbift. deTEtre fouverain3quand il faut parler de la. créature. Elle ne dit point le Dieu des épott- •y ante mens , mais le Roi des épouvante mens. Que s'il arrive une fois au Pfalrr^iile de dire , Vous êtes Dieux > il ajoâce immédiatement après : Mais vous mourrez, comme des hommes. Sur quoi il faut remarquer quel eft le terme de l'original : c'eft celui de Elohim , nom qui n'eft pas fi propre à Dieu que les autres y puis qu'il eft aulfi donné aux Anges : nom pluriel qui eft plutôt un nom appellatifqu'uifc pom propre : nom qui ne peut interelfer la gloire de Dieu , parce qu'il n'eft donné en cet endroit aux Puiftances , que pour former: l'antithefe qui doit les humilier. Vous êtes Dieux , mais vous mourrez comme des hommes. Que fi le refpeét que les Ecrivains, facrez de l'Ancien Teftament ont eu pour les noms propres de Dieu , eft fi grand ; ôc fi l’on peut remarquer ce même refpeét dans les Ecrivains du Nouveau, qui ne prennent: point leurs figures & leurs métaphores * quand iis parlent de la créature , des attri- buts de Dieu , comme ont fait les Auteurs^ payens , & comme font encore aujourd'hui: les Auteurs du fiécle : peut - on condamner d'une excdfive délicatefte les Juifs* lorsqu'ils; ne peuvent fouffrir qu'on donne à un fimpie homme le nom de Dieu, & même qu'on; le lui donne dans un fens qui engage à l'ado- rer ? Car enfin , ou le nom de Dieu exprima la gloire du Créateur , ou il exprime la gloi- re de la créature, ou il exprime use gloire1 commune au Créateur Se. à la créamre. Om ne peut point dire qu'il exprime une gloire commune au Créateur & à la créature. Car fi cela éioic , les Prophètes n'auroient pûi dire y qu'il y a un feul Dku y Se chacumdft Traité de la "Divinité nous pourroit prendre ce nom fans en faire difficulté. On ne peut point dire qu'il expri- me lu gloire de la créature. Cela feroit ex- travagant. Il s’enfuit donc qu'il exprime la gloire du Ci éateur. Or je loûnens que les Juifs ne peuvent fe difpenfer d'accufer de blafphême celui qui fans être le Créateur, fe donne un nom qui exprime la gloire dit Créateur. X Enfin il eft certain que les Prophètes ont principalement deux fins lorfqu'ils nous infc truifent du nom & des attributs de Dieu-, £a première eft , de glorifier Dieu en l'éle- vant au- deflus de toutes les créatures. La fé- condé eft , de fauver les hommes en les em- pêchant de tomber dans la fuperftition & dans l'idolâtrie. Or il eft certain que ces deux fins de la Religion périlfent , fi les Juifs permettent à un fimple homme de prendre les noms de Dieu. Car première- ment, comme les noms ont été impofez aux chofes pour les faire connoître & pour les diftinguer ; il s'enfuit que fi un fimple homme prend les noms de Dieu , il fera, confondu avec Dieu , du moins en quelque maniéré: ce qui eft oppofé à cette premiè- re fin , qui eft de glorifier Dieu en i'élevanc au- defliis de toutes les autres chofes.En effet*, qui ne voit: que fi Dieu fe glorifie lui-même,, lorsqu'il s'impofe des noms qui ne convien-- nent point à la créature *• il faut par la loi des contraires , que la créature deshonore Dieu , ^qrs qu'elle fe donne les noms qui- avoienr été confaerez à Dieu. A l'égard de la fécondé fin de la Religion , qui eft d'em- pêcher que les hommes ne tombent dans l'i- dolâtrie , elle eft encore détruite par cette iffurpation du nom de Dieu. Car ou. Jeius- de Jeftts - Chrîfî. Chrîft s’attribue ce nom fans idée , ou il fe l’attribué avec quelque idée. S'il fe l’attri- bue fans idée , il fe l’attribue follement ». ce qui eft impie. S’il fe l’attribue avec une idée , il fe l’attribue avec l’idée que les autres hommes y ont attachée , ou il fe l’at- tribue avec une idée particulière qu’il y a at- tachée lui-même.S’il fe l’attribué avec l’idée que les autres hommes y ont attachée , il fe. l’attribue avec l’idée de l’Etre fouverain , & par confequent il engage les hommes dans l’impieté. S’il fe l’attribué avec une autre- idée , avec une idée inconnue aux hommes * il leur tend des pièges par-là ». il les jette dans l’erreur » & de l’erreur dans la fuper,- ftition ; il fait du langage un commerce d’il- lufion & de tromperie * au lieu que par fa naturelle diftinétion il doit être un commer- ce de vérité & de fîncerité.. Enfin on peut dif re , que la lignification du nom de Dieu net dépendant point de la fantaifie d’un particur lier y mais du confentement & de l’ufage 5: la direction de fon intention ne peut le iau? ver, ni lui de blafphême > ni ceux qui le: fuivront, d’idolâtrie. On nous dira peut - être ici , que Jefus» Chrill ne s’eft point dit Dieu , mais le Fils, de Dieu , lors qu’il converfoit fur la terre 5. & que même il s’eft. juftifié d’une maniéré? qui moutroit qu’il n’afpiroit pointa ce pre- mier titre, lors qu’il a cité à ce proposées, paroles du Pfal mille , Vous êtes D ux , &ç... Comme l’on. doit examiner ce paff^e à part dans fon lieu , on le contentera de dire ici deux chofes. La première eft , que ce n’elE pas une chofe qui puilfe être conteüée entra nos adverfaires & nous , que Je.us-Chriib. fe. Câ,e«e en cette occaiîon comme eu pia® •J9- traité de la Divinité fieurs autres , & qu'il ne dit point au* Juifs tout ce qu'il eft. Car à ne confiderer que l’impreflion de fes paroles , il femble qu'il ne fe dife Dieu ou le Fils de Dieu , que dans le même fens que les hommes élevez en dignité dans le monde , portent ce nom dans l’Ecriture ; & nos adverfaires même conviennent que Jefus-Chrift eft Dieu d'une maniéré qui lui eit propre , & qui ne fçau- r-oit convenir aux PuitTances de la terre ; mais dans un fens très-éminent. C'eft ce qu'on montrera diftinéleroent dans la fuite. Il n'eft- point necefifàite de preffer ici cette confîde- ration : elle eft inutile. Car quand il feroit vrai que Jefus-Chrift n'auroit point pris le nom de Dieu dans aucune occafion 5 & que le Sanhédrin ne pourroit rien dire de pareil pour juftiner la fentencc qu'il prononça corn- tre lui : il eft du moins inconteftabie que fes Difçiples lui ont donné & les noms & ks éloges qui étoient confacrez à Dieu 3 & que les Juifs qui ont entendu depuis 3 & qui entendent encore leur langage , ne peuvent s'empêcher de condamner l'Evangile d'im- pieté , & font forcez d’aprouver la fentence de leurs Peres , quand on leur dit que l'ef- prit de Jefus-Chrift eft le même que celui de fes Difçiples , & que ceux ci ne nous difent rien que ce que celui-là veut bien qu'ils nous difent. On laiftera- là , fi l'on veut , les Juifs qui ont condamné Jefus Chrift , & l'on s'ar- rêtera à ceux qui enfuite ont rejette la pré- dicatio^ldes Apôtres. On fera voir qu'ils ont dû regarder ceux-ci comme des gens qui blafphemoient , tk qu'ils n'ont pû s'empê* eher d'aprouver l'arrêt porté contre Jefus- Chrift s'il eft vrai que celui-ci n'ait été qu'ime fimple créature 3 ou un fimple hoir»* de Je fus - C Hrifî. me par (a nature. En un mot , il ne s^àgir point de juilifier le Sanhédrin , fi l'on veut : mais il s'agira de juilifier rattachement que- les Juifs ont eu dans tous les fiécles pour ce jugement du Sanhédrin, en confiderant que ceux qui le compofoient, avoient le droit de juger Jefus-Chrift , puis qu'ils étoient établis, de Dieu pour juger de cette forte d'affaires ; qu'ils ont eu raifon d'accufer Jefus-Chrift- de; blafphême , puilquela doélrineque fes Dis- ciples annoncent, par laquelle feule on peut juger de fes fentimens , le revêt de tous les. caraéteres du Dieu fouvej-ain ^ lui qui n'elt qu'une créature 5 ce qui fait l'effence de la. prophanation & du blafphême ; &: qu'on, ne peut pas nier que cette affemblée ne pût. & ne dût condamner à la mort les blafphé- mateurs , ne pouvant même fedifpenfer de; cett# rigueur , fans trahir fon devoir. O11 ob- jectera , que les Juifs qui compofoient le Sanhédrin ont agi par pafTion & par envie». Cela peut être , répondra t-on. Tant pis pour eux, fi cela ell. Ce n'ell point à nous , di- fen t les Juifs qui viennent enfuite , à juger, du coeur de nos Peres, qui nous ell incon- nu ; mais il nous apartientde juger de la. jullicede leur fentence, qui nous ell très-con- nue. Il ell inoüi que devant aucun Tribunal on s'arrête plutôt aux foupçons qu'on peut, avoir de la mauvâife difpolition des Juges , qu'aux caraCleres de jullice ou d'injuilice , qui font dans leur jugement. Les Juifs n'ont: pas appris à fonder, les cœurs : mais !§ur Loi; leur enfeigne à difeerner les blafphemateurs, , en leur difant , Tu n'auras point d'autr* Dieu devant ma face , & en les obligeant par - là à; rejetrer celui qui n'étant pas le Dieu dTfraëi» . le Dieu de leurs Peres , ofe prendre, le nom-. &les titres de Dieu. 7». Traité de la Divinité Si celui qui devoit venir dans l'accompli£ femenc des tems pour racheter Sion , & pour détourner les infidelitez de Jacob , de- voit être le vrai Dieu , le Dieu d'Ifraël , & fi les oracles des Prophètes rapprennent aux Juifs , comme on le montrera dans la fui- te : ceux - ci font évidemment coupables d’impiété. Mais fi celui qui devoit venir pour faire l'ouvrage de nôtre rédemption , ne de- voit être qu’un fimple homme , ou une (im- pie créature : les Difciples de Jefus-Chrill ne peuvent être excufez de blafphême , ni Jefus-Chrifi: lui- même regardé comme inno- cent j parce que nous fupofons que ces Dif- ciples ne parlent que par fon efprit & par fon ordre. Nous en verrons une confirma- tion dans les Chapitres qui fuivent. CHAPITRE I I L # Seconde preuve 3 prife de ce que les Difciples At- tribuent àfefus-ChriJl tous les titres principaux qui ferment dans Us Ecrits des Prophètes l’idée du Dieu fou ver /lin , & qui le distingue ejfentiel « le ment de fes créatures. \ v _ ' ' y •*. f * AU refte, ce qui montre que Jefus Ghrift. s'elt véritablement 3c proprement don- né le nom de D:eu , c’etl qu'il s'eil attrir bue les qualitez qui forment lJidée de ce nom augufie , ou fi vous voulez , que les Apôtres lui ont attribué ces qualitez. Car, comnfutTious l'avons déjà remarqué , on ne doit point mettre de différence entre ce qu'il dit de lui-même, & ce que les Apôr très difent de lui j puifque ceux-ci parlent far fon efprir. Tes Prophètes avaient attaché à ce nom l'idéd de Je fus- Chrift. 7 $ l'idée d*un Etre tout-puiftant qui avoir créé les Cieux & la terre. On attribue à jefus- Chrift les ouvrages de la création. Car Par lui , dit faint Jean , toutes chofes ont été fai- tes ; & fans * lui rien de ce qui a été fait , n'a été fait. Par lui , dit un autre, ej pour lui font toutes chofes ; Il a créé , dit faint Paul , les chofes vifibles & les invifibus, il a fondé la ter- re , & les Cieux font l'ouvrage de fe< mains. Il a fait les fécles. De vouloir ici chicaner fur ces palfages , cela ne fert de rien. Car il eft auf- fi clair que le jour , que toutes ces chofes font dites de Jefus-Chrift; & on le juftifie- ra d'une maniéré invincible en fon lieu ; 8«r il n'eft pas pollible de donner un autre feus à ces paroles , fans faire une violence manifes- te à l'Ecriture. Ce qu'il 7 a de plus confidera- ble à remarquer fur ce fu jet , c'eft cet atta- chement des Difciples à caraétérifer Jefus- Chrift par la création de routes chofes , qui eft le caraétére le pius ordinaire dont les Prophètes fe fervent pour faire connoître le Dieu fouverain , & pour l'élever au-deftus de toutes choies par la confideration de cette Puilfance qui les a faites. Ce qui feroit une affectation impie , fi jefus-Chrift croit une {impie créature. Les Prophètes nous a voient parlé de Dieu comme d'une Eftencequi connoîc toutes cho- fes , & devant laquelle les ténebies mêmes deviennent lumière. On attribue à Jejus- Chrift de connoître tout. Seigneur , dit faint Pierre , tu ff»is toutes chefs s , tu connoh que je t'aime. Il ne ferviroit de rien de dire Hi , que faint Pierre parle là de fon chef ; fk qu'il n’eft pas dit que fa penfée fût aprouvée de jefus-Chrift. Car fa penfée eft un bîàfphê- îüc, ou une vérité, Si Jefus «■ Cbrift cca- Tome III . Q 74 Traité de la Divinité ° noît toutes chofes , c’eft une vérité. S’il ne connoît point toutes chofes , c’eft un blaf- phême. Il n'y a point de milieu. Si c’eft une vérité , il faut que Jefus-Chrift l’aprouve , car il eft la vérité même , & il faut par con- féquent qu’il laifte dire faint Pierre. Si c’eft un blafphême , il eft de la gloire de Dieu , & du foin qu’il a du falut de fon Difciple , qu’il le redreiïe & le cenfure avec beaucoup de févérité. Car quoi ! lorfque ce Difciple veut le détourner d’aller à Jerufalem pour y foufFrir la mort , Jefus-Chrift fe montre- ra févere à fon égard , jufqu’à lui dire : va, Satan , arriéré de moi. Tu m'es en fcandale . Car tu ne comprens point les chofes qui font de Dieu , mais celles qui font des hommes : Et lors qu’il s’agit d’empêcher qu’on ne dérobe à Dieu une louange qui lui eft dûe , pour la don- ner à un autre , Jefus-Chrift gardera un ft- ience tranquille ? Certes s’il y avoit quel- que chofe à reprendre dans le zélé que faint Pierre témoigne fur le chemin de Je- rufalem , c’eft cette inconfidération , qui ne lui permet point de voir que croyant parler en faveur de fon Maître , il veut empêcher une œuvre qui avance la gloire de Dieu. Car , comme la gloire de Dieu eft la derniè- re fin de toutes chofes , il n’y a rien de £ pernicieux ni de fi digne d’horreur , que ce qui s’opofe.à la gloire de Dieu. Or l’Apôtre ici non- feulement dit quelque chofe d’incon- fidéré contre la gloire de Dièu , mais il blaf- phême ouvertement contre lui , fi la penfée n’eft poif* véritable. Saint Pierre dans cette occafîon n’attribuë pas feulement à Jefus-Chrift de eonnoître toutes chofes en général > il lui attribue en particulier de fçavoir ce qui fe paffe dans les de Jefuî-Chr/fî. •Cœurs. Seigneur , dit- il , tu ff*is toutes chofes : tu [fais que je t'aime. Cependant c’eft là ie ca- ra&ere le plus efientiel de la gloire du Dieu fouverain. Le cœur , dit Dieu par la bouche •de Jeremie , le cœur de l'homme ejî méchant Ô* infcrutable : Qui le connaîtra ? Moi L'Etemel , je fuis celui qui comois les cœurs , & qui fende les reins. Vous voyez bien que Dieu s’at- tribue la connoiffance des cœurs , comme une gloire qui lui eft propre , & qui n’apar- tient à aucun autre. Mais afin que vous n’en puifîîez point douter , écoutez comment Salomon parle fur ce fujet dans une priere qu’il adrefîe à Dieu. Toi féal , lui dit*il , cannois les coeurs des hommes. Il dit deux cho- ies : La première eft , que Dieu connoît les cœurs des hommes : La fécondé , qu’il n’y a que lui qui les connoiffe. D’où il s’en- fuit que la qualité de Scrutateur des cœurs entre dans l’idée propre que les Prophêces nous ont donnée du Dieu d’Ifrael. Cependant Jefus-Chrift s’attribue ce glorieux titre > de même d’une maniéré très-remarquable & très-folemneîle. Et toutes les Eglifes , dit-i! , fç auront que je fuis le Scrutateur des cœurs & des reins , & je rendrai a chacun félon fes œuvres. Il s’enfuit donc qu’il s’attribue non fimple- ment le nom de Dieu s mais encore ies qua- litez qui forment l’idée la plus propre que les Prophètes nous avoient donnée de lui. Et cela étant , ou Jefus-Chrilt eîl en effct le Dieu d’Iiraëi , eu ies juifs font fondez à re- garder fon langage comme impie & idein de blafpbême. Que pourra-t on leur Jlpondre îorfqu’ils feronr cette objection ? On leur dira , que Jefus-Cbrift ne prend pas ce titre de Scrutateur des cœu»s dans le même feus que Dieu i’avoit pris dans les G ij r . R oh r 8. Afoc. U je. Traité de la Divinité anciens oracles : Que lorfque Dieu eft die connoître les cœurs , & fonder les reins , cela doit s’entendre d‘une connoilfance qui lui eft propre. Car il les connoît par lui- me-, me & fans le fecours d’autrui. Au lieu que îorfque Jefus-Chrift dit qu’il fondeies cœurs & les reins , cela s’entend d’une connoilfan- ce qui lui vient d’ailleurs. Il ne connoît point les fecrets des cœurs immédiatement & par lui même , mais il les connoît par- ce que Dieu les lui révélé. C’eft tout ce que la fubtilité a pu inventer fur ce fujet 5 & ce- pendant tout cela eft fi peu raifonnable, qu’il fe détruit de lui-même. Car premièrement, quand quelqu’un s’attribue une qualité qui le rend évidemment fufpeâ: d’ufurper une gloire qui ne lui apartient point , il eft: obligé de s’expliquer en ôtant l’équivoque du terme ; autrement , il fe rend coupable de larcin. Ainfi , fi quelqu’un s’avifoit de fe fai- re traiter de Majefté , fous prétexte qu’il eft élevé à quelque rang confiderable dans le monde , fans être pourtant Roi ; il feroit par cela même criminel envers le Monarque dont il ufurperoit la gloire. Il auroit beau dire , que lors qu’il fe fait traiter de Ma- jefté , il n’attache point à ce nom de Majef- té.l'idée qu’y attachent les autres hommes , qu’il n’entend par-là qu’une Majefté fubal- terne & dépendante ; on lui diroit que ces exeufes font trop froides pour être reçûes j que le terme de Majefté étant confacré par l’ufage des hommes & par la volonté des PuiffanceC* à exprimer la dignité fouveraine des Rois , qui les distingue non feulement des autres hommes , mais encore des auttes Princes ; il n’a pu fans crime s’attribuer ce titre , & moins encore fe l'attribuer fans de Je fus - Chrifl. fy l'expliquer , ce qui eft un fécond degré de témérité 8c d’infolence tout-à-fait infuporta- ble. De même le titre de Scrutateur des cœurs eft confacré par l’ufage 8c par l'auto- rité, à exprimer la gloire propre 8c eflfentiel- le de Dieu. Il eft confacré par 1’ufage , & même par un ufage général. Car jamais homme ne l’avoit attribué qu’à Dieu ; 8c les Fidèles le regardent comme un caraétere propre qui fepare Dieu de fes créatures , 8c Téîeve au-defius des autres intelligences. îl eft confacré par l’autorité , mais par une au- torité divine 8c facrée ; puifque c’eft Dieu lui-même qui fe l'attribue par le miniftere de fes Prophètes , qui fe l’attribué en plu- sieurs occafions differentes , qui fe l'attribue* comme lui convenant uniquement , 8c fai- sant un caraélere propre 8c efléntiel de fa gloire. Il s’enfuit donc qu’un autre que Dieu n’a pû l’ufurper fans crime > 8c encore moins J’ufurper fans expliquer en aucune maniéré le fens dans lequel il le prenoit. Toutes les Tglifes connaîtront que je fuis le Scrutateur des cosurs & des reins ; O* je rendrai à chacun jelon fes oeuvres. Nous voyons bien que dans ces paroles il joint la qualité de Juge du mon- de avec celle de Scrutateur des cœurs>comme les Prophètes les uniffoient aulîi lorfqu’ils les attribuoient à Dieu. Nous comprenons que pour pouvoir rendre â chacun félon fes oeuvres , il eft neceffaire de fonder les cœurs 8c les reins. Mais nous n’y trouvons pas que Dieu connoifife les lecrets des coqurs par lui- même , 8c que Jelus-Chrift ne connoilfe point immédiatement. D’ailleurs il eft re- marquable que bien loin que les Apôtres attribuent à Jefus-Chrift de connoître les fe- crecs des cœurs , parce que feulement Dieu 7 8 'Traite de la Divinité les lui révélé 5 ils lui attribuent cette con* noilfance particulière, parce qu'ils lui attri- buent de connoître généralement toutes chofes. Seigneur , dit Saint Pierre , tu con- nois toutes chofes : tu fuis que je t’aime, Con- noître les fecrets des cœurs , parce que Dieu, les révélé , c’eft les connoître en homme : Mais connoître les fecrets des cœurs parce qu'on connote toutes chofes , c'etl les can- noître en Dieu. Or c'dl cette derniere con- noiflance qui elt attribuée à Jefus-Chriit. En effet on peut ajouter en troisième lieu y que s'il fuffifoit de connoître les fecrets des. cœurs par révélation , pour mériter le titre de Scrutateur des cœurs , les Apôtres eux- mêmes auroient pû prétendre à la gloire de ce titre. Car parmi tant de dons miraculeux qu'ils avoient reçôsduSaint-Efprir,on compte celui de connoître les fecrets des penfées. C'eft ce que Saint Paul fupofe , lors qu'il dit au Chapitre 13. de la I. Epître aux Co- rinthiens : Quand bien faurois le don de Prophé- tie , & que je connoîtrois tous les fecrets , &C. Sir je n'ai point de charité , cela ne me prof te de rien. Ce don étoit dans les uns plus parfait que dans les autres. Mais fupofons avec Saine Paul , qu'il fe fût trouvé quelqu'un qui l'eût eu dans le degré de la perfection , 8c qu'il eût connu tous les fecrets : je demande ft un tel homme auroit pû prétendre au titre; de Scrutateur des coeurs. Si l'on dit qu'il l'au- roit pû , on avance un blafphême , puis qu'on atftibuë à un autre les éloges confa- crezà iJrtu & à Jefus-Chrilt. Si l'on dit qu'il ne i'auroit pas pu , on demeure d'ac- cord tacitement avec nous , que qui dit Scru- tateur des cœurs , dit quelque chofe de plus que connaître les coeurs par révélation,. de Jepus - Chrîjl. 79 'On répondra peut-être, que quelque parfai- te qu’on fuppofe la connoiilance de cet hom- me qui connoît les fecrets , celle de Jefus- Chrift fera plus parfaite encore : ce qui l’em- pêche.ra de pouvoir prétendre à cet égard aux mêmes titres que ce dernier. Mais fi la connoifTan.ee de cet homme cede à celle de Jefus-Chrift, la connoiffance de Jefus-Chrift à cet égard cede encore davantage à çelle de Dieu. Comme donc cet homme ne doit point s’attribuer le titre de Scrutateur des cœurs, par refpeétpour Jefus-Chrift ; celui-ci a dû. beaucoup moins fe l’attribuer , par relpeét pour Dieu. Ce qui confirme cette penfée , c’eft que la connoiffance de Jefus-Chrift & celle de cet homme, ne diffeient que du plus au moins. Elles font toutes deux de la mê- me efpece. L’une & l’autre eft une connoil- Tance acquife ôz qui naît de la révélation» Au lieu que la connoiilance de Jefus- Chiift & celle de Dieu, différeront en cfpece ; puil- que Dieu connoît les cœurs immédiatement & par lui-même ; au lieu qu’on fupofe que Jefus-Chrift ne les connoît que par la révé- lation. Si donc cet homme que nous fupo- fons connoître les fecrets des cœurs , ne peut faire fçavoir aux Eglifes qu’il eft le Scrutateur des cœurs & des reins , fans ufurper la gloire de Jefus-Chrift ; n’avons- nous pas raiferc auffi de dire que Jefus-Chrift n’aura pûpren-' dre ce titre approprié à Dieu en ces mots. Toi feul qui connois les coeurs des filules hommes , fans ufurper la gloire du Dietrfouverain ? Remarquez en quatrième lieu la différence qu’il y a entre connoître les fecrets des coeurs, & être Scrutateur des cœurs. Celui qui eft Scrutateur des cœurs, connoît necef^ G iiij îo Tirai tê de la Divinité fairement les fecrets des cœurs : mais ?I n’eft pas neceflaire que celui qui connoît les fecrets des cœurs, foie Scrutateur des cœurs. On dira d'un homme à qui les penfées d'un autre font révélées , qu'il connoît le^ cœur d'un autre , quoique même il évitera de parler fi généralement , pour n'être pas fuf- pe exprimant la vocation des Payens , ne s'accomplit que depuis ia manifeltation du Meflie : Et c'efi depuis la manifeftation du Mefiie,qu'il y a un autre Sauveur & un autre Seigneur que le Dieu d'Ifraël, qui avoit par- le dans cet oracle. Ainfî il s'enfuivroit de-là, que cet oracle deviendroit faux précifemenÉ lors qu'il s'accomplit. Que fi les Prophètes ont parlé pour toujours , & fi ce principe efi d'une perpétuelle vérité : Un y a point d' au- tre Dieu jufie & qui fauve, fi ce n'efi le Dieu d'ifraïl : je demande comment on pourroit fe difpenfer de regarder comme un blafphe- mateur celui qui n'étant point le Dieu d'If- raëî , fe dit néanmoins un Dieu jufte & qui fauve, ou plutôt le Sauveur du monde , ce- lui qui fauve les extrêmitez de la terre. On dira qu'il fe dit un Sauveur fubalterne. Mais je demande encore le delfein de Dieu , lots qu'il dit , Il n’y a point d’autre Dieu jufie & qui fauve, fi ce n'efi moi. Son defifein n'efi- il point d'exclure auifi les Dieux & les Sauveurs lubalternes ? Et s'il eut pris fancaifie à quel- qu'un en ce tems-là de regarder un Prophète, ou Moiïe le plus grand des Prophètes,, comme un Dieu & un Sauveur fubalterne, par le minifiere duquel Dieu avoit racheté ion peuple , &: de le fervir après fa mort pour cette railon : n'auroit-on pas pu re- drelfer ce fuperfiitieux , par ce principe fi généralement énoncé , Il n'y et point d'autre Dieu jdfie & qui fauve, fi ce n'efi le Dieu d'Ifraël ? Il efi donc vrai que les Prophètes ont pré- tendu exclure les Sauveurs & les Dieux fubal- ternes j car aulïï la plupart des faux Dieux des Payens étoient dans ce rang : Il efi vrai que le fens des Prophètes a été qu'il ne fai- de Jefm - Chrifî. gj loit reconnoître qu'un feuî Dieu & Sauveur, qui eft le Dieu d'Ifraël ou le Dieu fouverain j. & qu'ainli celui qui fans être le Dieu fou- verain, fe dit le Dieu & le Sauveur de toute la terre , ne prend pas feulement le nom de' Dieu -, mais encore le prend avec l'idée la. plus propre que les anciens oracles lui euftent. attachée. En quatrième lieu , les Prophètes, pour diftinguer le Dieu fouverain, de tout autre , ( car c’eft du Dieu fouverain , & point d'au- cun autre qu’ils nous parlent ) l'apellent* Celui qui eft le premier & le dernier ; & chacun fçait que Jefus-Chrift prend ce titre jufqu'à cinq fois au Livre de l'Apocalypfe. Or pour faire voir qu'en cela Jefus-Chrill s'attribue les qualitez qui forment l'idée propre du Dieu fouverain , il ne faut que conftderer que les Prophètes ont donné au Dieu fou- verain , ce titre comme un titre qui lui eft propre , & incommunicable à tout autre. Cela paroît par piufteurs railons. Première- ment,chacun demeure d'accord, que jufqu'à Jefus-Chrift ce titre n'avoit jamais été don- né à aucun autre qu’au Dieu fouverain. L'u- fage l'avoit donc rendu propre au Dieu fou- verain. En fécond lieu , il n'y a point de cloute que fi quelqu'un avant Jefus-Chrift l'eut ufurpé , il auroit été taxé d'impieté. Il faut donc que ce titre fût regardé comme- étant propre au Dieu fouverain. Pour une troifîéme , on ne peut nier que li aujour- d’hui quelqu’un s'avifoit de le pré3dre , on ne l'accusât de blafphême. D’où il s'enfuit encore , que malgré qu'on en ait , on recon- noît que ce titre eft confacré à Dieu., On di- ra peut être , que fi quelqu'un le prenoic. aujourd’hui > il feroic impie, parce qu’ilt §4 Traité de la Divinité feroit tort à Jefus-Chrift à qui il apartienf* Mais s’il faifoit tort à Jefus Chrilt , il feroit tort encore davantage à Dieu , à qui princi- palement il apartient. Ht puis lî un homme qui l'ufurperoit aujourd'hui faifoit tort à Jefus- Chrill : un hômme qui l'auroit ufur- pé avant la venue de Jefus-chrift, auroit fait rort au Dieu fouverain. Et dé- là il s'enfuit invinciblement , que malgré qu'on en ait, on eft toujours obligé de regarder ce titre com- me étant confacré au Dieu fouverain. En quatrième lieu , ce titre fe trouve placé en- tre les éioges de Dieu , & dans les endroits où Dieu veut relever fa gloire & fa majefté fouveraîne. Si ce titre ne fait rien à ce def- fein , pourquoi efTil mêlé aux traits de ces pompeufes & magnifiques defcriptions de la gloire de Dieu ? Et iï ce titre fert à exprimer la majefté, la grandeur & la gloire de Dieu, n'eft-il pas vrai de dire qu'il eit particulière- ment confacré à l’Etre fouverain , 8e qu'on ne peut i'ufurper fans blafphême ? Ajoûtez à cela, qu'il ell tellement confondu avec les autres attributs propres du Dieu fouverain , qu’il n'eft pas polïible de l'en diftinguer, fans faire une efpece de galimatias des plus beaux oracles des Prophètes. Car tantôt il ed mêlé avec fa puiffance : comme lors qu'il elt dit: Qui eft celui qui a, travaillé Cr fuit cela s C'eji ce- lui qui apelle les générations des le commencement. Je fuis le Seigneur , je fuis le premier , & je fuis avec les derniers. C'eji moi. Tantôt il ell joint aux ca^éteres de fa grandeur & de fa majef- té : comme lorfque le Prophète parle de cette forte : Le Seigneur parle atnfi , le Roi d'if- ra’el , fon Rédempteur , l' Eternel, le Dieu désar- mées : je fi uis le premier & le' dernier , Ô* il ri y a, point d’autre Dieu que moi : & qui ejl fmblakle. de Je fus - Chrift. à moi ? Vous voyez qu’après avoir dit , Je fuis le premier C^1 le dernier , Dieu ajoûte , Qui ejl fembUble à moi ? Pour nous aprendre que perfonne que lui ne poflede la majefté & la gloire qui eft contenue dans ce titre , & dans les autres titres qui raccompagnent. Tantôt Dieu mêle la gloire de ce titre avec la merveille de la création , pour s’attribuer l’une & l’autre : comme lors qu’il dit : 'Ecoute-moi , Jacob ; & toi , lfraël , me j‘ apelle : c’efi moi qui fuis le premier , & qui fuis le der- n er - & c’ejl mu main qui a fondé la terre , &c. En cinquième lieu * Dieu fe fert de ce titre pour exprimer fon unité. Car voici l’expofi- tion qu’il en donne : Il n'y a point de Dieu qui ait été formé avant moi , & il n'y en aura point après moi. Que fi ce titre n’étoit point propre à Dieu , comment pourroit il emporter fbn unité ? Jefus-Chrift en fe difant le premier & le dernier , prend ce titre dans un même fens que les Prophètes l’avoient pris ; ou il le prend dans un autre fens. S’il le prend dans un autre fens , il jette les hommes dans l’er- reur & dans l’idolâtrie par des paroles cap- tieufes ; il eft coupable de blafphême , puis qu'il s’attribue abfolument un titre qui ne lui .convient qu’avec refhiétion ; 'il change de fon autorité la lignification des termes confacrez par un ufage divin ; il fait ce que jamais homme ne fit depuis la naiffance du monde , qui eft de changer la lignification connue & ordinaire des ternies, fans en aver- tir perfonne i il ouvre la porte de Impiété & du blafphême à tout le monde. Carcom- me il s’attribue les titres qui entrent dans l’é- loge du Dieu fouverain ^ en changeant men- talement la lignification connue des paroles de l’ancien Teftamenc > rien n’ernpêchera $5 Traité de la Divinité que fuivant (on exemple je ne m'attribue les titres qui entrent dans Pelage de Jefus Chrift, en changeant félon ma fantaifîe par la pen- fée , la lignification la plus connue des ex- prenions du Nouveau Teftament. Que fi Je- fus-Chrift en fe difant celui qui eft le premier &r 1# dernier , prend ce terme dans le fens que les Prophètes Pont pris , il s'enfuit qu'il fe caraélérife par un titre qui avoit 1er* vi aux Prophètes à exprimer l’unité de Dieu, fa gloire & fa majefté : il s'enfuit que Jefus- Chrift le prenant , empêche qu'il ne convien- ne plus au Dieu d'Ilraël auquel les Prophè- tes l'ont attribué , & qu'ainfi le langage de ceux-ci devient faux & contradiéloire. Car fi le Dieu d'ifraëi eft le Dieu , avant 5e après lequel il ne s'eft point formé d'autre Dieu : comment Jefus-Chrift eft-il Dieu , 5e com- ment eft il aulfi à fon tour un Dieu , avant Se après lequel il ne s'eft point formé d'autre Dieu ? Certainement ou Jefiis - Chrift eft. le Dieu fouverain , ou Jefus-Chrift ne peut s'at- tribuer ce titre fans blafphême , parce que ce titre fait partie de l'idée propre 5e véritable que les Prophètes ont donnée de l'Etre fou- verain. Nous n'ajouterons pas ici 3 que fupo- fé que Jefus-Chrift foit un fimple homme , on ne fçauroit comprendre j pas même de- viner , en quel fens ce titre pourroit lui con- venir. Car ou il s'agit là d'une priorité & poftcriorité de tems , ( on me permettra bien ces termes barbares dans une matière fi difficile ) ou il s’agit d'une priorité ou pof- teriorit^Üe dignité , ou il s'agit de l'un Se de l'autre : & lequel des trois que l'on dife , ce titre ne fçauroit convenir à Jefus-Chrift fim- ple homme. S'il s'agit d’une priorité & d'une poileriorité de tems, le fens de ces t „ . de Je fus - Chrift. *7 paroles eft , je fuis le premier en durée , & je fuis le dernier en durée. Mais comment pourra- t-on dire que Jefus-Chrift eft le pre- mier en duree , lui qui a été formé dans le fein de Marie , dans l’accompliffement des terris ? S il s agit d une priorité & d’une pos- tériorité de dignité, le fens de ces paroles ne peut être que celui-ci : Je fuis le premier & le dernier en dignité. Et comment Jefus- Chrift eft-il le dernier en dignité , lui qui ert la perfection même,& tellement élevé au- deflus des Prophètes, que Jean-Baptifte le plus grand des Prophètes, ne fe reconnoilfoic point digne de délier la c©uroye de fes fou- Ijers? Que fi on l’explique & contre leur Religion, fi évidem- ment convaincus de blafphême. Mais com- me nous avons fait voir ci defïus , que Je- fus-Chrilt s'ell donné le nom de Dieu dans un fens propre , parce qu'il s’elt attribué les titres les plus propres de Dieu , nous allons montrer dans le Chapitre fuivanr, que les Apôtres ont apliqué à Jefus - Chrill l'idée- propre de Dieu , en faifant voir qu'ils l'ont reprefenté comme égal à fon Pere. Ce qui ne peut fe dire que de celui qui elt véri- tablement & proprement Dieu* CHAPITRE IV, T roifiême preuve , prifi de ce qu'on fait Je fus- Chri§ égal à. Dieu, SAint Paul ne fait point de difficulté de dire, que Jefus-Chrift n'a point réputé à rapine d'être égal à fon Pere. Nous ver- rons dans la. fuite de cet Ouvrage l'inutilité & la faulfeté des défaites de ceux qui veu- lent donner des explications violentes à cet- te expreffiou , il n'a point réputé a rapine. Ce- pendant de quelque manière qu'on entende- ee terme.,, il nous fera toujours! permis de: fupofer ,. que l'on attribue à jefi#- ChriR. quelque efpece d'égalité avec ion Pere , le- quel ell irrconteftablement le Dieu fouve- rain. On dira peut-être , que c’eft ici une feulé expreflion fans confequence. & même u uei Tarn*, EU. m <9$ T retifê de la Divinité expreflîofi qu’il ne faut pas prendre tottt-à- fait dans la rigueur du fens littéral : qu'il fe peut trouver des exemples d'une pareille exprefiion , qui ne lignifie point une égali- té rigoureufe & proprement dite avec Dieu : qu'on en lit même un exemple dans Home- re , Auteur Payen. Tout cela ne fert de rien* Premièrement on a mauvaife grâce de citer, un exemple tiré d'Homere. Les Livres des, Payens , &r fur-tout les Livres des Poètes >, font , comme chacun fçait > tout pleins d'im- pieté &r de blafphêmes : &• c'eft là précifé- mentce qui éleve les Livres de, l'Ecriture 3. dont le caraétere eft de diftinguer infiniment Dieu de la créature , en n'attribuant jamais, à la créature ce qui peut convenir à Dieu >, ce qui les éleve , dis - je , au - deffus de tous, les Livres humains , où tantôt l'on confond Dieu avec les hommes j & tantôt l'on éle- vé les hommes au-defïus de Dieu. D'ailleurs il eft remarquable , que^celui qui employe.: cette façon de parler , c'eft Paul , c'eft - à- dire, l'homme du monde qui fernble le plus, donner à la grâce , & raporter tout à la, gloire de Dieu. Nous avons dit-il , ce trefor en des vaijfiaux de terre , qu’il apparoiff' que l’excellence de cette force vient de Dieu , & non point de nous. Un homme, qui eft en garde pour s*empêcher de rien attribuer aux cau- fes fécondés , de la louange qui apartient à Dieu , n'aura garde d'employer legerement une exprefiion qui afibcie le Créateur à la créatufi , en faifant celle-ci égale à ceJui-lè.. En troifiéme lieu , afin que. vous ne croyez pas qu'elle lui échape par hazard , confide- xez qu’elle eft conçue d'une maniéré fingu- liere , & que c'eft une expreftion qui ne vient pas naturellement dans l'efprit.- Mais, de Jefm -Chrift. çï peut-être que c’eft ici une hyperbole. Si c’eft une hyperbole , c'eft une hyperbole qui intereife la gloire de Dieu. Quand on ne reproche autre chofe à l'hyperbole , fi ce nJefi qu’elle manque de vérité , étant exa- minée à la rigueur ; ce n’eft rien : mais il ne faut pas qu’on lui puilTe reprocher d’être impie & blasphématoire. Ainfi REcriture ne dira point qu’un homme Toit bon , fage , puiflant , &c. comme Dieu , par le danger qu’tl-y a: que ces expreflions ne faflent une impreffion contraire à la gloire de cette Efifence fouveraine. Les Ecrivains du Vieux Teftament ont évité cela avec beaucoup de loin. Ceux du Nouveau doivent l’éviter avec un plus grand foin encore ; parce qu’il a été dit rque fous cette Alliance toutes chofes feront abaiffées , 8c que Dieu feroic fouverainement élevé. Mais enfin je m’arrête à trois confidéra- tions principales fur ce fujet. La première eft , que Dieu avoit folemnellement déclaré' par la bouche de fes Prophètes , que rien n’étoit femblable à lui.. Il ne l’avoit pas dit une fois ou deux , mais il l’avoit mille, fois répété. Il l’avoit dit d’une maniéré ca- pable de confondre les idolâtres. Il en avoit fait le grand principe de fa Religion. Saint Paul le lçavoit. Il avoit. lu & relu les an- ciens oracles. Cependant S; Paul ofe ré- pondre à cette, voix du Ciel , §h*i eft fimbUble à moi ? en difant hardiment , que fefus- Chrifi n'a point réputé et rapine d’être^gal à ce grand Dieu,, Ma fécondé confédération eft', que cet Apôtre ne pouvoit ignorer la rai fon , ou fii l’on veut , le prétexte pour lequel Jefus- Ohrift avoit. été. premièrement accufé. 8& H, ij; $?.' Traité de la Divinité condamné des Juifs, qui elt , qu’il fe fai- fou égal &r fçmbîable à Dieu. C’étoit là ua prodigieux fcandale pour des hommes qui avoient entendu Dieu dîfànt par (es Prophê» tes : Qui ejt rimbUble à moi ? Saint Paul fait ce qu’il peut pour attirer les Juifs dans TEr glife Chrétienne : mais au lieu de julhfier la Religion Chrétienne du crime d’égaler la créature au Créateur , dans un tems ou cela feroit finéceffaire ta pour le falut des honv mes , & pour la gloire de D.ieu , il pro- nonce , que Jefus-l hrji n'a point réputé à ra~. fine d'être égal à Dieu. Cet homme qui dé- chire (es vêtemens , lorfque dans une autre occafion on le prend pour Mercure, qui eft un Dieu fubalterne des Payens , ofe-t-il égaler une fimple créature au Dieu fouve- rain ? Ses hyperboles ne font elles pas bie*a édifiâmes ? Ne prend il pas bien fon tems pour !es débiter ? Et n’a-t-il pas bonne grâ- ce de vouloir faire l’Orateur aux dépens de la pieté & de la gloire de Dieu l Enfin, nous di ions en troifiéme lieu, que les autres exp refilons des Apôtres font uo jufte commentaire de celle ci i & que com- me les Difciples de Jefus-Chrift n’attribuent pas feulement à ce dernier le Nom de Dieu,, mais lui donnent encore ce nom avec l’idée que les Prophètes lui ont attachée , & que les Apôtres donnent à Je fus Chrill des titres qui ne peuvent lui convenir , à moins qu’il, lie foit en effet égal à Dieu : il ne faut point doyter çpe Saint Paul ne prenne ici ce ter-- me dans un fens propre & littéral. Mais enfin ou les Chrétiens adoptent cet* te exprefïion , ou ils ne l’adoptent point.. S’ils ne l’adoptentpoint , il faut donc qu’ils froyent que Saint Paul a mal parié 5 Sc a! or/. de Je fus - Çhrijî.- >3 Ils renverfent un principe fondamental de leur Religion, qui eft que Saint Paul a été infpiré par le Saint - Efprit. Que s'ils adop- tent cette expreflion , il s'enfuit que nous pouvons croire que les. autres Difciples ont parlé de la même forte : & cela étant nous leur demandons , H les Juifs qui ont entendu les Apôtres parlant ainfi , n'ont pas été fon- dez à les traiter d'impies & de blafphema- teurs , lorfque d'un coté ils voyoient que Jefus-Ghrift étoic une fimple créature , &• que de l'autre il étoit égalé au Dieu fouve- rain. Voici quatre j.ugemens que les Juifs ont pu faire avec raifon fur ce fujet. Première- ment ils jugent que Jefus-Chrift eft une finv- ple créature on en convient. En fécond- lieu , ils jugent qu'on ne peut point dire d'une créature fans impiété, qu’elle eft égale- à Dieu : c'eft Dieu lui même qui nous l'en,- feigne , Qui eft fembluble à moi? Ou , A qui me feriez. - vous fembfabie ? En troifiéme lieu , ils jugent que les Difciples de Jefus Chrift éga- ient la créature au Créateur. Cela paraît par l'exprelTion de Saint Paul. En quatrième; fieu , ils jugent que les Difciples de Jefus- Chnft doivent être condamnez de blafphê-- me. Ce dernier jugement eft une juiie &’ naturelle conclufion des trois autres. Lorl- que Dieu dit , Qui eft fembm&le. à moi ? il n'en- tend pas exclure en général toute, forte de; relftmblance y il n'exclud point la relfem- blance de conformité & d'analoa^e > car nous reflêmblons à Dieu , qui eft , qui agit qui penfe , parce que nous fômmes , que nous âgiftbns, que nous penfons : mais il; entend exclure la relfemblance d'égalité. Ejt q'eft précifément cette reflemblance d'égali? 24 Traité de la Divinité té que vous choifilfez pour l'attribuer à' une' créature , Iorfque vous dites _ que Jefus- Ghrijl ri a point réputé à rapine d’être égal à Dieu. Car ou vous lui attribuez cette reflem- blance d'égalité , ou vous lui attribuez cette reflemblance d'analogie , qui confîfte en ce- qir'on a quelque raport avec Dieu , plus ou moins , félon qu'on a plus ou moins de de- grez de perfeétion. Si vous lui attribuez cet- te relfemblance d'analogie feulement , vous ne dites rien , les hommes & les Anges refifemblent à Dieu de cette maniéré 5 ôz jamais pourtant aucun des hommes & des Anges n’a pu ou n'a dû s'exprimer de cette maniéré. Et puis ce feroit une extravagance de dire en ce fens : Nous ne réputons point à rapine d’être égaux ou femblables à Dieu. Il relie donc que vous lui attribuiez la ref- femblance d'égalité félon la vérité & la for- ce de i’expreifion. Car on exprime bien quelquefois le mot d'égal far celui de fem- biable ; comme Iorfque les Prophètes di- rent , ^4 qui le fejiez-vous femblable ? mais on n'exprime point ie~ nom de femblable pris pour relfemblant , pour conforme , par ce- lui d'égal. L'homme eft femblable à Dieu^ de cette reifemblance d'analogie , puis qu'il porte l'image de Dieu : cependant on ne dit point que l'homme foit égal à Dieu. On ne peut point dire ici , que cette égalité eft une- égalité figurée & métaphorique. Cela eli froid. I. C. n'a point réputé à rapine d'être égal à©ieu par figure & par métaphore , eft- une propofition abfurde & ridicule. Et puis, les figures deviennent impies, Iorfque d'un côté elles n'ont jamais été employées, & que de l'autre elles prefentent un fens contraire à, la gloire de Dieu. Enfin les Juifs n'écaanf dt Jèfûs - Clirîft. $$■ pas coupables de parler comme les autres hommes , & fur- tout comme les Prophêces- de Dieu , qui les ont inllruits , ils ne le font pas aulïi de croire qu’on ne peut fe dire égal à Dieu j fans ou qu’on foit Dieu , ou qu’on faflfe tort à Dieu. Qu’ils croyent que les Difciples tiennent ce langage de Jefus- Chrift , . ils ne peuvent non plus s’en difpenfer. Car- pourquoi les Difciples parlent - ils de cette.- maniéré , s’ils ne veulent point qu’on leur, attribue ce langage ? On dira , qu’ils s’explb ' quent allez en d’autres rencontrestnous foute- nons premièrement, .que quand ils fe feroient mille & mille fois expliquez; , cette propo- rtion ne laifieroit pas d’être contraire à la- gloire de Dieu vil y a quelque créature qui peut' ne pas réputer à rapine d'être ég*i à Dieu. Je r fouriens d’ailleurs qu’ils renverfent d’une: main ce qu’ils bêtifient de l’autre Au fonds , ü 'efus-Chrift n’eft point égal à Dieu , & fo c’eft un crime de le penfer , pourquoi le di- re ? Cette expreflion à quoi étoit-elle necef- faire ? Etoit - elle neceflaire à la gloire de- Dieu ? non; car elle ravale au contraire la. Divinité , du moins fi l’on y attache l’idée- que les hommes y ont toujours attachée,,. Etoit - elle néceflaire pour élever Jefus- Chrirt ? Mais Jefus-Chrift ne peut - il être- élevé fans qu’on le mette au niveau du D:eu fouverain ? Etoit ce pour montrer la vérité; & l’accomplifiement des anciens oracles ? 'Mais ces oracles avoient tant de fois pro- noncé qu’il n’y avoit qu’un feul Ûibu , 8c qu’il n’y avoit rien de pareil à lui. Etoit-ce pour édifier les hommes ? Mais les hommes: peuvent ils être édifiez de voir égaler une 'créature au Dieu fouverain? Saint Pierre 8c : Saint . Pau] font les Difciples de Jefus-Chriiia-. $6 Traits de la Divinité les Minières , fes AmbalTadeurs , & Huas doute qu'ils tiennent dans l’Eglife le pre- mier rang après Jefus - Chrift. Cependant fi S. Pierre ou S. Paul nous difoit : fene réputé point a rapine d'être égal à fefus-Chrifl r nous le traiterions de blafphémateur. Dieu , le Dieu fouverain ell infiniment plus élevé au- deffus de Jefus-Chriii: , que Jefus-Chrilt ne l’eft au deffus d’un de fes Apôtres, Si donc cet Apôtre feroit accufé d’impieté, s’il fe difoit égal à Jefus-Chriîl : celui - ci femble- aufii le devoir être , s’il ofe dire qu’il n’a point réputé à rapine d’être égal à Dieu. CHAPITRE V. Quatrième preuve , prife de ce que Jefus -Chrifl s'eft fait adorer . MAis pour montrer encore mieux, que c’eil dans un feus proprement dit , que les Difciples ont égalé Jefus-Chrift à Dieu , & que Jefus-Chriil s’eil égalé lui - même à l’Etre fouverain , ne nous contentons point d’avoir remarqué, qu’il s’ell attribué les noms & les titres qui avoient été confacrez au Dieu fouverain , montrons encore qu’il a prétendu, aux mêmes hommages.. Il eit certain qu’on adore Dieu , & qu’on n’adore que Djeu. Quand les hommes ont prétendu à cette adoration , ils ont par-là même prétendu êrre des Dieux : & quand ils n’$;t pas prétendu être des Dieux , ils ^n’ont pas prétendu à l’adoration. Quand donc nous n’aurions point fçû juf- qu’ici que Jefus-Chrill veut être regardé comme Dieu , nous n’en pourrions point douter, torique. nous voyons qu’il exige de Jefus-Chrijî. des hommes , qu’ils lui rendent cette adora- tion. Les Evangiles raportent qu’après fa irai {Tance il fut adoré premièrement par des bergers de Bethléem , & enfuite par des Mages. On ne doit point lui imputer une adoration , qu'il ne paroifFoit pas être en état d’empêcner. Mais ces mêmes Evangiles nous aprennent qu'il fut plufieurs fpis ado- ré pendant fa vie ; ils ajoûtent que non- feulement il'eft permis de Radorer , mais ^encore qu'il a été commandé à tous les An- ges de lui rendre cet hommage. Si Jefus-Chrift eft le Dieu fouverain , il a raifon de fe faire adorer» Mais s'il n’eft pas le Dieu fouverain , on ne peut fans une ef- pece de facrilege , lui rendre l’adoration qui eft dûë à Dieu , & qui n’eft dûë qu'à Dieu. Certainement quand tout le refte feroit fu- portable , ceci ne le feroit en aucune façon , puifque s’eft s’ériger en Dieu fouverain, non- feulement par fes paroles , mais auffi par fes actions. Un homme qui auroit la hardieffe de prendre le nom du Roi , quoiqu’il fût fu- jet dans un Etat qui reconnoîtroit un légi- time Monarque , feroit alîurément très-cri- minel. Il le feroit bien davantage , s’il ofoie prendre les titres qui font confacrez à mar- quer la grandeur de fon Maître : comme ft étant en Fance , il Te qualifioit Roi de France , Roi de Navarre , &c ou fi étant en Autriche , il fe nommoit Roi de Boheme, Roi de Hongrie , &c. Mais il feroit plus cri- minel encore, s'il vouloir outre (ièla être {irai té véritablement en Monarque , s'il fe faifoit traiter de Majefté , & qu'il fe fît fer- vir à genoux , comme font quelques Rois dans leurs Etats. Alors il n'y auroit plus au- Tome III, l *f% Traité de la Divinité cun moyen de dilfimuler un tel attentat , & il faudroit ou renoncer à la fidelité qu'on doit à Ton Roi légitime , ou traiter cet hom- me d'uiurpateur & de criminel de kze-Ma- jefté. On peut dire qae les Juifs ont eu deux raifons pour une, de traiter ainfi Jefus-Chriit. Premièrement , le refpeét & la fidélité qu'ils doivent au Dieu fouverain , ne pouvoient fouffrir qu’ils permiffent à un fimple hom- me ou à une fimple créature , d'ufurper les hommages qui ne font dûs qu'au Dieu fou- verain : & d'ailleurs , l'obéïifance qu'ils dé- voient à la Loi 3 ne leur permettoit point d'avoir d'autres Dieux devant la face du Seigneur. Il n'y a que trois cho fes que l'on puiffe répondre à cela. Il faut ou que l’on nie que l'adoration foit un hommage propre au Dieu fouverain ; ou qu'on dife que Jefus - Chrift n’a pu prétendre fe faire adorer ; ou qu'on prétende que Jefus - Chrift n'a pas voulu être adoré dans le même fens & de la même ma- niéré que le Dieu fouverain. Cependant on ne peut rien dire de tout cela avec quelque fondement. Car fi l'on dit que l'adoration n'eft pas un hommage propre au Dieu fouverain : je demande, y a t-il quelqu’autre que le Dieu fouverain , qui ait jamais été adoré? On ré- pondra peut être que l'Ange qui aparut aux Patriarches , & enfuite à Moïfe , a été ado- ré, quoiqu’il ne fût qu'une fimpie créatu- re. M éh c’elt fupofer une chofe qui eft ex- trêmement comelïée. L'Ange qu'ont adoré les Patriarches premièrement , & enfuite les Ifraëlites au pied de la Montagne de Si- jtt 3 eft k Pieu fouverain ? puis qu'il eft le de Jefus- Chrïft. Dim pojfeffeur du Ciel & de la terre , la frayeur tflfaac3 le Juge de toute la terre , celui en la préfence duquel Abraham reconnoît qu’il lî’eft que poudre & que cendre : Celui qui dit de lui même : Je fuis le Dieu A' ^Abraham , d' ljaxc & de Jacob ÿ & celui-là même qui fait en- tendre cette voix au peuple d'Ifraël prorter- né dans la plaine : Je fuis l'Eternel ton Bien qui t'ai retiré hors du pats d'Egypte 3 &C. C'eit l’An- ge de l'Eternel , qui dit du milieu du buirtfon : Je fuis le Dieu d’ Abr iham , d’ifaac & de Jacob ; l'Ecriture le dit en propres termes : & les Chrétiens ne peuvent douter que celui qui parioit ainfi , ne fût en même tems le Dieu fouverain, ayant entendu Jelus-Chrift qui tire cette conféquence de ce partage , Btn i n'efl point le Dieu des morts , mais le Dieu des divans -, & qui par conféquent reconnoît que celui qui parioit dans le buiflon , étoit le Dieu fouverain. Il ert l'Ange de l'Eternel , félon le texte. Il ert: le Dieu fouverain , fé- lon Jefus-Chrift : & l'un & l’autre dans nôtre feajtiment. Au rerte , un hommage propre & confacré à Dieu, ert un hommage que les Fidèles n'ont jamais rendu qu'à Dieu. Or les Fidè- les n'ont jamais rendu qu'à Dieu l'adora- tion. Donc l'adoration ert: un hommage pro- pre & confacré à Dieu. D'ailleurs , un hom- mage qui ne peut être rendu à la créature fans idolâtrie , etl un hommage proprement confacré à Dieu. Or l'adoration ert de cette efpece. Cela parole de ce que l'idolâtrie des Nations confirtoit à rendre cet hommage à 4’autres qu'au vrai Dieu. On dira ici ce qu'on répond ordinaire- ment fur ce fujet , qui ert qu'il faut dirtin- guer double adoration : une adoration * ij 1 03 Tvaité de la Divinité que je nommerai fubalterne , parce qu'elîé le rend à des êtres fubalternes j &: une ado- ration que nous nommerons fouveraine, par- ce qu’elle ne fe rend qu’au Dieu fouverain. Premièrement , cette diftinélion ne fert de rien , puis qu'il eft facile de faire voir que Jefus-Chrift: s'eft fait rendre la fouveraine adoration. Ce qu'on peut faire voir en dis- tinguant une triple adoration : une adora- tion de penfée , une adoration de parole , une adoration d'adtion. Celui qui veut qu'on penfe de lui ce qu'on penfe du Dieu fouve- rain j fe fait adorer comme le Dieu fouve- rain. Or Jefus-Chrift veut qu'on penfe de lui ce qu'on penfe du Dieu fouverain. Je le prouve. Jefus-Chrift s’attribue d'être égal au Dieu fouverain ; il s'attribue d'ailleurs fes qualitez , fa toute-puiftance , fa toute- fcience , &c. il veut donc que l'on penfe de lui ce que l'on doit penfer du Dieu fouve- rain. Ep fécond lieu , celui qui parle de lui- même comme du Dieu fouverain , ou qui autorife ceux qui parlent ainfi , veut être reconnu pour le Dieu fouverain , & être adoré en cette qualité. Or Jefus-Chrift parle , ou veut qu’on parle de lui comme du Dieu fouverain. Cela paroît de ce qu'il prend les noms de Dieu. Car quelle nécdîité y auroit- il de les prendre fans cela ? Cela paroît en- core de ce qu’il s’attribue les qualitez & les ouvrages de Dieu. Il dit que toutes chofes ont été faites par lui , ou du moins les Apô- tres le difent pour lui. Enfin celui qui veut qu'on falTe pour lui ce qu’on n’a jamais fait que pour le Dieu fouverain , veut être adoré comme le Dieu fouverain. Or Jefus-Chrift veut qu’on faffe pour lui ce qu'on ne doit faire que pour le Dieu fouverain. Ainfi nous de Jefus - Chrift. la* devons aimer Dieu par-delfus toutes cho- fes : mais il n’y a que Dieu à qui il nous foit preferit de rendre un fi fubiime devoir. Nous devons aimer de même Jefus-Chrill par-delfus toutes chofes. Nous devons l'ai- mer plus cjue ce que nous aimons le plus , 3ui eli nôtre confervation. Si quelqu’un^ dit- , ne hait fon ame peur L'amour de moi , il riejl pas digne de moi. Nous devons à Dieu le fa- crifice , & non - feulement le facrifïce des boucs & des agneaux , facrifïce charnel , ca- raétere d’une Religion corporelle ; mais prin- cipalement le facrifïce de nôtre fang & de nôtre vie , facrifïce fpirituel, digne d’une Re- ligion & d’une Alliance plus parfaite que celle de la Loi. Or Jefus-Chrill veut qu’on fouffre le martyre pour l’amour de lui, & par conséquent qu’on lui rende un devoir qui n’a jamais été rendu qu’à Dieu. Saine Pierre , faint Paul & faint Jacques ne vous diront point comme lui : Si quelqu’un ne quit- te maifon , femme , enfans , même fa propre vie pour l’amour de. moi & de l'Evangile , il n’efi pas dtgne de moi. Il ne ferviroit de rien de dire , que Jelus Chrill étant dépendant de fon Pe- re quand il nous ordonne de quitter nôtre vie pour Pamour de lui , veut feulement dire que nous devons la donner pour l’a- mour de Dieu. Si cela avoit lieu , rien n’empêcheroit que S. Pierre & S. Paul, & les autres Apôtres ne nous parlaient comme Jefus-Chrill, & qu’ils ne nous diffent à fon imitation : Si quelqu’un ne hait fc^ ame pour l amour de moi , il n'efl pas digne de moi. Car comme ils feroient inferieurs &■ dépendans à 1 egard de Dieu , ôn pourrait dire tout de même , que celui qui feroit cet effort pour l’amour de l’Apôtre quiparleroit aiafïa I iij iot Traité de la Divinité Je feroit pour Tamour de Dieu. On me di- ra peut-être , qu’il fuffit que Jefus-Chrift dé- clare qu’il agit au nom de Ton Pere , & que fon Pere eft pluÿ grand que lui , afin qu’on ne puiffe point lui actribuer véritablement de vouloir fe faire rendre le culte fouve- rain. Mais je prouve que cela ne fuffit point , par un exemple inconteftable. Si le Minillre d’un Roi étoit affez hardi pour donner des ordonnances fcellées de fon fceau,. pour faire battre la monnoie avec fon image, pour fe faire traiter de Majefté , prenant avec cela les noms & les titres du Souverain : croyez- vous qu’il en fût quitte pour dire qu’il eft moindre que le Monarque , & qu’il agit en fon nom ? & n’auroit-on pas raifon de lui dire , qu’il détruit par fes aélions ce qu’il avance par fes paroles , & qu’il fe contredit à lui- même ? Il n’eft rien de û fa- cile que d’appliquer tout cela au fujet dont il s’agit. Car comme il y a une certaine idée de la Royauté que les Sujets ne doivent jamais apliquer à un autre qu’à leur Prince ; comme il y a des noms & des titres telle- ment affe&ez & confacrez à la perfonne du Souverain , qu’on ne peut les donner à un autre fans crime; comme il y a certains gommages extérieurs qu’on rend au Sou- verain , & qu’on ne peut rendre à d’autres, fans être criminel de leze-Majefté , quel- qu’intention que l’on dife avoir , & de quelque prétexte qu’on fe couvre , parce que les pr oies & les allions fignifient non pas felon'^vôtre volonté particulière & vo- tre fantaifie , mais félon leur nature , ou plûtôt félon l’ufage qui tès confacre : ainfi félon un ufage très-ancien , très facré & très- iavioUblcj établi par les Prophètes & par le de Jejxtî - Cbrïft. top langage de Dieu même ; il y a des idées qui font tellement confacrées à Dieu , qu'el- les ne peuvent convenir à d’autres > & des titres tellement propres à Dieu , que c’eft commettre un crime de leze-Majefté divine que de les donner à un autre ; & un culte & des hommages tellement dûs à Dieu , que fous quelque pretexte que ce foie , ils ne doi- vent jamais être rendus à un autre. Nous avons donc montré , que Iorfque Jefus-Chrift s’eft fait rendre l’adoration , il s’eÜ fait rendre l’adoration fouveraine. Mais allons plus avant. L’adoration fubalterne eft, dit-on , diÜinguée de l’adoration fouve- raine, en ce que celle-ci reconnoît Dieu pour la fource de tout être & de toute perfe&ionj & que la fécondé peut fe rendre à des êtres émanez de Dieu , lors qu’ils ont été parti- culièrement honorez de lui , ou qu’ils ont: reçu de lui l’empire de l’Univers. Mais on peut dire que l’adoration fubalterne n’a été connue ni du Légiüateur , ni des Prophètes. Il faut prouver tout cela par ordre. Deux raifonsnous perfuadent que l’ado- ration fubalterne n’a point été connue du Légiüateur. La première eft , qu’il défend toute adoration en général, excepté celle qui fe raporte au Dieu fouverain , & cela dans un précepte qui eü moral , & qui par confequent doit etre d’une éternelle vérité & d’une force perpétuelle. Ce qu’il n’auroit pas fait , s’il y avoit quelque adoration fu- balterne légitime, de peur de tendre des pié- gés aux hommes par une équi%que qui pou voit les engager dans l’erreur. Il ne nous auroit point défendu en général d’adorer au- cun autre que Dieu ; mais feulement d’ado- ter aucun autre que Dieu d’un culte fouve*- I iiij i®4 Traité de la *Z>lvmîtè rain. Car fi le fouverain Legillateur vouîoit qu'on adorât J. C. un jour , pourquoi dé- fendre fi généralement toute autre adoration que celle qui efb rendue à Dieu ? La fécondé raifon eft,que le Legillateur a delîein évi- demment d'arrêter le cours de l'idolatne Payenne. Or cette idolâtrie Payenne confif- toit proprement en ce qu'on adoroit plu- Jîeurs Divinitez , de cette adoration fubaker- ne, car, aufii-bien que les Juifs , iis ne reconnoilfent qu'un Etre fouverain. On me dira peut être ici, que la Loi dé- fend l'adoration fubakerne qui fe termine aux idoles , & non l'adoration fubakerne qui devoitfe terminer à Jefus-Chrift. Mais on le dira en vain. Lorfque la Loi défend cette adoration fubakerne , c'eft en des ter- mes généraux qui défendent toute forte d'a- doration fubakerne , fans aucune exception* Il femble, à entendre parler nos adverfaires , qu'il y a premièrement des Idoles ,, & qu'en- fuite ces idoles devenans l'objet du culte , rendent ce culte une idolâtrie. Au lieu qu'il faut dire : on adore un objet , & cette ado- ration tranfportée à cet objet qui n'étoit pas adorable , fait d'un objet qui étoit innocent en foi , une idole. Le Legillateur s'expri- mant généralement , & défendant d'adorer à la maniéré Payenne , c'eft- à-dire , de cet- te adoration fubakerne , aucune des chofes qui font au Ciel ou en la terre , il eft évi- dent que dès que nous adorons quelqu'une des chofes qui font au Ciel ou en la terre , même de e#& n’eft qu’un homme par fa nature. A prendre les choies comme il faut, Saint Pierre ne dit ici ce qu’il eft , que pour faire entendre à Corneille ce qu’il lui doit. Il fe dit homme, pour lui dire qu’il ne faut adorer que Dieu * i©8 Traité de la Divinité quelque intention que Ton puilfe prétexter dans cette adoration. Si la perfonne de Saint Pierre ne méritoit pas l'adoration , la qua- lité qu'il portoit d'Envoyé de Dieu , méritoit des honneurs extraordinaires ; & c’eft fous cette notion que Corneille le confîderôit , c'eft fous cette idée qu'il veut l'adorer. Saint Pierre le refufe pourtant , & lui dit pour toute raifon , Je fuis aujft homme. N’eft-ce pas là établir pour principe général , que de quelque qualité qu'un homme Toit revêtu > quoiqu'il foit l’Envoyé de Dieu , il ne doit point être adoré , s'il eft Amplement un homme ? On dira peut-être ici , que cela ne conclud point contre Jefus-Chrift. Mais pourquoi cela ne concluroit-il point , puif- que la maxime eft générale ? Au fonà , fi le refpeét que Saint Pierre a pour Jefus-Chrift, lui défend de partager l'adoration avec Jefus- Chrift : le refped que Jefus-Chrift doit avoir pour le Dieu fouverain, doit, ce femble , l’empêcher de partager les hommages de là Religion avec le Dieu fouverain. Or Jefus- Chrift partageroit, du moins extérieurement, les hommages de la Religion avec lé Dieu fouverain, fi cette adoration fubalterne avoit lieu. On peut dire pour une quatrième , que les Anges ne connoilfent point cette adoration fubalterne dont il s'agit ici. Car s'ils la con- noiffoient , l'Ange qui^ fit voir tant de merveilles à S. Jean, ne fe feroit point opolé à celleffl iue cet Apôtre vouloir lui rendre , ou du moins il s’y feroit opofé par d'autres motifs. Car il eft évident que Saint Jean ne pouvoir point prendre cet Ange pour le Dieu fouverain , puifque cet Ange venoit de lui parler en ces termes ; Ces paroles font certaines âe Jefus-ChriJî. i&p & véritables ; & le Seigneur le Dieu des Saints Prophètes a envoyé [on Ange pour montrer a [es fer - viseurs les chofes qui doivent être faites bien- tôt , &c. A quoi faint Jean ajoute ; Apres que j'eus oüi dp vu ces chofes , je me jettai pour me profler- ner devant les pieds de V Ange qui me montrait ces - chofes. Mais il me dit , Garde que tu ne le faffes . Car je fuis ton compagnon de fervice & de tes frè- res les Prophètes , & de ceux qui gardent les pa- roles des Prophètes. Adore Dieu. Saint Jean VOU- loit adorer cet Ange , parce que c’étoit l’An- ge de Dieu , & non pas croyant qu’il fût Dieu même.Cependant l’Ange qui ne fait pas toutes ces diftinétions , lui dit : Adore Dieu : étabîiflant de la maniéré du monde la plus claire & la plus évidente , que l’adoration , quelle qu’elle foit , ne doit être renduë qu’à Dieu. On me dira , que l’Ange refufe cet- te adoration fubalterne 3 parce qu'il n’a pas alfez de dignité pour prétendre à cette ado- ration , toute fubalterne qu’elle eft. Mais pourquoi } fi cela eft , nous ordonne-t-il de ne rendre cette adoration qu’à Dieu ? Adore Dieu , dit - il. Certainement s’il eût connu toutes ces diftinélions , loin de dire , Garde que tu ne le faffes . Adore Dieu 3 il auroit dit 9 Prens garde à l’adoration que tu me rends , & garde-toi bien de la rendre à Dieu : car tu m’adores comme l’Envoyé de Dieu , & non comme la fource infinie du bien. Garde-toi de rendre à Dieu cette adoration que tu me rends , qui eft une adoration fubalterne. Que s’il avoit crû de fon devoir de refufer cette adoration fubalterne 5 toute*Tubalter- ne qu’elle étoit , il auroit dit : Garde que tu ne le fafles. Adore je fus- Chrift. Car il n’y a que Jefus Chrift qui mérite d’être ado- ré de cette adoration fubalterne ; comme il lia Traité de la Divinité n'y a que le Dieu très-haut qui mérite d'être fervi du culte fouverain. Je dirai bien davantage , & je foutiens que lorfque le démon tenta dans le defert nôtre Seigneur Jefus-Chrift , il ne connoifibit point cette adoration fubalterne. Car lors qu'il demande à Jefus - Chrift d'être adoré par lui , il ne demande pas d'être adoré comme le Dieu fouverain. Car il déclare d’abord qu’il y en a un plus grand que lui > puis qu'il fait connoître qu'il ne poflêde pas originairement les Royaumes du monde & leur gloire : mais que toutes ces choies lui ont été don&ées. Car , dit- il, tentes ces cho- fes m'ont été données , 0» je les donnt-à qui je veux. Le démon veut donc être adoré d'une adora- tion fubalterne. Jefus-Chrift le réfute par ce précepte de la Loi : Th adoreras le Seigneur ton Dieu , & à lui feul tu ferviras. Il s'enfuit donc que ce précepte défend d'adorer tout autre que le vrai Dieu , foit d’une adoration fou- veraine 3 foit d'une adoration fubalterne : ou plutôt il s'enfuit que cette dillinétion n'a au- cun véritable fondement. CHAPITRE VI. Quatrième preuve , prife de Implication qu'on fait afefus- Chrijî des oracles de L'ancien Tt flamtnt , qpdi marquent les caractères de la gloire d» Dieu. MAis voici qui achevé de convaincre nô- tr^.efprit & de nous montrer en quel fens & de quelle maniéré les Juifs ont pû prendre les expreffions des Difciples de Jefus- Chrixl, qui râchoient de faire un Dieu de leur Maître 5 e'eit qu’ils n'ons pas fait difficulté de Jefus - Chrift. m «le lui apliquer les oracles de l'ancien Telta- ment j qui marquent les caraéleres les plus effenriels de fa gloire. Nous en avons déjà aporté plufieurs exemples que nous examine- rons dans la fuite dans le détail : & nos ad- verfaires eux mêmes n'en difconviennent pas entièrement , puis qu'ils prétendent que ces oracles font apliquea à Jefus-Chrill par ac- commodation ou par ailufion. Or il elt étrange, il eft tout- à- fait fur- prenant , que les Difciples ofent faire de telles aplications à Jefus-Chrilt , fi Jefus- Chrift neft pas le Vrai Dieu & le Dieu fou- verain. Quand ils n'auroient été inftruits que dans l'école de la Nature , cela fufliroit pour leur aprendre à ne pas faire à une créature l'ap- plication des chofes qui ont été dites du -Créateur exclufivement aux créatures , tels que font ces oracles de l’ancien Teftament. Car on n'a jamais vû que les hommes en ayent ufé de la forte , fans avoir été fufpeéts ou foupçonnez d'impieté & de profanation. Je fçai bien que les Payens n'ont pas été fore fcrupuleux à cet égard. Car ils ne man- quoient jamais d'abaiffer Dieu , & d'élever les créatures en les revêtant de la gloire de Dieu : & c'eft là en quoi confille principale- ment l'excès prodigieux de leur fuperftition. Mais l'exemple des Payens ne doit pas être beaucoup confideré. Que fi vous regardez les Difciples de Je- fus-Chrill comme ayant été inllruits dans l'école des Prophètes , on ne les lo#pçonne- ra jamais d'un tel égarement. Car y a-t il rien qui égale la ctrconfpeétion des Prophè- tes à cet égard ? Iis font dans une apféhcn- £on continuelle que l'on ne confonde le ï'M Traité de la 'Divinité Créateur avec la créature. Dans cette Julie crainte , ils n'ont garde dupliquer à çelle-ci les cara&eres les plus elfèntiels de la gloire de celui-là. Au relie , les deferiptions que les Apôtres font de Jefus-Chrilt , ne font pas affurémenc plus facrées que celles que les Prophètes avoient faites du Dieu fouverain. Comme donc on n'oferoit apliquer à un autre les deferiptions de Jefus-Chrill , il femble que la même raifon doit nous empêcher d’apliquer à Jefus-Chrift les deferiptions du Dieu iou- verain. On accuferoit juftement d'impieté un hom- me qui traiteroit quelqu'Apôtre , faint Pier- re , par exemple , de Fils unique de Dieu ; qui le nommeroit l'Agneau de Dieu qui ôte les peche^ du monde , notre Roi , nôtre Prophète , nôtre Sacrificateur , Sacrificateur éternel félon l'or- dre de Melchifedec , Prince de paix , Pere de l’E- ternité , Emanuel , Dieu avec nous , Jefus eu Sauveur , Chrifi ou l'Oint de Dieu , la Parole éternelle , le Sauveur du monde , le Saint des Saints , U Roi des fiécles , l'Alpha & l’Omega , le com- mencement & la fin , le Lion de la Tribu de Da- vid , le Fils de Dieu , fon Fils unique , fon propre Fils. On ne pourroit fouffrir qu'un homme dît de faint Pierre , qu'il a racheté l'Eglife par fon fang , qu'il nous a fauvez , qu'il nous a rachetez , qu'il a fait l'expiation de nos peche qu'il les a portez fur fa Croix i qu'il n'y a maintenant nulle condamnation pour ceux qui font en faint Pierre , & qui vivent point félon la chair , mais félon l'efprit ; que Pierre habite dans nos coeurs par la Foi ; qu'il n'y a point d'autre nom que le fien , par lequel il nous faille être fauvez h que par fon fang il a rompu la paroi eniremoyenne , nous a âpre- de Jefuf-Chrîfî. r r$ thez, ds Dieu , lorfque nous étions loin , qu'il nous * été fait de part Dieu juflice , fagejfe , fanSif ca- tion & rédemption : qu'il a été fait malédiction pour nous y afin que nous fufltons juflice de Dieu en lui : que par fonfmg nous avons accès au trône de Dieu : que par fa mort il a détruit celui qui a-voit l'empire de la mort , à fç avoir le Diable. N'eft-il pas vrai que vous regarderiez un tomme qui parleroit ainiî de faint Pierre > comme un impie & comme un blafphcma- teur ? Cet homme auroit beau vous dire avec cela , que Paint Pierre eft moindre que Jefus-Ghrift; cela ne vous fatisferoit pas; & vous auriez raifon de lui reprocher, que cet aveu le condamne & le couvre de confu- fion , puis qu'en cela il fe contredit ouver- tement , & devient impie après avoir con- feftfé la vérité. On auroit beau Pexeufer , en dilant que Implication qu'il fait des caradteres & des, attributs principaux de Jefus-Chrift à Paint; Pierre , n'eft faite que par allufion , par ac- commodation , ou par une aplication ina- parfaite & hyperbolique , qu'il ne faut point: •preffer à la rigueur. Vous répondriez avec: raifon , que fi e'eft une allufion , e'eft une allufion impie ; fi, e’eft une accommodation * e'eft une accommodation profane ; & fi e'eft une aplication-, e'eft une aplication pleine de blafphême ; & que les allufions, les ac- commodations ou les aplications , quelles, qu'elles foient , ne peuvent manquer de por- ter ce nom , lors qu'elles font nattlfelkment: la même impreffion.. Mais fi vous regardez comme un blafphê*. me l'aplication que quelqu'un feroit des ca^ radteres & des attributs principaux de Jefus- Chrift , à un grand Apôtre comme S. Pie*;-. Xpm& ILL & Traité de la divinité ie : il faut demeurer d'accord que c’eft u» plus grand blafphême encore de faire à Je- ius-Chrift Implication des caraCteres & des attributs de l'Etre fouverain , s'il eft vrai que Jefus-Chrift ne foie pas d'une même ef- fence avec lui. Ce fera donc dans cette fupofition une- execrable impiété- de dire, qu'il a fondé la. Terre , & que les Citux font l’ouvrage de fey mains } qu'il fonde les reins , & qu’il efl le Scru- tateur des cœurs ; qu'il eft le Seigneur l’Etemel Jehova , aimant la ]uftice , Ô* haiffant l’iniquité j le Dieu qui vient avortant la récompenfe & le fa- lut , le Dieu ben't , le Dieu qui eft entre les Ché- rubins au. Sanctuaire comme en Sina ,, Le Dieu de notre f al ut , le Souverain , le Seigneur qui étend, le deux , & qui fonde la Terre } & qui forme l’efprit de l’homme en lui ; le Seigneur vers lequel doivent regarder les bouts de la terre , devant le- quel tcutgemuÜ doit fe ployer, & auquel toute: langue doit donner louange : celui qui apelle les gé- nérations: des le commencement , le Seigneur , le Roi d’ifraél , fin Rédempteur , les Dieu des armées , notre crainte & notre èpouvantement. Car on ne- peut nier que les Apôtres ne donnent tous ces titres à Jefus-Chrift , lors qu'ils difent que c'eft Jefus-Chrift qu; eft décrit dans ces ora- cles > ou, que c'eft de Jefus-Chrift que les^ Prophètes ont voulu parler dans ces magnifi- ques deferiptions En vérité , fi la difproportion qui eft entre- Jefus-Chrift & Saint Pierre, eft grande , celle qui eft ejere Jefus Chrift & le Dieu fouve- lain , eft plus grande encore dans le principe (dfenos adverfaires ; puifque celle-là eft bor- &é.e>. 3e que celle-ci eft infinie : & par con- séquent fi l'on ne peut fans blafphême attri- bue* à Saint Pieae les cara&eres les plus. de Jefus - Chrîfi, VH? effentiels de la gloire de Jefus Chrifl j on ne peut fans un blafphême infiniment plus grand encore , apliquer à Jefus-CJirifi; les ca- ' raéteres les plus eflentiels & les plus incom- municables de la gloire de Dieu. Cela paroîcra plus évident encore , fi nous fai Ions une fécondé fupofition : c'ell que cet homme qui feroit de telles aplications à Saint Pierre, fçât qu'on a déjà agité cette quellion dans les occafions célébrés , fi Saint Pierre elt égal à Jefus-Chrirt ; & qu'il pré- vît que cette erreur deviendroit générale dans le monde , & que pendant plufîeurs fiécles on confondroit Saint Pierre avec Je- fus-Cnrift le Sauveur & le Rédempteur du genre humain. Je dis qu'en ce cas-là un tel homme eft coupable d'une prodigieufe im- piété , d'ofër faire à Saint Pierre des apli- cations des earaéteres de Jefus - Çhrift , qui doivent être d'une fi dangereufe & fi funelte. confequence. Il n'y -a rien de fi facile que d’apliquer tout cela 38X Apôtres. Ceux-ci ne pouvoiene ignorer que la quedion , fi Jefus- Chrift étoic égal & femblable à Dieu , avoit été déjà agitée, & même que c'ell fous le prétexte- de ce prétendu blafphême que les Juifs; avoient perfecuté Jefus - Chrift. Ils n'igno- roient point , eu* qui prévoyoient qu'il s'é-*- leveroit de faux Doéteurs aux derniers, tems , & qui en caraélerifoient la doélrine que les Chrétiens tomberoient dans cette erreur , de confondre Jefus-Chrit avec le Dieu fouverain. Comment donciivec cette double connoiffance , les Apôtres ont-ils pûi fans une impiété manifefte, apliquer à Jefus- Chriil les oracles de l'Ancien Têltamenc , quai expriment, là. gloire du Dieu fouverain ;3. Se Irai té de la Divinité fur-tout, ce qui eft infiniment remarquable, ces oracles qui expriment la gloire du Dieu fouverain exclufivement à celle de fes créa- tures ? III. SECTION. Où l'on fait voir que fi Jesus-Christ n'eft point vrai Dieu , d'une même cfTenee avec fon Pere , Jc^us-Christ & les Apôtres nous ont eux-mêmes en- gagez dans, l'erreur., CHAPITRE I.. Ipiverfes maniérés d'établi* cette vérité l & pre- mièrement, que le principe que nous combattons K f détruit les idées que l'Ecriture nous donne- de. la thurité des bienfaits de Dieu . NOus avons fait voir, que fi Jefus-r Chrift eft une fimpie créature , la Re- ligion Mahome.tane eft le rétabliflement da la véritable Religion & Mahomet préfera? ble à JefuSr Chrift. Nous avons montré que fi Jefus-Chrift n'eft pas d'une même effence avec fon Pere , les Juifs ont rai fon de s'en tenir à la fentence que leurs Peres pronon-r cerent contre lui. Nous devons juftifier à prefent lé principe que nous nous étions, propofez d'établir, en troiliéme lieu : c'eft que fi JeltisrChrift eft un fimpie homme, ou fi l'on veut, une fimpie créature, il faut qu'il nous ait voulu engager dans l'erreur, & que fes Difeiples aufii ayent eu pour but de fiQijs tromper... de Jefus - Chrift. 1 1 y la raifon générale qu’on en peut donner » eft que les Ecrivains Sacrer n’ont point parlé de Jefus.Chrift comme d’une Ample créatu- re , quoiqu’ils dûlfent être parfaitement inf- truits de ce que Jefus-Chrift étoit par Jefus- Chrift même. C’elï ce qui nous paroîcra in- conteftable ,. lorfque nous aurons juftifié les veritez fuivantes» La première eft, que cette bypothefe qui fait Jefus-Chrift une limple créature ,. fur-tout celle qui en fait un fimple- homme , anéantit l’idée que Jefus - Chrift parlant par lui- même, ou par fes Difci- ciples ,. nous donne des bienfaits de Dieu , de la mifericorde de- fon Pere , ou de fa propre charité. La fécondé eft, que ce prin- cipe affoiblit tellement l’idée que l’Ecriture nous donne de la grandeur du miftere de- pieté. que dans ce fentiment nous ne pou- vons penfer autre chofe , fi ce n’eft que les. Ecrivains facrez ont voulu nous tromper par des exprefiions vuides &: enflées. La troifié- me eft que ce fentiment ôte à Jefus - Chrift toute fa dignité , en. lui faifant pofleder par métaphore les. titres que l’Ecriture lui attri- bue réellement : de forte que dans ce prin- cipe les principaux cara&eres de la. gloire du Fils de Dieu, ne font que des hyperboles de- mefurées , ou des jeux d’efprit qui ne fçau- roient avoir d’autre ufage que celui de nous engager dans l’erreur. La quatrième eft, que ce fentiment détruit la neceflité & même l’utilité de la mort de Jefus-Chrift : d^ forte que celle-ci n’eft plus dans cette hypothefe qn’une épifode de Roman , fi. l’on ofe s’ex- primer ainfi. Et la. derniere enfin ,, que ce principe rend le langage de l’Ecriture obfcur & incomprehenfible T faux & illufoire », abfurde de ridicuie., impie de plein. de.bjg£ phêmk, si y Traité de la Divinité J’ofe dire que ceux qui feront quelque? attention à ces cinq efpeces de preuves que nous propoferons d’une maniéré fuccinéte > conferveront difficilement leurs doutes fur ce fujet , & que s’ils demeurent perfuadez que nôtre doctrine à cet égard a des diffi- cultez & des ténèbres , ils croiront aufli qu’elle a une évidence de révélation & des lumières qui doivent nous obliger à la re- cevoir , toute élevée & toute incompréhen- sible qu’elle eft en elle- même par la fubli- mité & la grandeur des objets qu’elle ren- ferme. Je dis premièrement , qu’on ne peut fupo- fer que Jefus-Chrifi foit un fimple homme , ou une fimple créature , fans affoiblir infi- niment toutes les idées que nous avons de la charité & de la mifericorde de Dieu. Chacun fçait que le grand bien-fait de cetce mifericorde confiée , en ce que Dieu nous a donné fon Fils bien aimé , & qu’il l’a li- vré pour nous à la mort. C’èft un don qui enferme tous les autres ; car fuivant^ l’Apô- tre , celui qui j tous A donné fon Fils , nous ac- cordera aufft toutes les autres chofes. Or fi Je fu S*- Chrift n’ert par fa nature qu’une fimple créature , le don de Jefus - Chriit efi d’un moindre prix fans comparaifon que le faîut du genre humain , & bien loin que nous fbyons furpris que Dieu ait racheté nôtre falut fi cher , il faudra s’étonner qu’il l’air achetai bon marché : ce qui eft un blafphê- me execrable. Quelque jufte & quelque faint que l’on conçoive Jefus- Chrift , on doit penfer qu’une infinité de perfonnes aimant Dieu 4e tout leur cœur , & de toutes leurs forces au jour de kiir triomphe & de leur parfaite ré^éné.^ de Jefus - Ckrifî. ®atîon, feront encore un objet plus agréable aux yeux de Dieu , que Jefus-Chrift. Le falut du genre humain eft donc plus pré- cieux que la vie de Jefus-Chrift; & cela, d'autant plus encore , que Jefus- Chrift em perdant la vie ne perd point fa fainteté , qui eft bien d'un autre prix que fa vie. En effet, il ne faut point ici comparer fim~ plement Jefus- Chrift avec les Fidèles qui: doivent heriter fort Royaume ; mais la vie- temporelle qu'il a perdue pour eux , avec cette vie éternelle uniffez- la à un efprit cette union produira d'abord une efpece de nobleffe & de dignité dans ce corps, qui attachera de l'honneur à Ces ac- tions , du prix à ce qu’il fera, ou à ce qu’il fouffrira pour vous. Uniffez enfuite cette matière déjà animée à l'Effence divin^, elle eontradera une dignité, infinie , par cela même qu'elle eft fi particulièrement unie avec Dieu i & fes fouffrances pourront for- mer un équivalent des peines éternelles.. Car fi les fouffrances d'un homme de quali- té. ont plus de valeur que celles d'un païfan s ; it £z Dieu qui nous le donne pour fouffrir pour nous 5 ne nous fait point au prêtent limite. Mais enfin un homme n’elt qu’un homme, & ce teroit exagerer la mifericorde de Dieu d’une maniéré puerile , que de s’écrier , o charité ineffable , ô mifericorde fans bornes , qui donne la vie temporelle^ d un fimple homme , ou d’une fimple créature , pour le falut éternel du genre humain ! Il faut donc chercher un autre miftere dans ces pa- roles du Saint- Efprit : En cela paroît la charité de Dieu envers nous , qu’il a envoyé fon f ils uni- que au monde afin que nous vivions par lui. Si cette fupofition de nos adverfaires tend incompréhenfibie tout ce que 1 Ecriture nous dit de ce grand effort de charité qui fait que Dieu a donné Jefns- Ch rilt a la mort pour nous , elle ne rend pas moins inconv- préhenfible tout ce qu’on nous dit de la cha- nté d* Jefus-Chrift même. Car s’il.fouffre dans nôtre tens , il fouffre du moins dan£ quelques inftans le poids de la malédiction: divine , il lutte avec la juftice de. Dieu , qui le regarde avec feverité:, il fent le délaiffe- ment de fon Pere avec une douleur propor- tionnée. à l’ardeur de fon amour, Ainfi fa sharaé: âe Jefus-Chrifi. Ht charité eft auffi grande , que les frayeurs de la juftice de Dieu , qui fe rangent en bataille contre lui dans ce moment , font terribles. Mais fi Jefus-Chrift ne fouffre que dans le fens de nos adverfaires } s’il fouffre avec tous les fentimetas de l’amour de fon Pere ; . s'il meure comme les Martyrs meurent ordi- nairement ; fi plein du fentiment de fon in- nocence j il ne fe fent point chargé des pé- chez du genre humain , on peut dire que fon aétion n’a rien d'extrêmement héroïque. Co- drus à ce compte , feioit pour le moins aufli loiiable que Jefus-Chrift. Ce Roi des Athé- niens ayant mené fon armée contre les enne- mis de fa patrie , & s’étant perfuadé fur la réponfe de je ne lçai quel oracle bien ou mal expliqué , que s’il n’étoit lui-même tué dans le combat , fes Sujets ne pouvoient rempor- ter la victoire , il quitta les ornemens de la Royauté , il fe couvrit de haillons , 8c étant allé dans l’armée ennemie , il trompa le deffein qu’on avoir fait de l’épargner , en provoquant un foldat qui lui donna la mort » & racheta ainfi fa patrie par une aétion qui pouvoir faire l’admiration même de fes en- nemis. Çodrus fait alfûrément plus pour fes Sujets , que ne feroit Jefus-Chrift pour les Fidèles. Car il perd une vie après laquel- le il n’en efperoit point d’autre , pour dé* fendre fes Sujets de l’opreffion ; au lieu que Jefus-Chrift ne donne fa vie temporelle j que parce qu’il eft affuré de vivre & de regner éternellement avec fes sujets , qu’il racheté en fe lacrifiant pour eux. Enfin nous aurions en ce cas là bien plus ■ jufte fujet d’admirer la charité de Dieu fur Jefus-Chrift } que d’admirer la charité de Dieu fur nous.Que Dieu fauve les hommes» Tme U U L lit Trahé de la Divinité cela nous fait reconnoître la mifericorde de Dieu dans la rémiffion qu'il nous accorde de nos pechez : Mais que Dieu pour récom- penfer Jefus-Chrift d'avoir fouffert la mort , le 'reifufcite glorieufement , le rende le Mo- narque du monde , & le Chef des Anges , & le Juge des hommes , & le Roi des lîé- cles j qu'il mette en fa difpofition les dons de Ion Efprit , la vie & la mort 5 qu'il lui don- ne fon nom , fa gloire , fa puiftance , & la difpofition de fon éternelle félicité : c’eft une bonté immenfe qu'il a pour Jefiis Chrift; & celui-ci ne doit pas plaindre le fang qu'il a verfé pour parvenir à cet état de gloire. Il ne pouvoit rien faire de plus utile pour lui- même. Pour comprendre après cela le lan- gage du Saint Efprit, il faudroit faire un autre Évangile. Au lieu de dire , Dieu a tant aimé le monde , qu'il a donné fon Fils au monde , afin que quiconque croit en lui , ne périffe point , mais qu'il ait la vie éternelle j il faudroit dire , Dieu a tant aimé Jefus Chrifl , qu apres l'avoir honoré du titre de fon Fils , il lui a ajfujetti le monda , & lui a, donné tous ceux qui croiront en lui. Au lieu de dire , Celui qui nous a donné fon propre Fils , ne nous donnera-t-il point aujfî les autres chofes ? il faudroit dire , Ce neft pas mer- veille fi celui qui nous promet de nous donner la vie éternelle , nous a donné la vie de Jefus-Chrift. Lorfque Saint Paul dit , que Dieu nous a donné fon Fils , il veut dire qu'il nous a donné la vie de fon Fils s & raifonnant du plus au moins , il conclud que Dieu nous donneiCaufli les autres chofes , parce qu'il fupofe que la vie de Jefus Chrift eft plus pré- cïeufe que tous les autres biens. Mais y a- t- il quelque proportion entre la vie tempo- relle d'une feule créature , quelque feinte de Jefut-Chrift. qu'elle puiffe être, & la vie éternelle & bien- heureufe de tous les Saints? & y a t-il rien de plus faux que le raifonnement de l' Apô- tre , fi le principe que nous combaccons , avoit lieu ? On dira peut-être ici > que la charité de Dieu fe manifelle , en ce qu'il nous donne ia vie éternelle avec fon Fils. Mais il effc aifé de découvrir l'iilufion qui eïl cachée dans ces paroles. Dieu fait deux choies. Il nous donne la vie éternelle , & il nous la donne par le minillere de fon Fils. Nous ne pou- vons conliderer la première ^fans admirer fa bonté & fa mifericorde. On en convient. Mais on peut demander ici , en quoi la fé- condé nous fait voir l'amour de Dieu. Car il ne nous paroîc pas que ce foit un grand effort de mifericorde , de donner la vie tem- porelle d'un feul homme pour la vie éter- nelle de tous les hommes. Ainli on peut conliderer deux choies dans Ja délivrance des ifraëlites. Dieu racheté le peuple d'Ifraë! de la captivité dans laquelle il gémilfoit , après avoir fauvé lès premiers nez de l’épée de l'Ange deftru&eur : & Dieu ordonne que les Ifraëlices égorgent un agneau , qu'ils en prennent le fang pour arrofer les pos tes de leurs mailbns. je conrcns qu’on admire la bonté & la mifericorde de Dieu , lorfque l'on confidere le bien fait. Les Iftaëlites étoient réduits à^une trille extrémité. .Leur délivrance venoit à propos. Ils l'avoient ar- demment delirée. Mais on 1e mocqueroit de nous 5 û l'on vouioit nous perfAder que la bonté & la mifericorde de Dieu ont fur- tout éclaté , en ce que c'eft par le fang d'un agneau que l'Ange deitru&eur a été averti d'épargner les premiers nez des Limites > L ij s 2.4 Traité delà Divinité ou en ce que c’eft par ce facrifiçe de h Pâque/ que Dieu a en quelque forte voulu opérer une telle rédemption. Un homme pafteroit pour être fort peu raifonnable , quidiroit. Voyez quelle eft la charité de Dieu , d’avoir donné un agneau ou plulîeurs agneaux à la mort pour le falut de fon peuple. On répon- dra fans doute , que la vie de JefusvChrift lïmple homme, eft ianscomparaifon plus pré- cieufe que celle d’une viétime de la Loi, J’en conviens. Mais comme la vie d’un agneau n’avoit aucun véritable raport avec la déli- vrance temporelle des Ifraëlites , on peut dire auffi que la vie temporelle de Jefus- Chrift n’a aucun véritable raport ni aucune proportion avec la vie éternelle du genre hs- main , s’il eft vrai que Jefus-Chrift ne foit qu’un limple homme , ou même une fim- ple créature. Je ne fçai même fi l’on ne pour- roit point dire , que la vie d’un agneau a plus de raport à la vie d’un homme , que la vie temporelle de Jefus-Chrift fimple homme, n’en a avec le falut éternel du genre hu- main. Car enfin la vie d’un agneau eft une vie temporelle s la vie d’un Ifraëlite , qui étoit rachetée par l’agneau , étoit aufii une vie temporelle : & l’on fçait qu’il y a quel- que forte de proportion entre le temporel 8c le temporel. Mais la vie de Jefus-Chrift fim- ple homme , ou même fimple créature , eft une vie temporelle , & la vie qu’il a acquife au genre humain , une vie éternelle ; 8z l’on fçait qu’il n’y a aucune forte de proportion entre unÊ'vie temporelle qui eft finie en du- rée , & une vie éternelle qui eft infinie. Mais enfin ne prenons pas les chofes dans cette ri- gueur , puifqu’aufti-bien cela n’eft point né- cefifaire. Il fuftiî qu’il nous paioifle aftfez en- de Jef iï - Chrift. i if demment par cet exemple , qu’on peut quel- quefois admirer la mifericorde ou ia bonté de Dieu dans le bienfait qu’il nous accorde , fans que nous foyons obligez de la reconnoî- tre dans le moyen que Dieu employé pour nous le procurer. Cela nous fuffit pour nous obliger à dire , que véritablement Dieu re- commande du tout fa dileétion envers nous , en ce que lorfque nous étions fes ennemis , il s’eft réconcilié avec nous , & a voulu s’o- bliger à nous donner la vie éternelle ; mais que fa mifericorde n’éclate en aucune manié- ré en ce qu’il a donné la vie temporelle d’un feul homme pour procurer la vie éternelle à tous les hommes. Jefus- Chrift , direz- vous encore, eft le Maître, & nous fommes les ferviteurs ; 6c c’eft un affez grand effort de charité , que le Maître fe livre à la mort pour racheter des efclaves , 6c des efclaves encore qui étoient fes ennemis. Mais il faut éclaircir ce qu’il y a d’équivoque 6c d’obfcur dans cette fécondé objection. Car il faut diftinguer ici la chari- té du Pere d’avec celle du Fils , 6c les con- fîderer féparément. Ce n'eft point le Pere qui fe donne ; mais il donne Jefus - Chrift , en confentantqu’il fouffre la mort pour nous. Jefus-Chrift à l’égard de Dieu ne peut point être apellé le Maître. Il eft ferviteur auftï- bien que nous , à l’égard de Dieu , puis qu’il eft fa créature , 6c foûmis à fes loix. Ainft Dieu ne donne point le Maître , mais il li- vre fon ferviteur. C’eft un fervite'jf plus par- fait que les autres , j’en conviens , mais c’eft toujours un ferviteur. On voit bien que Dieu témoigne fa charité , en ce qu’il veut fauver fes ennemis ; fa mifericorde pa- roît dans fon deffein : mais on ne voit point iig Traité de la Divinité que fa mifericorde éclate en aucune forte dans ce don qu’il nous fait de fon ferviteur, qui ne prend rien de fa fainteté, de fa gloire, & de fon bonheur effentiel ; qui ne perd que trois jours de vie, perte qui lui vaut T Empire de {^Univers j & qui par confe- quent ne fait pas de fon côté un grand facri- fice. Car fi celui-ci n’eft qu’un fimple homme ©u même qu’une fimple créature 5 & s’il eft vrai qu’en fouffrant la mort , il n’ait rien à craindre que la mort même j & que parce qu’il fouffre il acquière pour ceux qu’il ra- cheté , une éternité de vie & de bonheur ; & qu’enfin il doive être fouverainement élevé après fon abaiffement j où eft le grand ef- fort de fa charité? Ceux qui fe font dévoüez à la mprt pour le falut de leur Patrie , dans ]a certitude de mourir, & dans i’mcertitu- de de vivre après leur mort , n’obtenant pour récompenfe du facrifice qu’ils faifoient à leur Patrie , qu’une gloire imaginaire qui ne pouvoit pas flater leurs cendres , & une immortalité vaine & éloignée, qui n’ôtoit rien aux horreurs de leur mort , faifoient à ce compte un plus grand effort fur eux- mêmes , que n’a pas fait Jefus-Chrift. Je dirai bien davantage : qu’on choififie parmi tous les hommes du monde , même parmi les plus barbares & les plus dénaturez , à peine s’en trouvera-t-il quelqu’un qui ne fut en état de fouffrir la mort à de pareilles con- ditions. Où eft l’homme qui s’il le pouvoit , ne voulûtfvien acquérir la vie éternelle à tout Je genre humain en fouffrant la mort , affil- ié de reflufeiter au troifiéme jour , & d’ob- tenir par - là l’Empire fur les créatures? Quand il ne le feroit point par charité , il le feroic aigrement par intérêt de par amour de Jefus - Chrîjt. iif propre. Il faut donc demeurer d’accord que Jefus- Chrift n’eft pas un fimple homme , St qu’il n’a pas auflî fouffert une mort fembla- ble à celle des autres hommes : mais il faut dire que ce divin Sauveur étant fouveraine- ment élevé au-deffus de nous par la dignité de fa perfonne , a fouffert une mort accom- pagnée du fentiment de la juftice de Dieu , de ces frayeurs indicibles St de ces horreurs vangereffes , par lefquelles Dieu punit le crime ou en celui qui le commet , ou en ce- lui à qui il eft imputé. On dira en troifiéme lieu , que la charité de Dieu confifte , en ce qu’il nous a donné non un fimple homme , mais un homme qui eft fon Fils. Mais je demande , cet homme eft-il le Fils de Dieu dans un fens propre St littéral , ou dans un fens figuré & métapho- rique ? S’il eft le Fils de Dieu dans un fens propre & littéral , il ne peut l’être que par la génération éternelle: St c’eft précifement ce que nous demandons. S’il eft le Fils de Dieu dans un fens figuré , nous demandons fi c’ert un grand effort de charité , que de donner pour le falut du genre humain un homme qui n’eft le Fils de Dieu que par fi- gure St par métaphore. Imaginons-nous qu’un Prince fe trouvât indifpenfablement obligé de faire périr une partie de fes fujets pour obéïr à quelque Loi inviolable, à moins qu’il ne fe trouvât quelque perfonne digne d’être leur caution , St de les racheter par fa mort , St que dans cette trifte^extrêmité ce Prince touché de compafliond*larât qu’il donneroit la vie de fon Fils pour les rache- ter : vous ne fçauriez fans doute manquer de concevoir une très-haute idée de fa chari- té & de fa mifericorde. Mais fi quelque L iiij ïiS Traité de la Divinité tems après on vous difoit , que ce Roi n« donne point Ton propre fils , Ton fils unique , 8c même qu'il n'a point de fils propre 8c véritable * mais que tout le miftere de ce grand amour auquel on nous a tant préparez, confilie en ce qu'il a choifi un de les fujets , qu'il a tiré du fein de l'indigence 8c de la plus grande pauvreté, pour le faire élever en fils de Souverain ; 8c qu'enfuite il veut le li- vrer à la mort pour racheter fes fujets qui pérififent , fi l'on ne fatisfait à la majeflé des Loix , & enfuite le faire l'héritier de fon fceptre , après qu'il aura fouffert la mort : vous trouveriez que la clemence de ce Prin- ce efl affurément digne de nôtre admiration & de nôtre reconnoiffance , en ce qu'il par- donne à ceux qui l'ont offenfé 5 mais ce fc- roit une ^hyperbole puerile, que celle d’un homme qui fe récrieroit fur le don que ce Prince nous feroit de fon fils , & qui diroit : Le Roi a tant aimé fon Royaume , qu'il a donné fon fils même , fon fils unique , pour fauver fes fujets qui avoient failli , 8c qui ne pouvoient être rachetez que par un fi grand prix. Pour le mieux comprendre , nous n'avons qu’à fupofer ici ce que nos adverfaires ne nous conteftent point , qui efi que le facrificc d'Ifaac eft un type excellent du facrifice de Jefus-Chrifi. Ifaac les delices de fon Pere , fon fils unique , offert en facrifice , garoté par Abraham , malgré le murmure du fang & la voix fecrette de la nature qui parle pour lui, kc un type excellent de Jefus-Chrift nôtre Sauveur , l’amour 8c les delices du Pere Eternel , que Dieu livre à la mort , 8c qu'il permet qu'il foit faifi de trifteffe , Mc. environné de frayeurs indicibles } nonob- de Jefus - Chrtft. it$ .ftant la tendreffe qu'il a pour lui. Les types qui reprélentent la mort de Jefus- Chrift, con- viennent dans ce raport général : c'dl qu'ils nous repréfentent Jefus - Chrift fubftitué en nôtre place , comme les viétimes de la Loi étoient fubftituées à celle des pécheurs. Mais chaque type a fon raport particulier qui 1s diftingue des autres. Ainfi l'Agneau Pafcal repréfente Jefus - Chrill , en ce que comme le fang de l'Agneau arrofant les portes des Ifraëiites , les garantilfoit de la main de î'Ange dellruéteur : ainfi le fang de Jefus- Chrilt arrofant nos coeurs , & coulant mys- tiquement dans nos âmes , les garantit des effets de la juftice de Dieu. Mais le facrifi- ce d'Ifaac étant un facrifice non fanglant , ne peut point avoir ce raport avec Jefus-Chrifh Il en faut donc chercher un autre : &- cet autre raport confifte, en ce que comme Abra- ham offre fon fils unique , Dieu a auffi livré à la mort fon propre Fils. Si donc on vous difoit à préfent , qu' Abraham n’offrit point fon fils unique , ni même fon fils , mais qu’il prit le Fils d'Eliezer , qu'il lui donna le nom d'Ifaac , & fi vous voulez encore, qu'il Je revêtit des habits de fon fils ; vous cefferiez d'admirer l’obéïffance & la foi d'Abraham , en ce qu'il ne fait point de difficulté de facri- fier fon propre fils , fon fils unique. On cherche fimpîement l'image dans le type , & la réalité & la vérité dans l'accom- pliffement : mais s'il en faut croire nos ad- verfaires , il faut déformais renverfe#cet or- dre , & chercher la réalité & la vérité dans le type , & l'image & les. aparences dans l'acçompliffement. Abraham aura fait quel- qu'effort , car il aura offert fon fils en effet , te non pas feulement en aparence : mais, 1 30 Traité de la Divinité Dieu ne fait rien en livrant Jefus-Chrift à la mort ; il femble donner Ton Fils , & ne donne que Ton ferviteur qu'il revêt du nom de Ton Fils , dans le feul deffein de le livrer à la mort : de forte que cette exprelfion , Il ri a point épargné fon propre Tils , devient par- la également vaine & illufoire. Mais cet homme que Dieu donne , eft fait l'heritier de la vie éternelle : c'eft ce qu'on dira pour relever la dignité de Jefus-Chrift. Tout cela eft inutile. Car comme Jefus- Chrift n'obtient cet Empire fouverain , ft ce n'eft en confequence de fes fouffrances & de fon abaiftement , on peut bien dire que Dieu couronne le ferviteur pour le recompenfer de fa patience : mais il demeure toûjours vé- ritable , que Dieu n'a donné que fon fervi- teur pour la rédemption du genre humain, un ferviteur qui a dû accomplir la Loi de Dieu pour lui-même , étant après cela un ferviteur inutile, un ferviteur qui n’a fait qu'un très-petit effort de charité envers (es Freres , n’y ayant homme au monde qui ne fît de bon cœur ce qu’il a fait pour nous, s'il pouvoit obtenir la même gloire. Ainfi , qu'on tourne les chofes comme l'on voudra , on ne fçauroit anéantir la Divinité de Jefus- Chrift , fans changer la Religion , fans dé- truire le vrai fens des types , &: tellement affoiblir l'idée du grand &r fignalé dbn que Dieu nous a fait de fon Fils, que toutes les expreflions de l'Ecriture ne nous paroiffent après i/ela que déclamations vaines , ou des (impies jeux d'imagination. Audi n'y a-t-il point d'embarras égal à ce- lui de nos adverfaires, lors qu'ils fe trouvent engagez à nous expliquer ce grand effort de. la charité de nôtre Pere celefte, qui fait lé. de Je fus - Chrifî. cara&ere particulier de l'Alliance de grâce. Il était aujfi auparavant , difent-ils , le Pere des hommes juftes : mais il ne le paroijfoit point être. C’efi ce qui fait qu’il efi apellé rarement du nom de Pere dans l'^4r?cien Tejlament : encore nejl-il point ainfi nommé , parce 'qu'il veut nous donner la vie éternelle , mais parte qu'il nous a créés , & qu'il nous accorde les biens temporels. Les So- ciniens font confifter la grande charité de Dieu , en ce qu'il nous donne la vie éternel- le. Ils ont railon. Ils parlent conformément à leurs principes. Mais les Ecrivains Sacrez du Nouveau Teftament la font auffi confier en ce que Dieu nous a donné fon Fils. Dieu a tant aimé le monde , qu'il a donné ^ &c. & c'eft ce qui fait une difficulté inexplicable dans leurs principes. Car nous les entendons bien , lors qu'ils nous prouvent la ciüirité de Dieu par le don que Dieu nous fait de la vie éternelle : mais nous ne voyons pas comment ils pourront la prouver par le don que Dieu nous fait de fon Fils. Dieu y difent-ils, donnant fon Fils unique four viBime pour nos pechez , s'engage à nous par- là même par un gage d'une valeur inejlimabley & mus promet non feulement de mus remettre nos fautes , & de nous abfondre , mais encore de nous donner la vie éternelle ; & par ce grand amour qu'il nous témoigne & cela lorfque nous étions [es ennemis , il nous attire à lui efficacement , & nous réconcilie avec lui . Lors aujfi qu'il ne veut- nous remettre nos pechez que par le moyen de fon Fils , qui fe livre pour être la viélime offWte pour eux , il nous engage par -là même à fon Fils , d*» nous affujettit à lui ; fy> en même temps il déclare combien il a d'horreur peur des pechez qui ont dû être expiez par le fang de fon Fils , & quelle aver - fon nous devons avoir peur eux à l'avenir. Os i]i Traité de la Divinité difcours efl adroit , & cache allez bien la foiblelfe de la caule qu'il veut déguifer. Car ne pouvant nous prouver la charité de Dieu, par l'endroit par lequel les Apôtres la font tant valoir , qui eh le don de fon Fils , on aliénable finement toutes les circonftances & toutes les confiderations qui peuvent le mieux nous découvrir cette charité, com- me la rémilïion de nos" pechez , la vie éter- nelle, la qualité d'ennemis de Dieu , que nous portions lors qu'il a formé le delfein de nousfauver, & les motifs de fanéiification & de la haine du péché , que nous trouvons dans la maniéré dont Dieu nous remet nos fautes. Mais ce font là des confidera- tions étrangères , & qui ne touchent point la difficulté. Il s'agit de fçavoir , fi la mife- ricorde de Dieu nous fait un préfent fort con- fiderable , en donnant la vie d'un fimple homme pour nôtre falut. C'eli cela même qu'il faut examiner , & c’eli fur cela que nos adverfaires ne fe fatisferont point , & ne fa- tisferont jamais les autres. Dieu , difent-ils , nous donnant fon Fils , s’o- llige par un gage d'une valeur ineflimable , à nous donner la vie étemelle. Peut-on dire d'un fim- ple homme , quelque faim qu'il puifle être , que c'eli un gage d’une valeur inellimable ; Bz fur tout , que le don de fa vie temporel- le , qu'il ne quitte que pour la reprendre trois jours après , ell un sûr garant pour nous répondre de la vie éternelle préparée au geC-e humain ? Eli il concevable que la mort de Jefus-Chriii ait pour but de fervir de gage aux hommes ; comme fi Dieu eût fait mourir Moyfe , afin que cette mort fervît pde gage aux enfans d'Ifraël , que non- feulement Dieu les recireroit de l'E- de Jefus-Chrift. . r|$ gypte , mais encore qu’il les introduirôit dans la terre de Canaan ? Les hommes peu- vent-ils conclure de ce que Dieu leur a don- né la vie d’un fimple homme , qu’il leur donnera la vie éternelle ? puifque première- ment , Dieu leur donne la vie de cet homme fans néceflité , 8c que d’ailleurs la vie tem- porelle d’un fimple homme , eft très-peu de ‘ chofe , comparée à la vie éternelle du genre humain. Par ce grand amour qu'il mus témoigne lors- que nous étions [es ennemis , 8cc. tl nous attire a lui , 8cc. Et où eft ce grand amour ? La vie d’un fimple homme eft-elle donc fi pré- cieufe ; & fur-tout d’un homme qui ne fait qu’échanger une vie pleine de miferês 8c de fouffranees , avec une vie éternelle 8c bien- heureufe qu’il obtient 8c pour lui 8c pour fes Difciples ? Lors anjfî qu'il ne veut nous remettre nos pe- thez, que par le moyen de fon Fils , qui eft la vic- time offerte pou, T eux , il nous engage & nous ajfu - jettit à lui , S:c. Voici qui nous découvre à peu près ce que nos adverfaires ont honte de nous avoüer , 8c ce qu’il faut néanmoins qu’ils reconnoiffent , s’ils veulent raifonner conféquemment à leurs principes : c’eft que dans le facrifice de Jefus-Chrift , Dieu fait plus pour Jefus - Chrift , que Jefus- Chrift ne fait pour nous ; 8c qu’ainfi il ne faut p! ’ ■ ire j Dieu a tant ■rimé le monde , qu'il a de : Fi/si mais , Dieu a tellement aimé for , qu’il lui a donné le monde. En e ia mort de Jefus-Chrift ne nouAionne point à Dieu , puifque nous étions déjà les objets de fon amour , 8c que Dieu eft apai- fé envers nous, avant que fon Fils meure en nôtre place, il n'eft pas vrai 3 difient nos ï 34 Traite de la Divinité ad ver faites , que Dieu étant irrité contre le geft~ re humain , Ait été apaifé par fefus-Chrifi ; puis qu'on peut dire tout le contraire ; c’ejl que Di n étant apaifé envers le genre humain , apaife <& fe re concilie par Jefus-ChriJl les hommes qui étaient irritez contre lui , &c. Jefus-Chrift ne nous re- concilie point avec Dieu, il ne fait point no- tre paix avec lui. Il femble donc bien que nous pouvions nous paffer de lui ; &MI fem- ble même , fi Dieu l'avoit trouvé bon\ que nous euffions pû obtenir la vie éternelle fans fa médiation. Car du refte> Dieu n'avoit qu'à agir fur nos cœurs par fa grâce , pour triom- pher de rendurciffement qui nous rendoit fes ennemis. Mais Jefus - Chrift n'étant' qu’un fimple homme , comme on le prétend , ne pouvoic afpirer naturellement à une gloire &: à une puiffance furnaturelle , s'il n'eût figna- lé fon obéïffance par fa mort. Ainfi le fruit que nous retirons de fa mort , eft fort petit , & l'utilité que Jefus-Chrift en retire lui-mê- me , eft très-grande , puifque par- là il fe voit tout d'un coup le chef des hommes des An- ges , & le maître du Ciel & de l'Eternité. Et en meme tems il déclare combien il a d'horreur pour des pechez qui ont du être expie ^ par le Sang de fon Fils , &c. En vérité , fi Jefus-Chrift n'eîl qu’un fimple homme , comme nos adverfai- res le fupofent, il fera difficile qu'on foit bien touché de cette confideration , & l'on dira bien plûtôt , qu'il femble qu'on ne doit pas faire un grand fcrupule de commettre des pechez qui ne peuvent être fi facilement effa- cez , {eiifque le ’fang d'un feul homme fuffit pour expier les pechez de tout le genre hu- main. * de Jefus- - Chrzft. CHAPITRE II. ijf Oh l'on fait voir que la âoftrine de nos adverfaires détruit l’idée que l’Ecriture nous donne de la gran- deur de nos Myjleres , & de la nature de la vé- ritable foi. SI le principe de nos adverfaires affoiblit in- finiment les idées de la charité & de la mi- fericorde de Dieu , on peut dire qu'il anéan- tit d'un côté la vérité de nos Myfteres , & de l'autre , la nature de la véritable Foi. ^ En effet , fi Jefus-Chrift n’eft qu'une fim- pîe créature , qui pourra comprendre la penfée de l'Apôtre , lors qu'il dit , Or fans Contredit y le Myftere de pieté e (1 grand. Dieu man> fcjlé_ en chair , juflifié en efprit , vu des uinges , crû du mondes prêché aux Gentils , & élevé en gloire ? On ne peut nier que le Myftere de Pin- carnation , tel que nous faifons profefîkm de le croire , ne Toit grand , fublime in- finiment élevé au deffus de la portée de nos efprits ; foit que vous confiderigz cette union ineffable de la nature humaine avec la natu- re divine , qui furprend les hommes , & que les Anges mêmes ne fçauroient comprendre ; foit que vous regardiez à la merveille de charité que nôtre foi y découvre; foit que vous ayez égard aux fuites fi importantes d'u- ne telle union. Mais on ne voit pas que la n^iffance d'un fimpîe homme qui naît en chair, parce qu'il ne pouvoit naîrü autre- ment , quelque agréable à Dieu qu'on le fu- pofe , quelque ;ufte & quelque faint qu'il foit en effet , puiffe être comptée pour un grand myltere. / i$<> Traité de la Divinité A parler exa&ement , & à raifonner jufte fur l'hypothefe de nos adverfaires, il faudroit plûtôt chercher les myfteres dans les termes de l'Ecriture , que dans les objets de la Re- ligion : & il ne faudroit point dire , c'eft un grand myftere que le mvflere de la pieté; . mais c'eft un grand myftere que le myftere du langage des Evangeliftes & des Apôtres. Nous attellerions ici volontiers la con- fcience de ceux contre lefquels nous difpu- tons. Nous leur demanderions , s’ils fe fe- roient jamais avifez de faire confifter le grand myllere de pieté en çet article , Die » nmnifefté en chair. Certainement ceux qui font obligez de re- courir à des explications de l'Ecriture fi vio- lentes , en attachant aux termes un fens juf- qù'ici inconnu , en fupofant des apollrophes èc des parenthefes là où il n'y en a point , n’ont garde de s'exprimer d'une maniéré qui leur fait tant de peine , & qu'ils expofent avec tant de difficulté. Toutes les difficultez qu’on trouve dans nôtre Théologie , font dans les objets : les principales difficultez qu'on trouve dans !a Théologie de nos adverfaires , font dans les termes de l’Ecriture. L'Ecriture Sainte étant incontellablement un Livre clair & facile à entendre , fon langage ne doit pas être la fource de nos difficultez : & les objets de l'Evangile étans hauts & incompréhenfibles , félon le caradfere de la prédication qui eft une folie aparente , ils peuvent & doivent faire ll^fainte obfcurité que nous trouvons dans ce Livre divin. Mais confiderons ce paflage de plus près , faifons y quelques reflexions. Il faut d'a- bord remarquer , que par la doétrine ou le myftére de Jéfits-Chrifî. 1 37 myftere de pieté , il faut évidemment enten- dre la doctrine ou le myftere de l’Bvangile. C3elt l’ufage du Saint- Efprit de parler ainfî. To-us ceux , dit l’Apôtre , qui veulent vivre félon la pieté y foujfnront perjécution. D’ailleurs , il ne faut que confîderer cette énumération : Dieu mamfefté en chair , juflifié en efprit , vu des Anges , crû du monde , prêché aux Gentils , élevé en gloire , pour voir qu’elle contient les ob- jets qui^ont fait la fubftance de la prédication des Apôtres. Cela étant ainfî fupofé , je demande d’a- bord à ceux qui croyent que Jefus-Chrift: eft un fîmple homme, ce que cela veut dire , T>icu manifeflé en chair. Si c’eft que Jefus-Chrift homme a converfé parmi les hommes,, certes le myftere eft petit. Il eft furprenant qu’Enoc ait marché avec Dieu 3 qu’Elie ait été tranfporte dans le Ciel j que Jefus-Chrift ait ete^ eieve dans la gloire 5 parce que le C:el n’eft pas naturellement le féjour des corps: mais qu’un fîmple homme ait été vu fur la terre , qu’il ait converfé parmi les autres hommes , voilà qui ne fit jamais l’ob- jet de la furprife de perfonne. D’ailleurs, qui: ne voit que cette exprefîïon , Dieu manifejlé en chair y enferme évidemment une opofîtion entre Dieu qu’on ne voit point , & le corps que l’on voit ? entre un Dieu fpirituel , &: une chair fènfîble ? Et où fera la force de1 cette opofîtion, la vérité de ce myftere, fî ce n’eft pas le vrai Dieu qui a. été manifefté en chair ? ^ Jefus - Chrift , dira - t-on , quoiqu’il foie- un fîmple homme par fa nature , eft Dieu > parce qu’il repréfente Dieu, & qu’il tienc fa place. Et que fait cela pour juftifier l’exprelFioia 2 l»me LU. ^ Traité de la Divinité dont il s’agit maintenant ? Les Rois font les Dieux de la terre , parce qu'ils reprefentenE Dieu , & qu'ils tiennent fa place : cepen- dant où eft l'homme affez inênfé pour dire : Or Cans contredit , le Myftere de la Royauté eft grand : Dieu ma.nfeflé en chair. Nos adverfaires ne voyent pas qu’ils font ici un ridicule aflfortiment d'une chair réelle d'une manifeftation véritable , avec un Dieu métaphorique & improprement ainfi nom* mé : au lieu qu'il faut joindre un Dieu pro- prement dit à une chair réelle & à Une ma- nifeftation véritable. , En effet > il eft certain que ce qui fait ici * je ne dirai point la grandeur du myftere * mais Amplement la vérité du myftere , c'eft î'opofition qu'il y a entre ce qui eft fignifié par le terme de Dieu , & ce qui eft exprimé, par celui de chair. Or il y a de- I'opofition, entre la chair , & un Dieu proprement dit * tel qu'eft le Dieu fouverain : mais il n’y en a aucune entre un Dieu métaphorique &c une chair véritable , puis qu'il n’y a rien de furprenant qu'un homme compofé de chair tienne la place de Dieu > & foit nommé Dieu , parce qu'il le reprefente. En quoi donc fait on confifter la grandeur de ce myf- tere 3 Dieu manifefté en chah }- C'eft 3 dira peut- être quelqu'un , en et que la gloire de la puifiance divine dont Je- fus-Chrift étoit revêtu lors qu'il converfoit fur la terre 5 a paru par des mi racles fi écla- tans & aufîi-bien que vrai homme : ou bien ils mar- quoient Amplement j que Dieu operoitces; vertus par le miniflere de Jefus - Chrift , en- fa prefence, à fa priere ; & alors il efl évi- dent qu'on peut dire la même chofe des Apôtres , & s'écrier fur leur fujet comme fur le fujet de Jefus- Chrift : Le Myfter Jde pieté eft grand , Dieu mmifefté en chair.. Mais en quoi confîfteroit, je vous prié * îa grandeur de ce myftere ? Efl- il donc ft étonnant que la puiffance de Dieu fe déployé: avec éd$i à la pnexe d'un homme faint 5; âc M i$ f 4« Traité de la Divinité pour des occafions importances à fa gloire ? Et lorfqu'Elie fit defcendre le feu du Ciel pour confondre l'impiété des Babalins , pou- voit-on dire alors > que Dieu étoic manifesté en chair ? Certainement il faut demeurer d'ac- cord , que pour remplir cette expreffion fia- guliere , extraordinaire & inconnue jufqu'à l’Evangile , il faut aufü un miftere fîngulier, nouveau , extraordinaire & inconnu fous fa Xoi. Car comme le langage efl proportion- né aux objets qu'il reprefente , la Angularité du langage fait excellemment connoître U Angularité des objets. Le langage de la Loi. paroîtra nouveau & extraordinaire à ceux qui auront vécu dans l'économie de la Na- ture. Le langage de l'Evangile paroîtra ex- traordinaire & lui prenant à ceux qui auront uniquement vécu fous l'Alliance de la Loi. Et pourquol^cela ? C'eft parce que les objets de la Loi font fort difterens des objets de la Nature , & les objets, de l'Evangile fort dif- ferens des objets de la Loi. Que peut - on. donc juger de cette expreüion nouvelle , fur- prenante & extraordinaire, s'il en fût jamais. Dieu manifesté en chair , finon qu'elle lignifie un objet inconnu dans la Nature & fous la Loi ? Au fond > quelle que foit la fubtilité de* nos adver-faires,& de quelque manière qu'ils faffent violence à leur efprit pour attacher leurs préjugez aux paffages de l’Ecriture , je ne vois pas qu'ils puiftent donner aucune ex- plicatif raifonnable de ce paffage. lime îemble que leur langage pour être jufte, doijt être contradiétoire à celui de l’Apôtre. Car félon eux j. c’eft la chair qui fe manifefîfi être Dieu 5 ( on fçait que parla chair l'E- criture entend la nature humaine) & félon o de Jefus - Chrîfî. 2.4 r FApôtre , c’eft Dieu qui fe manifefte, ou qui aparoît en chair. Selon Socin , ce qui eft premièrement & naturellement clair , eft élevé par la grâce jufqu’à être apellé Dieu , parce qu'il reprefente Dieu d'une façon ad- mirable. Il y a donc premieremen chair , & en fécond lieu mani fellation ou repreienta- tiondeDieu; mais félon l'Apôtre, ce qui étoit Dieu, eftmanifefté, fe montre ou apa- roît dans la chair. U y a donc ici première- ment un Dieu , puis une manifeftation de ce Dieu dans une chair vifible. Ceft - là du moins inconteftablement la première & plus naturelle imprefîion de ces paroles . Dieu wanifefié en chair. 'Lorfquele Prophète donne à Jefus- Ch rift le grand titre à'hmanuel ou Dieu avec nom ce titre nous frape , & nous donne lieu de concevoir en Jefus -Chrift une certaine émir nence de perfection divine qui ne fçaurbic convenir .à un {impie homme. Car ce titre n’a jamais été donné à aucun Prophète, &■ il nous paroît trop beau pour le plus grand des Prophètes. Cependant la conjeéture ne feroit peut-être pas alfez forte , lî l'Ecriture ne donnoit que ce titre à Jefus- Chrift. Mais lorfque nous voyons, qu’il elt dit outre. ceia Dieu mamfefté en chair , ce dernier titre nous, fait admirablement bien comprendre le prer mier , de le premier fert auffi à nous faire voir que ce. n'elt pas fans raifon &r fans myf- tere que le dernier a été donné à nôtre Sei- gneur Jefus - Chrift. Car enfin , c#®me le premier de ces deux titres lignifie naturelle- ment que nous étions feparez & éloignez de Dieu , mais que nous en femmes rapro? chez en Jefus Chrift , qui efi Dieu avec nous ;; k fécond nous dit que la chair éïoitou pa- I4i Traité de la 'Divinité roiflfoit incompatible avec la prefènce de- Dieu & que néanmoins Dieu s’eft mani- fefté dans cette chair. Comme donc pour remplir la vérité du premier de ces deux ti- tres j il faut que le vrai Dieu foit réellement avec nous : il faut de même pour remplir la vérité du fécond , que le vrai Dieu foit réellement manifellé en chair. Cette conjec- ture ne paroît pas déraifonnable. Mais on veut ajouter une reflexion plus convainquan- te j en comparant nôtre expolition avec cel- le de nos adverfaires. Jefus-Chrift , félon nous , étant Dieu 8c homme , parce qu'il étoit non - feulement avant fa naiiïance , mais même avant la naiffance d’ Abraham , qu’il étoit avec Dreu , & qu’il étoit Dieu 5 a été manifefté en chair , ayant revêtu nôtre nature corporelle j il a été juftifié en efprit , ayant envoyé fon Saint- Efprit pour jufiifier l’efflcace de fa Mort , êc la vérité de fa Refurreélion j il a été prê- ché aux Gentils , vû des Anges dans fon ago- nie & dans fon triomphe 3 crû des hommes & élevé dans la gloire magnifique , porté fur une nuée , 8z fes Difciples le voyant. Qu’y a t il là de difficile ? C’elt l’Evangile que nous avons reçu dès le commencement., Jefus Chrift, félon les Sociniens , eft na- turellement un fimple homme , mais qui a été élevé fouverainement pour avoir obéï à Dieu jufqu’à fouffrir la mort. Or dans un homme qui eft Amplement homme , je ne trouve que trois chofes , un corps , une ame 5 & le compofé qui relulte de l’un & de l’au- tre. Je voudrois bien lçavoir laquelle de ces trois choies a été manifeftée en chair. Ce n’efi pas l’ame de Jefus-Chrill : il y auroit de J’ extravagance à apeiler i’ame de JefusOiriâ: de Jefus - Chrifî. r 4$ Dieu , 8z à dire que l’ame efî: manifeftée. en chair , & juftiftée en efprit. Outre qu’il s’agit d’un fujet qui a été élevé en gloire : ce ' qui rre fe dit pas plus de l’ame que du corps. Ce n’eft pas auflï le corps de Jefus-Chrift, qui a été manifefté en chair : la chair n’eft point manifeftée en chair. On ne peut point dire aufti que ce foit tout le compofé , ou l’hom- me entier qui foit manifefté en chair : ce compofé ou l’homme entier n’eft que le* corps & l’ame joints enfemble. Or on ne peut point dire que le corps & l’ame joints enfemble ayent été manifeftez en chair ou en corps : l’exprefiion feroit ridicule & ex- travagante. S’ils s’agififoit ici d’un accident > ou de plu- fîeurs accidens enfemble, on pourroitdire que c’eft la puiflance de Dieu ou fa fainteté ou fa fagefle , ou fon autorité , ou plufieurs- autres qualitez divines de cette efpece,qui ont été manifeftées en chair. Mais il s’agit d’un! fujet qui eft une perfonne , puifque ce n’eft que d’une perfonne qu’on peut dire qu’elle: eft élevée en gloire. Il s’agit donc ou d’une- perfonne humaine , ou d’une perfonne divi- ne. Ce n’eft point d’une perfonne divine », car il n’y en a point d’autre , félon nos ad- verfaires , que le Pere. C’eft donc d’une per- fonne humaine. Or une perfonne humaine* eft uq homme. Il s’enfuit donc que c’eft un homme qui a été manifefté en chair. Si c’eft un homme c’eft un corps & une ame joints enfemble : Car l’homme ou la perfcmne hu- maine n’eft que cela, de l’aveu de ceux contre qui nous difpucons. Je demande- donc encore une fois , fi l’on peut dire , ü, l’oh a jamais dit fans extravaguet , qu’un» corps nous avons un avantage qu'il n'a pas. Ce qui confirme nôtre penfée à cet égard , c'eft que la qualité d'enfans de Dieu que nous portons , eft regardée comme un des ' plus grands témoignages que Dieu nous ait de Jefus-Chrifî. tq? donné de fon amour : c'elt i'objet de la re- connoilfance des Fidèles , & ils doivent le remercier de ce qu'ils font Tes enfans par fa grâce. Mais le titre de Fils que Jefus-Chrilt porte j n'a jamais été regardé comme une preuve de la charité de Dieu , mais plutôt comme l'objet de fon amour. On ne peut point dire ?que Jéfus - Chrilt foit le Fils de Dieu , parce que Dieu l'aime ; mais il faut dire que Dieu l'aime parce qu'il elt fon Fils. L'JEcriture nous dira bien , Voyez, quelle cha- rité nous a donné le Pere , que nous [oyons nomme\ ^ les enfans de Dieu : mais elle ne dira point . Voyez quelle charité Dieu a montré à Jefus- Chrilt , qu’il l'ait nommé ion Fils : parce que la qualité d'enfans que nous portons , nous elt étrangère & accidentelle 5 mais la qualité de Fils que Jefus-Chrilt porte , lui elt propre & elfentielie. De là il s'enfuit manifeftement que les quatre fondemens furlefqueis nos adverfai- res établiifent la qualité de Fils de Dieu qui elt donnée à Jefus-Chrilt , ne fufiifent point pour fonder la gloire & la dignité de ce titre. Le premier eft fa conception & fa nailfance miraculeufe , le fécond fa charge , le trot- fiéme fa refurreétion , & le dernier fon exal- tation fouveraine. Car fi Jefus-Chrilt n'étoit le Fils de Dieu que parce qu'il a été formé immédiatement par la vertu de Dieu dans le fein de Marie , il ne le feroit pas mieux qu- Adam , qui de même a été formé immédia- tement par la puilfauce de Dieu : la diffe- rente maniéré de leur produ^ion n'empê- chant pas qu'ils ne partent des mains du Créateurd’un aufli immédiatement que l'au- tre. Si Jefus-Chrilt elt apellé Fils de Dieu à càftfede fonrainiitere , il s'enfuit qu'avant N iü sço Traité de la Divinité fon miniftere il n'étoit pas Fils de Dieu, dans un fens auffi éminent qu'il le fut après, fon miniftere. Cependant dans le moment ée fon inftallation on entend une voix qui dit j Celui-ci ejl mon Fils bien- Aimé , en qui fui fris mon bon plaijir. Ce qui fait voir qu'il Té- toit déjà. Et à l'égard de la refurreétion & de l'exaltation de Jefus-Chrift , j'avonë qu'elles ont fervi à déclarer folemnellement que Jefus-Chrift étoit le Fils de Dieu. Car , com- me dit l'Apôtre , il a été déclaré Fils de Bieu en puijfance par la refurreêlion d’entre les morts. Mais s'il a été déclaré Fils de Dieu , il étoit donc déjà le Fils de Dieu. Et en effet l'Ecri- ture nous marque cette qualité de Fils unique de Dieu , par deux caraéteres : le premier , c'eft que Jefus-Chrift eft au fein du Pere ; le fécond , c'eft qu'il eft à la droite de Dieu. , dit Saint Jean » ne vit jamais T>ieu. Ce~ lui qui ejl au fein du Fere , lui-même l‘a déclaré , OU l’a manifejlé , l’a fait connoître. Lui donc 9 dit Saint Pierre , s'étant affis a la droite de Dieu* a répandu ce que maintenant vous voyez. & entendez,. De ces deux caraéteres , celui qui eft le plus propre au Fils de Dieu , c'eft d'être au fein du Pere. On fait affeoir à fa droite les perfonnes qu'on honore. Qn fait repofer fur foh fein les perfonnes qu’on ai- me. Et comme il eft encore plus naturel d'aimer fon fils que de l'honorer ; il s'en- fuit qu’être au fein du Pere , eft un caractè- re plus propre au Fils de Dieu , que celui d'être affis à fa droite. Or Jefus-Chrift étoit au fein du $ere dès fa conv^erfation fur la terre , & avant fon exaltation. Il s'enfuit donc qu'il étoit dèflors le Fils de Dieu dan* un fens aufli éminent , ou du moins qu'üea avait les plus grands cara&eres» de Jefiis - Chrîjî. ifj L'Evangile raporte , que Jefus - Chrift étant monté à Jerufalem à l'âge de douze ans , & ayant été trouvé affis au milieu des Docteurs , les écoutant & les interrogeant , & Jes furprenant par les chofes admirables qu'il leur difoit , il répondit à ceux qui lui témoignoient avoir été en peine de lui : Pourquoi me cherchiez. - vous ? Ne fçaviez.-vous pas qu’il faut que je fois occupé aux affaires de mon Pere ? On demande , fi lorfque Jefus-Chrift te- noit ce langage , il étoit Fils unique de Dieu j fon propre Fils , Ton Fils par excel- lence. S’il ne l'étoit pas ; pourquoi parle- t- il comme s'il l'étoit effectivement f Jamais aucun des Prophètes étant envoyé de la parc de Dieu , avoit-il die , je viens de la parc de mon Pere , ou , il faut que je fois occupé aux affaires de mon Pere ? S'il l'étoit , il s'enfuit donc qu'avant fon mftallation , fa rélurreétion & fon exalt^on , jefus-Chrift poffede ce titre de Fils de Dieu dans cette éminence qui le fait être le propre Fils ou le Fils unique de Dieu. Jefus-Chrift dès-lors étant le Fils de Dieu par excellence , ou il l'étoit à caufe de quel- que excellence qu'il poffedoit déjà, ou à caufe de la gloire qu'il devoit poffeder. S'il l'étoit feulement à caufe de la gloire qu'il devoit poffeder , il s'enfuit qu'il n'étoit en ce tems- là le Fils unique de Dieu , que de la même maniéré qu'il l’étoit avant fa naiffance , car avant fa naiffance il étoit aufli deviné à cette gloire. Il s'enfuit encore, que jefus-Chrift aifputant avec les Docteurs Juifs , n'étoit le Fils unique de Dieu , que dans le même fens que l'homme eft fidèle ou enfant de Dieu avant fa vocation, lors qu'il eft {impie- N iiij iyz Traité de la Divinité ment élu : car comme Jefus-Chrift-étoît Fiî's unique de Dieu , parce qu’il étoit delliné à une gloire fouveraine ; il s’enfuivra que de même nous fommes les enfans de Dieu ado- ptez 3 même avant nôtre vocation , parce que nous fommes dellinez de toute éternité à cette biemheureufe adoption. Il relie donc que Jefus-Chrift , lors qu’il difputoit avec les Doéteurs Juifs , portât le titre de Fils unique de Dieu , par les qualitez qu’il pofifedoit actuellement par fon état préfent. Or lï cela ell , Jefus Chrift n’étant qu’un (impie homme , comme nos adver- faires le prétendent , ne pouvoit être Fils de Dieu , que parce qu’il avoit été concû du S* Efprit. Cependant il ne nous paroît point que la Conception miraculeufe de Jefus- Chrilt pût fonder un titre (i glorieux. Car qu’ell-ce qu’être conçu du Saint -Efprit ? C’ell être formé d’une m^fiere épurée & lànCtifiée immédiatement par la vertu de Dieu. Cela ne donne aucun avantage à Jefus-Chrift par- defifus Adam, qui a été créé immédiatement par les mains de Dieu i ni même par-deffus les Saints glorifiez , qui doivent être repro- duits en quelque l'ens par la vertu de leur Créateur. Cette réflexion paroîtra confiderable , fi l’on y en ajoûte une autre qui ell beaucoup plus importante encore : c’ell que le nom de Fils unique de Dieu , de propre Fils de Dieu , elf tjn nom qui non-feulement dillin- gue Jefus^L'hrill des autres hommes , mais qui l’éleve extrêmement au-delfus des Anges glorieux. Car il a été fait d'autant plus excel- lent que les Anges , qu'il a hérité un plus excel- lent nom qu'eux. Que fi le titre de Fils unique de Jefus - Chrift. 15 $ de Dieu fignifie principalement , qu’il a été formé immédiatement par la vertu de Diea dans le fein de Marie : on ne fçauroit com- prendre que ce titre l’éleve au-deifus des An- ges qui ont confervé la pureté de leur origi- ne. Car ces Efprits ne font-ils pas de même ce qu’ils font , par la vertu du Tdut-puif- fant , qui non - feulement les a formez mais qui les a remplis de fainteté& de gloi- re en les tirant du fein du néant ? Où eft donc cette éminence de perfeétion qui fait que ce titre convient à Jefus-Chrift, de ne convient qu’à Jefus- Chrift ? Le.titre de Sauveur qui convient lî propre- ment de fi véritablement à Jefus-Chrift , eft encore un titre qui devient incompréhenfi- ble , fi Jefus-Chrift n’eft qu’un fimple nom- me , qui n’ait fait qu’évangelifer aux hom- mes , & fouffrir la mort^pour leur donner un exemple de patience , & pour confirmer l’Alliance : en ce cas-là il n'a fait pour nous que ce que les Martyrs de les Confelfeurs ont fait , qui eft de nous inftruire de par leur parole, de par leur exemple, de de confirmer la vérité par leur mort. Je dirai bien davantage , & je ne craindrai point de foûtenir que Moyfe , fi cela eft , eft plus véritablement le Rédempteur de le Sauveur des Ifraelites, que Jefus Chrift n’eft le Rédempteur & le Sauveur du genre hu- main. Car Moyfe fait par lui même ce que Jefus-Chrift ne femble faire que par le minif- tere de fes Difciples. Moyfe fait vojp aux If- yaëlites la délivrance : de Jefus-Chrift nous la fait feulement efperer. Il eft vrai que Moyfe ne fouffre point la mortcomme Jefus- Chrift : mais prenez garde que la mort de Jefus-Chrift eft auffiinudle pour nous., qu«. i? 4 Traité de la Divinité. la mort de Moïfe l'auroit été pour les ïfraë- lites. Mais comme cette derniere vérité eft du nombre de ces veritez capitales qui font le fondement des autres , il faut l'établir dans un Chapitre leparé. CHAPITRE IV. Que dans le [entiment de nos adverfaires , ht mort de Jefus- Cbrif n'a aucune véritable utilité . TOus ceux qui ont un peu étudié la fcien- ce du falut , fçavent que la mort de Jefus - Ch ri R efi non-feulement utile , mais encore fouverainement nécefiaire. C'eft ce que l’Apôtre S.Panl nous fait aifez connoître, lors qu'il dit , qu'il ne s'eft propofé de fça- voir que Jefus- Cbnft , & Jefus-Chrifi crucifié : 2c c'eft ce qui eft bien confirmé par le témoi- gnage des Prophètes, par celui de jean Bap- tifie , & par celui de Jefus-Chrifi: même. Lors que les Prophètes ont parlé le plus clairement de Jefus*Chrift , ils fe font princi- palement attachez à nous décrire fa mort de fes fouffrances : témoin ce fameux oracle du $i. des Révélations d'Ifaïe , qui contient tant d'iliufires caraéleres du Mefïie , qui roulent tous iur fa mort : témoin la defcripcion qui nous efi faite de fes fouffrances au Pfeaume Jean Baptifie voyant Jefus-Chrifi , le marque d'abord par le cara&ere de fa mort : & auf%tôt qu'il le voit , il le voit comme une viétime qui doit mourir. Voici , dit-il, l'Agneau de Dieu qui ote les pechez du monde. Je- fus-Chrift entretenant familièrement fes DiC ciples, ne ceffe de prédire les affligions qu'il doit endurer de la part des Scribes & de^ de Je fus - Chrift. i j <* Pharifiens , & la mort qu'il doit fouffrir à Jerufalem ; & lors qu'un Difciple veut ie détourner de nyourir , il foudroyé ce zélé in- difcret. Va , dit - il , Satan , arriéré de moi . Tu m'es en Jean date. Car tu ne comprens point les chofes qui font de Dieu , mais celles qui font des hommes. Et enfin Jefus- Chrift mourant fur U Croix, nous fait bien voir que fa mort comprend tout , lors qu'il s'écrie en pouffant le dernier loupir , Tout eft accompli. Cependant on peut dire , que fi Jefus- Chriit eft une fimple créature , bien loin que. fa mort foit de tous les objets de la Religion le plus important , il n'eft pas même poffi- ble de faire voir qu'elle enferme quelque efpece de vérita'ble utilité. , Car premièrement , fi cela eft , on ne peut point dire que Jefus-Chrift ait fouffert la mort pour nous délivrer des peines que dos. pechez a voient méritées , parce que fa per- donne n'étant plus d'une dignité infinie , les fouffrances ne le font pas auffi , & qu'ainft elles ne peuvent jamais former l'équivalent des peines que nos pechez avgient méritées» Jefus Chrift Homme-Dieu a pu fouffrir dans l'efpace de quelques inftaps ce que nous mé- ritions de fouffrir pendant toute l'étendue de l'éternité: mais Jefift- Chrift fimple créatu- re ne peut donner à fa mort une valeur & une dignité infinie que fa perfonne n'a pas. Aulii les Sociniens ont-ils bien vu qu'ils ne pouvaient défendre dans leurs principes la. vérité & la necefllté de la fatisfaéfioigde J. C. qui eft pourtant le fondement de toute la. doéirine Chrétienne , & un article de nôtre Foi , tant de fois répété, & exprimé en tant de maniérés differentes dans l’Ecriture, qu'il, faut renoncer à la Révélation > ou à la lu.- 35 6 Traité de la Divinité miere naturelle , pour le révoquer en doute. Cette faétisfaétion nous eft marquée pre- mièrement par les types^ anciens. Jefus- Chrift nous avoit été reprefenté par l’Agneau de Pâque , qui fut immolé en Egypte en la place de chaque premier né des Ifraëlites , & dont le fang arrofant la porte de leurs maifons , les défendoit de la main de l’Ange deftruéteur. Il avoit été figuré par le bouc Hazazeel , lequel on envoyoit au defert , après l’avoir chargé des pechez du peuple. Il écoit reprefenté par la viélime que le Sou- verain Sacrificateur offroit pour les pechez du peuple au jour de la propitiation folem- nelîe : viétime fur laquelle le Sacrificateur failoit en quelque forte paffer les iniquitez des pécheurs s ce qu’il exprimoit en mettant les mains fur elle. Comme donc l’Agneau Pafcal rachetoit chaque premier né , étant mis en fa place : il faut demeurer d’accord que Jefus-Chrift racheté les Fidèles, étant facrifié pour eux. Il faut feulement remar- quer, que comme les choies qui n’éto'ent qu’imparfaitement ombragées fous la Loi , s’accomplifient plus réellement & plus vé- ritablement fous l’Evangile , il y a cette dif- férence entre l’Ag'neau Pafcal & J. C. qu’au lieu que le premier n’ctoit pas un prix fufîi- fant pour payer la vie d’un homme , & écoit agréé de Dieu nonobftant fon infuffifance , parce qu’en ce temps-là il s’agiffoit moins de donner une fatisfaélion convenable à la julljjje de Dieu , que de préfigurer la victi- me qui devoit la latisfaire i Jefus-Chrift au contraire eft une digne rançon pour nous_ ra- cheter , pouvant être mis en nôtre place , fans que nous craignions qu’il foit rejette pour être moindre que nous 3 & étant pouc de JefuS'Cbrlfl. i S7 cette raifon apellé l'Agneau de Dieu qui ôte les pechez du monde : l’ Agneau de Dieu , félon le ftile de L'Ecriture , qui apelle de ce nom tout ce qui eft excellent dans fon genre , & qui dit j les montagnes de Dieu , les cedres de Dieu , un jardin de Dieu , un agneau de Dieu , c'eft à-dire , l'Agneau par excellence , le fèul Agneau qui puiffe faire une véritable ré- demption. Jefus-Chrift eft un Hazazeel : il faut donc pour remplir la vérité de ce type , qu’il foit chargé de nos pechez , qu'il foie fait anathème , qu'il devienne malédidtion pour nous j que nos iniquitez lui foient im- putées. Si cela n'étoit pas , pourquoi vou- drions-nous qu’il fût repréfenté par le bouc Hazazeel? Qu'a de commun Jefus-Chrift avec ce bouc ? Enfin on ne peut comprendre ni pourquoi la vidlime qu'on offroit pour les pechez du peuple au jour de la propitiation folemnel- îe , étoit chargée typiquement 8c myfterieu- fement des pechez du peuple } ni pourquoi Jefus-Chrift nous eft repréfenté par ce type , à moins que Jefus-Chrift n'ait été chargé vé- ritablement des pechez des hommes , & qu'il n'en ait fait une véritable expiation fur la Croix. Cependant ce ne font pas ici des jeux d'efprit , ni des raports abitraires que nous ayons imaginez avec effort , & qu'on puifte nier fans peine. Les Ecrivains du nou- veau Teftamcnt , ces hommes conduits en toute vérité par le Saint-Efprit qu’ils avoient reçu pour cela , & deftinez à y conJhire les autres par leur prédication , ne nous laiftenc point la libeiié de penfer ce que nous vou- drions à cet égard. Il n'y a rie” en effet de plus fenfîble que Implication qu'ils font de ces anciens types » ï ç8 Traité de la Divinité Jelus-Chrift. Chrifi , 8c qu'il nous pardonne nos pechez. Je demande lequel de ces deux engage- mens eft confirmé par la mort de Jefus- Chrift. Ce n'eft pas l'engagement dans le- quel les hommes entrent de fervir Dieu : car c'eft la mortification &: la repentance qui confirment l'Alliance à cet égard , ou fi vous voulez, qui font une alfurance à Dieu que les hommes feront leur devoir. C'eft donc uniquement l’engagement où Dieu entre avec nous , de nous fauver , moyennant que nous croyons , 8c que nous nous repentions : c'eft, dis je, cet engagement de Dieu avec nous , qui eft confirmé par la mort de Jefus- Chrift , parce que la mort de jefus-Chrift nous eft une aftûrance que Dieu fera fidèle à executer fes promeftes. Tout cela eft admi- rablement bien fuivi & bien foûtenu dans la fupolition que la mort de Jefus Chrift eft une preuve de l'amour que Dieu a pour nous. Car on peut conclure de ce qu'il nous fait ce bien , qu'il nous fera les autres qu'il nous promet 5 encore faut-il que ce bien foit plus grand que tous ceux qui lui relient à nous communiquer : car fi cela n'eft pas , il ne s'enfuit pas de ce que Dieu donne Je- fus-Chrift à la mort, qu’il doive nous ac- cordée le falut & la vie éternelle. Celui qui fait le plus , fera le moins : mais il n'eft pas certain que celui qui fait le moins, faf- fe le plus. Si Jefus-Chrift eft un fimple homme , 8c que fa mort ne foit pas une fa- tisfa&ion qui eft offerte à la jullice divine pour de Jefus-Chrifl. r£r pour nous > il s'enfuit premièrement» que la. vie n eft pasaufli précieufe que la vie éter- nelle de tous les hommes , & qu'ainfi le dan qui nous eft fait de la première , ne peut pas nous repondre qu'on nous accordera la I!sJenfuic d'ailleurs, que fi Jefus- Chnft nous confirme l'Alliance , & nous af- lure de l'amour de Dieu par fa mort, il le- laitÉpar une-chole qui n’a en loi aucune uti- lité, jufques-là du moins 5 femblable à un* homme qui fe donneroit un coup de poi- gnard lans neceffite, pour prouver à un autres qu il a bien du zele pour lui. Mais , dira-t-on , cela ferait bon fi la mort de Jelus-Chriit n avoit poinc d'autres utilitez: que celle la ; mais on fçait qu'elle nous profite en plus d'une maniéré. N'eft-il pas vrai en effet que Jefus-Chrift fouffrant la. mort pour fa doftrine , témoigne par - là- qu il croit cette doctrine celefte & divine , oc qu ainfi fa mort eft encore utile à cet egard ? Je réponds premièrement , qu’à Iaj vente la mort de Jefus-Chrift fert à confia mer la doffrine , mais que ce ne peut pas rn, ^ Srande utilité de la mort de Jefus- Chrift > parce que fi cela étoit , l’Ecriture: la marquerait dans les paffages où elle dé- couvre les fruits ordinaires de la Paffion de ce divin Sauveur. En fécond lieu , fi c’ étoit la la principale utilité de la mort de Jefus- ,r]^ 3 peut dire que (a mort nous fer- rait infiniment moins utile que fa par- ce que fa vie confirme bien mieux fi doctri- ne que fa mort. Sa vie eft toute éclatante de miracles , qui montrent que la doctrine qu’il ; enfeigne, eft celefte , puifque le Ciel lui rend, par mule prodiges un témoignage non fuf- pect : au lieu que Jefus Ghrift fe prefent^nt. ^ms LU. Qj 16% Traité de la Divinité à la môrt, témoigne bien par là qu'il croit fainte & divine la doctrine qu'il enfeigne , mais ne montre pas de là Amplement qu'elle le Toit en effet. En troifiéme lieu , fa mort accompagnée de fes effrois & de fes angoii- fes,fait naître plus de difficultés dans l'efprir, que toutes les circonf ances de fa vie. Mais fur tout il eft bon de remarquer , que Je- fus-Chrift n'eft pas le feul qui a confirmé pat fa mort & par fes fouffrances , la vérité des chofes qu'il enfeignoit. Cela lui eft commun avec tous les Apôtres , & avec un nombre prefque infini de Martyrs , qui ont fouffert la mort , & des tourmens plus cruels que la mort même , pour rendre témoignage à la vérité de l'Evangile. Mais ne comptons-nous pour rien d'avoir donné un exemple admirable de patience & de charité ? C'eft ce que Jefus-Chrifi a fait en mourant. Sa mort donc fans être fatis- fa&oire, ne laiffe pas de nous être véritable- ment utile. C'eft le dernier retranchement de nos adverfaites , & c'eft la plus foible de leurs défaites. Oui , j'avoue que Jefus-Chrift adonné dans fa mort un exemple admirable de patience & de charité > mais c'eft dans nôtre fentiment , & non pas dans leurs prin- cipes j que cela peut fe dire. Il a donné un exemple de patience qui n'avoit point eu , & qui n'aura jamais d'e- xemple j puilqu'il n'a pas feulement fouf- fert les douleurs de la croix , mais , ce qui eft ïnfinimf :t plus confiderable , qu'il a en quelque forte foûtenu le poids de la ven- geance de Dieu jultement irrité par nos pé- chez j ayant comparu devant lui comme nô- tre plege , ayant attiré les regards de fon in- dignation* & ayant été privé pour cet effet de Jefus - Chrift. pendant quelques momens, des fentimens de la joie de fon Pere ; privation d'autant plus fenlïble , que l’amour qu'il avait pour fon Pere j étoit parfait. Jefus-Chrill a fuporté cette trilleffe qui faififfoit fon arne jufqu'à la mort , ces horreurs fecrettes, ces allar- mes & ces frayeurs indicibles , qui font les fentimens infaillibles de la jullice de Dieu , lorfqu'elle fe fatisfait. Qui n'admirera fa patience ? Mais qui n'admirera aulïï fa grande cha- rité ? Il a fouffert la mort pour nous qui l'a- vions offenfé , & il a fouffert une mort fans laquelle nous étions condamnez nous-mêmes, à mourir éternellement. Cela eft parfaite- ment véritable dans nôtre doélrine. Mais dans celle de nos adverfaires , on peut dire que Jefus-Chrill n?a donné ni un; grand exemple de charité , ni un grand exem- ple de patience. Il n’a point donné un grand exemple de patience j puifqu'il y a une in- finité de Martyrs qui ont fouffert & plus; long-tems que lui , & un genre de fupîice plus douloureux que le lien , & un plus; grand nombre de tourmens , & qui ont fouffert avec plus de confiance & de fermeté aparente. Jefus-Chrill a fouffert pendant l'efpace de quelques heures feulement ; & il s'ell trou- vé des Martyrs qui ont fouffert pendant des jours , des lemaines , des mois , des an- nées. Jefus-Chrill a fouffert le fuplice delà croix : & il y en a qui ont fouffer# l'huile bouillante , le plomb fondu 3 le fer , la flâme , à qui on a apliqué les plaques dé- fer embrafées , qu'on a enfermez dans des^ taureaux d'airain enflâmez , à qui on a fait: fouffrir une longue fuite de maux en leofc* Q. îi Traité 4s la Divinité coupant les parties de leur corps Tune après l'autre , & qui au lieu de faire paroître de la trillefle , ont fait éclater des tranfports de joie au milieu des fuplices. Ce fait eft certain , mais il eft infiniment étonnant. Car enfin cela frape , cela choque, cela foûl'eve nôtre foi & nos lumières natu- relles , que le parfait des parfaits s'abatte à la vûë de la mort } & que fes ferviteurs qui empruntent de lui toutes leurs forces & leur vertu , triomphent au milieu des tour- niens. L'un eft faifi de triftefîè jufqti'à la xnort : les dutres font extafîez de joie. L’un fuë des grumeaux de fang à i’aproche de la mort : les autres voyent une main divine qui effuye leur fueur & leur fang j car pour des larmes , ils n’en verfent point. L'un fe jdaint que Dieu le délaiffe : les autres s’écrient hautement qu'ils voyent Dieu leur tendant les bras. Ne fçauvons - nous point d’où vient cette différence fi furprenante ? Certainement il faut qu'elle vienne ou du côté de Dieu , ou du côté des caufes fécon- dés , ou du côté de la perforine fouffrante. Ce n’eft pas du côté des caufes fécondés , puifque les. fuplices des Martyrs, font, je ne dirai pas auffi longs & auffi douloureux que celui de Jefus-Chnft , mais en quelques rencontres mille fois, plus douloureux beaucoup plus longs que le fien. Cette dif- férence ne vient pas auffi du côté des per Ton- nes qui fouffrent , puifqu'il eft incontefiable que JeDs Chrift a fans comparaifon plus de force & de fainteté que n’ont les. Martyrs. Il faut donc que cette différence vienne du côté de Dieu , & que Dieu confole davan- tage l'ame des Martyrs que celle de Jefus- Chrift ; & pourquoi cela , s’il ne regarde de Jefus-Chrift. 16$ point Jefus Chrift comme nôtre piège, s’il ne le confidere que comme Ton Fils en qui il a pris Ton bon plailîr ? Il le regarde avec plus d’amour que les Martyrs , & le regar- dant avec plus d’amour , doit - il pas verfer plus de joie dans fon ame ? Que fi les Martyrs ont donné un plus grand exemple de patience, je dis qu’ils ont don- né aufli un plus grand exemple de charité. Car deux choies font certaines fur ce fujet. L’une , qu’ils annonçoient l’Evangile. Dont je me réjouis , dit fairîÊ Paul , en mes [ouffrances pour vous , & j' accomplis dans ma chair le refle des affligions de Chrift ^pour [on corps qui eft l'Eglife La fécondé, que plufieurs des Saintts Martyrs ayant été & plus long-tems & plus cruelle- ment tourmentez que Jefus-Chrift , ils ont aufii été mis à de plus rudes épreuves , & ont fait davantage éclater leur charité , s’il eft» vrai que la mort des Martyrs ait les mêmes ufages à cet égard, la Mort de Jefus- Chrift. Ce feroit une chofe bien étrange , que Jefus-Chrift fût mort pour confirmer fa doc- trine , & pour donner des exemples de pa- tience & de charité-, & que les Ecrivains du» Nouveau Teftament , qui ont pris le foin de nous marquer les ufages de fa mort , ou- bliant prefque toûjours cette grande & prin- cipale utilité de fes fouffrances, n’employaf- fent que les expreffions qui marquent fa fa- îisfa&ion , comme celle-ci : qu'il efl mort pour nous ; qu'il a été fait malédiction pejÿ noùs 5 qu'il a été fait péché pour nous ; qu’il efl L' Eternel , notre juffice 5 qu'il nous a été fait par Dieu jufttce & rédemption > quil nous a racheté \ par fon ftang j qu’il mus a réconcilié^ avec Dieu par fa mort , îtftf Traité de l& Divinité qu'ilejl nétre propitiatoire par la foi en fort fang qu'il a porté nos peche^fur la croix ; qu'tla été facrifié pour nous ; qu'il ote nos pechez, ’3 qu'il nous fauve & nous racheté en foujfrant la mort pour nous. Mais ce feroit une chofe plus furprenante. encore , que les Martyrs ayant fouffert pour nous dans le même Cens que Jefus-Chrifi, & en quelque forte plus véritablement & avec plus de fuccès que lui , l’Ecriture Sainte mît une fi grande différence entre les fouffi ances des Martyrs , & celles cfe Jefus-Ghriff Paul , dit-elle, a-t'il été crucifié pour vous , ou avez,- vous étébaptifez. au nom rie Paul ? Nous n'avons point été baptifez au nom de Paul : mais fi la doétrine de nos adverfaires étoit véritable, Paul feroit mort pour nous dans le même fens que Jefus-Chriff Il ne ieur fervira de rien de répondre ici , que jêfus-Chrift étoff parfaitement faint & innocent lorfqu'il foHroit la mort ; au lieu que les Martyrs ne l'étoient pas entièrement lorlqu'ils fouffroient les tourmens. Car pre- mièrement, fi les Martyrs n'étoient pas en- tièrement exempts de péché , ils étoient innocens du moins à l'égard de la caufe pour laquelle on les tourmentoit. D’ailleurs , le Gentiment de fon innocence n'a pas accoutu- mé d'aggraver les fouffrances d’un homme , mais plutôt de le foulager & de le confoler dans le; fentiment de la douleur. C'ell ce que Jefus - Chrift nous enfeigne dans fon EvangilC»' Bien-heureux font ceux qui font per - fecutez, pour juflice , car le Royaume des Cieux efé à eux. Vous ferez, bien heureux quand on vous aura injuriez &■ perfecutez, , & qu'on aura dit toute mauvaife parole de vous en mentant. R éjoüi/l ■ fsz-vous & vous égayez, , car vitre récompenfe efjt grande dans les. Cieux. Une faut pas dire non plus, que la dif- férence que nous avons remarquée à cee. égard entre Jefus-Chrift & les Martyrs , ve- noiï de ce que Jefus-Chrift avoit été 'le pre- mier à courir dans cette carrière d'afHiôtions 5 & que ceux qui donnent l'exemple, font tou- jours ceux qui fouffrent le plus. Car pre- mièrement, il n'eft pas vrai que J. C. ait été: le premier des Martyrs. Il nous dit lui - mê- me que Ton a perfecuté les Prophètes qui avoientété avant luii& il foûtient le cou- rage de fes Difcipîes par cdfte conftdération.. D'ailleurs cela feroit bon à dire pourjufti- fïer une petite différence qui feroit entre di- vers fouffrans :mais cela ne juftifîe point cet: abîme de différence qui fe trouve d'abord- entre la confiance de Jefus -Chrift & celle, des Martyrs , à- ne confiderer que les chofes, extérieures. Il ny avoit pas long-tems que Jefus-Chrift avoit fouffert lorfque faint Ef-- tienne fut lapidé. Le grand nombre de Mar- tyrs qu'il avoir vû. mourir devant lui, n'a- voit pas élevé fon courage à cette divine 3e - héroïque fermeté qu'il témoigne'. Cepen- dant de combien fa patience furpaffe:t elle: celle de Jefus-Chrift qui eft le modèle, s’il? faut n'avoir égard qu'à ce qui nous en pa- roît ? L'un eft dans une angoiffe profonde : & l'autre tout plein de la joie qui le tranf- porte , s'écrie ; Je voi les Creux ouverts , &> le Fils de i' homme affis à lu droite de Dieu. Je- fus-Chrift s'afflige fans bornes dans la confi- deration de Dieu. Min Dieu , mon DiM , s'é- crie-1 il , p urquoi m'as tu abandonné ? L'autre feréjoüitSc eft tranfporté d’allegreffe parla fimple vûë de Jefus Chrift , & Ja joie qui brille dans fes yeux 3c fur fon viiage > le fait paroitre. comme le viiage d'un Ange. Qu'on î£? Traité de la Divinité bous aprenne le miftere de cette différence 1T furprenante. Il ne faut point dire , comme quelques- uns , que Jefus-Chrift ayant un corps for- mé immédiatement par le S. Efprit , & d'un tempérament divinement bien réglé , était plus fenfible à la douleur que Tes autres hommes. Car premièrement , qui nous ré- pondra qu'un corps doit être plus fenfible à la douleur, parce qu’il eft formé par le S. Efprit , ou qu'il eft le féjour de la fainteté & de l’innocenc® ? D'ailleurs, Jefus-Chrift ne fouffroit point dans fon corps lorfqu'il étoit au jardin de Getfemani ; il penloit feule- ment à Ces fouffrances : & cette méditation lui fait fuer des grumeaux de fang dans fon corps. De plus , i-1 déclare que c'eft fon ame qui ^çft faille de trifteffe jufqu'à la mort , &r cela avant qu'il eût enduré la moindre chofe daijs fon corps. C'eft le déîaiffement de fon ?ere, qui lui eft fur- tout fenfible j & c'eft à- fon ame que ce délailfement fe fait fentir : & lorsqu'on lui prefente un breuvage qui amortilToit la douleur , & aftbupiftbit les fens , il refufe d'en boire : même il pa.- roît évidemment par l'hiftoire de fa Paftion , que les douleurs de fon corps ne font aucune diverfîpn fâcheufe en lui. Il ne fe poftede pas rtioins qu'il fe polfedoit lorfqu'il étoit avec fes Difciples ; témoin ce qu'il dit à fa bienheureufe mere , F emme , voilà ton Fils & à faint Jean le Difciple qu'il aimoit , F ils , voilà t{\mere ; témoin encore cette magnifi- que promeffe qu’il fit au brigand repentant > £» venté , je te dis que tu feras aujourd'hui avec moi en Paradis. On ne répondra pas avec plus de folidité , quand on dira que ce qui faifoit la profonde tniteiîc. de Jefnt-Ckrïft. 169 tnfteffe de Jefus-Chrift , étoit l’ingratitude des Juifs. Car premièrement , il elt certain que ce caraétere lui eft commun avec les Martyrs * d’avoir annoncé des paroles de vie a des hommes ingrats , dont on ne reçoit que des mauvais traitemens 5 & enfuite la mort pour toute récompenfe. Ajoûtez à cela , que ce n’eft pas la première fois que Jefus-Chrift avoit éprouvé l’ingratitude de fa nation. Ce n’étoit pas même la première fois qu’il avoit prévû que cette ingratitude iroit jufqu’à procurer la mortu II le fçavoic il y avoit long-tems. Il l’avoit lui-même alfez fouvent & de fens froid prédit à fes Difciples. D’ailleurs , à moins qu’on ne veüilie faire un autre Evangile , il faut de- meurer d’accord que c’eft le délailfement de fon Pere qui lui tenoit le plus au cœur. Il regardoit cette heure comme l’heure de la puilfance des ténèbres. Il étoit épouvanté par les idées de la juftice de Dieu , fon lan- gage le fait bien connoître. Et puis l’ingrati- tude des Juifs étoit , je l’avoiie , une cir- conftance touchante , qui pouvoit ajoûter quelque chofe à fa trirtelfe : mais ce ne peut être nullement là la principale fource de ces angoilfes & de ces frayeurs indicibles qu’il témoigne , foit à fa mort , foit dans fon agonie. Enfin , fi l’aprobation de Dieu confole ordinairement les hommes qui fouf- frent pour la juftice , ne pouvoit-elle pas encore mieux confoler Jefus - Chrift ? Et fi la certitude de poflfeder une vie éternelle & bien-heureufe , fait que les Marty rsmon- feu- lement perdent la vie temporelle fans répu- gnance ; mais qu’ils trelfaillent de joie , qu’ils triomphent en la perdant : la certitude jnon-feulement de vivre éternellement , mais Tome UU P 170 4 _ Traité de la 'Divinité de faire vivre les autres , ne devoit-elle pas remplir Jefus-Chrift d'une joie indicible? Quoi ! des hommes qui font accoûtumez à aimer la terre , fe réjoüifîent d'en fortir : & Jefjs-Chrill qui n’aime que le Ciel, paroît faili de mille frayeurs mortelles en s'en al- lant au Ciel ? Qui le comprendra ? CHAPITRE V. Que le fentiment de nos adverfaires rend le langage de l'Ecriture obfcur & incompréhenfible , f* x & illufoire , abfurde & peu raifonnable , impie & plein de blafpbéme. C’eft la derniere vérité que nous nous étions propofez de juftifier dans cette Seéfo’on , & c’eft ici , à mon avis , le prin- cipal & le plus eflentiel moyen de faire voir que fi la Théologie que nous combattons , eft véritable , Jefus - Chrift & les Apôtres nous ont engagez dans l'erreur. Pour le faire mieux comprendre , nous raporterons les pafîages de l'Ecriture , que nous devons citer fur ce fujet à trois claffes principales. La première comprend ceux qui marquent l'origine de J. C. la fécondé con- tient ceux qui prouvent fa préexiftence ; & la troifiéme ceux qui font fenfiblement con- noître la gloire de fa Divinité. Examinons- les par oidre. Les paRages de l'Ecriture , qui marquent Porigirçjjde Jefus-Chrift, font en aftez grand Jean. 6. nombre. Tels font les fuivans. Que fera - ce chap. 3. donc, fi vous voyez, le Fils de l'homme monter j^.lbid. là où il était premièrement ? Je fuis le pain defcen - 31. du du Ciel. Nul n'ejl monté au Ciel , fi ce nefi celui qui efi defcçndH du Ciel. Celui qui efi venu de Je fus - Chrift. ïjf rfcnhctuty eft par-dejfus tous. Celui qui eft de l a terre , eft terrefire , & Annonce les chofes de la terre . Celui qui eft venu du Ciel , eft par-dejfus tous. Le premier homme étant de terre , eft de poudre. L 9 fécond homme eft le Seigneur qui eft du Ciel. Je fuis de fcendu du Ciel , non pour faire ma volonté , mais la volonté de celui qui ma envoyé. Je fuis ijfu de mon Pere : je fuis venu au monde ; & maintenant je laijfe le monde , & je retourne à» mon Pere. Je fuis venu de Dieu , & je m fuis point venu de moi- même j car c'eft lui qui m'a en- voyé. Or de ce qu'il eft monté , qr/eft-ce, finon qu'il etoit premièrement defcendu dans les parties les plus baffes, de la terre ? On ne trouve dans ces paftages expliquez à la maniéré de nos adversaires j ni feus } ni vérité , ni raifon 3 ni fageflfe; ni humilité : mais on y trouve des caractères opofez. Car tout ce que nous trouvons en Jefus - Chrift conçu comme un (impie homme par fa na- ture ^ c’eft premièrement qu'il a eu une ame fermée immédiatement de Dieu ; en fécond lieu, que fà chair a été épurée par l’operation du S. Efprit : £our un troifiéme , qu’il a reçu les dons du S. Efprit qui lui étoient nécefia.i- res pour faire les fondions de fon miniftere , & les a reçus dans une mefure extraordinai- re : en quatrième lieu , qu’il a été inftaîé dans fa charge , & qu’il a été envoyé aux hommes de la part de Dieu. Or il ne nous paroît pas que toutes ces chofes puiiTent ja- mais établir la vérité de ces expreffic^s que nous avons marquées ci-delTus. 9 Car fi parce que l'ame de Jefus-Ciirifi: a été immédiatement créée de Dieu , il s’en- fuit que Jefus- Chrift peut être dit être def- cendu du Ciel , être venu du Ciel , être iàTu de Dieu > être du pain dépendu du Ciel * P ij tyi Traité âe la Divinité avoir été dans le Ciel au commencement : tous les hommes peuvent avoir part à ces éloges; on peut dire de chacun de nous , qu'il a un efprit qui retourne à Dieu qui l'a donné. Ainli l'on pourra dire de chacun de nous : ferct-ce donc , fi vous le voyez, monter 3 là oit il étoit preiyiièrement ? Je fuis âefcendu du Ctel. Je fuis venu de mon Pere , & fuis venu au monde ; & maintenant je quitte le monde , o» m'en retourne à mon Pere , 8c G. On doit dire à peu près la même chofe de ce que le corps de Jefus-Chrill a été formé immédiatement par la vertu du Saint-Efprit. Cela ne fufïit pas pour fonder toutes ces ex- prefSons. Je fuis defcendu du Ciel. Je fuis venu \ de Dieu. J'étois premièrement au Ciel. Cela pa- roit de ce qu'Adam a été formé quant à fon j corps, immédiatement des mains de Dieu: & cependant non - feulement l'Ecriture ne parle pas ainlî d'Adam ; mais elle tient un langage tout opofé. Le premier homme ét*nt de terre , efi de poudre. Le fécond homme qui efi le ' Seigneur , efi du Ciel. D'ailleurs, la figure fe- \ roit un peu forte , lî Jefus-Chrill: étoit dit ve- nu de Dieu , defcendu du Ciel , & avoir été ? premièrement au Ciel, parce que le corps j de Jefus-Chrill a été formé par le S. Efprit. On dira que Jefus-Chrill n'a pas feule» i ment été divinement conçût, mais encora qu’il a été rempli des dons & des grâces du * S. Efprit , & qu'à cet égard il peut être die ; venu de Dieu ou defcendu du Ciel , parce que c'ell ouvrage divin , ou un homme rem- j pli des grâces de Dieu r ou fufcité divine- j ment i ou à peu près dans le même fens , ! que tout bon don & tout préfent paràii efi d'en- haut , defeendant du Pere des lumières ; ou dans \ Je fens que Jefus - Chrift demandoic * fi U à e Jefus- Chrift. 175 Baptême de Jeun étoit du Ciel , ou des hommes y & dans un fensopofé à celui de ces paroles d'un Apôtre : Car cette fagejfe ne 'vient point ct'enhaut , mais elle ejl terreftre , animale , dia- bolique. Diverfes raifons nous montrent la difparité de cette comparaifon. Première- ment j il y a une grande différence entre par- ler ainfi de quelques qualitez qui ne font point fufceptibles proprement & par elles- mêmes de mouvement local , & defquelles par confequent on ne peut dire que dans un fens figuré , qu'elles vont , qu'elles vien- nent , qu'elles montent , qu'elles defcen- dent ; & parler ainfi de quelques perfonnes , qui étant fufceptibles de ce mouvement lo- cal proprement & a la lettre , peuvent être dites monter & defcendre fans figure. D'ail- leurs , les circonftances d'un texte 3 ce qui fuit & ce qui précédé le but du dii cours , la manière & la qualité des expreffions , font voir que ces paroles qu'on produit en exem-f pie , doivent être prifes dans un fens figuré & métaphorique ; au lieu que toutes ces cho- fes nous font comprendre que Jefus-Chrift eft dit être defcendu du Ciel proprement Sc à la lettre. Car qui ne voit que dans ces pa- roles j Que fera-ce , fi vous voyez, le fils de l'homme monter là ou il étoit premièrement ? il s'agit d'une afcenfion locale & proprement dite? Et qui peut douter, que fi ce mot de monter efi: littéral , ces paroles qui fuivent immédiatement , ne le foient aufii : là oit il étoit premièrement ? Qui peut douter que dans celles-ci , Je fuis iffu de mon Pere je fuis venu au monde ; & maintenant je quitte le mon- de , & je men retourne à mon Pere ; qui peut douter que dans le fens naturel de ces paro- les s Jefus-Chrift ne foie venu au monde, def- P iij 174 Traité de la Divinité cendu de devers fon Pere , dans le même fens qu'il doit quitter le monde , & retour- ner vers fon Pere? De forte qu'étant retour- né vers fon Pere , & ayant quitté le monde dans un fens propre & littéral , il s'enfuit auffi qu’il eft defcendu de devers fon Pere proprement & véritablement. Enfin , fi ceux qui reçoivent les dons du S. Efprit , ou qui font envoyez de Dieu , ou qui font particu- lièrement l'ouvrage de fa vertu & de fa puif- fance , pouvoient être dits être défendus du Ciel , il n'y auroit rien de li jufte que de dire tout cela des faints Apôtres. Car on peut dire d’eux , & qu'ils ont reçu l'Efprit de Dieu venant d'enhaut , & qu'ils l’ont re- çu dans une mefure bien extraordinaire j & qu'ils ont été divinement envoyez ; & qu'ils peuvent être confiderez ou à l'égard de leur régénération , ou à l'égard de leur miniftere» comme étant très-particulierement l’ouvrage de Dieu. Cependant il eft certain que ja- mais l'Ecriture ne dit qu'ils foient défendus du Ciel : encore moins peut- on dire que tout cela foit répété dans chaque page de ce Livre divin , & qu'on mêle ces exprelfions avec d'autres exprelfions propres & littéra- les. Ajoutez à cela , que Jean-Baptifte étoit faint àplufieurs égards & en plusieurs ma- niérés , l'ouvrage de Dieu , faint dès le ven- tre de fa mere , rempli du S. Efprit , & en- voyé de Dieu , formé &: fufcité extraordi- nairement. Cependant non-feulement il n'eft pas dit de Jean-Baptifte , qu'il foit defcendu du Ciel f»mais il eft dit qu'il eft de la terre. Celui , dit-il lui- même, qui e(l venu d'en- haut j eft par- diffus tous. Celui qui eft de la terre , eft terreftre , (5* annonce les chofes de la terre. Ce- lui qui eft venu du Çiel}eft par- deffus tous» de Jefus - Chrift. Les ennemis de la Divinité de Jefus-Chrift ne pouvant ni fatisfaire les autres , ni Ce fa- tisfaire eux- mêmes là- deffus , feignent pour fe tirer d'embarras , que Jefus-Chrift eft monté au Ciel après fa naiffance ôc Cà con- verfation fur la terre, & qu' après y avoir été quelque tems pour y être inltruit des veritez qu’il devoit enfeigner aux hommes , il en eft defcendu pour remplir les devoirs de fon miniftere , & ils prétendent que c'eft-là le fondement de toutes ces divet fes façons de parler , qui ont quelque chofe d'extraordi- naire & de furprenant. Tout cela elt bien- tôt dit , & plutôt imaginé encore 5 mais lorfqu'on examinera cette fupofîtion , on la trouvera opofée à la vérité, & même à la vraifemblance. Car premièrement , fur quel fondement nous font ■ iis cette hiftoire ? Lit - ce fur le témoignage de quelque Iiiftorien , ou de quelque Hvangelifte qui la raporte ? Si cela eft, on nous fera plaifîr de nous le mon- trer. Eil: - ce fur le defîr que nos adverfaires auroiept que cela fût ainfi , pour pouvoir défendre ieurs hypothefes avec plus de faci- lité ? Si c'eft ce dernier , ils ont un jufte fu- jet de fe délier de leur principe , & nous en avons une plus jufte raifon encore. Mais à. dire le vrai , cela feroit d'une fâcheufe con- fequence, que toutes les fois que nous trou- verions des expreffions de l’Ecriture qui ne s'accorderoient pas avec nos fentimens , il nous fût permis de faire une hiftoire à plai- lir , tk de la défendre comme fi 'file faifoit partie de la Révélation. En effet, fi Jefus-Chrift eft monté corpo- rellement dans le Giel , il s'eft fait en cela, même un grand miracle. Mais le moyen de: 1J iiij \^6 Traité de la Divinité. croire fur la foi de nos adverfaires un grand miracle qui ne nous a point été révélé ? Si Jefus-Chrilt eii monté au Ciel 5 cette afcen- £ on, dor^ nos adverfaires croyent d'ailleurs fi bien reconnoître la necefîité , doit faire une partie confiderable de fon hifioire , & du moins elle 11'eft pas moins importante que la vifite qu'Elizabeth rendit à Marie , que la venue des Mages , que la conduite d'Herode effrayé par leur venue , que la def- criptipn du manger & des vêtemens de Jean- Baptille , que le récit du voyage que Jefus- Chrift fit. à Jerufalem à l'âge de douze ans , que fa prefence aux noces de Cana , fans oublier le miracle qu'il y fit ; que la tenta- tion de Jefiis - Chrilt au défert : & il étoic pour le moins aufii necelfaire à nôtre édifica- tion , que l'Hiilorien nous reprefentât Jefus- Chrill ravi par l'Efprit dans le Ciel , que de nous le faire voir entre les mains du Dé- mon , qui le met tantôt fur les crenaux du temple , & tantôt le porte fur une monta- gne. Il me femble qu’il împortoit autant de nous dire qu'il avoir été quelque’ tems dans le Ciel , que de nous le reprefenter fejour- nant dans la ville de Nazareth ; & que s'il étoit necelfaire de ne point paffer fous lilen- ce l'ouverture des Cieux> qui fe fit à fon bâ- tême 3 la colombe qui delcendit du Ciel , fimbole du S. Efprit s il ne l'étoit pas moins de nous aprendre que Jefus-Chrifi: avoit été enlevé corporellement dans le Ciel. Et en effet 3 nos adverfaires qui veulent que le fé- jour que ®lvloïfe fit fur la montagne de Sina pendant que Dieu l'inftruifoit de ce qu’il avoit à dire au peuple d'Ifraël , fût un type de celui que Jefus-Chrift a fait dans le Ciel , lorfqu'il y elt monté pour y être inftruic du de Jefus - Chrift. 177 confeiî de Dieu , devraient confiderer qu'il n'y a aucune aparence que le type ait été marqué fi exactement dans l'Hiftoire de l'An- cien Teftament , & que la vérité qui ré- pond à ce type , qui elt mille & mille fois plus confiderable que le type même , eût été couverte du voile du filence. Ht à quel principe pourroit-on attribuer ce filence fur un événement fi important , en des Hifto- riens qui raportent des chofes de bien moin- dre confequence ? Mais je m'exprime foible- ment. Je foûtiens qu'après trois ou quatre grands évenemens j qui font la mort de Je- fus-Chrift , fa refurreCtion , & fon afcenfion au Ciel , qui font comme le fond & la fuh- ltance de l’Evangile , il n'y avoit point d'objet dans l'hiftoire de Jefus-Chrift, qui fût plus important à fçavoir , ni plus conndera- ble parmi les évenemens de fa vie, que ce- lui dont il s'agit ici. Je n'en excepte point la transfiguration de Jefus- Chrift fur la mon- tagne du Tabor : événement que les Evange- liftes nous aprennent avec fes circonftances d'un commun accord. Car il eft & plus beau & plus neceftaire de confiderer Jefus* Chrift montant- au Ciel pour s'y entretenir plus particulièrement avec fon Pere , que de le voir fur le Tabor , s'entretenir avec Moïfe & Elie de l'iftuë de fes fouffrances. Que pourroit-on dire après cela pour ex- cufer ce filence des Evangeliftes ? Dira-t-on que ces Hiftoriens Sacrez le font uniquement propofez de faire l'hiftoire de i'abrjiïfemenc de Jefus- Chrift , & que c'ell pour cela qu'ils ont paflfé fous filence un événement qui fem- ble avoir plus de raport avec fa glorification qu'avec fon abaiiTement ? Ce principe eft faux. Les Evangeliftes n'oublient auçun© 178 . Traité de la "Divinité des circonftances les plus glorieufes de la nailfance , de la vie , de la more , & de la refurre&ion de leur divin Maître. A fa naif- fance il eft loué par les armées celeftes , & adoré quelque tems après par les Mages. Pendant fa vie il commande aux vents , aux tempêtes , aux Démons , aux maladies & à la mort : & il monte fur une montagne pour être transfiguré en la prefence de trois de fes Difciples. Dans fon agonie il eft aflif- té par les Anges. A fa mort il ouvre les pierres & les tombeaux , il déchire le voile du Temple , & éteint la lumière du jour. A fa refurreétion les Anges de Dieu roulent la pierre qui fermoit fon Sepulchre , & apa- roififent à ceux qui le cherchent. Et lorfqu'il monte au Ciel , ies nuées fe prefentent pour former le char qui le porte dans le fejeur de la gloire. Ilfaudroit avoir renoncé à la lu- mière naturelle , pour dire après cela , que les Evangeîiftes ont tû cette première afeen- fion de Jefus - Chrilt au Ciel , parce qu'ils n'ont voulu parler que cie fon abaififement. Mais fi ce n'eftpas là ce qu’ils difent » que pourront ils jamais inventer pour juftifier un filence û extraordinaire 3 fi peu naturel 3 êc fi incomprehenfible ? Mais après tout cela , je voudrois ici de- mander à nos adverfaires , quelle neceffité ils conçoivent qu'il y a eu que Jefus-Chrifi: montât au Ciel. Car puifque ce n'ert point le récit de l'Evangelifie qui fonde leur opinion à cet égard , il faut bien qu'ils l'étabMent fur quelque efpece de neceflité. Socin dit deux chofes fur ce fujet. Premièrement , qu’il falloit que Jefus-Chrifi: fût conforme à Moïfe , qui avoit été fon type , & que com- me Moïfe avoit été quelque tems avec Dieu de Jefus-Chrift. 17? fur la montagne , il étoit néceflaire que Je- fus-Chrift fût quelque tems avec Dieu dans le Ciel. Il ajoute que Jefus-Chrift a dû mon- ter dans le Ciel pour y être plus particulière- ment inftruit des vericez qu’il dévoie enfei- gner aux hommes. Mais pour commencer par la réfutation de cette derniere réponfe , il me femble que le mouvement local eft peu néceflaire pour pouvoir être enfeigné de Dieu. Les Apôtres n’ont pas été enlevez dans le Ciel en corps & en ame. Cependant ils ont été parfaite- ment inftruits des myfteres du Royaume des Cieux : & il faut bien que leur inftru&ion ait été pleine & entière*, puifque les Livres qu’ils ont compofez , font la réglé de nôtre foi. Que s’il n’a pas été néceflaire que les Difciples de Jefus-Chrift montaflent au Ciel pour s’inftruire des veritez du falut , il l’a été bien moins que Jefus-Chrift y montât pour cet elfet , lui qui avoit reçu fans me- fure cet efprit de fagefle & de vérité; lui qui étant faint dès fa conception , fermoic la bouche aux Do&eurs à l’âge"de douze ans. Et quoi ! Jean ne monta point au Ciel pour y connoître le confeil de Dieu , & ce- pendant il s’écrie en voyant venir Jefus- Chrift à fon Baptême : Voici l'Agneau de Dieu qui 0 e les pechez, du monde : paroles qui con- tiennent une idée très-diftindfe des myfteres de la Religion , & qui peuvent être confédé- rées comme un très-parfait abrégé de l’E- vangile. Et pourquoi le Maître ÿiroit-il plus de peine à être inftruit, que ira eu le ferviteur ? Ce n’étoit pas, dira-t-on , une abfoluë néceflité que Jefus-Chrift montât au Ciel pour y aprendre le confeil de Dieu : mais il 1 8 « Trai té de la Di vint té le falloir feulement par la neceffité qu'il y avoir que Jefus-Chrift fût en cela conforme à Moïfe qui avoit été fon type. Car comme Moïfe fut Médiateur entre Dieu & le peuple d’Ifraël ; Jefus - Chrift eft Médiateur entre Dieu & les Fidèles : comme Moïfe annonça aux Ifraeîites le defTein que Dieu avoit de les retirer de leur fervitude d'Egypte , Je- ius-Chrift a déclaré aux hommes le confeil de la mifericorde de Dieu , qui eft de les racheter de la condamnation & de la mort éternelle. Mais il eft étonnant que des Doc- teurs û célébrés par leur fubtilité & par leurs lumières , raifonnent d'une maniéré fi peu jufte. Eh quoi donc l il fufïit que j'imagine des raports dans les anciens types , pour avoir le droit d'ajouter ce qu'il me plaira à l'hiftoire de l'Evangile ? 11 faut donc défor- mais que je dife que Jefus-Chrilf a été be- gue 3 parce que Moïfe l'a été. Il faut que Jefus-Chrift ait été berger , & même homi- cide 5 car tout cela eft arrivé à Moïfe. Non , diront nos adverfaires , cela n'eft pas necef- faire , parce que toutes ces chofes ne regar- dent que la perfonne particulière de Moïfe , & non fa qualité de Médiateur. Ce n'eft pas ce qui arriva à Moïfe entant que Moïfe, mais ce qui arriva à Moïfe entant que type, qui doit s'accomplir en Jefus-Chrilf Ôr il eft certain que Moïfe a été avec Dieu fur la montagne , non entant que Moïfe , mais en- tant que Médiateur. Mais..s'il eft permis d'outrer les raports qui peuvent être dans les types , que ne pourra- t-on point foûtenir ? Moïfe monta deux fois fur la fainte montagne pour être inftruitde la Loi : faudra- t-il dire que Jefus- Çhrift eft aufïi monté deux fois dans le Ciel? de Jefus - Chrift. i § i Moïfe jeûna quarante jours & quarante nuits fur la montagne, & jeûna deux fois: fau- dra-t-il dire que Jefus-Chrift eft allé jeûner deux fois dans le Ciel pendant cet efpace de tems ? Moïfe defcendant de la montagne , rompit les Tables de la Loi : faudra-t-il dire la même chofe de Jefus-Chrift ? Moïfe def- cendant de la montagne pour la fécondé fois , aporta de fécondés Tables qui ne dé- voient point être rompues : tout cela con- vient-il encore à Jefus-Chrift ? Lorfque Moï- / fe defcendit de la montagne , fa face fut fi \ refplendiflante , que les Ifraëlites n'en pou- vant luporter l'éclat , ce Legiflateur fut obli- gé de mettre un voile fur fon vifage, pour pouvoir converfer avec eux : dira-t-on de même , que la face de Jefus-Chrift étoit ref- plendilfante comme le Soleil , après qu’il fut defcendu du Ciel , & qu'il fut obligé de fe voiler le vifage ? Je ne penfe pas qu'on veuille pouffer le parallèle jufques-là. Et par confequent il eft jufte de convenir que les raports des types ne pouvant pas être pouffez avec excès , il n'eft pas permis de fonder la vérité d'un fait , d’ailleurs inconnu , fur ces raports , qui à moins qu’ils ne foient mar- quez dans l’Ecriture , peuvent paffer pour des jeux de nôtre imagination. Il paroît donc que cette fupofition de nos adverlaires , qui veulent que Jefus - Chrift: foit monté corporellement dans le Ciel avant que de fe manifefter au monde , eft entiè- rement fauffe. Mais accordons loir qu'elle eft véritable , leurs affaires n'en feront pas plus avancées , puifque ce principe ne fuffit pas pour juftifier toutes ces exprefiions qui marquent que Jefus-Chrift: eft venu ou def- cendu du Ciel. i8r Traité de la Divinité Car^ premièrement , fi Jefus - ChriTt efi monté dans le Ciel , il n’y a été que pen- dant quelque tems ; il n’y eft point monté comme dans un lieu où il ait établi fon fé- jour ordinaire , & ce n’eft que de fa fécondé ~ afcenfion que tout cela fe peut dire. Com- ment donc l’Ecriture dit - elle , -qu'il devoit monter là où il étoit premièrement ? Peut - on parler ainfi de quelques jours de féjour que Jefus- Chrifi a fait dans le Ciel? Saint Paul fut ravi^ jufqu’au troifiéme Ciel : auroit-on pu dire à fa mort , fon ame s'en va là où il étoit premièrement^ ? Jefüs-Chrift montoit à Jerufa- lem aux fêtes foiemnelles s l’Evangile nous aprend qu’ri y monta dès l’âge dç douze ans : auroit-on pu dire de lui la fecondefois qu’il y alla , Jefus- Chrifi monte là où il étoit premièrement ? Ne feroit-ce pas là un langage illufoire , & qui marqueroit que Jefus-Chriff aurait établi auparavant fa demeure à Jeru- falem ? Et pour me fervir d’un exemple con- nu de nos adverfaires , auroit-on pu dire de Moïfe j lorfqu’on le vit monter fur la Mon- tagne pour la fécondé fois 3 qu’il montoit là où il étoit premitrement ? En fécond lieu , il efi: remarquable que l’Ecriture ne dit pas ordinairement que Je- fus-Chrift efi: monté au Ciel, mais qu’il efi: defcendu du Ciel , qu’il efi venu du Ciel , qu’il efi venu de Dieu 3 qu’il efi iffu de fon Pere , & qu’il s’en retournera vers lui com- me il efi venu de lui: expreflîons qui mar- quent qii: J. C. efi defcendu du Ciel comme de fon lieu naturel ; & non pas qu’il efi monté dans le Ciel par un miracle au-defifus de la nature , pour être feulement là quel- ques heures ou quelques jours. Et en effet , l’Ecriture ne dit pas de faint Paul 3 qu’il efi de Je fus - Chrift. î Sy defeendu du Ciel, qu'il eft venu du Ciel, qu'il eft venu de Dieu , quoique (tout cela foie vrai : parce que ce n’eft pas fa defeente du Ciel , mais Ton afcenlïon dans le Ciel , qui eft furprenante, admirable, & un événement confiderable & important. Si Jefus-Chrift n’eft monté dans le Ciel que dans le fens de nos adverfaires , il va- loit bien mieux nous répéter fouvent que Je- fus Chrift étoit monté au Ciel , que non pas nous dire fi fouvent que J. C. étoit defeendu du Ciel. Car que J. C. foit defeendu du Ciel , cela s'en va fans dire , s’il eft vrai qu’il y foit monté , puifque nous le voyons prefent devant nos yeux : mais qu’il y foit monté, là ce que nous ne fçavions point , & qu’il falloit nous aprendre. On dit des Triomphateurs de la vieille Rome, qu’ils montoient au Capitole , parce que c’eft c« qu’il y a de plus remarquable dans cette ac- tion. On ne s’avife guère de dire qu’ils def- cendoient du Capitole ; parce que cette def- eente n’eft pas ce qu’il y a de plus confidé- rable dans l’événement. On difoit que les Juifs montoient tous les ans à Jerufalem pour y adorer , cela étoit néceftaire à fça- voir j mais non pas que les Juifs defeen- ■doient tous les ans de Jerufalem , quoique l’un fût suffi véritable que l’autre; parce que ce n’eft point cette defeente à laquelle fefprit doit faire la principale attention. Ainfi, s’il eft vrai que J. C. monta dans le Ciel, & defcendit du Ciel peu de teîfcs après y être monté , il étoit fans comparaifon plus néceftaire de parler de fon afcenfîon que de fa defeente. Cependant l’Ecriture nous parle ordinairement de fa defeente , 6c point de fon afeeufion. ï 84 Traité ds la Divinité Il eft facile d éclaircir la chofe par un exemple. Si nous voyions un Etranger qui nous tînt ce langage : Je fuis venu du Ja- pon. Je retourne au Japon. Vous me verre* bien-tôt retourner là où j'étois première- ment. Je fuis parti du Japon , & fai abor- dé dans ce pais ici , non pour faire mes af- faires , mais les affaires du Roi du Japon. Vous autres vous êtes de cette terre ; mais moi je fuis du Japon. Je fuis venu de de- vers le Roi du Japon , & fuis abordé dans ce païs ; & de même je quitte ce pais, & m'en retourne vers le Roi du Japon ; car c'eft lui qui m’a envoyé. Or de ce que je dois y retourner , qu'eft-Ce, linon que j'avois été envoyé en ce païs ici ? Celui qui eft de ce païs ici, parle comme les gens de ce païs : mais un homme qui vient du Japon , parle comme venu du Japon. Nul de vous n'a été au Japon, fi ce n'eft moi qui fuis venu du Japon , & qui fuis établi , ( ou fimplement ) qui fuis au Japon. J’attefte la confidence de nos adverfaires , & je prens tous les hom- mes à témoins de l'impreffion naturelle que ces paroles doivent faire fur nôtre efprit. Ces paroles nous donnent - elles naturelle- ment cette penfée , que celui qui parle ainfî , eft un Européen , un homme de ce païs ici , qui a été au Japon quinze jours ou un mois , & qui doit bien tôt s'y en retourner ? Ou nous font-elles entendre que c'eft un hom- me originaire du Japon , & qui y habite commf, dans fon lieu naturel & dans fa pa- trie , & qui doit bien-tôt retourner vers les £ ens : Certainement il eft naturel qu'un tel homme dife & répété qu'il eft venu du Ja- pon ; qu'il eft forti du Japon , qu’il eft du japon : mais pour un Européen qui n'y aura de Jefus -Chrift. été que quinze jours ou un mois , il dira & il répétera qu’il a paiTé jufqu’au Japon , qu’ri eft allé au Japon , qu’il a vu Je Japon. En troifiéme lieu , il eft remarquable que l’Ecriture éleve J. C. au-defTus de tous pré- cifement par cette raifon , qu’il eft venu d’enhaut. Or cette raifon eft bonne & con- clut fort bien dans la fupofition que J. C. vient du Ciel , comme un homme qui en eft , pour ainfî dire , originaire ; qu’il vient du Ciel comme de fon lieu naturel & de fâ patrie ; mais elle ne conclura rien dans la fupofition que J. C. vient du Ciel après y être monté miraculeufement , & y avoir été quelque - tems , ou fi elle conclut , nous pourrons dire par la même raifon, que Su Paul eft auffi par-deftus tous , car il a eu cec honneur. Pour un quatrième, J. C nefe contente pas de dire qu’il eft defcendu du Ciel 5 mais iî rend Ja raifon de cette defcente. Je ne fuit point ■venu , dit-il , pour faire ma volonté, maïs, la volonté de celui qui m'a envoyé. }. C. fe met en peine de donner la raifon pour ' la- quelle il eft defcendu du Ciel , & il ne penfe point à dire la raifon pour laquelle il y eft monté : c’eft un renverfement de langage &: de fens commun , fi le principe de nos ad- verfaires eft véritable. Car c’eft tout comme fi Moïfe venoit dire aux Ifraëlites , fans les avoir avertis qu’il eft monté fur la monta- gne , & qu’il a eu commerce avec Dieu : Je fuis defcendu de la montagne ^>ur telle ou pour telle raifon. Car on auroit pu lui due t cette montagne n’étoit pas le lieu de vôtre demeure ; nous fommes furpris que vous y foyez monté , mais, nous ne Je fora- ines point que vous, en foyez defcendm, J&ms WL ï té Traité de la ‘Divinité Dites-nous premièrement, pourquoi vous êtes monté ; & aptès vous nous ferez fça- voir pourquoi vous en êtes defcendu. En cinquième lieu, il eft remarquable que l'Apôtre fait une opofition entre le pre- mier & le fécond Adam , en ces termes ; Le premier homme étant de terre , eft de poudre. Le fécond homme eft le Seigneur , qui eft du Ciel. Comme donc la terre eft le lieu naturel du Î>remier homme , il faut que le Ciel foit le ieu naturel du fécond. Comme ces paroles le premier homme étant de terre , ne marquent pas fïmplement que le premier homme ait été pendant quelques momens attaché à la terre, &qu’enfuite il s'en foit relevé ; mais qu'avant que d'être animé par le fouflfle de Dieu , il avoit toûjours été dans la terre comme dans fon origine , ou dans fon lieu naturel : de même auffi ces paroles , le fécond homme eft du Ciel , ne marquent pas Simplement que J. C. foit du Ciel , parce qu’il eft venu du Ciel , après y avoir été quelques momens $ mais bien qu’avant qu'il defcendîr fur la terre , il avoit toûjours été: dans le Ciel comme dans fon origine , ou dans fon lieu naturel Il eft évident par les confédérations précé- dentes , que ces pafîages deviennent obfcurs Se: inintelligibles dans l’hypothefe deceux qui prétendent que J. C. foit un jfimple homme par fa. nature. On fera voir avec la même facilité , que cette hypothefe rend ces paftfa- |es fau^<} abfurdes , &\ en quelque forte impies ou injurieux à la Divinité.. En effet , ces paftages font naturellement quatre impreflions fur nôtre efprit. La pre- mière eft , que J. C. avant fa nailTance etoit 4&is le Ciel comme dans, fon lieu naturel. de Jefiis - Chrlfi. 187* Car quel autre fens pourroit - on donner à ces expreifions ? Que fera - ce fi ‘VOUS voyez, le *Fils de l'homme monter là ou il êteit premièrement ? Celui qui ejl venu d’enhaut. Celui qui ejl venu du Ciel , Le fécond homme ejl le Seigneur qui ejl du Ciel. Or cette impreftîon eft faufife , s'il eft vrai que J. C. ne foit qu’un fimple hom- me 5 & il n’eft pas neceflaire de s’arrêter à. faire voir une chofe fi inconteftable. La fécondé eft , que J. C. a le Ciel pour fon origine bien plus particulièrement que les autres hommes. Car l’Ecriture opofe Je- fus^Chrift aux autres hommes , en ce que les autres font d'enbas , & que lui il eft d’enhaut 5 en ce que les autres font de la terre ,. & que lui if* eft du Ciel. Or cette- penfée eft encore faufte , fi J.. C. n’eft qu’un fimple homme par fa nature. Car en ce cas lâ il faudra dire que nous fommes d’enhaut 3 que nous fommes du Ciel, dans le même: fens que J. C. & que J. C. eft d’enbas , & de la terre, dans le même fens que nous.. Jefus-Chrift fimple homme ne peut être dit être d’enhaut ou. du Ciel , que parce; qu’il a Dieu.pour fon principe , ou que Dieu: l’a envoyé , ou que Dieu lui a deftiné la gloire du Ciel , ou que Dieu Ta enrichi de les dons. Or tout cela convient aux autres, hommes. Dieu, eft le principe qui produit immédiatement' leur ame. Dieu a produit, immédiatement le corps & i’ame du pre- mier homme. Dieu a envoyé- les Prophètes, & les Apôtres , comme il a envojé J. C. Dieu delfine la gloire, du Ciel à tous ceux qui croiront en ce divin Sauveur. Et Dieu a toujours fanétifié &. rempli de fa vertu ceux qui ont fait des miracles. Âinfi aucun. de c.es cara&eres, n’étanE propre à J. c. mais ïîS Traité de la Divinité ces trois cara&eres étant communs à J. C. & aux autres hommes , il nous paroîc que les autres hommes peuvent être dits en ce fens-là venir d'enhaut 3 veniq du Ciel 3 ve- nir de Dieu , comme J. C. Il faut ajouter à cela , que J. C. eft d'enbas 3 & de la terre. > dans le même feos que les autres hommes. Car nous lommes dits être d'enbas , venir de la terre , parce que nous Tommes com- pofez d'une nature grolîiere tk terrefire , ou parce que nôtre corps a été premièrement tiré de la terre 3 ayant été formé du limon. Or J. C. a aulli- bien que nous une nature corporelle 3 & le corps de J. C. aufli bien que le nôtre 3 a été formé de cette matière qui fortit premièrement de la terre. Et il ne fert de rien de dire qu'elle a été épurée par l'operation du S. Efprit. Car ce limon dont le corps du premier homme fut compofé » fut aulli façonné immédiatement par la puiU Tance de Dieu. Enfin J. C. fimple homme peut être confideré en deux maniérés 3 ou- comme un homme , ou comme un Envoyé, de Dieu. Si vous le Gonfiderez comme un En- voyé de Dieu > j'avouë qu'il vient de Dieu , qu'il defcend du Ciel , parce que fa vocation vient de Dieu immédiatement ; mais com- me la vocation des Prophètes étoit en cela toute femblable à la fienne > puifque les Prophètes étoient envoyez de Dieu immé- diatement 3 il s'enfuir qu'à cet égard J. C.. ne vient d'enhaut 3 n'eft du Ciel , que com- me les ï( *ophêtes l'ont été. Si nous confidé- xoas J. C. comme un homme 3 il eft venu du Ciel; à l'égard de fon corps, ou à l'é- gard de- fon srae. Si l'on dit qu'il elt venu du Ciel à l'égard de fon ame parce que fer?, ame a été. forcée immédiatement £at de Jefus - Chrifl. 18? h vertu de Dieu , tous les autres hommes ont le même avantage , puifqu’il a été dit d’eux tous : La terre retourne à la terre dent elle a été prife ; mais l' efprit retourne a Dieu qui l'a donné. Que lî l’on prétend que J. C. eft venu du Ciel à l’égard de Ton corps , parce que Ton corps a été produit par la vertu de Dieu: ce caraéterelui eft commun avec les autres hommes. Si c’eft: parce qu’il a étd produit miraculeufement , ceia lui eft com- mun avec Ifaac & avec Jean- Baptifte. Si c’eft parce que Ton corps a été produit fans in- tervention d'homme : cela lui eft commun avec le premier Aftam. On dira peut-être*,, que J. C. eft dit être venu d’enhaut ou du Ciel, parce qu’il avoit été rempli du Saint - Efprit. Mais cette réponfe ne peut avoir de lieu pour plufieurs raifons. Premièrement parce qu’il n’eft pas feulement dit de J. C. qu’il eft venu d’enhaut , mais encore , qu'il étoit premièrement au Ciel. Or cette derniere exprelhon ne peut pas lignifier , que J, C.. étant fur la terre avoit reçu les dons du S., Efprit. D’ailleurs , les Apôtres furent bâti- fez, du S. Efprit : cependant on n’a jamais die qu’ils fuffent 'venus à'enhaut , qu'ils fujfent forth de Dieu , qu'ils eujfent été au Ciel premièrement. La troifiéme impreffion que ces pàftages font naturellement fur nôtre efprit , eft que non feulement J. C. vient d’enhaut, &r eft: du Ciel dans un fens plus noble que les au- tres hommes , & que le premier homme } -mais encore , que c’eft: préciféme^ par là que le fécond Adam , qui eft J. C. a uu avantage glorieux fur le premier Adam , qui eft nôtre premier Pere. C’eft ce qui eft par- ticulièrement énoncé dans ces paroles : L& premier homme étant de terre eft. de poudre, i9<* Traité de la Divinité fécond homme ejl le Seigneur , qui ejl du Ciel l Or tout cela eft faux , s’il eft vrai que J. C. foitun fimple homme par fa nature ; car il vientde la terre , fi cela eft, comme le pre- mier Adam en eft venu ; & celui - ci étoit venu du Ciel à peu près dans le même fens que J. C. comme ceia a écé déjà juftifié. Enfin la derniere penfée que ces paftages font naturellement venir dans l'efprit , eft que J. C. s'eft ahailfé en quelque forte, par- ce qu'il eft venu du lieu plein de gloire 'qui eft le Ciel , fur la terre , qui eft le féjour de la baftefife. Qr de ce qu’il ejl monté , qu’t fl ce v fvaon qu'il étoit premièrement defcendu dans les parties les plus baffes de la terre ? A-t-on accou- tumé de dire d'un homme qui eft fimple homme par fa nature , qu'il -eft defcendu dans les parties les plus balfes de la terre ? Ainfi il nous paroît que ces palfages que nous avons examinez, ne font naturellement que des impreflîons fauifes , fi le fentiment de nos adverfaires a lieu. Mais il faut aller plus avant a & il eft bon de montrer après cela , que ces paftages prefentent un fens abfurde 5c, ridicule , étant entendus comme nos adverfaires les entendent : & pour cela nous n'avons qu'à les confidérer avec leur commentaire. Nos adverfaires expliquant ces paroles de J. C. en faint Jean : Que fera - ce donc , fl vous voyez le Fils.de L’homme mort- ier là oh il étoit premièrement ? prétendent que ces paroles , là oh il étoit premièrement , doi- vent fdl prendre dans un fens figuré. Ils ajoutent que J. C. veut dire en cet endroit * que le Fils de L'homme avoit été au Oiel avant : qu’il montât au. Ciel par fa Refurreclian , non- feu- lement parce que déjà avant ce tems-là il étcit con— timelkmeni dant U Ciel par la méditation & par de Je fus - Chrijî i $ t la penfée , mais encore parce qu’il connoiffoit telle- ment toutes les chofes celefies , c’eft - à- dire , tout les fecret s les plus divins , & que toutes les choses qui fe font au Ciel , lui étoiûnt tellement connues & manifejles , qu'il les voyoit comme fi elles lui eujfent été prefentes ; & qu'ai» fi , bien qu’il fût fur la terre , il ne laiffoit pas d’être aujfi dans le Ciel . Mais combien ce pafiage devient-il ab- furde & ridicule en l'expliquant ainfi. Que fera-ce fi vous voyelle Fils de l’homme monter la- eu il étoit premièrement par la méditation ou par la penfée-? Car où eft ce que l’on trouvera qu'être au Ciel , fignifie penfer au Ciel ? Pourquoi J. C. fe fert-il d'un verbe qui fi* gnifie le paffé , lorfqu’il s'agit d'exprimer le prefent ? Et fi lorfque J. C. tenoit ce lan- gage , il étoit au Ciel par la penfée & par la méditation , pourquoi ne pas dire , Que fera- ce , fi vous voyez le Fils de l’homme monter là où il « fi prefentement ? Que veut dire cette expre.fi fion , là où il étoit auparavant , & quel fens, rs ?rpo^ peut- on raifonnablement donner à cet aüpa-, ravant ? Par quel efprit de divination peur- roit-on connoître que J. C. parlant littera*. lement , comme chacun en convient , lorf- qu'il dit , fi vous voye C monter , le fens litté- ral finifie au milieu de la phrafe , & qu’il faille entendre le refte en figure , quoique ces deux exprefiions , monter , là où. il étoit, ayent un tel raport , que tous les hommes les prendront dans un même fens, c'eft-à- dire j toutes deux dans le fens propre , ou. toutes deux dans le fens littéral ? Comment s'empêcher de reconnoître ici une opofitiom cachée entre le lieu où J, C. étoit premiè- rement. j qui eft le Ciel , & le lieu où il s'eft, trouvé enfuite , qui eft la terre : de forte que comme il s'eft trouvé fur la tejiedau&> i $z Traité de la "Divinité un fens propre , il faut qu'il eût été dans Ifi Ciel dans un fens littéral ? Lequel des hom- mes s'ell jamais exprimé de la forte, & nous a dit : Je m'en vais au Japon où j'é- tois premièrement , pour dire : Je vais au Japon où j'étois déjà par le defir > ou par la penfée ? Les Fidèles font exhortez d’élever leur cœur en haut là où efl J. G. mais ja- mais on n'a dit que les Fidèles doivent mon- ter en haut là où ils étoient premièrement. On peut bien dire que nôtre cœur eft dans le Ciel j où eft nôtre tréfor , parce que la métaphore reçoit du jour des autres paroles qui l'accompagnent : mais on ne fçauroit dire fans un impertinent galimatias : Que fera-ce , lorfque l'on nous verra monter là où nous étions premièrement ? pour dire , là où nous étions par la penfée ; parce que n'y ayant rien qui ne conduife naturellement au fens littéral dans ces patoles 3 l'efprit eil choqué d'une métaphore qu'il trouve placée de travers fur fon chemin. Mais continuons à examiner ces pacages avec la glofe de nos adverfaires. Ces parod- ies , je fuis defcendu du Ciel , ne lignifient au- tre cho.fe félon leur opinion , fi ce.n’eft , Ma chair a, été créée & formée par un confeil & par une vertu admirable de Dieu , & par là elle efl venue de Dieu me me -C' efl pourquoi quand il efl dit que f. C. efl defcendu du Ciel , cela ne.fignifie autre cbofe y fi ce n’efl qui il efl venu de Dieu meme . Mais comment entendre après cela ces paroles ? Le ■premie\bomme étant de terre , efl de poudre. Le fé- cond homme étant le Seigneur, efl du Ciel. Le corps d'Adam fut formé par une vertu admirable de Dieu : il eil donc venu de Dieu en ce fens j il ell donc defcendu du Ciel. D'ail- $e.m& qui ne voit que ces paroles , Je fuis de Je fui - Chrtjî. defcendu du Ciel , non pour faire ma volonté , mais pour faire la volonté de celui qui ma envoyé , li- gnifient toute autre chofe que , Ma chair a 'été formée par la vertu du Saint Efprit ? Car il y a ici un envoi qui précédé une defcente 3 & une defcente qui fuit un envoi. Il faut ajoûter à tout cela , que ce langage ne feroit conforme ni à la modeftie , ni à ce refpeét qu’on doit à la Divinité. Premiè- rement, J. C. s’iin’eft qu’un fîm pie homme , vient de la poudre & de la terre aulîi-bien que le premier. En fécond lieu , on ne peut point dire d’un fimpîe homme , Mais le fé- cond étant le Seigneur , efl du CieL On ne parle point ainfi d’un homme qui appartient na- turellement à la terre, qui n’eft fait l’heri- tier du Ciel que par grâce. Au contraire > pour parler conformément à la vérité 8c à la modeftie , il faudroit tenir un langage tout opofé , & dire : J. C. étant de terre , ert de poudre naturellement ; mais par la grâce 8c par la bonté de Dieu , il eft fait le Sei- gneur du Ciel. Or comme i’on ne peut man- quer de modeftie à cet égard , fans tomber dans l’impiété , parce qu’on ne peut en cela s’attribuer de la gloire , qu’on ne la dérobe à Dieu : il eft clair que le langage de l’E- criture devient non-feulement obfcur & in- intelligible , non-feulement faux 3c illufoire, non - feulement abfurde & peu raifonnable , mais encore plein d’orgueil 8c d’impieté, fu- pofé que l’on doive s’arrêter au fentiment de ceux qui font de J. C un fimpie homme par fa nature. Car e’eft à combatti Dce fen- timent qu’on s’eft particulièrement arrêté -dans ce Chapitre. L’hypothefe A: vienne au- ja fon tour dans les autres parties de cet ou- vrage. Tome III, R i£4 Traité de la 'Divinité CHAPITRE VI. 'Preuve de la même vérité , tirée des paffages de l'Ecriture , qui marquent la préexistence de Jefus-ChriJl . L'Ecriture nous donne toutes ces idées de Jefus-Chrift ; qu'il exiftoit avant qu'il naquît j qu'il étoit avant Jean-Baptifte, & du tems des Prophètes , qui étoient même rem- plis de fon efprit ; qu'il étoit avant qu'Abra- hamfût; qu'il étoit au commencement de toutes choies , dès le commencement du tems ; qu'il étoit avant tous les fiécles. Car , I. il eft dit de lui qu'il a été en forme de Dieu , & qu'enfuite U s'efî anéanti pour pren - dre-la forme de ferviteur : ce qui marque que J. C. exiftoit avant fon abaiftement , & par confequent avant fa naifîance. 1 1. L’Ecriture dit de lui , qu'il a été fait de la femence de David félon, la chair. Gela marque qu'il y a en lui une nature diftin&e de la na- ture humaine , à l'égard de laquelle il n'a pas été fait de la femence de David. III. Il eft apellé Dieu jnanifejlé en chair. Ce- la montre que dans cette nature charnelle qui a commencé de paraître, il y a un Dieu qui n'avoit pas toûjours paru. I V. Il eft dit que cette Tarole , qui étoit dès le commencement , & qui étoit Dieu , a été faite chair. Cela lignifie que la Parole étoit avant l'exiftence de cette chair. V. ^rjfus Chrift dit de lui- même , qu'il eft ijfu de fon Tere , & qu'il efi venu au monde , Ô* que derechef il quitte le monde. & s en va vert fon Tere. Cela eft faux , ou il faut que J. C. ait été avant qu'il vînt au monde. de Jefus - CïiŸïfi. , Vï. Jefus-Chrift afture avec ferment , qu'il eft avant Abraham. En vérité je vous dis , avant qu’ i’efprit prophe- que des Apôtres , qui étoit., dans les Pro- phètes ? k VIII. Il eft dit de J. C. qu'il étoit m corn* tnèncement ; qu’il étoit avec Bieu ; qirtl étoit "Dieu ; & que par lui toutes chofes ont été faites . Tout cela eft faux , ou il faut reconnoître que Jefus-Chrift exiftoit non- feu le ment avant fa naiflance , mais encore avant la naiftanc® du monde. R ij \$6 Traité de la Divinité IX. Il eft dit que fesiffuës font des le com- mencement : des les tems anciens , ou des les jours du fiécle , & ce qui explique cela , un Apôtre nous âprend qu'il a fait les flécles. 11 s'enfuit donc que J. C. a été dès le com- mencement du tems } & même avant les tems & les fiécles. X. Il fait cette priere à Dieu fon Pere : Et maintenant , 'Pere , glorifie ton Fils de cette gloire qu’il a eue pat devers toi avant qUè le monde fût. Cedifcours manque de fens & de vérité , ou il faut que J. C. ait été;, & qu’il ait polfedé fa gloire avant la naiftance du monde. IX. Jefus-Chrift eft nommé très - fouvenc dans l'Ecriture , T Alpha & l’Omega , le com- mencement & la fin , le premier & le dernier. Oïl ce titre lui eft attribué fauflement , ou il faut demeurer d’accord que J. C. a exifté avant toutes les créatures. Pour juger de l'impreftion que ces parta- ges font naturellement dans l'efprit , il ne faut que conliderer l'impreftion qu'ils ont faite fur les hommes depuis autant de fiécles qu'il y a que l'Ecriture qui les contient , eft compofée. Que l^s Sociniens prennent tels arbitres qu'il leur plaira pour juger de ce que ces cxpreftions lignifient dans leur fim- plické naturelle. S’ils fe défient des Ortho- doxes , oferont-iîs bien auflî fe défier des Arriens , qui non plus qu'eux n’ont pas été préoccupez pour la Divinité fouveraine de J. C. Si les Arriens leur paroiflent fufpe&s » le défieront - ils du témoignage des Maho- metanU', lefquels aufli - bien que les Soci- niens , rejettent non - feulement le dogme de la Divinité de J. C. mais encore celui de la préexiftence , & qui cependant leur di- ront qu’ils voyent dans ces partages ce que de Jeftts - Chrzft. îjf nous y voyons ; ce qui les oblige à réjecter l'Ecriture du Nouveau Teftament , comme étant ou toute fupofée , ou eirentiellement corrompue ? Je ne fçai fi nous n'avons pas lieu de croire que c'efi>là le fentiment fe- cret de nos adverfaires , lorfqu’on les voit aporter un fi grand nombre d'explications de ces pacages, fi differentes , & quelquesfois contradictoires. Ce n’eft pas aparemment l'impreffion fim- ple & naturelle de ces paroles , Avant ’ qu' Abraham fût , je fuis , qui a fuggeré à Socin cette interprétation , qu'il dit lui-mê- me lui avoir tant coûté de peine , & d’ef- forts de méditation , & que Dieu ne lui fit connoître , qu'après qu'il la lui eût deman- dée très inftamment , & qu'il eût palfé plu- fieurs jours en prières: explication, qui, après tout cela, n'a pas été aprouvée des Docteurs de fa Se&e qui l'ont fuiviv II ne faut pas s’en étonner : car fi J. C. en difant, Avant ef Abraham fût , &rc. a voulu dire , Je fuis avant qu' Abraham foit ce qui efi expri- mé par le nom d‘ Abraham , c'ell- à-dire , le pere de plufieurs nations , avant que les Gentils foient devenus les enfans d’Abraham : on peut dire qu'il n'y eut jamais rien de plus illufoire , ni de plus captieux que Ton dis- cours. Il efi: même évident qu'il manque de vérité , puifque cette exprefiïon , avant qu’ Abraham fût , ne fignifie point , avant qu Abraham fût „ Abraham , comme celle-ci , avant que le grand Pompée fût , ne fignifie point, avant que Pompée fût furnommè , ou fut en effet le Grandi mais elle veut dire, avant que te* lui qui a été honoré de ce titre , exifiât , avant qu il fût au monde. D’ailleurs cette glofe de Socin rend le difcours de J. C. plein d'ab» T£$ Traité de la Divinité furdité. Car quelle grande merveille étoit» ce que jefus-Chrift fût avant que les Gentils fuffent devenus les enfans d'Abraham, puif- qu'on pouvoir dire la même chofe de la moindre perfonne qui vécut alors ? Un Soci- nien moderne a mieux rencontré , lorfqu'il prétend que Jefus-Chrift eft avant Abraham , dans le même fens qu’il eft l’Agneau immolé des U fondation du monde. Car quoiqu'il s'en faille bien que cette réponfe ne fatisfaffe 5 l’on peut certainement la regarder comme une défaite plaufîble & bien trouvée. Mais premièrement, on peut diltinguer deux par- ties dans le facrifice de J. C. comme nous diftinguons deux natures en lui. La partie corporelle de ce facrifice, eft l'oblation ac- tuelle que J. C. fait de fa chair mourante 8e déchirée fur la croix. La partie fpirituel- le de ce facrifice, eft l'oblation en efpric que J. C. fait à Dieu fon Pere pendant tous les fiécîes. Car il n'y a point de doute que le facrifice d'Abel ne fût rejetté aufti-bien que Celui de Caïn , file Fils éternel de Dieu ne le faifoit agréer à fon Pere, en lui offrant dès lors en efprit cette chair & ce fang qu'il devoit prendre dans l'accompliffement des tems pour nous racheter de nos pechez. De forte que fi le facrifice de J. C. n’exiftoic point dans fa partie corporelle dès la fon- dation du monde , il exiftoit dans fa partie fpirituelle ; c'étoit une immolation & une oblation qui fë faifoit dès-lors en efprit par le Fils de Dieu réellement exifotnt. Ajoûtez à cela , Sque quand on reconnoîtra quelque figure dans ces paroles , l’Agneau immolé dés U fondation du monde , cette figure s’explique afiez par ce terme égorgé , ou immolé , par ce qui fuit & ce qui précédé, & par les de Jefus-Chrift. autres circonftances du difcours. Mais ici tout nous conduit au fens littéral. C'eft une obje&ion très-litterale qu'on a faite à J. C. en lui difant , tu n'as pas encore cinquante ans. Enfin cette expreffion qui marque la préexif* tence de J. Ç. avant qu ^Abraham , &c. a l'a- vantage d'être foûtenuë par un grand nom- bre d'exprefîions femblables : ce qu'on ne peut point dire de l'autre "" c 1 l'Ecriture nous dit, que J. C. étant en for- me de vidime, voulut enfuite être en for- me d'homme ; qu'il venoit de fouffrir , lorf- qu'il vint au monde ; que les Prophètes oqt vû couler fon fang , & qu'on en a fait af- perfion fur eux ; que les Ifraëlites lecoiie- renc la tête du tems de Moïfie , en le voyant attaché à une croix , qu'il mourut avant qu' Abraham fut ; qu'il partit (du tems de Noé portant fa croix fur lui, & la faifant voir aux hommes incrédules &: impénitens; que fa mort ‘ôc fa crucifixion font dès les teins anciens j qu'il foulfrit la mort avant tous les fiécles ; que J. C. fur le Calvaire fit à Dieu cette priere : Pere , me voici tout prêt à endurer les mêmes fouârances que j'ai fouffertes par devers-toi avant que le monde fût. Ne diriez-vous point qu'un tel difcours eft rempli de fauffeté , & même d'extrava- gance ? Ne le diriez-vous pas , quoiqu'on vous fît voir que J. C. eft apellé l'Agneau de Dieu, qui eil égorgé dès la fondation du monde ? Mais il y a plus que cela. Le pâffage de l’Apocalypfe qu'on cite pour répondre à la preuve que nous tirons de celui de l’Evan- gile , peut être interprété d'une forte , qu'il, devient inutile à nos adverfaires. Le voici thofes foient égales R iiij ioo Trotté de la Divinité tout entier. Tous ceux donc qui habitent en ta terre , l'adorcient , ( s'entend de la Bête dont il a parlé ) defquels les noms ne font point écrits au livre de vie de l'Agneau immolé dés la fondation du monde. Rien n'empêche qu'on ne recon- noifte dans ces paroles une de ces tranfpofî- tions qui font fi ordinaires dans l'Ecriture , &: même dans toute forte d* Auteurs , & qu'on ne rende ces paroles par celles-ci : Defquels les noms ne font point écrits dés la fonda- tion du monde dans le livre de l'Agneau immolé t OU de l'Agneau qui a été immolé. En effet, cette expreffion, dés la fondation du monde , tombe naturellement fur celle ci , écrits au livre de vie car il s’agit d'une prédeftination qui eft de toute éternité , par laquelle on rend rai- fon de ce que les habitans de la terre le perdent dans le tems en adorant la Bête : mais on ne voit point qu'il fût neceffaire de parler en cet endroit, de la vertu éternelle du sacrifice de la croix , & de la relever par cette expreffion , immolé dés la fondation du monde. Toute la difficulté qu'on trouve dans l'explication qui unit cette expreffion , dés la fondation du monde , avec celle-ci , dont les noms font écrits au livre de vie , c'eft qu'il fem- ble que le terme de tué , ou d 'immolé devient par - là hors d'œuvre , & qu'il valoit beau- coup mieux dire , dont les noms font écrits au livre de vie de l'Agneau , que de dire , dont les noms font écrits au livre de vie de l'Agneau immolé ou qui a été immolé. Mais cette diffi- culté n'eft. rien , fi l'on confidere que dans l’Apocalj^fe J. C. ne nous eft pas feulement reprefenté comme un Agneau , mais comme un Agneau facrifié ; & que c'eft fous cette derniere idée qu'il eft traité fi magnifique- ment. Ainfi les vingt- quatre Anciens nous de JefuS'Cbrifi. toi font repre Tentez chantant une chanfon nouvel- le , difmt : Tu es digne de prendre le livre j d’ouvrir les fteaux. Car tu as été mis k mort , &c. & quelque tems après : t'iAgneau qui a été mis a mort.eft digne de prendre puijfmce & ri- clujfes , &c. Comme donc c'eft fous ridée d’Àgneau immolé, que Jefus - Chrift paroît dans ces révélations , il ne faut pas s'éton- ner s'il elt parlé de ceux qui font écrits au' livre de l'Agneau immolé , & non Ample- ment de ceux qui font écrits au livre de l'Agneau. . Ainlî l’exemple cité par nos adverfairés n'étant plus d'aucun ufage , il faut malgré qu'ils en ayent, qu'ils fe reduifent à quel- qu'une de ces deux réponfes qu'on avoit faites $ ce partage , avant qu’ Abraham , &c. & qu'on dife que Jefus-Chrift eft avant Abraham en deftination & dans le décret de Dieu 3 ou que Jefus - Chrift eft avant qu'Abraham foit Abraham 5 c'eft-à-dire , le pere de pîuiïeurs nations , avant qu'il foit ce qui eft lignifié par le nom d' Abraham. Mais ces deux ré- ponfes font fi foibles , qu'on ne doit point perdre fon tems à les réfuter. Car lequel de ces deux fens qu'on attribue à J. C. on lui fait dire la plus grande puérilité du monde. N'eft-ce pas une chofe bien furprenante , que Jefus-Chrift exifte dans le decret de Dieu avant qu'Abraham exifte réellement ? Cela peut fe dire de tous les hommes qui ont vécu de- puis le lïécle de ce Patriarche fans aucune exception. Ne feroit ce pas aulïi un^grande merveille , que Jefus-Chrift exiftat avant que les Gentils fulfent devenus les enfans d’ Abraham ? Cela convenoit au moindre des Difciples du Seigneur Jésus , & même à. Judas qui le trahit. Et elj-ce pour confir- soi. Traité de la Divinité mer des inépties de cette nature , que J. C. aura employé une alfeveration fi grave & fi forte , en difant , En vérité . je vous dis , Avant , &c. Mais quand il y auroit quelque difficulté dans ce paftage qui eft fî clair , fi exprès & fi beau , il feroit jufte de l'expliquer par tant d'autres palfages paralelles qui mar- quent évidemment la préexiftence de J. C. Il eft facile d'inventer des fubtilitez & des diftinétions , mais il ne l’eft pas de fe fatis- faire après les avoir inventées. Ainfi quand on me dira, comme font quelques-uns , que Jelus - Chrift a été premier que les Prophè- tes , qu' Abraham en excellence & en digni- té s & que nous entendons d'une antériori- té de tems , fi l'on peut s'exprimer ainfi , ce que l'Ecriture ne dit que d'une antériori- té de dignité & d'excellence : l'efprit n'ac- quiefcera point à cette réponfe : Car com- ment cela peut-il nous fauver de ces palfa- ges , qui difent que J. C. eft le premier & le dernier? Il eft le premier dans le fens qu'il doit être le dernier. Il n'eft pas le dernier en dignité. Ce n'eft donc pas de la primauté d'excellence qu'il s'agit en cet endroit. Com- ment nous eft-il reprefenté fans commence- ment de jours ? Comment dit-il , à l'occa- fion de l'objection que les Juifs lui faifoienc fur Ion âge, en lui dilant. Tu n'as pas en- core cinquante ans , & tu dis , j'ai vu abraham: Avant qu Abraham fut , je fuis ? Et comment cette pef.te fubtilité peut-elle mettre à cou- vert no^âdverfaires de la force invincible de ces autres palfages qui marquent fa préexis- tence avec tant de clarté? Nous ne pou- vons les examiner tous dans le détail. Ce deifein nous engageroic dans une longueur de Jefm - Chrifi. soj «{ue nous voulons éviter. Mais nous en exa- minerons quelques-uns avec un foin parti- culier. CHAPITRE VIL Preuve de la meme vérité , tirée des paffages de l'Ecriture , qui marquent la préexifience & la Divinité de fefus-Chrifi. LE premier qui fe prefente , eft celui qui fe lit au chap. z. v. 6. de l'Epfrre de faint Paul aux -Philipiens , & que nôtre verfion a ainlî traduit : §lu’il y ait donc un fentiment entre vous , qui a été aujfi en fefus-Chrifi lequel étant en forme^ de Dieu , n'a point réputé à ra- pine d’être égal k Dieu. Toutefois il s’ejl anéanti, foi-même , ayant pris la forme de ferviteur , fait à la reffemblance des hommes , & étant trouvé en figure comme un homme , il s’ e fi abaiffé foi- même y fy a été obéiffant fufqu'a la mort # même jufqu’û la mort de la Croix. Nôtre explication laiffe à chaque paro- le Ton fens , fa fîtuation Sc fa lignification naturelle 5 car nous croyons pouvoir les rendre par celle-ci: Lequel étant en forme de Dieu y étant Dieu & participant de la gloire di- vine par devers fon Pere , n'a point efiimé que ce fût un larcin de s’égaler avec fon Pere ; Ô* toutefois il s’efi anéanti foi-même en prenant la forme d’un ferviteur , naiffant dans la baffeffe j devenant homme & femblable aux hommes du commun , & puis fe rendant obéiffanyyjufqu’û fouffrir la mort , même la mort de la Croix. Mais on doit faire un autre jugement de la glofe Socinienne , qui change les paro- les , le fens &: la fituation naturelle des termes. -L.a voiçi. Lequel étant en forme de- i©4 Traité de la Divinité J)ieu , c efl-a-dire , lequel commandant aux créa- tures & aux èlemens lorfqu'il étoit fur la terre , comme s'il avoit été quelque Dieu , n'a point retenu & confervé avec opiniâtreté fon égalité avec Dieu , comme font ceux qui dérobent quel- que chofe , lefquels la retiennent avec attache- ment ; mais il a renoncé â cette égalité avec Dieu pour s'anéantir foi-même , prenant la for- me de ferviteur en obéïjfant , au lieu qu'il com- mandait auparavant , étant traité comme un ef- clave , & devenant femblable aux hommes du commun , au lieu qu'il étoit auparavant en for- me de Dieu par la puijfance dont il étoit re- vêtu ; & fe montrant obéïjfant jufquk la mort de la Croix. Toutes cqs expreffions, en forme de Dieu , d'être égal avec Dieu, il n'a point réputé à ra- pine , il s’ejl anéanti Joi - même , il a pris la for- me de ferviteur , foufFrent dans cette expli- cation une violence manifefte. Premièrement, il eft naturel , lorfqu’on trouve dans TEcriture quelque expreflion finguliere , de l’expliquer par d’autres paf- fages paralelles , ou du moins qui ayent quelque raport avec elle. Ce terme, étant en forme de Dieu , paroît extraordinaire à nos adverfaires , & de-là vient qu’ils en don- nent des explications fi étudiées. îl feroic donc naturel , s’ils vouloient agir de bonne foi , qu’ils le comparaient à d’autres ex- prelîions qui femblent lignifier à peu près la même chofe. Ainfi S. Jean dit de J. C. qu’il étvt au commencement , & qu’il étoit Dieu ; & Saint Jean expliquant & paraphrafant cette expreffion , dit que toutes chofes ont été faites par lui , & que fans lui rien de ce qui et été fait y n'a été fait ; & Saint Paul nous fait en.. tendre,qu’avant que Jefus-Chrift fc foie moiu de Jefus-Chrîft. xoç txé fous la forme d'un ferviteur , & qu'il fe foit anéanti , il étoit en forme de Dieu. Il me femble qu'il ne faut pas faire de fi grands efforts de raifonnement , pour voir que ces de»x paffages font conformes ; que celui qui elt apellé la Parole , étoit Dieu , & en forme de Dieu au commencement. De forte que comme la Parole étoit Dieu > avant qu'elle eût été faite chair , comme l'Evangelifte Saint Jean nous le fait com- prendre ; il s’enfuit aufli que J. C. étoit en la forme de Dieu , avant que d’être fait chair , & d'avoir pris la nature humaine , comme S. Paul nous le. fait connoître. On peut dire hardiment en fécond lieu , que ni dans le langage divin , ni dans le lan- gage humain , on ne trouvera point qu 'être en U forme de Dieu , fignifie faire des miracles , ou commander aux vents , aux tempêtes , aux maladies & aux démons. D'où eft- ce qu’on a pris une lignification de ce terme fi extraordinaire ? Qu'ils nous citent quel- que Prophète , quelque Evangelifte ou quel- que Apôtre, qui ait parlé de cette manié- ré. Ajoutez à cela , que fi pour être en for- me de Dieu il fuffifoit de faire de grands miracles dans toutes les parties de la na- ture , on pourroit dire que Moïfe a été en forme de Dieu ; car il a fait des prodi- ges étonnans dans l'air , dans la mer , Tur la terre : les Apôtres auroient été en forme de Dieu , car ils ont fait de grands mi- racles , & même en quelque fenOde plus grands que J. C. comme ce divin Sauveur le leur avoir promis expreffément. On me dira peut-être , que J. C. faifoit ces miracles en fo.n nom & par fa propre iQ6 Traité de la Divinité puilfance , au lieu que les Apôtres ne les faifoient qu’au nom du Seigneur Jefus , & par le pouvoir dont il les avoit revêtus , qomme Saint Pierre le dit aux Juifs après avoit guéri le boiteux qui fe éerîoiç à la porte du temple. Hommes lfraëlites , leur dit- il j pourquoi vous étonnez*- vous de ceci , ou pour* quoi avez-vous les regards attachez fur nousy comme fi par notre puïffance ou par nôtre fainteté nous avions fait marcher celui-ci ? Cette confédé- ration , bien loin de diminuer la force de nô- tre raifonnement , ne fait que nous fournir une quatrième preuve. - Car fi J. C. a fait des miracles au nom & par la puilfance de fon Pere , je dis qu’il n’étoit non plus indépendant de Dieu , lors qu’il faifoit fes miracles , que fes Apôtres i’étoient lors qu’ils faifoient les leurs.Si donc les Difciples n’ont pû être dits en forme de Dieu , parce qu’ils ne faifoient rien qu’- au nom Sc par le pouvoir de leur Maître : celui-ci n’aura pu être auflx en la forme de Dieu , parce qu’il ne faifoit rien qu’au nom & par la puilfance de Dieu. Que fi J. C. a fait les miracles en fon nom & par fa propre puilfance , on fe contredit foi-même le plus grolîiérement du monde j puis qu’une des plus fortes objections que nos adverfaires croyent nous faire , elt prife de ce que fefus- ChriJî efè venu , non pour faire fa volonté , mais la volonté de celui qui l'a envoyé ; Crellius ce ^ a déclaré ouvertement , que ce n étoit pas lui , mais fon Pere , qui étoit le pre - 2^ mier autff r des œuvres mervcilieufes qu'il faifoit ; &c \tb clue doctrine n' étoit pas fa doéîrine , mais celle f « * de fon Pere j & que celui qui croit en lui , ne ’ croit point en lui , mais en celui qui l’a envoyé î que le Pere étoit le véritable auteur de lare fur* de JefusChrifl. 107 rectîon de Cbrifi ; que le tere fait tentes ckofes par le Fils ; que le Fils ne peut rien de par lui - • meme. Nous prenons une cinquième preuye de ce que les Spciniens ne peuvent marquer en quel tems J. C. a été en forme de Dieu , fans fe contredire , ou fans démentir l'Ecri- ture. Car ou ç'a été pendant les trente ans qu'il a vécu en qualité de perfonne privée , ou c’a été depuis qu'il commença les fonc- tions de fôn miniftere , & pendant les trois ou quatre ans qui fe font paffés depuis fon baptême jufqu'à fa mort. Si c'eft pendant les trente ans qu'il a paffés comme perfonne privée , l'expofîtion Socinienne ne peut fub- fifter ; puifque pendant ces trente ans nous ne liions point quül ait fait des miracles confiderables. Si c'eft depuis fon baptême & pendant les trois ans de fon miniftere , il s'enfuit qu'il a commencé d'être en forme de Dieu aufii-tôt qu’il a commencé de s'a- baifter & de s'anéantir le plus profondé- ment , lorfqu'il a été livré entre les mains du démon pour être. tenté en diverfes ma- niérés , étant porté tantôt fur une haute montagne, tantôt fur les créneaux du temple, &c. lorfqu'il a commencé de (buffrir toutes les incommoditez de la vie & tous les outra- ges de la perfecution. Peut-on fans extrava- gance apeller cet état d’extrême indigence , de honte & d'arRiétion , être en forme de Dieu ? Ajoûtez à cela que J$fus-Chrift n'a fais de grands miracles qu’a^rès s'être f&bailfé. C'eft après s'être trouvé dans une crèche à fa naiffance , après avoir échapé à la fureur d’un tiran avide de fon iang , après avoir fuï en Egypte 9 8c avoir été élevé au forcis 408 Traité de la divinité ;de Ton exil, à Nazareth Ville inçorinuë > après avoir travaillé de Tes mains pendant trente ans dans la trifte boutique d'un Char- pentier , que Jefus - Chrift ht de grands mi- racles. Si donc Jefus-Chrift a été en forme de Dieu , parce qu'il commandoit aux créa- tures en faifant des miracles , il s'enfuit qu'il a été en forme de Dieu après avoir commencé de s’humilier & de s'anéantir : ce qui eft évidemment contre le texte. L'union de ces deux termes , étant en for- me de Dieu , il n'a point réputé a rapine d’être égal avec Dieu , ou comme Socin l'explique , il n’a point retenu avec objlination fon égalité avec Dieu , nous fournira une fixiéme preuve. Car il paroît que' Jefus-Chrift étoit en for- me de Dieu à peu près de la même maniéré & par le même principe qui faifoit qu'il étoit égal avec Dieu. Or ce n'eft point par fes miracles qu'il fe montroit égal avec Dieu , ni devant Dieu , ni devant les hom- mes : non devant Dieu ; puifqu'il ne faifoit que les oeuvres que Dieu lui avoit données à faire : non devant les hommes , puifqu’il prioit Dieu devant eux pour leur montrer que Dieu l'exauçoit , comme il s'en expli- que auprès du tombeau du Lazare. Enfin , fi Jefus - Chrift a été en forme de Dieu , parce qu'il a agi avec un empire fouverain furies créatures i il s'enfuit qu'il a été beaucoup plus en la forme de Dieu dans fa mort que pendant fa vie. Car pen- dant fa vie il faifoit véritablement de grands miraclf mais ou il les faifoit feulement en prefence de trois Difciples privilégiés , Pierre , Jacques & Jean , fe cachant même des troupes en quelques occafions ; ou il ne faifoit que des miracles particuliers , & don* de Jefus - Chrtf. dont les impreflions ne pouvoient pas être fi publiques : au lieu que lorfque Jefus- Chrift eft fur la croix , il déchire le voile du temple , il obfcurcit les aftres , il fend les pierres , il ouvre les tombeaux , & ref- fufcite les corps des Saints , &c. miracles publics , éclatans , & qui font voir mieux que tous les autres l'empire fuprême que Jefus Chrift a fur toutes les créatures. Cela étant , au lieu que le texte que nous exami- nons > nous fait comprendre que J. C. après avoir été en forme de Dieu > s’eft anéanti en fouffrant la mort, & fe revêtant d’une forme qui eft opofée à celle là : il faudra dire par un renverfement de fa penfée , que Jefus - Chrift , étant d’abord en forme de ferviteur ,. & s’étant rendu obéïifant jufqu’à la mort ; après s’être anéanti, a pris la for- me de Dieu fur la Croix- Je paffe fous filence la remarque qu’or» peut faire fur les deux termes wttwvv & de > opofezl’un à l’autre dans le difcours de l’Apôtre- Cette preuve , quoique moindre que les precedentes, ne nous parok pourtant point méprifable. Car lorfque l’Apôtre parle de- là forme de Dieu , il fe fert du premier de ces deux termes , il dit que J. C. exiftoitea la forme de Dieu : ce qui marque que cet- te forme étoit non une forme accidentelle & paffagere, mais une forme fixe & durable.. Mais lors qu’il parle de là forme de fervi- teur , il fe contente d’employer la^feconde, de ces exprelfions , &de dire qu’il l’a reçûë ce qui marque non une forme effentielie & permanente , mais une forme accidentelle-;) parce que celui qui reçoit une forme,eft cea?* fé ne l’avoir, pas toujours eue-, 'tem. u. u S * s UC* 'Traité de la Divinité Mais comme l'Ecriture explique l'Ecriture,, il ne faut pas comparer ce paffage que nous examinons, avec d'autres paffages de l'Ecriture , qui lignifient à peu près la même chofe , pour en trouver le véritable fens. Pour cet effet il faut établir pour premier principe , que ces paroles , lequel étant en for- me de Dieu , n a point réputé a rapine d’être égal h Dieu , mais ils’ejl anéanti foi-même , & c. mar- ; quent non- feulement la dignité & l'excellen- ce de J. €. mais la marquent dans des ter- ] mes très forts.. Pour fçavoir après cela dans, le detail , en quoi confifie cette excellence ou cette perfection , il ne faut que ramaffer les paffages de l'Ecriture qui marquent l'excel- lence & la dignité de J. C. & tâcher en les, comparant à celle-ci , de connoître en quoi, eonfifie cette forme de Dieu. ■ Lorfque nous aprenons que j. C. a été en forme de Dieu , qu'il a été égal à Dieu , 8r qu'enfuite il s'eft anéanti lui - même pour prendre la forme de ferviteur, nous conce- vons deux états : un état de gloire, & un état d'àbbaiffement 3 un état de gloire qui | précédé , & un état d'abbaiffement qui fuit.; \ .Lorfque nous confiderons ces paroles d'un Apôtre , il. a. été fait de la femence de David fé- lon la chair , nous avons l'idée de deux êtres- de J. C. l'un à l'égard duquel on peut, dire qu'il a été fait de la femence de David ; l'autre à l'égard duquel on ne peut dire rien de femblable : l'un qui a commencé à la Concepfbn de J. C. l'autre qui a devancé cette conception. Qui ne voit l’accord quielt entre ces deux paffages ? carfi J. C. a été avant qu’il fat fait de la femence de David félon la chair ; il a été en forme d'homme , ejQ forme de Dieu. Il n'a pas été en for- de Jef us - Chrijh i r r me d'homme , car lï cela étoit, il auroit été en forme de chair j & ainfî il auroit été en forme de chair, avant que d'être fait félon la chair de la femenee de David. Que s'il n'a pas été en forme d'homme, il s'enfuit qu'il 4 été en forme de Dieu : & cela étant > qui ne voit que ces deux pafïages s'expli- quent parfaitement? C'elt ce qui paroît beaucoup plus convain- quant , lors qu*â ces deux parfages vous en ajoutés un troilîéme , qui elt celui qui ex- prime la grandeur du miibere de pieté , fça- Voir , Dieu manifejlé en chair .j J. C. étoit avant qu'il fût en chair. Cela paroît , puis qu'il a été fait de la femenee de David non absolu- ment , mais feulement félon la chair. J. C. étoit Dieu , puifque Dieu a été manifelbé dans cette chair qui a été faite de la femenee de David. Avez-vous trouvé le fens de ces deux palfages en les comparant, vous ne trouvés plus rien de difficile dans ces paro- les , étant en forme de Dieu , il n'a point réputé à rapine d'être égal à 7)ieu -, mais il s'ejl anéanti foi-même , &c. Car il paroît par la comparai- fon de ces trois palfages, qu'avant l'exiltence de cette chair qui a été faite de le femenee de David , cette chair dans laquelle Dieu a été manifelbé , &c. Jefus - Chrift étoit , qu'il étoit Dieu , en forme de Dieu , & qu'il pouvoir être réputé par confequent égal à Dieu. Vous ajouterez un nouveau rayon de lu- mière à’ toute cette évidence , qi_hàid vous j joindrez ces paroles du Sauveur du mon- de : Je fuis ijfu de mon Pere , & je fuis venu au monde , O» derechef je quitte^ le monde , je m'en vais au Pere. Car on peut dire que Jefus Chrift onfideré dans ce premier état **•- Traité de la 'Divinité' auquel il eft ififu de fon Pexe , &r avant gu’il vienne au monde, n’eft point chair, il n’eft point encore fait de la femence de David , il n’eft point encore en forme de ferviteur , ni manifeité en chair. Qu’eft- il donc ? Il eft le Fils on l’unique, iflu de fon Pere j il eft ce Dieu qui doit être mani- fefté en chair , il eft en forme de Dieu. Cette vérité a déjà beaucoup d'évidence ; mais, il la faut mettre encore dans un plus granck jour. CHAPITRE VII 1^ Ç)h l’on-continue dè prouver la meme venté par?* des paffiges qui marquent les prfaxijlenee & Ife Divinité, dejefas- Ghrijl», ON nefçauroit rien comprendre dans re- commencement de l'Evangile félon faine Jean, fi-l’on nie la préexillence & la Divinité, du Seigneur Jefus-Chrift. Toutes ces expref-. fions : Ah commencement étoit la Parole : Lapa-* rôle étoit avec Dieu : la Parole étoit Dieu : Toutes chofes ont été faites- par elle : la Parole a été- faits. ebair\ Le monde a été fait par elle : toutes CCS», «xprelftons ne font plus fans cela qu’un in- compréhenfible galimatias y 8c les hommes, qui ne font pas obligez d’entendre ce qui en, foi eft inintelligible , ne feront pas coupables, de n’y pas découvrir un fens fi contraire à l’impreffion naturelle des paroles > qu’ii ne. peut étrC découvert que par l’elprit de pro-. phetie. C’eft ce que nous allons faire voir plus particulièrement. Ancommemement étoit la Parole. Nôtre expo- fition» n’a rien d’obfcur ni d’efnbarralTé. Si tette expof.rjon-s’emend du commencement de Jefus- - Chrifî 1 1 j it toutes chofes, voilà la préexiftence du Sei- fneur Jefus - Chrift & fa Divinité bien éca- ües. Je dis fa préexiftence: car il s'enfuit de- là , que Jefus - Chrift exifte dès la naiffan- ce du monde. Je dis, la Divinité, parce que fa. puiffaoce infinie juftifie cette derniere, & que fi toutes chofes ont été faites par lui , on. ne peut point douter de fa puiffance infinie*. - Mais on a crû trouver le moyen de fe dé- fendre contre cette évidence , en expliquant du commencement de. l'Evangile ce. qui pa- roît avoir été dit du commencementrdu mon- de. On veut que le deffein de l'Evangelifts; étant de faire, connoître la, dignité de. Jefus- Chrift dés Ventrée de fon ouvrage il ait aprehendé qu’on lui fît tapit e ment une objection qui pouvoit mûre à- ce deffein : c’eft que Jean Baptifte étoit venu , - avait commencé les fondions de fon. miniftere avant- Jefus-Chrift j. (J qu'amft il. pouvoit fembler que Jean- Baptifte dévots être regardé comme le MeJJie 1. plutôt que 7 éfus-rChrift., On prétend "que l'J±potre détruit cette objection , en difant que la Parole c’eft- à-dire Jefus- Chrift , étoit au commencement c’eft -à-dire , lorfque Jean-Haptifte commença d'en-, feigner ; qu’il étoit , dis- je » non-feulement quant à fon effence , mais auffi quant à fa charge , &c. Ils prétendent que Jefus- GhrifV eft apellé: le Verbe ou, la Parole dans ce commencement; de l'Evangile félon faint Jean, en figure 5: qu’il eft , dis- je, ainfe apellé > ou par métaphore , parce- que comme la volonté de l’homme eft manifeftée par fa parole ,ain fi.au Ji la^volonté de - Dieu^om a été, découverte par Jefus-Chrift , ce qui faifàujfi qu'il eft' apellé la voie & la porte -, ou par métonymie ,, étant nommé du nom-de la chofe qu’ilrevele : au- quel feus il eft aujft apellé la vérité , la vie-, & U refurre&ion... JIs..ajoû;ent, que comme il pouvoit venir. dwts- 214 Traité de la Divinité l'efprtt de quelqu’un , qu'au commencement de lr£* vangile , lorfquc Jean-'Êaptifie commença d'exercer les fondions de [on miniftere , Jefus-Chrift était îout-k-fait inconnu , & qnaihfi c'étoit fean-Bap- tifie j & non pas Jefus-Chrift , qui devait être , pris pour le CMeffie : Saint Jean a voulu répondre à cette objection , en difint que celui qu'il appelle la parole, avait été avec Dieu, l’cft-k-dire , connu de Dieu feul. Ils ajoâtent , que cet Evangelifie dif- féré en cela des autres , qu'au lieu que les autres fupofent fans le prouver , que Jefus-Chrift cfi le Chrift, k moins que le récit de ce qu'ils râper tent, ne les y oblige en quelque forte Saint Jean ai* contraire, avant que de décrire la vie de Jefus- Chrift j entreprend de prouver avec un extrême foin , que c'efl lui , & non aucun autre , qui doit être regardé commele Sauveur du monde. Ils prétendent que Jefus- Chrift eft apellé Dieu en cet endroit ; premièrement, para que toutes les chofts qui ont paru dans fonminifiere , ont été pleines de la Divinité -, de forte que le mînifiere des Prophètes qui ont été avant lui , était plutôt un rcinijlere humain qu'un minifiere divin, fi on le compare avec celui de Jefus-Chrift. D'où vient aujfi aucun des Prophètes n'a été appelle Dieu fim~ plement à caufe de fa charge , comme Jefus- Chrift! l’a été en cet endroit k caufe de fa charge de pro- phête.W s veulent en fécond lieu qu'il foit apel- lé Dieu , parce qu'il fiutenoit la per forint de Dieu même ; enfin , parce qu'il étoit tellement défi tiné dèfiors k cette puijjance & k cette gloire qu'il pejfede maintenant , qu’il n'en pouvait jamais être privé. Us veulent que lorfque TEvangelifte dit que toutes chofes ont été faites par lui , 5e que fans lui rien de ce qui a été fait n'a été fait , il ne Fail- le pas entendre par cette expreflion to tescho fin , tomes chofes généralement ? mais feule.- de Je fus - Chrijf. 'tnSfît toutes les chofes qui , de quelque manière que ee foityCtpbartiennent d L'Evangile de Jefus-Chrift y à notre falut , & d la Religion fus la nouvelle *Al iance, comme la vocation des nattons l'aboli- tion de la foi ceremonielle , les miracles , & les âi- vers dons qui ont été diftribuez dans l’Eglife primi- tive. Iis prétendent que dans ces paroles de l’E- vangelifte , Il étoit au monde , <& le monde a été fait par lui , (y le monde ne l’a point connu , le terme de monde fe prend en trois fins differens : de forte que l'Evangeltfte dit , que Jefus-Chrift a été dans un de ces mondes , que l'autre a été fait par lui , Ô'ique le troifiéme ne l’a point connu. Le mon- de ou Jefus-Chrifl étoit , eft la focieté des hommes ... Le monde qui a été fait par Jefus-Chrifl , eft ce [lé- cle avenir ,qui eft maintenant prefint à fefus-Chrift3. dans lequel il a été introduit apres l’avoir acquit & formé par fon obétjfance , & dans lequel nous ferons immortels & d jamais heureux avec lui , tout autant que nous fommes qui ferons été trouvez: lut apartenir. Par le monde qui n’a point connu Je- fus-Chrift , il faut entendre les hommes charnels , ou les hommes qui font entièrement attachez d ce mon- de. Au refte , ils prétendent que lors qu'il eft dit que le monde pris pour le fiécle avenir , a été fait par Jefus-Chrift: , il ne faut point prendre cela dans un fens abfolu , mais dans un fens particulier , dans lequel cette ex- preflion lignifie , que ce fiecle a été fait par. Jefus-Chrift , parce que nous avons efpe- rance de l'obtenir, & que nous l'obti^idrons en effet par Jefus - Chrift. Ou bien prenant le terme de wWs pour la focieté des hom- mes , foie lors qu'il eft dit qu'il étoit au inonde , que le monde ne l'a point connu » foit lors qu'il eft dit que \t monde a été fait par Jefus-Chrift ; ils difenc que le mou?- w& Traité de la Divinité de a été fait par Jefus Chrift , parce que les hommes ont été renouveliez par lui ; 8c alors» fait (ignifîe félon eux , refait ou rétabli.. Enfin , au lieu de traduire comme nous ces paroles 3 la Parole a été faite chair , ils les renr dent par celle ci , la Parole a été chair * croyant par là fe pouvoir difpenfer de reconnoitre la préexiftence de cette Parole. Voilà leur doc- trine : il eft. cems de faire là-delfus nos réfle- xions. CHAPITRE IX. Que laglofe Sociwenne fur tous les pafages ti-def- fus marquez,»'#’ été inventée que pour éluder des pajfages trés-expréi qui prouvent invinciblement la préexifience & la Divinité de Je fus Chrift. CEs explications fi fubtiles 8c fi étudiées y ont un air fi peu naturel 3 qu'on s en aperçoit d'abord.On veut que lorfque l'Evan- gelifte dit , Att commencement était la Parole , il faille entendre par ce commencement le commencement de l’Evangile, C'eftdéja fai- re violence à l'Ecriture 3 que de prétendre que cette expreflion générale 3 au commence- ment , lignifie un commencement particulier. Car de dire que cette expreflion doit être dans le fens qui eft déterminé par ce qui fuit 3 & par l'occalîon en laquelle on la prononce * 8c par les autres circonftances du difcouxs : cette confideration nous eli favora- ble. ou ne peut point dire qu’il, s'agifle ici d'un commencement particulier>puifquerien n'a précédé qui détermine le fens de cette expreflion , & qu’il ne fuit rien aufli qui marque que cette exprelfion doit fe prendre dans un feus plus particulier que i! expreflion de Jefus - Chrijî. il f ne le porte elle- même. Car ces paroles font Tentrée de l’Evangile ; & l’Evangelifie les répété dans la fuite , fans rien dire qui en parcicularife la lignification. On auroit tort de s’imaginer , qu’une réfervation mentale fût capable de déterminer une exprefiion générale à un fens particulier. Un homme feroit extravagant , qui voulant faire l’hif toire d’Augulîe , diroit , Au commencement étoit Auçujle , entendant qu’Augufte étoit ou vivoit dès le terns de Jules Cefar. Ou pour choifir un exemple plus jufie , fi quelqu’un voulant faire l’hiftoire de Moïie & des cho- fes furprenantes que Dieu fit par fon minifc tere, s’avvfoitde commencer ainfi fon h'ftoi- re : Au commencement étoit Moïfc , pour dire , il étoit des le commencement que Dieu entre}» it la délivrance des Ifraeiites hors du pays d'Egypte : il ert certain que toutes ces explications men- tales n’empêcheroient pas que fon langage ne fût contraire au bon fens parce qu’il fe- roit inintelligible. Si l’Evangelifie eût eu le fens qu’on lui at- tribue, il pouvoit s’expliquer naturellement, en difant , Jefus*Cbrift vivait dés le commence- ment de l’Evangile : & en ce cas là même Ion difcours auroit eu une alfez grande obfcurité. Car on feroit en peine de fçavoir ce qu‘il faut entendre par ce commencement de l'Evangile. Si vous entendez par là la première bonne nou- velle qui a été annoncée de ce grand falut qui devoit être manifefié en Jefus - Chrift , vous trouverez que Jefus-Chrill vivoit point encore au commencement de l’Evan- gile , puifque les Prophètes ont les premiers annoncé le f'alut de Dieu. Si vous entendez par cette ex preflion le tems auquel les ora- cles des Prophètes ont commencé à s’accom- Tome I 11, T il 8 . 'Traité de la Divinité plir 9 nous demanderons pourquoi vous ^en- tendez point par le commencement de cet Evangile j l'heureufe nouvelle que l'Ange annonce à Marie en ces termes : éMaric, bien te [oit. Tu es repue en grâce. Le Seigneur efi avec toi , &c. On peut joindre à cet Evangile de l’Ange , celui de Zacharie pere de Jean-Bap- tille , qui prophetife ainlî furie fujet de fon fils : Et toi y petit enfant , tu feras apellé le Pro- phète du Souverain , &c. fans parler de la Pro- phétie de Simeon , qui eft un abrégé fi admi- rable de la dodrine du falut. A cette première défaite on en ajoûte une autre , nous donnant des lignifications de ce terme remarquable la Parole , qui nous pa- rodient n'avoir été inventées que par la né- celfité de défendre fa caufe. On dit que cette exprelîion enferme une métaphore , ou une métonymie. S'ils agilfoient avec fincerité, ils fe détermineroient à l’une ou à l'autre. Car une figure fuffiroit pour cela. Mais ce qui fuffiroit en foi , ne fuffit point à nos adver- faires ; & la défiance de l'une de ces deux figures j leur fait avoir recours à l'autre. Ce n'dl point le fens de l'Ecriture qu'ils nous donnent 5 mais c'eft leur préjugé qu'ils veu- lent défendre. Cela paroît par cette troifiéme exprelîion , La Parole étoit avec Dieu. Car à prendre cette exprelîion hors de fon feus propre & de fa lignification naturelle, on pouvoit lui donner plulieurs fens qui lui convenoient tous aulïi- bien qu^celui qu'ils lui ont attaché. Car lî la Parole etoit avec Dieu , ou par devers Dieu , peut lignifier, la Parole étoit connue de Dieu feu! ; elle peut lignifier plus naturellement , La Parole étoit cachée au Ciel , la Parole étoit aimée de Dieu , la Parole vtvoit bien & marchait de Jefus -Chrifi. iif avec "Dieu , comme Enoc , la Parole était détachée . du monde , la Parole fcavoit feule le confeil de Dieu. Il y avoit des lignifications de ce terme plus naturelles ; cependant ils s'arrêtent à cel- le-ci , ilétoit connu de Dieu feul ; ou félon quel- ques autres , il était dejliné de Dieu a cet emploi . D’où vient cela ? c’eft qu'ils ne cherchent pas le vrai fens de l’Ecriture , mais qu’ils s’arrê- tent à tout ce qui fe préfente à leur efprit , ov» à ce qui peut défendre leur préjugé. C’eft le jugement que nous pouvons faire de cette quatrième expreffion , lu Parole était * Dieu . Tout ce qu’on dit pour remplir la for- ce & la dignité de cette expreffîon remar- quable , eft affez mal inventé. La Pa-ole étoii Dieu , dit-on 3 parce que tout étoit divin en Jefus- Chrift, & que le miniftere des Pro- phètes, comparé au lien, avoit quelque chofe d’humain. Si cette ouverture les avoit fatis- faits eux- mêmes', ils fe leroient arrêtez là j mais parce qu’ils en fentent le vuide , ils ajoutent que Jefus-Chrift eft apellé Dieu en- core , parce qu’il foûtenoit ou qu’il devoit foûtenir la perfonne de Dieu. Cela ne les fatisfait pas : ils ajoûtent que Jefus-Chrift étoit deftiné à une gloire & à une puilfance fouveraine ; & que c’eft parce que cette puif- fance & cette gloire ne pouvoient lui man- quer , que dès-lors il eft apellé Dieu. Mais quelle eft cette prodigieufe ambiguité qui fouffre des explications fi diverfes d’une mê- me expreffîon, ou cette obfcurité impénétra- ble , qui cache dans un feul mot rage de cho- fes fi difficiles à déveloper ? N’elt-ce pas qu’on a moins en vûë de nous faire entendre l’Ecriture , que de défendre fon fentiment. je dirai la même chofe de la maniéré dont ils expliquent ces deux pafi’ages , Tentes chofe». T ij ïio Traité de la Divinité ont été faites par elles, &C. Le monde a été fait par elle. Ces deux paffages font paralelles. Ce- pendant ils trouvent le moïen de les rendre très-differens. Toutes chofes s'explique par le monde ; ont été faites , par le monde a été fait. Ce- pendant ils trouvent le fecret de mettre un prodigieux éloignement entre ces exprelîions: entendant par toutes chofes , toutes les chofes qui apartiennent à l'Evangile , & par le mon- de 3 le fiécle avenir, le Ciel, ou la focieté des hommes : comme ils entendent par toutes chofes ont été faites , toutes chofes ont été opé- rées ou produites ; par le monde a été fait , le monde a été renouvelié. On voit bien par cette differente maniéré d'expliquer des paf- fages fynonymes , qu'ils n'ont d'autre deffein que celui de fauver leur fentiment. Cela paroît encore de ce qu'ils prétendent que dans le même endroit , le terme de mon- de fe prend en trois fens très-differens & très- éloignez ; la première fois , pour la focieté des hommes , en fécond lieu , pour le Ciel ou le fécle avenir ; &: enfin , pour les hommes charnels &: profanes. Mais fi pour entendre l'Ecriture , il faut prendre un même terme dans un même endroit en trois fens differens &: éloignez , où en ferons nous ? 6c qui elbce qui pourra fans un efprit de divi- nation , s'affurer jamais d’avoir compris le fens du S. Efprit ? On voit bien que ce n'ell point là l'Ecriture purement expliquée , mais l'Ecriture raccommodée aux préjugezde nos adverfaii^s. Mais ce n'eft point là Te feul dé- faut qu'on trouve dans leur nouvelle glofe. Outre cette variété de tant d'explications qu’ils donnent aux mêmes exprefîions de l'E- criture , ils attribuent à l'Evangeiifte diverfes fias toutes differentes , & quelquefois toutes de Jefus - Chrifî. lit ©pofées. Ce qui ne vient point d’aucun man- que de jugement, puis qu’il faut reconnoître de bonne toi , que nous avons à faire avec les plus habiles de tous les Ecrivains ; mais cela vient de l’embarras où les jette la nécef- lïté de deffendre leur caufe , nonobftant i’o- pofîtion de plufieurs pacages formels de i’£- criture. Si on les en croit , le deflfein du S. Efprit dans ce commencement de l'Evangile félon S. Jean , eft de répondre à une objection qu’on pouvoit faire lur ce que Jean Baptifte étoit venu avant Jefus-Chrift. Mais quand on les prelfe après cela de nous dire , pour- quoi Jefus-Chrift eft apellé Dieu en cet en- droit , puifque le nom de Dieu n’étoit point neceftaire pour le diftinguer de Jean- Baptifte: à nouvel embarras nouvelle défaite. Ils fei- gnent que l’Evangelifte ne penfant plus à Jean-Baptifte,veut diftinguer Jefus-Chrift par le nom de Dieu , de tous les Prophètes qui l’ont précédé , dont le miniftere aura été hu- main,comparé à celui de nôtre Sauveur. Voi- là bien des delTeins. Mais voyons s’ii y en a quelqu’un de véritable. L’Evangelifte apréhende qu’on ne préféré Jean Baptifte à Jelus Chrift, parce que celui- là eft venu avant celui-ci. Il doit craindre par la même raifon , qu’on ne préféré Moïfe àc les Prophètes à Jefus-Chrift , comme ayant vécu avant lui. Mais quand on auroit été ten- té de regarder Jean - Baptifte commç le Meflie dans le tems que Jean Baptifte com- mença à prêcher l’Evangile, Ü danger ne fubliitoit plus depuis que Jean- Baptifte avoit été mis à mort,& que J.C. étoit relïùfcitédes morts. Que fi l’Evangelifte prend le foin de nous avertir que Jean n' étoit ^t toute lumen. 4 ii Traité de la 'Divinité ce n'eft que pour nous dire en d'autres ter- mes , ce que l'Ecriture nous aprend ailleurs que la prédication de Jean -Baptifte difïipoit bien les tenebres de l'erreur , mais qu'elle- n’étoit pas fuffifante pour former le beau jour de l'Evangile , n’étant qu'une chandelle luifante dans un lieu obfcur s au lieu que jefus - Chrift étoit le Soleil de jurtice. Mais fupofons que l'Evangelifte ait pâ craindre que quelqu'un ne fût aifez fimple pour preferer Jean - Baptifte à Jefus - Chrift, fondé fur ce que Jean - Baptifte étoit venu avant lui: comment fatisfairil s cette objec- tion ? Il tait ce qu'il faut dire, & il dit ce qu'il faut taire. U tait ce qu'il faut dire. Il ne dit point que les ferviteurs marchent de- vant leur maître , que les Prophètes; ont de- vancé la venue du Meftîe, bien qu'ils foient moindres que lui 3 qu'il ne faut pas s'étonner que Jean-Baptifte vienne avant Jefus-Chrift » puis qu'il eft ce Précurleur qui devoit mar- cher devant fa face , & faire droits les ren- tiers. Il dit ce qu'il faut faire. Il dit que Jefus- Chrift étoit dès le commencement de la pré- dication de Jean Baptifte. Ce qui ne fait rien pour répondre à i'obje&ion. Car Jefus-Chrift étoit dèflors , Jean - Baptifte étoit dèllors : mais Jean-Baptifte exerçoit les fondions de fon miniftere , & Jefus-Chrift ne faifoit rien. C'eft-là la difficulté que l'Evangelifte devoit prévenir. Si l'on ne fcauroit trouver dans l'explica- tion de nos adverfaires des defteins dignes du S.Efprit, on y trouve une confufion & un ren- verfement qui ne peut convenir qu'àunefprit qui a deftein de nous jetter dans l'erreur , ou qui fe propofe que nous ne l'entendions pas. Car ils veulent que par ces paroles 5 ah wa* dù Jefus - Chrifî. 1 1 J msncement, on entende la prédication de Jean- Baptiile : & cependant non- feulement l’Evan- gelifte n’a pas encore fait mention de Jean- Baptifte, mais il n’en parle qu’après avoir fait l’éloge de la Parole ; & il en parle d’une maniéré qui fait voir qu’il entend en parler pour la première fois , en difant, il y eut un homme apellè Jean. D’ailleurs , il eft dit que dans ce commen- cement qu’on prétend être le commence- ment de l’Evangile, la Parole étoit,qu’elle é- toit avec Dieu , & qu’elle étoit Dieu. Or rien de tout cela ne convenoit à Jefus-Chrift dans ce commencement. Il n’étoit point dèflors la Parole 5 car il n’avoit point encore annoncé le confeil de Dieu. Il n’étoîc point avec Dieu, du moins dans un fens propre j.car félon nos adverfaires , il ne fut tranfporté dans le Ciel que depuis fon Baptême. Et il n’étoit point Dieu ; puisqu’il n’avoit pas encore été in (ta- lé dans fes charges , qui lui font reprefenter Dieu & porter fon nom. Ce leroit peu que de manquer d’ordre , fi les paroles de l’Evangeliftenemanquoient en- core de vérité : mais , à leur attacher le fens de nos adverfaires , nous ne fçaurions pref- que douter de leur fauffeté. Il elt du moins certain qu’on peut fubftituer des propofitions contradidoires à ces expreflions , qui fans doute paroîtront plus intelligibles > & feront reconnues pour véritables par leur imprelïion naturelle, telles que font celles-ci. Jefus- Chrift n’étoit point au commencement de l’Evan- gile y Jefus - Chri/l n’étoit point la 9hrole des ce commencement . Jefus - Chrifî n’étoit pas encore avec Dieu. Jefus - Chrifî n’étoit point Dieu. U n’étoit point la Parole au commencement. Tout et ehofes , meme toutes les chofes qui regardent i’aeeono- *114 Traité de J a Divinité mie de l'Evangile , n'ont point été faites par lui, Jtlufteurs chofes ont été faites fans lai , avant lui, (J apres lui. Le monde n'a point été fait par lui. La ‘Parole n a point été faite chair ; mais la chair a été faite Parole. Il ejt la lumtere ; mais il n'eft point la lumière qui illumine tout homme venant au ■monde. Jefus-Chrift n'étoit point au commencement de l'Evangile, Cette propofition eft certaine , puifque l'ambaffade d'un Ange à Marie, fak le véritable commencement de cet Evangile, qui fut enfuite continué par l'envoi de l'Ange aux bergers de Bethléem , aufquels il paris ainfi : Vo:ci je vous annonce une grande joie , la- quelle fera à tout le peuple , &c. & enfuite par la prédication de Jean - Baptifte , & enfin par celle de Jefus-Chrift & de fes Apôtres. Jefus-Chrift n étoit point la Parole , du moins dans ce commencement , ni par métaphore , ni par métonymie. Il ne l'étoit point par métaphore. Car on ne pouvoit point dire en ce terns-là : Comme la parole de l'homme eft ce qui découvre fespenfées , ainft J. C . eft celui qui ma- nifefte les penfees & le ccnfeil de Dieu. Il ne l'étoit point par métonymie. Jefus - Chrift ne pou- voit pas emprunter ce nom d'une parole qu'il n'avoit encore ni annoncée, ni fait annoncer. Jefus - Chrift n'étoit point Dieu dans ce com- mencement , dans quelque fens qu'on prenne cette expreflîon. Il n'étoit point Dieu , parce que Ion miniftere écoit divin , opofé à celui des Prophètes ; car il n’exerçoit point encore fon miniftere. Il n'étoit point Dieu, parce qu'il foûtenoit fè perfonne de Dieu : car dans ce commencement il ne reprelentoit Dieu en aucune maniéré. On ne peut point dire aufïï qu'il fût Dieu, parce qu'il étoit deftiné à une gloire & à une puiftance toute divine* de Jefus-Chrift . 21? Car premièrement , cela eft contre le ftdc oïdinaire de l'Ecriture. Elle ne dira point que Saul, par exemple, fût un Apôtre , un hom- me divin 6c ceietle , la lumière de l'Egide, ou le Doèteur des nations , dans ce com- mencement de l'Evangile , où il étoit tout enflâmé de menaces 6c de tuerie contre les Ddciples du Seigneur; parce qu'il étoit def- tiné à la gloire de i’Apodolat.Ou h l'on veut que j'emploie un exemple moins odieux , on ne dira point que Moïfe fût un Médiateur entre Dieu& le peuple d'Ifraël dès le com- mencement i c'eit-à dire , dès- le temps qu'il padfoit les troupeaux de Jetro Ton beau-pere, que les enfans de Zebedée fullènt des enfans de tonnere dès- le temps qu'ils ne fe mêloienc que de pêcher avec leur pere. Il faut ajoûter à cette conlîderation , que le deffein de i'Evangeliite étant de faire ici l'éloge de J.C. il lé trouve que fi le fentimenc de nos adverfaires avoit lieu, il feroit un élo- ge de J.C. le plus équivoque qui fût jamais; étant certain qu'on en pourroit faire un tout pareil de Moite. Rien n'empêche qu'on ne dife dans le fens de nos adveriairès.en parlant de ce Légillateur. Au commencement étoit La Fa- rcie. La parole étoit avec Dieu. La parole étoit Dieu* Slle étoit au commencement . Toutes chofes ont été ■faites par elle , & fans elle rien de ce qui a été fiity n'a été fait . Cette Parole a été faite chair. Tout cela ett aulli vrai de Moïfe que de J. C. dans le fens de nos adverfaires. Au commencement étoit la Parole. ^Moite étoit dès le commencement que Dieu mani- feita le deflfein qu'il avoit de retirer l’on peu- ple hors du pais d'Egypte. Moïfe peut être apellé k Parole , 6c par métaphore , 6c pat métonymie : par métaphore , parce qua n6 Traité de la Divinité comme la parole fert à exprimer les penfées de l’homme, Moïfe aura fervi à faire connoî- tre le confeil de Dieu : par métonymie , par- ce que Moïle eft le minière de la parole , qu'il l’aportoit de la fainte montagne , qu’il l'a rédigée par écrit , qu'il la faifoit con- noître par les Lévites dellinez à inilruire le peuple, & qu'il doit prendre le nom de cet- te parole dont il eft le principal Héros. Moï- fe étoit avec Dieu dès le commencement. Car quoiqu'il fut ignoré & méprifé des hommes , il étoit connu de Dieu ; Sc d'ail- leurs il fut honoré d'une révélation divine. Il étoit Dieu ; car il étoit deftiné à reprefen- ter Dieu, félon ces paroles de l'Exode, tant de fois citées par nos adverfaires , il te fera pour Trophête , & tu lui feras pour Dieu. Enfin il étoit Dieu dans les trois fens marquez par nos adverfaires. Premièrement , parce que fon minilïere étoit divin & celefte , comparé à celui de ceux qui Pavoient précédé , qui étoit un miniftere humain & terreftre. Car il ne s'étoit point élevé un Prophète tel que Moï- fe en Ifraël , qui voyoit Dieu familièrement, & lui parloit comme un ami parle à fon in- time ami , fuivant l'expreffion de l’Ecriture. Il étoit Dieu dans le fécond fens , parce qu'il reprelentoit Dieu , qu'il étoit revêtu de fon pouvoir & de fon cara&ere , qu'il étoit fon Ambaüadeur,Se parloit à Pharaon de fa part. 11 étoit Dieu enfin , parce qu'il étoit deltiné à une gloire & à une puilfance toute divine > puisqu'il devoit faire des miracles furpre- nans dans toutes les parties de la nature. Tou- tes chofes ont été faites par cette Parole , fi VOUS entendez par là toutes les chofes qui apar- tiennent à la délivrance des Ifraëlites , & à i'établiflement de la Loi. de Jefus- Chrift. 2.2.7 Cette conformité paroîtra plus grande , fï l'on confidére que comme Jefus-Chrift fai* Tant fes miracles , n'agilfoit que par la vertu de fon Pere ; ainii Moïle en faifant les fie ns , n'agilfoit que par la vertu de Dieu. Comme tous les miracles qui ont fîgnalé l'Evangile ne fe font pas faits fans exception par le mi- nifterede J. C. mais feulement le plus grand nombre , on ne peut point dire , par exem- ple , que c3eld Jefus-Chrift qui a envoyé les Anges annoncer fa naiflance , qui a allumé l'étoile qui aparut aux Mages , &c. ainfi on dira que tous les miracles qui ont lignalé la délivrance des Ifraëlites , n'ont pas été faits fans exception par le miniftere de Moïfe , mais feulement le plus grand nombre. Il ne tua point les premiers nez des Egyptiens , & il ne fît pas defcendre la gloire de Dieu dans la nuée: mais ce fut lui qui par le moïen de cette verge miraculeufe qu'il tenoit en fes mains , changea les eaux de la mer rouge en fang , couvrit la terre d'infe&es , l'air de tenebres , ouvrit les abîmes de la mer rou- ge , embrafa les nuées & la montagne de Si- na , fit tomber la manne , Se for tir” des eaux en abondance du fein d'un rocher, ouvrit la terre 3 fit tomber le feu du Ciel , &■ c. Et ne peut- on point dire que tant de merveilles fi: grandes & fi diverfes ne s'étant faites que par fon miniffere , fans lui rien de ce cfui a été fait net été fait dans cette occafion illuftre & mé- morable ? Cette Parole a, été faite chair , ou elle a été chair. Moïfe étoit un homme^bien qu'il agît comme un Dieu. Il n'y a donc point de-doute que cette derniere exprefîîon ne lui convienne auffi-bien que les autres. Nos adverfaires ne font pas ici dans un pe- embarras.. Car s'ils demeurent d'accord! n8 Traité de la Divinité qu’on pourroit tenir cç: langage de Moïfe, ils font obligez de convenir que Moïfe peut remplir le pins grand éloge que le Saint El- prit ait jamais fait de Jelus- Chrift : étant certain que jamais l’Ecriture n’a parlé plus magnifiquement de Jefus-Chrift, que dans ce commencement de l’Evangile félon faint Jean. Que s’ils nient qu’on puilfe parler ainfi de Moïlé , ils fe trouveront forcez de recon- noître que cet éloge contient un fens plus haut 8c plus éminent que celui qu’ils atta- chent aux paroles de l’Evangelifte. CHAPITRE X. Suite de la même preuve. CE qu’il y a de plus confiderable , c'eft: qu’à examiner toutes ces exprefiions dans le détail, on trouvera qu’il n’y en a aucune qui puifife avoir le fens que nos ad- verfaires lui attachent. Cette exprelïion , lé commencement , ou an commencement y quand elle eft ainfi generale, lignifie toujours le commencement du mon- de. Ainfi il eil dit, Jean. 8. que le diable a été meurtrier dès le commencement. Jelus-Chrilt dit en S. Matthieu I5>. que celui qui fit l'homme au commencement , fes fit mâle & femelle : 8c l’on ne doute point qu’il ne s’agiife du commence- ment des fiécles. Enfin, toutes ces exprellions, Jîu commencement il n'en étoit pas ainfi. Toi Sei - gnettç , as fondé la terre au commencement. Vous connojffez. celui qui efi dès le commencement . Le diable peche dès le commencement , 8c toutes les autres femblables , ne s’entendent que du commencement de toutes chofes. Elles de- viendroient inintelligibles, fi elles avoient ua de Jefus-Chr'ft. tt9 autre fens , parce que l’impreflion naturelle des termes le fait connoître. La Parole prife fimplement pour celui qui manifefte le confeil de Dieu , eft encore une expreflîon fans exemple dans l’Ecriture. Ori ne la trouvera ni dans le vieux , ni dans le nouveau Teftament. Les Prophètes manifef- toient le confeil de Dieu. Moïfe Ta manifefté encore mieux que les Prophètes. Les Apôtres l'ont fait connoître mieux que Moïfe. Cepen- dant nous ne trouvons nulle part que les Apôtres (oient nommez la Parole , non plus que Moïfe & les Prophètes. La feule exprelfion que nos adverfaires âyent pû trouver , qui ait quelque raport à celle-ci , eft celle qui fe lit dans les Révéla- tions du Prophète Ifaïe , où Jean Baptifte eft apellé la voix de celui qui crie au defert , Dreffez les 'voies de Dieu , aplaniftez fes [entiers. Mais premièrement, il eft faux que Jean-Baptifte fuit apellé la voix de Jefus-Chrift. L’oracle ! lacté ne le dit point. Le voici tel que le Pro- phète nous le donne , Ifaïe 40. 1. z. 3. 4. Con- \ foie z, , confiiez mon peuple , dira 'vôtre Dieu. Ré- j joiiijjez le cœur de ferufi.lem , & lui criez que fort \temf efl accompli , que [on iniquité eft par donnée, La •voix de celui qui crie au defert : Préparez le che- min au Seigneur. Aplanifftz au defert les ( entiers | à nôtre Dieu. Toute 'vallée fera élevée , & toute montagne & colline fera ubaijfée ; & les lieux raboteux feront aplanis. La gloire du Seigneur fera re- \ velée ; & toute chair verra enfemble que la bouche du Seigneur a parlé . La voix a dit : Crie . î9je dis , crierai- je? Toute chair eft comme l’herbe , &C. Il eft bien évident que dans ces paroles U \voix de celui qui trie au defert ; Préparez , &C. jil faut fous-entendre eft3 ou le verbe on entend , pour trouver du fe«s dans les difeours du s,;o Traité de la Divinité Prophète. Et en effet, c'eft ainfi que l'expli- quent S.Matth. S. Marc & S. Luc. Le premier aplique ainfi l'oracle d'Ifaïe : Car ce fi celui- ci duquel il a été parlé par J [aie le Prophète , difant, la voix de celui qui crie au defert , efi , prépare^le chemin du Seigneur, drejfez fes [entiers. Le fécond, de cette maniéré qui revient à la même cho- ie : ^Ainfi qu'il efi écrit dans les Prophètes : Voici [envoyé mon mejftger devant ta face, & qui prépa- rera ta voie au-devant de toi. La voix de celui qui crie au defert , Préparez le chemin du Seigneur , j drejfez fes [entiers. Enfin faint Luc en parle ainfi.. j It il vint dam le pais qui efi. aux environs du for- ] din , prêchant le baptême de repentance en remijfion des pechez ; comme il e(l écrit au Livre des paroles d’ifaïe le Prophète , difant , La voix de celui qui crie au defert , efi , Préparez le chemin du Sei- gneur , drejfez fes [entiers , &c. Celui qui eft dans le defert,eft Jean-Baptif- te. Celui qui prêche au defert, eft Jean-Baptif- te. Celui qui prépare les voies de Dieu en ex- hortant à la repentance, eft Jean Baptifte. Cet- te voix dont il eft parlé dans cet oracle, eft la voix de celui qui crie ou qui prêche au de-., fert , & qui dit , Aplanijfez les chemins du Set- i gneur. Cette voix eft donc celle de Jean Baptif-> te. En effet , ou la voix dont il eft parlé dans- l'oracle du Prophète , fe prend pour la voix proprement dite de Jean-Baptifte, ou pour fa perfonne. Si elle fe prend pour la voix ou pour la prédication de Jean • Baptifte , l'exemple que nos adverfaires citent à cet égardC eft mal allégué. Si elle fe prend pour la perfonne de Jean-Baptifte , comment fub- jfirte le l’ens de l'oraele , & quel fera ce ga- limatias qu'on attribuera au Saint- Efprit : La perfonne de ’jean-Baptifie , exprimée par le terme de voix , efi , Préparez les chemins du Set- de Jefut - Chrtft. 2ji ■gnettr , dreffez. fts [entiers ? Mais , dira-t-on , c’eft faint Jean , qui fait lui-même cette réponfe aux Docteurs Juifs , lorfque ceux - ci lui viennent demander , Toi qui es- tu ? Je fuis la voix de celui qui crie au defert , &c. La réponfe eft aifée. Cela veut dire apurement , je fuis celui-là même dont le Prophète a voulu parler lors qu’fi a dit : l a voix de celui qui crie au defert , eft , aplani f. fez, les chemins du Seigneur. Drejfe ^ fes f, entiers . Et fans cela on ne peut ni concilier les Evan- gelilles , ni les fauver d’une manifefte con- tradiction. On peut dire que cette troifiéme exprefc fion , II étoit avec Dieu , prife dans ce fens de nos adverfaires , eft auflî tout-à-fait fans exemple. Car fi elle fîgnifie , il étoit connu de Dieu feulement , où trouvera-t-on Pexem- ple d’une pareille exprefiion ? On cite un paflàge de faint Jean , où il eft dît , La vie étoit par devers le l- ere , pour dire qu’elle étoit reconnue du Pere. Mais premièrement , il eft faux que cette exprefiion, la vie étoit par devers U Pere , fignifie qu’elle étoit connue du Pere ; ou même qu’elle étoit feulement connue du Pere. Car eft-il croyable que S. Jean ne dife en cet endroit, de la vie éternelle, que ce qu’on peut du crime , de la mort éternelle , des dé- mons-, &c. qui étoientdans ce fens par de- vers Dieu de toute éternité, puifque de toute éternité ils étoient connus de Dieu ? D’ail- leurs , il y a de la différence entre parier ainfi d’une qualité , & tenir ce langag#d’une perfonne. Si nous difions , La Loi étoit par de- vers Dieu , & Moïfe étoit par devers Dieu ; ces deux expreflions ont un fens bien different. . Cette quatrième exprefiion, La Parole étoit Dieu , eil encore une exprefiion figurée > Traité de la Divinité fi l’orj-veut en croire nos adverfaires. Maïs vous ne trouverez point d’çxemple d'une telle figure. Ils prétendent que Jefus - Chrift eft apellé Dieu , parce qu’il repréfente Dieu. Mais bien qu’il y ait eu plufieurs perfonnes depuis la naififance du monde , qui ont repréfenté Dieu , on ne trouve point qu’aucun ait été apellé Dieu , prenant ce nom au fiagulier. Il a été dit , Vous êtes Dieux 3 au plurier : mais il n’a point été dit d’aucun , qu’il fût Dieu. On veut qu’il ait été apellé Dieu , parce que fon miniftere a été tout-à-fait divin. On peut dire des Apôtres , que leur miniftere a été tout di- vin j & fur-tout comparé à celui des Pro- phètes. Ils ont révélé aulfi-bien que Jefus- Chrift, la vie & l’immortalité bien-heureufe. Ils ont fait les mêmes miracles que lui. De forte que fi Jefus-Chrift a pû être nom- mé Dieu par cette raifon , les Apôtres au- ront pu prétendre , aufii bien que lui , à la gloire de ce titre. Cependant nous ne li- fons point qu’aucun Apôtre foit nommé Dieu dans l’Ecriture du Nouveau Teftament , & nous trouvons au contraire qu’ils re- jettent avec horreur ceux qui leur donnent ce nom. On répondra peut être, qu’il y a cette différence entre Jefüs-Cnrift &z des Apôtres , que le premier eft le Maître , au lieu que les autres ne font que fes fervi- teurs. Mais fi les Apôtres font ferviteurs à l’égard de Jefus- Chrift , nos adverfaires doive*. < reconnoître que Jefus - Chrift eft un ferviteur à l’égard de Dieu. Si donc au- cun des Apôtres n’a dû fe dire le Seigneur , par refpeét pour Jelus-Chrift , parce que le nom de Seigneur lui étoit confacré : il s’en- fuit que Jefus- Chrift n’a pas dû prendre le nom â<î Jefus - Chrïft. tjç nom de Dieu , parce que le" nom de Dieu écoit confacré à l'Etre louverain. On ne fçauroit auflî nous montrer un exemple de la reftriétion avec laquelle ils entendent ces paroles : Toutes chofes ont été fuites pur lui j & fans lui rien de ce qui x été fuittn'x été fuit. Car il paroît que l'Auteur fa- cré a eu delfein de s'exprimer le plus gé- néralement qu'il lui a été poffible } puis- qu'il^ ne fe contente pas de dire toutes chofes: ont été fuites pur lui ; mais qu’il y revient en- core , & exprime plus fortement la mênne choie , endifant que fans lui rien de ce qui x éjéfuit , nu été fuit. On dit que le Sujet dont il s'agit 3 limite cette exprelïïon. Mais on le dit faulTement. Ce qui précédé , & ce qui fuit 3 donne une penfée toute opofée à celle-là , à moins qu'on ne renonce à l’imprelÏÏon naturelle des termes. Car l'E- vangelirte s'exprime généralement avant &r après ces paroles : il dit auparavant : Ait commencement étoit lu p-xrole . Voilà une ex- preflion generale , qui fait croire qu’il parle généralement, lors qu'il dits toutes chofes ont été fuites. Il dit enfuite, le monde x été fuit pur elle . Voici une autre exprelïïon ge- nerale qui nous aprend que par toutes chofes y il faut véritablement entendre toutes chofes. fans exception. Il ne leur fera pas plus facile de juftifier par des exemples de l'Ecriture , la nouvelle1 explication qu'ils donnent à ces paroles le monde x été fuit pxr lui. Car foit q#ils pré- tendent fe Sauver en expliquant- comme il < leur plaît , le terme de monde , 3c entendant: par cette exprelïïon le fiecle avenir; & Soit: qu'ils rahnent dans la maniéré dont ils. conçoivent quele monde a. étd fait par J&?* Jawe IL U V l ( Traité de la ‘Divinité fus Chrift , feignant que c'efl: parce que ce* monde a été fait nôtre par Jefus - Chritt ; foit enfin qu'ils cherchent un nouveau fens dans cette exprefïion , il a été fait , ils fe- ront obligés de reconnoître qu'ils avancent tout cela fans preuve, & fans en aporter aucun exemple tiré de l'Ecriture Sainte. On cite des exemples pour montrer que le inonde lignifie quelquefois le fiécle avenir : mais ces exemples font mal citez. On pré- tend , par exemple , que lorfque l'Auteur de l'Epître aux Hebreux dit lors qu’il in - traduit fon Vils premier né au monde , il dit,., que tous les /: nges de Dieu l’adorent , il faut entendre par le monde la vie éternelle. Pre- mièrement , l'expreffion de l'original ne doit pas être rendue par celle de monde , mais par celle dz terre ; car il y a - ^ vià'.w & non pas tcv xoaytrv ;. & ainfi cet exemple n'eft point à propos. D'ailleurs , comment prouvera-t-on que par cette terre ou cette terre habitable dont parle l'Auteur de l'Epî* ere aux Hebreux , il faut entendre le Ciel, ou la vie éternelle , ou le fiécle avenir ? Le fécond exemple qu'ils aportent, eft pris de ce partage du chap. t. verf. 5;. de l'Epî- tre aux Hebreux. Car il n’a point ajfujetti aux Anges le monde avenir duquel nous parlons. Je. laiffe à nos adverfaires à difputer pour fça- voir , fi par ce monde avenir , il faut enten- dre le Ciel , ou l'état des bienheureux , ou I'Eglife-, ou le monde renouvelle par l'Evan- gile., %ir il y a bien de la différence en- * tre cette exprefïion generale. U monde, & celle-ci , le monde qui e(l avenir. Il s'agit de la première , & non pas de la fécondé. Si parce que l'Ecriture nous parle quelque- fois-d’un monde avenir, ou entendoit le mande, avenir 5 tomes.ks fois que nous, trou?- de Jefm - Chrift. zjf vons le terme de monde , on feroit dire de grandes extravagances au Saint-Efprit. Il ne leur fervira de rien pour nous fatis- faire a cet égard , de citer les paroles du io. Chap. de l'Epîrre aux Hebreux : c'eft pourquoi entrant au monde il dit. Tu n'as point voulu des facrifices & des oblations , mais tu m as aproprié un corps. Alors j'ai dit: Me voici. Que je faffe, b "Dieu, fa volonté. On prétend vainement montrer par ces paroles , que le terme de monde fe prend quelquefois pour le Ciel. Qu'on le prenne de la première ou de la fécondé entrée de J. C. au monde , il eft toujours vrai que c'eft du monde que nous habitons, non du Ciel,qu'ii ikut l'entendre. Car non- feulement le monde n<*fe prend point ordinairement pour le Ciel dans l1 Ecriture , mais encore on peut dire que ces deux exprelfions font fouvent opo- fées : comme lorfque Jefus - Chrift dit : Je .fuis ijfu de mon Vere , & fuis venu au monde , & je m'en retourne au T*ere. Mais encore de quelle maniéré ce monde’ a-t-il été fait par Jefus Chrift ? L'explication que nos adverfaires en donnent, eft tout-à-faic rare. Le monde , c'eif à dire le fiécle ave- nir , a été fait par Jefus- Chrift , parce qu'il a été fait nôtre par lui ; ou comme ils l'ex- pliquent plus particulièrement encore , parce que par Jelus-Chrift nous ayons l'efperance de l'obtenir, & que nous l'obtiendrons en effet par lui. Mais qu'on nous montre un exemple, je ne dirai pas daquelqu'Apôtre ou de quel- que Prophète , mais de quelque hon#ne qui fe foit expliqué de cette maniéré. Mais , dit - on , le terme défaire fe prend- la pour renouveler : de forte que le fens de qui toutes doivent être prifes dans un fens fingulier & hors de l’ufage naturel , qu’il ne les a , dis-je , unies que pour nous engager dans l’erreur. Nos adverfaires trouvent leur compte à confide- rer chaque exprefîion l’une après i’autre, par- ce qu’ayant beaucoup de fubtilité , il ne leur eft pas impoiïibîe par une méditation pleine de contention , d’imaginer quelques fens aprochans de ceux qu’ils attachent aux pa- roles de l’Ecriture. Mais quand on les obli- gera à réunir toutes leurs vûës & leurs expli- cations , on en fera un affemblage inoiii abfurde & plein d’extravagance. Il ne leur fert de rien non plus d’imagineç. avec effort des voies de faire douter de l’E- vangile félon Saint Jean, ou d’en rendre le- commencement fufpeél de fupefition. Car pour arrêter l’effor d’une imagination qui ne cherche que matière de doute à cet égard, je n’ai qu’à dire que le commencement de- l’Evangile félon Saint Jean étant fynonyme à tous ces paffages de l’Ecriture , qui mar- quent la préexiltence & la Divinité de Jefus- Chriff , #jls que font ceux qui difent que Ghrifl éteint en forme de Dieu & ne reputant point à rapine d'étre égal à Dieu , s’ efl anéanti , &C. que les fiécles ont été faits par lui ; qu’il a créé les ebo- fes vifibles & les ebofes invifibles ; qu’il a fondé- la. Terre > & qiss les deux, fo nt t' ouvrage de fes. de Jefus - Chrijh mains ; que toutes chofes font par lui & pour lui : que dis- je ? le commencement de l'Évangile-* félon faint Jean étant parfaitement fynonyme a toutes ces expreflions qui font répandues dans toute l'Ecriture du nouveau Teflament , ces fixions & ces doutes fur la fupofition du. texte, qui n'étoient d'ailleurs fondez que fur le bon plaifir de ceux qui les trouvent commo- des pour leur opinion , deviennent tout-à-fait: inutiles , & de là même très deraifonnabies,. On ne trouvera pas non plus un fort grand avantage à philofoplier fur la maniéré en la- quelle les écrits des Evangeîiltes & des Apô- tres font la parole de Dieu, Car fait que ce- foit par infpiration , foie que ce foit par voie, de direction que Dieu ait conduit la langue ou la plume de ces Do&eurs ; il ell incroya- ble qu'ils ayent été baptifez dij Saint-Efprit & de feu. , & reçu des langues miraculeufes» le jour de la Pentecôte , pour parler comme Üs parlent, fi Jefus-Chrift n'eil qu'une fimple créature. Ét quand les Apôtres ne feroient en aucune forte infpirez ni conduits par le Saint ~ Efprit , il fufïïc qu'ils foient gens de bien, pour fe donner bien de garde d'engager» les hommes dans l'idolâtrie & dans l’impie- té , en prononçant des blafphêmes fi manb feftes. Si l'on dit,que ce font ici des rhetorications & des jeux d'efprit : on eil d’abord convaincu du contraire , par la reflexion generale qu’on peut faire fur le caraétere de ces Livres admi- rables , qui efhel , que depuis la G#efe juf- qu'à i'Apocalypfe , on ne trouvera pas qu'il foit jamais échapé une feule expreffion à ces écrivains , qui inrérelfe la gloire de Dieu, Vous n'y trouvez ni métaphore impie, ni hyperbole qui aille au b.lafphême 3 ni aucun» àpdigne paraleile de l'homme avec Diem. 140 Traité de la Divinité Leurs expreffions font humbles , ftiodeRes , religieufes , & dans le terris que les autres Auteurs ne fçauroient prefque écrire quatre lignes fans faire tort à la gloire de Dieu , il eR furprenant&admirable que cette longue fuite de Docteurs facrez falTe paroître dans toutes fes paroles & dans toutes fés idées > le refpeéf qui eil dû à l'Etre fouverain. Ce qui fait , comme chacun fçait, un des cara&eres de la Di vinité de l'Ecriture. On n'objeébera pas avec plus de raifon , que l'idée de la Parole prife pour le Fils de Dieu, qui eftDieu lui-même , étant nouvelle & extraordinaire , on elt obligé de chercher des Cens fîngu tiers 3c nouveaux dans ce paRa- ge. Car premièrement , quand on fupofera «jue cette idée eil nouvelle & extraordinaire , il n’importa , puifque toutes les autres idées qui compofent cepalfage, n'ont rien d'extra- ordinaire ni de finguiier. D'ailleurs , ceux qui ont étudié les feypothefes des anciens He- fcreux , fçavenc* qu'ils prenoient la face de Dieu , la MâjeRé de Dieu , la gloire de Dieu & la parole de Dieu , pour une même cho- fe ; & que la Paraphrafe Caldaïque prend ces termes pour des exprelïkms fynoni- mes. On fçait que la Paraphrafe de Rabbi- Jonathan rend ces Paroles , Le Seigneur à dit à mon Seigneur , par celles ci , Le Seigneur st dit- à fa Parole. Enfin on voit bien que ces parcs» les qui font l'entrée de l’ Evangile feton S. Jean ) Au commencement était lu Parole , enfer-' ment Aê manifefte allufion au commence- ment de la Genefe , y ayant cette différence entre cet EvangeliRe & les autres, que les autres faifa-nt i'hiRoire de Jefus-ChriR , ta commencent par famanifeRation en.chair,3c |ax. les. premiers mo mens de fa nature hu- mame* 5. de Jefus-Chrift. 44? maine; au lieu que celui-ci la commence par les premiers ouvrages du Fils de Dieu , nous faifant entendre que Jefus - Chrift eft le prin- cipe par lequel toutes chofes furent faites en la création du monde , & qu'il étoit par de- vers Dieu avant cette création. Il nous fait entendre deux chofes. La première eft , que cette Parole par laquelle Dieu créa le mon- de , n'étoit pas un fimple fon comme la pa- role de Phomme , mais qu’elle fut une Per- fonne divine , ou fi vous voulez 5 une Perfori- ne qui cxiftoit par devers Dieu } & qui étoit Dieu j & il nous dit nettement que J. Chrift: eft cette Perfonne là. Or il eft certain que la première de ces deux idées dont il s'agit ici , n'étoit en aucune forte étrangère parmi les Hebreux. Car les Hebreux qui vivoient du tems des Apôtres , reconnoiftbient que têtu Parole dont parle Moife , étoit l'image du Dieu fou- *. vetain , & l'homme l'image de la Parole. Us ap- pelaient cette Parole le Pii s de Dieu , fon Fils premier né. Us difoient que celui qui ne peut s'élever jufqu'à la méditation de Dieu , doit monter du moins jufqu'à celle de fon image qui eft le tns-facré Verbe. Us apelloient cette Pa- role , l'origine des créatures , le Verbe de Dieu } Ô* l'image ou le modèle fur lequel l'homme avait été formé . Et Platon , que chacun fçait avoir été inftruit dans l'école de Moïfe , loit qu’il eût puifé immédiatement fa dodrine dans les li- vres des Hebreux , foit qu'il l'eût aprife de Pytagore) qui l'avoit prifedans cette Ipurce: Platon , dis- je , n’exhorte-t-il pas fes amis de jurer par l’Auteur 8c le Pere du Seijjieur, l'a- pellant exprelTément le Dieu du D rince , le Pere du Seigneur , & entendant la Parole par ce- lui-ci ? Terne III. Vide UK 11. de Pr&p. Lvang. X î^i Traité de la Divinité Par cette confidcration , on fe fatisfait fat le doute que font naître ceux qui voulant rendre fufpeét le commencement de l'Evangi- le félon faint Jean , prétendent que ces idées ont quelque chofe de nouveau & d’extraor- dinaire , & qu’elles ont plus de raport avec les fpéculations des Gnoftiques , qu’avec les autres dogmes de la Foi. Car on a déjà ga- gné ce point fur eux , que ces idées ne font pas fi nouvelles & fi étrangères qu’ils fe l’é- toient imaginé. Mais d’ailleurs, combien peu de raifon y a-t il dans ce doute? On veut que ce foit Cerinthus qui ait compofé l’E- vangile félon faint Jean & l’Apocalypfe , ou du moins ce commencement de l’Evangile , dont nous difputons. Pour ce commence- ment , on a tort de le leparer du refie , & même des Epîcres de faint Jean & de l’Apo- calypfe , où les idées de la Parole , la Parole de Dieu, Jefus- Chrift vrai Dieu , régnent tout comme dans le commencement de l’Evangile. Et à l’égard du foupçon qu’on a eu , que l’Evangile & l’Apocaiypfe foient de Cerin- thus , rien n’eft plus abfurde. Ni Cerinthus ne fe feroit avifé de fupofer des livres fous je nom de fon ennemi , ni les Eglifes de l’Afie n’auroient pris les vifions de Cerin- thus pour l’Evangile de faint Jean. Et puis quel raport y a-t-il entre celui-ci , & la doc- trine de cet hérétique , qui croyoit que les Anges avoient créé le monde ; qu’un mauvais Ange avoit donné la Loi ; que Jefus étoit fils véritable de Jofeph ; qui difoit qêc Jefus étoit un homme , & Chrift la vertu de Dieu , ou fon efprit qui étoit venu fur Jefus à fon baptême , & s’en étoit allé dans le Ciel à fa mort ; que Jefus avoit fouffert les incommodités de U vie ÔC âf Jcfus - Chrifi. 14J les effets de la perfecution ; mais que Jefus- Chrirt avoit fait ces grands miracles qui nous font marquez dans l’Evangile , & c. que le Chrift avoir été impaffible ? bien que Jefus eût fouffert ; 8c que le Chrirt: étoit tombé fur les Apôtres , & c. que c’eft un des Anges qui ayoit créé le monde , qui donna la Loi aux Ifraëlites ; fans parler des crimes qu’il autorifoit, ni de cecte ex- travagante fubordination d’Eones qui lui ctoit commune avec les autres Gnortiquei : •iloétrine pourtant dont on ne trouve aucun vertige dans l’Evangile félon faint Jean. A quoi fervent ces doutes fi peu naturels, 8e ces recherches inquiètes d’un eiprit agité ? Si l’Evangile félon faint Jean a été corn- pofé par un Gnortique , parce qu’il établit la préexistence & la Divinité de Jefus Chrirt* on doit prendre toute l’Ecriture pour l’ou- vrage des Gnoftiqties , car elle s’accorde à nous faire comprendre ce grand principe. Ce ieroit ici le lieu de combattre les Ar- riens , en montrant que les paroles de Saint Jean ne détruifent pas moins leur hypothefe que celles des Sociniens. Mais cette matière mérite bien un chapitre particulier. CHAPITRE XI. Qu'on ne fe défend pas mieux centre l'évidence de ces preuves , en fuivant le Syjlême des *Ar riens. G Eux qui n’ont qu’une idée fu^rfîcielle des chofes , trouveront plus de vrai* femblance dans le Syrtême des Arriens que dans l’hypothefe Socinienne ; parce que les premiers fauvent du moins la piéexiftence X ij 144 Traité de la Divinité du Seigneur Jefus , qui eft un dogme fi ex- prefiement marqué dans l’Ecriture du nou- veau Teftament : & j'avouë qu'à s'arrêter là , la chofe feroit inconteftable. Mais quand on confidere cette matière de plus près , on eft obligé de changer de fentiment , & on trouve que Socin a été beaucoup plus judi- cieux qu'Arrius dans fon Syftême , qui eft dégagé de trois difEcultez capitales qui fe trouvent dans celui des anciens ennemis de la Divinité de nôtre Seigneur. Pour comprendre la première , il faut d'abord fupofer que le nom de Dieu étant néceftairement ou un nom d'office , ou un nom de nature, c'eft-à-dire , ou un nom qui marque les charges & les qualitez ex- térieures , ou un nom qui marque l'excellen- ce & les perfe&ions eflentielles ; les Arriens ne peuvent point fe fauver, quand on les prefle par la confideration du nom de Dieu , qui eft donné à Jefus-Chrift , en difant que c'eft là un nom d’office , & que Jefus- Chrift ne l'a porté que comme un Ambaf- fadeur du Dieu très-haut : ce qui eft la dé- faite des Sociniens. Car comme ils reeon- noiflent que Jefus-Chrift étoit avant fon in- carnation , ils font forcez d'avouer qu'il étoit Dieu dèlîors , qu'il l’étoit avant la création de toutes chofes. Car ces paflages de l'Ecriture , qu'ils expliquent de fa préexis- tence, y font exprès. Au commencement la Pa- role étoit : elle étoit avec Dieu : elle étoit Dieu, Que s'ils demeurent d'accord que lorfque la Parolrietoit avec Dieu , que dans ce com- mencement où toutes chofes n'avoient pas encore été faites par elle , cette Parole étoit Dieu i ils doivent reconnoître qu'elle étoit le vrai Dieu , en forme de Dieu , le Dieu, fort , . . àe Jefus - Chrfî. MT le grand Dieu, Dieu béni éternellement , qui i font les noms que l'Ecriture iui donne ail- leurs. Car on ne voit pas plus de raiibn à dire l'un qu'à reconnaître l'autre. Et fi cela eft , je demande comment les noms &: les éloges les plus propres du Dieu très - haut conviennent à Jefus-Chrift dans ce premier état , où l'on ne peut point dire qu'il re- prefentât Dieu , ni qu'il agît en fon nom , ni qu'il fût fon Ambalfadeur envers les hommes ? Jefus-Chrift étoit un efprit créé , noble & excellent , tant qu'il vous plaira : exprime - t'on l'effence & les perfections d'une créature par le nom de Dieu ? Dit-on d'une créature, qu'elle eft en forme de Dieu, & égale avec Dieu ? Quand cet efprit au- roit une gloire divine à nôtre égard , peut- on iui attribuer une gloire divine lors qu'on le conçoit étant avec Dieu ? & fur - tout peut * on lui donner le nom de ce grand Dieu, qui eft infiniment pius élevé au def- fus de cet efprit , que cet efprit n'eft élevé au-deftus du plus petit atome de pouûîere ? Certes au lieu de dire qu'il étoit en forme de Dieu avant qu'il s'abbaiflat , il faudrait reconnoître qufil a toûjours été en forme de ferviteur , en forme de créature ; & bien plus daas le Ciel que fur la terre , bien plus avant la création du monde , que lors qu'il a converfé parmi nous dans l'accom- pliffement du tems. Car de quelques per- fections qu’un être foit enrichi , il eft bien plus en forme de ferviteur qqaa^ il eft par devers Dieu, que quand il converfe parmi les hommes. De forte qu'au lieu de nous faire entendre , que dans ce premier état où Jefus - Chrift étoit avec fon Pere , il étoit Dieu , on devoit nous dire que c'eit X iii »4 n'a été fait : ils font obligez d'attribuer à J. C. la création du Ciel & de la Terre , & même la création des Anges 8ç des âmes , & alors il faut qu'ils diiènt de deux chofes l’une : ou que la Parole a fait toutes chofes par fa vertu & par fa puilfàïïtê , comme nous voyons que le So- leil nous éclaire par fa force qui eft fa lu- mière : ou que la Parole n'ayant aucune vertu pour produire ces chofes , ou du moins n'en déployant aucune, n'a été que la fim- pîe occalîon à laquelle la puiftance infinie du Dieu fouverain s'eft déploygp ; comme nous voyons que les Apôtres n’ayant point la vertu de faire des miracles par eux - mê- mes , étoient l'occafion à laquelle la puif- fance infinie de Dieu les operoit. Si l'on dit ce dernier , & que J. C. ne foit qu'un eC- X iii] 2,48 'Traité de la Divinité prit excellent , qui par fes prières & Ton m- terceffion , ou autrement , ait été une oc- casion à la puiSfance infinie de Dieu, de créer cet Univers : nous avons fujet de nous plain- dre d'avoir été feduits par les paroles de l'Ecriture, qui dit expreifement que le mon- de a été fait par lui ; nous trouvons incom- préhensible qu'il foit nommé la vertu & la îageSfe de Dieu , puis qu'il n’eft qu'une Simple occafion à cette vertu & à cette fa- geSfe, de fe déployer j & nous trouvons tout- à- fait choquant , vû le foin que les Apôtres prennent de déclarer que ce n'eft point par leur puiSfance qu'ils font les mi- racles que les Juifs admirent , qu'ils n’ayent le même foin de nous aprendre que ce n'eSt point par fa vertu & par fa puiSfance que la Parole fait les œuvres Si grandes & Si magnifiques», & qu'au contraire ils déclarent que c'eft le nom de Jefus qui fait toutes Ces merveilles , que c'eft J. C. par qui & pour qui font toutes chofes , & qu'il les îoûtient par fa parole puilfante ; qu’il a fondé la terre , &c« exprelîions touc-à-fait extravagantes , s'il eft vrai que J. C. n'ait pas plus contribué à la produ&ion de l'Uni- vers , que les Apôtres contribuoient aux miracles qui paroiifoient fe faire par leur miniftere. Que Si l'on dit le premier , Sça- voir que J.C. la Parole éternelle , a fait les créatures par fa vertu & fa puiSfance , mais par une puiifance & une vertu qui étoic émanée premièrement de l’Etre fouverain , comme c'etoit le fentiment des anciens Ar- riens, qui même attribuoient au Pere de ne fe mêler de rien , mais d'avoir laiSfé tout faire au Fils la plus noble & la plus par- faite de fes créatures , qui feule auroit été ,, , . . . de le fus - Chrifl. 24ÿ créé de lui immédiatement: il faut en ce cas la qu on demeure d'accord, que le Pere a communiqué au Fils la puiflance de créer. Or la puiflance de^créer eft une puiflance infinie, puis qu'elle franchit l'éloignement infini qui eft entre l'être & le néant ; & il eft inconteftable qu'une puiflance infinie , & qu'une perfection infinie ne peut jamais etre communiquée à une créature , parce qu elle feroit finie , & ne le feroit pas. D ailleurs, fi J. C. étant une Ample créature a créé toutes chofes, ou ç'a été comme caufe inftrumentale , , ou comme caufe principa- le. Ce n'a pas été comme caufe inftrumen- tale. Car il n’y a jamais de caufe inftru- mentale , que quand il y a un fujet fur lequel cet infiniment peut agir , & auquel il doit etre en quelque forte proportionné. Or ici il n'y a point de fujet fur lequel on agiffe , puis qu'on tire toutes chofes du fein du néant. Si c'efi comme caufe prin- cipale , il s'enfuit qu'il eft un Créateur , qu il a une puiflance infinie , & qu'il ne doit pas être diftingué de l'Etre fouverain a l'égard de fes perfections. Car pourquoi étant revêtu d'une puiflance infinie , ne le feroit-il point d'une fagefle infinie , 8ce. & ainfi des autres vertus de la Divinité ? Enfin » ou Jefus-Ghrift a agi feul dans la création & dans la confervation de toutes chofes , ou il a agi avec Ton Pere. S’il a agi feul, comment l'Ecriture lui fait-elle dire que le Pere^ travaille avec lui, & qu'un^bheveu de nôtre tête ne tombe point fans la permifi- Aon de nôtre Pere qui eft aux Cieux ; s'il a agi avec le Pere , ou il déployé la même vertu que le Pere , ou une vertu differente. S'il déployé la même vertu , il déployé une o Traité de la Divinité puififance infinie , car le Pere déployé une puiffance infinie. S'il déployé une vertu dif- ferente , en quoi cette derniere vertu étoit- elle neceflaire , puifque la première fuffi- foit , & que Dieu agit fur le néant par fa feule volonté ? La troifiéme difficulté qu'on trouve dans le Syftême des Arriens , confitle en ce qu’il n'eft pas poffible de fauver Moïfe , les Pa- triarches & les Prophètes , d'une manifefte idolâtrie , lors qu'ils ont adoré comme le Dieu fouverain cet Ange qui leur aparoif- foit fi fouvent , & qu'on fera obligé de reconnoîcre pour une fimple créature qui fe mettoit en la place de Dieu. On ne pourra plus dire avec les Sociniens , que cet Ange n’étoit point adoré pour lui -mê- me , mais parce qu’il reprefentoit Dieu ; 6c que hors fon emploi & fon minittere , il rfétoit point digne d'un plus grand honneur que les autres. Car Saint Jean nous aprend ici, que cet efprit qu'il nomme la Parole , le commerce des hommes à pirt , dàs le commencement , avant la création des cho- ses étant avec Dieu ? étoit Dieu. Ainfi U îaudra regarder tous les hommages que cet efprit prétend enfuite , comme des hommages qu’il demande , comme étant dûs à les propres perfections: & de - là il s’enfuivra par des confequences afies juftes > que nous nous trouverons obligés d'apli- quer à un Ange les oracles qui avoient eu pour td)j#c le Dieu fouverain. Mais nous aurons lieu d’étendre cette confideration dans la fuite. de Je fus - Ckrift. CHAPITRE XII. OÙ l'on fait voir que le Saint - ’Efprit aurait parlé un langage ebfcur , ab farde & pet» conforme et la pieté , fi la glofe Socinienne avait lieu . POur l'obfcurité qui feroit dans l'Ecriture , s’il la falloir expliquer par les principes des Sociniens , elle faute aux yeux d’une telle force , qu'il n'ell pas neceflfaire de la juf» tifier , mais feulement d’en rechercher la fource. L'obfcurité qu'on trouve dans quel- ques paflages de l'Ecriture, fe raporte à divers principes generaux. Premièrement , elle naît de la nature des chofes que l'Ecriture nous propofe. Nous pouvons raporter à ce principe les diffi- cultez que nous trouvons dans les paflages de l'Ecriture qui regardent la nature de Dieu, lemyftere de Hncar nation , les de- crets de l'éledtion & de la réprobation » l’éternité des peines qui attendent les mé- dians après cette vie , la fatisfa&ion de Je* fus-Chriil, 8c celles de tous ces autres grands & fublimes myfteres qui ne peu- vent être bien compris par l'entendement de l'homme , à moins qu’ils ne celfent d'être ce qu'ils font, ou que celui - ci celle d'être ce qu’il eft. On ne peut point rapor- ter à ce principe Pobfcurité que nos^dver- faires trouvent de leur propre avet^ dans les paRages ci-delfus marquez. Ce n'eft pas un grand miltere qu’une créature manifelle le confeil de Dieu ; qu'elle vive au com- mencement de l'Evangile , ou du tems de Jean*Baptilte ) qtfeilc foie connue de Disui Traité de la Divinité feufiqu'elle foit deftinée à un miniftere plus glorieux que celui des Prophètes ; qu'un fimple homme ait été chair , c'eft-àdire, participant d'une nature corporelle. Il n'y a rien d'extraordinaire à dire , que Jefus- Chrift étoit en deftination avant Abraham , ni qu'il a pofledé une gloire par devers fon Pere , parce que dèflors il étoit réfolu dans le decret de Dieu qu'il la poftederoit. La fécondé fource de l'obfcurité qu'on trouve dans les paftages de l'Ecriture, vient de I'impoflibilité où le péché qui a infeéfcé toutes les facultez de nos âmes , nous mec de juger fainement des objets qui font pre- fentez à nôtre entendement. Si notre Evangile ejl couvert , dit Saint Paul 5 il efl couvert à ceux qui périment , mfquels le Dieu de ce fiécle a aveu - glé l'entendement . Il feroit inutile d'aporter des exemples d'une vérité trop connue , mais il ne le fera point de rentrer en nous- mêmes, pour voir fi l'obfcurité qu'on trouve dans les paffages ci-defiiis marquez, naît de la corruption de nôtre cœur. Cela pourroit être foupçonné , fi c'étoit nous qui les trou- vaffions obfcurs ; mais c'eft principalement nos advcf faires qui doivent reconnoître cette obfcurité. Car dans nôtre fens l'objet eft haut , mais l’expreffion eft facile : mais dans leurs fens, l’objet eft allez proportionné à nô- tre portée, mais l'expreflion eft obfcure. D'ail- leurs , peut- on dire fans extravagance , que c’eft nous , & non pas nos adverfaires , qui obéïlUns au defir fecret de tourner ces paf- fages d'une maniéré avantageufe à nôtre fentiment ; & que les pallions de nôtre cœur nous font inventer des fens fi nouveaux & fi extraordinaires ? Quel dereglement y a-t-il3 je vous prie 3 à s'imaginer que cette expre£ de fefus-Chrift. fion au commencement , eft une expreflion gé- nérale j que celle-ci , U Parole était Dieu , em- porte quelque chofe de plus grand que la gloire d'un fimple miniftere ; que ces paro- les , Par lui toutes chefes ont été faites , & fans lui rien de ce qui a été f air , n a été fait , lignifient autre chofe que la prédication de l'Evangile -, que celles-ci , avant qu Abraham fût , je fuis , emportent autre chofe qu'un éloge qui con- vient à la moindre des créatures ? &c. On peut compter pour un troifiéme prin- cipe des obfcuritez qu'on trouve dans l'Ecri- ture 3 le genie de la langue originale du vieux & du nouveau Teftament , qui eft quelquefois peu conforme à celui de la nô- tre. Mais on convient que ce n'eft pas ici la fource de l’obfcurité que l'on trouve dans ces paflages conteriez entre nos adverfaires & nous. Ce n'eft point le genie de la lan- gue de ces Ecrivains qui veulent qu'on révête une créature des caraéteres les plus glorieux de la gloire du Créateur. Au contrairejla lan- gue fainte eft toute opofée à ce cara&ere.Les autres langues ont quelque chofe d'impie & de payen. Elles employent fans aucun fcru- pu le les termes d 'adorable , de divin , d'encens, dü facrifice , d'éternité , de fouverain bien , lors même qu'il s'agit des créatures. Mais le lan- gage des Auteurs facrez , comme étant con- sacré à exprimer la révélation celefte , eft Ca- bre & religieux. Ils employent des hyperbo- les j mais jamais celles qui peuvent interelfer la gloire de Dieu. £ L’Ecriture eft obfcure en quatrième lieu 3 lors qu'elle marque des événemens qui font encore dans les ténèbres de l'avenir. Une excefîîve clarté dans la Prophétie en détrui- rait i'accompiilfement. Perfonne ne s'éton- s? 4 Traité de la Divinité ne, par exemple , que dans la révélation du Prophète Ezechiel, les chofes foient envelo- pées de figures énigmatiques & paraboliques* propres à rendre le difcours plus obfcur j parce qu’il s’agit là des fecrets de l’avenir. Mais les exprefiionsdont il s’agit maintenanr, ne contiennent aucune prophétie. Elles mar- quent prefque' toutes le pafie. Je fuis avant qu’ Abraham fût , La Parole étoit au commence- ment. Elle étoit avec Dieu. Elle étoit Dieu. Une cinquième fource des obfcuritez qu’on trouve dans les pafiages de l’Ecriture , eft la Philofophie. Il eft certain qu’il y a beaucoup de pafiages dans le Vieux c’eft ici une énigme que Dieu nous propofe , mais de Jefus • Chrift. une énigme dont nous ne fçaurions compren- dre la fin. Son deffein ne peut pas être celui de fe glorifier. Car , je vous prie , en quoi une ob- fcurité de TEcriture , qui laiffe croire que J. C. eff Dieu , qu’il a créé le monde , les fié- cles , &re. & qu’enfin il a été revêtu de la gloire la plus propre de l’Etre fouverain ; en quoi , dis-je , une telle obfcurité glorifie-t- elle Dieu ? Ce deffein n^eft pas celui d’éclairer les hommes. Car comment une obfcurité éclai- reroit-elle l’efprit hnmain? D’ailleurs, pour- quoi les éclairer en les expofànt au danger d’une erreur fi mortelle ? On ne peut point dire , que Dieu ait vou- lu par là éprouver la foi des hommes. Car 3bien que la grandeur des objets que l’Ecritu- re nous propofe , jointe à ce que ces objets ont de contraire à nos préjugez ordinaires » ferve à exercer la foi ; on ne voir point que les expreffions obfcures & extraordinaires dont on pourroit fe fervir pour repréfenter ces objets , ferviflent à ce deffein. Ajoûtez à cela , que quand le Saint-Efprit voudroic exercer nôtre foi , il ne le voudroit point aux dépens de la gloire de Dieu & de nôtre faluc éternel , & en nous donnant des idées qui naturellement nous condu'iroient à l’idola- trie. Enfin , fi c’étoit là le deffein du Saint- Efprit , le Saint-Efprit âuroit été extrême- ment trompé dans fes vues ; il n’auroit du moins exercé que la foi d’un très-petknom- brede perfonnes^puis qu’il n’y a qu’tm très- petit nombre de perfonnes qui dans les der- niers tems fe foient avifez d’entendre ces paroles dans le fens qu’on fupofe être le plus véritable. ifdr Traité delà "Divinité Le fécond principe que nous avons établi là dcffus, eft , que l'hypotbefe de nos adver- laites rend le langage de l'Ecriture faux & illufoire. En effet , la faufferé d'un difcours confifte en ce que là lignification que l'ufage lui a attachée, ne fe trouve point véritable ; & non en ce que \z lignification que nous lui atta- chons ou mentalement , ou par une fantaifie particulière , fe trouve contraire à la vérité. Car n'elt-il pas frai que les équivoques , les réfervations mentales enferment de vérita- bles menfonges , bien que dans le fens que les entendent ceux qui les font , elles puiffenc être véritables ? Je dis en fécond lieu , que le fentiment de nos adverfaires rend le langage de l'Ecriture tout- à fait illufoire. Il eft aifé de le juftifier , en faifant voir que s'il eft permis de donner à l'Ecriture un fens éloigné de la lignification ordinaire des termes , il n'y a point de dog- me monltrueux qu'il ne foit facile d'établir par l'Ecriture. Il me feroit aifé , par exemple , fi la fan- taifie m'en prenoit , de foûtenir que le Dieu fouverain n'a eu aucune part ni à l'ouvrage de la création , ni à l'ouvrage de la rédem- ption , & même qu'il n'en eft pas une feule fois fait mention dans les anciens oracles ; & je pourrois défendre mon fentiment , fans faire plus de violence à l'Ecriture du vieux Teftament , que nos adverfaires en font à celle ch* nouveau. Car 'je foûtiendrois que celui qui a fait les Cieux & la terre , eft un Ange , le Mi- niftre du Dieu fouverain , qui n'étoit point Dieu par nature , mais fimplement par office. Si l'on m’objeéloit les noms qui lui font de Jefus-Chrifî. x%7 font donnes dans l’Ecriture : je dirois ce que les Sociniens difenc fur le fuiet de Jefus-Chrift , c eft qu’il ne les porte qu’en- tant qu’il eft l’Ambaffadeur & le Minif- tte du Dieu très-haut. Je ne ferois pas grand état de l’épithéte de Tout-puiffant , qui |ui eft donnée. Je dirois que cet Ange fait tout dans ce bas monde par la volonté du Dieu très- haut qui lui en a abandonné l'ad- miniftration 5 mais qu’il y a d’autres mon- des à l’infini qui ne relevent point de fon empire. Si l’on m’objeéloit, qu’il eft apellél e Scrutateur des cœurs ; je dirois qu’il ne l’eft que parce que le Dieu très - haut J in révélé ce qui fe paffe dans les âmes. Si l’on m’obje&oit , qu’il eft dit avoir créé toutes chofes : je répondrois » que par tou- tes chofes il ne faut pas entendre toutes chofes fans exception , mais Amplement celles qui nous regardent , ou qui apar~ tiennent a ce monde vifible. Si l’on ob- jedoit l’adoration qu’on lui rend , & qu’oni prétendit que ce fût là un hommage pro- pre qu Dieu fouverain h on diftingueroit entre adoration fuprême , & adoration fu- balterne. Si l’on objeétoit que cette dépen- dance de cet Ange apellé d’avec le Diei® fouverain, ne paroît point dans l’Ecriture : il n y auroit rien de fi aifé que d’aporter plufieurs exemples contraires>comme celui- ci , le Seigneur fit pleuvoir du feu de par le Seigneur ; ce difcours tenu à Abraham par celui qui eft apellé du nom de •ieu , Or maintenant fiai - je que tu crains P: Eternel , de lorfque le Dieu d’ffraël eft apellé le plus grand des Dieux , ne pourroit-on pas enten- dre qu'il eft le plus grand des Anges à qui .le Dieu fouverain. a commis le gouverne? Tome IM. x. t Traité de la Divinité. ment de diverfes parties de i'Univers^ce qui fupoferoit toujours , que le Dieu d'If- raël ne feroit pas le Dieu fouverain. On ©bjeéleroit vainement , que le Dieu d'Lf- raël e 11 celui qui a créé le Ciel & la Terre ,, & que Taétion de créer fupofe une puiflan- ce infinie qui ne peut convenir qu'au Dieu très-haut j nos adverfaires nous fourniroient eux mêmes en cas de befoin la réponfe à. cette difficulté , en nous failant voir que le; terme Bara >, ne fignifie pas toujours tirer du néant , mais Simplement produire , & quelque^ fois façonner a^e?,rer. Que fi l’on objedloit * que le Dieu d'ifraël en.difant qu'il ne don- nera point fa gloire a un. autre > parle; comme étant le Dieu fouverain , parce qu'il; n'apartient qu'au Dieu fouverain d avoir une gloire propre & incommunicable : on> répondre» que l'Ange de Dieu, qui a reçû le gouvernement de cet Univers, a une gloire qui lui eft propre , c'eft d'avoir reçu. cet; empire à Texciufion des autres intelligen- ces j Se qu'il poffede particulièrement cette gloire par opofition aux idoles , qui ne font que vanité. Gn peut fupofer. au relie „ û Ton veut , que le Dieu fouverain lui a, laiffé Je pouvoir de communiquer à un au- tre ce qu'il voudroit de fon empire , &; que c'ell pour cela qu'il Ta pu communi- quer à Jefus Chrift en qui il a mis fon, nom, comme le Dieu fouveiain l'avoir mis en lui. Je laifle à penfer à nos adver- saires /rs'il leur feroit facile de nous forcer dans ces retranchemens qu'ils nous auroient: eux-mêmes fournis par leurs hypothefes j. & de quelle conféquence il eft par icnfe- quent Üe n'ôter point aux paroles de l’Ecri- mic le.uf force, & leur fignificatiQft.naturel?- de Jefut-Chrift. xfp je i puifque fi nous nous donnons une fois ta liberté d'attacher aux termes de Dieu, d'*>. dorer , &c. des fens tous nouveaux , il n’y a plus rien d’afluré ni dans l'Ecriture , ni ni dans l’analogie de la Foi , laquelle n’eli plus qu’un Pirrhonifme perpétuel. Comme Dieu -eft le Dieu de vérité, on ne peut fuppofcr fans une hardiefîe impie ,, qu’il nous ait voulu engager dans l'erreur, en nous tenant un langage faux & illufoire. Mais- fi ce procédé doit être regardé com- me étant contraire à fa vérité éternelle : il en contre fa fagefle infinie & contre la di- gnité de fa révélation , qu’il nous tienne un langage plein d'abfurdité & d’extrava- gance , comme il femble que le feroit le tangage de l’tcriture , fi le Syllême de nos adver (aires étoit véritable. Y a-t-il rien , par exemple , de glus ridi- cule que cette expreflion , il a été frit de la- femence de David félon la chair , fi comme le prétendent: nos adverfaires , Jefus-Chriif n ell qu’un fimple homme, qui eft honoré’ du. titre de Dieu à caufe de fon miniftere? Car quel ell le fens qu’il faut donner à ce- terme de chair ? Si vous le prenez dans le: fehs qui ell oppofé à celui d'efprit , il s'en- fui vra que le fens de cette expreflion fera- celui-ci ,.*/<* été frit de la femence de Darid fé- lon le corps t & non pas félon l’atne. Mais c'felf vouloir donner un air ridicule aux expref- fions de l’Ecriture , & fe mocquei^, pour ainfi dire , du Saint- Efprit , que lm attri- buer un pareil langage. Alexandre avoir: un corps & une ame. Cependant on auroit trouvé ridicule un homme qui fe feroit ainfi< exprimé , Alexandre a été fait de la fomenta? de ïhilippe félon U. dmir* Cette exprefûon ¥ ii %gg, traité de la Divinité roic même abfurde en la bouche d’un homme qui croiroit Alexandre fils de Ju- piter. Car un tel homme devrait pronon- cer abfolument , qu’ Alexandre n’eft point fils de Philippe : & non qu’il eft fi-ls de Philippe félon la chair. Peut-être, dira-t’on , que cette expreffion , félon U chair , eft opo- fée non à la nature de Jefus - Chrift , mais à fes charges toutes celeftes , & à Ton mi- lîiftere tout divin : le fens étant que Jefus- Chrift a été fait de la femence de David , nou entant qu’il, eft Dieu on honore d’un miniftere tout celefte , mais entant qu’il eft homme ou qu’il a une nature corporelle* Mais Saint Pierre étoit de même fils de Zebedée , non entant qu’ Apôtre , fon Apofto- lac étant une charge celefte & venant de Dieu immédiatement j. mais entant qu’- homme. Cependant cette expreftion , 'Pierre a été fait de la femence de Z.bedée félon la chair , ferait une expreftion ridicule. Peut - être , répondra- t-on , que cette façon de parler, il a été fait de la. femence de David félon la chür , marque que Jefus- Chrift a un prin- cipe plus noble que les principes ordinaires de lageneration des autres hommes , ayant été conçû. du Saint - Efprit. Car première- ment, il eft évident qu’il s’agit dans cet endroit, non du principe qui a fait Jefus- Chrift j mais de la matière dont Jefiis- Chrift ® été fait, il (t été fait félon la. chair. En fé- cond lieu , il eft certain par l’Ecriture & pas l’feaîogie de la foi que Jefus.Chrift aé.té fait de la. femence de David , & fait chair: par la vertu- du. Saint - Efprit. Ainfi; cette expreftion il a été, fait de la femence dé- David félon , la chair, eft équivalente^, ^etiprès àceikrch dans. k fens, de.i’hcmuK de Jefus-Chrift. zSi TC » il a été fait de la femence de David félon la chair par^ le Saint Efprit. Ceia étant , il relie toujours a fçavoir ce que nous devons en- tendre par il a été fait félon la chair. Car ,, ü. Jefus-Chrift n'elt qu'un fi m pie homme par fa nature , cette expreffion félon la chair- * eft tout- à-fait ridicule. On doit mettre dans ce même rang ce. eelebre palfage qui fe lit dans l'Evangile félon Saint Jean : Pere , glorifie ton Fils de la- gloire qu'il a eue par devers toi avant que le monde fût. Si on l'explique de la gloire que Jefus-Chrift a eue dans le decret divin ,, on dit une ehofe qui en foi n*a rien que de raifonnable : car il eft vrai que la gloire de l'exaltation de Jefus-Chrift a été dans le confeil de Dieu avant que d'avoir été dant la nature des chofes : mais il eft cer- tain que l'expreffion fera pleine d'abfurdité , étant hors de l'ufage commun , à moins, qu'on eftime raifonnable le langage d'ura. hommequi diroit à Dieu t Seigneur , donne- moi la fanté que j '.ai eue par devers toi avant- que le monde fût. Seigneur , repais-moi du pain- ■ de mon ordinaire dont j'ai été repu- par devers: toi avant tous les fiecles. Seigneur y fais-moi la grâce d'arriver heureufement dans ce lieu où j'ai été par devers toi avant l'a'natjfance du monde. Il n'eft pas plus difficile de montrer que- i'hypochefe de nos adverfaires rend le langa- ge de l'Eçr.itureirnpie & plein de blafphême. f-a. chofe parle d'elle- même, Gette^impieté,. fupofé que le fèntiment de nos aW^erfaires. fut véritable , auroit fix degrez. Le premier çonfifte en ce que les Ecrivains facrez ne- prennent aucun foin d'éviter les expreffions. qui peuvent donner une occafîon de blaf- phçmer- Telles . font -celles- de Bien , d’égal. %Sv Traité de la Divinité avec Dieu , d’adoration , de Créateur de toute? thofes , &c. qui u'avoient jamais été emplo- yées que pour exprimer la gloire du Dieu fouverain. Le fécond confiée en ce que Je- fus-Chrill: joint ces expreflions à certaines autres façons de parler qui emportent une exceffive & criminelle familiarité avec le Dieu fouverain , s'il eft vrai qu'il ne foit pas d'une même eflfence avec lui. Tel eür le titre qu’il prend de Fils , de propre Fils , de Tils unique de Dieu , appellant Dieu fon Pere y non en paffant , en une occafion ou deux feu- lement , & d'une maniéré qui faffe connoître qu'il ne prétend l'être qu'en figure ; mais or- dinairement 5 dans des dilcours graves & fe- rieux , fans refiriétion ni limitation, difant, monPere jdorfque les autres difent mon Dieu , & marquant que c'eft propremeut & à la lettre qu'il prend ce titre fi remarquable.. Le troifiéme degré de cette impiété confif- te à oler mettre en paraielie la créature avec le Créateur , par ces expreffions qui fe- roient fi horribles , fi le fentiment de nos adverfaires avoir lieu : tl n'a point réputé à‘ rapine d'étre égal avec Dieu. Philippe, qui me voit , H a vu le Pere : comme fi celui qui voit la clarté d'un ver luifant , avoit vû. par. eela même la clarté du Soleil , ou la fplen- deur du Firmament marqué de fes feux & orné de fes étoiles ; & celles - ci : Allez* & baptife^ toutes les naions au nom du "Pere , du Fils du Saint Efprit „ comme fi queL qu'un (fofoit * Allez, & enrôliez, le peuple de la part du Roi & de fon efclave.. Le quatrième confifieen ce que l'Ecriture exprimant l'hor> ueur & l'hommage qui font dûs à Jefus* Chriftr , employé, le terme generald'adorer>, fens nous avertir qii'il s'agit d’une- adorai- de Jefm - CîiriJÏ. tîOfi {ubalterne ; bien qu'il y air une aufÜ grande différence entre l'adoration lupiê- me, & l'adoration fùbalterne , qu'il y en* a entre le Créateur & la créature j & qu'il foit très - certain que fi quelqu'un, s'accoûtumoit à traiter de Majefié une au- tre perfonne que le Roi , il feroit coupable* d'irréverence envers la perfonne du Roi „ bien qu’il pût mentalement diltinguer en- tre Majefié Juprême , & Majefté îubakerne ÿ parce que les termes fignifienc félon l'ufage , & non félon la fantaifie particulière de celui qui les employé. Le cinquième de- gré d'impieté que nous trouvons dans le Hile* de l'Ecriture , fi le fentiment de nos ad- verfaires eft véritable , confifie , en ce qu'el- le revêt une créature des quaiitez & des; ouvrages du Créateur , & enfin que les. Apôtres apliquent à Jefus- Chrift les ora- cles de l'ancien Tellament, qui marquent de la maniéré la plus forte & la plus éner- gique la gloire du Dieu très- haut. Mais» cette preuve doit faire le. fujet de la. Sec- non fuivante. Traité de la Divinité IV. section. Oli l'bn fait voir que fi Jefus - Chrid n'effc point d’une même efïènce avec fon Pere 3 il n'y a aucune harmo- nie entre les Prophètes & les Apô- tres 5 ni entre le Yieux & le Nou- veau Teftament. CHAPITRE I. jQue fi Jefus - Chrifl n*ej} point d'un* mime ejfence avec fon Pere , les Pro- phètes qui ont parlé de lui , n'ont point prévu les chofes comme elles dévoient arriver- LA Religion de Jefus - Chrift roule fur un double témoignage : fur ^ceiui des Prophètes , & fur celui des Apôtres^ ; & il a fallu que ces deux témoignages s’unîf- fènt &: fe foutinlfent mutuellement pour confirmer nôtre foi. Il s'enfuit de - 14 , qu’une hypothefe qui détruit cet accord qui doit être entre les Evangelides & les Prophètes ? ruine les véritables fondemens de la Religion. Or . le fentiment de ceux qui font de Jefus^Chrid une fimple créature , ed pré- cifément de ce caraétere , puifque fi vous fupofez ce fentiment véritable , vous ferez contraint d’avotier premièrement , que Pef prit qui a infpiré les Prophètes , n’a point prédit ni prévu, les chofes comme elles- dévoient: de Jejus-Chrrfî. tgf devoieht arriver Tons la nouvelle difpenfa- tion : 8c en fécond lieu 3 que PLfprit qui a fait parler les Apôtres , n'a point entendu les oracles de Pancien Teftament. On demeurera d’accord du premier , lî l'on confîdêre : I. De quelle maniéré les Prophètes cara&erifent le vrai Dieu II, Comment ils cara&erifent le Medîe. I 1 1. Sur quelles maximes fondamentales ils éta- blirent la Religion judaïque. I V. Et enfin avec quelles circonftanees ils décrivent Péta- biiftem®nt de la nouvelle Alliance 8c la voca- tion des Payens. Les Prophètes cara&erifent le grand 8c fuprêrne Dieu par des titres qu'ils lui don- nent exclufivement à tous les autres êtres : 8c c'eft dans cette vûë qu'ils le nomment le Créateur de toutes chofes. C’efi celui qui jfi crée la iumiere , & qui ferme les ténèbres , &C. Le premier 8c le dernier : Ecoute-moi , Jacob ; C'ejl moi qui fuis le premier & le dernier. Le Roi de gloire : Ouvrez-vous , portes éternelles , & le Roi de gloire entrera. Tantôt le Scruta- teur des cœurs : Toi , Seigneur , connais feul les cœurs, &c. Tantôt le Sauveur ou le Rédemp- teur : Je fuis celui qui efface tes forfaits pour l’a- jf[ mour de moi , 8cc. Ain fi il a dit le Rédempteur ^ d’ifraël , 8>CC. Je t donnerai falut à Sion , & ma gloire à lfraël , 8cc. Tantôt le Juge , le Légifta- teur 8c le Roi : Carie Seigneur efl notre Juge. Le j ^ Seigneur efl nôtre Légiflateur. Le Seigneur efl nôtre Roi. C’cft lui qui nous fauvera. Tantôt le très- Haut : Toi feul es le trës-Haut fur la terix. Il eft remarquable que ce ne fondas feu- lement là les caraéteres du Dieu fouverain * mais encore fes caraéleres propres Car il eft dit que lui feul eft le Dieu très Haut ; que c.\ Tome III . Z Traité de U Divinité feul connoît les cœurs des hommes; que c’eft lui, & non aucun autre, qui efface les pechez pour l’amour de luhmême , &c. qu'il eft la Sauveur , le Rédempteur d'Ifrael , Ôc qu’il n'y en a point d'autre. On doit aufli confiderer > que ces caraété- res font ceux qui diftinguent principalement le Créateur de la créature ; & qu'il feroit dif- ficile d'en trouver dans l'Ecriture , qui fiflent connoître cette différence avec plus d'éclat. On peut bien en être alluré , puifque ce font là les titres que Dieu choilit , lors qu'il veut fe diftinguer des autres êtres. Cependant ces titres font tous donnez à Jefus-Chrift dans l'Ecriture du nouveau Tel- tament. On le reconnoît pour celui qui a fondé la terre y les Cteux étant T ouvrage de fe s mains. Il eft apellé le premier & le dernier , celui qui fende les cœurs & les reins. Zacharie dit du Pré- curfeur de Jefus-Chrift , qu'il iroit devant la fa- ce du très -Haut. Jefus-Chrift eft apeîlé le Roi des Rois & le Seigneur de gloire. Car s'ils i'eujfent con- nu, ils n’eujfent jamais-crucifé le Seigneur de gloire, il ejl notre Roi , notre Juge , & le Sauveur du mon- de. Qui peut l'ignorer ? Si ces titres apartiennent à Jefus-Chrift , comme nous n'en fçaurions douter ^ com- ment les Prophètes les donnent- ils au Dieu fouverain , comme lui étant propres , & in- communicables à tout autre ? Comment nont-ils point prévû que ces titres feroienc donnez à une fimple créature , laquelle quelque excellente qu'elle puifife être > eft infiniment au-defious de cette Effence éter- nelle & infinie ? Comment fe peut-il que dans toutes ces magnifiques deferiptions que l’ancienne Ecriture nous fournit de la Di- vinité 3 nous ne trouvions que des traita àe Jefus - Ckrifî. i&f équivoques qui dévoient convenir à Jefus- Chrill auffi - bien qu'à Ton Pere ? Et lors que le Saint-Efprit nous dit fi fouvent , que Dieu , le grand Dieu , le Dieu fouverain polfede feul ces titres : que ces titres n'apar- tiennent à aucun autre qu’à lui : que pou- vons-nous penfer autre chofe, linon, ou que le Saint - Efprit n'a point prévu la gloire de Jefus-Chrilt , qui devoit porter toutes ces qualité z , ou que la prévoyant , il a eu delfein de nous engager dans une erreur qui confond le Créateur avec la créature ? On fe confirmera dans cette penfée , li à la confideration des caraéferes de Dieu on ajoute celle des caraéleres du Meflîe. Si l'Efprit qui infpiroit les Prophètes, n'a point prévu ce qui arriveroit après la venue du Meffie , quelles feroient les impreffions que feroit fa doctrine , & comment elle feroit condamnée de blafpliême & d'impieté par les Juifs accufant Jefus - Chrift de fe faire égal à Dieu ; & enlliite de quelle ma- niéré les Difciples du Melfie feroient de leur Maître l'objet de leur adoration , & enfuite pendant plufieurs liécles celui de leur idolâtrie : il efl impplfible de conce- voir que cet Efprit foit l'Efprit de celui qui connoît toutes chofes. Et Ci cet Ef- prit a prévu ce qui arriveroit à cet égard , il ert alfez difficile de n'être point choqué , lors qu'on voit que cet Efprit au lieu de deifendre cette idolâtrie qu'il prévoit , fait tout ce qu’il faut pour la faire i^îrre & pour la jufiifier. Car quel autre delfein pour- roit - il avoir en nommant le Meffie , Dieu Avec nous , L'Eternel , notre Jufiice , le Dieu Ô* le Sauveur de toute lu terre , le Pere de l'éter » ni té , le Dieu fort t le Seigneur ^ui doit venir dans fin Temple ? Z ij iW Traité de la 'Divinité On dira peut-être ici 3 qu’encore que îe Meflie foit apellé Dieu avec nous , ou Dieu notre jufiùe ÿ il n*eft 'pourtant pas apellé fin- alement Dieu ; & que ces deux expreflions emportent feulement , que par le Meflie Dieu fer oit avec les hommes en leur don- nant des marques de fa faveur ; & que par le Meflie Dieu juftifiereit les hommes , & deviendroit le principe de leur falut. li- ed inutile d’entrer dans cette difcufîion , puifque nous citons d’autres pafiages ex- près & formels de l’Ecriture de l’ancien Teftament, où le Meffie eft apellé Dieuje Dieu & le Sauveur âe toute la terre , le Dieu fort K le Seigneur qui doit venir dans fin Temple. D’ailleurs , cette réponfe ne touche point à nôtre preuve. Car nous ne raifonnons point ici par la force des expreflions , mais par la fageffe ou le deffein du Saint-Efprit qui les a employées. Certainement , quand ce ne feroit pas l’Efprit de Dieu , mais un komme médiocrement prudent , qui agiroit dans cette occafion , nous ne pouvons nous imaginer que s’il prévoyoit que les hommes dûlfent un jour tomber dans une lî trille ido- lâtrie , en confondant J. C. avec le Dieu fou- verain, il s’avisât de caraélérifer Jefus-Chrift par ces grands noms 5 Dieu avec nous , ï Eter- nel , nôtre jufiice , notre Dieu & Sauveur , le Dieu fort , &c. Et fi nos adverfaires pou voient fe mettre en la place des Prophètes , & qu’ils dûlfent par l’ordre de Dieu 5 former un plan anticipé de la Religion Chrétienne , ils fe donneroient bien de garde de décrire ainlî le Meflie qui devoit venir. On dira peut-être ici , qu’il n’eft pas éton- nant que les Prophètes ayenr parlé ainfî d’un homme à qui ils fça voient que Dieu de Je fus - Chrzft. devoit communiquer fon nom & fa gloire. Car fi c’elt là la vûë des Prophètes , 04 de rEfprit qui les a infpirez , il elt inconce- vable qu’ils ayent pris tous ces principes pour les maximes fondamentales de leur Religion. Les Vieux qui n'ont point fait les Cieux , feront raclez de la Terre & de dejfous les Cieux . Je ne donnerai point ma gloire à un autre. Tu adoreras, le Seigneur ton Dieu , & tu ferviras à lui feul. Celui qui jurera en la terre , jurera par le Dieu de vérité. Car c’ell ici une prophétie & un précepte tout enfemble > & l’on peut dire hardiment , que jamais un homme n’a été plus opofé à un autre, que le Saint- Efprit le feroit à lui - même dans cette occafion. On en conviendra beaucoup mieux en- core , fi Ton çônfidére de quelle maniéré les Prophètes circonftancient la vocation des Payens avec l’établiffement de la nou- velle Alliance par Jeius-Chrift. Elle nous ell marquée dans les anciens oracles avec qua- tre caraéteres remarquables. Le premier ell une joie Sc une allegrefle universelle. Les nations fe réjouiront & triompheront d'aliegtejfe. Dieu créera Jerufalem pour ri être que joie. O Cieux , rejoiitjfe^ vous , & toi , Terre f éclate en chants d'éjoüijjanee. Et comme fi les créatu- res infenfibles dévoient être tout d’un coup capables de fentiment pour participer à ce grand faiut , les Prophètes annoncent que les ifles , la mer , la terre , les montagnes , les forêts , les deferts , doivent^’écrier de joie. Le fécond de ces caraéleres, c’ell l’ha- bitation de Dieu au milieu des hommes. Voici le 'seigneur viendra dans fa force , &c. Car voici je viens , (J j’habiterai au milieu de toi. &C. Le Seigneur lui-même viendra y & vous Z üj If Traité de la Divinité fauvera ' & alors les yeux des aveugles feront ouverts ,&c. Le troifiéme , c’eft l'exaltation de Dieu. Toutes chofes feront abaijfées , & L'E- ternel feul fera exalté en ce jour-là . Et le dernier enfin , c’eft la ruine des idoles. Les Dieux qui n' ont point fait , (je. f' abolir ai de de fus la terre tous les noms des idoles. Si l'efprit qui a fait parler les Prophè- tes , a prévu les chofes comme elles dé- voient arriver , il a bien vu quJil marquoit îa vocation des Gentils & l'établilfement de l'Alliance par des caraéteres qui étoient entièrement faux. Il a vû que l'Evangile feroit palier le monde d'une idolâtrie à une autre plus ddhgereufe. Car fi l'on compare cette idolâtrie Chrétienne qui fait de Jefus- Chrift une idole qu'elle met fur le trône de l’Etre fouverain , avec l'idolâtrie des Pa- yens qui fervoient à de faux Dieux ; on trouvera plufieurs différences entre l’une & l'autre, qui font à l'avantage de cette der- nière. L'idolâtrie Payenne étoit groffiere, & peu digne de perfonnes éclairées ; au lieu que l'idoiatrie Chrétienne aurâ été fpiri- tuelle, & par cela même plus dangereufe. La première eft née de l’abus que les hom- mes ont fait de la révélation de la nature. La fécondé naît de l'ufage le plus naturel que l'on puilfe faire de la révélation écrite. Car quel ufage en pourroit-on faire plus na- turel , que celui de prendre ces expreffions dans leur lignification ordinaire & connue ? L’idolatriq^Payenne ell: un mal que le Saint- Efprit a mille & mille fois tâché de pré- venir dans l'Ecriture du Vieux & du Nou- veau Teftament, en nous adrelfant les pré- ceptes les plus exprès , & les exhortations les plus fortes fur ce fujet : au lieu que i'i- de Jefus-Chrifî. 27 1 dolatrie Chrétienne eft un mal que le S. Efprit n'a ni prévu ni prévenu ; mais plû- tôc qu'il fembleroit autorifer par les exprefi- fions du monde les plus capables ( fi l'on peur le dire fans blafphêmej d’engager les hommes dans une impie fuperftition. L'ido- lâtrie Payenne n'alloit tout au plus qu’à éga- ler les Divinitez fubalternes à Jupiter leur Dieu fouverain. Mais fi ce principe de nos adverfaires eft véritable , l'idolâtrie Chré- tienne confifte à confondre Jefus-Chrift , qui ne peut être qu’un Dieu très- inférieur , avec le Dieu très-haut. Bien que les Payens adoralfent plufieurs Dieux , ils ne croyoient point ces Dieux infinis en gloire & en per- fection , au lieu que les Ghrétiens croyent tout cela de Jefus-Chrift. On peut ajoûter à cela , qu'il femble que la jaloufie de Dieu doit bien s’émouvoir plutôt , quand on revêt de fa gloire une créature très-ex- cellente j que quand on tranfporte à des créatures baffes les hommages qui lui font dûs j parce que le premier eft bien plus dangereux que ie fécond , & qu'ainfi l' ido- lâtrie Chrétienne devoit être bien plus dan- gereufe que l'idolâtrie Payenne. Certainement, ou i’Efprit qui infpiroit les Prophètes , n'a point vû les chofes comme elles étoient, ou il a prévu que non-feule- ment la nouvelle Alliance ne feroit point fignalée par la ruine des idoles , & que Dieu n'effaceroit point tous leurs noms > mais plutôt qu'une idolâtrie m^ns dange- reufe feroit place à une idolâtrie plus cri- minelle qui rempliroit bien tôt l'Univers; que le Défilé des nations deviendroit l'i- dole des peuples ; & que ce nom qui avoit Z iiij &7* Traité de la Divinité été donné aux hommes pour être fauvez, ferait par toute la terre & pendant plufteurs fiécleSî un nom de blafphême & de fuperiti- tion. Il eft ailé de conclure de-la , que bien que Dieu ait été élevé fous la nouvelle dif- penfation par l’abailTement de toutes les au- tres chofes , il a commencé d’ête abaifte par l'exaltation de Jefus-Chrift ; puifque cette exaltation a donné lieu aux Apôtres de lui comparer Jefus - Chrift , & d'attribuer fans fcrupule à ce dernier l'égalité avec Dieu , le revêtant de tous les droits & de tous les titres de l'Etre fouverain. Il paroît encore de là , que les Prophètes n'ont pas eu grand fujet de fe réjouir en confiderant les fuites de l'Evangile , lequel par fes impreftions les plus naturelles, devoir engager les hommes das l'idolâtrie» Et il faut ajouter à tout cela, que Dieu fe fe- rait bien moins trouvé dans l'Eglife Chré- tienne , que dans la République d'Ifraël , li le fentiment de nos adverfaires étoit vé- ritable i puifqu'il étoit d'une prefence glo- rieufe dans l'Arche & dans la Nuée, & qu'on veut qu'il n'y ait eu qu'un (impie homme en Jefus-Chrift. Ainfi il faut demeurer d’accord que l'Efprit qui a prédit que Dieu viendrait & habiterait au milieu des hom- mes , s'eft extrêmement trompé ; & que bien loin de donner ce féjour de Dieu au milieu des hommes» pour le caraétere de la nouvel^ Alliance , il aurait parlé beau- coup plus véritablement , s'il avoit dit qu'au tems de la nouvelle Alliance Dieu ceflê- roit de fe montrer aufli prefent aux hom- mes qu'il avoit paru jufqu'alors. de Jefius - Chrtft. i*> j Ainfi les caraôteres du Dieu fouverain, décrits par les Prophètes , les carafteres du Meilie annoncé dans le Vieux Teftament, les maximes fondamentales , fur lefquelîes étoit établi l'ancien & légitime culte du vrai Dieu , & les circonflances qui dévoient accompagner Pétabliifement de la nouvelle Alliance , nous montrent ou que PEfprit qui a infpiré les Prophètes , n’a point prédit les chofes comme elles dévoient être , ou que les chofes ne font point comme nos ad- verfaires ont bien voulu fe les imaginer. CHAPITRE II. Que fi Jefus - Chrift n'eft pas d'une même ejfcnce avec [on ’Pcrc , Les idpotres n’ont peint entendu les Prophètes , ou ils ont voulu nous engager dans l’erreur. COmme le fentiment de ceux qui pren- nent Jefus-Chrift pour une fimple créa- ture j nous engageroit à croire de l’erreur dans les prédirions des Prophètes , il nous met aufii dans la neceffité de dire que les Apôtres n’ont point entendu l'Ecriture de l’Ancien Teftament , bien qu’ils la prennent pour le fondement de toute leur dourine , & que le Saint-Efprit qu’ils ont reçû dans une fi grande abondance , ait dfi leur en donner la véritable intelligence. C’df ce que nous ne pouvons juftifier dans toute fon étendue , ne pouvant examiner dans le détail tous les pafiages de l’Ancien Tef- tament, que les Apôtres apliquent à Jefus- Chrift , dans un écrit comme celui ci ; mais nous ne pouvons nous difpenfer de le faire en partie, par Pexamen de quelques-uns de 174 Traité de la Divinité ces paffages les plus remarquables. Il n'en eft point qui le /oit plus que celui du 40. d'Ifaïe, qui eft conçû en ces termes. La voix crie an defert , préparez le chemin au Seigneur. Faites au defert les {entiers droits à notre Dieu. Zacharie rempli du Saint-Efprit répété & explique ainfî cet oracle en Im- pliquant à Jean Ton Fils. Ft toi , petit en- fant , tu feras apeilé le frophête du Souve- rain y ( ou du très- Haut ) car tu iras devant la face du Seigneur pour aprèter fon chemin , Ô* pour donner connoiffance de falut à fon peuple , par la remijfion de fes pechez , &c. Il eft évident que dans ces deux oracles qui font paralelles > tous ces termes 5 le Seigneur y Dieu , notre Dieuif le Souverain ou le très- Haut, fignifient la même perfonne. Il eft certain qu'à confuîter l'ufa^ ge des Ecrivains facrez , tous ces noms n'a- voient jamais été donnez qu’à l'Etre infini , qu'au Dieu fouverain. D’où il s'enfuit que fi tous ces noms conviennent à Jefus-Chriil véritablement , il faut reconnoître Jefus- Chrift pour le Dieu très Haut ou pour le Diep Souverain , & par conséquent pour être d'une même effence avec fon Pere. Or que tous ces noms conviennent véri- tablement à Jefus-Chrift , cela paroît de ce qu'ils lui font tous donnez par le Saint Ef- prit. Car celui devant la face duquel Jean- Baptifte devoit marcher , c'eft Jefus-Chrift* comme cela fe prouve par l'évenement , ce Précurfeur difant dans ce fens : Quant à moi , je vous^aptife d'eau j mais celui qui vient apres moi , duquel je ne fuis pas digne de délier la cor- royé des fouliers , celui-là vous baptifera du Saint - Ffprit & de feu. Or celui devant la face du- quel Jean-Baptifte devoit marcher, eft celui- là même qui eft apeilé Seigneur , n&tte de Jefus - Qhrift. zjf Dieu j le Souverain i tu iras devant la face du Seigneur : tu feras apellé le 'Prophète du Souve- rain. Faites au defert les fentiers droits a notre Dieu. Qui peut douter que Jefus-Chriit ne porte tous ces titres ? Et en effet, celui devant la face duquel Jean- Baptifte devoit marcher , ce Seigneur dont il devoit aplanir les voies , eft ou Dieu le Pere, ou Jefus-Chrilt nôtre Sauveur. Nous ne voyons point de milieu , & il paroit par les réponfesde nos adverfaires , qu'ils n'y en voyeni non plus que nous. Or ce n'eft point Dieu le Pere devant la face du- quel Jean-Baptifte devoit marcher. Car ou ces paroles , tu iras devant la face du Souverain ,* doivent fe prendre dans un fens propre , d'une forte que le Souverain vienne proprement vers les hommes , félon cet oracle , Dieu lui-même viendra , vous fauvera ; & alors les yeux , &c. ou ces expref* Eons-étaos figurées, lignifient feulement que Dieu vifiteroit les hommes extraordinaire- ment, feit dans fa juftice , foit dans fa mifericorde ; & que Jean Baptifie préparoit en général les voies à la grâce & à la mi- fericorde de Dieu, en les portant à la repen- tance. Si l'on dit le premier, l'oracle ne fçau- roit convenir à Dieu le Pere, puitque celui- ci n'eft point venu proprement vers les hom- mes, Et fi l'on s’arrête au fécond , il s'en- fui vra premièrement , que jean-Baptifte n'a marche devant la face du Souverain , que dans le même fens que Noé qui prêcha fes jugemens avant que le déluge furvîne , ou dans le même fens que Moïfe qui parla à Pharaon pour le fléchir , 8e au peuple d'If- raël pour l'obliger à croire ce qui lui avoie •été révélé 5 & qui par4à préparoit les voies. z’jë Traité de la Divinité è la mifericorde de Dieu qui devôit racheter Ifraël , & à fa juftice qui dévoie punir les ennemis de fon peuple. Il s'enfuit en fé- cond lieir, que ce n'eft pas en Jean-Baptifte, mais en Jeftis-Chrift lui même , que l'ora- cle de Zacharie a fon principal accomplit fement. Car fi les bienfaits ou les jugemens de Dieu doivent être pris pour fa venue , Dieu eft venu principalement , lors qu'il a baptifé les Apôtres du Saint-Efprit & de feu > & que par leur miniftere il a converti les nations $ car c'eft alors que les oracles ont été accomplis , la Loi fortanc de Sion , & la lumière de Jerufalem ; ou lorfque Dieu a envoyé les légions Romaines pour exter- miner le lieu &: la nation. Or ce n'eft point Jean-Baptifte qui a principalement préparé la voie à ces deux grands évenemens. Je dis qui a préparé principalement , parce que fon miniftere a été de courte durée , & que la prédication des Apôtres a fait bien un autre impreflionque la lienne. Mais c'eft Jefus - Chrift qui a aplani les chemins du Seigneur. Il a préparé les voies à la mi- fericorde de Dieu par fa prédication & par fes miracles, par fa mort & par fes ïbuffrances , par lefquelles il aura confirmé fa vérité , & fon Alliance , qui devoit être offerte aux nations jufqu'aux extrêmitez de l'Univers. Ainfi ce feroit Jefus - Chrift , & non Jean - Baptifte , qui feroit ce Précur- feur marqué par les Prophètes : ce qui eft extravagant. Que fi cet oracle ne fe vérifie point de la venue du Pere , il faut néceflairement qu’il fe vérifie de la venue du Fils ; & qu'- ainfi celui-ci porte dans la révélation des Prophètes, le grand nom de Dieu, de Dieu très-haut ou de Souverain, &c . de Jefus - Chrift. %jj- ‘Le fécond oracle qui fe préfente à nous , eft celui que l’Auteur de l'Epître aux Hé- breux, cite , pour montrer la différence qui eit entre Jefus - Chrift & les Anges : oracle tire du Pfeaume ioi. Toi , Seigneur , as fondé la terre , & les deux font l'ouvrage de tes mains. Ils périront 3 mais tu es permanent ; & ils s'envieilhront tous comme un vêtement , & tu les enveloperas comme un habit , & ils feront changez : mais toi , tu es le même , & tes années ne défaudront point. On ne peut douter que le Pfalmiftc ne parie ainfi du Dieu fouve- rain , puifque les Prophètes nous ont tant fait entendre qu'il n'y a que le Dieu fou- verain qui ait créé la terre & les Cieux j & que d'ailleurs il eft certain que c'eft du Dieu fouverain uniquement qu'on peut en- tendre ces paroles qui précèdent : Tu te lè- veras , & auras compaffton de Sion , &c. Alors les nations redouteront te nom du Seigneur , & tous les R cis de la terre fa gloire , &c. Le peuple qui naîtra , louera le Seigneur , parce qu'il aura regardé de fon faint Lieu qui efi là haut , & que le Seigneur a contemplé du Ciel en terre , &c. fe dis , Seigneur , ne me défais point an milieu de très jours. Car tes années durent par toutes les générations. Voilà celui duquel le Pfalmifte dit immédiatement après , tu as fondé la terre , & les deux font l'ouvrage- de tes mains. Ils péri - tant. &rc. Ou l’Auteur de l'Epître aux Hebreux n'a pas bien entendu cet oracle 3 ou il a fçû que c'eft le Dieu fouverain qui eft écrit par ces grands caraéleres , tu as fonWla terre, & les deux , &x. que d'ailleurs 5 ces caraéteres font tellement propres au vrai- Dieu , qu’il eft hors d'exemple que les Prophètes les ayent attribuez à aucun autre. ✓ s, 7 3 Traité de la Divinité Ainlî , lorfque cet Auteur aplique cet oracle à Jefus-Chrift , il faut avouer ou qu’il re- garde Jefus - Chrift comme étant d’une mê- me eftence avec fon Pere , ou qu’il parle contre fa confcience , & trahit les intérêts de la gloire du vrai Dieu. Car de dire , comme les Sociniens , que l’Auteur de cette Epître n’aplique point à Jefus - Chrift ces paroles , tu as fondé la terre , &c. mais que laiflant fon premier difcours , & ne parlant plus de Jefus-Chrift , il fait une courte apoftropne à Dieu Je Pere ; c’eft: nous dire non ce qui eft , mais ce qu’on vou- droit bien qui fût. Il eft certain que l’apoftrophe feroit tout- à-fait mal placée en cet endroit. Il ne s’a- git pas là en effet de relever la gloire de Dieu le Pere. Les Hebreux à qui l’on écrit , n’en avoient jamais douté : au contraire , ils ne prêchoient que fa grandeur. L’Auteur fa- cré ne fait point aufli ie paralelle du Pere & du Fils , mais le paralelle du Fils de Dieu avec les Anges. Les Hebreux avoient l’efprit rempli de la révélation dont Dieu avoit honoré Mcïfe & les Prophètes. Nô- tre Auteur préféré la nouvelle révélation à l’ancienne , & fait confifter le premier avan- tage de celle-ci , en ce que la première s’eft faite par les Prophètes , c’eft- à dire, par des ferviteurs ; au lieu que la derniere s’eft faite par le Fils. Dieu , dit- il , ayant autrefois parlé à nos pcres par les Prophètes plusieurs fois & en plufiurs maniérés , a parlé à nous en ces derniers fars par fon Fils > lequel il a établi heri- tier de toutes^chofes ypar lequel au(ft il a fait les fic- elés. Lequel Fils étant la fplendeur de fa gleirey& la marque engravée de fa perfonne , & foùtenant toutes chofes par fa parole phijfante , ayant fait de Je fus - Ckrijh far foi-même la purgation de nos pechez , s'efl ajfis à la droite de fa Majeflé aux hauts lieux. Mais parce qu'on pouvoit objeéter, que la Loi avoic été donnée par la difpofîtion des Anges, ou comme d'autres l'expliquent , au milieu des Anges ; l'Auteur facré en prend occafion de nous montrer l’avantage que Jefus-Chrift a par-deffus ces nobles in- telligences ; & dans cette vue il nous fait voir que véritablement les Anges portent dans l'Ecriture la glorieufe qualité de minif* très de Dieu : car étant revêtus tantôt de feu, & tantôt d'un tourbillon , ils ont fouvent exécuté les ordres de leur Maître , qui faifoit h s efprits fes meffagers , & fes minières fl âme de feu ; au lieu que le Fils entre avec fon Pere en participation d’autorité & de Divinité , fiiivant nôtre Auteur. En participation d'au- torité : il le prouve par cet oracle : O Dieu , ton trône efl h toujours : le fceptre de ton Royau- me efl un fceptre de droiture. Tu as aimé jufiim ce , & as haï iniquité. Pour cette caufe , ô Dieu , ton Dieu t’a oint d’huile d'allegreffe par-deffus tes compagnons. Voilà donc Jefus-Chrift recevant le Royaume de fon Pere , 8c lui étant à cet égard inferieur. Mais parce qu’il entre auifi avec lui en participation de la Divinité ou de la gloire elfentielle de l'Etre fouverain , il lui aplique enfuite des oracles qui l’éga- lent avec fon Pere , & le confondent m ani- feftement à l'Etre fuprême , en ajoutant, fars rien dire qui marque qu'il parle d'une au- tre perfonne : ~Et toi , Seigneur y as fondé la terre » & les Ciettx font l'ouvrage de tes m^.s , Cette diftinéfcion de l'autorité qu’il a reçûë , & de la gloire qu'il poffede naturellement , fe trouve dans les premières paroles de cette Epître i Lequel a établi héritier de toute f. cno- æ8o Traité de la Divinité [es y par lequel aujfi il a fait les fiécles. Il l'a éta- bli heritier de toutes chofes. Voilà ce Royaume économique , à l’égard duquel il a été dit ; lu as aimé jujlice , & as haï iniquité : Royau- me qu’il a reçu du Pere. Par lequel il a fait les fiécles : Voilà fa gloire naturelle , fa puifi- fance effentielle , à l'égard de laquelle il lui aplique cet oracle , tu as fondé ta terre , & les C ieux font l'ouvrage de tes mains. C'eft là cette participation de puiffance & de Divinité qui fait qu'il eft en fon Pere Dieu béni éternel- lement, & que le Pere eft en lui le Créa- teur des fiécles & de toutes les autres cho- fes. Il paroît delà, que l'apoftrophe eft ici tout-à-fait inutile à nos adverfaires. Car, quand l'apoftrophe leur (ërviroit à éviter l'évidence de ces paroles , tu as fondé la terre , &c. comment fe fauveront-ils contre celles- ci , par lequel auffi il a fait les fiécles , &C. puifque celles-ci font une imprelfion peu differente , étant évident que celui qui a fait les fiécles , peut bien avoir fondé la terre & agencé les Cieux i D'ailleurs , ces paroles , tu es permanent , tu es toujours le meme , tes années ne défaudrent point , s’entendent de Jefus-Chrift , au juge- ment même de nos adverfaires , qui ne font aucune difficulté de le reconfioître; Et com- ment en pourroient-ils difconvenir,puifqu'el- les font fynonymes à celles - ci qui précè- dent, & qui s'entendent inconteftablement de Jefus-Chrift. O Dieu , ton trône efi à toujours > Ils entÆdent du renouvellement du monde , qui doit fe faire par le Fils de Dieu au der- nier jour , ces paroles , tu les plieras comme un rouleau. Ils feront changer. ,, Il faut donc qu’ils féparent ces dernieres paroles de celles-ci , de Jefus - Chrifî. i9j Qui ont précédé , tu as fondé la, terre , & ies Cieux font l'ouvrage de tes mains. C'eft aufli ce qu’ils font ordinairement. Mais quoi î dans ce difcours , Et toi , Seigneur , tu as fon- dé la terre , & les deux font l'ouvrage de tes mains, ils périront , mais toi tu es permanent & ils s'envieilinont tous comme un vêtement * & tu les enveloperas comme un habit , & ils Ce. vont changez-, mais toi tu es le même -, & tes ^ années ne défaudront point -, on veut que je fois obligé de deviner contre toutes îes relies du langage , contre l'impreÆon naturelle des paroles , & la fuite du dilcours , en dépit du fens commun , que je fois s dis je Obligé de deviner qu'il y a là deux perlon^ nés dont on parle ,- & & que la perfonne de laquelle on dit , tu as fondé la terre , & /« deux font l'ouvrage de tes mains , n'eft pas la même dont il eft dit immédiatement: après , tu es permanent , tu les enveloperas , &c Nos adverfaires font profeffion de n'écouter que leur raifon , loriqu'ils difputent contre bous : mais ici nous ne voulons que nos yeux pour difputer contr'eux. CHAPITRE III, Suite de la même preuve » LE troiféme oracle que nous raporterons' » eft celui qui eft concenu au chapitre 6V des Révélations du Prophète Haïe, & qui eft apliqué à Jefus-Chrift au chapitre i. de l'Evangile félon faint Jean. I.'Evangelifte raportant l'incrédulité des Juifs > parle ainft: Et bien qu h a été fait tant de fignes devant eux-, a ils ns crurent point en lui -, afin que la. parole M- UL, 2,&>. Traité de la Divinité faie le Prophète fût accomplie , laquelle dit , S eh gneur , qui a crû à noire parole , eu à qui fr- été révélé le bras du Seigneur ? C'efi pourquoi ils ne pouvoient croire , à caufe que tlereckef ifa'ie dit , il a aveuglé leurs yeux , & a endurci leur cœur , afin qu'ils ne voyent des yeux , & n'en- tendent du cœur , ne [oient convertis , & que je ne les guerijfe. ifaïe dit ces chofes , quand il vit fa gloire , & qu'il parla de lui j toutefois plufieurs des principaux mémts crûrent en lui mais ils ne le csnfeffoicnt point et caufe des Phari- fiens 9. de peur qu'ils ne fuffent jetiez. hors de. la- Synagogue. Ce paffage nous donne Heu de faire un* argument invincible pour la Divinité de nô- tre Seigneur Jefus-ChrilL Car deux chofes font certaines. La première eft , que LEvan- gelifte Saint jean aplique à Jefus - Chrill cette magnifique aparition de la gloire de Dieu, qui fe lie au Chapitres, des Révéla- tions du Prophète Ifaïe. La fécondé eft , «que c’eft la gloire du Dieu fouverain qui eft décrite dans cet oracle du Prophète. Il nefautqd’en marquer tous les traits pour demeurer d’accord de cette dernier e vérité. Van auquel le T&i Oùas mourut , dit le Pro- phète , je vis le Seigneur affis fur un trône haut & élevé , & les pans de fa robe remploient le temple. Les Séraphins fe tenoient au- défi* s de lui }. & chacun d'eux avoit fix ailes , de deux ils cou-, vroient leur face , & de deux ils couvroient - kurs pieds . & de deux ils voloient . Et ils cri-, aient i'urfiù l'autre <& di [oient , Saint , Saint * Saint eft le Seigneur , l' Eternel- des armées r toute la terre efi pleine de fa gloire &C. Alors je dis , malheur fur moi , car c'efi fait de moi , parce que jet fiitS: m homme fi ml lé, des lèvres , & je. de*- de Jefm - Chrift'. zt’p meure au milieu d’un peuple qui a ies lèvres foiidlées , &c. Il me Tenable qu'il ne faut pas faire de grands efforts de pénétration pour voir ces deux veritez. la première eft , que c’eft la gloire du Dieu fouverain , que décrit le Prophète Ifaïe ; la fécondé , que c’eft la gloire de Jefus Chrift, que ce Prophète a vû, fuivant Implication que l’Evangile fait de cet oracle. Que ce foit la gloire de l’Etre fouverain dont le Prophète Ifaïe fait la defcription , cela paroît par tous les traits de cette def- cription même. Il n'y a que le Dieu fouve- rain dont la Majefté foit il grande , que les Séraphins fe couvrent de leurs ailes devant lui. Il n’y a que le Dieu fouverain que les Séraphins celebrent en difant. Saint , Saint * Saint , eft l’ Eternel , le Dieu des armées. Il n’y a que le Dieu fouverain dont la prefence foit fi redoutable, qu’elle puilfe obliger Je Prophète de s’écrier , malheur fur moi , car c’eft fait de moi ,, parce que je fuis un homme fouil- lé des lèvres , &c. toutefois mes yeux ont vû le Seigneur , ï Eternel des armées. Que l’Evangeiifte fafte implication de cet oracle à Jefus- Chrift , cela eft plus clair en- core. Car c’eft de Jefus - Chrift qu’il avoir parlé dans les verfets précédens 5 c’eft de Jefus - Chrift qu’il parle dans les verfets- qui fuivent. Il en a parlé dans les verfets précédens Jorfqu’il dit, Et bien au il eût fait tant de fignes devant eux , ils m crûrent point en lui afin que la parole d’ ifaïe fût accom- plie , &c. Il en parle dans les verfets qui fuir vent, en ces termes, toutefois plnfteurs des- principaux facrificateurs memes crûrent en lui , &C„. €e, qui ne nous peimet point de douter quet iji 2.84 Tra'ié dè la Divinité xe ne foit-auffi de lu* que l'Evangelifte parle lors qu'il dit , ifaie dsi ces chefs , loifqu'd vit fit gloire , & qx' il parla dé lai. Il n'eft rien de fi facile que de tirer la conféquence de tout cela. Haïe a vu la gioh re de l'Etre fou verain Haïe voyoitdansce même endroit la gloire de Jefus-Chcift. Il s'enfuit donc que J C. n'eft pas different de l'Etre fouverain. Tout cela eft clair ; mais que ne peut point la fubtilité , lors qu'elle a entrepris Il'obfcurcir les véritez les plus évidentes ? Elle dit trois chofes qui font également infoûtenables. Premièrement , elle prétend que le pronom lui ne fe raporte point à Jefus-Chrirt , mais à Dieu. En fécond lieu , eile raporte ces paroles de l'Evangelifte : jfaïe dit as chofes , quand il vit fa gloire , non aux paroles qui précèdent immédiatement » mais à celles ci qui font un peu éloignées', qui a crû à nôtre parole , ou a qui à été révélé ie bras de l'Zternel ? Et enfin elle foûtient que le Prophète Ifaïe en écrivant la gloire de Dieu, a décrit aulfi la gloire de J. C. par- ce que la gloire de Jefus-Chrifi ell contenue dans la gloire de Dieu. Toutes ces palliations font très violentes , & il y a bien de l'aveuglement à ne pas s’en apercevoir. Qui croira que s'agiifant dans tout le Chapitre douzième de l'Evan- gile félon Saint Jean , de Jefus - Chrilt , & point du tout de Dieu fon Pete , c'elt au Pere » T^noa pas à Jefus Chrift fan Fils , que ces paroles doivent avoir relation , jfaie dit ces chofes quand il vit fa gloire , & qu'il parla de lui ? Qui ne voit que ces der- rières paroles doivent être priles dans le fens que celles.- ci qui fuiveus immé*- de Jefns-Ckrift. zg f diatement } toutefois plufieurs des principaux mêmes crûrent en lui ? &C. De forte que s i- gilfonc inconteftablement de Jefus - Chrift dans ce dernier verfet , c'eft de Jefus-Chrift qifn s'agit dans celui qui précédé, ifaïe dit ces chofes , quand il vit fa gloire , ^ qu'il parla de lui. Cette derniere expreffion devroiî bien ouvrir les yeux à nos adverfaires. Car le Prophète parle du Dieu fouverain en tou- tes fortes d'occafions ; les Evangeliltes l'ont f$û j Saint Jean n'a pû l’ignorer, iftie dit en ebofs quand il paria de Dieu. U les dit donc pendant toute fa vie 3 il les dit continuelle- ment , il les dit dans toutes les pages de fes Prophéties. C'eft ici , dit-on > une parenthefe. Mais qui vous l'a dit > Meilleurs , que c'eft une parenthefe? N'y a-t-il qu'à faire des fupo- iitions fans preuve ? Mais quand c'en feroit une , cela n'empêcheroit pas que ce lui ne fe raportât à Jefus Ghrift , puilque dans les verfeis qui précèdent & dans ceux qui fui- vent , l'Evangile parle de Jefus Chrift 5 & ne parie que de Jefus-Chrift. On veut en fécond lieu, que ces paroles de l'Evangile , ifaïe dît ces chofes , quand il * vit fa gloire , qu'il parla de lui , fe rajor- tent non aux paroles qui precedent immé- diatement j mais à cet autre oracle qui a été raporté 3 Seigneur , qui a crû à notre parole , ou k qui a été révélé le bras de l'Ettrvel ? &C.. Mais outre que c’eft faire des fÿjofkions fans preuve. & fans fondement , "mmént peut on dire qu'Ifaie a vu la gloire du Sei- gneur dans la Prophétie qui commence ainlît Qui a crû à notre parole , ou a qui a été réuéli le bras de l' Eternel ; puifque ce Chapitre n'eft. qu’une continuelle dqfcripriou de l^ajfe Traité de la Divinité ment de nôtre Sauveur, qui nous eft repre- fente par ces caractères de fes fouffrances Y- I. Par la bafleffe de fon origine, il fort comme une racine d'une terre quia foif. II. Par l'oprobre qui raccompagne. Q » fe cache de lui comme d‘ un Lépreux. 111. Par les infirmi- tez & les afflictions qu'il endure. Il a porté nos langueurs , & il a charge nos maladies. IV. Par fa patience à foufFrir fans murmure. Il n a point ouvert fa bouche , mais il a été mené comme un agneau a la boucherie , & comme une brebis muette devant celui qui la tond. V. Par le bien qui nous revient de fa mort. Car par fa meurtriffure nous avons guerifon , &C. VI. Par la circonstance de fa fépulture. Il s'efi trouvé- avec le riche dans fa mort. VII. Par fa mort. Or quand il aura mis fon ame en oblation pour le péché y &c. VIII. Par fon intcreeiflon pour les pécheurs. D'autant qu’il aura intercédé pour les tranfgrejfeurs , &c. Il eft vrai qu'il eft dit qu'il fera profperer le bon plaiflr du Sei- gneur, & prolongera fes jours : mais cette p rom elfe eft tellement cachée dans ces trif- tes images de fon abaiffement , quec'eften quelque forte fe joiier des chofes faintes , que de dire que c’eft ici la vifion de la gloire de Jefus-Chrift. Si l'Evangelifte difoit Amplement , lfaïe dit ces chofes , quand il parla de lut ^ on poUF- roit croire que par ces chofes il entendroit ce premier oracle qui a déjà été cité , Seigneur , qui a crdsT notre parole , ou a qui a été révélé le bras de l'Eternel ? quoique dans ce cas même il feroit encore beaucoup plus naturel de raporter ce qu'il dit à ce qui précédé im- médiatement. Mais il s'exprime autrement : lfaïe du ces chofes , lor [qu'il vit fa glcire , &■ qu'il parla de lui. Q: lfaïe vit fa gloire ,, ool de Je fus - Chrifî. 2 $7 <$u moins il raporte qu'il la vit , dans le- Chapitre 6. & non pas dans le 53. où il ne voit que Ton abaiffement. C'eft dans le Cha- pitre 6. de les Révélations , qu'il nous fait chercher la prophétie que cite nôtre Evange- lifte j & laquelle évidemment décrit la gloi- re du Dieu fouverain. Avec beaucoup moins de raifon encore nos adverfaires difent - ils pour éluder cette grande preuve , qu'Ifaïe en voyant la gloire du Dieu fouverain , a vu la gloire, de Jefus-Chrift , parce que celle - ci eR con- tenue dans celle - là. Certainement, s'il eft permis d'avoir recours à de pareilles dé- faites, il ti’ell abfolument rien qu'on ne: puilîe lè^tenir. La gloire de Dieu contient éminemment non-feulement la gloire de Je-- fus- ChrilVj^fcais encore la gloire de toutes, les créatures fans exception ; & cela étant ,, l'Evangelifte auroit pû bous apliqner cet. oracle , comme il l'apliqüe à Jefus Cnriil , en difant , ifaïe dit tes chofes , quand il vit nà* tre gloire , & qu'il parla de nous. Et qu'on ne. me dife point que ce feroit une profanation. Car fi la diftance qui eft entre la gloire de: Jefus-Chrift , & la gloire du Dieu fouve- rain, toute infinie qu'elle eft , n'empêche pas qu'on n'aplique à la gloire de Jefus-Chrift. ce qui n'avoit été dit que de la gloire du. Dieu fouverain , la diftance cjui eft entre la gloire de Jefus-Chrift , & notre gloire , n'étant qu’une diftance bornée , ne^ourra. jamais empêcher qu'un oracle qui reprefente la gloire de Jefus-Chrift, ne puitfe nous être àpliqué avec beaucoup de raifon. Au fond , la gloire de Jefus-Chrift , s'il n^'eft qu'une fimple créature , ne peur jamais être lâ. même que celle de Dieu : & la gloire i$8 Traité de la Divinité propre & effentielle du vrai Dieu , telle quTfaïe la décrit par des caraéteres qui ne conviennent qu'à lui , ne peut jamais être -celle de Jefus-Chrift ; & j'aimerois autant dire , que celui qui voit la gloire du Roi , voit la gloire d’un Bailli de Viilage , que de répondre avec nos adverfaires-r qu'l aïe en voyant la gloire de Dieu , voyoit celle de Jefus - Chrilt. Ce palTage eft triomphant contre nos ad- verfaires. En voici un qui ne i'elt guere moins. CHAPITRE IV. Suite de U même preuve. C'Eft celui que l'Auteur de l'Epître aux Hebreux aplique à Jefus-Chrilt en ces termes : Et encore y quand il introduit fon pre- tnit r ne au monde > il dit , 'êfue tous Us Anges de Dieu i' adorent. On convient de part 8c d'au- tre , que cet Auteur fait à Jefiis- Chriil dans cet endroit , implication de ces paroles du Pfeaume 57- verf. 8. Adorez-le , tous les Dieux ou tous tes Anges , Elohim : car l'expreflian de l'original, fuivant les Rabins mêmes, fe prend allez fouvent pour les Anges ; & l'autorité de l'Ecrivain facré ne nous per- met point de douter qu'il ne faille la pren- dre en ce fens dans cet endroit. Or pour monter la force invincible de la preuve que nous Tirons de ce paflage , il ne faut que bien établir ces deux importantes vérités. La première , c'eft que c'ell du Dieu fouve- rain , dont parle le Pfalmifte , lorfqu'il dit , ^Adoren-ie , tous les Dieux ou tous les Anges. La fçcQüdç 3 que c’eft d.e. Jçfus - Cbrift que ç,?s jgaiolcs de Jefus-Chrzft. paroles ont été dites. Car de- là il paroîtra que Jefus-Chrift n’eil point effentiellement different du fouverain bien. Il ne faut que lire le Pfeaume pour fe convaincre de la première de ces deux veri- tez. L’Stewel régné , dit le Pfalmifte , que U terre s'en égaye , que les ijles s'en réjomjftnt. Pourquoi la terre & les ifles doivent elles prendre part à la gloire de ce régné , fi ce ffeft parce qu’il s'agit du régné de leur Créa- teur ? D’ailleurs , le grand rom de fehova-, qui efl: donné jufqu’à fix fois dans cet en- droit à celui dont le Pfalmille nous décrit le régné, répété fi fouvent , accompagné de tant de câraéteres de la gloire de l’Etre fuprême , ne pourroir être donné à un autre fans une impiété manifefie. - Nuée & obfcurité épaijfe font l’entour de lui. Jufiice & jugement font lu bafe tlé fon trône. Le feu marche devant lui- , & ent - brafe fes adverf aires. Les éclairs refplendijfent dans le monde f & la terre tremble en les voyant. On ne peut douter que ce ne foient là les ca- ractères de la préfence de ce Dieu rout - puif- fant, qui ayant créélaTeire & les Cieuxavec toutes les créatures vifibles,fe fert aufli d’elles quand il lui plaît, pour faire paroître faMajefc te avec éclat. Les montagnes fendent comme de la cire pour la préfence du Seigneur, pour la préfence du Seigneur de toute la terre. Le Seigneur de toute la terre eft réloge & lç titre du Dieu fou- verain. Voici , dit Jofué , l’arche de l'Alliance du Seigneur de toute \a terre ira devant vous au travers du Jordain. Et au Livre Jes Révé- lations du Prophète Zacharie ; Celant ici les quatre vents des < teux , qui Joitent , afin qu’ils fe tiennent devant le seigneur de toute U terre. Michée , 4. 13. Tu voueras au Seigneur leurs ri- cheffes , & leur fubfiance au Seigneur de toute U Tome II 1. B b 1 90 Traité de la Divinité 1 terre. Mais la maniéré dont ce titre lui eft donné dans l'oracle que nous examinons , n'eft pas moins digne de confideration que le titre même. Car le Pfalmifte voulant at- tacher nos efprits & les remplir d'une plus grande admiration pour le Dieu fouverain dont il parle , il redouble Ton exprefîion , & dit encore plus avec une emphafe fingu- liere : Les montagnes fondent comme de let cire four la préfence du Seigneur , pour la préfence du Seigneur de toute la terre. Les Cieux annoncent fa ‘juftice , & mis- les peuples voyent fa gloire , ajoute l’Auteur facré. Les peuples voyent la gloire du Dieu fouverain , marquée fenfibie- ment dans toutes les parties de l'Univers.. Les Cieux publient la grandeur & la juftice du Dieu fouverain , qui les a faits pour la gloire : c'eft donc du Dieu fouverain qu'il s’agit en cet endroit. &pe tous ceux qui fer- vent aux images , & qui fe glorifient aux ido- les , feient confondus ; C'eft le vrai Dieu , le Dieu fouverain qui eft opofé aux idoles : c'eft le Dieu fouverain qui doit être glorifié par la confuêon des Idolâtres : c'eft donc du Dieu fouverain dont il s'agit en cet endroit , Tu es , Seigneur , élevé par-dejfus la terre , tu es exalté par-deffus tous les Dieux , &c. L'Ecriture ne nous permet point de douter que ce ne foit du vrai Dieu dont il foit parlé dans cet endroit , puis qu'elle nous aprend, que Dieu fcul doit être fouverainernent élevé. Mais fi chacun de ces cara&eces eft capa- ble de faire connoître que c'eft du vrai Dieu, du grantr Dieu , du Dieu fouverain , dont il s'agit dans ce Cantique, certainement l’amas de tous ces cara&eres forme à cet égard une démonftration la plus claire 8c la plus évi- dente qui fût jamais. de Je fus- Chrîjî. Il efb du moins certain qu'il eft naturel de faire la-deflus trois réflexions. La premier©- eft , que fi nous réfutons de reconnoître le Dieu fouverain dans ce Cantique , il fau- dra demeurer d’accord qu’on ne peut le re- connoître dans aucun oracle , ni dans aucune Ecriture du vieux Teftament. La raifon en eft , qu’il fe trouve marqué ici par les mê- mes traits & les mêmes cara&eres qu’il l’eft dans toutes les autres parties de cette Ecri- ture j par fon grand & terrible nom dejfe- hovn , nom qu’il s’impofa dans une occafion importante, qu’il fignala par mille prodiges, qu’il prit pour lui être propre 8c incommu- nicable 5 & qui eft cara&erifé par les droits qu’il a fur ce monde , & fur toutes les créatures qui le eompofent , & par les marques de fa gloire répandue dans la natu- re, âdc. La fécondé ert, que tous les hom- mes qui ont jufqu’ici lu ce facré Cantique , 8c qui en ont jugé fans préoccupation , ont crû que ç’eft du Dieu fouverain dont il y droit parié. La troifiéme eft , que fi c’eft un autre que le Dieu fouverain, qui a été décrit par des caraéteres fi elfentiels 8c ü propres au Dieu fouverain > il n’y eut ja- mais, je ne dirai pas rien de fi équivoque &de fi captieux que cette defeription , mais même rien de fi faux 8c de plus iîlufoire, puis qu’il eft impoflible qu’elle ait d’autre but que celùi de nous tromper. I! eft furprenant après cela , que Socin ofe apliquer tous c es caraéteres à Jefu^Chrift > 8c à Jefus-Chrift fimple homme par fa na- ture. Puis , dit - il , qutl eft confiant de l’aveu de tout le monde , que dans ce Tftaume il y a •une Prophétie touchant le régné de ’ftfus - Ch^ift , pourquoi J efys - Chrtft homme , auquel te été demê B b ij T rai té de la 'Divinité tente puijfance au Ciel & en la Terre , étant con- sidéré comme entrant dans la pejfejfîon de [on regm , prédit & décrit prophétiquement , n au- ra-t-il pu être nommé avec raifon le Seigneur de toute la terre ? Parce que celui qui eft nom- mé le Seigneur de toute la terre dans ce Cantique , eft marqué par tant d'autres ca- ractères propres au Dieu fouverain , que ce feroit une extravagance de vouloir le diftin- guer de lui ; parce que celui qui fait le fa- jet de ce Cantique 97. eft le même qui fait la matière des autres , & particulièrement du Pfeaume précédent ; c'eft celai dont la gloire nous eft ainfi décrite : Car tous les Vieux des peuples ne font qu’idoles , mais le Seigneur a fait les deux. Triomphe & magnificence font devant lui. Force & excellence font en fn fanc- tuaire. Donnez au Seigneur gloire , Szc. ^Adorez le Seigneur en fen fanctuaire. Tremblez devanp lut y toute la terre. §{ue les deux fe réjoüijfent , que la terre s'égaye , que les arbres des forêts s'écrient de joie devant le Seigneur. Car il vient juger la terre habitable y &c. Il faudroit être privé de la Iumierre naturelle , pour ne point voir que ces deux Pleaumes font- paralelles. Us parlent tous deux de la gloire de Dieu , de la venue, de fon régné. Tous deux ils élevent le vrai Dieu au - deftus des fauftes Divinitez. Tous deux ils ordonnent d'ado- rer le Seigneur , TEcernel , Jehova , & ils en prennent les motifs des droits qu'il a fur fes créatures. Et tous deux ils invitent les créf lires inanimées à fe réjoiiir de la prefence de Dieu. Or il eft certain que ce Cantique qui précédé celui que nous exa- minons , parle du Dieu fouverain comme tant d'autres conçus à peu près dans les mê- mes termes, & qu'ainft nous ne fçaurions de Jefus - Chrifi. avoir raifonnablement une autre celui que nous examinons. j'ai quelque répugnance à prouv chofes fi évidentes , mais nôtre peine c la n'eft pas tout-à- fait inutile, ne dut . fervir qu'à fermer la bouche à des advv faires dont l'efprit eft très - lubtii. Car, ] , vous prie, que leur reite-t-ii a dire , lois qu'on aura fait voir que c'eft du Dieu lou- verain que le Pfalmifie a pané dans cet oracle ? C'eft du Dieu fôuverain qu'il a été dit , que tous les linges L'adorent , ou , ce qui eit la IXlême chofe , vous , tous les Ançes , adores. - le. Cette propofition a été prouvée , Ôc elle eft claire par toutes les circonftances de l'o- racle. C'eft de Jefus-Chrift qu'il a été dit , que tous les Anges l'adorent. C'elt l'Auteur de l'Epure aux Hebreux qui le dit exprelfémenc, en lui apliquant cet oracle du Pfèaume y?« &: nos adversaires n'en fçauroient difeonve-, nir , puis qu'ils ne nient point la vérité de cette aplicàtion. Qu'ils tirent donc eux-mêmes la confé- quence , & qu'ils reconnoiffent avec nous, que Jefus-Chrift eft le Dieu fôuverain, &: qu’il eft décrit dans les anciens oracles comme l'Etre fuprême. C'eft en vain que Socin prétend répon- dre à cette difficulté , en difant que ceux qui adorent Jefus-Chrift , adorent le Dieu fôuverain , parce que Jefus- Ch^l repreleme le Dieu fôuverain d'une façon unguliere & dans un fens éminent. Car il ne s'agit pas ici de fçavoir, fi en adorant Jefus-Chrift , on adore le Dieu fôuverain, mais il s'agit de fçavoir , û ce n'eft pas de Jefus - Chriil B b iij 2 5» 4 Traité de la Divinité qu’il a été dit , que tous les Anges de Dieu l’a- dorent . Si quelqu’un s’obftinoit à foûtenir , que quiconque aime Ion frere , aime Dieu par la même raifon , parce qu’il n’aime Ton fre- re qu’entant qa’il eft l’image de Dieu ; il ne diroit rien qui ne pût ~ être foutenu 5 mais s’il vouloit pouffer plus loin fon prin- cipe > & de ce qu’en aimant le prochain , nous aimons Dieu en quelque maniéré 3 il voulut conclure que lorfque le Légiflateur dit > Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur , &c. il parle de nôtre prochain , & non de Dieu uniquement , fa penfée fe- roit fort extravagante. Ainfi auffi on pour- roit avoiier,que celui qui adore Jefus-Chrift3 adore le Dieu fouverain en quelque forte , fans qu’il fût necelfaire de reconnaître que celui qui ordonne d’adorer le Dieu fouve- rain , ordonne d’adorer par cela même Je- fus-€hrift , n’y ayant aucune conféquenc* de l’un à l’autre. Enfin , fi pour éluder la force de la preu- ve que nous tirons de ce palîage , il fuift- foit de dire , qu’en adorant Jefus-Chriil on adore le Dieu fouverain , il s’enfuit que cet oracle pourrait être attribué à tous les Rois de la terre. Car n’elfil pas vrai que les Rois de la terre portent en quelque fens l’image de Dieu ; que nous les honorons > parce que nous les confierons comme les Lieutenaas de Dieu fur la terre s & qu’ainfl l’on peut d^re fans fe tromper , que qui ho- nore les Rois , honore la Divinité elle mê- me ? Cela étant , on peut apliquer aux Rois du monde l’oracle qui efl contenu au Pfeau- me^7. comme on l’aplique à Jefus-Chrift. Cai fo cet oracle convient à Jefus-Chrift , de Jefus - Chrift. t$f quoiqu’il ne s'entende que du Dieu fouve- rain , parce qu'en adorant Jefus-Chrift on adore le Dieu fouverain : rien ne nous em- pêche aufli de dire qu’il convient aux Rois du monde , parce qu'en honorant les Rois on honore celui dont ils portent l'image , qui eft le Dieu fouverain. Mais enfin, il ne s'agit pas de fçavoirce que la fubtilité peut inventer pour éluder l'évidence de cette preuve ; mais il s'agit de fçavoir quelle eft l'impreflion naturelle , que les paroles de l'Auteur de l'Epître aux Hebreux, ont du faire fur l'efprit des hom- mes , & s'ils ont pu Ce difpenfer de les prendre dans le fens que nous leur donnons, lors qu’il eft confiant d'un côté que c'elt du Dieu fouverain qu'il a été dit , que tous les Anges de Duu l'adorent ; & que de l'autre > le Saint-Efprit nous aprend , que c’eft à Jefus - Chrift même qu'il en faut faire l'ap- plication. Nous nous contenterons d’avoir examiné ces oracles dans le détail , 8e nous n'entre- rons pas dans un examen plus particulier à cet égard. Nous ne dirons point ici, que Jefus-Chrift a été nommé dans les anciens oracles , Emanuel ou Dieu avec nous , ce qui fait voir qu'il n'eft pas un ftmple homme ; qu'il avoit été dit de lui , fan&ifiez le Sei- gneur t l'Eternel des armées , qu'il fcit votre frayeur Ô* vôtre épouvantement , & d vous fera en fanftificat'ton , pour pierre d'achopement , & pour pierre de [caudale aux deux maifos d'ifraël , que ton genoüil fe courberoit devant lui ; qu'il avoit été nommé le premier & le dernier j qu'il avoit été dit de lui , qu’il envoyeroit fort Ange ou fon Meftager devant fa face j que e'elt en parlant de lui que le Pfalmifte s’d*- • B b iiij Traité de la Divinité crie j la tetre efi au Seigneur , & ce qui efi con- tenu en elle , ou fa plénitude ; que c’eft de lui que le Pfalmirte dit , étant monté en haut , il a mené une grande multitude de captifs , & a dijlribuê des dons aux hommes -, que e’elt de la venue que le Prophète Ifaïe avoit prophe- tifé , lorfqu’iî avoit dit , Dieu lui-même vien- dra & vous fauvera. Alors les yeux des aveu- gles feront ouverts , les oreilles des fourds fe- ront débouchées , & dans cet autre endroit * ■pat ce que ton mari c'efi celui qui t'a fait -, L'Eter- nel des armées efi fon nom , & il fera apelléton Ifdempteur , le Saint d'ifrael , O* le Dieu de toute la terre -, & le Prophète Jeremie : C'efi ici le nom dont on l'apellera , l3 Eternel nôtre juf- tice ; 8c le Pfalmirte au Pfeaume i. verfet ji, Baifez le Fils, de peur qu'il ne fe courrouce , que vous ne periffie ^ dans vôtre voie , lorf- qm fa colere s'embrafera tant foit peu . Qh que bienheureux font ceux qui mettent en lui leur confiance ! & tant d’autres , dont nous n’en- treprenons pas même de faire ici l’ énumé- ration. Ç HA PI T RE V. Qu l'on fait voir que les Apôtres n'ont point appli- qué d fefus - Chrifi les anciens oracles par fimple allufion ou accommodation. POur voir de quelle importance eft la preu- ve que nous tirons de implication que les A-pôtrÇ.' ont faite des anciens oracles de l’Ecriture à Jefus-Chrift , il ne faut qu’exa- miner fi dans tous ces partages que nous avons marqués ci-dertus, Iedertein du Saint- Efprit parlant par les Prophètes 3 a été de- hqus caraéterifer Jefus-Chrilh de Jefus - Chrift. z 97 Caïfîç'àétélà fon delfein , on doit de- meurer d'accord que le deflein du Saint - Ef- prit a été de caraCterifer par avance Jefus* Chrift par ces titres qui compofent ces pein- tures , & qu'ainfi il a voulu nous le faire regarder comme leSeigneur notre Dieu , Jebo- •vst , notre effroi & notre épouv antemeul , celui devant lequel tout genovÀl doit fléchir , U Roi de gloire , le "Dieu des armées , le Créateur du Ciel & de la terre , &C. Que fi le Saint - Efprit qui a infpiré tous ces oracles aux Prophètes , n'a point voulu nous reprefenter Jefus Chrift , mais feule- ment le Dieu fouverain , par ces grands ca- ractères , il s'enfuit que nous devons regar- der cette aplication que Jes Apôtres font de ces partages à Jelus-Chrift , comme une ap- plication arbitraire, & comme un jeu de leur efprit , ou fi vous voulez , comme une accommodation de l'Ecriture ancienne à des évenemens prefens , fondée fur quelque ra- port qui fe trouve entre l'une & l'autre. Or bien que cette efpece d'accommodation ne foit pas fans exemple dans le langage divin & humain , il eft certain qu'elles n’ont point de lieu en cette occafion , & qu’elles ne fervent de rien pour affoiblir nôtre preu- ve, pour trois raifons. La première eft , qu'il y a quelques-uns de. ces palfuges qui conviennent incontefta- bleinent à Jefiis - Chrift par l'intentioq. de l'Efprit qui les a infpirez aux Prophètes , comme nous l'avons déjà montré’tie quel- ques-uns dans le détail Or ces paflages fuf- firont pour démontrer invinciblement , que Jefus-Chrift a été revêtu des caraCteres pro- pres de la gloire de Dieu par l’intention dut Saint-Efpric» % $2 Traité de la Divinité La fécondé eft , que le defiein que les A- pôtres ont eu en citant ces oracles , détruit la penfée qu'on pourroit avoir, que les apli- cations qu'ils en font à Jefus - Chrift , ne foient que des allufions ou des accommoda- tions. Car fi nous y prenons bien garde 3 nous trouverons que leur defiein à cet égard fe réduit prefque toujours à quelqu'une de ces quatre fins. Ils ont defiein de prouver par les Prophètes la divine vocation de J. C. ou ils veulent montrer fon excellence par- defius toutes les créatures , par la maniéré dont Dieu l'a diftingué des autres dans les anciens oracles 5 ou ils veulent condamner l'endurciffement des Juifs , & diminuer le fcandale que cet endurcifiement donne , en faifant voir qu'il a été prédit ; ou ils ten- dent à nous porter à rendre à J. C. les hom- mages qui lui font dus , en nous faifant voir que Dieu nous a ordonné de les lui rendre. Les Apôtres citent ces oracles dans le dek fein de prouver fa vocation. C'eft dans cette vûë que Saint Pierre dans le fermon qu’il fait aux habitans de Jerufalem le jour de la Pentecôte , cite cette prophétie de Joël : Et il arrivera aux derniers jours , dit Dieu , que je répandrai mon Efpril fur toute chair , &c. & qu'il en fait un peu après Implication à Je- fus-Chrift, en ces termes : Lui donc ayant été élevé t C Te. a répandu ce que maintenant vous voye^& oyez. Je tire de cet exemple une preuve générale, & je dis que les Apôtres ayant leCeflein de faire voir la vérité de la vocation de leur Maître par les anciens ora- cles de l'Ecriture , il faut qu'ils ayent per- du le fens, s'ils n'ont pas vû. qu’ils agifibienc contre leur propre intention , en apliquant à Jefus-Chrilt des oracles qui expriment la. de Jefim - Chrifi. gloire îa plus propre de la Divinité , puis qu’ils n'ignoroient pas que le grand fcan- dale des Juifs confiiloit , en ce qu'ils pen- foient que Jefus-Chrift s'étoit fait égal 8c lemblable à Dieu 5 8c qu'ainfi tout ce qu'ils cicpient de l'Ecriture , étoic propre à faire voir que Jefus- Chrifi: étoit un ufurpateur de la gloire de la Divinité , plutôt que le vrai Mefîîe. La fécondé fin que les Apôtres fe font propofée , à été d'ôter le fcandale que don- noit l'endurciffement des Juifs , 8e cela en montrant que cet endurcilfement avoit été prédit par les Prophètes. C'eft à peu près dans cette vûë que l'Evangelifte dit j Ce fi pourquoi ils ne pouvoient croire , a, caufie que derechef ifidie dit : il a aveuglé leurs yeux & en- durci leur cœur , afin quils ne voyent des yeux , & qu'ils n’entendent du coeur , & qu'ils ne fit convertijfent , & que je ne les guérijfe. 1 finie dit ces chofies , quand il vit fia gloire , qu'il par- la de lui. Et remarquez que le Prophète vo- yoit îa gloire du Dieu louverain , comme cela a été remarqué. Or ce deffein de “mon- trer que l'endurciffement de ceux qui rejet- toient le Mefïïe, avoit été prédit, a dû obli- ger les Apôtres à citer les oracles de l'Ecri- ture , qui dans la vérité 8c félon la tradi- tion commune de leurs Do&eurs,regardoient le temps de leur Meflie , & dévoient s'ap- pliquer à lui : tant s’en faut qu'ils ayent dû faire au Mdlie des aplications impies des çaraéteres qui ne conviennent incor?,lftable- ment qu'à l'Etre fouverain ; ce qui auroic jufiifié le procédé des Juifs à leur égard , 8c rendu leur incrédulité très légitime. Une troifiéme fin des Apôtres , lors qu'ils citent l’Ecriture de l’ancien Teftament en 3 oo Traité de la Divinité faveur pe J. C. c'eft de nous montrer Ton excellence , & l'avantage qu'il a fur les Anges , & fur toutes les créatures fans ex- ception , comme cela paroît par le Chapi- tre premier de l'Epître aux Hebreux , que nous avons déjà examiné. Or les allufions , les accommodations & les aplications arbi- traires ne font nullement propre à cet ufa- ge. Car avec quelle bonne foi l'Auteur de l'Epître aux Hebreux nous prouvera-t-il que l'Ecriture de l'ancien Teltament dit des chofes plus grandes & plus magnifiques de Jefus Chrill que des Anges , par des paira- ges où le Saint-Efprit a eu tout aulïi peu en vûë Jefus - Ghrilt que les Anges ? Certaine- ment fi ce font-là de fimples accommodations, il ne faudra qu'avoir un tour d’imagination un peu different du lien , & apliquer à quelque Ange ce qu'il aplique à Jefus-Chrift, pour tirer avec autant de raifon que iui, des conclufions opofées aux lîennes. Enfin les Apôtres ont un quatrième deffein dans cette efpece de citation , qui eft celui de porter les hommes à l'adoration & aux autres hommages qui font dûs à Jefus- Chrift. C'eft dans cette vûë qu'ils citent les ©racles de l'Ecriture , qui tantôt ordonnent que tous les s>nges l'admirent , &: tantôt décla- rent que tout genoiiil doit fe fléchir devant lui. Or il y auroit de l'extravagance à penfer , que les Apôtres fondent fur des accommo- dations & des aplications arbitraires, qui ne font$,và parler exactement, que les raports que nôtre imagination trouve entre les an- ciens oracles & des objets prefens. Que dis- je ? Les Apôtres fondent là - deffus le culte de la Religion ou l'adoration de Jefus Chrift, qui doit être établie fur des préceptes e*» de Jefus-Chrift. 301 près , ou fur des oracles qui prefcrivent ce devoir. Les Apôtres feroient aufli infenfez , qu’un homme qui prouveroit qu'un fimple foldat mérite d'être traité de Majefté , & ho- noré en Monarque & en Conquérant , parce qu'il trouveroit dans l'hiftoire d'Alexandre le Grand, quelqu'adtion ou quelques paroles qui pourraient lui être apliquées par àllufion ou par jeu d'efprit. La troifiéme raifon qui nous perfuade que ces accommodations ne peuvent point être d'ufage en cette occafion , c’eft qu'elles fe- roient impies & pleines de blafphême , II Jefus-Chrift n'étoit pas d'une même eiïence avec fon Pere. Car lî par refpeét pour Jefusr Chrift vous n'oferiez apliquer à un autre homme cet oracle , Voici l'Agneau de Ttieu, qui ote les pecbez. du monde : le refpeêt que nous avons pour l'Etre fouverain, doit encore nous empêcher plus fortement de revêtir Jefus- Chrift des caraéleres eftentiels de fa gloire. Car deux chofes font certaines. La premiers eft , que la difproportion qui eft entre Jefus- Chrift & le Dieu fouverain , fi le fentimenc de nos advcrfaires eft véritable , eft infini- ment plus grande que celle 'qui eft entre Je- fus-Chrift & un autre hopnme. La fécondé , que le caradere qui eft marqué par ces pa- roles , Voici l'Agneau de Dieu , qui ote les pechez, du monde , n’eft pas fi propre à Jefus-Chrift , que les cara&eres qui font marquez dans les palTag.es des Prophètes , font propres au Dieu "fouverain. Jefus-Chrift eftpfcelJement Y Agneau de Dieu félon nos adverfaires , qu'un autre que lui pouvoir l'être , fi ç'avoit été la volonté du Seigneur : mais Dieu eft tellement Jehova , le D?*u fj~t , le Dieu des ar- tistes , le Roi de gloire , le Créateur du Ciel & Jo l Traité de la Divinité de la terre , &c. qu’aucun ne peut partager cette gloire avec lui. Si donc on regarde comme un blafphême Implication qu’on fait à un autre que Jefus - Chrift , de ces paroles , Voici l'Agneau de 7)ieu , &c. combien l’impie- té feroit-elle plus grande à apliquer à Jefus- Chrift tous ces grands titres du Dieu très- Haut ? Car là ce ne feroit qu’un palïage mal apliqué : & ici nous en voyons plufieurs. là il s’agiroit d’un caraélere de Jefus-Chrift , apliqué à un autre , lequel caraétere eft propre fans être elfentiel à fa nature : ici il s’agit de caraéteres propres & efientiels à la nature de Dieu. Là on préjudicie à la gloi- re d’une créature aimée de Dieu , & ici on fait tort à la gloire de Dieu lui-même. Là tout le danger qu’il y a , c’ell feulement qu’on ne foit fcandalifé d’une allufion qui a quelque chofe d’impie : ici il y auroit non- feulement fcandale , mais féduétion , puis- que les Apôtres engageroient les hommes dans cette trille fuperllition qui confondroit la créature avec le Créateur. Qu’on s’agite donc tant que l’on voudra , qu’on fatTe agir fon efprit &: fon imagina- tion , qu’on tâche de faire douter de quel- ques livres de l’Ecriture , qu’on falfe tant de lpéculation que l’on voudra fur la ma- niéré dont les Apôtres ont été infpirez ; tout cela eft inutile , parce que ces deux veritez demeurent confiantes. La première eft , que les Apôtres ont apliqué à Jefus - Chrift , foit par accommodation , allufion, ou au- trement , certains palfages des Prophètes, qui caraélérifent le Dieu fouverain. La fé- condé , que fi Jefus-Chrift ne participe point à la gloire de l’MTence divine, &r qu’il ne foit qu’une créature , à laquelle par confé- de Jefus-Cbrift. 303 queot tous ces caraéleres ne conviennent point , il ne faut regarder les Apôtres que comme des hommes qui engagent les autres dans l'idolâtrie par des jeux d’efprit tout-à- fait impies, & par des aplications de l'Ecri- ture , pleines de blafphême. Ainfi il nous paroît , que fi le fentiment de nos adverfaites étoit véritable , ni les Prophètes n'auroient prédit jufte les évene- mens , n'i les Apôtres n'auroient entendu les Prophètes , 8c que par conféquent il n'y au- roit aucune harmonie entre le Vieux & le Nouveau Teftament. Cette confidération eft forte i mais nous allons dire quelque chofe déplus prelfant. IV. SECTION. Où l'on fait voir que Ci Jefus - Chtift n'eft point Dieu par-defiTus toutes cho- ies béni éternellement , la Religion doit être regardée comme une fuperfti- tion,& comme une comédie 8c un jeu de théâtre , & qu'elle n'a pas afiTez de caraéleres pour la difti liguer de la magie. CHAPITRE I. Preuve de cette atfertion à l’égard de U Religion Mûfaique. 1 POur bien comprendre la vérité de cette nffernen fi extraordinaire & fi fiurpre-, nante3 il eft bon de remarquer la maniéré 304 Traité de la Divinité dont Dieu s'ell manifefté dans le vieux & dans le nouveau Teftament. Dans le vieux Teftament , Dieu fe ma- nifeile à Moïfe fur la montagne d'Horeb en un builîbn ardent : mais il elt remarquable que celui qui aparoît à Moïfe , ell apeîlé l'Ange de TEternel. Et l'Ange Au Seigneur , dit l'Hiftorien facré , s'aparut à lui en une fl me de feu , &c. Alors Moïfe dit , Je me détour- nerai & verrai cette grande viflon , &C. Et le Seigneur voyant qu'il fe détournoit p.ur regarder , lui cria , Moïfe , Moïfe , &c. Je fuit le Dieu d’ Abraham , le Dieu d’ifaac , & le "Dieu de Jacob , &:c. Il n'y a guère de perfonnes qui ne fçachent toutes les particularitez de cette grande vifion , & comment .Moïfe contef- tant contre le Seigneur , parce qu'il refufoit d'aller vers Pharaon , fous prétexte qu'il avait la langue empêchée 3 le Seigneur le reprend de fon aveuglement de çette manié- ré : Qui efi celui qui a fait le fottrd , ou le muet , ou le voyant , ou l'aveugle ? nef ce- pas moi le Seigneur ? On fcait aulîï que Dieu s'impofe un nom tout nouveau . ou l'aveugle} Ces paroles marquent: évidemment, que celui qui parle , fe-fupofe- être le Créateur de toutes chofes. Le Dieu d'Abraham efi nommé par Meb- chifedec , le Dieu poffeffeur du Ciel & de la- Terre. Il elt appeilé . la frayeur d'ifaae. Jacob- l'apelle le Dieu tout ~ puijfwt. C'ejl celui qui fait croître & germer les moiffons , &c. L'Ange du. Seigneur fe donne tous ces titi^s , puis, qu'il le dit le Dieu d'Abraham, d'“aac & de; Jacob. Enfin on ne peut nier qu'il ne:fe revête de" la gloire de l’Etre fouverain , puis qu'iL commande à Moïfe de déchauffer les fouHers dee ftsfieds ) furet que Is liSH oit.il eft , ejl une term gC- ï’h Sel Traité de la Divinité famé ; & qu'après avoir retiré le peupla hors du païs d'Egypte , le même Ange ( car nous avons fait voir que c’eft le même ) lui parle de la forte : Tu n'auras point d'autre Dieu devant ma face. Or il femble que cet Efprit veut rendre en cela les Ifraëiites coupables d'impieté & d'idolâtrie : d'impieté ; car fi le Dieu fouve- rain eft encore plus digne de nôtre adora- tion que cet Ange , comment celui-ci ofe-t-il dire fi généralement & fans aucune reliric- tion , Tu ri auras point d'autre Dieu devant ma face ? d'idolâtrie î car puifque cet Ange , de quelque cara&ere qu'il foit revêtu , n'eli pourtant point le Dieu fouverain , comment oie t' il exiger des hommages qui font les plus propres au Dieu fouverain? En effet > îorlque la Loi du Décalogue nous ordonne de fervir le Seigneur , & de ne fervir que lui * ou elle entend parler d'une adoration fuprême , ou d'une adoration fubalterne.. ( Nous avons expliqué ailleurs ce qu'il faut entendre par ces.* deux termes. ) Si la Loi fie parle que de l'adoration fubalterne ; on peut dire qu’il n'eft pas même fait mention de l'adoration fuprême dans la Loi du De.- calogue. Si la Loi parle de l’adoration fuprê- jne , comme nos adverfaires le reconnoif- fent eux- mêmes il s'enfuit que l'Ange du Seigneur , encore qu'il ne fût pas le Sei- gneur ou le Dieu fouverain , a demandé des Ifraëiites une adoration fuprême ,qni B'eft dûdÊqu’au Dieu très-haut, & que par conféquent il les a engagez dans l'idolâ- trie* Or. cette idolâtrie aura, eu trois cara&eres ijurprenans. Le premier eft , qu’elle eft itv de. la part, des Ufaëjjtes, Us. ne fouf de Jefus - Chrifî. 30* point coupables , iors qu’ils penfent que celui qui fe dit le Dieu de leurs Peres , eft: en effet le Dieu fouverain : & que celui qui fe vante d'avoir donné la bouche h l'homme , & d’avoir fait Le fourd & le mu*,t , le voyant & l’aveugle , étoit le Créateur de toutes chofes ; ni ils n'ont été coupables de rendre à celui qu'ils ont regardé comme lp Créateur S c le Dieu fort , une adoration fuprême. Le fécond , c’eft qu'elle fera une idolâtrie d'inllitution divine , s'il m'eft permis de parler de la forte. Ordinairement l'idolâtrie &c la fuperftition fortent du fond de nôtre corruption , & doivent leur naiffance aux pallions qui nous attachent à la terre : mais voici une fuperftition ou une idolâtrie qui naîtra de la révélation celefte , s'il eft vrai, que la révélation de Moïfe doive être hono- rée de ce titre. Car c'eft Dieu lufmême qui envoyé fon Ange , qui le revêt des caraéte- res les pVis propres & les plus dfentiels de fa gloire , ou du moins c'eft un Ange qui fe vante d'être Dieu , & le confond avec lui ; En effet 5 lorfque cet Ange dit à Moïfe. Je fuis le Dieu d' Abraham , d'ifaac & de Jacob 3. ou il a deffèin de paffer pour le Dieu de ces Patriarches , ou il n’a pas ce deffein. S'il n'a pas ce deffein , fon difcours depuis le com- mencement jufqu'à la fin eft extravagant. Et s'il a ce deffein , c’eft lui qui engage les enfans d'ifrael dans la fuperftition & dans l'i- dolatrie. Le troifiéme caraébere que noM trouve- rons dans cette idolâtrie , eft qu'elle aura été néceffaire & inévitable. Car afin que les ïfraëiites ayent pu s'en deffendre dans cette occafion , il auroit fallu qu'ils euffent pff jàQiuer de. l'une,. ou. de i'au;re de. ces den^. v&r- jro Traité de la Divinité: ritez : que le Dieu fouverain fe manifëftanr aux hommes , ne fût pas digne du culte & de l'adoration qu'il demandoit : ou que ce- lui qui s'étoit manifefté à Moïfe , & qui fe manifefteenfuite au peuple en Sina, n’étoitr point le Dieu fouverain, encore qu'il fût ce- lui qui fait le fourd & le muet , le voyait & l'a- veugle. ïl ne fert de rien de dire ici , que l'Ange du Seigneur parle en la perfonne de celui qu’il reprefente , & que c'eft entant qu* Am- baffadeurdu Dieu très-Haut , qu'il porte les noms & les titres de Dieu. Car première- ment, s’il n’eft que l’Ambafladeur du Dieu fouverain , il a du. le dire à Moïfe , lorfque celui - ci demande à le connoître , & veut fçavoir qui eft celui qui l 'envoyé , pour pouvoir le dire aux enfans d’Ifraël. Il a donc dû. lui dire , Je fuis le Mcffager ou ï*Am- bajfadeur du D;eu d' Abraham y d'ifaac & de Jacob y & non pas , Je fuis le Dieu d' Abraham s. d'Iftac & de Jacob. En fécond lieu , un Am- baûadeur n envoyé pas un autre Ambalfa- deur , comme cet Ange qui délivre les en- fans d’Ifraël hors du païs d’Egygte, & qui dit qu’il envoyera fon Ange devant eux s. & qu’il mettra fon nom en lui , c’eÛ-à-dire , fa gloire ; car le nom de Dieu , comme cha- cun fçait, fe prend pour fa gloire , témoin cette expreffion de la Priere Dominicale , Ton mm foit [cmchfié : & cela vouloit dire , qu’il le feroit comme le dépolïtaire de fes merveilrcs , & l’inftrument de fa puiflance. Pour un troifiéme , un Ambalïadeur n’im- pofe point de nouveaux noms à fon Maître , & encore en parlant en fa perfonne, & fe mettant en fa place. En quatrième lieu , un Ambafladeur pour reprefencer.le Roi,ne peut. de Jefut-CHrifi. 311 point dire , Vous ne reconnaîtrez, point d'autre Koi que mot , car dèflors il perd la qualité de fidèle fujet , & devient l’ennemi de fon Prin- ce.- Pour un cinquième , un Ambafladeur ne s’attribue pas le mérite perfonnel du Prince >, comme la fagefie , Tes lumières , &c. com- me vous voyez que cet Ange s’attribue les attributs & les qualitez de Dieu; fa puiiTan- ce 3 comme lors qu’il trouve mauvais que Moïfe ne veiiiiie pas obéir à celui qui a don- né la parole à l’homme : fa juliice ; car dit- il j je ne tiendrai point pour innocent celui qui aura pris mon nom en vain \ fa compaflion , comme lors qu’il dit , qu'il fait miferi corde en mille générations à ceux qui le craignent , & qui gardent [es commandemens. Enfin jamais Ambafladeur ne s’eA attribué les noms , les. titres , les ouvrages , les hommages & toute la gloire de celui qu’il reprefente , fans ref- triâion ni limitation : fans émouvoir la jz- loufiedefon Maître, & fe rendre coupable du crime de leze-Majeflé. Car un Ambafla- deur efl: apellé à procurer la gloire de fon-. Maître , & non pas à lui dérober les homma- ges qui lui apartiennent. Qu’on cherche tant qu’on voudra des exemples capables d’autorilèr une pareille conduite ; j’ofe dire qu’on n’en trouvera qu’un feul , qui efl: celui du théâtre , où l’on voit un particulier prendre tous les noms & tous les titres du Roi qu’il reprefente • comme il s’en attribue les ouvrages, & en exige les hommages : mais on fçait que tout cela ne fe fait que fauflement & par fiélion : qu’il n’y a là rien de féritux : & que fi ceux, qui joiient les rôles de théâtre , prétendoient: (ërieufement à la fidelité & aux hommages -, <Ù£s. fpe&areurs , ils deyiendtoient dignesjte; 3 1 1 _ Traité de la Divinité mocquerie, & criminels de leze - Majefté. Ce feroit un horrible blafphême , que de concevoir la Religion de Moïfe comme une fiélion & comme une comédie , ou un An- ge joüeroit 3 pour ainfi dire , le rôle de l’E- tre fouverain ; puifque ce feroit faire du Dieu de vérité le Dieu de I’impoflure. Ce feroit lui attribuer de fe louer de nôtre cré- dulité & de nôtre foiblelfe , & en faire une farce impie qui ne tromperoit pas feule- ment les hommes , mais encore qui ôteroit à Dieu l’adoration & les hommages qui lui îui apartiennent , pour les donner à la créa- ture à laquelle ils n’apartiennent pas. Que pourroit faire un Ange de ténèbres » quiaurcit le deffein de féduire les hommes en les fouft rayant à robéïffance & au culte du vrai Dieu , que pourroit - il faire autre chofe 3 que de fe revêtir des noms , des ti- tres & des ouvrages de la Divinicé , & de crier aux Ifraëlites ,Je fuis le Dieu d’ Abraham, le Dieu d’ifacu , le Dieu de Jacob ? Il efl i.mpoflible de fupofer que celui qui parle aux Ifarélites , eft une (impie créature fans demeurer d’accord qu’une (impie créa- tures voulu pafjer dans cette occafon pour le Dieu des He^/eux. Car le moyen de con- cevoir qu’un Ange qui ne veut point paTër pour le Dieu d’Ifraei , s’écrie en parlant à un homme qu’il doit inftruire de ce qu’il ell } Je fuis le T)ieu cï Abraham ? &rc* Que Jfï c’eft ici une fimple créature , & que n&'js ne puifïïons nous empêcher de re- eonnoître qu’elle veut fe mettre en la place de Dieu , nous lui attribuons pour cela, mê- me l’impiété & le deiîêin de nous engager dans fidolatrie : & fi nous y remarquons de & miracles >. ces miracles nous. de Jefm - Chvift. 3 1 ^ font juftement fufpe&s , puifque la Loi eiie- même nous engage à juger des miracles par la doctrine j & non pas de la doélrinepar les miracles. S'il s'élcve entre vous , dit-elle, quelque Prophète ou Seigneur de fondes , &c. En un mot , la Religion perd infenfiblement Tes cara&eres ; & au lieu qu’elle eft un com- merce avec Dieu , on conçoit l’horrible foupçon qu’elle n’eft plus qu’un jeu de i’Ef- prit de ténèbres. Cette penfée eft afFreufe; mais il n’eft pas facile de la perdre dans cette première fu- pofition. Car quels caraéteres trouverez- vous après cela dans la Religion, qui vous lafaffent reconnoîcre pour ceîefte Se divine ? Si vous me parlez de fa fainteté > c’elt ce qui eft le .plus révoqué en doute. Quelle fainteté trou- vera-t-on dans une Religion dont les princi- pes dïèntiels font l’impiété & l’idolâtrie. Si vous doutez que Dieu a parlé à Moïfe : on vous montre que ce n’eft point Dieu, mais un Efprit qui a voulu fe mettre en la place de Dieu , qui lui eft aparu. Si vous alléguez tant de merveilles que Dieu a faites par le mini ftere de Moïfe : on vous répondra que les Magiciens de Pharaon firent de grands prodiges ; 8c que tout au plus on ne peut conclure de cela autre chofe, finon que l’Efprit qui agilfoit par Moïfe , fut plus fort que celui qui favorifoit ces Magiciens : les miracles ne pouvant être bien juftifiez , ni bien reconnus venir de la puiftance de l’Efi prit de Dieu , que quand ils fonyiccompa- gnez de la fainteté ; caraélere qui*ous man- que , fi l’on fupofe l’impiété & l’idolattie dans la Religion de Moïfe. Tome 1 77, Di 314 Traité de la Divinité CHAPITRE II. Suite de la meme preuve. POur mieux comprendre que cet Ange qui fe révélé à Moïfe , a entrepris fur les in- térêts de la gloire du Dieu fouverain , fupofé que cefoit ici une fimple créature , vous n’a- vez qu’à remarquer trois chofes confidera- bles fur ce fujet. La première eft , que le deffein de Dieu a été d’élever Jefus - Chrift par-deffus tous les Anges. Car il a été dit de lui j Que tous les ^Ange si' adorent. Il a obte- nu un nom plus excellent qu’eux. C’eft la doélrine de l’Auteur facré. Car auquel des Anges , dit-il , u-uil dit, Sieds-toi a ma droite jufqu'à ce que j'aye mis tes ennemis pour le mar- chepied de tes pieds ? La fécondé chofe qu’il faut remarquer , eft, que Jefus-Chrift, félon nos adverlai- res , a été élevé par - deffus les Anges , non à l’égard de fa nature , étant certain que la nature de l’Ange eft précifément en foi au- delfus de I’éxceîlence delà nacure humaine j mais à l’égard de l’office, des charges ou des dons qu’il a reçus. Car c’eft feulement par fon office qu’il eft appellé Dieu , s’il faut s’en raporter à leur fentiment. Latroifiéme eft , que fi c’eft un Ange qui aparoît aux Patriarches , à Moïfe , & qui délivre les Ifraëiites de leur captivité , il faut demeurer, d’accord que contre le deftein de Dieu , umftnge a été plus élevé & plus ho- noré que Jcfus-Chrift. En effet , Jefus-Chrift , félon nos adverfai- res , a été nommé Dieu par quelque efpece 4’analogie ; & celui-ci eft appellé le Dieu cTA- de Je fus - Chrîft. $iç- braliam , d’Ifaac & de Jacob. Jefus- Chriit , félon eux , n'aura été adoré que d’une ado- ration fubaîterne. Celui - ci fe fait adorer comme i’Etre fouverain. Tu adoreras le Sei- gneur ton Dieu, Tu n'auras point d’autres Dieux devant ma face. Jefus - Chriit fe fera attribué les ouvrages de Dieu. Cet Ange fe les attri- buera plus clairement encore, endifant , Qui efi-ce.qiii a fait le fourd , eu le muet , ou le voyant t ou l'aveugle ? N'ejl-ce pas moi le Seigneur ? je fuis V Eternel ton Dieu qui t’ai retiré hors dk pxïs d'E- gypte , de la maifon de fervitude. I! aura été nommé d’ailleurs le Dieu pojfeffeur du c la Rédemp- tion du monde, que les Piophetes npor- de Jef u ■ Chrifi. 317 toient uniquement au Dieu fouverain , &c. Il efi confiant que cette Ecriture lui attribue la puifiance de Dieu , l'éternité de Dieu , l'nnmenfité de Dieu , la providence de Dieu, la jufiiee & la mifericorde de Dieu. On voit que Jefus-Chrift nous efi reprefenté comme écant un avec Dieu , égal avec Dieu , le mê- me que Dieu. C'eft une chofe certaine qu'il efi apellé dans l'Ecriture , le Seigneur » le Sei- gneur de gloire , Seigneur Dieu , Dieu manifefié en chair y le grand Dieu & Sauveur , le Dieu fort » le vrai Dieu , le Très-Haut» Dieu fur toutes chofes béni éternellement •» & je foûtiens qu'une créa- ture qui a voulu entreprendre fur la gloire de la Divinité , en fe revêtant des caraéteres qui lui font les plus propres , n'a pû agir au- trement , ni mieux réüfiir dans ce delfein. Mais afin qu’on ne nous acculé point de faire ici un entafiément fufped de paflages con- teftez , il efi bon de ies conuderer un mo- ment dans le détail. je dis donc premièrement , que l’Ecritu- re lui attribue tous les ouvrages de Dieu. Car pour commencer par celui de la créa- tion , l'Apôtre Saint Paul pouvoit-il mieux donner ce cara&ere à Jefus-Chrill que par ces paroles fi expreffes & fi remarquables ? Car tn lui ont été créées toutes chofes qui font aux Collejf. deux , & qui font en la terre » les chofes vifibles 1. O* invijibles , fit les trônes » ou les dominations , OH les principautés , ou les puifjances : toutes chofes , dis- je , font créées par lui & pour lui. Il efi avant toutes chofes » & toutes chofes fubfiftent par lui. Il nefertde rien aux^ociniens de chicaner ici en changeant le terme de créées en celui de renouvelles , ou reconciliées. Car ces dernieres paroles , Toutes chofes font par lui 0* pour lui. Il efi avant toutes chofes , & tou- D d iij 3 ï S Traité de la Divinité tes chofes fubftflcnt par lui , montrent qu'il ne s'agit point - là d'une création métaphori- que. D'ailleurs, ce paffage s'explique fufS- famment par plusieurs autres endroits de l'Ecriture, qui difent , qu'il y a un Jeul Sei- gneur par lequel' font toutes chofes j que Jefus- Chrijl a fait le monde , qu’il a fait les fiécles j que toutes chofes ont été faites par lui , que fans lui rien de ce qui a étéfaityn'a été fait , qu’il a fondé la terre , & que les deux font l'ouvrage de fes mains , &c. Que iî toutes ces exprefc fions doivent être tirées hors de leur ufage naturel & de leur lignification ordinaire ^ on ne peut fe difpenfer de croire que le Saint- Efprit a eu deiTein de nbus tromper. Le fé- cond ouvrage que l'Ecriture attribue à Jefus- Chrift , c’en la confervation du monde. Un Auteur lacré dit expreffément, qu'il fondent toutes chofes par fa parole puiffante. Le troifiéme, c’eft la rédemption des hommes. Il eft dit * que Dieu s’efi acquis l'Eglife par fon propre fang , &c. Paroles remarquables , qui nous mon- trent , & que Jefus-Chrift efc Dieu , &r qu'il nous a rachetez, & qu'il nous a rachetez en qualité de Dieu : étant tout à-fait aparenc que l'Apôtre ne joint ici le nom de Dieu avec ceiui de racheter , que pour nous faire faire réflexion fur cet ancien oracle , Dieu luï-méme viendra , (y vous fauvera 5 Ô* alors les yeux des aveugles feront ouverts , Ô'c. L'Ecri- ture attribue en quatrième lieu à Jefus- Chrifl l'ouvrage de la providence , & parti- culièrement celui de la conduite ordinaire des fiécles. ^ ) Voici y dit- il , je fuis avec vous jufqua la confomvtation du fié ch. Et ailleurs. Là ou il y aura deux ou trots ajfemblez en mon nom y là je ferai au milieux d'eux : promeiïe «lue Jefus - Chrift ne pou voit executer entant d e Jtf us - Chriff. 3 rÿ qu'homme, mais feulement entant que Dieu; parce qu'entant qu'homme il elt borné par les tems & les lieux , au lieu qu'entant que Dieu il agit indépendamment des uns tk des autres. Car de dire qu'il fe trouve au milieu de nous par fon Efprit , cela ne fatisfaic point. Si cet Efprit que nous recevons, d't l'Èfprit de Jefus Chrilt , il s'enfuit qu'il ell Dieu , puis qu'il agit & opéré par- tout : f c’eft l'Efprit du Dieu fouverain , il faudra dire que c'eft fon Pere , & non pas lui , qui fe trouve avec nous. D'ailleurs , quand il fe- roit vrai de dire que Jefus - Chrilt feroit en nous par la foi qui elt un don du Saint-Ek prit, comment feroit-il au milieu de nous? car cette derniere exprefiîon lignifie quelque chofe de plus particulier. Enfin Elizée reçue Une portion de i'efprit d'Eiie , parce qu'il reçut de Dieu des dons femblables à ceux de ce premier : cependant or. n'a jamais dît qu’Elie fût avec les Juifs , ni au milieu dé leurs affemblées depuis fon Afcénfion dans le Ciel. Le cinquième ouvrage qui eft mani- feltement attribué à Jefus - Chrilt , c'elt ce- lui de nôtre fanétifîcation. C’efl lui qui diffipc nos erreurs. Il illumine tout homme venant au monde. Il nous enfeigne , parce que la vérité efl en lui, La grâce efl donnée a chacun félon la mefure du £,‘ r) >' den de Chrifl. Notes pommes vivifie f par Chrifl , & fauve z par fa grâce : 3c cependant la fanélifica- , * tion elt un ouvrage tout divin. Car c'efi Dieu e"' 3* qui produit en nous avec efficace le vouloir , le faire félon fon bon plaiftr. En fixiéme lieu * l'Ecriture attribue à Jefus-Chrilt® glorifica- tion des fidèles. "Pour ce que tu as gardé la pa- ra e de ma patience , dit le Sauveur dans l'A- pocalypfe , je te garderai aufjï de L'heure de la tentation qui doit fur venir au monde tmiverfef D d iiij Traité de la Divinité Qui vaincra , je le ferai être une colornne au tem- fie , &C. Qui vaincra , fera vêtu de vêtemens blancs , <& je n'effacerai point fon nom du livre de vie , &c. Qui vaincra, je le ferai feoir avec moi fur mon trône , 8cc. On peut dire fans fe tromper en fécond lieu , que l'Ecriture attribue à Jefus- Chrift toutes les vertus de Dieu : la puiiTance de D ieu , puifque c'eft par la parole pui (faute de Jefus - Chrift que toutes chofcs fubfi fient : la con- noilfance de Dieu , puis qu'il eft dit de Jefus-Chrift , quil fonde les cœurs & les reins , & que S. Pierre lui dit. Seigneur , tu connais toutes chofes : l'éternité de Dieu , puifqu'il eft apellé le Pere de l'Eternité l & qu'on lui apli- que cet oracle qui avoir pour objet le Dieu Ibuverain : Ils périront , mais tn es permanent-, {y tes années ne défendront point : i'immenfiié de Dieu , puis qu'il eft dit de Jefus-Chrift converfant fur la terre 5 qu’il eft dans le Ciel : Nul n'eft monté au Ciel , fi ce n’efi telui qui eft défendu du Ciel $ fcavoir , le Fils de t'hom* me qui eft au ciel : & que Jefus - Chrift après fon Afcenfion fe trouve encore au milieu de nous ; & qu'étant au Ciel où il eft afïis à U droite de Dieu , il reçoit l’efpric d’Etienne qui le remet entre fes mains , & lui dit : Seigneur Jefus , reçois mon efprit : l'invifibilité de Dieu 5 qui dans le ftile de l'Ecriture, em- porte quelque choie de très - propre à Dieu , puifque Jefus-Chrift eft apellé l'image de Dieu invifible : l'intelligence de Dieu , puis que même Jefus - Chrift eft nommé par les Ecri- vains facrei'^ la fagejfe de Dieu :Ja fidelité & la vérité de Dieu , puis qu'à cet égard il eft nommé Y Amen , le Fidele , le Véritable , & même la Vérité par excellence : la mifericor- àc de Dieu 3 puis qu'il pardonne les péchez * ,, JeJefa-Chrtf. jti qu il les blanchit , & nous judifîe par Ton lang : l’autorité de Dieu , puis que Je fus- Chriit fait évangelifer aux hommes en fon nom , & qu’il envoyé fes Difciples baptifer par toute la terre au nom du Pere , du Fils & du Saint Efprit î qu’il fait des comraan- demens aux Efptits immondes, comme étant Je Maître de la nature , & leur dit : Efprit Jourd & mue t , je te commande de Jortir hors de i»i i qu’il donne pouvoir aux autres de faire des miracles en fon nom ; & qu’on voit les boiteux fe lever , &• marcher au nom de Jefus-Chrid, comme les Prophètes faifoient des miracles au nom de Dieu : la juftice de Dieu j puifque c’ell de Jefus - Chrift que Jean-Baptide dit , II a Ça pale en (a main ,& nettoiera fon aire , Ô* ajfetnblera le froment dans fes greniers : mais U brûlera la paille au feu qui ne s’éistnt point : la feverité de Dieu envers fes enfans qu’il châtie & éprouve par divcrfes affligions que la providence leur envoie * car jelus-Chrilt dit de lui- même en ce feus j Jersprens & chatte tous ceux que faims. Jfrcns .donc zele t & te repens. CHAPITRE IV. Suite de la meme preuve. IL faut reconnoître en troifiéme lieu , que Jefus-Chrid porte dans l’Ecriture les titres les plus éminens de la Divinité. Il avoir été dit de Dieu , Toi feul es le très Haut% Zacha- rie apelle Jefus Chrift le tres-Haut , devant la face duquel fon fils devoit marcher. La Majeté de Dieu étoit marquée dans les an- ciens oracles par le titre de Roi de gloire » c’eft à dire , le Saint par excellence > par la. Tu es feul Suint» Apoc. 15- lit Traité de IcCpivlnité bouche des Prophètes : c’efl Papellé trois fois Suint d’Ifaïe. Jefus-Chrift eft le trois par les Auteurs facrez, le Suint & le Véritable ■ com- ïiie il eft nommé le Rédempteur , le Sauveur , le ? rince ou le Roi des Rois , & le Seigneur des Sei- gneurs , le premier & le dernier , celui o[ui eft vi- vant aux fiécles des fiécles , &c. qui font tous les titres de l’Etre fuprême. Il faut ajouter à cela , que Jefus - Chrift félon les idées de cette Ecriture, eit un avec Dieu 3 égal avec Dieu , le même que Dieu, Un avec Dieu : qar Jefus-Chrift nous le. fait allez clairement entendre , lors qu’il nous dit , Moi & le "Pore femmes un. Et il ne faut pas nous objecter ici , qu’il eft incertain s’il s’agit en cet endroit d’une unité de na- ture, ou d’une unité de concorde : ou mê- me que l’unité de concorde femble avoir piûtôt lieu ici que l’unité de nature, parce que Jefus-Chrift nous exhorte ailleurs à être avec lui , comme il eft un avec fon Pere, de forte que comme nous ne fommes un avec Jefus-Chrift que- d’une unité de con- corde & de confentemem , & point du tout d’une unité d’eftence , 6c de nature : nous pouvons conclure que Jefus - Chrift rfeft point un avec fon Pere d’une unité de nature , mais d’une unité de concorde. Cette difficulté n’ôce rien de la force de nôtre preuve. Car comme lorfque Jefus- Chrift nous exhorte à être parfaits comme .nôtre Pere qui eft aux Çieux , eft parlait, nous n’étendons pas fes paroles à la rigueur, & ne croyons point que Jefus - Chrift nous ordonne d’être aufli parfaits que Dieu , mais feulement de prendre la fainteté de Dieu pour le modèle de nos aétions , & de l’imiter autant que cela fe peut , 3c que de Jefu? - Chrift. 323 nous en fommes capables : ainfi, lorfque Jc- lus-Chrill nous ordonne d'être un avec lui, comme il eli un avec Ton Pere , il ne pré- tend pas nous dire que nôtre communion avec lui doit être auffi forte & de ia même nature que fon unité avec fon Pere ; car cela n'elt point polïible , & la penfée en feroit extravagante : il veut dire feulement , que fon unité avec le Pere doit être comme le modèle de la communion que nous devons avoir avec lui , mais un modèle d’indemni- té , s'il eft permis de parler de la forte. Au refte , quel que foit le fens de ces paroles , Soyez, un comme moi & le Pere femmes un , il cil toûjours raifonnable de penfer , que lors qu'en S. Jean ch. 10. Jefus-Chrifi: dit , Moi & le Pere fommes un , il l'entend d'une unité d'elîence ou de nature. Car ayant protefré dans les verfets précédées , que fs brebis ne périront j ornais , 8c que nul ne les ravira de fa main , il ajpûte , Moi (y le Pere fommes -un, pour confirmer cette penfée : c'ellà-dire évi- demment, Nous fommes un d'une unité de p:if- fance. Or oui dit que deux font un d'une unité de puiffanee , dit auffi par necefficé qu’ils font un d'une unité d’efifence 8c de na- ture. Un homme ordinaire peut être avec lin Dieu d'une unité de çonfentement ; ii n'a qu'à fe foumettre aux ordres de fa providen- ce : mais il ne fera point pour cela en état ni en droit de dire , Ceux-ci ou ceux-là ne pé- rit ont jamais. Nul ne me les ravira de ma main. Car moi le Pere fommei un. Ce langajP feroit infenfé , parce qu'il lignifie naturellement une unité d'elfence & de vertu, qui ne con- vient en aucune forte à cet homme donc nous parlons. Mais ce qui nous ôte toute forte de doute fur ce fujec , eil que cettê 314 Traité de la Divinité expreÆîon eft foûtenue par mille autres ex- pie Étions qui l’expliquent. Je mets en ce rang l’égalité avec Dieu, que l’Ecriture attribué à jefus - Chrilt. Je veux que dans ces paroles , Il n’a point réputé à rapine d’ être égal à Di eu , cette expreffion , il n'a point réputé à rapine , foie obfcure ou é- quivoque : il eft toûjours vrai que l’Ecriture attribué à Jefus- Chrift une efpece d’égalité avec fon Pere , & quelle que foit cette éga- lité , elle nous montre invinciblement que Jefus- Chrift eft un avec fon Pere , non Am- plement d’une unité de confentement j car pour être un avec Dieu de cette efpece d’u- nité , il n’eft pas néceftaire d’être égal à lui; mais d’une unité d’eflence ou de nature , car autrement l’oracle de Dieu parlant par les Prophètes, fubfifte toûjours, Qui cft fem- hlable à mot ? Tout ce qu’on dit fur ce fu- jet pour prévenir cette preuve ne fert de rien. On dit que c’eft-là une égalité figurée Ôz hyperbolique. Mais a-t-on bien remar- qué , qu’encore que les Ecrivains facrez em- ployait quelquefois l’hyperbole , ce n’eft: jamais lors que cette figure peut intereffer la gloire de Dieu , en faifant un indigne para- îelle du Créateur avec la créature? Quel- ques-uns ont dit que J. C. écoit égal avec Dieu, parce que Dieu le Pere i’avoit élevé jufqu’à fon égalité. Kîaison ne fixait ce qu’on die quand on parle de la forte. U implique contradi&ion que Dieu élève quelqu’un à fon ég(Jité , parce qu’il ne peut élever quel- qu’un/‘fans qu’il lui foit fuperieur , & que d’ailleurs , la gloire que le Dieu fouverain a d’être ce Dieu fouverain , eft incommu- nicable à quiconque n’eft point d’une mê- me effence avec lui. Au refte il eft extrême- ment important de remarquer , que ces de Jefus - Chrift. 3 1 y idées , un avec Die» , égal avec Dieu y être le propre Fils de Dieu , & être Dieu , font à peu près les mêmes dans le ftile de l’Ecriture , & c'eft pourquoi rien ne nous empêche de les expliquer les unes pour les autres. Car quand jefus- Chrift dit devant les Juifs , que lut & le pert font un , les Juifs prennent des pierres , & veulent le lapider. Et lorfque le Sauveur du monde leur demande la caule de ce mauvais traitement , ils répondent , Nous ne te lapidons point pour quelque bonne œu- vre. , mais parceque toi étant homme , tu te fais Dieu. Vous voyez bien qu'ils prennent pour Une même chofe , être un avec le Vers , 3c être Dieu. Il eft bon aufti de remarquer , qu'ils n'accufent point Jefus-Chrift de fe di- re le Fils de Dieu dans un fens figuré. Ils n'auroient pas tant faic de bruit, s'il ne fe fût agi que d'un homme qui fe difoit Fils de Dieu par métaphore & par adoption. Car iis prétendoienc i’ctre eux-mêmes dans ce fens, Nous avens , difent-ils , unpere qu't e fi Dieu. Ils enten doienc fans doute tout autre chofe que cela , lorsqu'ils difoient , Nous avons une Loi , & félon cette Loi il doit mourir , car il s eft fait Püs de Dieu. Ils s’expliquent aufti , & accufent Jefus Chrift de fe faire égal & femblable à Dieu. Et en effet , l'i- dée naturelle de fis propre, de fils unique , de fils par nature , emporte une efpece d’éga- lité qui eft une égalité d'effence & de natu- re ; & l'on ne peut concevoir que Jefus- Chrift foit engendré propremen#du Pere Eternel , fans concevoir que le Pere Eternel lui communique fa fubftance , comme dans les générations ordinaires & proprement di- tes , un pere communique fa vie & fa fubf- tance à fon liis. Or Dieu communique tou» Traité de la Divinité te fa fubftance ou une partie de fa fubftance. Il ne communique pas à Jefus-Chrift une partie de fa fubftance , puifque la fubftance de Dieu eft indivisible. Il faut donc qu'il la lui communique toute entière , & qu’ainfi le Fils foit d'une même eiïence oit d'une même fubftance que le Pcre. On me dira que ces idées font littérales. J’en conviens , & on ne difpute pas ici de la chofe en elle-même, mais de la penfée que pouvoient avoir les juifs , lorfqu'iîs entendoient Jefus-Chrift qui fe difoic le propre te le véritable Fils de Dieu, je dis qu’il ne faut pas s'étonner que prenant fes paroles dans un fens littéral, iis crûftent entendre que Jefus - Chrift fe fai- foit égal&r femblabie à Dieu. Mais ce qui montre qu'ils ne fe trompoient point dans la penfée qu'ils avoient en cela , c'eft que Jefus-Chrift ne fe met point en peine de les defah.ufer , & l'Evangelifte ne fuplée point en cela au ftlence de Jefus - Chrift , comme lorfqu'il dit au fujet du temple , qu'il parloit du temple de fon corps , & au fujet des Difci- ples qui croyoient que Jean ne mourreit pas , trompez par le mauvais fens qu'ils donnoient aux paroles du Fils de Dieu. L'E- vangelifte ne dit rien pour nous faire voir que les Juifs prenoient les paroles de Jefus- Chrift dans un mauvais fens : Se cependant ce Silence engageroit dans l'impiété te dans l'idolâtrie. Il eft vrai qu'on nous objeCte ici que Je- fus -ChriCÇ femble répondre à cette ob- jection, Se lever cette difficulté , lorfqu’il dit aux Juifs , que puifque leur Loi donnoit aux hommes le titre de Dieux , ils ne dé- voient pas être furpris qu'il prît la qualité de Jefus - Chrifl. 317 de Fils de Dieu , lui que le Pere avoit fanéti- fié. Ca-r premièrement, nos adverfaires eux- mêmes font contraints d'avouer que J. C. ne s'explique pas entièrement par cette ré- ponfe. Ils .demeurent d'accord que Jefus- Chrift eft Dieu dans un feus plus éminent que ceux defquels il a été dit , vous êtes Dieux , mais vous mourrez comme des hommes : & û l'on vouloir prouver que Jefus - Chrift n'eft le Fils de Dieu que dans le même fens que ceux-là ont été apeilez Dieux , nos adverfaires s'opoferoient les premiers à cette concîufion. D’ailleurs il eft bon de îçavoir , que Jefus- Chrift répond en trois maniérés à ceux qui lui parlent. Il répond à leurs paro- les , à leurs penfées , ou à leurs be- foins. Nous en pouvons donner des exemples ti- rez de la matière dont il s’agit ici. Il répond à leurs paroles , lorfqu'il fatisfait aux de- mandes qu'011 lui fait , & qu'il répond, par exemple , à cette queftion , Es-tu le Fiis de Vie» ?* Je le fuis. Il répond à leurs penfées , comme lorfqu'il répond à celui qui lui avoit dit Maître qui es bon , &c. Pourquoi m'ap» pelle-tu bon ? il n‘y a qu’un bon , à ff avoir Dieu. Car comme Jefus - Chrift fçait ce qui fe pafte dans le cœur de celui qui l'interroge, il voit bien que cet homme le prend feule- ment pour un Rabbin , pour un Doéleur de la Loi , & c’eft fous cette idée qu'il ne vent point être traité de bon. Car d’ailleurs étant connu pour ce qu'il eft , il ne ^ouvera point mauvais qu’on le traite de bon , puif- qu'il fe donne lui-même cette qualité , lors qu'il nous dit : éprenez de moi que je fuis dé- bonnaire & humble de coeur . dp vous trouverez du repos dans vos âmes. Enfin il répond aux be- 3 ’ $ Traité de la Divinité foins de ceux qui lui parlent , lorsque vo- yant les Juifs qui Taccufoient de blafphême, parce qu'il s'écoit dit le Fils de Dieu , c'eft- à-dire^ comme ils l’entendoient , le Fils propre de Dieu, ou comme ils s'expliquent eux - mêmes , égal & femblabls k lui , il ne répond point direérement à leurs paroles , ni même à leurs penfées, il ne leur dit point qu'ils fe trompent dans le fens qu'ils don- nent à fes paroles ; il ne leur déclare point s’il eit , ou s’il n’eft pas égal & femblabîe à Dieu : mais il répond à leurs bcfoins , & en quelque forte à leur difpofition. Vous htt fcandalifiz -, veut-il dire , de ce que je me fuis dit le Fils de Dieu Si c'efl le mot qui 'vous chèque, vous devi z ff avoir que des fimpUs hcrmr.es font Konm.ef Diciix dans vôtre Loi. Si c'efl la chofe , vous devez cenflderer que cefl moi que le Fers a fancliflc. Et puts que vous lifez les Prophètes, vous devez ff avoir qui efl ce Fils que le Tere fanoHfie. Il y a en ceci un fage ménagement de Jefus-Chriff , qui fçait bien que fon heu- re n'elt pas encore venue pour Touffrir la mort , de qui ne répond point par cette rai- fon directement aux paroles de fes ennemis en leur difant , il efl vrai , je fuis femblabie à Dieu , fçaehant que cette réponfe les auroit remplis de fureur. Mais que fait-il ? Il voit qu’ils affeétent de faire paroître du zelc & de la jaloufie pour la Loi de Moïfe : il les renvoyé à cette Loi. Ec lors qu'ils difent , Nous avons me Loi , & félon cette Loi , cet homme aflit mourir , parce qu’il s' efl fait Ftls de Dieu : il répond , Allez confulter vôtre Loi , & vous ffaurez que celui que le Vere a fanchflé, mérité d'être apeliê le Fils de Dieu , mieux que. ceux qui ont été apelltX^Dieux de vôtre Loi. CHAP. de Jefus - Chrift. il9 CHAPITRE V. Où l'on continué de montrer que Jefus-Chrift ïeft revêtu des carafteres de U gloire du Dieu fouverttin. JE ne fçai û on nous permettra ici une digrefîion : mais elle paroît néceflaire. On ne peut trouver rien de plus opofé que Tétât des Juifs qui accufoient Jefus - Chrift de blafphême , & celui des Juifs qui aplau- dilfoient à Herodc en lui difant , veix de CDïtu , non point d'homme. Cela étant , il faut de neceflïté, quand on juftifie les uns , ^condamner les autres. Les premiers ne veu- lent point que Jefus - Chrift fe faftfe Dieu , parce qu'il eft homme. Les autres ne veu- lent point qu’Hercde parle comme un hom- me , ils lui attribuent une voix de Dieu. Si le Ciel condamne Tim pieté de ceux-ci, juf- qu’à punir exemplairement Herode pour n'avoir point rejetté leurs aplaudiftemens pleins de blafphêmes , il femble qu'il doit necelfairement aprouver le langage que ceux- là tiennent , lorfqu’ils ne peuvent fouffrir que Jefus-Chrift étant homme , il fe fafte égal & femblable à Dieu ; & s'ils fe trom- pent en prenant fes paroles dans un mauvais fens , Jefüs - Chrift doit les redrdïèr 3 en. leur donnant l'explication véritable des ter- mes dont il fe fert. Que fi Jefus -Chrift ne veut point les redrelfer à eau fe “'eux-mê- mes , du moins l'a-t'il dû faire pour l'a- mour de nous , & pour ne laiifer point à ceux qui liront fon Evangile , cette opinion* impie, qu'il s’égaloic au Dieu fouverain. Et s'il n'a pas voulu s'expliquer plus dairo Hsm HL Es: 35Ô • Traité de la Divinité mentj Tes Difciplesont dû marquer nette- ment le fens de Tes paroles , lorfqu'ils les ont raportées. Mais tant s'en faut que cela foit 5 les Dif- ciples du Seigneur , qui fçavoient ces chofes , puifque c'eft d'eux-que nous les ayons apri- îes , &c qui n'ignorent point que Jefus-Chrift a été condamné , accufé d'avoir voulu abo- lir la Loi de Moïfe, & d'avoir blafphemé contre la Majefté fouveraine de Dieu , en fe faifant égal & fembiable à Dieu , le jufti- fient au premier égard , & ne nous lailTent aucun doute làdefifus, en nous marquant diftin&ement en quel fens Jcfus- Chrift a aboli la Loi ,- & en quel fens il l'a accom- plie. Mais pour le dernier , non - feulement ils ne le jullifîent point du crime d'impieté , mais il femble qu'ils n'écrivent en fuite que pour confirmer cette accufatron. Car fçachant ce qui fe palfe ils lui donnent après fa re- forre&ion des titres qu'il n'a jamais pris pen- dant fa vie. Weft -ce pas en effet autorifer je reproche des Juifs , que de prononcer comme fait Saint Paul , que Jefus Ckrifi n'n point réfuté a rapint d’être égal à fon Pere ! Ce qu'il y a de furprenant, c'efi: qu'à l'égalité avec Dieu ils ajoûtent l'indemnité avec Dieu , s'il eft permis de parler ainfi ». en difant de Jefus - Chrill tant de chofes qui n'avoient été dites que du Dieu fouve- verain , & qui ne peuvent être apiiquées à. aucun sptre , fans autant d'extravagance que d'impiété , comme cela a -été déjà re- marqué. Mais afin^ que nous n'en publions point douter , il faut remarquer que les Apôtres le nomment Dieu , après tant de raifons in- vincibles de s'abllenir de l’apeller ainfi. F» uU. y dit Saine Jean y nous avons. cornu la cka? ue j vj us - K^nrij? rhè de Dieu ; c’eft qu'il a mis fcn ame pour nous. Le nom de Dieu ne fuffifoit point , il a fallu le relever par des épithetes , qui ne conviennent qu’au Dieu fouverain.Il elldonc apellé le vrai Dieu le grand Dieu , le Très- Haut , Dieu fur toutes cbofes , le Seigneur ( c’ejfè l’expreffion par laquelle les Septante rendent les plus auguftes noms de Dieu ) le Seigneur de gloire nôtre Seigneur & nôtre Dieu le Sei- gneur le Dieu des ifraelites , le Roi des Rois y & le Seigneur des Seigneurs , celui qui et oit qui efi , O1 qui eft à venir. Ht voilà par quels titres les Apôtres détruifent le foupcon , ou plûtôt l’accufation formelle Se folemnelle drelfée contre lui à la face de tout l’Univers* d’avoir voulu s’égaler au Dieu fouverain. Pour le nom de Seigneur , on convient qu’on le donne à Jcfus-Chrift , & on de- meure d’accord qu’il n’y a que Dieu le Pe- re qui le porte avec lui dans le ftile des Ecrivains facrez. Ainfi voilà inconteftabie- ment un nom qui n’étoic donné qu’à l’Etre fouverain , donné à J. C. Je dis Seigneur , fans rien ajouter , ce qui fîgnide le Seigneur par excellence. ûMon Seigneur & me » Dieu , eft un titre que Thomas lui donne aptes fa refurre&ion * &il ne faut point dire avec nos adverfai- ’res , que lors que Thomas parle ainfi, il s’adreffe au Pere Eternel par une efpece d’a- pofirophe. On voit par l’Evangile , qu’il par- le à Jefus-ChrifL Car le texte pod£ ces pro- pres mots : Il répondit & lui dit* Mon. Sei- gneur & mon Dieu-, & le pronom que nous traduifons par lui , fe raporte fans difficul- té à Jefus-Chrift qui lui avait parlé , . Se à qui Thomas répondit. Le Seigneur, de gloire, peut être confideté çctSr* £■* *i 3$ï Traité de la 'Divinité me une expreffion. paralelle à celle - là. Le R»i de gloire, eft jdans le ftile des Prophètes un titre apartenant au Dieu fouverain. Ls Seigneur de gloire , & le Roi de gloire , ne font que la même exprdüon. Cependant c'elt par ce titre que les Apôtres cara&erifent Jefus- Chrift. S’ils Veuffent connu , ils n'eujfent jamais I. Or. crucifié le Seigneur de glaire >, &c. A quoi il faut a* ajouter 'le titre de Jfoi des Rois , & Seigneur, des Seigneurs , que Jefus Chrift nous eft re» prefenté ayant fur fa cuifte. Ce Roi ou ce Sei- gneur de gloire , c'eft le ires Haut , OU, le Souve rai» dont parle Zacharie. Tu marcheras devant la face du Souverain h &; celui devant la face duquel Jean-Baptiüe a marché , c'eft Jefus^ Chrift. Cela nous montre aufti que Jefus-Chrift eft le Dieu des lfraelites dans l'Ecriture. Car Zacharie continue ainfi fa prophétie. Ft il convertira plufteurs des enfant d'ifraë.l au Sri v gneur leur Dieu , & tl marchera devant lui - ( c’eft-à dire , devant le Seigneur leur Dieu ) en Ïïfprit& en U vertu d'Elte. Celui devant lequel Jean-Baptifte de voit marcher, n'dt donc pas feulement apellé le Dieu très -Haut 9 ii eft nommé encore de Seigneur leur D/>« ou U Dieu des lfraelites. Car c'eft de celui - ci qu'il s'agilfoit. Jefus-Chrift eft apellé. le vrai Dieu. Mais, nous fi avons , dit S. Jean, que le Fils de Dieu cft- venu > & nous a donne entendement pour con- naître celui qui eft U véritable : & nous fommes au veritaftx , a fç avoir , en fin Fils Jefus - Chrift .. Il eft vrai Dieu & la vie. étemelle. Nous ne ré- futons point i'interpretation de ceux qui ra~ portent ces paroles ,, Il eft vrai Dieu, au Pe- ie , non pas au Fils , pareeque nous l'avons aftèz réfutés en important les paroles du. texte* w a '*e JefttCfïnjt. f II elt nomme le grand Dieu par S. Paul écrivant à Tire. Car , dit-il , U grâce de D eu falutaire a tout les hommes efl apparue : nous en- feignant qu'en renonçant k l’infidelité & aux con~ ‘voit i [es mondaines , nous vivions en ce prefent fiécle fobrement , jugement & religion fanent , at- tendant l efperahce & l’aparition de la gloire du grand Dieu & Sauveur Jefus-Chrifi. L'article u*> fans eue coupable de de Je fur - Chrijf. 33 f. ce même crime , bien qu'aucun ne s'imagi- nât que l’Empereur fut un Dieu pour cela. C'auroit été le combie de l'idolâtrie de lui- donner le nom de Dieu , & de lui déférer des honneurs divins , comme firent les Romains en quelques occafîons. D'où vient cela ? C'eit que l'idolâtrie ne confifte pas feulement à donner à la créature tout ce qu'on donne au Créateur , mais fimpîement à lui donner quelque choie de ce qui eft propre à ce der- nier. Or ici les Ecrivains facrez n'attribuënt pas feulement à J.efus-Chrift une partie de ce qui convient au Dieu iouverain , mais ils s'accordent à lui attribuer tous les carac- tères les plus propres & les plus ejfentiels- de fa gloire la plus incommunicable. Ils lui: attribuent les ouvrages , les plus grands ou- vrages de Dieu, fa puififance , fa fageüe fa bonté , fon éternité , &c, fes titres , fes- noms , fa gloire ; & quel moyen de con- fondre mieux la créature avec le Créateur ?■ On ne répondra point, quand en cura-, qu'encore que les Ecrivains du Nouveau. Tefcament parlent de Jefus-Chrirt comme d'une perfonne qui participe en quelque for- te à la gloire de la Divinité ; il fuffit que Jefus Chritt nous déclare qu'il eft moindre que fen Pere , pour ne pouvoir pas etre raifonnablementaccufé d'avoir voulu fe con- fondre avec lui. Cela eft entièrement faux.. Un homme qui aime avec excez for & l'ar- gent , dit pendant toute fa vie , Dieu eft le fouverain bien , & qu'il vaut mieux, que les richelfes , fans laifler pour cela de préférer les richeifes à Dieu , & de devoir pour cette raifon être apellé idolâtre. Un homme qui fe feroic adorer en s'attribuant tous k&nbms & tous les titres de D;eu 3 ns 33^ Traité de la 'Divinité laifferoit point d’être idolâtre, encore qu’il reconnût que Dieu ell plus grand que lui. Ou pour choifîr une comparaifon qui foit plus de l’ufage ordinaire , un homme qui s’attribuëroit fans façon tous les ouvrages du Roi , qui prendroit tous fes titres Se qui fe diroic d’ailleurs le vrai Roi , le grand Roi, le Souverain , le Seigneur dans i’£tat> à qui tout obéît , &c. qui fe feroit traiter de Ma- jefié, & exigeroit des hommages qu’on n’au- roit jamais rendus qu’au Monarque , feroit coupable apurement du crime de leze-Ma.- jefté , quand bien il lui feroit arrivé de di- re une fois que le Roi eft plus grand que lui. Et cela nous conduit à penfer , que dans cette hypotbefe la Religion ne feroit pas feulement une idolâtrie , mais une comedie ou une farce impie, deftinée à jouer Dieu , & à tromper les hommes. Car en effet , on peut dire , ( j’ai horreur de ce blafphême ) que Jefus-Chrift paroîtroit dans PÈglife à peu près comme un comédien fur le théâtre , qui prend tous les noms & tous les titres d’un Monarque , qui s’en attribue les ou- vrages , & qui en exige les hommages , fans pourtant qu’il foit en effet ce qu’il pa- roît être aux yeux des fpe&aceurs 11 y au- roit pourtant cette différence entre l’un & l’autre : c’eft qu’au lieu que quand on joué les pièces de théâtre pour divertir le public , un comédien qui joué ie rôle de Prince & de Souverain , ne prétend pas que le jeu devienne une réalité , Di que les fpeétateurs lui rendent des hommages , après la re- prefentation , ni même qu’ils loient en effet perfuadez qu’il eft le Roi. pendant que ta piè- ce dure ; que s’il le préiendoit, il feroit 14- même digne du dernier fuplice : iqi 3JU de Jefus - Chrïfl. 337 âü contraire on trouyeroit une efpece de farce ou de comedie , où un fimple hofn- me fe diroit Dieu , le vrai Dieu , le grand Dieu j le Dieu fort , & feroit adoré en cette qualité , fans Têtre véritablement , fans qu'il y eût aucun jeu de la part des hommes , qui le confondroient férieufement avec le Créateur , & le diroient égal au Pe- re > & Dieu fur toutes chofes béni été) nelletne nt , étant tous féduits par les Apôtres , qui fe- roient les premiers auteurs de cette dange- reufe & criminelle farce. Il ell certain que la Religion fe change en comedie dans les hypothefes de nos zd- verfaires. Vous y trouvez un Dieu repvefen- tatif, un enfer imaginaires car où eft l'en- fer , fi les âmes des médians s'anéantifient , comme c'efiieur fentiment 5 une fatisfadion qui n'efi qu’en aparence , un facrifice méta- phorique j des menaces ilîufoires ? &c. Mais cette confideration n'efi point de ce lieu. Que fi l’on dit ici que les miracles que Jefus- Chrifi a faits, font des vrais miracles , &c non pas des merveilles artificielles, com- me celles qui accompagnent les reprefenta- tions de théâtre : on ne nous ôtera cette pre- mière penfée que pour nous en donner une beaucoup plus horrible. En effet , quels font ces miracles qui font operez par un homme qui auroit entrepris de fe placer fur le trône de la Divinité ? Si Jefus - Chrifi efi un impie &r un facrilege , comme il Peft fansdoute, s’il ufui^e la gloi- re de Dieu , on ne trouve plus en lui , ni humilité , ni juftice , ni véritable charité , ni zele , ni pieté. Toutes ces vertus s'effa- cent & s'éclipfent par cette fupofiiion, & Tome III, F f $ Traité de la Divinité. Ton doit mettre en leur place , l'orgueil , l'injuftice , le facrilege , l'impiété , la ré- duction. Or comme les miracles accompa- gnez de faintecé , font le câraétere de l'Efprit de Dieu : les miracles autorifant l'impieté , ne peuvent être regardez que comme l'ou- vrage de l'Efprit des ténèbres. On dira peut-être ici , que les miracles de Jefus-Chrift paroifîent divins par leur propre cara&ere ; parce qu'il paroît qu’ils font élevez au deftus de la puiffance de tou- tes les créatures. Mais cela ne fatisfera point, Jefus-Chrift n’a rien fait de plus grand que de reiîufciter les morts. Cependant ce mi- racle féparé de fa fainteté , ne feroit pas ca- pable de nous perfuader qu'il eût une voca- tion ctlefte : &: lorfque nous nous fouvenons que la Pythonifie fait fortir Samuel hors de fon tombeau , & le fait paroître devant Saül , par le commerce qu'elle avoit avec l'Efprit des ténèbres , nous ne croirons pas que la réfurre&ion d'un mort fufîit pour nous convaincre par fes propres caraéteres , & pour vaincre le fcandale que nous donne- roit l'impieté d'un homme qui ufurperoit la gloire de Dieu. Mais ne faliffons pas davantage le papier de ces fupofitions fi hor- ribles. Nous en avons aflfez dit , pour faire voir dans quels effroyables abîmes nous con- duit le principe rie nos adveriaires : & rien , à mon avis , n'eff plus évident déformais , que l'étroite & efientielle union qui eft en- tre h vérité de la Religion Chrétienne, & la Di vinfei de nôtre Seigneur Jefus-Chrift c\ d'une même effence avec fon Pere. C'ett îe grand principe que nous avions det- fein de prouver. Mais il ne fuffit point d'a- voir établi la doctrine , il faut répondre de Jefm-Qhrtfk. 3$j> aux objedions qu'on fait contr'elle : &■ c'ell à quoi nous devinons la fixiéme & derniere Seétion , qui fera un peu plus étendue que les autres. VI. SECTION. Où l'on répond aux principales objec- tions , ôc où l'on tâche de fe fatis- faire fur les difHcultez de ce grand Myftere. CHAPITRE I. Régie fond ciment ale dans cette matière. Après avoir établi les fondemensde la vé- rité, il nous relie à répondre aux princi- pales objeétions que nous font nos adverfai- res fur ce fujet. Ils ont accoutumé de prendre les rai fons dont ils fe fervent pour combattre nôtre fentiment , de ces trois foùrces : de la raifon , de Panalogîe de la Foi & de l'E- citure, avec un tel ordre, qu'ils font plus d'état des preuves qu'ils prennent des prin- cipes de la raifon , que de celles qu’ils pren- nent de l’Ecriture. Ç'eft ce qu'un de leurs plus célébrés Docteurs nous dit d’une forte , smaU qu'il eft impoffible de ne pas comprendre fa cf penfée. Nous croyons , dit- il , que quand nous trouverions dans l'Scriture non une fois ou deux , tnais très- fouvent & très-clahement énmcé , que Dieu a été fait homme , il feroit bexuWup meil- leur , d'autant que c'efi-la une propofttion abfurde , entièrement contraire a la droite raifn , Ô' pleine de blafphême envers Dieu , et’inventer quelque fa - , fon de parler , qui fît qu'on dût dire cela de pieu , Ff ij - 540 Traité de la Divinité que d'entendre ces chofes ftmplement au pied de ht lettre. Cela veut dire , que ces Meilleurs ne ré- glenc pas leurs opinions par üEcriture , mais l’Ecriture par leurs opinions. Mais avant que d’aller plus loin , il eft bon de les redrefiér à cet égard. Si la raifon de l’homme n’étoit pas cor- rompue par le péché , il pourroit compter fur fes lumières , & s’affurer en quelques ©ccafions, qu’il ne fe tromperoit pas : mais encore en ce cas-là n’auroit-il pas lieu de préfumer davantage des lumières de fon efprit , que de celles de la révélation , étant certain que fa connoiftance eft bornée , & que celle de Dieu ne l’eft pas. Que fcra-ce donc , lorfque d’un côté fon efprit eft borné & fini j & que de l’autre la corruption qui lui eft naturelle , & lè commerce néceftaire qui eft entre fes penfées & fes paffions , rem- paillent fon efprit de mille préjugez fi capa- bles de lui déguifer la vérité ? Que s’il n’y avoir que les chofes qui pa- . roiftent conformes à nôtre raifon , que nous dûlfions recevoir par la Foi , il faudroit rejetter tout d’un coup généralement tous les objets que les Apôtres nous ont propo- fez dans leur Evangile. Car quelques efforts que faffent nos adverfaires pour aplanir les grandes difficultés de la Religion , nous y trouverons toujours des abîmes impénétra- bles , pendant que nous voudrons les me- furer par nôtre raifon. Ce n’eft pas nôtre penfée , c’eft celle d’un Apôtre , qui pour cette raifon nomme l’Evangile une folie. Car , dit-il , depuis qu'en la fagejfe de Dieu le monde n'a point connu Dieu par fagejfe , le bon plafir du jfere a été de fauve? les hommes par la faite do de Je fus - Chrîfî. » i r la prédication . Ec en effet , fi les Myltere* ue la Religion n'avoient rien de difficile & d'a~ paremment inexplicable , il u'y auroit au- cune difficulté à croire, & la Foi ne l'eroit pas lin facrifice que Ton fît à Dieu. Je aïs bien davantage : la Foi ne feroic pas plus un don de Dieu , que la perfuafion que les hommes ont des veritez naturelles , & ii ne faudroit pas que la grâce du Saint-Efprit agît davantage pour nous difpo fer à croire, que pour nous mettre en état d'entendre les problèmes de la Geometrie. D'ailleurs , la Foi fe changeroit en vûë , contre le fentiment de l'Apôtre qui nous dit , Nous marchons par foi , Ô’ non point par vue. Car fe perfuader les chofes qui font conformes à nôtre raifon , & ne fe les per- fuader que quand nôtre raifon ne les rejet- te pas , ce n'elt pas- là croire , mais q'ell voir & comprendre. Je ne fçai fi l'on voudroit faire moins pour Dieu , qu’on fait chaque jour pour un homme fage ; que^pous croirions oitenfer , iilorfqu'il nous dit "en nous parlant de quel- que chofe de furprenant & d'extraordinaire. Croyez-moi fur ma parole , cela ejl comme je vous le dis : nous lui répondions , Il faut examiner ce gloire de Dieu , d'entendre non à la lettre , mais dans un fens impropre & figuré , ces endroits de l’Ecriture , qui pouvoient paroître ofifienfier la Ma- jefié de Dieu , comme ces pajfagss de l’Ecriture , qui marquent ou que Dieu deficendit , ou que Dieu fie mit en colere. A quoi ils ajoûtent les paflages qui attribuent à Dieu les parties du corps humain. Mais nos adverfaires commet- tent ici diverfes injuliices. Premièrement on ne peüt point dire, que ce que nous croyons du Myftere de l'Incar- nation, oirenfe plus la Majefté de Dieu , que le fentiment des Anthropomorphites , puis qu’on ne peut attribuer à Dieu les parties du corps humain , fans concevoir des bor- nes, de l'imperfection , & même du chan- gement en lui : au lieu que l'union de la na- ture divine avec la nature humaine, fupofe bien un changement faint &: heureux dans la nature humaine de Jefus-Chrift , mais elle n'en emporte point dans l'effence divine, qui demeure aulîi parfaite qu'elle étoitau- paravant.D'ailleurson ne trouvera point que les expreifions de l'Ecriture prifes dans leur fens le plus naturel , &: comparées les unes avec les autres , nous impofaflent la necefc fité d'être Antropomorphites , ni d'attribuer à Dieu nos foiblelfes & nos déréglemens ; puifque la nature &r la raifon ne difent pas plus hautement que l’Ecriture , que Dieu efi immuable.: qu'j/ remplit les dieux ; que les Cieux des deux ne le peuvent comprendre -, qu'il n'y a aucune variation par devers lui i qu'*7 n’ejt point fiemblable à l’homme ni à aucune des créa-> pures qu’il a formées ; que Dieu efi un efprit. Que fi Von permettoit à la raifon d'ccre de Jefus -Chrift. 343 îa réglé de la Foi, il en naîtroit d’effroya- blés inconveniens. Premièrement , la Foi & la révélation deviendroient inutiles. Car à quoi ferviroit-il que Dieu nous eût fait connoître fon Confeil , s'il étoit permis à la railon de dire : cë n'eft point le confeil de Dieu ; cela ne peut être , car je ne le comprens point ; & qu'alors la confcience dût prendre pour fa réglé , non la révéla- tion , mais le doute que l'efprit auroit for- mé fur la révélation ? D'ailleurs, il feroit impoffible de difliper les ténèbres que le péché a répandues dans nôtre entendement. Car 'comment redrefifer une raifon hère de fes lumières , qui veut regler la révélation par fes préjugez , & non pas fes préjugez par la révélation ? Enfin la Foi feroit une préférence de nos lumières à celles de Dieu , & non point une préférence des lumières de Dieu à nos lumières , puis qu'au lieu de dire, je croi cela, quelqu'incroyableque cela foit , puifque c'eû Dieu qui me l'a ré- vélé s nous dirions , je ne croirai point ce- la , bien que Dieu me l'ait révélé , quel- que claire que foit fa révélation , parce que cela me paroît incroyable. La Foi divine n'auroit aucun avantage fur la foi humaine: au contraire, celle-ci en auroit beaucoup fur la première ; puifque nous aurions moins de foûmifbon pour Dieu que pour nos pe- res , nos maîtres , nos précepteurs , qui nous font recevoir dans la vie civile un nombre infini des veritez par feule au- torité. La Foi fe pafferoit même facilement de l'humilité & de la foûmifiîon du cœur. Çar qu’eft-il neceffaire de fe foûmettre &: de s’humilier , lors qu’il ne s’agit que de fe convaincre des veritez qui fe perfuadens îf i»i $44 Traité de la Divinité par leurs propres caractères , & de ne les embraffer qu'à proportion du raport qu’el- les ont avec nos lumières naturelles ? On objectera vainement , que la raifon efl comme le fondement de la Foi , & qu'ainfi la Foi ne fçauroit être plus certaine que la raifon. J'avoue que la raifon nous mène à la révélation , puisqu'elle nous convaint que Dieu eft infaillible , & que nous ne le fommes pas 5 & qu'ainfi nous ne pouvons mieux faire que de nous condui- re par fes lumières , & de les préférer aux vaines conjectures de nôtre efprit : mais par cela même que la raifon nous mène à cette autorité infaillible , elle nous ordonne de recevoir avec foûmiffion tout ce que cette autorité nous propofe clairement. En effet, on peut diftinguer trois choies dans la Foi : le principe ou la maxime fon- damentale de la Foi , le difcernement de la Foi j & la conclufîon de la Foi. J'apelle le principe de la Foi , cette première ma- xime , fans laquelle il ne feroit pas poffible que la Foi pût naître dans nôtre efprit , cet- te première notion de Religion , Tout ce quer T>ien dit t eft véritable. J'apelle difcernement de la Foi , cet examen de nôtre efprit , par lequel nous nous affilions premièrement fi c’eft Dieu qui parle , & en fécond lieu, quel- les font les chofes qu'il nous dit. Enfin , la conclufîon de la Foi fera cet acquiefcement que nous, donnons à une vérité , & parce que nous ^-ons trouvé qu'elle étoit révélée de Dieu , & parce que nous avons fupo- fé que tout ce que Dieu nous dit, eft véri- table. Cela étant ainfi fupofé , je demeure bien 4’âccord que k raifon nous conduit à rece.- de Jefur-Chrift. $4.7 Voir ce que nous avions apellé le principe de la Foi. C'ell par les plus pures lumières du fens commun, que nous fommes perlua- dez que tout ce que Dieu nous dit , ell véri- table. Je. conviens aufii , que c'eft nôtre raifon qui fait le difcernement de la Foi ; puifque c’eft elle qui elf frapée par les ca- ractères de divinité qui font dans la révéla- tion j & qui enfuite cherche fi une telle ou telle doétrine ell contenue dans la révé- lation , par l'examen & la comparaifon des paflages qui doivent la contenir. Mais c’eft tout i & il faut que la raifon acquiefce à ce que Dieu lui dit, fans fe vouloir éri- ger en juge de la vérité de fes paroles » Jorfqu'elle en a une fois aperçu le fens. La difpofition opofée n'ell pas une foi divine , mais une témérité infuportable d'une raifon qui veut être indépendante de Dieu. C’eft donc un pur blafphême que ce langage* de Smalcius. Quand nous trouverions dans l'E- criture non une fois ou deux , mais très- fou vent & très - clairement écrit , que Dieu a été fait homme : d'autant que c’eft-là une propofition abfurde , contraire à la droite raifon , & pleine de blafphême , d'inventer, &c. Et pour la rectifier , il faudroit dire. Quand cette propofition , Dieu s'efl fait hom- me , nous paroîtroit mille fois plus abfurde & plus contraire à la droite raifon , nous devons être perfuadez que nôtre raifon nous trompe, &: que cette vérité eft certaine, puis qu'elle eft contenue dans la#arole de Dieu. De ces deux langages le premier eft té- méraire , plein de préfomption , & en- ferme une vifible préférence qu'on fait des vues de fon efprit ax idées claires de la 34^ Traité de la ‘Divinité velation : ce qui eft directement contraire à la nature de la véritable Foi. Le fécond au contraire eft humble , raifonnable , & en- ferme une préférence manifefte des idées claires de l’Ecriture aux vûës de nôtre ef- prit : difpolîrion qui fait , pour ainfi dire, j’efprit & Teffence de l'a Foi. Après avoir établi ce fondement , nous pafiérons à la confédération des objections que nous font nos adverfaires fur le fujet du grand Miftere de la Trinité. CHAPITRE IV. Oit l'on fatisfait a la première Ô* plu* confide- râble objection de nos adverfaires , pri - fe du filence de l’Ecriture. NOus n’affaiblirons point ici les preuves de nos adverfaires en les raportant. Nous nous fer virons de leurs propres paro- les, autant qu’il nous fera poffible ; & fî le defir de la brièveté nous les fait quelquefois abréger , leurs objections n’en feront que plus fortes. Celle de leurs preuves, qui nous paroît être la première à fuivre le bon ordre , & qui fans doute elt une de celles qui ont le plus d’aparence , eft celle qu’ils tirent du prétendu filence de l’Ecriture fur le Miftere de l’incarnation. ,, Nous voyons , difent-ils, que leschofes „ qui d%n côté font en quelque forte diffi- ,, ciles à croire , & qui de l’autre font tout- „ à-fait neceflaires au falut, font expliquées ,, très-fouvent & avec beaucoup de clarté „ dans les Ecritures ; telles font la création „du Ciel & delà Terre, le foin que Dieu de Jefm-Chr'ift. 347 & des chofes humaines , la connoifiance cc de nos penfées , la refurre&ion des morts, £C & la vie éternelle que Dieu doit donner £C aux hommes. Et ce ne font pas feulement ££ ces chofes abfolument necelfaires que £C nous trouvons très-diftin&ement & très- £C clairement marquées dans l'Ecriture , £< mais encore celles qui font d'une moindre £C importance , comme cette vérité , que £C ‘jefus - Chriji efl ferti de la femence de David. <ç Or l'incarnation du Dieu fouverain feroit £C d'un côté un article de Foi abfolument £C nécelfaire , fi elle étoit véritable : & de £C l’autre , elle feroit très-difficile à croire, £C &c. C'eft pourquoi il faudroit qu'elle eût £C été marquée très-clairement dans l'Ecritu- ££ re , & qu'elle eût été fi fouvent incuî- ££ quée & repetée par les faints hommes £C qui ont voulu avoir foin de nôtre falut , ££ que perfonne ne put douter qu'elle ne fit ££ partie de leur révélation. Cependant il ££ nous paroît que cela n'eft pas ainfi : pre- £C mierement, parce que les paffages qu'a- £C portent nos adverfaires pour prouver £C leur dogme, font d'une telle nature , qu’ils £t ont befoin de tirer des confequences £C pour en faire fortir ce dogme , que le £6 Dieu très-haut s'eft incarné , ou qu’il a £C été fait homme : & en fécond lieu , par- ££ ce que cette Incarnation n'eft point mar- <£ quée dans les lieux où elle le devroit être , £C fi elle étoit véritable. Car lorfqiœ Saint £C Matthieu & Saint Luc décrivent Thiftoi- ‘£ re de la naiffance de Jefus-Chrift, &: qu'ils £C raportent quelques chofes qui font ££ d'une moindre importance que cette In- £C carnation du Dieu fouverain , comme ££ que Chrift eft né dJune Vierge qui avoit “ 348 Traité de la Divinité ,, été fiancée à un homme j qu’il a été ,, conçu du Saint-Efprit , qu’il eft né à Beth- „ Iéem j pour ne point parler de quelques „ autres chofes que Saint Matthieu avoit „ obmifes , & que Saint Luc a marquées 5, exactement : comment fe peut - il qu’ils „ ayent paflfé fous filence ce qu’il y a de „ plus grand & de plus confiderabJe dans s, tout cela, & ce qui eft le plus neceflai- », re à croire & à fcavoir : fçavoir, que le „ Dieu très- haut elt defcendu dans le fein „ d’une Vierge, qu’il y a pris chair, & „ qu’enfuite il eft né ? S. Luc n’a point „ paffé fous filence la crèche dans laquelle „ Jefus - Chrift fut mis après fa naiiïance ; & „ il aura oublié l’incarnation du Dieu fou- „ verain , & l’union hypoftatique de la „ nature humaine avec la nature divine ? „ Comment fe pourroit * il encore , que „ Saint Marc eût oublié toute l’hiftoire de ,, la naiftance de Jefus -Chrift, qui compren- ,, droit l’Incarnation , & que S. Jean qu’on ,, veut qui en ait parlé, eutpafie legerement ,, là - delfus , & en eût parlé avec tant d’obl- „curité? Comment les Apôtres n’ont - ils „ point fait mention d’un dogme fi impor- „ tant , lorfqu’ils emmenoient les hommes „ à Jefus-Chrift , & qu’ils les exhortaient ,, à croire en lui , & que dans cette vûë ils 5, leur mettoient fa Majerté devant les ,, yeux? Qu’on life le premier Sermon que „ Saint Pierre fit au peuple après avoir reçu „ le SairC- Efprit, dont le fuccezfut fi grand, ,, qu’il y eut trois mille hommes qui crû’ „ rent en Jefus - Chrift , & qui furent bapti- „ fez j & fa fécondé exhortation à ce peu-- „ pie : & l’on trouvera que dans l’an ni s, dans l’autre il ne fait aucune mention de de Jefut-Ckrîfi. 349 l’incarnation. On ne la trouvera pas non lequel voulant prouver l'im- mortalité de l’ame par les livres de Moïfe , parce que c'étoient les feuîs que reconnurent les Sadticiens contre qui il difputoit , cite ces paroles de Dieu parlant à Moïfe , je fuis le Dieu d' Abraham , le Dieu d’ifaac , & le Dieu de Jacob , bien que l'immortalité de l’ame ne fût point contenue dans ces paroles en termes exprès & formels, mais qu'on l'en tirât feulement par conféquence. Il ne faut point palfer fous filence en qua- trième lieu , que l'Auteur de l’obje&ion fe trompe , lors qu’il prétend , que ces veri- tez , que Jefus-Chrift eft né d'une Vierge, qu'il a été conçfi du Saint- Efprit , font d'u- ne moindre importance que la vérité de l'Incarnation. Nous convenons bien que l'In- carnation eft un plus grand Myrtere que la conception de jcfus Chrift par le Saint-Ef- prit : mais nous ne prétendons poinPque cel- le-ci foit moins néceifaire à croire que la première. Il eft lî néceifaire de fçavoir que Jefus-Chrift n'eft pas venu au monde par les voies ordinaires , que fans cela nous ne pou- 552- "traité de la "Divinité vons nous affiner ni du Myftere de l’ Incar- nation , ni de l’utilité & des fruits de la mort de Jefus-Chrift : étant certain que fi la nature humaine de Jefus-Chrift n’avoit été fanélihée dès fa conception , elle ne pouvoit ni être unie à une Effence très-fainte comme celle de Dieu , ni fouffrîr une mort capable d’ôter les pechez des hommes. Cette con- fideration deviendra d’un grand ufage dans la fuite. Elle nous donnera occafion en cinquième lieu , de rétorquer contre nos adverfaires avec avantage , tout ce quils difent du filen- ce de l’Ecriture fur le fujet du IV-lylÊere de l’Incarnation : & pour leur montrer qu’il n’y a aucune folidité dàns tout ce qu’ils di- rent à cet égard 5 je n’ai qu’à Jeur faire voir que leur raifonnement prouve trop , & que le même filence de l’Ecriture 5 qu’ils objec- tent contre l’Incarnation , nous pouvons l’ob- jeéter , Sc en plus forts termes , contre la conception de Jefus Chrilt par la vertu du Saint- Efprit , Sz fa naiffance d’une Vierge. Ce dernier dogme eft effentiel & néceffaire , de l’aveu de tout Je monde 3 & nos adver- faires ne le peuvent contefter , non plus que nous j puifque c’eft la conception de Jefus- Chrift par le Saint-Efprit , qu’ils prétendent être le premier fondement fur lequel eft établi le titre de Fils unique de Dieu , & qu’ils avoiient ainfi que fi Jefus - Chrift ne fût né d’une Vierge , les oracles des Prophè- tes n’auroient pas été accomplis. Ce dogme fi néceftlîfre eft d’ailleurs très-difficile à croi- re 5 puis qu’il n’y eût jamais rien de plus furprenant , que de voir naître un homme d’une Vierge. Que nos adverfaires fe faffent donc fur le fujet de la conception & de la naiffance de Jefut - Chvift. jyj naiflance miraculeufe de Jefus-Chrift, les queftions qu'ils faifoient tantôt fur le fujec de l'incarnation , ou qu'ils nous permet-- tê.nt de les faire nous - mêmes. Comment fe peut- il que S. Marc ait oublié d'en faire l'hiftoire ? Pourquoi S. Jean n'en fait-il point de mention ? Comment les Apôtres ne par- lent-ils^ point d'une chofe fi importante , lors qu'ils emmenent des hommes à Jelus- Cnrift ?• Qu’on life le premier Sermon que Saint Pierre fit au peuple après avoir reçu le Saint - Efpîfic , on ne trouvera pas qu'il y foie plus parlé de fa conception & de fa naiflance miraculeufe , que du Myftere de l'incarna- te. Il n'en eft pas fait plus de mention dans le fécond difeours que ce même Apô- tre fit après avoir guéri le boiteux qui fe tenoit à la porte du temple , furnommée la Belle. Saint Pierre parle enfuite de Jefus*- Chrift ail principaux & aux anciens du peu- ple , à Corneille & à d’autres, mais ja- mais il ne leur parle des merveilles de fit conception & de fa naiflance. Saint Paul n’en dit rien dans le difeours qu'il fait à Antio- che dans la Synagogue , ni dans celui qu'il fait à Athènes dans l'Areopage , ni dans ce- lui qu'il prononce devant Félix &: Agrippa* En conclurons-nous donc que la conception & ia naiflance miraculeufe de Je fus- Chri fi- ne font point un article eflentiel & fonda- mental de la do&rine Chrétienne ? Nos ad- verfaires en jugeront eux-mêmesuOui , di- ront-jls 5 mais Saint Matthieu & S*nt Luc ne fe font pas tus fur ce fujet > fi les autres ont gardé le filence. Ils nous aprennent que Je- fus - Chrift a été conçu du Saint - El prie , Sc «qu'il eft né d'une Vierge. Je l'avoue » mais $ufli ne prétendons - nous, point que tous les 2 ïom 1 1 U G g, 3*4 Traité de la Divinité Ecrivains facrez fe taifent fur la vérité de l’incarnation , puifque nous vous produirons ces paroles exprefles du Saint - Efprit , qui nous dit que Jefus-Chrift eft Smanu'el , Dieu avec nous , que le myfiere de pieté ejî grand , Dieu rnantfefé en chair , que U Parole étoit Dieu , <& que cette Parole a été faite chair. A quoi fèrt maintenant l’énumeration qu’a faite avec tant d’art l’Auteur de l’objection , s’il a eu deffein de nous dire par-là , que l’incarna- tion ne fe trouve nuile part dans l’Ecriture , puis qu’elle ne fe trouve point dans les en- droits qu’il a marquez ? Nous n’avons qu’à lui dire qu’il conclud par une énumération ïnfuffifante de parties. Car n’eft-il pas vrai qu’il n’a point compris dans fon catalogue cette célébré defcription que l’Apôtre fait de la dodrine de pieté , Or fans contredit le wyftere , &c. ni le commencement de l’Evan- gile félon Saint Jean , ni plusieurs autres endroits de l’Ecriture , que nous produirons pour prouver nôtre fentimsnt ? Que fi fon intention a été feulement de ramaffer les oc- cafions où il lui paroît que pour la gloire de Jefus-Chrift les làints hommes ont dû faire mention de fon incarnation ; je lui demande à mon tour , pourquoi dans ces occafions mêmes ils ne font aucune mention de fa conception mifaculeufe , & de fa naiflance d’une Vierge : Car fi Jefus-Chrift par la mer- veille de fon incarnation eft Dieu béni éter- nellement félon nos principes , Jefus-Chrift eft le Fils de Dieu par la merveille de fa conception, félon les principes de nos ach- verfaires. II. faut ajouter une fixiéme confidératioti aux précédentes , pour. montrer combien il feoijt dangereux de Cuivre la méthode, de de Jefus-Chrifî. I Auteur de l’obje&ion. La parfaite fainteté de Jefus-Chrift , qui fait qu’il n’a point com- mis de péché , & n’a jamais offenfé Dieu ni par fes penfées , ni par fes paroles , ni par fes allions , eft un dogme d’un côté très- véritable , comme cela paroît par cet ora- cle d’Ifaïe : il n'a point commis d'iniquité , &■ aucune fraude n a été trouvée dans fa bouche : & de l’autre, très-important , puifque l'Auteur de l’Epître aux Hebreux en fait dépendre toute nôtre confolation , lors qu’il dit : Car il nous convenait d'avoir un tel Souverain Sacrifi- cateur y qui fût faint , innocent , fans tache , fé- paré des pécheurs , & exalté par - dejfus les Cieux , qui rï eût pas befoin ( comme les Souve- rains Sacrificateurs ) d'offrir tous les jours des fa- crifices , premièrement pour fes pechez , puis apres pour les pechez du peuple » &c. Cependant con- fultez les Evangiles , vous n’y trouverez, qu’un profond fîience du Saint - Efprit à cet égard , ou du moins vous n’en pourrez tirer cette vérité que par des conféquences. Vous ferez furpris que Jefus-Chrifi: femble refufer le titre de bon , lors qu’il dit à ce jeune homme qui venoit le confulter , Il n'y a nul bon y fi ce n'efl Dieu . Véritablement vous y trouverez que le Seigneur en plufieurs oc- cafîons fe rend ce témoignage à lui -même* Je fuis la lumière du monde. Qui me fuit ne mar- chera point dans les ténèbres , mais il aura la lu- mière de vie : mais il faudra rationner pour fçavoir, fi c’eft de la lumière d-^la fainte- té qu’il s’agit en cet endroit , ou Ample- ment de la lumière de la vérité. On enten- dra Jefus- Chrift difant de lui-même , mépre- nez de moi que je fuis débonnaire & humble de cœur y & vous trouverez du repos en vos âmes. Mais il faudra tirer des qonféquences , pour G J 5 Traité de ta Divinité fçavbir fi cette débonnaireté Sucette humi- lité font accompagnées en Jefus-Chrift de toutes les autres vertus , & fi ces vertus fo t dans un degré parfait. On y entendra parier J.e fus hrift de cette maniéré : En vé- rité j en vérité je vous dis , que celui qui com- met le péché , (fi efclave du péchés Or l’efdave ne demeure point toujours dans lamaifon. Le fils y demeure toujours. Si donc le fils vous affranchit , vous ferez véritablement affranchis. Et dans un autre endroit , §lui efi celui qui me reprendra de péché Et fi je dis la vérité i pourquoi ne me croyez-vous pas i J’avoue que ce paffage nous fera connoître que Je! us hrift eft élevé aur deffus de la condition des hommes pécheurs: mais on n’y trouvera point en termes ex- près & formels , qye Jefus Chrift foit fans péché. D'où je conclus qu'il n’eft point né- celfaire que les veritez les plus importan- tes foient contenues en termes exprès & for- mels, dans l'Ecriture > & qu’il fuifit qu’on les en tire par de légitimes conféquen- ces. Car quand nous n’aurions point i’E- pîcre auxHebreux,ou que nous n’aurions pas apris que ces paroles du 53- d’Ifaïe , il n’a point commis d'iniquité , & aucune fraude n’a été trouvée en fa bouche * doivent fe raporter à Jefus-Chrift , nous ne Différions pas d’être affûtez que Jefus-Ghrift a été parfaitement Paint & jufte & nous le comprendrions afe & par l’analogie de la Foi, & par une infinité dn paffages de l'Ecriture > dont nous tirerions cette conféquence. Il paroît encore par là* qu’il n’eft pas néceffaire qu’une vé- rité > quoique grande & importante , Te trour ^e- marquée darrs chaque page de l’Ecriture* lo effet 1 toute l’œconomie de nôtre fa lut. dfeotidlemeat ft*r la faimeté de J$r # de Jefits-Chrifi. 377 nis^Chrift j & fur la perfection de cette fain- teté. Cependant vous lifez une grande partie de l'Ecriture, fans la trouver. Mais pour répondre plus directement , je dis qu'il arrive fouvent aux Ecrivains facrez de garder un filence mylterieux fur les ma- tières les plus importantes : & l'on peut at- tribuer ce filenceà diverfes caufes. Quelque- fois au caraCtere de l'Alliance & de I'œco- nomie. Il n'a pas été à propos , par exem- ple , que Moïfe & les Prophètes ayent par- lé aufTi clairement que Jefus-Chrifi de la vie. qui eft à venir ; parce que la clarté de la ré- vélation à cet égard devoir faire un des plus inconteftables caraderes de la vocation du Meffie , & que la vie & l'immortalité dé- voient être révélées en Jefus Chriit nôtre Sauveur. Et auâi il n'étoit pas convenable que Jefus-Chrilt parlât aufii clairement de la fpiritualité de fon régne , & des myfteres. du Royaume des Cieux avant fon afeenfion qu'il en parla enfuite par fon Efprit & par le minifter,e de fes Difciples qu'il devoit con- duire en toute vérité. Quelquefois il mut attribuer ce filence à ce que le Saint - Efprit fuivantîa méthode la plus raifonnable,fe fert des chofes les plus claires & les plus faciles » pour nous conduire aux chofes les plus ca- chées & les plus difficiles à comprendre. Les Apôtres doivent annoncer deux fortes d'ob- jets , des faits & des Myfteres. Les premiers font palpables & fenfibles ks autres, abftraits &: fpirituels. Ce feroit un“effroya- ble extravagance, que de vouloir perfuadet les faits en perfuadarrt premièrement les- myfteres : & la nature la raifon veulent au contraire, qu'on pevfuade les myfteres en* |etfua.dant premièrement les faits,, U ne fa.u£ 3 Traité de la Divinité donc pas s'étonner que les Apôtres com- mencent ainfi leurs difcours & leurs Epîtres : Ce que nous avons vit de nos yeux , ce que nous avons eût de nos oreilles , ce que nous avons tou- ché de nos mains , de la Parole de vie , nous vous i annonfons. S'il n'y avoit que des faits qui dûfiènt être propofez à nôtre foi , le Saint - Ifprit fe feroit contenté de nous donner les quatre Evangiles , qui font proprement l'hiftoire de ces faits néceffaires à nôtre fa- lut : mais parce que dans ia fcience du falut » il entre outre cela des myfteres , le Saint- Efprit a infpiré les Ecrivains dogmatiques du Nouveau Teftament , pour nous en don- ner une exa&e connoiffance. Cela étant 9 eft- ce une chofe fi étrange que la première fois que Saint Pierre parle aux hommes après avoir reçu le Saint-Efprit , il les entretienne de cette divine effufion , dont les effets étoient fi fenfibîes , & .qji'il cite l'oracle de Joël qui l’avoit prédite ? qu'après avoir fait marcher un boiteux qui fe tenoit à la porte du temple, furnommée la Belle, voyant l'étonnement du peuple , il prenne occafion de là de leur parler de la Réfurreétion du Sauveur au nom duquel il a fait cette gran- de merveille , & d’infifter fur les circonftan- ces de la vie , de la mort & de la Réfurrec- tion de ce divin Crucifié , qui font les plus capables de vaincre leur endurciffement > Eft-ce un fi grand prodige , que Saint Paul dans lesçccafions en ufe de la même forte ? Enfin on doit fort fou vent raporter ce filen- ce à la condefcendance admirable de Dieu pour nous, & au deffein qu'il a de propor- tionner fës inftruétions à nôtre portée. C'eft ce que l’Auteur de l'Epître aux Hebreux aoüs fait e^eeliemment bien comprendre* de Jefus-Chrifi. 35-$. lors qu'il dit à ceux à qui il s'adrefie : d«- qnel nous avons à dire un long difcours & difficile à déclarer : parce que vous êtes devenus pareffux à o'tiir y parce que là où vous devriez, être les maîtres , vu le tems , vous avez befo'tn tout de. nouveau quon vous enfeigne quels font les élemens de la parole de Dieu : & vous êtes venus à un tel état , que vous ave ^ b e foin de lait , & non pas de viande folide. Car celui qui ufe de lait , ne fçait ce que ce(l que la parole de jùftice : car il eft en- fant ; mais la viande folide efl pour ceux qui font- déjà hommes faits , ff avoir , pour ceux qui pour y être habituez , ont les fens exercez à difcerner le bien & le mal. Ces paroles ne juftifient- elles point la conduite de faint Pierre &: des au- tres Apôtres , lorfque parlant ou à des hommes qui n'ëtoient pas encore convertis , ou à des Profelites qui venoient d'ouvrir les yeux à la lumière de l'Evangile , ils les trai- tent comme des enfans > plutôt que comme des hommes faits , leur aprenant les chofes. les plus fènftbles , & réfervant à une autre fois à les in^ruiredes plus cachées ? Ce né font pas là encore tous les défauts que nous pouvons remarquer dans cette obje&ion. Le principal eft 3 qu'elle eft fondée fur une faulfeté avancée avec trop de har- dielfe , qui eft que l’Ecriture fe tait ordinai- rement furie Myftere de l'Incarnation. Cela eft û peu vrai 3 qu’il n'y a point d'occafion remarquable de nous faire connoître ce grand Myftere, que le Saint - El^rit ne la prenne. Jefus- Chrift à fa nailfance eft ap- pellé limanu'él , Dieu avec nou\.k fon Baptême il eft glorifié d'une maniéré qui ne fçauroic convenir à une créature * puifque celle-ci ne fçauroic faire le bon plailir de Dieu 3 & que k bien des créatures ne parvient point ju£ 160 Traité de ta Divinité qu'à lui. Les Evangeliftes décrivant Tes ac- tions , lui attribuent tous les noms , toutes les vertus , tous les ouvrages , tous les hotn- mages & toute la gloire de Dieu. Les Apô- tres encheriftant fur les Evangeliftes , lui attribuent d'avoir créé les chofes vifibles & inviiibles , d'être le principe & la fin de tou- tes chofes , d'avoir fondé la Terre & les Cieux , & de les devoir détruire un jour , d'être un avec Dieu & le même que le Dieu tout-puiftant , comme on l’a montré avec étendue dans les Se&ions précéden- tes. On dit que les pacages que *nou$ aportons pour prouver nôtre dogme, font tels , qu'il faut tirer des conférences pour s’en fer- vir. Quand cela feroit , il n'y auroit point d’inconvenient : Mais cela ell faux. Jefus- Chrift eft Dieu manifefté en chair y la Parole eft Dieu , & cette Parole a été faite chair : il ne faut que recevoir le fens naturel des paroles fans raifonner , pour y trouver l’incarnation. Car le terme de chair , fe prend ou pour le corps » lignification qui ne peut avoir de lieu , puis- que jefus-Chrift n'a pas feulement pris u.n corps , mais un corps uni à un esprit : ou il fîgnifie le péché > ce qui convient encore moinsà Jefus Chrift > qui n'a point pris le vice , mais bien une nature innocente : on enfin ce terme fe prend pour la nature hu- maine. il relie que cette derniere fignica- tion ait J jeu en cet endroit , & que le fens foit celui-ci Dieu s'efl manifeflé dant une na- ture humaine . s'il faut raifonner , ce n’eft que pour l'intelligence des termes non pour tirer de l'Ecriture par quelque conféquence, . une vérité qui y étoit cachée. Que Dieu fe fait fait homme > ou que Dieu fe foit ïïunifeilés de Jefus -Ührift. jrr manifefté dans une nature humaine 3 eft à peu près la même expreflîon. CHAPITRE III. ©» l’en répond a l’obje&ion prife du 17. de V Evan- gile félon Saint jean : C’eft ici la vie éternelle , &c. UN des principaux fondemens de îa doc- trine Socinienné, èft ce célébré partage qui fe lit au chap. 17. 3 de l’Evangile félon feint Jean , en ces mots : C'e fl ni la vie éter- nelle , de te connoître feul vrai Dr^u , & celui que tu as envoyé , Jefus - Chrifi . 'P tr Jeune ne doute difent nos adverfaires , que dans cet endroit par le vrai Dieu , il ne faille entendre U Dieu [cuve- ra in. C'ejl pourquoi jefus-Chrtfî nous repré [entant fon ?ere comme étant feul le vrai Dieu , il s’enfuit qu’il n'y a que le Etre qui fou le Dteu [ouverain. Ce font le^ paroles de Grelîius. Avant que de répondre directement à cette difficulté , il fera bon de fatre quelques re- marques générales , qui fendront à faire mieux comprendre ce que nous avons à di- re fur ce fujet. La première eft , que Jefus- Chrill: pouvant être confédéré dans deux états fort differens , l’état de fon humilia- tion , & l’état de fa gloire , il nous eft di- verfernent repréfenté , félon qu’il fe trouve dans ces deux differentes conditions. Dans l’état de fon humiliation , il prend des noms qui expriment fon abaiffement : n ais dans l’état de fa gloire, il en prend d "litres qui marquent fon exaltation. Dans le premier de ces deux états , il s’apeile le Fils de i’b om- me plus fouvent que le Fils d» D les D'fciples le Tome Ht. H h $6t Traité de la divinité nomment condamment le Fils de Dieu , 8c jamais le Fils de l’homme. Avant fa réfur- re&ion les Difciples croient dire beaucoup en faifant cette confeflion de lui , Tu es le Chrifi , le Fils du Dieu vivant ; mais leur ré- vélation croifTant avec fa gloire , ils lui di- fent j quand ils le voyent rcflufcité , Mon Seigneur & mon Dieu. Ainfi , lorfque Jefus - Chrid enfeigne Tes Difciples à prier , il leur donne un modèle admirable de leurs prières , dans cette oraifon la plus parfaite qui fera jamais , que nous apellons TOraifon Domi- nicale. Cependant il n’ed pas feulement fait mention de Jefus- Chrid dans cette excellente priere. Mais lorfque Jefus- Chrid eft fur le point de quitter le monde , & qu’il s’en va être glorifié , alors il commence à tenir ce langage à fes Difciples : Fn vérité je vous dis , que tout ce que vous demanderez, au Fere en mon nom , vous le recevrez. : & enfin après fon exal- tation , l’Eglife n’efpere plus qu’en fon in- terceflion > ik ne préfente à Dieu fes vœux ou fes allions de grâces , que par ce divin Sauveur. Béni foit Dieu , qui efi le Fere de Je- fus-Chrifi. Gloire foit a Dieu par Jefus Chrifi. Si quelqu'un a péché , nous avons un Avocat envers le Fere , a fi avoir , Jefus-Chrifl le juffe. Cela étant , Ton ne doit pas être furpris que Je- fus-Chrjft parlant de foi même , en parle d’une maniéré modede & convenable à l’é- tat auquel il fe trouvoit alors j ni auiii que dans l’Evangile le Pere foit plus fouvent nommé Dieu que Jefus - Chrid ; ni enfin qu’en diverfes occafions Jefus-Chrid parle comme s’il n’étoit pas le Créateur du Ciel & de la Terre, & Je fouveràin Dire&eur des événemens. Tes preuves qu’on tire du filence de TE- de Je. fus - Chrtfî. 35-$ crittire, font quelquefois excellentes , mais quelquefois auffi elles font très-faulfes. Di- ra-t-on , par exemple , que Jefus Çhrift n'eft point nôtre Médiateur , parce qu'étant fur la fainte montagne avec les troupes , il en- feigne aux troupes & aux Diicipies les de- voirs de la morale , & leur faifoit remar- quer la corruption de la morale des Scribes & Pharifiens , fans leur parler abfolumenc de fa médiation ? Dira-t-on que jefus Chriit n'eft pas nôtre intercelfeur envers Dieu , que Jefus - Chrift enfeignant à les Diicipies a plier , ne leur aprend, point à demander à Dieu les grâces qui leur font néceflfaires , au nom de Jefus Chrift'? Dira t -on que le Bap- tême au nom du Pere , du Fils Sc du Saint- Efprit , n'eft point un Baptême légitime , de ce que pendant la corn er Cation de Jefus- Ghrill 8c avant fa mort, il n'a ni baptifé » ni fait baptifer de cette maniéré par fes Dii- cipies ? Creîlkis n'a donc pas raifon de re- marquer , qu'en piufieurs differentes occa- fions Jefus- Chrift parlant de lui-même , ou les Apôtres parlant de Jefus Chrift , ne di= fent rien de plus grand ni de plus fublime , frnon qu'il eft le Fils de Dieu. Car comme il y a eu piufieurs occafions où Jefus • Chrift a parlé 'de lui même comme d'u.n (impie homme , &c. d'autres où il a parlé de lui- mê- me comme d'un (impie Prophète > fans faire aucune mention de fa médiation , de Ion interceffion , de fa facrificatu re 8: de fes au- tres offices j fans qu’on pu! (fs c exclure de- là fans extravagance , que Jelus Çhrift n'a pas été nôtre intercelfeur > nôtye grand Sa- crificateur, & le médiateur entjre Dieu 8c les hommes : auffi jefus-Chrift & -les Apô- H h ij 3^4 T taït* de la divinité très ont-ÎIs pu nous parler de Jefus-Chrift comme d’un Sacrificateur, comme d’un Mé- diateur , comme d’un Roi , comme du Fils de Dieu , en certaines occafions , fans nous parler de fa Divinité. r Après cette remarque générale je viens à î^objeCtion , & je remarque que fi nos ad- versaires veulent montrer que Jefus - Chrift n*eft point Dieu , ils agirent contre eux- mêmes. Car ils reconnoiiTent que Jefus- Chrift dans l’Ecriture porte ce nom. S’ils veulent faire voir que Jefus- Chrift n’eft pas le vrai Dieu , ils fe contredirent, il eft très - faux , dit Socia , que mus affirmons ouverte - *ottn" ment que Je fui- Chrift n'eft point vrai Dieu. Nous Ai V vik Çatfons profeffton de dire le contraire , (y nous dé- datons que Jefus-Chrift eft vrai Dieu dans plu- fieurs de ms écrits qui font écrits , tant en la langue Latine qu'en langue Tolonoif;. Jefus Chrift , dit Smalcius , peut être apellé avec un fouverain droit notre Dieu & le vrai Dieu , & il l'eft en effet . Le même Auteur afifure dans un autre en- droit, que Jefus-Chrift eft Dieu d’une maniéré très • excellente ou très-parfaite , perfeCti'ftimo modo. Si Jefus-Chrift eft Dieu , s’il eft le vrai Dieu , s’il eft Dieu par excellence , ou d’u- ne maniéré très parfaite , ( car ces deux ex- preffions font équivalentes ) & fi c’eft 14 le fentimenc de nos adyerfaires , que veulent- ils dire lors qu’ils citent ce paflage ? Certai- nement tout ce qu’ils peuvent conclure des paroles de Jefus-Chrift en Saint Jean dans la plus grande rigueur , eft que Jefus - Chrift n’eft point le vrai Dieu , mas que ce titre ap- partient au Pere feul. Or cette conclufion la plus avantageufe qu’ils puifieat tirer de là, eft contradictoire à leurs fentimens , ou du moins à leurs paroles. Qu’ils s’accordent de Je fus - Chrifl. 3^ donc premièrement avec eux -mêmes, 6c nous verrons enfuite fi nous pourrons nous accorder avec eux. Mais il faut leur dire quelque chofe de plus particulier. Saint Paul déclare en quelque endroit de fes Epitres , qu'il ne fe propefe de fcavo'tr que Jefus- Chrifi , & jefus-Chrifi crucifié. 11 efi cer- tain qu’à ne confiderer que la force des ter- mes , l’Apôtre exclud tous autres objets de fcience l'alutaire , que Jefus - Chrifl: , 6c Jefus- Chrifl: crucifié : dira-t-on qu'il s'en fui- ve de là , que le Pere , auffi-bien que les au- tres , loient exclus de cet objet que Saint Paul fe propofe uniquement de connoître? Non fans doute. Nous exceptons d’abord le Pere , parce que dans d’autres endroits de la même Ecriture nous aprenons que la con- noiffauce du Pere efi néceffaire pour avoir Ja vie éternelle. Si nous prenons ce paffage : Je ne me fuis prcpefé de fj Avoir que Jefus-Chrift • & Jefus-Chri iàcrurfié, danslarigueur & dans ia derniere exactitude du fens propre , ce paffage feroit diamétralement opofé à celui : C’tjî ici ta vie éternelle , de te connoître fini vy ai Dieu , & celui que tu as envoyé , Jefus-Chrifi* Car l’un dit , qu’il ne faut le propofev que Jefus Chrifi, & Jefus Chrifi crucifié , peur l’objet de la fcience faiutaire > 6c PautrC nous aprend que pour avoir la vie éternelle , il faut aufli connoître le Pere- Ces deux pacages ne pouvans être tous deux vérita- bles à la rigueur , on les concilie , eu difanc que quand Saint Paul fe propre de fçavoir Jefus-Chrifi, & Jefus-Chrifi crucifié , il ne prétend pas exclure le Pere , qui étant un avec le Fils , efi connu en même tems que lui. Que fi nos adverfaires eux - mêmes fui- vent cette méthode * lors qu’il s’agit de H h iij de Deo *$£6 Traité de la Dhlnlté concilier ces deux pacages de l'Ecriture» pourquoi ne la fuivront-ils pas lors quJil s'a- git de concilier ce palîage, qui marque félon leur fens , que le ?ere feul e ft le vrai Dieu -, & ces autres paflages de l'Ecriture, qui leur ont apris qu c Jefus-Chrifl aujfi efl. le vrai Dieu ? Il me femble que nôtre prétention à cet égard ne fçaurait être plus raifonnable ni mieux fondée. Lors que Saint Paul nous dit, qu' il ne fe propofe de ffavoir que Jefus-Chrifl , & jefus-Cbrijl crucifié , nous exceptons le Pere, parce qu'un autre palfage de l'Ecriture nous aprend que la vie éternelle confifte non-feu- lement à connoître Jefus - Chrift , mais aufli à connoître le Pere. N'eft - il pas jufte aufîi que lors que l'Ecriture apelle le Pere lefeul vrai Dieu , nous exceptions Jefus - Chrill , puis qu'il y a d'autres paflages de l'Ecriture qui certainement , & de l'aveu même de nos adverfaires , nous aprennent que Jefus-* Chrill eft le vrai Dieu ? CHAPITRE IV. Ôù Ven centime de répondre à la mémt sb'jeftiem IL eft remarquable que nos adverfaires , 8c j’entens les plus habiles , traitans de cet argument, s’ôtent à eux - mêmes tout l’avan- tage qu'ils en peuvent tirer , par les chofes qu'ils nous accordent. Crellius avoué pre- mièrement ^que Jefus - Chrift a prononcé ces paroles C’efi ici la vie éternelle , de te connoître feul vrai Dieu , &c, à l'occafion des Dieux des Gentils , qui n'étoient que de faux Dieux & des idoles vaines. Le deffein de Jefus - Chrifi dit - il, n étoit point de- nie* de Jefus - Chrtfi. que les idoles ou les Dieux des Payent ne fufftnt v véritablement des idoles , ou des Dieux des Payens ; * ?S 9 mais fimplement denier qu'ils nefnjfent le vrai^ ' U Dieu. Il reconnoît en fécond lieu, qu'à con- I* lîderer la conftruétion des paroles , il faut point joindre le pronom feul avec totm ‘ Pore. C’efi pourquoi , dit-il , il ne faut pas que quelqu'un nous attribue ici de penfer , qu'au a- voir égard qu'a la con fraction grammaticale des paroles , en doit joindre ce terme feul , avec ce- lui-ci , toi J ( ou toi Pere, ) &C. car l'article qui eft mis devant le pronom feul, s'y opofe -, & dè cette façon- il faudrait fous-entendre le verbe être. Car ce feroit comme fi Jefus-Chrift eût dit , de con- noître que toi feul es le vrai Dieu : ce qui , bien qu'il fait vrai en foi , eft éloigné du fens de ce puf- {âge , comme on le montrera hien-tot. Ces deux concédions d'un homme qui a tenu le premier rang parmi nos adverfaires, font tout-à-fait confîderables , parce qu'el- les fuffifent pour décider la queftion en nô- tre faveur. Car quand on cite un paflage de l'Ecriture pour prouver quelque chofe , l'on raifonne ou par la force fimple des paroles» ou par l'occaiion qui les a fait prononcer* Si nous difputons ici par l'occaiion , nos ad- verfaires ne prouveront rien contre nous; car ils demeurent d'accord que Jefus-Chrift dans cet endroit opofe le vrai Dieu aux faufles Divinitez des Payens : ce qui , à s’arrêter là précifement, excîud bien les idoles, mais- non pas Jefus - Chrift. Si nous confiderons la force des paroles , ils n'en peu#nt non plus tirer aucun avantage , parce qu'ils n'en peu- vent conclure , que le Pere feul , 8e exclufi- vement à Jefus- Chrift, eft le vrai Dieu, àt moins que de joindre le pronom feul avec toi Pere. Or. c'eft ce que Crellius déclara; H. h iiij %6§ Traité de la 'Divinité qu'ils ne prétendent point. < Mais il n'eft pas neceffaire de rien devoir à nos adverfaires. Je dis donc en troifïéme lieu , qu'ils ne peuvent tirer aucun avantage de ces paroles , jufqu'à ce que l'on foit de- meuré d’accord de leur feus ; & que l'on peut demeurer d'accord de leur fens, jufqu’à ce que i'on foit convenu de leur conftru&ion légitime. Cela eft inçonteftable. Or ces paroles de Jefus - Chrift peuvent être conftruites en trois maniérés differentes. La première eft celle - ci : C'efl ici la, vie éter- nelle y de connoître que toi feul eft le vrai Dieu, 4^* celui que tu as envoyé , Je fus-Chrift. La fe- conde eft celle-ci: C'efl ici la vie éternelle , qu'ils te reconnoiffent pour ce Dieu qui feul eft le . véritable , & celui que tu as envoyé. Je fus-Chrift m La troiféme eft : c’efl: ici la vie éternelle , qu'ils fe comoiffent toi , 0* celui qui tu as envoyé. Je - fus-Chrift , être le feul vrai Dieu. On peut les examiner par ordre. A l'égard de la première , je demande quel peut être le fens de ces paroles : C'efl ici la vie éternelle , qu'ils comoiffent que toi feul es Je vrai Dieu , & celui que tu as envoyé , Je fus- Chrift. Ces paroles bien loin d'attribuer la Divinité au Pere exclufivement au Fils, l'at- tribuent vifïblement à l'un & à l'autre. Car le fécond membre de cette proportion eft équivalent à celui-ci , quils conmiffent que selui que tu as envoyé , eft aujft le feul vrai Dieu , & le fens du difeours ne peut être que celui- ci : qu'ils cÇ'woiffent que toi feul eft le vrai Dieu avec celui que tu as envoyé , Je fus-Chrift .Comme jfî quelqu'un parloit à l'Empereur, & qu'il lui dît : C'efl ici le falut delà Hongrie : qu'ils eonnoiffent que toi féal es le vrai Roi , cjr celui que tu as établi fur eux, 1‘ Archiduc Jefeph : çeçtS de Jefus - Chrifi. 369 proportion feroit ians doute équivalente à celle-ci : qu'ils te connoifient feul <& vrai Roi avec ton fils l’ Archiduc Joftph. C’eft le fehs des paroles. C’eft-là le langage de tous les hommes du monde. Les exemples qu’on en pourroit trouver dans les Auteurs profanes , font infinis. Nous nous contenterons d’en produire qui feront tirez de l’Ecriture Sain- te. Lorfque Jefus-Chrill dit à fes Difciples , A Demeurez, en moi , & moi en vous , il faut 1 ^ néceffairement rapeller le verbe demeurer , & le fous - entendre dans le fécond mem- bre de la propoficion , de cette maniéré : Demeurez, en n oi , & je demeurerai en vous . Et lorfque Saint Paul dit aux Corinthiens : Quand vous auriez mille pédagogues en Chrifi , r Cor.4, pion pas toutesfeis plusieurs peres , (car ce font les propres paroles de l’original ) il faut rapeller de même dans le fécond membre delà propofirion, ce qui avoit étéjjexpri- mé le premier de cette forte : Quand vous aurie\^ mille pédagogues en Chrifi , toutesfois vous n’ave^ point plufieurs peres en Chrifi . Car c’eft évidemment le véritable fens de ce palïage. On peut dire de même , que dans ces paroles , Qu'ils connoijfent que toi [eut es le vrai Dieu , celui qui tuas envoyé , Jefus-ch ifi y il faut rapeller dans le fécond membre de la propofîtion , ce qui avoit été die dans le premier, de cette maniéré , que toi feul es le vrai Dieu , & que celui que tu as envoyé 3 fefus-Chrifi, efi le vrai Dieu avec toi feuf • La fécondé conftru&ion eft celle - ci : Qu'ils te connoijfent pour ce Dieu qui ejl le feul véritable , & qu'ils connoijfent celui que tu as envoyé , fefus-Chrifi : Or il faudra ré- péter «Uns le fécond membre de la prà* 57® Traité de la Divinité pofition ce qui a été exprimé dans le pre- mier de cette maniéré : fj Wils te connerjfent four ce Dieu qui efi le feul 'véritable , & qu’ils connoijfent celui que tu as envoyé ,fefus- Chrift , four ce feul vrai Dieu. Autrement le fens des paroles de Jefus - Chrifb feroit fufpendu & incomplet. Qu’ils te connciffent pour ce Dieu qui efi le feul véritable -, voilà qui va bien jufques - là. Et celui que tu as envoyé , Jefus- Chrift. Quoi ? Qu’ils le connoiffent aujfi four être ce feul vrat Dieu. Pour la troifiéme confiruélion , elle fa- vorife entièrement nôtre fentiment : Qu’ils te connoiffent toi , & celui que tu as envoyé , être le feul vrai Dieu , OU être ce Dieu qui feul efi véritable. Cela ne fouffre pas de dif- ficulté. Enfin, foit que l'adjeétif feul tombe fur toi Pere , ou lur Dieu , ou fur vrai Dieu , la confiruélion des paroles n'aura rien qui nous foit contraire. Il ne fert de rien à ces Auteurs de nous alléguer fur ce fujet le pafiage de la i. à Timorh. 6. \6. qui eft conçû en ces termes : Lequel avenement montrera en fin tems le bien-heu- reux & fiul-puiffant Roi des 7(ois & Seigneur des Seigneurs , b fibtos £t%u àjuvctrictv , le feul ayant immortalité , mot à mot ; mais les ré- duifans à une confiruélion ordinaire , qui feul a l’immortalité. Car comme dans ce paf- fage ces paroles , le feul ayant immortalité , fe réduifent à celles-ci , qui feul a immortalité , ils prétendent que celles-ci , r«» «ôv«v ccXs»0î>dn ê‘.o» , le Suivrai Dieu , fe doivent réduire à ceiles-ci J qui feul eft le vrai Dieu. Car premièrement , il efi: certain que nos adverfaires ne pouvoient aporter d'exemple qui fut plus contr'eux que celui - ci. Cas de Je fus - Chrift. $7I comme lorfque le Fils eft apellé (& vous remarquerez que c'eft de Jefus - Chrift qu'il eft fait mention dans ce paftage ) comme, dis* je , lorlque Jefus.-Chrift eft apel- lé feul Puiftant , Roi des Rois , Seigneur des Seigneurs , qui feul a immortalité , on n'ex- clud point le Pere qui pofîede incontefta- blement toutes ces quaiitez aufii-bien que le Fils : aulii quand le Pere ferait apellé celui qui feul eft le vrai Dieu , il ne s'en- fliivroit point que le Fils dût être exclus , lui qui porte ce nom dans l’Ecriture , ce auquel l'Ecriture donne de plus grands é- loges encore. Mais pour venir plus particulièrement au fait , je dis qu'il y a une très - grande & une très-eftentielle différence entre le pafta- ge que Crellius cite pour exemple , 8c le paftage que nous examinons c'eft que dans l'exemple qu'il cite , le feul ayant immort ali* té , eft un nominatif qui ne dépend point du verbe , mais le verbe dépend de lui ; au lieu que dans le paftage que nous exami- nons , le feul vrai Dieu , eft un accufatif qui dépend de ce verbe qu'ils cmtmiffent î un ac- eufatif, dis -je, qui doit être joint non- feulement à toi , mais aufîi à cet autre accu- fatif qui ftlit , Celui que tu as envoyé , Je - fus-ChriJl ton Fils : ce qui change la chofe en- tièrement. D'ailleurs, je voudrais bien fçavoir com- ment cet Auteur ofe traduire, qu'ils te ccn- noijfent toi qui feul eft le vrai Dieu ,^cc. lui qui a déclaré que le pronom feul ne fe ra- portoit point à toi , 8c qui l’a dit exprefte- ment dans le paftage que nous avons ra- portéde lui. Enfin je demande à nos adverfaires » 37 l Traité de la "Divinité comment ils reduiroient cette proportion , qu'ils te commuent , le vrai Dieu & Jsfiis-Chrift. Je. fuis certain que pour peu qu’ils foient finceies , ils la réduiront de cette maniéré : qu'ils te connoijfent pour le vrai Dieu , toi Ô* Jefus-Chrift.Autrement il faudroit renoncer à parler comme les autres hommes. Et certainement, quand je formerai c es propoftions : qu'tls te connoijfent feul fage , (y* Jelus-Chrift ton Fils : qu'ils te connoijfent feul immartel , & Jefus-Chrift ton Fils j feul Roi , & Jefus-Chrift ton Fils , il nJy aura jamais perfonne qui s’avife de dire , que dans ces proportions j’exclus Jefus-Chrift de la fagef- fe , de l’immortalité, de la Royauté. Au contraire chacun verra d’abord , que je comprens dans une même propofition la fageffe , l’immortalité & la Royauté de l’un & celle de l’autre. Pourquoi donc fe- roit on un autre jugement de cette propofi- tion toute femblable : Gjn’ilste connoijfent feul vrai Dieu , & Jefus-Chriit ton Fils ? Car pour ces mots , celui que tu as envoyé , il eft, trop évident qu’ils ne changent point la nature de la propofition , comme n’étant qu’une fimple épithece , ou un fimple adie&if. Au refte, quand ils rendront les paroles de Jefus- Chrift par celles-ci , qu’ils te ccnnoijfnt toi qui es , &c. il nous refte à voir fi le terme de feul fera joint à toi Pert , ou s’il fera uni à celui de Dieu . Cette queftion n’eft point pe- tite. Car fi le pronom feul eft apliqné au Pe- re , il Cit que le Bere feul eft le vrai Dieu de cette forte : qu'ils te connoijfent toi qui feul es le vrai Dieu. Mais fi le pronom feul eft joint au nom de Dieu , il emporte feulement, que le Pere eft ce Dieu qui feul eft vérita- ble. Pour voir laquelle de ces deux explica- de Jefus - Chrift. 37^ tions eft la meilleure , il ne faut que ton fulter les termes de l'original. Car il eft re- marquable que l'article n'eft point mis de- vant Dieu , ou devant vrai Dieu , mais de- vant ces trois termes , feul vrai Dieu. S'il y avoir tri ucta/ 7 «y «Xtôu'ov (ita* , cela vou* droit dire , qu'ils te connoiffent toi feul le vrai Dieu : propofition qui pourroit fe ré- duire à celles-ci : qu'ils te connoiffent toi qui feul es le vrai Dieu. Mais il y a dans l'ori- ginal j cri to-j ««»«» , qu'ils te connoif- fent toi le feul vrai Dieu : ce qüi lignifie , qu'ils connoiffent que tu et le feul vrai Dieu , ou qu'ils te connoiffent toi feul qui es ce Dieu qui feul es véritable. Or cette propofition , le Pere efl le Dieu qui eft feul véritable , ne fait abfolument rien contre nous. Qui dit , le Pere eft Dieu , dit , le Pere eft le Dieu vérita- ble. En difant tout de même que Jefus-Chrifl efl Dieu , nous difons : Il eft le Dieu feul véritable. Comme donc l'Ecriture en difant que le Pere eft Dieu , ne fait aucun tort à la Divinité de Jefus Chrift : aufli quand elle dit que le Pere eft le Dieu qui eft feul véritable , elle he fait aucun tort à la Divi- nité de Jefus Chrift. Mais il ne nous fufSt point de répondre fiîiîp’ement à nos adverfaires, il faut en- core leur faire voir , il faut leur prouver * quoique nous n'y foyons pas obligez , que les p s rôles de Jcfus-Chrift en Saiat Jean, n'ex-c tuent point le Fils , de la véritable Di- v: Pour cet effet , il ne faut fie confi- d. : I. L'occafion qui fait prononceras y ' < les. î I. Les autres pafîages de l'Ecritu- re . qui peuvent être paraleiics à celui-là. 1 1 T. L'analogie de la Foi. / V. Tous les ter- mes il faut demeurer d'accord s que ces 3 - 6 Traité de la Divinité paroles lignifient félon la force de la dou- ble allufion qui en fait comme fefpric ; de forte que cette double allufion limitant le fens de ces paroles , & nous les faifant ainfi expliquer : Qu'ils te connoijfent pour ce Dieu fettl véritable , opofé aux Dieux qui ont jette les Payent dans l’égarement de la mort , dont la comoijfance falutaire efi le principe de de la vie éternelle que nous attendons ; il eft évi- dent que Crellius s’étoit trompé j lorfqtfii avoit dit que le fens de ces paroles étoit plus étendu que l’occafion. Mais , dit cet Autour , fi quelqu’un s’avi- foit de s’imaginer que Pierre , Jacques , ou Jean efi d5une même elfence & d’une même nature que le Pere éternel , ne nous feroit- ii point permis de le redrefler & de le con- vaincre par tes paroles , C’efi ici U vie éter - nelle ? qu'ils te connoijfent feul vrai Dieu , & ce- lui que ttt as envojé , Jefus-Chrift } Et pourroit- on bien éluder la force de ce panage , en difant que le defifein de Jefus-Chrift en cet endroit , n’a été que d’exclure les faulfes Divinitez & les Idoles payennes ? Je répons : I. Que cet exemple eft tout-à-fait mal allé- gué , pour trois raifons. La première efi « que Pierre n’eft point dans le même cas que Jefus-Chrift. Pierre n’eft point Dieu , Pier- re n’eft point nommé le vrai Dieu dans l’Fcriture : & nos adverfaires reconnoiffent tout cela de Jefus-Chrift. Pierre n’eft point revêtu de tous les noms , de tous les droits , de tous les attributs & de toutes les perfections de Jefus - Chrift ; au lieu que nous avons juftifié tout cela de Jefus- Chrift. La fécondé eft , que ces paroles de Saint Jean font dites du Pere , & de Je- fus* Chrift qui eft fon Fils 5 & ne le font de Jeftts-ChrîJf . 377 point du Pere & de Saint Pierre. Jefus- Chrift eft là participant de la gloire du vrai Dieu. Nous l'avons prouvé par la jufte conftru&ion de ces paroles , qu'ils te connoif. fent pour le Dieu feul véritable , toi & celui que tu as envoyé Jefus-Cbrijt tou -Fils. La troifiéme eft, qu’il n'eftpas nécefifaire que ces paro- les , c’efi ici la vie éternelle t qu'ils te connoif. fent , &c. détruifent tous les fencimens bi- zarres & monftrueux que Ton pourroit avoir fur le fujet de la Divinité. Car fi Pierre s’a- vifoir par exemple , de s'imaginer qu'i» elt le Pere , qui efi feuleft le vrai Dieu , félon nos adversaires } je leur demande > pour- r-oicnt- ils bien le convaincre par ces paroles ; C ejl ici la vit éternelle , qu'il te connoiffent 3 a 'Pere , feul vrai Dieu ? Ne feioit - ce pas plutôt là le moyen de confirmer cet homme dans fon égarement ? C'efl: moi , diroit - il , qui fuis le Pere : & ce pafifage m'attribue d'ê- tre le vrai Dieu. Enfin je réponds directement à l'objec- tion , & je foûtiens que fi l'on ‘fupofe Pier- re dans les mêmes circcnltances dans les- quelles nous fupofons Jelus - Chrift: : que Pierre foit avant fa naififance , qu’il foie le Créateur du Ciel & de la terre , qu'il ait fait le tems 8c les fiécles, qu’il foit 3c la fin 8c le principe des choies vifibles S c invifibles > qu’il foit Dieu , vrai Dieu , le grand Dieu , le Dieu tout - puilfant , un avec fon Pere , égal avec fon Pere , le mê- me que fon Pere > nous ne pourront fans ex- travagance lui refufer le titre de vrai Dieu* 1 î. On peut convaincre nos adverfaires en comparant ce puflfage avec un autre palïà- tout partielle à celui - là qui fe lit au Çhap. 5. de la l. Epicxe de S. Jean,, au Ime U 4 I i $7? Traité de la divinité verfet i r. ences mots : Mais mus ff avens que le Fils de Dieu efi véritable , & nous a donné entendemtnt pour cennoitre celui qui efi véritable : & nous fommes au véritable , a fiavoir en fon Fils JeJus-Chrifi . Celui-ci efl le vrai Dieu & la vie étemelle.. Nous ne nous arrêtons pas maintenant à réfuter la critique de quel- ques-uns de nos adverfaires , qui ont ofé Soutenir que ces paroles , Celui-ci efi le vrai Dieu & la vie éternelle , ne dévoient pas être raportées à fefm - Chrifi , qui précédé immédiatement , mais bien à Dieu , dont il eft parié dans le verfet précèdent en ces termes : "Zfous feavons que nous fommes de Dieu. 31 n y a qu'un defîr extrême de défendre fa caufe à quelque prix que ce foit , qui puiffe faire dire une pareille chofe. li eft évident. €n effet, que celui qui eft apellé le vrai Dieu la vie éternelle , eft le même que celui qui eft apellé le véritable , & duquel il eft dit , N eus fommes au véritable , a [f avoir tn fon Fils fefus - Chrifi. Socin n'a ofé le nier ; & non-feulement il avoue que c'eft Jefus- Chrift qui eft apellé en cet endroit le vrai Dieu & la vie éternelle : mais il convient que ce dernier paflage eft paralelle à celui - ci , qu'ils te connoijfent jeul vrai Dieu , & celui que tu. as. envoyé , fefus-Chrifi. Quoique , dit- il , je. me réduis facilement à cette opinion , que d’ au- tant que le fens de ce pafifhge par oit être entière- ment le même que celui de Jifus-fhrifi lui-même, m- Saint hah , cette petite claufe ( celui - ci efi le. •Vrai DietCgf* la vie éternelle ) doit être raportée }. non - feulement au ?ere de Notre Seigneur fefus- Ghrift , mais aufit a fefus-Chrifi lui - même , au- tant qu'il le peut , & quelle doit y être raportée &c. G'eft ici que cet Auteur tombe dans une snanifefte, contradiction. Car fi. ces deux j?a£ _ de Jefar - Chrifi. fy9-, wges ne font point paraleiles , comment: dit- il que le fens de l’un eft celui de l’au- tre ? Et s’ils font paraleiles , comment pourront-ils foûtenir que l’un de ces parta- ges dit que Jefus-fchrift ert le vrai Dieu , & que l’autre emporte que Jefus-Chrift n’eft pas le v7rai Dieu ? III. Une des confédérations qui devroient le plus ouvrir les yeux à nos adverfaires > eft cette efpece de paralelle qui eft ici en- tre le Pere 8c le Fils , qui font mis dans un même rang , & qui font un objet fa lu- taire de nôtre foi , & de la connoirtance: ou falut. Nos adverfaires prétendent que Jefus-Chrift a dû parler très- modeftemenc en priant fon Pere. Crellius remarque qu’il ' nccoit point convenable que Jefus - Chrift dit dans cette occafion qu’ii étoit un. feul vrai Dieu avec fon Pere : En partie , dit- il , parce qu’il prie fon Pere , & que par confe - Qr£tf quent il doit parler avec une extrême modifie : en $e Um partie, parce qu'il fe confédéré comme l'Envoyé de fin Pere, Garonne doit point croire qu'en priant p ltrg fin 7>3re , il s'égale à fon Pere , en s'attribuant b x * un titre fi grand , que le pere lui - même n'a 1 * 1 rien de. plus élevé. D’ailleurs comme il fe confia dere ici comme l'Envoyé de fin Pere , il ne faut pzs croire qu'il s'attribue la gloire & U ma je fie de celui qui l’a envoyé , qui confife en ee qu’il eft le feul vrai Dieu. Certainement , iî Jefus Chrift n’eft point le feul vrai Dieu avec fon Pere , ce n’eft point une- modeftie^ à lui de ne fe point dire le fe# vrai Dieu; avec lui ; bien- loin que ce foit là une ex- trême modeftie.. Ge feroit une extravagan- te modeftie à un Sujet de dire , qu’iît n’eft pas le Monarque ou le Souverain de- l’Etat.. Belle, modeftie î.qui empêcheroit mu lu. î]> Traité de la Divinité peu de poudre & de eendre de fe dire le Créateur de toutes chofes > Dieu béni éter- nellement. Mai je crois pouvoir dire , que jamais la modelfie ne fût plus choquée par perfonne , qu'elle le feroit par Jefus Chrift Sans cette rencontre fi Jefus Chrift n'étoit qu'un fimple homme ou une fimple créatu- re : & pour rendre à Crellius fes propres pa- roles j je foûtiens que ni la modefiie , ni la qualité d'Envoyé , ne permettoient point à jefus-Chrifi de fe joindre au Pere , & de fe nommer après lui comme un objet qui fait la béatitude des hommes > fi jefus-Chriil jj'étoic qu'une fimple créature. La modefiie ne le fouffriroit point. Car fi J.efus- Chrilt eif une fimple créature , il n'eft pas à l'égard du Dieu fouverain ce qu’eft un grain de Eoudre auprès du firmament , ce qu'eil une ougie auprès du Soleil , ce que feroit le plus petit ver , auprès du Maître du monde. Bira-t'on donc que le Firmament &.un grain de poudre foûtiennent le monde ? que le Soleil & une bougie nous éclairent ■? que le . Maître du monde & un ver font les rér solutions delà focieté ? Cela feroit tout-à- fait choquant. La qualité d'Envoyé s'y opor feroit encore. Car , je vous prie , dans quel Empire , dans quel Royaume vit on jamais leferviteur fe nommer avec le Maître , & attribuer tout à lui & au Souverain ? Si un officier d'un Roi avoit ofé dire que tout fe doit faire dans le Royaume au no n du Roi , & erçrfon nom ; s'il avoit la hardi elfe de faire graver fon nom avec celui de fon Maître dans la rnonno.ye & fur les édifices, publics r files grâces s.'expedioient en fon mom* ce feroit Là un, crime de le&e-Majdlé. q ui ne pourvoit être expié que par. une. m,oj& de Je fus - Chrfî. jJ* men cruelle. Comment donc Jefus - Chri£ ofe t'il dire aujourd’hui , que la vie éter- nelle conlifte à connoître le Dieu fouverain > & a ie connoître lui - même ? Comment cfe-t’il inôituer les Sacremens avec ce for- mulaire y Je te baptife an nom du Fere , du Fils & du Saint - Efprit ? Comment ofons- DOUS dire , Je crois en Dieu le Fere tout-puiflknt & en Jefus-Chrift fin Fils ? &c. 1¥. la quatriè- me conftderation qui cous montre que le Fils ne doit pas être exclus de la Divinité du Pere , c’eft celle du terme connoître qui eft ici employé. te connoif- fmt > &c. Car ou par connaître il faut entendre une connoiflance (impie, nuë & théorique : auquel cas ce paftage eft faux. Car il n’eft pas véritable que la vie éternelle confifte à connoître Dieu & Jefus-Chrift de cette maniéré nuë } (impie & théotique. Ce n eft pas nous qui le di lotis , ce font nos adverfaires eux mêmes. D’ailleurs ilefl faux , oit Creilius j que la -vie éternelle , ou le mo- u yen dç I obtenir , cbnjtjle h connoître que le Fere ^ & Jefus Chrift fin Fils font ce feul (fi vrai 'Dieu. Cela ne peut fubfifler étant pris à la lettre. Au - % trement il firoil necejfaire (fi il fuffiroit pour ^ * ** obtenir la vie. éternelle , de reconnaître le Fere (fi I* ar&*’ le Fils pour le fini vrai Dieu. Ainfi , cette ma-, ntere tous ceux qui font de ce fintiment , obtien- draient la vie éternelle , quoiqa' avec cette perfuct- fion ils puijfent avoir des vices , qui félon la déclaration exprejfe de l’Ec-iture t excluent du Ro- yaume des Cùux ^ Vous direz donc quAout céla- don être pris dans un fens impropre > d'une tells forte que 'ente cnnnoiffance comprenne en. foi lafiâ- en Jefus-Chrift, (fi une foi agiffante par- la charité^ & p*r toutes fort es de vertus , &c. Que (i par cçcte co;îr\oi(Tunce il fa.ux e.Qr- 3 Sa Traité de la Divinité tendre une connoiflance efficace & pratiquey alors par connoître le vrai Dieu , il faut mani- feftemenc entendre le fervir, '& par le fer- vir il faut entendre & le culte qui lui eft dû , & l’obéïffance que nous lui rendons , & la foi , & la charité, & toutes fortes de vertus qui fe rapouent au fervice de Dieu. C& font les paroles de Crellius. Or comme le ter- me de connoître ne s’aplique pas feulement au Pere, mais auffi au Fils > car le texte ne porte pas Amplement , qu'ils te connoïjfatt , tci Pere , mais j qu'ils te comoijfent , & celui que tu us en~ *voyi ijefus - Chrijl ton Tils,CQ feul 8c même verbe étant apliqué à ces deux differens fu- jets : il s’enfuit que la vie éternelle ne con- fiée pas feulement à fervir Dieu parla foi , la charité, le culte religieux , & toutes fortes d’autres vertus , mais qu’elle confifte auffi à rendre tous ces mêmes devoirsàje- fus - Chrift : Que fi nous devons connoître Jefus-Chrift en l’adorant , en lui obéïïfant ,• en croyant en lui , en exerçant la charité pour l’amour de lui , je foûtiens que Jefus-Chrift doit être néceftairement le vrai Dieu j puisqu’il n’y a que le vrai Dieu qui nous devions cette forte d’hommage :: Il n’y a que le vrai Dieu que nous devons, adorer & que nous devons fervir religieu» fement. Tu adoreras , dit le Legiflateur com- 1 mencé par le Dodeur venu de Dieu , Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , Ô* à lui feul tu ferviws. On ne peut glorifier que le vrai Dieu par l’obéïftance , par la foi , par là charité, & par toutes fortes de vertus ,- parce qu’il n’y a que l’Etre infini qui mérité ■les facrifices divers que toutes ces differem- ses vertus lui prefentent.. Vu. Cette réflexion peut Sc doit. être foû;%- de fefus-Chrffi. 3*3 mië par une autre reflexion que nous ferons fur le terme de la vie étemelle . Il n'y a qu'un Etre infini qui puifle faire la vie éternelle de fes créatures. Jefus-Chrift n'eft point un Etre infini , s'il n'eft point le vrai Dieu avec fon Pere. En effet , lorfque l'Ecriture nous dit que la connoiflfance de Dieu eft la vie éter- nelle , & que la connoiflfance de Jefus-Chrift eft la vie éternelle, ou elle entend que la. connoiflfance de Jefus-Chrift eft la vie éter- nelle danslemême fens que celle de Dieu 5 ou elle l'entend dans un fens different. Si elle l’entend dans un fens tout different, il n'y a rien de plus captieux que ces paroles de l'Ecriture , elles font équivoques & inin- telligibles. Si elle l'entend dans le même fens , il s'enfuit que Jefus - Chrift connu nous donne la vie éternelle , ou fait la vie éternelle en nous , de la même maniéré que le Pere connu. Or le Pere ne fait la vie éternelle que parce qu'il eft le vrai Dieu y le texte le dit expreflfement. C eft ici la vie éternelle , de te cennoitre feul vrai t)ieu. Il s'en- fuit donc que Jefus-Chrift ne fait la vie éter- nelle qu’entant qu’il eft le vrai Dieu. D'ail- leurs , ou la connoiflfance de Jefus-Chrift fait la vie éternelle, parce que la vie éter- nelle confifte dans cette eonnoilfance, ou parce que cette connoiflfance eft le principe de la vie éternelle. Si c'eft parce que la vie éternelle confifte formellement dans cette connoiflfance, il faut que Jefus jj^irift foit le fouverain bien : car la vie eternelle ne confifte formellement que dans la poflfefTion du fouverain bien. Si c’eft parce que la connoiflfance de Jefus Chrift eft le premier principe de la vie éternelle , je .demande encore : Cette eonnoilfance eft-eile le prm* Traité de la Divinité cipe de la vie éternelle , parce qu’elle en ell 'la caufe efficiente , ou Amplement parce cette connoifTance eft un moyen pour par- venir à la poffeifion de la vie éternelle ? Si c’eft parce que cette connoifTance eft un principe proprement dit , une caufe ef- ficiente , une fource de la vie étemelle , il s’enfuit que l’objet de cette connoiftan- ce doit être le vrai Dieu : car il n’y a que le vrai Dieu dont la connoifTance nous nu- milie , nous fanftiâe , & produife & le bonheur & la fainteté , qui font les deux parties de la vie éternelle. Si c’eft feule- ment parce que cette connoifTance eft ou une fimpie condition , ou un fimple moyen pour avoir la vie éternelle , je dis qu’alors on ne peut pas mieux dire : C‘ejl ici la vie éter - nelle> de connaître Jefus-Ckrifl : que t'tfi ici la vie éternelle , de connaître la Loi , ne connaître l'E- criture , de connaître le Ciel & l'éternité. C'eft ici la vie éternelle pour les ÏJra'éUtes , de con- naître Moïfe. C'cft la vie éternelle pour les Juifs profelites , & pour les Pdyens qui fe con- vertijfoier.t a l’Evangile , de connoître les Apô- tres. Gar il eft certain que la connoifTance des Apôtfes pour vrais Apôtres, étoit une condition fans laquelle les mauvais Chré- tiens ne pouvoient parvenir à la vie ; com- me la connoifTance de Moïfe pour le Mi- nière & l’Envoyé de Dieu , était une con- dition fans laquelle les Ifraëlites ne pou- noient obéir à Dieu , ni par confequent avoir la’viç éternelle. Ou, fi vous voulez > la connoifTance des Apôtres & la connoif- fance de Moïfe, étant des moyens pour amç* ner les hommes à Dieu , ont auffi. été des moyens pour avoir la vie éternelle. Je veux 4|tÇ qu’ils payent pas été de fi grands mo. yen5 * ds Jefus-Chrift. 3 yens ; il fuflfit qu'elles ayent été des moyens, nous n'en demandons pas davantage.Cepen- dant /faut demeurer d'accord, que ç’au- roit été une impiété & un blafphême que de parler ainfï. C'efi ici la. vie éternelle , de connoitre Moyfe, C'efl ici la vie éternelle , de con- naître les Apôtres. Mais ç'auroit été le com- ble de l’impiété , fi l'on avoir apellé Moïîè & les Apôtres la vie éternelle , comme l'Ecriture apelle Jefus-Cbrilt la vie éternel- le. C'efl ici , dit Saint Jean , le vrai Dieu & la vie étemelle. Certainement , celui qui confiderera bien ces dernieres paroles , trouvera que félon la penfée du S. Efprit , il y a de /affinité entre ces paroles , le vrai Dieu , & celles- ci , la vie étemelle, & que le S. Efprit a voulu nous faire comprendre , que c'efi parce que Jefus-Chrift efi le vrai Dieu , qu'il eft la vie éternelle , & qu’entant qu’il eft la vie éternelle , il efi le vrai Dieu. Ainfi dans ces paroles de Jefus-Chrift , qui font paralelles à ce paftage , C’efi ici la vie éternelle , qu’ils t » eermoiffmt féal vrai Dieu , & celui que tu as envoyé , Jefus-Chrift , il parcît très-raifonnable de penfer , que Jefus-Chrift ne fait la vie éternelle par fa connoiffance , que parce qu’il eft le vrai Dieu. Au relie ces deux veritez nous paroilfent certaines fur ce fujet. La première eft , que lorfque Jefus - Chrift eft apellé la vie éter- nelle , ou lorfqu'il eft dit que la vié éter- nelle confifte à connoître Jefus-Chrift , cet- te expreflion ne veut pas dire finalement , que Jefus-Chrift promet la vie éternelle „ ou que Jefus - Chrift donne la vie éter- nelle. Car , par exemple , Moïfe promet- tait aux Ifraëlices la terre de Canaan -, 8c Terne U J, Kk Traité de la Divinité cependant il n’eft point apcllé la terre de Canaan. Jofué introduit les Ifraëlites dans 3a terre de Canaan , mais il n’eft point apellé la terre de Canaan : & ces expref- fîons feroient regardées comme abfurdes & extravagantes fi quelqu’un s’en fervoit. Je- fus-Chrift eft donc apellé la vie éternelle , & il eft dit que la vie éternelle confifte dans la connoiliance de Jefus-Chrift , pour nous apprendre non-feulement que Jefus-Chrift la promet , non- feulement qu’il la donne, mais que cet objet l’a fait naître , que Je- fus-Chrift en eft la fource , qu’il ne faut que bien connoître Jefus-Chrift pour être faint , & pour être heureux , c’eft- à-dire, pour avoir les deux parties de la vie éternelle. La fécondé chofe qui nous paroît incontes- table, eft , que tout l’objet qui fait la^vie éternelle dans ce dernier fens , doit être néceflairement un objet infini. Car fi c’eft: une ftmpîe créature , on ne peut lui don- ner un tel éloge fans impiété , puifque cet éloge eft l’éloge du vrai Dieu. C’efi ici la vie éternelle , de te connoître feul Dieu , &C. C’ejl ici le vrai Dieu & U vie éternelle. VI. Après- cela nous avons à confîderer le nom de Dieu. Nos adverfaires difputent for- tement pour nous perfuader que le nom de Dieu «’eft pas un nom propre , mais un nom apellatif. Ils ont fait des traitez entiers fur cette matière. Il ne faut pas s’en étonner. Car s’il eft une fois conftant que le nom de Dieu eftk nom propre de l’Etre fouverain, ils ne peuvent plus s’empêcher de recon- noître Jefus-Chrift pour un Etre fuprême , puisqu’ils demeurent d’accord que le nom de Dieu lui eft donné affez fouvent dans l'Ecriture , & même dans des endroits qui âe Jefttt - Chrift. jSf ne font nullement fufpeéts ni de figure , ni d'exageration. Ils prétendent donc que le nom de Dieu eft un nom apellatif ; qu'il eft donné fouvent à d'autres qu'au vrai & fou- verain Dieu , quoiqu’il Toit aulîi donné quelquefois à ce dernier. En cet endroit nous raifonnerons par leur principe, fans en- trer avec eux dans cette conteftation , & nons dirons que puifque le nom de Dieu eft un^ nom apellatif , on en doit faire à peu près le même jugement que de celui de Roi j quiTeftaufli, & qui eft donné à Dieu par excellence , mais qui peut convenir à d'autres qu'à Dieu. Je demande donc à nos adverfaires , fi fupofé que les paroles du tex- te fuftfent , C’eft ici la vie éternelle , de te con- naître feul vrai Roi , & celui que tu us envoyé » Jefus - Chrift ton Fils , s'ils croiroient que dans ces paroles cette exprtffion , feul vrai Roi , convient au Pere exclufivement au Fils j ou s'ils penferoient qu'elle con- vient au Pere & au Fils en même temps, de cette maniéré , C'tfï ici la vie étemelle > de te connaître feul vrai Roi , toi Pere , avec celui que tu as envoyé, Jefus- Chrift ton Fils, Or eft- il que le nom de Dieu n'eft point moins apellatif que celui de Roi , félon leur prin- cipe. Il s'enfuit donc qu'ils ne doivent pas faire de difficulté de rendre les paroles de Jefus-Chrift en S. Jean par celles-ci : C'eft ici la vie éternelle , qu'ils te connoiffent être le vrai Dieu , toi 'Pere , avec celui que tu as en* voyè , Jefus-Chrift. £ VII. Le terme de vrai nous fournira la feptiéme preuve. Nos adverfaires entendent par le vrai Dieu en cet endroit , le grand Dieu par excellence , le Dieu fouverai» Kk ij 38 S Trahê'de la "Divinité xcct Mais il fera bon d'ôter ici l'é- quivoque qu'ils font naître. On demeure d'accord que le vrai Dieu eft le Dieu fouve- rain , & que le Dieu fouverain eft le vrai Dieu. Si nos adverfaires ne veulent dire que cela , nous fommes d'accord avec eux. Mais nous prétendons que l'idée de vrai Dieu & celle de l'Etre fouverain , font deux idées differentes qui reprefentent le même objet , ou deux maniérés affez di- verfes de concevoir le même Dieu. L'idée de vrai Dieu opofe cet objet à ceux qui portent fauffement le nom de Dieu , c’eft- a-dire , aux idoles. L'idée de Dieu fouverain ou d'Etre fouverain l'opofe à tous les autres êtres qui lui font néceffairement inférieurs. On peut donc bien confondre l'objet qui eft exprimé par le terme de vrai Dieu , avec celui qui eft exprimé par le terme de Dieu fouverain : mais il n'eft pourtant point per- mis de confondre l'idée de Dieu fouverain avec celle de vrai Dieu j & c'eft pourtant ce que font toûjours nos adverfaires » lorfqu'iîs raifonnent contre nous par ce paf- fage. Il ne fert de rien de dire ici , que le ter- me de vrai eft employé quelquefois pour exprimer quelque chofe de noble & d'excel- lent ; comme lorfqu'on dit : Conftantin étoii un vrai Empereur. Alexandre étoit un vrai Hé- ros , pour dire , Conjlantin avoit toutes les qua- lité z. que doit avoir un Empereur , Alexandre itoit un grand Héros. J'avoue que quelquefois le terme dÇ.z»vu eft employé pour marquer l'excellence du fujet dont on parle : mais quelquefois auffi cette expreffion n'en ligni- fie que la vérité , & c’eft ici un fait incon- teftable. On dit , Henri IV. étoit le vrai Roi de France , lorf qu'il combmoit contre la Ligue de Jefut * Chnjï. 3 apres la mort d'Henri ni . & cela lignifie feu. lement , qu’il n’ufurpoit point la couronne. Or dans cet endroit on ne peut nier que le Jml vrai Dieu enfermant une manifefte al- iufîon à la multitude des Divinitez Payen- nes qui portoient faulfement ce nom , & cette allufion n’étant pas même contertée par nos adverfaires , le terme de vrai ne lignifie plûtôt la fimple vérité de la chofe , que fon excellence. Le fens donc de ces pa- roles eft celui-ci : Les 'Payens ne connoijfent que de faux Dieux , & c'eji ce qui fait qu’ils pé- ■ rijfent : mais toi tu es le feul vrai Dieu avec ton Fils , & cette connoijfance donne la vie éter- nelle. Cela étant , il eft bien facile de faire voir que le terme de feul vrai pieu doit être raporté au Fils aufli bien qu’au Pere. Car le terme de vrai Dieu doit être reftraint au Pere ou c’eft parce que ce titre n’eft point répété dans le fécond membre de la propo- rtion , ou c’eft parce que ce titre eft trop excellent pour convenir au Fils.Ce n’eft point parce que ce titre n’eft point répété , puis- que nous avons déjà fait voir que l'analo* gie du langage demande que ce titre foit lous-entendu , aufli - bien que le verbe con- naître. Ce n’eft point aufli parce- que ce titre eft trop excellent pour Jefus-Chrift ; car ce titre ne lignifie autre chofe , fi ce n’eft un Dieu qui n’eft pas inventé , mais qui exifc te réellement : & qui peut douter que li Jefus-Chrift eft Dieu , comme tlfc adver- faires le reconnoiflent, il ne foit un vrai Dieu clans ce fens ? En un mot , voici le Dieu qui eft oppo- fé aux idoles , c’eft un Dieu qui n’exirte pas feulement dans l’imagination des hem* K k iij $5© Traité de la Divinité mes, mais qui exifte réellement & veri- blement : & je demande fi cette épithece convient à Jefius - Chrift , ou fi elle ne lui convient pas. Si elle ne lui convient pas , il s'enfuit que Jefus Chrift , qui très - certai- nement eft Dieu , fuivant l'aveu de nos ad- verfaires , eft un Dieu faux & imaginaire. Si cette épithete convient à Jefus-Chrift , il s’enfuit que Jefus - Chrift eft ce feul vrai Dieu. VIII. Mais peut-être que cet adje&if feul joint à vrai Dieu , donne à ce titre une ex- cellence qui fait qu'il ne convient qu'au Pe- re. Ce ne peut être pour plufieurs raifons. Premièrement , comme le terme de feul détermine celui de vrai , on peut dire aufti que le terme de vrai détermine celui de feul: feul vrai Dieu eft oppofé à la multitude des faux Dieux. D'ailleurs, feul vrai Dieu n'eft pas l’épithete du Pere , mais celle du Perc & du Fils : comme dans ce paflage : Ou moi feul & Barnabas n'avons- nous point la puif- fance de ne point travailler ? le terme feul qui dans la conftruétion n'eft l'épithete que de Paul , eft l'épithete de Paul & de Barnabas dans le véritable fens de cës paroles. En troifiéme lieu , quand le terme feul feroit l'épithete , non de Dieu convenant au Pe- re & au Fils , mais l'épithete du Pere ; quand il yauroitdans le texte , qu *ih con - noiffent le Pere feul pour être le vrai Dieu , &c, il nefaudroit point trop prefler ce terme de fui , qiC'/n'exclut pas toûjours autant qu'il femble exclure, comme nous pourrons le juftifier par un exemple tout - à - fait propr i & inconteftable. Je demande de qui eft- ce que l'Ecriture parle, lorfqu'elle dit, feul Puiffxnt Roi des Rois 3 Seigneur des Seigneurs » de Jefu's-C/iriJt. fui feul a V immortalité ? Nous prétendons que c’eft de Jefus-Chrift ; mais nous nous trom- pons , fi l’on veut. Qu’on attribue toutes ces épithetes. au Pere , ou bien au Fils * il ne nous importe'; on trouvera toujours la vérité de ce que nous avons avancé, c’eft que le pronom feuL ne limite pas autant qu’il femble limiter. Car peut -on dire du Pere , qu’iZ efl feul puiffint , quV a feul V im- mortalité ? Non fans doute ; ces deux quali- - tez conviennent aufli au Fils. Peüt-pn dire du Fils y qu’fZ efl feul puiffant , feul immortel f Non aflurément ; ces deux titres convien- nent aufii au Pere. Si donc le pronom feul exclut bien les autres fujets , mais n’exclut point le Fils appliqué au Pere , il s’enfuit- que dans le. paliage que nous examinons f le terme de ftul , quand même il feroit appli- qué au Pere , ne devroit pas être cenlé- ex- clure le Fils pour cela, vu fur-toüt que la Fils eft appelle 8c le Dieu 8c le vrai Dieu, suffi- bien que le Pere , 8c' qu’il dit lui - même , Je fuis en mon Pere , mon Pere efl en moi, Ainfi nous ne- répondons pas feulement aux plus fpécieufes de leurs objeââons , mais encore nous faifons voir qu’elles nous de- viennent favorables , 2c que les paflages' qu’ils citent contre nous avec le plus d?ofren- lation , établillènt eux - mêmes notre fcnti- lùent. CHAPITRE Vq Où l'on continue à ré; on dre aux oh je fiions de nos adverf aines, ... ISF 6s adverfair.es prennent une fembîable ob- jection du-chap. K i vetf. 6.- de-l& premicfe5 391 Traité de La Divinité Epitre de faint Paul aux Corinthiens, où l’Apô- tre parle en ces mots : Ainji donc^ pour ce qui ejt de manger des chofes facrifiées aux idoles > 'nous [avons que L'idole n'efi rien au monde , £3* quil ny a aucun autre Dieu qu'un feul, Car bien qu'il y en ait quifoient appellès Dieux ,foit au ciel ,foit en la terre , Ç comme il y a pLufi^urs Dieux £9* plujieurs Seigneurs , ) toutefois nous fi' avons qu'un feul Dieu pere , duquel font toutes chofes , & nous par lui;& unfeuL Seigneur Jefus- Clirijl , par lequel { ont toutes chofes , £F nous par lui , C? c. Voici l’argument qu’en tire Crellius: Le fécond témoignage que nous produirons pour prouver notre fentiment touchant l'unité de la divinité du Pere ,fera ce célébré paffage de S. Paul , oit il nous explique ce que c'efi qu'un feul Dieu , lorfqu'il dit : Nous avons un feul Dieu pere , duquel font toutes chofes , tSTncus par lui. Que fouvoit-on dire de plus clair pour montrer qu'il n'y a point d'autre qui J oit cet unique Dieu, que le Pere de Notre-Seigneur Jefus-ChriJl\En effet, S. Paul expliquant qui ejl cet unique Dieu , dit fimplement que c'efi le Pere ,(5“ il ne dit pas que c'efi. le Fils & Le Saint Efprit. Or il n'y avait aucune raifon que S. Paul , devant expliquer qui ejl ce Jeul Dieu , fît feulement mention du Pere , en omettant les autres perfonnes , s'il e/l •vrai, que ce feul Dieu n'ejl pas feulement; le Pere , mais encore le Fils & le Saint- Efprit , puifque ces deux dernier es perfonnes ét oient auffi propres à faire connoltre quel ejl cet unique Dieu , que celle du Pide > £9* qu'ainjî elles n'ont point du être paffées fous Jilence. Il bonde faire d’abord quelques réflexions, quiferontautant de réponfes générales à cette dif- ficulté. La première eft que , (i l’on confidere bien ^xaftement ce pafiage , comme plufieurs autres de Jefus- Chrijl. 3?3 tjui lui font parallèles , on trouvera que le nom de Pere & celui de Dieu ne lignifie pas une feule per- fonne de la divinité , mais cette eflence 9 cette di- vinité qui eft commune à toutes les perfonnes. C eft ce que les Théologiens entendent lorfqu’ils difent en leur langage que Dieu fe prend là cufiodos. Dieu donc , cet Etre éternel , invifi- ble , incorruptible , immenfe , tout puiflant , qui n’efc ni le Pere feul , ni le Fils feul , ni le Saint- Efprit feul, mais qui comprend le Pere , le Fils 8c le Saint-Efprit , eft nommé Pere dans un fens vague & général, parce qu’il eft le principe duquel font toutes chofes nous par lui, 11 eft appelle Pere dans cet endroit dans le même fens qu’il eft nommé ailleurs le Pere des lumières , duquel descend toute bonne donation fS tout don excel- lent; ou dans le même fens qu’il eft dit aux Ephé- fiens , 4 : Il y a un Jeul Dieu qui ejl le pere de tous, fsfc. L’attribut de Vere eft là un attribut gé- néral , qui marque que Dieu eft le principe de toutes chofes, C’eft un attribut femblable à ceux, de Créateur , de Rédempteur , de Sauveur , qui convienent au Pere , au Fils & au S. Efprit , par- ce qu’ils font attachés à l’Elfence nité > dans l'oracle d’Efaïe , comme Crellius le reconnoit lui-même. Cette exprelfioiMious mon- ’ tre que Jefus - Chrift peut être appelé autli le Pere de toutes chofes ; car , comme J:fus- Chrift eft le Pere du fiecle parce qu’il a fait les fieçîes, fuivant la dodrine du Saint-Efprit , rien n’empêche aufti de dire que Jefus-Chrift eft le Pere de toutes chofes 5 puifque toutes chofes ont; 354 Truité de la Divinité été faites pat Jefus-Chrift. Car par lui toutes chojes ont été faites , £5° fans lui rien de ce qui c. été fait n'a. été fait. On me dira que Jefus* Clirift eft bien nommé Pere du fîecie , mais qu’il n’eft pas nommé (amplement le Pere. Je réponds > premièrement qu’auln Dieu n'èft pas nommé , dans le paffage que nous examinons Amplement le Pere , mais bien Le Pere duquel font toutes chofes , fPc. Je demande d’ailleurs pourquoi ce titre n’eft pas donné à Jefus-Chrift. Eft- ce parce qu’il eft trop grand , & que par cette raifon il doit être propre au Dieu fouverain î Ou eft ce parce qu’il eft trop bas , & que pour cela il doit être propre à la "créature ? Si c’eft le dernier , comment le Dieu fouverain fe nomme-t-il notre Pere ? & ft c’eft le premier comblent faint Paul, qui n’eft qu’une créature, oié-t-il s’appeiler de ce' nom ? Car , dit-il * quand vous auriez plufieurs Pédagogues en J ef us Ckrijl , toutefois vous na - veç point plufieurs peres. Si Jefus-Chrift n’eft p3s notre Pere , comment eft-il dit de Jefus- Chrift que , quand il aura mis Jon ame en obla - tion pour le péché , ilfe verra de la poflérité? €5* c. Et comment peut-il dire à Dieu,Æife voici £5* Les enfants que tu nias donnés , félon l’application que lui fait de cet oracle l’Auteur de l’Epitre aux Hébreux î Comment Jefus-Chrift. nous donne-t-il une fécondé naiffance ? Comment nous régéne- xe-t-il , nous crée-t-il ? Comment eft-il notre fécond Adam ? comment eft-il appelle notre ré- furreétion & notre vie ? Mais encore un coup , il n’eft pasf-^celfaite que nous nous arrêtions à cette confidération-, l’attribut de Pere peut fe pren- dre en deux maniérés : ou il eft feul , ou il eft joint à d’autres adjedifs qui le limitent. Nous con- sultons que lorfqu’ileft feul,i!fignifîecéttepertbn- ne de la Divinité , qui eft diftincfte du Fils ; mais ici l’attribut du Pere eft certainement limité. de Jejus Chrïft. 397 Dans ce pafïage il ne faut pas dire , nous avons un feul Dieu le Pere , & s’arrêter là ; mais , nous avons un feul Dieu le Pere , duquel font foutes chofes. Si i’ Apôtre eut dit , il y a un feul Dieu le principe duquel font routes chofes , nos adveriaires ne troaveroient rien dans les paroles de cet Apôtre/c]ui leur lait favorable ; & quand nous ne pourrions point trouver dans l’Ecritafe une pareille épithete donnée à Jefus-Chrifc ou' au Saint Efprit , cela ne nous embarralferoit pas beaucoup , & ne nous empêcheroit pas de con- venir que tous les fujets auxquels le titre deDieu convient, peuvent aufïi être appelles le principe duquel font toutes chofes. Or 11 ed vrai que le Pere duquel font routes chofes , (S3 le Principe duquel font toutes chofes , font des expreflions équivalentes , & par canfeq lient ils ne peuvent pas tirer plus d’avantage de l’une de ces expref- dons que de i’autre. La fécondé réponfe générale que nous pouvons faire à cette objedion , edqu’encore' que le Pere , le Pils & le Saint Efprit participent à une même eflence , ce qui éd évident de ce que l’Ecriture leur attribue la même gloire & les mêmes perfedions,. trois Perfonnes de la três-fainte oc très-glorieufe Trinité paroilfent dans l’ouvrage de notre faîut fous une forme toute différente. Le Pere ordon- ne , le Eils exécute , le Saint Efprit applique. Le Pere qui envoie fbn Fils , qui traite l’alliance , eft proprement celui qui foutient la perfonne Sc Je caradere de Dieu , & c’ed la raifon pour la- quelle il ed appellé plus fouven^Dieu que les autres perfonnes. Le Fils par oit *rune média- teur, tenant la place des hommes , & revêtu des droits de la Divinité. Le Saint Efpritnenr la place de Dieu & de Jefus-Chrid, & fupplée à fabfence de cë dernier. Il ne faudrait donc pas s etonner que le nom de Dieu > oui ed commun a toutes les 4 L1 iij 35><5 Traité de la Divinité Perfonnes de la très fairite & très glorieufe Tri- nité , fût attribué au Pere, qui foutient ce carac- tère d’une façon toute particulière dans le grand ouvrage de notre falut. Il faut ajouter , en troifieme lieu, que le pro- nom féal , qui limite le Nom de Dieu en cet en- droit , rfeft point pris dans cette grande rigueur que predent nos adverfaires. Je veux dire que ce pronom exclut bien les autres choies dont il a été parlé , & auxquelles il a été fait allufion dans les verfets précédents , mais non pas tous les autres Jajets en général. Ce que j’avance Ce prouve par plufieurs exemples différents. Lorfquejefus- Chrift dit à fes Difciples , en faint Jean -.Fous melaif- feref feul , le pronom feul exclut bien les hom- mes dont il étoit queftion , mais il n’exclut point Dieu. Ce qui le marque , c’eft que Jefus-Chrift ajoute immédiatement après : mais h ne fuis point feul , car le Pere ejl avec moi. Lorfqu’il eft dit .* Il n'y a point de falut en aucun autre qu'en lui y cette exprefïion exclut bien les hommes , mais elle n’exclut pas le Pere. Lorfqu’il eft dit cyriily apn feul Doileur , à /avoir , Jefus-Chrijt, ce-terme feul , exclut les hommes de l’excellence de ce titre , mais non pas Dieu ; car il a été dit par les Prophètes , Us feront tous enfeigncs de Dieu. Il eft dit des pains de proportion , qu’il n’étoit permis à per fonne de les manger mais aux Sacrificateurs Jeuls ; le pronom feul exclut ceux qui étoient d’une autre famille , mais non pas les enfants des Sacrificateurs. Lorfqu’il eft dit que nous fommes iuftifiés par la foi feule, on prétend exclure les ctùvres, mais non pas Dieu , Jefus- Chrift , la miféricorde divine , le facrifîce de la croix , qui nous juftifient chacun à fa maniéré. Lorfque Dieu dit par la bouche d’Efaïe : Je fuis le Seigneur il n'y a point de Sauveur fi ce rifefl moi i (Je. le Prophète n’a fans doute point voulu de J efus- Ch rifi. 397 exclure Jefus-Chrift qui porte le nom de norrç Sauveur dans l’Ecriture , 8c duquel il avoit été dit par le Prophète quil ferait appelLé Le Dieu Ç5S* Le Sauveur de toute La terre. Le même Prophète parlant du dernier jour dit que Dieu feuL fera, exalté en ce jour-là ; & comme nos adverlaires eux-mêmes ne nient pas que Jefus-Chrift ne doive venir juger les vivants & les morts , ils ne peuvent difcon venir aufli que Jefus-Chrift ne doive avoir part à cette exaltation ; & ils doivent reconnoître que le pronom feul n’exclut que les idoles ou les créatures en générai , qui eft l’objet que le Prophète avoit dans l’efpric. Que fi nous voulions nous étendre à prouver que le pronom feul n'exclut que félon la matière & les circonstances du texte , 8c que je voulufle le juftifier par des exemples , je n’aurois jamais fait. Un homme auroit bonne grâce, qui , lifant ce paroles de Jacob : Mon fils Benjamin ne défi tendra point avec vous ; car fon frere ejl mon , Ü* celui-ci m'efi feul refié , en concluroit , que Benjamin étoit le fils unique de Jacob , & que Juda & les freres n’étoient point les enfants de ce Patriarche. Et lorfque l’Evangélifte , après avoir fait l’hiftoire de la transfiguration de Jefus-Chrift , & avoir repréfenté ce divin Sau- veur s’entretenant avec Moïfe & Elie , dit qu’il fe fit une voix dans le ciel , difant : Celui-ci ejl mon Ftls bien- aime , &c. & lorfque cette voix eut été entendue , Jefus-Chrift fut trouvé tout Jeul, pourroit-on prouver que Jefus-Chrift étoit feul en toutes maniérés , & que feyjifciples n’é- toient point avec lui / Marthe dit ^Tefus-Chrift: Seigneurie te foucie-stu point de ce que ma faut nfa laiffée feule à la maifon pour fervir , con- cluroit - on de là qu’il n’y avoit dans la maifon ni ferviteurs ni fervantes / . Ce langage n’eft point propre au Saint- Efpnt* Lliv 3^8 Traite de la Divinité Les hommes parlent & ont toujours parlé de la même maniéré. Cette proportion, Le/eut. Au • gujlsa achevé la ruine de La mâifon de Pompée, n’exclut point ni Agrippa , ni les autres Lieute- nants d’Augufte. C’eft donc une maxime très certaine que le pronom jeul ne doit point être pris dans toute l’étendue & dans toute la force dont fa lignifica- tion naturelle le rend capable ; mais qu’il eft li- mité par les objets dont on parle, & par les autres circonftances du difccurs. Cela étant, je dis que dans le pafiuge que nous examinons, le pronom feul qui ajoute à Dieu , peut bien exclure les idoles les divers fujets qui font fur la terre & dans le ciel , & même les chofes qui ont été honorées du nom de Dieu &de Seigneur, parce que c’eft de cela qui s’agit en cet endroit; mais je nie que ce pronom exclue aufti enmemetemps J. C^ qui , au contraire', nous eft repréfenté comme participant à un même empire , & une même gloire avec le vrai Dieu. Nous n’en douterons point fi nous ajoutons , en quatrième lieu, que félon les idées que l’Écri- ture nous donne fur ce fujet, il y a une fi étroite union, entre le Pere & le Fils , que ce qu’on dit de l’un , on doit aufli l’entendre de l’autre. Jefus- Chrift ne fe contente point de dire t]ue lui & le Pere font un ; ce qui , à s’arrêter là , fembleroit pouvoir être expliqué de l’unité de confentement: il nous dit qu’en poftedant le Fils on polTede le Pere: Qui a le Fils a la vie ; "qui n'a point le Fils n'a point- la vie. Il dit que qui honore le Fils honore le’ Pere. Il nous fait entendre qu’en connoiftant l’un on connoît l’autre. Philippe , éelui qui m'a vu il a vu mon Pere ; & pourquoi dis-tu , M&ntre-moi le Pere ? Il nous apprend que tout ce qui eft au Pere eft à lui. L’Ecriture leur attribue mêmes perfections. , mêmes qualités , de Jefus-Chrift. mêmes ouvrages , mêmes propriétés , même gloire , &c. Il réfulte delà, en cinquième lieu , que l'Ecri- ture attribuant quelque qualité ou quelque perfec- tion au Pere feul , ne' prétend point exclure le Fils. Nos adverfaires eux-mênjes font obligés d en demeurer d’accord , 8c de reconoître par là combien eft foible leur obje&ion ; car lorfque Jefus-Chrift dit qu’i/ n'y a nul bon fi ce n\Jl Dieu , prétendent - ils exclure Jefus-Chrift ? Et n’eft il pas toujours véritable que Jefus-Chrift eft le débonnaire par excellence ? Et lorfque ce divin Sauveur nous dit : N'appelle % aucun fur La terre votre maître-, car un feul eft votre maî- tre, prétend t-il s’exclürsjui-même ? & lorfque Dieu nous eft repréfenté comme étant feul notre Sauveur , faudra-t-il exclure Jefus-Chrift * Ou lorfque Jefus-Chrift nous eft repréfenté comme notre feul Sauveur n'y ayant point de falut en aucun autre , faudra-t-il exclure Dieu? L’Ecriture attribue à Dieu d’être feul lage , feul bon , & d’avoir feul l’immortalité; faudra-t-il dire que le pronom feul exclue tellement tous les autres fujets , que ces titres ne conviennent point à Jefus-Chrift?Et lorfque S. Paul ne fe propofe de fa- lloir que Jefus-Chrift y (5F que Jefus-Chrift cruci- fié , aura-t-il eu deifein de dire que la connoiflan- ce du Pere n’eft point néceflaire à notre falut ? Et lorfqu’il eft dit, Nukneconnott les chofes de Dieu fi ce neft l'efprit de Dieu qui eft en lui , auroit-on droit d’en conclure que le Pere & le Fils ne connoiflent point les chofePqui font de Dieu ? Après ces réflexions générales , je viens à mon Auteur que je veux fuivre pas à pas. Saint Paul , dit- il , expliquant qui eft ce feul Dieu , dit que c'eft le Pere , (JF ne dit point que eefoit ItPen-, le Fils (J le Saint Efpric. 400 Traité de la Divinité Tous cela eft faux *, ni Saint Paul nexpliqùtf qui eft ce feul Dieu, ni il ne dit que ce feul Dieu eft le Pere exclufivement au Fils & aufaihtÊlprir, Saint Paul n’explique point qui eft ce feul vrai Dieu ; Ci l’on appelle cela une explication , c’eft une explication incomplette , une defeription , une explication proportionnée au fujet dont on parle. Il ne s’agifioit en aucune façon , en cet endroit , d’expliquer la nature & l’eflcnce du Pere de notre Seigneur Jefus-Chrift , & de marquer ce que le Pere avoit de plus élevé & de plus no- ble que fon Fils ; mais il s’agilFoit de décrire ce Dieu qui eft oppofé aux idoles , & de marquer l’avantage qu’il a , non feulement fur ces idoles , mais encore fur les Rois , les Magiftrats & les Anges , quf ont été quelquefois honores du nom de Dieu. Ce qui fait que l’Apôtre penfe à décrire ce feul Dieu par des caraéteres qui l’elevent au- deftus de ces autres fujets ; & Ce fouvenant que lesProphetes ont faiteette defeription des Dieux créés .* Les Dieux qui n' ont point fait Le ciel tS* la terre , feront ra/és de deffous les deux , il fait cette defeription oppofée du vrai Dieu t 11 y et un feul Dieu , pere de toutes chojes , ou bien duquel font toutes chojes , nous par lui. En effet ( continue cet Auteur ) ly Apôtre a voulu expliquer qui eft ce feul Dieu. Or vous prie y celui - là explique-t il bien une chofe , qui paffe fous Ji'ence plus de chofes capables de la faire connoitre qu'il n* en exprime , & qui , au lieu de parler de trois perfonnes , ne fait men- tion que dSdne feule , comme ferait V Apôtre en cet endroit ? Lequel , je vous prie , de nos adver- faires , voulant expliquer qui eft ce feul Dieu y fait feulement mention du Pere dit quil y a un feul Dieu , qui eft le Pere de Notre Sei- gneur Jifus-Chrif} , qui ne dife plutôt quil y a un feuL Dieu Pere , Fils & Saint Efprit » de Jefus-Chrijl. ' 40 1 Mais il faut que l’Apôtre ait voulu expliquer à fond qui eft ce feul Dieujil la voulu faire con- noître, autant que cela importoit pour fon fujetf en lui donnant un cara&erequi l’éleve au-dedus des Seigneuries & des Divinités créées, & l’appel- lant/tf Pere , duquel font toutes chefes , C5* nous far lui. Il n’eft pas nécedaire qûe toutes les fois qu’on parle de quelque chofe, on entreprenne de l’expliquer ; mais il l’eft encore moins que toutes les fois que par quelque épithete on décrit en padant une chofe , on l’explique à fond. L’A- pôtre déclare en quelque endroit qu 'il ne fe pro- pofe de lavoir que Jefus-Chrijl , & Jefus-Chrijl crucifié ; dira-t-on que ce difcours ell abfurde, parce que l’Apôtre entreprenant d’expliquer la connoidance du falut , palfe plus de chofes fous lîlence qu’il n’en exprime , ne faifant aucune mention de Dieu le Pere , quoique Jefus-Chrift déclare que c'ejl ici la vie éternelle , de connaî- tre ce feul vrai Dieu , t$c. & ne parlant ni du Saint Efprit , ni de la vie éternelle , &c. ni des autres objets que l’Ecriture propofe à notre foi I Il ed rapporté au chapitre 1 6 , verf. zj. des A&es des Apôtres , que le Geôlier qui avoit gardé Paul & Silas , ayant été frappé d'étonnemen» parce que l'Ange du Seigneur avoit opéré en leur faveur , les ayant menés dehors , C? leur ayant dit: Seigneurs , que me faut-il faire pour être fauvé ? Ils lui dirent : Crois ait Seigneur Jefus-ChiJl , & tu fera fauvé toi & ta. mai fon. Dira-t-on que ces Apôtres on mal parlé dans cette occalîon ? Il s’agidoit de répondre #ce Geôlier qui vouloit fa voir ce qu’il falloit faire pour être fauvé. Il étoit plus nécedaire de s’expliquer entiè- rement & parfaitement dans cette occafion, que dans celle dont il s’agit ici i_ cependanr , dans cette occadon qui femble demander que l’Apotre s’explique tout-d-fait, l’Apôtre ne s’explique qu’à L 1 ij 4©i Traité de la 'Divinité demi. Il nelnidit point qu’il doit croire en Dieu & au Saint Efprit , quoique cela fût indifpenfa- jblement néceffaire , puifqu’ii devoit être baptifé au nom dn Pere , & duffils & du Saint Efprit. H ne lui dit point qu’il eftnéceflaire qu’il fe repen- te, bien que la repentance ne foit pas moins nécef faire que la foi. Il ne faut pas douter que Paul 8c Silas n’aient expliqué toutes ces chofes à ce Geô- lier, maison nedoit pas douter aufîi que Jefus- Chriftn’ait expliqué lemyftere; de l’Incarnation, du moins félon la mefure qui étoit proportionnée Si convenable à l’état où fe trouvolent alors fes Difciples , & que les Difciples ne l’aient aulfi expliqué félon la portée des Chrétiens de leur temps. L’Eunuque de la Reine Candace décrit ainf la foiqu’il a auSeigneur : Je crois que Jefus - Chrifi eji Le Fils de Dieu. Sa foin’avoit-elieque ce feul objet? Èt peut-on dire qu-’un homme explique -bien une choie, qui fait plus de chofes sapables de La faire connaître qu'il n'en expri- me ? U n’eft ni nécefiàire ni poflible de tout dire fur toutes fortes de fujets , & il ne faut connoî- tre ni le langage divin , ni le langage humain , pour s’imaginer que les explications qu’on donne d’une chofe par quelque adjeétif ou par quelque épithete , doivent être des définitions exaéies d’une exaélitude de dialectique , & qu’elles doi- vent épuifer leur objet. Les Philofophes parlent d’une maniéré toute différente. Il eft vrai que , depuis que nous difputons fur ces grandes matiè- res , nous aimons à parier avec une précaution qui nefero^pas néceffaire fi jamais ces queftions n’avoient été agitées , & que nous dilons volon- tiers , le plûs foüvcnt qu’il nous eft portable , un feul Dieu Pere , Fils & Saint Efprit. Mais com- bien de fois nous exprimons nous autrement/ Et en combien d’occafions rendons-nous grâces à Dieu feul , auteur de notre être & de notre de Je fus Chrifl. 40* faîut, par Jefus-Chrift Ton Fils , qui efl: notre divin médiateur ! Ce qui eft parler à peu près comme parle notre Apôrre. Qui ejl-ce d'entre eux ( ajoute Crellius ) qui manquera à dire que ce fi le Pere, le Fils , le Saint Efprit ? En effet , il faut qu il parle ainfi s il veut parler conjéquemment à fes principes ; d'autant plutôt que ü Apôtre devoit-il parler de cette manière , s'il eut été du fentiment de nos adverfaires , qu'il devait prendre garde de ne pas donner lieu à cette erreur fi grave £5* fi pernicieu- Je, comme ils efiiment , qui confifieroit à croire que Dieu efi un feul , aujjï-bien enperfonne qu'en effence : & qu'il n'y a que' le Pere de Notre Sei- gneur Jefus-Chrifi qui Joit Dieu , Pour parler conféquemmeilt à fes principes, il n’eft pas néceffaire qu’un homme explique toujours fes principes a fond ; & quoique nous foyons biens perfuadés du myftere de la Trinité , nous pouvons bien parler du Pere, fans faire mention du Fils ; & du Fils fans faire mention du Pere ; & du Saint Efprit , fans faire mention du Pere &: du Fils ; 8c il n’eft pas néceffaire que chaque mot que nous prononçons (#it une expli- cation de ce grand myftere. Il n’a pas été nécef- faire auffi qu’à chaque parole que les Apôtres ont prononcée , ils aient appréhendé de donner occafion à quelque grande hérélïe. Comme les erreurs 8c même les erreurs graves & mortelles qui font poftîbîes font infinies , ils n’aùroient jamais parlé s’il avoit fallu qu’ils les prévinifent toutes. Mais j’admire ici l’aveugl^nent de nos advérfaires , qui , voulant argumenter contre nous , nous fourniffent un argument invincible contre eux mêmes.. Ont-ils bien penfé à ce qu’ils avancent dans cette occafion ? N’ont-ils pas vu que nous pouvions les combattre & les défaire par leurs propres armes ? Quoi I h les Apôtres 4»4 _ de la Religion Chrétienne . obfçuritez de l'impieté : étant certain que vous comprendrez tout auffi peu l'éternité l'infinité, l’étendue, la maniéré & la ne- çeffité de l'exillence de la matière , que vous connoiflezce qui fe pafife en Dieu. IL Vous avez cette difpofition de coeur dans les chû- fes civiles & naturelles. Vous n'attendez point à manger , jufqu'à ce que vous ayez îçû la maniéré en laquelle fe fait la nutrition, & vous croyez que l'aiman attire le fer * encore qu'on ne vous ait jamais dit corn-» ment cela fe fait. Pourquoi de même ne croi- rons nous pas les Milleres , encore que nous n'en puiffions pénétrer la maniéré ? III. Cetr te foimiffion eft tellement raisonnable', qu'il faut être infenfé pour ne pas le voir. Car jufc qu'à, ce que nôtre efprit foit infini ,. il n'y aur ra qu'un côté des chofes que nous puiffions Voir * & il fera needfaire que l'autre nous ibit inconnu. I V. Elle eft jufte & légitimé s'il en fut jamais. Elle ne va qu'à nous fai- re reconnoître nôtre ignorance, & qu'étant dans le danger de nous tromper , nous de- vons fuivre la Révélation comme un guide fidèle. Nous Tommes, bien extravagans , fi nous ne reconnoifibns point nôtre ignorance.,. ©„u fi nous, craignons que Dieu puilfe nous tromper ,, lors qu'il lui plaît de fe fiajr.e corn- noître à. nous. V.. Mais ce qu'il y. a de plus remarquable , ee. qui eft infiniment glorieux à la Religion , & qui la fait„reconnoîiie pour divine , c'eft que ce; renoncement à fes lumières ejt le feul moyen que nous ayons de forrir d'erreur ,, Sc- de; voir, clair dans les matières, de. laRer- Ijgioni,. <£!eft un miracle propre à la Religion? ^.firéiienne de nous, rendra heuteux ? eq de la Rellgien Chrétienne. 4*# bous obligeant à renoncer à nous* mêmes r. mais c'en ert un auffi grand , de nous ren- dre clairvoyans , en nous faifant facrifier le*, lumières de nôtre raifon. On s'aveugle en portant une vue trop fixe- & trop hardie fur les Mifteres : mais on; apperçoit la lumière de Dieu , lors qu'ora baifle les yeux. L'on eft fçavant , lors qu’on ne veut rien fçavoir que ce que Dieu nous revele : 8e l'on ne fçait rien , lors qti'on> veut tout fçavoir. Par tout ailleurs le degré de connoiffance fait le degré de l'habileté ;. mais c'elt ici le degré de la foûmiffion : 6c c'eil plus par l'humilité du cœur , que par les lumières de l'efprit , qu'on s'inllruit dans la fcience du falut. La preuve n'en eflr pas difficile. On a vu quelles tenebres les; fpeculations d'une raifon indépendante jet- tent fur les Mirteres : 3e voici comment la. foûmiffion de l'efprit change ces tenebres en*, lumières , ou. du moins empêche que nous, n’en foyons obfcurcis. Si je fuis dans cette difpofition d'humilité „ toutes les difficultez perdront leur force. Je ne ferai point furpris de ne pouvoir biens comprendre la nature de Dieu ni fa manie- re de connoîcre d'aimer Se d'agir „ ni font éternité , ni fon immenfité : &. je ferai plu- tôt ravi, en, admiration , de ce que moi qui ne fuis qu’un ver. 8e un atome, je fuis honoré de fa conmoiffance , 8e fins élevé, à. la gloire d'entrevoir fes merveilles.. Je ne trouverai encore rien qui me choque.- dans cet abandon que Dieu a.voit fait autres fois des Pày.ens,,, 8e qu’il a; rait de tant de.- nations infidèles- qui crouphTent dans des té- nèbres fi: profondes ,, encore; qtfilî n'y, aie ^eutrêire rien": de fl difficile &. dé foincoupte* 40* Traité de la Vérité prehenfîble dans la conduite de Dieu. Je me regarderai : je tâcherai de me connoître. Je me trouverai abîmé , pour ainfi dire , dans un coin de ce vafte Univers , dans un tems ou dans une conjoncture- qui n’eid qu’un point auprès de ces efpaces de durée immenfes qui ont coulé & de cette éternité qui coulera en- core, je n’aperçois dans cet état que quelques années,& quelques peuples, que je donne pour objet à la Providence , comme fi c’éroient-14 fes bornes. Mais foible & imbecille que je. fuis î je ne vois point cette fucceffion infinie d’objets qui roulent dans le plan de l’intelli- gence Souveraine : je ne vois ni les liaifons de ce fiécle avec le monde avenir , ni la place que ces peuples , dont je déplore i’ignoran- ce, tiennent dans cet enchaînement, ni les droits que la juilice de Dieu a fait fur eux : ou du moins je ne les connois qu’imparfaite- ment. Je ne confidere pas que mille ans font comme un jour, & un jour comme mille ans i qu’un peuple eit comme cent peuples , & cent peuples comme un peuple à l’égard de celui qui en peut tirer une infinité du néant, d’où il nous a tirez nous - mêmes. Nous fommes comme ceux qui veulent voir toute l’étendue des Gieux , encore qu’ils foient dans un puits. Si nous nous connoiffons- nous - mêmes , nous ne ferons ni curieux , ni téméraires, Sz nous craindrons le fort de ceux qui furent frapez pour avoir voulu regarder dans l’Ar- che. 11 nous fera même facile de recon- naître les dogmes que la Philofophie 8îeu de toute éternité. On a déjà répondu diverfement à cette difficulté , qui a aflez d’ap- parence 5 mais peut-être n’a-t-on pas donné en- core toutes les ouvertures néceflaires pour la réfoudre parfaitement. Nous réduirons nos réponfes à fïx principales. Premièrement , nous remarquerons que dans cette révélation comme dans toutes les autres , le deffein de Dieu eft de fe proportionner à la portée de la perfonne à laquelle il manifefte fou confèil. Lorfque Dieu fe révéla à Moyfe , il s’ac- commoda en quelque forte au préjugé de ce Prophète , qui s’imaginoit que Dieu ayoit des parties femblables au parties d’un corps humain, & qui ne put obtenir de voir fa face. La raifon pourquoi Dieu a révélé aux Prophètes la voca- tion des Païens fur les idées de la Loi , en difanù tantôt qu’il y auroit un autel drefTé au milieu de l’Egypte , & tantôt que depuis le foleil levant jufqu’au foleil couchant , on offriroit des facri- fïces de profpérité & des oblations pures , c’eft que les Prophètes avoient Pefprit rempli de ces idées , & quril falloit leur propofer les objets de l’avenir fous des images connues. Il eft évident que l’Ange qui apparoir à Marie fait la même chofe dans cette occafion. Il pou* voit , s’il eût voulu , p - rîer de Jefus-Chrift com- me du Médiateur qui devoit réconcilier le ciel avec la terre. Il pcuvoit du moins le faire con- noître à fa bienheureufe Mere , à laquelle il pré- dit fa naiffanee par anticipation , comme un monarque univerfel qui regneroir fur toute Na- tion , Tribu & Langue, fuivant l#racle du Pro- phète Daniel , & comme un Roi fpirituel qui regneroit fur les cœurs & fur les confidences » & comme le Maître du monde , auquel toute puifîance feroit donnée au ciel & en la terre. Il ne le fiait pourtant point , parce que ces objets- M in ij 4io Traite de la Divinité if ont pas allez de proportion avec les préjugés de cette fainte Fille , & qu’il faut la conduire par degrés à la connoi dance pleine & entière du Royaume des cieux s mais il lui parle du réta- blilfement du régné de' David , qui étoit en ce temps-là l’objet de l’efpérance de la Nation le plus préfent à l’efprit & au cœur des Ifraélites. Le Seigneur Dieu , dit l’Ange , lui donnera le trône de David fon Pere , C? U régnera fur Lit znaifon de Jacob , (S ?c. Cela étant , il ne faudrait pas trop s’étonner que l’Ange ne donnât point dans cette rencon- tre l’idée de la génération éternelle , & qu’il aimât mieux commencer par les éléments de la Religion , & propofer la naiflance du Meflie fous des idées connues & familières , que de con- duire d’abord l’écrit de celle à qui il s’adrelTe a ce qu’il y^a de plus fubüpae 8c de plus incom- préhenlîble dans la Religion. Il y.en a qui répondent , en fetond lieu , que Jefus-Chrift peut être cdnfidéréou comme étant iftii de Dieu dans le teijnps , ou comme étant iffudeDieu dans l’éternité. Ils diftinguent auflî deux générations divine ; de Jefus-Chrift; l’une p par laquelle Dieu le fai; : être la refplendeur de fa gloire eftentielle , lui communiquant fa gloi- re Sç Ces vertus infinies ; IVütre > par laquelle fa chair aété formée d’une ^natiere épurée & fanc- tifiée par l’opération du Saint Efprit. Ils préten- dent quà la vérité' Jefus-Chrift eft Dieu de tou- te éterniré par cette génération , qui fait qu’il fort de fonPere comme la lumière fort dufoleil j 8: c’eft par cette génération qu’ils prétendent que Jefus-Chrift étoit dès le commencement, qu’il étoit avec Dieu , quil étoit Dieu , qu’il étoit en forme de Dieu , ne réparant point à rapine d’être égal à Dieu , étant dans le feih de fou Pere avant tous les fiecles ; celui par qui de Jefus-Chrift. * j x toutes chofes ont été faites, les chofes vifibles & les chofes mvifibles ; le Verbe rout-publint fjüi foutient toutes chofes, le Fils de Dieu qui avoit avant la fondation du monde une gloire dont Jefus-Chrift a demandé d’être glorifié dans laccompliirement des temps. Mais on foutient aufli que Jefus-Chrift confidéré comme un hom- me, eft ilTu de Dieu en ce qu’il a été formé fans Je miniftere d’aucun homme , par la vertu du Saint Elprit. En joignant cette réponfe à la pré- cédente, on pourroit accorder que Jefus-Chrift eft appelle Fils de Dieu par l’Ange, précifément parce qu il devoir être conçu dû Saint Efprit; mais il faut ajouter qu’il n’a pas delTein de ré- véler a Marie la génération etemelle , comme étant un myftere incompréhenfible , dont la connoiflance eft réftrvée à ceux qui ont déjà appris tous les éléments de la réligion chrétienne. La troifîeme réponfe rapporte ces paroles , Et cy eft pourquoi ce qui naîtra de toi faintfera appétit le Fils du Souverain, non feulement à ce qui précédé immédiatement , lavoir , le Saint Efprit Jurviendfa en toi , & la vertu du Souverain dénombrera : mais généralement à tout ce qui précédé , & même à ces paroles de Marie : Corrïment fe fera ceci , puifque je ne con- nais point d'homme ? De forte que le fens de ce palTage foit celui-ci : Si tu devais mettre au monde unjimple homme , il faudrait que tu l'y mijfes par les voies ordinaires , £2* que tu euffes connu un homme ;mais ce qui naîtra de toi fera faint , C 2* doit êtte appelle le Fds0e Dieu , le Ftls du Souverain , d eft pourquoi il fera ne'cef- faire que le Saint Efprit furvienne en toi , & que la vertu du Souverain dénombré. On peut dire , en quatrième lieu , que f Ecri- ture emploie fouvent , pour marquer l’événe- ment des chofes , des exprelfions. qui en femblent 4ii Traité, de la Divinité marquer la caufe , comme lorfque l’Evangelift# dit: Oèfl pourquoi ils ne pouvoient croire , à caufe que derechef une autre prophétie dit , C9V. Ainfl l’expreffion qui fait la force de la difficulté & de fobjeéHon , femblent marquer la caufe pour laquelle Jefus-Chrift feroit appelle le Fils de Dieu ; c’eft parce qu’il auroit été formé par la vertu du Saint Efprit : mais elle ne marque que l’événement. De forte que le fens de ces pa- roles revient à celui- ci : Le Saint Efprit furvi en* dra en toi » la vertu du Souverain dénombrera « CT il arrivera que ce qui fera né de toi faint , 1er a appelle le Fils de Dieu* En cinquième lieu , on peut ajouter à tout cela que Jefus-Chrift eftappellé la vertu & la fageffe de Dieu ; confédéré dans ce premier état où nous avons dit qu’il eft Dieu ou en forme de Dieu , & qu’ainfï nous pourrions entendre de Jefus- Chrift , qui eft le Verbe éternel , ces paroles de l’Evangélifte > la vertu du Souverain dénom- brera ; ce qui ôteroit entièrement la difficulté. Mais on confent , en fixieme lieu , que lTex- prefîion de l’Ange foit prife dans la plus grande rigueur du fens littéral, & l’on prétend que cela ne fait rien contre nous. Car il eft vrai que la vertu du Saint Efprit , qui a purifié le corps de Jefus-Chrift dans fa conception, a procuré à Jefus-Chrift homme l’avantage glorieux & inef timable d’être appelîé le Fils de Dieu. Ce prin- cipe eft véritable , dans quelque fens que vous preniez cette exprefiîon > il fera appelle. r foit que vous la pri iez pour il fera , foir qu’elle ligni- fie il fera appelle. Il eft terrain que la conception de Jefus-Chiift par le Saint Efprit a procuré à ce qui eft né de Marie d’être le Fils de Dieu. Car comme la nature humaine de Jefiis-Chrift n’eft unie hypoftatiquement à la nature diidne que parce que cette nature humaine eft formée de Jefus-Chrift. 413 d’une matière épurée & fanétifiée par le Saint Efprit , il eft vrai auffi quelle ne participe au titre glorieux de Fils de Dieu, de Dieu , de ref- plendeur de la gloire de Dieu , qu’en conféquen- ce 8c par un effet de fa conception miraculeufe. Le même principe lui a procuré l’honneur d’être appellé le Fils de Dieu ; car ce qui fait que la nature humaine de Jefus-Chrift eft quelquefois honorée dans l’Ecriture , quoique dans un fens impropre, des titres & des qualités glorieufes qui ne conviennent qu’au Fils éternel de Dieu , ou au Verbe incréé , ce n’eft que l’union de cette nature avec le Verbe. De forte que cette union de la nature humaine , formée dans le temps avec le Verbe qui eft éternel , dépendant effen- tiellement & principalement de l’opération du Saint Efprit , qui a uni la nature corporelle avec la nature éternelle , en fanélifiant cette pre- mière , il s’enfuit que c’eft avec jufte raifon qu’on rapporte à cette vertu & opération du Saint Efprit comme à fon véritable principe , le nom de fils de Dieu qui fera donné à ce qui naîixa de Marie. »u fond , quand il y auroit dans ce paftage quelque difficulté que la fagefTe de Dieu y auroit laiffée pour exercer notre foi , il eft bien certain que nos adverfaires n’en pourroient tirer aucun avantage , puifqu’il n’eft rien de fi aifé que de leur prouver que le titre de Fils de Dieu en Jefus-Chrift eft ncceffairement établi fur d’au- tres fondements que fur celui de fa conception. En effet, il eft bon de remarqug|que Jefus- Chrift ne porte pas feulement le titre de Fils de Dieu , mais qu’il eft encore ordinairement nom- mé le Fils unique de Dieu , ou l’unique iffu du Pere, fon Fils bien - aimé , fon Fils propre , & qu’ainfi ce n’eft pas du titre général de Fils , mais du titre de Fils par excellence que nous devons chercher les raifons. 414 Traité de la Divinité Nos adverfaires , qui font ce qu’ils peuvent pour s’empêcher de reconnoître la génération éternelle de Jefus-Chrift, établilfent le titre de Fils unique qu’il porte fur cinq fondements , qui font , I. fa conception du Saint Efprit ; II. fon iriftallation dans les charges de Roi , Sacri- ficateur & Prophète, qui lui font tenir la place de Dieu > III. fon onélion , compofée des dons & des grâces du Saint Efprit qu’il a reçu dans une mefure toute extraordinaire ; V ï. fa réfur- retftion d’entre les morts , par laquelle il a été déclaré Fils de Dieu en puijfance par la réfur- reâion d'entre les morts ; fon exaltation après les fouffrances , pas laquelle il a été élevé au- 'delfus de toutes les puilfances > & a hérité un nom qui eft par-deflus tout nom. A l’égard de la première , il eft certain que l’avantage d’avoir été conçu du Saint Efprit , a s’arrêter là précifémènt , n’eft pas plus grand que celui d’être formé immédiatement par la puilfance de Dieu , & d’être formé dans un état d’innocence & defainteté , comme l’ont été les Anges & l’ame des autres hommes , ou , fipur emprunter des exemples non conteftes , comme l’a été l’ame de nos premiers parents. Car erre formé parl’elpritde Dieu ou pat la puilfance de Dieu, c’eft à peu près la même choie. D ailleurs, tout ce qui eft formé par la puilfance de Dieu , eft formé par Ibn.Elprit, toutes chofes ayant été formées , feront le Plaftnifte , pas l efprit de fa bouche. Et en effet , V Efprit s’explique dans le texte d^Hl’Evangélifte par la puijfance : le Saint Efprtt furviendra en toi , C55 La vertu de Dieu dénombrera , (S'c. Cela eft certain, dans le lyftême de nos adverfaires principalement. Cela étant , on pourroit bien appeller Jefus- Chrift le Fils de Dieu , parce qu’il a été formé par fa vertu Sc par fon Efprit j mais ce titre lui feroit de Jefus-Chrift. ^ lêrcît commun avec les autres intelligences , 3c fur -tout avec les Anges que Dieu a crées immé- diatement par fa vertu. Jefus Cbrift feroit donc le Fils ; mais il ne feroit pas le Fils unique. Peut-être nous répondra-t-on c,ue Jefus- Chrift a du s appeller le Fils de Dieu à cet égard dans un fens particulier , diftingué des Anges , parce qu’il ne convient point aux Anges d’avoir un pere , étant des intelligences créées , 8c non en- gendrées i ce qui peut fe dire aufti de Famé de nos premiers parents , 3c de toutes les âmes des hommes fans exception : au lieu que Jefus- Chrift étant un homme femblable aux autres , & devant avoir une mere , & être conçu dans le fein d’une femme , il lui convenoit d’avoir un pere ; de forte que n’en ayant point eu comme les autres hommes , mais le Saint Efprit ayant fuppléé au défaur de cette caufe ordinaire de la génération, il ne faut pas s’étonner ni qu’il foit appelle Fils de Dieu , ni qu’il foit nommé ainfi exclufivement aux pures Intelligences. Cette réponfe eft vaine , pour deux raifons. La première eft que la qualité de Fils , de propre Fils , de Fils unique de Dieu , qui eft un titre li grand & fi augufte , devient un titre vain , fans prix & fans dignité , à s’arrêter aux vues de nos adverfaires'; car il refaite de leur principe , que ce qui fait que Jefus-Chrift eft le Fils unique de Dieuexclufîvemene au premier homme ou aux Anges , c’eft que ceux-ci ayant été produits 8c formés immédiatement , ne l’ont point été dans le fein d’une femme comme Jefus-Chrift, à qui cela eft propre & particulier, fyms , je vous prie , quelle dignité ou quelle excellence ajoute à une créature formée de Dieu immédiatement, de l’avoir été dans le fein d’une femme , ou de l’avoir été fans le miniftere d’une femme? Ce qui fortifie & .confirme notre pen fée en cela 9 Nn Traité delà Divinité c’eft que l’Ecriture Sainte nous fait regarder le titre de fils , & de Fils unique de Dieu, comme un titre éminent & glorieux, qui diftingue Jefus-Chrift de tous les Anges. Or il y aurait de l’extravagance à s’imaginer que l’éminence de cette gloire confiftât dans cette circonftan- ce : c’eft que Jefus-Chrift ayant cela de com- mun avec les Efprits céleftes , d’avoir été formé de Dieu immédiatement , il l’eût été dans lefein d’une femme. La fécondé raifon qui fait qu’on ne peut fè fatisfaire d’une telle réponfe , eft qu’il y < a quelque chofe de plus noble & de plus parfait a être créé & formé de Dieu immédiatement , fans aucun miniftere de pcre ni de mere , que d’être formé fans pere dans le fein d’une mere » par lapuiffance de Dieu. Il eft certain que moins il intervient de eaufes fécondés dans la produc- tion d’un ouvrage divin , & plus il a des rapports immédiats avec Dieu-, il eft vrai que la produc- tion immédiate eft, dans fa maniéré , plus excel- lente que la production médiate, comme , par exemple , la création de l’homme a été plus parfaite que fa génération. Si donc Jefus.Chrift d mérité d'être appellé le Fils de Dieu par ce Am- plement qu'il a été formé par la vertu de Dieu» avec l’intervention d’une mere , fans le minif- tere d’2ucun pere , il s’enfuit qu’Adam , qui a été formé lans pere & fans mere , par les mains de Dieu , quoique fofi corps ait été tiré du limon de la terre , méritera quelque titre plus avantageux encore -, & que les Anges , qui ont été forméî^i’une maniéré plus parfaite encore , puifqu’ils ne l'ont pas été d’une maniéré préexif tante , feront dignes d’un titre encore plus glo- rieux. On me dira peut-être ici que la conception du Saint Efprit n'eft pas le feul fondement lequel eû établi Je titre de Fils unique de Die& de Jefus-Chrift. jt~ Mais fi cela eft , nous avons fujet , première- ment , de chercher d’autres raifons de ce nom Sue l’Ecriture donne à Jefus-Chrift. D’ailleurs , il faut que nos adverfaires renoncent à l’avan- tage qu’ils prétendent tirer de ces paroles de I evangeiifte »’ C eft pourquoi aufti ce qui naîtra de toi faint fera appelle le Fils de Di2u. Car s’ils prétendent que l’Evangélifte marque dans cet endroit l’unique fondement fur lequel1 eft établi le titre de Fils de Dieu, ilsfe contredirent eux-mêmes ; & s’ils veulent que cette exprefliott ait d’autres fondements , elle n’a donc plus aucune force pour exclure les autres , ni par conféquent pour combattre la génération éter- nelle. Mais puifqu’il eft nécertaire d’aflîo-ner d’autres fondements de ce titre glorieux , con- tinuons d’examiner ceux qui font marqués par nos adverfaires. Le feconçl <îu*ds marquent, c’eft J’inftallatioti de Jefus-Chrift dans fes diverfes charges. On cite pour cet effet les paroles de Jefus-Chrift qui fe lifent dans l’Evangile félon faint Jean : II eft écrit , fai dit , vous êtes Dieux ;ft donc ceux-là C >nt appelles Dieux auxquels la pa- role de Dieu a été addreffée , a* /’ Ecriture ne peut être enfreinte. Dites-vous que je blafphê - me , moi que Le P ère a fanéiifié , parce que jyaè dit , je fuis le Fils de Dieu I Nous avons déjà expliqué ce pafTage ailleurs , & nous avons fait voir que Jefus-Chrift ne prétend pas répon- dre à leurs paroles , mais à leurs befoins & à leurs difpofïtious. Cependant on pt£t bien dire que les Rois, les Princes ou les J ug-es ont été appel- les du nom de Dieux dans l’Ecriture ; mais nous n’avens point lu qu’ils aient été nommés les Fils de Dieu , & fur-tout dans un ufage fré- quent, ordinaire & familier de ce terme, ^ail- leurs, fi Jefus-Chrift n’étoit le Fils de Dieu, Nn ij 41 3 Traité de la Divinité ou s’il l’étoit principalement à caufe de fês offi- ces , il s’enfuit qu’il auroit été bien davantage le Fils de Dieu depuis qu’il eut commencé de prêcher, qu’il ne l’étoit auparavant; ce qui ne peut fe dire en aucune façon. Ajoutez à cela que lorfque Jefus-Chrift reçut ce témoignage du Ciel àprès fon Baptême , Celui-ci ejl mon Fils iien aimé , en qui f ai pris mon bon plaifir , ces paroles ne lignifient pas que -Jefus-Chrift com- mençât à devenir fon Fils dans ce moment. Enfin , on peut dire que fi Jefus-Chrift eft le Fils de Dieu à caufe de fes charges ou de fes offices, il faut qu’il le foit ou par nature, ou par adoption , ou par métaphore ; parce que jufqu’ici on n’a point trouvé de milieu. On ne peut pas dire que Jefus-Chrift foit Fils de Dieu par nature à caufe de fes offices ; cela implique contradiélion , il eft inutile de s’attacher à la réfuter. On ne dira pas auffi que Jefus-Chrift foit le Fils de Dieu par adoption à caufe de fes charges ; car comment la qualité de Sacrifica- teur , de Prophète ou de Roi , fait-elle formelle- ment que Dieu adopte Jefus-Chrift ? D’ailleurs , nous fommes tous les enfants adoptifs de Dieu ; & fi Jefus Chrift n’étoit Fils que par adoption, il ne feroit pas diftingué des Fideles. Enfin , fi l’on dit qiie Jefus-CHrift eft le Fils de Dieu par métaphore à caufe de fes offices, c’eft-à-dire,que les offices de Jefus-Chrift font qu’il fe regarde comme l’héritier de Dieu , & comme fon Fils , bien qu’il ne foit point fon héritier de droit, ni 'fon Fils qiflv dans un fens figuré , vous tombez dans un plus grand embarras encore. Car , pre- mièrement , vous attribuez à Jefus-Chrift d’être le Fils de Dieu d’une maniéré moins noble 8c moins avantageufe quêla maniéré en laquelle Je font les Fideles : ceui-ci le font par adoption , 8c par conféquent plus particuliérement que pat $gure ou par métaphore. de J efus- Chrift. 4 * 9 D’aîlleurs dire cjue Jefus-Chrift eft le Fils de Dieu parce que Dieu le traite comme il traite- rait fon propre Fils , s’il en pouvoit avoir un , c’eft aller directement contre l’Ecriture ; c’eft d’ailleurs affoiblir infiniment les idées que nous avons de la glorieufe qualité de Fils unique de Dieu ; c'eft même reconnoître tacitement que Jefus-Chrift n’eft pas le Fils de Dieu proprement 8t véritablement. Le troifieme fondement fur lequel on établit le titre de Fils de Dieu , c’eft cette ondion divine & furnaturelle que Jefus-Chrift a reçu de fon Pere , & par laquelle il s’eft trouvé en état de remplir fi dignement les fondions les plus diffi- ciles de Ion miniftere , & qui confifte dans les dons du Saint-Efprit qui lui ont été communi- qués fans aucune mefure. Mais premièrement > il eft certain que Pon confond ici l'effet 3c fa caufe , le caradere Si la chofe caradérifée. Il eft vrai que Dieu a donné Ion Efprit à Jefusr. Chrift homme ; mais il le lui a donné fans mé- fure , parce qu’il étoir déjà fon Fils : ainfi cette ondion ne l’établit point , mais le fuppofe Fils de Dieu. J’avoue auffi que les dons du S. Efprit font le caradere des enfants de Dieu ; car i ceux qu'il a fait fès enfants , il leur a donné V efprit d? adoption qui crie dans leurs coeurs , Abba. , Pere. Mais comme Dieu ne nous donne fon Efprit qu après nous avoir adoptés, & nous, avoir donné ce droit d’être appel lés fes enfants, ainfi nous eft il permis de luppofer que fi Jefus- Chrift a été rempli du Saint Efprit , c’eft parce qu’il étoit le Fils de Dieu , &qi%infi cette plé- nitude de dons & de grâces le fuppofe & ne le fait point le Fils de Dieu. Ajoutez à cela que fi Jefus-Chrift n’étoit honoré du nom de Fils de Dieu qua caufe des dons qu’il a reçus, il pour-, roit être appelle le fils de Dieu > mais non pas Nnnj Traité de la Divinité fbn fils unique , puifqü’encore qu’il ait reçu îe Saint Efprit dans une mefure toute extraordi- naire , il n’eft pourtant pas Je feul qui la reçu.. Enfin , il eft certain que Jefus-Chrift étoit le Fils de Dieu avant Ton inauguration & fon bap- tême , & par conféquent avant cette ondion extraordinaire. Le quatrième fondement fur lequel on établit la gloire de ce titre , eft fa réfurredion d*entre les morts , fur quoi on cite ces paroles du chap. 13. des ades : Et nous vous évangélijons auffi cttie promeffe qui a été faite aux gérés , [avoir, que Dieu fa accomplie dans Leurs emfants , ayant fufcité Jejus , comme il ejl écrit au Pfeaume deuxieme : tu es mon Fils ; je fai aujourd' hui engendré. Il y en a qüi entendent par cette exprefîîon , fujcité , la réfurredion d’entre les morts > & j’avoue que l’original peut louftrir l’une & l'autre de ces deux verfions. Je ne nie pas aufli que dans les verfets qui précé- dent, & dans ceux qui fui vent , il ne foit parlé de la réfurredion de Jefus-Chrift ; mais cela n’empêche pas que nous n’entendions cette ex- prelfion , ayant fufcité , de la venue de Jefus- Chrift au monde ou de fbn établiffement fur le trône de David. Car c’eft de cela qu’il s’agit principalement dans cet endroit, L’Apôtre a parlé dans les verfets précédents de la promeffe «jue Dieu avoit faite aux peres •• De la fentence de David y Dieu , félon fa promeffe , a fait venir le Sauveur à Ifraéï, à [avoir , Jefus. Il récite en- fuite la vie , la mort & la réfurredion de Jefus- Chrift , & apj£v; cela il revient à cetre promefte qui avoit été faite aux Peres touchant l’envoi de Jefus-Chrift , & y revient lorfqu'il ajoute ces paroles : Et nous aujft f vous annonçons qu e quant d La promeffe qui a été faite à nos Peres , Dieu Va accomplie à nous qui fommes leurs- de Jefus-Chrifi. 411 enfants , ayant fufcité Jefus , tfc. Dieu avoir fait une promelfe aux Peres , qui étoit de faire venir le Sauveur à Ifraël ; voilà la promeffe., Dieu a fufcité Jefus-Chrift ; il l’a envoyé , il l’a fait venir au moi de pour nous lauver ; voilà l’accompliflernent ; la promelfe. Mais que ferons-nous de ces paroles que l’Apôtre ajoute : Comme il efi écrit au Pfeaume deuxieme , je t'ai aujourd' hui engendré ? Nous dirons que cette déclaration typique eft citée comme un témoignage du deflein que Dieu avoit d’accom- plir la promelfe générale qu’il avoit faite à ce peuple de leur envoyer un Sauveur ou Libérateur. Au fond y il eft extravagant de dire que Jefus-Chrift eft principalement fils de Dieu parce qu’il a été relfufcité d’entre les morts, qu’il étoit Fils unique de Dieu, le propre Fils de Dieu , fon Fils par excellence , avant fa réfur- reétion ; ce qui paroît & par la maniéré dont il parle , & par la maniéré dont les autres parlent de lui. Je Juis , dit-il, ijfu de mon Pere , £5* fuis venu au monde', (Sf derechef je quitte le monde » üf je m'en retourne du Pere. Philippe , qui m'a vu , il a vu mon Pere ; C5* pourquoi donc dis-tu : montre-nous le Pere ? Nul , dit l’Evangélifte , ne vit jamais. Dieu ; celui qui efi au J'ein du Pere lui- même l'a manifefié ou l’a fait connoî-> jre. D’ailleurs , les Apôtres , en difant qu il a été déclaré le Fils de Di u par la réfurredion d'entre les morts , reconnoifient par là même qu’il étoit le Fils de Dieu avant fa rcfurreélion. Ajoutez à cela que lï Jefus-Chrift étoit appcllé le Fils de Dieu proprement & véritablement , parce qu’ii eft relfufcité d’entre les morts , il pourroit être dit fon Fils, mais non pas fon Fils unique, puifqu’il n’eft pas feul relfufcité. Enfin > fi Jefus- Chrift eft appelle le Fils de Dieu à caufe de fa té- furre&ion, il eft certain qu’il ne peut l’être qu® N n iv jft'Z "Traire de la Divinité par quelque efpece de métaphore & d’analogie, dansJe même fëns, à peu près, que les Intelligen- ces que Dieu à créées font appeîlées les enfants de Dieu ; car on ne voit pas que la réfurreétion d’un homme foit plus proprement & plu$ véri- tablement une génération que fa création. Or il n’y a perfonne qui ne fût choqué d’entendre que Jefus-Chrift n’eft le Fils de Dieu que par méta- phore , &. dans un fens purement figuré. En effet , fi cela étoit nous aurions de l’avantage fur lui, puifque nous fojmmes les enfants de Dieu par adoption & qu’on eft plus propre- mene enfants lorfqu’on Peft par adoption , que lorfqu’on i’eft par une pure & nue métaphore. Enfin , la dernière fource d’où l’on fait venir ce titre de Fils , & de Fils unique de Dieu , c’eft l'exaltation fouveraine de Jefus-Chrift après fit mort & fa réfurreétion bienheureufe. Nous ne nous arrêterons pas long-temps à réfuter cette derniere fpéculation, parce que toutes les raifons que nous avons rapporté ci-deffus reviennent for ce fujet. En effet , eft-ce que Jefus-Chrift rt’éteit pas le Fils , le propre Fils , le Fils unique de Dieu avant fon exaltation ? D’ailleurs ne dif- ftifïguera-t on jamais entre être Fils & entrer dans factuelle pofiefïicn de fon héritage ? Je veux que Jefus-Chrift foit entré dans la pleine & actuelle poffefiion de l’héritage qui lui étoit préparé par fon afcenfion dans le ciel , s’enfuit- il qu’il ne fût le Fils unique de Dieu auparavant! Enfin j on peut dire en général que Dieu a oint fon. Fils , qu’il a envoyé fon Fils pour être notre Roi , r£Ve Prophète & notre fouverain Sacrificateur j qu’il a reflufcité fon Fils , qu’il a fouvérainement élevé fon Fils ; & par conféquent on doit penfer que bien-loin qu’on puifle dire que Jefus-Chrift n*eft le Fils de Dieu que parce qu’il -a été oint fpirituellement, qu’il a été revê- •de Jefus-Chrifl. 42.J tu de Tes offices , qu’il eft reirufcité , & qu’il a été fouverainement élevé après fa réfurredion i il eft néçefiaire' plutôt de reconnoître que Jefus- Chrift n’a été oint par-deffus Tes compagnons , n’a été revetu de l’office de médiateur & de Tes autres charges, dont un autre ne pouvoir s'acquit- ter n’a été les’prémices des dormants, & n’a été exalté après fa réfurredion,que parce qu’il étoit déjà, avant toutes ces chofes , le Fils de Dieu. Et cela étant , ou il faut regarder fa conception du Saint Efprit comme l’unique fondement fur Jequel eft établi le titre de Fils de Dieu, ce que nous avons démoutré être extravagant; ou il faut avoir recours à une génération plus ancien- ne que celle-ci. Mais ici , comme dans toute cette matière 9 il faut extrêmement diftinguer la maniéré du myftere, du myftere lui-même: le myftere eft certain , mais la maniéré du myftere eft incom- préhenfible. Je ne ferai point d’effort pour expli- quer la génération éternelle du Fils de Dieu. Je demeure d’accord quelle eft au-deffus de toutes nos penfées , de toutes les images que nous pourrions employer , & qu’il ne faut point s’é- tonner qu’on trouve des défauts dans tous les parallèles que l’efprit humain peut employer fur ce fujet ; mais pour fatisfaire ma railon & ma confidence , je n’ai que faire de ces parallèles. Car fi je ne conviens point de ce principe géné- ral , qu’il y a des vérités très-incompréhenfibles, qui font néanmoins très-certaines , je ne fuis point capable de raifonner dans Ja nature ni dans la réligion : & fi j’en convins , l’incom- préhenfibilité de la génération de Jefus-Chrift n’eft plus pour moi une raifon de doute : je dois feulement examiner s’il eft poffible que je révo- que en doute la vérité de ce myftere , qui m’elt û clairement révélé dans l’Ecriture. 414 Traité de la Divinité Or, dans cet examen je me convainc de h vérité de-ces trois principes. Le premier eft que / Jefus - Chrift étoit avant fa conception & fa naiffance ; ceft ce que nous- avons juftifié plei- nement dans les Seétions précédentes. Le fécond eft que Jefus-Ghrift étoit dans le premier état qui a précédé fa manifeftation en chair ; qu’il étoit , dis-je , le Fils de Dieu , car l’Lcriture y eft etfpreffe. Je fuis , dit Jefus.Chrift , je fuis ijfu de mon Pere , fS je fuis venu au monde } (J derechef je quitte Le monde , U je m'en vais au Pere. Vous voyez qu’avant que de venir ai % monde il fe fuppofe iflii de fon Pere. Dieu a envoyé fon Fils : vous voyez qu’il eft le Fils de Dieu avant, qu’il foit envoyé. Nous avons , difent les Difciples , nous avons contemplé Ja gloire , gloire comme de Punique iffu du Pere> fleïn de grâce & de vérité. Et afin que vous ne foyez pas en peine de favoir de quelle gloire il. s’agit ici, Jefus-Chrift demande lui-même cette gloire à fon Pere,lorfqu’il lui dit , Glorifie ton Fils delà gloire qu'il a eue par- devers toi avant que le monde fut. Vous voyez donc qu’en qualité de Fils de Dieu , ou d’unique Fils de Dieu , Jefus- Chrift avoit une gloire par- devers fon Pere avant que le monde fût : & qui doute que ce ne foit à ce même égard que Jefus-Chrift eft appelle la refplendeur de la gloire du Pere , celui qui fondent toutes chofes par fa parole puijfante , qui a été en forme de Dieu , qui étoit Dieu au commencement , un Dieu qui s' eft manifefté en chair , &c. qu’ainfi Jefus-Chrift , avant la conception , hon- feulement ne foit le Fils de Dieu , mais encore un Fils glorieux qui partici- pe à fes perfeétions infinies ? Le troifieme prin- cipe eft que Jefus-Chrift étant celui-là même duquel l’Ecriture nous apprend & que fes ijfues font dès les temps éternels , & qu’il eft le Pere àt Je fus Chriji. 4ir de l Eternité. ^ er que [es années ne défaillent l>°int , & qui/ n'a ni commencement de jours , enfin de vie , & qu’i/ eJi par- devers fort Pere avant la fondation du monde y & qui/ tJl Dieu un avec fon Pere , égal àfon Pere , participant de la meme gloire avec fon Pere ; nous ne pou- vons , fans extravagance , rapporter fon être & fon origine : j’entends cet être quil po/Tede avant qu’il vienne au monde; que nous ne le pouvons , dis je , rapporter à aucune génération temporelle , & qu’ainfî , quelque incompréhen- lible que foit la maniéré du myftere , le myftere eft certain & inconteftable. CHAPITRE VII. Où P on continue de répondre aux objections. O s Adverfàires font un grand cas de tous les paffages de l’Ecriture qui marquent que Jefus- Chrift eft dépendant de fon Pere. Us nous citent avec empreÜèment les endroits de l’Ecriture ^i difent que Jefus-Chrift ne fait rien de par lui-meme , ou qu’il ne fait que les œuvres que le Pere lui a donné à faire ; que le Fils ne fait point l’heure du dernier Jugement » que le Pere eft plus grand que lui ; qu’il doit remettre le Royaume à fon Pere après la fin des fiecles. Ils font de chacun de ces pafîages un argu- ment particulier contre nous , & ils en rempïif- fent leurs Livres ; mais ils trouvent bon que nous les joignions enfemble , & que , comme ils ne font qu’une même difficulté dans le fond , nous y fatisfaffions auffi par une feule réponfe. Nous ne dirons que peu de chofes là-delfus, mais elles feront évidentes & démonftratives. Premièrement donc , nous trouvons dans 4i<> Traite de la Divinité l’Ecriture des paffages qui font diredement & diamétralement oppofés à ceux-ci , du moins félon les apparences , car nous y trouvons que Jefus-Chrift agir par fa volonté : Qu'il te foie fait félon que tu as cru. Je le veux , fois net- toyé. Il eft dit de lui. qu’/Z n a point réputé à. rapine d'être égal à fon Pere. Saint Pierre dit qu’ZZ connoit toutes chofes. Et enfin , l’Ecriture nous apprend qui/ ne doit y avoir aucune fin à fon régné. Ces deux fortes de païfages paroifTent contra- didoires ; ils ne le font pourtant pas, puifqu’ils viennent de l’Eftpritde vérité , qui n’eft pas un Efprit de contradidion & d’impofture. De là il s’enfuit évidemment que de deux bypotheles > celle qui fait combattre ces paffages eft nécefiai- rement faulfe , & que celle qui les accorde , au contraire , eft préférable à celle là. Or je foutiensque l’hypothefe Socinienne fait combattre ces paft'ages , & que notre hypothefe les accorde & les unit-; & par conséquent j’ai raifon d’en conclure que notre hypothefe eft préférable à Phypothefe Socinienne. Cela con- iifte en preuves. Comment eft-ce que les Sociniens me feront ' voir que Jefus-Chrift eft égal à fon Pere , & in- férieur à fon Pere \ Jefus-Chrift* félon eux , eft inférieur au Pere par fa nature .* eft- il donc égal avec lui par fes offices ? Nullement , ce feroit une contradidion. Les offices de Jefus Chrift Pétabliffent miniftre de Dieu : il n’eft donc pas égal avec DÀeu par fes offices ; & bieii-loin qu’il puiffie dire ai cet égard qu’/Z n a. point réputé à rapine d'être égal à Dieu , il faut dire cjue la prétention d’un miniftre feroit réputée à info- lence , s’il fe difoit égal au Maître qu’il fert. . Comment me feront-ils voir que Jefus-Chrift fait toutes chofes , & qu’il ignore l’heure da de Jefus-Chrift. 417 Jugement ? La diftinétion de nature & d’office ne fert de rien en cet endroit ; car quand il s’a- git de la connoiflance , il s’agit évidemment rie quelque choie qui appartient à la nature. Dira- t-on que, lorfque faint Pierre dit à Tefus-Chrift qu’il connoît toutes chofes , il ne parle point en général ? Mais qü’eft ce que parler en général , h ce n’eft fe fervir d’une expreffion générale I D’ailleurs], il paroît que d’un principe général il tire une conséquence particulière. Tu cannois toutes chofes , dit-il ; tu fais que je t'aime ; ce qui lignifie naturellement, tu fais que je t'aime fuifque tu n'ignores 'rien. De dire que Paint Pierre s’eft trompé lorfqu’il a parlé ainfi , cela n’a point de couleur , puifqu’il n’auroit pu fe tromper fins proférer un blafphême en faveur de Jefus-Chrift , en lui attribuant une connoif- fance infinie qui n’appartient qu’à Dieu , & que Jefus-Chrift n’auroit pas reconipenfé un blafphê- me , en lui difant , Pais mes brebis. Comment nos adverfaires accorderont-ils ces partages qui marquent que Jefus-Chrift ne fait rien de par lui même , & ces exemples qu’ils nous citent fi fouvent de Jefus-Chrift priant fon Pere au tombeau du Lazare , & difant que le Pere ne manque jamais de l’exaucer , avec ces autres palfages qui marquent que fa volonté commande les miracles & les opéré ? Car fi Jefus-Chrift n’eft qu’un firnple homme, qui ne fait que prier Dieu qu’il falîê ces œuvres mira- culeufes , quelle eft certe hardiefte de dire, Je Le veux , fois nettoyé ? Si Moyfegpt parlé ainfi , il auroit alfurément parlé avec mfolence. Les Apôtres s’exprimentauffi d’une maniéré bien diffi^ rente. La diftinetton de nature & d’office , a quoi pourra- 1 elle fervir dans cette rencontre ? Enfin , on ne voit pas que leur hypothefe (oit plus heureufe lorfqu’il s’agira d’accorder ce que 4*8 Traité de la "Divinité l’Ecriture dit de l’éternité du régné de Jefus- Chrift avec ce quelle dit de la fin de ce régné , lorfqu’elle nous fait entendre que Jefus-Chrift: doit remettre le Royaume à Dieu fon Pere. Car comme , félon eux , Jefus-Chrift ne régné point naturellement , mais par fès offices qui doivent prendre fin : on ne voit pas que fon régné puifte être éternel , ou , pour me fervir d’une expref* lion encore plus forte , & qui ôte les équivo- ques , qu’il ne doive y avoir aucune fin à fon régné. Nos adverfaires ne lauroient donc concilier ces paflages. Mais que diront-ils fi nous les con- cilions parfaitement ? ne diront-ils pas que notre hypothelê a un avantage vifible fur la leur ? Leur diftindion de nature & d’office , qui eft fondamentale dans leur hypothefe , eft inutile pour cela. Notre diftindion de deux natures difi tindes en Jefus-Chrift , qui eft eflentielle à notre fentiment, aura un meilleur fuccès. Rien n’eft fi aifé en effet que d’accorder par- la l’Ecriture avec l’Ecriture. Jefus-Chrift eft homme , il eft donc inférieur au Pere. Jefus- Chrift eft Dieu , il eft donc égal au Pere. Jefus- Chrift eft homme , il ignore donc quelque chofè. Jefus-Chrift eft Dieu , il connoît donc toutes chofes. Jefus-Chrift eft homme , il agit donc dépendamment de la caufe première ; il prie , & il eft exaucé. Jefus-Chrift eft Dieu, il n’a donc qu’à vouloir pour agir ; il commande en vou- lant , & il exécute en commandant : Je le veux , fois nettoyé . ^èfus-Chrift eft homme , il peut donc recevoir l’empire & la puiffance. qu’il n’a- Toit pas, & la recevoir jufqu’à un certain temps ; après quoi l’économie de Médiateur qui le lui a fait prendre , finirtant , cet empire finit auffi. Jefus-Chrift eft Dieu , & à cet égard il a un empire elfentiel & nécelfaire qui n’aura jamais de ïefus-Chrifl. de nn , non pas riieme quand l’empire acquis & économique ne fera plus, & aura changé de nature & d’objet. ° Creillius nous dira ici que cette diftinCtioa des deux natures eft une diftinCtion que nous avons imaginée. Premièrement, comment pou- vons-nous l’avoi^imaginée , puifque fans elle noijs ne faurions concilier l’Ecriture avec l’Ecri- ture , & que nos adverfaires, en la rejettant, fe mettent dans l’impoflibilité de fe délivrer de ces contradictions apparentes. D’ailleurs , il ne faut que confulter l’Ecriture pour y trouver le fondement de cette diftinCtion. Car lorfqu’elle nous parle d’un Dieu manifejîe en chair , elle nous fait comprendre la nature divi- ne manifeftéedans la nature corporelle, comine cela a déjà été prouvé ailleurs. Or , qu’eftce qu’une nature divine manifeftéedans une nature corporelle, que la diftinCtion de deux natures de Jefus-Chrift , qui eft le fondement de notre tiodrine , & par lequel nous expliquons toutes ces contradictions apparentes de l’Ecriture. Examinez de plus près tous ces palTages , & tous verrez que la diftinCtion des deux natures s’accorde fort bien avecdeur but. Si vous m*ai- ' mie % , dit Jefus-Çhrift en faint Jean , Chap. XIV. verf. 2.1 , Ji vous m'aimie % , vous J'erieç certes bien aife de ce que je vous ai dit, je vais au Pere , car Le Pere eft plus grand que moi. On ▼oit bien que c’eft en tant qu’homme que Jefus- Chrift s’en va; car à d’autres égards , il doit demeurer avec fes Difciples jufqugi laconfom- mation desfiecles. C’eft de Jefus-Chrift confédé- ré comme s’en allant bientôt, & par confisquent de Jefus-Chrift homme , qu’il eft dit, Le Pere cjl pLus grand que moi. Quant à cette dépendance qu’on remarque dans ces expreftions ; IL ejl ijfu du Pere ; Le Pere 43 rt Traité de la Divinité a donné au Fils d'avoir vie en foi ; Le Pere démontre au Fils les ctudres qu'il fait Lui- trié me ; £e Fils ne peut rien faire s'il ne voit le Pere qui le fait pareillement ; Le Fils ne parle point de lui-méme ; cela s’explique le plus naturellement du monde , & par la diftin&ion des deux natures , & par la |plation du Média- teur , & par cette fubor filiation qui eft entre le Pere & le Fils en la maniéré de fubfifter , fi ce n’eft pas dans Peffence , comme ce ne Peft pas certainement. Mais l’Ecriture étant fi fobre fiir la maniéré dont cela fe fait , il y auroit de la témérité à pouffer plus loin nos recherches ; & nous le déclarons encore, nous ne voulons point de recherches curieufes & philosophiques. La Théologie confifte à parler avec l’Ecriture , & à n’aller pas plus avant. CHAPITRE VIII. Où Von tâche de fe fatis faire fur les difficultés de ce grand myjlere. Prés avoir fatisfait aux principales difficultés que nos adver faites peuvent objedex contre nous , & qui font prifes de l’Ecriture il eft bon de rechercher les moyens de fe fatis- faire fur les obfcurités que nous trouvons noas- mémes dans le principe que nous avons établi. Pour cet effet , il faut premièrement confi- dérer que tout eft rempli de difficultés , foit dans la nat^e , foit dans la Religion. Si vous confidérez les deux % vous ferez étonné par leur grandeur , & vous ne pourrez comprendre cet infini qui fê trouve néceffairement au bout de ces vaftes efpaces qui nous environnent. Si yous jettez les yeux fur la terre , vous trouverez au- tant de myfteres de la Nature qu’il y a de plan- tes de Je fus - Chrijf. 43* tes & d’animaux , & même de créatures inani- mées i vous trouverez des difficultés infirmons tables à expliquer la végétation des unes , la fenfation des autres , & le mouvement des autres'. Si vous regardez la mer , elle vous éton- nera par les merveilles de Ton flux & de fou reflux : 8e à confidérer la Nature en général , vous ne comprendrez ni l’infini en grandeur , ni l'infini en petitefie ; & fi vous joignez à la confidération des 'chofes corporelles celle de leur durée , le temps vous fera voir des mer- veilles incompréhenfibles , foit dans cette fuc- eeffion fans bornes qui a coulé jufqu’à ce mo- ment , foit dans celle qui coulera. Après les corps viennent les efprits , dans lefquels tout nous paffe. Nous ne comprenons ni leur ma- niéré d’être , ni leur maniéré d’agir ; & notre ame eft un fi grand paradoxe à elle- même , quelle a défefpéré il y a long-temps , non- feulement de fe comprendre , mais même de fe connaître elle- même. Cela étant, y a-t-il de la raifon à prétendre, comme font nos advcrfaires , qu’il n’y a point un objet dans la Religion que nous ne com- prenions parfaitement , & à ne pouvoir confen- tir au dogme de la Divinité du Seigneur , qui eft fi clairement révélé dans la parole de Dieu, fous prétexte ou qu’il enferme en foi des diffi- cultés fur lefquelles notre raifon a peine à fe fàtisfaire , ou que de ce myftere nous tirons des conféquences qui font de la peine à notre efprit. L’injuftice de nos adverfaires eft d’autant plus grande en cela , que les difficultés de la Religion , fur-tout celles que nous trouvons dans3 le dogme de la divinité de Notre Seigneur Jefus-Chrift , doivent être beaucoup p us gran- des que celles que nous trouvons' dans la Na- tufc } pour deux Kufons» première eft que les 43 * Traite de la "Divinité objets de la Nature étant en foi créés & fîniV ont auffi néceflairement plus de proportion avec iin efprit comme le nôtre , cjue les objets de la Religion , 8c fur - tout la divinité du Seigneur JeJfus , qui eft un objet infini en gloire & en perfeédion. La féconde eft que Dieu ne nous a point préparés à ces grandes difficultés que nous trouvons dans la Nature ; au lieu qu’il nous a tellement préparés à celles de la Religion ? qu’il nous a piufîeurs. fois fait entendre que fa parole nous patoît une efpece de folie. Oui, dira t on : mais la raifon de l’homme efb fa première lumière, & en-quelque forte la premiere- révélation par laquelle Dieu fe fait connoître à lui. C’eftia railbn qui nous conduit à l'Ecriture > il n’y a que la raifon qui nous affranchilîe des ténèbres du Pyrrhoqifme.Cela eft vrai; la raifon prépare les voies à la foi , comme cela a déjà été remarqué ailleurs ; mais la raifon fê tait lorf- ■qu’elle a trouvé l’Ecriture , 8c rien n’eft même plus raifonnable que de renoncer à fa raifon qui ' peut fe tromper , & qui fe trompe même affez îbuvent s pour écouter la voix d’une autorité divine & infaillible. Mais ceci recevra du jour de notre fécondé considération. Il faut donc ajouter en deuxieme lieu , qu’il y a deux fortes de connoifTances que nous pou- vons avoir dés objets ; la première , que nous pouvons appeller une connoiffance de curiofité ; & là fécondé , que nous pouvons nommer une connoiffance dé pratique ; & cette diftinélion a Heu dans tous les arts & dans toutes les fcien- •ces;, fans atf^jne exception. Ainfi dans l’art de la navigation il faut connoître ce que c’eft ou’un vaiffeau , quelles font les mers les plus fûres & les plus dangereufes , en- que! temps la mer eft navigable , 3c en- quel; temps- elle ne l'eft pas.. de J efus Ch rifi. 433 Tigation. Un homme ne peut manquer de ces eonnoilTances Tans s’expoier à de grands dangers} j’appelle cela des eonnoilTances de pratique : mais on peut rechercher après cela pourquoi la mer eft Talée , d’où vient que telle & teile mer a Ton flux & reflux plutôt qu’une autre , & pourquoi ces vents régnent plutôt dans cette plage que dans celle qui lui eft oppofée. Nous appelions cela des connoiftances de curiolïté , & nous pré- tendons qu’il y auroit de l’extravagance à man- quer de réduire les autres en pratique , fous pré- texte que celles-ci renferment des difficultés que notre efprit ne fauroit jamais réfoudre. ' 11 en eft ainfi de toutes les connoiftances na- turelles. Je me détermine à manger , & quel- quefois fans avoir appétit , fur la connoiftance que j’ai que o’eft par-là feulement que je peux réparer mes forces ; & je n’attends point à pren- dre les aliments qui me font néceflaires , que j’aie compris la maniéré en laquelle ces aliments fè changent en chyle , ce cïiyle en Tang , & ce làng en chair , &c, Difons de même que dans les matières de Morale & de Théologie il y a deux fortes de eonnoilTances ; les unes de pratique , & les au- tres de curiolïté. Ainft pour adorer JeTus-Chrift,. il Taut que je Tache qu’il eft Dieu -, pour mettre en lui ma confiance , je dois le regarder com- me Dieu : mais il n’eft pas néceftaire que j’aie connu la maniéré & les Tecrets myftérieux & ado- rables de l’union hypoftatique. Ce qui eft de pra- tique , c’eft que JeTus-Chrift eft Dieu Tur toutes chofes, béni éternellement ,.celui®]ui a fait le ciel & la terre, la Parole qui Toutient toutes chofes , lè Fils de Dieu que toutes les créatures doivent adorer. Ce qui appartient à la curiolïté humaine , c’eft d’entrer à cet égard dans ces recherches abftraires & fpéculatives quidiftipentt T efprit des Séholaftiqnes, Q o ij 434 Traite de la Divinité1 ■ Remarquez en effet , pour un troisième", que Iédeffein de Dieu dans fa révélation , foit natu- relle, foit écrite-, c’eft de nous faire connoître le mÿftere , & point du tout la maniéré du my Ité- ré. Dans là révélation de la Nature , Pieu fe montre à notre efprit fous l’idée d’un Dieu tout- puiffant , qui a créé la terre & les cieux ; mais, il ne fatisfait point à une infinité de quefïions curieufes que îefprit forme & a formées dans tous 'les fiecles fur là-maniere en laquelle agit la puiffance de Dieu. Il ne vous dit point fi là qua~ Jîté de Créateur eff un accident qui lbit inhérent en Dieu j cm une relation extérieure. Il ne décide point fi Dieu.peut faire les. choies qui impliquent contradiction , &c. Cette même révélation de là Nature nous- donne des idées de la fagelfe & de la providence de Dieu tout-à fait capables de ûous .obliger à mettre notre confiance en elle ». mais elle ne rélbut pas un nombre innombrable de difficultés qui naiffent dece que nous ne pour rcns -comprendre la maniéré en laquelle la fa- geffe de Dieu concourt dans les actions mauvais fés, 'par la direéfion du niai meme qu’il rapporte- z de bonnes fins II en eft àinfi de la Révélation écrite. Dieu nous apprend le myffere désincar- nation ; rien n’eft plus clair que ces paroles , Dieu fnanïfefié en chair , quand on les confidere dans le rapport qtfeiles ont avec tant d’autres partages de l’Ecriture , qui nous expliquent ou nous cohfirmeî-iî les •‘vérités qu’elles enferment ». il par fàppôft à l’analogie de la foi ; mais elles, ne fatisfont pas un nombre prefque infini dô difficultés h^Yn aines que l’on peut faire fur la maniéré du myffere ; & auffi peut-on dire que- cela, n’efï ni néçeffaire , fit poffible. Cela n’eft point poffible , parce que , comme Iefprit hu- main eft infini dans les doutes qu’il conçoit ou tju’il peut concevoir», il faudroit que k volume de JeJus Chrift. de I Ecriture fut infini , afin qu’elle pût ftitisfaire à toutes les obje&ions fans aucune' exception. Cela n’eft point néceflaire , parce que la connoif- fance de la maniéré du myftere ne pourrait fèrvir qu’à nourrir ou à flatter notre curiofité v au lieu que la connoiflance du myftere lert à la pratique , & que c’eft la pratique , & non pas la fàtisfadion. de notre curiofité , que le Saint- Efprit a principalement en vue. Il feroit à fouhai- ter que ceux d’enfeigner la Théologie, entraient dans cetefprit , & qu’ils fiflent une jufte répara- tion de ce qui eft néceffaiie, & de ce qui ne l’efi: pas, dans les matières qifilstraitent. Ils feroient iurptis de connoitre par cette difcufiion , que la plupart des hommes emploient Ibuvent leur vie entière à ramafler un favoir qui vaut beaucoup moins que l’ignorance ; iis apprendraient que ces Théologiens Philofophes s’écartent dès le: premier pas qu’ils croient faire dans la recher- che des vérités du falut, puifqu’ils s’amufent d vouloir comprendre ce qui eft incompréhenfible, au lieu de s’arrêter Amplement à ce qui eft véri- table. , Il faut faire îà-deftiis une quatrième réflexion fort importante;c’eftquedansdaPveligion l’igno- rance des choies a fes u/àges auiii bien que leur co nn ci Iran ce. Il a été néceiîaire que les Prophè- tes & les Patriarches ne connuflent pas le myftere de l'Incarnation auflî particuliérement que nous fe connoilfons. Car il eft certain que cette con- nSifîànce aurait empêché les effetsde la Loi les plus néceflàires,& qui font le plus dans le plan de la fagefle de Dieu car fi les anffens I frac! ires s’éroient repré fente Dieu devenant homme pour les fauvet , comment auroient-ils tremblé par le* aam. de Dieu, Juge févere & redoutable des aérions des hommes ?■ Certainement la vue difi. tmde de ce gai ^eyjoit fepaâer for la. montagne 43$ Traité de la Divinité de Sion , pouvoit leé rendre infeniibles au fpec- taclede Sina, & jamais ils ne fe fuffent écriés , Nous mourrons pour certain , car nous avons vu Le Seigneur , s’ils fefulfent repréfenté Dieu- même , non feulement fe faifant voit aux re- gards des hom'mes dans l’éclat de fà haute & pleine majefté , mais encore fe manifeftant dans une chair infirme & miférable.On me dira peut- être ici que Dieu pouvoir fe pafier de donner une loi de rigueur , & qu’il pouvoir fauver alors les hommes comme il les fauve aujourd’hui par une économie pleine de grâce & d’amour. J’avoue qu’il le pouvoit ; mais fans fe donner la liberté: de trop fonder les voies de Dieu , & de recher- cher s’il pouvoit employer ce moyen plutôt qu’un autre , il fuffit de fa voir que Dieu a voulu prépa- rer les voies à fa miféricorde par une économie de rigueur 8c de vengeance , qui fît fentir le péché , & defîrer fon falut : il fuffit , dis- je, de lavoir que Dieu a voulu employer ce moyen dans le plan que fa fageffe éternelle avoit dreffé du fàîut des hommes, pour pouvoir raifonner ^r cet ordre, comme fur un ordre qui devoir eue àinfi établi. Et cela nous donne lieu de penfer que , comme les idées & les fentiments de cette éco* nomie pleine de rigueur , & cet elprit de fcrvi- tude confidéré dans toute fon étendue & dans tout fon régné , ne s’accordent point avec les notions claires & diftinétes de l'Incarnation , qui eft un objet le plus agréable & le plus capable d’infpirer la confiance qui fût jamais , ils s*en-. fuit que l’ignorance de ce myftere a eu fes ufages: fous la Loi , comme la connoiffance de ce myf- tere à eu fes ufages fous l’Evangile. Cette réflexion éft bien capable de nous fatis- faire dans l’impoffibilité où nous nous trouvons de pénétrer & de fonder la maniéré même dus myitere. Car que favons.-nous fi cette ignorance de Jefus-Chrijt. ^7 «te la. maniéré du myftere n’a pas Ton rapport à la vie a venir , comme l’ignorance de la vérité du myftere gvoit alors Ion rapport au fiecle du Mefhe ? Au refte , non-feulement nos connoifïances varient félon la diverfite des économies, elles varient encore félon la diverfité des états où nous nous trouvons. Un enfant ne doit point s’agiter ni s’embarrafTer parce qu’il ne comprend pas comment fe gouvernent les Etats 8t les Em- pires de la terre. On peut dire de tous les hom- mes en général , que leur état , pendant qu’ils font fur la terre , ne leur permet point de con- noître à fond les myfteres de la Religion , ni. Jx^ême d’en pénétrer tout ce que les créatures en peuvent connoître. Ajoutez à cela, en cinquième lieu, que comme nous avons trois fources de nos connoifTances qui font dépendantes l’une de l’autre , on peut remarquer cet ordre entre elles , que les feqs fourniffent bien leur mémoire à la raifbn , com- me la raifon fournit fes principes à la foi; mais cependant on peut dire que leur redort & leur jurifdiétion font tous différents. Les fens ne s’élèvent jamais fi haut que la raifon; il n’eft pas jufte auffi que la raifbn s’élève auffi haut que la foi: la raifon juge de ce que les fens ne fàuroient appercevoir. Elle nous dit , par exemple , qu’ri y a de la matière èntre la terre & les cieux , bien que cette matière ne paroiffe point ; ainfi la foi de même doit juger des chofes oui paffent la raifon. Ellenous apprend que Dieu s’gft manifeflé dans une chair infirme & miférable , quoique la raifon n’en apperçbive rien par elle -même; la raifon de cela eft que la foi eft fupérieure à la. raifbn ; comme la raifbn eft fupérieure aux fens.. Comme donc ce feroit un effroyable reuverfe- mentque de vouloir, en toute rencontre , coa- 43« Traite ' de la Divinité noître par les fens ce que la raifon ne peut Bien pé- nétrer par elle même, c’enferoit un peu différent que de laifîer à la décifion de la railon ce qui eft élevé au- de flus de la foi elle-même. Car comme les fens font une première voie de connoiiTance, dont la raifon corrige les erreurs -, la raifon en eft une fécondé dont la foi doit redrefler les égarements. Que la raifon me mene donc à la foi comme les fens me mènent à la raifon , à la bonne heure ; mais que la raifon fe taife quand ' la foi parle, comme les fens fe taifent pour écouter la raifon : car certainement, fi la raifon me per fuade un nombre infini de vérités contre ce que les fens femblent me dire, fi elle me perfuade que le foleil eft plus grand que la terre » bien que mes yeux femblent m’apprendre le contraire , parce quelle juge de la diftance dont les fens n’avoient pas jugé, pourquoi ne dirons-nous pas tout de même que la foi no, us apprend plufieurs chofes que la raifon trouve ineompréhenfibjes , & dont elle a pourtant le droit de décider parce 'qu’elle eft fupérieure à la raifon ? Et il ne faut pas qu’on nous dife ici que com- me l’accord des hommes à confentir à un prin- cipe fait connoître qu’il eft naturellement véri- table , ainfi la répugnance naturelle que l’efprit de tous les hommes femble avoir pour un objet qu’on veut leur perfuader être véritable , femble être un caraéfere certain de fauffeté ; & qu’ai nfi , le myftere de l’Incarnation ayant en foi quelque chofe qui répugne à l’efprit des hommes en gé- néral , on Aoit penfer qu’ii y manque de vérité. Car il y a bien de la différence entre rejetter pofitivement un principe comme faux & contra- dictoire , & le trouver naturellement incompré- Jàenfible, Le premier feroit un caraétere de fa fauffeté ; le fécond I’eft feulement de-fa fubiimi-j té. Il y a des répugnances univerfelks des fensÿ»- , ÎV . . de Jefus-Chrijl ^imagination, de l’efprit même , qui ne con- cluent point contre la vérité des objets qui les font naître. Les fens difent à ceux qJui confide- rent d en bas les pyramides d’Egypte leu- pomte eft prefque lëmblable à celle d’un^ocher • & quand vous conduirez tous les hommes en cet endroit , ils vous diront également que le haut , ces ; pyramides feurparoît un point.: cependant Ja raifon jugeant de la diftance & des propor- tions de 1 objet, & aidée de l’expérience , corri- ge cette erreur , & vous dit , malgré ce lano-ao-e umverfei des fens de tous les hommes , cSeU pointe de cette pyramide eft une plate-forme capable de contenir cinquante hommes. L’ima- gination des hommes a une répugnance univer- lelle a fe repré fenter des hommes qui , fans tomber, aient leurs pieds vis-à-vis de nos pieds ; cependant la raifon corrige cette erreur , & ne nous permet point de douter qu’il n’y ait des Antipodes. L’efprit de tous les hommes eft cho- qué par tout ce qu'on nous dit de la divisibilité à 1 infini, & nous fommes pourtant forcés d’ac- cjiiiefcer a ce principe , malgré cette répugnance üniverfelle. Cela étant, n’avons-nous pas raifon de dire que , quand tous les hommes trouve- roient quelque chofe qui les choqueroit dans ce principe, que Dieu s’eft fait homme, la foi auroit droit de corriger cette répugnance univer/elle , comme nous voyons que la raifon a celui de corriger les répugnances des fens & de l’ima- gination ? On nous dira peut-être ici , er^fecond lieu , que les erreurs peuvent avoir, comme les véri- tés , leur caraéfere naturel , auquel gn peut les reconnoître , & qu’un de ces caraéleres , pour les perlonnes qui ont du goût , pour le bon fens & pour la raifon, c’eft devoir dans ces myfteres de la Trinité & de l’Incarnation je ne fais quel ait Tomt III. P p 44® Traité de La Divinité de métaphylîque , qui femble donner le loupçon. que cela pourroit être le fruit de la méditation de l’Ecole, plutôt qu’avoir aucun fonds de vérité eft bon de répéter ici ce que nous avons dit ailleurs > c’eft que nous né nous fommes propofé dans cet Ouvrage , que d’établir la divinité du Seigneur Jefus , & qu’ainli il nous faut borner aux obje&ions qui regardent celle-ci précifé- ment ; après cela nous répondrons en général au foupçon de métaphylîque dont les gens de bon fens 3c de bon goût doivent en toutes cho- fes diftinguer l’ufage d’avec l’abus. Je ne fais pourquoi dans ces derniers temps , on s’eft déchaîné contre la métaphylîque , pendant que d’un autre côté on fait ce qu’on peut pour en accréditer la critique : car fi l’on veut confondre l’ufàge avec l’abus ,-il eft certain que la critique peut être une voie d’erreur , d’illufion & d’éga- rement , pour le moins autant que la métaphy- fique , puifqu’il ne faut qu’un terme mal-enten- du , & dont la force eft ignorée , une faulîè allulîon , & quelquefois la vifîon d’un Rabbin , une expreftion équivoque , pour vous faire donner dans les lentfments les plus extravagants. Et fi l’on diftingue l’ufàge de l’abus , je ne vois pas qu’on doive rejetter la métaphylîque avec cette li- mitation. En effet, fuppofer que la- métaphylîque fait vicieufè par elle-même , c’eft fuppofer qu’il n’y ait ni temps , ni éternité , ni efprit diftinét du corps , nj^Anges , ni Divinité , puifqu’il eft impoffible d’avoir de ces choies qu’on ne voit & qu’on ne ptut voir , qu’une connoifTânce abftraite & métaphylîque ; c’eft préfendre qu’on ne doit jamais examiner les attributs communs & géné- raux des çhofes': ce qui ne fe peut fans une efpece de inétaphylique. Que fi l’on demeure d’accord de latisfaire à cette difficulté , il de Jëfas-Chrift. r 5V1. Pcut 7 avoir une métaphyfique bonne, iolide Sc véritable, il faut voir fi nous ne de- vons pas donner ce nom à celle dont il s'a lorfqu’on ne les connoît que d’une connoifiànce abftrac- ' tive , devienneuc très - faciles à comprendre quand on les conncît d’une connoifiànce intui- tive , & que fouvent les difficultés que nous croyons qui font dans les objets , ne font que dans notre efprit , & viennent uniquement de notre maniéré de les connoître. Je ne ferai aucune application de tout ce que j’ai dit du parélie au myftere de l’Incarnation , bien qu’en général on doive remarquer que, comme le foleil peut être nommé par quelque forte de figure le Dieu des corps , Dieu peut être regardé comme le foleil des efprits , en gardant neanmoins les proportions ; & qu’ainfï on peut prendre du foleil les emblèmes les plus juftes & les plus magnifiques pour parler de Dieu avec que^ue dignité. Mais au fond nous reconnoiffons que ce ne font là que des images très-imparfaites & très-defeélueufes , & nous ferions bien fâchés de les faire entrer dans un ouvrage de raifonnement , où il ne s’agit pas de divertir l’pfprit , mais de le convaincre ; il de TefuS'Chrifl. 4OJ me femble feulement qu’ayant fait voir allez clairement , par l’exemple que je viens d’ap- porter , que l’on peut trouver clés difficultés ôc des contradictions apparentes dans les objets les plus ordinaires & les plus faciles , quand on les connoît d'une vue abftraélive , & que ces difficultés s’évanouifTent dès qu’on vient à les confidérer d’une vue intuitive , nous avons quel- que raifon de ne pas nous étonner fi l’on nous fait voir ces mêmes difficultés, & ces mêmes contradictions dans le myftere de l’Incarnation, que nous ne connoiffons que d’une vue pure- ment abfbaétive pendant que nous femmes fur k terre , & que nous efpétons- de coimorcre d’une vie intuitive dans le ciel. Je finirai ce Chapitre & cet Ouvrage par deux réflexions. La première eff qu’y ayant par- tout des difficultés , il. n’y a jamais eu qu’une tue de comparai ïbn qui ait déterminé les gens fages à prendre un parti plutôt qu’un autre. C’eft là une réglé inviolable du bon fens qu’il faut fuivre en cette rencontre. Il ne faut pas prendre parti contre l'Incarnation parce qu’on trouve quelque difficulté dans ce myftere , ou qu’on a oui faire des objections fpécieufes fur ce fujet. C’eft le défaut des jeunes gens » des efprirs légers , précipités & faibles , qui n’ont ni affei de force pour voir ptufteurs objets à la fois arec les rapports qui lés lienr^qui fe débermineirt fur les matières par une feule difficulté ; ou bieti c’eft la le défaut des gens pareffeux , négligents » & qui ne confîderent pas affez la Religion pour le donner là peine d’examiner lfcchofesà fond. Il faut , comme c’eft ici une matière de la der- nière importance , comparer preuves avec prcu-* ves , & difficultés avec difficultés. Dans ce dotn- bte examen on trouvera fans aucune peine que jes preuves de aos adiv étirés confiftent d\i 44* Traité de La. Divînitéi moins celles qui ont quelque force , ou en dey fpeculations humaines , ou en dés pafïages de 1 Ecriture qui s expliquent par d’autres paflages j au lieu que nos preuves confident dans les.paf- fàges de l’Ecriture , clairs , exprès , répétés , liés les uns avec les autres , & tels qu’il faut , ou anéantir l’impreffion naturelle des termes , ou convenir du fens que nous lui donnons. Et à 1 egard des difficultés , on trouvera que celles de nos adver/aires , du moins les plus fpécieufes , font prifes ou de ce qu’ils ne comprennent point le myftere , ou des glofês des Scholaftiques vinonnaires , que nous leur abandonnons, au lieu que celles que nous faifons valoir contra eux , le font de ce qu’il y a de plus eflentiel a l’Ecriture , qui eft la clarté , la bonne foi & la piété > de ce qu’il y a de plus inviolable dans 1 analogie de la foi , qui eft ce qui recommande la charité de Dieu , de ce qui fonde la vérité de la fatisfadion & le mérite de la mort de Jefus-Chrift , &c. & fur-tout de ce que les Apôtres j infpirés & envoyés pour nous annon- cer lesmyfteres du royaume des deux, ont le plus dit , le plus répété , le plus prefTé , & fur quoi ils ont appuyé la plus fainte & la plus inviola- ble pratique , qui eft l’adoration de Jefus-Chrift Pils de Dieu , & Dieu fur toutes chofes béni éternellement : de forte qu’on ne peut fàtisfaire à ces difficultés que nous leur obje&ons , & qui font nos preuves , qu’en renverfant l’Ecri- ture. La fécondé réflexion importante qu‘il y a à faiie ici , c eftf^iue les glofes Sociniennes étant les explications les plus vraifemblables que 1 efprit , humain puifîe donner aux paffages çonteftes , lorfqu’il veut afFoiblir les preuves que nous en tirons en faveur de la divinité du Seigneur Jefus , comÉfe lien faut convenir d« • . de Jefus - Chrtjf. bonne foi , elles viennent avec cela fi peu natu- rellement dans i’efprit , qu’il faut ou deviner , ou les avoir lues dans les écrits de ceux qui les ont inventées avec tant d’efforts pour les trou- ver. De forte que , comme nous ne fommes pas obligés d’avoir l’efprit de divination , ni de déchiffrer des enigmes impénétrables , nous ne; fommes pas aufîi dans l’obligation non feule- ment d'approuver , mais même de connoitre ces fubtilités rafinées , qui affoiWiffent les idées que 1 Ecriture nous donne de la gloire & de la divi- nité du Seigneur Jefus. C’efî ce que nous avons fait voir avec beaucoup d’étendue. La première de ces deux réflexions fait voir h vérité de nos principes , la fécondé en décou- vre la fureté. L’une fatisfait notre efprit , 8c l’autre notre confcience ; & Tune 8c l’autre jointes enfemble , nous donneront l’idée jufte ce cet Ouvrage , que je confacre à la gloire de mon Sauveur. O Dieu , pardonne-moi mon bégaiement & mes foibleffes , & établis toi - même par ton Ef- prit les faintes & éternelles vérités de ton Evan- gile , afin que , comme tu as voulu te manifefter en chair , toute chair auffi recounoiffe ta gloire* Amen. TABLE Des Sections & des Chapitres . I. SECTION, Ou Ton fait voir que fi Jefus - Chrift n’eft pas vrai Dieu , d’une meme ef- fence avec fon Pere , la Religion Ma- hométane préférable à îa Religion Chrétienne , & Jefus - Chriû moin- dre que Mahomet. CHAP. ï. (~\Ue fi ytfus-Chrifl riefi pas dfurir %£ même effence que fon Pere , It Chrifiianifme que nous proférons , efi La. cor- ruption de la Religion Chrétienne , que l# Mahomitiftne en efi le rétabliffemem. pag. 8 CHAP. 1 1. Oh L'en montre que fi Jefus-Chriji n' efi pas d'une même effence avec fon P erre. , on ne peut fe difpenjer de regarder Mahomet comme un homme divin. *4 CHAP. III. Où L'on fait voir que fi Jefus- Chriji n' efi pas une même effence avec fon Vere , Mahomet efi un grand Prophète , Le plus grand des Prophètes , 0 même préférable en toutes marner es â Jefus- Chrifi. 19 CHAP. I V. Où L'on compare le langage de Jefus-Chrifi avec celui de Mahomet , C9* où l'on montre que fi Jefus-Chrift n' efi pas d'une même effence avec fon Vere , Mahomet a etc flusvéritable , plus fage, plus charitable , Çf fl us tpelé pour la gloire de Dieu que J. C , t? table. II. SECTION, Où l'on fait Voir que fi Jefus-Chrift n’étoit pas le vrai Dieu , d’une même eflence avec fon Pere , le Sanhédrin auroit fait un acie de jûftice en ie faiftmt mourir , ou du moins que les Juifs auroient bien fait enfuite de s’en tenir à cette fentence. CHAP. î. Premiers preuve tirée de ce que Jefus- Chrift a pris le nom de Dieu. 44 CHAP. 1 1, Suite de la même preuve. 61 CHAP. III. Seconde preuve prife de ce que les Difciples attribuent à Jefus-Chrift tous les litres principaux qui forment dans Les Ecrits des Prophètes l'idet du Dieu fouverain , & qui le dijlinguent eJfentieLLement de fes créatures. vr CH A P. I Y. T 'roi, fieme preuve t prife de ee qu’on fait Jefus-Chrift égal à Dieu. CHAP. V. Quatrième preuve , prife de ce qut Jefus-Chrift: s'ejl fait adorer. $6 CHAP. y I. Cinquième preuve , prife de l'apli- cation qu'on fait à Jefus-Chrift des oracles de l'ancien Tejlament , qui marque les carac- tères de la gloire de Dieu. no III. SECTION, Où l’on fait voir que fi Jefus - Chrift n’eft point le vrai Dieu , d’une mêm^e/Tence avec Ion Pere , Jefus - Chrift & les Apôtres nous ont eux •* mêmes engagés dans l’erreur. CHAP. I. Diverfes maniérés d'établir cette vé- rité , premièrement , que le principe que fions combattons , détruit les idées que TABLE- triture nous donne de la char ite 69* des bien faits de Dieu. n£ CHAP. IL Oh l'on fait voir que la Dottrine de nos adverfaïres détruit L'idée que l'Ecrit ture nous donne de la grandeur de nos JkfyJ- teres , É91 la nature de la véritable foi. 135 CHAP. III. Que te fentiment de nos adverfai - res ote à Jefus-Chrift toute fa dignité , en lui faifant pofféder par métaphore , les titres que l'Ecriture lui donne réellement. 147 CHAP. IV. Que dans le fentiment de nos ad - verjaires , La mort de Jefus - CLrifi: n'a au- cune véritable utilité. «. 154 CHAP. V. Que Le fentimtnt de nos adverfaires rend le langage .de L'Ecriture objcur C5" in- comprehenfible , faux O* illufoire , alfurde <9* peu raifonnable , impie & plein de blafphê- mes. 170 CHAP. V I. Preuve de la même vérité , tirée des pajjages de l'Ecriture , qui marquent La prée - xiftence de Jefus - Chrift, 194 CHAP. VII. Preuve 4e ba même vérité, tirée des pnffages de l'Ecriture , qui marquent la préexijlenee O1 la Divinité de J. C. 103 CHAP. VIII. Oh l'on continue de prouver la * même vérité par des pajfages qui marquent la préexijlenee & la Divinité de}. C. 212 CHAP. IX. Que la gloje Socinienne fur tous les pajfages ci-dejfus marqués , n'a été inven- tée que pour éluder des pajfages très - exprès qui prouvent invinciblement la préexijlenee iS la Difjnité de Jefus -Chrift. 2.1 6 CHAP. X. Suite de la même preuve. 228 CHAP. XI. Qu'on ne fe défend pas mieux con- tre l' évidence des preuves en fuivant le/ijlème des Ariens. 243 CHAP. XII. Ou L' fin fait voir que le S. Efgrit aurait parlé un lançage objcur , cbfurde tff table. ftu conforme à La piété }fi Laglofe Socinicn - ne avoit Lieu « 2 ^ x IV. SECTION, Où l'on Fait voir que fi Jefus-Chrift n’eft point d’une même elfence avec Ton Pere , il n’y a aucune harmonie entre les Prophètes & les Apôtres , ni entre le vieux & le Nou- veau Teftament. CHAP. I. Que Ji Jefus-Chrifi n'ejl pas

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