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REVUE D'ALSACE

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REVUE D'ALSACE

^»^

NOUVELLE SERIE

SIXIÈME ANNÉE

TOME SIXIÈME

COLMAR

AU BURKÀU, PLACE BU MARCHÉ-AU-PEm-BËTAIL, N* 23 1877

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Han^ard Collejje Library

APa 18 1908

HohenzoUcrn Collection Gift af A. C. C.m/.kI-^^

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NOTES BIOGRAPHIQUES

SUR LES

HOMMES DE LA RÉVOLUTION

A

STRASBOURG ET LES ENVIRONS.

Les notices dont est formé le présent recueil, ne sont ni des biographies, ni même des matériaux ou des éléments de biographies. En les réunissant, je n'ai eu d'autre but que de marquer, au moyen d'un système de notes, la carrière publique des personnages qu'elles concernent et de fournir en quelque . sorte, rangés dans l'ordre alphabétique, les états de services des hommes, qui ont joué un rôle plus ou moins marquant dans l'histoire locale et strasbourgeoise de la Révolution pen- dant la période, assez courte, cette histoire a été vraiment originale.

J'ose croire que, même réduit à ces limites, ce répertoire pourra être de quelqu'utilité. La Révolution, qui a eu pour résultat final d'amoindrir et, sous bien des rapports, d'éteindre la vie publique locale. Ta, au contraire, singulière- ment activée au début. Le nombre des gens en vue, ce qu'on pourrait appeler le personnel politique, s'accroît subitement en proportion énorme et, malgré la publicité officielle ou autre dont les pn)duits augmentent en proportion pour le moins aussi forte, nous avons parfois de la peine à nous retrouver

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6 REVUE D'ALSACE

au milieu de cette profusion de noms, bien qu'il n*y ait pas encore un siècle entre nous et les événements. Il sufBt d'ail- leurs d'avoir jeté un coup d'œil dans les documents de cette époque, pour s'être aperçu combien, même dans les pièces officielles, les homonymies, les omissions ou les indications erronées des prénoms, l'orthographe incertaine des noms propres, encore flottante en bien des cas, mais plus souvent encore mal rendue, ajoutent à notre embarras. J'ai cherché, aussi bien que j'ai pu, à remédier à ces défauts, en notant les variantes, en complétant en rectifiant autant que me le permettaient les documents que j'ai à ma disposition. Pour les erreurs que j'ai pu commettre à mon tour et qui, je le crains, doivent être nombreuses, je fais appel à l'indulgence des lecteurs. Dans ma pensée, ces notes devaient être contrô- lées par des recherches dans les dépôts publics. En m'éloi- gnant de ma ville natale, les événements m'ont privé de cette source de renseignements, la plus abondante et la plus sûre de toutes. Si aujourd'hui, après bien des années, je n'hésite pas à reprendre ce travail et à le donner tel quel, c'est dans la pensée que d'autres, disposant de plus de ressources que moi, pourront le rectifier et le compléter.

Pour chaque notice, je me suis borné à ce qui m'a paru être le stjict nécessaire. Dans quelques cas seulement, quand il s'agissait de pièces devenues rares, comme les abjurations reproduites par Monet, je me suis permis des citations tex- tuelles un peu longues. Par contré j'ai cherché à rendre le recueil aussi complet que possible, en ce sens que je crois n'avoir négligé aucun nom important et que de ceux mêmes, qui ont occupé l'opinion à un moindre degré, on ne trouvera, jV^père, qu'un petit nombre d'omis. Au sujet de certains noms, qui appartiennent plutôt à l'histoire générale, j'ai pu me demander s'il fallait ou non leur faire une place ici. Je me suis, en général, décidé à les [admettre, quand il y a eu intervention directe et personnelle dstns nos affaires locales.

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LK3 H0MMB8 DB LA RÉVOLUTION 7

C'est ainsi qu'on trouvera à leur rang les représentants en mission, ainsi que les ofBciers et les généraux en résidence ou de passage, quand ils ont fait acte politique à Strasbourg, ou qu'ils ont été affiliés aux sociétés de notre ville.

Quant à Fépoque dans laquelle ces notices devaient s'en- fermer, elle se linutait, me semble-t-il, d'elle-même. La Révolution chez nous, en tant qu'elle a été un fait local, ayant ses causes, sa physionomie et ses allures propres, a présenté deux périodes : Celle des fondateurs, des hommes de 1789, et celle de leurs héritiers, qui poursuivirent à leur façon les conséquences d'un mouvement, à l'origine duquel la plupart d'entr'eux n'avaient eu qu'une assez faible part. Une fois que ceux-ci ont disparu à leur tour, la suite de l'histoire révolutionnaire ne présente plus rien d'original et de parti- culier dans nos pays; sous ce rapport, du moins, le Strasbourg du Directoire est déjà le Strasbourg de l'Empire. J'ai donc cru devoir me renfermer dans ces deux périodes : J'ai suivi dans leur carrière ultérieure les hommes qu'elles ont produits; mais je n'ai plus admis ceux qui ne sont venus qu'après.

Pour l'orientation du lecteur, je remarque que j'ai disposé les noms en deux séries, selon qu'ils appartiennent à l'une ou à l'autre période. La départition était facile, ou plutôt toute faite, même pour les hommes qui ont eu un rôle public dès l'origine : la scission survenue dans le sein de la Société des amis de la Constitution, en février 1792, est décisive à cet égard.

Sous le CQup des malheurs présents, il semble que nous soyons mieux placés que d'autres pour juger avec indulgence des faits du passé, et peut-être eût-il été bon sous ce rapport de fondre les deux listes en une seule. Pour moi^ je n'ai pas pu m'y résoudre, ni effacer la trace sanglante qui subsiste entre les victimes et les bourreaux.

Parmi les hommes de 1798, nous trouvons quarante-six allemands, et seulement deux parmi les hommes de 1789.

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BEVUE D'ALSAOE

Ouvrages consultés.

Almanach royal. 1790. AmmeisterBûchlein. i785à 1789. Annuaires du Bas-Rhin. 1803 à

1804. Appel contre la municipalité de

Schlestadt. An III. Archives d'Alsace. 1790. Argos. —1792 à 1794. Bachmann, Betrachtungen ûber die

Verhâltnisse im Elsass. 1791. Baquol-Ristelhueber. 1865. Berg, sur la musique. 1840. Biographie des contemporains.

1820. Bœll, sein Leben. 1870. Bœrsch, sur la mortalité. 1836. Bottin, annuaires du Bas-Rhin.—

Ans VU, VIII, IX. Bourguignon, Bischwiller depuis

100 ans. - 1875. Briefe ûber das Elsass von J....

1792. Bulard et Enguel, catéchisme de

morale républicaine. An III. Bussière (de), culte de la Vierge en

Alsace. 1862. Calendrier de la République.

An II. Gatechismus der christlichen Lehre.

1793. Der Deckel von dem Hafen. 1791. Die FranJLen RepubliJL im Elsass.

1794. Documents sur Thistoire religieuse

en Alsace pendant la Révolution.

1859. Dorlan, notices sur TAlsace. 1843. Edel, die neue Kirche. 1825.

Eggers, Reisse im Elsass 1798-1799.

1801.

Ehrmann, Nationalblatt. 1790 à

1792. Engelhardt, Geschichte des Elsass.

1849.

Etat des émigrés alsaciens. 1793

à 1794. Fargès-Méricourt^annuaire.- 1806. Fischer, Société populaire à Saveipne

1791 à 1794. 1869. Friese, vaterlândische Geschichte.

1791 à 1801. Guerber, histoire de Haguenau.

1876. Geschichte und Beschreibung Elsass

und Lothringen. 1794. Greuel der Verwustung im Elsass

wàhrend der Révolution.— 1793. Gumpelzheimer, Evangelische Reli-

gionsgeschichte in Strassburg.-

1794. Gyss, Obernai. 1866. Heitz, S*-Thomas Kirche. 1841.

Das Zunftwesen. 1856.

L'Alsace en 1 789 . 1860 .

Euloge Schneider. 1862.

Les Sociétés politiques . 1863 .

La Contre-révolution . —1865. Herrmann, notices sur Strasbourg.

1817 à 1819.

Hunckler, histoire d'Alsace.— 1840.

Jeanjean, Raihspredigten. 1771.

Kentzingcr(de), Strasbourg et l'Al- sace. — 1824.

Klein, Geschichte von Mainz.— 1861.

Kœllner, Geschichte SaarbrûcJL. 1865.

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LES HOMMES DE LA RÉVOLUTION

Knhiiy Niederbronn. 1860.

L'AImanach du Républicain.— An D.

Lambs, Jung-S^Petcr. 185i.

Lamey, Ghronick der Elsasser. 1845.

Le Courrier de Paris et des dépar- tements. — 1792.

Liste de la Société des jacobins. An m.

Lobstein, die Musik im Elsass. 1840. Manuel du Notariat.— 1844.

Louis XVI, du séjour des heureux à son frère Louis XVilI. 1814.

Marchai, les prisons à Strasbourg.

1841.

Maréchal, hymnes républicaines.— An m.

Meiners, Reise nach Strassburg. 1803.

Mémoire de droit public sur Stras- bourg et r Alsace. 1789.

Migneret, le Bas-Rhin.— 1858àl871.

Monel, la fête de la Raison . An II.

Les autorités dans le temple

de la Raison. An II.

Les prêtres abjurant l'impos-

ture. — An II. Oberlin, Almanachs d'Alsace. 1789 à 1792.

Gefangniss Geschichten. Patriotisches Sonntagsblatt.— 1792. Piton, Strasbourg illustré. 1855. Politisch-Literarischer Kurier des

Niederrheins. 1791.

Procès-verbal de la Confédération de Strasbourg. 1790.

Procès-verbal d'installation de la municipalité. 1790.

Règlement de la Société des amis de la Constitution. 1790.

Reise eines Englânders durch El- sass. — 1793 à 1794.

Remling, die Rheinpfalz 1792 bis

1798. 1865. Revue d'Alsace. 1862 et 1869. Ring der Anklâger von 1 793.— 1869. Rumpler, ses écrits de 1784 à 1795. Schilderung der Neufrànkischen

Aposteln in Strassburg,— 1792. Schilderung der Franzosen wàhrend

der Révolution. 1797. Schneider Eulogius, Politisches

Glaubensbekenntniss. 1792.

Leben und Schiksale im Va-

terland. —1792.

Leben und Schiksale in

Frankreich. 1797. Schnéegans, S*-Thomas. 1842. Schmidt, notes sur Strasbourg.

1842. Schnitzler, Atlas historique. —1862. Simon et Meyer, Geschichte der

gegenwârtigen Zeit.— 1790-1791. Simples notes au Conseil municipal

•d'Obernai. - 1871. Spach, de Dietrich. 1857.

Rapports sur les archives

d'Alsace. 1862. Stamm, dem ganzen Yolk, etc.

AnU. Stœber Augnst, ses Alsatia. Strassburgischer Rathskalender.

1785 à 1788. Strassburgische Zeitung. 1791 à

1792. Strobel, Geschichte ait S*-Peter. 1824.

Histoire du Gymnase.— 1838.

Vaterlàndische Geschichte. Thevenin, en vacances, Alsace et

Vosges. 1865. Thiers, la Révolution française.

1865. Treultel, tyrannie de S^-Just et Le-

bas. An II.

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10

BEVUE D'ALSACE

Ulrich, Livre bleu. - 1795. Ueber die Ursachen der franzôsischen

Révolution. 1800. Véron Reville, Haut-Rhin 1789 à

1795. 1865.

Wolff, Wichtigste Epoche der Révo- lution des Nieder-Rheins.— An RI. Zunft-Bûchlein. 1781 à 1785.

Les 269 de 1789.

1.

Acker, François-P.

31.

Brunck fils, J.

2.

Albert, Jacob-Louis.

32.

Burggraff, Jean.

3.

Alphonse (d').

33.

Burger, Jean-Frédéric.

4.

Aly, F.-L.

34.

Busch.

5.

Ammel.

35.

Cappy, Antoine.

6.

André.

36.

Garamelle.

7.

Arnold père, F.

37.

Champy, Paul-Glaude.

8.

Arnold fils, G.

38.

Champy.

9.

Barbenès, Jean.

39.

Chanteclaire (de).

10.

Barbier (le) de Tinan,François-

40.

Charpentier, Joseph.

Louis-Théodore.

41.

Châtelain, A.

11.

Barbier (le; fils, J.

42.

Chauvet père.

12.

Baderainé, A.

43.

Chayron.

13.

Bader cadet, Michel.

44.

Christmann-Rœderer .

U.

Beniot, Jean-Baptiste.

45.

Clairier.

15.

Beyckert.

46.

Clermont (de).

16.

Beyer, Jean-Georges.

47.

Clide (de).

17.

Bihet, A.

48.

Clinchamp (de) cadet.

18.

Blessig, Jean-Laurent.

49.

Conrad.

19.

Boch.

50.

Croly, Félix.

20.

Boissière, A.

51.

Delcomrainéte, J.-J.

21.

Bonnard, Louis-Gabriel.

52.

Démichele, Jacques.

22.

Brackenhofifer, Elie.

53.

Déresser, Théodore-Antoine.

A3.

Brackenhoffer, Jacob-Frédéric.

54.

D'Etrée. J.

24.

Braun, Jean-Daniel.

55.

D'Honnières, Alexandre.

25.

Breu, Jean-Frédéric.

56.

Dietrich (de), Phil. -Frédéric

26.

Briche, A.

57.

Dietrich (de), Jean-Nicolas.

27.

Bronner.

58

Dillemann aine, Christophe

28.

Brunner.

59.

Ditterich, François-Georges

29.

Brunck de Frundeck.

60.

Doublot.

30.

Brunck père, Richard-Frédé-

61.

Doyen, Jean-Amable.

•ric-Philippe.

62.

Dubois, G.-G.

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LES HOMMES DE LA RÉVOLUTION

11

63.

Dnfort atné, César.

107.

Gérardon, G.

64.

Dufort cadet.

108.

Gérold, J.

65.

Da Hoax.

109.

Geyler, M.

66.

DucréleJ, S.

110.

Girard, V.

67.

Dulac, Grégoire.

111.

Giverne, F.

68.

Dumas (de), Mathieu.

112.

Gloutier, Alexis.

69.

Dumonchau père, Charles.

113.

Godailli, J.

70.

Dupuis, C.

114

Gossel, A.-X.

71.

Durantin, F.

115.

Grûn, Jean-Jacques.

72.

DQrr, Philippe^acob.

116.

Guérin, E.

73.

Eckerl.

117.

Guérin, Christophe.

74.

Edel, Jean-Daniel.

118.

Guidinale, Jean-Baptiste.

75.

Ehmann fils.

119.

Guiot, C.

76.

Ehrlen, Jean-Daniel.

120.

Guppenberge (de).

77.

Ehrlen.

121.

Hantzmetzger, A.

78.

Ehrmann père, Fréd . -Louis .

122.

Hatt, Daniel.

79.

Ehrmann fils, Jean-Daniel.

123.

Hauterive (de).

80.

Ehrmann aine.

121.

Hebeisen, Jean-Georges.

81.

Ehrmann cadet, François.

12,%.

Hecht.

83.

Ehrmann, Jean.

12(i.

Heitz, Jean-Henri.

83.

Ehrmann, P.

127.

Herrenberger.

84.

Ehrmann, J.

128.

Herrenschneider, Jean-Louis.

85.

Emmerich, G.

129

Herrmann, Jean-Frédéric.

86.

Engel, Philippe.

130.

Herrmann.

87.

Engelhardl, Chrétien-Frédéric

131.

Bervé, Charles-François.

88.

Ensfelder, Jean-Daniel.

132.

Heydelfils, Daniel.

89.

Eschenauer, F.

133.

Hilliers (d^

90.

Fabry, J.

134.

Himly.

91.

Fahlmer.

135.

Hirn, François.

92.

Faudel aîné.

136.

Hirschel. V.

93.

Ferrand, C.

137.

Hirth, Armand.

94.

Foustain, P.

138.

Hoffmann.

95.

Frantz, G.

139.

Holtzapfel, J.-F.

96.

Fried, J.-H.

140.

Holtzapfel C.

97.

Friedel, J.

141.

Hugot.

98.

Fries.

142.

Huguenin.

99.

Fritz, Charles-Maximilien.

143.

Humbourg, François-Antoine-

100.

Frischeît.

Malerne.

101.

Frœreissen, Léonard.

\U.

Hummel, C.

102.

Frosch, F.

145.

Isenheimfils, Jean-Frédéric.

103.

Gallimard.

146.

Jacobi.

104.

Gelin, G.

147.

Jacobi.

105.

Geoffroy, L.

148.

Jacquet cadet.

106.

Gérard, A.

149.

Jacquot, F.

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12

REVUE D'ALSAOB

150. Jacquin^ Nicolas.

151. Jard de Panvilliers, Louis-

Alexandre.

152. Jobin.

153. Junckerpère, Jean-Henri.

154. Jundt, Abraham.

155. Kammerer, Philippe-Jacob.

156. Karth, Jean-Nicolas.

157. Karth, D.

158. Karlh, F. -F.

159. Kast, Benoîtr-Philippe.

160. Kauffmann, Louis.

161. Kecli, J.

162. Keclt, F.

163. Keppler, Maximilien-Xavier.

164. Kern aîné, Philippe-Frédéric.

165. Kerner.

166. Kieffer, Jean-Daniel.

167. Kirslein, Joseph -Ferdinand.

168. Kob. J.-G.

169. Koch, F.

170. Koch, Christophe-Guillaume.

171. Kœnig.

172. Koffler, A.

173. Kolb, Maurice.

174. Kolb, Ferdinand.

175. Kramp, C

176. Kratz, Abraham.

177. Kugler aîné, R.

178. Kuhn, François-Ignace.

179. Kuehn aîné, François.

180. Kuhn cadet, F.

181. Laborde(de).

182. Lachausse, Augustin-Mainrad. i83. Laquiante fils, F^^KMarie-L.-

N.-J.-T. d'Aquin.

184. Lasalle, F.

185. Laubadère (de).

186. Lauth, Jean-Jacques.

187. Lauth, J.-N.

188. Leduc, N.

189. Lehn.

190. Lépy.

191. Lestranges, L.

192. Levrault aîné, F. -L. -Xavier

Louis.

193. Lex.

194. Liechtlé, H.

195. de Livio, Etienne.

196. Lix, André.

197. Lung, Jean-Daniel.

198. Mathieu père, Jacques.

199. Mathieu aîné, Michel-Léonard.

200. Mayno, Jean-Pierre.

201. Mennet, Joseph.

202. Metz (de).

203. Michelet (de), Michel-Jacques.

204. Momy, J.-J.

205. Montferrand(de).

206. Monrecour de S^Michel.

207. Monfort.

208. Montjoye (de).

209. Montrichard, Joseph-Elie-Dé-

siré.

210. Moritz, L. 211 Mouiile^eaux.

212. Miihe, Simon.

213. Mûller, J.

214. MuUer.

215. Noisette fils, Gaspard.

216. Oberlin, Jérémie-Jacques.

217. Osterrieth, Jean-Michel.

218. Ottmann, Isaac.

219. Pasquay, Nicolas.

220. Pertois.

221. Pistorius, François.

222. Poirot, François-Xavier- Alexis

223. Popp, Charles.

224. Radot.

225. Raffin(de).

226. Rau.

227. Rausch, Geoffroy-Henri.

228. Reichard, Alexandre.

229. Reichard, Jean-Frédéric.

230. Riehl, Jean-Geoffroy. I 231. Rœderer.

j 232. Rœderer.

i 233. Rollé de Baudreville.

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LES HOMMES DE LA RÉVOLUTION

13

234.

Rouget de Llsle, Joseph.

253.

Thomassin .

235.

Rumpler, Joseph-Salomon.

254.

Tisserand, D.-F.

236.

Sainval.

255.

Treuttel, Jean-Georges.

237.

Saltzmann ^Frédéric-Rodolphe

256.

Tûrckheira (de) père, Jean.

238.

Saucerotte.

257.

Tûrckheim(de) flls, Bernhard

239.

Saura, Jean-Frédéric.

Frédéric.

240.

Saura père, Jean-Daniel.

258.

Ulrich, André.

241.

Saura fils, Daniel.

259.

Ungerer fils.

242.

Schaeffer, L.

260.

Vogt père, F.

243.

261.

Wangen (de), Louis.

244.

Schott, Chrétien.

262.

Weber, Samuel-Reinhardt.

245.

Schweighaeusser, Jean.

263.

Weber, Daniel-Frédéric.

246.

Scotti.

264.

Weiler, F.

247.

Silberrad, Jérémie-Eberhard.

265.

Weyher, Louis.

248.

Spielmann, Gharles-F.

266.

Wild, Jean-Geofifroi.

249.

Spielraann, Jean-Jacob.

267.

Wilhelm.

250.

Stuber, Jean-Frédéric.

268.

Zimmerpère, Jean-Frédéric.

251.

Teutsch, Georges.

269.

Ziramer fils, Georges-Frédéric

252.

Thomassin, Michel.

ACKER (François P.)

Avant 1789. Juge de la maréchaussée, puis avocat au Con- sistoire de la noblesse d'Alsace.

8 février 1790. Notable du Conseil de la Commune de Strasbourg.

26 mai . Membre du district de cette ville.

8 juillet . Membre du Directoire de ce district.

Septembre . Membre de la Société des amis de la Consti- tution.

Mars 1791. Procureur syndic du district de Strasbourg. A l'occasion du serment des prêtres et de l'élection de révêque constitutionnel Brendel, il reçoit l'avis sui- vant, en réponse à sa circulaire : « C'est bien joli d'être premier procureur syndic suppléant d'un dis- trict, quand on était créé et mis au monde pour être un potier ; mais le moyen de faire oublier sa pre- mière destination était d'être vrai, instruit^ intègre ;

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14 BEVUB D'ALSACE

car pour ne montrer que de l'ignorance et de la mau- vaise foi, autant valait-il rester potier. A votre avis, Brendel est un évêque digne des premiers siècles de l'Eglise. Apprenez votre catéchisme avant de parler de la primitive Eglise. On ne voit que de petits athées, de petits impies, de pauvres petits esprits forts vanter aujourd'hui les premiers siècles de l'Eglise, et se réunir à quelques fanatiques sectaires pour réformer le clergé. Retournez au métier de vos pères plutôt que de vous mêler davantage de celui que vous faites aujourd'hui. Celui seul est vil et méprisable. »

21 mai . H annonce aux amis de la Cionstitution que le prince de Hohenlohe de l'ex-grand chapitre de la cathédrale de Strasbourg a répondu à sa lettre qui le priait de lui faire remettre les papiers du grand chapitre. Le prince lui déclare : « que dans peu de jours l'armée révolutionnaire allemande reconstituera l'ancien ordre des choses et remettra un chacun dans sa position antérieure. »

En juin . H est envoyé avec quelques cents hommes à Geispoltsheim^ pour y rétablir l'ordre, y désarmer les paysans, arrêter et conduire le maire en prison à Strasbourg.

Septembre . Accusateur public près le tribunal criminel du Bas-Rhin.

7 février 1792. H reste fidèle aux amis de la Constitution et va avec eux à l'auditoire du Temple-Neuf.

Novembre . Elu pour la seconde fois accusateur public. Son antagoniste Schneider, dit : « il est inconcevable, les moyens que les feuillants et les fanatiques em- ployèrent, pour faire de ce bouc un jardinier, »

En 1793. Destitué et remplacé par Schneider, qui avait réuni en novembre 1792, le plus de voix après lui, et qui aspirait à ces fonctions. Comme partisan de Die- trich, il fut porté sur la liste des suspects, exilé de Strasbourg, et même emprisonné.

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LES HOMMBS DE LA RÉYOLUTION 13

17 janvier 1795. BaiUy le nomme accusateur public, près le tribunal criminel du Bas-Rhin.

1797. Inscrit au tableau des défenseurs officieux près les tribunaux de Strasbourg. Conservateur des hypo- thèques à Strasbourg.

1805. Chef du contentieux au bureau des domaines et des émigrés à la préfecture du Bas-Rhin.

1807. Nommé juge de paix du 4" arrondiss. de Strasboui^.

ALBERT (Jagob-Louk). Fils dunotaire Jean-Georges Albert, de Strasbourg. 25 septembre 1784. D soutint sa thèse de licencié en droit. Mars 1790. De la Société des amis de la Constitution. 1791. Secrétaire de la mairie de Strasbourg. 7 février 1792. H passe à l'Auditoire. 11 février 1793. Couturier et Dentzel, ordonnent de le faire

sortir de la ville dans le plus bref délai, sans pouvoir se

retirer en Alsace et dans le pays de Bitsch. 11 octobre . De retour, le comité de surveillance et de

sûreté générale du Bas-Rhin, décide sa mise en état

d'arrestation.

14 . n est réclu.

17 . Aux jacobins, il est porté sur une liste de proscription de vingt individus. Il réclame, et le 2 novembre, le comité de sûreté générale du Bas-Rhin, à son tour, le fait figurer sur sa liste des suspects.

29 novembre . Mis en liberté, il demande audit comité le visa de son certificat de civisme, qui lui est refusé.

1797. Commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal de police correctionnelle de l'arrondissement de Barr.

1800. H passe en la même qualité au tribunal de première instance à Barr.

1805. Procureur impérial au môme.

ALPHONSE (le chevaHer d') 1789. Officier d'artillerie en garnison à Strasbourg.

15 janvier 1790, Fondateur de la Société de la révolution,

transformée lel 1 v. en celle des amis de la Constitution.

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16 REVX7E D'ALSACE

ALY (F.-L.)

1789. Officier d'artillerie en garnison à Strasbourg.

26 février 1791. De la Société des amis de la Constitution.

AMMEL,

Aubergiste à Ittenheim, près Strasbourg.

26 mai 1790. Membre du district de Strasbourg.

26 août 1791. Membre de Tadministration du Bas-Rhin. Novembre 1792. A l'élection tenue à Wissembourg, de

nouveau proposé pour l'administration départemen- tale, il échoue. Plus tard, maître de poste aux chevaux à Ittenheim.

17 janvier 1795. Le représentant Bailly le nomme du

Conseil général du département du Bas-Rhin. 1805. Suppléant du juge de paix du canton d'Oberhaus- bergen.

ANDRÉ.

25 mars 1791. Vicaire épiscopal, sous l'évêque constitu- tionnel Brendel.

22 octobre . H proteste publiquement contre le discours imprimé, prononcé à la Société des amis de la Cons- titution le 11, par son collègue Schneider, en faveur du mariage des prêtres.

ARNOLD (F.) père.

1789. Maître charpentier, à Strasbourg.

8 février et 11 novembre 1790. Notable du Conseil mxmi-

cipal. 30 novembre . De la Société des amis de la Constitution.

27 mars 1791. Avec la municipalité, il signe la mise en état

d'arrestation de Jaeglé, curé de Saint-Laurent, pour insultes faites à l'évêque constitutionnel Brendel.

Novembre . H se retire de la municipalité, son fils le remplace.

7 février 1792. Il suit les amis de la Constitution à l'Auditoire.

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LES HOMMES DE LA RÉVOLUTION 17

ARNOLD (G.) fils.

1789. Comme son père, architecte-charpentier, à Strasbourg, attaché au Bureau des travaux publics du district de Strasbourg.

Janvier 1791. De la Société des amis de la Constitution.

11 novembre . Notable.

7 fév. 1792. H suit les amis de la Constitution à l'Auditoire.

3 juillet . Il signe Tadresse de la municipalité à rassem-

blée nationale, demandant la poursuite et la punition des auteurs de la journée du 20 juin 1792.

18 janvier 1793. Les commissaires de la Convention le main- tiennent notable.

21 janvier . H donne sa démission.

17 janvier 1795. Bailly le nomme notable, et en môme temps

commandant en second du bataillon de la garde nationale de Strasbourg. 1798. Elu pour Strasbourg aux assemblées primaires du Bas-Rhin.

BARBENES (Jean). Négociant à Strasbourg. Février 1791. Membre de la Société des amis de la Consti- tution. 7 février 1792. Il est avec eux à l'Auditoire. 6 décembre . Notable de la commune.

4 janvier 1793. Juge suppléant au tribunal de commerce.

18 janvier . Maintenu notable.

3 octobre —. Destitué par Milhaud et Guyardin, comme aristocrate opiniâtre, ennemi des Sociétés populaires.

14 . n sera réclu au Séminaire.

31 . Imposé par Saint-Just et Lebas à 40,000 livres qu'il paie les 5, 6, 7 novembre suivant.

11 décembre . D sera écrit au comité de sûreté générale de Nancy, qu'il a été déporté de Strasbourg, comme feuillant enragé, méritant la plus grande surveillance*

17 janvier 1795. Le représentant Bailly le nomme notable et juge suppléant au tribunal de commerce de Stras- bourg.

Nonyelle Série. 6** Année. 2

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18 REVUE D'ALBAGB

LE BARBIER DE TINAN (François-Louis-Thédore).

1789. Commissaire des guerres, à Strasbourg.

15 janvier 1790. Fondateur de la Société de la révolution, transformée le 11 février en celle des amis de la Cons- titution, dont il fut le président jusqu'au 13 mars suivant.

31 mars . Secrétaire de la Société de correspondance nationale, il fait appel aux gardes nationales de la Lorraine, de la Bourgogne et de la Franche-Comté, pour célébrer la fête de la Constitution le 5 avril sur la plaine des Bouchers à Strasbourg. Décédé le 18 juin 1791, la Société des amis de la Constitution prit le deuil pour trois jours.

LE BARBIER (J.) fils.

Décembre 1790. Membre de la Société des amis de la Cons- titution.

7 février 1792. Il est à TAuditoire jusqu'au jour de la ferme- ture de la salle, le 27 juin suivant.

BADER (A.) aîné et BADER (Michel) cadet.

1789. Négociants à Strasbourg.

Janvier 1791. A. Bader, membre de la Société des amis de la Constitution.

7 février 1792. D est à l'Auditoire.

31 octobre 1793. Imposés par Saint-Just et Lebas à 70,000 livres qu'ils versent les 5 et 7 novembre suivant.

26 novembre . Le comité de surveillance et de sûreté générale arrête que Michel sortira de l'hôtel de Darm- stadt; mais que l'alné sera transféré au Séminaire, il est resté jusqu'après la chute de Robespierre.

BENIOT (Jean-Baptiste).

1789. Négociant à Strasbourg.

Décembre 1790. Membre de la Société des amis de la Constitution, qu'il suit le 7 février 1792 à l'Auditoire.

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LBS HOMMES DE LA RÉVOLUTION 19

BEYCKERT.

1789. Régent au collège de TUniversité de Strasbourg, faubourg de Pierres, N^ 82.

1790. Commandant de la garde nationale. Commissaire à la

fête de la fédération, célébrée à Strasbourg le 14 juillet 1790. Dans le courant de 1790, la jeunesse strasbourgeoise forma la Société des jeunes amis de la Constitution, et pour donner un caractère sérieux à leur association, ils prièrent Beyckert de les assister de ses bons conseils et d'accepter le fauteuil de la présidence, qu'il con- serva jusqu'en janvier 1793, pour faire place à l'exalté démocrate et journaliste Simon.

11 novembre 1791. Officier municipal, chargé de la division

de la police, des subsistances et des arts et métiers. 7 février 1792. Il passe à l'Auditoire avec les amis de la Constitution.

12 mai . Administrateur de police, il annonce une distri-

bution de monnaies de cuivre, contre les billets de confiance de 5 et 10 sols.

3 juillet . Signataire de l'adresse de la municipalité à l'Assemblée nationale, demandant la condamnation des auteurs de la journée du 20 juin 1792.

20 août . n est destitué par Camot.

6 décembre . Notable de la nouvelle municipalité.

18 janvier 1793. Suspendu par Couturier.

14 novembre . Destitué commandant de la garde nationale, conduit dans les prisons de Dijon il resta jusqu'à la paix.

24 juillet 1794. Le représentant Rûhl nous apprend de Paris, que la femme de Beyckert était sa cousine, mais que le mari lui est imparfaitement connu, ne lui ayant jamais parlé que deux ou trois fois dans sa vie ; il ignore ses principes, mais ce qu'il sait parfaitement, c'est qu'il a toujours passé pour un excellent professeur de collège, et que ses disciples lui étaient fort attachés.

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20 REVUE D'ALSAOE

8 octobre . A la réorganisation du collège, il est nommé professeur d'arithmétique et de géographie.

17 janvier 1795. Bailly le nomme notable de la commune et

commandant en second du 1" bataillon de la garde nationale ; mais ayant refusé ce dernier poste, c'est Drolenvaux qui le remplaça.

BEYER (Jean-Georges), ex-sénateur de la ville de Strasbourg.

16 décembre 1789. Il offre 400 livres à la contribution

patrioticpie. 8 février 1790. Elu notable.

Août . Membre de la Société des amis de la Constitution. 11 novembre . Maintenu notable. 27 mars 1791. H approuve les poursuites contre Jaeglé, curé

de la paroisse de Saint-Laurent. 14 novembre . Elu notable.

7 février 1792. Il suit les amis de la Constitution à l'Auditoire. 3 juillet . Signataire de l'adresse de la municipalité à

l'Assemblée nationale, demandant la poursuite des fauteurs de la journée du 20 juin. 6 décembre . Maintenu notable.

18 janvier 1793. Il est suspendu.

8 décembre . Sa femme offre à la Société populaire de la

part de Madame de Landsberg de Blaesheim, plusieurs objets en argent, à titre de don.

BIHET (A.)

Juin 1790. Membre de la Société des amis de la Constitution qu'il ne quitta que le 27 juin 1792 lors de la fermeture de la salle de l'Auditoire.

BLESSIG (Jean-Laurent), à Strasbourg, le 13 avril 1747.

En août 1777, lors de la translation des restes du maréchal de Saxe dans l'église de Saint-Thomas, il fut charge de prononcer, en ftunçais, l'éloge funèbre du maréchal.

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LES HOMMES DE LA RËYOLUTION 21

En 1778. Chargé d'un cours de philosophie et peu après nommé pasteur au Temple-Neuf.

En 1785. Professeur en titre du cours de philosophie à rUniversilé de Strasbourg.

8 février 1790. Elu notable de la Commune.

18 mars . A la fête de Finstallation de la nouvelle munici- palité, qui fut les funérailles de la vieille Constitution de la ville libre de Strasbourg, il tint au Temple- Neuf un discours en allemand sur les paroles sui- vantes de l'Evangile : Wie fein ist es, wenn Brûder in Elintracht leben I » A la fin du sermon, et au pied de l'autel, le maire Dietrich lui renouvela son serment civique, aux acclamations de la nombreuse assemblée.

11 novembre 1790 et 14 novembre 1791. Maintenu notable.

30 novembre 1790. H propose de créer une caisse de crédit.

3 juillet 1792. Signataire de l'adresse de la municipalité à

l'Assemblée natiqjiale demandant les poursuites - contre les auteurs de la journée du 30 juin.

4 . Dénoncé pour ce fait au club des jacobins.

4 décembre —, Le député Laurent demande de Paris aux jacobins, si Blessig est encore en place, malgré la demande de sa destitution.

11 février 1793. Couturier et Dentzel ordonnent à la muni- cipalité de le fedre sortir de la ville dans le plus bref délai, sans qu'il puisse se retirer en Alsace et le pays de Bitsch.

27 octobre . Nouvelle injonction du comité de surveillance et de sûreté générale du Bas-Rhin, de se conformer à l'arrêté prononçant sa déportation de la ville.

31 octobre . Saint-Just et Lebas, l'imposent à 8000 livres,

réglées les 5 et 7 novembre.

2 novembre . Il figure sur une liste de 248 suspects.

3 décembre . Arrêté àDorlisheim par D. Stamm et transféré

au Séminaire, sous l'escorte de deux recors, porteurs d'un billet de Stamm à Mainoni. « Je t'envoie l'homme le plus dangereux, qui après le 10 août 1792 a voulu soulever le peuple contre les décrets de l'Assemblée

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32 REYDE d'ALSAŒ

nationale, qui a aidé à paralyser Tesprit public à Stras- bourg, qui, après être déporté, a influencé sur les campagnards, qui croyaient en voyant un docteur : voici le commissaire de Dieu. Je t'envoie enfin le fameux Blessig, il ne s'attendait pas que je lui ren- drais visite. Il y en a encore plusieurs de ces êtres dans les environs, je les découvrirai, ils augmen- teront le nombre de ceux, qui contribuent à nourrir les pauvres du Séminaire. »

5 . D porte plainte au comité de sûreté générale contre Pierre Kuhn et Alexandre Feyd, ex-gardes des forêts; mais l'affaire est renvoyée au tribunal révolutionnaire du Bas-Rhin.

3 septembre 1794. Au club on le fait figurer comme chef de parti de la faction Dietrich.

3 novembre . H sort du Séminaire.

10 mars 1795. Il assiste avec joie, à l'ouverture des églises et à la reconstitution des cultes. C est à PAuditoire qu'il tint son sermon d'ouverture, le Temple-Neuf n'était pas abordable, les sans -culottes l'avaient transformé en porcherie.

Mort 17 février 1816.

Les protestants de Strasbourg lui sont redevables de la fon- dation Blessig, destinée à faire élever des enfants mal- heureux dans des familles chrétiennes. Cette institu- tion a été fondée le 15 avril 1847, un siècle après sa naissanC'O, et trente ans après sa mort, par sa veuve et des amis dévoués. Outre ses nombreux discours et sermons qui ont été imprimés, nous lui devons encore : 1** Le Bicrgerfreund publié avec Dahler 1776- 1777; Leben des Grafen J.-F. von Medem 1792; SoPalrnblatter,s.D,

BOCH.

1789. Brasseur à l'Etoile.

17 janvier 1791. L'un des assesseurs de l'assemblée des fidèles de la religion catholique, il adlière à la lettre

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LES HOMMBS DE LA RÉVOLUTION 23

adressée au Directoire du Bas-Rhin, en vue des mal- heurs qui menacent leurs pasteurs, ainsi que Tadmi- nistration du culte.

6 novembre 1793. Sa mère, brasseuse à Strasbourg, paye

5000 livres à la trésorerie pour amende. 10 janvier 1794. Prévenu d'avoir cherché à renouveler la permanence des douze sections, il sera sur le champ arrêté, ses papiers scellés, et traduit au tribunal révolutionnaire à Paris. Au lieu d'être conduit à Paris, il fut transféré à Dijon, il resta emprisonné jusqu'après la chute de Robespierre.

BOISSIÈRE (A.). 1789. Officier d'artillerie à Strasbourg. Mai 1790. Membre de la Société des amis de la Constitution. 17 juillet . Président de cette Société. 17 août . D cède le fauteuil à Xavier Levrault.

BONNARD (Louis-Gabriel).

Décembre 1790. Membre de la Société des amis de la (Cons- titution.

9 mars 1791. Secrétaire de cette Société. Il s'adresse aux membres correspondants^ et aux électeurs du Bas- Rhin, pour leur signaler un prétendu catéchisme dans lequel les saintes vérités de la religion chré- tienne sont travesties, ridiculisées et remplacées par les principes les plus impies*

25 . Auteur d'une ode à l'occaision de l'installation du

ê

nouvel évêque Brendel.

7 février 1792. H suit la Société à l'Auditoire.

BRACKENHOFFER (Eue). 1746. Chef de la tribu des tonneliers, poste d'honneur

qu'il odbupa jusqu'en 1789. 1768. Administrateur de la fondation de Saint-Guillaume, et

en 1780 de celle de Saint-Thomas et de l'Œuvre de

Notre-Dame, à Strasbourg. 1779. Sénateur et membre des Xni, jusqu'en 1789.

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34 REVUE D'ALSACE

1785, Assesseur à la chambre des comptes et à celle des finances de la ville. Il fut professeur de mathéma- tiques, et c'est à lui que nous devons la composition de rhorloge astronomique qui se trouve contre le mur du bâtiment principal de la fonderie sur la place de la Comédie à Strasbourg et dont Jean-Daniel Pack nous en a conservé le souvenir dans des vers que je me plais à rapporter :

Wer zeichnete die Pracht des schœnsten Sonnenweisers,

Hier an der neuen Zeughanswand ?

Dies Rnnststûck kommt allein von Brackenhoffers Hand,

Dem Lehrer nnsers grosen Kaisers,

Den Zodiak schan ich, als Kenner, tœglich an.

Hell schimmert mir die Stralen Babn.

Gnomonika, dir bleib ich zugethan ;

Nicbts gleicbs hab icb je gefanden,

Das Werk verbreitet seinen Glanz,

Und Brackenboffers Hanpt, wird mit dem Ehrenkranz,

Der nie verweikt, vom Dichterchor umwunden.

1790. Membre de la Société des amis de la Constitution.

7 février 1792. Il l'accompagne à TAuditoire.

'81 octobre 1793. Saint-Just et Lebas l'imposent à 15,000

livres, qu'il paye le 5 suivant. 30 mai 1794. Ayant appris qu'il devait être arrêté, il s'est

donné la mort, âgé de 80 ans.

BRACKENHOFFER ( Jagob-Frédéric), fils d'Elie Brackenhoflfer.

1784. Il soutient à Strasbourg sa thèse de docteur en droit.

1785. Assesseur à la chambre des contrats.

1788. Administrateur de la Maison de travail et Conseil de la tribu des boulangers, plus tard membre des XIII.

8 février 1790. Elu officier municipal, aux domaines et

travaux publics. Avril . Membre de la Société des amis de la Constitution.

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LES HOMMES DE LA BÊVOLUTION SJ5

11 novembre . Elu officier municipal.

3 janvier 1791. Il signe la proclamation de la municipalité

aux Strasbourgeois, lors des rassemblements près de

Saint-Pierre-le-Vieux.

6 septembre —. Il désapprouve un pamphlet accusant Die-

trich, Levrault et Noisette d'être les instigateurs d*une tentative d'assassinat contre le cardinal de Rohan. 14 novembre . Maintenu officier municipal.

7 février 1792. Il est à l'Auditoire.

3 juillet . Au club des jacobins, on dénonce l'adresse qu'il a signée, comme mimicipal, à l'Assemblée nationale, demandant la punition des auteurs de la journée du 20 juin.

6 décembre . Maintenu officier municipal.

18 janvier 1793. Destitué.

31 octobre . Imposé par Saint-Just et Lebas à 80,000 livres, qu'il verse les 5, 7 et 9 suivant.

21 novembre . Conduit au Séminaire.

28 . Sur ime pétition qu'il lit présenter par sa femme, le comité de sûreté générale le met en liberté, mais il aura un planton, et contribuera aux fi^is d'entretien des prisonniers, tout comme s'il en fsdsait partie.

17 janvier 1795. Bailly le nomme de nouveau officier muni- cipal.

1798-1800. Juge au tribunal civil de Strasbourg.

13 avril 1800. Conseiller de préfecture du Bas-Rhin, loi du 17 février 1800.

De septembre 1810 à 1815. Maire de Strasbourg. C'est de Eentzinger qui le remplaça. Sous la restauration, député du Bas-Rhin.

BRAUN (Jean-Daniel), quai Saint-Thomas.

1789. Professeur de droit à l'Université protestante de Stras- bourg. Chanoine du chapitre de l'église collégiale de Saint-Thomas.

11 novembre 1790. Elu notable de la commune.

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26 BEVUE D'ALSACE

27 mars 1791. Avec le corps municipal, il autorise les pour-

suites contre Jaeglé, curé de Saint-Laurent. 8 août . Elu administrateur du département du Bas-Rhin. Ce corps s'étant constitué peu de temps après, il fit partie du Directoire, sous la présidence de Victor de Broglie.

3 juillet 1792. En cette qualité, il signe l'adresse à TAs- semblée nationale, demandant la poursuite des au- teurs de la journée du 20 juin. 14-15 août . D préside les réunions populaires.

2 novembre . Président du Conseil général du Bas-Rhin. Fin 1792. Nommé maire de Strasbourg en remplacement du

médecin Lachausse. Il n'accepta ces fonctions que conditionnellement, pour faire place à Michel Mathieu.

Mars 1793. A la requête de Dietrich, il alla à Besançon comme témoin à décharge.

11 juillet . A l'arrivée de la nouvelle Constitution, et . comme président de l'administration du départe- ment, il répondit au représentant Dentzel, avec dignité, mais entièrement dans le sens de la Mon-, tagne.

3 octobre . Destitué par Milhaud et Guyardin, comme

aristocrate, provocateur de l'adresse du 3 juillet 1792 contre la Société populaire, signataire de l'adresse royaliste du 9 août même année, et qui a refusé de signer celle d'adhésion à la révolution du 31 mai. A cette époque les jacobins le qualifiaient d'homme de peu de moyens et encore moins de bonne volonté, plutôt aristocrate que patriote.

14 . Le comité de surveillance et de sûreté générale arrête qu'il sera éloigné à vingt lieues des frontières avec indication du domicile.

23 . Mais comme il a encore des affaires à terminer avec l'administration du Bas-Rhin, il pourra rester chez lui avec un planton.

31 . Imposé à 20,000 livres, qu'il règle le 5 novembre.

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LES HOMMSB DE LA RÊYOLUTION 27

24 novembre . Enfermé au Séminaire, il réclame son élargissement ; le 25, on passe à Tordre du jour sur sa demande, cependant, le 27, le comité de sûreté générale ordonne qu'il sera relâché, mais sous con- dition. Cela n'a pas été de longue durée, car le môme comité le fait conduire, le 9 décembre, au Séminaire, il resta assez longtemps.

30 août 1794. Trois nouvelles dénonciations contre lui

arrivent à Neumann, accusateur public, de la part du comité de surveillance de la commune de Strasbourg.

2 septembre . Les jacobins de leur côté le dénoncent

comme chef de parti de la faction Dietrich. 17 janvier 1795. Bailly le nomme de nouveau administrateur du Bas-Rhin, président du Directoire.

BREU (Jean-Frédéric), Grand'rue. près Saint-Pierre-le- Vieux.

Avant 1789. Sénateur de la ville de Strasbourg.

Avril 1790. Membre de la Société des amis de la Constitution.

26 mai . Membre du district qui ne s'est constitué que le 8 juillet suivant.

Septembre 1791. Comme membre sortant, il est réélu jus- qu'en 1793.

7 février 1792. D suit les amis de la Constitution à l'Audi- toire du Temple-Neuf.

3 juillet . On dénonce aux jacobins l'adresse qu'il a

signée au district, demandant la punition des auteurs de la journée du 20 juin à Paris.

11 novembre . Scrutateur à l'élection tenue à Wissem- bourg. Dans cette même année, il est nommé admi- nistrateur de la paroisse de Saint-Thomas, en vertu des décrets de 1790.

14 octobre 1793. Expulsé à vingt lieues des frontières.

31 . Taxé par Saint- Just et Lebas à 20,000 livres, qu'il paie

le 7 suivant. 5 déc. . Conduit au Séminaire, ce qui ne l'empêcha pas,le 7, de signer un certificat honorable au jacobin Démougé.

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38 REVUS d'albage

23 mars 1794. Mis en liberté, il donne vingt mesures de vin

rouge vieux aux défenseurs de la patrie, et soixante

fourneaux fonte, 17 janvier 1795. Bailly le nomme de nouveau membre du

district. 1798. Elu aux assemblées primaires du Bas-Rhin pour le

canton de Strasbourg. 1803. Juge suppléant au tribunal civil de Strasbourg.

BRICHE (A.), de Boulogne-sur-mer.

1789. Capitaine d'artillerie à Strasbourg.

Septembre 1790. Membre de la Société des amis de la

Constitution. 26 août 1791. Etant commandant des canonniers de la

garde nationale de Strasbourg, il est élu député du

Bas-Rhin à TAssemblée nationale.

BRONNER.

Ci-devant marguillier de la paroisse des Toussaints à Stras- bourg; à ce titre il a des comptes à régler avec les jacobins.

4 juin 1793. Secrétaire-adjoint de la 8' section, il demande

la déportation de Schneider. 2 novembre . Porté sur ime liste de 248 suspects, il est

conduit au Séminaire. 17 décembre . Devant remettre dans le plus court délai ses

lettres et comptes au district, il sera élargi pendant

une décade avec planton. 22 . C'est Sarez qui lèvera les scellés et fera Tinventaire

des pièces qu'il trouvera. 25 mai 1794. Les jacobins le portent de nouveau sur ime

liste de suspects envoyée au comité de la commune.

BRUNNER.

1789 à 1792. Ministre protestant à Lingolsheim. '5 novembre 1790. Membre de la Société des amis de la Constitution, n y lit une analyse en français du dis-

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LES HOMMES DE LA RÉVOLUTION 29

conrs que son coDègue, M. Engel, a prononcé dans la séance du 26 octobre.

7 février 1792. A l'Auditoire avec les feuillants.

2 novembre 1793. Porté sur une liste de 248 suspects.

29 . n réclame contre cette inscription, mais le comité de sûreté générale le déboute, en lui enjoignant de ne plus revenir. Ne serait-ce pas à lui, que Schneider aurait adressé de Stuttgardt, le 20 octobre 1788, une pièce de vers intitulée : t Sentiments à mon trente- troisième jour de naissance ?

BRUNCK DE FRUNDECK.

1789. Lieutenant-colonel du génie, à Strasbourg.

15 janvier 1790. Fondateur de la Société de la révolution,

laquelle, le 11 février, prit le nom de Société des amis

de la Constitution. Mai . n en est le président, jusqu'au 8 juin suivant.

BRUNCK (RiGHARD-FRÉDÉRiG-PHmiPPE) père, naquit à Strasbourg, le 30 décembre 1729.

Après avoir fait ses études à Paris, sous la direction des jésuites, enseignant alors au collège Louis-le-Grand, il entra dans la carrière administrative et prit part, en qualité de commissaire des guerres, aux cam- pagnes de la guerre de sept ans. De cette époque date son goût pour les études classiques. Il se mit à lire les auteurs latins et grecs avec un professeur de l'Université de Giessen, chez lequel il était logé, et de retour à Strasbourg, il suivit les leçons des hellénistes de l'Académie de Strasbourg. A partir de 1772, il publia une série d'éditions de poètes grecs, et fut bien- tôt après nommé membre de l'Académie des inscrip- tions et belles-lettres de Paris. Il fut aussi receveur des finances sous Louis XV et Louis XVI.

1789. Commissaire des guerres, à Strasbourg.

15 janvier 1790. Fondateur de la Société de la révolution.

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30 REVUE D'ALSACE

Le 11 février . Elle change son nom en celui de Société

des amis de la Constitution. 8 février. Elu notable du conseil de la commune. 11 novembre . Maintenu.

17 février 179J. Nommé président de Tadministration pro-

visoire du Bas-Rhin par les commissaires royaux Dumas, Foissey et Hérault. Cette administration provisoire remplaçait le directoire de 1790 sus- pendu de ses fonctions.

13 mars . Président de la Société des amis de la Cons- titution jusqu'au 17 avril suivant.

27 . Il approuve la demande en arrestation de Jaeglé, curé de la paroisse de Saint-Laurent.

11 novembre . De nouveau élu notable de la commune.

7 fév. 1792. H esta l'Auditoire avec les amis de la Constitution.

3 juillet . Signataire de l'adresse de la municipalité à l'As- semblée nationale demandant la pxmition des fauteurs de la journée du 20 juin.

6 décembre . Elu notable pour la dernière fois.

18 janvier 1793. Suspendu dans toutes ses fonctions après

vingt-quatre années de loyaux services. On lui donna pour successeur, au commissariat des guerres, le fils du représentant Couturier, un jeune homme de 22 ans, mais la Convention eut le bon esprit d'annuler cette nomination.

11 février . Couturier ordonne à la municipalité de l'ex- pulser de la ville, sans pouvoir habiter l'Alsace et le pays de Bitsche.

Mars . n dépose à Besançon en faveur de Dietrich.

27 juillet . Laveau, dans ime lettre de Paris aux jacobins, après avoir déposé contre Thomassin et autres, ajoute : t j'ai oublié le grec Brunck, qu'on devrait fouetter dans tous les carrefours, pour être aristocrate en sachant le grec, souvenez- vous que ce coquin a dénoncé Simond et moi, pour nous faire expulser de Strasbourg, et qu'il a eu l'eflBronterie de s'en vanter au tribunal de Besançon. >

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LES HOMMES DE LA RÉVOLUTION 31

14 septembre . Le général Dièche, requiert la municipalité de le faire arrêter.

1 1 décembre . Il réclame, mais le comité de sûreté géné- rale se déclare incompétent à statuer sur sa demande.

17 janvier 1795. De retour à Strasbourg, Bailly le nomme de nouveau notable de la commune.

1798-1800. Commissaire des guerres de l** classe, il remplit les fonctions de commissaire du pouvoir exécutif près le conseil permanent de révision de la 5™ division, à Strasbourg.

1800. Membre de la Société d'agriculture, sciences et arts du Bas-Rhin. Retiré du monde, il mourut le 14 juin

1803. Poursuivi comme suspect, c'est avec peine (ju'il échappa au tribunal révolutionnaire de Schneider. Sa fortune se trouva compromise, il fut obligé de réaliser une partie de sa riche bibliothèque, dont le solde fut vendu à Strasbourg en 1870.

BRUNCK (J.) fils, ancien colonel d'artillerie.

26 mai 1790. Membre du district de Strasbourg.

8 juillet . Président du Directoire de ce district.

26 août 1791. En cette qualité, il est élu député du Bas- Rhin, à l'Assemblée nationale.

28 juillet 1793. Les jacobins demandent que des commis- saires se transportent à la municipalité pour le faire arrêter. D n'a cherché qu'à jeter la terreur panique dans tout le département, disaient-ils. Cependant le 11 décembre, le comité de surveillance et de sûreté générale approuve son certificat de civisme, comme ancien employé au district.

BURGGRAFF (Jean).

1789. Négociant-agronome à Strasbourg.

1792. Comme parent du représentant du peuple Dentzel, il fut nommé receveur des bois nationaux et des do- maines à Strasbourg, en remplacement de Sonntag.

4 janvier 1793. Juge au tribunal de commerce.

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32 REVUE d'alsage

14 mars . Membre du Conseil général du district.

31 octobre . Imposé par Saint-Just et Lebas à 10,000

livres, qu'il règle le 6 suivant. 17 janvier 1795. Juge suppléant au tribunal de commerce. 1797. Administrateur municipal sous la présidence de

Démichel.

BURGER (Jean-Frédéric), homme de lettres.

1789. Procureur-vicaire, place Saint-Thomas. Ex-traducteur de l'administration départementale du Bas-Rhin.

Juin 1790. Membre de la Société des amis de la Constitution.

8 juillet . Secrétaire du Directoire du district du Bas-Rhin.

26 août 1791. Elu administrateur du Bas-Rhin. Ce corps s'étant constitué peu après, il entra au Directoire départemental.

7 février 1792. Il va avec la Société des amis de la Consti- tution à l'Auditoire. «

3 juillet . Il demande à l'Assemblée nationale la poursuite des auteurs de la journée du 20 juin 1792.

12 novembre . A Wissembourg, il est élu vice-président du Consistoire ou Directoire départemental.

7 février 1793. Maintenu dans ses fonctions

3 octobre . Destitué comme signataire de l'adresse roya- liste du 9 août 1792, opposant à celle d'adhésion à la révolution du 31 mai, à toutes celles contre Dietrich, et qui a quitté la Société populaire dans le moment le plus critique.

14 . Ordre de l'emprisonner immédiatement.

2 novembre . Porté sur une liste de suspects ; il logeait alors au jardin d'Angleterre, près la Wantzenau.

26 mai 1794. Il est arrêté sur les instances des jacobins, comme ci-devant greffier d'Erstein, propriétaire du jardin d'Angleterre, feuillant, aristocrate auquel le certificat de civisme a été refusé.

14 juin . Détenu à l'hôtel de Darmstadt, il s'adresse au comité de sûreté générale de la Convention nationale.

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LES nomSEB DE LA BÉVOLITTION 88

12 août . Du Séminaire, il avait été transféré, il adresse une seconde lettre au même comité, traitant, comme la première, la question de la situation critique de la commune de Strasbourg.

15, 24, 28 août, 2 et 3 septembre . Au club, on tire à boulets rouges sur lui : il est représenté comme un second Noisette, ayant été dans l'administration du Bas- Rhin, par l'esprit qui y régnait alors, un vrai zélé suppôt du dernier Capet, de s'être réfugié à Paris, mais aujourd'hui qu'il est au Séminaire, il ne cesse de réclamer sa mise en liberté, tout en étant reconnu chef de parti de la faction de Dietrich. Il ne manque pas de moyens et de connaissances, parle avec assez de facilité ; mais il est modéré à im tel point, surtout envers les fanatiques et les aristocrates, qu'il parait parfois être l'un et l'autre.

17 janvier 1795. Bailly le replace à l'administration du Bas- Rhin, qu'il quitte bientôt après, pour occuper le poste de juge au tribunal civil de Strasbourg, jusqu'au 17 juillet 1799, il rentra dans l'administration centrale du département, comme chef du bureau d'administration générale et de celui de la guerre.

1800 à 1804. Conseiller de préfecture du Bas-Rhin, pendant

bien des années. A partir de 1792, il publia quelques

brochures politiques. Il est l'auteur présumé d'une

satire imprimée en 1790, ayant pour titre :

Parentation, oder Stand on Leichenrede gehalten am Grabe bei

der Beerdigong der alten and verânderten Constitution von Strassburg.

BUSCH.

1789. Aubergiste à ITIommelet rouge, à Strasbourg.

14 novembre 1793. Destitué commandant de la garde natio- nale, arrêté et conduit en prison à Dyon, jusqu'à la chute de Robespierre.

17 janvier 1795. Bailly le nomme membre du Conseil général

du district de Strasbourg et commandant en second du

3* bataillon de la garde nationale. Nous lui devons VArt

culinaire en Alsace, imprimé à Strasbourg, 8% en 1823.

Nonrelle Série. 6"« Année. 3

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3i REVUE D'ALSACE

GAPPY (Antoine).

1789. Capitaine en retraite, cul-de-sac Saint-Thomas.

15 janvier 1790. Membre fondateur de la Société de la révo-

lution. 11 février . Membre de celle des amis de la Constitution.

23 décembre . Il signe 300 livres à la contribution patrio- ,

tique de la ville. 7 février 1792. A TAuditoire du Temple-Neuf. 31 octobre 1793. Imposé par Saint-Just et Lebas à 10,000

livres.

14 novembre . Il paie 2,000 livres à valoir.

16 novembre . Conduit au Séminaire.

24 novembre . Il réclame ; mais le comité de sûreté géné-

rale ordonne qu'il restera enfermé. 7 décembre . Le môme comité réduit sa contribution à

4,000 francs. 16 décembre . Il solde les 2,000 livres restant.

25 mai 1794. Les jacobins le font figurer sur une nouvelle

liste de aspects. La chute de Robespierre lui rend la liberté.

CARAMELLE.

1789. Lieutenant au régiment d'Artois à Strasbourg,

15 janvier 1790. Membre fondateur de la Société de la révo-

lution. 11 février . Membre de la Société des amis de la Consti- tution.

CHAMPY (Paul-Claude).

26 février 1791. Membre de la Société des amis de la Consti-

tution.

25 mars . Dans une ode, il célèbre l'installation de l'évêque constitutionnel Brendel dans la cathédrale de Stras- bourg.

3 mai . Il dénonce aux amis delà Constitution deux juge- ments rendus par le tribunal de commerce, qu'il considère comme attentatoires à la loi, et propose de signaler ce tribunal au ministre de la justice. Adopté.

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LES HOMMES DE LA BÉYOLUTION 35

31 décembre Devant les mômes, il défend avec talent le ministre de la guerre de Narbonne, accusé alors à tort ou à raison d'avoir violé les lois de la Constitution, et termine en disant à rassemblée : « Cessez d'entretenir et de répandre de vaines et dangereuses terreurs, ou si, détrompés sur leur objet, vous persistez à les re- produire, nous dirons, ou que vous ne voulez que brouiUer, ou que vous êtes atteints de la manie de ceux dont un homme d'esprit a dit : qu'ils s'imaginent être grands parce qu'ils s'^attaquent à quelque chose d'élevé. Et s'arrêtera cette fureur de tout suspecter, de tout déchirer ? »

7 février 1792. Il passe à l'Auditoire.

4 juin . Le journal politique et littéraire des Rives du Rhin, qui avait pour collaborateur F. Rouget de Lisle, l'au- teur de la Marseillaise, donne ime lettre de Champy à Schneider, dans laquelle il accuse ce dernier de lâ- cheté, d'hypocrisie, et d'atrocité à l'égard du maire Dietrich. Schneider lui répond: Les louanges que je fais du maire d'Etampes sont-elles une satyre contre le maire de Strasbourg? Si vous dites,. non, dans ce cas vos accusations tombent d'elles-mêmes. Dites- vous oui, alors vous compromettez justement par l'honneur de l'homme dont vous avez entrepris la défense. » Champy lui réplique : t Je ne m'étais en- gagé de répondre à Tabbé Schneider, que dans le cas sa réponse mériterait une réplique. Je viens de lire l'immortelle lettre qu'il m'a adressée. Je n'ai autre chose à faire que de lui accuser réception. »

14 juin . La municipalité arrête une adresse à la Convention nationale, disculpant le maire Dietrich des violentes attaques des jacobins. Cette adresse spontanément signée par plusieurs milliers de citoyens, fut remise à l'assemblée par Champy et Noisette, désignés à cet effet.

Dès le 12 juillet, sans entendre les deux commissai- res, la Convention passa à l'ordre du jour, approuvant

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36 BEVUE D'iLLSACE

la conduite du ministre Roland en cette circonstance. Mais Champy, qui aurait bien voulu connaître les noms des accusateurs, menaça le ministre d'en appeler à la justice ; celui-ci s'obstina dans son refus, ce qui obligea Champy de recourir à l'impression. Le lendemain, on vit des placards dans les différents quartiers de Paris» dévoilant ces intrigues; ils furent bientôt arrachés par des individus dépêchés à cet elïet, et le 25 novembre suivant, Rûhl ne manqua pas de déposer au comité des décrets de la Convention, comme pièce dans les prétendus crimes de Dietrich, un exemplaire de cette affiche, qui avait pour titre Ams'aïuc Parisiens et si- gnée Champy, 12 juillet 1792. Fin du même mois. Membre du conseil municipal de Stras- bourg. On lui attribue la rédaction de Tadrese du 7 août 1792 de la municipalité à la Convention. Il devint le grand propriétaire des forges de Framont, qu'il sut maintenir par son talent à la hauteur de la réputation qu'elles avaient justement acquise.

CHAMPY (frère de Claude Champy.)

27 février 1790. Membre de la Société des amis de la Consti- tution avec laquelle il passe à l'Auditoire le 7 février 1792.

CHANTECLAIRE (de).

1789. Capitaine d'artillerie à Strasbourg.

15 janvier 1790. Membre fondateur de la Société de la révo- lution.

11 février . Transformée en celle des amis de la Constitu- tion, dont il fut adjoint au bureau.

CHARPENTIER (Joseph).

Cul-de-sac de Saint-Thomas.

13 janvier 1790. Il signe pour 3,600 livres à la contribution

patriotique. 25 août 1793. Administrateur du Directoire du district de

Haguenau. Il fait appel aux municipalités, sociétés

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LES HOMMES DB LA RÉVOLUTION 37

populaires et citoyens de rairondissement pour ob- tenir des vêtements et chaussures pour Farinée. Le magasin pour les recevoir est dans la maison de Wûrtenbecher à Haguenau.

31 octobre . imposé par Saint-Just et Lebas à 20,000 francs qu'il paie le 6 suivant.

2 novembre . Sur ime liste de 248 suspects; il demeurait alors chez Dartein à Strasbourg. Enfermé au Sémi- naire jusqu'après la chute de Robespierre.

CHATELAIN (A).

1790. Secrétaire du district de Strasbourg.

Février 1791. Membre de la Société des amis de la Constitu- tion qu'il suit à l'Auditoire le 7 février 1792. Décédé à Strasbourg, commissaire des guerres en retraite, dans sa propriété rue des Frères, devenue la brasserie Burger.

CHAUVET père.

Janvier 1791. Membre de la Société des amis de la Constitu- tion, qu'il suit le 7 février 1792 à l'Auditoire.

CHAYROU.

1790. Membre de la Société des amis de la Constitution.

1791. Principal du Collège de Strasbourg.

81 décembre . Il communique à cette société, un projet sur l'éducation des femmes.

6 janvier 1792. Schneider combat ce^ projet: « Mettez les filles

dans un pensionnat quelconqpie, elles n'y trouveront pas cet intérêt qui les lie à leurs mères. Jamais l'art ne pourra égaler la nature, dit le prédicateur de Stutt- gardt. »

7 février . Il est à l'Auditoire.

9 mars . Dans son journal, la Feuille de Strasbourg, nou- vellement créé, il répond à Laveaux qui l'accusait de feuillant : « Nous nous sommes enquis chez ceux qui nous veulent encore un peu de bien, de ce qu'il fallait donc faire pour être aussi excellents patriotes quaceux

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38 REVUE d'alsage

qui nous accusent. On nous a répondu qu'il fallait ca- lomnier à dire d'expert, injurier à tort et à travers*; attaquer toutes les administrations, discréditer les magistrats du peuple, faire cause commune avec les fanatiques qui persécutent, et surtout corriger notre épigraphe par celle-ci : « toujours flatter le peuple et lui faire accroire qu'on est pour lui un vigoureux défen- seur. Surtout le travailler avec adresse, pour qu'au besoin on puisse compter sur lui. » 5 avril . Il publie un article satyrique contre Simond, Pe- rigny, Alexandre et Genthon, députés par les jacobins du Miroir, à la Société-mère de Paris.

10 juillet . Schneider, dans l'argos, le qualifie de gazetier.

En effet, dans les premiers mois de 1792, il publia, comme on vient de le voir, la Feuille de Strasbourg, et du 15 avril au 30 juin, avec collaboration de Rou- get de Lisle, le journal politique et littéraire des Rives du Rhin.

11 février 1793. La municipalité reçoit ordre de le faire sortir

de la ville dans le plus bref délai, sans pouvoir se fixer en Alsace et dans le pays de Bitsche. En attendant il est enfermé à l'hôtel de Darmstadt.

CHRISTMANN-RŒDERER.

Négociant à Strasbourg.

Mai 1790, membre de la Société des amis de la Constitution, qu'il suit le 7 février 1792 à l'Auditoire du Temple- Neuf.

CLAIRIER. Un prêtre constitutionnel.

7 janvier 1791. n informe la Société des amis de la Constitu- tion, qu'il a adressé une demande à la municipalité de prêter le serment civique.

5 avril . Il fait hommage à la société de son ouvrage sur * l'éducation » et demande à être reçu sociétaire, ce qui lui a été accordé.

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LES HOMMSB DE LA RÉVOLUTION 89

7 février 1793. Il suit les membres à r Auditoire. Il a encore publié ; « Le tableau naturel de l'homme ou observa- tions physionomiques sur les divers caractères des hommes. >

CaLERMONT (de).

1789 à 1792. Contrôleur des postes aux lettres à Strasbourg.

15 janvier 1790. Membre fondateur de la Société de la révo- lution et le 11 février suivant, Société des amis de la Constitution, qu'il suit, en février 1793, à TAuditoire.

CLIDE (DE).

1789. Officier au régiment d'Artois, cavalerie à Strasbourg.

15 janvier 1790. Membre fondateur de la Société de la révo- lution laquelle, le 11 février suivant, prit le nom de Société des amis de la Constitution, à laquelle il resta attaché jusqu'à son départ de Strasbourg pour l'armée.

CLINCHAMP (de) cadet.

1789. Officier au régiment de Hesse-Darmstadt à Strasbourg. 15 janvier 1790. Fondateur de la Société de la révolution,

transformée, le 11 février, en Société des amis de la

Constitution.

CONRAD.

17 janvier 1791. Assesseur de l'assemblée des fidèles delà religion catholique, il signale au Directoire du Bas- Rhin, les inquiétudes de ses co-religionnaires sur la menace de la perte de leurs pasteurs.

8 octobre 1793. Enfermé au Séminaire, n sera mis en liberté, en lui enjoignant d'être plus circonspect et que s'il retombe dans les mêmes fautes, on prendra des me- sures rigoureuses contre lui.

25 mai 1794. Les jacobins le portent de nouveau sur une liste de suspects, et il est pour la seconde fois conduit au Séminaire jusqu'après la chute de Robespierre.

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40 REVUE D'ALBAOI

CROLY (Félix). Simple grenadier.

27 juin 1791. Membre de la Société des amis de la Constitu- tion. Il prononce un discours de réception que la so- ciété fait imprimer et distribuer.

DELCOMMINÉTE (J.-J.)

Avant 1789. Négociant à Strasbourg. Février 1791. Membre de la Société des amis de la Constitu- tion, qu'il suit, le 7 février 1792, à l'Auditoire.

DÉMICHEL (Jacques).

22 août 1792. Adjoint municipal, sous les maires provisoires

Lachausse et Braun. 6 décembre . Officier municipal sous le maire Fréd. de

Tûrckheim. 21 janvier 1793. Maintenu par Monet. 3 octobre . Destitué. 14 octobre . Réélu au Séminaire. 17 janvier 1795. Réintégré officier municipal sous Michel

Mathieu.

30 janvier . Membre du comité de la Société populaire ré-

générée ; il signe le nouveau règlement, basé sur les droits de l'homme, patrimoine de tous les Français.

31 janvier . Il fait appel à ses concitoyens en faveur de la

classe nécessiteuse.

27 mars 1795. Officier public, il nous donne un extrait des décès à Strasbourg, du 1" janvier 1793 au 21 mars 1795, accusant 5152 décès non compris ceux des hô- pitaux.

1796. Commissaire près la municipalité de Strasbourg.

1798. Président de cette administration par voie d'adjonction.

31 mars 1800. Adjoint au maire Livio, chargé des actes civils, n est décédé en fonctions.

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LES HOMMES DB LA RÉVOLUTION 41

DÉRESSER (Théodore-Antoinb).

Un allemand qui logeait dans la rue d'Or. Il publia : Deut- sches Brevier, imprimé à Augsbourgen 1791. Pro- fesseur à l'université de Bonn, il vint avec Euloge Schneider à Strasbourg en 1791, et fut nommé pro- fesseur d'écritures saintes et de langues orientales au Séminaire catholique de cette ville. Il prêta le serment civique dans la cathédrale.

17 novembre 1792. Supérieur du Séminaire catholique. Lors de la tourmente révolutionnaire, il s'était retiré comme curé à Scherwiller.

27 octobre 1793. Dénoncé au tribunal révolutionnaire, il fut incarcéré au Séminaire, comme zélé défenseur du nouveau culte catholique, et seulement, au commen- cement de 1795, il obtint sa liberté après avoir passé devant un tribimal secret. La même année il alla à Paris, comme ancien élève de l'école normale, espé- rant obtenir un emploi. Trompé dans ses espérances, il revint à Strasbourg chez son ami Blessig, il trouva logement et nourriture.

D'ETRÉE (J.)

1789. Officier d'artillerie à Strasbourg. Février 1791. Membre de la Société des amis de la Consti- tution.

D'HONNIÈRES (Alexandre).

Décembre 1790. Membre de la Société des amis de la Cons- titution.

30 avril 1791. Membre du comité de correspondance de cette société, qu'il suit à l'Auditoire le 7 février 1792.

DIETRICH (Jean-Nicolas) (Baron de).

L'oncle du maire Frédéric de Dietrich. Il fut fait baron par

l'empereur d'Allemagne François I".

29 juin 1790. Membre de la Société des amis de la Constitu- tion, qu'il suit à l'Auditoire le 7 février 1792.

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42 REVUE d'alsace

31 octobre 1793. Imposé par Saint-Just et Lebas à 5,000 livres, qu'il règle les 6 et 7 novembre.

DILLEMANN (Christophe) l'aîné.

Avant 1789. Négociant-fabricant de tabac à Strasbourg.

15 janvier 1790. Membre fondateur de la Société de la révo- lution.

8 février . Proposé pour la municipalité.

11 février . Membre des amis de la Constitution, qu'il suit le 7 février 4792 à l'Auditoire du Temple-Neuf.

31 octobre 1793, Saint-Just et Lebas, imposent les frères Dillemann à 26,000 livres réglées les 6, 9 et 22 novembre.

31 mars 1800. L'aîné est nommé membre du conseil muni- cipal de Strasbourg et de la Conmiission administra- tive des bospices civils de Strasbourg.

EnENME Barth. (La suite à la prochaine livraison,)

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LE SAC DE L'HOTEL-DE-VULE

DE STRASBOURG

le 21 jumet 1789 d'après un dooizrnent inédit.

Le sac de rhôtel-de-yille de Strasbourg, entrepris le SI juillet 1789 par une foule tumultueuse, grossie par des voleurs et des bandits de profession, est resté Tun des épisodes les plus curieux et les glus obscurs de Tépoque révolutionnaire en Alsace. Il est aussi difûcile de deviner les mobiles qui poussèrent les masses à dévaster un édifice dont la destruc* tion ne leur était aucunement utile, qu'il est difficile de com- prendre les motifs pour lesquels les autorités constituées civiles ou militaires, n'intervinrent point, ou n'intervinrent que fort tard^ alors que Tœuvre de pillage et de démolition était à peu près accomplie. On peut expliquer sans doute cette attitude de part et d'autre, en invoquant l'analogie de toutes les scènes révolutionnaires du temps ; on connaît cette soif de destruction naïve, cette satisfaction brutale d'amonceler autour. de soi des ruines, qui se font jour tout-à-coup dans les foules excitées et changent < le peuple souverain > en une c vile multitude, > dont les démocrates les plus convaincus sont obligés de se détourner avec mépris. On peut dire aussi qu'en face d'une révolution triomphante, les représentants officiels

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44 REVX7E D' ALSACE

de Tancien régime se sentent désobéis d'avance, tandis que les interprètes accrédités des idées nouvelles ne se soucient guère de compromettre, par une intervention, peut-être inutile, leur popularité naissante. Les chefs militaires surtout, pour peu que leur discipline ait été sévère, se savent trahis en de pareilles occurences par la soldatesque irritée, qui préfère fraterniser avec l'émeute. Néanmoins, lorsqu'on étudie de plus près le développement de la journée du 31 juillet, on y sent quelque chose de voulu, d'artificiel, ne répondant en rien aux entraînements populaires, qui se produisent en des occa- sions semblables. On comprend alors, sans les partager peut- être, les soupçons qui, dès l'origine, se sont fait jour à Stras- bourg au sujet de ce coup de main, soupçons éveillés par la conduite au moins bizarre de certains fonctioimaires élevés, et confirmés plus tard par leur émigration volontaire. La présence de personnes d'un rang supérieur, signalée par des témoins oculaires ^ comme paraissant fomenter le désordre, confirme encore davantage ces soupçons. Nous ne voulons pas entrer ici dans le détail de ces controverses, ni examiner de plus près les accusations dirigées surtout contre M. de Eling- lin, le maréchal-de-camp,commandant les troupes chargées de dissiper les émeutiers^ notre intention n'étant point d'écrire en ce moment l'histoire de la journée du 21 juillet à Stras- bourg. Nous nous bornons à donner ici la relation officielle des événements, dressée quelques jours plus tard par les

* Arthur Young, Rochambeau, etc. Nous mettrons en appendice le récit de ces deux témoins oculaires.

' On prétendit alors, on prétend encore aujourd'hui, que M. de Kling- h'n, fils de l'ancien prêteur royal de Strasbourg, que les magistrats avaient poursuivi pour d'indignes malversations et avaient réussi à faire condamner par le Parlement de Besançon, voulait exercer une vengeance posthume contre les accusateurs de son père ou leurs successeurs, et laisser détruire surtout les documents du procès, conservés aux archives de la ville. Ce dernier mobile au moins est fort sujet à caution, puisque M. de Klinglin ne pouvait ignorer que les originaux ou des copies authentiques se trouvaient au greffe de Besançon.

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LE SAC DE L*HOTEL-DE-yiLLE DE STRASBOUBO 45

représentants de la bourgeoisie pour les députés de la yille aux Etats-Généraux.* Cette relation n'a point encore été publiée, bien que M. Ch. Eugelhardt, le continuateur de VHis- toire d Alsace de Slrobel, la mentionne dans une de ses notes comme existant aux archives municipales.' Toutefois ce n'est point aux archives de notre ville que nous avons retrouvé le document qu'on lira plus loin. Il doit s'être égaré, car nous avons en vain cherché sa trace dans les cartons, il aurait se trouver avec les autres pièces de l'époque.' C'est une autre copie contemporaine la pièce originale, envoyée à Paris, s'est perdue sans doute parmi les papiers de Schwendt ou de Turckheim ~ tirée de papiers de famille et qu'on a bien voulu nous donner dans ce but qui nous a fourni notre texte. C'est un cahier de six feuillets in-folio, dont rien, nous l'avouons, ne garantit matériellement Tauthenticité^ mais que rien aussi ne nous autorise à mettre en suspicion. Nous avons joint ça et quelques notes indispensables pour l'intelligence du récit, suffisamment détaillé, du reste, pour n'avoir point besoin de longs commentaires.

^ Jean de Torckl^eim, ancien ammeistre de la ville de Strasbourg, et Joseph-Etienne Schwendt, syndic du Directoire de la noblesse de la Basse- Alsace.

' Stbobel, Geschichte des Elssases, V, 325.

' Nous avons réuni dans les cartons des archives toutes les pièces de la correspondance des députés de Strasbourg avec les magistrats de la ville, pendant la mémorable année de 1789 et les premiers mois de 1790. Grâce au concours obligeant de notre excellent ami, M. l'archiviste Brucker, nous avons pu réunir, en assez peu de temps, cette série de documents sur la révolution française, et bientôt elle sera prête pour la publication. Nous espérons qu'on ne lira point sans intérêt cette corres- pondance, dont les abonnés de la Revue d'Alsace auront la primeur, et que nous tâcherons de rendre aussi complète que possible, en continuant nos recherches aux archives municipales.

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46 REVUE d'alsacb

RELATION

&ite par les représentants ^ aux députés de la ville de Strasbourg à TÂssemblée des Etats-Gfênérauz de France,

de ce qui s'est passé du 19 au 21 juillet 1789.

Messieurs, Nous vous devons un récit fidèle des désastres que nous avons éprouvée et du saccagement de la maison commune de nos Pères, qui a été livrée au pillage. Les troubles ont commencé le dimanche soir, 19 juillet, lorsque la nouvelle de l'escalade de la Bastille et de l'exécution de son gouver- neur eut appris à la multitude à calculer ses forces. Cet événement, qui.rendra à la nation une portion précieuse de liberté, qui avait été enchaînée jusques par l'appa- reil de la force militaire, fut marqué par l'illumination de plusieurs quartiers de la ville dans la nuit du dimanche,

* Pour ceux qui n'auraient plus très présent l'état de choses établi dans Strasbourfi: au moment de la Révolution, nous rappellerons que l'antique Constitution de la Cité, avec ses trois CoUéges secrets, celui des XIII, celui des XV, celui des XXI, avec son Grand- et son Petit-Conseil, et son collège des trois cents Echevins, subsistait encore en 1789; libé- rale autrefois, celte organisation surannée mettait tout le pouvoir entre les mains d'une oligarchie, à bon droit suspecte à la moyenne bourgeoisie intelligente et raisonneuse, qui se voyait à peu près exclue du manie- ment des affaires. Lors des élections aux Etats-Généraux, tous les citoyens de Strasbourg avaient concouru à la nomination de représentants ou électeurs du second degré, chargés de désigner les députés. Ces repré- sentants, se sentant soutenus par l'opinion publique^ ne se bornèrent point à leur fonction unique, mais ils commencèrent à solliciter du Magistrat l'abolition de certaines charges , de certains dicastëres, la réforme de nombreux abus, l'intervention, plus directe que par le passé, des citoyens dans la gestion des affaires. Le Magistrat, c'est-à-dire les CoUéges intimes, regimbait de son mieux contre les nouveautés qu'on lui demandait. A part son intérêt privé, qui pesait sans doute dans la balance» on ne doit pas méconnaître la conviction sérieuse de beaucoup

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IJft SAC DE L'HOTBL-DE-VICXE DE STRABBOtmQ 47

qui dut être générale es jours suivants.* Elle Êivorisa la dévastation de la maison de M Lemp, Ammeister, qui avait encouru la haine de plusieurs classes de ses conci- toyens.* Les portes furent enfoncées, les vitres cassées et la présence de TEtat-major arrêta les excès*

Le jour du lendemain avait été fixé depuis plusieurs jours par le magistrat pour communiquer aux représen- tans de la bourgeoisie le résultat de ses délibérés sur le cahier des doléances ; le mécontentement avoit déjà gagné les citoyens du long retard de cette communication.*

de ses membres que Tabandon des franchises spéciales de Strasbourg serait on grand malhenr, et leur répugnance à démolir les restes d'une Constitution politique, qui remontait au XV" siècle. Delà, entre les man- dataires officieux de la population et les corps qui la représentaient officiellement, des froissements, des discussions, qui duraient depuis plusieurs mois, quand vint la journée du 21 juillet.

' Dès le soir du 18 juillet la nouvelle de la prise de la Bastille parvint à Strasbourg ; la façade brillamment éclairée de l'Hôtel de la Maison-Rouge sur la Piace-d' Armes (place Rléber) annonça, vers 9 heures du soir, la grande nouvelle à la foule, qui se promenait sur la place et qui Tao- cueillit par les cris de : Vive le Roi I

' Jean Lemp. le 20 juillet 1730, membre de la Chambre des XV depuis 1770, ammeister en 1781. était tout particulièrement détestée, d'abord comme membre du Collège des XV, qui établissait les impôts, pais à cause de ses manières arrogantes et brusques à l'égard de ses concitoyens. Il demeurait dans la rue du Bouclier, dans la maison actuel- lement occupée par M. Kœrttgé, ancien notaire et successeur de feu M. Zimmer. Après la révolution de juillet, Lemp se retira à Carlsruhe, mais il revint plus tard en Alsace, s'établit à Colmar, puis rentra dans sa ville natale et y mourut en 1809, comme juge-suppléant à la Cour de justice criminelle. La familld Lemp existait encore à Strasbourg avant l'annexion, mais elle a émigré.

C'est que nous voyons apparaître, pour la première fois, le baron de Rlinglin, à la tête d'une patrouille de cavalerie, salué par les vivats des émeutiers et priant ses « cbers amis, de ne pas mettre du moins le feu à la maison ! »

* Ce n'était pas sans raison, car les délibérations avaient commence le 22 avril, puis avaient été suspendues du 25 mai au 25 juin, et le Magistrat se montrait moins disposé que jamais k céder sur certaines de »es prérogatives.

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48 BEVUE D'ALSACE

Réunis à la députation du magistrat dans Taprês diner du lundi 20 à la chambre des XIII, nous remarquâmes à l'ouverture provisoire que le magistrat accordait sans réserve les objets relatifs à la comptabilité, à Tadminis- tration des revenus publics et opposoit l'observance de plusieurs siècles au changement proposé pour rendre l'é- lection des échevins plus populaire, pour l'admission du scrutin et l'organisation mixte de la chambre des XV, sur lesquels objets un mémoire long et détaillé dut exposer tous les motifs de résistance du magistrat, pour que les représentans de la bourgeoisie puissent l'examiner de sang froid et se décider en pleine connoissance de cause.

Connoissant, Messieurs, les principes de la rumeur publique, qui augmentoit visiblement, nous dûmes nous promettre peu de succès de ce nouvel examen, et à l'ou- verture des conférences, nous répétâmes sommairement ce que l'un de nous avoit annoncé l'avant veille en assem- blée générale de sénat et XXI avec énergie, que le magis- trat laissoit échapper les rênes du gouvernement paternel, en se retranchant derrière les parchemins.

Nous ne fûmes pas un quart d'heure en conférence sans être obligés de quitter la salle, dans laquelle les pierres pieu voient de la place de l'hôtel de ville. Nous nous ren- dîmes à l'assemblée des représentans \ convoquée pour entendre le résultat de la conférence. Elle ne put se résoudre à acquiescer aux propositions d'un nouvel examen sur les questions, qui lui tiennent le plus à cœur pour assurer l'égalité politique des citoyens et leur influence dans les élections des administrateurs du bien commun et de ses juges librement éligibles.

M. le fio" de Dietrich, commissaire du Roy, Prêteur, sur- vint, résuma les demandes de la bourgeoisie, et se chargea de faire connoltre au magistrat la détermination ferme et

^ Elle siéfi[eaitau local de la Tribu du Miroir, dans la rue des Serroriers, c'est-à-dire presque vis-à-vis de l'Hôtel-de-Ville.

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LE 8AG DE L'HOTEL-DE-VILLE DE STRASBOUBa 49

inébranlable des citoyens à en demander Texécution. Le magistrat se rendit, et ceux qui furent présens signèrent l'adhésion, qui fut raportée par M. de Dietrich aux repré- sentans et par M. le B'>n de Klinglin, lieutenant du Roy, Fun des représentans à un peuple innombrable, qui se tint dans les rues.*

Les citoyens retournèrent contens et arrêtèrent le môme soir une adresse au magistrat pour le remercier d'avoir rendu le calme en cédant encore à tems, et Tinviter à se joindre par décret aux représentans de la commune, pour demander au Roy la confirmation du pacte de combour- geoisie, qui allait être renouvelé.

Des citoyens paisibles, remarquant dans la foule du monde qui inondoit les rues, une^quantité de figures qui leur furent inconnues, entendant toute part déclamer sur rénergie des exécutions de Paris, et la prompte justice que le peuple s'étoit rendu lui-même, en conçurent de Talarme et se présentèrent chez M. le comte de Rocham- beau, nouveau commandant de la province, pour obtenir son agrément que la bonne bourgeoisie soit armée et unie aux troupes pour foire la ^police."

M. le commissaire prêteur réclama la même faveur et ne pût l'obtenir, l'Etat -major comptant trop sur son influence et sur l'eflFet de la discipline militaire.*

^ M. de Klinglin, que la populace appelait le Père du Peuple, parcoa- nit à cheval les raes avoisinantes, pour annoncer surtout une baisse considérable sur les denrées alimentaires, ce que le Magistrat ne lavait aucunement chargé de promettre.

' Rochambeau venait d'arriver le 18 juillet seulement, pour remplacer dans le commandement supérient de l'Alsace le comte de Gboiseul- Stainville; il connaissait trop peu la situation toute spéciale des partis, pour oser donner des armes aux bourgeois.

' M. de Klinglin, commandant de place à Strasbourg, voulait gagner la réputation de pacificateur ou de directeur de l'opinion publique, sans le concours des citoyens amis de l'ordre. Peut-être aussi poursuivait -il des projets plus cachés, comme on Ta souvent insinué dans la suite* '

Konreîle Série. - «•• Année. 4

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50 REVUE D'aLSACE

Les trois journées marquées pour les réjouissances publiques sur l'apparition confiante et paternelle du Roy aux Etats-Généraux, n'étoient pas écoulées encore; les nuits livrées aux excès et à la boisson faisoient redouter du malheur et Ton sçut trop tard que la boisson avait été offerte à beaucoup d'individus.

Le mardi matin, 21, le magistrat confirma en assemblée générale de Sénat et XXI Tarrêté de la veille, et résolut de demander au Roy la confirmation. Ce décret dut être communiqué aux représentans assemblés dans l'après- dîner de mardi. Ils s'y rendirent pour le recevoir. Les rues furent déjà investies de monde ; la cabale, l'envie, la fureur, le désir du pillage, d'autres passions dont Dieu connoit les moteurs, et dont le tems découvrira peut-être la trame, avoîent répandu le bruit insidieux, faux et calomnieux, que le magistrat s'étoit retracté de l'arrêté de la veille.

Dès que nous eûmes occasion de remarquer que cette calomnie échauffoit les esprits, nous demandâmes l'impres- sion rapide du décret confirmant la ratification pleine et entière du cahier. Elle fut exécutée rapidement ; plusieurs de nous la lurent au peuple, qui nous menaçoit jusqu'au haut de l'escalier de la salle dans laquelle les représentans furent assemblés.

En vain, réunis à l'Etat-major, expliquâmes-nous avec force et confiance que toutes les demandes de la bourgeoi- sie étoient occordées ; on nous arracha le papier des mains avec fureur, criant, mais on ne diminua rien, parce qu'on avoit abusé de la crédulité des instruments de ces dés- ordres, en leur persuadant que tous les octrois dévoient cesser, qu'à Paris on avoit démoli les bureaux d'aides et de perceptions, et que tout seroit à meilleur prix en inti- midant les magistrats.

Nous vimes avec effroi les hurlemenss'accroitre ; en des- cendant, nous vimes la place remplie de femmes, d'enfans et de soldats sans armes. M. le lieutenant du Roy fut prié de trouver un moyen de feiire retirer la troupe non armée

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LE SAC DE L'HOTEL-DE-VILLE DE 8TRABB0URO 51

dans ses quartiers. Plus tard, il fut distribué des billets séditieux :

Citoyens, attaqués, nous aimons à manger la viande à aussi bon marché que vous. >

Les billets dont TEtat-major eût connaissance, l'enga- gèrent probablement à placer un renfort de troupes devant r hôtel-de-ville, et peu après à faire battre la générale pour la retraite des troupes. Cette retraite des soldats dans leur quartier fut suivie immédiatement, à 6 heures, de l'appa- rition d'ouvriers armés de haches et marteaux, qui s'a- vancèrent par trois rues, enfoncèrent avec leurs haches les portes de l'hôtel-de-ville, y cherchèrent les échelles pour l'escalader et montèrent paisiblement dans les étages supé- rieurs. Les portes des caves furent hachées et 1700 mesures de vin détruites. C'est une perte, qui seroit la suite natu- relle de tout tumulte de cette espèce.

Mais un hôtel-de-ville, dans lequel aucun magistrat ne demeure, escaladé à une heure aucune chambre d'icelui ne siégeoit, pour détruire, déchirer et anéantir les papiers, les documens de 8 siècles qui assurent leur état et leurs privilèges à une bourgeoisie fidèle et paisible, voilà l'évè- nement que nous avons vu sous nos yeux, ayant un mili- taire nombreux armé, posté devant et à la porte de cet hôtel-de-ville. Il a été exercé une fureur barbare sur des papiers ; ils ont été tous jetés par les fenêtres, traînés jus- qu'aux fossés pour les jeter dans la rivière, et toutes les rues étoient jonchées des papiers, des inventaires de par- tage et succession de nos pères et des comptes des tutelles des orphelins. Après avoir enfoncé les portes et doubles portes de toutes les archivas pour jeter dans la boue les bulles d'or des empereurs, les chartes et lettre de nos Rois, on a démeublé avec les haches toutes les salles, détuilé le toit et on a poussé la démence jusqu'à jeter par les fenêtres les poêles de fonte de fer.

Dans ce pillage affreux, la consigne des troupes du Roy fut de prévenir l'incendie ; leur fonction et leur présence

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52 REVUE D'ALSACE

se borna à agir, lorsqu^on seroît intentionné de mettre le feu.

Le dépôt des mineurs à la chambre des tutèles, le dépôt des masses en litige au greffe du sénat sont pillés. La seconde attaque fut dirigée vers TUmgeld, ou bureau de perception des aydes. Les portes enfoncées et la recette pillée.

La troisième attaque fut commencée au greffe de la chambre des contrats. Les scélérats y furent déjà, s'étoient déjà saisis de deux liasses. Leur fureur fut arrêtée par S. A. S. M»*" le prince de Darmstatt*, qui exposa sa vie pour la tranquillité future des citoyens.

Dans, la nuit suivante, la maison du S^ Moog*, magistrat intègre trop attaché (au moment présent) à la lettre de l'ancienne constitution, fut saccagée avec barbarie. Tous les meubles, une bibliothèque choisie jetée dans la rivière. Tirons le rideau sur ces scènes affreuses.

Nous eûmes la satisfaction très triste, mais toujours sen- sible à nos cœurs, d'apprendre le lendemain, que les mili- taires Généraux qui avoient vu d'un œil humide et baigné

^ Le prince Frédério-Lonis de Hesse-Darmstadt était colonel de l'an des régiments de la garnison de Strasbourg. Le texte primitif portait par erreur le prince de Deux-Ponts. Maxi milieu, duc de Deux-Ponts, plus tard roi de Bavière par la grâce de Napoléon !«', était également en garnison dans nos murs^ comme colonel de Royal-Alsace.

' Mogg était le fils d'un avocat-général de la ville, qui, par ses dénon- ciations, avait tout particulièrement contribué, en 1752, à faire décou- vrir et punir les malversations du prêteur royal de Klinglin, père du général. On ne peut s'empêcher de signaler ces coïncidences suspectes. La maison de ce membre du Conseil des XV était située au quai des Bateliers, ce qui explique le chemin que prit son mobilier.

* Il faut lire évidemment généreux; la déclaration sentimentale des représentants de la bourgeoisie est au moins bizarre et, de plus, entière- rement fausse, car ce n'est pas « d'un œil baigné de larmes, » mais avec une parfaite indifférence, sinon avec joie, que les soldats travaillés et plus on moins enivrés par des émissaires inconnus, avaient assisté au pillage.

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LE SAC DE L'HOTBL-DE-VILLE DE STRASBOURG 53

de larmes, cette dévastation affreuse, qu'ils n'avoient aucun ordre d'empêcher, frémirent quand ils purent s'éclaircir que la bourgeoisie n'avoit pas trempé dans cet affreux complot; qu'elle avoit reçu une satisfaction entière du magistrat, et que tous les bruits de rétractations étoient controuvés.

M. le C*" de Rochambeau, témoin de la douleur des bons citoyens, attendri de leur désespoir de voir dispersé et profané un dépôt aussi respectable, s'abandonna à la con- fiance et ne mit plus aucun obstacle à l'armement des citoyens. Il eut lieu avec ardeur et passion dans la matinée même ; le citoyen se mit sur le champ à la recherche des coupables, en arrêta près de 200 contre lesquels il eut des soupçons fondés ; et cette ardeur des propres parens à dénoncer les membres coupables de leur femille, a prouvé l'aversion générale contre cette action atroce et détestable. Aucun citoyen considéré, riche ou pauvre, n'a pu encor être découvert fauteur de cet attentat* Quelques hommes de mœurs îlissolues, reconnus libertins dès longues années, se trouvent dans la liste fatale des coopérans.* Plusieurs tentatives postérieures sur la maison de la taille, repous- sées par le B*" de Ruttenberg, ont prouvé l'esprit de pil- lage qui animoit les auteurs. Le service des gardes bour- geoises a fait naître la tranquillité. Il fallut la raffermir en publiant une diminution sur le pain et la viande, en dédom- mageant le boucher et boulanger sur la caisse publique de la perte de la vente.

Tel est. Messieurs, le récit fidèle de nos malheurs. Nous

' Qu'il y en eût, les récits de Yonng et de Rochambeau ne permettent pas d'en douter ; sans doute on ne voulut pas les trouver et, la paix faite, on préféra, selon l'expression de notre relation, « tirer le rideau » sur ces excès.

' Un seul coupable, un compagnon menuisier, natif de Mayence, fut exécuté quelques jours plus tard, pour avoir volé soixante-six louis d'or pendant le pillage de l'Hôtel-de-Ville. Un autre condamné à mort fut gracié, parce qu'il appartenait à une famille notable de la ville. Quelques autres furent envoyés aux galères.

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54 REVUB d'albaob

ne vous parlerons pas de la diminution énorme que la caisse commune va souffrir par Tinsurrection des bail- liages.^

Occupés tous à mettre la dernière main à la rédaction du cahier accordé, nous ne visons qu'à rétablir le calme au dedans. Ne désespérez pas. Messieurs, de votre patrie, les vœux des citoyens s'adressent à la divinité pour qu'elle aye pitié de nos maux et nous accorde sagesse pour en détourner de plus grands.*

Nous sommes avec un-attachement inviolable, Messieurs, vos très humbles et très obéissans serviteurs.

Les commissaires représentons la commune de Strasbourg:

Fischer. Lagombe. Schubart. Hervé. Tûrgkheim.

WUNDERER. SpIELMANN.

APPENDICE

Nous avons mentionné en note les récits donnés sur le pil- lage de l'Hôlel-de-Ville par le voyageur anglais Arthur Young et le maréchal 0e Rochambeau, gouverneur de la province d'Alsace. Ces deux textes sont trop peu connus en Alsace on ne chercherait guère le récit de cette émeute dans un voyage agricole rédigé par un Anglais ou trop peu répan- dus comme les Mémoires de Rochambeau pour que je ne croie pas faire plaisir à quelques-uns de mes lecteurs, en les

^ La population nirale ne se montra qne trop disposée et avec de pins justes motifs peut-être à suivre l'exemple des citadins, surtout dans le bailliage de Barr. Voyez Slrobel. V, 332-336.

' Les désordres ne cessèrent pas cependant à Strasbourg. Quinze jours plus tard à peine, une nouvelle émeute, toute militaire cette fois, vint effrayer les autorités civiles et les citoyens paisibles. On trouvera le détail dans les Mémoires de Rochambeau, I, 357-362, et chez Strobel, V, 33^-339.

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LB SAO DE L'H0TEL-DE-VILL£ DE STRASBOURG 55

joignani à la relation qu'on vient de lire. Voici d'abord le rédt d'Arthur Young * :

21 juillet. J'ai assisté à une scène curieuse pour

un étranger, mais terrible pour les Français qui y réflé- chiront. En traversant la place de l'hôtel-de- ville, j'ai trouvé la foule qui en criblait les fenêtres de pierres, malgré la présence d*un piquet de cavalerie. La voyant à chaque minute plus nombreuse et plus hardie, je crus intéressant de rester pour voir cela en viendrait et grimpai sur le toit d'échoppes situées en face de l'édifice, objet de sa rage. C'était une place très commode. Voyant que la troupe ne répondait qu'en paroles , les perturba- teurs prirent de l'audace et essayèrent de faire voler la porte en éclats avec des pinces en fer, 'tandis que d'autres appliquaient des échelles d'escalade. Après un quart d'heure, qui permit aux magistrats de s'enfuir par les portes de derrière, la populace enfonça tout et se précipita à l'intérieur comme un torrent, aux acclamations des spectateurs.

Dès ce moment, ce fut une pluie de fenêtres, de chaises, de volets, de tables, de sofas, de livres, de papiers, etc., etc., par toutes les ouvertures du palais, qui a de soixante-dix à quatre- vingt pieds de façade; il s'en suivit une autre de tuiles, de planches, de balcons, de pièces de charpente, enfin de tout ce qui peut s'enlever de force dans un bâti- ment. Les troupes, tant à pied qu'à cheval, restèrent im- passibles. D'abord elles n'étaient pas assez nombreuses pour intervenir avec succès, plus tard, quand elles furent renforcées, le mal était trop grand pour qu'on pût faire autre chose que garder les approches, sans permettre à personne de s'avancer, mais en laissant se retirer ceux qui

* Voyages enFrance pendant les années 1787, 4788, 4789, par Àrthvrr Young, nouvelle traduction par M. Lesage, précédée d'une introduction de M. Léonce de Lavergne. Paris, Guillaumin, 1860, t. I, p. 248-249 M. Âugaste Stœber, à la piste de toutes les relations de voyage relatives à notre province, a reproduit les extraits de Young, qui s'y rapportent, dans ses Curiosités de voyages en Alsace,

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66 REVUB d'âlsace

le Toulaicnt aTCc teur butin. On avait mis en même temps des gardes à toutes les issues des monuments" publics. Pendant deux heures je suivis les détails de cette scène en différents endroits, assea loin pour ne pas craindre les détails de Tincendie, assez près pour voir écraser devant moi un beau garçon d'environ quatorze ans, qui donnait quelque chose à une femme, que son expression d'horreur me Élit croire être sa mère. Je remarquai plusieurs soldats avec leurs cocardes blanches au milieu de la foule qu'ils excitaient sous les yeux des officiers du détachement, Il y avait aussi des personnes si bien vêtues, que leur vue ne me causa pas peu de surprise. Les archives publiques furent entièrement détruites; les rues environnantes étaient jonchées de papiers : c'est une barbarie gratuite, car il s'en suivra la ruine de bien des familles» qui n'ont rien de commun avec les magistrats

Nous faisons suivre le récit de Young de celui que nous emprantons aux Mémoires de Rochambeau^ :

J'arrivai le 18 au matin, à mon poste, à Strasbourg.

J'y appris que le renvoi de M. Necker y causait beaucoup de fermentation, qu'elle se manifestait même dans les troupes et qu'à ajouter aux intérêts généraux, qui ani- maient à ce moment tout le royaume, il y avait une insur- rection locale prête à éclater dans le peuple contre les magistrats, qui s'annonçait par des pétitions, par des plaintes exagérées sur le prix des comestibles ; que cepen- dant on ne s'était encore permis aucune voie de fait. Une pluie violente, et mon arrivée deux jours plutôt que je ne l'avais annoncé, ne m'ayant pas permis de voir les troupes à mon entrée de commandant en chef, j'en pris prétexte pour en faire des revues particulières sur la Place-d'Armes, pendant que les magistrats d'une part, et les représentants du peuple de l'autre, négocièrent et parurent s'arranger sur la taxation des denrées. Le courrier de Paris nous

^ Mémoires historiques, politiques et militaires de Rochambeau. Parisi Fain, 1809, in-«S 1. 1, p. 352-365.

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LE SAO DB L'HOTUt-DB^^ILLB DE STiUSBOUBO 57

apporta les nouvelles du rappel de M. Necker, du voyage du roi à Paris, du TV Deum qu'on y avait chanté. Le peuple de Strasbourg exigea du magistrat, par ses représentants, une illumination et des réjouissances qui furent ordonnées ipour le soir en doublant les patrouilles et les précautions d'usage pour le bon ordre.

Ce même jour, à trois heures après midi, Thôtel-de-vîUe fut attaqué subitement par cinq ou six cents brigands armés de haches, auxquels se joignit en peu de temps un nombre considérable de gens de tous métiers. Je fis battre la générale au premier avis ; les piquets de cavalerie s'y portèrent aux ordres de M. de Klinglin ; je me mis à la tête du régiment d*"Alsace. Je trouvai cette maison-de-ville à moitié pillée et dévastée; Klinglin pérorait et rien ne pouvait arrêter ce peuple furieux. On vint me dire qu'ils entraient dans une maison voisine, étaient tous les papiers des mineurs de la province. Je pris ce moment pour animer les grenadiers d'Alsace. < Mes enfants, leur dis-je, ce sont vos papiers qu'on pille et vos contrats qu'on saccage. Ne souffrez pas un pareil brigandage ; entrez et chassez à coup de crosse tous ces malfaiteurs ! > Alsace s'y conduisit bien, les chassa tous de ce dépôt qui fut mis à couvert, et nous parvînmes avec son secours et celui de Hesse-Darmstadt, à faire vider tous les étages de l' hôtel- de-ville, ils avaient pillé les caisses, cassé les meubles et enfoncé mille pièces de vin dans toutes les caves, plusieurs d'entre eux se noyèrent. Pour ma part, j'en fus quitte pour la perte de la moitié de içon habit, qui fut emportée par un gros poêle de fonte, jeté par une fenêtre au milieu de ce tumulte.

J'appris dans le moment qu'il y avait trente-six maisons de magistrats marqués pour le pillage, et surtout celles de la Chambre des Quinze. J'envoyai sur-le-champ des troupes partout pour les mettre à couvert, avec ordre de présenter la bayonnette à quiconque voudrait en forcer l'entrée. Les troupes, jusqu'à ce moment^ agissaient moUe-

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58 RSVT7E D'âLSâGE

ment ; elles chassaient les brigands devant elles, mais ne les arrêtaient pas. Cette réjouissance augmentait le dés- ordre et la confusion ; tout le monde se promenait dans les rues et la cavalerie ne pouvait charger ces troupes de brigands sans courir le risque d'écraser d'honnêtes citoyens. Nous fûmes forcés, pendant quelque temps, de nous bor- ner à mettre sous la protection des troupes, toutes les maisons menacées. Cette situation dura jusqu'à près de minuit. Tous les citoyens étant alors rentrés chez eux, il ne resta plus dans les rues et dans les cabarets que toutes ces bandes de brigands. Les charges de cavalerie dans les rues en ramassèrent beaucoup chargés de pillage ; la gar- nison harassée s'anima et on arrêta quatre cents de ces malfeiiteurs. Nous restâmes avec les troupes, sous les armes, jusqu'à sept heures du matin; enfin, après avoir doublé les gardes et les patrouilles, les troupes rentrèrent dans leurs quartiers. Alors les magistrats et les représentants du peuple vinrent me demander des armes pour arrêter tout ce qui restait de ces brigands. Je leur fis délivrer cinq cents hallebardes et douze cents sabres de l'arsenal pour cette opération. Ils s'en servirent avec justice et zèle, et doublèrent le nombre des prisonniers dont nos prisons furent bientôt pleines. Le surlendemain, le magistrat fit exécuter un de ces brigands, qui avait ses poches pleines de l'argent volé dans les caisses de Thôtel-de- ville. Le calme parut rétabli dans Strasbourg

RoD. Rfiuss.

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LIYRES ET BIBLIOTHËOOES A STRASBOURG

AU MOYEN-AGE.

Suite.

Une des bibliothèques les plus considérables après celle de la maison de Saint- Jean, fut celle de la Chartreuse, Les habitants de ce monastère, fondé en 1840 hors des portes de Strasbourg, passaient, à la fin du XV"* siècle, a?ec les Johannites et les moines du petit couvent de Saint- Guillaume, pour être, à cause de leurs mœurs austères et de leurs habi- tudes studieuses, les religieux les plus respectables de la ville. Geiler de Kaisersberg et Wimpheling se plaisaient à faire leur éloge. Leurs statuts les obligeaient à s'occuper d'écriture; Gerson avait même démontré qu'ils pouvaient sans péril pour leur âme consacrer les jours fériés à la copie de livres utiles.' Il est probable d'après cela que beaucoup de volumes de leur collection furent écrits dans les cellules de la maison. Pendant quelque temps ils eurent même une presse; ils imprimèrent pour leur usage un Psautier sur parchemin.^ En 1626 qua- torze d'entre eux quittèrent le couvent ; sept déclarèrent qu'ils voulurent y rester. Il j eut quelques chartreux pendant tout le XVP siècle; en 1591 leurs bâtiments, cédés à la ville,

* Voy. le tome précédent, p. 433-454.

* Geb30^, De laude scriptorunij édition Spencer-Smith. Rouen 1841 folio, p. 1. (0pp., édition Dupin, t. II, p. 694.)

' Pscdtenwn in membranis, typis expresswn in carthusia Argentinensi.

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60 REVUE D'ALSACE

furent démolis et leur bibliothèque réunie à celle de l'Aca- demie protestante.  cette occasion on en fit le catalogue.^ Dans le cours du XVI' siècle, le couvent, appauvri et n'abri- tant plus qu'un petit nombre de frères, n'avait fait que de rares acquisîtionN de lin-es ; le catalogue, qui nous est resté, représente, sauf un petit nombre d'exceptions, la collection telle qu'elle avait existé an 152^. Il énumère 365 volumes, en grande majorité manuscrits, les uns sur parchemin, d'au- tres sur papier, d'autres encore en partie sur papier, en partie sur parchemin. La présence de plusieurs exemplaires d*ou- vrages identiques semble prouver que la bibliothèque s'était enrichie aussi par des dons, faits, soit par des religieux de la Chartreuse, soit par d'autres personnes ; un recueil d'ho- mélies de saint Augustin, de Bède, etc., avait été légué par un curé de Worms; un Innocentim mper Decretale provenait d'un frère qui, de 1S93 à 1396, avait fait à Bologne des études de droit; d'autres livres avaient été achetés pour des prix qu'on avait eu soin d'indiquer. La plupart des ouvrages appar- tenaient à la théologie; c'étaient des traités de Pères, de sco- lastiques, de mystiques, entre autres le commentaire de Drutmar etYHorohgium sapimtiœ de Suso; puis des sermons, des vies de saints, des livres liturgiques, les règles et les coutumes de l'Ordre des chartreux, une Historia evcmgelii en yer^^les Gesta Barlaam dJosaphat servorum dei. Vingt -trois ouvrages sur le droit, dont une Summa Raymundi metrice^ quatre ou cinq de médecine, un de logique, les Orationes de Phllelphe, le voyage du chevalier Jean de Mandeville et un seul classique^, Tiucain, complétaient la collection. Outre quel- ques Psautiers allemands, il n'y avait qu'un livre écrit dans cette langue, der Tugend buch ou Bhime d^r Tugmd, de Jean Vintler, du commencement du XV* siècle. Ce qui ajoute à l'intérêt du catalogue, c'est qu'il ne donne pas seulement les dates et les prix de quelques manuscrits, il a conservé aussi

^ Manuscrit in-é**. Archives de Saint-Thomas.

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LIVBBR ET BIBLIOTHÈQUES A STRASBOURG 61

quelques-anes de ces formules si curieuses que les copistes avaient Thabitude de mettre à la fia des livres, quand ils avaient achevé leur travail; je crois devoir les rapporter : Lambertus de Ligniaco rncco aummulœ, scriptœ anno 1286 :

Lauda scnptorem donec videos me&orem. Flores S. Berrihardi :

Hic liber est seriptm, deus ex hoc sit benedktus} Sermones S, Bemhardi super cantica :

0 Bemarde patery qui dtUcia hic posuisti^ Foc me qui scripsi regnum conscendere Christi. Legenda sanctorum :

Explicit iste liber, scriptor sit crimine liber. ^ JRepertorium speeuH WHhelmi Durandi :

Quœ pridem plura sunt sparsim tradita iura, HoBC nunc scriptura/acili monstrat tibi cura, Historia scholastica :

Dextram scribenUs virtus regat omnipotentis. De vita etlaude b. Hieronymi per Joh. Andreœ juristam : Accipe Jeronymum non ex doetoribus imum Nec miris minimum, sed linguœ munere primum. JExpositio b. Ambrosii super Psalmum beatt immaculati : Sint deo grates Ambromque qui dédit artes Et mihi mente pia ter ave legitate (sic) Maria, 1467. Les antres volumes datés étaient les suivants : Pastorale fèovellum magistri Rudolphi de Liebeg, completnm 1324; Postula super Proverbia Salomonis fratris Thomœ Rygsted^ anglid, ord, prœd.. seripta anno 1350; lyra super Vêtus Test, pars prima finita anno 1368; LibeUus qui intitulatur Valde bonum, continens accentuationes quarundam dictionum de Biblia et de evangeliis et de martyrohgio, 1441.

^ V. cette même formule, un pea modifiée, parmi celles qu'a recaeil- lies M. VVattenbach, Dos Schriftwesen des MiUelaUers, Zweite Ausgabe. Leipzig 1875, p. 424. ' Formule assez fréquente. 0 c, p. 428.

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62 REVUE D' ALSACE

II est inutile de dire qu'aucun des livres de la Chartreuse n'existe plus.

S. Les livres qui servaient au culte ne faisaient pas partie des bibliothèques, ils étaient compris dans le trésor des églises et conservés, avec les vases sacrés et les vêtements sacerdo- taux, dans les sacristies. On a, de Tannée 1451, un inventaire du trésor de Tégllse de Sainte-Hélène, qui était celle de la paroisse de Schiltigheim*; les livres énumérés sont : Missaie et duo specialia; unum novîim spéciale missaie; duo libri matitutinaks preciosi: psaUerium ; graduale; du<B partes antiphonarii ; unumparvum antiphonale; liber mm evangeUis et epistotis; duœ agendœ; vigiliœ mortuorum; confesaionale in pirgameno; duo libri vitœ. L'inventaire ajoute un glose- narium, soit un vocabulaire, soit quelque partie de la bible avec des gloses. En 1490 un maître Melchior fit don à cette église d'une nova agenda in pressura. De Saint-Thomas il est resté, outre quelques copies du Liber vitœ. un beau Graduale écrit sur parchemin au XV* siècle; lors d'un inven- taire fait en 1546 de ce qui subsistait de l'ancien trésor, on trouva aussi un Evangéliaire avec des ornements en argent doré et un vieux recueil des Epîtres dont un des coins était encore couvert d'une plaque d'argent ^ ces deux volumes ont depuis longtemps disparu. En 1842 j*eus le bonheur de décou- vrir dans une chambre voûtée, au-dessus des derniers restes du cloître des dominicains, un missel sur parchemin, ayant à la fin quelques hymnes et orné de deux grandes et magni- fiques miniatures ; l'une représentait, sur fond d'or, le Sei- gneur crucifié, ayant à ses côtés la Vierge et l'apôtre Saint- Jean; l'autre, Saint-François d'Assise recevant les stigmates au milieu d'un paysage animé de chevreuils et d'oiseaux.

^ Archives des hospices.

* r.Ein Evangeliumbtich mit sUber uberguldet beschlagen, und ein aU EpisteUmch, an dem einen ort mit eim kleinen sUberin plech. > Archives de Saint-Thomas.

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LIVRES ET BIBLIOTHÈQUES A STRASBOURG 63

Cette dernière image me porte à croire que le manuscrit n'a- rait pas appartenu aux dominicains, mais aux franciscains. Il fut remis à la bibliothèque et a été détruit arec elle. Le même Paul Munthart, qui légua ses livres au chapitre de Saint-Thomas, laissa le reste de ses biens aux deux égli»ses de Saint-Pierre; il disposa par son deuxième testament, fait le IB mai 1480, que la collégiale de Saint-Pierre-Ie-jeune, dont il était prévôt, ferait faire un volume des Épîtres, recou- vert d'argent doré, semblable à celui qui existait déjà des Évangiles et qui était orné des images des apôtres Pierre et Paul *; il voulut qu'on y mît ses armoiries, afin qu'en voyant que le livre venait de lui, les autres chanoines fussent engagés à faire des donations pareilles.

Les archives des églises étaient également distinctes des bibliothèques; elles formaient un trésor d'un autre genre, que souvent on regardait comme plus précieux que les livreS) car de la conservation des chartes, des privilèges, des actes de donation, des titres de propriété, pouvait dépendre la for- tune, parfois même l'existence d'une maison religieuse. Outre les originaux des documents, on en gardait des copies dans des volumes in-folio en parchemin ou en papier. Kônigshofen, qui remit en ordre les archives de Saint-Thomas, fit relier les registres à neuf et copia lui-même une foule de pièces. C'est aussi aux archives que l'on remettait les annales recueil- lies dans les couvents. Dans un des registres de Saint-Thomas KSnigshofen inséra une notice historique sur cette église, écrite de sa propre main ; un manuscrit de sa grande chro- nique de Strasbourg se trouvait encore à la fin du XVIIl* siècle aux archives de l'Œuvre-Notre-Dame.' En voyant les

* « . . . Liber lectionarius Epistolarum missarunij et ornetur seu eir- cumferatw argento deaurato, ut ibi est liber Evangeliorum argento deaurato ornatus cum imaginibus beatissimorum apostolorum Pétri et Pauli. » Archives de Saint Thomas.

' Geiler de Kaisersberg parle dans quelques sermons de cette chronique, uf unser Frauen Hus. Sermanes de arbore hwmana, Strasbourg 1519,

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64 BEVUE D*ALSAOB

riches collections réunies aujourd'hui aux archives du dépar- tement et de la ville, on ne peut qu'admirer le soin avec lequel nos chapitres et nos monastères ont veillé à la conservation de leurs documents Jadis ces dépôts étaient gardés dans des lieux sûrs, à Saint-Thomas, par exemple, dans un réduit de l'église, fermé par une porte de fer. En 1399, le magistrat à son tour ordonna de construire, pour les chartes et registres de la ville, une chambre voûtée, à l'abri du feu.'

4. Bibliothèques particulières. r Je n'ai pas trouvé qu'a- vant le commencement du XV* siècle les prêtres, même le plus richement dotés, eussent possédé autre chose que quelques livres de liturgie ou de droit. Quant aux laïques de Stras- bourg, il est peu probable qu'avant l'invention de l'imprimerie ils se soient beaucoup occupés de lecture; des bourgeois riches et pieux, tels que Ruimann Merswin, lisaient des traités mys- tiques allemands; quelques nobles ont pu avoir des copies de romans ou de poésies ; quand on voit un sire Ulric de Rath- samhausen donner à sa fille le nom insolite de Bkmlschflor, on est disposé à croire que lui ou sa femme a raient lu le conte de Flore et Blanstheflur^ une des histoires d'amour les plus répandues au moyen ftge.' Quant au clergé, quelques exemples montreront jusqu'à quel point il était bibliophile. En l'année 1800, le chanoine de Saint-Thomas, Jean de Saint- Amiirin, qui passait pour un vir Utteratus^ se plaignit de ce que lors du pillage de sa maison par une troupe de jeunes tapageurs, on

in-f^, folio 177; Brôsamlin, Strasbourg 1517, in-f*, t. II, folio 12. Oberlin l'a encore vue. Dissertatio de Jacobo Twingero. Strasboarg 1789, in-4«, p, 19.

^ « . . . das man dar ein gewôWe mâche, dos gui fur fiire set, darin m<m die hrieffe und bilcher thuge. » Wbngker, Àpparatus et instructus a/rchivorum. Strasbourg 1713, 4?, p. 84.

' Blantschflor de Rathsamhausen, épouse d'Antoine de Hohenstein, 1467, Le poème fut composé, d'après un modèle français, par Gon- rade Fleck, au commencement du XIII* siècle.

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LIVBBS ET BIBLI0THÉQX7ES A STRASBOURG 65

loi avait enlevé, outre des meubles, des armes, des habits, des ustensiles de cuisine, aussi deux volumes, un Digestum vêtus et un recueil de décrétales.^ En 1828, Jean Kusoll, cha- noine du même chapitre, légua à son neveu Jean, son Liber matitutinaUs, son grand Psautier et son Graduak; au doyen de Rhinau il laissa son Ântiphonaire. En 1406, Frédéric Buhart, prévôt de Saint Thomas, donna par testament ses deux Libi'i matituiinak^ à Jacques Fabri, prébendier de l'é- glise de Saint-Martin; vers 1415, le chanoine Pierre Vôllsch abandonna à Saint- Thomas un Liber oratorius. en deux par- ties, l'une pour Tété, l'autre pour l'hiver*; en 1473, Jean Wemher, chanoine de Saint- Pierre-le- vieux, fit donation à son église d'un missel nouvellement écrit.'

Tous ces faits concourent à prouver que les testateurs n'a- valent guère eu d'autres manuscrits en leur possession ; leurs dernières volontés, généralement très détaillées, se taisent sur des bibliothèques. Eônigshofen a sans doute eu quelques livres, car ceux dont il s'est servi pour rédiger son ouvrage, à l'exception de la Eistoria Scholastica de Pierre Comestor, de la Légende dorée et de l'Histoire versifiée d'Âlexandre- le-grand, ne sont pas inscrits dans son catalogue de Saint- Thomas; outre quelques annales de couvents strasbourgeois et des chroniques de Closener et de Mathias de Neuenbourg, il a utilisé principalement celles de Bède, de l'abbé Ekkehard, de Martin Polonus, ainsi que le Spéculum historiak de Vin- cent de Beauvais. S'il n'a pas eu lui-même ces ouvrages, il a les trouver dans la bibliothèque de quelque autre chapitre que le sien ou dans celle de quelque monastère de la ville.

C'est, du reste, vers l'époque de Eônigshofen, qu'on voit se

^ 14 septembre 1300, plainte de Jean de Saint-Amarin, certifiée par révêqae Frédéric. Archives de la ville.

Archives de Saint-Thomas.'

D'après le Liber vitœ, GRANDmiEB, Histoire de V église de Strasbourg t. n, p. 336, notez.

Nouvelle Série. 6"* Année. ^

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66 BSVUB D'ALSACE

former à Strasbourg les premières bibliothèques particulières dont nous ayons connaissance. Il a été parlé plus haut de celle du prieur des dominicains Pierre de Gengenbach, com- posée de plus de cent volumes. La collection que Paul Munt- hart légua à Saint-Thomas, était presque aussi considérable, elle comptait soixante-huit volumes manuscrits, la plupart sur parchemin, et vingt-trois des plus anciens incunables.^ Munthart, qui avait étudié le droit en Italie, s'était procuré en ce pays tout ce qu'il avait pu réunir en fait de copies et d'éditions de légistes et de canonistes; à Strasbourg il avait acquis ce qui, avant 1480, était sorti des presses de Mentel et d'Eggestein. La théologie n'était représentée chez lui que par deux manuscrits, le Rationale divinorum officiorum de l'évêque Duranti et les Postilles de Nicolas de Lyra, puis par sept ouvrages imprimés : Biilia, diio volumina opiime pressa (probablement la bible d'Eggestein, vers 1470,2 vol. in-folio), les Moralia in Job de 6régoire-le-grand, Âlbert-le- grand de laïuiiàits b. Virginis (Strasbourg, Mentel, vers 1474, grand in-folio), les commentaires de Saint-Thomas d'Aquin sur les Evangiles, le de vila Christi du chartreux Ludolphe de Saxe, les Ëtymologies d'Isidore, le Fortalitium fidei du franciscain espagnol Alphonse de Spina (ces deux dernières publications sont également attribuées à Mentel). Munthart avait enfin le CathoUcon et le Spéculum historiale; le Spéculum formait duo magna voluminaj ce qui indique l'édition de Mentel, 1478, grand in-folio.

La bibliothèque de Jean Simler, dont on n'a pas le catalogue, était riche en livres de droit civil et canonique, de théologie, de poésie.' Gomme Simler avait la réputation d'être un savant jurisconsulte et que sur la fin de sa vie il regrettait de n'a-

^ Histoire du chapitté de Saint-Thomas, p. 189, 266, i60.

« Omnes libri mei in utroque jure, dvili et canonico, scripti et impressi, pariter in theologia et in arte poetica. . . > Wencxer, Appor- ratus^ p. 429.

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LIVRES ET BIBLIOTHÈQUES STRASBOURQ 67

voir pas étudié la théologie, il est à supposer que le principal fonds de sa collection de manuscrits et dlmprimés avait con- sisté en ouvrages juridiques; les livres in arte poetica dont parle son testament, étaient, selon toute probabilité, quelques poètes latins récemment publiés.

Nous sommes mieux renseignés sur la bibliothèque de Louis d'Odratzheim, doyen de Saint-Pîerre-le- vieux; le 8 janvier 1499 on fit l'inventaire de la succession mobilière de cet ecclé- siastique; à la suite des meubles et ustensiles trouvés dans les chambres, dans la cuisine, dans la cave, on énuméra cent trente-huit volumes, les uns manuscrits, les autres imprimés ; eu égard à l'époque du temps, c'est un chiffre fort respectable.* De même que chez Munthart et Simler, ce qui dominait c'était le droit civil et canonique; il y avait soixante-neuf ouvrages sur les lois et les canons, en outre une douzaine de volumes sur la philosophie, autant sur la théologie, sans compter quel- ques livres liturgiques, des traités de grammaire, de mathé- matiques, d'astronomie, d'histoire naturelle, de médecine ; on voit aussi que, dans les dernières années de sa vie, le doyen de Saint-Pierre, véritable amateur de livres, s'était empressé d'acquérir un certain nombre de nouveautés littéraires, telles que des éditions de Virgile, d'Ovide, de Térence, d'Esope, de la Consolatio philosophiœ de Boëce, du traité de Pétrarque deremediis utriiisque fortunœ, des épitres d'Ënée Silvius, du Fasciculttë temporum de Werner Rolewink, du voyage en terre-sainte du camérien mayençais Bernard de Breitenbach, du FormiUare und Hitsch RMoriky etc.

En général, à cette époque de la renaissance des études en Alsace, clercs et laïques montrent une grande ardeur à se procurer des livres, soit pdUr satisfaire leurs propres goûts littéraires, soit pour fournir des textes aux imprimeurs. Le jeune Pierre Schott, un des premiers en date de nos huma- nistes, acheta à Bologne, il faisait ses études de droit,

^ Archives de Saint-Thomas.

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68 BBYins d'alsaoe

divers ouvrages pour lui-même et pour des amis qui Tavaient chargé de commissions; par une lettre à son ancien précep- teur Jean Mailer, il lui annonça l'envoi d'une caisse contenant un VocabulaHus grœeartêm dictionum, ayant coûté deux ducats à cause de sa rareté, une Bible, le Ratwnale divifwrum offidorum^ un Hésiode, un Térence, les Argonautica, un com- mentaire sur les satires d'Horace, les épîtres de Cicéron, un Mamotrectus, un traité de prosodie et plusieurs ouvrages de droit ; à ces livres étaient joints deux Digestes pour le cha- noine Thomas Wolf, et un Térence avec le commentaire de Donat pour le prévôt de Surbourg.* Geiler avait une biblio- thèque • riche en ouvrages de tout genre ' ; Sébastien Brant, Thomas Wolf le jeune, Wimpheling, quelques chanoines de la cathédrale en possédaient, et bientôt on ne trouvera plus de savant qui n'eût quelques rayons garnis de volumes. Parmi les nobles, Jacques de Fleckenstein, sous-bailli d'Alsace, était vanté pour sa belle bibliothèque his^torique.' Il y avait même déjà des bibliomanes, qui n'amassaient des livres que pour le plaisir de les avoir, sans les lire; Brant en a fait un portrait assez spirituel dans le premier chapitre de sa Nef des fous.* mais couchés, sur des rayons, repositoria. Le titre était écrit

0. Disposition et usage des bibliothèques. Le nom qu'on donnait au moyen-âge à une bibliothèque était libraria^ dont on fit l'allemand liAerei, terme usité à Strasbourg jusque vers la fin du XVP siècle.* Les livres étaient placés, non debout^

* LucuhratiunculcBy folio 110.

' « Bibliolhecam hahuit omnis generis lihromm refertissimam. » BÊATUS Rhénanus, Vila GeHeriy à la suite de Geiler, Navicula sive spéculum fatuorum. Strasbourg 1511, 4*».

' V. la préface de Mat. Ringmann à sa traduction de Jules César : Julius der erst rômische Keiser von seinen Kriegm. Strasbourg 1507, f>.

* Vonunnutzenhuchem.

* Die liberey zu dm Predigem, 1569, c'est-à-dire la bibliothèque de l'Académie protestante dans Tancien couvent des dominicains.

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LIVBBa XT BIBUOTHÉQUSB A 8TRA.SBOI7RO 69

rarement sur le dos, le plus souvent sur la couverture de devant, et parfois recouvert d'une mince feuille de corne transparente. Pour empêcher les détournements, on attachait les volumes à des chaînes; dans le manuscrit de Quintilien, qui avait appartenu à la bibliothèque de la cathédrale, on inscrivit en 1872 cette note : nota qmd LXXXl Ubri suivt in etUenis in darmitorio ecdesiœ Ârgmtinenm. ^ > Pierre de Gengenbach, en 1420, voulut que les livres qu'il légua aux dominicains fussent fixés par des chaînes de fer, dont le prieur, le lecteur et le Hbrarius devaient chacun avoir une clef.* Munthart fit la condition que, dans Tannée qui suivrait sa mort, le chapitre de Saint-Thomas construisît une < libraria cum voUis 8€u testudinibus, banccis et eateniSj ut mos est, i sinon la bibliothèque reviendrait, sous la même condition, au chapitre de Saint-Pierre-le-jeune, et si celui-ci, à son teur, négligeait d'exécuter ces clauses, elle deviendrait la propriété du grand*chapitre.' L'usage des chaînes était fort ancien ; une gravure du XVIP siècle, représentant la bibliothèque de l'Uni- versité de Leyde et reproduite par M. Paul Lacroix dans son ouvrage sur les Arts au moyen-flge*, nous montre en quoi il consistait; il y avait une suite de reposiforia, chacun ne for- mant qu'un seul rayon, devant lequel un pupitre et un banc; les livres étaient fixés à une barre courant le long du rayon; pour s'en servir, on n'avait qu'à les retirer. Les cle& dos

^ Bandini, 1. c, note 1, p. 438.

' « Omnes meos libros. . . ad locum specialem quem ad hoc deptUaverim reponendos et catenis ferreU alligandos pro furtu vel concmone ipsorum precavendos, quibus prior et omnes fratres studere volantes uti poterant me existente invita etpostmortemmeamquandocunquevoluerintyad qiLos seu quorum clausuram prior unam qui tun<i fuerit, lector unam et libra" ritus unam clavem habere debebunt. » Archives de Saint-Thomas.

' Histoire du chapitre de Saint- Thomas^ p. 459.

* Paris 1869, p. 492. Encore en 1839 l'ancienne bibliothèque de Zûtphen, en Hollande, était disposée diaprés ce système, ^attsnbaoh» Schriftwesen, p. 531.

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70 BEVUE J>'aLSâOE

cadenas des chaînes étaient confiées aux supérieurs ; eux seuls avaient le droit de decatenare les livres.

L'usage d'une bibliothèque n'était réservé qu'aux frères du couvent ou aux chanoines du chapitre auquel elle appar- tenait. A Saint'Thomas les dignitaires jouissaient du privilège d'emporter des volumes; Kônigshofen nota dans son catalogue que le prévôt BurkartBurggraf avait chez lui le Pentateuque, dans un petit volume sans couverture, sine asseribus. Munt- hart prit dans son testament la précaution de défendre qu'au- cun de ses ouvrages ne fût ni aliéné, ni échangé, ni même prêté à une personne quelconque étrangère au chapitre, de quelque grade ou dignité qu'elle fût; il n'admit une exception qu'en faveur de ses neveux ; si Tun d'entre eux voulait étu- dier le droit, il devait pouvoir se servir des livres, en fournis- sant une caution sufQsante.^ Simler s'exprima d'une manière analogue; il voulut que si ses conditions n'étaient pas obser- vées, sa bibliothèque fût abandonnée à TUniversité de Heidel- berg, il avait fait ses études. '

Il n'était pas rare qu'une maison religieuse prèt&t un livre à une autre. Vopus etymologiarum d'Isidore, donné à la bibliothèque de la cathédrale par l'évoque Wernher, fut prêté un jour aux frères mineurs.^ Saint-Thomas confiait son exenjplaire de la Légende dorée au curé de l'église, pour y prendre la matière des sermons pour les fêtes des saints.* En 1426 il prêta un Liber oratorius à deux chanoines de Saint- Picrre-le-jeune pour le temps de leur vie, à charge pour eux et leurs héritiers de payer trente florins, si le volume venait à se perdre.^ D'autres fois, quand on avait besoin d'argent,

* Histoire du chapitre de Saint-Thomas, 1. c. Wenoker, Âpparalus, p. 429.

' « Iste liber concessus est fratribus minorihus^ et est dominorum de summo templo. » Gbandidibr, Œuvres inédites, t. I, p. 439, note 2.

* « Item lampartica historia^ quœ concessa est plebano et sodo, » Histoire du chapitre de Saint-Thom^is, p. 410.

^ Archives de Saint-Thomas.

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LIVIIBS XT BIBUOTHÉdXJBS A STRASBOURG 71

on aliénait des livres ou on en donnait en gage ; on a tu plus haut les Âugustins d'Ittenwiller vendre aux religieux de Saint- Arbogast une bible, et Tabbayede Baumgartcn plusieurs oianuscrits à la maison de Saint-Jean; en 1404, cette même maison prêta au couvent de Neubourg une somme de que- , rante-une livres, pour laquelle on lui engagea le Speculufn historiakj écrit sur vélin et formant quatre volumes reliés en bois.* Les chartreux, dans un moment d'urgence, donnèrent eautionis loco pour vingt-sépt florins deux ouvrages de droit canonique. Tous ces actes étaient passés devant le juge de la coifr épiscopale^ dans la même forme et avec les mêmes eau- tèles minutieuses que s'il s'était agi d'une maison ou d'une propriété rurale; cela ne doit pas nous surprendre, c'est une preuve de la haute valeur qu'on attachait aux livres, dans une période il était difficile de s'en procurer.

2. Industries concernant les livres.

1. Copistes et enlumineurs. Imprimeurs. Graveurs. Dans les couvents on se procurait des livres en faisant copier par des moines ceux qu'il fallait, soit pour l'étude, soit pour le culte. Le prieur des dominicains, Hugues Ripelin, vers 1280, est cité comme ayant été scriptor bonus atque depicior\ ce qui veut dire calligraphe et enlumineur. Parmi les religieux de la maison de Saint-Jean, on en connaît plusieurs qui ont fourni des manuscrits à leur bibliothèque; Nicolas de Laufen copia dans les années 1382 et suivantes quelques-uns des volumes secrets du Grûne- WÔrth; en 1417 Georges Geisfell, de Hague- nau^ écrivit sur papier six exemplaires du directorium offidi

^ « Quatuor partes seu volumina Speculi historicUis Vincentiif in per- gameno scripta, asseribus cooperta » 14 décembre 1404. Archives de la Basse-Alsace.

' ÀnfULles des dominicains de Colmar, publiées par Gérard et Liblin. Golmar 1854, Appendice, p 218.

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m REVUE d'âLSACE

divini; Henri Collator copia, en 1487, le Cafkolkon; Jean Wurtzgart, de Strasbourg, en 1458, le traité de Saint-Ambroise de officiis ministrorum; Herrmann Gross, en 1467, la traduc- tion allemande des Psaumes par Henri Kozzer ; Pierre Rysch, en 1481, un Chorak; même un des prieurs, Jean Kobel, de Molsheim, avait écrit en 1473, sur parchemin, sous le titre de Legenda^ le bréviaire usité à Saint-Jean. Mais tout ce gui entrait dans les bibliothèques, n'était pas écrit sur place, on achetait aussi des ouvrages et on en recevait par donation. Beaucoup de ces livres venaient peut-être du dehors, toutefois il y avait aussi à Strasbourg même des copistes de profession. Les curés et les chanoines qui avaient besoin de livres litur- giques, les moines qui désiraient des traités de théologie, ou bien manquaient de loisir pour les écrire, ou bien dédai- gnaient cette besogne; ils devaient les trouver tout prêts, offerts aux demandeurs ou exécutés sur commande par des clercs ou des laïques, qui pratiquaient le métier de copistes. Un 5iicAscAnéer strasbourgeois, Pierre de Hasiach, est cité en 1408; un autre, Jean de Kîrchheim, en t488; un troisième en 1486. M. Wattenbach signale dans diverses contrées et dès le Xn* siècle, des scriptores travaillant pro pretio^\ il n'est donc pas improbable que bien avant le XV* il y en a eu aussi chez nous. De même qu'ailleurs c'étaient souvent les maîtres d'école qui se livraient à ce travail ; outre les magistri scho- /arum attachés aux chapitres, il existait des Lermeister laïques dans divers quartiers de la ville; en 1477 un de ces instituteurs est relieur ; à plus forte raison d'autres ont pu être écrivains. Les scribes de la chancellerie et des différents tribunaux ont

* Witter, Catalogus, p. 1, 2, 18, 47, 56.

" Schriftwesen des Mittelaltersy p. 401. Le maître Hesso, que M.Gérard ÇLes artistes de V Alsace pendant le moyen-âge. Coimar 1872, t. I, p. 144) compte parmi les calligraphes, était secrétaire du magistrat, Hesso, notor rius bv/rgensium. V. la charte de 1237 publiée dans les Œuvres inédites de Grandidier, t. III, p. 348.

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LIVBB8 ET BIBLIOTHÈQUES A STRABBOmia 73

pa également se charger contre paiement de copier des livres.

En 1825 je trouve à Strasbouag un certain Zûrne iOumi- nator^ artiste peignant les initiales, écrivant en rouge les rubriques et les titres, et, en cas de besoin, ajoutant au texte des miniatures. Dans la maison de Saint-Jean il y eut un enlumineur â*un talent distingué ; nous ne connaissons, il est vrai, que par d'anciennes descriptions l'exemplaire du Mémo- rial, orné d'images, qui fut envoyé au maître-provînciaP; mais j'ai vu dans quelques manuscrits du GrUne' Wôrth de grandes initiales, des bordures, des armoiries, qui sont du nombre des meilleures productions de ce genre au XIV* siècle.

J ai parlé plus haut des belles miniatures d'un Missel, qui avait appartenu au couvent des franciscain»; elles dataient du XV* siècle et révélaient le style de l'école bourguignonne. Michel de Mayence qui, en 1466, est cité chez nous comme ittuminista^ est qualifié en 1488 de peintre, Maler; il n'était donc pas un simple artisan.

Outre les couleurs, les enlumineurs employaient l'or, soit pour orner des lettres capitales, soit pour former des fonds. G^est pourquoi on leur donnait aussi chez nous le nom de Guîdimehriber ou Goltschriber. Dans une des copies du Mémo- rial des Johannites, un Saint-Jacques dans une grande initiale très historiée, et le Christ crucifié dans le Missel des frères mineurs, étaient sur fonds d'or. Je ne sais trop ce qu'était un Buppenmaler, peintre de poupées, mentionné en 1427 ; les

^ Les images représentaient : le Grune-Wôrth, la procession des frères qui s'y rendent poar en prendre possession, la remise solennelle qui leur est faite des bâtiments, les armoiries de TOrdre, ses patrons, un Christ crucifié entre la Vierge et Saint-Jean, un Christ mort, snr les genoax de sa mère, nne Sainte-Véroniqne, une des visions de l'ami de Dieu, le Jugement dernier. Chaque image était accompagnée de quelques rimes explicatives que j'ai publiées, d'après une ancienne copie, dans VÀnzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, t. V, 1858, p. 375 et suiv. ; mon intention était de m'imformer si le volume existait encore dans quelque bibfiothèqae d'Allemagne; je n'ai reçu aaeime réponse.

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74 REVUE d'alsage

Kartenmalerj pktares cartarum, qui paraissent dans la seconde moitié du siècle, peignaient les cartes à jouer et des images de saints. Vers l'époque môme fut inventée rimprimerie, Diebolt Laber avait à Haguenau une fabrique de manuscrits, à laquelle étaient attachés aussi des enlumineurs et dont les produits se répandaient dans toutes les contrées voisines. Jean Mentel, de Schlestadt, qui se fixa à Strasbourg conmie impri- meur, était Goltschriber ; ce fut en cette qualité qu'en 1447 il reçut le droit de bourgeoisie.

Ce n*est pas ici le lieu de parler de l'invention de lïmpri- merie. Il importe seulement de dire que quand, après les pre- miers essais de Gutenberg, Mentel et Eggestein, eurent établi leurs presses, d'où sont sortis tant de beaux livres, on ren- contre à Strasbourg de nombreux imprimeurs; il y en avait qui étaient en même temps orfèvres, tels que : Nicolas de Honau, 1478, aurifaber etpressor Ubrorum; Sifrid, frère de Henri Eggestein, avait également pratiqué l'orfèvrerie ; habi- tués à la gravure sur métal, ces artistes confectionnaient sans doute eux-mêmes leurs types; d'autres, comme Barthélémy Eistler (1486) étaient peintres. D'après un règlement du magistrat, on distinguait entre les imprimeurs capables d'en- tretenir de grands ateliers, et ceux qui se bornaient à impri- mer les livres et à faire des images de saints; ils se bornaient à imprimer les livres, cela veut dire qu*ils travaillaient pour le compte des grands éditeurs.^ Ceux -ci imprimaient parfois pour des couvents, qui avaient besoin de livres liturgiques spéciaux conformes à leur Ordre, ou bien aussi pour des

^ « Item dos die buchtrucker, welche indem wesen und vermûgensyent dos sie gro88 redeliche truckeryen kaben und ouch der moler hantierunge domit hmcheUf aUe mit voUem. rechten mitjnen dienen sollent u)ie golP- 9myde wnd moler. . Und die Ûberigen gemeynen trucker, formensnyder, buchbinder, und kartenmaler, die bûcher nuwen und heiligen truckent, uszstrichent und verkouffent und domit ouch der moler hantierunge bruchent, soUent aile zur Steltzen dienen und doch jors nit me verbunden sin dann VI 8ch. stitbenzinsz zu geben, » Àrtikelbuch der Zunft zur

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UVBBS BT BIBLIOTHâQtlBB A STRASBOURG 75

libraires étrangers. En 1487 Jean GrtlTiinger fit pour l'abbaye cistercienne de Baumgarten un Missel et un brénaire, pour lesquels on lui paya soixante-dix florins d'or.^ Jean Enobloucb publia divers ouvrages, tantôt aux frais de Jean de Raves- berg, de Cologne, tantôt à ceux de Jean Haselberger, libraire à Constance. D'autres, Jacques Eber de Landsberg, Georges Husner, Barthélémy Eistler, Jean Wehinger, Guillaume Schaffner (jprocuratar) de Ropernctawilor, Henri Knoblochzer, Thomas Anshelm de Bade, ne sont connus que par de rares publications; plusieurs d'entre eux transportèrent leurs presses à l'étranger. L'enthousiasme pour Tart nouveau était si vif, que de jeunes clercs, de familles riches, n'hésitèrent pas à en apprendre l'exerdce ; il fallait, du reste, pour impri- mer des livres latins, quelques connaissances littéraires. Le strasbourgeois Sixte Kissinger introduisit en 1471 Timpri- merie à Naples; Diebolt Schenkbecher fut, en 147S, à Rome, l'associé de Wendel de Wila et de Jean Reinliard ; le premier devint chapelain de l'église d*Ungersheira, près de Colmar et vicaire à Saint-Thomas , le second fut reçu chanoine de ce dernier chapitre.

Steltz, Archives de la ville. Au nombre des gemeine trucker étaient Ulric de Lauingen 1471, Conrade Danhûser 1474, Matthias de Werde 1484, Conrade Franck de Kitzingen 1484, Nicolas de Nenwiller 1487, Jean-Jacques de Rotenbourg 1487, Pierre-Jean Beheim, de Bâle, 1490, Jean de Dinslacken 1491, Frédéric Ruch de Dumpach 1495, Erhard Arnold 1502, Thomas Krycher 1504.

* Missale cisterciense (sans titre), F* 1^ Commissio . , . Johannis ahbatis Cistercii. . . de missalibitë ac breviariis ordinis imprimendis. F<* 2*, Executio dicte cammissionis per. . . Nicolaum ahbatem Toonasterii de Pomerio alias Bomgart. A la fin Ànno miUesimo qiMdringentes^o ociogesimo septimo, pridie vero nonas septembris. S. 1., fS goth. Le 27 août 1487rabbé de Baumgarten, Nicolas Widenbosch, reconnaît devoir au couvent de Saint-Urbaint en Suisse, une somme de 100 florins d'or, dont soixante-dix pour payer à Grûninger l'impression de ce missale et d'an diwrnale. Archives de Lucerne; je dois cette communication à Tobligeance de Farchiviste, M. de Liebenau.

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76 BEVUE D*AL8ACIB

Sous rimpulsion des humanistes, les imprimears ne se con- tentèrent plus du nom de pressores librorum, ils se donnèrent celui de ehakographi; GrUninger, après s*être qualifié parfois ûHmpressoriœ artis magistère s'intitula en 1504 chalcographiœ arti/ex] Timprimerie de Knoblouch devint une o/flàna Hte- ratoria, et la presse de Jean Schott un prelum Kterarinm. Il est peu de villes, depuis l'origine de Tart on ait produit alors un si grand nombre de livres.

Les imprimeurs furent adjoints à la corporation de FEcAosse, qui était celle des orfèvres, des peintres, des sculpteurs, en général des professions qui avaient un certrin caractère artis- tique. Dans les commencements leur industrie ne causa aucun dommage à celle des copistes et des enlumineurs. Le règlement cité plus haut donne comme motif de leur adjonc- tion à la tribu de TEchasso, le fait qu'ils avaient besoin du concours des peintres; en eflTet, il fallait colorier au moins les initiales, dont dans les incunables^ la place était généralement laissée en blanc. La bibliothèque de Saint-Jean avait possédé quelques impressions deMentel et d*E?gestein avec des minia- tures d'une remarquable perfection. D'autres fois on rempla- çait la peinture par des dessins à la plume; à la bibliothèque de l'ancien Séminaire protestant il y avait un exemplaire de la Bible de Mentel de 1466; les initiales des différents livres renfermaient des scènes de l'Histoire sainte, composées sou- vent d'un grand nombre de personnages, et qui, pour n'être pas coloriées, n'en étaient pas moins des œuvres d'artiste. Vers 1490 le magistrat fit faire une transcription sur par- chemin de l'ancien recueil des privilèges de la ville; sur le premier feuillet est dessinée la Vierge comme patronne de Strasbourg; elle est assise sur un trône, sur une des marches duquel se voit un perroquet; cette image est exécutée avec un sentiment qui fait songer à l'école de Martin Schœn.^

' Archives de la viUe, Britflmch^ vol. G.

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LIYBES ET BIBLIOTHàgUBS A STRASBOUBG 77

Outre les iUuministeSy les grarears sur bois, Fonmefmeiderj trayaillaient également pour les imprimeurs et faisaient partie avec eux de la même corporation. Depuis la fin du XV* siècle jusque vers 1520, il parut à Strasbourg peu de livres sans gravures. Le goût pour les éditions illustrées était aussi vif alors qu'il peut Tétre de nos jours. Le poète Sébastien Brant fit lui-même les dessins pour les bois de ses publications; d'autres ouvrages furent ornés de scènes, d'encadrements, de bordures par des artistes, tels que Jean Wâchtelin, Urs Graf, Jean Baldung Grien.

Les simples peintres de cartes se distinguaient des Ulumi- natares en ce qu'ils ne composaient pas eux-mêmes leurs sujets; ils n'avaient qu'à colorier des gravures sur bois, cartes à jouer, images de saints, scènes sur des feuilles volantes illustrations dans les livres. En 1502 ils étaient assez nom- breux pour être annexés à la corporation des artistes et des imprimeurs; ils devaient y occuper un rang subalterne, bien qu'on leur défendit de se liVrer à d'autres travaux; Pun d'entre eux, le Kartenmakr Jean de Rotenbourg, dit BeHi- genmaler, ayant ouvert une petite boutique de mercerie, fut réprimandé pour cette atteinte à l'honneur du corps.

Les copistes, qui avaient encore à fournir des missels, etc., pour les églises, étaient employés aussi par les imprimeurs, dont les principales publications n*étaient d'abord que des ouvrages plus anciens qu'il fallait transcrire des manuscrits. En 1472 on souleva la question si, pour garantir la fidélité de leurs copies, on devait les soumettre à un serment; le magistrat se prononça pour la négative.' Quand on se mit à réimprimer des livres d'après des éditions faites à Paris ou en Italie, et à publier des ouvrages d'auteurs contemporains, qui fournissaient eux-mêmes leur copie, les scribes devinrent à peu près superflus; lors de l'introduction de la Réforme à

^ ScHûPFLm, Vindiciœ t^pographicœ. Strasbourg 1760, în-^*', p. 113.

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78 REVXJE D'ALSACE

Strasbourg, ils n'eurent plus non plas d'occupation pour le clergé; il est rare qu'on eût encore besoin d'un calligraphe autrement que pour apprendre à écrire aux enfants.

La nécessité de vendre les livres moins cher pour pouvoir les répandre davantage, porta aussi un coup sensible à Tin- dustrie des enlumineurs; en 1499 on trouve encore parmi les bourgeois de notre ville un lUuminist, et en 1506 un Guldinr schfiber, nommé Jean Imgrien; mais en 152K le dernier des Guldinschriber demanda l'autorisation de se faire maître d'école.

i . Parcheminiers. Papetiers. Strasbourg a eu de bonne heure des ateliers l'on préparait le parchemin. Dès 1272 deux Birmenter étaient établis dans une maison près des grandes Arcades.* Une rue entière portait le nom de rue des Parcheminiers, Birmentergasae, vicus pergammtorum, 1S89 et suiv. Dans deux autres, dans celle des Tonneliers, 1357 et suiv., et dans celle des Serruriers, 1395 et suiv., des mai- sons appelées zum Birmenter, indiquaient l'existence de cette industrie. La quantité de parchemin qu'exigeaient des néces- sités diverses était considérable ; il en fallait, non-seulement pour les livres, mais pour tous les actes officiels, les chartes délivrées par les évèques, les testaments, les ventes, les baux passés soit devant le magistrat, soit devant les tribunaux ecclésiastiques; il en fallait enfln pour les cartuiaires de la ville, des chapitres, des couvents, pour les rotules des cours colongères, etc. En 1322 le magistrat décida de faire réunir dans un livre les franchises de la ville; ce livre, der stette Bucfè, fut un volume de vélin. ^ Des monastères et même des particuliers faisaient des provisions de cet article; en 1288

^ t Ein Hofeatat vor des Rehestocks des Vogts sel. Eus, doruff zwen Birmenter gesessen sint, » Archives des hospices. Ce Rebestock avait demeuré près du Hohlweg, aujourd'hui rue des Arcades.

* KONiasHOFEN, édition Hegel, t. II, p. 743.

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LIVRES ET BIBLIOTHÈQUES A STRASBOURG 79

les dominicains, dans la détresse, se résignèrent à rendre des manuscrits et du parchemin; en 1S16 l'écolàtre de Saint- Thomas, Reinbold de Eageneck^ légua à Hugues de Lûtten- heim, prébendier de la même église, une coupe d'argent doré et du parchemin pour des Hbri matitutinaks.^ »

Le plus ancien papier daté que j'ai trouvé à Strasbourg est de Tannée 1843. Depuis cette époque il devient d'un usage de plus en plus fréquent; on s'en sert dans les couvents, dans les chapitres, dans l'administration des divers hospices et dans celle de TŒuvre- Notre-Dame, dans la chancellerie de la ville, dans les comptoirs des négociants. Jusqu'en 1408 les filigranes de tous nos papiers révèlent des origines étrangères ; en 1 408, pour la première fois, on rencontre comme marque l'écu de Strasbourg; ce même signe, trafersé d'une crosse épiscopale, se montre de nouveau de 1421 à 1426 ; puis on en perd les traces, pour ne le voir reparaître qu'en 1510, sans crosse mais accompagné du lis strasbourgeois; à partir de cette date, il se maintient, sous diverses formes, pendant presque tout le XVI" siècle. Ce filigrane annonce évidemment une fabrica- tion indigène. La première mention d'une papeterie à Stras- bourg e?t faite accidentellement dans un titre de propriété de 1452 ; il est parlé d'un moulin à papier a.u jardin des roses (quartier de la Finckmatt) ; rien n'empêche d'admettre que ce moulin a existé dès avant 1452, et que c'est lui qui a produit le papier à l'écu de la ville. En 1509 Gabriel Schwartz, bapirifeXy acheta une maison dans la rue d'Or; ce n'est pas qu'il a pu avoir son usine, car il n'y avait pas de cours d'eau pouvant faire marcher un moulin. Sa papeterie était-elle celle du jardin des roses, ou une autre qui se trouvait hors de la porte Blanche, près de la tour verte, et qui, en 1527, fut incendiée par la foudre? Je n*ai aucun renseignement pour décider cette question; il me suffit, du reste, d'avoir pu

^ Archives de Saint-Thomas.

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80 BEVUE D'ALSAGE

constater à Strasbourg même Fexistence d'aa moins deax papeteries.

Mais outre le papier fabriqué sur les lieux, on continuait â*en employer, qui était importé de l'Etranger. L'inrentîon de rimprimerie donna même à ce commerce un essor nou?eau. Vers le milieu du XV* siècle, les droits d'entrée pour une charge de papier, composée de vingt-sept rames, étaient de quatre deniers par rame, quand le format était grand, et de deux deniers par rame de petit format; c'était le péage qu'on prélevait sur les papiers qui venaient par cbariot « d'au-delà les monts, » c'est-à-dire de France et d'Italie ; ceux qui étaient amenés par les bateliers du Rhin et qui étaient originaires des Pays-Bas, étaient frappés d'un droit de vingt-huit deniers par charge. Pour déterminer la provenance de ces papiers étrangers, on n'a d'autre moyen que les filigranes: mais ce moyen même ne donne pas toujours des résultats d*une cer- titude suffisante. De iS4S à 1525 j'ai recueilli qnatre- vingt- quatorze types différents, sans compter les variétés de quel- ques-uns de ces types; dans le nombre n'est pas compris l'écu strasbourgeois. La comparaison de ces marques avec celles que l'on connaît comme ayant été usitées dans d'autres pays, m'a amené à la conclusion que le papier étranger venait principalement de l'Italie, de la France et de la Flandre. Cependant, il faut faire une réserve; comme la propriété des marques de fabrique n était pas encore protégée par la loi, les mêmes filigranes ont pu servir à des fabricants différents. On peut prouver, par exemple, que nos papetiers s'étaient appropriés certains signes français et italiens. Un fait qui n'est pas sans intérêt pour Tbistoire des relations commer- ciales de notre ancienne république, c'est que nos marchands, pour faire leurs provisions de papiers, ne s adressaient que rarement à l'industrie transrhénane. A Bavensbourg, en Souabe, il y avait des papeteries renommées, dont la marque distinctive était une tête de bœuf. Ce fiiligrane est un de ceux

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LIVRES ET BIBLIOTHÈQUES A STRASBOURG 81

qu'on rencontre le plus souvent dans nos archives et dans nos incunables; mais je puis le signaler dès 1357, tandis que les usines de Ravensbourg ne sont pas antérieures à 1407 ; en outre, notre tête de bœuf a toujours des yeux, tandis que celle de Ravensbourg est caractérisée par Tabsence des yeux. Le bœuf sans yeux ne se voit pas chez nous avant 1508; c'est un papier grossier que je n'ai trouvé qu'en très petite quantité. En ce moment je ne m'étendrai pas davantage sur cette matière; la question des papiers employés à Strasbourg pendant le moyen-âge, est assez intéressante pour être traitée avec plus de détails que n'en comporte cette notice.

3 . Libraires. D'après tout ce qui a été dit dans cette notice, on peut admettre que de bonne heure il y a aussi eu à Strasbourg un certain commerce de librairie. Il est vrai que le terme de stationaritis, stacionierer, qu'on rencontre chez nous au XIII* siècle, n'a pas eu, comme dans les Universités, le sens de marchand de livres. Nos stationnaires étaient des négociants qui avaient leurs stationes ou étalages près de l'é- glise de Saint-Martin. En 1280 Henri Stacionierer figure parmi les échevins; en 1237 son fils Erbo est un des douze repré- sentants de la grande corporation des pelletiers. Encore vers la fin du siècle je trouve une Anna stadatrix. Le mot avait chez nous encore une autre signification. En 1272 parait un Conradus dictus Statzenierer. nunciiis et famulus fabricœ eccksim Argentinmsis ; en 1290 il achète un bien à Sufel- weyersheim; en 1311 il est cité comme défunt, quondam Conradus siationarim fabricœ. Dans ce cas le sens du mot et suffisamment indiqué par nuntius et famidus.

La première mention d'une boutique de librairie est de l'année 1408 ; les circonstances aa.vquelles elle se rapporte, permettent de supposer que ce commerce n'était pas alors une nouveauté. En 1408 le magistrat de Strasbourg fut informé par celui de Lindau qu'un curé des environs de celte ville

Noavelle Série. 6- Année. 6

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82 REVUE d'âlsage

arait abandonné les deux petites paroisses qu'il desservait, qu'il en avait importé deux volumes liturgiques, Tuh relié en blanc, l'autre en rouge, et qu'il les avait vendus à Stras- bourg au scribe Pierre de Haslach, < qui a un débit délivres sur les Greden de la cathédrale.* » On donnait chez nous le nom de Greden, gradus, aux grandes marches devant les por- tails. C'était donc qu'il y avait un étalage de livres; les scribes eux-mêmes étaient les marchands, e1 ils n'offraient pas seulement leurs propres produits, vrais bouquinistes, ils achetaient et vendaient aussi des ouvrages vieux. L'autorisa- tion de s'établir devant la cathédrale leur était donnée par le chanoine -portier du grand chapitre; on avait choisi cette place pour attirer l'attention des clercs qui se rendaient à l'église. Cet usage, qui existait à Paris dès le milieu du XIIP siècle * et plus tard dans d'autres villes, se conserva chez nous jusque vers la fin du XV* siècle. En 1482 le magis- trat qui avait sous sa surveillance l'administration de l'Œuvrc- Notre-Dame, consacrée à l'entretien de la cathédrale, voulut dégager les abords de Tédifice, en faisant disparaître les baraques qui les obstruaient; pour cette raison il défendit aussi de vendre sur les Greden des livres. Le chanoine-por- tier, Frédéric de Bade, s'en plaignit par une lettre très vive, accusant le magistrat d'avoir violé la franchise d'un lieu qui dépendait de la juridiction du chapitre, et rappelant que la vente de livres devant le portail n'était pas une innovation,

* « Der schryber Peter von Haselo, der die bûcher verkouft uff den Greden zu unser frowen munster, » Lettre du 28 mai 1408. Communi- cation de M. le professeur Krauss à la Société pour la coTiservation des monuments historiques d'Alsace.

* Le grammairien Jean de Garlande parle d'une platea nova ante paravisuw dominœ nostrœ [\e parvis de Notre-Dame) ; une glose, écrite vers 1250^ ajoute : < paravisus est locus ubi libri scolarium venduntur, » Wattenbach, p. 470. Ducange, t V, p. 80.

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83 LIVRES ET BIBLIOTHÈQUES A STRASBOURO

mais une coutume ancienne, observée dans beaucoup de villes.^ On ignore la suite de cette affaire.

Du reste, après l'invention de l'imprimerie, la plupart des imprimeurs devinrent aussi libraires, en ce sens qu'ils débi- taient eux-mêmes leurs productions; pour s'approvisionner de celles des presses étrangères ils se rendaient chaque année à la foire de Francfort, qui était le grand centre de la librairie d'Allemagne; d'autres livres venaient de l'Italie, d'autres encore de Paris, qui, déjà au XIV siècle, avait été célèbre comme marché de manuscrits.^

Quant au prix moyep des manuscrits au moyen-ftge, il est diCQcile de s'en rendre un compte exact; les sommes dont il est parlé dans quelques documents, sont si variables que, lorsqu'on ne connaît pas la valeur calligraphique ou l'état de conservation d'un volume vendu ou engagé, on ne peut arri- ver à aucune appréciation tant soit peu probable. Une seule chose est certaine et se comprend sans avoir besoin d'expli- cation, c'est la chèreté des manuscrits. Je me bornerai à indi- quer les quelques prix que j'ai trouvés.

En 1300 le chanoine de Saint-Thomas^ Jean de Saint- Ama- rjn, estime que le Digestum vêtus ei les Décrétales qu'on lui a volés, valaient 40 marcs d'argent. En 1879 les Augustins d'Ittenwiller vendent une bible en cinq volumes pour 35 livres. En 1395 et 1396 le couvent de Baumgarten vend à la mai- son de Saint-Jean, d'abord les Morcblia de Grégoire en deux

^ * ... So ist es ouch nit ein fremde oder riiiwe fûrnemen, sunder an andem enden, uff vil stifflen, ouch gewonlich das man an sollichen stetten vor den greten und Kirchthiiren biichere feyle hat^ und die an den enden weisz zu ^nden. 10 mai 1482^ Trêves. CommunicatioD de M. Krauss.

* L'évèque anglais Richard de Bury, vers 1350, parle avec enthou- siasme des nombreux ouvrages de tout genre qu'on trouvait à acheter à Paris (Philobiblion, Paris, J. Petit, 1500, 4°, chap. 8, f* 6, 4). Gerson, au contraire, déplore de voir tant de livres quitter la France (De laude scriptorum, édition Spencer, p. 9).

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84 REVUE D* ALSACE

volumes pour 10 lirres, puis huit volumes divers pour 8. En 1404 le couvent de Neubourg engage à Saint-Jean pour 41 livres un Spéculum hiskniale en quatre volumes. En 1426 Saint-Thomas évalue un Liber oratorius en deux parties à 30 florins. Les chartreux achètent pour 12 florins la PùstiUa sur les proverbes de Thomas Rygsted, écrite en 1850; pour 40 florins les Glossœ archidiaconi super decreto; les mêmes engagèrent un jour deux livres de droit pour 27 florins.

U est resté peu de souvenirs du prix auquel se sont vendus les premiers livres imprimés par Mentel, Eggestein, etc. Un exemplaire de la bible allemande de Mentel, acheté en juin 1466 par un certain Hector Mulîch et conservé aujourd'hui à la bibliothèque de Munich, porte à la fin cette note : emlus est hic liber, nondum ligatus^florenis duodedm,"^

4. Relieurs. En 1897, quand Kônigshofen eut réor- ganisé les archives de Saint-Thomas, on inscrivit dans les comptes du chapitre 2 livres 14 sols « pro bappiro ad tibros instrumentorum et pro pergameno, unde zu beslahmde und zu bindende. > Ces derniers mots attestent que dès cette époque, il y avait à Strasbourg des relieurs, et que les Bucà- binder qu'on rencontre en 1477 et en 1496, sont loin d'avoir été les premiers. Au XV* siècle la reliure n'était pas même l'unique occupation de ces artisans; Jean Utenheim, qui, en 1477, relia un volume pour les archives de la ville, remplis- sait en même temps les fonctions de maître d'école. Mais bien- tôt le grand nombre de livres publiés à Strasbourg eut pour conséquence une rapide extension de cette industrie. En 1502 un règlement du magistrat associa les relieurs aux imprimeurs pour faire partie avec eux de la tribu de l'échasse.

Les reliures les plus anciennes étaient généralement en

^ LiCHTENBEBGEK, Initia typographica. Strasbourg 1811, 4?, p. 58.

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LrVBES ET BIBLIOTHÈQUES A STRASBOURG 85

bois, recouTert de cair ou de peau de truie. Pour les missels des églises riches on faisait d«s plaques d'argent doré, sur lesquelles on gravait des arabesques ou des images de saints ; elles servaient à garantir les coins. D'autres volumes, même des plus petits, étaient ornés de garnitures de cuivre souvent fort élégante& Ces ouvrages étaient exécutés par nos orfèvres et nos graveurs, parmi lesquels il y avait au moyen-flge des artistes très babiles.

Après Tinvention de Timprimerie ce n'étaient pas toujours les imprimeurs qui faisaient relier et enluminer leurs publi- cations; ce soin revenait plutôt aux acquéreurs qui, selon leur goût ou leur fortune, chargeaient des relieurs et des peintres plus ou moins habiles du décor des volumes.^ Gomme dans les premiers tempt< la plupart des livres paraissaient sans date imprimée, elle y était ajoutée souvent en couleur rouge par l'enlumineur.

G. SCHMIDT.

L. c. SCHELHOBN, Anuxuitates literariœ. Fraocfort 1727, t. III,

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ÉTUDE

SUR L'HUMANITÉ PRÉHISTORIOUE

DEUXIÈME PARTIE.

Stations préhistoriques des pays de Montbéliard et de Belfort/

Certaines contrées, à raison de leur situation ou de leur conformation topographique, ont le triste privilège de derenir le champ de bataille des nations chaque fois que la guerre s'allume entre elles; d'autres, toujours pour la même cause, servent de routes stratégiques aux peuples dans leurs migra- tions ou dans leurs invasions. Le nôtre se trouve d'ans ce dernier cas ; situé dans le rétrécissement formé par les Vosges et le Jura, il offre une voie de communication facile entre le bassin du Rhin et celui du Rhône, car le point de partage de leurs eaux est constitué par des collines d'une faible hauteur. D s'en suit que c'est un des principaux passages dont les nations du nord se sont servies à différentes époques pour envahir la Gaule, contrée aux terres fertiles et au climat clé- ment, qui a excité et excitera toujours leurs convoitises. Aussi trouve-t-on. pour ainsi dire, sur chaque point, qui commande ce passage, des vestiges de fortifications appartenant à tous

* Voir le tome précédent, p. 455-499.

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ÉTUDE SUR l'humanité PRÉHISTORIQUE 87

les ftges de rhamanité. Et si celle-ci a fait des progrès immenses dans la recherche de ch qui est bien, beau, vrai et utile, d*un autre côté elle est restée stationnaire. Elle a été firappée dMmpuissance (et c'est l'expiation de sa faute), lorsqu'elle s'est laissée dominer par des sentiments bas, égoïstes ou cruels ; c'est ce qui a eu lieu chaque fois que les peuples se sont livrés à ces luttes fratricides appelées, on ne •ait pourquoi, k fwbk art de h guerre. La stratégie a été et sera toujours la même, c'est-à-dire qu'elle doit consister à réunir sur le champ de bataille des forces plus grandes que celles de Fadversaire ; et si de nos jours on a perfectionné considérablement les engins de destruction, on n'est pas plus araacé, au point de vue du système de défense, quUI y a des milliers d'années ; car on refortiûe les points qu'avaient occu- pés les hommes primitif, et après eux les Celtes, les Romains, les Barbares et ce ramas de brigands qu'on a appelés les Barom féodaux.

C'est seulement depuis quelques années que l'attention s'est portée sur les vestiges qu'ont laissés dans notre contrée les hommes des Ages primitifs ; jusqu'alors on ne s*était occupé que des antiquités de Tépoque romaine. La plupart de ces découvertes sont dues à M. le D' Quélet, qui, dans ses explo- rations botaniques, a été le premier à découvrir et à signaler la présence de stations et de monuments préhistoriques dans notre pays, que certains savants disaient ne devoir renfermer aucune antiquité de. ce genre/ A côté du nom de M. Quélet on peut citer ceux de M. Jolyet, inspecteur des forêts, qui depuis longtemps s'occupe d'archéologie préhistorique; de M. Félix Youlot, qui a publié un ouvrage curieux sur les Vosges avant rhistoire, et qui a dirigé les fouilles du mont Vaudois et de la caverne de Cravanche; de M. Henri Lépée, qui a recueilli de nombreux objets préhistoriques dans les

* M. Quélet a recueilli une fort belle collection d'instruments de pierre, dont il a donné une partie au musée de Montbéliard.

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REVUE D ALSACE

environs du village de Sainte-Suzanne; enfin, celui de M. Cl. Duvernoy, qui a inséré dans les Mémoires de la Société d'é- mulation de MontbéliardiineAofe^ mrlepaysde Montbéliard antérieurement à ses premiers comtes, c'est-à-dire aux époques celtique, romaine et barbare.

Plus de vingt-cinq localités préhistoriques sont déjà connues, et dans ce nombre, qui ne fera qu'augmenter chaque année, on compte sept camps retranchés, neuf stations situées dans des lieux élevés, sept stations en plaine, trois autres possé- dant des monuments mégalithiques et deux cavernes.

Les camps sont ceux du Mont Vaudois, du Mont Bart, du Ghataillon près de Youjaucourt, du Gramont au dessus de Beaucourt, de Châtillon près de Roches-les-Blamont, du Gié- mont près deLougres, et de Châtillon entre Montéchéroux et Liebvillers. Les stations qui se trouvent au sommet des col- lines, mais qui n'étaient pas fortifiées ou dont les retranche- ments ont entièrement disparu, sont les suivantes : les roches au dessus des fontaines de l'ancien parc de Montbéliard, les Vieilles-Vignes d'Hérimoncourt, l'ancienne citadelle de Mont- béliard, le Grandmont près d'Hérimoncourt, la Chaux près de Montbéliard, la ferme du parc de Montbéliard. le Pont Sar- razin près de Vandoncourt, le Monterot au dessus d'Hérimon- court et le ballon de Roppe. Les stations en plaine sont celles: de Mandeure, des sablières de Bart, du cimetière de Dôle, de Dung, de Sainte-Suzanne, de Colombier-Fontaine et de Saint- Valbert-les-Héri court.

Les cavernes l'on a trouvé des instruments et des sque- lettes humains, remontant aux premiers figes de l'humanité, sont celles situées dans les rochers, qui bornent au sud le camp de Ghataillon, près de Voujaucourt, et surtout celle de Cravanche, près de Belfort. Nous en connaissons d'autres l'on découvrirait CfTtaineraent des antiquités préhistoriques, si l'on voulait se donner la peine d'y faire des feuilles, et il est désirable que les Sociétés d'émulation de Montbéliard et

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ÉTUDB SUR l'humanité PRÉHISTORIQUE 89

de Belfort y consacrent quelques sommes d'argent. Les belles découvertes que l'on vient de faire dans la grotte deCravanche, permettent de supposer que ce ne serait pas en vain qu'on creuserait le sol des cavernes de Sainte-Suzanne-les-Montbé- liard, de l'ancien cimetière de Béthoncourt, du château de la Roche (territoire de Montécheroux), de Bournois (canton de risle-sur-Doubs), la brèche osseuse de Ghataillon sousMaiche, etc., etc.*

Quant aux monuments mégalithiques de notre pays, ils se trouvent près de la ferme de la Bouloie (entre Hérimoncourt etÂbbevillers)etau sommet d'une colline voisine de laThure, montagne qui domine Ghagey. Peut-être y en a-t-il aussi un autre dans la forêt de Généchie, hameau dépendant de ce der- nier village.

Telles sont les localités se trouvent des vestiges des figes préhistoriques, vestiges dont nous allons donner une descrip- tion aussi exacte que possible, et dont aucune, comme nous le verrons, ne remonte à une époque antérieure à l'âge de la pierre polie.

Dans notre pays on rencontre plusieurs pierres curieuses qu'à première vue on prendrait pour des dolmens on des men- hirs, mais qui ne sont que des caprices de la nature. Ainsi, sur le chemin qui conduit de Ghampey à Belverne, les habi- tants montrent la Pierre qui tourne, grande roche en grès ayant 1"',40 d'épaisseur, 2",30 de longueur et 2",20 de lar- geur; elle n'a point été taillée ou apportée dans cet endroit par la main de l'homme, mais s'est détachée naturellement de la hauteur voisine sur la pente de laquelle elle a roulé, ainsi que d'autres blocs plus petits; néanmoins elle est indiquée comme monument celtique dans la carte des Gaules.

Il en est de même peur la Pierre de la tante Arie, qui se

* Certaines ont été explorées, il est vrai, mais à une époque l'on ne songeait qu'à recueillir desos-ements d'animaux antédiluviens, et les instraments de pierre ne fixaient pas encore l'attention des savants.

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90 RBVUE d'ALSACE

trouvait sur la montagne du Tronchet, territoire de Ghampej; c'était une pointe saillante du rocher qui forme cette mon- tagne, et que les bergers ont fini par renrerser; on n'en roit plus que quelques fragments épars sur le sol.

Il y a quelques années, M. le D' Ed. Goguel découvrit sur le territoire de Mandeure, au lieu dit les Etalottes, dans un ravin boisé, situé sur les hauteurs qui dominent le village de Bourguignon, une roche calcaire superposée sur une plus petite. La hauteur totale de ce prétendu monument mégali- thique est de 1",20; la pierre supérieure, qui a 0",75 d'é- paisseur et 1"',80 de longueur, n'est maintenue en équilibre que par les arbustes qui croissent au pied. M. Gl. Duvernoy en a donné la description dans sa Notice sur le pays de Mont- béliard; toutefois, contrairement à son opinion, nous croyons que la dispo9ition de ces pierres n'est pas le résultat de la volonté humaine, mais celui du hasard.

Au sud du village du Vernois, on aperçoit une côte couron- née de rochers désignés dans le pays sous le nom de château des Fées: ce sont des massifs de roches calcaires, faisant corps avec la montagne et dénudés par les eaux diluviennes. Ënûn, une autre grande roche, appelée la JKerre qui vire, s'aperçoit près du Ghâlelot, dans une côte boisée, qui domine le cours du Doubs ; elle a près de douze mètres de hauteur et est adhérente à la colline.

1^ CAMPS RETRANGHÉS. Mont Vaudois. La petite ville d'Héricourt se trouve dominée au nord par le Mont Vaudois, au sommet duquel on voyait naguère les retranchements parfaitement conservés d'un camp. Il formait un triangle isocèle allongé, dont les deux côtés longs étaient légèrement convexes ; l'un de ces côtés et la base étaient for-

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ÊTT7DE SUR L'HUMANITÉ PRÉHISTOBIQUE 91

mes par an vallum^ et le troisième côté, celai du nord, par des rochers à pic. Ce mllum n'avait pas moins de 20 mètres à sa base, S ou 4 mètres de hauteur et 488 mètres de déve- loppement ; le côté constitué par les rochers avait 270 mètres de longueur.

On a cru longtemps que ce camp remontait aux Romains, et même un auteur' en a attribué la création, rers Tan 1860, à un gentilhomme du pays de Porrentruy, appelé Thomas de Beumevesain. Mais c'est une erreur, comme cela résulte des découvertes qu'on j a faites en 1875, lors des travaux de terrassement exécutés par le génie militaire pour la construc- tion d^un fort. On y a trouvé des sépultures par incinération et une vingtaine de squelettes assez bien conservés, qui se trouvaient dans le vaUum et dans des sarcophages renfermés dans les nombreux tumuK, qui l'environnaient. Selon M. Vou- lot, qui fut chargé de recueillir toutes les antiquités qu'on trouverait au Mont Vaudois. ces squelettes étaient couchés sur les omoplates et sur la hanche gauche, et les genoux repliés; ils étaient, en général, d'une taille un peu au dessous de la moyenne et trapus ; ils ofiTraient une assez grande variété de types. Les crânes étaient la plupart dolichocéphales, quel- ques-uns brachycéphales ; Tangle facial était assez ouvert, le front un peu déprimé, les mâchoires peu prognathes et très rigoureuses; enfin, l'usure précoce des dents et le grand nombre d'os d'animaux, fendus longitudinalement, indiquaient que les hommes de cette station vivaient principalement de la chasse. Les débris de leurs repas consistaient en grande partie en os du bœuf primitif, du cerf gigantesque et du san- glier, de quelques-uns de chèvre et de chevreuil; il n'y en avait aucun de cheval

Le grand nombre de squelettes humains trouvés au Mont Vaudois a fait croire à M. Voulot qu'il y avait un cimetière;

^ DnvERNOY, Ephémérides du comté de Monthéliard.

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d3 REVUE d' ALSACE

il lui a même décerné le titre pompeux de nécropole. Mais c'était avant tout un camp, un lieu de refuge, comme le démontrent la position élevée de cette station et le retranche- ment dont on avait eu la précaution de l'entourer; c'est que se retiraient, mais seulement dans les moments de daa- ger« les populations de la plaine voisine , car ce lieu est trop éloigné des sources ou des rivières, pour permettre à des hommes d'y résider d'une manière permanente; et il n'est pas étonnant qu'ils aient inhumé sur place ceux d'entre eux, qui, pour une cause ou une autre, étaient décédés dans cet endroit.

A côté de ces squelettes on a découvert un véritable arsenal ou une fabrique d'outils en pierre et en os, qui se comptent par milliers ; ce sont des haches en aphanite ( faussement appelée petro-silex), des pointes de lance et de flèche, des grat- toirs et des couteaux en silex ; des poinçons et des lissoirs en os et en cornes d'animaux. On y a trouvé également de nom- breux fragments de poterie, et même un vase entier, de cette ferre noire ou grise très grossière, caractéristique des âges préhistoriques, ainsi que des pierres en grès ayant servi à écraser le grain, et même du blé carbonisé.

Tous ces objets appartiennent à l'âge de la pierre polie; car si certains sont restés ébauchés, d'autres, et même le pins grand nombre, ont été polis.

Outre ces instruments de l'époque préhistorique, on en a trouvé d'autres relativement très modernes, tels qu'un fer de lance, un fer à cheval et un étrier enfer; enfin, dernièrement, on a recueilli dans le mftme endroit deux monnaies, l'une d'argent et l'autre de bronze, qu'on nous a dit appartenir à l'époque romaine.

Ghâtillon, près de Roches-les-Blamont.

Lorsqu'on suit la route qui conduit de Tulay à Roches, on remarque à deux cents mètres environ avant d'arriver à ce

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ÉTUDE SUR l'humanité PRÉHISTORIQUE 93

dernier village^ à main gauche, une espèce de promontoire, qui s'avance sur la vallée voisine; ce pr 'montoire eslentouré de rochers et d'abrupts, sauf dans sa partie septentrionale existe un retranchement très visible de plus d'un mètre de hauteur, qui en ferme l'accès avec les terrains voisins. Ge lieu porte le nom caractéristique de Chdtillon.

Le 8 avril 1876 je Tai visité avec M. le ly Quélet, et noua y avons découvert à la surface du sol plusieurs pointes de flèche en silex molaire, des éclats de cette substance et des galets de silex corné, des fragments de poterie brune ou noirâtre très grossière, et un morceau de hache polie en apha- nite. Le même jour, M. Quélet a également trouvé un fragment de bronze antique ayant la forme d'une capsule, ce qui prouve que plusieurs âges de l'humanité se sont succédé dans cette localité. Nos recherches auraient été beaucoup plus fructueuses, si le sol n'avait pas été recouvert de gazon.

Quelque temps après, M. Quélet a recueilli dans la même localité des os brisés, des fragments de corne de cerf, un morceau de flèche en cristal de roche, un autre de hache en jade et un couteau de jaspe. Il est certain que si l'on y faisait des fouilles, on y découvrirait une grande quantité d'objets préhistoriques-

Les habitants de ces époques reculées, comme ceux du vil- lage actuel de Boches, devaient s'approvisionner d'eau à la source abondante qui sort du rocher à une centaine de mètres plus bas.

Mont Bart.

A l'ouest du village de Bart se trouve le Mont Bart, dont le nom, suivant Duvernoy (Ephémerides du comté de Montbé- liard) viendraient des Bardes qui y demeuraient jadis. Avant les travaux de fortification que le génie y a exécutés, on remar- quait au sommet de cette montagne un véritable camp retran- ché, formé au nord et au midi par un retranchement en terre

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94 REVUE d'alsace

et en pierres trèg élevé, à l'ouest par les rochers à pic, qui regardent le village de Bavans, et à l'est par la pente très raide que la montagne offre du côté de Bart. C'est qu'on a trouvé, dans le courant de 1875, un certain nombre d'ob- jets préhistoriques, consistant en : une belle hache polie en serpentine, le fragment d'une autre de la même substance, plusieurs haches en aphanite, des pointes de flèche et des éclats en silex, des poinçons en os, des cornes de cerf, des dents de sanglier et d'autres animaux, des fragments de poterie brune et noire, une pierre de grès ayant servi à broyer le grain. A côté de ces objets, qui remontent à l'âge de la pierre polie, on en a trouvé d'autres d'une époque plus récente, notam- ment une pointe de flèche en bronze et une monnaie de Néron. Il n'y a, d'ailleurs, rien d'étonnant que le Mont Bart, dont la position élevée domine tout le pays, ait été occupé par les divers peuples qui se sont succédé dans nos contrées. Si des fouilles avaient été pratiquées dans certains endroits, aujourd'hui recouverts de plusieurs mètres de remblais, on aurait fait une plus ample moisson d'objets antiques, et peut- être que leur nombre n'eut pas été inférieur à ceux du Mont Vaudois.

Dans une dépression de terrain au pied de la Âoche-au- Gorbeau, au nord-ouest du Mont Bart, se trouve une source qui devait probablement alimenter les habitants ou les défen- seurs du camp. Près de cette source on remarque des creux circulaires, qui pourraient bien être des mardettea ou bases d'habitations celtiques.

Ghataillon, près de Vonjaucourt.

En face du Mont Bart, mais de l'autre côté de l'AUan, se trouve une colline beaucoup moins élevée, appelée Chatailhn^ h l'extrémité de laquelle, vers Youjaucourt, on remarque un camp romain admirablement conservé. Il est limité au nord par la pente très roide de la colline au bas de laquelle

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ÉTin>E 3UB l'humanité pbéhistobique 95

coule rAUan, aa midi par les rochars à pic baignés par les eaux du Doubs, à l'ouest aussi par des rochers, enfin, à Test par un Valiumy ayant près de 10 mètres de hauteur à Tex- tériear, 8 mètres enriron à Tintérieur, et 2 ou S mètres de largeur à son sommet. Ce retranchement, le long duquel semble régner un fossé, se retrouve à Textrémité opposée, au dessus des rochers, qui dominent Voujaucourt, et il a la forme d'une demi-lune. En résumé, ce camp a environ 670 mètres de longueur et 150 de largeur. On y a découvert des antiquités de Tépoque romaine, telles que débris d'armes et de poteries, médailles consulaires et impériales. Mais bien avant les Romains, il a été occupé par les habitants primitife de la Gaule, comme le démontre la présence d'un grand nombre d'objets préhistoriques que MM. Henri Lépée, Jolyet et moi y avons trouvés à fleur de terra, et qui consistent en un grand nombre d'éclats et de pointes de flèches en silex molaire et corné, des grattoirs en aphanite, un fragment de cristal de roche, deux haches polies de la même substance et des fragments de poterie noire et brune très grossière. Un certain nombre de ces objets figurent dans les vitrines du musée de Montbéliard et la plus grande partie dans la collec- tion de M. Lépée. Si Ton pratiquait des fouilles dans cette localité, qui est fort riche, on ferait sans contredit une ample moisson d'antiquités.

Le Gramont, près de Beaucourt.

Le bourg de Beaucourt est dominé au midi par le Gramont^ montagne d'où l'on jouit de la vue la plus étendue de notre contrée ; au nord les Vosges, au midi et à l'ouest le Jura, à Test les cimes de la Forêt- Noire forment les limites de ce vaste panorama. Il n'est pas douteux que ce lieu élevé et facile à défendre ait été occupé dès les commencements de l'humanité. « En effet, sur le plateau, qui termine la montagne, se trouve

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un camp très bien conservé, légèrement incliné au nord, borné à l'ouest et à Test par des abrupts et des rochers escar- pés, et des deux autres côtés par un Vallum encore très dis- tinct; celui du midi est beaucoup plus saillant que celui du nord.

Ce lieu est très riche en antiquités préhistoriques : M. le D' Faudel, de Colmar, et après lui M. Voulot en ont recueilli un certain nombre dans les fouilles qu'ils y ont faites. Mais c'est surtout M. Quélet qui, dans le courant de 1876, y a découvert, presque à fleur du sol, un nombre considérable d'objets de toute espèce : près de cent haches polies en apha- nite, quelques-unes en eurite, presque toutes brisées; des fragments de grès ou de quartzite grenu, ayant fait partie de pierres sur lesquelles on broyait le grain; des couteaux et des grattoirs en silex et en aphanite ; des pointes de flèche en jaspe, en silex blanc ou corné et même en cristal de roche ; quelques-unes sont d'un travail remarquable; des ossements et des dents d'animaux, tels que: sangliers, aurochs, chevreuils, cerfs, ours, etc. ; certains de ces os et de ces dents sont fendus ou striés ; des boules de serpentine ayant servi probablement de broyeurs ou de percuteurs; des fragments innombrables de poterie grossière, certains ornés de dessins, tels que lozanges et triangles; des lissoirs fusiformes en serpentine noble (ophite); une amulette en pierre noire, percée d'un trou à l'une de ses extrémités pour servir à la suspension ; des pierres en basalte noir grenu ou en rétinite, ayant servi d'ornements ou d'amu- lettes; un grand nombre de morceaux d'aphanite; des frag- ments de sanguine, de diorite (ophite de Palassou), de schiste alumineux (ampelite?) et de charbon fossilisé. Beaucoup de ces objets ont été donnés par M. Quélet au musée de Mont- béliard.

Chose digne d'être remarquée, on n'a trouvé dans ce lieu aucun objet en bronze; quant à ceux en fer, consistant en lames de couteaux, ils sont tous modernes.

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ÉTUDE SUR l'humanité PRÉHISTORIQUE 97

Sur le versant Est de ce camp se trouve une caverne à double entrée, composée de rochers qui affectent extérieure- ment des formes pittoresques, et dans laquelle on n'a rien trouvé d'intéressant.

Le Giémont, près de Lougres.

En face de Colombier- Fontaine, mais sur la rive droite du Doubs et au midi de Lougrcs, se trouve une colline élevée, le Giémont, qui était occupée par un camp fortifié, dont on distingue encore en certains endroits les retranchements, surtout à l'extrémité Est, se trouve aussi un fossé très pro- fond ; ce camp était borné au sud par des abrupts, au pied desquels coule le Doubs. Il renferme des tumiUi et une mare d'eau, appelée par les gens du pays la Goulisse, qui devait être d'une grande utilité pour les habitants ou les défenseurs de cette station préhistorique. Au mois de septembre 1876, la Société d'émulation de Montbéliard j a fait pratiquer des fouilles, qui n'ont amené aucun résultat; cela provient proba- blement de ce qu'on n a pas cherché dans les bons endroits.^

GhâtUlon, près de Montécheroux.

Entre les villages de Montécheroux et de Liebvillers se trouve une espèce de promontoire entouré d'abrupts de tous côtés, à l'exception de celui ce promontoire se relie au reste du plateau et l'on remarque un vcUlum bien con- servé. Ce camp, qui est connu des habitants du pays sous le nom de ChâtiUon, offre à peu près la même configuration que celui qui se trouve près de Roches, quoique d'une étendue beaucoup plus vaste que ce dernier. M. Quélet y a cherché vainement à la surface du sol des instruments en pierre; pour en découvrir, il faudrait y pratiquer des fouilles.

^ An pied des rochers qai bornent le Giémont au nord, se trouve une grotte, qui doit renfermer des choses intéressantes, car, d'après la tradi tion, elle a servi à touUs les époques critiques de lieu de refuge aux habi- tants des environs.

Nouvelle Série 6* Année. 7

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2* STATIONS ÉLEVÉES.

Rochers des fontaines du parc de Montbéliard.

Les fontaines de Tancien parc de Montbéliard sont dominées par des rochers à pic, qui terminent brusquement au cou- chant un plateau d'une certaine étendue. C'est au-dessus de ces rochers que M. Jolyet a découvert le premier un certain nombre de pointes de flèche et des éclats de silex blanc et corné, ainsi que des ciseaux en aphanite et des fragments de haches de la même substance. J'y ai également trouvé des objets analogues. Ils figurent tous dans le musée de Montbé- liard. Leur présence prouve que ce lieu a été habité à une époque très reculée; il a peut-être été fortifié, mais la culture a fait disparaître depuis longtemps les retranchements qui pouvaient s'y trouver.

Ancien cimetière de Béthoncourt.

Non loin de se trouve Tancien cimetière de Béthoncourt, qui est entouré de rochers ayant la forme d'un cirque et au pied desquels se voient des abris-som-roche et une caverne profonde, appelée par les gens du pays berne Voinie (grotte Vernierj. Si l'on y pratiquait des fouilles, on y trouverait pro- bablement des objets de l'époque préhistorique.

Du village de Béthoncourt on arrive directement au som- met de ces rochers par un chemin très raide et encaissé, qui offre tous les caractères d'un chemin celtique.

Colline des Vieilles- Vignes d'Hérimoncour t.

A l'est d'Hérimoncourt et fort près de ce village se trouve une colline élevée, entièrement déboisée, qu'on appelle les VieillêS'Vignes, On peut arriver facilement à son sommet en suivant un chemin antique, qui porte le nom caractéristique de chemin de la viUe; il suit les sinuosités d'un vallon pro-

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ÉTUDE SUR l'humanité PRÉHISTORIQUE 99

fond arrosé par un ruisseau, qui prend sa source dans la parlie supérieure. C'est dans le printemps de 1876 que M. le D* Quélet découvrit sur cette colline une grande quantité de fragments de silex molaire, quatre haches polies en aphanite, des fragments de la même espèce d'instruments, des morceaux d'albâtre oriental et d'aragonite, d'ocre et de sidérose (fer épathique).

Le 8 juin de la même année j ai visité avec lui cette station, et nous y avons découvert un grand nombre d'éclats de silex luolaire^ uc beau couteau de la même substance et un frag- ment de hache en aphanite. G est surtout au pied et à l'entour d'une roche, qui émerge du sommet de la colline, qu'on a le plus de chance de rencontrer ces objets. De ce point culmi- nant, très propice à la défense, on domine toute la contrée voisine, notamment le plateau de la Bouloie, qui renferme une station préhistorique très importante, dont nous parlerons.

Il n'est pas étonnant que la colline des Vieilles-Vignes ait servi de résidence aux habitants primitifs de la contrée, qui n'avaient qu'à descendre une centaine de mètres pour trouver dans le ruisseau voisin Teau nécessaire à leurs besoins. A en juger par les haches qn*on y a découvertes, cette localité était habitée par les hommes de l'âge de la pierre polie. Chose remar- quable, jusqu'ici on n'y a point trouvé de fragments de poterie ; mais il est probable qu'en fouillant le sol on en découvrirait. Ajoutons que dans le lit du ruisseau on rencontre une grande quantité de morceaux de grès rouge et bigarré des Vosges, ainsi que des quartzites, qui ont été apportés de ces montagnes dans les Vieil les- Vignes par les hommes de cette époque reculée. Certains de ces fragments, qui sont polis ou usés, semblent avoir appartenu à des pierres à moudre et à aiguiser

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Ancienne citadelle de Montbéliard.

Sur la colline qui se trouve au nord de Montbéliard et qui était couronnée par une citadelle, détruite en 1676 par le maréchal de Luxembourg, M. Jolyet et moi nous avons trouvé un grand nombre de fragments d'aphanite et quelques haches polies de la même substance. Il en résulte que ce Heu a été occupé à répoque de la pierre polie. Etait-ce une station ouverte ou un camp fortifié ? C'est ce que l'on ne peut dire, attendu que le terrain en a été remué à plusieurs reprises et que tout vestige de retranchements et d'habitations préhis- toriques a disparu depuis des siècles.

Le Grandmont, près d'Hérimoncourt.

Sur la lisière du bois dit le Grandmont, situé entre Vau- doncourt et Hérimoncourt, mais beaucoup plus rapproché de ce dernier village, se trouvent plusieurs murgers (amas de pierres) formés, en presque totalité, de fragments de silex gris, quelquefois rouge; ils sont tellement nombreux qu'on pourrait en remplir plusieurs voitures. Parmi ces silex on en a trouvé qui paraissent être des haches plates et rectangu- laires, que l'on peut voir au musée de Montbéliard. Un autre de ces silex, qui appartient à M. Cl. Duvernoy, est indubita- blement une hache, car les entailles qu'on remarque sur le taillant prouvent qu'elle a servi à couper des matières dures et résistantes. Certains autres de ces silex ont la forme lenti- culaire et leurs bords sont très acérés. G'étaieut des haches ou des grattoirs d'une forme particulière.

Dans la partie supérieure du Grandmont, qui se termine en forme de plateau, on voit un grand nombre de monticules pierreux, qui paraissent être des tumuli, k côté desquels se trouvent des creux généralement circulaires, qui pourraient bien être les restes d'habitations préhistoriques ou celtiques ; pour s'en assurer, il faudrait y pratiquer des fouilles.

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ÉTUDE SUB l'humanité PBÉHISTORIQUE 101

Colline de la Ghaux^ près de Montbéliard.

Le long de la route que le génie militaire a construite pour donner accès au fort de la Chaux, M. Jolyet a trouvé plusieurs pointes de flèche en silex, ainsi que des fragments d'aphanite dans les yignes du versant méridional de cette colline. La Chaux, par sa position qui domine la contrée environnante, était un lieu très propice à la défense, et il n'y aurait rien d'étonnant qu'elle eut été occupée par les peuples des ftges préhistoriques. Toutefois, ce n'est qu'une simple conjecture, les travaux de construction du fort n'ayant pas, comme au Mont Yaudois et au Mont Bart, mis au jour des objets d'anti- quité, n serait bon de fouiller la partie ouest de la colline, qui est restée intacte.

Le Monterot, au dessus d'Hérimoncourt!

Sur un plateau en grande partie boisé, appelé le Monterot, limité par le vallon d'Hérimoncourt et par celui qui part de Seloncourt dans la direction de Bondeval, M. le D' Quélet a trouvé une grande quantité de fragments de silex molaire ; ce qui permet de supposer que ce lieu était déjà habité aux époques préhistoriques, et qu'il devait renfermer une station. Des recherches ultérieurei permettront peut-être d'en déter- miner l'emplacement.

Ferme de Parc, près de Montbéliard.

M. Quélet a recueilli au mois de mai 1876, près du bouquet de sapins de la ferme du Parc, une belle hache polie en apha- nite et un ciseau de la même substance. Depuis, j'ai fait dans cet endroit des recherches, qui ont amené la découverte d'un fragment d'aphanite, d'une hache polie de la même substance, d'une pointe de flèche en silex blanc et d'une espèce de cou- teau en matière très dure. La présence de ces objets prouve que ce lieu a été habité pendant les âges préhistoriques. A

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102 RE\XE D'ALSACE

l'avantage d'être dans une position élevée et facile à défendre, il alliait celui de se trouver à proximité d une source, qui coule sur le flanc méridional de la colline.

Pont Sarrazin, près de Vandoncourt.

A Textrémité du vallon pittoresque du Bas-des-Fonds, territoire de Vandoncourt, se trouve un rocher qui affecte la forme d'un pont à une arche, connu sous le nom de Pùnt Sarrazdn, au pied duquel {)rend naissance un ruisseau. M. Quélet a découvert dans le courant du mois d'août 1876, au dessus de ce rocher, dans l'ancien chemin qui conduisait de Vandoncourt à Abbévillers, le fragment d'un hache polie en silex corné; c'est la première hache de celte substance qui, à notre connaissance, ail été trouvée dans notre contrée. Dans le même chemin se rencontrent un grand nombre de mor- ceaux de silex molaire; enfln, au pied et au dessus du pont Sarrazin, il y t une grande quantité de scories de fer, qui pourraient bien provenir d'une antique forge située dans cet endroit. De la présence de tous objets, il résulte qu'au dessus de ce pont naturel, il y avait une station préhistorique.

Ballon de Roppe.

Lors de la construction du fort de Roppe, on a découvert des haches polies en aphanite, plusieurs belles pointes de flèche en silex et un certain nombre d'éclats de cette der- nière substance. Leur présence démontre qu'il y avait dans ce lieu une station ou un camp préhistorique. Certains de ces instruments ont figuré dans l'exposition qui vient d'avoir lieu à Belfort.

P.-E. TUEFFERD.

(La fin h la prochaine livraison. J

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HISTOIRE

DE

L'ANCIEN COMTÉ DE SAARWERDEN

ET DE

DE LA PRÉVOTÉ DE HERBITZHEIM.

INTRODUCTION.

Lea Romains ayaient doté la contrée que la Saar arrose, d'établissements considérables ; des tombeaux, des inscriptions votives et funéraires, une foule d'objets antiques de toute nature, des monnaies et des médailles à TefSgie de la plupart des empereurs que Ton y a découverts, les débris bien plus considérables que le sol a restitués depuis que les travaux de recherches ont été entrepris sur une vaste échelle, témoignent de leur séjour dans cette contrée, et l'œil peut encore suivre les traces de leurs chaussées, qui reliaient les bords du Rhin à ceux de la Moselle, Tancien Argmtoratvm (Strasbourg), à Trêves, la Rome occidentale.

Après que le grand Clodewig eut fondé l'empire des Franks, cette contrée formait un pagu^ ou district appelé Saargau, qui se subdivisait en Saargau supérieur et en Saargau infé- rieur. Cepagus dépendait du royaume d'Austrasie, dont le nom se perdit à la fin du VII* siècle, pour prendre, sous Lothaire, celui de Loffè-rick ou Lorraine.

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104 RE\TJE d'ALSACE

En 870, après la mort de Lothaire H, qai ne laissa pas de postérité légitime, Charles-le-Chauve, roi de France, et Louis de Germanie, ses frères, se partagèrent le royaume de Lor- raine. Le Saargau, qui échut en partage à Louis, fut réuni à son royaume de Germanie. Après la mort de Louis, Gharles- le-Gros, son fils, hérita du royaume de Germanie, et lut ensuite élevé à la dignité impériale (881). Pendant qu'il se tenait dans son palais de Eirchheim, en Alsace, il reçut la nouvelle que les nobles vassaux de la couronne l'avaient déposé et qu'Arnould, fils naturel de Garloman, roi de Bavière, était élu à sa place. Le vieux monarque s'humilia sous les coups du destin; il fit déposer ses couronnes aux pieds du prince, qui avait été salué du nom de roi, et lui promit soumission. Deux mois après avoir perdu ses couronnes, le 18 janvier 888, il mourut empoisonné.

L'empereur Arnould termina sa vie vers la fin de l'année 899, laissant le royaume de Lorraine à son fils naturel Zwen- tibold, qui n'en jouit que durant quatre ans.

Louis IV, dit TEnfmit, fut amené sur la rive gauche du Rhin et reconnu roi de I^orraîne. Louis, le dernier rejeton de la branche carlovingienne d'Allemagne, mourut en 911, et la couronne de Lorraine revint à Gharles-le-Simple , roi de France; mais ce prince, plus malheureux que simple, ne jouit pas longtemps du plaisir que lui avait causé l'acquisition de ce pays ; il fut déposé par les nobles, qui se divisèrent sur le choix de son successeur; les uns voulaient Raoul, roi de Bour- gogne, les autres appuyaient Henri-l'Oiseleur, roi de (îerma- nie. Raoul accourut en 921 en Lorraine et à l'instigation de Wigerich, évoque de Metz; il tourna d'abord ses armes contre la forteresse de Saverne,où Henri avait placé quelques troupes pour protéger ce pays. Mais comme il ne pouvait vaincre la garnison allemande, qui se défendait avec la plus grande opi- niâtreté, il quitta l'Alsace. L'évêque de Metz continua le siège de Saverne avec vigueur, et lorsque la garnison vit qu'elle

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SAABWEBDBN ET HERBITZHEIM 106

comptait en vain sur le secours de Henri, elle rendit la place que le prélat messin fit raser.' Henri-l'Oiseleur, malgré la perte de Saveme, ne désespéra pas d'obtenir le royaume de Lorraine ; dans Tannée 938 il conduisit udo armée sur la rive gauche du Rhin et contraignit toute la Lorraine à reconnaître sa domination. C'est ainsi que la Lorraine fut détachée de la couronne de France, et bien des siècles deyaient s'écouler avant qu'elle y retournât.

Le roi Henri nomma Gislebert, son gendre, premier duc bénéficiaire de Lorraine; celui-ci eut pour successeur Henri, frère de l'empereur Othon. En 967 ce malheureux pays, qui avait été l'objet et le théâtre de si longues disputes, fut par- tagé, à raison de son étendue, en deux gouvernements ou duchés. Le supérieur, appelé d'abord MaseUam^ reprit dans la suite le nom originaire de Lorraine. Metz en était le chef- lieu ; il comprenait le pays situé entre la Moselle, la Saar et la Meuse. L'inférieur, appelé Basse- Lorraine^ renfermait tout le pays situé entre la Meuse et l'Escaut, et entre ces fleuves et le Rhin ; Âix-la Chapelle en était la capitale. En 1048 le duché de la Haute-Lorraine tomba en partage à Gérard d'Al- sace et à ses successeurs, aïeux de l'auguste maison de Lor- raine-Habsbourg. A cette époque la contrée; située entre le duché de la Haute-Lorraine et l'Alsace, et qui fut appelée, dans la suite, le Westerreich, Westerrich ou simplement Westrich ', était administrée par des comtes provinciaux, qui étaient, dans le principe, de simples officiers amovibles et révo- cables à. volonté. Mais, lorsque dans la suite, la décadence du

* Frodoardi annales apud Pertz, v. !•', p. 372.

* Le fragment de l'ancien royaume de Lorraine était borné an nord par le pays de Limbonrg et Télectorat de Cologne, an sud par l'Alsace, à Test par le Palptinat et à Touest par le grand-Juché de Luxembourg. On croit généralement que cette contrée avait été appelée Westerreich ou Westreich, c'est-à-dire royaume d'Ouest, pour le distinguer de VOster- reich on du royaume d'Ost ou du Levant ; mais selon M. Mone, le savant directeur des archives du grand-duché de Bade, cette dénomination

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pouvoir impérial s'opéra peu à peu, et que, simultanément avec cette décadence, s'élevait graduellement la puissance de ces officiers, ils devinrent héréditaires. Choisis parmi les dynastes les plus opulents de la contrée, dont Tadministration leur était confiée par les chefs de la nation, qui croyaient les attacher par à leur service et à leurs intérêts, ils surent profiter habilement des discordes perpétuelles et des inimitiés violentes, qui régnaient entre la France et l'Allemagne, pour usurper sur les ruines de la puissance impériale la plupart des droits régaliens et obtenir des privilèges les plus étendus. Ils se rendirent pour ainsi dire indépendants et se créèrent, à l'ombre du trône, de petites souverainetés régaliennes, en réunissant aux pays dont l'administration leur était confiée, leurs alleux déjà considérables. Les princes de l'Eglise que le système féodal avait élevés à un haut degré de puissance, ajoutèrent aux privilèges que ces officiers avaient su arracher aux empereurs, de grands domaines, des concessions de terri- toire, dont le sacrifice devait leur être bien peu onéreux, parce qu'ils n'en tiraient que peu de profit et qu'ils avaient besoin de vassaux, qui fussent toujours prêts à marcher sous leur bannière.

L'histoire nous apprend que les anciens juges provinciaux, auxquels le titre de Grafon de Senior était affecté, ajoutaient à ce nom, qui ne passait qu'à Faîne de leurs enfants, celui de leur province qu'ils administraient, ou bien le nom du châ- teau qu'ils avaient choisi pour demeure.

Parmi les hommes de haute naissance, qui cherchaient à agrandir leurs possessions par toute sorte de moyens et s effor-

serait celtique et voudrait dire le haut pays, das Hochland (Recherches celtiques, p. 125). Le Westrich comprenait le duché de Deux-Ponts, la principauté de Birckenfeld et celle de Siminern, les comtés deSpanheim, de Veldenz, de Lûtzelstein, de Leiningen, de Saarbruck, de Saarwerden et de Bitche, la seigneurie de Finstiiigen et une foule de petites sei- gneuries.

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çaient de se tailler une petite souveraineté dans ce fragment de l'ancien royaume de Lorraine, qu'on appelait le Westreich^ apparaissent dans les documents diplomatiques, dès le XII* siècle, les comtes de Saarwerden, qui tiraient leur nom d'un château féodal assis sur la Saar, à deux kilomètres en amont de la ville de Bouquenom (Saarbockenheim, aujourd'hui Saar- Union). Le comté qu'ils surent se créer, était situé au diocèse de Metz; il s'étendait sur les deux rives de la Saar et avait pour limites, au nord l'avouerîe de Herbitzheim et le duché de Lorraine, au sud la seigrïeurie de Fénétrange (Pinstingen) et le comté de la Petite-Pierre (Liitzelstein), à Test le comté de Bitche, la seigneurie de Diemeringen et le comté de la Petite-Pierre, et à l'ouest la seigneurie de Saar-Albe et celle de Fénétrange. U renfermait deux villes situées sur la rive droite de la Saar, Saarwerden, qui signifie île de la Saar, et Boucquenom ; lune en était la forteresse et l'autre le siège de ses dicastères, la résidence des autorités.

La ville de Saarwerden, descendue actuellement au rang d'un simple village, qui porte le nom de Vieux-Saarwerden, se glorifiait autrefois du titre de chef-lieu du comté ; elle était bâtie sur la rive droite de la Saar et entourée au nord, au sud et à l'est d'un large et profond fossé, qui était alimenté par une rivière; deux portes appelées Saarburgerthor et Bockenlmmerthor y donnaient accès ; ces issues, percées au nord et au sud, étaient surmontées de tourelles et munies de herses et de mâchicoulis comme toutes les portes fortifiées du moyen-âge. Cette localité n'offre plus que de rares vestiges de son ancienne splendeur; les eaux de la Saar baignent les ruines du château féodal, qui lui avait donné la naissance et le nom, et Bucelin lui donne le titre de ville : Civitas cum arce magnijica et pervetusta}

L'église paroissiale de celte localité, placée sous le vocable de Saint-Barthelémi, était eu même temps collégiale ; le cha-

* German, sacra et prof,, t. II, p. 118.

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pitre, gui se composait d'un prévôt et de cinq chanoines, était uni à la paroisse, mais il a cessé d'exister depuis longtemps.

Saarwerden peut même revendiquer les honneurs d*une illustre origine, car en fouillant les ruines de son vieux chft- teau, on a reconnu^ parmi leur maçonnerie, des restes de murs oflrant des vestiges de bains romains.^

En 1778, à Tépoque Durival fit paraître la description de la Lorraine, on y voyait encore quelques vestiges du chft- teau, une porte entière de la ville et quelques restes de ses anciens murs. 2

Une tradition fort accréditée raconte que du chftteau de Saarwerden il partait un souterrain de dix kilomètres de longueur, qui, passant sous la Saar^ communiquait avec le chftteau de Geroldseck, située au bord de cette rivière sur le territoire de Niederstinzel.'

Bouquenom est une très vieille ville, dont l'origine se perd dans la nuit du moyen-ftge; elle était fermée de murailles percées de deux portes, flanquées d'anciennes tours et entou- rée d'un large et profond fossé. L'une de ces portes s'ouvrait vers le sud et s'appelait la porte de Sarrebourg ou Oberihor, et l'autre, vers le nord, portait le nom de porte de Saar-Albe ou Niederthor. Outre ces mesures de défense, la ville était dominée par un château flanqué de tourelles à ses angles et enroulés de larges fossés. Ce chftteau fermait une enceinte séparée, ihais tangente à celle de la ville; un antique pont reliait celle-ci à la rive gauche de la Saar.

La ville de Bouquenom portait pour armoiries d'azur à la bande ondée d'argent, figurant une rivière ; elle faisait partie de l'archidiaconat de Sarrebourg et était le siège du dix-neu- vième chapitre rural de l'évêché de Metz ; son église parois- siale est placée sous l'invocation de Saint-Georges: elle se

* Schœpflin-Ravenez, YAla. illus,, t. I, p. 603.

* Tome II, p. 249.

* Michel, Statistique de la Meurthe, 1822, p. 290

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termine par une abside pentagonale; la nef est plafonnée, mais Tayant-chœur et le chœur et les deux chapelles latérales dédiées Tune à la Sainte-Vierge et l'autre à Saint* François- Xavier, sont voûtés; la tour a été reconstruite en 1754.

Il est fait mention de Buchenheim dans la bulle que le pape Alexandre III émit, en H78, en faveur de l'abbaye de Neu- willer: le monastère alsacien possédait dans cette localité la dîme d'une terre salique que le souverain pontife lui confirma.'

La ville de Bouquenom a, selon toutes les probabilités, remplacé un établissement romain: d'antiques substructions découvertes au haut de la colline à laquelle elle s'adosse, per- mettent de le supposer, et l'exhumation, dans son enceinte même, de belles colonnes antiques et d'une foule de médailles et de monnaies romaines, donnent à cette supposition un grand air de rraisemblance. L'ancienne route de Bouquenom à Deux- Ponts était une voie romaine, dont une partie porte encore le nom de chemin des Romains {RSmerweg). Le nom de cette ville (Buckenum, Buchenheim ou Bockenheim) trahit une origine celtique et se rattache aux mots boekm^ buchem et um, lesquels signifient petite cour, petite ferme, de sorte que k traduction littérale de Buckenum ferait dans l'idiome du pays Kkinhofm^

Tous les habitants du comté de Saarwerden étaient dans l'origine des serfs que leur naissance liait à la glèbe, mais ceux des villes de Bouquenom et de Saarwerden par- vinrent^ au moyen de concessions de leurs seigneurs ou silen- cieusement et à l'aide du temps, à acquérir des privilèges et des franchises, et à s'élever au rang de citoyens libres, jouis- sant de la liberté d'émigration et de tous les droits attachés à ce beau titre.

Au XIP siècle les comtes de Saarwerden étaient chargés, au nom de l'Empire, de Tadministration de la justice et de'la

^ ScHŒPFLiN, AUatia diplomatica, t. I, p. 265 * MONE, Recherches ceUiqxtes, p. 50.

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police dans \epagii8 de la Blie$ ou le BUesgau^ ils possé- daient de grands biens allodiaux, et lorsque le temps eut fondé leur souveraineté territoriale, ils abandonnèrent leur rôle primitif de rendre la justice et faisaient exercer la juri- diction par des juges de leur investiture ; ils considéraient non-seulement le comté, qui portait leur nom, mais encore une partie du pagus de la Blies comme leurs possessions par- ticulières, transmissibles de droit à leurs descendants; ils les gouvernaient en toute indépendance dans la mouvance supé- rieure de l'Empire, et y exerçaient la pleine supériorité terri- toriale, le droit de faire lever des tailles sur leurs sujets, d'ordonner des corvées, de leur faire prendre les armes pour la défense de leurs Etats et de faire telles ordonnances que bon leur semblait. Ils établissaient les baillis et les officiers, les changeaient et les destituaient selon leur bon plaisir. lis étaient Etat cf empire, jouissaient du bénéfice de l'immédiateté et étaient législateurs dans leurs domaines. Us cherchaient par tous les moyens à augmenter et à fortifier leur puissance. Ils avaient des vassaux à qui ils imposaient le devoir de la fidélité et du service féodal, et des nobles d'un ordre inférieur se rangeaient sous leur bannière et s'engageaient pour la défense de leurs châteaux. Parmi ces derniers figurent des nobles, qui prenaient le nom du château de Saarwerden, dont la garde leur était confiée, et qui n'étaient peut-être que des enfants de la maison, nés hors d'un mariage légitime, et aux- quels on avait conservé le nom de leur origine avec une qua- lification inférieure. Les comtes de Saarwerden avaient des rapports fréquents et même des conflits d'intérêts avec les seigneurs d'Alsace. On les vit prendre une part très active aux troubles qui agitaient la Lorraine et le Westreich, par- tager leur vie, conformément aux mœurs du temps, entre la guerre et la dévotion, et se signaler à toutes les époques, non- seulement par leur vaillance, mais encore par leur libéralité envers les églises et les monastères. Ils tenaient un rang dis-

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tingaé parmi les nobles et les dynastes du moyen-ftge, et les villes et les chftteaux qu*ils avaient à leur disposition leur donnaient beaucoup de relief. Pour maintenir la splendeur de leur maison, ils conservaient dans lïndivision le comté de Saarwerden et n'en partageaient que les revenus ; ils évitaient d'en faire un partage définitif et perpétuel, suivant la coutume généralement suivie par la noblesse allemande. Ils portaient pour armoiries: de sable à une aigle à deux têtes, éployée d'ar- gent, becquetée et membrée d'or et languée de gueules, au cimier une tête de loup d'or.'

Les fourches patibulaires, signe matériel de la haute jus- tice que les comtes de Saarwerden exerçaient dans leur comté, s'élevaient sur le territoire de Zollingen ', non loin de rem- placement où le XVIIP siècle vit construire la ville de New- Saarwerden .

A une époque où, par la faiblesse ou la disparution de l'au- torité impériale, les grands et les dynastes se virent contraints à se rattacher à des princes voisins plus grands et plus puis- sants qu'eux, pour en obtenir protection et garantie pour leurs possessions, les comtes de Saarwerden devinrent les vassaux des évêques de Metz et des archevêques de Trêves et leur prêtèrent foi et hommage. Dès le XII* siècle, le comté de Saarwerden relevait de l'évêché de Metz, et s'il fallait en croire Dom Galmet ^ le lieu féodal, qui l'attachait à cette Eglise, serait bien plus ancien. Toutefois, toutes les possessions des comtes de Saarwerden n'étaient pas féodales, et il faut res- treindre cette qualité à Bouquenom, à Saarwerden et à une métairie sise à Wiberswiller*, qui relevaient de l'évêché de Metz, et à la ville et au château de Saint-Laurent (Sanct Lau-

* Dans l'armoriai de Sibmacher, P. 11, P. 13, l'aigle de Saarwerden n'a qu'une tête.

* N. Eberhard: CansuU. pro Lolhar. duce, p. 91 .

* Notice de Larraine, t. II, in-S®. Saarwerden. *' Village au canton d'Alberstrof.

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rencien, aujourd'hui Lorentzen), qui étaient arec les villages de Wachten et de LimbacbS un fief oblat de Téglise de Trêves. Ils possédaient encore, à titre de fief d'Empire, le droit de péage et d'escorté qui leur avait été conféré à une époque les grands chemins étaient infestés de voleurs et de bri- gands, pour que les voyageurs pussent traverser avec sécurité leurs domaines. Dans le Bliesgau ils possédaient le château de Eirkel ' et de grands domaines allodiaux, qu'ils transmirent à leur descendance féminine, et les comtes de Hobenbourg (Hombourg. Hœnberc), qui tiraient leur origine des conates de Saarwerden, y avaient construit sur la pointe rocailleuse d'une haute montagne, au pied de laquelle repose la ville de Hombourg ', un château, qui reçut de sa situation le nom de Eohe Burg, Hohenbourg, lequel se changea dans la suite en Hombourg.*

Le livre apocryphe des tournois fait remonter les conoites de Saarwerden jusqu'au X* siècle et veut que Louis, comte de Saarwerden, ait assisté, en 988, au prétendu tournoi de Magdebourg. Les généalogistes, qui n'ont pas dédaigné de puiser à cette source impure, nous donnent une série de comtes que l'histoire ne connaît pas. GroU, le jeune (de Deux- Ponts), est le seul généalogiste, qui nous ait donné dans ses Origines bipontines^, une généalogie raisonnée et presque exacte de ces seigneurs, et le premier qui ait cherché à éclair- cir leur origine, sans pouvoir parvenir à percer les ténèbres qui l'entourent. Aujourd'hui il est généralement admis que

^ Ces deux villages ont disparu depuis longtemps; leurs territoires ont été réunis à celui de Lorentzen.

' Les ruines de ce château couronnent une colline près de Kirkel, village du canton de Waldmoor (Bavière rhénane). Ce château est célèbre dans l'histoire d'Alsace par la captivité qu'y subit, en 1337, l'évêque de Strasbourg, Berthold de Bucheck.

* Hombourg dans la Bavière rhénane.

* M. Lehmann, Histoire des châteaux forts de la Bavière rhénane (en allemand), t V, p. 175.

* Tome I, p. 126, tab. 1.

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ieâ comtes de Saarwerdea ont ane origine commune avec les comtes de Saarbruck ' et qu'ils descendent de Wigerich, comte des Ardennes, qui parait avoir vécu depuis 880 jusqu'en 945, sous Arnould, Zwentibold, Louis IV, dit VEfr\fant^ et Conrad I". Selon le témoignage de son fils, Adelbert I", évêque de Ver- dan, Wigerich était issu d'une ancienne famille franke, sou- vent honorée des premières charges du royaume. Sigebert, comte du Saargau, le plus jeune fils de Frédéric, comte de Luxembourg, Tua des de>cendanta du comte des Ardennes, qui vécut depuis 1018 jusqu'en 1085, fut la tige de comtes de Saarbruck et de Saarwerden. On dérive les comtes des Ardennes d'Olhon, duc de la Lorraine Mosellane ^ qui eut pour père Rucuin, pecond fils de Gislebert, gendre de l'empereur Lothaire, dont il avait enlevé la fille, Trmengarde.

Dès les temps les plus reculés du moyen-âge l'économie rorale s'était développée sur une grande échelle dans \epagu8 de Iwl Saar; on y cultivait la plupart des céréales, les prairies y fetaient l'objet de soins assidus, elles étaient irrigées et engraissées, l'élève du bétail y était dans un état prospère et progressif; la culture de la vigne n'y était pas même incon- nue. Il n'est pas douteux que de grandes propriétés, de grands domaines ne se soient formés dans ce fragment microsco- pique du grand pagiis de la Saar, qui devint dans la suite Tapanage des comtes de Saarwerden.' C'était la métairie, la ierme, la cour ou Hof. Ces exploitations rurales donnèrent naissance à des villages, dont quelques-uns subsistent encore de nos jours.

Le recueil diplomatique connu sous le nom de