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RECUEIL DE TEXTES
RELATIFS A
L'HISTOIRE DE L'ARCHITECTURE
MAÇON, PaOTAT FRERES, IMPRIMEURS
COLLECTION DE TEXtES ^
i-uuK MiKMK A l'Étude et a l'enseignement de l'histoire
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RECUEIL DE TEXTES
RELATIFS A
LIIISTOIRE DE L'ARCHITECTURE
Eï A LA CONDITION DES ARCHITECTES ffilSr inR,A.N"OB, A.XJ IMO^BlSr -A.C3hE3
xt-XII" SIÈCLES
Publié avec une Introduction, des Notes, un Glossaire et un Répertoire archéolocfique
PAR
Victor MORTET
Bibliothécaire à l'Université de Paris ^Sorbonne) Archiviste Paléographe
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PARIS
ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS Libraires des Arciiives nationales et de la Société de l'École des Chartes
82, RUE BONAPARTE, 82
1911
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INTRODUCTION
Objet de ce recueil. — Précédents projets ou essais
DE PUBLICATION DE TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE DE
l'architecture en France au moyen âge.
1 . — Nous nous sommes proposé de réunir dans le présent Recueil un grand nombre de textes qui inté- ressent l'histoire de l'architecture ainsi que la condition des architectes en France au xi® et au xii^ siècle. On sait que les documents de ce genre sont disséminés dans des collections nombreuses, dans des ouvrages de forme variée et parfois difficilement accessibles , qu'ils sont souvent établis d'une façon défectueuse ou dépour- vus d'éclaircissements ; que certains d'entre eux sont restés inédits, etparsuile, plus ou moins ignorés et inu- tilisés. Nous avons pensé qu'il y aurait profit pour l'é- tude et l'enseignement de l'archéologie du moyen âge à posséder un Recueil, où des textes, s'appliquant au double objet que nous venons d'indiquer, seraient ras- semblés avec ordre, et revus d'après les sources origi- nales et les meilleures éditions ; où l'inédit aurait quelque place ; où l'on trouverait pour une période donnée un ensemble considérable de témoignages authentiques, se rapportant soit à des types caracté- ristiques etimportants de l'architecture du moyen âge, soit à des constructions ou édifices plus modestes, dont
VI INTRODUCTION
les uns subsistent encore aujourd'hui, avec plus ou moins de modifications, tandis que d'autres ont disparu en partie ou en totalité.
Bien que l'histoire de l'art architectural soit le sujet principal de notre Recueil, nous n'avons pas cru devoir en exclure des textes concernant d'autres arts, tels que la sculpture, la peinture, l'art des vitraux, surtout lorsque ces textes font partie de documents relatifs à des constructions religieuses. Il y a trop de rapports qui unissent entre eux ces différents arts, tout particulièrement la sculpture et l'architecture, pour que nous ayons pensé à scinder les passages des chroniques ou ceux d'autres écrits qui nous ont trans- mis à ce sujet de précieux renseignements. On pourra s'en rendre compte à l'aide du Répertoire archéologique des matières que nous avons placé à la fin de notre Recueil. Il en est de même, bien qu'à un degré moindre, pour ce qui concerne le mobilier artistique, notamment celui des églises. Mais il était en dehors du cadre, forcément limité, que nous avons dû nous trdcer, de rechercher en détail dans les sources, telles que chroniques et obituaires, les moindres passages ou fragments de textes qui se réfèrent aux différents arts que nous venons de mention- ner. Tous ces textes-là, réunis avec soin, pourraient faire l'objet de recueils spéciaux dont l'intérêt n'est pas discutable. De même, en ce qui concerne l'architecture militaire, si nous avons publié des textes nombreux et importants qui intéressent les fortifications des donjons, des châleaux, des manoirs, des villes et même un peu aussi des églises, nous n'avons pas cru devoir aborder ceux qui traitent, dans les chroniques, de la poliorcétique du moyen âge, sujet qui offre un intérêt trop spécial. En revanche, nous avons recueilli
INTRODUCTION \n
certains textes relatifs à l'art de Tingénieur, notamment à rhydraulique. Ils proviennent surtout, mais non exclusivement, d'établissements religieux, tels que des monastères ou des collégiales.
Ne pouvant songer à entreprendre, vu l'étendue très considérable de notre tâche et l'espace restreint dont nous disposions, un inventaire complet ni une publi- cation in-extenso, de tous les documents qui pouvaient se rapporter, même d'une façon secondaire, à l'objet de nos recherches, nous avons cru du moins qu'il était de notre devoir de pousser des investigations très détaillées, d'après un plan méthodique, dans toutes les directions où nous avions chance de trouver des rensei- gnements utiles, variés et précis. Nous avons ainsi réuni un ensemble de textes assez considérable pour arriver à représenter autant que possible, bien qu'à un degré forcément très inégal, la plupart des pays de l'ancienne France, au Nord comme au Midi, de même que les principales époques de son passé architectural pendant la période que nous avons choisie. Ce n'est pas toujours, tant s'en faut, pour les monuments les plus importants et les plus somptueux que les textes qui subsistent ont transmis jusqu'à nous des récits très intéressants sur leur construction ou leur reconstruc- tion. S'il en est parfois ainsi fort heureusement, les exceptions sont nombreuses, et elles tiennent à des causes diverses, en partie accidentelles, en partie régio- nales ou locales, qu'il serait trop long de développer ici. D'autre part, à côté de ces lacunes regrettables, si nombreuses et si sensibles dans l'histoire du passé artistique de nos monuments, de nos cathédrales, par exemple, on rencontre dans nos textes des indications variées sur des monastères ou des collégiales, sur d'humbles prieurés monastiques ou des chapelles rurales, qui ne sont pas à passer sous silence.
VIII INTRODUCTION
2. — Les nombreux documents que nous avons recueillis sont répartis sous cinquante-trois numéros d'ordre, non compris l'Appendice ^ Leur ensemble, qui forme une sorte de Corpus^ comprend plus de deux cents textes, sans compter de courts extraits, trop som- maires pour figurer chacun isolément, et que nous avons dû placer pour cette raison dans les notes. On pourra ainsi se convaincre notamment que la période du XI® siècle est représentée dans notre Recueil plus large- ment qu'on n'aurait pu le croire possible jusqu'ici.
Presque tous les textes que nous publions sont tirés des sources imprimées. Quelques-uns cependant sont inédits : ils appartiennent au xi^ et auxn® siècle, et ils concernent surtout la région de l'Ouest de la France ; leur nombre ne pouvait qu'être très restreint, étant donnée l'époque assez reculée qui fait l'objet de notre Recueil. Nous avons tenu à coUationner nous-même, ou bien, en cas d'empêchement, à faire coUationner par nos confrères des Archives départementales, divers documents qui avaient besoin d'être revisés ou com- plétés. De même, c'est sur place et textes en mains que nous avons étudié un certain nombre de monuments importants, en nous rendant compte des modifications que le cours des temps leur a fait subir : c'est aussi ce que nous avons fait, en Angleterre, pour la cathédrale de Gantorbéry, l'un des édifices les plus considérables dont nous ayons eu à nous occuper, et au sujet duquel il subsiste des renseignements historiques et archéolo- giques d'un intérêt capital.
En ce qui concerne les notes, nous n'avons pas hésité, vu la nature du Recueil que nous publions, vu la variété des points de vue qu'il présente et la mulli-
1. Voy. aussi les Additions à la fin du présent volume.
INTRODUCTION IX
plicité des renseignements qu'il exige, à leur réserver largement la place qui devait leur revenir. Sans parler des références bibliographiques ou des commentaires archéologiques qui, dans certains cas, peuvent paraître encore insuffisants, nous avions à joindre à nos textes, pour en faciliter l'éclaircissement, des notes chronolo- giques ou biographiques, géographiques ou topogra- phiques, lexicographiques ou quelquefois même gram- maticales. Si, en effet, notre Recueil s'adresse surtout à des lecteurs qui sont au courant de l'archéologie du moyen âge, comme nos confrères de l'Ecole des Chartes, nous ne pouvions oublier qu'étant donné le caractère de la Collection de Textes à laquelle il appartient, il devait servir aussi aux élèves de cette Ecole ainsi qu'aux étudiants en histoire de nos Universités, qui peuvent se trouver aux prises avec les difficultés de l'archéo- logie et de la latinité technique du moyen âge. Nous ferons enfin remarquer que certains extraits de textes, fort courts, mais très utiles à connaître, ne pouvaient trouver place, vu leur brièveté, que dans les notes dont elles ont parfois augmenté l'étendue ; on ne nous en saura pas mauvais gré, surtout si l'on veut bien réflé- chir que nos renseignements historiques et archéolo- giques, nos renvois à d'autres documents que les nôtres, nos rapprochements d'ordre technique forment autant d'indications qui' se trouvent ensuite fondues et clas- sées commodément, soit dans la Table alphabétique, soit dans le Glossaire, soit enfin dans le Répertoire archéologique des matières.
3. — Après avoir indiqué l'objet du présent Recueil, il nous paraît très utile de rappeler sommairement les projets ou essais de publication qui ont été entrepris au dernier siècle pour former un ensemble de docu-
INTRODUCTION
ments relatifs à l'histoire de l'architecture et à la con- dition des architectes en France au moyen âge.
Le premier dessein qui, à notre connaissance, fut conçu dans notre pays en vue de l'objet que nous étu- dions, eut un caractère officiel. Il devait s'appliquera des textes inédits, c'est-à-dire à des sources surtout diplomatiques, à des chartes ou à des comptes, par exemple, documents variés qui abondent principale- ment pendant la période gothique de l'histoire monu- mentale et artistique de notre pays. C'est sous le règne de Louis-Philippe qu'on voit le Comité des arts et monuments auprès du Ministère de l'Instruction publique, former le projet de réunir sous le titre de Mélanges une série de documents relatifs à l'histoire des arts, documents qui, pris isolément, ne pourraient devenir l'objet d'une publication spéciale. De nombreux matériaux avaient été réunis à cet effet. Cette collec- tion devait être, pour les monuments figurés, analogue à celle que le Comité historique publiait sous le même titre pour les monuments écrits. Elle aurait été accom- pagnée d'un recueil sur les artistes français du moyen âge, dont la publication était confiée à M. Didron ^ On sait que, sous la forme qu'on avait cru devoir lui donner, cette entreprise n'aboutit pas à un résultat pratique. Du moins, le Bulletin archéologique ainsi que le Bulletin historique et philologique du Comité ont continué depuis lors à publier des documents pleins d'intérêt pour l'étude du passé
1. Xavier Charmes, Le Comité des travaux historiques et scienti- fiques (Hist. et Doc), t II (1886), p. 126. — Cf. Bulletin archéolo- gique, publ. par le Comité des arts et monuments, t. II (1842-1843), p. 484, et t. IV (1847-1848), p. 178-179; cf. aussi le Rapport au roi, en date du 15 avril 1847, sur l'étal des travaux exécutés de 1835 à 1847 pour le recueil des Documents inédits relatifs à l'histoire de France.
INTRODUCTION XI
monumental de notre pays. C'est une mine précieuse de textes inédits surtout à partir du xiii^ siècle, mais que nous n'avons pu utiliser qu'à titre exceptionnel, car il n'est pas fréquent qu'elle serve pour le xi^ et le xii** siècle.
Nous avons maintenant à mentionner un essai de publication étrangère qui se rapporte à l'objet de nos recherches. Il se trouve contenu dans un ouvrage ano- nyme qui a paru en Angleterre', au milieu du siècle dernier, sous le titre suivant : An inquiry into the chronologicul succession of the styles of romanesque and pointed architecture in France^ ivith notices of sonie of the principal buildings on which it is founded. Dans la première partie de cet ouvrage ^, l'auteur a réuni un certain nombre d'extraits de textes, tirés surtout des chroniques, concernant des églises qu'il a étudiées sur place et dont il donne des notices. Ces extraits sont exclusivement relatifs à certains monu- ments religieux de quelques-unes seulement de nos anciennes provinces, entre autres la Normandie, et la liste en est tout à fait sommaire ; elle est dressée avec beaucoup d'arbitraire et d'une façon extrêmement incomplète. C'est du reste bien plutôt le côté chrono- logique que le côté descriptif de son sujet que l'auteur a eu en vue, à savoir les dates de fondation, de recons- truction, d'incendie ou de consécration d'autels des édifices dont il s'occupe. Enfin ces fragments, beaucoup trop brefs et trop peu nombreux, sont dépourvus de notes et ils sont établis sans critique comme sans mé- thode. Néanmoins, nous avons pensé que cet essai si
1. London, John Murray, 1850. Cet ouvrage ne figure pas dans le Dictionary of the anonymous and pseudonymous literature of Great Brilain, de Halkett et Laing (1882-1888).
2. P. 41 à 122.
XII INTRODUCTION
restreint, qui s'ofFre à nous comme à l'état embryon- naire, ne devait pas être passé sous silence dans notre Introduction, vu l'époque où il a paru, vu l'idée inté- ressante qu'il représente, mais que l'auteur n'a guère fait qu'esquisser d'ailleurs, en tentant de la réaliser d'une manière bien trop superficielle et très imparfaite. Si le projet de publication officielle, qui avait été conçu en France par le Comité des arts et monuments et que nous avons signalé plus haut, devait s'appliquer surtout à des documents inédits, ce dernier caractère apparaît encore, bif^n qu'à un moindre degré, dans un ouvrage dû à l'initiative privée, qui fut entrepris un certain nombre d'années plus tard, et publié en 1868, sous le titre de Documents paléographiques relatifs à r histoire des beaux-arts et des belles-lettres pendant le moyen âgeK A côté de documents inédits qu'il avait tirés des Archives départementales et des Bibliothèques publiques, l'auteur de cette publication, Aimé Cham- pollion-Figeac, a mentionné, analysé ou commenté un assez grand nombre de textes du moyen âge édités déjà dans divers onvrages ou recueils. Ces textes n'étaient pas seulement relatifs à l'architecture, mais à différents arts, tels que ceux des vitraux, de la pein- ture, de la mosaïque, de l'émaillerie, sans compter encore l'arl de la miniature. Au point de vue qui nous occupe, A. Ghampollion-Figeac s'est surtout appliqué àétudierles moyens pécuniaires employés pendant tout le moyen âge pour élever des constructions, les charges que .ces travaux imposaient aux populations, les obli-
i. Quelques parties de cet ouvrage ont été imprimées dans la Revue archéologique, déjà à partir de 1856 (XII'' année, 2« part., p. 458 et suiv.), sous ce litre assez différent : Droits et usages concernant la travaux de construction publics ou privés sous la troisième race des rois de France, d'après les chartes et autres documents originaux.
INTRODUCTION XIH
galions à remplir pour créer des établissements même d'utilité publique, comme pour améliorer et réparer des édificesdéjà existants. Passer en revue, d'une façon d'ailleurs trop sommaire et incomplète, les fondations pieuses en vue des constructions, les modes de res- sources que les seigneurs laïques ou ecclésiastiques employaient pour leurs grandes entreprises, les auto- risations de bâtir obtenues de plein gré et par le fait de la concession gracieuse des suzerains, ou bien achetées par des corvées, des péages et autres charges, tel est l'objet principal que l'auteur s'est assigné. S'il a signalé quelquefois des textes quiintéressent la technique des constructions au moyen âge et la condition des architectes et des ouvriers, il a eu surtout en vue, pendant la très longue période qu'il a examinée, en étu- diant les nombreuses décisions relatives aux matières que nous venons d'indiquer, d'en tirer « sinon la juris- prudence générale, du moins des exemples isolés de tous les moyens mis en usage pour réaliser d'immenses travaux d'art. » C'est donc surtout un objet juridique et administratif qui l'a guidé dans ses recherches comme dans son exposé historique. Nous avons été amenés à utiliser son ouvrage et nous l'avons cité dans différents endroits de notre publication.
Il nous reste à indiquer un autre recueil, d'un carac- tère très général, qui a paru à l'étranger, il y a une quinzaine d'années. Il fait partie d'une collection d'en- semble sur l'histoire de la technique des arts au Moyen âge et à la Renaissance, publiée à Vienne, dirigée d'abord par R. Eitelberger d'Edelberg, et continuée par les soins dWlbert Ilg ' . Son titre est Quellenhuch zur
1. Quellenschriften fur Kunstgeschichle und KansUechnik des Mitlelalters und der NeiizeU, nouv. sér., vol. VII. A cotte collection
XIV iNfRODUCTlON
Kunstgeschichte des abendlàndischen Mittelallers^ ausgewïihlte Texte des vierten bis fûnfzehnten Jahr- hunderts, gesammelt v. Jiilius von Schlosser (1896).
Assurément, ce recueil présente un ensemble consi- dérable de documents concernant les différents arts, notamment celui de l'architecture, documents dont le rapprochement est utile et suggestif; mais il a été conçu sur un plan beaucoup trop vaste, en sorte que son exécution, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, laisse bien à désirer. Au point de vue topographique, c'est beaucoup trop que d'essayer de représenter en un seul volume de textes le mouvement architectural et artis- tique non seulement de l'Allemagne, de l'Angleterre et de la France, mais encore celui de l'Italie et de l'Orient latin ; de même, au point de vue chronolo- gique, c'est embrasser dans un même cadre documen- taire une trop vaste période que celle qui s'étend du iv" siècle au xv**, c'est-à-dire durant tout le moyen âge. Enfin, il manque à ce choix de textes, assez arbitraire, et où les renseignements bibliographiques sont insuffi- sants, des notes critiques indispensables, des indications nécessaires sur la valeur intrinsèque des documents et surtout sur l'époque de leur rédaction, faute de quoi l'on est souvent conduit en le consultant à des erreurs ou à des confusions très regrettables, en dépit des ser- vices réels dont on lui est redevable à certains points de vue.
En donnant des proportions beaucoup plus res- treintes et un caractère plus précis à notre Recueil, dans lequel le mouvement de l'architecture en France, surtout pendant la période romane, est représenté
appartient aussi (vol. IV) le recueil suivant, qu'il est très utile de men- tionner ici : Schriflquellen zur Geschichte der karolingischen Kunst. (jes. 11. erl. v. Julius von Schlosser, Wien, 1892.
Introduction xV
avec un certain développement, nous avons fait en sorte, pour notre part, d'établir avec méthode chacun de nos textes et de les disposer suivant un ordre rai- sonné. C'est ce que nous devons montrer maintenant à nos lecteurs.
II
Ordre suivi dans le présent Recueil ; ses limites
CHRONOLOGIQUES ET GÉOGRAPHIQUES. — ÏEXTES RELA- TIFS A l'expansion de l'architecture française a l'Étranger.
4. — Nous avons rangé les documents qui composent notre Recueil d'après l'ordre chronologique. Ce classe- ment nous a paru de beaucoup préférable à un classe- ment méthodique ou topographique. D'abord, c'est le seul qui permette de suivre la succession et parfois la filiation historique des faits complexes qui se rap- portent à Tart de la construction et au rôle des cons- tructeurs. Ce n'est pas qu'on puisse espérer « surtout avant l'année 1140, suivre de façon continue la pro- gression de l'architecture », — notamment sous le rap- port des formes et des procédés, — « et il faut se rési- gner à n'avoir qu'un tableau chronologique criblé de lacunes dont quelques-unes sont très considérables * . » Mais enfin, grâce à cette méthode on peut essayer de saisir ou de faire réapparaître dans leur évolution ou dans leur synchronisme certains aspects du spectacle très divers d' œuvres architecturales qui naissent, se
1. Voy. J. A. Brutails, L'Archéologie du moyen âge et ses méthodes, études critiques (1900), p. 207 et 208, ouvrage précieux pour l'exa- men raisonné des textes archéologiques.
XVI INTRODUCTION
succèdent ou s'accompagnent, pour disparaître ensuite d'une façon plutôt lente que brusque, ou se survivre en se transformant : toutes choses qui s'expliquent par l'objet même de la construction, qui est d'avoir avant tout une destination humaine, individuelle et sociale. Soit qu'il s'agisse d'habitations isolées ou groupées, soit qu'il s'agisse de lieux de demeure ou de culte, ou bien encore d'endroits de défense, appropriés à cette fin, les textes et les monuments, rapprochés les uns des autres, nous montrent que la matière ainsi que les formes de l'architecture varient selon le milieu, les conditions sociales, les coutumes et les mœurs, les nécessités temporaires et les ressources dont on dispose, soit autant de facteurs qui les conditionnent. C'est ce que l'ordre chronologique permet de constater à la fois dans les monuments anciens ou leurs vestiges encore existants, et dans ces autres traces du passé, celles-ci d'ordre psychologique^ et moral, qui sont les monu- ments écrits.
En second lieu, l'ordre que nous avons adopté per- met d'éviter de reproduire en différents endroits de notre Recueilles mêmes documents ou extraits de textes qui concernent dans leur teneur d'ensemble des caté- gories de matières distinctes les unes des autres, notamment Tarchitecture religieuse, l'art de cons- truire des châteaux, l'architecture publique ou privée. Il dispense ainsi de scinder d'une façon arbitraire des documents qui se rapportent à des objets multiples. Mais, d'autre part, le classement par ordre chronolo- gique ne suffît pas à répondre aux besoins variés des chercheurs. Aussi avons-nous dû dresser, à la fin de
1. Voy. sur ce point Ch. et V. Mortet, La Science de VHisloire (1894), p. 27 et s.
INTRODUCTION XVII
notre volume, outre une Table alphabétique des noms de j3ersonnes et de lieux, un Répertoire également alphabétique des matières archéologiques ' dont il est question dans notre Recueil. Enfin, à ces instruments de recherche nous avons ajouté un Glossaire, qui comprend surtout les termes et les expressions tech- niques, dont nos textes nous ont permis de faire un relevé détaillé.
5. — C'est avec les premières années du xi^ siècle que commence la série des textes dont se compose notre Recueil. C'est en effet un peu après l'an 1000 que l'on voit apparaître un fait capital dans l'histoire de l'architecture religieuse, qui est au premier rang dans le développement de l'art monumental en France, au moyen âge, à savoir le renouvellement plus ou moins général des églises d'alors. Cette rénovation d'en- semble est attestée par des témoignages authentiques, avant tout, comme on sait, par celui du moine Raoul Glaber ~ ; elle est aussi signalée dans l'Histoire de la dédicace de Saint-Remi de Reims ^. Mais une remarque essentielle s'impose ici. Comme on l'a dit^ avec beau- coup de raison, « nous avons dans le témoignage de Glaber la date précise de l'avènement de l'architecture romane, de l'avènement et non pas de l'invention. Tant d'hommes, entant de contrées diverses, n'auraient point opéré simultanément sur une même donnée,
1. Les renseignements que contient ce Répertoire peuvent être rapprochés utilement, pour la période que notre Recueil embrasse, de ceux que présente la publication de II. Sabine, intitulée : Table analytique et synthétique du Dictionnaire raisonné de V architecture française du XI<- au XVI^ siècle, par Viollet-le-Duc, 1889, in-S".
2. Voy. le n° I, p. 4.
3. Voy. le n» VIII, p. 40.
4. J. Quicherat, Mélanges d'archéologie et d'histoire, mém. et fragm. réunis par M. R. de Lasteyrie (1886), p. 432.
XVIII INTRODUCTION
s'ils n'avaientpasété inspirés par des essais antérieurs. » Si l'emploi des voûtes est le trait le plus frappant de l'architecture romane, ce serait une erreur de penser qu'une telle innovation se serait produite sous une forme partielle au commencement du xi*" siècle, sans avoir été préparée par des tentatives antérieures de reconstruction, dont l'existence est mentionnée dans divers documents ^
Nous avons assigné à nos textes une série continue de numéros d'ordre, en les faisant se succéder d'après la date initiale de la période d'années à laquelle ils se rapportent. Nous leur avons laissé toute la cohésion nécessaire'^ et nous sommes parvenus ainsi, avec fort peu d'interruption dans la série chronologique des années, jusqu'aux documents dont le point de départ est l'année 1130, c'est-à-dire environ jusqu'au com- mencement du second tiers du xii*^ siècle. Vers cette date, peut-être même un peu plus tôt 3, ont commencé les opérations préliminaires de la reconstruction de l'abbatiale de Saint-Denis, qui marque, comme on sait, une étape des plus importantes dans l'histoire de l'ar- chitecture religieuse. Vers cette date aussi, le mouve- ment de réforme des Cisterciens est en plein dévelop- pement, et le moment approche où les statuts de cet
i. Voy. le récent et savant mémoire de M. R. de Lasteyrie: L'église de Saini-Philibert-de-Grandlieu [Loire-Inférieure], extr. des Méin. de V Académie des Inscriptions et Belles-lettres, t. XXXVIII, 2" part., p. 67-68 (1909). Cf. Anthyme Saint-Paul, Ilist. monumentale de la France, 3' éd., 1888, p. 92-93.
2. C'est par exception qu'il a pu en être quelquefois autrement, faute, par exemple, d'avoir connu en temps opportun, pendant l'im- pression de notre Recueil, certains extraits intéressant telle ou telle construction, que nous voulions faire connaître à nos lecteurs, après avoir déjà placé à leur i^ang- chronologique les textes plus anciens qui la concernaient.
3. Voy. l'étude très précise de L, Levillain, Les plus anciennes églises abbatiales de Saint-Denis, dans les Mém. de la Société derhisi. de Paris et de V Ile-de-France, t. XXXVI (1909), p. 178.
INTRODUCTION XIX
Ordre vont revêtir une rédaction qui est parvenue jusqu'à nous*. Nous regrettons que l'espace nous ait fait défaut dans le présent volume pour dépasser uni- formément la limite de Tannée 1130, et pour juxta- poser d'une façon continue, comme pendant la période précédente, les textes qui sont postérieurs à celte date et qui vont jusqu'à l'année 1200. Mais, dans bien des cas, c'est-à-dire autant de fois que les documents nous en ont fourni la matière, nous n'avons pas interrompu pendant les deux derniers tiers de ce siècle, la suite chronologique des faits et des événements qui inté- ressaient l'histoire et la construction de monuments au sujet desquels nous avions déjà recueilli des textes appartenant soit au xi^ siècle, soit au premier tiers du xir. Il en est déjà résulté qu'en fait l'année 1130 a été très souvent dépassée dans notre Recueil, et que, si le xi" siècle y figure en entier, si les trente premières années du xii" y sont représentées d'une façon à peu près consécutive, les deux autres tiers de ce même siècle le sont encore dans une proportion très consi- dérable et très importante, quoiqu'à vrai dire incom- plète.
6. — Après avoir indiqué les limites chronologiques que nous nous sommes proposé de suivre, il nous reste à préciser les limites géographiques que nous avons adoptées en réunissant les documents qui composent le présent Recueil.
Avant tout, nous avons fait en sorte d'éviter un choix arbitraire. Plutôt que de nous en tenir aux. limites actuelles de la France, il nous a semblé préfé- rable de prendre pour cadre de nos recherches les
i. Ces statuts datent de 1134; d'autres leur sont postérieurs.
XX INTRODUCTION
limites extrêmes que notre pays a atteintes pendant la durée et jusqu'à la fin du moyen âge. Cette manière de procéder nous a paru rationnelle, autant pour ne pas accroître la tâche considérable qui nous incombait que pour ne pas empiéter sur des territoires où Tin- fluence régnante se rattache sous certains rapports à des milieux régionaux autres que ceux que nous nous proposions d'étudier principalement. Il était donc hors de notre plan de rechercher des textes relatifs à l'Al- sace et à la Lorraine. Toutefois, à l'égard de l'une et de l'autre de ces provinces, nous avons cru devoir faire exception, à deux reprises, à la règle que nous nous étions tracée, afin de juxtaposer des documents particulièrement intéressants, provenant de ces con- trées de l'Est, et des textes appartenant à d'autres régions de la France ; les uns et les autres nous ont paru donner lieu à des rapprochements très signifi- catifs'. En ce qui concerne la Franche-Comté, pro- vince qui n'a été rattachée, comme on sait, à notre pays que depuis les temps modernes, son passé his- torique et religieux est trop intimement lié à celui de la Bourgogne pour que nous ayons de parti pris écarté un curieux document relatif à l'une des pos- sessions de Saint-Bénigne de Dijon-. Quant aux Flandres, tant la contrée actuellement française que celle qui fait aujourd'hui partie de la Belgique, consi- dérable est la part qui devait leur revenir et que nous avons fait en sorte de leur ménager dans notre Recueil, surtout au point de vue de l'architecture religieuse et militaire. A l'autre extrémité de la France, dans la
i. Voy. les n"» IX et CLI. Cf. dans la Table alphabétique des noms de lieux les renvois suivants : Metz, Verdun et Strasbourg. 2. Voy. le n« CXXI.
INTRODUCTION XXI
région du Midi, l'histoire du Roussillon et delà Ger- dagne a été mêlée de trop près à celle du Languedoc, il y a eu trop de rapports entre cette vaste contrée et lespays limitrophes del'P^spagne, devenus tardivement français, pour que nous n'appelions pas l'attention sur quelques textes qui se rapportent à ces derniers, par exemple, au point de vue de l'architecture religieuse et de la diffusion des églises fortifiées pendant le XI® siècle. Si la Savoie, conformément au plan que nous avons adopté, est restée en dehors du cadre de nos recherches, il n'en est pas de même du Gomtat Venaissin. Nous reproduisons un acte concernant à la fois le Chapitre de la cathédrale et l'abbaye de Saint- Uuf d'Avignon, qui présente un intérêt exceptionnel au point de vue de l'histoire de la condition des artistes, dans cette contrée, à la fin du xi*" siècle ou au com- mencement du XII®.
Etant donné le cadre à la fdis précis et large que nous avons fait en sorte de suivre, malgré d'inévi- tables lacunes, nous ne pouvions pas ne pas y faire entrer des documents, dont quelques-uns sont de pre- mier ordre, qui attestent la diffusion de l'art monu- mental de la France sur la terre étrangère, ainsi que l'expansion lointaine des méthodes de bâtir, qui étaient dues à l'admirable activité de nos maîtres d'œuvre. C'est ainsi qu'au point de vue de l'architecture reli- gieuse, tant séculière que monastique, sous le rapport de la construction comme de la décoration monumen- tale, divers textes nous font assister à la propagation de cette influence, non seulement en Angleterre et dans la partie occidentale de la Belgique, mais encore au Nord comme au Sud de l'Italie, dans la partie fran- çaise de la Suisse ainsi que dans le Nord de l'Espagne. Les longs extraits de chroniques que nous donnons sur
XXII INTRODUCTION
la cathédrale de Gantorbéry et sur celle de Saint- Jacques de Gompostelle, pour ne citer ici que ces exemples frappants du xi^ et du xii** siècle, en offrent des témoignages d'une importance capitale, et dont rintérêt est double : car il concerne à la fois les œuvres grandioses qui ont été réalisées et les maîtres fameux qui les exécutèrent. Dans la seconde moitié du xi^ siècle, nous voyons l'abbé d'un grand monastère de la Flandre, celui de Saint-Hubert-d'Ardenne, qui fait appel à des tailleurs de pierre liégeois pour la construc- tion d'une crypte et d'un cloître, confier à un artiste verrier de Reims, très habile en son art, l'exécution des vitraux dont il veut orner les chapelles de son église abbatiale. Et ce ne fut pas seulement dans le domaine de l'architecture religieuse que cette action féconde s'exerça au dehors de notre pays. Les textes nous montrent encore qu'en Angleterre, à partir de la conquête de Guillaume, duc de Normandie, on vit s'élever des donjons d'abord de bois, puis de pierre, construits à la façon normande, et que plus tard des châteaux imités de ceux d'Outre-Manche, inconnus jusqu'alors sur le sol anglais, furent édifiés dans de grandes proportions, de même que des abbayes, celle de Ilastings, par exemple, et surtout des cathédrales somptueuses, par les soins de prélats originaires de la Normandie et du Maine, qui s'établirent après l'inva- sion dans des sièges épiscopaux de l'Angleterre K
i . Pour les principales localités étrangères qui sont mentionnées en assez grand nombre dans notre Recueil, voy. à la Table alphabé- tique des noms de lieux, les renvois qui les concernent, et qui sont groupés sQus les rubriques suivantes : Allemagne, Angleterre, Bel- gif/ue, Espagne, Italie, Orient, Pays-Bas et Suisse.
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III
Nature et répartition des sources utilisées dans ce Recueil.
7. — L'ensemble des textes qui forment le présent volume peut se répartir, au point de vue intrinsèque, en six groupes ou catégories. A savoir : 1^ les sources narratives et descriptives ; 2^ les sources diplomatiques ; S"* les sources législatives et administratives ; 4" les sources épistolaires ; 5° les sources d'un caractère liturgique et symbolique ; 6° les sources épigrapbiques. Nous allons passer sommairement en revue chacun de ces groupes, en essayant de préciser leur caractère distinctif et leur valeur propre.
y** Sources narratives et descriptives. — Cette caté- gorie comprend surtout des chroniques, des biogra- phies de personnages ecclésiastiques, des Vies de saints et des narrations de miracles; il s'y trouve aussi des récits d'invention ou de translation de reliques, ou bien encore des extraits d'obituaires. C'est principale- ment l'architecture religieuse qui occupe les chroni- queurs et les biographes ecclésiastiques lorsqu'ils nous entretiennent des monuments qui furent élevés de leur temps; et c'est aux évêques, aux abbés bâtisseurs qu'ils rapportent avant tout, et souvent exclusivement, le mérite et la gloire d'œuvres architecturales entreprises par leurs soins. Pendant le xi^ et le xii^ siècle, les monastères qui réunissaient la plupart des ressources de l'art monumental de cette époque et en résumaient
XXIV INTRODUCTION
presque toutes les difficultés, n'étaient pas seulement des constructions éminemment dignes d'attirer et de retenir l'attention des artistes ; mais encore ces mêmes constructions conventuelles rencontraient parmi les moines qui s'y trouvaient plus de chroniqueurs ou de biographes, pour en faire élogieusement l'historique ou parfois même la description, qu'il ne s'en trouvait dans les Chapitres des cathédrales ou des collégiales pour transmettre à la postérité des récits concernant la reconstruction de ces derniers monuments.
Moins nombreux sont les textes de chroniques, les gestes d'évêques, les écrits de biographes ecclésias- tiques qui se rapportent à des reconstructions de cathé- drales. Ceux que nous possédons concernent d'abord, et de beaucoup, des églisesépiscopales situées dans les con- trées du Nord de la Loire. Ce sont, pour citer ici celles dont nous parlent les sources susdites, dans la région du Nord de la France, les cathédrales de Cambrai, de Thérouanne et de Laon ; dans le Nord-Ouest, celles d'Evreux et surtout de Coutances, en Normandie ; dans l'Ouest, celles du Mans etd' Angers, et sur les bords delà Loire, celle d'Orléans. Mais, à l'inverse de ce que nous venons de constater plus haut pour les églises abbatiales, la région de l'Est ne nous a pas offert, du moins dans les limites chronologiques que nous avons cherché à suivre, de documents comparables, en général, à ceux qui proviennent des contrées que nous venons de mentionner. Il faut toutefois faire une exception très notable pour les textes relatifs à la ca- thédrale, au palais épiscopal et aux châteaux-forts ou manoirs des évêques d'Auxerre. Si maintenant nous nous tournons dans la direction du Sud-Est, la présente catégorie de sources ne nous offre guère de textes à signaler que pour la cathédrale, le palais épiscopal et
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certaines églises de Lyon. Le Midi languedocien est assez bien représenté dans cette même catégorie, grâce aux documents qui sont arrivés jusqu'à nous touchant les constructions religieuses, militaires et civiles entre- prises par les soins des évêquesde Maguelone. Gomme la région du Centre, celle du Sud-Ouest est très pauvre en textes de ce genre : signalons toutefois de très courts extraits concernant la cathédrale d'Angoulême et d'autres constructions dont on est redevable aux évêques de cette ville.
En ce qui concerne les églises collégiales, elles se trouvent représentées à plusieurs reprises dans notre Recueil, notamment par des textes qui appartiennent à la catégorie de sources dont nous nous occupons actuellement. Deux d'entre elles surtout sont à signaler ici pour l'intérêt architectural qu'elles offrent, à savoir, celles de Saint-Hilaire de Poitiers et de Saint-Front de Périgueux.
Si l'histoire de l'architecture religieuse gagne beau- coup à l'utilisation des sources narratives et descrip- tives, on peut dire que, toute proportion gardée, celle de l'architecture militaire est encore plus redevable à ce groupe de documents : car c'est presque exclusive- ment à cette catégorie qu'appartiennent, pourla période que nous avons étudiée, les textes d'où l'on peut tirer des indications partielles sur les progrès qui se sont accomplis dans ce genre d'architecture. Bien inférieures sous ce rapport sont les sources diplomatiques et les sources législatives que nous avons mises aussi à con- tribution. Gomme il faut s'y attendre, la partie de la France qui est située au Nord de la Loire est de beau- coup celle pour laquelle les textes de ce genre offrent le plus de renseignements, malgré de très grandes et d'inévitables lacunes.
XXVI INTRODUCTION
^^ Sources diplomatiques. — Les sources diploma- tiques que nous avons utilisées sont des bulles pontifi- cales, des diplômes royaux, des mandements seigneu- riaux, des chartes épiscopales, des marchés et devis, des extraits de registres capitulaires, ou bien encore des actes transcrits dans des cartulaires. Cette caté- gorie de documents, dont beaucoup sont assez courts, est dans son ensemble moins considérable que la pré- cédente. Elle présente toutefois une réelle importance dans bien des cas, soit au point de vue de Thistoire monumentale proprement dite, soit au point de vue de la condition des architectes ou des ouvriers attachés aux constructions. La plupart de ces documents se répar- tissent entre les régions de TIle-de-France, de l'Ouest, du Centre et de l'Est de la France. Quant à la région du Midi, que l'on sait être assez pauvre en cartulaires, comme elle l'est aussi en chroniques, elle peut reven- diquer pour elle certains actes ^ très intéressants qui relèvent de la présente catégorie et dont l'authencité est indiscutable.
3° Sources législatives et administratives. — Les sources législatives et administratives que nous avons mises à contribution émanent principalement de l'au- torité ecclésiastique, séculière ou régulière. Ce sont notamment des canons de conciles ou de synodes, des statuts d'ordres religieux, des règlements conventuels ou épiscopaux. Les Coutumes de Cluny sont le plus important et le plus caractéristique des documents de ce genre ; elles contiennent des statuts relatifs au plan, aux dimensions et à la décoration de l'église principale.
1. Voy. entre autres les n»* XXIII, LXV et ÇXII, qui concernent les cathédrales d'Aix et de Vienne, celle d'Avignon et l'abbaye de Saint-Ruf de cette dernière ville.
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ainsi que des chapelles et des divers bâtiments conven- tuels dudit Ordre. Ce texte appartient, comme nous le montrons, au second quart du xi® siècle (avant 1049). Rares sont les dispositions d'ordre féodal et militaire que nous trouvons édictées dai\s les documents qui relèvent de la présente catégorie. Nous voyons cependant que dans l'un de ceux-ci, on réglementa d'après la Coutume de Normandie, dans un concile de Lillebonne de l'an- née 1080, diverses matières d'ordre technique, qui étaient relatives aux châteaux-forts et aux fortifica- tions en général.
4" Sources épistola,ires. — Les sources épistolaires forment un quatrième groupe de documents qui com- prend des lettres écrites ou échangées, pendant le xi*^ et le XII* siècle, par divers personnages ecclésiastiques, appartenant au clergé séculier ou régulier. Ces précieux documents nous instruisent au sujet de l'histoire de certaines grandes constructions religieuses, comme le font les lettres de Fulbert, évêque de Chartres, touchant la reconstruction de sa cathédrale, ou l'épître en vers latins ' de Raoul Tortaire sur la cathédrale de Rayeux, ou bien encore la lettre de Raudri, archevêque de Dol, au sujet de labbaye et du château de Fécamp, où l'é- loge de la nature pittoresque s'ajoute à l'intérêt si vif qu'offre ce document épistolaire pour l'historique de l'abbatiale de la Trinité. A un autre point de vue, signa- lons la correspondance de Geoffroi, abbé de la Trinité de Vendôme, avec Hildebert de Lavardin, évêque du Mans, qui nous montre cet abbé priant à plusieurs reprises Hildebert de renvoyer à son abbaye un moine
1 . Voy. ce texte dans les Additions placées à la fin de notre volume.
XXVIII INTRODUCTION
nommé Jean, très habile dans l'art de rarchitecture, qu'il avait consenti à mettre pendant un certain temps au service d'Hildebert, pour l'aider dans les cons- tructions religieuses qu'il faisait élever au Mans. Ce qui rend encore plus attachante la lecture de ces docu- ments épistolaires, c'est que leurs auteurs, qui sont presque tous des personnages très considérables, parlent en témoins oculaires de faits et d'événements auxquels ils ont été mêlés, et que leurs témoignages ont pour nous une valeur authentique indiscutable.
5" Sources ayant un caractère liturgique et symbo- lique. — Nous avons rangé dans ce groupe quelques documents qui ont un caractère particulier, ou bien à la fois liturgique et symbolique, ou bien simplement symbolique. Ces sources ne sont représentées que par un nombre de textes tout à fait restreint, mais qui sont loin d'être sans intérêt, comme on peut s'en con- vaincre. C'est ainsi que nous citerons, pour la fin du premier tiers du xi" siècle, l'extrait d'un sermon rela- tif à la symbolique et à la consécration d'une église monastique prononcé par Adémar de Chabannes le jour commémoratif de la dédicace de Féglise du Saint Sauveur, à Saint-^Martial de Limoges ; c'est aussi le seul document de genre oratoire, qui ait trouvé place dans notre Recueil. Nous citerons encore, pour la seconde moitié du même siècle, un curieux extrait des gestes des abbés de Saint- Trond, qui concerne la sym- bolique générale de l'architecture religieuse.
^° Sources épigraphiques. ^- Nous ne pourrions pas dire que les inscriptions forment un sixième et dernier groupe de documents, tant est limitée la part que nous avons dû leur faire dans notre Recueil. C'est
INTRODUCTION XXIX
que ce genre de documents devrait fournir à lui seul la matière d'un recueil spécial, et l'espace nous aurait manqué pour assigner à ces textes la place qui aurait pu leur revenir. Toutefois, il arrive que, pour certains monuments, il existe des inscriptions relatives à leur construction ou à leur décoration, alors que l'on constate à leur sujet dans les autres documents de l'époque que nous étudions une véritable disette de renseigne- ments : c'est le cas de quelques églises cathédrales ou conventuelles du Midi de la France. Il arrive encore que de brèves mentions épigraphiques s'ajoutent à de rares indications tirées d'autres textes n'offrant, pour certains édifices, que des données historiques très fragmentaires : c'est le cas, par exemple, pour l'ancien château de Blois. Lorsqu'il en est ainsi, nous avons cru devoir faire exception à la règle que nous nous étions tracée, et nous avons été amenés à insérer dans notre Recueil quelques textes épigraphiques.
8. — Enfin, si l'on tire d'un certain nombre de nos documents des renseignements qui intéressent à un degré inégal la technique des constructions pendant la période que nous avons étudiée, nous n'avons pas à signaler ici de source technique proprement dite, de formulaire de construction, comme, par exemple, celui que nous avons fait connaître et commenté ailleurs pour l'époque Carolingienne K Quant aux comptes de construction, où l'on peut puiser des indications souvent utiles pour la technique architecturale ou la lexicographie archéologique, ils n'apparaissent guère
i. Un Formulaire du VIIl^ siècle pour les fondations d'édifices el de ponts, d'après des sources d'origine antique, publ. par V. Mortel ; Paris, Picard, 1908, br. in-S" (Extr. du Bulletin monumental, t. LXXI, 1907).
XXX INTRODUCTION
avant le dernier tiers du xii® siècle, période que nous n'abordons qu'accessoirement, comme nous l'avons dil, et à l'occasion de certains textes seulement. Les comptes anglo-normands offrent alors des spécimens remarquables de cette catégorie de documents. Nous avons eu l'occasion d'en donner un très court frag- ment (1171-1172), à la suite d'un précieux texte du XI® siècle, relatif au château de Hastings (Angleterre). Enfin, l'on sait que les chansons de geste offrent par- fois des passages qui intéressent la technique ou la lexicographie de l'architectecture militaire. Nous en donnons quelques extraits que, vu leur brièveté, nous avons dû rapprocher, dans nos notes, de quelques- uns des textes latins que nous avons publiés ; ces fragments peuvent servir à les interpréter.
IV
CONCLUSIONS GENERALES.
Nous n'avons pas à faire ici, même à grands traits, une esquisse proprement dite des progrès accomplis en France dans l'art monumental, pendant la période qui nous occupe. Nous devons seulement indiquer par les exemples les plus frappants quelle lumière les textes que nous avons étudiés peuvent jeter sur l'évo- lution qui modifia pendant cette période l'art de l'ar- chitecture, et sur les traits les plus saillants que pré- sentait alors la condition des architectes et des cons- tructeurs en général. Il sera facile à nos lecteurs, grâce au Répertoire archéologique des matières que nous avons joint à notre Recueil, d'ajouter des détails
INTRODUCTION XXXI
précis à ce que notre court exposé d'un sujet très complexe aura nécessairement d'incomplet.
9. — Le témoignage des textes s'ajoute à celui des monuments et des vestiges matériels du passé pour faire voir que le xi*^ siècle offrit en France le spectacle d'un très grand mouvement de construction et de reconstruction d'églises et de monastères, de donjons et de châteaux ; ce double témoignage montre aussi que l'architecture civile ainsi que l'architecture publique participent à ces transformations, qui sont la conséquence d'un nouvel état de choses. La période de sécurité relative qui succéda aux terribles invasions des pirates normands, les nombreuses restaurations de sanctuaires ' détruits par leurs ravages, la multiplica- tion des rapports entre les églises, notamment entre celles qui sont monastiques, la création de nouvelles et importantes abbayes, de paroisses et d'oratoires dépendant de couvents, d'évéchés ou de châteaux, le culte de plus en plus répandu des reliques, les pèle- rinages, l'organisation défensive de la puissance féo- dale, l'accroissement de la population, enfin la fonda- tion, l'agrandissement et la diffusion de centres urbains et ruraux, favorables au groupement et à l'expansion continue des métiers, voilà autant de causes politiques, religieuses, militaires, sociales et économiques, qui favorisèrent les progrès multiples de l'art monumental
1. Voy. sur ce point un certain nombre d'indications tirées des textes par A. Champollion-Figeac, Documents paléographiques rela- tifs à Vhisloire des beaux-arts, p. 217-223. — En ce qui concerne la Normandie, en particulier, entre les années 1050 et 1060, le chroni- queur Guillaume de Jumièges signale en ces termes la ferveur reli- gieuse qui poussait les seigneurs à faire bâtir des églises dans leurs domaines : « Unusquisque optimatum certabat in praedio suo eccle- sias aedificare » {Hist. Normann., 1. VI, c. XXII). Cf. J. Quicherat, Mélanges d'archéologie, moy.âge, p. 146.
XXXII INTRODUCTION
en France, sous ses différents aspects, à l'époque des premiers rois Capétiens. Ainsi l'on peut dire que, lorsque Louis VI monta sur le trône en 1108, beau- coup d'églises romanes importantes avaient été achevées ou rebâties \ d'autres se continuaient ou allaient être bientôt l'objet d'une meilleure reconstruction. C'est du XI'' siècle que date un règlement général, un devis des criptif de construction, un devis-type, celui de l'église et des bâtiments abbatiaux de Cbmy, d'une impor- tance telle que le xii'' siècle ne nous en a pas laissé qui lui soit comparable; nous avons essayé de fixer l'époque de sa rédaction- avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent. C'est du dernier quart de ce siècle, de 1088 environ, qne date aussi la recons- truction de l'abbatiale de Cluny'\ l'un des édifices les plus grandioses qui aient existé, et qui, dans son œuvre romane, ne fut terminé que vers la fin du premier tiers du xii^ siècle. Sans doute, les progrès dans les constructions ou reconstructions d'édifices religieux ou autres ne sont pas uniformes ; il faut tenir compte des moyens pécuniaires dont disposent les établisse- ments religieux, les églises séculières ou les seigneu- ries, du zèle variable de ceux qui sont à leur tête, des ressources géologiques de valeur très diverse, du talent inégal des architectes, de l'entraînement des esprits vers les œuvres d'art, qui était plus ou moins accen- tué suivant les régions. Ce qu'on ne saurait contester, c'est que l'art roman, jusque-là très simple et encore
1. Les chroniques attestent qu'un certain nombre de celles-ci furent la proie des flammes « évidemment par le fait de leur cou- verture en charpente » (J. Quicherat, Mél. (V archéologie, p. 435).
2. Voy. le n" XXXVIII (n. 1 de la p. 132). Cf. notre communica- tion au Congrès du Millénaire de Cluny, en 1910 : Note sur la date de rédaction des Coutumes de Cluny dites de Far fa.
3. Voy. len°XCI.
INTRODUCTION XXXIII
rude dans sa robustesse, s'épanouit à partir de la fin du xi^ siècle et progresse avec une extrême variété dans la première moitié du xii® siècle. Déjà, vers le com- mencement du second quart de ce siècle, nous trou- vons une preuve indirecte, mais irrécusable de ce développement si varié dans un document des plus significatifs V Apologia ad Guillelmum^ de saint Ber- nard, où Tabbé de Glairvaux dirige ses observations et ses critiques les plus vives contre le luxe et la prodigalité dans la construction et la décoration des églises et des cloîtres de son temps, tandis qu'en un autre de ses écrits, qui n'est guère connu, il attaque le faste et les dimensions exagérées des palais épisco- paux '.
10. — Un caractère frappant de l'activité architec- turale qui va régner au xi" siècle et qui s'annonce déjà dans le dernier quart du siècle précédent, c'est l'emploi de plus en plus répandu de la pierre qui se substitue progressivement, mais non d'une façon absolue, il s'en faut de beaucoup, à l'usage du bois dans la construction des édifices. On peut dire que c'est là, depuis la fin de l'antiquité et l'époque barbare, un « nouvel âge de la pierre » qui commence vérita- blement. Nous voyons souvent dans les textes du xi", comme dans ceux du xii", que les chroniqueurs ou les rédacteurs de chartes ont soin de mentionner en quel genre de matériaux •^, des bâtiments tels qu'é-
1. Voy. len°CXLIII.
2. Ibid. (p. 367, n. 3).
3. Il s'agit surtout ici, soit de la pierre, soit du bois. Sur la persis- tance de l'emploi de la brique dans certaines contrées, voy. le n° XLIX, p. 172, n. 3. Pour de petites constructions faites de terre, voy. notre Répertoire archéologique des matières, v» Terre.
XXXIV INTRODUCTION
glises, chapelles ou oratoires, donjons ou châteaux, maisons privées, ou bien encore des ponls ont été con- struits ou reconstruits ^ C'est que la région dont ils nous entretiennent est encore dans la période de tran- sition du bois à la pierre, pour des constructions diverses. Si l'emploi de la pierre avait été universel, ils n'auraient pas eu soin de préciser quel genre de matériaux a pu servir à ces constructions. Que l'on veuille bien se reporter au Répertoire archéologique qui est à la fin de notre Recueil (v*^ Bois, v*^ Pierre), et l'on pourra se convaincre à l'aide d'exemples précis que l'emploi du bois, si fréquent ^ au ix^ et au x*' siècle, s'est partiellement conservé pendant un temps plus long et dans plus de pays de l'ancienne France que beaucoup de personnes ne le supposeraient encore aujourd'hui. Le nombre et l'étendue si considérable des forêts d'alors facilitaient aux seigneurs, comme les documents nous le montrent, de fréquentes conces- sions de bois de construction à des établissements religieux, à des prieurés, par exemple ; les monastères trouvaient ausèi dans leurs domaines de quoi subvenir à des constructions rapides et économiques pour leurs habitations rurales, leurs ateliers et dépendances.
1. Aux exemples que nous donnons dans notre Recueil de la sub- stitution delà pierre au bois dans de petites églises ou chapelles du XI* siècle, il convient d'en joindre ici un autre qui est relatif à l'Ile- de-France et s'applique à Châteaufort (c. du cant. de Palaiseau, arr. de Versailles). Nous voyons qu'en 1069 une église canoniale, cons- truite en pierre [hasilica lapiclea), y remplaça une petite chapelle de bois [Recueil des actes de Philippe I"^ roi de France, publ. par M. Prou, 1908, noXLII, p. 118).
2. Pour la région tout à fait septentrionale de la France, pour la Flandre et les anciennes provinces de la Belgique, voy. God. Kurth, Notger de Liège et la civilisation au X^ siècle, t. I, ch. XV, p. 302. On trouvera dans cet ouvrage (/oc. cit. et p. suiv.) une liste d'églises de bois de ces contrées, dont beaucoup furent remplacées par des églises de pierre pendant la période qui va du x« au xii* siècle inclu- sivement.
INTRODUCTION XXXV
Si le renouvellement des églises signalé par Raoul Glaber et par le chroniqueur de Saint-Remi de Reims doit être certainement reporté en se^ premiers essais et tâtonnements, dans la seconde moitié du.x*" siècle, nous observons à l'aide des textes que l'emploi des lambris, des plafonds de bois ou des charpentes inté- rieures apparentes, autrement dit des laquearia \ persiste non seulement dans de simples édifices reli- gieux, mais dans des églises considérables, cathédrales et abbatiales, au xi^ siècle et même encore parfois pendant la première partie duxii''. Toutefois, pour la reconstruction de ces églises, on voit se manifester, dans certains cas, une tendance marquée et comme une sensible aspiration vers une hauteur plus grande à donner aux dispositions intérieures des nefs de ces monuments ', en renforçant la solidité de leurs appuis. D'autre part, l'emploi de la voûte encore assez peu répandu, comme on sait, pendant le xi" siècle, est signalé dans un certain nombre de nos textes. La voûte était utilisée pour la couverture des cryptes ; on se servait aussi de ce procédé pour couvrir le sanctuaire \ l'abside * d'églises importantes, quelquefois les bas- côtés •' ou même, comme un précieux texte nous le montre, les bras d'un transept '% près de la tour qui en
1. Voy. ce terme au Glossaire. Voy. aussi les textes concernant notamment les cathédrales d'Angers, d'Auxerre, de Cambrai et du Mans, les abbatiales de Saint-Benoît-sur-Loire et de Saint-Remi de Heims, ainsi que la collégiale de Saint-IIilaire de Poitiers.
2. « Interioris templi fastigiis aZ^jus elevatis », dit le chroniqueur de Saint-Remi de Reims (n° Vlll, p. 41-42). — « Laquearia... bre- vesque fenestras longiores renovavit », lit-on dans un texte relatif à la cathédrale de Cambrai (n" XVII, p, 68).
3. Voy. le n" XXV, p. 93, etXLVlI, p. 1."j8.
4. Voy. le n° II, p. 8, et XLVII, p. lo8. "). Voy. le n° VI, p. 31.
6. Voy. le n° LXVI, § 3, p. 214 (texte relatif à l'ancienne cathédrale romane de Cantorbéry, rebâtie par les soins de l'archevêque Lan- franc, d'origine normande).
XXXVI INTRODUCTION
surmontait la croisée; on observe encore l'usage de la voûte dans des rotondes ^ d'oratoires, genre de cons- truction qui n'était pas très fréquemment employé. A côté d'exemples de voûtes dont nos documents attestent l'existence, notamment dans la région de la Loire, dans celles du Nord et de l'Est, nous rencon- trons aussi, semble-t-il, dans une contrée septentrio- nale de notre pays, un très ntéressant exemple 2, que nous offre alors la nef d'une abbatiale, de la combi- naison d'arcs de pierre et de combles : système pré- sentant de réels avantages pour protéger cette partie de l'église contre les atteintes du feu, qui dévastait si souvent les lambris et les tentures des monuments reli- gieux. Les textes nous montrent que, lorsqu'il s'agit d'églises de bien moindre importance^ , de chapelles ou d'oratoires monastiques, ces constructions peuvent être quelquefois recouvertes d'une voûte sur la nef : car l'étendue restreinte de ces édifices facilitait l'appli- cation de ce procédé de construction. A mesure qu'on approchait de la fin du xi*^ siècle et qu'on arrivait aux premières années du siècle suivant, les constructeurs durent s'enhardir à construire des voûtes de façon à couvrir ainsi un espace de plus en plus considérable. C'est ainsi qu'à Saint-Martial de Limoges ^, nous voyons l'abbé Adéinar, qui gouverna ce monastère de 1063 à 1114, faire jeter une voûte sur la nef de son
1. Voy. au Répertoire archéologique l'article Rotonde. — A Saint- Benoît-sur-Loire, vers la fin du xi" siècle, on s'était ingénié à ériger à une certaine hauteur, à droite dans l'église, une couverture de j)ierre, de forme hémisphérique : « fornicem mirae altiludinis in dextra ipsiusecclesiaeerigere... in modurn hemisphaerii » (n" II, p. 12).
2. Voy. le n" XXXIV, p. df8, relatif à l'abbatiale de Saint-Bertin.
3. Voy. le n" VII, § 36, et surtout aux Additions, à la fin de notre volume, le texte relatifà l'église de Perrecy-Ies-Forges, en Charolais, d'après les Miracula S. Benedicti,l. VIII, c. xl, éd. de Certain, p. 345.
4. Voy. le n° XV, p. 59.
INTRODUCTION XXXVII
église abbatiale. lien fut de même pendant le premier tiers du xii*^ siècle, à la cathédrale de Durham ^ ainsi qu'à l'église collégiale de Saint-Hilaire de Poitiers ~.
Enfin l'on constate que, si dans les petites églises, comme dans des chapelles prieurales, — sans parler ici des premières églises des Cisterciens, — il arrivait maintes fois que l'ensemble de la construction était en bois, l'emploi de la pierre s'y substituait progressive- ment. Nous en avons des preuves pour la contrée de l'Orléanais pendant le premier tiers du xi" siècle, et aussi pour d'autres contrées situées au nord de la Loire, notamment dans la partie tout à fait septentrionale de la France, comme encore dans l'Ouest, le Maine, la région Dunoise, l'Anjou. Nos textes confirment nettement ce fait que, dans ce dernier pays, le renouvellement des églises ne se fit que tardivement, sous l'empire de vieilles traditions '^ ; nous voyons même, chose très digne de remarque, que dans la contrée angevine des Mauges, une chapelle de pierre en mauvais état fut remplacée avant la fin du premier quart du xi*' siècle, par une église de bois, mais de plus grande dimension^: nous ne connaissons pas d'autre exemple de ce genre de substitution. Ce que nous constatons en outre avec les textes, c'est que des raisons d'économie poussaient les moines, dans certains cas, à faire édifier en bois des chapelles ou oratoires, sauf à les faire rebâtir plus tard en pierre, moyennant de nouvelles ressources^.
1. Voy. le no XCVIII, § 2, p. 287.
2. Voy. le n° XXXIX, § 2, p. 142.
3. Voy. J. Quicherat, Mél. d'archéologie, p. 436. Voy. aussi le n° XXII relatif à la reconstruction de la cathédrale d'Angers (xi« et XII* siècles).
4. Voy. le n" IV. Ces faits se rapportent aux années 1013-1022 environ.
5. Voy. le n° CVl. Cet acte date de 1098 environ.
XXXVIÏI INTRODUCTION
11.— L'une des causes qui agirent efficacement sur le développement de l'architecture religieuse, sur l'em- ploi progressif de la pierre et de la voûte, dans le cou- rant du xi*^ siècle, fut à coup sûr le culte des reliques qui revêtit alors une splendeur incontestable. Ce fut, comme nos documents en font foi, pour vénérer et protéger contre la ruine des tombeaux de saints, en l'honneur desquels on avait construit des églises ou des oratoires, que ces lieux de dévotion furent agrandis, transformés, embellis, et que des églises considérables s'élevèrent, en débordant l'ancienne enceinte sacrée qui était devenue trop étroite. Pour que la dévotion aux saints trouvât un aliment fécond et qu'elle s'en- tretînt activement dans les lieux de pèlerinage, il fal- lait qu'il y eût des traces visibles de leur présence dans les contrées où ils étaient honorés : de là le zèle attesté par nos textes, que l'on mit à se procurer des reliques; de là aussi, des preuves multiples de la reconstruction de cryptes, d'absides, ou bien d'églises entières.
12. — Pendant le premier quart du xi^ siècle, le mouvement de rénovation des édifices religieux s'ap- pliqua surtout aux églises abbatiales ou simplement monastiques, qui employèrent à cet objet la part prin- cipale de leurs ressources. Quant aux cathédrales, c'est, sauf exception^, vers la fin de cette période et particu- lièrement aux environs de l'année 1030' que les textes nous les montrent dans les régions du Nord, de l'Ouest, de l'Est, comme dans celles du Midi, partici- pant activement au courant de reconstruction qui s'af-
1. Voy., par exemple, le n" I, au sujet de la cathédrale d'Orléans, avant 1004 environ.
2. Voy. nos textes: vers 1023 et 1024, vers 1030 (n° XVII et suiv,).
INTRODUCTION XXXIX
firme de plus en plus. Unirait nouveau qui caractérise un grand nombre de chefs d'abbayes du xii^ siècle, c'est qu'ils sont devenus des abbés bâtisseurs, parfois même grands bâtisseurs d'églises. La reconstruction d'une église abbatiale et des bâtiments monastiques qui l'avoisinent tend à devenir l'œuvre par excellence d'un abbatiat, opus aedi/iciale^ pour employer une expression tirée du cartulaire de Saint-Bertin ^ Entraî- nés par le même courant, animés d'une commune émulation dans l'intérêt de leurs cathédrales, au xi" siècle d'abord, puis au xii", les évêques les rebâ- tissent sur un plan agrandi, dans des formes perfec- tionnées, d'après le témoignage des chroniques, et plusieurs d'entre eux laissent la réputation de grands constructeurs, comme Fulbert, à Chartres, Gérard I^"" deFlorines et Gérard II, à Cambrai, Geoffroi deMont- bray, à Coutances, Hildebert de Lavardin, au Mans, et plus tard Hugues de Noyers, à Auxerre, et Mau- rice de Sully, à Paris, pour ne citer ici que des prélats renommés.
Les textes nous montrent qu'en maintes occasions abbés et prélats ne s'occupaient pas seulement de diriger leurs nouvelles constructions, mais qu'ils en- traient eux-mêmes dans la préparation ou les détails des travaux matériels de leurs entreprises : tel, au xi" siècle, l'évêque de Cambrai, Gérard P' deFlorines, qui va à la recherche de carrières, ainsi que le fera plus tard Suger, abbé de Saint-Denis ; tel encore, dans le second tiers du xii^ siècle, Pierre, abbé d'Andres, près de Boulogne-sur-Mer, qui prend part, lui aussi, avec des instruments de mesure, à l'œuvre de ses tailleurs de pierre. Ils nous font voir
1. Voy. le 11° XXXIV, p. 122.
XL INTRODUCTION
en outre, des moines, des clercs d'églises, des nobles entrés dans les ordres par esprit de pénitence, faisant office de maçons et même d'aides-maçons K Ils nous montrent enfin le zèle enthousiaste des populations venant seconder le zèle des abbés rebâtisseurs d'églises. On n'ignore pas qu'à ce dernier point de vue, certains documents concernent surtout l'année H45^, et parti- culièrement les régions Normande, Chartraine et de l'Ile-de-France^. Ce que l'on sait moins, c'est que déjà au xi^ siècle, il y avait eu des exemples de con- tribution personnelle et de coopération manuelle, faite avec enthousiasme, aux transports et charrois de ma- tériaux, en vue de constructions monastiques, dans la région de l'Est, au diocèse de Reims, et dans celle du Nord-Est, au diocèse de Liège ^. Les textes qui se rap- portent à l'année 1145 nous font assister aussi à l'or- ganisation de confréries de paix, ayant pour but de participer à l'édification des églises ; et l'on était d'au- tant plus porté à former des associations pour ces constructions religieuses, que l'on regardait comme des ^ctes très méritoires les travaux manuels souvent très durs, qui étaient entrepris dans cette intention. Mais nous constatons déjà antérieurement l'existence de ces confraternités ou associations pieuses de fidèles pour la construction, la réparation ou la décoration des sanc-
1 . Voy. le n° IX relatif à la construction de l'abbaye de Saint- Vanne, et mentionnant l'exemple donné par Frédéric, comte de Verdun, frère de Thierry I»"", duc de Lorraine.
2. Voy. la Lettre de l'abbé Ilainion sur la construction de l'église de Saint-Pierre-sur-Dive, adressée en 1 1 io aux religieux de Tut- bury [Angleterre), publ. par L. Delisle (1860). Voy. aussi la C/irontyue de Robert de Torigni, éd. par le même, p. 238, et Bouquet, Ilist. de Fr., t. XIV, p. 318-319. Cf. la récente étude, très documentée, de Cl. Verley, Quelques aspects de la dévotion à Notre-Dame au moyen âge, dans les Etudes de la Compagnie de Jésus, t. CXXV (1910), p. 161-178.
3. Voy. le n» VIII.
4. Voy. les n»» XLVII et CLIII.
INTRODUCTION XLI
tuaires, qu'il s'agisse de cathédrales ou d'églises monas- tiques, de collégiales ou d'églises paroissiales. Les exemples que nous en avons recueillis concernent aussi bien le xi" siècle que le xii", et ils s'appliquent à des contrées diverses du Nord comme de l'Ouest, du Midi comme du Sud-Est delà France.
13. — Si maintenant, en nous plaçant ici notam- ment au point de vue de l'architecture monastique, qui l'emporte en général, au xi'' siècle, sur l'archi- •tecture séculière, nous recherchons les causes qui firent se répandre et se poursuivre d'une façon active les constructions d'églises hors des villes et des chefs-lieux conventuels, nous pouvons discerner, à l'aide des textes, comme facteur essentiel de ce mouve- ment d'expansion, l'influence des missions de moines qui rayonnèrent de centres monastiques importants sur les diverses contrées de notre pays, et qui fon- dèrent dans des endroits encore incultes ou dépourvus de voies de communication, des églises et des chapelles, en s'inspirant des procédés en usage dans les milieux d'où elles essaimèrent ' . Les moines émigrants conser- vaient des rapports avec les maisons-mères, et parmi eux des constructeurs, des artistes propageaient leur façon d'opérer en architecture, en sculpture et en d'autres arts. Ce n'est pas tout. Les textes du xi*' siècle, en particulier, nous font voir des missions de moines de l'Ordre de Cluny qui partent pour l'étranger, en Angleterre, par exemple, où on les appelle au moment de la Conquête normande ; elles édifient hors de notre pays des églises qui sont parfois d'une certaine impor-
1. Voy. dans notre Répertoire archéologique des matières les articles Missions, Influence architecturale.
XLII INTRODUCTION
tance, même de véritables monastères, et non pas seulement de modestes oratoires ou des sanctuaires ruraux .
Mais, d'autre part, le luxe et la somptuosité des grandes églises Glunisiennes, l'aisance et la richesse de beaucoup de monastères de cet Ordre amènent à la longue une réaction très marquée, dont nous voyons les preuves dans la fondation de nouveaux Ordres reli- gieux d'une nature rigide et austère : tels sont pen- dant le cours du dernier quart du xi*^ siècle, celui des Chartreux ', dont nous donnons les statuts concernant* les chapelles et les bâtiments , monastiques, celui de Grandmont-, dont l'influence fut très limitée, et sur- tout celui des Cisterciens-^, dont les couvents, à la diffé- rence de ceux de Cluny, se fondent par colonisation plutôt que par affdiation. Les prescriptions relatives à leurs églises et à leurs habitations monacales reflètent la sévérité de leurs règlements généraux. Nos docu- ments permettent de suivre les premières étapes d'une évolution, qui avec le temps s'écartera parfois du pro- gramme initial de leur fondateur, et cela dès le xii^ siècle, sans aller plus loin. Les premiers adeptes de la vie Cistercienne se sont groupés, et nous voyons d'assez bonne heure les plus modestes installations en branchages de bois, improvisées pour un petit nombre de religieux, se transformer en couvents, les petites chapelles en églises, et, de même, les . matériaux de bois en matériaux de pierre, afin de pouvoir donner un abri plus durable à un plus grand nombre de reli- gieux.
1. Voy. ibid., l'art. Chartreux.
2. Voy. le n" CXXXIV.
3. Voy. au Répertoire archéologique l'art. Cisterciens.
INTRODUCTION XLIII
14. — Si celles des églises du xi^ siècle qui sont con- struites en bois ne se présentent guère à nous qu'avec des proportions restreintes, comme en avaient des cha- pelles ou des oratoires, il n'en est pas de même de l'architecture militaire pendant la même période. Les donjons primitifs, construits sur des hauteurs natu- relles et souvent sur le roc, ou bien sur des monticules de terres rapportées, autrement dit sur des mottes, carrés ou rectangulaires, avec étages* tout en planches ou en charpentes ' , ont déjà un aspect imposant ; ce sont les types embryonnaires des futurs châteaux féo- daux. Dès le commencement du xi^ siècle, les chroni- niqueurs signalent aussi des constructions défensives, faites en pierre % perchées sur des hauteurs abruptes, et protégées par les bords escarpés d'un ravin. Toutefois, les donjons de bois, dont le ix*' et le x*' siècle avaient connu souvent l'emploi, restent encore nombreux au xi^. Assez aisément détruits, on les rebâtit facilement ; on les surélève, on leur donne plus d'importance ; on en fonde encore dans la seconde par- tie de ce siècle. A mesure que l'on avance dans cette période, et que le besoin de plus solides défenses se fait sentir, on tend à les remplacer par des donjons de pierre. Les chroniques du xi^ siècle, puis celles du xii", marquent cette transformation graduelle, d'une progres- sion de plus en plus marquée, lorsqu'ils opposent ^ les turres, aubie^ domus hpideéie, ou bien encore ïopus lapideum, aux tiirres, domus lignene^ ainsi qu'aux lignea castella, sans parler ici d'importantes rési-* dences seigneuriales ou épiscopales, appelées quelque-
1. Voy. le n" II, §4; cf. le n° LIV. L'étage supérieur du donjon élait occupé par le seigneur et sa famille (n'' II, § 4 et n" X, § 2).
2. Voy. le n» II, §i.
3 Voy. len» XXXI, etibid., p. 113. n. 2; vov. aussi les n»^ XIX, LX, CXXV et CXXVIII. .
XLIV INTRODUCTION
fois domicilia ou palatia, ces dernières étant, bien entendu, des édifices de pierre. Dans le dernier quart du xi" siècle, puis dans les premières années du xii^, les textes des chroniqueurs nous font aussi apercevoir la progression considérable des châteaux-forts et des camps retranchés dans la Normandie, le Maine, le Vexin, rile-de-France, le pays Ghartrain et la région de la Loire. Ce sont principalement les donjons de bois qui, dans la'région tout à fait septentrionale de la France ou dans son voisinage immédiat, sont l'objet des plus précieuses descriptions des chroniqueurs. 11 convient ici de mettre en relief celle que nous a laissée Lambert d'Andres ^ au sujet du donjon à motte ou, pour mieux dire, du palais de bois que s'était fait con- struire Arnoul, seigneur d'Ardres, et dont Texécution remarquable fut confiée à un maître architecte- charpentier de Bourbourg (près de Dunkerque). Si cette description pittoresque est surtout intéressante au point de vue des aménagements intérieurs de cette construction, qui date du premier quart du xii" siècle, une autre narration contemporaine et fort curieuse aussi, nous montre le donjon à motte de Merckem 2, en Flandre, surtout dans ses dispositions extérieures, qui prêtent à des rapprochements suggestifs avec cer- taines figurations de la Tapisserie de Bayeux. Pour les châteaux de pierre et les fortifications urbaines, les chroniques de Flandre nous offrent des textes qui sont à rapprocher de ceux qui, en nombre plus consi- dérable, intéressent surtout la Normandie^ pendant le
i. Voy. le n° LIV. Sur la valeur particulière et le caractère si ori- ginal de cette chronique, voy. J. Quicherat, dans la liev. archéolo- gique, XII* année (1856), 2" part., p. 630, et A, Luchaire, dans ï Histoire de France d'E. Lavisse, t. III, p. 331.
2. Voy. len»CXV.
3. Voy. les n°« XCII et CXXII.
INTRODUCTION XLV
dernier quart du xi^ siècle et le premier tiers du siècle suivante Quanta la région du Vexin, de l'Ile-de-France et du pays Ghartrain, nous avons recueilli des rensei- gnements relatifs aux fortifications de Gournay-sur- Marne, de la Roche-Guyon, ainsi que du Puiset ~ ; d'autres concernent, dans l'Orléanais, le Blésois et la Touraine, outre le donjon de bois de la Motte-Mont- boyau -^Jes châteaux de pierre de Blois*, de Monlrichard et de Ghaumont-sur-Loire ^, et, vers le Sud-Ouest, dans l'Aunis, à l'île d'Aix, celui de Ghâtel-Aillon *', avec sa haute tour maritime.
15. — Mais ce ne sont pas seulement les châteaux qui sont alors l'objet de fortifications et de défenses. Nous avons déjà vu que celles-ci s'appliquent maintes fois à des églises ; nous avons signalé à cet égard des textes qui concernent des contrées étendues du Midi de la France au xi" siècle, comme aussi dans le Nord, la région de la Flandre dans la seconde moitié du siècle suivant. On sait aussi, et le témoignage des docu- ments le montre en bien des cas, que l'on fortifiait aussi des églises, des monastères, des cloîtres et des évêchés, qu'on les entourait d'enceintes ou de défenses crénelées, qu'il en était parfois ainsi des cimetières pourvus de murailles, qu'il en était de même encore des halles environnées de fossés, comme le montrent des
1. Quant aux progrès qui s'accomplirent dans les constructions d'ordre militaire, dans la dernière partie de ce siècle-ci et jusqu'aux premières années du xiii», on en trouvera des témoignages particuliè- rement précieux dans des textes qui concernent les chàteaux-forts des évêques d'Auxerre, prélats parmi lesquels Hugue de Noyers se distingua tout particulièrement. (Voy. le n» XXV).
2. Voy. le n" CXXIV.
3. Voy. len» XIX.
4. Voy. le n» LXX.
5. Voy. le n» CXXVIII.
6. Voy. le n» CLII.
XLVI INTRODUCTION
textes appartenant à la région tout à fait septentrio- nale de la France ; qu'en dehors des villes, des fermes rurales et d'autres habitations, dites maison fortes ^ étaient pourvues de défenses, qu'il en était ainsi des lieux d'asile et souvent aussi des ponts, des moulins, des granges, et de bien d'autres constructions ^ encore.
16. — L'architecture publique participe dans de très notables proportions au mouvement de renouvel- lement architectural qui caractérise le xi" siècle, et qui se continue dans le siècle suivant. Nous voyons les villes se développer, augmenter et perfectionner leurs moyens de défenses ; de même, nous assistons à la fondation et à l'organisation de nouveaux centres urbains ou ruraux. S'agit-il de villes seigneuriales, par- tagées, par exemple, entre la puissance seigneuriale laïque et ecclésiastique, comme à Vendôme ^, on y voit se constituer des bourgs^ des faubourgs parfois fortifiés; dans d'autres castra^ comme à Amboise"', on aperçoit des groupes distincts de maisons nobles, sei- gneuriales, auprès desquels les artisans viennent se ras- sembler, et préparent ainsi l'essor des ateliers seigneu- riaux . S'agiL-il de villes épiscopales ? On constate dans le Nord, à Cambrai", par exemple, l'activité remarquable d'évêques, dont l'un fait surtout travailler à la cathé- drale, et l'autre agit de même, et, en outre, prend éner- giquement la défense des intérêts temporels de la cité, en transforme l'enceinte, en agrandit les fossés et en améliore le système de fortifications. A la même
1. Voy. lenoLXXXIII. .
2. Voy. notre Répertoire archéologique des matières, passim.
3. Voy. le noXXXl.
4. Voy. les n»" XCIV, CVI, CXXXV, CXLVIIl. o. Voy. le n« XXXI.
6. Voy. le n" XVII.
INTRODUCTION XLVII
époque, d'autres villes de Flandre \ situées plus à l'Est, nous offrent le spectacle de solides murailles, de défenses crénelées, enceintes redoutables qu'elles doivent à la puissance de leurs seigneurs, tandis qu'à l'intérieur on remarque nombre d'habitations bâties en matériaux de pierre d'une nature moins dure et moins résistante, mais aussi d'aspect moins sombre, au témoi- gnage du chroniqueur qui nous en parle. S'agit-il enfin de villes royales, entourées de fortifications, comme Orléans, Bourges, Ghâteauneuf de Tours et d'autres encore, on y sent à plusieurs reprises se manifester dans le cours du xii® siècle, une évolution d'une espèce particulière, qu'il est très intéressant de cons- tater, parce qu'elle s'applique à l'utilisation des espaces étroits et à leur transformation en surfaces bâties. La population, les services divers gagnaient en nombre et en importance, mais les enceintes de certaines villes n'étaient guère, ou insuffisamment, augmentées : car, d'une part, l'autorité royale tenait à tirer parti des défenses naturelles ou des fondations d'anciens murs, et d'autre part, des questions de juridiction s'oppo- saient à l'établissement de diverses constructions ou de voies nouvelles. Dans ces conditions-là, on vit le pouvoir royal révoquer à plusieurs reprises d'anciennes interdictions d'un caractère restrictif; il permit- tan- tôt à des bourgeois, tantôt à des chanoines d'églises cathédrales, que leurs constructions privées, faites en bois ou en pierre, vinssent parfois s'adosser aux murs
1. Voy. le n" XLIX, concernant Oudenbourg.
2. Voy. le n° CXXV, relatif à Orléans et à Ghâteauneuf de Tours. Cf. pour Bourges (H81-1182) le texte très significatif publié par A. Giry, dans ses Documents sur les relations de la royauté avec les villes en France..., p. 3. Voy. aussi C. Enlart, Manuel iV archéologie française, t. II, Architecture civ. et mil., ch. iv, § 2, Législation de l'archit. mil., p. 418et^uiv.
XLVIII INTRODUCTION
d'enceinte des villes fortifiées, moyennant certaines clauses, garanties et réserves, et il se prêta même à des accommodements lorsque des bâtisses particulières empiétaient jusque sur les fossés ou sur les chemins réservés des fortifications royales. C'est ainsi que pen- dant la première, comme pendant la seconde moitié du xii*^ siècle \ des actes de Louis VI, de Louis Vil et de Philippe-Auguste permettent de constater des dis- positions de plus en plus libérales dans les règlements royaux, relativement à l'extension des espaces à bâtir à l'intérieur du périmètre de quelques villes forti- fiées.
17. — A côté des textes qui nous fournissent des renseignements utiles sur les diverses agglomérations urbaines dont nous venons de parler, il y en a d'autres, très sommaires, il est vrai, mais répétés, qui nous font apercevoir au xi^ siècle ces créations artificielles '^ que l'on désigne sous le 'nom de villes neuves, de sauves terres, de sauvetés^ ou de bourgs ruraux, et qui sont dues à l'initiative des seigneurs, des nobles en géné- ral, et surtout à celle des églises, comme par exemple, celles de Saint-Sernin de Toulouse et de Saint-Pierre de Moissac. Maisons et ateliers s'y construisent vite ; il
1. Voy. le n° CXXXI, p. 346, elibid., n. 1. Les actes royaux que nous citons se rapportent aux années 1112, 1127, 1141-1142 et 1181- 1182.
2. Voy. les no« XLVI, p. 155, n. 2, LVI, LXVIII, XGV, XCVI et XCIX.
3. Les limites d'une sauvcté étaient rendues apparentes par des croix, d'ordinaire au nombre de quatre, aux quatre points car- dinaux : infra cruces, infra quatuor cruces, lit-on dans des docu- ments recueillis par J, Flach [Orig . de l'anc. France, t. II, 1893, p. 184). En 1106, l'évêque de Toulouse pose lui-même les croix limi- tantune sauve terre(op.ci7.,p. 183). — Les procédés de bornage et de partage d'un territoire en lots d'habitations puisent leur origine dans l'arpentage romain et dansles opérations des Gromatici de 1 an- tiquité, comme le montre la Géométrie dite de Gerbert.
INTRODUCTION XLIX
en est ainsi de l'église qui occupe un terrain marqué à l'avance par des croix indiquant l'espace à occuper et l'orientation à suivre, de même que les dimen- sions générales de ces agglomérations nouvelles sont arrêtées, d'abord en longueur et en largeur, devant des témoins compétents. C'est principalement la région du Midi, le pays de Languedoc, la Gascogne, le Quercy, et un peu aussi celle du Massif central, qui nous offrent pendant la durée du xi^ siècle différents exemples de ces fondations dignes d'être signalées, et dont nos textes mentionnent en outre l'existence dans la région de l'Ouest, au Nord delà Loire.
18. — Considérons maintenant quelques-uns des édifices ou des constructions ayant un caractère public, dont il est question dans nos différents textes. Si nous n'y trouvons aucun renseignement sur certains genres de monuments tels que des hôtels de ville, par exemple, ou des prisons * communales, il n'en est pas de même heureusement pour les ponts ~, fondés sur le domaine monastique ou épiscopal ou sur celui d'une seigneurie laïque, pour les halles et marchés, parfois entourés de murailles et de fossés, pour les celliers publics et les colombiers, objets de protection et de sau- vegarde dès le XI'' siècle, pour les cimetières, avec les habitations privées qui s'y trouvaient aussi bien dans le Nord que dans le Midi, et même pour des ports et des jetées. Quant aux voies de communication, nos textes mentionnent la création ou l'ouverture de rues nouvelles, dans les bourgs, par exemple, ou bien encore
1. Dans les châteaux, l'emplacement assigné aux prisonniers n'était point toujours situé dans un sous-sol, comme on pourrait le croii'e. Voy. là-dessus une curieuse mention, datant du premier quart du xi<= siècle, que nous offre le texte n° X, p. îiO, n, 1.
2. Voy. pour le détail, notre Répertoire archéologique, \° Ponts.
L INTRODUCTION
ils signalent des chaussées, des chemins empierrés d'origine antique, comme dans la région tout-à-fait septentrionale de la France. Enfin, il n'est pas sans inté- rêt non plus de rappeler deux genres de transports ^ effectués les uns par voie fluviale, les autres par voie maritime, pour le compte d'administrations abbatiales ou épiscopales, afin de faire arriver de divers points de la France ou de pays étrangers, des matériaux de choix destinés à la construction ou à l'ornementation de monuments religieux.
19. — En ce qui concerne les édifices privés ayant une certaine importance, mais non destinés au culte, dont l'étude relève de l'architecture civile ou domes- tique, une grande partie de ceux-ci dépendent de l'autorité ecclésiastique, séculière ou monastique, comme par exemple, les palais épiscopaux, les logis abbatiaux, les cloîtres et bâtiments des monastères ~ ou des évéchés, sans omettre les maisons-Dieu. Notre Répertoire archéologique contient un assez grand nombre de détails à leur sujet. Il en est de même pour les habitations rurales de cette catégorie d'édifices, pour les granges et celliers monastiques, par exemple, ainsi que pour les fermes abbatiales. D'autre part, les résidences épiscopales des villes et des campagnes, autrement dit les manoirs épiscopaux, sont maintes fois signalées et quelquefois décrites, très partiellement, il est vrai, dans nos textes, qui mentionnent les fortifi- cations qui en défendent l'approche, ou bien l'orne- mentation qui en pare les logis intérieurs. Pareille- ment, quelques détails donnés par les documents que
1 . Voy. notre Répertoire archéologique, \° Transport de matériaux.
2. Voy. surtout le n° XXXVIII ; cf. le n" CX (2» moitié du xi« siècle).
INTRODUCTION H
nous publions visent les dispositions internes, et en quelque sorte domestiques, des châteaux-forts de bois ', dont toute décoration, si primitive qu'elle fût, n'était point toujours exclue, comme, par exemple, dans l'in- térieur de la chapelle seigneuriale.
Il ne faut pas perdre de vue, surtout si Ton se pince à l'époque assez reculée que nous éludions, et même encore après, que les sources historiques dont nous disposons sont presque exclusivement ecclésiastiques, et que la société laïque ainsi que le mouvement de la vie profane n'ont pas de chroniqueurs qui nous en montrent le tableau et nous en fassent voir de près les phases et le cadre d'action. Cet état de choses qui est très regrettable influe forcément sur la représentation que nous essayons de nous faire de l'architecture privée proprement dite, et des conditions variées de la cons- truction dans lesquelles devaient se trouver des habi- tations particulières. Les vestiges matériels, qui sub- sistent de celles-ci depuis le xii^ siècle, ne peuvent compenser cette disette de renseignements documen- taires. Intéressantes toutefois sont, à vrai dire, les mentions nombreuses que nos textes renferment sur le genre de matériaux, bois, pierre ou même terre, — nous en citons un cas très curieux '^, — qui était employé pour les maisons urbaines ou rurales. C'est notamment la région septentrionale de la France et celle de l'Ouest, au nord de la Loire, que concernent les mentions d'habitations privées, bâties en matériaux de bois, que nous avons recueillies dans nos textes. Ces témoignages divers donnent à penser qu'au xii*" siècle les maisons de bois étaient encore très nom- breuses et qu'elles devaient l'être encore davantage
i. Voy. surtout le n" LIV.
2. Voy. le n° III (vers l'an 1000).
LU INTRODUCTION
au siècle précédent. D'autre part, il faut bien recon- naître l'extrême rareté des moindres indications four- nies par les textes, au sujet des dimensions ou de la forme des habitations particulières ^ . Nous avons relevé quelques curieuses mentions de ce genre, pour le xi*^ et le xii^ siècle : elles intéressent les régions du Maine, du Bas-Limousin et du Bas-Languedoc. A un autre point de vue, des textes signalent Texistence dans diverses villes de maisons nobles, vraies maisons fortes avec défenses de pierre et munies de tours ou de tourelles. Enfin, comme type d'une maison rurale fortifiée, nous citerons la ferme de Malicorne, entourée de fossés et de palissades et appuyée contre Je creux d'un rocher, qui était située à proximité du château de Noyen-sur-Sarthe, dans le Maine. L'acte '~ qui concerne cette habitation privée appartient au der- nier quart du XI*' siècle.
20. — Si beaucoup de nos documents présentent im véritable intérêt pour l'histoire de l'architecture, il en est de même pour l'étude de la condition des archi- tectes pendant la période que concerne le présent Becueil. On peut y puiser aussi de précieux renseigne- ments sur un certain nombre de maîtres d'œuvre et d'artistes appartenant soit à l'Église, soit à la société laïque, qui ont élevé ou décoré des monuments somp- tueux ou des édifices plus modestes . Il en est parmi eux que nous faisons connaître pour la première fois et dont les noms méritent d'être sauvés de l'oubli ^.
1. Voy. les n"' XLV, XLVIII, CXLVIII, n. 3 de la page 377.
2. Voy.len»LXXXIII.
3. On trouvera dans les sommaires de nos textes et surtout à la Table alphabétique lindication d'architectes et d'artistes, laïques ou ecclésiasticjues, dont les noms manquent notamment dans le Diction- naire des architectes français de Lance et dansleA^ouyeau dictionnaire biographique et critique des architectes français de Bauchal.
INTRODUCTION LUI
C'est surtout, comme on sait, dans les monastères, et particulièrement dans ceux de l'Ordre de Gluny que se trouvaient les architectes et les artistes qui s'appli- quaient à la construction ou à la décoration des églises et des bâtiments accessoires non destinés au culte . C'est là qu'ils se formaient aux règles de leur art, donl les formes gardaient, tout en évoluant, un caractère traditionnel. Les centres monastiques étaient d'inégale importance; dans certains d'entre eux, les arts étaient plus cultivés que dans d'autres, les ateliers monas- tiques plus actifs ou plus peuplés de travailleurs, comme à l'abbaye de ïiron ^ au pays Chartrain, où dans le premier quart du xii^ siècle, artisans et artistes, maçons, charpentiers, forgerons, sculpteurs, orfèvres viennent se fixer et se grouper sous la tutelle abba- tiale. Ailleurs, on voit l'habileté de certains serfs ~ dans la pratique des arts les conduire à l'affranchisse- ment, comme à Saint-Aubin- d'Angers^, où, vers la fin du xi^ siècle, un artisan de cette condition devient convers, en récompense des peintures murales qu'il avait exécutées dans ce monastère. Outre les moines chargés de veiller à l'entretien, à la réparation des églises et des bâtiments conventuels, autrement dit les « moines ouvriers », qui avaient en fait un rôle bien plus administratif que technique, il y en avait d'autres, auprès des ateliers des frères convers, que l'on voit, d'après les textes, travailler comme archi-
1. Voy. len°XCII.
2. Cf. au sujet des avantages accordés à des serfs, dépendant d'ateliers épiscopaux et devenus très experts dans la technique des métiers et des différents arts qu'ils exerçaient, à la fin du x" siècle, G. Fagniez, Documents relatifs à Vhistoire de V industrie..., t. I, p. 107, n° 131. Remarquons qu'il ne s'agit pas encore ici d'affranchisse- ment en faveur de ces artisans de condition servile.
3. Voy. le n» LXXXVII (entre 1Q82 et 1106).
LIV INTRODUCTION
tectes à des constructions ou à des réfections d'édifices religieux, s'occuper de travaux de décoration archi- tecturale, et faire ainsi œuvre de peintres, de sculp- teurs, de verriers. Cela n'a rien de surprenant, si l'on réfléchit qu'au moyen âge l'art était le plus souvent conçu comme un enseignement *, et que la peinture, la sculpture et les figurations des vitraux formaient comme une sorte de prédication muette ~. D'autres religieux connaissaient l'hydraulique, savaient établir des conduites d'eau, distribuer celle-ci dans les ateliers des monastères, la retenir ou l'utiliser dans des écluses ou des viviers ; d'autres même pouvaient élever des défenses, comme nous en avons un exemple dans le second tiers du xi® siècle. D'ailleurs, le talent de cer- tains moines en architecture, en sculpture ou bien en d'autres arts, était quelquefois si réputé qu'on y fai- sait appel hors de leurs monastères, soit pour édifier une cathédrale, comme au Mans, où le moine Jean, de la Trinité de Vendôme, fait preuve de son savoir architectural, soit pour sculpter le tombeau d'un saint, comme à la collégiale de Saint-Front de Périgueux, où le moine Guinamand, de la (]haise-Dieu, exécute une œuvre artistique remarquable. Ces faits se rap- portent, l'un au commencement du dernier quart du xi^ siècle, et l'autre aux dernières années de cette période ou bien au premier quart du siècle suivant ^.
i. Voy. E. Mâle, à propos de la peinture murale à l'époque romane, dans VHistoire de l'art d'A. Michel, 1. 1, 2* part., p. 757.
2. « Ob très causas fit pictura, lit-on dans Honorius dit d'Autun, qui écrivait dans la première moitié du xii*" siècle, primo quia est laïcorurn litleralura.. . n {De Gemma animae, dans Migne, Pair, lat., t. CLXII, col. 586). Cf. le texte suivant, qui est du premier quart du XI" siècle : « Simpliciores quippe in ecclesia et illiterati quod per scripturas non possunt intueri, hoc per quaedam piclurae lineamenla contemplantur » (Synocli Atrebatensia cap. XIV, an. d025, dans Mansi, Sacror. concilior. nova collecl., t. XIX, col. 454).
3. Voy. les n»» LXXIV, § 1, et CIII.
INTRODUCTION LV
21. — Mais ce ne sont pas seulement des moines, ceux de Gluny surtout et plus tard ceux de Cîteaux, qui dans la société ecclésiastique s'occupent alors d'ar- chitecture, de décoration monumentale et de con- structions en général. Bien plus rares sans doute, mais très utiles à signaler sont les textes qui nous montrent des chanoines séculiers de cathédrales s'oc- cupant, sous l'impulsion de leurs évêques, soit d'ad- ministrer avec un soin particulier, comme à Goutances, la Fabrique de leurs églises métropolitaines qu'on rebâtit, soit de faire, comme à Auxerre, des sculptures, des peintures, des vitraux pour les décorer, soit enfin d'enseigner à des clercs l'art de peindre, comme à Avignon. Nous voyons aussi, dans les collégiales, des chanoines réguliers qui encouragent au sein de leurs établissements religieux, dans cette dernière ville, par exemple, l'art de travailler le bois, l'art de sculpter la pierre ou le marbre, ainsi que la pratique d'autres arts, au point que le Chapitre métropolitain d'Avignon a recours, lui aussi, pour les travaux de la cathédrale, à leur habileté technique. Ailleurs, dans d'autres collégiales, ce sont parfois des clercs capables de mener à bien la construction d'une église, comme à la Chaize-le- Vicomte', ou bien de bâtiments prieu- raux, comme à Sainte-Barbe-en-Auge, avec leurs dépendances, leurs ateliers et leurs installations de con- duites d'eau.
22. — Nous arrivons maintenant aux constructeurs et artistes laïques, qui forment une catégorie très importante, et qui sont mentionnés assez souvent dans les documents de notre Recueil. On les trouve au ser- vice des monastères, des cathédrales, des collégiales, des prieurés et des seigneuries. Issus des ateliers sur-
LVI INTRODUCTION
tout monastiques, ou bien encore épiscopaux eL sei- gneuriaux, auprès desquels ils se sont formés primi- tivement et avec lesquels l'entreprise de nouvelles constructions religieuses ou militaires peut les mettre en relation, les maîtres d'œuvre ^ s'engagent par des contrats de construction envers les administrations ecclésiastiques ou laïques. C'est ainsi que nous les voyons édifier des églises, des bâtiments monastiques, des maisons- Dieu, des donjons, des châteaux ou des ponts. Pour ce dernier genre de construction^ nous pos- sédons un curieux devis ~ du second tiers du xi'^ siècle, qui intéresse deux abbayes du Languedoc. Mais le plus important marché de construction que nous con- naissons pour le xi^ siècle, en France, est celui qui fut conclu durant le dernier tiers de cette période entre l'abbé de Lérins et des maîtres tailleurs de pierre chargésdeconstruirela tour de l'île de Saint-Honorat-^ Nous n'avons pas trouvé, pendant le premier tiers du siècle suivant, de contrat de construction aussi intéres- sant que ce marché, avec devis en partie estimatif, des travaux à exécuter pour le compte de l'abbaye de Lérins. Si les exemples que nous venons de signaler proviennent du Midi de la France, nous ne rencontrons guère dans nos textes pour cette vaste région de noms d'architectes ou de constructeurs de châteaux. Il con- vient toutefois de faire ici une double exception pour le Dauphiné '', où nous sommes en présence d'un fait
1. Observons que les mentions de magistri operis, magisterium, ne s'appliquent pas d'une façon exclusive, pendant la durée de l'époque romane, à des maîtres laïques (Voy. p. 26, p. 35, n. 4). Ce ne sont pas les seuls exemples que nous en connaissions.
2. Voy. le n« XXX.
3. Voy. le n° LXVII.
4. Voy. les n^^ C et CXXIX.
INTRODUCTION LVII
intéressant à noter à la fin du xi^ siècle, à savoir, la continuation des fonctions de maître maçon d'évêché, à Grenoble, dans une même famille d'artisans ; nous n'en connaissons pas d'autre exemple pour ce siècle-là.
Si maintenant nous remontons du Midi vers le Centre, pour nous diriger de là au-dessous du cours inférieur delà Loire, puis au Nord de la France, nous rencontrons dans les documents diverses mentions ' d'architectes et d'ingénieurs laïques du xi^ et du xii^ siècle. Dans la région du Massif central, en Rouergue et en Limousin, ce sont celles des maîtres d'oeuvre des églises de Conques et de Grandmont ; dans l'Ouest, en Bas-Poitou, en Normandie et dans le Maine, celle de constructeurs de donjons et de chàteaux-forts, comme Ingelbert et Guillaume de Bellême ; dans le Nord, dans le Calaisis, celle de l'arcliitecte-charpentier Louis de Bourbourg, qui construisit le donjon, le palais de bois d'Ardres, et en Boulonnais, celle d'Ai- mon, maître d'œuvre de l'église d'Andres et d'autres constructions religieuses et civiles. Dans la région de l'Est, en Sénonais, apparaît le nom célèbre de Guil- laume de Sens, que les textes nous montrent exerçant sa maîtrise non pas, il est vrai, dans cette ville, où il dut travailler à la cathédrale, mais en Angleterre, à Cantorbéry, où sa réputation le fit choisir pour en rebâtir l'église métropolitaine ~. Et ce n'est pas le seul de nos architectes et de nos artistes laïques qui va por- ter à l'étranger la pratique et l'habileté éprouvée de son art. D'autres, dont les noms nous sont connus, ont fait de même, corfime déjà en Espagne, à Com- postelle^ pour ne citer que cet exemple, où l'on
1. Voy. la Table alphabétique des noms de personnes, pass «m.
2. Voy. le n° LXVI, p. 211.
3. Voy. l'Appendice, p. 397 et s.
LVIII INTRODUCTION
remarque leur activité sur le chantier de la cathé- drale de cette ville, pendant le dernier quart dn xi^ siècle et la première partie du siècle suivant.
23. — Ainsi, nous voyons qu'en dehors des monas- tères où la fonction de constructeur ecclésiastique n'a- vait plus en général à s'exercer autant que par le passé, l'état d'architecte, de maître d'œuvre s'était constitué peu à peu, et, * par la force des choses, cet état avait grandi en importance. L'art était ainsi devenu plus personnel et il progressait avec plus de rapidité ; les tra- ditions se transformaient, les écoles d'architecture venaient à se diversifier ; en outre, à l'étude et à Tex- périence de plus en plus techniques se joignaient l'é- mulation et l'intérêt individuel, ainsi qu'un puissant ressort économique, qui est la concurrence. Le clergé séculier et régulier, loin de faire obstacle à ce mouve- ment, l'encourageait en somme, en profitait, y coopé- rait parfois ' et lui facilitait un grand essor, en mul- tipliant, comme le faisait aussi la société féodale et laïque, les occasions de se développer. Dans les der- nières années du xi^ siècle, nous saisissons déjà sur le vif un exemple frappant de concurrence dans le tra- vail industriel et technique appliqué aux constructions de bois. Lorsqu'un accident très grave survint au cam- panile de l'église abbatiale d'Oudenbourg 2, en Flandre, et qu'il fallut user de mesures extraordinaires pour son rétablissement, on vit se réunir les habitants pour faire appel aux maîtres charpentiers de la contrée et fixer à l'avance, comme prime' d'encouragement, des sommes d'argent considérables pour les indemniser. Les artisans, stimulés par l'émulation et l'intérêt,
d. Vov. le 11" LXVI, p. 223. 2. Voy. le n° XLIX, p. 1G8.
INTRODUCTION LIX
essayèrent divers procédés pour remettre en place le campanile de bois de l'abbatiale, et ils réussirent à la fin dans la tâche ardue qu'ils avaient entreprise. Mais c'est surtout dans les grandes œuvres de pierre, dans les constructions d'édifices religieux considérables, que les Fabriques de cathédrales ou d'églises monastiques recourent pendant le xii*^ siècle à l'emploi de maîtres laïques, et, en conséquence, on les voit mettre enjeu le facteur économique que nous venons d'indiquer. On sait déjà tout le parti que l'abbé Suger sut tirer de l'appel qu'il adressa ', pendant le second quart de cette période, à des artisans, à des artistes qui vinrent de loin pour travailler, sous sa direction, à la construction et à la décoration de sa magnifique église abbatiale. Dans le dernier tiers du même siècle, les textes nous font assister encore à d'autres appels du même genre. Avant tout, c'est celui que le Chapitre de Gantorbéry, forcé de reconstruire sa cathédrale incendiée, fit entendre ~ à des architectes qui accoururent de l'An- gleterre et de la France, lui soumirent leurs idées et lui firent leurs propositions, jusqu'à ce que l'un d'eux, Guillaume de Sens, fût choisi définitivement et revêtu de la maîtrise de la grande œuvre qu'il exécuta en partie. G'est encore l'appel ^ que, vers les dernières années de ce siècle, l'abbé d'Andres, dans le Boulon- nais, voulant rebâtir somptueusement le cloître et l'in- firmerie de son monastère, fît parvenir aux maîtres constructeurs, maçons et tailleurs de pierre de sa con-
l.K ArtiQces peritiores de diversis partibus convocavimus » {De Adrninistratione, c. xxxii, éd. Lecoy de la Marche, p. 194),
2. Voy. le n° llXVI, p. 210 : « Convocati sunt igitur artifices Franci et Angli; sed et ipsi in dando consilio dissenserunt. »
3. Voy. le n° CLIII, p. 393 : « Girciimquaque invitatl sunt artifices et cimentarii, cesores lapidum et alii operarii. »
LX INTRODUCTION
trée, pour édifier des monuments qui ont disparu depuis longtemps.
24. — Si c'est surtout la seconde moitié du xii® siècle, comme on l'a dit^ avec raison, qui marque le moment où les groupements professionnels d'artisans commencent à se montrer soucieux de faire fixer leurs obligations envers l'autorité publique, il y a déjà long- temps que leur activité féconde est reconnue avec leurs services, et que leur condition tend à s'adoucir dans une certaine mesure. Sans doute, dans ce siècle, il y a encore beaucoup d'artisans, constructeurs, maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, ouvriers en métal et autres encore, qui sont attachés, avec un certain carac- tère de domesticité, au service d'une seigneurie, d'un château, couvent ou évéché. Mais, vers la fin du premier quart de cette période et dans les quelques années qui suivent, l'étude des textes nous permet de discerner, en quelques contrées, des signes notables d'amélioration dans la condition sociale et économique de certaines catégories d'artisans, notamment de ceux qui s'occupent de travaux de construction. C'est dans la région de l'Ouest de la France que nous les remar- quons d'abord. Ainsi, en 1120, Foulque V, comte d'Anjou, concède ~ aux artisans, maçons, charpen- tiers dépendant de l'abbaye deSaint-Jouin-de-Marnes, en Bas-Poitou, soit qu'ils soient nés dans la contrée, soit qu'ils viennent de loin, l'exemption de tous ser- vices, redevances et corvées envers la seigneurie de Moncontour. Ainsi encore, un peu plus tard, entre 1127 et 1137, nous voyons Guillaume VIII, duc
1. Voy, G. Fag-niez, Documents relatifs à l'histoire de l'industrie.. ., t. I, Introduction, p. xl.
2. Voy. le noCXXXVIII.
INTRODUCTION LXI
d'Aquitaine, établir un règlement ^ à l'occasion de l'édification des églises abbatiales de Fontaine-le- Gomte, en Poitou, et de Sablonceaux, en Saintonge, par lequel il accorde sa protection aux maçons, char- pentiers et autres artisans, dans leurs allées et venues à leurs chantiers de construction, et fait défense à ses ministerialefi de les molester en quoi que ce soit, eux et leurs familles, ou bien de leur faire quitter ces mêmes chantiers pour les astreindre à d'autres œuvres ou tra- vaux. Au surplus, les avantages de ce règlement, favo- rable aux intérêts d'artisans attachés à ces construc- tions, ne restèrent pas limités à l'époque où ils y travaillèrent : car ils furent renouvelés et confirmés à d'autres artisans, pour des travaux de ce même genre, une cinquantaine d'années après, en 1184, par Richard Cœur-de-Lion, en sa qualité de comte de Poitou-.
De même, dans les seigneuries ecclésiastiques, les textes nous permettent de constater en quelques régions, pendant le cours de la seconde moitié du xii^ siècle, une réglementation de plus en plus favo- rable aux gens de métier attachés à l'entretien, aux réparations ou à la reconstruction de bâtiments épis- copaux ou monastiques. C'est ainsi que dans l'Ile-de- France, vers 1179, l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, instituant un charpentier de ce monastère, règle ^ en détail les conditions de son office, ses gages, sa nourriture, son costume, et lui alloue un bien de campagne. Quelques années plus tard, vers 1188, on
\. Voy. le n° CXLIX.
2. Voy. le même texte.
3. Voy. M.R. de Lasteyne, Cartulaire général de Paris (1887), n° 567, p. 463. Cet acte peut être rapproché de celui de l'année 1215, par lequel l'évêque de Chartres règle les conditions de fief de son charpentier-tonnelier et fixe les droits et les devoirs de cet artisan.
LXII INTRODUCTION
voit en Champagne l'évêque de Ghâlons, Gui de Join- ville, édicter un règlement^ qui établissait en détail les obligations ainsi que les privilèges et exemptions diverses des gens de métier, spécialement des ouvriers en métaux, employés soit aux réparations et aux cons- tructions neuves du palais épiscopal, soit aux travaux des fortifications de ladite ville. Déjà, vers le milieu de ce siècle, un autre règlement ^ épiscopal que nous avons déjà mentionné, celui-ci relatif à l'Alsace, avait fixé quels genres de services et de fournitures devaient être fournis à l'évêque de Strasbourg par les groupe- ments d'ouvriers en bois et en fer, par les charpen- tiers, forgerons et serruriers de cette cité, placés sous la direction et la juridiction de maîtres [magistri) ; il est intéressant de comparer les statuts qui les con- cernent avec ceux que nous venons de signaler à Ghâlons-sur-Marne. Enfin, à côté de ces exemples frappants que nous offrent les régions de l'Ouest, de l'Ile-de-France et de l'Est, nous devons en signaler un autre qui concerne la contrée du Languedoc, presque à la même date que celle du règlement de Gui de Joinville. G'est l'acte de Raimond V, comte de Tou- louse, réglant, en 1187, les obligations des maîtres de pierre {magistri lapidum) de la ville de Nîmes et leur accordant des privilèges spéciaux. Les termes de ce règlement-^ montrent bien que ces ouvriers, qui conti- nuent à travailler pour le compte de cette seigneurie,
1. Voy. le n" CLI.
2. Ibid. Ce règlement a été daté à l'aide de la mention chronologique suivante: après 1129, dans VUrkundenbuch der Stadt Strassburg, de W. Wiegand, 1. 1, n° 616, pp. 470-476 ; mais l'époque de sa rédaction a pu être précisée davantage et concentrée, vers le milieu du xn* siècle, à la suite de nouvelles recherches rappelées par cet auteur à la p. 476, n. 3, de cette même publication.
3. Layettes du Trésor des Chartes, par A. Teulet, t. I, n"» 350, p. 148 ; cf'. G. Fagniez, op. cit., n° 118, p. 92,
INTRODUCTION LXIII
sont traités non d'une façon servile, mais en vassaux de catégorie inférieure, avec lesquels le seigneur con- clut une sorte de contrat de fief [feudum).
25. — Ainsi, nous avons pu signaler sur divers points de la France, dans la condition des travailleurs indus- triels dont nous nous occupons, des signes notables d'une transformation qui est fertile en conséquences sociales et économiques, mais qui ne peut s'accomplir partout d'une façon uniforme. Tandis que le « métier libre », de caractère individualiste, existe surtout dans les ateliers (officinae) des villages et des bourgs, où il paraît devoir se maintenir, nous voyons que, dans les villes, se répandent et commencent à s'affranchir les groupements d'artisans appartenant à la profession qui a pour objet l'art de bâtir, c'est-à-dire des corporations industrielles où chacun se soumet à des règles com- munes, en sacrifiant quelque chose de sa liberté indi- viduelle, et profite en échange des avantages que donnent à la collectivité certains privilèges, et notam- ment le monopole du métier. Les faits que nous venons de constater à l'aide des textes appartiennent au xii^ siècle ; ce n'est qu'au siècle suivant que le régime corporatif des métiers attachés aux constructions arrivera, comme les autres, à sa maturité, en même temps que l'art gothique atteindra son plein épanouis- sement.
En terminant cette Introduction à un Recueil que nous aurions voulu encore plus complet et moins imparfait, nous avons à nous acquitter bien volontiers d'une dette de reconnaissance envers tous ceux qui
LXIV INTRODUCTION
nous ont aidé à accomplir notre longue et difficile tâche. Nous devons des remerciements tout particu- lièrement à M. Maurice Prou, membre de Tlnstitut, professeur à l'École des Chartes, qui a bien voulu s'astreindre à relire nos épreuves, nous a fait profiter de son éruditionsi variée, et n'a cessé de suivre la publi- cation de nos textes avec un zèle aussi éclairé que dévoué. Nous remercions aussi M. R. de Lasteyrie, membre de l'Institut, professeur honoraire d'archéo- logie à l'École des Chartes, pour les précieuses indi- cations qu'il nous a données et pour tout l'intérêt qu'il a porté à notre entreprise. M. A. Longnon, membre de l'Institut, nous a aidé avec beaucoup d'obligeance de son savoir étendu pour identifier plusieurs noms de lieux, dont la forme était particulièrement difficile à établir. Nous gardons envers lui la plus sincère gratitude. Il en est de même pour nos savants con- frèresMM. E. Lefèvre-Pontalis, A. Brutails, C. Knlart, E. Lelong et R. Poupardin, envers qui nous sommes redevables de très utiles renseignements et de vérifi- cations très précises. Au surplus, les éléments de notre Recueil étaient trop dispersés, ils intéressaient trop de régions différentes pour que son exécution pût se pas- ser de l'aide d'un grand nombre d'érudits, archi- vistes ou bibliothécaires, dont la plupart sont nos confrères ; nous avons dû maintes fois mettre leur savoir et leur obligeance à contribution, pour les prier de coUationner, de contrôler ou de vérifier divers documents, dans bien des cas où nous n'avons pu le faire nous-même. C'est un devoir pour nous en même temps qu'une réelle satisfaction que de rendre témoi- gnage de la constante complaisance qu'ils ont mise à nous faire profiter de documents confiés à leur garde ainsi que de leurs connaissances spéciales et locales ;
INTRODUCTION LXV
nous nous sommes fait une règle de rappeler, en les oitant au cours de notre travail, de quelles recherches en particulier nous leur sommes redevables. Puisse notre Recueil, malgré ses imperfections et les lacunes qui peuvent s'y trouver, servir aux travailleurs pour l'étude de la science de l'archéologie, science dont l'un des fondements essentiels est la recherche et la critique des textes qui s'y rapportent ; puisse-t-il aussi être un jour de quelque utilité pour une histoire générale et détaillée de l'architecture française, au moyen âge, œuvre qui n'a pas encore été entreprise.
Victor MoRTET.
RECUEIL
DE TEXTES RELATIFS A L'HISTOIRE
DE L'ARCHITECTURE
ET A LA CONDITION DES ARCHITECTES
EN FRANCE AU MOYEN AGE
Xl" Xll" SIÈCLES
Vers l'an 1000, 1002-1005 environ.
Renouvellement des églises après l'an mil : construction de V église du monastère de Beaulieu, près de Loches, aux frais de Foulque III. comte (VAnjou ; — reconstruc- tion de la cathédrale d'Orléans, par les soins de Vévêque Arnoul, et de l'abbatiale de Saint-Bénigne, à Dijon, sotis la direction de Vabbé Guillaume .
Rodiilfi Glahri Uialoriarum ... 1. II, c. iv, § 5-7 ; c. v, § 9 : l. III, c. iv, § 13, éd. M. Prou fl8S6). p. 32-33, 35, fil, 62.
(Cf. autres éditions. Rec. des Hist. de Fr., t. X (1760), p. 15-17 et 29. — Mi^nc, Pulv. lai., t. CXLII, col. 632-634, 651, 710).
L. II,c. iv,s5o. DkmonasterioLucacensfJ. — [Fulco2,Ande- gavorum cornes] ... sepulchrum Salvatoris Ilierosolinioruni
1. Aujourd'hui Beaulieu-lès-Loches (Indre-et-Loire).
2. Foulque III, comte d'Anjou en 9S7, mort en 1040.
2 TEXTES RELATIFS A l'iUSTOIRK [1 000-1 OOo]
adiit^, indeque, ut erat audacissimus admodum, exultanter rediens, aliquantulum ad tempus a propria feritate est lenior redditus. Tum ergo mente concepitutin optimo fundorum proprii juris loco ecclesiam construeret, ibidemque mona- chorum coetum coadunaret, qui videlicet die noctuque pro illius anime redemptione intervenirent ... Cui interceteros a propria etiam uxore, que valde sano poUebat consilio, sug- gestum est, ut in honore ac memoria illarumcelestium virtu- tum quas Cherubim et Seraphim sublimiores sacra testatur auctoritas votum quod voverat expleret. Qui libentissime annuens edifîcavit ecclesiam admodum pulcherrimamin pago scilicet Turonico, miliaro interposito a Lucacense Castro 2,
§ 6. Expleto denique quantotius basilice opère, protinus misit ad Hugonem, Turonorum archipresulem, in cujus scilicet constituta eratdiocesi, utillam sacraturus, quemad- modum decreverat adveniret. Qui venire distulit, dicens se minime posse illius votum dicando Domino committere ... Mox denique [Fulco], copiosa argenti et auri assumpta pecunia, Romam pergens ac Johanni '^ pape causam sue profectionis exposuit ... Qui protinus misit cum eodem Fulcone ad predictam basilicam sacrandam unum ex illis, quos in B. Pétri, apostolorum principis, ecclesia cardinales vocant, nomine Petrum ... ''
§7. Igitur, die quadam mensismaii, congregata est innu- merabilis populi multitudo ad dedicationem scilicet predicte
écclesie Repente supervenit a plaga australi vehemen-
tissimus turbo, ipsam impellens ecclesiam ac replens eam
1. Cf. lilslor. comil Andegav. : « Fulco... Lochisjuxla Anj^crem lluvium Bello [loco] scilicet, ecclesiam in honore .S'ancti Scpulchii, monachos cum abbalcimponensibi,constru,\it » {Chroniques d'Anjou, éd. Marchef,'ayetSal- mon, p330). Sur les pèlerinages de Foulque Nerra, voir.Tules Lair, Etudes cri- tiques sur divers textes des X" et XI' siècles. I. Bulle du pape Sergius VI (1S89), etc., j). 73 et suiv. Le pèlerinafj^e dont il est question ici aurait eu lieu en l'an 1005 (voy. ibid., p. HSu
2. ce. Gesta consuluin Andeffavorum, dans \c Rec. des Ilist. de France, t. X, p. 256; Chronicon Turonense, ib., p. 283; (Jhronic. Andegavense, ih., p. 272 ; JafTc, 4{eqesla pontificuin, t. I, n" 3962.
3. Il saffit <lu pape Jean XVIII.
4. Cf. Jart'é, op. cit. ,1.1, n"" 3986 et 3989, ])()ur les prescriptions émanées du pape dans cette circonstance.
[lOOO-lOOo] DE l'architecture en FRANCE 3
turbido aere diu multumque concutiens ; deinde vero, solutis laquearibus ', universe ejusdem ecclesie trabes simulque tota teges per pignam templi ejusdem occidentalem in terram corruentes eversum ierunt.
L II, c. V, ^9. [Avant lOOi.] — Erat igitur tune temporis predicte civitatis pontifex venerabilis Arnulfus -, qui vide- licet g-enere et doctrina sapientie pernobilis ac pateinorum fundorum reditibus locupletissimus. Cernens excidium scili- cet proprie sedis ... magnum colligens apparatum, cepit domum majoris ecclesie \ que olim dicata fuerat in Christi Crucis honore, jugiter a fundamentis reediticare^... Contigît igitur quadamdie, dum cementariifundaminabasilice locaturi soliditatem perscrutarentur ipsius telluris, ut repperirent copiosa auri pondéra, que scilicet ad totius, quamvis magne, basilice fabricam reformandam certissime crederentur suflî-
1. Il s'at^it dune église lambrissée et non voûtée, couverte à la façon des anciennes basiliques (voy. Quicherat. De l'architecture romane, dans les Mélanges d'archéoloçfie. p. 127-I2S . Il résulte de divers témoignages qu"a|)rcs l'an 1000. des églises étaient encore lambrissées, sinon totalement, au moins siu- leur grande nef : par exemple, la cathédrale de Cambrai construite de 1023 à 1030, d'après Baudri, dont le continuateur nous exj)lique de la manière suivante les réparations survenues à cette église, après un incendie (vers l'an lOSO) : « Veiierabilem ecclesiamBeatœMariicolim combustam et dirutam, a capite snperiori usque ad chorum Sancti .Tohannis, pulchre et honeste reformavit [Gerardus episcopus]. Ipsa enim laquearia, plastrum brevesque fenestras longiores renovavit » [Gesta Gerardi, II, ix).
2. Arnoul II occupa le siège d'Orléans de 987 à 1003. Voy. la récente étude de MM. E. Lefèvre-Pontalis et E. Jarry sur la Cathédrale romane d'Orléans, dans le Bull, monumental, t. LXVIII (190i\ notamment p. 317- 318 (pi. et %.).
3. C'est-à-dire l'église cathédrale Sainte-Croix. Cf. notre Étude histor. et archéol. sur la cath. et le pal. é})iscopal de Paris du VI' au XII" s. (1888), p. 6 et 24.
4. L'incendie de 9H9, que quelques historiens d'Orléaiis ont rapporté sans raison à l'année 999, est ainsi mentionne par Raoul Glaber : « Sequenti vero anno — il vient d'être question d'un événement relatif à l'année 988 — tota illius civitatis hnmana habilalio cum dnmihus ecclesiarum, terribiliter igné cremata est » [Hislor.. 1. II, ch. iv, éd. Prou, p. 3j). Un nouvel incendie dévasta Orléans peu de temps après. « audito quod Aureliana civilas sit incendio vastata ...», d'après une lettre de F'ulbert (Migue, Pair, lat., t. XLI, col. 2141, écrite vers 1010, d'après M. Pfister {De Fulherti (]arnolensis episcopi vita et operibus. p. 69). L'emploi si fréquent du bois dans les constructions d'alors, dont les textes que nous publions donnent, comme on le verra, de nombreux exemples, explique en partie les ravages étendus de ces incendies. Cf. notre texte sur la cathédrale d'Amiens (voy. infrales documents relatifs à cette église, sous les années 1101-1115 et 1137).
4 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1000-1005]
cere. Suscipientes ergo qui fortuite invenerant aurum ex iiltegro episcopo detulerunt. Ipse vero omnipotenti Deo pro collato sibi muneregratias agens, ac suscipiensillud, custodi- busoperis ^ tradidittotumque fîdeliter inopus ejusdem eccle- sie expendi jussit. Fertur namque quod etiam illud aurum sollertia beati Evurtii ... hujus restaura tionis gratia fuisset reconditum ... Sicque preterea factum est utdoinusecclesie, videlicet sedis pontifîcalis, priore elegantior reformaretur.
L. III, c. IV, § 13. De innovatione^ basilicarum^ m toto ORBE. [1002-1003]. — I<^itur infra supradictum millesi- mum ^, tertio jam fere imminente anno, contigit in universo pêne terrarum orbe, precipue tamen in Italia et in Galliis innovari ^ ecclesiarum basilicas ; licet plereque decenter locate minime indig-uissent, emulabatur tamen queque gens christicolarum adversus alteram decentiore frui. Erat enim instar ac si mundus ipse excutiendo semet, rejecta vetu- state, passim candidam ecclesiarum vestem indueret. Tune denique episcopalium sedium ecclesias pêne universas, ac cetera queque diversorumsanctorum monasteria '^j seu minora villarum oratoria, in meliora ^ quique permutavere fidèles.
1. C'esl-à-dire les fabriciens. appelés plus tard cuslodes fahr icaedunf^ des textes du moyen âge. ou bien encore operarii. Ce dernier terme désigne parfois les maîtres d'(cuvre, comme aussi, d'une manière générale, les ouvriers en bâtiment, ainsi que les textes nous l'apprennent.
2. Sur ce texte du moine clunisien Raoul Glaber, voy. .1. Quicherat, De Varchitecture romane, dans ses Mél. d'archéoL, p. 11 i et s. 11 convient de rapprocher de ce texte celui de l'Hist. de la dédicace de S'-Remi de Reims (voy. m/Va, n" VIII).
3. Le ms. lat. 6190 porte ecclesiarum (voy. sur ce ms. M. Prou, op. cit., Préf., p. xn).
4. Il ne faut pas donner, bien entendu, un caractère de fixité absolue à l'an mil au point de vue qui iu)us occupe : « La date de l'an 1000 dans l'histoire de l'architecture n'est pas une limite. Elle a été trop souvent un cxj)édient invoqué jusqu'ici pour jjarer aux dillicultés non encore résolues » (Ramé, Bulletin historique du (lomilè, 1882, p. 209).
5. Ce sont surtout les termes renovare^ renovalio que Ton trouve dans ce sens chez les chroniqueurs du moyen âge ; cf. infra le mot renovari dans le texte de Raoul Glaber ( Vila sancli Guilielmi..., c. vu). Voy. aussi la rubri- que du traité de Suger : De renoralione ecclesie lieali Dyonisii.
6. Mnnasterium a ici le sens d'église conventuelle : nous verrons d'autres exemples de ce terme ayant ce sens, ou celui de cathédrale.
7. Les premières églises romanes eurent généralement une durée éphé- mère. « Les' chroniques des cathédrales et des monastères abondent en
1000-1 OOol DE l'architecture en FRANCE
Vilasancli GuilieUni. abhalis Siincli Beniçfni Divionensis, c. Vu, p. 61, aiict. Glabro Hadulplio, dans les Aclu Sanclonun. éd. Palmé. Januar. I. (Cf. autre éd. Mij,-ue, Patr. lat., t. CXLII, col. 710-711).
[Après l'an 1000.] — Contigit ergo postmodum quatenus pars ecclesiae beati martyris Benig'ni K.. ruinam corruens daret, Quam cum refoiniare cuperent artifices cementarii, graviorem pars eadem dédit ruinam. Quod cernens vir Deo devotus, intellexit divinitus sibi dari indicium quod totum a funda mentis renovari ~ conveniret templum. Illi- coque summo mentis ingenio coepit ipsius ecclesiae refor- mandae mirificum construere apparatum : quam denique cum coepisset reaedificare positione mirabili, valde lon- g'iore ae latiore quam fuerat, i^notus tamen erat universis locellus, quo pretiosi martyris membra claudebantur Beni- gn\, quiasolerti cura taliter antiquitus fuerat reconditus ... Sepulcrum ... continue requirens invenit ... in eodem recondidit sarcophago, indeque pauUukim ad orientem amovens in pulcherrimo atque incomparabili locavit tumulo. Dehinc namque pater venerandus ... reformandae opus basilicae constanter, quemadmodum decreverat, acce- lerabat perfîcere. Quoniam, ut diximus, et praesto est cer- nere, totius Galliae basilicis mirabiliorem atque propria positione incomparabilem perficere disponebat^...
témoi^na^'cs qui établissent le même fait. Rien de plus fréquent que les mentions d'éfilises bâties au .xi" siècle, qui s'écroulent les unes aussitôt après leur construction, les autres avant la fin du siècle ou dans le siècle suivant. » Quicherat, Mélanges (Varchéol., p. 434. Voy. ibid., les exemples cités par M. H. de Lasteyrie. à l'appui de cette assertion, d'après les chro- niques du moyen âge.
1. Voy. infra, n" VI, Historique et description de la reconstruction de l'éfflise abbatiale Saint-Bénigne, à Dijon, exécutée par les soins de l'abbé Guillaume.
2. VA', supra le terme innovari, op. cit., 1. III, c. iv, § 13.
3. Sur ce texte, voy. Chomton, Hisl. de Végl. St-Bènigne de Dijon, 1900, p. 92-93, 95, pour l'élat de la basilique, à l'arrivée de labbé Guillaume, laquelle comprenait deu\ églises bâties l'une au bout de l'autre (voy. ibid.,\). 9j et pi. III, restitution de St-Bénigne au.\ ix» et x« siècles).
TEXTES RELATIFS A L HISTOIRE
II
Vers l'an 1000-1095 environ.
Description du château de Sault, près de Saint-Benoît-du- Sault,enBas-Berry. — Incendie de V église de Châtillon- sur-Loire, près de Gien. — Ensevelissement dans Véglise abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire des restes de saint Benoît rapportés d^ Italie ' ouverture de la crypte; incendie de V abbatiale ; destruction de V abside et de la nef à lambris de bois. — Description du château de La Cour-Marigny , près de Montargis. — Reconstruction de Véglise abbatiale de Saint-Benoit- sur- Loire par le moine Gallebert, sous Vabbatiat de Guillaume.
Miracula sancli Benedicti^ 1. III, c. v, auct. Aimoino, mon. Floriacensi, éd. de Certain (Soc. de l'hist. de France); — 2. Op. cit., 1. V, c. xi, auct. Andréa, mon. Flor. ; — 3. Op. cit., l. VII, c. xvi-xvii (même auteur) ; — 4. Op. cit., 1. VIII, c. XVI, XXV, XXVI, xxvii, xxx, auct. Radulfo Tortario.
L. III, C. V. [Vers l'an 1000.] — Non^sit audientibus one- rosum jam dicti Salensis castri'^ memorare situm. Mons est non multae altitudinis, in cujus declivio castrum constitutum
1. Sur les auteurs de ce recueil de Miracles, voy. L. Delisle, Vie de Gaiiz- lin, abbé de Fleuri et archevêque de Bourges, p. 270 et suiv. Les liv. II et III ont été composés, en 1005, par Ainioin. La Vie de Gauzliti par André, moine de Fleuri, qui fait l'objet du livre IV, a été commencée vers 1043, le liv. V fut rédi{,'é par Raoul Tortaire vers la lin du xi' siècle. — Cf. A. Vidier, L'historiographie à Saint-Benoit-sur-Loire, 2" part., les Miracles de saint Benoît {Positions des thèses de l École des Chartes, 1898, p. 137). — Voy. aussi infra la bibliof^raphieque nous avonsjointe à nos extraits concernant les travaux de construction et de décoration de l'abbaye de Saint-Benott- sur-Loire (1005-1030).
2. Ed. cit., p. 139.
3. Le château de Sault était situé près de Saint-Benoît-du-Sault, qui était une dépendance de l'abbaye de Fleury-sur-Loire (auj. ch.-l. de c, arr. Le Blanc, Indre). — Cf. Recherches archéolog. publ. par E. de Beau- fort, dans^e'm. soc. antiff.de l'Ouest. 1860-61, p."ll7 et s.
[1000-1095] DE l'architecture en frange 7
est, quod quidem, ab oriental! australive parte, difïicilem ad se venientibus praestat accessum*. Ab aquilonali sane latere, devexus montis macliinanientorum omnium inîiibet evec- tionem ; at occidentem versus, ubi hostium facilis formida- batur progressus, domus erat lapidibus firmissime cons- tructa, ad austrum in longum porrecta, ad repellendos inimi- cos satis idonea. Hujusmodi enim munitio adversariis facta est perditionis occasio. dum ob nimiam securitatem prius hostem adesse senserunt quam praevidissent.
Primus ferratas aquilonali parte intulit acies Gaufredus, propter vires, non propter pig^ritiam, Asinus cognomine ; ignemque... admoveri praecepit. Post eum reliqui auxi- liares ... adversarios ... e propugnaculis quae tueri para- bant, jaculis ac lapidibus repellere coeperunt ... Seditiosis ecclesiam petentibus, nostri a terg^o sequuntur attentius : caesisque in introitu portae aliquantis, eos qui basilicam petebant insectabantur : in qua non tutam sibi latebram fore auspicatus Ademarus -, turrim ligneam, de qua signa -^ dependebant', cum sex factionis suae sociis formidolosus conscendit. Ibi quoque se latere posse diffidens, tecta more architecti-' perambulabat, donec ab Hugone ... captus est.
2
L. V, c. XI. [Vers 1030.] — Locus'' illecelebris' effectus...
1. Sur le soin avec lequel les constructeurs du moyen àgc choisissaient l'emplacement des châteaux-, voy. Viollet-le-Duc, Dict. de l'arch. fr.. t. III, p. 58 et s., art. Château.
2. Adémar I, fils de Gui. vicomte de Limoges.
3. Le mot siçfnuin a eu dans la latinité classique, entre autres sens, celui de signal: c'est de là qu'est venu le sens de cloche que ce terme a en, comme on sait, dans la latinité du moyen âge.
5. Sur les clochers ou campaniles de bois, de moindre dimension que ceux de pierre, édifiés à côté des églises, voy. Viollet-le-Duc, op. cit. ^ t. III, p. 286, art. Clocher.
5. Le mot archilectus est d'un emploi rare dans les chroniques du moyen âge. Il semble avoir été pris ici dans l'acception de charpentier, travaillant à un comble, à une toiture, et il serait ainsi à rapprocher de la forme dérivée architector que l'on rencontre parfois avec cette signification dans la latinité des chroniques du moyen âge
«. Loc. cit., p. 209. — Ce livre ^' est le premier des livres rédigés par André, moine de Fleury, qui commençait à écrire en 1043 et travaillait encore à sa chronique après 1056.
7. Châtillon-sur-Loire, ch. 1. de c, arr. Gien (Loiret). — Voy. Th.
8 TEXTES RELATIFS A l'iIISTOIRE [1000-1095]
acciditut, tempore gloriosissimi abbatis Gauzlini efîectus et Bidorcensium archietralis ', casualibus flammis correptus in cinerem ejus lignea septa resolverentur ; solummodo ex tan- tae conflagrationis damno opertura capicialis ^ fornicis a foris intacta, caeterisque compaginata combustae ecclesiae appen- diciis, merito tantorum amicorum Christi, cum sua vitrea inviolata reniansit. Nihilominus memorata sanctae Dei geni- tricis Mariae crypta eadem eripitur divinae salvationis poten- tia ;testatique sunt qui adfuerant g-eminas columbas super utramque adstitisse absidam -^j quae vim totius camini opposi- tione sui procul abegerint. Verum '* trabibus conlapsis, laquearibus ambustis, cum aediculam reg-inae virg-inum a regione aestuantis incendii ostiolo patenti tota rabies impete- ret camini, eoque inveheretur spirantibus auris quo iconia ma tris Dominicum imag-ine nostri Redemptoris, lig-neo opère sculpta, veneratur, ab illis divinitus auctus... arderevideba- tur nillaedens. Et cum sui irruptione carbonum hac illacque
Gochard (abbé\ Châtillon-sur-Loire, son histoire avant nS9 dans Ménv soc. arch. et hist. Orl, t. XIV (1875), p. 115 et s., p. 127 et s.
1. L'abbé Gozlin fut archevêque de Bourges. Il mourut au mois de mars 1029. — Dans ses Mélanges (l'urch. et (Iliist.lip. 124), Quitheral cite le chœur (non le sanctuaire) de Saint-Benoît-sur-Loire parmi les exemples de parties d'églises encore subsistantes, auxquelles leur jjhysionomie (murs épais gar- nis de contreforts, supports massifs) permet d'appliquer des textes qui les font contemporaines du roi Bobert. «C'est une variété de berceau dont les supports surmontés de deux étages d'architecture, consistent en colonnes déprimées, reliées par des arcs étroits d'un cintre surhaussé » (ibid., p. 104; cf. sur la nef, ihid., p. 111). Voy. toutefois la note suivante.
2. Capicialis, ms. Vat. Regina 592. Nous remercions ici très sincèrement notre confrère M. Poupardin, ancien membre de l'Ecole française de Borne.
qui a bien voulu vérifier pour nous aux Arciiives du Vatican, ce passage ainsi que plusieurs qui suivent, dont nous donnons une transcription exacte. — « Chœur et narthex reconstruits après 1026, conséci-. 1029», dit M. Enlart, Man. d'archéol. fr., t. I, p. 425. Comme on le verra plus loin (1. VIII, c. xxv), l'on entreprit la reconstruction de l'église vers 1070-1080 'et divers archéologues assignent au dernier tiers du xi° siècle l'époque où le chœur, le transept et le narthex actuels furent bâtis. Dans son étude intitulée Une visite à Vahhaye de Fleiiry, Saint-Iienoit-sur-Lnire {lievue de Vart chrétien, A" sér., 1902), où le texte des Miracula est utilisé, M. A. Marignan, aj)puyant son opinion surtout sur les sculptures, les chapiteaux imagés de cette église, rejette aux années 1150-1170 les dates où l'on éleva les parties susdites de l'édifice actuel (p. 300-302, avec fig.). Il se peut très bien que cette reconstruction ait eu lieu au xii" siècle, dès la première moitié même de ce siècle, sans qu'on puisse la renfermei" alors entre des dates très précises.
3. (]e ms. porte al>sideni, mais l'e a été corrigé en a.
4. Notre confrère, M. Poupardin, a bien voulu vérifier pour nous, ce passage sur le ms. du Vat. liegina 592, f. 52. Il est conforme à l'édition.
[1000-109S] DE l'architecture en FRANCE 9
immitteret cong-eriem, altarisque compleret tabulam, sacro- sanctam quoque reliquiarum reduceret archam, cumque etiam more ferventis ebuUiret fornacis, nec aulaea quidem eorum ob honorem in gyro dépendons, ignis sensit nido- rem, quae adhuc superest ob tantae rei venerationem.
L. VII, c. XVI. [Vers 1056.] — Gorpore ' scilicet reveren- dissimi patroni nostri Benedicti ~ a partibus Italiae in hoc sacro Floriacensi delato coenobio ... in abdito terrae loco, uti condecens erat reverentissime atque dignissime loculo condi- tus est plumbeo ... Mox aggere multo lapidum coacervato, in amplam molem exuberaverat locus isdem iisque ad tem- pora fortunati viri abbatis Odoni[s], qui ... aperuit ad pedes ipsius, orandi gratia, cryptam ^, remota lapidum con- gerie, quae sacrum tegebat tumulum, constructo altare in honore Deo dilecti et incliti pontilicis Martini. Siquidem sub ipsa ara veraces ferunt tumulatum eumdem pretio- sum patrem nostrum ... Processu vero temporis ... Vul- faldus abbas egregii patris Benedicti sanctissimum corpus de interioribus cryptae, octavo idus augusti, ad superiora solemnissime transtulit in eum quo nunc veneratur locum ...
L. VII, c. XVII. Tempore Gauzlini, hujus loci abbatis,...
1. Kd. cit., p. 273.
2. Le c. XV, qui précède celui (jue nous rapportons ici,^st relatif à l'ap- parition de saint Benoît, qui déclare à l'abbé du Mont-Cassiu que ses restes mortels sont ensevelis à Fleury-sur-Loire.
3. Le susdit ms. porte scriptam au lieu de criplum. « Dans les églises de fondation ancienne, c'est toujours sous l'abside que se trouvent placées les cryptes.... Les églises de Saint-Denis en France et de Saint-Benoît-sur- Loire présentent des exemples complets de cryptes réservées sous les absides, et construites de manière à relever le pavé des ronds-points de 15 à 20 marches au-dessus du niveau du transept» (Viollet-le-Duc, op.cit., t. I,p. 9, v" Abside ;cLihid., v Crypte, t. VI, p. 640). — Sur le jîorche et le clocher de Saint-Benoît-sur-Loire, voy. Viollet-le-Duc, t. VII, p. 287, et t. III. p. S27, p. 335. Voy. aussi la Revue de l'.irl chrétien. 1900. p. 62 et s.
10 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1000-1095J
hoc Deo dilectum habitaculum, cum omnibus intra et extra positis aedifîciis, sub unius noctis spatio cuncta conflagrata sunt incendio K.. Nondum eo tempore absida Sanctae Mariae arcuato exaedificata erat opère, sed cuncta tabulatisteg-eban- tur lig'neis ; velox ego flamma cito pertransiens in omnia tem- pli aedificia, etiam superiorem cryptae partem occupavit, ^uperque laquearia templi ardentia mag-na mole decidentia inter sudes qui ob arcendam quarumcumque . . . [Caetera desunt) 2.
L. VIII, c. XVI. Erat •'^ autem ipsa domus lig-nea turris ^ : quippe vir potens erat, ex nobilioribus indigenis ejusdem cas- tri cujus fuerat et Albericus [unus ex primoribus castri Cas- tellionis] •'. Turris ergo illa in superioribus suis solarium habebat, ubi idem Seg-uinus cum sua manebatfamilia, collo- quebatur, convivabatur et noctibus quiescebat. Porro in ejus inferioribus habebatur cellarium, divers! generis retinens apothecas, adrecipienda et conservanda humani victusneces- saria idoneas. Solarii '' vero pavimentum, ut moris est, compactum erat dolatilibus trabeculis, quae parum quidem habebant spissitudinis, sed aliquantum latitudinis, pluri-
1. Ce qui est relatif à cet incendie peut être complété par la longue nar- ration qu'en a faite l'auteur dans la Vita Ganzlini ahh., l\y. II, c. 1. Nous en donnons plus loin des extraits intéressant l'histoire de larchitecture en France.
2. Ed. cit., p. 275-276.
3. Ed. cit., p. 299
4. « Ce passage nous fait connaître quel était linlcrieur de ces tours habitées par les petits seigneurs du xi' siècle » {Note de Véditeur, p. 299).
5. Aubry, de Ghâtillon-sur-Loing (aujourd'hui ch. 1. de c, arr. Montar- gis, Loiret).
6. Cf. le texte suivant que nous extrayons d'Orderic Vital (vers 1018) : « In Aquilensi Castro ad hospitium Rodberti, quod in domo Rogerii Calcegii susceperat, venerunt, ibique sujier .'iolnriiiin (sicut militibus moris est) tesseris ludere coeperunt... » fOrd. Vital. Hist. eccL, 1. V, éd. Le Prévost, t. II, p. 295-296). — Cf. aussi 1 acte que nous publions plus loin, relatif à l'église abbatiale Saint-Pierre dOudenbourg, et celui de 1104, tiré de l'His- toire de Tulle, par Hahizc.
[1000-1095] DE l'architecture en frange 11
mum autem long-itudinis ... Inter duas arcas, quae in cel- lario (quod subesse solario diximus).,.
L. VIII, c. XXV. Basilica ' semper virginis Mariae Dei genitricis, in qua beatus pater Benedictus corpore quiescit, partim vetustate, partim incendie demolita, visum est abbati Guillelmo % adnitente Odilone, viro probo, ejusdem basilieae aedituo, vêtus demoliri et novum opus pro vetere instaurare ...
L.VIII, c.xxvi. [Vers 1080.] — Unus^ ex fra tribus, cogno- mento Gallebertus^ qui cementariis fuerat praefectus prae- taxato operi insistentibus, pecuniis minus aliquando abun- dans, ibat circumiens loca plurima, et ducens secum semini- verbios, quorum admonitione excitata virorum et mulierum corda, saeculi negotiis irretita, aliquo sufï'ragio, etsi modico, penuriam ipsius sublevarent. Dum ergo circumquaque dis- curreret, Vitriacum ' advenit ; qui locus regalis palatii honorificentia nostris temporibus décora batur...
L. VIII, c. xxvii. [1093.] — Anno ^> ab Incarnatione Domini millesimo nonagesimo quinto, flamma voracis ignis maximam Floriacensis burgi consumpsit partem . . . Nocte siquidem quae sacratissimum diem Dominicum Paschae subsecuta est, vehemens ignis unam corripuit domorum, quae a parte septentrionali exceptae erant a clausula ejus- dem burgi . . . Vulgus . . . expergefactum terrificam illam vocem cum horribili ulula tu concrepabat: «Ad focum! vide- licet, ad focum! » Quo strepitu exciti fratres, linquunt stra-
1. Ed. cit., p. 317.
2. Hugues de Fleury affirme que l'abbé Guillaume n'a pu terminer cette construction : « ipsam quam refi^ebat ecclesiam multis incendiis devasta- tam et senio prevaf^alam novo jecto edificare cepit fundamento, sed morte prereplus consummare non potuit » Lib.mod. reg.. dans Migne, Patr. la.1., t. CLXIII, col. 903). Or Guillaume a été abbé de Fleury de 1070 à 1080. Cf. Prou et Vidier, Recueil de chartes de Saint-Benoit-sur-Loire, 1. 1, n" 79, 90, 91.
3. Ed. cit., p. 319.
4. Voy. Marignan, op. cit., p. 300.
5. Vitry-aux-Loges, cant. de Chàteauneuf (Loiret).
6. Ed. cit., p. 321-322.
12 TEXTES RELATIFS A l/lllSTOIRE [1000-1095]
tus, basilicam irrumpentes. Erat autem eadem basilica ob paschalem celebritatem honestissinie holosericis venustata ornatibus, ad quos deponendos et in gazophylacio repo- nendos, quoniam ea domus fornice lapideo protegebatur, juniores de ffrjatribus certatim accing'imtur . , .
L. \ III, c. XXX. Nuper^ properantibus caementariis forni- cem mirae altitudinis in dextra ipsius ecclesiae parte erigere, locatae sunt trabes- in sublimi parietum stabilimento a fabris lignariis ad sustollenda ligna quae in modum hemisphaerii fabricantur, quibus moles lapidum et caementi inniti habebat. Ergo, dum quodam mane, trabibus tenui imbre madefactis, operarii desuper incederent, praeparantes quae praecipiebantur, unuseorum, Otg-erius nomine, minus caute superambulans, pede lapso de illa celsitudine per compa- ginatos sibi fustes, per multiplicem lig-norum struem, inter acervos lapidum pronus ad terram corruit. Erat enim pêne totum illud telluris spatium tam lig-norum quam saxorum congerie adopertum ... jacebat humi tanquam exanimis ... Accurrimus statim multitudo tam laicorum quam mona- chorum qui, etsi casum non videramus, clamorem tamen et luctum artificum audieramus ... Levantes igitur juvenem debilitatum, deposuerunt eum ante altare Dei genitricis, quod prope erat ... nec frustra ... Ilinc delà tus ad propriam domum, non post multos dies integrae redditus est sospi- tati^ ...
1. Ed. cit., p. 327. — Les détails techniques qui suivent, si courts qu'ils soient, sont tout particulièrement intéressants. Ils montrent, en les interpré- tant littéralement, rindépcndancc de lacharpenle en bois, de forme hémis- phérique, et de la calotte de pierres de même forme qui la coilTe par- dessus, et dont la douclle représente le creux dune moitié de sphère, sans qu'elle soit, comme d'ordinaire au moyen âj^e, d'un galbe plus -..élancé : car la courbe de révolution des coupoles d'alors a une flèche plus dévelop- pée que celle du demi-cercle de même corde ( Voy. A. Brutails, L'archéo- loffie du moyen ih/e, p. 1 i9).
2. Ce sont les poutres horizontales ou entraits que les charpentiers {fahri lif/narii) avaient disposés sur le haut des murs et sur lesquels devait i-eposer la charpente déforme cf)urbe [in modiiin hemisphaerii}., composée de membrures entrelacées (per compaginalns sihi fuslex), et dont les planches devaient linir vraisemblablement par remplir les intervalles, pour recevoir, en dernier lieu, la maçonnerie hémisphérique.
3. Los chroniques du xi" siècle attestent le zèle que déploient à l'étran-
[1000-1103] DE l'architecture. EN FRANCE 13
III
Vers l'an 1000, 1070 environ et 1103.
Donation faite par Renaud, vicomte d^iuhusson, à l'ab- baye bénédictine de Saint-Martin de Tulle, au diocèse de Limoges, en Bas-Limousin , de ses divers biens, notam- ment d'un domaine qui contenait une chapelle et était limité par des croix de sauvegarde, ledit seigneur se réservant de se faire bâtir, près de l'église, une habita- tion faite de terre et mesurant douze brassées. — Men- tion d'un moine constructeur appartenant à l abbaye de Saint-Martin. — Réédificat'ion dudit monastère, avec participation des seigneurs voisins à cette reconstruction, entre autres du vicomte Bernard, qui fait don à l'abbaye de l'un de ses bois pour la nouvelle œuvre.
Cartiilaire de Vahhaife de Saint Martin de Tulle, publ. par J. H. Chanipc- val (Brive, 1903 , p. 202-204, 105 et 137-138. (Extrait du Bulletin de la soc. scient., hist. et archéol. de la Corrèze, t. XIV, p. 3i4-346, t. XI, p. 142, t. XII, p. 4461. (Cf. autres éditions, lialuze, Ilistor. Tutelensis llll),.\ppendix act. vet.,
col. 399-491, 414-415, 447-448. — Gall. christ. ,1. II {1120}, Instr., col. 209.)
ger les abbés de grands monastères pour la reconstruction et la décora- tion des églises. Citons surtout pour l'Italie la chronique du Mont-Cassin (Chronicon nionast. Casinensis, éd. Wattenbach, dans les Monumenta Ger- man. hist.. Script., t. VIII, p. 551-844). Cf. Schlosser, Die Kunst in MonteCas- sino, dans le Quellenhuch zur Kiinstgeschichte des ahendlandischen Mitte- lalalters, VVien, IS96 favec bibliographie), p. 192 et s.), qui nous donne la description des travaux artistiques entrepris sous la direction des abbés de ce monastère, notamment de 1 abbé Didier 1058-1087). On y trouve des détails très précis, par exemple, pour les mesures employées dans l'architecture et la décoration de l'église et du cloître du Monl-Cassin, détails que Tonne trouve guère dans les chroniques de France au xi" siècle, exception faite pour celle de S'-Hénigne de Dijon. La même chronique contient aussi des renseignements utiles à connaître au point de vue de l'archéologie comparés, pour l'histoire ecclésiastique de ce monastère dans le premier quart du siècle (cf. E. Hertaux, L'Art dans l'Italie méridionale de la fin de l'Empire romain h la conquête de Charles d'Anjou, 1903). — Pour l'Allemagne, la Suisse, la Flandre, cf. Schlosser, op. cit.; citons notamment, pour l'Allemagne du Sud, la Chronique du monastère de Peters- hausen à Constance (xr-xii' s ),di\ns 'Slonc, Quellensammlunff der badis- chen Landes(jeschichte,i. I, p. 112ets.;Schlosser,op.ct7.,p.232 ets., Kunst- lehenim KÏosler Petershausen hei Constanz.
14 TKXTES RELATIFS A L HISTOIRE [1000-1103
[Vers 1000.] — Omnibus in ChrisLo pie viventibus dignum est ut, ab amorem Dei et sanctae reli<j^ionis, loca sanctorum divinis cultibus mancipata de rébus sibi debitis ita dotent ut futuristemporibus inconvulsa, Deo auxiliante, nianere valeant, maxime his temporibus condecet, cum jam, senescente mundo, dies Domini instet, et quibus malis ipseurgeatut nos a suoamore compescat... Idcirco ego Ray- naldus, vicecomes Albuciensis, amore coelestis vitae, cedo Deo et Sancto Martino, in monasterio quod vocaturTutela, in villa mea quae est in parrechia de Ternat *, quae voca- tur Ruissac, mansum meum de Ribeira '"', ubi aedificium ecclesiae est, totum etab integro cedo Deo et Sancto Martino, tali scilicet ratione, ut nec ego, nec uUus ex heredibus meis, aut uUa immissa persona, intra cruces quae ob defen- sionem loci positae sunt, aliquid inquietare praesumat aut inquirere -^ ... Mansionem vero quam ad ecclesiam jam dictam habuero erit terrestris ^ et de •' duodecim brachia ; quam tali conventu tenebo, ut de ipsa non moveam, nec revertar ad ullummale faciendumalicui homini vel feminae. Et dum ego non fecero, monachi et praepositus ejusdem loci eam teneant, et faciant in ea quicquid eis necesse fuerit, eamque de manu abbatis et praepositi ejusdem loci habebo ...
1. Tarnac, comni. du cant. de Buf?eat,arr. Ussel. — Nous adressons tous nos remerciements à M. A. Petit, archiviste de la Gorrèze, qui a bien voulu l'cviser les textes que nous publions et identifier quelques noms de lieu et de personne qui y sont mentionnés.
2. Ribeira serait, d'après Champeval, le village de la Chapelle (voy. Bull, cil., t. XIV, p. 34 1, comm. de Tarnac).
3. conqiiirere, Baluze.
4. Synonyme de ferrena, c'est-à-dire faite déterre.
5. Manque de dans Hal. Ce passasse indique le mode de mesure en usage dans cette région du Centre vers 1 an mil. Une indication relative au\ dimensions d'une demeure privée à construire à cette époque est rarissime, à notre c/jnnaissance. — Poiu' une date ultérieure (1055), cf. inf'ra le texte relatif à Licairac, près de Carcassonne : « ad faciendam mansionem de sex brachiatis longitudinis et latitudinis ex omnibus partibus ».
|1 000-1 103J DE LARCIIITI'XTLRE EN FRANCE 15
[Vers 1070.] — Inparochia 1 ecclesiaeSanctiBoniti^... Hoc autem ipse Gauzcelmus de Petrabuferia -^ postea dévote adimplevit ad ostium cimeterii Sancti Martini quod est ante portam ecclesiae S. martyris Juliani', corani domno abbate Fruino •' et Geraldo de Latofavo, monacho, qui ipsam construxit ecclesiam, et coram Archambaldo vicecomite"...
... Anno ' dominicae Incarnationis M G III indictione XI, III idus Junii, papa Paschasio in romana sede praesi- sidente, Philippe rege régnante, domno Willelmo abbate istius Tutelensis monasterii pastoralem curam ag^ente, idem monasterium jam pêne vetustate consumptum, coeptum est reaedificari novum. Ad cujus construetionem quique comprovinciales coeperunt adjutorium ^ impendere, prout cui({ue facultas et bona voluntas attribuit. Inter quos Bernardus vicecomes ^, dédit Deo et Sancto Martine ad aedifi- cationem ^^ ipsius monasterii quandam partem nemoris quod habebat super pontem de Gornilio " co^nominatum, sicut termini ipsius divisionis désignant. Factum est autem hoc donum in suprascripto anno, V. Kal '^. Januarii, in ipso
1. Carlul., cil., p. 105.
2. Saint-Bonnet-rEnfanlier, conim. du cant. de Vigeois, arr. Brivc.
3. Pierre-BulTière, ch.-l. de cant., arr. Limof^es (Haute-Vienne). S. Ej^lise de Saint-Julien, paroisse de Tulle.
5. Frudino. Baluze.
6. Archambaud, d'après Champeval, aurait été vicomte de Coniborn. (comm. d'Estivaux, cant. de Vif^eois).
7. Ciirlul. cil., p. 137-138.
8. adjiitoria, Baluze.
9. Bernard, vicomte de Comborn, daprés Champeval. Baluze, en publiant ce qui suit, a joint ce texte au précédent ; Champeval a séparé les deux textes.
10. edificalionem, Baluze.
11. Cornelio, Baluze — Cornil, comm. du cant. et arr. de Tulle. Il existe encore un pont en ruines à environ »00 mètres en aval du pont actuel, dans la comm. de Cc^rnil.
12. c,%l.. Gall. christ.
16 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1000-1200]
nemore, in manu Stephani secretarii, testibus Rigaldo de Bolciaco monacho '... Ibidem fecit ipse vicecomes omnibus rusticis ad quorum mansos pertinebat idem nemus, dare quidquid- in eo requirere poterant dimissis annuatim qua- tuor solidis, et dimidium modium inter annonam et civa- dam . . ,
IV
Vers l'an 1000 — fin du xii" siècle.
Travaux de construction et de décoration accomplis dans V église et les bâtiments de Vahbaije de Saint-Florent^ près de Saumur ; autres travaux d'architecture et d^ hy- draulique exécutés dans les bâtiments ou domaines de cette abbaye ,' mention d^églises et de chapelles con- struites ou rebâties soit e/i pierre, soit en bois. — Fondation du monastère de Saint-Nicolas, à Angers, par le comte Foulque III. — Choix de remplacement du monastère de Saint-Florent-le-Vieil et du château de Mont donne; ancien cimetière fortifié ; mention de moines constructeurs.
Ilistoria sancli Florenlii Salinarensis , clans les Chroniques des éçflises d'Anjoii^, publ. par Marchegay et Mabille (Soc. hist. de France^ 186», p. 257, 263, 275-279, 281-282, 285, 289, 296, 306-307, 310-312.
1. inoiuict), Gall. chrisl.
2. (fiiicqiiid^ Baluze.
3. Sur la valeur de ces chroniques, voy. notamment G. Monod, Rev. hist., t. XXVIII, p. 263-267. Il y a lieu de se référer aux pp. 211-213 de la susdite édition de ces sources importantes pour l'intcllifïence des 0.\traits suivants : car on y trouvera le récit des importants travaux de construc- tion et dornementation qui eurent lieu sous l'abbatiat d'Amalbert, dans la deuxième moitié du x° siècle (956-985). Nous en extrayons notamment ce qui suit, pour la description de l'ancienne éf,'lise: « Tria tantummodo alta- ria, hoc est matutinale et membrorum, parva solum maceria arcuata toge- bat ; reliquum aedilicium lignnrum caméra depicta operiebatur. In porti- cu basilicae, quatuor unius altitudinis erant maceriac, super quas, in alla fahrica lig nom m si(f lia majora congruentis magnitudinis dependebant ; mediae vero maceriae et navis ecclesiae columnis arcualis consistebant. Campanae horis diurnis in choro trahebantur... » Sur l'usage de revêtir de peintures, au xi' siècle, l'intérieur d'importantes églises monastiques, voy.
ri 000- 1200 DE l'architecture EN FRANCE T7
Sub ' tempore patris hujus, Roberti [deBlesis -, abbatiis], claustralis fabrica mira lapidum sculptura cum -versuum indiciis ^ ac picturarum splendoribus est polita. Ipse enim praefatus pater multitudinem copiosam ornatuum inaudi- toruni, diligens exquisitor, adquisivit : videlicet magno- rum ex lana dossalium, cortinarum, fasterdium, tapetum, bancalium caeterorumque ornatuum variis imaginibus insculptorum ^...
Quidam'' sancti monachi ... hau[d] longe a Castro Sal- muro oratorium cum mansiunculis composuerunt, Deoque ibidem non segniter adhaerentes, doctrina plurimos ac vir- tutibus instruxerunt. Quibus defunctis ibique sepultis, locus cum mansiunculis postea funditus est destructus, Postmodum vero ... sub umbra albae spinae extracta cor- pora sanctorum intra veteris maceriae vestigia, cum sarco- fagis et membranissanctis, abbas Kobertus omnisque plebs reposuit, et desuper in honore sancti Vincentii ligneam^ ecclesiam aedificavit .. ,
[1013-1022.] — ... InpagoMedalgico" . . . monachi... apud
surtout la chronique du Mout-Cassin (1058-1087), à propos de l'abbé Didier: « parietes quoque omnes pulchra satis colorum omnium varietate depin- xit ». — La description ci-dessus montre que la base du clocher, construit sur la façade principale de l'église abbatiale, était formée par une tour rec- tangulaire en maçonnerie, et que les cloches étaient suspendues dans une haute construction en charpente. C'est ce qui devait avoir lieu souventalors. Cf. R. Merlet etClerval, Un ms. chartrain du XI' s. (à propos des anciennes tours de l'église de Chartres), p. 76 et s.
1. Op. cil., p. 257.
2. Robert de Blois, abbé de 985 à 101 J .
3. Sur l'emploi dos inscriptions en vers latins dans les églises monastiques à l'époque romane, voy. infra la note que nous avons jointe à nos extraits de la Vita Gauzlini {n° VII).
i. Sur l'emploi de ces tapis, tentures et ornements divers destinés à l'é- glise et à sa décoration pendant les fêtes et solennités, voy. ibid., pour plus de^détails, p. 258; cf. infra, le n° XXI et le texte des Coutumes de Farfa.
5. P. 262. L'église de bois dont il va être question fut bâtie avant 1011.
6. Les petites églises, les chapelles ou les oratoires construits en bois sont encore nombreux à cette époque ; VHistoria Sancli Florentii Salmurensis en oirrc plusieurs exemples.
7. P. 266. Il s'agit ici de Tabbatiat de Géraud de Thouars. — Les Manges, pays de 1 ancien Anjou, et primitivement du territoire Picton (Poitou), compris en Maine-et-Loire, où il forme la majeure partie de l'ar- rondissement de Cholet (Maine-et-Loire).
2
18 TEXTES RELATIFS A l'lIISTOIRE [1000-1200]
Espetven^, lapidea diruta, majorem ligiieam' construxerunt ecclesiam, aevo in nostro senio jam consumptam ...
[1020 environ 3.] — Quodam temporeFulco'* cornes, secun- do ab Jérusalem re versus, per Andegavis aulae fenestras columbam cementum saepe ferre et cavitatem cujusdam petrae implere conspexit. Tune, quod in maris periculo voverat et mente tractabat, monasterium Sancti Nicholai^'e vestigio lapidis anno MXX" fundavit
[Vers 102o.J — Tune temporis in Montis Buelli '^ vertice, versus urbem Turonicam, Fulco comes castrum firmissi- mumfecit ... Tune Fulco, Salmurum vacuum esse et solum recogitans, retrog-ressum dirigit ... castellum obsidens, vi accepit, et a Castro, ruinani incendii funditus perpessuro, reverendam patris Florentii glebani extraxit. Abbas autem Fredericus ^ et monachi.,., assumpto corpore sancti patroni et sanctorum reliquiis, exierunt, anno MXXV" ... Tria signorum^ praecipua tantum igni fuerunt subducta : scilicet,
1. Espevan (Speuanum), aujourd'hui Saint-Macaire-en-Mauges, cant. de Montfaucon, arr. Gholet (voy. Géi. Port, Dict. Iiistor... de Maine-et-Loire, t. III, p. 416). Sur les constructions de Foulque III, voy. L. Halphen, Le comté d'Anjou au XI' siècle (1906), p. 153 et s.
2. C'est d'ordinaire le contraire qui eut lieu : aussi ce fait peu fréquent est à remarquer. L'église n'eut pas une longue durée ; celle qui la rem- plaça fut consacrée à la fin de l'an 1119, en vertu d'une bulle du pape Calixte II, dont on a le texte [Chron. des églises d'Anjou, p. 267, n. 1 ; U. Robert, Bull, de Calixte II, 63). Il n'y a pas lieu d'en être étonné dans cette région qui, au début de l'époque romane, a un caractère assez exceptionnel. « Dans la vallée de la Loire, au-dessous d'Orléans, dit Quicherat {Mél. d'archéol,, p. 436), le renouvellement des églises s'opéra sous l'empire des vieilles traditions, qui y persistèrent un bon tiers de siècle après qu'elles avaient été abandonnées ailleurs. »
3. P. 275,
4. Foulque III, quatrième comte d'Anjou (987-1040).
5. Il s'agit du monastère de Saint-Nicolas, à Angers.
6. P. 276. La Motte-Montboyau, com. de Saint-Gyr-sur-Loire, arr. Tours.
7. Frédéric de Tours, sixième abbé de Saint-Florent (1022-1055). Le CAstrum de Saumur avait deux portes, à l'est et à l'ouest : porta orientalis, occidentalis (p. 277).
8. Cf. ibid., p. 271, un curieux passage sur la fonderie des cloches et sur les surnoms qu'elles portaient : « factumque signum ab auctore suo, Gelduinus est dictum ; vocatur tamen ob soni puritatem Clarellus. » Sur les cloches au moyen âge, voy. .1. Berthelé, Enquêtes campanaires, notes, études et documents... du VII I' au XX' siècle, 1903.
[1000-1200 DE l'architecture EN FRANCE 19
Vox Domini vocatum, et aliud a seniore Gelduino ^ compo- sitiim necnoii memoiatum ab ejus filio Gelduino factum. Gampana quoque argento permixta, sonora atque dulcis- sima, quae long-e post in novo facta monasterio, in nocte Assumptionis Sancte Dei genetricis, lecto ab abbate Frede- rico evangelio super tluvio tractu, super arcuatam turrem cadens minutata, denuo ab aurifice Odolrico minus valens est conflata... [Monachil ad ecclesiam Sancti Hilarii, ad lo- cum, oui Griptas nomen est impositum, [pervenerunt]... tum Fredericus abbas et Letardus prior cum septeno fra- trum numéro tam diu manere difïinierunt, facientes pro posse opus divinum, . .
[1026 et s. 2,] — Quibus locum perquirentibus, nec mora praelectus a Domino locus est inventus, qui olim Bonali Vadum ' est dictus, secus Thoerii fluvium, ad campum spinosum, ubi anno MXXVI", mense auguste, illud magnificum, Deo auctore, coeperunt monasterium. Gujus fabricae eatenus quotidie per diversa operariorum numerus insistebat ; cum(|ue per diem omnes sollicite nume- rarentur, unus semper inveniebatur in opère qui nusquam apparebat in retributione . Huic structurae sanctitate ac pietate praecipua Hildegardis'* comitissa praestantissimum
1. Gclduin. seigneur de Saumur (voy. ibid., p, 275). — Voy. op. cit., p. 2i2, ce qui est dit du clocher et des cloches de Saint-Florent dans la deuxième moitié du \° siècle.
2. P. 279.
3. Il s'agit d'un gué sur le Thouel, affluent de la rive gauche de la Loire. Notre confrère, M. Dupond, archiviste des Deux-Sèvres, a bien voulu nous informer qu'il n'y a pas dans cette région de nom de localité ou de lieudit qui puisse en dériver, vérification faite sur les cartes et les atlas cadas- traux. Cette dénomination n'existe pas dans le Dut. lopographiqae des Deux-Sèvres, de 15. Lcdain (1902 . Nous ne voyons pas de raison pour iden- tifier celte ancienne localité avec Bonneval-lès-Thouars, dans le Thoua- rais (Haut-Poitou). Suivant d'Kspinay [Notices archèol., deuxième sér., Angers, 1878, p. 50), il s'agirait bien ici du monastère de Saint-Florent, " lieu parfaitement situé à mi-côte dominant le Thouet, en face de Sau- mur, au-dessus du gué qui servait à passer cette rivière ; cet endroit s'appelait alors le « Champ-Epineux » (aujourd'hui com. de Saint-Hilaire- Saint-Florent. arr. Saumur). C'est aussi l'avis d'un érudit compétent, M. J. Berthelé, qui s'est intéressé à notre recherche.
i. Ilildegarde, comtesse d'Anjou, bienfaitrice de Saint-Florent, enterrée à Saint-Nicolas dWngers. La proximité relative de cette nouvelle cons- truction a dû l'engagera s'en faii'c la protectrice.
20 tp:xtes iu:latifs A L FirsToiRi-: [1000-1200]
contulitadjumentum. Suum insuper carnetum rétro Beatae Mariae criptam. . . aedifîcaverat.
Denique Fulco cornes versus Thoarcenses ' in jus Sancti Florentii castellum, ex monte et nido falconum ~ nuncupa- tum, instituit, quod duodecim coacti a monachis, Espevan degentibus, cum aliis opéra riis peregerunt.
1030 (après) 3. — Fulco ^ vero cum filio GolTredo ^ et uxore Agnete... Glomnam '' montem tetenderunt et in occidentali parte montis castellum determinarunt. Quod excidium monachi cum habitatoribus reverentes, multis precibus ne castellum ibi fîeret comitibus persuaserunt. Qui comités paululum cedentes, priscam defensionem dua- rum ecclesiarum cjmiterium "' ambientem, quod ritu veteri crux ^ ad orientem et alia ad occidentem sita propter infrac- tiones praemonstrabat, construxerunt et monachis ad cus-
1. Thouars, auj.ch.-l. de cant., arr. Bressuire (Deux-Sèvres). Cf. castel- lum Thoarcii [Chr. S. Maxenl. Pictav., en llOi, dans les Chroniq. des égl. d'Anjou, p. 422). — Voy. sur Thouars, B. Ledain, op. cit., p. 272.
2. Montfaucon, sur les conlins de Bas-Poitou et de la Bretagne, auj. ch.- 1. de cant., arr. Cholet (Maine-et-Loire).
3. P. 282. cf. Chron. de Aantes, éd. Merlet, p. 139-140.
4. Foulque III, ditNerra, quatrième comte d'Anjou.
5. GeoUroi Martel, cinquième comte d'Anjou (10.40-1060).
6. Il s'agit de Mont-Glonne, autrement dit du château de Saint-FIorent- le-Vieil (arr. de Cholet, Maine-et-Loire). Plusieurs chartes se rapportent à la construction de ce château. Voy. notamment Livre Noir, fol. 96, et Livre d'argent, fol. 48. Une motte et de hautes palissades de bois servirent à pro- téger l'asile du monastère ; cf. l'acte suivant: « Ego Gauflridus, Andegaven- sium, divinagratia, comes,avus meusetavunculus casfeiiu m ierrae^/ue cum u- lo ac lignis magnae alliludinis asilum circa monasleriiim Beati Florentii, quod Vetusdicilur, construxerunt, annuentc.abbate Frederico et. ..mona- chis... » {(Jart. noir de Saint-Florent, fol. 57-58; domHousseau, 112,u"635). — Cf. l'asile fortifie du monastère de Saint-Trond, en Flandre, qui existait déjà du temps de l'abbé Adélard II (1055) et fut renforcé vers la fin dudit siècle (Pertz, Script., t. X, Gesta ahb. Trudon., p. 242).
7. Un passage des Miracula sancti Benedicti (1. VIII, § 1, éd. de Certain, p. 277), par Raoul Tortaire, nous montre qu'au xi" s. le cimetière de l'église de Germigny, dans l'Orléanais, était fortifié, et cet exemple n'était pas isolé : « Siquidem habebat eadeni ecclesia coemelerium vnlli munimine circumdatum » (ann. 1031-1060). Viollet-le-Duc, Dict. de l'archil., l. III, p. 2i7, art. Cimetière, ne parle point de cimetière fortifié. Cet exemple vient à l'appui des remarques de M. Enlart {Man. d'archéol. fr., t. II, arch. mil., p. 545 et s.).
8. Il s'agit ici de croix servant de délimitation et de sauvegarde k un terrain relisrieux.
[1000-1200] D1-: l'architecturk en frange 21
todiendum dimiserunt, Aggerem quoque in prospecta monas- terii cum curte lignea erexerunt. Quod castrum cum offi- ■cinis claustri duo monachi Glomnenses, Thetbaudus prae- positus^ et Albaldus cellerarius, lapideo robore concluse- runt, qui per annos circiter sexaginta mirabili instantia ipsum locum gubernarunt atque instauraverunt. . . Altaria^ •omnla, quae Deo fuerant consecrata, violata sunt atque con- fracta, Sub qua destructione maceriae veternosae, hedera repletae, non multae altitudinis, latum claustri spatium quadrifarie claudebant, portentantes quatuor magnas domos ibi fuisse diversis ministeriis attributas : quae maceriae a (lomo dextro membro contra meridiem adhaerenti ad orientem extensae infirmorum officinas viridariumque con- tinebant. Sed quoniam modérais usibus erant discordes, mediocrem couventum, pluribus eversis mansionibus, cons- lituerunt. Duos propter domorum fundationem puteos^, unum in refectorio, alterum in cellario obturantes, alios foderunt...
[1061.] — Anno igitur Incarnationis dominicae MLXI... <lie dominico Paschae, XVII" kal. maii, mense junio, XVIIl"
1. Le rôle que \e praepositus et le cellerarius d'un monastère avaient à remplir au point du temporel, les amenait souvent à soccuper, le pre- mier surtout, de constructions, soit en aidant, soit en remplaçant même Voperarius, qui maintes fois n'apparaît pasdans les charteset leschroniques. Ici, notre texte très précis donne les noms mêmes des constructeurs em- ployés au travail ci-dessus.
2. P. 285. — L'auteur de la chronique revient sur le passé des construc- lions de Saint-Florenl-le- Vieil et leurs dévastations à l'époque carolin- î;ienne, sous Charles le (Chauve, et sur leur destinée dans les temps qui suivirent. Voir sur les anciens autels, leur situation et leur dénomination, llistor.sa.ncti Floreniii..., p. 242 et s., au sujet de l'abbé Amalbert (956-985).
3. Ce passage précis corrobore exactement les observations de Viollet- le-Duc sur l'origine des puits, dont « il existe, dit cet auteur, encore un grand nombre, du moyen âge, dans nos vieilles villes, dans les châteaux, les cioi<res. les palais et les maisons... Ces puits avaient primitivement «té creusés pour les besoins delà construction. La plupart des cloîtres des monastères étaient pourvus d'un puits quand la situation des lieux ne permettait pas d'avoir une fontaine à (leur de terre... » {Dict. de Varchit. fr., t. Vn, p. 562). Cf. supra [Chron., p. 243), à propos de l'administration <le l'abbé Amalbert et de l'œuvre architecturale qui fut entreprise par ses «oins : « Aquae penuriam claustri puteus exterior relevabat : nam, sufTos- sis ecclesiae parietibus, forti caemento et lapidum curvatura, occulto meatu aqua in lavatorium emergebat, et per caeteras oflîcinas cursu subterraneo <lerivabat. Hic autem puteus foris secus cellarium existebat. »
22 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1000-1200]
kal. jul. , dedicatum est monasterium Sancti Floreritii Senioris a domno Eusebio', Andegavensi episcopo, in honore Sancti Salvatoris et sancti Florentii confessoris... Altaria vero ipsa tune denuo sunt consecrata...
Quodam^aestivo tenipore,inecclesiaSanclaeMariae, quae Marielensis"^ vul^o dicitur, res accidit talis. Nam ... domus Rainaldi, cognomento Manzelli, eidem ecclesiae adhaérens, ab ig-ne apprehensa est, nulloque penitus defen- dente, ecclesia quae tota, praeter vetustissimas macerias, erat lignea^ ab i<^ne est consumpta...
[1055-1070.] — Domnus •'• abbas Sigo ... in ornamentis quoque pulchrisconstruendis de auro et arg-ento, circa duo altaria quae sunt in presbiterio, ut domnus abbas Frede- ricus, sagax fuit ...
[1128 ou 1129-1155,] — Matheus" nomine, de Castro Lausduno' [abbas] ... fecit dossalia duo egregia, quae praecipuis solemnitatibus extenduntur in choro ; in quorum altero viginti quatuor seniores cum cytharis et phialis depinguntur, in reliquo Apocalipsis Johannis opère descri- pta est eleganti. Fecit insuper quosdam mirae pulchritu- dinis pannos, sagittariis et leonibus et caeteris qviibusdam animantibus figuratos, qui in navi ecclesiae festis solemni- tatibus appenduntur ^. Ipsa quoque, de qua loquimur, navis ecclesiae arçuato opère ipsius tempore incoepta est et com- pléta ...
1. Eusèbe Brunon, évoque d'Angers, de 10i7-i8 à 1081 .
2. P 289.
3. Marillais (Le), cant. de Saint-Florent-le-Vieil. an-. Gholel ; cf. Cél. Port, op. cit., t. III, p. 597.
i. Curieuse mention d'église de bois, avec des murs de pierre, qui devaient probablement dater de la fin de la période carolingienne et appartenir au petit appareil de construction de cette époque. Pour le mot maceriae, cf. supra (p. 16, n" 3) l'extrait concernant les constructions faites sous l'abbaliat d'Amalbert, dans la deuxième moitié du x" siècle.
5. P. 296.
6. P. 306.
7. Loudun, aujourd'hui ch. 1. d'arr.. Vienne.
8. Voy. ci-dessus, p. 17, n. 4; nous verrons encore d'autres textes rela- tifs à ce genre de décoration des églises.
[1000-1200] DE l'architecture en FRANCE 23
[1156.] — Stephanus de Rupe Fulcaudi ' ... dum prio- ratu hujus coenobii fungeretur , capituluni hujus ecclesiae sub dormitorio silum, arcuato opère, (sub) tam egregia venu- state et artifîciosa subtilitate construxit, ut per universum regnum Franciae vix aut nunquam consimile valeat repe- riri. Fecit insuper capellam infirmorum ~ domui cohaeren- tem, in honorem j^loriosae Virg'inis Mariae, sanctique Nicholai episcopi saiictorumque ablxitum Benedicti atque Columbani, ab Ulgero, Andegavensi episcopo, et Iterio, Nannetensi, celebriter consecrandam...
[1 1()0-1 174,] — Hujus patris [Frogerii de Sancto Loancio, abbatis] tempore, claustium monachorum novo et eleganti opère est constructum, et arcus lapideus qui inter capitu- luni et dormitorium est erectus. Pontem etiam de Salmuro, tradente venerabili rege Anglorum, Henrico, recepit ... data tamen non modica quantitate pecuniae, quae pro eodem ponte Turonis debebatur.
[1176.] — [Radulphum, natione Normannum, abbatem] devotio fratrum in dextro abside monasterii, juxta (h)ostium sacristariae •^, venerabiliter replevit...
[1176-1203.] — [Maynerius abbas] multa aedificia fecit, utpote introitum ecclesiae cum galilea, refectorium, domus infirmorum, locutorium '', . .
1. La Rochefoucauld, aujourd'hui ch.-l. de cant.", arr. Angoulême, Charente.
2. Sur les infirmeries dans larcliitecture monastique et sur les chapelles annexées à ces établissements, voy. Enlart, Man. d'archéol.. t. II, p. 18. Cf. Ordo cliiniacensis, c. m, de priore claustrali.
.î. On lit plus loin, p 238 : « [Guilliermi de Culturis, abbatis] corpus sepul- tum fuit ad (h)ostium ecclesiae, atT(jris, quo itur ad infirmitorium, prope capellam Virginis. sub quodam arcuato opère. »
l. Galilaea, à proprement parler l'ancien narthex, près du portail où se tenaient autrefois les pénitents, et ceux qui ne devaient pas être mêlés aux fidèles. Toutefois ce terme sij^nifie souvent porche d'éfflise ou jralerie, fai- sant partie delà nef avoisinant la grande porte. On trouve, dans des textes du XI" et XII' siècle, mention de « galilées » de différentes églises. Dans l'ouest, dans la région du Maine, celles de Saint-Facilc-de-Lucé, de Saint- Martin deSarcé, de Saint-Malo-de-Sablé, de Saint-Pierre-de-Meileray, près deMontmirail (Carful. de Saint-Vincent-dn Mans, col. 167.191, 218, 440).
24 TEXTES RELATIFS A l'iIISTOIRE [1001-1009]
1001-1009.
Fondation et consécration de Véglise abbatiale de Saint- Martin-du-Cani(jou^ au diocèse d'Elne, en Houssillon, construite par le moine Selva, sur l'oindre du comte Guifred.
Chronicon brève monaslerii Canigonensis \ dans Vlllst. (/énérale de Languedoc, nouw éd., l. V (1875), col. 54-55, n" 11. (Cf. Baluze, Miscellanea, lib. II (1679), p. 309-310.)
Anno Dominl MI, era MXXXIX, anno VI Rodberti régis, indictione XIV, Guifredus cornes coepit edifîcare monas- terium Sancti Martini Ganigonensis.
Voy. Ledru {ahhé), La Cathédrale Saint-Julien du Mans (I90ù, p. 182. A lest, en Bourgogne, ce terme se rencontre dans les textes relatifs aux coutumes de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon (voy. L. Cliomton, Hist. de Véglise Saint-Bénigne de Dijon (1900), index lexicologiqne, \" Galilaea, p. 469. Dans les anciens cloîtr0s des Chartreux, on distinguait autrefois la galilaea major et la galilaea minor iAntiq. Statut., p. 2, c. 12, et p. 3, "c. 28, cit. par Le Couteulx, Ann. ord. Cari., t. I (1888), p. 16.) Cf. Kraus, Gesch. der christl. Kunst, t. II, p. 123-124. Voy. enfin les importants statuts clunisiens de Farfa que nous publions plus loin, et où ce terme a été employé, avec l'indication de la mesure qui s'y rapporte.
Introitus ecclesiat s'appliquerait ici au portail. La nervure à un seul tore, de style Plantagenèt, apparaît dans « le beau porche de l'ancienne église abbatiale de Saint-Florent-lès-Saumur, qui a été élevée dans le dernier quart du xii" siècle (plutôt vers 1180 que vers 1200), à cause de la forme plein cintre des arcs latéraux et de l'ornementation encore en grande pai-tie romane des chapiteaux. » (J. Berthelé, L'architecture Plan- tagenèt, dans le Congrès archéol. de Poitiers (1903j, p. 250.)
Certains exemples de l'emploi du terme collocutorinm (parloir) mé- ritent d'être relevés ici : « In orienlali collocutorio Casae Dei », dans Mabillon, Ann. ord. sancti Bened., V,p. 8, au sujet de la Vie de saint Robert, abbé de la Chaise-Dieu, en Auvergne (mort en 1067)... Cf. aussi, avant 1151 :« In collocutorio quod situm est inter cellariuni et refectorium. » {Cartul.de N. D. deJosaphat, t. I, p. 221). L'abbaye de N.-D. de Josaphat était située au pays et diocèse de Cliartres.
1. Saint-Marlin-du-Canigou ; aujourd'hui com. de Vcrnet, cant. et arr. Prades (Pyrénces-Orienlales).
[1001-1009] DE l'architecture en FRANCE 2S
Marca hispanica, col. 971, Append., n° CLX [ex Archiva monasterii Canigonensis).
In nomine Domini Dei aeterni. Sub anno incarnationis Domini nostri Jesu Christi MVIIII, aéra millesima XLVIII, indictione VIIII, IIII idus novembris, veni ego Oliba, sanctae sedis Elenensis episcopus, in suburbio supradictae Elenae, in valle Gonfluente, in locumquem vocant Ganigone, ad consecrandam ecclesiam^ , illo in loco sitam, in honore sancti Martini episcopi et confessons sanctaeque Mariae Vir- ginis et sancti archangeli Michaelis, vocantque coenobium Ganig-onis in monte structum, quod extruxit quidam pres- byter, nomine Selva, vel monachus, praecipiente, ordinante et in on\nibus perficiente, atque ad plénum effectum per- ducente domno Guifredo, gratia Dei, comité, ejusque con- juge, nomine Guisla, qui ditaverunt praedictam ecclesiam vasis sacris, scilicet, calice arg-enteo,cumpatenaetthuribulo argenteo . . .
;.. Ego autem^ praedictus Oliba, concedo, annuo et sacer- dotabiliter firmo praedicta omnia dom[u]i sancti Martini, die consecrationis ejus...
Acta est autem consecratio praedictae ecclesiae vigilia sancti Martini. S[ignum] Olibae, gratia Dei, sedis Elenensis episcopi.
1. Nos textes concernent-ils léjïlise actuelle? « On l'a dit, et il est pos- sible que cela soit, parce qu'on n'a pas signale dans cette église de com- binaisons dont on puisse dire avec certitude qu'elles sont postérieures à 1001-1009. Mais il se peut aussi qu'une grande partie de 1 édifice ait été l'objet d'un remaniement. » (.1. A. Brutails, L'archéologie du moyen âge et ses méthodes, 1901, p. 221). C'est uneéglise romane à trois nefs etsans'dou- bleaux, dans lesquelles les voûtes latérales contrebulent la maîtresse voûte ; elle est extrêmement pauvre ; avec crypte ; les supports des arcades sont des colonnes monolithes, basses et renflées, à chapiteau évasé (voy. le même auteur. Notes sur l'art religieux du Roussillon, dans le Bull, archéologique du Comité, 1892, p. 5j3 et s., fig.). ^ Avec M. Bru- tails, et pour les raisons qu'il donne, nous sommes d'avis que l'on peut estimer raisonnablement que l'église a été remaniée, et que les recon- strurteurs ont même pu employer les colonnes du xi" siècle.
26 TEXTES RELATIFS A l'hiSTOIRE [1001-1031
VI
1001-1031 environ.
Historique et description de la reconstruction de Véglise abbatiale Saint- Bénigne, à Dijon, exécutée par les soins de l'abbé Guillaume ,' disposition et ornementation de la rotonde, des autels et du tombeau de Saint-Bénigne.
ChroniconSancti Benicfiii Divionensis ', d'après le texte revu par L.Chomton dans VHistoire de Veglise Sainl-Béniçjne de Dijon, p. 96-99 (Dijon, 1900). (Cf. autre édition de cette chronique par lîougaud et Garnier, dans les Analecta Divionensia, Dijon, 1875, p. 136 et s.)
Anno sexto sue ordinationis, Willelmus^ abbas Romam perrexit ad apostolorum limina... Geperunt denique ex sua patrla, hoc est Italia, multi ad eum convenire. Aliqui litteris bene eruditi, alii diversorum operum magis- terio docti ... quorum ars et ingenium huic loco pro- fuit plurimum. Grescebat ergo quotidie multitude mona-
chorum sub ejus magisterio degentium Wil-
lelmo, venerabili abbate ... in nova ecclesie fabrica est reno- vata^, in cujus basilice miro opère domnus presul
1. Sur ce texte, voy. aussi doni Plancher, Ilist. de Bourgogne, 1. 1, p. 176, 485, 486, et surtout l'abbé L. Chomton, Hist. de Véglise Saint-Bénigne de Dijon (pi.).
2. Saint Guillaume de Volpiano, prèsNovare (961), bénédictin à Locedio, puis disciple de saint Maycul à Cluny, abbé de Saint-Bénigne de Dijon à partir de 990, amena vers 993 de sa patrie quelques moines savants dans les différents arts qu'ils exercèrent à Saint-Bénigne. Après avoir quitté la Bourgogne pour la Normandie, saint Guillaume se fixa à l'abbaye de Ber- nay, puis à celle de Falaise, et mourut à Fécamp en 1031. Voy. outre Chomton, op. cit., les Anal. Divion.. p. 131, Enlart, Man. d'arch. fr., 1. 1, p. 208. Sur la continuation de la tradition romaine, dans le monument de Saint-Bénigne, attestée parla coopérât ion de moines artistes venus d'Italie, voy. Courajod, Orig. de l'art roman et gothique, 1899, p. 379, et plus parti- culièrement sur l'influence de l'art lombard ou germanique, voy. encore Enlart, op. cit., 1. 1, p. 20H;cf. Chomton, op. cit., p. 113, notamment pour l'influence de Saint-Ambroise de Milan.
3. Un extrait de la môme chronique atteste l'existence de deux églises, l'une inférieure, l'autre supérieure, avec le sanctuaire, avant l'arrivée de l'abbé Guillaume : « Ita ordinavit dominus episcopus ut die Translationis
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expensas tribuendo. ac columnas niarmoreas ac lapideas undecumque adducendo', et reverendus abbas magistros conducendo, et ipsum opus dictando, insudantes dij^num divino cultu(i) templum construxerunt. Gujus artificiosi operis forma et subtilitas non inaniter quibusque minus edoctis ostenditurper litteras : quoniam multaineo videntur mystico sensu- facla, que magis divine inspirationi quam alicujus debent deputa[r]i peritie magistri.
Fundatum-' est autem hoc templum anno Dominice Incarnationis millesimo primo, indictione décima quarta, decimo sexto cal. Martii. Gujus long-itudo diicentorum ferme cubitorum'*, latitudo autem quinquaginta trium exis- tit; altitude vero in sequentibus oportune dicetur. Inferior itaque domus orationis, in qua sacratissimum corpus sancti Benigni martiris veneratur, eundem pêne modum habens quantitatis [ac superior], fulcitur centum quattuor coluiiinis. Hec in figuram T littere facta'^' quattuor [ordi- nibus] columnarum duodeno dispositarum numéro equali
sancii Benigni, nionachis ciim sibi subjectis clericis ante sepulcriim piefati martiris in cripta nocturnale offîcium jjeragcnlibus, ipsi in superiori choro, ante principale sancii Maurici altare, matntinalem inciperent sinaxim •> Voy. supra, p. 130j.
1. L'activité de l'abbé Guillaume fait penser dans une certaine mesure à la part considérable prise personnellement par Suger, abbé de Saint- Denis, pour la reconstruction de son ég-lise.
2. Par ces mots l'auteur entend l'idée symbolique qu'il entrevoit dans certaines parties du monument. Sur le symbolisme religieux, voy. infra, p. 159, n. 3.
3. Une main du xv« siècle a ajouté ici sur le ms. original de notre chro- nique un titre ainsi conçu : « Sequilur forma ecclesiae antiquae hiijus monaslerii divi Benigni. » Ce titre a passé dans toutes les copies, et de celles-ci, dans l'éd. d'Achery (Note de Bougaud et Garnier, p. 139).
4. L'église supérieure avait environ 200 coudées, c.-à-d. 92 mètres; l'église souterraine à peu près autant (sur la coudée et ses variations ainsi que son rapport avec le métrage moderne, voy. l'éd. Bougaud et Garnier, p. 140, n. 1 ). — « Une des cryptes les plus vastes qui aient été élevées est certainement celle de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon », dit "Viollet-le- Duc, Dicl. de Varch. fr., t.'lV, art. Crypte, p. 552 ; cf. i/jid., Plan, p. 453, avec les observations du même. Cf. Enlart, Man. d'archéol. fr., t. I, p. 250.
5. Sur cette disposition en forme de T, voy. Chomton, op. cit., p. 109, Bougaud et Garnier, op. cit.. p. 141, n. 1. Le tau étant l'ancienne image de la croix, les basiliques avaient reçu cette forme (Quicherat, Mél. d'ar- chéol., p. 407). — Cf. au sujet du symbolisme du nombre des colonnes de son église abbatiale, le passage suivant de Suger (De consecr. eccles. S. Dionysii, § V) : « Médium quippe duodecim [columpne diiodenarium apostolorum exponentesnumerum, secundario vero totidem alarumcolum- nae prophetarum numerum significantes, altum repente subrigebant aedi- ficium. »
2S- TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1001 -1031 J
e-xtenditur in longitudine et latitudine ; decem vero c«bitis erigitur in idtitudine, sécréta ex utraque parte habens vestibula^. Quinque sane in ea continentur altaria : primum £n honorem ipsius saneti Benigni est consecratum, secun- dum in memoriam saneti Nieholai et omnium eonfessorum. tertium in venerationem sanete Paschasie virginis... et omnium virginum, quartum in [honoremj saneti Hirenei et omnium martirum, quintum sub nominibus sanetorum eonfessorum et abbatum Joannis et Sequani, atque saneti Eustadii presbyteri ...
Huic paulo superius descripte inferiori erypte ~ eonjun- gitur oratoriom ad solis ortum, rotundo scemate'^factum senarum inlustratum splendore fenestrtirum, triginta septem eubitos habens in diametro, decem in alto Hoc sane oratorium terno columnarum ordine in semet regirato, quadraginta videlicet atque octo, geometricali dispositione ambitur; hujus desuper eulmen, eelso ereetum fastigio. viginti quatuor columnarum ae triginta duorum areuum, tri- pertita comparis numeri machina divisione, eleganti trans- volutum est opère. Hoc sane oratorium saneti Joannis Baptiste sacratum est honore ; cujus altare illustratur trium fenestrarum lumine.
1. Ce seraient, non pas les deux absidioles de droite et gauche renfermant les autels énumérés, mais bien plutôt les bas-côtés distincts de la nef (cf. le texte n° VIII, § 5, relatif à Saint-Remi de Reims, où l'on retrouve des vestihula, auxquels s'appliquerait la même signification).
2. Sur la crypte de Saint-Bénigne, voy. Bail, mon., t. XI, p. 53", t. XX^'l. p. 566, 568, et VioUet-Ie-Duc, Dict. de Varch. fr., t. IV, art. Crypte, p. i53. fig. 5 ; cf. Chomton, ihid.
3. Plus que d'autres églises de forme circulaire, par exemple, celle de Neuvy-Saint-Sépulcre, en Berry, fondée à l'imitation du Saint-Sépulcro de Jérusalem {fundata ad formam S. Sepiilchri lerosolimilani, disent les chroniques) ;la rotonde de Saint-Bénigne présentait des dispositions fort curieuses. Voy. Bull. mon., t. XXV, p. 87, et t. XXVI (de C^umont, Rapp... sur div, monuments de Dijon, 1860), p. 97 (rotonde^ et surtout VioUet-lc- Duc, op. cil., t. II, p. i,)! , art. Chapelle annexe, t. VIII, art Sépulcre Saint , p.. 280 et s., avec fig. 3-5, donnant : I " la coupo de ce monumenl d'après les restes de la partie inférieure et les gravures de duni Plaiiclier, oji. cit.: 2" le plan du 1" étage; 3" une vue extérieure avec les cijumimements res- taurés des tours d'escaliers. Les explications des auteurs que nous venons de citer aideront à comprendre la description de l'abbé (luillaume. Cf. le plan de la rotonde donné par Viollel-le-Duc, à lart. Crypte (fig. 5 .
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Ab hac ccclesia ' sunt per cocleam dextra levaque tri- ginta septem gradus, crebris sulHcienter illustrati fenes- Iris, per quos inofTenso ascenditur tramite ad basilicam Sancte Dei g-enitricis Marie. Ipsa vero ecclesia sexaginta octo subnixa est columnis, eundem fere habens modum et formam in diametro sive in altitudine quem et inlerior, undenisque irradiatur vitrais. Ad altare autem ejusdem per- pétue Virginis marmoreum perquatuor tripertitos ascenditur gradus; juxta duos hinc et inde sunt altaria : ad dextram quidem Joannis Evangeliste ac Jacobi fratris ejus sanctique Thonie apostoli, ad levam vero, sancti Matthei, Jacobi et Philippi, apostolorum.
Hinc iterum concordantes et satis lucidi, utrinque per cocleam ~ ad ecclesiam Sancte et individue Trinitatis tri- ginta gradus continuatini prestant ascensuni. Hec in niodum corone constructa, triginta quoque et sex innixa columnis, fenestris undique ac desuper patulo celo '^ lumen inlunden- tibus, micat eximia claritate, amplitudine inferiori domui consimilis, sed viginti cubitorum altitudinis. Altare Sancte Trinitatis ita est positum, ut undecumque ingredientibus ac ubicumque per ecclesiam consistentibus sit perspicuum^. Inde per quadrageminas scalas, altrinsecus factas, ad sup(p)rema patet ascensus : quarum due, equali modo posite,
1 . La rotonde, au premier étage, se joignait de plain-pied au sanctuaire de l'église abbatiale, et formait denière elle, à l'orient, une vaste chapelle absidiale, que terminait une chapelle barlongue, flanquée de deux tours cylindriques massives, qui contenaient les escaliers tournants (cocleae), montant aux galeries supérieures. — Sur cette rotonde, voy. aussi Quiche- rat, Mél. d'archéol. (égl. rondes), p. i9'2. Cf. l'église de Charroux, ihid., fig. 8 i. \'oy. enfin Chomton, p. 105 et pi. V à VII, notamment pour les rap- ports de cette rotonde avec la coupole du Panthéon.
2. i< Les deux énormes cylindres contenant des escaliers, dit VioUet-le- Duc, allégés extérieurement par des niciies, étaient évidemment un sou- venir de quelque construction romaine. » Cela est d'autant plus probable que l'abbé Guillaume employait des artistes venus d'Italie.
3. La lumière venait donc non-seulement des fenêtres, mais d'un jour central.
4. Le soin de la perspective avait été observé dans cette construction comme dans celle des colonnades de la rotonde « qui, vues à travers les arcades de l'abside, devaient produire un effet peu ordinaire ; et malgré la grossièreté de l'exécution, cet ensemble est une belle conception du moyen âge » (Viollet-le-Duc, op. cit., t. VIII, p. 2SI).
30 TEXTES RELATIFS A l'hTSTOIRE [1001-1031}
per quindecim gradus usque ad sancti Michaelis proten- duntur oratorium, habens in longitudine cubitos triginta tres^ in altitudine decem, vili fact[um] scemate : senestras habet septem. Alie vero due per quinquaginta gradus sur- sum dirigunt gressum : ad inia autem harum scala- rum bina super murum déambula toria sunt facta, ([ue equali [ducunt] spatio ab orientali parte usque ad occiden- talem, et infra templum, per arcus deambulatorios ', et supr^ tectum domus ; [mûri altitudinis triuni ferme cubito- rum, circumquaque pergentiumj, a ruina protegunt inces- sum. Hec tamen ad dexteram sinistramve parteni templi [incipientia], interius et subtus alas ejus gres- sum per quosdam occultos aditus ad suprema tecti [dirigentia] piano, ut dictum est, calle deducunt intror- sus undique, donec superliminare occidentalium por- tarum [attingentia], per pariles scalas viginti (?) gra- duum in porticus ecclesie majoris deponunt. Quae ad instar crucis - editicata habet in longitudine cubitos centum viginti octo ^, in latitudine, sicut prescriptum est, quinquaginta très, in altitudine quaquaversum permaxi- mos triginta et unum cubitos, in medio autem quadraginta. Inluminatur septuaginta vitreis, fulciturque centum viginti et una columnis, quarum nonnulle juxta capita fortissi- marum, que sunt quadraginta, pilarum quadrangulatim statute, una quasi simul coronari videntur corona, quamvis non unius sit magnitudinis omnium forma ^.
1. Cf. l'extrait qui suit : « arcus per ç/irum deambulatorios super ex niarmoreas columnellas insfituens, claustrum onme... porrexit... subtus item et super deambulatorios fornices fecit », dit la chronique du Mont-Cassin, à propos des urands travaux faits dans cette abbaye par l'abbé Didier (1058-1087) ; cf. éd. Watlenbach, Mon. Germ., Script., t. VII, p. 551-881, et J. von Schlosser, Quelleribuch zur Kunslgescliichte des abendl. Mittelalters, p. 210. Voy. aussi les Annales de Favfa : « arcus deambulatorii per tolum circuitum.. » Cf. Choniton, op. cit., p. 106, n. 2, et Mon. Germ., t. XI, p. 533 {Hist. Farf. Ilug.^op.) — Le substantif deambu latorium a le sens d'allée, de galerie.
2. Encore une expression relative à la symbolique architecturale; cf. Chomton, p. lOL Voy. supra, p. 27, n. 2,
3. Voy. dom Plancher, op. cit., p. 'i86, et l'édition Bougaud et Garnier, p. 145, n. 1.
4. Ce passage montre la variété de disposition que l'architecte avait introduite dans les colonnades. Sur l'alternance des piliers, voy. Chomton,. p. 107,110, 111.
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Ilabet hinc et inde geminas porticus dupliciter transvo- lutas ', in quibus bina continentur altaria. A parte quidem aquilonis, unum in honorem sanctorum apostolorum Pétri et Andrée, alterum in honorem sancti Bartholomei atque Simeonis atque Taddei apostolorum. Sancti vero Pauli altare est in superiori ecclesia ante aram Sancte Trinitatis. A meridie sunt altaria, unum in honore sanctorum apostolo- rum Matthie et Barnabe ac Luce evangeliste, aliud in honore sanctorum martirum Stephani, Laurentii atque Vincentii. Est aliud altare ad occidentalem plag^am ecclesie, in eodem latere meridiano, in honore sanctorum Mammetis, Desi- derii, Leodegarii, et ex parte altéra, sanctorum martirum Policarpi, Andochii ... Principale altare est sacratum in honore sanctorum Mauricii atque Benigni sinmlque Omnium sanctorum, altare addexteramejus, inhonore sancti Raphaelis archang^eli, ad levam vero, in honore sancti Marci evan- geliste, atque in medio ipsius ecclesie, altare Sancte Crucis, Omniumque sanctorum. Ante hoc altare triplex constat introitus crypte ; in quindecim gradibus ascenditur ab ipsa ad superiorem ecclesiam.
Sepulcrum vero sancti et gloriosi martiris ita est cons- tructum. Est tumba ^ ex quadris edifîcata lapidibus que octo cubitos in longum, quinque autem tenel in latum, cujus cacumen lapideum quatuor sustinetur suffragio colum- narum. Desuper autem quatuor columne marmoree locate erant antiquitus. Olim super lapideos arcus, quos contine- bant, absidam ferebant ligneam sex cubitorum longitu- dinis et trium latitudinis sepfemque ac semis altitudinis.
1. « Dans les bas-côtés doubles de la grande église, — plus ou moins remaniée — , les voûtes devaient être darêtes pour le collatéral le plus large, et en berceau pour le plus étroit. Les berceaux étaient probablement transversaux, c'est-à-dire perpendiculaires à la nef, comme au narthex de Tournus et à Saint-Remi de Reims. » (Ghoniton, op. cit., p. 112.) Les bas- côtés forment une sorte de galerie, d'où l'emploi du mot porticus, dont le sens est à rapprocher de celui de veslihulum {\oy. notamment infra, p. 41, n. 6).
2. Voy.éd. Bougaud et Garnier,p. 147, n. 5, pour les rapprochements entre le tombeau de Saint-Bénigne et celui de Saint-Pierre {De glor. martyr., c. xxviu), ce dernier surmonté de quatre colonnes blanches soutenant le ciborium. Voy. au sujet de ce tombeau, Chomton, p. M" et s. (et pi.).
32 TEXTES RELATIFS A LlIISTOIRE [1005-1030]
Que, undique auro et argento vestita, historiam dominice Nativitatis et Passionis premonstrabat anaglifo ^ prominen- tem opère, pictura satis optima. Verum hoc decentissi- miim, de quo loquimur, ornamentum, ob recreationem pau- perum tempore famis" fuit dissipatum a domno abbate Willelmo ^ ac... venu[mj datum est...
Illud in fine notifîcandum est in templi istius edificio esse columnas trecentas septuaginta et unam, exceptis illis que in turribus et altaribus sunt. Fenestre clause vel claudende ^ vitro centum vig-inti, turres octo, porte très, ostia viginti quatuor. . .
Gum primum abbatis suscepit offîcium venerabilis Wil- elmus, inter monachos in hoc loco degentes fuit quidam juvenculus vocatus Hunaldus, quem predictus pater videns solertis ingenii retinuit sibi, ceteris abeuntibus. Hune pre- cipue omni studio doctrine inlutum in domo Dei constituit vas electum. . . Ad omniaquippe que sibi erantnecessaria pre- dicti fratris juvabatur solertia. Denique injunxit illi curam hujus sacri periboli '', quam tanta prosecutus est cura, ut pêne totum quicquid fuit ornamentorum in hac basilica, ejus studio sit adgregatum^.
VII
1005-1030.
Travaux de construction et de décoration de C église et des bâtiments de Vabbaye de S aint- Benoît-sur- Loire ^ ainsi
1. Voy. Du Gange, Gloss., v» Anaulyphus. — Travail en relief.
2. On a attribué, sans preuves, a Guillaume, abbé de Saint-Hénignc, la direction de la construction du bas de la nef de la Madeleine, à A'ézelay, (Gall. christ., t. IV, col. 467 ; cf. Quicherat, Mél d'arc/iéoi.. De l'architecture romane, § III, p. 122). — Sur l'activité de Guillaume qui s'exerça à Dijon, à Fécamp et à Fructuare, en Piémont, voy. Chomton, p. 12i.
3. Preuve que la construction des vitrau.x prenait un temps assez long,
4. C'est-à-dire à proprement parler l'enceinte sacrée.
5. A propos de l'imitation de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, dérivant elle-même de la tradition romaine des mausolées circulaires, dont la coupole avait commandé le plan, M. Enlart cite comme exemple (outre celle de Charroux, en Poitou) la rotonde à double collatéral et à tribunes, élevée par l'abbé Guillaume à Saint-Iîénigne de Dijon, plus ou moins re- bâtie après lui et consacrée en 1106, détruite enfin, sauf la crypte, à la Révolution (op. cil., t. I, p. 217 ; cf. pi. 64 et 65).
[100o-1030j DE l'architecture en FRANCE 33
que cC autres églises de l'Orléanais et du Blésois, accom- plis par les soins de lahhé Gauzlin et de ses successeurs ,' ornementation et embellissements intérieurs; substitution de la pierre au bois ; emploi varié du marbre ; inscriptions envers. Accidents divers survenus au cours desdits tra- vaux; curieuse mention d échafaudages.
Vila ' Gauzlini, abbatis Floriacensis'^, auct. Andréa Floriacensi, piibl. par P. Ewald, avec des notes de L. Delisle,dans le A'euesArchiv, t. III (1877), p. 365-379.
'Cf. autre édition. L. Delisle, Vie de Gauzlin, abbé de Fleuri..., dans \es Mémoires de la Soc. arcliéol. de rOrléanais, t. II, 1853, p. 257-322.)
§ 35. Porro Gauzlinus'' abbas, nobilitatem generis probi- tatis exornans titulis, turrim ^ ex quadris lapidibus con- struere statuit ad occidentalem plagam ipsius monasterii, quos navigio devehi fecerat a Nevernensi territorio '->. Hune etiam benignissimum cum princeps interrogasset artificum, quodnam opus juberet adgrediendum : « ïale, inquit, quod
1. Cette Vie paraît avoir été écrite vers 1040.
2. Voy. M. Prou et A. Vidier, Itecueildes chartes de Sainl-Benoit-sur- Loire, 1. 1(1900) cl s. Une Ilistoiredel'ahbayede Saini-Benoil-sur-Loireaiéié écrite par l'abbé Rocher (Orléans, 1865). — Outre les sources indiquées par Chevalier, cf. poiu' l'histoire du monument, VioUet-le-Duc, Dict. de Varch.fr., t.I, p. 9, t. III, p. 287, 335 et %.,t.V, p. 10, t. VI, p. 460 et t. VII, p. 287; Enlart, Man. d'archéol. fr., t. I, p. 72, 78, 159, 233, 237-238, 249, 253-254, 265, 282, 299, 324, 368, 373, 378, 388, 706. Cf. lievuede Vart chrétien, 4« série, t. XIII (1902), p. 291-305 : A. Marignan, Une visite à l'abbaye de Fleury à Saint-Benoit-sur-Loire : cf. aussi Courajod, Urig. de l'art roman et gothique, p. 483, sur les « influences antiques et latines » à Saint- Benoît-sur-Loire .
3. Gauzlin, abbé de Fleury-sur-Loire, de l'an 1005 à 1029. Élevé dans le monastère de Fleury, il en devint abbé à la mort d'Abbon, et peu après il fut choisi comme archevêque de Bourges (1013) ; il continua à s'occuper activement de son abbaye. Voy. L. Delisle, Vie de Gauzlin, p. 260 ; cf. p. 265. — Fleury {Floriacum), aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire, cant. d'Ouzouer-sur-Loire, arr. Gien (Loiret).
4. Cf. Chronici veteris excerptum, Bouquet, Fisf. de Fr.,i.X,p. 215. L'au- teur de cette chronique ajoute : '< Sed eam [turrim) morte disturlDatus reliquit imperfcctam. » Sur l'appareil de la construction romane.au commencement du XI* siècle, voy. Quicherat, AféL d'archéol., p. 4 44 et s.
5. Cf. infra l'extrait de la Vie d'Odilon de Cluny pour le transport par eau des marbres servant au cloître de Cluny. « Non-seulement les matériaux ont pu arriver travaillés et fournir des modèles, mais parfois aussi une région a demandé à une autre des artistes en même temps que des maté- riaux... L'influence auvergnate, qui s'étend au Nivernais, est nettement accusée dans l'église de Saint-Benoît-sur-Loire. » [Enlart, Man. d'archéol. fr.,t. I, p. 77-78.)
34 TEXTES RELATIFS A l'h[STO[RE [1005-1030]
omni Gallie sit in exemplo. » Chorum psallentium quoque pulcherrimo marmorum compsit emblemate, que asportari jusserat a partibus Romanie K
§ 36 ... Oratorium in honore beati Jacobi consecratum, alterum etiam in commemoratione sancti evang-eliste Johan- nis, lapideo velamine contexuit ...
§ 37... [ApudjNovum Vicum^etiamlapideolabulatufabri- cavit ecclesiam. Gasam quoque Ville abbatis 3, cum oratorio sancti Gregoriiet ecclesiam de Belgiaco ^, quam pariete reformavit ligneo ...
§ 39... Inter cetera etiam quibus Floriacensem exorna- vit basilicam, sancte virginis Scolastice^ aecclesiam, pêne ad heremi redactam speciem, a fundamento eruit et in meliorem statum reformavit. Alteram pariter in honorem sancti Dionisii^ primo ligno, deinde tabulatu construxit lapideo ...
§ 40... Willelmus, Gastellionis prepositus, preliba- tam^ S. Martini aecclesiam^ in Castro Gordona fundatam, sed igné concrematam, petrino refecit aedificio, qui, aque sentiens penuriam, propter ipsiuscastriascensum difficilem, promptuaria aperit, cémenta riis tradit, indeque cementum^ imperat confici. Unde paries totius templi vini tempéra- ment© concrevit.
1. Cf. Chron. vet. excerptum, loc. cit.
2. Neuvy, cant. de Jargeau, arr. Orléans (Loiret).
3. C'est peut-être Villabé, c. de Guilly, cant. Sully-sur-Loire, arr. Gien.
4. Bougy, cant. de Neuville-aux-Bois, arr. d'Orléans.
5. Sainte Scholastique, sœur de saint Benoît, fonda l'ordre des Béné- dictines.
6. Helgaud (Bouquet, Hist. de Fr., t. X, p. 112-113) donne plus de détails sur l'église qu'il avait construite enl'honneur de saint Denis.
7. 11 est question de cette église au § 7 : « Sancti Martini aec- clesia in Castro S. Saturi, at in area nostre portionis locata. » Il s'agit ici de Sancerre, ch.-l. d'arr. du dép. du Cher, sur la Loire, à quelques lieues de Châtillon-sur-Loire. — La reconstruction de cette église eut lieu vers 1022; cf. Cochard, Châtillon-sur-Loire, dans les Méin. Soc. archéol. Orléa- nais,i. XIV, p. 126.
8. Très curieux renseignement sur la façon dont on aurait alors composé le mortier. Parmi les ingrédients étrangers au mortier, on a cru devoir noter aussi l'emploi du vinaigre au moyen Age. Voy. Quichcrat, Mél. d\ir- chéol., p. 368, avec cette addition de M. R. de Lasteyrie, tirée du Roman de la Rose :
[1005-1030] DE l'architectuke en frange 35
§ 52 ... Jam reedificato interioris claustri tecto, taberna- culum deponimus, sacrosanctum mausoleum levamus davi- ticamque urbemcum hymnis letitiae intramus, superque altare sancte Crucis, in interiori cripta', collocamus... Qua omni mundata basilica, necnoii in melius aliquantulum reformata, ornantes faciem templi olosericis auleis^ et multi generis ustensiliis sanctissimas reliquias loco depo- suimus priori.
§ 53. Nempe artifices cellam dormitorii agredientes, dum unus, Arnulfus nuncupatus, discurrit incautius, lapso pede, deicitur ; confestim a Dei homine elevatus, tanquam nuUius incommoditatis jacturam perpessus, ad socios revertitur. Alter quoque, vocabulo Algesius, dum suggereret operis . sumptus culinae fratrum artificibus, a summo labens cul- minis XXX cubitorum altitudinis, merito hujus ter beati illesus evasit-^.
§ 54. Tertius etiam, Archembodus vocitatus, dum, ad dependenda majora signa, recenter beatae memoriae ... constructa industria, quoddani lignum aptaret, a superiori turris '* lapis immensi decidjt ponderis, miserumque inter
« Li murs ne doit pas faire faute « Pour engirif; qu'on y puisse gitre. « Car les destrenipa le mortier « De forlvinaigre et chaus vive. »
« Le mortier employé dans les monuments romans antérieurs au xii* siècle est quelquefois mélangé de débris de tuileaux, surtout pendant le x' siècle et avant ; il est maigre, c'est-à-dire qu'il contient peu de chauï, et celle-ci est mal cuite » (VioUet-le-Duc, Dict. de Varch. f'r., t. VI, p. 402, V" Mortier).
1. On trouvera dans Enlart, Man. d'archéol. f'r., l. I, p. 252-253, l'énumé- ration d'un grand nombre de cryptes romanes; cet auteur attribue encore au XI* siècle l'époque de la construction de la crypte de Saint-Benoît.
2. Sur les voiles et tentures dans les églises aux xi" et xii" siècles notam- ment, voy. la note que nous y avons consacrée précédemment; au sujet de la décoration de l'église abbatiale de Saint-Florent, près de Saumur, voy. supra, n" IV^.
3. Les chroniques relatent souvent des récits de miracles qui se seraient produits à la suite d'accidents survenus pendant la construction d'édifices religieux.
4. Pourl'époquedela construction de l'église de Saint-Benoît, voy. supra nos observations jointes au texte n° 11 (cf. ihid., les remarques de M. A. Marignan). Il nous semble que l'opinion de l'auteur du Dict. de Varch. fr. ne doit plus prévaloir à ce sujet, car parfois des formes archa'iques se continuent longtemps, notammentdans l'architecture monastique. « Parmi les plus anciens clochers (de façade) couvrant toute la surface occupée
36 TEXTES RELATIFS A L'HISTOIRE [1003-1030]
scapulas ictum pêne exanimemreddidit. De ejus vita despe- ratis omnibus, ad domuni propriam semivivus defertur ; cujusinfortunio, beatuspater, comperto, accessit ad eum per semetipsum, et inlirmi casibus, tanquam in se susceptis,
compatiebatur Sciensque iscriptum esse ^ : « Quanto
magnus es, in omnibus humilia te et coram Deoinvenies gratiam », nuUum pretermittit diem, quin jjredictum visitet lang-uentem. Victus subministrat alimoniam, et quasi operi presentem cotidiani laboris làrgiri precipit mercedem. Verumtamen expleto unius septimane spatio, pristine jam redditus medele, gratiarum actiones reddit pro voto, dein- cepsque aecclesiastico seletabundus mancipat servitio.
§ 56. Interea beati Pétri apostoli aecclesia ineendio ', utdiximus, concremata, senioque annorum defessa, icta ven- torumflabris, a fundamento corruit. Que in melius constru- cta, aliptico-' scemate est eleganter deflorata^ a quodam sancti martyris Juliani Turonice sedis monacho, nomine
par le porche, il faut citer, dit Viollet-le-Duc, III, 335 et s., art. Clocher celui de l'église abbatiale de SaiTit-Benoît-sur-Loire, qui date du XI' siècle » (cf. fig. 41-42) et les dessins d'ensemble, avec détails, dans Gailhabaud, Architecture du V' au XV I" siècle). Sur la partie de cette construction qui devait contenir les cloches, voy. ihid., les explications données par Viollet-le-Duc. — Sur Saint-Benoît, voy. aussi Quicherat, Mél., p. 142 et 143. Cf. Rev. de l'art chrétien (1900), p. 62-66. On n'a pas assez remarqué qu'un document du Cartulaire de Saint-Benoît (copie du xvii" siècle au.Y Archives du Loiret, p. 134, et aux Archives du Cher, f. 46 v") nous fait connaître le nom d'un autre maître de l'œuvre de cette église au xii" siècle, un religieux de l'abbaye du nom de Giraud « Girau- dus, mayisler operis », qui figure parmi les témoins d'une charte de 1160 {Arch. hist., art. et tî«., 1889, p. 32 ; cf. Prou et Vidier, iiec. des ch. de S^-Ben., n" CLXXII). La qualification de magister operis est déjà appliquée vers 1144-1156 au moine Adam [Rec. cit., n° CXXXIX).
1. Ecclésiast., III, 20.
2. L'incendie de l'église Saint-Pierre est de 1026. « Le chœur et le narthex furent reconstruits après cette date. La consécration eut lieu en 1029 », dit Enlart, Man. d'archéol. fr., t. 1, p, 425. Pour nous, chœur et porche actuels seraient de date postérieure (v. supr., p. 8, n. 2, ad fin.).
3." Les voûtes de l'église furent jpe/n/e.s à fresque par Odolric, moine de Saint-Julien de Tours. C'est ainsi que nous croyons devoir traduire les mots alipticum schéma (n" 56) et alipticum opus (n" 59). Le mot alipticuin n'a pas encore été signalé ailleurs que dans la Vie de Gauzlin, mais un ms. de Papias, cité dans le Glossaire de Du Gange, explique ainsi deux mots se rattachant au même radical : /Utpie.9, sculptor vol plagarius, id est plagas curans. Aliptina, sculpta, depicla » (L. Delisle, op. cit., p. 268). — Etymologiquement, il s'agirait d'une matière (jui forme enduit.
4. On s'attendrait plutôt au mot reflorata.
[I00o-1030] DE l'architecture en FRANCE 37
Odolrico Hic, dum una dierum^ operisaccelerandi inser- vit, evocatur ab eodem diiecto Ghristi. Qui, dnm aviinineo festinatdescendereambulatorio-, rastrorum fidens scapulis, <[uibus ascensus descensusque sat continuabatur difficilis, uno eorum eliso, inter ipsius manus preceps humi dilabitur; primoque podiis ipsius aecclesie mediestinus"^ inliditur, ad extremum solo ac si moribundus deturbatur. Sed, pau- lulum resumpto spiritu, a terra prosilit, signo se crucis munit, et, quis eum subridens deposuisset cuni clainatione interrogat frequenti, quia non solum omni corpore incol[u]- mis, verum quolibet dolore apparebat extraneus omni- inodis...
^5 37 . Geterum ipsius aecclesie faciem quibusdam mira- culorum Apocalipsis Johannis theologi variari fecit hisque versibus exornari :
Summus ab eterna delapsus nuntius aula Tempora testatur divino examine claudi ...
s^ 39. Prefatus autem Arnaldus, post euni Floriacensis loci rector constitutus, ... fratrum refectorium aliptico * opère venustatum ex Esopi Greci fabulis, hos reciprocos subtitulari fecit :
Vera placent odiis, mulcens l)landicio donis, Sic hodie pravis, vera placent odiis-' ...
§ 61. Deinde prefatus pater Gauzlinus, quodam picto-
1. Peut-êlx'c faut-il corriger : Dam una die curae operis accelerandi niservU (L. Delisle, op. cit., p. 310).
2. Echafaudage mobile, suspendu, fait avec des claies [vimineum). Cf. infra le mot deambulalorium, dans le texte relatif à l'abbaye de Gluny, avant 10 i9. Voy. la note que nous avons jointe à ce texte, à l'occasion de ce terme dont l'emploi, dans cette acception, manque au Glossaire de Du ('ange et n'a pas encore été signalé, à notre connaissance. Il s'agit ici d'un échafaudage probablement un peu en pente, avec plancher à claire-voie, et paraissant avoir des réglettes en saillie {raslri\ dont la ruptuie était une cause d'accident.
3. Peut-être inedieslinis [ihid.]. Cette correction paraît très probable. 1. Cf. supra: aliplicnin sc[h]ema.
.■). Les inscriptions en vers latins dans de grandes églises monastiques étaient alors en usage. On en peut citer des exemples remarquables au XI" siècle. Voy. ce que rajiportc la chronique du Mont-Cassin sur les tra-
38 TKXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1003-1030]
rum peritissimo a Langobardorum reg-ione^ ascito, nomine Nivardo, insignis operis crucifixum componi precepit ...
5^ 62. Rursus Rodulfus, in onini arte fusoria peritissimus^ velut alter Beseleel-, tabulis hispanici cupri vario opère inscul[p]tis chorum psallentium circumdedit, sumptus sub- ministrante hoc venerabili pastore. Has et columnarum sejunxerat intercalationibus, quas supradictus Nivardus scalpro celeberrimi compserat edificii... Scabellum pediim^ marmor porfîreticum. Altaria etiam repperiens lapidea, effecit niarmorea. Ipsum quoque ecclesie meridianum [introitum] condolens latericiuni '^, post ignis incendium reliquit mar- moreum, reverendi abbatis Adaelelmi '* monasterii sanctî Karileffi indiistria compactum. Unde haec sing-ula perlus- trans horis in competentibus, serio solitum dixisse fertur r (( Urbem latericiam repperi, relinquam marmoream •'. n Quod utique, fateor, fecisset, si in hac luce aliquanto eun\ manere licuisset
vaux accomplis sous l'abbatiat de Didier (1058-1087), éd. Wattenbach^ Mon. Germ. hist., Script., t. VII, p. 551-844. Pour le xii" siècle, voy. la description que Su^yer nous a laissée de la décoration de son église abba- tiale. (Cf. J. von Schlosser, Quelleiihuch ziir Kiinstgeschichle des abendL Miltelalters.)
1. « Les rapports que Gauzlin entretenait avec l'Italie sont un point dif^ne de fixer latlention du lecteur : c'est de ce pays qu'il fit venir ua peintre et un ouvrier en mosaïque : c'est là qu'il acheta ou fit acheter des ivoires et des pièces d'orfèvrerie ; c'est de là enfin qu'il tira ses marbres et ses porphyres (^e dernier point nous rappelle qu'au siècle suivant, Suj^-er, abbé de Saint-Denis, se disposait à faire venir de Rome les colonnes de son église, quand il découvrit d'excellentes carrières aux environs de Pon- toise » (L. Delisle, \'ie de GuiizUn..., op. cit., p. 270). — ^'oy. dans I^lmé- ric David, Hisl. de lasculplure franc., p. 13 et s., des fragments de textes intéressant la décoration des églises au xi" siècle [ars arlaloria opus aela- torium, opus anacflyphiim).
2. Réminiscence'de l'Ecriture Sainte (Exod. XXXI, 2, et XXXV, 30). Bésé- léel, habile artisan, est l'inventeur de l'arche d'alliance ; c'est lui « qui accomplit son œuvre, dit la Hible, avec l'esprit de Dieu, et sut également ouvrer l'or, l'argent, l'airain, le marbre, les |)i(frres précieuses et tous les. bois différents. » On donna ce surnom dans le Palais Carolingien à Eginhard, surintendant des bâtiments sous Charlemagne. Par >^uite de cette ancienne- tradition, le même surnom fut donné à un laïque, Thietmar, qui aida, saint Poppon de Stavelot à la construction de son église {Vita S. Pop- ponis., c. 33) : « magister carpentariorum vel latomorum, Thietmarus. nomine. »
3. Sur l'emploi de la brique dans les constructions religieuses au x' et au xi° siècle, voy. J. Quicherat, Mél. d'archéol., p. 445 ; cf. ibid., les notes de R. de Lasteyrie.
i. Adélelme, abbé de Saint-Calais ; cf. Delisle, op. cil., p. 315, n. 3. 5. Voy. inf'ra, l'extrait de la vie d'Odilon de Cluny que nous publions dans notre recueil.
[1005-1030] DE l'architecture en frange 39
§ 64. [1027-1030.] — Igitur, anno dominice Incarnatio- nis millesimo vigesimo septimo, indictione décima, infra bienniumconflagrationistempli, uni versa in meliorem statum sunt reformata cum beati Pétri, ut prelibatum est, basilica . Sane ipsum propiciatorium g-loriose Virginis Marie ^ ... lapideo postmodum venustavit fornice, cujus superficiem musivi ornasset scemate, si Deus omnipotens ei contulisset spatia prolixioris vite ; namque pro hujusmodi re ad partes direxerat Remanie, opificemque hujus operis proximo pres- tolabatur tempore.
VIII
lOOo-lOiO.
Historique ci description de la reconstruction de Véglise abbatiale de Saint-Remi^ à Reims ^ par les soins des abbés Airard et Thierri.
Histoviu dedicationis basilicae Sancli Remigii apiid Remos, ou Itinerarium papae Leonis IX anno MXLIX in Galliam, auct. Anselmo, dans Mabillon, Acta SS. ord. lienedicti, saec. VI, pars 1", p. 626-627.
(Cf. autres éditions. Mavlot^ Metropolis Remensis historia, 1. 11,1679, p. 88 et s. — Acta Sanctoruni, Holland., oct., I, 1S5 et s. — Migne, Patr.lat., t. CXLII,col. 1417 et s.)
2. Basilica - igitur gloriosi confessons Ghristi Remigii corpore insig-nita, quae usque ad haec moderna perduravit tempera, Remensium quondam archiepiscoporum studio inchoata, et a venerabilis memoriae Ilincmaro eorum suc-
1. Ainsi, la chapelle de la Vierge ne devait pas être traitée avec moins d'attention. La voûte en était terminée, et Gauzlin faisait venir d'Italie un artiste chargé de faire un pavage en mosaïque, quand la mort le surprit en 1030 (L. Delisle, op. cil.}. Dans l'étude sur Saint-Benoît-sur-Loire, de J. Casier {Rev. de Vart chrétien, 1900, p. 62-66), voy. ce que l'auteur dit de Vopus Alexandrinum, p. 66 (fig.).
2. C'est à tort qu'on a prétendu que les reconstructions exécutées au XI" siècle laissèrent subsister en grande partie un édifice antérieur qui remonterait à l'époque Carolingienne (Conyr. archéol.de Fr., t. XLII, 1875, p. 23 i-242). Anselme dit formellement, plus loin, que l'église d'Hincmar fut détruite de fond en comble (eversa fiinditus).
40 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE | 1005-1 049 J
cessore consummata, anno Inc. Verbi octingentesimo quin- quagesimo secundo ab ipso est dedicata ^. Quae quidem non adeo operosi aedificii solidata est niunitione, quoniam barbarae nationes per id temporis hanc infestantes provin- ciam, frequenti incursione praefatos praesules ab hujus- modi praepediebant intentione ; unde, intra centum quin- quaginta et duos annos tanta est attrita vetustate, ut jam ad casum propinquans repara tionem sui videretur exig-ere,
Anno vero dominicae Incarnationis millesimo quinto ..., Airardus abbas ... cum sagaci intenderet animo plures dominici gregis pastores sua aetate per Gallias enituisse, qui ecclesias suas ex vetustate in potiorem statum studue- rant reformare^^ deliberavit et ipse operam adhibere in ejus quae sibi commissa eratrenovatione. Quapropter viris, qui architecturae periti ferebantur, ascitis, futuri templi fabri- cam ex quadris lapidibus erigere coepit a fundamentis, multo quidem operosiorem illis quam praenotatum est in Gallico regno renovatas, et ambitiosorem, ideoque sibi et illius aevi honiinibus inconsummabilem. Nam, ubi per viginti et octo fere annos pastorale officium administ ravit, senio confectus, coeptoque operi finem non imponens, vita decessit.
S. [Vers 1039.] — ... Abbati Airardo^... successit Theodo-
1. Ce document historique a été commenté par un excellent érudit, M. L. Demaison, sous le titre de D<i<e de l'église de Saint-llemi-de-Reims, dans les Trav. de l'Ac. de Reims, t. LXXl ('l883), p. 298 et s. (cf. Poussin, Monoçfr. de iêcflise de Saint-Remi, Reims. 1857, p. 104 et s., qui en a traduit plusieurs passages). Voy. aussi L. Demaison, L'éfflise Sainl-Remi, histoire abrégée de sa construclion, dans les Trav. de l'Ac. de Reims, t. CXI (1903), p. 278 et s. Le récit détaillé et fidèle d'un témoin oculaire permet de rectifier les erreurs de VioIlet-le-I)uc sur la date du transept et delà nefdeSaint-Remi(7Jtc<.(/c rarch. fr., t. V, p. 165 ett. IX, p. 217). Voy. A. Gosset, Monographie de la hasiliniie de Saint-Remi-de-Reims, Trav. de VAc. de Reims, t. XCIX, p. 291. Église Saint-Remi à Reims (album de 25 photogr. d'après Leblanc. 187 4, f" sans texte).
2. Ce passage confirme dune façon éclatante le texte de Glaber que nous avons rapporté plus haut.
3. Airard, abbé de Saint-Remi de 1005 à 1034. Les parties les plus anciennes de Saint-Remi, à savoir les fondations et les piliers de la nef, viennent sans aucun doute de l'édifice commencé par cet abbé. Voy. sur le caractère de ces piliers comparés à ceux du transept, L. Demaison, op. cit., p. 306. Le récit d'Anselme est très-précieux pour les archéo- logues.
[1005-1049] DE l'architecture en frange 41
rieuse Qui... deliberavit reparationi ecclesiae suae, quam suus praedecessor incoeperat, manum perfectionis impo- nere. Verum quia ^^rave nimis et inexplebile sibi illud erat incoeptum, deliberatio quoque sua, si id intenderet implere, videbatur non habitura effectum, Quocirca eorum qui inter sibi commissos prudentiores habebantur, et seniorum Remensis provinciae consilio usus, difïîculter afj^gressus est inchoatum diruere opus : quo paene di- ruto, et fundamentis quibusdam relictis 2, quae architectis ^ visa sunt necessaria fore futuris aedifîciis, divinam domum coepit faciliori quidam structura, sed non indecen- tiore construere, ut aspectum adhibentibus facile est cernere. Qua incoepta féliciter, anno quinto suae ordi- nationis, accensi sunt plures catholici viri fervore divinae religionis, ut pro facinorum suorum abolitione paren- tumque suorum, quorum corpora ibi humata erant, requie, pro posse ad id opus condigna subsidia studerent suppedi- tare. NonnuUi etiam de ecclesiastica familia suum auxilium prom[p]ta impenderunt benevolentia, suisque plaustris et bobus, tantis incoeptis competentia advexerunt onera ^ ; sicque, fundamentis in quibus locis non erant locatis, et columnis ex diruto priori aedificio competenter dispositis, arcus super eas diligenter voluti^ consurgere, et basilicae fabrica inter manus artificum coepit clarescere. Tune jam vestibulorum '' parietibus undique erectis, et interioris
l.Thien-i, abbé de Saint-Remi de 103i à 1045 (L. Demaison, op. cit.). Le reste des constructions romanes lui appartient ainsi qu'à son successeur Hérimar. Les architectes du xii" siècle en ont fait disparaître une partie, puis ont fait subir à la nef et au transept des modifications assez impor- tantes ; mais on peut reconnaître leur caractère primitif.
2. Cette remarque est digne d'intérêt; le même fait dut se passer bien d'autres fois, comme les archéologues l'ont observé.
3. L'emploi d'architectus, au lieu de latomus, ca.eimnla.rius ou operarius, n'est pas du tout fréquent alors.
4. On trouve des exemples de ce même enthousiasme pour les cons- tructions religieuses et de cette coopération manuelle pour des entre- prises de ce genre, au xi' siècle, par exemple, à l'abbaye de Saint-Trond, au diocèse de Liège (voy. infra.), puis aux xii" et xiii" siècles.
a. Arcus diligenter voluti, arceaux cintrés avec soin. On trouve dans les textes, volvère, in arcuum modo transvolvere iahsidem, cryptam.locum), volutio, iransvolutio,volutiira lapidea {ci. Du Gange, Gloss. lat., v° Arcus, Volutio),
6. Par vestihula, M. Demaison a entendu les galeries des bas-côtés. Cf. l'emploi de ce terme dans le texte sur Saint-Bénigne de Dijon (voy. supra.
42 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1005-1049]
templi fastigiis altius élevât is, vetusta ecclesia ab Hinc- maro archiepiscopo, utdictum est, antiquitus dedicata, est eversa funditus ; et vilis intérim tecti coopertoriolum ^ fabricatum super chorum fratrum, ubi absque inquietudine ventorum et pluviarum divinis possent vacare laudibus. Supra sepulcrum vero b^ati Remigii crypta consLructa est, licet parva, ideoque toto corpori suo incongrua, pulcre tamen columnis ^ etarcubus fulta ... Ejusdem loci praeposi- tum, Herimarum •^nomine, adhuc vivens, sibi successorem deleg-it : ipsum quippe quod habuerat in desiderio, credidit adimpleturum strenue, qui sibi adjutor et cooperator exsti- terat ante omnes in praefati operis exsecutione, maximaque suppedita[vejratsubsidia, ex reditu villarum suae commis- sarum providentiae.
6... Non diu passus est interruptum pendere memora- bile coeptum sui antecessoris ; sed primo quidem dexteram basilicaecrucem, maxima ex parte jam inchoatam, et sinis- tram nihil adhuc praeter fundamenta habentem, cum cocleis, quibus ad superiora '* esset ascensus, fecit edificari.
texte n» VI, § 3). Cette interprétation semble être exacte. On ne peut interpréter ici vestihuliim par porche, signification qui convient à l'emploi de ce terme dans la description des travaux de labbaye du Mont-Cassin, sous l'abbé Didier (1058-1087), d'après Chron. mon. Cas., dans J. von Schiosser, op. cit., p. 20i, 205, 206. — L'église de Saint-Remi était précédée d'une vaste cour : « Est autem ante fores basilicte quod- dani spatiosum atrium... », dit Anselme, ibid., p. 630. « Il semble, nous fait savoir M. Demaison, que ce ne soit pas là un atrium proprement dit, mais une vaste cour, comprise dans les dépendances de l'abbaye, et qui forme une place aujourd'hui.»
1. Intéressant détail de construction jjrovisoire.
2. On retrouve aussi à Reims dans cette église des piliers ronds dont la circonférence est décorée de colonnettcs engagées, assez nombreuses pour cacher entièrement le noyau circulaire auquel elles s'ajjpliquent (voy. VioUet-le-Duc, DtcL d'a/-c"/i., t.'VII/i53et s. fig. 3 et 3'''% v° Pilier, et Enlart. Man.d'archéol. f'r.,l. I, p. 325); d'après M. Demaison, ces piliers datent du commencement du xi" siècle (dès 1005), car leui-s bases sont semblables à celles des piliers de la crypte de Saint-Etienne d'Auxerre, et non de la réfection qui eut lieu vers 1039. — Saint-Remi a-t-il eu des bas-côtés doubles? Voy. Enlart, t. cit., p. 2 il. C'est une hypothèse de Viollet-le- Duc que M. Demaison ne croit pas fondée.
3. Ilérimar, abbé de Saint-Remi de 1045 à 1070, selon M. Demaison.
4. « Nous pensons, dit M. Demaison, que ces derniers motsdésignent particulièrement les deux tours du portail ; mais il y a aussi, du reste, un escalier à vis dans l'aile méridionale du transept. » (Sur la forme ancienne du transept de Saint-Remi de Reims, voy. Enlart., Man. d'archéol. j'r., t. I, p. 235.) On a vu l'emploi des escaliers dans le docu-
[1005-1 OiD] DK i/arciiitectlrk en frange 43
Crypta autem quae super beati Remigii sepulcrum cans- triicta fuerat, ([uia, ut superius relatum est, prae parvitate sui, alterius operis incongrua videbatur, dirui, et aliam eminentiorem fecit restitui. Deinde trabibus de saltu juxta Orbacis * monasterium sito advectis fastig-ia ejusdeni con[teguntur]2 templi'^ sicque decentissima domus tota apparaît in partibus suis^.
ment concernant Saint-Bénigne de Dijon. Cf: « pro quadani [co]cfea, in vulgari vocata ris. lapidea, existante in ecclesia Carnotcnsi. a parte reves- tiarii, pcrlicienda » (Testanient de 1311 d'un archidiacre de Chartres, dans Bultcau, Mon.de l,i calh. de Chartres, deuxième éd.. t. I, p. 136). La k'gende du plan de Saint-Gall, qni indique deu.x tours à l'entrée de l'église, s,cxprimc déjà ainsi : « ascensus per cocleam ad universa super inspicien- da...» ic'est-à-dire escalier en escargot).
1. C'est l'abbaye bénédictine d'Orbais, au diocèse de Soissons, aujour- d'hui dans l'arr. d'Epernay (Marne .
2. Au lieu de contetfuntur que donnent Marlot et les niss., on lit dans Mabillon conseqiiunliir, leçon évidemment fautive.
3. La dédicace de l'église de Saint-Renii eut lieu au commencement (l'octobre 10 i9, eri présence du pape Léon IX (voy. le i-écit d'Anselme, p. 62,s et s.). Pourles travaux exécutés à Saint-Remi au xirsiècle.on devra consul- ter le texte des lettres de Pierre de Celles. Déjà, vers la lin du xi' siècle, l'église avait été ornée d'un pavé de mosa'iquc. grâce à la libéralité de son trésoi'ier Gui. I>a description en a été conservée par Hergier, Les grands cheminsde l'Empire romain, qu'on trouve dans l'éM. de 1728, p. 201 ; et par Marlot, //(S<. </e... lieims. t. II, p. Jl2-5(il. — Cf. Annal, archéol.. t. X, p. 61 ; voy. R. de Lasteyric, Eludes sur la sculpl. fr. au moyen âge, p. 18. Signalons toutefois que Longuet {Congr. arcli. de Erance, vingt- huitième session à Reims, p. 17 et s.) rajeunit de près d'un siècle l'âge de ce pavement (A'acandard. Vie de sainl Bernard, t. I, p. 117, n. 2).
4. On a d'autres témoignages importants de la reconstruction des églises de Reims dans la deuxième moitié du xi' siècle voy. Demaison, o/). ci7.). L'archevêque Gcrvais. dans une chartede 1067 [Orig. — Arch. de la ville). parle ainsi de la réédification de l'église Saint-Denis ; « Beati Dionisii, que jam pêne annullata fuerat, aecclesiam renovare apposui... Restau- rationis opus operosiore structura, Dei présente gratia, adimplere non distidi, destructa reedificans, que fundata non erant a fundamentis consti- tuens. «
Un diplôme de Philippe P'(s. d. vers 1067) donne les détails suivants sur l'état de ruine de cette église et sur les travaux de Gervais {Arch. de Reims, f. de Saint-Denis) ; cf. Marlot, Melr. Rem. hisL, t. II, p. 139-141 : « Locus... ad tantam reclactus est penuriam, ut tecto vetustate consum- pto, parietibus incuria dissipatis, in quodamejus angulo altai-e unum vix a pluvia protegeretur... Coepit igitur [Gervasius] parietes gelu et ymbri exesos renovare et cxaltare, tecta altiora erigere, et opus priori sump- tuosius multo atque venustius vigilantia instanti aedificare. » Un autre diplôme de Philippe P% de 1066, nous renseigne sur la reconstruction de l'an- cienne basilique de Saint-Nicaise, fondée au iv" siècle par Jovin, sous le titre de Saint-Agricole: « Ecclesia in suburbio Remensi posila, miro opère quondam a Jovino praefccto aedificata, ab eo [Gervasio] inventa est vetus- tate et incuria magna parte consumpta... Studuit quae in ea omnino cor- ruerant a fundamentis restaurare, quaesemirupta pendebant artificio quo- dam rcdintegrare, et inspeciem novi operis ruinosam ecclesiam decentis- simc reformare » (Marlot, op. cil., t. I, p. 620).
44 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1005-1077]
IX Vers 1005-1077.
{^contribution personnelle apportée par des moines et des abbés aux travaux matériels de construction [maçon- nerie transports, de pierres) dans divers monastères, notamment dans les abbayes de Saint-Vanne de Verdun, en Lorraine, et du Bec, en \ormandie.
Chronicon Hugonis... abb. Flaviniucensis ^ , \ih. II, dans Mon. Gerni. histor., Scr., t. VIII (1848), p. 373.
(Cf. autres éditions. Labbe, Nova Bibl. mss., t. I, 1657, p. 161. — Migne, Patr. Int., t. CLIV, col. 206 et s.)
Clarebat ubique nomen Richardi, [abbatis Virdunen- sis-]... Videfts autem ecclesiae suae vetu.stissima et pêne jam diruta sarta tecta ', delegit eis dejectis ampliora jacere fundamenta, et in melioreni statum et nobiliorem novam compilare basilicam, quod et brevi actum est. Turres enim ecclesiae ipsius doninus Fredericus ex suo fecit, et cella- rium et refectorium fratrum. Dormitorium vero cnm dejec- tum restrueretur et necessaria domus pararetiir, nec posset nova parari, nisi vêtus mundaretur, accersitis quorum esset operis et studii id explere, cum aliqui illorum, ut assolent, erubescerent, et manus apponere in subyehendo quod niun- dabatur subterfugerent, vir humilitatis et gratiae, Frederi-
1. Sur Ilugue de Flavif^ny, né à Verdun vers 1065, voy. Molinier, Sources del'hisl. de Fr., t. II, p. 307.
2. Richard, abbi!- de Saint- Vanne pendant les années 100i-]0l6. d'après la (iallia chrisliana. ^ oy. aussi les rappi-ochements faits par Godefroy Kurtii au sujet de cette abl)aye, d'après la Vila S. Richardi (c. 14, p. 287), dans son étude surA'«/(/er de Liège.. .^ t. I. 1905, p. 306.
3. Cette expression d'orij^ine romaine désij^ne les i-éparalions, et par suite l'entretien dun édifice (voy G. ilirschfeld. Die kaiserlichen Ver- waltungsheamten bis an/ Diorlelian, ileuxicmc éd. 1905), p. 2,')8-25!t, n. I). On la rencontre quelquefois dans les chroniques du moyen âge.
[1005-1077] DE l'architecture en frange 45
eus, vere monachus, terrae fossor accessit, et quod effossum est onere facto exportavit. Quis jam similia facere erubes- ceret, cum videret Fredericum ^, comitis fîlium, fratrem duorumducum, imperatorisconsanguineum, et fecisseet non erubuisse? Fecit et huic siniile opus in turrium - exstructione. Cum enim jam in altum structura porrigeretur, et stru- mentum illud, quod avis '^ nominatur, subvectione caementi aptatum perpauci essent qui ferrent, his qui huic officio erant deputati alias, ut credimus, occupatis, videns vir beatae memoriae quemdam de nobilioribus astantem, ut sumeret ligneum illud instrumentum, et caementum collo, ut moris est, subveheret ammonuit. Qui cum erubesceret, et suis id natalibus incongruum adstrueret, vir mitissimus cervice subposita quod rogabat primus implevit. Ac deinde, porrecto juveni instrumento eodem, suo docuitexemplo^, ut disceret facere quod fecerat comes, comitis filius, nec erubesceret, si ei improbaretur factum, quod constaret ab ipso quondam comité primitus nctitatum '...]
Willelini Genielicensis^ Ilistor. Normann., 1. V'I, c. ix, dans Duchesae, Ilistor. Normann. script, antiq. (1619), p. 261 et s.
(Cf. autre édition. Migne, Pair, lat., t. CXLIX, col. 839 et s.)
[Avant 1034-1077.] — Protinus in villa quae dicitur Bur-
1. Frédéric, comte de Verdun, frère du duc de Lorraine Thierry !«'.
2. Il s'agit de tours en pierre, par opposition aux tours en bois, fréquentes à cette époque « : contractis undequaque niultis operariis, sua industria tiirres lapideas. . . construxit» {Vila S. Richardi, c. 10, p. 285.
3. On a donné en français le nom cVoiseau à l'instrument dont les manœuvres se servent pour monter le mortier.
'i . Cf. le texte relatif au travail matériel des moines bénédictins de Sainte- Marie de Pomposa (dioc. de Ravenne), sous l'abbé Gui (10 56.) : « Fratribus operantibus aliquando crates lapidum ruderibus graves, non sine diaboli- co inslinctu, de superioribus mûri ruerunt in terram. In quo casu quidam ex operariis, quia supererant cratibus, delapsi ad ima... quidam vero dum corruentes muro tignisquealiquibus iuhaerent... » (Act. SS. 0 . B., t. VIII, p. 449; cf. Alb.Lenoir, /lrc/it7ec/iire monastique, t. I (1852), p.36-.^9 (Archi- tectes et ouvriers), et Ann. archéol., t. VI (1847), L'art et lesmoines, parM. de Montalembert, p. 121 et s., avec des extraits de textes du moyen âge).
5. Le § 8, p. 373, renferme des détails sur l'église : « Edificata igitur nova aecclesia, majori ambitu et eleganliori opère, ad dexteram, ad laevam cru- cis monasterii. »
6. Moine à l'abbaye dont il a pris le nom, Guillaume dédia son Historia Xormannorum à Guillaume le Conquérant (f 1087), au plus tôt vers l'an 1070.
46 TEXTES RELATIFS A l'hISTOIRE [1003-1077]
nen villa ^, [Herluinus] 2 extruendum servitio Dei opus arripuit non parvum, brevi peractum. Ipse non solum operi praesidebat, sed opus ipsum effîciebat, terram fodiens, fos- sam efferens, lapides, sabulum, calcemque humeris com- portans, ac ea in parietem ipsemet componens, Quibus alii horis aberant, ipse congerebat quae ad opus exigebantur, excludens otium ab omni parte diei ... Avulsit ... pater- nas domos, unde servorum Dei habitacula construxit. Sacrata vero quam construxit ecclesia ab episcopo Lexo- viensi Herberto... saecularem habitum deponens, ab eodem pontifice sacrae habitum religionis accepit ... A rivo illic mananti Beccus^ appellatur, ad milliarium a Castro quod vocatur Brionnium.
[1039.] — Est hic locus in ipsosaltu Brionnensi, valle ima, montibus saltuosis hinc inde conclusa, omni opportunitate humano usui commodus ... Trium tantum molendinorum très domus illic erant, et solum habitabile permodicum. Gonsecrata, paucis extructaannis, non parva ecclesia, colum- nis ex ligneis claustrum construxit ... Ortus Italia qui- dam vir erat ... nomine Lanfrancus. Is, patria egressus ... Beccum ... adiit, quo nullum usquam pauperius aestima- batur vel abjectius coenobium. Forte tune abbas exs- truendae fornaci occupatus, ipse operabatur manibus suis. Cujus humilitatem animi, sermonisque dignitatem ille plurimum veneratus et amans, monachus ibi efficitur ... Ditatur... Beccensis locus ornamentis, possessionibus, per- sonis nobilibus et honestis ... Adunatam ... illic fratrum multitudinem, quia domorum spaciositas jam capere non valebat, et quia situs loci degentiumincolumitati contrarius existebat, venerabilis Lanfrancus abbatem Herluinum de majoris monasterii et ofîîcinarum aedificatione compel- lare coepit. Nolente illo aliquatenus acquiescere, divino
1. Bonneville, cant. de Monlfort, arr. Pont-Audenier (Eure), d'après Porée, Ilist. du Bec. t. I, p. 35 ; il y a aussi Hournainville, arr. Bcruay-
2. Hellouin, né près de Brionne (99 i), seigneur, puis abbé fondateur de l'abbaye du Bec (avant 1034), mort en 1078.
3. Bec(Le), auj. Bec-Hellouin (Le), cant. de Brionne, arr. Bernay (Eure).
[1005-1077] DE l'architecture en frange 47
nutu monasterii presbjterium corruit. Tandem victus ... in salubriori muliuni situ nova inchoavit ; monasterium et officinas, opus pergrande, dignum, cujus dignitati ditiores multae non accedunt abbatiae ... Post triennii vero com- pletionem, sola necdum compléta basilica, venerabilis Lan- francus, coepti operis institutor ... ecclesiae Gadomensi abbas praelîcitur ... nova necdum sacrata erat ecclesia ... Igitur X kal. novembris, anno ab Incarnatione Doniini MLXXVII... pontifex Lanfrancus advenit, consecrando con- summaturus ecclesiam, quam, inspirante Deo, inchoavit et in cujus extruendis fundamentis lapidem secundum ipse manu sua imposuit ... Infra sedecim annos, solis pauperum expensis, complevit monasterium cum omnibus officinis, opus pulchrum et maximum^.
X
1007-1020.
Observations de Bernard -, écolàtre d'Angers, sur la repré- sentation des saints par la statuaire et la peinture murale dans les églises. — Le château et le donjon de Castelpers, en Rouergue ; ses défenses naturelles ' détails sur sa disposition intérieure.
Miracnla Sancle Fidis , lib. I, c. [xiii], et [xxxiii], éd. A. Bouillet, d'après le ms. de la bibliothèque de Schlestadt, p. 46-49 et 79-82. (Cf. autre édition. Migne, Pair, lat., t. GXLI, col. 148-149.)
1 . Cf. le texte suivant relatif à un autre Normand, Ilugue, abbé de Scl- by, dans le Yorkshire, en Angleterre (après 1096) : « Ecclesiae quoque sed et omnium officinarum i-egularium fundamenta, in loco ubi nunc abbatia, devotus architectus, ipse locavit : nam, usque ad suum tempus, omnes officinae hy|/ieae fuerant. . . Quotidie siquidem cizciiiio indutus operario, lapides, calcem et quaeque operi necessaria, humeris suis supposita, cum cœteris operariis ad murum soiebat advehere, et omni sabbato mercedem sibi, sicutunus ex operariis, accipiens, pauperibus erogavit, ut illud scilicet impleret, quod scriptum : De lais justis lahoribiis da pauperibus » {Histor. Selehiensis monast., auct. anon., dans Labbe, Nov. Bibl., t. I, p. 607; cf. A. Lenoir, op. et t. cil., p. 37 et 38.)
2. Sur Bernard, écolàtre d'Angers, voy. la Préface de l'abbé Bouillet. Il était, selon toute probabilité, originaire d'Angers et élève de Ful- bert de Chartres devenu, en 1007, évêque de Chartres. Vers 1010, il fut
48 TEXTES RELATIFS A l'iIISTOIRE [1007-1020]
1
[XIII.] QUOD SANCTORUM STATUE, PROPTER INVINCIBILE» INGENITAMQLE IDIOTAROI CONSUETUDINEM, FIERI PERMITTANTLR,.