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MEMOIRES

TEXTES ORIENTAIX ET TRIDUCTIONS

PUBLIÉS

PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE DE PARIS

III

SE TUOLIVE A PARIS, Al BLREAL DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE,

RUE TARANNF. , N 12.

RAI)JATAR4NGIN1

HISTOIRK

DES

ROIS DU KACHMIR

TRADUITE ET COMMENTEE

P\R M. A. TROYER

MEMBRE DES SOCIÉTÉS ASIATIQUES DE PARIS, LONDRES ET CALCUTTA

PRÉSIDENT HONORAIRE DE LA SOCIÉTÉ ETHNOLOGIQUE DE PARIS

ASSOCIÉ CORRESPONDANT DE L'ACADEMIE DE TURIN

ET TEBLIÉE

AUX FRAIS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE

TOME III

TRADCCTION, ÉCLAIRCISSEMENTS HISTORly L'ES ET CHRONOLOGIQUES HELATIFS AUX SEPTIEME ET HUITIÈME LIVRES.

PARIS

IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DU GOUVERNEMENT

A L'IMPRIMERIE NATIONALE

M DCCC LU

RSK314- ^•3

1146304

PRÉFACE.

En 1 84o , la Société asiatique de Paris publia le texte sanscrit et ma traduction française des six premiers livres du Râdjataranginî, chronique du Kachmîr, attribuée au pandit Kalhana. Les événements politiques et des cir- constances qui me sont personnelles, et dont il est inu- tile que j'entretienne le lecteur, ont retardé pendant dix années Tachèvement de la traduction des VIP et VHP li- vres, traduction qui complète cet ouvrage et que j'offre aujourd'hui au public sous les auspices de la même So- ciété. La première partie avait été traduite sur un texte soigneusement copié d'après un manuscrit sanscrit, que Moorcroft avait envoyé de Kachmîr à Calcutta, et qui contenait de plus le VIP et le VHP livre. Au moment je me décidai à entreprendre la traduction de la dernière partie, j'eus soin de faire des démarches pour obtenir une copie exacte du texte de ce VIP et de ce VHP livre , d'après le manuscrit de Moorcroft, qui avait servi à pu- blier à Calcutta une édition du texte de l'ouvrage entier.

I, PREFACE.

Mais je fus informé que ce manuscrit s'était perdu, et comme on n'en connaissait alors aucun autre qui contînt les deux derniers livres dont il s'agit , j'aurais été obligé de m'en tenir, pour ma traduction, à la seule édition de Calcutta, si mon excellent ami M. Piddington, secrétaire adjoint de la Société asiatique du Bengale, n'avait obtenu de M. le major Broom (du corps d'artillerie du Bengale), qui partait pour le Kacbmîr, la promesse d'employer ses bons offices pour me procurer un manuscrit de l'ouvrage complet de Kalhana.

Sur ces entrefaites , j'appris que la bibliothèque de la Compagnie des Indes à Londres s'était enrichie de deux manuscrits de cet ouvrage , et qu'ils en contenaient cha- cun les deux derniers livres. Comme je ne pouvais me rendre à Londres, ainsi que j'en avais le désir, pour com- parer le texte de ces deux manuscrits avec celui de l'é- dition de Calcutta, M. Reinaud, président de la Société asiatique de Paris, voulut bien, à ma sollicitation, adres- ser à M. Wilson, conservateur de la bibliothèque de la Compagnie des Indes, la prière de m'envoyer en com- munication les deux manuscrits dont j'avais besoin. Cette demande fut soumise aux directeurs de la Compagnie des Indes, qui firent répondre par leur secrétaire que le règlement de la bibliothèque s'opposait à l'envoi d'au- cun manuscrit. M. Wilson s'empressa, avec sa complai- sance habituelle , de m'offrir ses services pour collation- ner lui-même sur les deux manuscrits en question tous

PREFACE. m

les passages qui me sembleraient présenter quelque dif- ficulté.

Pendant ce temps, M. le major Broom s'était procuré dans le Kaclimîr une copie complète du Râdjataranginî de Kalhana, et l'avait adressée à la Société asiatique du Bengale, qui la reçut en i8/i8. Cette Société, adoptant la conclusion d'un rapport de son bibliothécaire, M. le docteur Rôer, décida, dans une séance du mois d'avril de la même année , « que j'avais le premier droit à l'im- « pression de la partie non publiée en Europe du Râdja- « taranginî, mais qu'il serait fait une copie exacte du «manuscrit, avant que l'original me fût transmis. » Par suite de cette délibération, le manuscrit me fut envoyé par l'Egypte à Paris, il arriva vers la fin de l'an- née 1849.

Un devoir que j'aime à remplir m'arrête ici quelques instants, pour remercier publiquement MM. Piddington, Broom et Fiôer du service important qu'ils ont bien voulu concourir à me rendre.

J'ai soigneusement comparé avec l'édition de Calcutta le manuscrit de Kaclimîr, et il m'a été facile de reconnaître que, quoique ce manuscrit soit moins correct que l'édi- tion, il contient cependant le même nombre de çlokas. Le résultat de cette vérification était important pour moi au point de vue historique, c'est-à-dire quant au but principal de mon travail. Les éditions d'ouvrages sans- crits publiées à Calcutta sont habituellement préparées,

,v PRÉFACE.

d'après la collation de plusieurs manuscrits, par les soins d'habiles pandits, et sous la surveillance de savants eu- ropéens ; elles méritent donc , en général , malgré quelques fautes typographiques , plus de confiance qu'on n'en peut ordinairement accorder à un seul manuscrit. Cette con- sidération m'a donné lieu de penser que la publication à Paris du texte sanscrit des VIP et VHP livres du Râ- djatarangini n'est pas absolument nécessaire en ce mo- ment. Aidé des secours que m'offraient l'édition de Cal- cutta, le manuscrit de Kachmîr et les collations que M. Wilson a eu la bonté de faire en ma faveur sur les deux manuscrits de Londres, j'ai conçu l'espoir de pré- senter au public une traduction des deux derniers livres du Râdjataranginî telle que l'exigent l'intérêt historique qui s'attache à cet ouvrage et le désir de répondre di- gnement à l'empressement avec lequel la Société asia- tique de Paris et plusieurs de mes amis ont bien voulu m'encourager à publier mon travail.

Dans la préface de la traduction des six premiers livres du Râdjataranginî, je me suis suffisamment, si ce n'est trop longuement, expliqué sur le système que j'avais adopté pour traduire en français cet ouvrage. J'ai suivi le même système à l'égard des deux derniers livres; mais comme ceux-ci s'écartent souvent de la manière dont furent composés les six premiers, et comme ils pour- raient même n'être pas du même auteur, ainsi que je me réserve de le montrer, je juge utile de placer ici quel-

PRÉFACE. V

ques observations pour faire connaître le caractère du texte sur lequel je les al traduits.

Un demi-siècle s'est à peine écoulé depuis que les phi- lologues européens cultivent la langue sanscrite comme leur plus précieuse conquête, et déjà la connaissance très-avancée de la mythologie et de la philosophie des Indiens, puisée dans les meilleurs commentaires de leurs savants , ne laisse subsister presque aucune obscu- rité dans des livres sanscrits. Les Védas mêmes, sortant de leur mystérieuse obscurité, deviennent de plus en plus accessibles à la curiosité des savants restés étrangers à la connaissance du sanscrit. Toutefois, il manque ha- bituellement à ceux qui possèdent le mieux cette langue, comme à ceux qui sont le plus versés dans l'étude de toute autre langue morte , il leur manque , dis-je , de s'être familiarisés avec l'idiome populaire. Ce dernier idiome, alors que vivait la langue à laquelle il se rattachait, se modifiait sans cesse de génération en génération, selon les temps et les lieux; il avait des anomalies, on dirait des caprices, dont ni grammaire, ni dictionnaire ne peuvent rendre compte. Aussi ce qu'on apprend toujours le plus tard et jamais parfaitement, ce sont les idiotismes populaires d'une langue étrangère vivante, lors même qu'on partagerait avec la nation qui la parle ses idées, ses mœurs, sa religion. A plus forte raison ces idiotismes doivent-ils rester peu accessibles à un Européen dans l'Hlndostan, par exemple, où, tant que les lois de Manu

VI PREFACE.

seront observées, l'indigène et l'étranger vivant, pour ainsi dire, d'une vie différente, ne parviendront pas à se comprendre sur toutes choses.

Ces réflexions, très-rapidement indiquées dans la pré- face de ma traduction des six premiers livres du Râdja- taranginî, se sont de nouveau et avec plus de force en- core présentées à mon esprit, lorsque j'ai entrepris de traduire les deux derniers livres. Ici, l'historien entre dans beaucoup plus de détails sur la vie sociale, civile et politique des Kaclimiriens , et je dois craindre de m'être parfois mépris sur la signification précise de certains mots et de certains idiotismes.

Au risque de paraître inconséquents avec nous-mêmes en faisant un défaut de ce qui est habituellement l'ob- jet de notre admiration, le besoin d'une plus grande clarté dans fexpression de la pensée nous conduit quelquefois à nous plaindre de la structure des langues appelées syn- thétiques, langues dont le sanscrit est une des plus an- ciennes. On sait que celles-ci possèdent la propriété de construire les phrases par des flexions de mots, dont les désinences seules indiquent les rapports grammaticaux , sans avoir besoin de la juxtaposition qui , au contraire , est propre aux langues analytiques. Ces dernières ont introduit dans leur syntaxe l'usage des auxiliaires et des prépositions aux dépens de la beauté de la diction; mais elles rachètent cette perte par l'avantage inappréciable d'exprimer toujours la pensée d'une manière claire et

PRÉFACE. VII

précise. S'il est vrai néanmoins que les écrivains grecs et ]es écrivains romains, tout en usant avec un goût exquis de la liberté de séparer des mots que le sens devait réu- nir, rendent rarement obscur l'ensemble de la phrase, il n'en est pas ainsi des auteurs sanscrits. Ceux-ci font trop souvent une énigme d'une phrase par le déchire- ment de ses membres. Je ne m'arrêterai pas à leur re- procher l'abus des mots composés , c'est-à-dire l'abus de l'agglomération de plusieurs mots pour en former un seul dont le sens résulte des rapports de tous ses membres entre eux. Mais je ne puis me dispenser de faire remar- quer que la syntaxe du sanscrit ne s'est jamais bien dé- veloppée dans l'étroit cadre du çloka, et que jusqu'à présent les règles n'en sont pas suffisamment connues en Europe ^ Telles sont les principales difficultés que rencontre celui qui entreprend de traduire un ouvrage sanscrit.

Lors même que le traducteur ne se serait jamais trompé sur le sens d'un mot auquel le dictionnaire at-

' Je ne dois pas passer sous silence les excellentes leçons sur la syntaxe dans l'ouvrage du professeur Wilson : An introduction io the grammar of the sanscrit lanyuage for the use of early stadents, i8/ii, p. 36i, 4i5. Ces leçons contiennent tout ce que pouvait admettre l'espace, nécessairement restreint, dans un ouvrage élémentaire. Des matériaux copieux pour former un corps de doctrine sur la syntaxe se trouvent dans les ouvrages publiés par MM. Bopp , Lassen , Bôhtlingh (éditeur de Panini) , et d'autres savants indianistes, dont les travaux ne cessent pas d'éclairer toutes les parties de la littérature sanscrite.

VIII PREFACE.

tribue souvent ou deux sigiiilications, l'une contraire à l'autre, ou une multiplicité embarrassante de significa- tions; lors même qu'il aiu-ait toujours bien saisi le sens des passages ambigus , il aura toujours à lutter contre les particularités du style des auteurs indiens, qui sont étrangers à nos règles, à nos convenances et à notre goût. Trop souvent ils embarrassent la diction par des artifices conventionnels; ils noient dans la difi'usion, ou étranglent par concision le sens que l'on cbercbe à sai- sir. De plus, les pandits ne s'adressent dans leurs écrits ou dans leurs discours qu'à des disciples ou à des col- lègues : ils n'ont point de public. Or, en général , un dis- cours composé pour un petit nombre choisi de lecteurs ou d'auditeurs est trop difficile à comprendre pour être à la portée de la multitude.

Indépendamment de la méthode technique des au- teurs indiens , il règne dans leurs écrits une obscurité qui provient de l'étrangeté de leurs conceptions; elles manquent ou nous semblent manquer de talent ou de vérité, quelquefois même, le dirai-je.'^ elles touchent à l'absurdité. On passerait volontiers à un historien des tautologies et des trivialités; mais comment l'excuser quand fincohérence des phrases, les réticences ou l'omis- sion des circonstances les plus importantes, à côté de l'accumulation de détails oiseux, rendent l'ensemble d'un récit confus et presque inintelligible !

Bien que les deux derniers livres du Râdjatarangini

PREFACE. IX

ne soient pas plus entachés de ces défauts que tant d'autres ouvrages sanscrits aussi modernes, l'auteur de ces deux livres ne laisse pas d'embarrasser trop sou- vent son interprète par l'omission du nom propre des individus dont il entend parler dans une phrase, ou même dans une longue série de phrases. Il devait d'au- tant moins se dispenser de répéter les noms propres, qu'il met en scène un bien grand nombre de râdjas et de râcljapiitras, c'est-à-dire, « de rois et de fds de rois. » Or le premier titre est très-commun, et le second se donne tout aussi fréquemment à un homme de la tribu particulière dont tous les individus portent le nom de fds de roi, qu'au rejeton direct et légitime d'un roi. De plus, ces râdjas et ces râdjaputras font tous à peu près les mêmes actions et se distinguent bien peu entre eux par leur caractère personnel.

De pareilles imperfections se reproduisent presque nécessairement dans une traduction. Elles sont irrémé- diables, à moins de refaire tout fouvrage, non-seule- ment quant au style, mais aussi quant à l'ordre et à l'arrangement des faits. Mais pour rétablir les faits, il faudrait une entière connaissance de tous les événements, et cette connaissance est précisément ce qui nous manque. Le traducteur, privé de tout moyen pour remphr les la- cunes que l'auteur a laissées, ne peut donc rendre que ce que lui donne le texte original.

Ces remarques me permettent peut-être d'espérer que

X PRÉFACE.

le lecteur jugera ma traduction avec quelque indulgence, et n'imputera pas à moi seul des défauts d'autant plus difficiles à faire disparaître , qu'interprétant un ouvrage qui n'avait jamais été traduit, j'ai m'imposer l'obliga- tion d'en donner une version très -littérale. Quant aux fautes qui sont du fait du traducteur, je suis loin d'avoir la présomption de croire que je n'en ai commis aucune. Mieux que personne je connais mon insuffisance, et je ne puis répondre que de l'attention et du zèle apportés à l'accomplissement de ma tâche. Ceux qui, après moi, reverront le texte original pourront redresser mes er- reurs; car de même que le texte d'un auteur ancien, pour être délinitivement épuré, a besoin de la compa- raison de plusieurs manuscrits, de même une traduction , pour ne rien laisser à désirer, exige le travail successif de plusieurs traducteurs.

11 me reste à faire connaître ici mon opinion sur le vé- ritable auteur des deux derniers livres du Râdjataranginî, dont je publie la traduction, grâce à la nouvelle preuve de bienveillance que m'a donnée la Société asiatique de Paris, en se chargeant de tous les frais d'impression.

L'absence du VIP et du VHP livre dans plusieurs copies manuscrites des six premiers livres de la chronique du Kachmîr était une raison plausible de conjecturer, comme on l'a fait , que ces six premiers livres seuls sont l'œuvre du fds de Tchampaka, ministre du royaume de Kachmîr, et que les deux derniers livres ont être ajoutés à son

PRÉFACE. XI

travail par un autre historien. Voyons si la comparaison des deux parties dont se compose l'ouvrage complet peut changer en certitude cette conjecture. Et préalable- ment remarquons que le nom de Kaihana, comme tant d'autres noms indiens, a été commun à plusieurs per- sonnages. En effet, au VHP livre (çloka 98 5) du Râdja- tarangini, nous trouvons dans le royaume de Krama un râdjaputra nommé Kaihana, et appartenant à une autre caste que le Kaihana auteur présumé des six premiers livres, et supposé par moi avoir été un brahmane ^

Le style des VIP et VHP livres est évidemment celui d'un écrivain indien; il porte l'empreinte d'un type gé- néral qui appartient exclusivement à la littérature sans- crite. Seulement on remarquera peut-être avec moi que la diction dans les deux derniers livres est moins soignée que dans les six premiers; les ornements poétiques et les allusions à la mythologie y sont plus rares. Néanmoins, la comparaison du style des deux parties du Râdjataran- gini ne conduit pas à constater entre elles une différence assez tranchée pour suffire à décider la question. Je vais chercher à la résoudre en considérant la méthode histo- rique qui caractérise chacune des deuxparties de l'ouvrage.

Remarquons tout d'abord qu'il serait par trop étrange qu'un même écrivain eût, dans les deux derniers livres d'une histoire , accordé à une période de moins de cent cinquante années une étendue plus que double de celle

Voy. ma traduction française du B.âdjataran(jmî , t. II, p. ASy.

xii PRÉFACE.

qu'occupe, dans ses six premiers livres, une narration qui embrasse trente-deux siècles et demi. Si l'on objecte qu'il a pu développer plus amplement des événements qu'il connaissait mieux, parce qu'ils appartiennent à une époque plus rapprochée du temps il vivait, je répon- drai que, dans la deuxième partie de l'ouvrage, l'accu- mulation de détails, trop souvent dépourvus d'intérêt, passe toute mesure. Une telle inconvenance me semble peu conforme au caractère que montre Kalhana dans les six premiers livres. En admettant même qu'elle soit le résultat d'un changement apporté par l'historien dans sa manière d'écrire, on ne s'expliquerait pas comment les deux derniers livres offrent tant de variation dans les renvois qu'ils font de temps en temps à des personnages mentionnés dans la première partie du Râdjataranginî. On ne comprendra pas mieux comment dans les VIP et VHP livres les résumés d'événements racontés dans les six premiers livres sont inexacts sur tant de points. Je n'ai pas manqué de relever dans mes notes la plupart de ces discordances. Enfin, les dates positives qui se trouvent dans le texte sanscrit nous reportent jusqu'au delà de l'an i i 48 de J. C. date assignée à l'ouvrage de Kalhana. J'ose donc conclure que les VIP et VHP livres ne sont pas de l'auteur des six premiers livres du Râ- djataranginî mais je ne suis pas en mesure de dire à quel autre écrivain il faut les attribuer.

A l'époque que je viens d'indiquer, la conquête de

PRP^FACE. XIII

rinde par des princes tartares n'était pas entièrement achevée, et l'espoir d'une émancipation vivait encore. On sait que cet espoir s'évanouit en i 196, après un dernier et malheureux effort de la valeur des Râdjaputras réunis. Le chroniqueur du Kachmir pourrait donc être comparé à un écrivain romain de la dernière période de l'empire ; il parle encore assez purement la langue savante de sa nation, déjà mêlée avec des peuples barbares. Les quel- ques notes lexicographiques assez rares que j'ai ajoutées à ma traduction, n'ont pas toutefois été écrites avec l'in- tention de faire remarquer les changements que la langue sanscrite avait subis dans ce triste temps de décadence générale. Le but de mon travail, je dois le répéter, était uniquement historique, et c'est à ce titre qu'il a obtenu d'être accueilli , avec tant de bienveillance , par la Société asiatique de Paris.

Ces deux derniers livres ajoutent à la période com- prise dans les six premiers, je l'ai déjà dit, à peine un siècle et demi. C'est bien peu lorsque l'on considère que le texte original ne contient pas moins de 5,2 1 i çlokas. Quoiqu'il ne s'agisse que de l'histoire particulière du Kachmîr, l'intérêt s'accroît en raison du haut rang que les souverains de ce pays occupaient parmi les dvnasties asiatiques , et de la domination très-étendue qu'ils exer- çaient sur l'Inde. Dans les longs récits qui remplissent les deux derniers livres de l'ouvrage, nous trouvons des noms historiques qui nous sont connus par beaucoup

XIV PREFACE.

d'autres documents, et des allusions à des événements qui se sont passés bien loin du Kachmîr. Pourrait-on ne regarder ces récits que comme des contes inventés à plai- sir et n'ayant ni valeur, ni intérêt, ni rien qui puisse contribuer à la connaissance de l'histoire d'une grande nation? Je ne l'ai pas cru. C'est pourquoi dans mes notes et dans mes éclaircissements historiques et chronolo- giques je me suis proposé le double but de mettre en relief quelques personnages remarquables, trop effacés dans le récit confus et inégal de l'auteur, et d'indiquer la liaison des faits particuliers de la chronique du Kach- mîr avec les grands événements qui ont décidé du sort de l'Inde entière, dans la mémorable époque du xi*^ et du xii^ siècle de l'ère chrétienne.

Quant aux données chronologiques, j'ai cru devoir ne pas m'écarter du principe que j'ai adopté dans la pre- mière partie du Rddjataranginî, c'est-à-dire ne rien chan- ger à ce qui se trouve dans le texte sanscrit. J'ai donc continué les dates des règnes, à commencer de l'avéne- ment au trône de Saggramadèva, jusqu'après celui de Sin- hadèva, le dernier râdja mentionné dans le VHP livre.

Il m'est très-agréable d'avoir à dire que, pour l'accom- plissement des diverses obligations qui étaient imposées au traducteur, j'ai pu mettre une seconde fois à profit le concours de toutes les personnes honorables que, dans la préface des deux premiers volumes du Râdjataranginî, j'ai nommées comme ayant droit à ma reconnaissance.

PRÉFACE. XV

M. Reinaud, président de la Société asiatique, ne s'est point borné à faire des démarches, comme je l'ai dit plus haut, pour me procurer de Londres l'envoi en com- munication de deux manuscrits qui auraient pu m' être utiles; il a bien voulu de plus me donner verbalement tous les renseignements qui m'étaient nécessaires pour rendre moins imparfaits les éclaircissements historiques et chronologiques que j'ai placés à la fm de ce volume. Il a même poussé la complaisance jusqu'à revoir les épreuves de cette dernière partie de mon travail.

Je n'aurais pas achevé d'acquitter les dettes de recon- naissance que j'ai contractées, si je n'adressais pas pu- bliquement mes remercîments à M. Charles d'Argenton, qui m'a prêté ime assistance tout amicale pour la ré- vision des épreuves de ma traduction, et à Messieurs les employés de l'Imprimerie nationale, qui ont apporté à l'impression de l'ouvrage une attention et des soins dont je ne saurais trop me louer.

Antoine TROYER.

RADJATARANGINI

0 ou

HISTOIRE

DES ROIS DU KACHMÎR.

LIVRE SEPTIÈME.

Nota. Les astérisques placés le long du texte indicpient les renvois aux notes qui se trouvent a la fin de l'ouvrage, et dont chacune porte le chiffre du çloka auquel elle se rapporte, ainsi que celui de la page. Les chiffres attachés aux mots du texte marquent les renvois aux notes placées au bas de la page.

Çloka j Q^jg Je seigneur- époux de Gâurî fasse le bonheur du

monde ! ce dieu qui a aussi rendu hommage à Sandhyâ ! Mais la fille du mont Himalaya, devant être célébrée par de tels artifices d'éloquence, s'offense de la vénération offerte à San- dhyâ *. Toi, Gâurî, en présence de fami de Sandhyâ, tu joues sur ma lèvre émue par la prière prononcée à voi.x basse ; ton corps vénérable , ô toi qui es la mère de l'univers , naquit dans la famille paternelle qui fut créée par Brahma.

2. Le roi, possédant la patience, vainquit par son intelli- f'^s'* gence, son bras, sa profondeur et sa puissance les chefs des ^''f"^'" armées ,

.3. Par lesquels tous s'opéra ensuite la défaite de Tugga\

' Voyez rhisloire de ce favori de la reine Diddâ, liv. VI, çl. 3 i 8-354- On trouve, dans le volume précédent, ce nom écrit Tuiuia, contrairement à

III. l

2 RADJATARANGINI.

ràdja passionné qui, dans sa chute, ressemblait au commen- cement du crépuscule au départ de la splendeur du jour©

4. D'un autre côté, à cause de la victoire gagnée sur l'ar- rogance des guerriers ennemis, et sur d'autres difficultés, fut vue par eux l'élévation de celui-ci. Qui connaît la marche per- pétuelle de Brabma ! TchandrA- 5. Tcliaudràkara , ce héros, revêtu de force, habile à oc-

kara.

cuper toutes les premières places, bien apparenté par le roi, trouva dans ce temps sa perte.

6. D'autres héros, fils de cet homme vertueux, ornés de grande prospérité et de belles formes, obtinrent le repos dans le ciel, élevés au-dessus de toute terreur.

7. Le roi, ayant abandonné, par un mouvement intérieur, le côté de Tugga, fut conduit par Brahma, bien que contre son gré, à cause de la séparation d'un habile conseiller.

8. La reine Diddâ, sur le point de mourir, fit auparavant mettre à vide le trésor satisfaisant le ràdja Saggrama, Tugga et les autres personnages , pour obtenir qu'ils ne s'attaquassent pas l'un à l'autre.

Saggrama 9. Lc souvcraiu ensuite, impatient du travail, malgré fur-

Us'affuîrts. gence des affaires, chargeant Tugga de la besogne des sujets,

devint indolent par le fréquent usage de jouissances.

10. La terreur qu'on eut de lui étant à son comble ; que reste-t-il de plus à dire? Par des liaisons avec des femmes d'origine inégale, il éprouva la destruction de sa gloire. Sa fille 11. Désireux d'amitié, il donna sa fille Salothikâ au chef

du collège de Diddâ , qui était nommé Prèma , doué de haute intelligence , bravoure et beauté.

12. exista-t-il, sinon là, un roi fier, destructeur des

l'alphabet harmonique, généralement adopté par les orientalistes français, au lieu de Tu§ga. Il sera de même juste d'écrire çloha pour sloha.

Salothikâ.

LIVRE SEPTIEME. 3

hommes? une fille royale habile? un brahmane peu sensé, dont la main était trempée dans l'eau de donations ?

13. Alors, pour la destruction de Tugga et d'autres, les Projet

contre la vie

brahmanes-conseillers firent jeûner à Parihasâpura les brah- -le Tugga. mânes associés pour se laisser mourir*.

14. La confusion du roi, causée par l'unité du conseil des brahmanes, était intolérable, égale à celle qui naît de la ren- contre du feu purificateur.

15. Le projet fut formé, pour fextinction de Tugga, dans l'abstinence de nourriture à supporter, et pour la destruction du râdja même, de quelque manière que ce fût, par les brah- manes, y engagés et préparés.

16. Autant qu'une chose était promise de la part du râdja, et une autre par Tugga et par d'autres, autant ces malinten- tionnés étaient attachés à ce qui était désiré.

17. En se portant vers Tugga, un cadavre^ fut tiré dehors. «C'est un brahmane celui qui est mort; nous le brûlerons « dans sa maison ». Ainsi dirent-ils.

18. Quand le corps fut soulevé par ces perturbateurs et porté vers les maisons de Tugga, là, le rite funéraire fut pré- paré, et les sacrifices de parfums accomplis.

19. Pendant ce procédé irrégulier des brahmanes qui n'é- Combat. taient pas purifiés, tout d'un coup une arme partit comme signal au carnage dans un combat qui s'élève.

20. Alors les brahmanes s'enfuirent, et l'un d'eux, Râdja- Râdja-KaUçi Kalaça , qui était un dispensateur de mantras , entra par peur secrètement dans sa maison.

21. Ce rusé étant découvert, il soutint un assez long com- bat, et les brahmanes, prenant la fuite par des chemins inu- sités, s'en allèrent chez eux.

' Il est à supposer que c'était une victime du jrûue.

4 RÀDJATARANGINÎ.

ussei-ifiis 22, Ràdja-Kalaça étant vaincu, les sept fils de Çrîdhara,

Je Çridhai.i .

brahmanes et conseillers, s'étant assemblés, arrivèrent et ré- tablirent le combat.

23. Après avoir accompli un très-grand exploit , parvenus au terme dans la lutte, les sept (jiierricrs, ayant percé le cercle, s'en allèrent avec la rapidité de sept chevaux.

24. Ces hommes ayant cessé de combattre, Râdja-Kalaça , vaincu par Sugandhisîha *, fut ensuite pris par Tugga et con- duit à la maison.

25. Cet homme, frappé en dansant* et désarmé, fut con- duit rapidement par les chevaux de la voiture de Tugga, il fut placé, dans des chemins au bord de la rivière.

Bimiikaïaîa 26. Uu autrc conseiUcr, appelé Bhûtikalaça, fut vaincu, et, Radjaka. avcc SOU fils , uomuié Ràdjaka, alla dans le temple des héros.

27. Dans la suite du temps , ils furent libérés par pitié par Sugandhisîha et d'autres. Le fils , brûlé du feu du service , alla dans un autre pays.

28. Ce trouble du pays s'étant élevé de Parihâsapura , ceci, par la force du destin , devint contraire à la fortune de Tugga.

Gunadèva. 29. Eusuitc , cjuaud le râdja fut réconcilié avec le conseil- ler appelé Gunadèva, Bhûticalaça^ arriva, ayant fait l'immer- sion dans le Gange. Tugga 30. Lorsque peu à peu la sécurité se fut rétablie en quel-

déjoue .11 r

"" . aue façon dans cette maison royale , des messagers turent se-

autre projpt T^ »

contre lui. crètcmcnt employés par le roi pour tuer Tugga.

31. Ce dessein étant découvert par Tugga, qui en avait reçu l'avis, son fils Bhûtikalaça- fut encore une fois banni par le roi.

' Voyez çl. 26. - Çloka 29.

LIVRE SEPTIEME. 5

02. Le fils de Tcliandrâkara ^ gagna graduellement un peu de fermeté; mais enivré de magie, lui aussi trouva sa perte dans ce temps.

33. La fdle royale, ayant été pendant un certain temps f objet du bonheur nuptial, Prèma^ aussi, rendu si fortuné par la faveur du roi , vint à sa fin.

34. Quoique tous les autres favoris du roi, Ganga parmi La

••^ <-> 1 bonne forliin''

d'autres, fussent connus, cependant Tugga, avec ses frères, JeTugga. resta le plus longtemps à jouir de sa faveur.

35. Ainsi , celui qui craignait avoir la nouvelle d'une mesure pour sa destruction, celui-là même, au contraire, par la fa- veur du destin , s'accrut en prospérité.

36. De même, f arbre du rivage n'a d'autre protection que sa propre racine pour se garantir du renversement, dans le cours du temps , par les hauts flots de la rivière ; par ces mêmes couches du sol par lesquelles on craint qu'il ne tombe ébranlé, par ces mêmes couches, il acquiert de la fermeté dans la terre il est planté.

37. Tugga, qui, appliqué à fadministration des sujets, fit Sa couduUe. valoir une politique splendide, cependant, à cause que sa

vertu avait antérieurement été détruite, se montra peu à peu déchu d'intelligence.

38. Ce qui contribua à la perte de sa fortune fut sa basse Bhadrècvar... naissance jointe à son amitié pour le vil kâyastha [écrivain] appelé Bhadrèçvara,

39. Le trafic d'un Vâiçya, fétat de soldat, de vendeur de bois et d'autres professions semblables, étaient des affaires de ce jardinier, convenables au rang de son extraction.

40. Celui qui est engagé à travailler des grosses couver-

' Voyez çl. 5. ^ Voyez çl. II.

6 RADJATARANGINI.

tures*, ainsi que celui qui manie le soufflet et celui qui porte des vases, a gagné sa nourriture par celui qui l'emploie selon son métier.

41. Tugga, infatigable dans ses pensées, régissant les af- faires du râdja Ananta et d'autres, n'ignorait pas que cet ami, par la connexion avec lui, éprouvait la ruine de sa fortune.

42. Ce qu'il appelait loi écartait le noble sens attaché au devoir moral ; le scélérat se plaçait dans le gouvernement sou- verain comme dans une affaire domestique.

43. Alors eut lieu la mort prématurée des domestiques du râdja, et de ceux qui vivaient hôtes du maître, tels que brah- manes et bœufs consacrés aux dieux; le méchant s'attachait à leiu* retrancher la subsistance.

44. Le cruel Kapàlika *, bien qu'il vive de cadavres, nourrit les siens; mais Bhadrèçvara ^, l'impitoyable, était le meurtrier des siens mêmes.

45. Tugga, ayant fait Bhadrèçvara seigneur partout, au mois de Tchâïta (mars-avril), Sugandhisîha (son frère) trouva la mort au mois d'Achâda (juin-juillet).

46. Tugga, depuis que ce frère cadet, qui supportait tout le fardeau des affaires, était passé dans l'autre monde, se crut lui-même misérablement privé du meilleur appui.

ïuèga 47. Ayant demandé l'alliance de Crî-Trilotchana , seigneur

se porte '^

"" de Câhi *, le roi le dépêcha alors dans ce pays au mois de

Trilolchana , ■> '■ 1 J

T?'.?."' Mârgacîrcha (novembre-décembre).

de Çahi. o o \ /

48. Il fut suivi continuellement par les Ràdjaputras, les grands conseillers, les cliefs de districts et d'autres person- nages, ainsi que d'une grande armée capable d'ébranler le monde.

49. Traité d'une manière hospitalière par Çâhi , qui se porta

' Voyez H. 38.

LIVRE SEPTIÈME. 7

au-devant de lui, il fut dans le pays, pendant cinq ou six jours, comme dans l'ivresse.

50. Çàhi, voyant l'excitation, le mouvement, les amas de toutes sortes, l'exercice d'armes et d'autres choses; de plus, les appareils et préparatifs ordinaires de guerre, alors lui adressa ces paroles :

51. «Tant que vous n'avez pas formé vos projets pour la AvIs «guerre avec les Turuchkas, tant, soumis à l'inactivité, tenez- Triiouhaca. « vous sur ce bord de montagnes ».

52. Ainsi parla Trilotchana, mais Tugga n'accepta pas le N'cstpassuiv; discours salutaire, et resta plus cju'il ne convenait avec l'ar- mée, par fierté désireux du combat.

53. Un corps de ti^oupes fut alors détaché par Hammîra, Hammîra, en guise de reconnaissance, le dernier jour du mois Tâuchi «if»

c> J Turuchkas.

(décembre-janvier); l'ayant conséquemment engagé , il le défit avec des forces peu considérables.

54. Alors Çâhi, connaissant l'état réel du combat, présenta plusieurs fois à Tugga, qui entretenait toujours son ardeur, le conseil mentionné plus haut.

55. Celui-ci, sans contrôle, emporté au combat, n'accepta pas la remontrance de celui-là ; avis inutile à ceux qui sont près de leur destruction.

56. Ensuite , le matin , le chef de l'armée turuchka , avec une impétuosité subite, s'approchant en masse et tombant sur lui, par stratagème, le défit dans une bataille.

57. Alors, l'armée de Tugga fut violemment rompue; les Tugg» forces de Câhi virent au combat le dernier moment de re- p"

J les

traite. Turuchkas.

58. Quoique l'armée de Çâhi se fût retirée , cependant Bravoure Djayasiiïha, brillant au combat, ainsi que Çrîvardhana dans '""j'/çf,""" la mêlée, et Vibhramârka, le Dâmara, étaient là.

8 RADJATARANGINI.

59. Dans le terrible choc des chevaux, sur le champ des héros , qui est leur propre terrain , la perte de la gloire a été parée par les coups que portaient ces trois guerriers.

60. Qui saurait exprimer la grandeur du roi Trilotchana ! les ennemis , bien qu'innombrables , n'ont pu le vaincre dans le combat.

61. Dans la lutte brillait Trilotchana, faisant pleuvoir des ondées de sang ; tel se déploiera Trilotchana , le dieu à trois yeux, Çiva, resplendissant de l'incendie du raonde à la fin du grand âge.

62. Lui, connaissant les secrets des affaires, après avoir seul combattu dans la bataille des centaines de milliers des soldats qui portaient des cottes de mailles, sortit enfin de la presse des ennemis.

Reiraiie 63. Trilotcliana s'étant retiré loin, la masse d'ennemis dé-

î l'armée

<'«' Ç»'» truisit en entier l'immense armée des Tchandâlas , qui ressem- '7' blaient à des locustes.

de

Tniotchana. g^ Hamuiira ', quoiqu'il eût obtenu la victoire, ne fut pas trop exalté, en se rappelant la bravoure plus qu'humaine du roi Çrî-Trilotchana.

65. Trilotchana, s'étant réfugié à Hastikam, quoique déchu de son état prospère, tenta de grands efforts pour ressaisir la fortune de la victoire.

66. Comme le nom même de la fortune de Çâhi fut rapi- dement détruit, ainsi , par la conséquence naturelle des choses, son éloge ne s'est pas répandu.

67. Lorsque les désirs ont été frustrés , alors quelquefois ce qui, même dans un rêve, n'est pas imaginable, cependant, par un jeu du destin régulateur, ne se trouve pas imprati- cable.

' Voyp/. H. 5.1.

<le 1

LIVRE SEPTIEME. 9

68. Vâipuiyam, un petit pays du râdja Çagkaravarma*, n'a été connu dans le récit de la tradition qu'après sa mort.

69. Ce pays de Çàhi, se trouvaient alors les conseillers, le roi et sa suite, qu'était-il? ou que n'était-il pas ? C'est à quoi l'on réfléchit maintenant.

70. La descente dans le reste du pays avant été ouverte son

'■*'*' _ de Tugg.i.

aux Turuchkas, Tugga, qui alors essuya cette défaite, entra lentement dans son pays.

71. Le roi, montrant de la fermeté dans cette conjoncture, ne témoigna pas de la colère envers Tugga qui, comme un chacal, avait été abattu, pour la faute alors commise.

72. Cependant la rectitude du maître fit naître de l'inquié- tude à Tugga; c'est que l'esprit, sujet à la peur, se tourmente comme celui d'une victime.

73. Kandarpasinha , un des fils de Tugga, arrogant par sa KanJaipa- valeur et sa fortune, disputant ce qui était au roi, était moteur de son inquiétude.

74. Dans ce temps, Vigraharâdja *, frère des princes, at- tentif aux fautes des autres, excita aussi par des lettres secrètes à la destruction de Tugga.

75. Le roi, se souvenant de ses trésors, et d'autres choses, longtemps balancé dans sa résolution, peiné par des instiga- tions continuelles , dit enfin aux instigateurs :

76. «Si quelqu'un de nous, soit seul, soit avec son fils, soit «avec tout autre individu, doit tomber un jour, voyons dans « ce moment ce que nous avons à déterminer.

77. «Autrement celui-ci, homme détestable, nous peut «certainement détruire par force.» Le roi, s'étant exprimé ainsi sur la manière de saisir f occasion, s'arrêta.

78. Ce discours seul devint le germequi sefixa dans leur cœur, Mon et ils se mirent à faire des efforts pour décider le sort de 1 ugga.

10 RADJATARANGINi.

79. Dans le cours de six mois , Tugga , appelé de sa maison par le souverain, sortit avec son fils, paraissant accablé de sommeil sous le joug du destin.

80. Ltant entré dans le palais du roi et resté debout un mo- ment devant le souverain, accompagné de cinq ou six servi- teurs, il se rendit dans la chapelle de prières.

81. Ensuite, Parvaçarkaraka et d'autres étant entrés, sans même lui parler, firent tomber le râdja Tugga sous leurs armes.

82. Le nommé Mahâratha, jadis conseiller de Çagkara- varma, y fut; de plus, Sinharatha, homme respectable parmi les domestiques de Tugga et à lui apparenté ;

83. Celui-ci, sans armes, dans ce moment par le désir de le protéger, jeta son corps contre le dos de Tugga, qui de- vait être massacré.

84. Au premier coup porté à Tugga, serré de toute part, il poussa des cris de terreur, et , dans cette angoisse extrême , ce râdja, avec un soupir succomba.

85. L'appui d'aucun brahmane n'était là. Un fils de Tugga, nommé Dharma, se trouvait près de lui, ainsi que Partha, le scélérat, et Kagka, le méchant.

86. Il fut bientôt abandonné par ces deux derniers lâches , qui jetèrent l'arme, et là, comme une victime, pour se garantir des coups il se couvrit le visage de ses doigts , subjugué par ia terreur.

87. Antaragga, Tchagga et autres conseillers qui s'y trou- vaient, s'assirent comme des femmes et gardèrent le silence, alarmés, bien qu'ils fussent munis d'armes.

88. Là, pendant la confusion tumultueuse, le roi craignait les serviteurs de Tugga, lesquels ignoraient sa mort, et, de plus, il redoutait assaut, massacre, incendie et tant d'autres accidents.

LIVRE SEPTIEME. H

89. Pour rassurer ses propres domestiques, ayant rapide- ment coupé avec un glaive la tête de Tugga et de son fils, il les fit jeter dehors.

90. Voyant la tête du seigneur coupée , tandis que l'armée Co.nhai défaite était en fuite, les partisans de Tugga firent, en quelque Je TÙig». sorte, rallumer le zèle de ses serviteurs.

91. Alors, un chef de district, nommé Bhudjagga, brahmane de naissance , étant allé dans sa maison , détermina Saggrama , le râdja récjriant, à se sauver de maison en maison.

92. Puis, brisant d'un bâton d'or la porte qui était barrée, il tua vingt soldats dans la chapelle du palais royal.

93. Le surintendant du trésor, appelé Trâilokyarâdja, fut tué dans le combat. Kappamatta, Kadhâtréya et un héros, surnommé Abhinava , eurent le même sort.

94. Dans la cour, trente et un corps d'hommes tués, dépen- dants de Tugga , formèrent une ligne ; c'était une échelle de la route du ciel*.

95. Le nommé Padmarâdja, étant sorti du combat qu'il avait soutenu sans être blessé , en choisissant fasile d'un lieu sacré du pèlerinage, quitta le tourment du feu soulevé par la douleur qu'il éprouvait du massacre de son seigneur.

96. D'autres, abandonnant sur le champ de bataille l'arme qui est propice au salut de deux mondes , furent séparés à la fois et de la gloire et de la vie.

97. Ainsi, le nommé Tchandra, guerrier respectable, et un natif de la province, appelé Ardjuna, ainsi que Helâtcha- kra, un Dâmara, ayant jeté les armes, furent tués par les ennemis.

98. Tugga, dont la maison fut renversée, la fortune dé- truite par le souverain du pays, trouva la fin de son histoire le douzième jour de la moitié éclairée d'Achàtha (juin -juillet).

12 RÂDJATARANGINi.

Étoi 90. Tiigga , sans être en état de rébellion , avant été tué avec

(lu gouvcr- v

ucmcni ses enlants par le roi, il s'éleva subitement dans la maison

.i|irès la mort *

jo Tugga. j.Qy^ig ^^ne foule de méchants, qui gagnèrent de l'ascendant.

100. L'esj3rit du roi fut troublé par l'alfaire d'informations

secrètes; il en ressentit la cause dans le revers d'un frère et

d'un neveu.

Nàga. 101. Nâga*, frère de Tugga, marqué du feu de l'infamie

Je Tugga, ^^llY^ serpent», destructeur de sa race, fut, par le roi, créé sei-

crce ^ 1 '

seigneur m^eur dc Kampana.

lie Kampana. O r

102. L'épouse de Randarpasinha \ femme aspirant à la béa- titude suprême , s'unit une nuit obscure à Nàga , qui était sem- blable à un Rakchasa.

103. Quatre jours après que le tumulte qui suivit la mort de Taljga fut calmé. Tinta, belle-fille de Tugga, fdle de Çâhi, devint Sâti et entra dans le feu funèbre.

104. Kandarpa engendra avec Mammâ, femme de ses ap- partements secrets , les fils Vitchitrasiiïha et Bhrâtrisinha , tous les deux célèbres.

105. Les ayant pris tous les deux ainsi que sa belle-fille, alors Magkhanâ, la femme malheureuse de Tugga, étant sortie du pays, établit sa résidence A Râdjapurî.

Bhadrèçvara 106. Lc scélérat Bhadrèçvara 2, élevé alors à la place de Tugga. Tugga, par le roi, pratiqua des vols du trésor et d'autres biens appartenants aux dieux-serpents et au seigneur des êtres, Çiva.

107. Quel était le jugement que ce roi incapable mani- festa en créant chefs d'affaires des hommes tels que Partha ^ et autres?

' Nommé, ri. 78, comme un fil.s de Tugga.

- Nommé, dans le <;l. 38, comme kâyastha ou écrivain.

Nommé, dans le çl. 85, comme assistant h la mort dc Tugga.

LIVRE SEPTIEME. 13

108. Partha, mal famé pour le plus détestable caractère, P"^"'"

^ ^ gouverneur

fréquentant la femme de son frère, fut, par ses coupables ef- ^ 'J«|^ forts, fait gouverneur de la ville.

109. Ce Partha, dont l'esprit avait abandonné toute hon- nêteté, mit en vogue le meurtre et d'autres crimes sur le siège d'office sacré du plus haut seigneur.

110. Le fils de Sindhu, le premier en rapacité semblable à un éléphant du roi avide, habile à pressurer les sujets, fit ac- croître le trésor.

111. Le nommé Tchandramukha , fils de Divira, crui fut Tci,»ndra-

raukha.

jadis appelé Devâmukha, naquit certainement dans le sein d'une boulangère courtisane.

112. Quiconque avait obtenu la faveur du souverain par la protection de Tugga, pour celui-ci famas de millions ne valait plus qu'un càuri *.

113. Au milieu du pouvoir souverain, selon le caractère de l'avare Tchandramukha, eut lieu, parmi ses propres serviteurs, un commerce, conforme à son extraction de boulanger, par des gâteaux mis en circulation parmi les autres.

114. Quand un grand feu, sans causer de graves dégâts, a eu lieu, un petit feu qui, pour en causer de graves, a pris nais- sance, sert de risée aux gens qui n'en sont pas atteints.

115. Si, même dans le moment de la mort, quelqu'un n'a gagné que le mérite d'une seule belle action , la déesse de la victoire lui a donné une triple part d'excellence dans funion avec le seigneur du combat, Çiva.

116. Trois des fils de Tchandramukha, à savoir : Nanâmukha, Bhâgamukha et Nandimukha, dépendants de Tugga, avaient été créés, par le roi, chefs de ses gardes du corps.

117. Or, leur confier le ran^ qu'ils tenaient de Tugga, deve- nait ridicule pour le souverain du pays, comme le serait un

14 RADJATARANGINÎ.

lien de tiges d'orge pour un jeune animal dans un palais d'or.

118. Dans la guerre contre les Turachkas, ils furent ap- pointés encore comme par Tugga même-, à leur retour, ils s'enfuirent en leur propre pays.

119. Ainsi, pendant que le roi était disposé à la tranquillité au milieu d'habiles conseillers , quelques Dâmaras , dont était Divira ^ de Darad , se portèrent aux excès.

120. Lôthikâ ^, la fille du roi, semblable à Tilôttama *, ayant fondé le collège de Lôthikâ, institua un autre collège sous le nom de sa mère.

121. O qu'il est beau tout souvenir d'une bonne action, faite même par des scélérats! Bhadrèçvara même a bâti un vihara qui témoignait l'elfort d'une belle entreprise.

122. Saggramaràdja, en distinguant ce qui est essentiel, et disant qu'il agissait bien en augmentant sa propre richesse , ne bâtit pas même une place pour distribuer de l'eau.

çrîièkhâ. 123. Çrîlèkhâ, épouse du roi, fille de Çrîyasamaggala, s'a-

bandonnait à ses propres désirs, son mari ayant perdu sa vi- gueur.

124. Le fils de Sugandhisîha ^ et de Djayalakchmî était l'amant intrépide de cette reine , à laquelle il tenait lieu de ce triple monde.

125. Lui, Djayakara, (jui était l'amant de cette femme, amassait par sa faveur de la richesse ; d'un esprit extrêmement pénétrant, il devint le créateur du trésor, lui-même un trésor et tout autre bien, enfin l'auteur de la victoire «Djayakara» , comme son nom l'indiquait.

' Nommé clans le ci. i » i . - Elle est nommée çl. i i. ■'■ Frëre de Tugga, voy. çl. 24 el »na note sur «e nom.

LIVRE SEPTIEME. 15

126. Avide d'amasser, elle causait la ruine des villageois, du trésor et du reste; elle était, par la faveur de son époux, très- opulente et extrêmement puissante.

127. Le jour du commencement d'Achâtha (juin-juillet) de Mon

(Je Saiî'fjrflr

la quatrième année de l'ère liachmîrienne , le roi, ayant sacré au règne son fils, nommé Harirâdja, descendit à la fin de sa

vie.

128. Celui-ci, bien intentionné, respecté, répandant la lu- Règne

M 11 / r ' 1 P 1 ^ de Harirâdja.

miere cl une espérance iniinie , amenant la joie , ht de son règne une fête du printemps.

129. Par lui, qui connaissait ce qui est utile, et qui garan- tissait cette terre de vol, fut prohibé qu'on cachât les provi- sions au marché nocturne.

130. Le règne, sublime de pensée et digne d'éloge de ce roi, n'était que de courte durée ; il se montra comme le bord lumi- neux d'une nouvelle lune des princes.

131. Le souverain , ayantprotégé la terre pendant vingt-deux Mon

1 . 1 1 \ I 1 '^'^ Harirâdja.

jours, mourut avec une gloire pure le huitième jour de la partie éclairée du mois Djèchtha (mai-juin).

132. Le bonheur des êtres vivants ressemble à la scintilla- tion des astres lumineux, laquelle, par moments, sillonne une nuit épaisse d'été.

133. Femme d'une conduite licencieuse , la propre mère Caus.-e

1 PI I f r -Il , par sa nièrp.

de ce nls, qui en était indigne, se servit dune magie mal- veillante contre lui : tel est, à sa honte, le rapport du monde.

134. Elle, Çrîlèkhâ \ la mère du râdja, convoitant elle- çrîièkh.'.

A 11 . . w 1 / /r aspire

même 1 empire, arriva, comme s étant baignée pour cet ejjet, .'. l'cmpire. pendant qu'on faisait les préparatifs pour le sacre royal.

135. Alors, le nommé Sâgara, frère de lait du roi, ayant Règ„€

' Mentionnée çl. i 23.

16 RÂDJATARANGINÎ.

d'Anani.1- asscmblé la division des gardes, proclama roi Ananta, le fils

dèva. '

enfant du prince.

136. Dans le cas un joyau est enlevé à celui qui dé- sire s'en emparer, comme alors la destruction du serpent gar- dien convient bien certainement à la méchanceté de l'avare :

137. Ainsi, la destruction du fils était l'œuvre de la mère du roi , qui convoitait le règne , lorsque l'empire fiit enlevé par un autre, ce qui fut accompli entièrement par la ruse.

138. Par une telle intrigue d'ambition de règne, travaillée de son projet, elle oublia l'amoui^ pour son fils; honte aux fantaisies de ses pratiques de jouissance!

vigraiiaràdja 139. Puis arHva un vieil oncle paternel du roi enfant,

attaque

lempire. nomuié Mgraliaràdja ', d'une force considérable pour renver- ser le gouvernement.

140. Accouru de Lôhara en deux jours et demi, ayant brûlé la porte sans hésiter, il entra rapidement dans la ville avec force. Il est détruit. 141. Çrîlèkhâ envoya contre lui, qui était entré dans le col- lège de Lôthikà, des troupes qui le détruisirent avec sa suite, par le moyen de feux allumés.

142. Ayant bâti deux collèges, l'un pour son époux, l'autre pour son fils , la reine , dépensière , s'obstina continuellement à faire des efforts pour usurper l'empire. Conduite 143. Ensuite, le roi se dégageant par degrés de l'enfance, et

d'Ananta-

dcva. se livrant à d'extravagantes dépenses et d autres mauvaises pra- tiques, devint par elle garbèçvara « seigneur d'appartements se- crets ».

Ses 144, Ses principaux favoris étaient Rudrapâla et autres, fils

principaux

faToris. (le Çâhi, qui enlevaient les ressources du royaume en ne payant pas les grands salaires.

' Nomme dans le çl. 7/1. Voyez ma note sur ce nom.

LIVRE SEPTIEME. 17

145. Rudrapàla, pourvu chaque jour par le roi d'un lac et Ruaropai,, demi (( ou de cent cinquante mille pièces de monnaie » , n'a- bandonna en aucune manière l'apparence de pauvreté,

146. Diddâpàla , en prenant du souverain, chaque jour oiticUpii;. aussi, quatre-vingt mille pièces, dormait bien une telle nuit.

147. Anaggapâla, le chambellan, aimé du roi, s'appliquait Anaggap^i. toujours à tailler des images des divinités de la même classe.

148. Rudrapàla^ était grand protecteur de ceux qui enle- vaient vie et bien, un conservatoire de diamant pour les vo- leurs, Tchandâlas, et gens semblables.

149. Les Kâyasthas, confidents de Rudrapàla, accablèrent les sujets d'oppression. Leur président, appelé Çrîmânutpâla , bâtit le collège des aveugles.

150. Le roi considérait la nommée Indumukhî, fille d'Indu- Femmes

du roi :

tchandra, seigneur de Djâlandhara, comme la femme du roi infi"""'kii du ciel.

151. Telle était sa beauté. Il se maria avec elle selon son inclination au mois de Djyèchta (mai-juin). Par elle fut con- sacré, à Tripurèçvara , « seigneur de Tripura, Çiva », un collège qui portait son nom.

152. Ensuite, on donna pour femme au roi, sa sœur ca- sûryam.i! dette, qui lui était tant soit peu inférieure, appelée Sûrya-

matî.

153. Le souverain a été perverti en un vase des méchants par son ami Rudra^, qui donnait du plaisir à foreille [Karna], tout comme jadis Suyodhana ((bon guerrier», a eu son nom changé en Duryodhana * (( mauvais guerrier » , par Karna *.

154. Dans ce temps, Tribhuvana, le puissant souverain de Tribiu.v,n

' Nommé ci-dessus, ci. i45.

- Rudrapàla des çlokas i 44 , i45, i 'i8

III. 2

18 RÀDJATARÂNGINÎ.

uiiaqueieroi. Kaiiipaiia , uii Dâmara qui avait augmenté ses forces , vint pour

détruire le pouvoir du roi.

155. Quand alors toute cette armée, attirée de toute part, se

disposait au combat, les Ekaggas «gardes», avec la cavalerie

n'abandonnèrent pas encore le parti du roi. Est ^^incu 156. Anautadèva , doué d'une force admirable, excellent

par , ,

Ananiadcva. ayec l'épéc , ct lauçaut des dards barbus non impuissants, chargea Tribhuvana lui-même dans le combat.

157. Celui-ci, ayant le corps protégé dune armure, mais serré de près par un ferme assaut, s'enfuit, la figure ensan- glantée, vomissant pour ainsi dire sa fierté.

158. Ce prince, dont faudace a été couverte d'humiliation, semblable à un enfant, voyant son armée déroutée dans cette rencontre, abandonna le combat.

159. Çamâlâ, d'une valeur digne d'éloge, plaça, dans un endroit de la maison , pour le tuer par des dards , le Dàmara qu'on appelait Abhinava \ dont la force ainsi se trouvait vaine.

160. Le prince Ananta était semblable à Bhâirava, Çiva , ébranlant le monde, courant çà et dans le combat, armé du glaive et de la massue du dieu pour les revêtir de sang et de chair.

161. Voyant, de place en place, les Ekaggas qui avaient les corps déchirés par des blessures , et qui devaient être re- connus par ceux qui étaient placés en front prenant leur an- rien nom,

162. Le roi, s'étant disposé à la paix dans la stabilité re- prise, réprima alors l'inconstance des Ekaggas au champ d'A- kchapatala *.

163. même, une somme de dix milhons de dinares fut

' Un guerrier de ce nom est menlionné, çl. 98 , comme ayant été tué.

LIVRE SEPTIEMK. 19

successivement distribuée en dons assignés aux serviteurs par ce roi reconnaissant.

164. La garde de l'épée, tirée de la main du roi, qui revint du combat avec un plein succès, garde ferme dans sa forte prise, devint ainsi pour longtemps célèbre dans le monde.

165. Oh! quelle était la grandeur du souverain, par la- quelle Tribhuvana, malheureux, poussé dans un autre pays, se sentait en proie à tant de chagrin !

166. Le nommé Brahmarâdja fut élevé au rang de chef du Brahma-

râdja.

trésor et d'ami par le roi , mais la haine passionnée que lui portait Rudrapâla en fut mise en agitation.

167. Par l'effort du roi de Darad, le Dâmara, dont la for- Guerre

, 1 ■» 1 contre le roi

tune resta immobile, joint à sept rois des Mletch-tchhas, fut 'loDara.i. par lui amené à l'hostilité.

168. Rudrapâla, d'une valeur distinguée, porté au combat, Rudrapàia

1 1 1 1 marche

sortit au-devant de lui , qui avait occupé le village appelé ^«1^ '«i- Kchîraprichta.

169. Le matin, le combat étant bien préparé entre les deux armées, le seigneur de Darad marcha pour occuper le site de Nâga \ appelé par plaisanterie Pindarika «mendiant religieux».

170. Là, par une conduite inconvenante, bien que retenu par ceux qui étaient à ses côtés, il fit tomber sa lance dans le corps d'un poisson nageant*.

171. Alors se leva d'un puits un serpent ayant pris la forme d'un chacal*. Le seigneur de Darad, par le désir de la chasse, le poursuivit.

172. Le voyant accourir, sachant que c'est une rupture de la convention , et craignant finvasion , l'armée du roi s'avança au combat.

' Mentionné, dans les ci. loi et 102, comme frère de Tugga, créé roi de Kampana.

•2 .

Le

roi de Darad

vaincu ,

a la tète

20 RÀDJATARANGlNi.

173. Alors s éleva un conflit d'armes, une conflagration; il se fit un mariage des nymphes du ciel avec des héros, une fête du combat.

174. Dans ce grand soulèvement des guerriers, la tête du roi de Darad fut coupée; la gloire de Rudra *, dont la fête est

coupée, jj^ terreur, fut exaltée de nouveau. Perle dM rois 175. Daus cc coiiiLat ics chefs des Mletch-tclihas furent

dos

Mieich- frappés de mort, de captivité et d'autres malheurs. Le roi du Kaçmîr regagna de l'or, des joyaux et d'autres biens.

176. Rudrapâla ofliit au roi la tête du prince de Darad , tête entourée de la splendeur d'armes, purifiée de l'eau du lustre des perles du diadème.

177. De magnifiques cérémonies funèbres du défunt se fi- rent alors par le frère, dont l'affection se manifesta, et par des brahmanes nombreux; alors s'y trouvèrent aussi engagés des louangeurs à haute voix.

Rudrapâla 178. Eusuitc , Rudrapâla étant mort par suite d'une ma-

meurt.

ladie manifestée par une éruption semblable à celle produite par l'eau d'une araignée , d'auti^es fils de Çâhi périrent rapidement. 179. La reine Sûryamatî ^ en dissipant toute obscurité qui voilait son amour pour son protecteur, se reflétait comme dans un miroir dans le roi , qui se plaisait à la pureté de ses senti- ments. Déïoiion 180. Un autre nom de la reine était Subhatâ «belle guer-

cl libéralilc _ . i ^-i

de la reine «rière». Elle, fondatrice de Gâurècvara, bâtit sur une île de

Sûryamatî, *

la Vitastâ le collège de Subhatâ.

181. La reine, gratifiant un grand nombre de brahmanes par des dons de vaches, d'or, de chevaux, de bijoux et d'autres biens, ne montrait pas moins de libéralité dans la consécra- tion du culte de féternel Çiva.

' Mentionnée çl. iBz.

LIVRE SEPTIEME. 21

182. Puis, elle donna aussi des collèges avec des agrahâras «dotations de terre», par tendresse pour Kallana, son frère cadet, qui était appelé, d'un autre nom, Açâtchandra.

J83. Puis cette femme, distinguée par le nom de Sâtî « ver- tueuse » , bâtit aussi deux collèges , l'un à côté de l'autre , con- sacrés à Vidjayèça «seigneur de la victoire, Çiva» et à Ama- rèça « seignem' des immortels , Indra » , sous le nom de Sillana , frère du roi.

184. Elle offrit à Vidjayèçvara et aux brahmanes, experts dans la grande piu'ification , cent huit agrahâras.

185. Elle donna de plus à Amarèçvara des agrahâras sous le nom de son seigneur, et érigea des tridents , flèches , lingas et d'autres objets de culte, ainsi que des monuments sacrés.

186. Le roi et la reine, après la mort de leur fds, appelé Ràdjaràdja, bâtirent un palais royal près de l'éternel Çiva, abandonnant leur résidence.

187. Depuis ce temps-là, par suite de cet événement, les rois , abandonnant la résidence de leur ancienne famille , s'éta- blirent là.

188. Les attachés aux étables du roi , favoris par leur légèreté agréable, étaient, par les faveurs et par la concussion du pays, partout les mêmes.

189. Un homme du pays, nommé Dallaka, favori du roi, par la régie des appartements intérieurs , et habile en amuse- ments, pressurait toujours les habitants.

190. Bhôdja, le souverain de Malva, après y avoir approprié bi.oJju. des sommes d'or suffisantes, opéra la communication du puits ses œuvres consacré à Kapatèçvara «seigneur de l'illusion ».

191. Le roi Bhôdja avait fait le vœu de se laver toujours la figure avec des eaux qui provenaient des endroits sacrés cau- sant la purification des péchés.

22 RÂDJATARANGINÎ.

192. Il rendit satisfaisant le voyage difficile de celui qui était venu accomplir, du commencement y tw^ua la fin, une cérémonie religieuse, en plaçant quelques hommes avec un nombre de jarres remplies de celte eau. f^v'^'^d"'^"'''' ^^^- ^^ homme, appelé Padniarâdja\ natif du pays Par- naprâtyika, était un des favoris de ce roi libéral, dont la dis- position ressemblait à la nature d'une agréable feuille de bétel.

194. Alors, le roi laissa, à la disposition de ce vendeur de feuilles, des portions de villes et d'autres choses, presque toute la richesse des produits du pays.

195. Cet homme, opulent dans ses immenses possessions avait pris le pays du roi comme un dépôt, comme s il était lui-même assis sur le trône supporté par des lions d'or, por- tant le diadème marqué de l'éclat de cinq lunes.

196. L'étendard de ce roi, joint à sa résidence, fut amené de sa maison le jour de dévotion de chaque mois courant.

197. En donnant son trésor accumulé, Padmarâdja pré- serva la reine Sùryamati du désordre du pays, (jiii se serait élevé.

198. Ensuite, l'alarme provenant de l'attaché aux étables, Dallaka-, et des autres, étant pacifiée, les procédures civiles, exemptes de violence, prévalurent de nouveau dims le pays.

Union 199. Depuis ce temps, la reine était à stimuler les affaires

du règne; et le roi, abandonnant la renommée de valeur <juer- .loSûryamaii. pi^pg ^ gg rcmlt au travail du gouvernement.

200. La victoire de fépoux est la bonne conduite de fépouse ; dès lors, par un caractère sans tache de celle-ci, aucune autre influence ne s'interposa entre eux.

' Un bomme de ce nom est mentionné, dans lo çl. g j , comme prenant pour K^sidence un lien du pèlerinage. ■' Çloka 189.

pa

LIVRE SEPTIEME.

23

201. Les Munis mômes furent surpassés par le sage roi Ananta en dévotions aux divinités, en actes religieux, bains, abstinence, morale, et en d'autres mérites.

202. Dans le long règne de ce souverain , la fortune royale , comme faisant cboix d'un époux , passa un bien grand nombre d'aspirants, levant avec attention ses regards sans en trouver un plus digne que lui.

203. Bàlabhandjaka établit à la fois bonheur et renom , en accomplissant l'acte de remplir le trésor royal , et en faisant passer la prospérité de diverses manières par les douze parties de l'année et par tout l'espace du pays.

204. Il y avait de plus Kèçava, un brahmane natif de Tri- garta*, conseiller vertueux, par lequel le roi fut orné dans sa maison comme d'un vif éclat de lune.

205. Il fut vu cependant par le monde , abandonné de la for- tune, errant, solitaire, foudroyé du nuage du destin; qui est-ce qui jouit d'une prospérité ininterrompue.^

206. Ce roi avait considéré que la prospérité des esprits faibles, sujette à la fortune, est vaine, et que la fierté de fa- mille et de la force réunies est trompeuse à l'égard d'une longue durée.

207. Haladhara, Vadjra, et Varâlia étaient fils d'un Vâiçya, gardien du temple d'une divinité dans la résidence céleste de l'époux de Gâurî, Çiva.

208. Haladhara, placé au serv^ice par Sûryamatî, enlevait aux autres de jour en jour croissance, progrès et toute auto- rité.

209. Le roi , attentif à sa parole , était l'associé complaisant de cet homme, qui faisait toutes les alTaires nécessaires de l'in- térieur du pays par l'habileté de son esprit.

210. Doué d'une haute intelligence, il établit avec bonheur

Bal..l>l>un- (Ijaka , trésorier.

Kèçava , conseiller vertueux

mallu

Administr.i-

tion du ministre Haladhara.

24 RÂDJATARANGINÎ.

sur une base large le ministère, qui était premièrement arrangé avec exactitude, et embrassait tout le fardeau de la besogne.

211. Il y avait un tableau montrant le prix de parfums, de l'or et d'autre chose , ainsi que le revenu royal , fondé sur l'exposé des collections de la propriété du peuple.

212. Il dirigeait l'instructeur des rois futiu's dans la con- naissance de la propriété collective , pour évaluer l'intérêt sti- pulé et le produit des amendes et d'autres impositions.

213. En attaquant les quelques-uns des attachés aux étables qui pillaient les propriétaires, et qu'il censura, il parvint à calmer la terreur du peuple.

214. Ainsi, par les efforts qu'il Fit, le confluent du Sindhu et de la Vitastà fut rendu splendide à un certain degré par des décorations d'or dont il enrichit les demeures des divinités, et par des donations de terre , attachées à des collèges.

215. Ses frères et ses fds, enivrés par l'accumulation de ia prospérité, semblables à des éléphants, ne quittèrent aucun penchant à se gratifier.

Bimba. 216. Le fils de son frère, appelé Bimba, rejeton de Va-

râha ', personnage fortuné, éloigné des affaires du gouverne- ment, ressemblait <i un nuage par le déluge de dons qu'il versait.

217. Cet homme, Dàmara d'origine, trouva une mort pré- maturée, avec peu de compagnons, dans un combat avec les Khaças, où, obligé de fuir, il présentait, en quittant la vie, un front ferme à l'ennemi.

Exploits 218. Le roi Ananta, victorieux sur plusieurs princes, ayant

il'.Anauta.

détruit le roi Sala à Tchampâ ^, plaça un nouveau souverain sur le trône.

' Çloka 207.

- La ville inodpinc de IMiaj^alpour.

LIVRE SEPTIEME. 25

219. Ce roi, entrant dans des pays étrangers avec une va- leur qui était privée de conseil , en s'abandonnant à son im- pétuosité, se mit souvent dans une condition eiYroyabie.

220. L'armée de Kalaça, fds de Tukka, commença à être en détresse, lorsque Haladhara la délivra en le joignant, ve- nant de Vellàpur;

221. Et lorsque, étant entré dans Uraça*, il eut trouvé la route coupée par l'ennemi, le roi de Kampana dégagea sa sortie du défilé.

222. Pendant les difficultés que causa le conflit ennemi du roi Ananta, plusieurs violentes cruautés éclatèrent de temps en temps.

223. Râdjèçvara, le fortuné, chambellan*, fds de Bhadrè- çvara ^ et beaucoup d'autres , furent tués par les Dâmaras qui se trouvaient dans la principauté de Krama.

224. Regardant les affaires avec fœil de la morale, crai- gnant aussi les litiges, qui est-ce qui jouit dans le palais du roi d'une ser^atude sans déshonneur ?

225. Calomnié dans le rang auquel il fut élevé par la reine, chuic

à cause de son service assidu, Haladhara fut aussi empri- Haïadhai». sonné par des hommes impitoyables tels que Açâtchandra- et d'autres.

226. Privé par le roi de tout ce cpi'il possédait, il subit la peine de la captivité. Sous le pouvoir insubstantiel du destin , d'oii viendrait un bonheur égal jusqu'à la fm ?

227. La fortune revint à lui , lorsqu'il fut relâché de la pri- son

, . . , rétablisse-

son , et embrassé par le roi , qui avait un visage serein et sou- ment.

riant de modestie sous une blanche ombrelle.

228. Par la faveur de la reine , il était comme dans la sai-

' Mentionné dans le çl. 38. ' Voyez çl. 182.

26 RÀDJATARANGINÎ.

son de pluie où, de moment en moment, se suivaient, par un contraste instantané, nuage et soleil, colère et bonté.

229. Ensuite, par la marche de la raison droite, il advint que la supériorité de la reine porta ses regards vers la libé- ralité irréfléchie du roi.

230. Quoique repris par de sages conseillers, par Hala- dhara et d'autres, pour des fautes qui amenaient des regrets, à cause de l'abandon de l'autorité;

231. Cependant, toujours instigué par une reine et par l'infatuation de l'amour pour son enfant, il tâchait de donner l'empire à son fds Kalaça.

232. «Tu en subiras le repentir, ô râdja»; c'est pourquoi aussi, le sage nommé Ranâditya a fait faire les apprêts pour le sacre du parasol da pouvoir.

Sacre 233. Ce fils, dans la trente-neuvième année de l'ère kaç-

<lc Kalaça. ■*

mîrîenne, le sixième jour de la moitié obscure du mois étant passé, reçut le baptême royal par le souverain. innucuco 234. Alors Ranâditya, homme ferme, au milieu des intri-

dcKiiuàditya.

gues différentes, introduisant les Râdjaputras * dans le palais, songea à la grandeur du règne.

235. « Ce fils royal est Anantadèva » : telles furent ses pa- roles; et il le proclama roi, la main placée sur son cou.

230. Cet homme, quand le vieux roi, qui avait abdiqué, le regardait avec colère, alors même souriant, ferme dans sa politique, lui parla sagement en ces termes :

237. «Dans le cas présent, quand les princes de Kânya- "kubdja, et d'autres, en seront informés, alors cj[uels autres <( insignes de royauté peux-tu avoir, toi qui as quitté le gou- '< vernementP

238. « Le jour au jour, sans cesse tu auras des regrets, sei-

LIVRE SEPTIEME. 27

Kgneur; l'abandon de tout orgueil n'est pas possible, même (( à un sage ».

239. Ayant écouté son discours, qui saisissait le cœur, tan- dis que les conseillers regardaient bien loin d'eux, le roi n'était pas en état de répondre.

240. Un autre jour, voyant le nouveau roi servi par une armée royale, et l'ancien accompagné d'une suite modique,

241. L'habile Haladhara \ avec adresse, au moyen d'une Haïadhara

écarte Kala(;a

plainte factice, blâmant la fortune, excita le roi de nouveau, Ue» affaire,. en lui insinuant ce qui suit :

242. ((Ayant élevé au trône ton très-jeune fds, qui est mé- (( content de ce que tu lui as imposé le fardeau du gouverne- «ment, pourquoi, ayant en vue sa propre satisfaction, n'iras- (( tu pas vers son accroissement ?

243. ((En réassumant toi-même la besogne des affaires ((royales, que ton fils ne soit pas privé des jouissances de la ((jeunesse ».

244. Ayant parlé ainsi, il instigua le roi à reprendre le gouvernement suprême, et effectua par fraude que Kalaça- dèva fut frustré de sa part de règne.

245. Toujours auprès de ses parents, préparant la nourri- Conduite lure et faisant d'autres services, Kalaça fut alors de nom seu- lement souverain du pays.

246. Dans l'accomplissement de tous les offices appartenant à la royauté , tels que ceux d'armes , de dévotion et d'autres , comme dûment associé à son père, il remplit, pour ainsi dire, les fonctions d'un prêtre de famille,

247. Il n'y a aucune confiance à avoir en ceux qui sont inconstants, ou comme d'allure oblique, et dont les peines et les plaisirs naissent sans cause.

' Vovez. ci. 207, 208.

28 UADJATARANGINI.

248. Bien que la reine ait tant, et même avec urgence, pressé le roi de céder aux deux fds le règne, cependant elle en avait des regrets, comme femme dépourvue de jugement.

249. Elle enviait à ses belles-filles les prérogatives dues au rang royal et, d'une humeur dure, ne supportait pas l'orne- ment de leur habillement surtout.

250. Pour servir de risée, les épouses du fds étaient tou- jours engagées par elle à replâtrer la maison*; sinon, elle leur montrait de l'aversion.

Kchiiiràdja. 251. Le fds de Vigraharâdja \ nommé Kchitirâdja, rejeton de l'oncle paternel, frère du roi, se plaça alors en quelque sorte à ses côtés.

252. Il confia à celui-ci le chagrin qui tourmentait son cœur, son fds, appelé Bhuvanarâdja, étant avide de fempire et trop bien connu.

253. Nîla, le fds de celui-ci, qui avait auparavant eu accès au pouvoir, entreprit maintenant avec ses forces de devenir le soutien du père.

254. Le nom de « bienheureux » , de « purifiés » , et de ceux qui portent le fil sacré ayant accompli les sacrifices, s'attri- buait à son propre père , mais celui de « chiens » , à fhomme d'un cœur impur.

255. Kchitirâdja, d'un cœur pur, bien que sa propre femme s'y opposât, éprouva le désir de dompter l'ardeur de l'âme et de tendre au breuvage de l'immortalité par fabandon du tout.

Likarcha. 256, 257. Avaut de bonne heure donné l'empire au fils de .icsiin.; Kalaça, appelé Utkarcha, qui, quoiqu'il fût encore en nour- rice, était l'aîné d'une lignée la plus proche de celle de son père*, ayant pour mère la reine, nommée RâmalèkliA, Kchi-

' Voyez cl. 'j!\ , 1 .^g.

Bliuvaiia- râiija.

Nila

iiipirc.

LIVRE SEPTIEMi;. 29

tirâdja, un Râdjârchî, établit avec des hommes sages le culte d'un lieu de pèlerinage.

258. Ce roi , d'un cœur dévoué au suprême Vichnu , ayant joui du bonheur de la tranquillité pendant un grand nombre d'années , alla trouver l'union avec Vichnu , armé du disque , dans le sein de ce dieu.

259. Lui et Bôdja ^-narèndra , tous deux apparentés comme poètes célèbres par le haut mérite de leurs pieuses donations, étaient contemporains.

260. Le jeune petit-fils fut par le roi Ananta déposé dans uikarch»

_ _ confié

les bras de Tanvaggarâdja , qui était petit-ûls du frère de Didclâ » Tanvagg». et descendait du fds de l'oncle paternel du père d'Ananta *.

261. Taiïvaêra aussi, avant amené le royaume à faccrois- Mon

*^^ '' "^ ^ _ do Tanvagga.

sèment, et fait rentrer le jeune homme chez les Kaçmîriens, alla rejoindre en mourant le dieu armé du disque.

262. Jusqu'alors, la parenté des rejetons royaux, dont les possessions étaient toutes en commun , n'était pas souillée de crimes.

263. Descendu d'un fils de Indurâdia, Siddharâdia , siri<iii»ràdj,..

"^ >* Madana-

blanc comme l'argent d'un Buddha, engendra un héros ap- "'^J"- pelé Madanarâja.

264. Le fils de celui-ci , très-exalté , étant sorti du pays du roi de Darad, pendant la détresse du souverain, n'était pas rompu, à cause de son excessive bravoure.

265. Alors, un Dâmara, nommé Djindurâdja, fut pris en Djindn-ràdja. amitié au service par la reine extrêmement affaiblie , qui l'avait conduit dans sa propre maison.

266. Ensuite, le Dàmara nommé Çobha, borgne, habi- çobi.a. tant de Dègrâma , causant beaucoup d'alarme au seigneur, ayant tenté une attaque, tomba.

' Voyez çl. 190, 191.

30 RADJATARANGINÎ.

267. Le roi, ayant ensuite donné la principauté de Kampana , fit tributaires Râdjapuri et d'autres contrées de cet homme tur- bulent.

268. Quand alors le règne du roi Ananta fut tombé en détresse, Ilaladhara, son principal bâton, alla vers sa fin.

Conseil 269, Etant à côté de ce moribond, qui était dans la foi du

de Halaclh.ir.i . , . .

mourant, dicu armé du disque, le roi sage demandant son conseil, Haladliara lui parla en ces termes :

270. (' Ne sois pas entraîné dans des royaumes étrangers «avec impétuosité; entreprends ce qui est hardi avec adresse. « Dans le principe est le temps de se garantir d'une calamité « que j'écarte par mon conseil.

271. ((L'intrépide Djindurâdja ' a gagné un accroisse - <i ment immense , et Djayânanda avec son fils causera votre « ruine ».

272. Le roi prudent, se rappelant ces paroles, emprisonna avec jugement le trop puissant Djindurâdja, qui fut forcé de quitter l'arme.

Dépravation 273. Daus la suitc du temps, le roi Kalaça, dépravé dans

de Kalaça.

ses dispositions, pratiqua des iniquités par le moyen de ses adhérents, prenant de la force sur sa route. Ses favoris. 274. Les favoHS de ce roi étaient, parmi d'autres, Dhidj- dja, Yittha, Râdja, Pâdja, quatre Râdjaputras, prompts à la turbulence, rejetons de la famille de Çâhi.

275. Le fils du chef du trésor, appelé Nâga^, était son ser- viteur familier, et Djayânanda^, son instructeur d'iniquité. Se* 276. Comme le brahmane éminent, Amarakanta (( cou de

précepteurs.

l'immortel», portait par ce nom une ressemblance avec Çiva,

' Voyez çl. 265.

•^ Ce nom, qui pciraît commun, se trouve clans les çl. loi, lo?. , 169.

' Voyez, çl . 271.

LIVRE SEPTIEME. 31

le ràdja lit l'apprentissage sous Pramadakanta « cou de béati- tude » , fds de celui-ci.

277. Le courou « l'instructeur spirituel » , donnant son con- iniquités

^ *■ do Kalaça.

seil sur ce qu'il ne devait pas faire, était confondu par la na- ture de ce prince, qui ne considérait que ce qui est profi- table ou non.

278. Ceci n'étant pas la liante de ce gourou, que faut-il dire de plus? Ayant abandonné toute crainte, ce râdja aborda même la séduction de sa propre fille.

279. Celui qui n'est pas effrayé par les phénomènes terri- bles de la révolution du grand âge, ne doit-il pas être con- sidéré comme Bliâirava « le formidable Çiva » , sans crainte dans la condition du sommeil *.

280. Des personnages de distinction *, abattus par la ter- vi.iaiavanik. reur, les genoux rompus, recouvrèrent la convalescence par Vidalavanik a un marchand de chats » , moyennant des super- positions de mains et de tête.

281. Un certain marchand, ayant pour enseigne un chat, ce qui lui avait attiré jadis le nom de marchand de chats, fit ainsi oublier son nom propre.

282. Ignorant , frauduleux , s arrogeant par degrés de prendre le respectable caractère de médecin, il gagna quelque consi- dération parmi des cordonniers, des blanchisseurs, et d'autres artisans.

283. Charlatan habile , il fit quelquefois recouvrer la santé aux personnages de distinction, en plaçant la tête sur eux, et en se servant beaucoup de l'odeur de YAssafœtida et d'un tas de choses dans lesquelles entrait du chat.

284. Il amena même souvent de Tobscm^té pendant le jour, comme si c'était par des nuages lourds rendant des bruits de tonnerre, bien qu'en réalité illusoires.

32 RÂDJATARANGINÎ.

285. Ceux qui sont occupés de grands repas la nuit, dans de longues veilles, sujets à des rapports de viande indigérée, ont toujours une fâcheuse odeur.

286. Ceux qui ont touché de vieilles ordures , par des routes basses, négligent chaque jour la cascade printanière rapide jetée sur le dos comme eau de purification.

Amusement, 287. La nult , s'occupaut avec les maîtres d'instruments mu-

de Kala^a.

sicaux, le roi, danseur et habile joueur de flûte, s'adonnait aux femmes avec violence. Kanaka. 288. Un jour quc le fds de Haladhara, nommé Kanaka,

dans la licence de la débauche, était emporté par la colère, alors, l'ayant fait attacher à une colonne, il lui fit couper le nez par ses domestiques.

Tchamaka. 289. Uu complaisaut infâiTie , uomiiié Tchamaka , cstroplé , qui procurait de l'amusement, s'empara doucement par fraude de l'afiection du nouveau roi.

Nrïkukkura. 290. Nrïkukkura « homme- chien » , comblé de faveurs, comme un des conseillers privés du roi, gagnant de la soli- dité, reçut le nom de Thakkura «personnage distingué».

291. Ayant gagné un renom, il fut tout d'un coup très- considéré pour ce qui est ordinairement une cause de nonte, à savoir pour avoir fos dorsal rompu, et, par-devant même, la paroi du nez cassée.

292. Par suite, la mauvaise disposition du nouveau roi s'étant enflammée, ce cju'il fit, abandonnant toute pudeur, bien que ce soit inexprimable, toutefois la rumeur en étant tombée au milieu du monde, cela est cependant rapporté.

293. La nommée Kallanâ, sœur du roi, et Nâgâ, sa fille, ne furent pas laissées de côté dans sa jouissance de l'union avec des femmes d'autrui.

Conduite 294. Le vieux roi, uni à sa reine, ayant appris cette nou-

LIVRE SEPTIEME. 33

vello, par honte ne la réprimanda pas, mais resta pénétré dAnama. d'une doulem' secrète.

295. Il y avait un brahmane mendiant nommé Dhànya- muchtî , natif de Vanâgrâma , qui , de plus , astrologue de vil- lage, d'un esprit excentrique, s'appelait Lochtaka.

296. Muchti- Lochtaka u Lochtaka du vol», ainsi nommé h cause de la connaissance qu'il avait en des choses retenues par vol, errait la nuit pour la tranquillité du seigneur de Sag- grâma-kclîètra i( champ de Saggràman.

297. Ayant gagné la plus haute ronsidération en science, politique et astrologie , auprès du nouveau roi passionné , il devint son favori de débauche.

298. Un seul homme vénérable *, chef de collège, un saint, attaché aux choses divines , portant les cheveux entortillés comme les ascètes de Çiva , voué à la continence , appelé Khurktiuta, fut admis dans l'administration suprême.

299. 300. Pour le reste, le roi plaça des hommes marchant suito

"* de

dans les ténèbres, orgueilleux, servant leurs propres intérêts; h mauvais,

conduite

entre autres, un certain homme nommé Marma, natif r/e la Je KJaça. ville d'Avanti, homme, quoique sous l'habit de brahmane ra- pace de main, qu'il avait jadis dégradé et relevé par affection. Par cet homme, le roi fut empêché de faire du bien; et, en- veloppé d'illusions, il violait les institutions.

301,302. Un homme nommé Madana, bavard, distribuant Mada.,.. des fleurs , étant parvenu à avoir accès auprès du roi , acquit une excessive intimité , et par degrés trouva protection pour son ini- quité, au milieu d'une assemblée dépravée et pleine de fraude.

303. Egaré bientôt par ceux-ci et par d'autres complaisants infâmes qui tenaient des discours agréables, Kalaça, entaché de crimes, prit des vices pour de bonnes qualités.

304. Ce qui parai.<;5afV convenable , c'étaient le discours t\os ar-

"' 3

34 RADJÂTARANGINI.

tistes qiii excellaient en divertissements, la manière d'exercer l'oppression du peuple, la science de se donner de la vigueur, l'union avec des femmes malhonnêtes , frivoles et impudentes.

305. Droiture, exécration de ce qui est vil, libéralité, pa- tience ne leur appartenaient pas; dans leur voisinage, toute action était ou crime , ou vice ; c'en est assez , toute explica- tion ultérieure est inutile.

306. Le râdja, par le désir de débauche et de spolia- tion , pai'courant chaque maison , négligeait de témoigner par des embrassements pendant les nuits de l'amour à sa propre femme.

307. L'extrême amour, devenu un esclavage entier, le liber- tinage avec femme d'autrui, dans l'élan du feu de la volupté de ceux qui sont en proie à la passion, retrace un sacrifice nourri du beiuTe clarifié.

308. Le roi, par suite d'un arrangement fait un jour avec cinq ou six de ses procureurs de plaisirs, alla la nuit, galant furtif, à la maison de Djindurâdja \

309. Là, se trouva la belle-fille de Djindurâdja, femme dé- vergondée au plus haut degré, qui avait donné au prince Ka- laça un rendez-vous nocturne dans sa maison.

310. Quand, en entrant, il fut trahi par des chiens aboyants, les Tchandâlas , qui , craignant les voleurs , devaient garder la porte de la maison, coururent sur lui,

311. Voyant ceux qui tâchaient de le tuer, ses suivants pro- tégèrent de leur corps, en s'interposant devant lui, le roi, qui, de frayeur, était tombé par terre.

312. A ceux qui lui prodiguaient des coups de poing et d'au- tres mauvais traitements il fut bien dit : « Arrêtez , c'est Kalaça- « dèva ! » Après ces mots , il fut abandonné par les siens.

' Voyez çl. 26.S.

LIVRE SEPTIEME. 35

313. Quand ils lui eurent coupé le nez, comme à quel- Kahça

r !»•>/• Il alcneîcoupc.

qu'un qui suivait une femme d autrui, n etait-ce pas un malheur pour ce libertin?

314. Sorti de la maison , lui qiii était devenu l'esclave d'oeil- lades oblicpies des femmes, or, sur la route selon son destin, par l'œillade oblique de Kâlî, ne trouva- t-il pas sa destruction?

315. Par l'erreur de son esprit, commettant une trans- gression de la morale , il encoiKut , bien que roi , une disgrâce qui n'appartient qu'rta.ï- gens vils dont on évite le toucher.

316. Si Tcliandra, Indra et d'autres, bien qu'ils soient des divinités, sont quelquefois vaincus par les sens, comment la prétention de pureté d'un mortel serait-elle soutenable ?

317. Le désir honteux fait naître d'abord une mauvaise et fâcheuse réputation. Soit; mais les bonnes habitudes, si même elles essuient premièrement une défaite, assument ensuite la marche d'une louable fierté. Notre existence subit la première incertitude attachée à notre race -, puis notre renaissance n'en est pas exempte. Que dis-je? celle du joyau du désir n'encourt- elle pas du changement dans raffaiblissement de sa nature?

318. La morne nuit, le père et la mère de ce prince dé- Suite

^ de cet

pravé, qui atteignit la capitale, en reçm'ent la nouvelle. évcncmem.

319. Ces parents, après avoir longtemps pleuré, pénétrés à la fois de douleur, de honte et d'amour pour leur fds, pri- rent la résolution d'enfermer cet objet défiguré.

320. Us désirèrent placer sur le trône Harcha, le fils de Harciia Vappikâ, l'aîné des petits-fils, qui était un trésor de toute àre.npiie. science, et le firent amener cette nuit.

321. Le roi Kalaça, ayant été appelé par eux le matin, ex- prima à Vidj-dja et Djayânanda \ qui étaient alarmés, la crainte qu'il avait de son père.

' Voyez ci. 271 .

■t

36 RÀDJATARANGINÎ.

322. Dans celte disposition , Djayânanda lui ayant en quel- que manière donné sa main, accompagné de Vidj-dja, il entra dans la maison du père et de la mère.

323. A peine était-il entré , que le père lui donna de sa main ouverte un coup à la figure , et lui dit : « Misérable , quitte ton <( épée » !

324. Vidj-dja, en soutenant de sa main l'homme à qui la frayeur avait dérangé la jonction de ses membres, et touchant son excellente arme, adressa au roi ces paroles :

325. «O roi, quoique tu sois capable de porter le fardeau «des personnages élevés, comment ne sais-tu pas qu'il ne faut (( pas quitter la grande obligation de ménager la fierté de ceux « qui sont revêtus de dignité ?

326. u M'étant engagé avec f arme d'un râdja-putra h sa solde , (( comment, dans cette détresse, le seigneur serait-il abandonné « par moi, tant que je vis?

327. «Tu es le père; lui est le fils, ô seigneur-, dans un (c autre moment, pendant mon absence, détermine ce qui lui (( est convenable )>.

328. Ainsi Vidj-dja, ayant, par des paroles âpres-douces, ébranlé la raison du roi égaré, amenant avec lui le seigneur Kalaça, sortit de sa présence.

329. Celui-ci, sage, respecta la fermeté plus qu'humaine de Vidj-dja , qui l'a fait éclater même devant Anantadèva.

330. L'épouse du roi, surexcitée par la force de ce qui de- vait arriver, était, dans cette occasion, silencieuse comme une personne sans ressources.

331. 8i elle peut accomplir une chose avec une activité zélée , 1 icn d'autre n'aura lieu alors , soit pour une convention , soit pour une totale destruction, soit pour l'emprisonnement de K al ara.

LIVRE SEPTIEME. 37

vl32. Ensuite, A l'aide du diligent Vidj-dja, Kalaça, efl'rayé, entra dans la maison d'une femme favorite appelée Dihlâ.

333. Disant qu'un mal de tcte l'avait saisi , il accommoda le seigneur alarmé. Elle, femme intelligente, informée de l'évé- nement, oignit d'huile sa tête.

334. Ayant empêché l'entrée de tous par ce prétexte, elle cacha le seigneur, plaçant Vidj-dja comme garde de la porte.

335. Ensuite, la reine, s'abstenant d'assemblées conviviales, et blâmant le roi, sous la feinte de demander de ses nou- velles, se rendait auprès de son fils.

336. Quand elle allait visiter le prince qu'elle affectionnait, alors l'entrée lui était accordée par Vidj-dja. Le prince, malade de souffrance, se trouvait seul avec elle.

337. Le roi, courroucé d'ailleurs de l'exclusion de sa suite, An.inudèxa

<iuitte

s' emportant, hautain, résolut d'aller vivre dans le champ de logouveme- Vidjaya, du diea de la victoire.

338. Quand, avec ses femmes, il eut atteint les environs de Padmapura, des brahmanes, des marchands, des faiseurs de tom's et d'autres, s'agglomérèrent autour de lui et lui tin- rent ce discours :

339. «O râdja, ayant quitté, de toi-même, la souveraineté, «pourquoi te tourmentes-tu? Le regret du fait accompli ne te «sied pas, qu'il soit juste ou injuste.

340. «Tes sujets ne t'ont pas quitté par mécontentement, « quoique accablés de maux divers ; ainsi , ils ont même « pensé à prendre pour convenables les infamies du fils dé- (( pravé.

341 . u Quand il n'est pas même maître de son fils comme d'un «instrument, quel peut bien être le pouvoir d'un roi? Il est •( pur ou souillé par les vertus ou les vices de ses sujets.

342. (( Comme les nuages émettent des eaux ou la foudre ,

38 RADJATARANGINÎ.

«ainsi l'eiTet est ou n'est pas propice à mûrir les fruits des « arbres.

343. « Et comme l'abandon d'un fds qui marche hors de la « bonne route montre un bonheur imparfait pour celui qui le «désire, comment l'abandon d'un trésor prépare-t-il du bon- «heur pour toi qui te mets en voyage?

344. (( Un homme capable de s'élever au-dessus de la «ligne commune, de noble extraction, ainsi que d'une vertu «pure, quand il a épuisé son trésor, n'est plus touché par «qui que ce soit, étant considéré comme un homme misé- «rable. »

345. Le roi , ayant écouté ce discours avec plaisir, était d'au- tant plus charmé de l'arrivée de son fds et de son épouse , qu'il méditait lui-même son retour.

346. Etant alors rentré dans la ville qu'il avait quittée par inconséquence, sans calmer son inquiétude, se privant de bonheur, il sortit souvent.

347. S'étant approprié lui-même, en sortant, des chevaux, armes , armures et d'autres choses , attendant la reine , il resta quelque temps sur l'autre rive du fleuve.

348. Les femmes du roi , en sortant , ayant placé différentes choses de la trésorerie dans des bateaux , ne laissèrent que des javelots dans la maison.

349. Ses gens, avant qu'ils connussent la nouvelle de ce voyage, gardaient le silence; mais quand ils l'apprirent, alors se firent d'excessives et hautes vociférations.

350. Le peuple qui, ordinairement, laissait échapper quelques gouttes de larmes dans le bouquet de fleurs présenté au couple royal en guise d'adieux, y versait alors comme de longs flots de libation*.

351. « O mère! ô père! vont-ils ainsi?» D'autres pa-

LIVRE SEPTIEME. 39

rôles que celles de lamentation ne s'entendaient pas alors sur les routes.

352. On entendait sur le chemin, quand, d'intervalle en intervalle, la violente lamentation était interrompue, le gron- dement du soupir de la douleur comme le bruit d'une cas- cade entre les rochers.

353. Les oreilles du couple royal , devenues familières avec les lamentations continuelles sur la route , n'entendaient plus que, pour ainsi dire, une seule lamentation dans l'espace de l'air.

354. Voyant ces deux personnages sur le chemin , chassés par le crime du fils , le monde blâmait même le maintien des petits des oiseaux , chanteurs habitants des arbres.

355. Le seigneur de la victoire, les observant, inspira le calme intérieur à ces deux personnages qui avaient le cœur blessé par la mauvaise conduite de leur fils, et les traita comme un ami consolateur.

356. Alors, les jours de ces deux personnes dévotes se pas- saient là en actions de rites et en donations de villages, ali- ments, pensions, maisons et ornements.

357. Dans ce pays , fameux pour sa population , ses étoffes et l'abondance de matériaux valables au trésor, se trouvaient une multitude de chevaux dans les champs couverts d'herbes et de bois à brûler, ainsi que des marchés attrayants.

358. Tafivagga', Râdjatugga et d'autres, fils de princes et de leurs parents , ainsi que Sùryavarma , Tchandra , et d'auti'es Dâmaras, suivirent le roi.

359. Il conserva sous sa protection les Dâmaras Kchîra- bhûpa et autres, ainsi que les deux princes*, les ayaiil mis en sûreté dans leurs villes et dans d'autres lieux.

' Voyez çl. 260, 261.

40 rAdjataranginî.

360. Au seigneur de la victoire furent institués des joiu's pour être célébrés par des fêtes sous le nom du fortuné Ananta, qui avait à cela consacré toute sa richesse.

361. La résidence du vieux roi était entourée dans le voi- sinage par tous les districts de Dâmaras en armes et par la cavalerie des Râdjaputras.

362. Ayant abdiqué dans la cinquante -cinquième année de l'ère kaçmîrienne , au mois de Djâichta (mai-juin), après avoir atteint le champ sacré de Vidjaya , il se mit à la poursuite de la béatitude du ciel.

Règne 363. Alors , après le départ du roi , Kalaça obtint la

Je Kalaça. tcrrc , privéc de sa richesse , comme après le départ du ser- pent gardien s'obtient le terrain du trésor dont le joyau est parti.

364. S'appliquant avec effort à rendre splendide son royaume , quoiqu'il eût peu de ressources, s'étant consulté avec Vidj-dja^ et d'autres , il nomma à fadminislration suprême des hommes approuvés. Ses ministres. 3G5. Il s'adjoignit à toutes les grandes affaires Djayânanda^, et prit pour son chambellan Varâhadèva ^, qui était originaire d'une ville frontière de la Vitastâ. ^ililtr ^^^' Vidjayamitra, qui était surveillant de la gai'de-robe de

Djindurâdja à Kampana, fut créé seigneur de Kampana.

367. Et comme d'autres chefs de l'administration avaient pris le gouvernement suprême, Kalaça, qui en était irrité, conduisit la politique de son gouvernement en opposition avec celle de son père.

3G8. Djayânanda, désireux alors d'assembler l'infanterie,

' Voyez çl. 32 1 , 322 , 32 /i. ^ Çloka 32 2. ' Çioka 207.

LIVRE SEPTIEME. 41

avec vigueur, contracta des dettes avec des hommes opulents , même quand ils étaient peu dignes.

309. Avant engagé des fantassins, alors entouré d'une troupe E^pcditio..

J CD O •■ contru

de Ràdjaputras, de Vidj-dja et d'autres , il atteignit Avantipura A«a,.tai pour combattre le vieux roi.

370. Djindurâdja, sorti de prison, sollicité et employé pour servir l'occasion par le râdja, s'avança par la route de Çimika au combat.

371. Ayant entendu que leur entreprise avait courroucé le vieux souverain , les Dàmaras , Vavâra et d'autres approchèrent , d'eux-mêmes, avec fureur. -

372. Toute la forêt du sacrifice consacrée au seigneur de la victoire devint à la fois serrée d'armes par un cercle de chevaux qui, en guise de jeu, étaient placés autour.

373. Alors Sûryamatî ^ la reine, par amour pour son fils, pria instamment le seigneur, qui était excessivement passionné , de ne pas combattre pendant deux jours.

374. Lai avant envoyé la nuit Mavva et d'autres brahmanes Romoutrauc

*' '' *^ "^ de la reine

très-dignes de confiance, elle-même dit à ce fils secrètement, saryamai:

o à Kalaça.

avec un visage plein de tendresse :

375. (( Tu veux ta destruction , ô mon fils ! quelle est i'er- «reur de ton esprit? tu désires aujourd'hui combattre même «contre ton père, qui est d'une bravoure formidable;

376. « Ton père , dont le brisement des sourcils seul a dé- « truit le ràdja de Darad et d'autres ! Dans le feu de sa colère, «comment oses-tu te jeter comme une locuste?

377. (( Devant ce roi , qui , monté sur son coursier, est égal

«au feu flamboyant, qui protégera tes guerriers qui sont ^^ « comme des herbes ?

378. «Avec quelles troupes, quelle bravoure, quelles res-

' Voyez (,1, 179.

42 RÂDJATARANGINÎ.

« sources , cours-tu affronter ce roi , qui est distingué parmi les « célèbres pour leui' sagesse ?

379. «Quel tort envers toi a ce père qui est entré dans ce «lieu sacré, ayant joui de l'empire indivisé, qu'il abandonna ii forcé par le destin ?

380. «Poussé par ceux qui désirent la dissension, prêt à «tomber dans cette calamité bien effroyable, déjà épuisé de «jour en jour, tu t'avances vers une extrême misère!

381. «Conduis les armées de ton père; tant que je vis, je «n'ai point de crainte; conduis donc le seignem% qui est « droit et bien vénérable, mais par des paroles respectueuses ».

382. Ainsi le fds, ayant été sollicité par sa mère au moyen des messagers distingués, de manière à être troublé, appela la nuit même les troupes de tous les côtés près de lui.

383. Ayant été informé par les messagers de la retraite des troupes, la favorite, rassurée, trouva de l'autre côté le matin le seigneur apaisé dans le lieu saint.

384. L'esprit de ces deux [père etfib) qui se blâmaient mu- tuellement, bien que calmé par la reine, cependant, à cause de l'instigation de méchants rapporteius, contractait de temps en temps de la souillure.

385. Ainsi la naturelle disposition à l'inimitié porte à tout moment à la rupture de l'esprit, voulant même s'unir à un autre, comme une robe mouillée à un corps.

386. Ceci se passant extérieurement, le roi, ayant entendu les nouvelles du fds , l'esprit tourmenté , étant entré dans une maison , rassuré par les discours de la femme , tomba dans un état de stupeur.

387. Tourmenté chaque jour, chaque fois que l'irritation le quittait, son esprit reconvalescent ressemblait à un étang d'automne dont les eaux sont basses.

LIVRE SEPTIÈME. 43

388. Le fils détruisait les habitations et autres propriétés Kaiaç,

continue

des partisans du père, tandis que le père, subjugué par la ses i.ostiiitc» femme, ne faisait rien aux partisans du fds. son père.

389. Retenu par la reine , qui était aveuglée par faniour du fils, ainsi que par les suivants, tourmenté par des discours acerbes, le roi restait toujours plongé dans la douleur.

390. Voulant saisir l'empire du fils, connaissant le peu de valeur de son armée, il comptait peu sur la force de Djindu- râdja.

391. C'est pourquoi les fils de Tanvagga furent alors solli- cités par lui , qui désirait prendre l'empire du prince royal , à faire l'attaque du royaume, et ils y visaient avec diligence.

392. La reine , craignant pour le bonheur de sa propre Harcha race, alors, par des messagers qu'elle envoya la nuit, fit ap- /■«p'^" peler Harcha pour le faire roi. ''^"■

393. Sommé par les messagers de son grand-père et de sa grand'mère , et lui-même disposé à un effort énergique , bien que gardé par des gardes armés, il sortit dans le champ.

394. Sur un cheval aussi rapide que la pensée et d'une vi- gueur jamais rompue , donnant des coups de fouet et de talon, il traversa dans la moitié du temps ordinaire l'espace de cinq yodjanas (quarante-cinq milles ou quinze lieues).

395. Pour suivre le cheval , dont la course était victorieuse , faisant des efforts, beaucoup de chevaux de farmée se fati- guèrent misérablement sur la route.

396. Le grand-père et la grand'mère firent avec des flots de larmes du bonheur fabiution des pieds du malheureux petit-fils qui était arrivé.

397. Kalaça, à farrivée de son fils auprès du grand-père, f esprit ébranlé , désirant la paix , se désista de sa conduite peu agréable envers ses parents.

44 RADJATARANGIINI.

398. En homme sage, il laissa sortir de sa ville le parti de ses parents, et ne fit dans ce royamiie bouleversé aucune monstration de son propre dissentiment.

399. Le roi Ralaça , lors même que l'inimitié s'était accrue , parfois s'accorda avec fopinion de sa mère, mais seulement dans les choses peu importantes.

400. Tandis que le roi de Kampana désirait envahir Kha- çâlâ, les pays de Kalaça , le seigneur [Anantadèva) aban- donna le chemin de la condescendance qu'il suivait avec la reine.

401. En attendant, pour apaiser l'inimitié qui causait la ruine du pays, les brahmanes s'abstinrent de nourriture, en ayant instruit le père et le fds.

r.cconciiiaiiou 402. Lc gage de l'union étant obtenu, alors ce dernier fut entre Kalaça recoucilie avcc le couple royal qui habitait la ville pendant

cl 60S parents. _ X J 1 l

deux mois.

403. Djayânanda et d'autres , quoique souventvainqueurs , fu- rent informés que le fds avait travaillé au traité par prudence , et n'était sorti qu'à regret du sanctuaire du seigneur de la victoire.

404. Le fds fit brûler, la nuit, chevaux, pâturages et mai- sons de celui-ci, et défit ses fantassins par ceux qui se joignirent à l'incendie avec des armes empoisonnées.

405. La reine, bien que l'inimitié s'accrût par elle, cepen- dant dominée par l'amour du fils, retenait le désir de ven- geance de son mari.

406. Vivait alors une prostituée, appelée Ladvâ, d'une cer- taine classe de pêcheurs *, femme d'un esprit qui s'accommo- dait à celui de Kalaça , et un Dâmara , nommé Tliakka , son agent secret, qui était chauve.

407. L'àme souillée par ceux qui l'approchaient et qui vien- nent d'être nommés, le prince écoutait cependant toujours

rpsidence

do son père.

LIVRE SEPTIÈME. 45

d'un visage resplendissant, d'un sourire d'afFeclion ses parents, lorsqu'ils avaient à lui parler.

408. L'époux et l'épouse royaux, en consacrant de nouveau une masse d'or qui pesait une coiiple d'hommes, ainsi que par des austérités pieuses et des donations variées, se délivrèrent des peines de l'âme.

409. Quand, à cause de leur opulence, la stabilité rétablie Kniaçi du couple royal ne s'affaiblissait pas , alors le fds dépravé , » i=> r«ide par l'envie, fit mettre la nuit le feu partout.

410. Par cet incendie , la demeure du roi avec tous les biens mobiliers étant détruite, la ville du seigneur de la victoire ne présentait qu'un reste de cendres.

411. La reine, malheureuse, affligée de la perte du tout, fit des efforts pour mourir. Avec l'aide des fils de Taiïvagga \ elle fut tirée de quelque manière de la maison en feu.

412. Ayant quitté les habits la nuit, pour se livrer au som- meil, toute l'armée royale, arrachée des lits, n'avait pour vê- tement que le souffle de l'air.

413. Le prince Kalaça, voyant du sommet de son palais cette capitale, dansa de joie avec les masses de flammes qui s'élevaient jusqu'au ciel.

414. En attendant, toute sa propriété étant détruite, le sou- verain , étant passé de l'autre côté de la rivière , se sentit avec les siens plongé dans un océan de douleur difficile à traverser.

415. Le matin, ayant pris le linga, fait de pierres pré- cieuses, et qui n'avait pas été détruit par le feu, la reine le vendit pour sept lacs des Tâkas*.

416. Ayant fait ce marché, elle en donna premièrement aux serviteurs pour aliment et vêtement; avectet argent, elle fit de plus déblayer les maisons incendiées.

' Voyez ri. 2G0.

46 RADJATARANGINÎ.

417. On dit aussi que, de la profondeur du monceau de cendres, le roi avait pris tant d'or et d'autres biens honte !), que même aujourd'hui la prospérité y reste attachée.

418. Comme la ville ressemblait à une forêt vide, le roi avec sa suite habitait sous l'abri de chaumes , formés en toits , et arrangés avec des écorces et des roseaux,

419. Sous le pouvoir d'une telle conjonctui^e même, rien ne se faisait sans des ordres royaux convenables du vieux sou- verain, qui voulait rebâtir cette ville.

420. A cause de la tendresse de la mère, le jeune prince, qui ne se voyait pas disgracié, causait toujours par diiférents mauvais renseignements une grande peine à son père.

421. Alors, lorsque celui-ci fut toujours, au moyen des messagers distingués, exhorté d'aller à Parnotsa par le fils, qui , par son caprice , poussait à son expulsion ;

422. Lorsqu'il fut traité de temps en temps , par la reine qui dominait, pour l'accomplissement d'une affaire essentielle, avec trop peu d'égards;

423. Alors, cédant à sa colère, autrefois secrète, il tint à la reine avec âpreté, en présence de Tanvagga et de Thak- kana, ce discom^s, comme il n'en avait encore jamais pro- noncé :

Discour» 424. (( Fierté , gloire , valem\ règne , splendeur, sagesse , ri- passionné '-' O X u

dAnania- ^^ cliessc , quc nc m'a-t-il pas été enlevé honte ! ) , à cause « de ma complaisance pour ma femme !

425, « Envain les hommes considèrent les femmes comme (( instruments de service réciproque ; au contraire , les hommes «sont, jusqu'à leur dernière heure, des instruments de jeu «aux femmes.

42G. (' Comment ne deviennent-ils pas des hôtes du dieu ((de la mort, Yama, par les belles qui s'attachent ou se se-

à la rcii

LIVRE SEPTIEME. kl

((parent, mues par la calomnie au gré d'un épanouissement .( subit de la haine !

427. «Quelques-unes des femmes enlevèrent à leurs époux ((la force, quelques-unes la sagesse, quelques-unes par leurs (( actions toute qualité d'homme ; quelques-unes leur enle- (( vèrent même le souffle.

428. (( Les femmes, ivres de volupté, avec le soulèvement de (' leurs seins , enlèvent aux possesseurs légitimes l'empire par des (( enfants de race étrangère , comme les rivières emportent aux (( sites propres le sol par des rochers quelles roulent des contrées (( lointaines.

429. (Quelle est à la fin la récompense pour les vieillards? «La voici : à l'instar de celle-ci, ces femmes font prospérer «les enfants et dessécher les époux.

430. « Bien que j'eusse en tout temps connu les fautes com- « mises de la femme, cependant, par considération de son «rang, je n'ai jamais humilié celle-ci.

431. «Le parfait état du bonheur de ce monde ayant été ((détruit, l'espoir du bonhem' de l'autre monde est attenté « pour être anéanti en moi.

432. «Ayant quitté le champ de la victoire, est-il (( convenable d'aller pour moi qui , atteint par la décrépi- (( tude et marqué de rides , suis sur la limite de ma mort pro- (( chaine ?

433. «Comment, auprès de la porte du dieu qui porte un (( croissant sur sa tête , peut manquer au service le vase enle (( vaut la souillure du péché ?

434. « Quel autre que moi aurait un tel fils qui , gardien «de deux mondes, me renvoyant du lieu sacré, désire que «je meure dans ime mauvaise route .^

435. (' Aujourd'hui s'offre à mon esprit ce discours plein de

48 RADJATARANGINÎ.

(( reproches : celui qui , par le destin , a été introduit et élevé « dans une autre famille ,

436. (( Doit savoir qu'un fds d'origine étrangère est querel- (( leur, ennemi de ses parents à cause des agents secrets qui ((l'instruisent, et désagréable à son père».

437. Le seigneur, ayant bien longtemps fait paraître le désir péniblement réprimé de renoncer à la vie, porta par ces pa- roles la douleur dans l'âme de cette femme.

438. Comme l'origine, auparavant inconnue, de la famille du jeune homme fut révélée, la reine devint bien honteuse des discours désagréables et caustiques.

439. Il était bien le fds du plus grand prince , appelé excel- lent; mais la rumeur du peuple se répandit que c'était par elle, protégeant son fils, que celui-ci était venu à se perdre.

440. Les femmes , dominatrices de leurs époux , savent adresser au mari un discours exaspéré, semblable au châti- ment du fouet qui s'étend de la tête jusqu'aux extrémités des pieds.

Réplique 441. Alors, en colère, semblable à une personne prise d'ivresse vulgaire , elle adressa à son époux des paroles à haute voix, de la dernière rudesse, en termes hautains, comme il suit :

442. ((Que faut-il dire inutilement? ne sait-on pas cjue <(cet homme est vieux, hébété, tourmenté de sa fortune rui- <( née , et avili par les contrariétés d'un sort devenu peu favo- (( rable ?

443. (( Tout homme dont la ligure ne serait pas auparavant (( couverte d'un vêtement comme celle de quelqu'un qui se (( lèverait du bain , comment ne sait-il pas que , lorsqu'il se «joignit à moi, il était déjà abandonné par ce fds?

444. ((Ce qui convient à une femme de ma famille, tout ce

de h

reine.

LIVRE SEPTIEME. 49

(( que tu m'en as dit , est fait. Comment n'est-ce pas le temps « pour l'accomplissement d'une expiation ?

445. (( Si tu as été sans ressources à cause de ta vieillesse , «écarté du pays par ton fils, abandonné par ta reine même, « est-ce pour cela que tu dois m'effrayer par des reproches ? »

440. Quand le roi resta muet, confondu par ces paroles excessivement poignantes de blâme, à cause de la révélation d'origine , de taches de familles , et d'autres choses ,

447. Alors, quittant le bord de son siège, il sortit, et sans An^nt^aèva

se blesse

qu'il changeât de figure , on lui vit clairement un torrent de r"

l 'J " un couteau.

sang.

448. Puis, tandis que la reine était troublée, Thakkana ^ s'aperçut, en criant, d'un couteau que le roi courroucé s'était fait entrer dans le dos.

449. Alors le roi même, très-ferme, confus de sa situation, le calma. «Une grande hémorragie du roi a eu lieu», dit-il; «qu'on le dise dehors».

450. Quand le serviteur s'est entaché d'une faute, les ar- rangements à l'égard des femmes, tous les biens assurés aux fils, deviennent des sujets débattus de nouveau avec confiance.

Les rois , n'estimant pas un faible ennemi digne d'une vigou- reuse attaque, négligeant la politique, atteignent leur ruine en peu de temps.

451. Le roi, marchant avec peine, accablé de la chaleur d'automne, altéré, ayant bu de l'eau de riz, cette eau s'écoula confondue avec son sang.

452. La nouvelle en fut répandue par des hommes du roi à projets profonds, de manière qu'il n'y avait personne du dehors qui ne la sût.

453. Dans la cinquante -septième année de l'ère kaçmi- Mon

' Voyez çl. /|2 3.

in. Il

50 RÀDJATARANGINÎ.

jAnauia- neuiie , dans le mois de Karttika (octobre-novembre), quand la pleine lune près des Pléiades exigeait une cérémonie de ceux qui entretiennent un feu perpétuel, devant le seigneur de la victoire, le roi fut séparé de la vie.

454. Le souverain, délivré des troubles de la reine et du fils, séparé du bonbeur qu'il méritait, ayant étendu ses pieds, fut saisi pour longtemps du sommeil opportun.

455. Il n'était plus en colère envers personne, et personne n'était en colère envers lui. L'homme magnanime devint heu- reux et libre de soucis par la mort.

456. Le rejeton et héritier de Saggramarâdja, couvert de son vêtement supériem% dormait, comme n'étant aimé de per- sonne, comme un homme sans protection sur la terre.

457. Sans amour pour ceux qui le comblaient des choses agréables, sans colère contre ceux qui vociféraient des choses désagréables, renonçant à tout, le roi obtint la connaissance du bonheur d'un long sommeil.

458. Allant vers le sud *, comme pour faire une expiation, abandonnant la vie , le seigneur, au moyen de la reine recon- naissante , continuait sa protection à tous.

Conduite 459. C'est la reine qui répondit du salaire à donner aux

(le la reine

siirvamaiî. scrvltcurs , à commencer du Ràdjaputra jusqu'au Tchandàla, et se montra comme résolue à payer les dettes qui grevaient le seigneur.

460. Tous les serviteurs qui avaient été auparavant entretenus par elle, pour le service du seigneur de la victoire et de son petit-fds , ayant pris lem's gages , épuisèrent son propre trésor.

461. Ayant en pleurant livré le trésor, elle dit au petit-fils, Harcha, au pied duquel elle avait mis sa tête et dont elle avait embrassé le visage : «Ne te fie pas à ton père».

Elle 6c Ln.it 462. [jii femme vertueuse, voulant se sacrifier avec le corps

LIVRE SEPTIEME. 51

de son mari, s'étant alors levée, égarée de douleur, disposa tout avcciocorp»

(le son époux.

pour que son époux fut placé devant elle, et pour que les derniers honneurs lui fussent rendus.

463. Ayant alors assigné cent guerriers à la garde du petit- fils, elle fit de plus mettre dans un palanquin et placer devant elle son seigneur.

464. Etant restée une nuit et une demi-journée en vénéra- tion de son mari comme d'une divinité, s'étant ensuite incli- née devant le seigneur de la victoire , montée dans son véhi- cule, elle partit,

465. A la vue de la sortie de ce couple , l'air semblait dé- chiré par le tumulte des cris du monde, cris mêlés au bruit des instruments musicaux funèbres.

466. Les gens auprès du roi , comme déterminés à le suivre , resplendissaient , reflétés dans les décorations du char qui était surmonté des drapeaux.

467. Agités par le vent, les cheveux du roi, qui était dans son char, faisaient folFice d'honneur du tchâmara*, qui est parmi les articles essentiels au couronnement des rois.

468. La bien-aimée du roi, voyant le dernier service des soldats, quand le jour s'empressait d'expirer, atteignit la forêt des pères, le cimetière.

469. A l'aspect de ses fils, mue par famour maternel et par la douloureuse séparation de ses enfants, ou par une autre cause, elle fut dans ce moment agitée.

470. Apercevant la poussière qui était soulevée par les troupes et tourbillonnée par le vent, elle fut effrayée et in- quiétée, supposant farrivée de Kalaça,

471. Dans cet instant, des gens étant venus par ia route de la ville, elle demanda elle-même : «Ami, est-ce que Ka- t( laça est arrivé .' »

52 RADJATARANGINl.

472. Le fils aussi, en même temps, désirant approcher sa mère, ayant donné des alarmes, en fut empêché par elle, de ses deux mains.

473. Alors saisie de désespoir à l'aspect de son fils, la reine, ayant demandé de l'eau de la Vitastâ, prononça ce çloka :

474. ((Ceux qui sont morts abreuvés de l'eau de la Vitastà, ((Sans doute obtiennent la béatitude, comme disent les brah- (( mânes. »

475. Ayant bu et touché l'eau de la Vitastâ , qui fut apportée , elle maudit de môme les rapporteurs scélérats qui sont des- tructeurs de l'affection.

476. (( Périssent aux jours destinés avec leurs races ceux par ((lesquels s'est produite une mortelle inimitié de nous deux (( avec le fds ! »

477. Ainsi, par felFet de cette imprécation justement sévère de cette femme égarée par la douleur, moururent en peu de temps Djayànanda\ Djindurâdja- et d'autres.

478. La Satî, victime sacrée, s'étant vouée à fautrc monde, fit l'imjjrécation avec raison pour la tranquillité de la noble famille cjui avait manifesté sa confiance en Haladhara ''.

479. Or, ayant manifesté la pureté de son caractère, avec un sourire de sérénité, elle s'élança de son char couvert, quand le feu sacré était allumé, au milieu des Jlammes.

480. Alors, dans cette fête sacrée, on aurait dit qu'un ver- millon, donné par les immortels, s'était mêlé aux anneaux de flammes du feu dans les airs.

481. ne se trouva aucun artiste, employé à presser X œuvre, aucune matière impure de brûlure ; la fl;mime s'éleva très-

' Voyez ci. 271, 321, 322. ^ Voyez (;\. 265, 271, 3ob. ^ Voyez (^\. 207, 2^1) etc.

LIVRE SEPTIÈME. 53

haute, comme peinte dans un tableau, allamce par des gens qui, affligés d'une véritable douleur, faisaient entendre des la- mentations.

482. Le savant GaÛetidliarachtakki , Yu^vavàha, bâtonnier, i-crsouncs Tàvuddana , et NikâvalG;a , les serviteurs , la suivirent dans le """^ «"»• feu.

483. De plus, Senata et Kchêmata, tous les deux issus de deux bonnes familles de Vappala et Udbliata, puis Bhûpâla et Ballabha : ces deux derniers étaient par l'ascétisme voués au seiijneur de la victoire.

484. Les affections, ressorts de la disposition naturelle, sont bien trompeuses; elles ne subsistent pas longtemps; l'intelli- gence est la seule qualité de ce vase de cristal, notre corps, qui agit longtemps.

Le sage, vainqueur des sens, ayant pris racine dans sa vertu, ne tombe pas, et n'éprouve aucune faiblesse, ni privation; il n'a de mot d'admiration que pour feau de la Gâgga céleste.

485. Ayant passé soixante et un ans de son âge , le roi avec son épouse se joignit â Çiva, destructeur de villes, et époux de Gâurî.

486. Après avoir recueilli les os de ces deux personnages , le quatrième jour, tous les fds de Tanvaggarâdja allèrent les porter au Gange.

487. Puis , Ilarcha , maître du trésor de son OTand-père , et <î"eri';

^ ^ CUlro Kalaça

entouré d'une (jrande suite, fut assiégé par son père dans le eis""'"''* temple du seigneur de la victoire.

488. Le père, étant principalement engagé dans le blocus de son fils, se trouvait donc dans le champ du seigneur de la victoire de même était le fils ; le père s& voyait donc dans le voisinage de la ville.

480. Ensuite, le père, sans moyens, craignant l'inutilité des

Haicl

archa.

54 hADJATARANGINï.

demandes et guidé par la prudence, proposa par des mes- sagers la paix à son fils, qui était sujet à d'excessives dépenses. Arrangci.Kut 490. Le fils du roi , par ces paroles pleines de modé-

cutro _

«i.xdoux. ration, souvent répétées, se prêta enfin à la paix proposée par son père.

491. Le père, après qu'il eut été pourvu d'un revenu quo- tidien, promit au fils la garde du principal trésor de son grand-père.

492. La vue du roi, quand il entrait dans le champ du seigneur de la victoire, pour emmener son fils, fut blessée par des maisons incendiées, et son ouïe par le blâme du monde.

493. Saisissant le trésor de son père, et ayant pris le fils, il entra dans la ville, il établit la trésorerie en frappant l'or et l'argent d'un coin qu'il marqua de son nom.

Reforme 494. Eu attendant, la pensée de ce prince tourna vers le

totale _ . . ...

deiaconduite blcu , ct SOU intelligence, à la fois juste et libérale, s'attacha

lie Kalaça. O "

à mettre fin partout à l'indigence de ses sujets.

495. Fils supposé du nommé Nayana, d'un habitant de Sè- lyapur et cultivateur, un barbier, nommé Djapyâka, parvint par degrés à faire du bruit par son activité.

496. Fertilisant le sol, disposant de la vente de terrains en différents quartiers, et, par le commerce, ayant accumulé des biens, peu à peu devenu avare, il affectait une rivalité avec Kuvèra, le seigneur des richesses.

497. Ayant creusé le long d'un kos et demi *, il fit, toujours moyennant des monceaux de dinares, semer beaucoup de sortes de riz sur la surface de la terre fertile.

498. Ayant fait garder le dépôt de dinares par ses serviteurs , alarmé de leur infidélité, il en fit tomber en secret un grand nonibro.

I

LIVRE SEPTIEME. 55

499. Désirant prendre Bhàngila, comme sa troupe essuya subitement une déroute , ayant son cheval arrêté par la branche d'une vigne, il fut tué par un fantassin.

500. Le roi, en acquérant une telle richesse, (jui provenait du fond de la terre , était , pour toute sa vie , garanti du besoin.

501. Tant de dinares accumulés devant être lavés jour et nuit, les eaux de la Vitastâ en devinrent salies pendant plu- sieurs mois.

502. Il est surprenant que des hommes magnanimes soient avares et que, privés de la jouissance de la libéralité, ils protègent, dans l'occasion, avec grande peine, ceux qui dési- rent la propriété des autres.

503. Le mendiant nu, en respirant les vents, maintient sa vie; il dort dans une caverne fraîche et obscure qui le réjouit; il désire un vêtement, donné par un autre, seulement pour calmer sa pudeur.

De plus, le serpent, en accroissant des trésors, satisfait l'avarice à cause d'un autre. Un autre dans les bons offices mutuels est vaniteux sans intérêt;

504. Et, comme les rivières entrent dans l'Océan par beau- coup de voies , ainsi des succès de différentes sortes joignent un souverain fortuné.

505. Des centaines d'hommes s'attachent spontanément à une personne, à la naissance de sa fortune et de sa prospérité, comme des oiseaux, arrivés au soir de tous les quartiers, se joignent à un arbre.

506. Les rivières, ayant gagné de la force, nourrissent la terre dans les profondes racines; l'eau du ciel tombe vers le bas; les régions lâchent feau par les bouches de canaux. Comme un étang sec se remplit entièrement dans le mois des nuages.

56 RÂDJATARANGINÎ.

ainsi , au lever des bonnes fortunes ies succès n'entrent-ils pas par cent et plus de portes?

507. Par suite de l'accroissement des vertus de ses su- jets, l'intention heureuse de Kalaça comme celle d'un père, était tous les jours en accord avec le désir de protéger le peuple.

508. Quoique bien exact dans le compte qu'il faisait lui- même de ses biens comme un marchand , cependant il avait toujours la main libre guidée par son jugement dans la libé- ralité sm' la bonne route.

509. Et, en voyant que la recette et la dépense devaient ôtre prochaines, à cause de cette proximité, il ne quittait pas lui-même fécorce de bhûrdja * à écrire, la craie à marinier et d'autres choses, comme il sied à un homme d'état.

510. Comme il achetait lui-même avec son propre capital des bijoux et d'autres ornements, les agents de vente ne pou- vaient, par conséquent, faire aucune fraude.

511. Poursuivant les trois principaux objets* en homme sage, il divisa son temps. Dans l'après-midi il n'était pas vi- sible, mêlé aux hommes d'affaires de toutes sortes.

512. Quand il examinait l'affaire des siens et de ses autres sujets par des agents particuliers, il ne connaissait pas alors d'intervalle de sommeil.

513. Personne ne rencontrait de misère dans le pays bien populeux d'un prince qui regardait tout le royaume comme sa propre maison , à savoir celle d'un chef de fa- mille.

514. Le roi, indigné des mauvaises actions, faisait exemplai- rement toute correction de faute, et surtout ne négligeait en aucune occasion la punition des voleurs.

515. Un bien perdu ne Tétait pas pour le propriétaire, mais

LIVRE SEPTIEME. 57

poiir le ministre que le roi employait; car celui-ci associait les ministres à la propriété perdue.

516. Affairé jus(p.i'à la confusion dans cent grandes fêtes, mariage , sacrillcc , procession et d'autres cérémonies , il a tou- jom's été vu par le monde, réjoui, et jamais aflligé pendant son règne.

517. C'est pourquoi les affaires intérieures du pays, réglées par ceux qui connaissaient la politique de ce roi, se trou- vaient en bon ordre, même dans le maniement de subsis- tances, indépendamment de ses inspecteurs.

518. // 5af 15/tf Tanvagga , Thasta, Kvana et autres: ces trois individus étaient venus d'un autre pays, ainsi que leurs ca- dets, dont ils en avaient perdu un; puis il satisfit Malla et les principaux chefs, fds de Gugga;

519. Il satisfit les serviteurs de ses parents par des pouvoirs qui leur convenaient, comme Sôma satisfait les ancêtres divins par la distribution des parties liquides de l'amrîtam [du breuvage qui donne l'immortalité *).

520. 521. Le roi, lorsqu'il n'avait pas encore atteint sa ma- turité n'était pas entraîné par sa mauvaise nature, mais bien par la mauvaise éducation du pays, qui rendait sa conduite répréhensible. Et il advint que des jeunes fdles dissolues, ori- ginaires de différentes provinces, furent rassemblées par un«i natif de Dakka, nommé Vulliga, pour son passe-temps, et livrées aux Turuchques.

522. De celles-ci et des femmes d'autrui qui étaient sai- sies sous l'attrait de la volupté, le roi se servit de soixante et douze, cpii formaient un sérail comme celui de femmes célestes*.

523. L'embonpoint de ce prince, porté par le libertinage vers un grand iiombre de femmes qui excitaient ses feux, ne se

58 RADJATARANGINI.

perdait pas, étant soutenu tous les jours par des poissons, po- tages de pois et d'autres aphrodisiaques*.

524. Pendant les cérémonies de grandes fêtes, surexcité avec les maîtres spirituels , il fit des repas de grandes obla- tions, abandonnant toute décence.

525. Par une variété d'ouvrages, la ville fut par lui renou- velée ; le temple du dieu de la victoire ayant été brûlé , mais non l'édifice de pierre du dieu portant le trident ,

526. Le roi construisit un temple de pierre, du seigneur de la victoire , et à son sommet un parasol qui était d'or, et de sa tête touchait au ciel*.

527. Il établit aussi un fonds de dépenses permanent attaché à un monument sacré de Tripurèçvara , « maître de Tripura , ^iÇiva, et bâtit au même dieu, armé de son arc, appelé Pi- «nâki, un temple riche d'or pur et d'autres trésors.

528. « De plus , heureux de bonnes œuvres , il éleva un Ka- «laçèçvaram I) , monument sacré de son nom, un édifice de pierre rempli d'ornements, de livi'es, et de vases d'or innom- brables.

529. Un artiste, natif du pays des Turuchques, vint auprès du roi, qui désirait faire un parasol élevé, admirablement riche d'or, consacré au seigneur de Kalaça;

530. Cet artiste habile, disant avoir achevé le parasol d'or avec mille mesures de ce métal, fit couvrir une partie parti- culière de cuivre qu'il sut plaquer d'or.

531. Quelques jours après, le roi recevait l'hospitalité du ministre Nônaka , qui était d'un esprit très-pénétrant.

532. Celui-ci, ayant raisonné d'un ton modeste sur l'œuvre, s'étonna comment il s'était fait que ce parasol eût été achevé avec une aussi modique quantité d'or.

533. De plus, le roi, très-puissant comme Indra, fit un

LIVRE SEPTIEME. 59

linga consacré au feu et nommé Anantèça , « seigneiu* d'A- «nanta», nom de son père, et accomplit d'autres consécrations de différentes sortes.

534. Le roi nommé Sahadjapàla étant décédé, son fils, ap- Affaire, pelé Saggramapàla , fut alors sacré roi à Râdjapurî. liàjjipurî

535. Désirant saisir le royaume de ce jeune prince, son M^dauapài puissant oncle paternel, appelé Madanapâla, en tenta l'entre- prise, mû par son arrogance.

536. Par crainte de cela, la sœur de Saggramapàla, sollici- tant du secours, et Djassaràdja Thakkura* joignirent le roi, leur protectem*.

537. Le roi, les traitant avec faveur, leur donna ensuite, pour leur porter secours, Djayânanda^ avec Vidj-dja^ et d'autres héros.

538. Ensuite , le pays ébranlé par l'invasion , après que les ennemis furent mis en fuite à la fin de l'affaire, tomba sous l'influence des conseillers de Saggrama.

539. Désirant son départ, donnant 'des alarmes variées, ils voulurent l'effrayer, mais lui, héros, ne plia pas.

540. « Celui-ci a fourni le projet de marcher à Râdjapurî » : ainsi , disait-on , et par cet homme formidable , le méconten- tement fut accumulé dans Vidj-dja.

541. Le magnanime Sacjgrama ensuite, solhcité par ceux qui lui avaient fourni des subsides, fit retirer du pays de Rak- chàpa son armée, qu'il y avait postée.

542. Le roi Kalaça, très-intelligent, connaissant le secret des affaires, se réjouit alors, s'étant approprié Ràdjapuri, tandis que celui-ci s'était rendu auprès de lui.

543. Ensuite, parmi ceux qui étaient successivement venus chang^mp

' Voyez çl. 27 1, 32 1, 32 2 , 477. - Voyez çl. 32 1, 32 2 , 32/t.

60 RADJATARANGINJ.

a., .uim.iùo. avec le râdja, tels que Vidj-dja et d'autres, Djayânanda fut Je saisi par le destin d'une maladie qui devait causer sa mort.

Djavàiianila.

544. Dans la conversation , il dit qu'il avait à révéler secrè- tement au roi , qui s'était rendu à sa maison , quelque chose qui touchait à l'état de son salut.

545. Tous étant partis, comme il ne disait rien, alors Vidj- dja, sous prétexte de chercher du bétel, sortit.

546. Quoique le roi et le ministre privé lui eussent dit : « u vas-tu? » lui , prudent , hésita , mais cependant se porta dehors.

Djayinauda 547. Alors , Djavânanda, après avoir rapporté l'histoire de vidj-.ij,,. Râdjapurî, déclara au roi : a Ton règne n'est pas assuré tant « que Vidj-dja conserve l'ascendant qu'il a gagné. »

548. Malgré la diminution des gages effectuée par Vidj-dja dans les affaires, il montra au roi le compte qui devait en beaucoup d'endroits être effacé jusqu'au fond.

549. Le roi, en ayant été agité, se rendit à sa maison. Il fut alors sollicité par Vidj-dja, qui connaissait ses intentions, de donner l'ordre de sa démission.

viJj-Jja 550. Le roi, comme refusant les moindres récompenses à

se retiro

ju miuistcro. y^ actcur capriclcux content du repos , lui donna l'ordre de partir.

551. Ayant pris l'ordre, se rendant à ses habitations avec tous ses appareils , et se faisant précéder par ses frères , il alla prendre congé du roi.

552. Une pareille menée de la part du serviteur et du maître, irrités l'un et l'autre de la profonde politique de la coutume royale, fut dans ce temps propre à exciter quelque étonnement.

553. Un tel maître ne détournait pas du départ le semteur chéri, et un tel serviteur, mécontent, n'accusait pas le maître chéri.

LIVRE SEPTIEME. 61

554. Ayant tenu une longue conversation avec le roi , qui s'était levé pour faire quelques pas au-devant de lai, riant avec les inférieurs, Vidj-dja sortit de sa présence.

555. Comme Ilaladhara, prêt à mourir, avilit Djinduràdja \ ainsi Djayànanda déplaça Vidj-dja de son rang.

556. Le roi dit à ce dernier : u Vidj-dja, ayant agi de ma- «nière à ce que la terre ne soit qu'un reste de ta fortune, et «ayant accompli ton objet, en partant, qu'il en soit ainsi dis- posé.» Ayant prononcé ces mots, le prince n'écouta pas le dire de ses conseillers.

557. (( Le roi l'empêchera toujours de partir » : pensant ainsi , tout le monde suivit librement Vidj-dja lorsqu'il quittait le roi.

558. Ensuite, le roi craignant l'attaque de Vidj-dja, qui avait gagné de la force , restait agité , môme au tremblement d'une herbe , sans sommeil pendant cinq nuits.

559. Tandis que celui-là s'éloignait de Çûrapura, et que ses compagnons retournaient en le quittant, le roi, éprouvant un retour de frayeur, manifesta sa crainte à ses ministres.

560. Ceux-ci, l'ayant entendu, crurent que le conseil qu'ils avaient déjà donné povu' la saisie de la propriété de Vidj-dja, était de la politique bien entendue dans la conjoncture cri- tique de ce roi.

561. Alors, V'idj-dja et d'autres qui n'étaient pas criminels, dans tous les pays ils se réfugièrent, ils y obtinrent d'être révérés comme des joyaux précieux.

562. Vidj-dja, bien que très-fier, était cependant dévoué au roi comme à une divinité, et, de sa personne, toujours agis- sant loyalement envers Kalaçadèva.

563. De même, par suite de l'imprécation de Sûryamatî^,

' Voyez cl. 269, 27». '^ Voyez çl. .'476, 477.

62 RÀDJATARANGINÎ.

Djayânanda , qui avait depuis peu acquis le pouvoir de bannir Vidj-dja et d'autres, périt bientôt lui-même.

564. Dans le même temps , comme une funeste conséquence de cette imprécation, Djindurâdja trouva sa destruction, qui devint manifeste par l'effet de l'inimitié du roi.

565. Tous ceux qui, comme Vidj-dja et autres, pour peu de temps gagnèrent des succès, rencontrèrent rapidement, en conformité avec cette imprécation , leur perte dans le pays de Gauda*.

sori.ieVidj- 566. Vidj-dja périt par une catastrophe subite; ses frères ''l , cadets aussi souffrirent la peine d'une très-longue captivité.

(le ses frères. ^ O 1

567. Comme ils tâchaient de s'enfuir de la prison, Pâdjaka fut tué par un tigre. Tous ses autres frères cadets périrent en souffrant leur peine.

568. Deux ou trois de ceux qui subissaiant la double capti- vité ne succombèrent pas; Madana^ et d'autres s'attendaient à une misérable fm en peu de temps.

vimaïK. 569. Un ami de Djayânanda, nommé Vâmana, qui avait

fait fuir ses fils, fut créé ministre en chef par le roi.

570. Les vieillards, dans les assemblées des savants, repré- sentent, aujourd'hui encore, comme pleines de merveilles les différentes transactions de jurisprudence de cet homme versé en politique.

571. Le râdja, d'une disposition cupide, ayant saisi les vil- lages dont devaient jouir le seigneur d'Avanti et d'autres, bâtit un ministère qu'il appela «le trésor de Kalaça».

572. Le roi, répugnant à la cruauté, et habile dans la pro- tection du peuple, ne donna pas le premier rang au ministre Nônaka^, bien qu'il fût expert dans la production des richesses.

' Probablement celui qui csl itientionné dans le çl. 3oi. - Vovc/. (.1. .SSi.

ministre.

LIVRE SEPTIEME. 63

573. Les ministi'es Praçasta-Kalaça et autres, descendants du Râdja-Kalaça, prirent une excessive influence du côté du souverain du pays.

574. Les fils, laissés à leur propre volonté, adonnés au vol, protégés par leur union et d'autres circonstances , furent avec raison destitués de leurs premières places et arrêtés par le roi.

575. Le seigneur de Râdjapuri étant de nouveau attaqué par Madanapâla ^ le roi dépêcha le général Vapyata pour lui porter secours.

576. Madanapâla, n'étant pas vaincu par celui-ci et par les forces du roi, qui conservait une partie de ses adhérents, en arrêtant les Kaçniîriens , entra cependant dans la ville.

577. Le nommé Kandarpa, frère de Varâhadèva-, créé pre- Kand^rpa mier chambellan, homme héroïque, défit les Dâmaras.

578. Instruit dans la guerre et la politique, chef des com- mandants des districts dans fintérieur du pays, il recevait les ordres de Djindurâdja .

579. Vaincpieur de Râdjapurî et d'autres places, homme extrêmement passionné, il quittait de temps en temps la place de chambellan, et la reprenait de lui-même, favorisé par le roi.

580. Madana , qui avait reçu du souverain du pays la sei- gneurie de Kampana, ayant pris Vopa et autres Damaras dis- tingués, en tua beaucoup.

581. Ayant soumis à son service Syènapâla, il fit gouver- neur de la ville le nommé Vidjayasinha, un voleur qui avait détruit tous les autres.

582. Lôhara ayant été tour à tour gouverné par Kandarpa,

' Voyez çl. 535. - Voyez <;i. 365.

64 rAdjataranginî.

Udayasinha et d'autres , le râdja mit loin l'oubli de Buvana- ràdja.

583. Ayant pris la fdle de Kîrttirâdja, seigneur de Nîla- pura, qui était nommée Buvanamatî, il mit fin à l'inconvé- nient de l'inimitié.

584. Il entreprit de régler la pratique dans l'afFaire de do- nations à faire et à recevoir, par suite de quoi le gouverne- ment de la ville fut pris à Vidjayasinha^ par le roi.

Maiia 585. Puis Malla-, fils de Gugga, créé par lui chambellan,

chambellan. Imposa sa propre autorité dans le ministère de bijoux de la couronne des rois.

586. La bravoure de l'arrogant Malla , prince sans grand cor- tège, se montra bien dans la poursuite d'un riche butin, et il entra rapidement dans le pays d'Urasà.

587. Avec cinquante chevaux, traversant tout le pays, il enleva le royaume au roi, qui se nommait Abhaya au milieu de ses troupes de cavalerie.

588. Dans la soixante-troisième année de l'ère haçmîrienne , entrèrent dans la ville, ensemble, huit princes qui tenaient en soumission des provinces pour le roi , qui était expert en polilitique, à savoir :

589. Kîrttini, seigneur d'Arvapura , a de la ville inférieure » \ Asata, roi de Tchampèya; puis Kalaça, fils de Tukka^, et souverain de Vallâpura;

590. Le ràdja, appelé Saggramapâla , et seigneur de Ràdja- purî; Utkarcha' prince de Lôhara; le roi Aurvaça, fils de Mugga;

' Voyez çl. 58i.

- Voyez çl. 5i8, 585.

' Voyez çl. 2 20.

■' Voyez ri. 266.

LIVRE SEPTIÈME. 65

591. Gàmbhîrasîha , souverain de Kanda; Kachtavàla, do- minateur de îa terre, l'auguste, l'excellent râdja; ces princes sa trouvèrent auprès du roi.

592. Le pays du roi, bien qu'il fût très-abondant en ri- chesse et en population, cependant s'offrait péniblement aux yeux, lorsqiiii était submergé par les rivières dans la saison de pluie comme au milieu d'un Océan.

593. Dans ce temps, oii régnait aussi la saison froide de pluie, l'eau de la Vitastâ étant devenue rapide comme un dard, la prospérité décrut sous ces princes.

594. Tout ce que les rois pensaient dans leur esprit fut comme déjà acquis, préparé instantanément par Vâmana ^ le ministre.

595. Un bonheur, difficilement obtenu par un autre, res- plendissait m/i^renf en ce ministre , qui, inaltérable, en renou- velait la cause comme continuelle.

596. Les princes étant partis, et Malla ayant tourné le dos ;\ f affaire, le souverain conféra de nouveau à Kandarpa^ la place de chambellan.

597. Le ministre, arrogant par ses richesses , saisit adroite- ment le fort nommé Svâpikam , difficile à prendre , ayant fait l'entreprise par ses propres moyens.

598. Étant entré dans la ville, non satisfait par quelque cause , il ne prit en main aucune affaire , même lorsqu'il était sollicité par le roi.

599. Alors, blessé par quelques-uns des propos altiers de celui-ci, sentant touchée sa propre fierté, et employant Pra- çasta-Kalaça , qui était toujours prêt à une mission;

600. Après avoir révmi un nombre considérable d'hommes

'. Voyez çl. 569, 570. ■^ Voyez çl. 577.

IH. 5

ce RÀDJATARANGINÎ.

armés, avec les ressources de sa propre fortune, qui était ti'ès- grande, il éleva à sa dignité son frère Ratna-Kalaça.

GOl. Quoiqu'il eut acheté de la célébrité par ses biens, ce- pendant Kandarpa ne fut aucunement égal à son adversaire; comment un lion, peint dans un tableau, ferait-il laffaire d'un véritable lion?

602. Ensuite, dans le cours du temps, il fut, un jour, de nouveau privé par le roi, dans la ville, de la première place du ministère royal, ayant des bijoux à garder.

603. Un vol étant commis, et ayant reçu un châtiment ex- cessivement sévère , confus de misère , abattu de tristesse , abandonnant ce ministère, l'homme se rendit à la Gaîjga, rivière, fdle de Dj ah nu.

604. Après avoir été châtié derrière une toile interposée, fagent du roi, étant allé par colère dans un autre pays, revint demeurer attristé auprès du prince.

605. Le roi, bien que très-peiné intérieurement, fut pré- paré à détruire l'orgueil, mais non pas la vie de celui qui fut encore une fois ramené auprès de lui,

606. Ainsi, le souverain, ferme dans sa dignité, savait transiger avec les hommes-lions, lem^ faisant face, soit qu'ils montassent, soit qu'ils descendissent, connaissant i'intériem' des hommes.

607. L'usage trompeur de chanter des portions des livres sacrés, usage appartenant à d'autres pays, fut là, par ce roi, converti en un commencement de protection poiu" les dan- seuses.

608. Ensuite , le seigneur des cultivateurs entreprit de bâtir une ville distinguée par son nom, et un grand édifice remar- quable, près du bois de la victoire consacré à Çiva.

609. Des séries de grands édifices, palais, villages et col-

son caractère

Ot 80S

occupations.

LIVRE SEPTIÈME. 67

léges, ornés d'eaux et de jardins, furent achevés par mil- liers.

610. En attendant, Harcha, le fils du roi, héros par excel- Harci lence, gagna de la distinction, avec des qualités difficiles aux autres princes à posséder.

611. Sachant la langue de tous les pays, bon poète dans toutes les langues , trésor de toute science , il acquit de la célébrité , même dans les pays étrangers.

612. Négligées par le père avare, des personnes, arrivées de différents pays , quand elles resplendissaient d'excellentes qualités , furent par lui reçues et rétribuées.

613. Comme le subside que son père lui accordait n'était pas suffisant, la nourriture qu'il s'attribuait pour chaque jour était celle d'un ascète assujetti à la privation.

614. Divertissant ouvertement son père par des chants, comme un chanteur de profession , il faisait , par des hono- raires à lui donnés, un revenu pour ceux qu'il devait entre- tenir.

615. Pendant que celui-ci chantait un jour devant son père, le roi , pour faire son ablution , s' étant levé , sortit de l'assemblée charmée.

616. Par l'interruption de son thème de chant, le jeune homme , bien disposé , étouffant l'élan du feu excité à la fois par la colère et la contrariété qui le troublait, regarda la terre.

617. Un seigneur privé de patience, un ami bien perfide, une femme parlant rudement, un fils enflé d'orgueil, les ré- pliques insolentes des domestiques,

618. Un assistant capable de les supporter, n'a-t-il pas la peine cuisante dans le cœur, l'oreille insultée, l'œil agité, l'âme flétrie i*

5.

08 RÀDJATARANGINi.

019. Alors, ie nommé Viçvàvadva, servitem' do son père, complaisant infâme : «Prends le royaume, après avoir détruit «l'autre (le roi). » Ainsi parla-t-il à Harcba, romme par amu- sement.

G20. Comme ce dernier le reprenait avec colère , un autre , nommé Dhammata, qui riait près de lui, dit de suite : «Ce « discours n'est pas inconvenant.

621. «Puissent premièrement les courtisanes privées dési- orant la jouissance, et ayant déclaré leur désir, s'engager aux «jeunes gens, compagnons du père, comme à des amies de « l'épouse du dieu de l'amour ! »

622. Le père étant rentré dans l'assemblée, Harcha le satis- fit par différents dons agréables , et par de plaisants discom's de beaux esprits.

623. Un autre jour, s'étant réjoui à côté de son père, lors- qu'il se rendait à ses propres appartements, il fut joint par Viçvàvadva , qui lui parla secrètement.

624. En disant telle et telle chose à lui , qu'il avait abordé , il fut enfin frappé avec colère, bien qu'il résistât, de la main fréquemment arrêtée.

625. Voyant cet bomme qui , par la voie du nez , vomissait du sang qui suivit immédiatement le coup , le noble fils du roi devait toujours être intact de coups.

026. « Il le fit laver par des serviteurs-, qu'une arme pareille « réponde à ce crime, même d'après le proverbe*. » Ayant pro- noncé ces paroles en souriant , il lui fit donner des habits.

627. Le désir de celui , qui même est réservé , ne se calme pas de suite par un don, comme l'envie d'une femme pas- sionnée par une disposition dépravée ne se contente pas d'un seul sourire.

628. Après plus d'un effort et beaucoup do temps, s'é-

LIVRE SEPTIEME. 69

tant aiTiuigc dans le cercle h former, il dépêcha Dham- mata.

629. Doue d'une dépravation dont l'origine était dans une ""cha

. couspiro

résolution violente de s'élever, après avoir concerté de tuer «^«"'f^'

i sou porc.

son père, il réunit des hommes dévoués de toute part.

030, Il était toujours l'objet du culte de ceux qui désiraient détruire l'affection entre le père et le fils. L'histoire dit que le père ne fut pas frappé , mais qu'il ne fut pas protégé par son fils.

C31. Tandis que la troupe des dévoués, par crainte des suites de toute dissension, gardait la foi, Viçvâvadva courut vite en porter la nouvelle au roi.

632. Le fds du roi, avisé dans ce jour, étant alarmé, n'alla pas jouir de la vue du père, bien que, par des messagers, il en fut prié.

633. Comme il n'y venait pas encore, calmant le soupçon de cette manière , le roi n'éprouvait pas ce jour-li\ des inquié- tudes de cœur avec sa suite.

634. Le matin, quelqu'un de la famille de son frère étant arrivé, il finforma de sa doulem', et bien longtemps ayant posé sa tête sur le sein de Thakkana^ il pleura.

635. Après avoir raconté la nouvelle de Dhammata , ayant compris le dessein communiqué , « Considère , » dit-il , mais sa voix rompue ne revint que par degrés , pour continuer :

036. « Vous deiLx ne vous étiez pas rendus complices de imei ventiou

Je deux fils

«ce dessein.» Après qu'il eut proféré ces mots, les deux fils ''^ ïaûvagga

^ 1- '^ eu laveur

de Taûvagga - lui parlèrent en faveur du frère , comme il ''" *''^^'' suit :

037. « Par le. j)ouvoir de ta faveur, o roi ! nous deux sommes

' Voyez çl. 42 3.

- Voyez çl. 2 Go, 2(3 1, .'i8f).

70 RÀDJATARANGINÎ.

«initiés dans la protection des malheureux; pour son entrée "la porte est ouverte, même pendant les nuits.

638. « Comment , ô protecteur de la terre , dans ie moment «survenu de la vie expirante, le frère cadet, innocent ou « coupable, serait-il abandonné par nous deux que voici devant « toi.

639. « Une accusation de rébellion contre le seigneur pour «protéger celui-là, serait certainement le sort de nous deux, <( ou l'abandon du pays en renonçant à sa protection. » Après ces paroles et d'autres, convenables de leur part, qui posaient son pied sur leurs deux têtes, le roi donna enfin en quelque sorte dans son cœur son assentiment à son appel.

640. «Quand il sera sur la route, que quelqu'un convena- « blement placé tue celui-là. » Ainsi dit-il à Dhammata. Ces deux personnages [Jils de Tanva^cja) sortirent du pays, ame- nant leurs forces avec eux.

Remontrance 641. Lgs fils dc Taiivagga étant partis, le roi, avant rendu

du roi Kalàça oc5 r ^^ ^ J

;, son f.is solitaire la maison et appelé son fils , lui dit ces paroles con- ciliati'ices :

642, « Tout est sans réalité dans ce monde ; c'est bien par «la célébrité du nom possédé par le père, que les gens se «forment un jugement de celui qui doit naître.

643, « Comme le monde entier connaît Atrî * par son fds , « dieu de la lune , dont la célébrité s'attache au nom de l'uni- « vers divisé en quartiers , ainsi // me connaît par toi , comme « par un excellent fils.

644, «Toi, à la tète des hommes distingués par leurs qua- «lités, pourcpioi, n'ayant pas d'obstacle pour parvenir à la «gloire, prends-tu, parle, la route des pratiques peu esti- « mablesP

045. « Parce (jue je ne te livre pas la propriété du grand-

LIVRE SEPTIEME. 71

« père et la nôtre , tu ne dois pas , sans en avoir entendu la «raison, en faire un objet de calomnie.

646. « Un roi indigent essuie de l'humiliation chez lui et «chez les autres; pensant ainsi, j'ai donc conserve mon tré- « sor.

647. «Après avoir premièrement accompli la cérémonie «religieuse requise, et jeté sur toi le fardeau du gouverne- «ment, j'irai à Vârânasi, et de là, encore, dans le champ de M Nandi.

648. «Toi, désirant être possesseur de deux trésors du «royaume, en peu de temps tu seras très-satisfait-, pourquoi « souliaites-tu ce qui n'est attribuable qu'aux vils?

649. « Pour qu'il ne t'arrive pas ce que j'ai appris par des « méchants d'après la manière de leurs discours , c'est pourquoi « évite la mauvaise rumeur.

650. «Que le râdja, pour se justifier, fasse la promesse de «son devoir par affection; le désirant ainsi, qu'il donne sa « parole avec le sens qu'il y attache. »

651. Il ne prononça que ce seul discours affectueux, dési- reux de diriger les motifs de ce prince dans une autre dispo- sition envers le peuple, étant porté vers la tranquillité.

652. Alors Harcha, respectant le discours plein d'excellents Réponse

^ ^ et con.luilc

arguments du père : «Je déclarerai, à la tête de mes confi- ae iiarci.n. « dents , la vérité » , il dit ainsi et sortit.

653. Il était désireux d'agir selon favis suggéré en com- mun; le déclarant ainsi, mais craignant le messager, envoyé du père \ il se rendit à sa maison.

654. Voyant revenir le messager le visage flétri^, alors frap- Guenc

' H craignit le messager qui devait le tuer sur la route. Voyez i^loka 64o.

' Parce qu'il n'avait pas pu exécuter l'ordre du roi.

H llarclu

7-2 RADJATARANGINI.

puiroKuiasM pant sa tète de ses mains, « Ah, fils! « S'écriant ainsi, le râdja fit donner fassaut contre lui.

655. «Quand celui-ci sera tué, je couperai sa tête;» par ordre du seigneur, qui l'avait déclaré ainsi, des hommes ar- més, ayant entouré la maison même, restèrent là.

656. Les dévoués, ayant mis en état de défense les portes fermées, adressèrent au fils du roi des paroles très-rudes, ayant même décidé de mourir, disant :

657. (c Toi qui , sévère et furieux , formant un stratagème a «nous enfermer, nous as mis sous le coup de la mort, de quel «droit, malfaiteur, désires-tu rester en vie?

658. (( Il te protégera , toi son fils ; lui , ton père , sera pro- « tégé par toi ! Il doit bien être à la connaissance de vous « deux que nous encoiu-ons de nouveau la mort.

659. « Venant au milieu , combats avec nous ; autrement « nous te tuons; de toute manière ta vie n'est pas bien assm^ée.

660. Ayant entendu ce discours, le nommé Dandaka, un des plus distingués des siens, placé devant le prince interdit, s'avança près de Harcha.

661. Ayant obtenu feutrée par ses dévoués à cause de sa pri- vauté, abordant le fils du roi, il lui dit, en confondant toutes les personnes intelligentes :

662. « Fils de Kchatriya , si même tu avais à vivre des âges «plus étendus, cependant, par des causes nécessaires, il faut «marcher, sujet à la règle fixe du destin.

003. « Dans cette conjoncture néfaste , qui place la mort (( auprès de toi, de quek[ae manière que soit empoignée l'arme, «tu (lois ja garder avec courage.

604. «Etant jeune, un bon Kchatriya, toi qui t'es acquis <( de la gloire et de la renommée en retardant ce combat, quel « avantage vois lu?

LIVRE SEPTIEME. 73

065. « Ceux-ci étant mes braves compagnons , et moi leur « chef maintenant , l'éclat de ta défaite ou de ta victoire res- (( plendit également devant toi.

666. «Lève-toi, fais-toi arranger tout de suite ongles, che- uveux et le reste *, ainsi que l'habit guerrier, et ceins-toi de « la guirlande nuptiale que te présente ta nymphe du ciel. »

667. Ayant parlé ainsi, l'homme respectable fit entrer par ses dévoués, dans l'intérieur de la maison, le fils du roi avec le barbier pom' subir l'alTaire du rasoir.

668. S'étant ceint de l'épée, Harcha lui-môme, faisant de temps en temps des soubresauts d'impatience , étant ensuite entré dans la maison , y plaça un verrou bien ferme.

009. Il dit alors à celui qui était auprès de lui au service du ràdja, ces paroles : «Que le fils du roi soit protégé, et par toi « accompli ce qu'il convient. »

670. A l'attaque d'un mal , la première violence est rompue par les vertus salutaires des herbes, et la force d'armes par des armures. De même , le grand danger des seignem^s de la terre , que ce soit au monde, s'écarte par de sages vieillards au moyen de la considération du passé et du futur.

071. Alors, au bruit du conflit, dans l'affaire du fils du roi, Attaque

cl défense

des guerriers se hâtèrent de monter, voulant entrer dans le '^

P ' do H

palais par la porte et autre part.

672. D'autres, ardents à combattre, lorsqu'ils veulent sor- tir sont tués , laissant ainsi le prince qui se tenait à la porte de la maison bien fermée.

673. Deux ou trois, comme ils protégeaient le prince qui se trouvait au milieu d'eux à cause du voisinage de l'entrée , tombèrent alors qu'ils sortirent , héros étrangers à la rébellion et mus par une haute magnanimité.

674. Les gardiens de Sùryamatî cl Gàurîcâ . étant sortis de

maison archa.

l'-i RADJATARANGINl.

la maison , gagnèrent le voisinage de Sâda-Çiva , « Çiva l'éter- *< nel, » tuant dans le combat les opposants.

675. Parmi ceux-ci, un parent du roi, appelé Sahadja, fut premièrement tué , bien que devant être protégé par la voix du prince qui appartenait à la famille.

676. Un brahmane nommé Tivya , valeureux , savant , orné d'héroïsme, et Ràmadèva, ainsi que Kèçî, un natif de Karnata, furent tués par les soldats ennemis.

677. Quelques-uns abandonnant les armes, d'autres se frappant eux-mêmes , d'autres encore pris ou tués , scélé- rats qu'ils étaient, obtinrent ce qui est aux gens mépri- sables.

678. Le sixième jour éclairé du mois Sahasya (décembre-jan- vier), dans la soixante-quatrième année de l'ère kaçmîrienne, le père et le fds, exerçant leur inimitié, furent ruinés par des complaisants infâmes.

679. L'attachement à la prodigalité et la violence, le dis- cours excitant d'une aimable et jeune femme , l'union avec les méchants, le mépris des premières affections du père : voilà leur caractère.

680. Par le conseiller, qui était un des frères , et par la mère , absolument partiale , la dissension développa l'esprit des jeunes gens en opposition au père.

Par l'association avec les dépravés, l'un des jeunes gens, pris de frivolité , accoutumé aux divertissements, trouva au lieu des plaisirs la détention dans une prison.

681. La reine Bhuvanamatî \ se concevant placée dans un cercle oii elle se trouvait emprisonnée, femme résolue et fière, s'étant coupé la gorge, abandonna la vie.

682. Le roi quitta de jour en jour les jouissances dans ce

' Fille (le Kîrtiirâdja , seigneur de Nilapura, çl. 583.

LIVRE SEPTIEME. 75

monde par l'amour pour son fils*, ayant placé les affidés des ministres de ce prince qui les protégeait.

083. Certain homme, dont le nom était Prayâga, impotent de ses deux genoux , un serviteur distingué par le roi Ilarcha , ne quitta jamais ses côtés.

684, Nônaka ', indiquant le roi Harcha, par lui-même et par les autres : (( Fais-lui arracher la vie ou les yeux » : c'est ainsi qu'il parla au roi Kalaça.

685. Le roi, dans sa nature vicieuse, qui était semblable à celle d'une brute, abandonnant la pudeur, porta ses désirs sur quelques favorites de son fils, comme d'un ennemi,

086. Parmi celles-ci était la nommée Sugalà , qui avait ob- tenu la faveur du beau-père, et qui désirait la mort du sei- gneur, petit-fils du roi Tukka ^.

687. Nônaka et elle s'étant consultés, deux cuisiniers furent Tentative instigués au crime de mêler du poison dans 1 aliment de Uempoi

eoimer Harcha, Harcha.

688. Prayâga, ayant appris cette nouvelle de la bouche d'un autre cuisinier, engagea le seigneur à faire saisir la nour- riture préparée par eux.

689. Harcha, ayant entendu que deux chiens étaient morts de l'épreuve qui avait été faite sur eux avec cette nourriture saisie, désespérait de sa vie.

690. Reconnaissant ceci comme l'intention d'une punition secrète venant de son père , il s'abstint alors de toucher à tout aliment.

691. Ce n'était que par la nourriture qu'il prenait des mains de Prayâga ou qu'il avait préparée lui-même , que dans la suite il conserva sa vie,

' Voyez çl. 53 1, 672. ' VoycE çl. 220.

76 RÀDJATARA^GIi^î.

t)<J2. Le ladja, ayant su qu'une nourriture de riz avait été livrée par les cuisiniers, après avoir de suite appelé Prayâga, s'informa du fait.

093. Celui-ci, ayant examiné les deux ordonnateurs et les deux cuisiniers, leur fit rendre un compte complet de l'emjjloi du poison et de la connaissance même qu'en avait eue le sei- gneur Kalaça.

094. Quoique d'autres cuisiniers eussent été donnés par le père, le fils du roi, alarmé, ne mangeait jamais sans que Prayàga eût servi l'aliment.

695. Il croyait en ce jour s'être fait amener quiconque se trouvait parmi ses ennemis, détournant son attention du reste.

690. En attendant, il se trouva tout d'un coup un insti- gateur de destruction, qu'on n'avait jamais vu auparavant : c'était la violation de la morale de la part du roi.

097. Ayant arraché un soleil de cuivre appelé Tâmrasvâmi , il enlevait arbitrairement des idoles de métal des vihâras.

098. La rectitude respectable de conduite fut écartée par le souverain qui pratiquait la cruauté , et s'évertuait à enlever les richesses de ceux qui étaient sans postérité.

099. Alors, il fut soudainement affligé par le manque d'ar- gent, causé par fexcès de luxe et par des manifestations de calamité et de malédiction.

700. Désirant faire l'apprêt de la consécration du vase*, dans le temple de Hara, il tomba du sang de la cavité du nez sur le vase de Mahâkala, Çiva.

701. Par la cérémonie qu'il fit pour se défendre contre ce pronostic menaçant et subit, il n'obtint pas le moindre sou lagement, au contraire un surcroît de mal.

702. Los personnes les plus distinguées étaient accablées de

/(

LIVRE SEPTIEME. 77

cette conjoncture si digne de i'eflusion de larmes. Par degrés, il survint dans ce temps la fm des favorites de sa couche.

703. Par suite des tourments excessifs que causaient la ma- m .la.ii ladie inflammatoire et d'autres maux dont dépérissaient sa >'- ^-M chair et sa force , son corps pouvait se comparer avec la lune parvenue à l'extrémité de ses parties lumineuses.

704. Désirant donner l'empire à Marcha, mais voyant les ministres contraires à cela, il prépara ensuite le sacre d'Ut- karcha \ en le faisant venir de Lôhara.

705. Toutes les femmes des appartements secrets étaient flottantes et divisées à fégard du moribond , qui n'agissait pas au gré de leur extrême rivalité.

706. "En faisant une distribution de richesses, je le ferai «résider hors du pays». Il parla ainsi, et les conseillers furent par lui requis d'amener Harcha.

707. Ceux-ci, pour l'empêcher, en avertirent les patrons, qui étaient des hommes nobles , rendus à Lôhara , et placés dans la position de gardiens d'Utkarcha.

708. En attendant, le vieux roi ne sortait pas de la cha- pelle*; c'est pourquoi, exténué de corps, il fut tiré dehors, placé dans l'espace de quatre colonnes, et gardé, privé des amis.

709. Enfin, le roi, sans force de retenir la vie prête à s'en- fuir, sans connaissance de lui-même, touchait à sa mort, et fut à la hâte transporté au lieu sacré.

710. Ce roi, connaissant bien la colère de la divinité pour avoir délabré le Tàmràsvami^, désirait construire un asile consacré au soleil, pour prolonger sa vie.

711. Ayant abandonné le champ de la victoire, qui donne

' Voyez ç\. 256, Sqo. ^ Voyez çl. 697.

78 RÂDJATARANGINi.

la béatitude suprême, le souverain y était retourné, subjugué par la terreur.

712. Apres avoir obtenu le gouvernement suprême, sachant que le monde entier est semblable à de l'herbe , le ministre , plongé dans ralïliction, révère, incliné en pleurant, même les femmes esclaves de la maison ;

713. L'homme sage, parlant comme un idiot, recevant un ojrand nombre d'avis sévères, fait k la fin de sa vie, comme un enfant, plus d'une chose inconvenante.

714. Par un tel état d'extrême misère qui manifestait sa faiblesse, la vanité personnelle que tirait de ses conseils le maître spirituel, devenait un ridicule pour lui.

Mort Le troisième jour éclairé du mois Màrgaçîrcha (novembre-

do Kaiaça,

décembre), à l'entrée de la nuit, le roi, monté sur un véhi- cule, sortit de sa place pour mourir.

715. Il fit couvrir les lamentations des hommes par le bruit d'instruments musicaux et de tambours, et s'avança par la route de l'eau sur des bateaux avec les ministres et les femmes de ses appartements secrets.

716. Ce jour, à la dernière veille, il plaça près de ses pieds, pour le bénéfice de sa vie, l'image d'or du soleil qu'il avait fait venir l'autre jour.

717. Le trouble de ce prince, excessivement peiné, dont les ordres n'étaient plus comptés pour rien par ses serviteurs , et qui désirait voir son fils aîné, était porté au comble par l'impatience.

718. Par une ouverture de la porte, tournée en dehors, il entendait en soupirant la chanson faite par Harcha \ que chan- taient les chanteurs.

719,720. Dans le moment d'expirer, comme au commen-

. ' Ilarclia (tait bon poëtc cl chanteur. Voyez çl. (h i, etc.

LIVRE SEPTIEME. 79

cernent d'un sommeil, il vint au ràdja le pouvoir convulsif de marcher.

On se demandait, comment donc les maladies, qui pro- duisent la mort, chassent la douleur intérieure des rois I

Et, les sujets ayant fait la demande qu'on leur accordât le fds aîné Utkarcha, lui, Kalaça, en faisant prendre la pétition, restait alors la langue liée.

721. Ainsi, Nônaka se donnait du mouvement pour cacher et dérober aiLx yeux la volonté réelle du roi, qui, à plusieurs reprises, prononçait indistinctement le nom de Harcha.

722. Se défendant de celui-là, riant, se mordant la lèvi'e, remuant la tête, murmurant quelques mots, il garda le si- lence pendant assez longtemps *.

723. Le roi, près d'expirer, avec sa connaissance appelant les ministres, alors sans avoir les esprits troublés, dirigea sa pensée principalement au soleil.

724. Ayant vécu quarante-neuf ans, il termina sa carrière le sixième jour éclairé de Marga (novembre-décembre), dans la soixante-cinquième année de l'ère courante.

725. Sept reines, prises par mariage, dont la principale, Fcmmr.s Mammanikâ, et de plus la nommée Djayamatî, femme de avoc

T 1 J I I z' M *"" cadovrc.

1 appartement secret, le smvirent sur le bûcher funèbre.

720. Par une femme appelée Kayyâ, qui était une garde des appartements secrets *, et qui avait obtenu sa faveur, toute une race de femmes a été de nouveau souillée.

727. Alors les nommées Mâsmârchâ , Nàsmaradî et d'au- tres, originaires de la famille du frère cadet du roi, ob- tinrent le premier rang de préséance de tout l'appartement secret.

728. S'étant réfugié dans le Vidjaya-kchétram (( champ de « la victoire » , que le sérail ait alors dominé les ministres

acro roi.

ministre.

80 RADJATARANGINl.

chargés des villages par l'ordre établi, voilà ce qui nous fait de la peine.

729. Honte à la femme d'un esprit vil ! elle assouplit à la volupté grossière son corps qui , attrayant par la pratique des plaisirs, devait être la jouissance du roi.

rtkircha 730. Tandis que tous les ministres étaient engagés avec zèle au sacre d'Utkarcha , Vâmana ^ , reconnaissant , faisait autre part le sacrifice funèbre du roi.

731. Le bruit d'instruments musicaux pour le sacre, mêlé aux chants annonçant le bonheur, s'élevait d'un côté et de l'autre avec des lamentations et le son de la musicpie funèbre. vidjayamnii.i 732. Le fds , appclé Vidjayamalla, de la reine Padmaçrî et du prince Kaiaça, prit alors la direction du ministère du frère.

733. Le roi Utkarcha lui promit la môme subsistance jour- nalière cp-ie lui donnait le père de Harchadèva.

734. Pour tout compléter, il créa des arbitres et des con- seillers des chefs de districts, et fit un apanage au fds de Kayyâ, et à Djayarâdja.

735. Les femmes, vouées à l'amour, recherchent l'intimité des affaires , même en pleurant \ leurs fdles , s'étant appro- chées , respectées à cause du récit de leur heureuse union , font de même. Mais dans le temps du décès d'un roi, des cen- taines d'autres personnes , s'étant occupées de la même pensée pour le compte de femmes, enfants et du reste, hélas, les moins sensibles songent à la richesse par le moyen de mau- vaises actions.

730. Le nouveau roi fortuné entra alors dans la ville, mais non pas dans le cœur de ses habitants, en tant que celui-ci entretenait le désir de l'élévation de Harcha.

' Voyez çl. 569-572.

LIVRK 8KPT1KME. 81

737. Le jour de l'avénenient à l'empire de ce ràdja, bien que terni par le manqiie de satisfaction du peuple , ne se pré- sentait cependant pas comme une fête attristée par la souf- france.

738. Harchadèva, quand son père malade, ayant été de conduHe

, , . . de Harclin

nouveau place entre quatre colonnes, sortait pour mourir, ne après la mcn

, , . île SOI! [)èrt'.

se rejouissait pas ce jour-là.

739. Les Thakkuras (les nobles du pays) consolèrent, en quelque sorte, en le demandant, ce -prince, qui était muet de douleur, comme un voyageur ruiné de fortune un autre jour.

740. Ils lui firent la promesse de lui donner le gouverne- ment dans son pays. » Ce gouvernement ne doit pas être « double , mais un » : c'est ainsi qu'ils dirent.

741. De plus, ayant appris la mort du père, avec des sentiments diversement mêlés, il observa le jeûne. Le lende- main , il apprit l'arrivée d'Utkarcha.

742. Le frère cadet, le ràdja Harcha, après les gâteaux fu- nèbres, présentant au père, par ses larmes, des libations d'eau, demanda ensuite, par des messagers, de se baigner.

743. Pendant qu'il terminait son bain, et que le roi était occupé de l'inauguration du règne, s'élevait le bruit des ins truments musicaux du sacre, ainsi que le cri du triomphe.

744. Astrologue, il croyait le bonheur royal annoncé par un bon augure, comme le tonnerre d'un nuage l'est par la splendeur de l'éclair,

745. Dès ce moment, une haute attente de son règne très- prochain fut, à cause de bons pronostics, conçue, même par les serviteurs, de jour en jour '.

' En attendant, Harcha, le frère cadet, résolut de se laisser mourir de faim, ce qui inquiéta Utkarcha, ie frère aîné, qui en craignait superstitieusement les

ni. * G

8:2 RÂDJATARANGIiNÎ.

740. llarclia dit aux messagers envoyés pai- le frère pouj- lui faire apprêter un repas : « Qu'il me bannisse du pays en me ((dégageant du lien du gouvernement;

747. <( Ou que je sois mis en état de maintenir sans con- «testation la connaissance des finances; autrement je veux (( mourir par le jeûne. » S'étant expliqué de cette manière, il les renvoya. (.oiiv«iiii..i. 748. Ayant alors faussement promis , par des messagers qu'il Ltk.icha lui envoya, le maniement du trésor, le râdja, tranquillisé, fit son repas.

749. (( Et demain tu auras invariablement à ta disposition ce (I qui est désiré. » Parlant ainsi , il ne laissa pas d'exciter quelque crainte à celui qui saisissait l'opportunité du temps.

750. Pour se mieux rassurer, il envoya secrètement Prayâga près de Vidjayamalla ^ lui ayant mis en main sa boucle d'o- reille.

couveiiiion 751. Après le discours auparavant tenu, l'aîné, Utkarcha,

rompue

p.,rUtk.iT),a. malavisé, lui dit ces paroles :(( Toi , comme tu te trouves «dans un âge trop tendre pour être attaché par des liens à (( ce gouvernement, nous t'en acquittons.»

752. Celui-ci, accablé de douleur, réfléchissant, après un long intervalle de temps , l'interpella connue il suit : « Un roi «dévoué à la morale, comment, après ma stipulation, ac- « complira-t-il cet acteP

753. (( Quelque effort que tu jniisses faire , selon ta faculté , (( dans cette résiliation du contrat, toujours dois-tu avec atten « tion songer à conserver ta vie. »

754. Après avoir compris la portée i\o vue de Harchadèva ,

cons(iciuciices. Ces lignes m'ont paru uéccssaii'es pour marquer la liaison avec ce qui suit.

' Voyez ri. 732.

LIVRE SEPTIÈME. 83

il le congédia, et tourna son attention vers les expédients pour l'accomplissement de son affaire.

755. Utkarcha, ayant pris le gouvernement comme égaré co.ui>,ii.-

11. f, 1 1 rt» 1 (l'L'tkarclia.

par le destin, ne fit pas le moindre effort tendant à l'arran- gement de la justice.

756. Ayant nommé Kandarpa ^ et d'auti^es ses ministres, quoique souverain, il ne s'inquiéta plus des affaires du gou- vernement, et ne les traitait pas comme siennes.

757. Dans la vue de l'accumulation du trésor, s'établit l'af- faire suprême, très-soignée et journalière de ce prince, en ceci persévérant.

758. Par le fait de ce qu'il ne dépensait pas et de ce qu'il méditait, le monde, bien longtemps observateur, obtint la certitude de son avidité.

759. La réputation de l'avidité de ce roi, qui ne donnait jamais rien à ceux qui s'élevaient attaches à son service, fut augmentée à cause des femmes du père qui s'abandonnaient à leurs inclinations.

760. Versé dans les Vêdas comme un brahmane, docile, d'une disposition modérée dans les litiges , il n'était pas , par sa connaissance, ami des jouissances de grands cœurs.

76L Ensuite, Vidjayamalla ^, adoptant un genre de vie vidjaynmaiia sévère , et par conséquent s'enrichissant des biens saisis , se pré- autkarci.a. para à visiter les provinces.

762. Pour la protection de sa personne il fit demander que tous les juges arbitres lui servissent d'escorte d'honneur; c'est pourquoi des troupes armées le suivirent à quelque dis- tance, en guise de respect.

763. Il séjourna une nuit dans la ville de Lavanotsa. Sorti

' Voyez cl. 577, 582, 696. - Voyez çl. 782 , 750.

Sk rAdjataranginî.

de la ville, les guerriers, ses gardes, protégèrent sa personne.

704. On lui dit : « Harcha étant prisonnier, tandis que tu

«es parti; ce qu'il faut étant accompli, il peut être roi, mais

u ce n'est qu'après l'avoir tiré de prison que ta marche sera

«convenable. »

Rcbciiion 765. Le fds du roi, Vidjayamalla, étant ainsi excité par les

^pn^vruf' soldats, fit, en retom^nant, à la pointe du jour, l'expédition,

de Harcha. gg dirigeant vers la ville.

766. Ayant appris un tel dessein de celui qui s'en retour- nait, les Dâmaras qui l'accompagnaient se regardèrent un peu entre eux.

767. Le fils du roi, Madhurâvatta , commandant la cava- lerie, désirant marcher, fit les juges arbitres suivre le prince qui faisait l'expédition.

768. Le nommé Nâga, intact de trahison, quitta le parti du ràdja avec quelques cavaliers siu* la route de Padmapura.

769. Il vint en secret auprès du roi Utkarcha, empressé de détruire le mauvais complot, avant que le fils du roi qui se dépêchait arrivât dans la ville.

770. Celui-ci, en arrivant, assiégea la capitale royale par l'armée , brûlant les maisons par des feux dont il incendia les sommets des édifices, faisant de grands efforts, soutenus par de bons augures.

771. Au temps convenu, Djayarâdja', autre fils du roi, ayant quitté Utkarcha , le souverain , qui était sorti contre les rebelles , joignit aussi son parti.

772. Montés sur des éléphants, les deux fils de roi, ob- servèrent la marche de cette affaire, comme de jeunes poètes écoutent le jugement décisif d'un barde dont la voix est ins- pirée.

' Voyez çl. 734.

LIVRE SEPTIEME. 85

773. « llarchadèva étant abandonne partout , allons en «avant.» Ainsi disait-on; Vidjayamalla fit incendier, par les soldats, les étables d'éléphants, de buffles et d'autres ani- maux.

774, (( C'est le nuage de la révolution du monde et de la Mouvcmoms

eliviTi

«mort! Que Harchadèva reçoive le baptême de la royauté! "«ci

'^ do 1j prison

(( Qu un avare , semblable à un marchand de Kliaça , soit écarté « du gouvernement

775. Criant ainsi, les mains jointes et étendues, les habi- tants de la ville, joignant Harcha, couvrirent le prisonnier des fleurs qu'avait données le matin à l'apparition du soleil.

776. Une confusion de l'armée royale qui se rompait ayant eu îieu dans ce moment , Harcha , envoyant les Thakkuras en message, voulut s'assurer des troupes postées sur le rivage.

777. Ainsi, quoique prisonnier, ayant accompli ceci, alors, les membres tremblants d'inquiétude, il adressa ces paroles aux adversaires qui l'enfermaient.

r

lis. « Ecoutez-moi ! Dans la grande difficulté qui m'entoure «aujourd'hui, délivrez-moi de la captivité, sinon, bientôt il « peut vous advenir, par les mesures prises par le roi , ce que « vous ne désirez pas. »

779. Interpellés ainsi, ils répondirent comme y ayant sou- vent réfléchi: «Use de tes pieds, renversant les autres, jus- « qu'à ce que tu sois sorti hors de la porte de la maison. »

780. Altier, violent, que n'entreprit-il pas avec des inten- tions peu réglées? «Holà, vous Thakkuras, ouvrez la porte! » Ainsi cria-t-il à haute voix.

781. Comme les Thakkuras hésitaient par timidité, Harcha- dèva qui, par fermeté, ne faisait compte d'aucun danger, fit néanmoins ouviir la porte.

782. Alors, sa vie n'étant placée que dans les yeux, il vit

86 RÀDJATARANGINÎ.

entrer seize hommes de Lôhara, ennemis armés qui étaient arrivés pour le tuer. Mesure 783. La tête de Harcha qu'ils auraient coupée, étant en-

J'LlLarclia , ^

contre levée, dans un moment se serait calmée toute cette crainte :

les n'!)rllcs

cl n.,rci,a. tel ^i^ii le conseil de Nonaka ^ qui l'avait proposé.

784. Ceux qui étaient envoyés pour le tuer et y allaient, se mirent à réfléchir sur ce qu'ils avaient plusieurs fois en- tendu d'Utkarcha, leur ayant dit : «Le reste de l'aflaire se « dégagera

785. « Dans un temps ou un autre ; que la chose doit se faire «sans que celui-ci soit tué. Ainsi (ce qui, dans ce moment, (( retenait les Thakkuras ) , chacun doit être ou sauvé ou tué , « selon que je donne pour indice

786. « Cette bague. Quand celle-ci sera envoyée , celui à (( qui elle est donnée doit être libéré de la captivité. » L'ayant déclaré ainsi, l'anneau du doigt

787. Devait être montré à la main , et , comme la sen- tence donnait appui à un délai , de cette manière , les Thakkuras, se retenant, ne le frappèrent pas rapidement alors.

788. Il appela donc chacun pour prendre auparavant son nom. Il les reçut, et leur fit, premièrement, présenter du bétel.

789. Ayant été bien traités dans le moment de prendre le bétel, honteux, ils laissèrent tomber les armes de leurs mains et le désir d'en prendre de leur cœur.

790. Celui qui établit sa fortune , crée sa réputation , coupe court à ses méfaits, et s'attire l'amitié, ô honte, même de son ennemi.

791. Une personne d'un esprit enjoué marche continuclle-

' Nonakn voulut cnipoi^onnci Harclin. Voyr/, çl. O-Sy.

LIVRE SEPTIEME. 87

ment sui' des routes agréables; quel est l'homme, poui' ainsi dire sans valeur, que la vache de l'abondance n'enlève pas ?

792. Le fds du roi leur dit : (( Pourquoi restez-vous comme ((honteux? Ils ne sont pas coupables ceux qui doivent être u expédiés partout pour faire valoir les ordres de leur maître. »

793. Mais une grande surprise de ceux qui sont tardifs en action se doit montrer alors , lorsque , de temps en temps , survient un renversement des conditions.

794. Quand un éléphant, un tigre, une bête de proie, un serpent, un cheval ou tout autre animal , s'étant fait vagabonds, rompent leur attache, ils sont, on plein air, certainement ex- posés aux coups destructeurs que frappent les nuages. Parmi les êtres d'un moment , revêtus d'un corps , ceux qui partagent les formes successives de douceur et de cruauté sont, à cause de la versatilité dans leur cœur, certainement comme des vagues d'eau changeant de forme.

Tels que nous sommes disposés quand nous pratiquons par moment de fobligeance, que tels soient aussi ceux qui sont désireux de voir l'intérieur des actions.

795. De plus, les actes mêmes qui accroissent l'émotion de la passion doivent être des périls de vie pour les rois qui touchent à un empire prochain.

796. La chaleur de l'été prépare certainement l'intensité de la pluie prochaine. L'obscurité nocturne s'épaissit tirant vers le matin.

797. L'immense succès provenant de la conduite mue par la force surnatm^elle et violente d'un être, amène l'excès de la rigueur accumulée du ciel *.

798. Par la conduite de sa vie, s'étant assuré d'un bon au- gure, parlant ainsi, un bienheureux des hommes vertueux

88 rADJATARANGINÎ.

annonça des choses futures, en sentences, conformes à ses propres conceptions.

799. «La pureté se rend manifeste, quand elle est placée «auprès du noir qui s'y trouve jeté. » Telles étaient les paroles sensées et expressives que leur dit Hariçchandra *.

Tant que la recherche de nouvelles du dehors, pour se sauver, excitait vivement Harcha, l'activité de ce personnage important ne se manifestait pas. Comracn» 800. En attendant , après que Utkarcha eut donné l'instruc-

Harcha

fut sauve tlou Tucntionnée , des nouvelles pensées venant toujours, la

Jo la mort

«^t . bonne nouvelle du bonheur du roi circulait de cent ma-

Jo la prisou.

nières.

801. Le roi Utkarcha pensa à la perte de son rival; il donna des ordres à plusieurs de ses suivants pour le supplice à exé- cuter de différentes manières.

802. Mais il ne se souvint pas, dans Tordre pour l'exécu- tion, de donner la bague de reconnaissance; c'est pourquoi les gardes suivaient mal la parole de ses messagers.

803. Voyant libres ceux qui devaient être prisonniers, Ut- karcha se rappela le signe qu'il avait prescrit, et expédia un Râ- djaputra, fils de parents vertueux, dont le nom était Çûra.

804. Comme le signe passa dans la main de quelqu'un qui était peu intelligent, par l'arrangement du destin, la bague dans ce moment indiquait le revers de l'intention.

Un tel gagna le moyen de sûreté; un autre perdit sa tête. Ainsi , Sindhuprabhu , propriétaire d'un vieux champ sacré , dut la préservation de sa tête à une grâce divine.

805. La céleste massue devint, dans le combat, hélas, la cause de la mort du roi de l'arme célèbre * ; ce qui est compté comme moyen du salut peut, sous le pouvoir du destin, causer la destruction.

LIVRE SEPTIEME. 89

806. Alors le roi, ayant perdu la mémoire par le revers de l'un et de l'autre signe de reconnaissance, contre l'attente éprouva un échec.

807. Dans le moment môme arrivèrent les protecteurs de Harcha, à cause de sa noble naissance, désireux de lui être utiles, s'opposant à l'ordre d'Utkarcha.

808. Quand Çûra vint aborder la porte, des hommes, le- vant les armes en courroux, croyant que celui-ci était arrivé pour l'exécution , voulurent le tuer.

809. Uddhâti, Tara, Riputa, voyant la bague dans sa main pour cela même, se rangèrent ensemble, en dansant, autour de Harcha.

810. Le 111s du roi, ayant placé le pied sur leurs têtes, sol- licité , sortant après avec méfiance , resta pensif pour un mo- ment.

811. Dans ce moment, Vidjayamalla, engagé au combat, ayant entendu dire que Harcha avait été tué, en fut cour- roucé, laissant cours à son excessif courage.

812. Pendant qu'il tâchait d'incendier la capitale royale, quelques compagnons du roi lui crièrent, en disant: «Ton » frère cadet vit. »

813. Sugalâ ^ épouse de Harchadèva, ayant pris la boucle d'oreille du mari , en gage de confiance , fut appelée à la hâte par le roi auprès de lui.

814. Ayant vu cette femme, tandis que le fils du roi, Vi- djayamalla, faisait cesser le feu de f incendie, le râdja Utkarcha songeait à protéger sa propre sécurité à cause de la délivrance de Harcha.

815. Les ministres Nôna, Praçasta-Kalaça - et d'autres, vin

' Voyez çl. 686, 687. Pour la boucle voyez çl. 750. - Voyez ri. r)g9.

réconcilie avec Ltkurcha.

90 RADJATARANGINI.

rent eux-mêmes , et ayant délivré Harcha de chaînes et de pri- son , le quittèrent alors.

816. Le conseiller, avec une mine marquée de douleur, faisant plusieurs tours, allant et revenant, soupirant comme à sa dernière heure , s'en alla en sortant.

817. Harcha, couvert par les pluies de fleurs des habitants de la ville, étant monté à cheval, accompagné d'un ministre, marcha vers le roi, qui était prêt au combat.

Harci.a 818. Lc princc puîué , Harcha, dit avec grande gaieté au

frère : «Va, laisse-là le combat; nous y reviendrons plus tard, usi l'occasion s'en présente. »

819. Comme celui-ci, ayant dit ces paroles, procédait ainsi, l'autre , quittant bientôt le champ de bataille , entra avec les ministi'es dans le trésor qui contenait de l'or et d'autres choses précieuses.

820. Vidjayamalla voyant s'approcher Harchadèva, qui ve- nait de traverser un si grand danger, resta quelque temps immobile d'extase.

821. Puis il étreignit des mains ses deux pieds, et, s'étant levé, l'embrassa. Il y avait difterents récits sur les deux per- sonnages qui s'étaient mutuellement liés d'amitié.

Nouvelle 822. Ce fut alors le prince Harcha qui, le premier, détrui- cuire le. deux sit Utkarcha. ((Tu es exempt de difficultés, il le sera.» C'est

frères royaux.

cette secrète prière que murmura un affidé.

vi.ijapmaiia 823. Puls , ayant su que Vidjayamalla, qui n'était pas peu

suspect, dangereux, ne respectait pas sa parole, Harcha, habile à

connaître les indices secrets, en était de temps en temps

alarmé.

Harcha 824. Sou copps étaut devenu décharné, lui, un des frères

dépérit

<ic corps, qui étaient semblables à deux vautours, présentait l'image

e l'un, dont l'aile était estropiée, et il régnait humilie.

LIVRE SEPTIEME. 91

825. A la sortie d'une forêt incendiée peut survenir le danger de la foudre d'un nuage voisin, ou d'un arbre tom- bant, ou de la solive d'une porte, ainsi que dans l'Océan la crainte de submersion.

Le genre du bonheur à être goûté par un être vivant se développe en tendant avec vivacité vers l'accomplissement de sa jouissance, quand le motif de la crainte qui le trouble in- térieurement est écarté.

826. Quand la nouvelle de l'état de choses fut connue, un nombre des fantassins de Harcha l'entourèrent pour protéger sa vie contre la trahison des cavaliers qui erraient autour de lui.

827. Alors, s'étant consulté quelque temps avec Vidjaya- malla, il alla déclarer au roi l'éloignement de toute mésintel- ligence.

828. Ensuite Vidjayasinha ^ arrêta à l'entrée Harcha, qui sortait de chez le fils du roi , Vidjayamalla , et était arrivé de- vant la maison du roi.

829. Il dit: «A peine échappé à la mort, pourquoi t'y ex- ce poses-tu de nouveau, insensé; va, laissant toute crainte, oc- ce cupe le trône. »

830. Après ce discours , le trône ayant été enlevé de la tré- iiarci.a

s'empare

sorerie par ses domestiques, Harchadèva s'empressa de s y duuôuc. asseoir.

831. Sugalâ-, la grande reine, se plaça auprès de lui, mais pour empêcher son succès, à cause de l'incompatibilité in- finie, cachée sous la diversité de leur extraction.

832. Au bruit de son sacre, les conseillers s'assemblèrent avec empressement de toute part, comme des Tchâtakas * au grondement d'un nuage dont ils veulent goûter l'eau.

' Voyez çl. 58i,584.

= Voypz çl. 686, 687, 8 1 3.

92 RADJATARANGINI.

833. Cette nouvelle étant enfin parvenue à l'oreille d'Ut- karcha, Vidjayasiàha \ homme frauduleux, le tirant hors de sa maison, le mena dans une autre.

834. L'associé de guerre d'un souverain qui, par ce chef principal, s'était fixé dans sa haute position, la fortune étant ruinée, a été vu s'en allant; la puissance de quel mortel est-elle stable !

835. Vidjayasinha fit informer, de l'affaire ainsi accomplie, les gardes du roi qui avaient été mis hors de l'enceinte de sa maison.

830. Vidjayamallata^ ayant conduit en prison les Thakku- ras qui approuvaient le parti du roi, comme ses troupes étaient rangées en front, abandonna toute crainte.

837. Dans un moment, lorsqu'il avait entendu que le frère aîné, Utharcha, avait obtenu le gouvernement, allant près de lui, il le conduisit avec respect, par ses messagers, dans sa propre demeure.

838. Voyant alors f armée de ce chef arrivée près de lui , le roi, versé dans la politique, l'admit pour le moment seu- lement à l'intimité avec sa personne.

839. Il lui dit : (i Tu m'as donné la vie et f empire. » Celui- ci témoigna son respect, les mains jointes, à lui qui ne don- nait jamais de la peine sans récompense.

840. Par l'union heureuse de la faveur du destin et de la politique, dans ce temps, il entrait dans le lit de la souve- raine.

841. Le nouveau roi, par le contact de la fortune, res- plendit sur le trône , possédant des palais , tandis que d'autres étaient enfermés dans les prisons.

' Voyez çl. 58i, 58/», 828.

' S'agil-il du même qui, clans huit autres çlokas, est nommé Vidjayamalla.'

LIVRE SEPTIEME. 93

842. Dans cet état de choses , accablé par l'activité violente , à l'expiration du jour, montant dans son lit, il y tomba comme ayant déposé un fardeau.

843. Mais, entendant partout le cri de détresse, même des hommes vertueux, il ne jouit pas de la douceur du sommeil, bien qu'il fermât les yeux à demi.

844. Enfin, Utkarcha se trouvait pris dans le combat, de- mandant conseil , faisant des reproches à ses ministres ; d'autre part, Nônaka ^ lui adressa ce rude discours :

845. « Au matin on t'a donné un conseil qui n'a rien pro- «duit, ô roi, écoute maintenant de nous l'avenir fatal qui t'est (t réservé :

846. « Toi qui as maltraité excessivement celui qui se trou- (( vait en captivité , demain il t'apportera la ration de viande u de chien , qui est pour ceux qui se nourrissent des restes des u autres.

847. ((Quel autre refuge que la mort avons-nous dans ce ((moment? Celui-ci même nous est ravi, à nous qui ne l'a- ((vons pas saisi, et qui avons renoncé au combat.

848. (( Dans les adversités ne brille pas l'habileté de la cen- ((Sure qui nous est très-acerbe, comme dans la mort le goût udu fruit devient désagréable*.

849. ((C'est en ne considérant pas le danger que tu amène- ((ras le remède du mal. Tout doit être à la fois dans un seul (( instant enlevé par toi.

850. (( Une autorité soutenue par une lâche politique , l'est (( comme une vieille toile fine le serait par une aiguille; mais, u au contraire , une fougueuse hardiesse , même de peu de (( force , se rend maîtresse de cent portes. »

851. Ayant entendu ce discours, Utkarcha, sortant du mi-

' Voyez çl. 53i, 572 , 684, 687, 753.

94 RÂDJATAIIANGINÎ.

lieu, entra dans l'intérieur de la maison avec une femme, garde des appartements secrets, appelée Sahadjâ «sœur».

852. Là, se livrant à la méditation de la Sandhyâ, cérémo- nie religieuse da matin ou du soir, avec elle, il lui dit: «Je «reste,» et il demeura quelque temps derrière un rideau, comme accomplissant le rite. uikarcha 853. Alors , n'avaut pas d'épée, s'étant enfoncé dans la

so suicide. J l i

gorge des ciseaux à couper la toile, les conduits par passe la respiration furent tranchés par lui, qui se priva ainsi de vie. coiuiuiie 854. Par suite de l'action exécutée avec les ciseaux, Sahadiâ

de Snliadjà, _ ^ ' J

du'sîrrii ^^^ ^^ ^^"8 'ï^'^ s'épanchait de l'intérieur du rideau, et tomba par terre effrayée.

855. Il fut vu alors par elle, lui, dont le sang, à flots, sor- tait de sa tête pendante , semblable à une montagne dont le métal jaillit de l'extrémité du sommet, brisé par la foudre.

856. C'est ainsi que la convenance parfaite de sa conduite devint alors, et aujourd'hui même, à citer comme le principal exemple des femmes plus élevées, uniquement attachées à leurs époux.

857. La nuit marche, même quand elle a laissé la lune dans sa décroissance ; le crépuscule suit le pied du soleil , qui s'est approché de son coucher.

858. Ainsi, les jeunes femmes, dans leur penchant, dans

leur affection variée, et dans leur façon de penser, sont, à

cause de quelque pratique, ou blâmables ou louables aux

yeux des personnes intelligentes.

Kayyi, 859. C'est pourquoi, dans la ressemblance même de l'a-

ime du roi. ^ ^

mour pour fépoux et de la bonne conduite de famille de ces deux femmes, Kayya et Sahadjâ, il y avait cependant une ligne de démarcation louable et blâmable.

fcm

sebrûN .ivec lu

LIVRE SEPTIEME. 95

800. Ainsi, Kayyâ, elle, jadis aussi danseuse dans le temple des dieux, vue dans la chapelle de la danse, puis éj)Ouse du roi , conduisait ses appartements -secrets.

Belle, ornée de guirlandes, dégouttante de parfums abon- dants, semblable à une Apsaras d'amour, elle entra dans le leu llamboyant qu'elle avait elle-même consacré.

861. Elle fut même auj)aravant, dans sa condition de courtisane, chère à Harchadèva; mais alors, bien que solli- citée par lui de s'épargner, elle ne se détourna pas de la mort.

802. Dans la vingt-quatrième année de son âge, le vingt- deuxième jour de son règne, le roi, gardé mort une seule luiit, fut, au matin, livré au feu funèbre.

863. Des femmes aux yeux roulants, de ses appartements D'autro»

femmes

secrets, quoique demeurant dans les montagnes de Lôhara, *<= brùi.ut. quelques-unes atïaiblies par le chemin (jii elles firent, s'empres- sèrent de le suivre dans la même route.

864. Quand les fiers conseillers abandonnaient l'arme avec les compagnons du roi, Nônaka \ prêt à mourir, ne la quitta pas alors un instant.

865. Praçasta-Kalaça Jtf : « Sans nous, quel autre individu ((pourrait être conseiller du roi? Quand celui-là, Harcha, «(nous rend libres ces jours, c'est qu'alors il juge que la vie (( n'est pas méprisée par nous. »

866. Ainsi parla, combinant son discours, Praçasta-Kalaça; puis il abandonna sa propriété et celle qui lui avait été con- signée.

867. Nôna, Sihlâra, Bhattara, Praçasta-Kalaça et d'autres, faits prisonniers par Harchadèva , entrèrent alors dans la prison.

' Voyez r;l. SMi , etc.

96 RÂDJATARANGINI.

808. Ainsi, dans un seul jour, survinrent au roi Utkarcha, soit par Harchadèva, soit par le destin, des adversités bien étonnantes.

869. Comme la route à la véritable connaissance est iné- gale et au commencement obstruée de difficultés, ainsi, un grand nombre de rois, selon qu'ils s'y sont de quelque manière égarés, la transgressent maintenant.

870. Toute prospérité est une surface liquide; toute joie, une agaçante messagère; toute jurisprudence, accommodante; toute politique , cause de disputes.

871. Le récit détaillé, comprenant les actes du râdja Har- chadèva , se montrent l'agitation contrastée avec la tranquil- lité, l'empire contrasté avec le dépérissement de l'autorité, la prospérité contrastée avec l'abandon du monde , l'acquisi- tion contrastée avec la rapine ;

872. Récit, intéressant par l'émotion que soulève la pitié, effrayant par fémotion que soulève la cruauté, attrayant par l'émotion que soulève la bienfaisance , flétrissant par l'émotion que soulève la dépravation ;

873. Indiquant partout des choses à désirer et à éviter, louables et blâmables, repoussantes et ridicules, réjouissantes et affligeantes pour les sages;

Description 874. Exposaut Ic désordre et l'infamie à être rappelés et à lapersoBne, être écartés de l'esprit, tout ce récit sera ici développé*.

du caractère ,

et du règne 875. N'étalt-il Das composé d'atomes de feu? Comment au- trement eùt-t-il été si difficile de le reconnaître dans sa postérité , qui ne manquait pas même de grands personnages?

876. Sa recherche d'élégance ne se voit nulle part, ni parmi les mortels, ni parmi les dieux; si déjà il est autre part con- sidéré par les sages, c'est parmi les principaux Danavas.

877. Il était orné d'un bracelet dont l'excessif éclat ressem-

dc Harcha.

LIVRE SEPTIEME. 97

blail au soleil, et de la circonférence d'un large bandeau at- taché à une tiare élevée.

878. Paraissant aux yeux un lion tranquille , admiré pour l'épaisseur de ses moustaches pendantes, ayant des épaules de taureau, des bras puissants, et le corps d'un teint rouge foncé.

879. Il avait la poitrine large , la taille fine et une voix de basse, semblable au grondement d'un nuage. Il était aussi comme un des êtres surhumains par les adroites combinaisons de son intelligence.

880. A l'entrée principale du palais, il fit attacher de grandes cloches* sur quatre jeunes éléphants, pour savoir, par l'aver- tissement de ces instruments, l'arrivée de ceux qui désiraient donner des renseignements,

881. Et écoutant le discours des malheureux, il leur fournit le soulagement de leur soif, comme un nuage abondant d'eau pluviale en donne aux Tchàtakas.

882. Dans le palais royal, qui ne se voyait exempt de ca- lamité, accompagné d'une suite peu nombreuse, sans orne- ment d'or, sans vêtement coloré.^

883. A la porte principale du palais du roi, oii les gens de différentes classes trouvaient protection, était le refuge de tous les pays, comme une bénédiction répandue du sein de la lune éternelle.

884. Les chefs de chambellans et du conseil , sans nombre , ornés d'anneaux et de chaînes, erraient dans le palais royal.

885. Un foudre d'Indra, le roi, excellent dans son nouvel empire, persistait ferme dans l'opinion deVidjayamalla, comme de son guide spirituel.

886. Par ce prince reconnaissant, la cour.se trouvait comme ui. 7

98 UÂDJATARANGINÎ.

encombrée d'adiniratours de ce roi, dont la parole était d'une incomparable dignité.

887. Protégeant ses propres serviteurs, en méprisant la déviation de l'étiquette, il assigna les hautes places à ses oncles et à ses ministres. Lc^ charges gSS. Il coufia à Kandaroa le poste de chambellan, et plaça

(lounrcs '^ i 1 s

r»r H.irci.,n. jVIadana à kampana, et chargea d'autres, comme Vidjayasinha, des alTaires auprès de sa personne.

889. De même furent employés dans ses affaires des chefs tels qiic Praçasta-Kaiaça , ayant été relâchés de la prison, le mécontentement calmé. Supplice 890. Se souvenant des méfaits multipliés du ministre Nô-

Je Nônok.T. '■

naka, il le fit alors empaler par colère avec son frère de lait, son confident.

891. Ensuite, de temps en temps, dans les affaires difficul- tueuscs, se rappelant cet homme qui, d'une haute intelli- gence, avait été attaché à son maître, il fut saisi de repentir.

892. Un homme habile, ayant même commis une mauvaise action, est employé utilement, en quelque sorte, à l'accom- plissement d'un service à rendre, le feu d'un incendie ayant été mis à la maison.

893. Ayant vu, auparavant, la mutilation du nez et des oreilles de son épouse, Nônaka fut supplicié sur le pieu par les serviteurs du râdja, exécuteurs de hautes œuvres *.

894. Harcha s'employa à faire prospérer les serviteurs sortis de prison, comme un arbre en fleurs, au printemps, invite les abeilles réveillées d'un trou de la terre.

Sunna 895. Sunua, fils deVadjra ^etpctit-fils du bicnheureuxRakki '",

' Voyez çl. 207.

- Un Rakka est mentionne, HddjaluraïKjini, I. V, çl. /|23, !\2b; \. VI, çl. 170, 171, 197, y.02, 2o3, 2r>9, 28 'i. Il est tu(' comme seigneur de Kampana.

LIVRE SEPTIEME. 99

conduisit, par ordre du roi, avec son frère cadet, toute la princiiwi

|. . , 1 . . , ministre.

dignité du ministère.

896. Dans le temps de processions et d'auti'es solennités, il y avait , parmi les assistants du roi , de pas en pas , un con- seiller, qui faisait le tour respectueux autour du souverain.

897. Placé à la tête de la troupe de tous les chambellans, marchait le frère cadet du roi, et il était le principal gardien de sa vie.

898. A une procession de la Djâhnavî [du Gange), Dham- mata \ distingué de ses deux frères par sa douceur, marchait aussi en compagnie avec les Tanvaggas - ses neveux.

899. Le roi, honorant le frère aîné, qu'il s'était attaché pour son propre compte avec le fils de son frère, regarda tout le reste avec impartialité.

900. En attendant, Vidjayamalla, partageant le règne de ndbeiiion celui qui le possédait, mais instigué par les méchants, donna devidjay..

_ niall.1.

lieu à un changement, désirant s'enfuir.

90L « Ayant toi-même conquis l'empire, pourquoi le céde- «rais-tu à un autre?» Ayant entendu ces paroles, désireux d'y donner suite, il se consulta avec de mauvaises gens sur le meurtre de celui qui était de la plus illustre naissance.

902. «Je le tuerai dans une maison solitaire.» Ayant ainsi résolu, après avoir préparé un sacrifice, le roi fut invité par lui , sous ce prétexte , d'y venir.

903. Le projet étant parvenu à la connaissance du roi, ce- lui-ci, craignant une attaque, ordonna d'effectuer sans délai la réunion des troupes.

904. L'armée royale étant assemblée, alors des chevaux fiu-ent pris des écuries du roi par \ idjayamalla , qui était sorti à la hâte.

' Voyez, çl. 620.

^ Voyez çl. 260, sGi, 486.

100 RADJATARANGINl.

905. Réunissant ces chevaux, le héros, voyant la force du roi, l'attaqua en iivi'ant un grand combat, pour sortir rapide- ment de la viUe.

906. S'avançant, accompagné de sa femme, qui, auprès de lui, tenait son dos embrassé, il fit à cheval une résistance surhumaine.

907. Par des ondées de pluie qui, alors hors de saison, tombaient des nues, la terre se voyait partout contraire aux combattants.

908. Le fds du roi, Vidjayainalla, fut couvert par une ondée de flèches dans la lutte, au milieu du bruit de grands tam- bours et du soulèvement de vents violents.

909. Préparés à détruire celui qui partait, n'ayant qu'une force affaiblie, les fds de Tchandaka ne se désistèrent pas des actions qui étaient comme ignobles.

910. Le pont au confluent de l'Indus et de la Vitastà étant rompu par la violence des vagues, Vidjayamalla passa avec sa femme, s'aidant de ses bras, étant descendu de cheval.

911. Courageux, il plongea avec son épouse, pressé par fennemi, et ayant passé l'Indus, qui était hautement gonflé, son cheval aussi le suivit.

912. Etant arrivé hors de la portée de vue des ennemis, le héros remonta son cheval, et, se dirigeant vers le pays de Darada, il avança sur le chemin de Lôhara.

913. Le chemin étant partout fermé par Kandarpa \ le chef des chambellans , il passa les montagnes et atteignit sauf Daradpurî « ville des Daradas » , protégée par les monts.

914. Quelques-uns de ses suivants arrivèrent |)eu à peu ti lui, qui était respecté par les Daradas, à finstar d'un Çri- Vidyadhara*.

' Voyez çl. 888.

LIVRE SEPTIEME. 101

915. Le roi Harcha, ayant appris qu'il s'était uni et ligue avec les Dàmaras et d'autres, en ennemi courroucé, réunis- sait ses moyens, alarmé chaque Jour,

916. Tandis que ceux-ci se liguaient, lui, Vidjayamalia , eiyant passé la saison froide à Daradpurî, en pourparlers con- venables avec les Dàmaras, entreprit au mois de Tchaitra ( mars-avril ) , une expédition par égarement d'esprit.

917. Ayant passé des défdés, s'arrêtant sur la route, dans Mon l'intériem' d'une tente , subitement cet homme altier fut privé vi.ij ,y„m.ib de vie par la glace et la neige,

918. Une grande fougue se déploie par des hommes puis- sants pour effectuer, à leur satisfaction, ce que le destin amène à s'accomplir par le plus mince moyen.

919. Une vive splendeur fait clignoter par des rayons dont l'effet est mille fois répété.

Brahma, offensé, fait déraciner des lits de lotus par une seule trompe d'éléphant.

920. Par l'incertitude d'un double règne , l'empire du puis- iiarci.» sant roi Harcha fut, pendant quelque temps, affaibli; en- icmpùf. suite, en majeure partie, il fut réuni.

921. Le titre du roi, par son excessive gravité, ne souffrait pas alors d'être placé sur quelque tête que ce fût; mais, dans ce temps, par sa légèreté, il s'adapte à n'importe quels rois.

922. Le roi, sans passion envieuse, semblable à la saison des flem's dans un bois, fit prévaloir, dans le monde, des fi- nesses d'esprit donnant de la splendeur à tout.

923. Des hommes, délaissés de protection, ayant aupara- iia.ci,.. vant abandonné un roi, se présentaient avec leurs turbans

ôtés et leurs cheveux dénoués.

924. Madana', le seignem' de Kampana, à cause de l'ar-

' Voyez cX^SH.

iljoillic

102 RADJATARANGINI.

rangement des tresses de cheveux mêlés de fleurs, Djayananda aussi, les principaux ministi'es, Tchitrârdha à cause de sa rectitude et libéralité;

925. Chacun éprouva, sans différence, la colère du roi dans le pays. La dignité convenable au gouvernement fut cependant maintenue par ce prince.

026. Sans ambition, il fit, par ses femmes esclaves, mou- upUisii. voir, devant l'idole de quelques ministres, une lampe de nuit qui répandait féclat de plaisirs et d'ornements.

927. La favorite séduisante de ce libertin était du sud; et le faste propre au Karnate prévalut ensuite par lui.

928. Des femmes éventées par des feuilles de palmier, at- trayantes par des parfums de sandal copieux, brillaient alors dans ce lieu, ainsi que des gens avec des sabres longs et im- posants.

929. Des beautés exquises, portant des guirlandes flottantes et longues, des cheveux ramassés en nœuds, ornés de feuilles de Ketaka et d'or, tendres scions aux 6e i/es marques, aux yeux roulants, aux tendres embrassements ;

930. Ayant les coins des yeux qui atteignent les oreilles, leurs limites, ceints d'une ligne de collyre; des fds d'or, liant les extrémités de leurs cheveux, qui atteignaient le corset;

931. Faisant baiser la terre par de longs bords des queues de leurs robes ti^aînantes ; les seins et les flancs serrés par un corset rayé, dont la moitié de leurs bras était cou- verte ;

932. Souriant en répandant de la poussière de camphre; ayant les sourcils mobiles, errant çà et là. De plus, des mai- sons de plaisir protégées par Babhru {Çiva), pour des hommes sujets à la déception de Djhachagga,yî/i- de Kama, dieu de l'a- mour.

LIVRE SEPTIEME. 103

933. D'autres solliciteurs gagnaient leur subsistance en s at- tachant à lui, dont ils tiraient tout revenu, comme des nuages qui, par l'attraction, se nourrissent de l'Océan,

934. Des ti'oupes entières de chanteurs allèrent se disputer la faveur royale à la suite de ce prince, qui témoignait sa li- béralité par des faveurs, et faisait tomber une pluie d'or.

935. Le roi , qui était une pierre précieuse sur le sommet des cheveux des savants, portant les insignes royaux avec pa- rasol, chevaux et voitures, fit orner les pandits de bijoux,

936. Le roi Parmâdi , du Karnate, fit un Vrihaspati, seigneur de la science victorieux, et le présenta en don aux Kaçmîriens, sous le règne du prince Kalaça,

937. Devant ce roi, qui marchait avec les éléphants dans une route très-difficile du Karnate, se voyait un haut parasol.

938. Ayant entendu que Harchadèva était magnifique et grand ami des poètes, Rihlana^ prit cependant une pareille magnificence pour une illusion,

939. Les provisions royales d'opulence exquise, intactes et riches en or de ce souverain, ses belles voitures, ses palais baisant les nues, resplendissaient, merveilles du monde.

940. Dans une pareille forêt d'abondance, les arbres du désir *, vaincus pleinement par ce prince libéral, ne laissaient plus de place aiLx autres arbres.

941. Avec différentes espèces de gibier et des volatiles, un lac, nommé Pampa, plein d'eau, faisait ses délices sous le ciel ouvert.

942. Il possédait tant de sciences, qu'il n'est pas, dans le pouvoir de Vrihaspati, « seigneur de la parole * » même d'en déterminer le nom et de les énoncer."

943. Le récit de celui qui chante son histoire no peut s'en-

' Voyez ci-aprës, cl. io5.S.

104 RADJATARANGINI.

tendre, aujourd'hui encore, par les ennemis mêmes, sans que des gouttes de larmes roulent de l'extrémité de leurs cils.

944. Adonne au plaisir, ce prince, qui dormait deux jours et deux nuits de suite, ne veillait que les nuits pendant tout le temps qu'il s'arrêtait dans cet endroit de Pampa.

945. Sa nuit, tant qu'il restait là, dans un palais qui était illuminé de mille lampes, se passait en assemblées des gens spirituels à l'occasion de danse et de chant.

946. A la fm de l'histoire , il ne s'y entendait tout au plus que le bruit sourd produit par la mastication d'une feuille, ou par le déchirement d'un bouton de fleurs, entrelacées dans des tresses parées des cheveux d'une belle.

947. Par des dais, suspendus comme des nuages, par des lampes luisantes comme un champ de feu, par des bâtons d'or ressemblant à des serpents, par des cercles d'épées mo- biles comme la vapeur;

948. Par des belles, attrayantes comme des Apsaras, par des conseillers semblables à des constellations , par des savants bienfaisants comme l'abondance de beurre clarifié, par des chanteurs rivalisant avec les GandhaiTas,

949. C'était la demeure désignée à perpétuité du distri- buteur de richesses, Kuvera, et de Yama adieu du monde «souterrain», une seide forêt de réjouissance, de bienfaisance et, en même temps, de pouvoir formidable.

950. Telle était la splendeur de la résidence de nuit de ce râdja, dont la fortune était supérieure à celle de Çakra (Indra), qu'aucun discours, pas même celui du seigneur de la parole (Vrihaspati), ne saurait tout exprimer.

951. Il y avait dans ce pays, alors en litige, une large masse composée de dinares d'or et d'argent, et encore de cuivre.

.LIVRE SEPTIEME. 105

' ' osa-.^Sunifa^VjIslaatf.alïiYé,' "pôssédaiU tout l'ascendant sur les chefs de la justice, était, dans ce temps, par la cupi- dité, homme vil, consommé en rapine au plus haut degré.

953. Dans son propre incomparable parc, situé auprès du seigneur de la victoire, ses collèges, splendides comme des soleils, et construits à braver toute destruction, témoignent l'amour du plaisir de cet homme.

954. La splendeur du gouvernement, produisant la richesse de la ville, devint une bien évidente protection pour les af- famés, les malades, les gens sans abri, les indigents et d'autres misérables.

955. Dans le champ de Nandi, l'arbre de Tchampâka don- nait une abondance de fruits accumulés pendant tout le temps, et livrés à la distribution chaque année pendant sept jours,

95G. La femme d'un brahmane, prenant une apparence imposante, vêtue d'une peau noire, et tirée de la pauvreté par le roi, moyennant des dons essentiels, coupa court à la peine de tous les suppliants.

957. Une favorite du roi, appelée Vasantalekhâ , de la fa- mille de Çahi, fonda des collèges et des villages pour les bra- hmanes dans la ville, en honnem^ de Tripurèçvara «Çiva».

958. Le culte de Mahèçvara Çiva resplendit et s'éleva ainsi comme une flamme. Ce règne ne se mentionne jamais en contestation avec la libéralité.

959. Alors, quelques nouveaux conseillers, ennemis des an- ciens ministres, ayant gagné de fascendant, causèrent un dé- rangement dans l'esprit du râdja.

960. Le paon , qui paraît avoir les deux pieds endoloris de lèpre, saisit en courant le ver à beaucoup de pieds. Le soleil,

' Voyez çl. 896.

106 RADJATARANGINI.

qui possède mille pieds, est conduit à chaque pas par celui qui n'a pas de cuisses *, son cocher Anina.

Les puissants aussi sont trompés par ceux qui n'ont que de légers moyens, et par ceux qui sont dépourvus de toute force. Les conditions le plus amplement pourvues de biens sont inconstantes et également le jouet du destin.

961. Maître des cultivateurs, confiant en lui-même par la possession de tous les castras, il agit cependant avec un juge- ment égaré, iujliicncé d'ailleurs par des conseillers ineptes.

962. par le désir de venger, sm' ses ennemis, son père défunt, il fit piller la métropole ainsi que des collèges notables par leurs noms.

963. Prodigue, il parvint à dépenser l'ensemble de son tré- sor, et c'est ainsi que s'inscrivit, comme sur de l'eau, le nom de ce voluptueux.

964. Dans les appartements secrets des femmes pures de leur nature, sa conduite manifesta évidemment un égarement d'esprit; il tenait à ses ordres trois cent soixante femmes.

965. La tige reste à jamais telle qu'elle est une fois plantée, et les femmes de noble origine ne prennent pas ensuite tes dispositions de viles Tchandàlas.

960. En attendant, remplissant secrètement le fort d'infan- terie, le désir de prendre Lahara revint au roi. Guerre QQ-] ArHvé à Madarpatapura *, et apprenant que Kan-

Kandarpa. ^appjj 1^ [q chcf dcs chaiiibellans, sortait pour le combattre, il se dérobait fréquemment, même à sa vue.

968. Dans cette occasion, Saggramapàla ^ le seigneur de Râdjapurî. prince arrogant, par quelque raison, changea de parti.

' Voyez çl. 91 3. - Voyez çl. .53/i.

LIVRE SEPTIEME. 107

969. Quand Kaiidarpu entreprit l'attaque de la garnison du DanJ» fort qui était divisée, le roi en colère manda Dandanâyaka à Râdjapim.

970. Celui-ci, peu intelligent, marchant avec de grandes forces sur la route de Lahara , se retarda un mois et demi dans les terrains marécageux du fort.

971. A cause de la proximité du mois de Çutchi * (juin-juil- let), et de l'énergie des ennemis, effrayée, son intelligence ne donna pas signe, même de la moindre lueur, dans cette expé- dition.

972. A cause de la force du roi, qu'il savait être égale à la sienne, restant d'abord sans faire un effort, Kandarpa, en- suite, se mit bien en marche, mais n'avançait que peu.

973. Ayant fait la promesse de faire la conquête de Ràdja- purî par famine, peiné cependant du retard, il s'avança sans provisions.

974. La position de Kandarpa , qui manquait de nourriture déjà le sixième jour, était dans une forêt de montagnes, à plus d'un yodjana de Ràdjapurî.

975. Sans être arrêté par la grande force ennemie, il fit voler des armes sur ses adversaires, et, comme un lion, entra dans le bois sous les branches flexibles d'arbres de plantins.

976. Un général d'un rang supérieur, appelé Kidârâdja, descendu d'une race de rois fltmeux, le suivit détaché des troupes de Dandanâyaka.

977. Les ennemis, assemblés à Ràdjapurî, l'ayant attaqué dans un champ en dehors, crurent que Kandarpa, qui avait accepté le combat et était distingué par un parasol blanc, avait été tué.

978. A midi, Kandarpa lui-même, puissant, entra dans la métropole de Ràdjapurî avec vingt ou trente soldats.

108 RÂDJATARANGINÎ.

979. Trois renls de ses fantassins arrêtèrent, devant Ràdja- piirî, trente mille des guerriers ennemis qui reculèrent.

980. Deux cents Kacmîriens furent tués dans ce combat; quatre cents Khaças aussi fiu'ent couchés par terre.

981. La force ennemie étant rompue, le combat, sur une grande étendue, devint, par des ïeu\ funèbres assemblés sans nombre, qui consumaient des monceaux de tués, un grand atelier de la mort *.

982. Ainsi, même Vetâla, s'apercevant maître, comblé de joie, fut pacifié sur le cimetière du combat par le feu de sacrifice et par des torrents de sang s'écoulant des chairs.

983. Quand il ne restait que trois heures du jour, les en- nemis , encore une fois ralliés , exaspérés par la défaite , mar- chèrent pour combattre Kandarpa.

984. Alors , il lança dans le conflit des flèches de fer, les- quelles étaient ointes d'huile d'herbes, et mettaient en feu les espaces qu'elles traversaient *.

985. «Il connaît l'arme à feu» : ainsi dirent les ignorants alarmés; ils se tenaient loin, timides et blâmant leur retour à la charge.

980. Le sentiment de l'audace, l'exaltation de la fierté, la persévérance, l'habileté et le sang-froid n'abandonnent jamais, dans les plus ardues difficultés, le cœur armé de fermeté, de ceux qui ont de grands projets.

987. Etant entré dans la métropole quand le soleil s'em- pressait de se coucher, Kandarpa regardait cependant fréquem- ment le champ extérieur couvert des forces compactes.

988. Désireux d'aller au combat, il entendit que Danda- nàyaka était arrivé, et voyant la formidable forêt d'armes, il cacha de peur son armée.

989. lies uns sont excités davantage au combat en voyant

LIVRE SEPTIEME. 109

quelques compagnons ])iessës-, d'autres sont eilrayés de leurs adversaires; qui connaît rintcrieui' des hommes?

990. Ainsi, Kandarpa, étant sorti, ramené, errant alarmé, était alors comme une corneille rivalisant avec un cygne dans la mer en se submergeant.

991. Quand l'armée tranquille, affectionnée au chef est in- divisée, semblable à un immense trésor, quel ennemi de sa propre force pourrait alors entrer dans un autre pays?

992. Ensuite, prenant habilement la main du seigneur de Kandarp.. Ràdjapuri , dans un seul mois , Kandarpa reparut dans le s^s forces. pays.

993. Recevant des honneurs du souverain , tels que d'aller au-devant de lui et d'autres, il amena bientôt les têtes de Dandanàyaka et d'autres sur le pieu de l'empalement.

994. D'un caractère sévère, exerçant l'autorité suprême à Parihâsapura , il y parvint à la célébrité par une assemblée appelée \âtaganda «la science de l'air *».

995. Négligeant au commencement sa maison et sa pré- sence, il fut ensuite employé par le ràdja, qui participait à la passion des favoris, entraînés par la corruption dominante.

996. Ananda, dans ce temps, désirant la première dignité Anandc. de chambellan , fut le plus distingué des conseillers cjui étaient ennemis de Kandarpa.

997. Conseillé par lui, le roi envoya Kandarpa, qui était K.indarpa

devient

ennemi du désordre, pour protéger Lahara, dont il lui gouvcrneu

^ ' " de Lahara

avait donné le gouvernement.

998. Ananda, ayant acquis le pouvoir d'un ministre à faide de mauvais serviteurs qui désiraient gagner de l'ascendant par cette liaison, mena les affaires à cause de sa proximité à la personne du roi.

999. 1000. (( Celui-ci est bien propre à une ambassade » ,

con

110 RÀDJATARANGINi.

ayant dit ainsi et dépêché, dans un pays étranger du voisi- nage, un savant éloquent; pais (( le discours de cet homme est «léger, causant la séparation des amis»: ainsi dit-il; de plus, abandonnant un vaillant personnage : « Celui-ci peut saisir le « royaume » ; avec cette déclaration , délaissant les protégés , alors, privé de jugement, par la direction des méchants, le ministre d'un roi, intelligent même, amène de loin sa perte*. K.indarpa 1001. L'adection du roi pour Kandarpa, bien que très-af-

n disgricr-. femiic , S cndormlt à cause de son absence ; elle se fondit avec le temps comme le camphre dans une main fermée.

1002. Les ministres dirent au roi : «Kandarpa aspire à « exercer la souveraineté de Lôhara en l'ôtant au fds d'Utkar- « cha ». iicsi 1003. Alors le roi, prenant la résolution de metti^e vite à

"I damné

"""f' mort l'ami, dépêcha, avec une armée, un ordre et un glaive, appelé asidhara « ayant le tranchant d'épée ».

1004. Ces deiLx choses étant arrivées, Kandarpa, sachant l'instruction qui avait été écrite pour sa perte, terrifié, la face détournée, semblait avoir l'esprit dérangé.

1005. Le roi, dans le temps de jeu et d'amusement, exer- çait d'abord d'une main douce ; puis son tranchant d'épée se leva contre son ami.

1006. Alors, après avoir blessé sa main, il la lui frotta doucement avec le bout de son pouce, de manière que celui-ci tombait dans l'erreur comme un oiseau englué.

1007. Et le roi Anantarâdja, s'étant rendu auprès du prince Kandarpa, l'ordre fut enfin lu par lui dont l'àme était plongée en détresse et accablée.

1008. Kandarpa dit : «Que le roi, ainsi disposé, ne m'expé- «die pas de cette manière, mo.i, son parent; si, ensuite, il «me donnait un fort, j'irais dans un autre pays. »

LIVRE SEPTIEME. 111

1009. Ayant assemblé