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PRECIS
LA GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE.
TOME VIII.
PRECIS
DE LA
GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE^ ...
OU :
»ESGRIPlIO]V DE TOUTES LES PARTIES DU MONDE
SUR UN PLAN NOUVEAU, d'après les grandes divisions naturelles du globe ;
rSBCBDBB
DE L^HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE CHEZ LES PEUPLES ANCIENS ET ftlODEaNKS, ET D^UNE THÉORIE GENERALE DE LA GÉOGRAPHIE MATUBMATlv{UK,
PHYSIQUE ET POLITIQUE;
ACCONFACIIBB
Ue CARTBfl, DB TABLBAUX AlfALTTIQUBS , STKOFTIQUBS , STATUTIQCB5 BT KLKMBNTAIBKt , Br d'vKB TABCB ALFHABBriQUB DBS NOMS DB LIBUX, DB MOHTAOHB8 , DB BITtîtllB* , elc.
PAR MALTE-BRUN,
NOUVEIiIiE lÊDITIOW ,
Revue, corrigée, mise dans uo nouvel ordre, et augmcnCée ' ■■ ' ^-- -A ^ I
de toutes les nouvelles découvertes, ,
■ :te , |ïor iîl. J.-J.-n. I^uot,
ltrm)>re de plusieurs Sociétés savantes , nationale*» rt étrangères ; continuateur de ret ourrjge, ft l'un de» collaborateurs de rEucyclopédic nictiiodiquc et de l'Kncvclupéilie modenic , etc.
TOME HUITIÈME.
DEScRipTion ne l'aste occidentale.
PARIS,
AIMÉ ANDRÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR..
RUK CHRISTINE , K» I .
V* LE NORMANT, RUE UE SEINE, N' K.
1835.
PRECIS
DE LA
GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE^ :.:...
OU '
DESGRIPIIOIV DE TOUTES LES PARTIES DU MONDE
SUR UN PLAN NOUVEAU, d'après les grandes divisions naturelles du globe ;
rSBCBDKB
PE L^UISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE CHEZ LES PEUPLES ANCIENS ET MODERNES, ET d'aune THEORIE GENERALE DE LA GEOGRAPHIE MATUBMATlv{UK,
PHYSIQUE ET POLITIQUE;
ACCOMPACIIBB
lie CARTB5, DS TABLBAUX AlfALTTIQVBS , STKOFTIQUBS , STATUTIQUBS ET ELKMBNTA1BK5 , UT D*UKK TABCB ALFHABBTIQUK DBS NOMS DB LIBUX, DB MOHTAOHB8 , DB BIVtKRBS , e(C.
PAR MALTE-BRUN,
NOUVEIiIiE ÉDITIOW ,
Revue, corrigée, mise dans UD nouvel ordre, et augmcnCée - ' ' ^ '' i ^/ /
de toutes les uouvelles découvertes,
par Û\. J.-J.-n. I^uot,
M<*iulire de plusieurs Sociétés savuutes , nationales ot ét^ang^res ; continuateur de cet nurrjge, et l'un de» col lalio rate urfc de rEncjrclopédic niétliodic|uc et de l'Kucjrclopédie iiiodonie , ei(>.
TOME HUITIÈME.
DESCRIPTION DE LASTE OCCIDENTALE.
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PARIS,
MTVIÉ ANDRÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR.;
RUK CHRISTINE , K® 1 .
V' LK NORMANT. RUE 1)R SEINE, N' K.
1835.
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AVERTISSEMENT
DU CONTINUATEUR
SUR CE HUITIÈME VOLUME.
La. description de l'Asie, telle qu'elle était connue en 1 8 1 1 , époque à laquelle elle parut dans ce Précis , est si différente de ce que l'on sait aujourd'hui sur cette antique et importante partie du globe, que nous avons dû nous résoudre , d'après les conseils de MM. Klaproth , Reinaud et d'autres savans dont les lumières nous ont été si utiles, à refaire presque en- tièrement tout ce qui concerne les régions que nous offrons dans ce volume , et à être extrêmement sé- vère sur le choix 4es passages du texte de Malte- Brun qui pouvaient être conservés. Nos additions et nos changemens sont tellement nombreux , que plus des deux tiers du volume nous appartiennent.
Nous avons consulté non-seulement des ouvrages que Malte-Brun n'avait pu connaître et les publica- tions les plus récentes, mais aussi plusieurs voyageurs et savans distingués. Les voyages de M. Fontanier et de M. Schulze , dans la Turquie d'Asie ; ceux de M. Botta et de M. J. Buckingham dans la Syrie et la Palestine; ceux de J. Burckhardt, de M. Riip- pell et de MM. L. de Laborde et Linant dans TArabie; ceux de M. A. Jaubert, de M. Ker-Porter*, de Moi ier, d'Ouseley, de Johnson, de Rinneir en Perse, et le
VI AVERTISSEMENT DU COITTINUATEUR.
Mémoire de M. de Hammer sur ce royaume; les voyages de Pottinger et Christié; de M. Burnes, de Mountstuart-Elphinstone , chez les Afghans ; de G. de Meyendorff , de M. Mouraviev, de M. de Hum- boldt dans leTurkestan; et plusieurs autres ouvrages plus ou moins récens , tels que les nombreux Mé- moires de M. Klaproth sur cette partie de l'Asie, nous ont offert une foule de matériaux. Mais nous avons dû en user avec modération, pour ne point dépasser les bornes que nous nous sommes imposées dans ce Précis.
Les conseils de plusieurs autres savans nous ont encore été d'un grand secours : ainsi un voyageur français, M. de Rienzi, qui a passe de longues années en Asie, et qui en est revenu tout récemment, a pu nous donner quelques détails sur l'Arabie; et M. Jouannin, premier secrétaire interprète du roi, a bien voulu jeter un coup d'œil sin* notre description de la Perse, pays qu'il a parcouru et dont il connaît si bien les mœurs, la langue, les resso4irces et la civilisation.
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PRECIS
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LA GÉOGRAPHIE
DNIVERSELLE.
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LIVRE CENT VINGT-UNIÈME.
Description de l'Asie. — Gëndralitës sur cette partie du Monde. •—Montagnes, fleuves, mers et golfes. — Tempe'rature. -^Pro- ductions. — Habitans. — État civil et politique.
« Rien ne prouve que les anciens peuples asiatiques aient reconnu ces grandes divisions du globe que nous appelons parties du monde, ni qu'ils aient désigné celle où ils de- meuraient sous le nom diAsie. La conjecturée du savant Bocharty d après laquelle ce nom viendrait d'un mot hé- breu ou phénicien (i) , qui dénote le milieu^ n'a donc aucun fondement historique. 11 faut en dire autant des spécula- tions de quelques étymologistes sur le rapport mystérieux qui semble exister entre le nom de l'Asie et le mot As^ par lequel plusieurs nations européennes désignent en général une divinité (^). Tenons-nous à des faits certains : le nom d'Asie désignait, selon Hoînère, Hérodote et Euripide (3) , une contrée de la Lydie qu'arrosait le Caystre, et où même
•
(0 Bochart, Pîialeg,, IV, c. 33. — (») Comp. Bayéi'y Comment. Pe- tropolit. V, 334. — W Voyez notre vol. I, pag. 4^ ; ajoutt'Z Eiuip. Bacch». y. G4.
VllI. 1
a LIVRE CENT VINGT-CNIEME.
des géographes d'un âge postérieur connaissuient une tribu A'Asiones et une ville A'j4sta. XI paraît naturel que les Grecs aient étendu peu à peu ce nom d'une seule province à toute l'Asie mineure , et ensuite aux autres contrées orien- tales , à mesure qu'ils en eurent connaissance. C'est ainsi que les Français ont étendu à toute la Germanie le nom du duché A' Allemagne ; c'est ainsi que l'ancien canton A'fla/ia, resserré dans un coin de la Calabre, a donné son nom à la grande péninsule dont il ne formait qu'une por- tion peu considérable.
■ Les limites de l'Asie sont en partie naturelles et con- stantes, en partie susceptibles d'être contestées. Au sud- ouest, le détroit de Babel-Mandeb et le golfe d'Arable la séparent de l'Afrique , k laquelle l'Isthme de Suez la rattache sur un seul point. Vers l'occident, la mer Méditerranée, l'Archipel , les détroits des Dardanelles et de Constanti- nople , la mer Noire et le détroit de Caffa , forment la sé- paration de l'Asie et de l'Europe ; mais depuis le détroit de Caffa ou K.efa jusqu'à celui de Vaïgatch , près de la Nou- ▼elle-Zemble ou Nouvelle-Zemlé, la frontière devient in- certaine. On suit communément l'opinion de la plupart des anciens, qui regardaient le Tanaïs, aujourd'hui le Don, comme la limite naturelle des deux parties du monde ; mais le cours tortueux de ce fleuve, dont les anciens n'avaient que des idées vagues, a conduit les géographes dans un labyrinthe d'opniions contradictoires!')- Les uns ont tiré une ligne de l'embouchure du Don à celle de la Dvina, dans la mer Blanche ; les autres ont dirigé cette ligne sur l'embouchure de l'Obi j l'un et l'autre système n'a pour base que le bon plaisir de ceux qui les ont proposés. Les académiciens de Pétersbourg ont enfin démontré le prin- cipe désormais Incontestable , que la chaîne des monts
Cl Vojnx le« cirlci <le Sanmn . ,\e DelisU, tV llommm , ric.
ASIE : Généralités. H
Ourals ou Ouralieos marque la sépai-aùon naturelle de l'Eu- rope et de l'Asie septentrionale. Déterminé à lier cette limite, aujourd'liui gcnéralemenl adoptée, avec les droits imaginaires iju'un ancien préjugé accordait au fleuve Ta- naïs , le savant Pallas a essayé de tracer une ligne de dé- marcation qui, en suivant le contour do ces vastes plaines «alines dont la mer Caspienne est bordée au nord , laisse en Asie les gouvernemens russes d'Orenbourg et d'Astra- khan, et, franchissant le Volga à Tzaritsyne, vient se con- fondre avec le Don (']. Cet arrangement de Pallas offre l'inconvénient de partager le cours d'un grand fleuve entre deux parties du monde, et de ne se rapporter en général qu'à des circonstances naturelles, à la vérité, mais trop peu marquantes pour avoir de l'influence sur la géo- graphie, v
On pourrait fixer la frontière de l'Asie par la ligne qui termine l'isthme du Caucase au cours du Manytch et de la E.ouma (3). On pourrait, avec quelque raison aussi, la fixera la ligne qui, partant de l'extrémité méridionale de la chaîne de l'Oural, suivrait en ligne directe la rive droite de l'Oural jusqu'à la rive gauche du Volga , descendrait au sud avec ce fleuve, le traverserait au coude qu'il forme pour aller se jeter dans la mer Caspienne , passerait aux sources du Manytch, et longerait le Terek jusqu'à son embouchure. On placerait ainsi en Asie de vastes terrains qui entourent la mer Caspienne, et qui sont au niveau ou au-dessous même du niveau de l'Océan. Mais il est encore plus rationnel et plus conforme aux principes géographiques de choisir pour limite la ligne de partage des eaux ; celte ligne est nécessairement la crête du Caucase. Ainsi , depuis cette chaîne, les côtes occidentales de la mer Caspienne
CO Cominentarii Petropol. I, Plan d'une description de la Russie. fuUas, Observ. sur les montagnes, de.
(') CAait ceire limite qu'aTaif adoptée Mnlle-Brun.
r
4 r.lVllE CENT VIKGT-ONlîiMF.
nous marqueront la frontière de l'Europe jusqu'aux bouches de la grande rivière d'Iaïk , à laquelle Catherine II a donne le nom plus géographique d'Oural, Ce fleuve, en nous conduisant aux montagnes du même nom, complétera le système des limites naturelles que nous cherchons à dé- terminer.
■■ Depuis le détroit de Vaîgatch, la mer Glaciale borne l'Asie. Cette partie du monde est parfaitement séparée de l'Amérique septentrionale par le détroit de Bering. A commencer par ce détroit, le grand Océan (ou l'océan Pacifique) forme la limite orientale de l'Asie. Les îles Alcoutiennes , et celles qui en sont voisines, doivent ap- partenir à l'Amérique, n'étant qu'un prolongement de la presqu'île d'Alaska.
" Mais quelle frontière donner a l'Asie vers le sud-est.'' Faut-il suivre les anciens erremens? Faut-il dire que les îles Mariannes, les Philippines, les Moluques, Célèbes, Bornéo et Java, font partie de l'Asie, tandis que la Nou- velle-Guinée et la Nouvelle-Bretagne ne lui appartiennent pas? Il n'y a aucune limite naturelle dès qu'on entre dans cet immense archipel qui s'étend entre le grand Océan et l'Océan Indien. Nous ne pouvons nous empêcher de voir dans le détroit de Malacca et dans le passage entre les Philippines et l'île Formose, la frontière la plus naturelle de l'Asie. Toutes les îles ù l'est de cette séparation , jusqu'à la Nouvelle-Zélande et aux îles de la Société, forment évidemment une cinquième partie du monde, de laquelle la Nouvelle-Hollande est le tronc principal. Un coup d'œil sur une carte moderne de la mer du Sud suffira pour con- vaincre tout homme instruit de la vérité de celte idée, et des avantages qui résulteront de son adoption pour la distribution nréthodique des descriptions géographiques.
« Au sud , l'Océan Indien sépare l'Asie de l'Afrique , en sorte que les îles Maldives appartiennent à l'Asie; celles
ASIE : Généralités. 5
de France, de Bourbon et de Malié, à l'Afrique; quoique { dans ridionie des oommercans et des navigateurs français , on parle quelquefois de ces dernières îles comme si elles faisaient partie des Indes orientales. L'île de Socoiora, qui incontestablement appartient à l'Afrique, est cependant, dans beaucoup d'ouvrages, décrite comme étant en Asie.
■ Circonscrite dans les bornes que nous venons d'in- di^er, l'Asie offre, avec ses Iles, une surface qu'on peut évaluer à 2,100,000 lieues geogiap biques cairees, ou t^,i58,525 myriamèlres, c'est-à-dire plus de cinq fois la iluperficie de l'Europe, La plus grande longueur de cette <:;partie du monde, prise obliquement depuis l'isthme de Suez jusqu'au détroit de liéring, est de aSgo lieues, ou io63 myriamètres. Prise sous le 3o^ parallèle de Suez a rjjïanking, sa longueur n'est que de 960 myriamètres; sous lie 40*^ parallèle, du détroit des Dardanelles à la Corée,, ■y^e est de g65 myriamètres; et sous le cercle polaire, de :S69 myriamètres. La larg«ur' du' nord.au:Sud se mesure «ntre le cap Comorin dans l'Inde, et le cap Taïmoura en iSibérie, et s'élève à 68a myriamètres. Sa plus granile lar- geur depuis le cap Severo-Vostotchnoï jusqu'au cap Rn- mania, à l'extrémité de la presqu'île de Mtilacca, est de iSaS lieues ou de 812 myrianjètres. Il résulte de ces diy mensîons que la principale masse du continent de l'Asie <est située dans la zone tempérée septentrionale. Ce qui se |.irouve dans la zone torride nous paraît former ^ du total : «seulement ~ se trouve au-del.i du cercle polaire; mais ^'autres circonstances physiques étendent presque sur la (bioiUé de ce continent l'influence du froid polaire. lA '■ I^UF nous former une idée exacte des températures m opposées qui régnent en Asie, commençons par décrire •ses principales cbaînes de montagnes , qui nous serviront lenftuite à distinguer les grandes régions phy.siquos dans les- quelles la nature ellc-niênic a partagé cet [opartie<lu monde. ».
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6 LIVRE CEHT VIMGT-tlNIEalE,
M. de Humboldt divise en quatre systèmes les montagnes de l'Asie centrale: celui de V Altaï, celui du TAian-c/uin , celui du Kouen-loun et celui de X Himalaya, Mais d'après les renseignemens mêmes qu'il donne sur leur direction , tout nous porte à les considérer seulement comme quatre par- ties distinctes d'un même système (i)i que nous nppelons Himalayen.
Le système Himalayen est non seulement le plus consi- dérable de l'Asie, mais du monde entier. Examinons sépa- rément les parties qui le composent.
C'est seulement depuis le voyage que M. Al. de Humboldt a fait en 182g dans l'Asie septentrionale, que les observa- tions de ce savant ont jeté quelque lumière sur les mon- tagnes auxquelles on donne le nom d'Altaï. On les a regar- dées à tort comme formées de deux chaînes distinctes auxquelles les géographes européens ont donné arbitraire- ment les noms de Grand et de Petit- Altaï, distinction inconnue aux habitans des régions qu'occupent ces mon- tagnes.
(■} fjl i83(i, noua avons insëré dam la contiDualion que nous avons faite de la Géographie physique lia l'fi'iicj'c/opeifl'e méthodique , à l'article Système , une clas^ificniion de toutes les montagnes du globe, dan» laquelle nous partagions les montagnes de l'Asie en quatre grands sys- tèmes : VHimalayen, l'Indien, Is Caucaàque et X Arabique, rtous igno- rions à cette époque le> observations que M, de Humboldt venait de faire , par lesquelles il est évident que les monts Durais ne se rallachent à aacuii de ces systèmes. En ce sens notre classificalion doit être modiliëe. M. A. Balbi, qui s'est montré li susceptible en se plaignant dans son Abrégé de Géographie de ce ijue nous ue l'avions pas assez fréquemment cité dans le Traité étémeiUaïre de Géographie que nous ovons rédige en commun d'après le plan de Malte-Brun , aurait dû prévenir te public , dans son Atrégé foblié en i833, qu'il nous empruntait notre division des montagnes de l'Asie, sauf les rectiGcationa indiquées par M. de Huroboldt dans ses Fragment de Géologie H de Climatologie atia- tiquei, et sauf quelques noms qu'il a cru devoir changer. Ainsi il appelle cet syatémes Altaï-HimaUja , Indien, T'auitt-CaucastVn Arabii/tK et Ouralien. ■ « "-.u " ' 'I 1 i[i i.t.iH. ... .1,,,
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ASIE : Généralités. -^
Xje groupe de l'Altaï entoure les sources de l'Irtyche et du leniseï : à l'est il prend le nom de Tangnou , relui de monts Sayaniens entre les lacs Kousoukoul et Baïkal; plus loin celui de Haut-Kentaî et de monts de Daouriej enfin BU nord-est il se rattache au lablonnoï-khrebet ( chaîne des Pommes) et aux monts Aldan, qui se prolongent le long de la mer d'Okhotsk.
Selon les géographes chinois, ainsi que le prouve la description de l'Altaï, traduite de la grande Géographie de la Chine par M. Klaprolh , l'Altaï s'étend sur une longueur 3000 li, ou environ 35o lieues; plusieurs branches, dont quatre principales, s'en détachent. Ainsi Ton voit, par passage, que les Chinois comprennent aussi sous la 'dÂiominiition d'Altaï un groupe de montagnes ; car l'Altaï 'proprement dît occupe à peine un espace de 7 degrés de longitude de l'ouest à l'est, c'est-à-dire une longueur de ïiS lieues. 11 s étend, dans sa largeur moyenne , entre le lio'' degré de latitude et le 5i' 3o'; mais en y comprenant les chaînes qui en dépendent , il occupe l'espace qui sépare \b 48" et le Si" parallèle,
■I Lenomd'Allaïestturc;en mongol on le nomme Altaiin- ;DDla , c'est-à-dire Mont-d'Or; les anciens Chinois l'appellent .&în-chan , nom qui a la même signification. Il est probable .^e cette dénomination de Mont-d'Or lui vient de l'abon- i4ance de ce métal , abondance qui était beaucoup plus ^prande jadis qu'aujourd'hui , à en juger par la quantité qu'on 4n trouve dans les anciens tombeaux que l'on remarque jiAans les vallées qui se dirigent vers l'Irtyche supérieur. * C'est dans la chaîne que les géographes nomment Grand- lAltaï que se trouve , sous le 46^ parallèle , une cime appelé* m mongol sommet de l'Altaï ( Alta-iin-nîro) : est-elle, cx>mme l'indique son nom, le point culminant du groupe? cent ce que l'on ignore encore. Elle aurait alors au moins 11,000 pieds de hauteur, puisque le sommet, appelé lyiktou
O LIVRE CEST ViWGT-tlNIEME.
(Mont-de-Dieti), et en kalmotik Alastau (Mont-Chauve), sur la rive gauche de la Tchouïa, puraît s'élever, suivant M. lîuiige, à jirès de 10,800 pieds; la cime d'italitzkoï a 10,068 pieds, et le Tagtau environ gSoo. Le Tangnou doit âtre aussi très-haut, puisqu'il est toujours couvert de neige. Ces montagnes paraissent d'autant plus élevées, que les plaines qui leur servent de hase le sont peu; ainsi, celles qui s'étendent au sud du lac Dzaïsang, et au nord du lac Balkachi, ne sont pas ù plus de 1800 pieds au-dessus du niveau de l'Océan. Au nord du lac Dzaisang elles n'ont que i5oo pieds, et plus loin, sur les hords de l'Irtyche, elles n'ont que 1100 pieds; enfin, près de Barnaoul, sur la live gauche de l'Obi, elles n'ont pas 370 pieds.
Entre le 5o* et le Cig" parallèle, se prolonge de l'est à . l'ouest, sur une étendue de 260 lieues environ , une chaîne qui va se terminer dans la steppe des Kirghiz, tandis que sur nos cartes on étend cette chaîne de l'Altaï sous les noms d'Aghidin-tsano ou AIghidin-chamo jusqu'aux mon- tagnes de l'Oural. Ce qui a fait naître cette erreur dans le tracé d'un prolongement imaginaire qui s'étend à l'ouest, presque au double de la réalité, c'est qu'au milieu de collines de 5 à (>oo pieds de hauteur s'élèvent brusquement, çà et là, à 1000 ou 1200 pieds au-dessus de la plaine, des sommets isolés qui trompent le voyageur peu accoutumé à mesurer les inégalités du terrain, et qui lui font croire à l'existence d'une chaîne importante.
Ce que cette chaîne altaïque offre de i-emarquable inté- resse principalement la géognosie ; elle a été soulevée à travers une fissure qui forme, suivant M. de Humboldt, la ligne de partage des eaux, entre les alTluens du Sara-sou au sud , dans la steppe , et ceux de l'Jrtyche au nord. C'est de cette fissure, qui suit la même direction sur une étendue de 16 degrés de longitude, que sont sortis ces granités disposés en couches sans alternances de gneiss, et sans
ASIE : Généralités. <)
même faiie aucun passage à cette roche. Ces schistes argi- leux et traunialiques(grauwaclie), en contact avec les dîa- bases, renferment des pyroxènes, des roiiches de jaspe, des roches calcaires compactes de transition , et devenues grenues; enfin une partie des mêmes su bstîinces métalliques que l'on trouve dans le Petit-Altaï, d'où part celte fissure, c'est -à-dii-e la galène argentifère ( montagne de Kourgan- tagh), Ja malachite, le cuivre natif et tn dîoptase ( Allyn- touhé ou colline d'Or). D'un autre côté , c'eat-à-dire au nord du lac Dzuisang, entre la forteresse de Boukhtarma et la petite ville d'Oust-Kanienogorsk, rirlyche traverse la chaîne que les géographes appellent le Petit-Altaï, et remplit une iiimiense fissure , un véritable filon ouvert, ou , plus exacte- ment, une faille. C'est dans cette vallée longitudinale que M. de Hnmbokit a trouvé le granité répandu sur les schistes argileux.
A l'est de l'Irtychc, et non loin des hords de l'Obi, s'é- tendent plusieurs rameaux de l'Altaï. Celui que les Russes ■ nomment Kolyvan est composé, suivant les détails publiés dans le Journal des Mines, imprime à Saint-Pétersbourg en i83t , de stéascliiste , de schiste argileux, de calcaire, de quarz et de diorite ; on y trouve aussi des grès houil-
I' lers. Les sté.ischistes , les scliistes, le calcaire, le quarz et la diorite sont riches en liions d'argent ot de plomb : tes mon-
■ tagnes que forment ces roches n'atteignent pas plus de a8oo piedsj leurs flancs sont couverts de dépôts diluviens auri- fères. Deux autres rameaux, les niAits Salaîr et les monts Khoksoun , composés à peu près des mâmea roches que les monts Kolyvan , renferment paiement des richesses métal- liques : les premiers des sables aurifères, et les seconds des mines d'argent. M. de Humboldt porte à 70,000 marcs la quantité d'argent fin que fournissent lf:s exploilalions de l'Altaï, et à i<)oo marcs celle de l'or de lavage; mais il est probable que ces produits :uif;mciiteronL par la dé-
fi LIVRE CENT VINGÏ-TINIBM E.
s'y trouve que des cols qui, depuis les temps les plus anciens , ont ëte fréquentes par les armées et les caravanes : l'un , au sud , est entre Badahkcban et Tchitrnl ; l'autre , au nord, est à l'est d'Ouehi aux sources du Sihoun.
La chaîne du Uolor, en unissant le Thian-chan au Kiien- litn ou Kouen-loun , appelé aussi Koulkouu, forme avec ces deux chaînes un seul groupe. La partie la plus voisine du Bolor porte le nom de Tksoung-Hng , c'est-à-dire monts des Og nous rm montagne!) Bleues., car T/tsoiing^ en chinois, signifie à la fois ognon et bleu ; mais la significa lion d'ognon est la plus exacte, puisque l'ognon sauvage est très-com- mun dans ces montagnes; il y forme même des touffes sur lesquelles il est dangereux de marcher, surtout dans les chemins escarpés, parce qu'elles rendent le pied glissant et font tomber les voyageurs et les hôtes de somme. Ces montagnes sont remplies de glaciers et couvertes de neiges profondes. Les routes qui les traversent sont raides et diffi- ciles. Le Thsoung-ling est riche en rubis , en lapis-lazuli et en turquoises.
L'Hindou- A o/t paraît être la continuation occidentale du Thsoung-ling ou du Kouen-loun; c'est une chaîne consi- dérable qui part du mont Bolor et se continue de l'est à l'ouest jusqu'au-delà de Téhéran, au sud de la nier Cas- pienne. ,
Du Thsoung-ling , le Kouen-loun se dirige de l'ouest à l'est, sous le nom d'Oneoula, au-del;i des sources du Houang-ho o\i fleuve Jaune , et pénètre avec ses cimes nei- geuses dans la Chine proprement dite. Au nord , et presque sous le méridien de ces sources , se trouve le K/ioufrhaunoor ou /ftf B/eii, qui n plus de aS lieues de longueur et 7^ de circonférence : il donne son nom au pays au milieu duquel il est situé , et aux montagnes qui le bordent au nord , et qui vonts'appuycr sur la chaîne neigeuse des iV'ïHt/in/*, hi/iatt- r/ifrn et Aln-rlian-iioln , en chinois Uolrin, (pii s'élèvent nu
ASIE : Généralités. i3
Dord du Houang-ho. Entri; ces chaînes ei celles du Thian- chan , les montagnes du Tangotit boroent au nord le haut désert de Gobi.
Au sud de la chaîue du Bolor s'étend c&}\eA%\' Himalaya, qui se dirige généralement du nord-ouest au sud-est. Mais bien qu'il ne soit pas parallèle au Kouen-loun, il s'en rap- proche tellement sous le 70" degré de longitude, qu'il semble ne former qu'une seule masse avec l'Hindou-kho et le Thsoung-hng. Le sommet le plus remarquable de l'Hi- malaya est le Tchnmoidari, qui parait dépasser de plus de 20 mètres la hauteur du Dhavaladgin , qui en a 8556. On le distingue des plaines du Bengale à plus de 8u lieues de distance. Le nom de Dbavaladgiri signifie Mont-Blanc; il est composé des deux mots sanscrits dltavala, blanc, et àgiri, montagne. Le Djavnhir vient ensuite : il a 7847 mè- tres. M. Bopp présume que dans ce nom la finale hir rem- place dgin, Djava signifie vitesse. Tout le monde sait aujourd'hui que les cimes de l'Himalaya sont les plus hautes du globe ; mais la température de certaines locahtés y in- dique de profonde.'i dépressions du sol : ainsi la douceur des hivers et la culture de la vigne dans les jardins de H'iassa annoncent l'existence de vallées profondes et d'affaisse- mens circulaires. Du mont Aaïlas, en tibétain Gang-desri (mont couleur de neige J, Je mont Kentaisse des cartes de d'Anville, partent la chaîne de Kara-Koroum-Padicha (jui se dirige au nord-ouest, les chaînes neigeuses de Hor ou Khor, el de Zznng ou Dzaiig. Le Hor se rattache au Kouen-loun en passant près du Tengn-noor ( lac du Ciel ) , plus considérable encore que le Khoukhou-noor. Le Zzang, , plus méridional, borde la longue et profonde vallée dans l laquelle coule le Dztiiig-bo ou Tsampou, (leuve qui, selon LjU. Klaprotli, est identique avec l'Iraouaddy.
Au sud du mont Kaïlas, à l'est du Djavahir, et à la nais- ■ aance delà chaîne du D^ang, on remarque deux lacs situés
r
l4 LIVHE CENT VINGT-UHIÈME.
à peu de distance l'un de l'autre. Le plus méridional , appelé Manassorovar o\i MaphaiH-dal/ù , long de 5 lieues et large de 4i est, aux yeux des Hindous, le lieu de pèlerinage le plus sacré; les Tibétains y viennent de très-loin pour y jeter une partie des cendres de leurs amis. On recueille sur ses bords le meilleur borax du Tibet ; ses environs sont riches en lapis et en dépôts diluviens aurifères très-riches, que le gouvernement tibétain ne laisse point exploiter. Ses eaux limpides s'écoulent dans l'autre lac au pied du Kailas. Celui-ci, nommé Rauana-krada ou Lanha, est plus consi- dérable : il a 8 lieues de longueur sur 3 de largeur , mais il n'offre rien de remarquable.
Entre les méridiens de Gorkha et de H'iassa, la chaîne de l'Himalaya envoie au nord , vers la rive droite du Dzang-bo, plusieurs rameaux couverts de neiges perpé- tuelles dont le plus haut est le Yarla-Chamboi-gangri , c'est-à-dire , en tibétain , la montagne neigeuse dans le pays du Dieu existant par lui-même. Cette cime est à lest du lac Yamrouk-youmdzo , ou plus correctement Y ar-hrok-you- mtkso^ que nos cartes nomment Pa/(e, probablement du nom d'une ville située au nord, que les Tibétains nomment Bhaldi; ce lac ressemble à un anneau , parce qu'une île en occupe le centre et presque toute l'étendue.
La chaîne de l'Himalaya est composée de granité, de gneiss, demicaschite avec disthène, et d'amphibolîtes con- nues sous les noms de diorite et de granstein primitif . Lors- qu'on examine la constitution géognostique de cette impor- tante chaîne , entre les méridiens du lac Manassarovar et le glacier des sources du Gange, on est frappé, dit M, deHum- holdt, de la ressemblance parfaite qu'elle offre avec celle des Alpes dans les environs du mont Saint-Gotliard (')■
Le système himalayen s'étend jusqu'aux exti'emités orien-
(') M. Al. dt Humboldi : De (juclqucs phénomènes physiques et géo- logiques qii'nffrcnl les Cordilièrei (les Ancien de Qiiilo et la purlie otfi-
ASIE ; Généralitéi. i5
taies Je l'Asie, ait sud-est comme au nord-est. C'est une de ses chaînes qui va former la presqu'île de Malacca, tandis qu'une autre se termine au bord du May-kang ou May- kaoung sous le nom de Kimoys. A 1 est , une autre chaîne auJt sommets neigeux traverse la Chine et donne naissance à nie de Formose. C'est probablement un prolongement semblable appartenant au Thian-chan qui va former la presqu'île de Corée et les îles du Japon.
Cet immense système présente des volcans dans quelques points et des roches volcaniques à l'ouest comme à l'est , au nord comme au sud. Nous avons vu que le volcan <\'Aral- toubè appartient au groupe de l'Altaï ; le Pé-chan on Mont- Blanc, appeléaussi Ho-ckan et Aglde, c'est-à-dire montagne (le Feu, dépend de la chaîne du Thian-chan : on le nomme aujourd'hui Khalar; mais son nom turc est Echik-lack, ou tête de chamois. Des relations qui ne sont pas très- anciennes, entre autres celles des missionnaires, nous mon- trent ce volcan vomissant sans interruption du feu et de la fumée. Au sud de cette montagne, les flancs du Thian- chan sont remplis de cavernes et de crevasses d'où l'on tire une grande quantité de sel ammoniac ; suivant une des- cription de l'Asie centrale, publiée à Peking en 1777, ces ouvertures sont remplies de feu au printemps, en été et en automne, de sorte que pendant la nuit la montagne paraît comme illuminée par des milliers de lampes. Alors per- sonne ne peut s en approcher. Ce n'est qu'en hiver , lorsque la grande quantité de neige amortitle feu, que les indigènes travaillent à ramasser le sel ammoniac. Ce sel se trouve dans > les cavernes sous forme de stalactites (i}- A l'ouest et à 45 milles du Pé-chan, entre la chaîne du Thian-chan et celle
dentale de l'Himalxya ; Mémoire lu a l'académie des sciences de l'Insititul les 7 et 14 mars iSiS.
(0 Passage cité par M. de Humboldt dan» ses Fragroen» de géologii' *l de climatologie asiatiques.
6 L[Vr.£ CEST VIlïGT-DNtKilir.
del'AJa-tau, le lac appelé en kabiiouk 7 emourtou, c'esL-n-iiivti le l'eri'ugineiix, en kirghiz Touz Koul, en chinois YanrHai ou le lac salé, et en turc Issi-Koul, le lac clïâud, a i^ à iS lieues de longueur sur 6 à 7 de largeur. Au sud de la cliaîne du Thian-chan se trouve le volcan de Tour-fan, ap- pelé aussi Ho-tckeou du nom d'une ville jadis située auprès et aujourd'hui détruite.
Depuis que M. de Huniboldt a fait remarquer qu'il n'existe aucmiechaîneservantdeliaison entre TAItaï et l'Oural, cette chaîne doit être considérée comme formant un système, auquel nous donnerons le nom d'ouralie/i , que nous avions donné à l'ensemble des rameaux del'Oural lorsque nous le considérions comme un groupe. Ce système se compose des monts Ourals proprement dits, qui se distinguent du nord au sud en Monl-Poycis , Ouinl Verkholourien, Oural d'Ieka- terinbourg et Oural BaclJdnen. Les rameaux qui s'en détachent sont peu élevés et portent les noms de monts Obtckei-sfrt, Iliiieii, Goul/erlirwk , en Europe, et ceux de Moughodjar e\. d'Oust-Ourl en Asie.
On a considérablement exagéré la hauteur des cimes de ce système. Non seulement, dit M. Ferry ('), qui l'a par- courue, la chaîne entière est peu élevée an-dessus du ni- veau de la mer, mais elle le paraît encore moins qu'elle ne l'est réellement. Cette illusion est l'efl'et de la grande lar- geur de la chaîne qui couvre partout un espace de plus de 5o lieues. On uy trouve point les précipices, les cascades, les torreiis, les grands traits qui caractérisent les montagnes très-élevées. On peut ajouter que des opérations récentes de nivellement ont réduit à iia3 mètres ta hauteur de lo'ij toises que l'on avait l'habitude d'accorder au Pau- diiiskoi-Kamen. Cependant les recherches géologiques faites
(I) Vojci l'article Ourah {monts), ibns la Gto(((Hpliit pliysiqui! ilc rKncjclopédie mëtliodifiui! , l'ini. V.
ASIE ; Généralités. ly
en 1828 par MM. E. Hoffmann et G. tle Helmersen dans la partieméridionaledes monts Ourals, prouvent que la chaîne occidentale qui est la plus élevée atteint 35oo à 4ooo pieds { II 37 à 1299 mètres).
Cette partie des monts Ourals est composée de trois chaînes parallèles dirigées du nord-est au sud-ouest, et sé- parées par deux vallées dont la plus large est celle de l'Ou- ral ou de rialk. La chaîne occidentale est composée de gra- nité, de gneiss, de micaschiste et d'une roche essentielle- ment siliceuse appelée quarzite, La £e/ûi'n , rivière de 200a aao lieues de cours, la traverse pour aller se jeter dans la Kama; il en est de même de VOuJà qui parcourt un espace d'environ i3o lieues et qui est le principal affluent de la Belaïa. UOuï, rivière de 70 lieues, et plusieurs autres moins considérables traversent les monts Umen. ISIaik ou \ Oural est un fleuve dont le cours tortueux a plus de 700 lieues de longueur. Dans sa partie supérieure , ses bords sont hérissés de rochers escarpés et très-hauts , formés de serpentines et de diorites aurifères ; mais en s'approchant de la mer Cas- pienne ils deviennent plats et ses eaux serpentent à travers des steppes arides et couvertes d efflorescences salines. C'est par plusieurs bras, dont trois principaux, qu'il se jette dans la mer. Aux approches de l'hiver, ce fleuve devient extrê- mement poissonneux. On croît que l'Oural est le Rhymnur des anciens.
Dans la chaîne orientale dominent des gi'anites riches en beaux minerais de fer et de cuivre. Les monts llmen, com- posés principalement de granite-gneiss au milieu desquels se trouvent des syénites, des pegmatites, des quarziles et des calcaires grenus, ont été signalés depuis peu comme ren- fermant de très-gros zircons et corindons : quelques uns de oeux-cî en prismes hexaèdres ont jusqu'à 3 pouces de dia- mètre. Sur les bords de la Belaïa, entre la chaîne occiden- tale et moyenne, et sur le côté oriental des monts Irendik^ Vlll. -1
\
ï8 LIVRE CEIÎT VINGT-DBIÈME.
on remarque l'association des roches de talc schistes, dio- rites et serpentines. Ces dernières roches, dans plusieurs localités , renferment des dépôts de cuivre et d'or ; cest à leur décomposition et à celle du schiste siliceux que sont dues les alhivions qui fournissent par le lavage la plupart de l'or que l'on tire de cette contrée. Elles sont ordinaire- ment situées dans des vallons entourés de sommités de dio- rite , roche qui passe à la serpentine. Quelques montagnes que nous n'avons point encore nommées, telles que celles de Ouackkovsk, sont granitiques; celles de Tackkou-targavsk et celles de Maldakavsk sont composées de diorites, de schiste talqueux et de granités à grain fin.
Les mines de fer sont extrêmement abondantes dans les monts Ourals : une seule localité suffira pour en donner iine idée. La montagne de Blagodat, située dans la chaîne orientale , sur le versant asiatique , est une butte conique d'environ 240 mètres de hauteur au-dessus de la petite rivière de la Kouchvn. "Sa forme arrondie, son sommet ■> conique et son isolement, la rendaient remarquable avant " que l'on eût commencé l'exploitation des mines qu'elle
■ recelait; et les travaux que l'on y a faits lui donnent une « forme encore plus pittoresque. Près de la moitié du cône « a conservé ses arbres et sa verdure; une partie de l'autre « moitié est dépouillée de la forêt qui la couvrait, et sillon-
■ née de chemins pour les diverses exploitations; le reste
■ de la montagne, depuis le pied jusqu'au sommet, est « taillé en gradins d'une hauteur prodigieuse , et disparaîtra 1 peu à peu sous les marteaux des mineurs. Mais des siècles «s'écouleront avant que l'on soit dans le cas d'attaquer les J parties de la montagne qui sont encore intactes. Cepen-
■ tlant, comme les forges de la Roucliva, de la Toura et
■ plusieurs autres tirent de Blagodat le minerai qu'elles
■ travaillent, la quantité de fer que cette montagne fournit ■• chaque jour s'élève à plus de 1000 quintaux et à peu près
ASIE : Généralités. iq
•> le double de minerai. La musse métallique dont la mon- 1 tagne est presque entièrement formée, s'enfonce au-des- ' sous du niveau de la rivière à une profondeur que la ti aonde n'a pas pu mesurer ; lorsqu'en suivant le mode
■ actuel d'exploitation, la montagne sera totalement rasée, dloin que la mine soit épuisée, elle n'aura pas même donné
• la moitié du métal qu'elle contient (<). ■ i
A l'est des monts Moughodjar commence une région sranarquable en ce qu'elle est dépourvue de montagnes et lie collines , et qu'elle est couverte de petits lacs jusqiie tiir les bords de l'Irtyche, c'est-à-dire jusqu'à la naissance de l'Altaï. Cette région comprend deux groupes principaux de ces lacs : celui du Balek-Kotd et celui du Kwini'Koul tu sud du précédent; elle indique, d'après M. de Gens, yhft ancienne communication d'une niasse d'eau avec le lac yUc-Sakal, encore plus au sud, et dans lequel se jettent le Shurgaï et le Kanùchloï-Irgkiz, rivières peu importantes, ainsi qu'avec le grand lao Aral. * C'est , ajoute M, de Hum-
■ boldt W, comme un sillon que l'on peut suivre au nord- test au-delà d'Omsk entre VJthim et l'Irtyche à travers la « steppe de ilaraba , où les lacs sont si nombreux , puis ou mord au-delà de l'Ob à Sourgout, à travers le pays des
■ OstJaks de lîerezof jusqu'aux côtes marécageuses de la «mer Glaciale. Les anciennes traditions que les Chinois
■ conservent d'un grand lac ji mer dans l'intérieur . de la
■ Sibérie, lac que traversait le cours du leniseï, se rap- " portent peut -être au reste de cet antique épanchement
• du lac Aral et de la mer Caspienne au nord-est. Le dfls- •< sèchement de la steppe de Baraba que j'ai vue en allatit de -Tobolsk à Barnaoul, augmente constamment par là cul-
■ ture; et l'opinion que M. Klaproth a énoncée relative-
.J>J Ftrry ! Article Onrals ( moula ) , dans la Géographie physique de l'ib^tlopéilie méthniiiqur:.
W Fragmi'ni de géolonic et dp climatologif asiatique. -
1
ao LIVRE CEffT VltfGT-UNtÈME.
■ ment à la mer amère des Chinois est de plus en plus «confirmée par les observations géognostiques faites sur « les lieux. Comme s'ils eussent été assez heureux pour de- «Tiner l'ancien état de la surface de notre globe lorsque
■ les cours d'eau et l'évaporation ne présentaient pas les -mêmes phénomènes qu'aujourd'hui, les Chinois nomment
■ la plaine salée qui entoure l'oasis de Hami, au sud du - Thian-ehan, la mer desséchée { Han-Hai ) 10- ■
Le systetHe cavcasique se compose de deux groupes distincts : celui du Caucase au nord , et celui du Taurus au sud. Le premier s'étend depuis la mer Caspienne jusqu'à la mer Noire; il est formé d'une chaîne dirigée du sud- est au nord- ou est. Un de ses rameaux au sud va se ratta- cher au second groupe , composé des monts Taurus qui se dirigent vers l'ouest , et des monts Ehend qui prennent ta direction du sud-est. On peut y rattacher aussi le groupe du i/ian, bien qu'il en soit séparé par la vallée qu'arrose l'Oronte. Si le versant européen ou septentrional du Cau- case ne présente que des vallées étroites arrosées par de nombreux cours d'eau, il n'en est pas de même du versant asiatique ou méridional : sur celui-ci le bauin du A'owr,
(0 M. Ktaproth (Mémoires relatifs à l'Asie, t. II, p 343) donne l'extrait ilu Yuan Kian loui han, grande cacyrtopédic raisonnëe, com- posée d'» près l'ordre de Khang hi par les liltéraleura du Han linj'aan, et publia en 1711 en i5o volumes. En voici un passage : ' Lieoutchhin « est éloigné de loooli ù l'ouest de Kbamil. La contrée est traversée par n une rivière considérable, mais le terrain est sablonneux et aride, et n manque d'herbe et d'eau; de aorte que les chevaux et les bœufs arec 1 lesquels on traverse le pays, périssent d'imnitian. De grands venll
■ s'élèvent tout k aoup , et cnoevclissent les hommes et les chevaux sous
■ les cables. Pendant toute la jouroce , de mauvais rsprlls et des démons « aériens tracassent le voyageur. On appelle cette contrée Haii'hal ou n la mer Salée. La rivière mcntioBnéc coule vers l'occident , et se perd
■ dans les sables mouvans. Une chaîne de petites colliues s'étend le long •< de son cours ; on dit qu'elle a dté formée par les sables accumulés par « les tourbillons. Au nord du chemin est le ffo yan ehan ou le mont
■ Enflammé , qui est de couleur de feu. "
ASIE : Généralités. ai
dirigé de l'ouest  l'est vers la mer Noire , n'a pas moins de t5o à i8o lieues de longueur.  l'opposé se trouve celui du Rioni dont les eaux se déchargent dans la mei- !Noire, et qui a environ 5o lieues de longueur.
Le massif du Caucase se divise dans toute sa longueur en plusieurs bandes parallèles; la plus hauts, celle du milieu, dont les.cinies sont couvertes de neiges éternelles, est granitique; les deux autres sont composées de schiste argileux auquel sont subordonnées des masses de porphyi-e dont la structure est basaltique. Aux bandes schisteuses Succèdent des itandes calcaires dans lesquelles on remarque des nions métalliques.
Le système nrahique, entièrement séparé du précédent, comprend les différens groupes qui s'élèvent au milieu des r^éserts sablonneux de l'Arabie. Ces groupes sont au nombre lâe trois: i" celui du mont Si/iaï, le moins important par ton étendue, mais le plus considérable par son élévationj S° celui de Tehama, dont la principale branche s'étend 'Vénéralement du nord au sud, et qui projette vers le nord- iest plusieurs rameaux; 3" celui d'Oman, qui borde lelit- 'toral du golfe d'Oman et du golfe Persique. Le second '^|roupe passe pour être généralement granitique. I Le système indien est séparé de l'himalayen par le cours •<hl Gange. Ses principaux groupes sont les monts Nilghenj, lies Châties occidentales y\ç& Ghattes orientales et les monts Fîndkia. On peut regarder comme appartenant à ce sys- tème les montagnes de l'île de Ceylan.
« Pour nous former une idée exacte des températures si
t. opposées qui régnent en Asie, commençons par distinguer Ifes cinq grandes régions physiques entre lesquelles la nature a partagé cette partie du monde. »
La région centrale est un assemblage de plateaux et de plaines compris principalement entre les monts Bolor à Touest, le Thian-chan cl l'Altaï au nord, les monts Hima-
■ I ouest, le T
23 LiVUE CEST VIHGT-UMIEME.
laya au aijd et l'Âla-chan à l'est. On y remarque, à l'occi- dent, le plateau de la Petite Bouhharie , au sud celui du 'lïbet occidental et celui du Tibet oriental, à l'est celui de la Mongolie, et au nord celui de Bickbalik et celui de la Dzoungai-ie. On peut y comprendre aussi le -vaste désert de Gohi ou de Chamo, dans lequel on ne voit que des lacs salés, de petites rivières qui se perdent dans des sables, et, pour rappeler le souvenir de la végétation, quelques pâturages ou quelques buissons chétifs. Dans toute cette région, située entre le 28° et le So" parallèle, l'hiver est très-long et l'été fort court : cette saison y développe une chaleur insupportable, augmentée encore par ta répercus- sion des sables dans les déserts.
" Deux grandes régions s'appuient , l'une au sud, l'autre au nord, à la précédente. Semblable h un magnifique parterre de Heurs, sur lequel l'art du jardinier a concentré les rayons du soleil, la région méridionale ou YInde, garantie des vents glacés du nord par les montagnes du Tibet, s'incline fortement vers les tropiques et l'équateur. Arrosé par de nombreux et larges fleuves , son riche sol reçoit toujours les feux du soleil , et s'imprègne des exhalaisons d'une mer que l'hiver jamais n'enchaîne,
■ Quel contraste entre ces contrées fertiles et les tristes solitudes de la région septentrionale, de cette vaste Sibérie qui, tout entière penchée vers le pôle et vers la mer Gla- riale, n'aspire jamais la douce haleine des vents du tro- pique, et dont l'atmosphère ne reçoit des mers voisines que des particules chargées du froid polaire !
■ La nature a donné à chacune de ces régions un carac- tère physique que l'industrie humaine ne réussira jamais à changer, ou seulement à modifier d'une manière sensible. Tant que durera l'équilibre actuel du globe, les glaces t'amoncelleront dans les embouchures de l'Obi et de la Lena; les vents siffleront dans les déserts de Chami-, et le
ASiB : Généralités. a3
Tibet ne verra point les neiges de ses Alpes disparaître devant les rayons du soleil qui, à si peu de distance, bi-ûle les régions du tropique. Ainsi le T:itare est appelé à la vie agricole et pastorale, comme le Sibérien àla chasse. L'Inde, en apparence plus heureuse , doit en grande partie à son climat cette mollesse , cette indolence qui appelle les bri- gands étrangers et la tyrannie domestique.
■ Il nous reste encore à considérer deux grandes ré- gions , Von'enlale et Xovcidentale. La première , qui se confond insensiblement avec la région centrale, présente trois parties distinctes. Une large chaîne de montagnes, couvertes en partie de neiges éternelles, s'étend du plateau de Mongolie jusqu'en Corée. Au nord de ces montagnes, l'Amour se tourne d'abord vers le sud-est, mais bientôt vers le nord-esl. Cette dernière exposition est la plus froide possible dans la zone tempérée boréale. D'ailleurs le sol paraît y être très-élevé. Ces contrées , désignées com- munément sous le nom de Tatarie chinoise, ressemblent à l'Asie septentrionale , (quoiqu'elles soient situées sous les latitudes de la France. La masse du froid qui , pour ainsi dire, couve sur la Tatarie, et d'un autre cùté la tempéra- ture constante du Grand-Océan, jointe à une exposition directement orientale, donnent à la Chine propre un cli- mat moins chaud que celui de l'Asie méridionale ; ce vaste pays, quoiqu'il dépasse un peu le tropique et ne s'élève guère au-delà du 40" degré de latitude boréale, renferme tous les climats européens.
■ La troisième partie de la région orientale de l'Asie est fermée par cette prodigieuse chaîne d'îles et presqu'îles
rvf^caniques qui s'élèvent à peu de distance du continent,
( présentent comme une immense haie contre laquelle la
limeur de l'Océan vient se briser. Voisine d'un côté des
I it^ons du tropique, de l'autre du froid plateau de l'Asie
mttale, et envitpnnée d'un élément ,tumvUii«i(x et incQnr
N
24 LlVIiE CENT VIWGT-UHIÈMIÎ.
stant, cette région maritime, inséparable du continent asiatique, présente nécessairement d'innombrables Taria- tions de température.
• La cinquième grande ivgion de l'Asie se détache plus qu'aucune des autres de la masse du contînenL La mer Caspienne, le Pont-Euxin, la Méditerranée et les golfes Persique et Arabique donnent à Y Asie occidentale quel- ques ressemblances avec tine grande péninsule. On pour- rait, avec quelque degré de Térilé, dire que cette région est aussi opposée à la région orientale que celle du midi l'est à celle du nord. L'Asie orientale est en général hu- inide^ l'occidentale est sèche, et même en quelques en- droits aride; l'une a le ciel orageux et souvent nébuleux; l'autre jouit de vents constans et d'une grande sérénité d'atmosphère ; l'une a des chaînes de montagnes escarpées, que séparent des plaines marécageuses; l'autre est compo- sée de plateaux en grande partie sablonneux, et peu infé- rieurs en élévation aux chaînes de montagnes qu'ils portent sur leur dos, et de plaines basses, dont nous parlerons bientôt. Dans l'Asie orientale, on voit les (leuves de long cours se suivre de très-près, tandis que dans l'Asie occi- dentale il n'y en a que deux ou trois d'un volume consi- dérable, mais, en revanche, beaucoup do lacs sans écou- lement. Enfin, la proximité de l'immense foyer de chaleur que renferme l'Afrique , donne à une grande partie de l'Asie occidentale une température bien plus chaude que celle dont jouit même l'Asie méridionale. ■
C'est ici que nous devons faire remarquer que tout l'es- pace compris entre les monts Alatau , Tckingistan et Mougodjar, jusqu'aux bords de la mer Caspienne et jusqu'au dernier coude que forme le Djihoun on l'Amou avant de se jeter dans le lac Aral , c'est-à-dire toute la contrée qu'on a toujours appelée jusqu'à présent plateau de la Tatarie, loin de pouvoir être considéré comme un plateau, forme
ASIE : Généralités. a 5
au contraire une vaste Répression dans laquelle le niveau de la mer Caspienne et celui du lac Aral sont les parties les plus basses : de telle sorte que les eaux de la mer Cas- pienne sont à 3oo pieds au-dessous du niveau de l'Océan , et celles du lac Aral à 1 92 pjeds (■)■ Mais cette dépression ne cesse point au bord oriental de la mer Caspienne , elle se continue en £urope : Astrakhan est à 5o toises au-dessous des eaux de l'Océan; les bords de ce "vaste bassin se relèvent insensiblement : d'un côté en suivant les rives du Terek, du Manytch, de la Sarpa et du Volga, jusqu'aux collines qui s'étendent depuis ia rive gauclie de ce fleuve jusqu'à Oren- bourg, de sorte que cette ligne est exactement au niveau de l'Océan, tandis que tout le terrain qui s'étend à l'est de cette ligne s'incline vers la mer Caspienne W-
" La formation de ce creux , de celte grande concavité
■ de la surface, dans le nord -ouest de l'Asie, me paraît, dit « M. de Humboldt, être en rapport intime avec le soulève-
■ ment des montagnes du Caucase, de l'Hindou-Kho et du
■ plateau de la Perse , qui bordent la mer Caspienne et le
■ Maveralnahar au sud ; peut-être aussi plus à l'est, avec
■ le soulèvement du grand massif que l'on désigne par le - nom bien vague et bien incorrect de Plateau de l'Asie " centrale. Cette concavité de l'ancien monde est un pajs-
■ cratère, comme le sont sur la surface lunaire Hîpparque,
■ Arcbimède et Ptoléniée, qui ont plus de 3o lieues de «diamètre, et qu'on peut plutôt comparer à la Bohême « qu'à nos cûnes et cratères des volcans (5). »
M, de Humboldt pense que ce grand affaissement de
(■) Ces faits sont alteslëa par Icn mesures Laroraétriijuea àc MM. HofT- manu , Helmerscn , de Humboli) t et Gustave Rose.
W Vojez ce que nous avons dît lom. VI, pag. .IgS. Voyeï ausEï notre carte physique et géologique de l'Europe. J. H.
(^) De Humholdl : Kiagmeiu de géologie et de climatologie ssiatiriues, pag. 10 et suiiantes.
i
A
a6 LIVRE CEMT VIWGT-UNlÈME.
l'Asie occidentale continuait autrefois jusqu'à l'embouchure de lObi et à la mer Glaciale par ime vallée qui traversait le désert de Kara-Koum et les nombreux groupes d'oasis des steppes des Rirgbiz et de Baraba. Son origine lui paraît plus ancienne que celle des monts Durais. Une chaîne dont la bauteui' est si peu considérable , dit-il, n'aurait-elle pas entièrement disparu, si la grande fissure de l'Oural ne s'était pas formée postérieurement à cet affaissement ? Par conséquent, ajoute-t-il, l'époque de l'affaissement de l'Asie occidentale coïncide plutôt avec celle de l'exhausse- ment du plateau dlran, du plateau de l'Asie centrale, de l'Himalaya du Kouen-loun, du Thian-chan et de tous les groupes de montagnes dirigés de l'est à l'ouest; peut-être aussi avec celle de l'exhaussement du Caucase et du nœud de montagnes de l'Arménie et d'Eraeroum. Enfin aucune partie du monde, sans même en excepter l'Afrique méri- dionale, n'offre une masse de terre aussi étendue et soule- vée à une si grande hauteur que l'Asie intérieure.
• Pour donner plus de précision à ces esquisses générales des régions physiques de l'Asie, il est utile de classer les rivières de ce continent d'après leurs bassins respectifs; c'est ce que nous avons fait dans le tableau suivant, dans lequel on indique aussi la longueur approximative du cours de cliaque fleuve et de leurs principaux affluens (')■
Bassin de la mer Glaciale; peiice septentrionale du plateau de la Mongolie.
L'ÛBoui-'Oai 347 33o ^iï
tl'lrtjehe ^lo aSn SRi
f heTobol Bo 95 îi3
(0 Lc9 fleures «ont en hajoscui.» ; leari RBluenn devant dri accolndct; le» sEfluena de ceui-ci en ilalitpies; lei i^ivièTW snr le inénip alipiemeiil que lu flcuvet.
ASIE : Généralités.
Le IniiEl
j La TouDgouska supérieure..
I La Toungouska mojeDne
I La TouDgouaka inférieure...
LePia»ma
La Qiatanga ,
L'Oleoek
!' Le Viliouï LoVilim L'Aldan .L'Olekma
L'Ikdicbiiiia
La KoTlu*
oi calcul*. j^gnp^.
Bassin seplenlnonal du - Grand' Océan; pentes orientales dt ta Sibérie et du plateau de la Mon- golie,
L'Anadjr
LeK
L'Aiiona ou Siibili.
iLe SouQgari UChilla...
£assin de la mer de Chine .faisant partie du bassin du Grand- Océan; pente orientale du pla- teau du Tibet.
Le Hoisc-Ho (le fleuve Jaune)
LeTlKG-TsiD-Kliire (le fleuve Bleu}...
Idtm en remootaiit jusqu'il la iourcc du Rin-cha-Kiang
l Le Yaloung-Kiang
LeHan-Klang
Le Ta-KiaDs • qui prendà OmtoQ le ni de fleuve TcBou-KiiBu
Pentes méridionales i du Tibet.
a)J
|
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4^ |
|
4K |
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381 |
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3oo |
67S |
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LIVRK CENT VINGT-OMIÈME.
Le GiiraE aSo 160 58S
LeM«Hii>HDT .. ..5 aSg
Le GooiTiHi go 134 17g
jLcVourJa » 4S 101
<. Le Mandjera " 63 i3g ■
Le KisRJH 86 106 a38> 1
LeNïBBÏDAH 81 110 j47 .1 J
L'IïDDS ou Sind 11)5? 170 607 '
Pentes et bassins de l'intérieur de
a ) Bassin du lac Aral. ,
Le Sjr ou Sioun 110 iGo 3Go '
L'Amour ou Djioun 145 3oa 4^0 '
b ) Dam la Petite Boukkarie , enU-e les '^
monU Bolor, Thian-chan et Kaulkoum .
Le Yarkand 100 iio 37«
c ) Bassin du lac Baïkat,
Le Selenga 76 100 alS <
Pentes de l'Asie occidentale ou du Caucase j de VArarat. du. Tau-
rus, etc. 1
a) fers la mer Caspienne.
Le KoirBouMx.TiRi 4^ ^'' ''"
{LVras 41 ;S «70
b ) fert le golfe Persique.
L'Edphbatb (jusqu'flQ golfe) iBS iiS Sob
jLc Tigre 100 i3o aga
c ) fers le golfe jfrabitjue. O
d) Fers la Méditerranée et l'Jfchipel. .^
L'OroDie 38 36 81
U Buïuk-Meîendcr 40 3? 83
c ) fers la mer iVoire,
Le SiKABiA (Sangariiis) 40 ^5 79 '*
LeKisii.-\iiM^s.(Jfafys) 54 -6 171 '^'
Le Rioni ou Phasis ai i3 Sa
« Kn faisant entrer dans le compte toutes les rivièrei
ASIE : Généralités. ag
marfjuées sur les cartes d'Asie, nous avons estime ainsi qu'il suit la proportion des volumes , ou , pour parler plus exac- tement, des superficies des eaux courantes de cette partie du monde.
Le total pris pour unitë I'ûo
Le, fleave. Je Sibérie ( ^"jî^;/ ;■""'" ""';'■ "/^\
— delà Chine et de lo Tatarie chinoiac o,i5
— de toole l'Iode o.a?
— du centre de l'Asie 0,08
— de la Tiirniiie d'Aeie 0,10
— de la Perse (avec rAni'^nie) 0.06
• — de l'Arabie,..,. o,o3
■ Four conclure de/Ces données si un tel pays est plus sec qu'un autre, il faut avoir égard aux surfaces respec- tives. L'Arabie, par exemple, est ceriainement beaucoup plus sèche que la Perse ou la Turquie; mais l'Inde et la Chine ne sont p.ns moins copieusement arrosées que la Sibérie ; c'est la moindre étendue des surfaces qui cause la différence entre le volume des eaux.
« Le continent de l'Asie, étant une masse de terres très- considérable et peu entrecoupée de mers, doit naturelle- ment contenir dans son intérieur de grands amas d'eau. Elle entoure même en grande partie le plus grand lac connu; nous voulons parler de la mer Caspienne. En général , les lacs de l'Asie se distinguent par leurs eaux salées, saumâtres ou sul- fureuses ; il y en a aussi beaucoup qui n'ont point d'écou- lement. Déjà l'Asie mineure nous oflre, à cet égard, un échantillon du grand continent dont elle fait partie. L'in- térieur de l'Anatolic et de la Caramanie renferme une suite de lacs salés et sans écoulement ; celui de Tazla ou Touzla, appelé aussi Salato, est d'une longueur très-con- sidérable: il a i4 lieues de longueur sur 2 de largeur. En remontant vers les parties les plus élevées de l'Asie occidentale, nous voyons les lacs de Wan et HOurmia
(plJes eaux salées ou jiaïupâtrç^ s'étendent sur un y,9ste
4
3o LIVRE CEWI VIHGT-UHIÈHE.
espace ; ils ont environ 60 lieues de circuit, Dana la Syrie, plusieurs lacs de cette nature se succèdent le long de la chaîne du Liban et de l'Anti-Liban; l'un des plus célèbres phénomènes de ce genre , c'est le lac Asplmltite , ou la mer Morte, dans la Palestine, qui a les eaux bitumineuses, et qui recouvre une étendue de 60 à jo lieues carrées (12a i5 myriamètres carrés }.
« V Arabie entière ii'a d'autres lacs que ceux formés par le confluent des eaux de pluie ou de sources , qui se per- dent ou s'imbibent dans le sable. Mais toutes ces eaux ont extrêmement peu d'étendue. Les déserts de la Perse, si semblables d'ailleurs à ceux d'Arabie , nous offrent le même genre de lacs, mais plus grands. Celui de Zéreh , dans l'Af- ghanistan, couvre une étendue de i4o lieues carrées, et re- çoit une rivière dont le cours est de i5o lienes(66 myria- mètres ) , sans compter d'autres petites.
" \je, penchant occidental de l'Asie est couvert de lacs salés et sans écoulement. La mer Caspienne occupe une étendue de i6,85o lieUes carrées, ou 3r39 myriamètres. C'est le plus grand lac salé qui soit connu, et on peut hardiment dire qu'il y ait sur le globe. Le lac ou la mer d'Aral, de 1280 heues carrées; le lac Amer ( Kouli-deria ou Adgi-Kouyotissi), qui communique à la mer Caspienne; ceux A'Afcsahttl, de Balkhack-noor , ou Palcati, et un nom- bre de moindres lacs salés ou du moins saumAtres, dis- tinguent cette région creusée en entonnoir. .1
L'opinion qui considère le lac Aral comme une antique dépendance de la mer Caspienne nous paraît fondée sur des traditions et sur des faits physiques : d'abord le niveau des eaux du premier à 186 pieds au-dessous de> l'Ooéïiu ; le témoignage des anciens qui placent l'embouchure de l'Oxus el de l'Iaxarles dans la mer Caspienne; l'ancien lit de la mer dont M. Mouraviev a reconnu les traces entre le lacet la Caspienne; enfin le fait attesté par tes Ki^hiz
ASIE : Généralités. 3r
au colonel Meyendorff que le lac continue à diminuer d'étendue, confirment également i;ette opinion. Les collines de 288 pieds qui s'élèvent entre le lac et la mer Caspienne ne sont point une difficulté réelle à cette réunion, puis- qu'en supposant les eaux plus hautes , ces collines ne for- meraient que de petites îles (')■
La présence de lacs salés ne serait point une preuve suffisante pour attester l'ancien séjour de la mer sur les contrées de l'Asie occidentale : il y a d'ailleurs de ces lacs salés bien au-delà des limites que la mer Caspienne , dans sa plus grande extension, aurait pu atteindre. Cependant nous avons vu que les Chinois conservent la tradition d'un grand lac ^mer situé dans cette région de lacs, entre le Tobol et l'Obi, région qui ne devait faire qu'une seule mer avec la Caspienne et le lac Aral.
■ \,es penchons septentrionaux de la Tatarie offrent aussi «n grand nombre de lacs. Le lac Tckanj', qui n'a point d'écoulement, et qui a 3o Ueues de longueur sur 20 de largeur, est aussi saumâtre, et c'est peut-être le cas de toutes les eaux stagnantes, lorsqu'elles se décomposent en s'arrêtant sur un sol imprégné de matières salines,
" Ces amas d'eau stagnante se retrouvent à un niveau plus élevé sur le vaste plateau de la Mongolie et du Tibet. Ces hautes plaines, entourées de montagnes qui forment le pays des Kalmouks , renferment beaucoup de lacs sans écoulement qui reçoivent de petites rivières. Le Dzaisang, lac qui se trouve près des montagnes d'oii "SOTtentrirtyche et l'Obi , reçoit une rivière dont le cours est 'de 70 à 80 lieues. La plaine élevée entre les monts de Mon- ■golie et ceux du Tibet, entre les deux sommets de l'Asie, est remplie de rivières souvent assez considérables qui se
0) Vojez ce que iiou) .ivoiis ilil dans la note t) de la page iSi Ju tome i" <lp cet ouvrage.
3li LIVHB CEST VIMGT-UHliME.
perdent dans le sable, on qui alimentent des lacs sans écoulement , comme le Yarkand, qui forme le lac de Lop.
« Le Tibet, ou le plateau méridional et le plus élevé de l'Asie, est singulièrement riche en lacs, dont un grand nombre n'a point d'écoulement. Le Tengri a 3oo lieues car- rées de surface. Sur deux alignemens, l'un au nord, de 80 lieues, l'autre à l'ouest, de 160 à 170 lieues, on trouve 33 autres lacs qui n'ont point d'écoulement, ou qui cou- lent l'un dans l'autre. Au nord-est du Tibet , on remarque, entre autres, le Hoho-nor ou Khoukkou-noor, lac de 260 lieues de longueur, et de 120 de largeur, dans une situa- tion très-élevée, et qui n'a point d'écoulement.
n Le phénomène des lacs sans écoulement est donc com- mun à toutes les parties occidentales et centrales de l'Asie, mais non pas au nord de la Sibérie, ni à la Chine, ni à l'Inde. Les parties basses de la Sibérie présentent d'im- menses marais presque contigus. Les grands lacs de ta Chine se trouvent dans les contrées basses et marécageuses du milieu, et ne sont remarquables, pour la géographie physique, que par leur rapprochement : ils semblent confir- mer la tradition des Chinois, selon laquelle une partie de ce pays aurait étérécemmentlaisséeàsecpar la mer, ou plutôt par deux longs golfes formés par les deux lleuves Hoang-ho et Yaa-tseu-kiang. Les deux presqu'îles des Indes n'ont guère de lacs remarquables, encore moins des lacs san.^ écoulement ; preuve manifeste que leur terrain a partout de la pente. »
Ainsi que l'a fait remarquer M. de Humbotdt, l'Asie continentale n'offre à l'irradiation solaire qu'une très-pe- tite portion de terres placées sous la zone torriJe. Ses par- ties situées dans la zone tempérée ne jouissent consequem- ment pas de l'effet des courans ascendans que la position de l'Afrique rend si bienfaisans pour l'Europe. Sa position orienlale par rapport à cette partie du monde est encore?
ASIE : Généralités. 33
une cause puissante de fioîd. De vastes systèmes de mon- tagnes dirigées de l'est à l'ouest, et d'une élévation consi- dérable, s'opposent, suc de grandes étendues, à l'accès des vents méridionaux; des plateaux élevés qui s'étendent du sud-ouest au nord-est en traversant et bordant de basses régions, accumulent et conservent les neiges jusqu'à la fin de l'été , et agissent par des courans descendans sur les pays voisins dont ils abaissent la température. " Ils varient, dit
■ M. de Humboldt, et individualisent les climats à l'est des
■ sources de l'Oxus, de l'Alatau et du Tarbagata'i danj • l'Asie centrale, entre les parallèles de l'Himalaya et de . TAltaï. .
« C'est à cette conformation du terrain iju'il faut attri- buer ces vents à période constante qui régnent même dans l'intérieur de l'Asie. Nous ne parlons pas des moussons de rinde,quidépendent du mouvement annuel du soleil, mais de cette longue durée du même vent qu'on observe encore dans les-contrées éloignées du tropique. Elle vient de ce qu'il n'y a point de golfes ni de mers dont les exhalaisons et les courans puissent altérer la nature du vent ou chan- ger sa direction. Les vents glacés de la Sibérie remontent jusqu'aux sommets du centre, et, s'ils sont assez élevés pour dépasser les premières chaînes , ils peuvent s'étendre jusqu'aux sommets du Tibet. I.e vent d'est, chargé de brouillards, couvre dans le même instant toute la partie basse de la Chine. Mais à mesure que l'on s'enfonce dans la zone tempérée, toute régularité dans les mouvemens si intimement combinés de l'Océan et de l'atmosphère, I cesse peu à peu. Ainsi, au Japon, l'on voit le froid et la B chaleur, les orages et le calme se succéder presque avec la I même rapidité que dans la Grande-Bretagne. La Chine est K soumise à ces variations moins sensibles que la Hollande I éprouve, soit par l'humidité des vents maritimes, soit par ■ ^ siccité de ceux qui ont passé sur les terres. Enfin , si l'on ■, VIU.
34 LIVRE CEHT VIHGT-ONIÈMK.
pénètre des pays orientaux tempérés Vf.rs le centre, les saisons deviennent toujours plus constantes, mais aussi en proportion plus froides. Ce sont exactement les mêmes changemens qu'on éprouve en allant de l'occident à lo- rient en Europe. "
MM. G. Rose et A. de Humboldt ont constaté par un grand nombre d'expériences deux faits qui sont caracté- ristiques de l'Asie septentrionale : le premier, c'est la sé- cheresse de l'atmosphère; le second, la basse température du sol. La sécheresse est surtout très -remarquable à l'ouest de l'Altaï, entre l'Irtyche et l'Obi, lorsque les vents du sud- ouest ont long-temps soufflé de l'Asie centrale, où les pla- teaux n'ont cependant pas 200 toises d'élévation au-dessus du niveau de l'Océan (1). Quant au froid qui règne, même pendant l'été, dans les mêmes régions à 5 ou 6 pieds de pro- fondeur au-dessous de la superficie du sol , il n'est pas moins extraordinaire : les deux savans que nous venons de nommer, observèrent aux moisde juillet et d'août 1829, à midi, pendant que la température de l'air était de 5 à 3o degrés du thermomètre centigrade, plusieurs puits peu
(0 Voici la description que M. de Humboldt donne de cea expériences failc» comparatiTement avec ïappareilph^chroméniqueùe M. August, et rhygrométre de Deluc : a Dans la steppe de Platoviikai'a nous nvons 1 trouvé \cpoint de la rosée , 4°, 3 au-deesous du point de la congélation ; " c'éUit le 5 août , ^ une heure après midi, la température de l'air , a. « l'ombre, étant aJ", 7. La différence des deux tliermoraclrcB sec et. ■' humide, s'élevait à ii=, 7, lorsque, dans l'état ordinaire de l'atmo- « sphère (l'hygromètre de Saussure se soutenant entre 74° ^t So°J, cette 1 différence des ibermoinètres ne s'élève iju'à 5° ou 6", a { le point de la « rosée étant iG", a 011 ij". S). Dana la sleppe de Plnlovekai'a , la lempé- • rature de l'air aurait dii se rcTroidir de 18'' avant de déposer de la « rosée. L'air entre Barnaour et la célèbre mine du Sclilangenberg, dans « une lone renrermée entre les Si" '/i et 53" de latitude, ne contenait « par conséquent que 'y, „ de vapeurs, ce qui correspond à ^8° ou 30" " de rbfgromctre à cheveu. Cest sans doute la plus grande sécheressv >' ^ui ait été observée juiqu'ici dans lut bauei régions de la terre. •• ( Fragment de géologie et de climatologie asinliqucs, pag. 378. )
ASIE : GénéralilcS. 35
profontls dont les eaux étaient » i" 4' et 2° 5', observations qui ont été faites vers le 54" parallèle ; c'est-â-ttire sous la latitude dp l'Ecosse méridionale. Cette température reste la même pendant les froids rigoureux de l'hiver. M. Ad. Erman a trouvé entre Tomsk et Krasnoïarsk , sur le chemin de Tobolsk à Irkoutsk, par 56 degrés de latitude, les sour- ces à 0° et y?i', quand l'atmosphère était à plus de a4° au- dessous de zéro: mais bi quelques degrés plus au nord, le sol reste gelé en tout temps à 12 ou i5 pieds de profon- deur. A Bogoslovsk , par 55 degrés de latitude, M. de Hum- iKildt a même trouvé à 6 pieds de profondeur, une couche de terre congelée, épaisse de 9 à 10 piedsj enfin à Iakoutsk le phénomène de la glace souterraine est général et perpé- tuel, malgré les chaleurs de l'été qui souvent sont insup- portables.
« Mais dans l'Asie septentrionale il se présente un autre phénomène, qui devient surtout sensible si l'on compare cette région avec les parties de l'Europe situées sous les mêmes latitudes. Pourquoi le froid de l'Asie septentrio- nale s'accroît-il toujours en allant vers l'est? Cette aug- mentation est telle que, sur les côtes de la Manche de Tatarie, situées sous les latitudes de la France, l'hiver commence dès le mois de septembre. Plusieurs causes concourent sans doute à produire ce phénomène. D'abord il s'élève, entre la Corée et les pays sur le fleuve Amour, de vastes montagnes couronnées de glaciers; un second amas de montagnes plus larges encore sépare l'Amour de la Lénaj toutes les côtes du nord-est présentent d'hor- ribles escarpemens. On peut ajouter que les mers qui en- vironnent ces contrées glaciales sont presque toujours couvertes de brouillards épais et froids qui interceptent et amortissent les rayons du soleil. Une troisième cause pour- rait se trouver dans le manque absolu dhabitans, et par conséquent de culture. Dans la Sibérie orientale, d'après
36 LIVRE CEMT VISGT-UHlèME.
les recensemens officiels, on compte à peine un individu par lieue caiTce. Néanmoins ces causes ne suffiraient peut- être pas, s'il n'y avait ici lieu d'appllqu«r une règle géné- rale que nous avons indiquée dans la Théorie des Climats{i), Il faut considérer la masse d'air étendue sur un continent comme un ensemble dont la modification générale dépend de toutes les modifications partielles. Si un continent s'é- tend loin dans la zone torride, la masse d'air échauffée réagit sur la masse tempérée, lui communique une partie de son calonque, et, en le dilatant, la force par-là de s'é- tendre un peu plus au nord, et ainsi de resserrer les limi- tes du froid ; en sorte que les pays se refroidissent vers les pôles , non seulement en raison directe de leurs latitude», mais aussi en raison inverse de la masse des pays ciiauds qui leur sont contigus au sud. Voilà pourquoi le voisinage de l'immense masse de terres brillantes de l'Afrique rend \tL température de l'Arabie, de la Syrie et de la Mésopota- mie plus chaude que naturellement elle ne devrait l'être. Parune raison contraire, l'Amérique septentrionale éprouve jusqu'aux environs du tropique des froids très -yif&i car la masse de ce continent, ^ui s'étend au-delà du tropique, n'est rien en comparaison avec le reste : donc il n'y a ici aucune masse d'air chaud qui puisse réagir sur les masses tempérées et froides; l'action de la masse froide n'est pas même contre- balancée. Si nous regardons l'Asie, nous la voyons toujours aller en se rétrécissant depuis la Chine jus- qu'au détroit de Bering ; elle n'a plus ici aucun pays chaud; l'air naturellement froid de ces contrées est encore refroidi par l'influence de la mer Glaciale, que le grand Océan ne peut pas contre -balancer, parce que la mer Glaciale dé- gorge beaucoup de glaçons par le détroit de Déring; ces glaçons, arrêtés entre les îles Aléouliennes et les autres
CO Vol. II, pag. Sijet
ASIE : Généralités, 37
îles de la mer Je Bering, occasionnent les froids brouil- lards dont la mer est ici couverte, et, par le mouvement général de l'Océan, se portent de l'est à l'ouest, c'est-à-dire de l'Amérique vers l'Asie, où ils s'accumulent dans les golfes.
■ Cette redoutable immobilité de la nature physique , ces climats qu'aucun effort d'industrie ne saurait améliorer
sensiblement, ces retours réguliers des saisons, cette
per-
pétuité des mêmes cultures, et par conséquent de la même manière de vivre , ont dû influer sur le caractère moral des peuples asiatiques , tant en modifiant uniformément leur système nerveux et musculaire, qu'en frappant leur imagi- nation par le retour des mêmes sensations. Elle a dû con- tribuer à rendre le Tatare vagabond aussi invariable dans son penchant pour la vie pastorale, que l'indien l'est dans sa servile indolence, et le Chinois dans son infatigable in- dustrie. Les nations éternelles ne naissent guère sous les climats variables. Mais ce serait se tromper grossièrL- ment que d'attribuer à cette seule cause l'immobilité de caractère que l'on observe citez les nations asiatiques. Hippocrate, qui n'a entrevu qu'une partie des faits physi- ques, s'est bien gardé de leur accorder une influence ex- clusive.
■ Si les peuples de l'Asie, dit-îl (>) , sont sans courage , • sans énergie , d'une humeur moins belliqueuse et d'un « caractère plus doux que les Européens, c'est en grande
■ partie à la température toujours égale du climat qu'il faut - l'attribuer. On ne connaît guère ici de différence de cba-
■ leur et de froid ; les deux températures se fondent l'une
■ dans l'autre. L'âme n'éprouve point ces vives secousses , t ni le corps ces changeniens subits qui donnent au carac-
(0 Hippac. df .'\i;rili. sqiiij , brii , S 83-88, édition (msis Don p«» U-aduction) île M. Coray. ■' . i ■ ' ■ l'i' ' ' ■
38 LIVRE CBHT VIMCT-UNIÈME.
■ tère une vigueur agfreste et une fou^e indocile Mais,
■ ajoute-t-il, une autre raison Je l'inertie des Asiatiques
■ est la nature de leurs lois politiques; ils sont, pour la
■ plupart, gouvernes par des monarques absolus : et par- « tout où l'homme n'est ni maître de sa personne, ni par-
■ ticlpant au pouvoir législatif, mais soumis à des despo-
• tes, il a soin de ne pas passer pour courageux, parce
■ qu'il sait que cela l'exposerait à de plus grands dangers.
- Les sujets y sont contraints daller à la guerre, d'en sup-
• porter toutes les peines, et de mourir même pour leurs « maîtres, loin de leurs enfans, de leurs femmes et de leurs <■ amis. Tous leurs exploits ne servent qu'à augmenter et « propager la puissance de leurs despotes; les dangers et la « mort, voilà les seuls fruits qu'ils recueillent de leur bra- ■■ voure. Ajoutez qu'ils sont nécessairement exposés à voir « leurs terres se changer en déserts , tant par les dévasta-
- tions de la guerre que par la cessation des travaux : de
■ sorte que, s'il se trouve parmi eux des esprits courageux,
• ils sont détournés de l'usage de leurs forces par la nature
• de leurs institutions politiques. Une preuve de ce que « j'avance, c'est que parmi les Asiatiques mômes, ceux qui
• jouissent de quelque liberté politique, et qui par consé-
- quent travaillent pour eux-mêmes, sont les plus belli- 1 queux de tous, "
■ Si Hippocrate se croyait obligé de faire des exceptions parmi le petit nombre de pays et de peuples asiatiques que l'on connaissait de son temps, et dont les Sarmates, dans les plaines au nord du Caucase, étaient les plus sep- tentrionaux, comme les Indiens du Pendjab en étaient les plus orientaux, que sera-ce donc aujourd'hui que nous connaissons en Asie une étendue de 3o degrés de plus en latitude, et 80 de plus en longitude? Il faudrait tout l'en- thousiasme d'un médecin ou d'un helléniste, étranger à la géographie physique , pour prétendre qu'Hippocrate a de-
ASIE : Généralités. 39
■vine d'avance l'influence morale du climat de la Sibérie, du Tibet ou de la^ Chine, contrées dont il ignorait l'exis- tence. Comment Hippocrate aurait-il pu dire des innom- brables tribus des Tat ares et des Mongols, qu'ils sont moins belliqueux que les Européens? Mais le sens que ce grand écrivain donne au nom d'Asie, diffère entièrement de celui dans lequel nous le prenons; il comprend, dans l'Europe , les Sonnâtes ('} , et place expressément les Egyptiens et les Liby^ensKR Asie (5). Il est donc évident qu'il entendait par .Asie la partie méridionale et orientale du monde alors connu, et qu'il appliquait le nom A'Europe à l'autre moitié, septentrionale et occidentale. Hippocrate, comme Homère et tant d'autres anciecs, ne distinguaient que (/ew.r parties du monde; il les oppose constamment l'une à l'autre, comme le froid au chaud, la sécheresse à l'humidité, la stérilité à la fertilité. Ce point de vue étant «ne fois bien saisi, on entend Hippocrate sans difficulté; on voit com- inent il a pu dire que l'Asie , en général , jouit d'un climat plus doux que l'Europe, et que tout y vient plus beau et plus grand (5); on aperçoit aussi d'un coup d'œil tout ce -qu'il y a de vague et d'arbitraire dans les applications que " lf!S physiologistes ont faites d'un livre dont ils méconnais- saient la thèse la plus essentielle.
■ Nedisonsdoncpointque les Asiatiques, en général, sont des peuples efféminés et voluptueux; disons que tel est le caractère de quelques nations de l'Asie méridionale; mais excluons de ce nombre l'Arabe vagabond et le frugal Druse, ie féroce Malais et les tribus indomptables des Narattes.
" Nous conviendrons pourtant que les peuples de l'Asie doivent à quelques circoBSiances géographiques des idéesi politiques et morales très- différentes de celles qui régnent
■ C>) DeAcr. aqu. Im. 5 H9 -'') /W- S 7G. — '.») Ihid. < -■>, 73.
4o LIVBE CEMT VINGT-DNIÈME.
en Europe. La vie nomade et patriaicale est prescrite par la nature elle-même à beaucoup de nations asiatiques j le pouvoir illimite du père de famille devient donc nécessaire- ment le type du pouvoir des monarques. L'absence des grandes villes, peuple'es d'une bourgeoisie industrieuse, empêche qu'il ne naisse chez ces nations aucune idée de pacte social ni de liherté politique. Dans d'auties régions de l'Asie, la fertilité uniforme du sol et la douceur con- stante du climat, en récompensant trop rapidement le plus léger travail , a étouffé presque dès sa naissance l'énergie de l'esprit humain, qui , pour ne pas se ralentir, a besoin d'être stimulée par le besoin et les obstacles. L'une et l'autre ma- nière de vivre entraînent l'âme et le corps vers une paresse qui, devenue héréditaire, semble annoncer chez les races asiatiques une infériorité générale d'activité et de courage. Cette lenteur d'esprit, en perpétuant quelques maximes vertueuses, pacifiques et hospitalières, éternise aussi l'em- pire des religions superstitieuses, sous le joug desquelles on voit languir surtout l'Asie orientale et centrale; tandis que le christianisme grec pénètre lentement par le nord , et que le mahométisme reste encore debout dans les ré- gions occidentales. Maintenue par le même esprit de routine dans toute l'Asie, le Japon seul excepté, la po- lygamie avilit les liens de famille, et désenchante la vie en privant le beau sexe de considération et d'inlluence, en même temps que, contraire aux lois de la nature ('), elle fait décroître la population et dégénérer les races.
■ Cette immobihté du caractère même n'est pas un phé- nomène parllcuber à l'Asie; partout où la nature est plus puissante que l'industrie, soit en bien , soit en mal , l'homme reçoit du climat une impulsion invariable et irrésistible. Le pasteur des Alpes, le pêcheur de l'Archipel, le nomade
(0 Comp. »ol. 11. p»g. Gi7 e( 65i. . ,, , ,,
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Lapon, l'agriculteur de Sicile, ont-ils changé de caractère f Seulement en Asie, les nations occupant plus d étendue, les phénomènes de civilisation et de bnrbarie frappent davan- tage nos regards.
» Cette même circonstance nous aide à expliquer pour- quoi les grands empires sont plus communs en Asie qu'en Europe. Il ne suffit pas de dire que les grandes plaines dont l'Asie est parsemée ouvrent aux conquérans une carrièi'e plus faciiej cela n'est vrai que pour les parties centrales; mais combien de montagnes inaccessibles, combien de lar- ges fleuves et de déserta immenses, n'offrent pas à d'autres nations asiatiques des boulevards naturels et des barrières éternelles! Dès qu'une nation asiatique n voulu profiter de ses locahtés, elle s'est montrée aussi difficile à conquérir que les peuples européens. Les Druses, les Kourdes, les Marattes n'en sont pas les seuls exemples; nous pouvons en citer un plus illustre : la chaîne des monts de l'Assyrie, au nord'CSt de Babylone, franchie sans dithculté par Alexandre , devint pour l'empire des Parthes un boulevard devantlequel échouèrent les légions de ïrajan lui-même. Les grandes conquêtes en Asie ont une autre cause; c'est, comme nous venons de le dire , la grande extension de la même nation. Les capitales de l'Hinduustan, de laClûne ou de la Perse, s'étant rendues à un conquérant, Tim- mense multitude de tribus, liées par l'usage d'une langue commune, se soumet machinalement au même joug. Ces grands empires une fois établis, leur succession devient presque interminable par des raisons purement murales cl politiques. Les nations de l'Asie, trop nombreuses et trop disséminées, ne connaissent point le ressort du vé- ritable patriotisme ; elles ne fournissent à leurs chef» que des troupes sans zèle et sans énergie; elles changent (le maître sans regret et sans secousse prolongée. J^es •ouverains asiatiques, enfermés dans leurs sérails, n'oppo-
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sent qu'un vain faste à l'audace des conquéraiis : ceux-ci, à peine assis sur le trône, se plongent bientôt dans la niênie mollesse qui avait causé la chute de leurs prédé- cesseurs. L'organisation des armées, composées en très- grande partie de cavalerie , et le manque de places fortes, ouvrent le champ à des invasions subites. Tout concourt à rendre fucile la conquête totale de ces vastes empires de l'Orient.
<< Mais cet état de choses est si peu fondé sur la géogra- phie physique de l'Asie, que nous voyons aujourd'hui l'Inde divisée en plus de cent souverainetés, la Perse dé- membrée en partie, et la Turquie d'Asie prête à se dissou- dre, Lhistoire ancienne nous montre toutes les régions de l'Asie originairement partagées en beaucoup de petits royaumes, dans lesquels la volonté du monarque trouvait des bornes dans les droits de la nation : l'Asie a même vu naître plusieurs républiques. La résistance qu'opposèrent Tyr et Jérusalem aux conquérans du monde, n'était pas due, quoi qu'en dise Montesquieu (i), à Xhérdisme de la servi- tude. Les Persans de Cyrus n'étaient pas des esclaves, les Scythes parlèrent au vainqueur de Darius le langage d'hommes libres.
• L'étonnante rapidité des révolutions politiques en Asie tient réellement à un fait dépendant de la géographie phy- sique. ■ Dans cette partie du nmnde, dît Montesquieu W, " les nations sont opposées aux nations du fort au faible;
■ des peuples guerriers, braves et actifs, touchent immé- • diatement des peuples efféminés, paresseux, timides; il
■ faut donc que l'un soit conquis, et que l'autre soit con- " quérani : voilà la raison principale de la liberté de l'Eu-
■ rope et de l'esclavage de l'Asie, ■ 11 faut combiner cette remarque juste et profonde avec une autre vérité , prouvée
(') tsprit lies Lois.— (') /iirf. . liv. WU . di. „i. wu«tti.'Up»
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ASIE ; Généralttés . 43
par la géographie physique, savoir, que l'Asie n'a point de zone tempérée , point de milieu entre les < liinats très-froids et très-chauds. Les peuples esclaves habitent la zone chaude; les peuples conquérans, les régions élevées et froides. Ces peuples sont les Tatares, les Afghans, le» Mongols, les Mandchoux et aulres, compris vulgaire- rnenC sous le nom de Tatares chez les modernes , et sous celui de ScjiAes d'Asie chez les anciens. C'est ici une tout autre nature physique et morale : le courage anime leurs corps forts et nerveux; le bon sens est attaché à leurs fibres gi'ossières; point de sciences, debeajx-arts, de luxe; des vertus sauvages, une morale brute, à la vérité, mais profondément gravée dans les cœurs; de l'iiospitalité envers l'étranger, de la loyauté envers l'ennemi, une (idélité à toute épreuve envers leur nation et leurs amis; à cùté de ces bonnes qualités, l'amour de la guerre, ou plutôt du pillage, de la vie nomade et de l'anarchie. Tels étaient les Scythes, tels sont les Tatares. Ils bravèrent la puissance de Darius; ils donnèrent une grande et sublime leçon à Alexandre-le- Grand j ils entendirent le bruit des armes victorieuses de Rome, mais ils n'en sentirent pas le poids, plus de vingt fois ils ont conquis l'Asie et l'Europe orientale; ils ont fondé de&Etats en Perse, dans l'Inde, en Chine, en Russie. Les em- pires de Tamerlan et de Tchinghz-Khan embrassaient la moitié de l'ancien continent. Cette vaste pépinière des na- tions semble aujourd'hui épuisée, il ne reste que très-peu de Tatares formellement indépendans, mais ils sont les maîtres de la Chine, et plutôt les alliés ou les vassaus que les sujets de la Russie.
Nous remarquerons ici les limites des deux zones dans lesquelles l'Asie est partagée, par rapport à son climat et à ses productions. Si l'on tire une ligne le long du Caucase, autour des bords méridionaux de la mer Caspienne , le long des montagnes qui bornent en partie la Perse vers Cache-
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mire , à travers le Tibet j ensuite , en tournant au nord-est , à travers les parties septentrionales jusqu'au nord de la Corée, alors on aura à peu près tracé la limite entre les climats chauds et froids de l'Asie. Il est naturel que les frontières de l'une et l'autre zone se confondent quelque- fois. C'est aussi sur les frontières que se trouvent quelquefois des climats semblables à ceux de l'Europe, surtout dans l'Asie occidentale. Généralement parlant, la limite indi- quée marque le passage rapide du froid à la chaleur. Le rii et le maïs servent d'aliment aux nations méridionales; le millet et l'orge à celles de la zone froide; sur la limite on trouve des pays à froment. La nature offre aux régions méridionales des fruits déUcieux, et en partie des aromates piquans ; les contrées septentrionales sont privées même des productions des vergers de l'Europe boréale. La région où habitent les rennes marque, dans le nord et le nord- est (i) , le vaste espace qui est et qui sera long-temps inac- cessible à toute culture. Les Tatares, les Mongols, et en partie les Persans, doivent au grand nombre de chevaux qu'ils possèdent leur goût pour les courses, le brigandage et la guerre. Dans tout l'Occident, le chameau sert à multi- plier les communications commerciales et les relations mutuelles des peuples. L'éléphant, utile à l'agriculture, et jadis si redoutable à la guerre, a influé sur l'antique civili- sation de rinde. La Chine, privée en grande partie du secours de ces divers animaux, y a suppléé par ces millieis de barques dont ses rivières sont peuplées. Le défaut de bois de construction a obligé l'habitant du plateau central et du nord de l'Asie à se loger dans des tentes couvertes de peaux ou d'étoffes, les unes et les autres provenant de ses troupeaux. Une nécessité semblable a produit le même résultat en Arabie, Au contraire, dans l'Inde et d'auties
fij Voj« noire Vd, ll.liv.XLV, Oéogi-aphie loohgique. •
Asir 1 Généralités. ^5
contrées ricbes en bois, mais surtout en bois de palmiers, l'usage des maisonnettes légères a ete trouvé aussi con- forme à la paresse des indigènes qu'à la douceur du climat. L'un et l'autre genre d'habitations n'offrant rien de stable, rien de solide , les villes d'Asie disparaissent comme les empires dont elles sont les centres momentanés. Ce carac- tère général des habitations asiatiques exclut nécessaire- ment le goilt des meubles précieux, des tableaux, des statues j ainsi, les beaux-arts n'y feront jamais de grands progrès. D'un autre côté , l'uniforme influence d'un climat qui détermine impérieusement les genres de culture et d'atimens propres à cliaque région , l'influence non moins irrésistible des religions superstitieuses, des lois despo- tiques et des mœurs sei-viles, bannissent de l'àme de l'Asia- tique ces vives et libres émotions qui, en Europe, exaltent un cœur ami des lettres et des sciences. Ainsi les diverses régions de l'Asie offrent partout d'antiques ébauches d'une civilisation à laquelle les avantages et les désavantages physiques impriment un caractère ineffaçable j mais aussi partout cette civilisation s'est arrêtée à un degré bien inférieur à celui qu'ont atteint les peuples de l'Europe moderne, u
L'Asie, comme nous l'avons dit ailleurs, se vante d'avoir donné à l'Europe ses céréales ainsi que la plupart de ses plantes potagères et de ses arbres fruitiers. Cette assertion est sans doute fort exagérée; mais, si l'on doit entendre par-là que la culture des végétaux les plus utiles à l'homme a été importée de l'Asie en Europe, et non pas les végétaux eux-mêmes , on ne fera qu'énoncer une opinion très-pro- bable, fondée sur une autre opinion qui ne l'est pas moins: c'est que l'Asie, attendu l'élévation de quelques unes de ces régions , doit avoir été le plus ancien point de centre de la civilisation. La rhubarbe, objet d'un grand commerce , est originaire de cette partie du monde : elle croît spontané.
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ment , çâ et là , au milieu des déserts du plateau central , ainsi que le polystichum harometz, plante singulière que l'on s classée parmi les fougères, et dont la tige, couverte de long» poils, et la racine tortueuse, prennent sous les ciseaux des formes bizarres, imitent même celle d'un ani- ma! , et lui ont valu le surnom d'agneau de Tatarie.
La région septentrionale offre plusieurs zones de végé- tation bien différentes : près des sources du fleuve Amour, le chêne et le noisetier sont faibles et languissans ; le tilleul et le frêne cessent vers l'Irtychei le sapin ne dépasse pas le 60* parallèle; d'épaisses forêts de bouleaux, d'ormes, d'érables et de peupliers bordent le cours des fleuves. Li; pin cimbro {^pinus cimbra), qui couronne en Europe la cime des monts, s'élève au milieu des plaines humides de la Sibérie, où il atteint, suivant Gnielin, une taille gigan- tesque ; mais il n'étale toute sa magnificence que sur les terres à l'ouest de l'Ienisseï : à lest de ce fleuve il diminue de grandeur, et vers le bord de la Lena il ne dépasse guère la taille des arbustes. Le peuplier blanc est tellement com- mun en Sibérie que PuUas s'étonnait que le coton qu'il porte n'y fût pas utilisé ; le peuplier haumier, qui dans nos jardins n'est qu'un arbrisseau, élèi'e majestueusement sa tige et répand dans les airs les molécules odorantes de ses bourgeons résineux. La Sibérie ne produit ni pommes ni poires : les fruits insipides du poirier sauvage de la Daourie {pyrus baceata) et du poirier à feuilles de saule, sont di: la grosseur d'une cerise; l'abricot du même pays est d'un goût aigrelet. Le merisier à grappes ( cerasusptuliis'), qnî croît dans la Sibérie méridionale jusqu'au Kamtschatka, porte un petit fruit douceâtre; celui d'un autre arbre (pru- nus fruticosa ) , commun dans les steppes, sert à faire une sorte de vin. On tire aussi des baies de plusieurs ronces et de diverses airelles une boisson agréable. Un grand nombre de plantes ornées de (leurs brillantes sont indigène» de la
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Sibérie: le muguet, la violette, l'ellëbore noir, le vératre blanc , l'iris jaune-blanche ( iris ochroleuca ) , l'îris des près (î>M sibirica), l'anémone, la potentille, la gentiane des marais et l'élégant astragale des montagnes offrent en beau- coup d'endroits l'assemblage des couleurs les plus variées, ou répandent des parfums dont le mélange rappelle les contrées les plus méridionales. Le joli robinier caragan , le dapbné altaïijue, dont les rameaux velus portent des fleurs d'un beau blanc, l'amandier nain, la gentiane altaï- que, l'oeillet superbe ( dianthus superbus^ que l'on cultive dans nos jardins , et la valériane croissent sur les flancs des monts Altaï, tandis qu'à leurs pieds fleurissent l'aster de Sibérie aux fleurs bordées d'un violet pourpré , la tulipe sauvage et le rosier à feuilles de pimprenelle. Sur les autres montagnes on trouve la gentiane croisette et la gentiane des neiges j mais c'est en Daourie que la flore sibérienne étale ses principales richesses : les monts se couvrent de deux espèces de rhododendrons, l'un à fleurs rouges et l'autre à fleurs jaunes, d'églantiers, de spirées à feuilles de millepertuis, à feuilles crénelées, à feuilles d'ormes, à feuilles lisses , à feuilles de saule et à feuilles de sorbier ; dans les plaines croissent les anémones pulsatiles, vingt espèces de potentilles et de centaurées, la pivoine offici- nale à fleurs d'un beau rouge, la pivoine an orna e dont la racine sert de nourriture, la pivoine à fleurs blanches dont la graine infusée dans l'eau bouillante donne une sorte de tîère, et la pivoine à feuilles menues ornce de fleurs cou- leur de pourpre.
Ces nombreux végétaux et plusieurs autres encore ne dépassent point les limites tie la Daourie; ceux qui crois- sent dans les monts Altaï continuent à se montrer sur les hauteurs qui bordent l'Obi. En remontant l'Irtycbe on retrouve quelques plantes des régions élevées de l'Europe; ■ inais dès qu'on passe l'Ienisseï la végétation devient plus
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pauvre, et enfin au-delà du cercle polaire jusqu'au bord de l'océan Glacial , aux chétifs arbrisseaux succèdent des mousses et des lichens.
Suivant M. Guillemin, la plupart des plantes qui carac- térisent la Tégétation du nord de l'Asie appartiennent aux familles des crucifères, des cypéracées, des gentianées, des graminées, des légumineuses , des ombelUjeres, des renan- culacées, des rosacées et des synanihérées. Le genre spirœa est presque entièrement indigène de la Sibérie ; il en est de même du genre astrsigalus.
La végétation de la Mantchourie, de la Corée et du nord de la Chine, diffère essentiellement de celle de la Sibérie et du plateau central. De magnifiques forets bor- dent le fleuve Amour; au pied des montagnes qui limitent ces contrées au sud , croissent le mûrier, l'abricotier et le pêcher; leurs flancs sont garnis des mêmes arbres qui peuplent les forêts de l'Europe centrale ; les pins couron- nent leurs sommets; les plaines basses se couvrent de rosiers, de lis et de muguets; les bords des ruisseaux sont garnis de saules, d'érables et de bouleaux; la lisière des grands bois est ornée de pommiers, d'azeroliers et de massifs de noisetiers. Les mêmes plantes se présentent dans la Corée accompagnées de citronniers et d'orangers ; sur les montagnes croissent le ginseng à cinq feuilles {panax quinquefolium) , dont la racine est considérée par les Chi- nois comme un précieux analeptique et comme un excel- lent aphrodisiaque, et le panic millet, dont on obtient par la fermentation une liqueur enivrante, et dont la graine, réduite en poudre, fournit au peuple son principal aliment.
La flore japonaise, malgré la présence de plusieurs végétaux de l'Inde , tels que les genres amoninm canna , earissa, dioscorea laurus , etc., présente une singulière analogie avec la flore européenne : on y rencontre des
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allîum, des campa/ml/a, descarex, des euphorbia, des in'*, des veronica, etc. Les principales espèces pai'ticulières au Japon sont le rhus vernix, célèbre par le vernis qui en découle, le lilium japonicum, le sophara japonica et le spirœa japonica , toutes célèbres comme ornemens de nos jardins.
La région méridionale de l'Asie offre deux zones de végétation importantes. La seule flore chinoise, si elle était plus connue, pourrait être l'objet d'une longue descrip- tion. Un arbre à cire, qui n'est pas cependont le myrica cerifera, et l'arbre à suif (^croton sebiferum') offrent à l'industrie une matière recherchée pour l'éclairage ; le sumac vernis , le mûrier blanc et le mûrier à papier, le camphrier ( laurus camphora), le camelUer à feuilles étroites (^cameUia sasanqua), donc la feuille fournit par la décoction un parfum recherché pour la toilette des Chinoises, et dont la graine donne une très-bonne huile , le jujubier, le cannel- lier, la pivoine en arbre {^pœonia moutan ) , à laquelle sa beauté a fait donner par les Chinois le surnom de reine des fleurs; V hortensia, qui fut long-temps l'une de nos princi- pales plantes d'agrément ; le magnifique aster, connu sous le nom de reine Marguerite; la jolie primevère, introduite depuis peu dans les jardins de l'Europe sous celui de primula sinensis; la magnifique légumineuse à Heur couleur de lilas que l'on cultive dans nos parterres et que l'on ap- pelle ^^««e*(ne/MÛ;plusieurs espèces de magnollers, entre autres le pourpre et le yulan , recherchés comme ornemens Aes'yaLtA\'a&,\keme}'ocallis japonica, qui ressemble au lis par la forme et le surpasse en beauté; enfin un grand nombre de rosiers, le thé [thca viriiiis) et ses diverses variétés, ■ont les principaux végétaux de la Chine sous le rapport de l'élégance et de l'utilité. Nous ne devons point oublier, parmi ceux qui constituent une branche importante de commerce, XiUininm anisetum, qui fournit l'anis étoile VIII. 4
5o LIVRE CENT VINGT-DHIÈME.
que l'on emploie dans la préparation de la liqueur appelle anisntte.
Dans la presqu'île de Maiacca, des forêts où croissent l'aloès, le bois de santal, la casse odorante [cassia odo- rata ) et plusieurs autres arbres précieux, conservent toute l'année leur brillante verdure; tandis que dans les plaines et les vallées l'air est embaumé par les exhalaisons d'une Innombrable quantité de fleurs. Le teck , arbre dont le bois dur et presque inaltérable est si utile dans les construc- tions , et dont les fleurs passent pour un bon remède contre l'hydropisie , fait l'ornement des forêts de la Cochincbine, de la presqu'île de Maiacca et des bords du Gange. Le plaqueminier bois d'ébène [diospyros eberium), est indi- gène de la Cochincbine ; dans toute l'Indo-Chine , le bana- nier, l'aloès, le calaba qui fournît la résine employée en médecine sous le nom de àaume- marie, le nauclée d'orient, dont te bois, d'un beau jaune, est employé à faire des meubles, rivalisent en élévatiou et en l>eauté.
Dans l'Hindoustan, le bambou qui forme d'épaisses forêts , s'élève quelquefois à 60 pieds de hauteur et produit un suc utilisé en médecine j l'indigo croît spontanément dans le Goudjérate, Le cocotier doit être rite parmi les arbres les plus précieux de l'Inde; outre l'aliment et la boisson que fournit la noix de coco , le brou filamenteux qui l'entoure sert à calfater les navires et à faire des cordages. Le figuier des pagodes (ficus religiosa), dont le tronc atteint 10 à i5 pieds de circonférence, est en vénération chez les Hin- dous, parce qu'ils croient que Vichnou est né sous son ombrage; le figuier des Indes (Jicus indica), dont les im- menses rameaux retombant à terre y poussent de nouvelles racines , et forment dune seule tige une vaste forêt , excite l'admiration des voyageurs. Nous devons encore citer plu- sieurs végétaux bien connus : le balisier, le gingembre, le cardamome et le curcuma. Le poivre noir (piper lugnim )
ASIE : Généralités, 5 1
«t le bétel [piper bétel ) croissent sur la côte de Malabar. ÏjB laurus campkora qui donne le camphre, et le laurus einnamomum qui fournit la cannelle, peuplent les forêts de l'île de Ceyian. L'Inde possède dans la famille des légu- mineuses un grand nombre de plantes utilisées dans la pharmacie et dans les arts : telles sont le tamarinier ( tama- rindus indica), dont le finit est purgatif; fe moringa olel- ^™, qui fournit l'huile de ben; plusieurs espèces de casses, enâii le cœsalpinia sappan, qui donne une teinture qui nvalise avec celle du bois de Brésil. A côté de ces végétaux remarquables, l'Inde voit croître la plupart des arbres fruitiers de l'Europe. Ceux qui peuplent les forêts ap- partiennent principalement aux genres avicennia , œgi- ceras, rhizopkora. Près des habitations, les habitans de J'Inde cultivent pour leurs fruits les mangifera , les eugema , \t& elate et les arlocarpus et le mangouste (garcirua maa- gostana ) qui donne le fruit le plus délicieux. Nos serres se sont enrichies du daphne indica , dont l'odeur est si suave , et nos parcs doivent leur plus bel ornement au beau m-AV- laoniev [œsciLÎus hippocastaniim) si répandu aujoui-d'hui , et qui croît naturellement dans l'État du Neypâl.
Quoique la Perse ait perdu presque toutes ses antiques forêts, la végétation y offre encore de grandes richesses ; celle de sa région méridionale et maritime se couvre d'une partie des plantes de llIindousCan : les vallées de Schiraz sont garnies de platanes , d'azeroliers , de saules pleureurs et de peupliers d'une hauteur extraordinaire; à l'ombre de ces arbres , l'anémone étale ses teintes d'écarlate et de 'bleu; le jasmin, ses Heurs d'une éclatante blancheur; tes ' tulipes et les renoncules, leurs couleurs variées. Au nord- est les montagnes sont ombragées de lauriers, de buis et de térébinthes.
Les plaines élevées de la Perse et de la Tatarie produi- sent une foule de plantes salines. Vers les bords de la mer
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Caspienne et de la Méditerranée la végétation prend une ■physionomie européenne, et les forêts reprennent leur vigueiir; en grimpant à travers des bosquets d'églantiers et de chèvrefeuilles sur les flancs inégaux des collines, on est bientôt entouré d'acacias, de chênes, de tilleuls et de châtaigniers; au-dessus d'eux, les sommets se couronnent de cèdres , de cyprès- et d'autres arbres verts ; le frêne pro- duit la manne, et le sumac croît en abondance. L'indigo- tier à feuilles argentées ( indigofera argentea ) croît sans art siu' les bords du Jourdain; sur ceux de l'Oronte J'olivier s'élève à la hauteur des hêtres; le mûrier blanc fait la richesse du pays des Druses. Dans les plaines qui entourent le Liban on trouve réunis tous les fruits de l'Europe.
L'Arabie ofïre eRcore une autre nuance de végétation; les palmiers ombragent de nombreuses oasis; les plaines sablonneuses produisent les mêmes plantes salines que l'Afrique septentrionale , mais les côtes de la mer présentent un aspect plus riche et plus varié. Les ruisseaux qui des- cendent des montagnes entretiennent sur leurs bords une verdure agréable; un grand nombre de plantes de l'Inde et de la Perse y sont indigènes : tels sont le tamarinier, le coioiiniei', le bananier, la canne à sucre et diverses espèces de melons et de courges. Mais l'Arabie heureuse se glorifie de deux arbres précieux : le cafeyer ( coffœa arabica'^ et le baumier ( ainyris &pobalsamum ). Dans les terrains sa- blonneux on voit croître spontanément le palmier éventait (^ corypha iimbraculifera'), arbre commun dans les Indes orientales, et le mimosa nilotica, qui fournit la gomme arabique et qui se trouve en abondance sur le sol africain. Ainsi, sous le rapport de la végétation, l'Arabie se lie à l'Afrique et à l'Asie orientales.
Pour rendre plus complète cette esquisse de la végéta- tion, nous devons dire que le riz, originaire de l'Inde,
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ASIE : Généralités. 53
esL le principal ulinient des peuples de l'Asie méridionale; que le millet et l'orge sont la nourriture de ceux de la zone septentrionale , et que ce n'est que sur la limite des régions que l'on trouve les pays de froment.
Le règne animal est tellement riche eu Asie, qu'il est indispensable d'en donner une idée. Sur les côtes méri- dionales les zoophftes brillent des plus vives couleurs : ici ce sont des coralinées roses, vertes, jaunes, bleues, ou d'une teinte pourprée; là des gorgones étalent leurs rami- fications en forme d'éventail k côté des rameaux violets de l'alcyon plexaurée; plus loin, la marée en se retirant laisse sur le rivage une foule d'actinies que leurs couleurs variées ont tait nommer anémones de mer, et qui donnent à la plage l'aspect d'un brillant parterre de fleurs: l'holo- thurie trépan est recherchée à la Chine comme aliment aphrodisiaque.
Les mei'S qui baignent le continent indien nourrissenl les mollusques conchifères les plus remarquables par l'élé- gance de leurs formes et la richesse de leurs couleurs: tels sont parmi les bivalves la donace à réseau; la cythérée dont les Chinois et les Japonais se servent dans leurs jeux; celle que l'on a surnommée impudique; la belle cythérée pourprée et celle qui sous le nom spécifique de cedo-iudli fait l'ornement des collections; la jolie venus levantine; l'élégante buccarde cœur-de-vénus; l'arche bistournée,le tridacne gigantesque, dont les deux valves qui servent de bénitiers dans l'église de Saînt-Suipice à Paris ne donnent qu'une faible idée de la taille de cette coquille; la pinta- dine, qui fournit les plus belles perles fines et la nacre em- ployée dans les arts; ta précieuse houlette; le peigne man- teau-ducal; les plus belles espèces du genre spondyle, l'huître rayonnée de 8 à 9 pouces de diamètre; la pla- cune vitrée que les Chinois emploient comme vitre. Au nombre des univalves nous citerons l'ombrelle de l'Inde;
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Ja jolie espèce appelée bulle fasciée; l'anostonie déprimée; la jolie stomatelle rouge; la scalaire surnommée précieuse; les espèces de troque les plus recherchées; le monodonte connu sous le nom de pagode ou de toit-chinois; le beau turbo marbré et celui qui doit à son intérieur d'un jaune éclatant le surnom de bouche d'or; la fasciolaire orangée remarquable par sa coloration; le rocher tète de bécassine; le grand triton émaillé, qui atteint quelquefois i6 pouces de longueur; le rostellaire bec-droit; le pté- rocère araignée; l'éclatant casque rouge; la belle harpe ventrue , dont les côtes pourprées se détachent sur un fond lilas; la mitre papale, la plus grande et la plus belle de son genre; la volute impériale, non moins rare; la belle porcelaine argus ; enfin , la précieux cône appelé cedo- nulli.
Si ces mollusques méritent d'être cités, quelques uns uomme servant à la nourriture de l'homme, d'autres comme objets de luxe ou comme utiles dans nos arts, nous ne devons point oublier parmi ceux qui, dépourvus de co- quilles, habitent les mers de l'Asie, la sèche tuberculeuse, si importante pour les Chinois, qui fabriquent, avec la matière colorante qu'elle sécrète, la substance connue sous le nom d'encre de la Chine.
Une grande variété de zoophytes, tels que les polypiers pierreux, les polypiers corallîgènes, les holothuries et les actinozoaires , gai'nissent les côtes de l'Asie méridionale et orientale, ainsi que celles des îles qui en dépendent.
Les crustacés des mers méridionales de l' Vsie sont les squilles ou mantes de mer, animaux armés de longues arête.s et d'épines, et dont la chair sert communément de nourriture; le palémon carcin, espèce comestible ornée de belles couleurs bleues. Les langoustes, mouchetées de blanc sur un fond bleu; la niaïa à crête et la maïa pipa, qui pone ses œufs sur son dos; le itiittule vainqueur, dont
ASIE : Généralités. 55
le corps Mil Dchâlre est parsemé de points rouges, et le crabe bronzé, sont les plus remarquables des ■animaux de cette classe.
Parmi les poissons des mers asiatiques, se trouvent des squales de grande taille, deskalisles, des aleutères, des chetodons, des labres et des murenoplus. Le plus célèbre des poissons d eau douce , celui qui fournît une uourriture abondante et délicate est le gouramy. Le Gange nourrit une espèce particulière de dauphins, connue de Pline sous le nom de platynista.
L'Asie est aussi la patrie d'un grand nombre de reptiles remarquables : l'Euphrate possède une tortue particulière qui offrirait aux habltans de la Turquie asiatique un ali- ment succulent, si, par un préjugé religieux, ils ne repous- saient sa chair; sur la cote de Curomandel vit la plus grande tortue terrestre que l'on connaisse, c'est celle que l'on a surnooimée la tortue indienne: sa carapace, d'un brun foncé, a plus de trois pieds de longueur. Le Gange et le Brahmapoutre sont peuplés d une innombrable quan- tité de crocodiles vulgaires, et principalement de ceux à long bec, qui appartiennent au genre gavial. L'île de Ceylan passait chez les anciens pour être la patrie de ce serpent appelé amphisbène, dont le corps desséclié et réduit en poudre fut long-temps regardé comme le meilleur spécl- £que contre les fractures, parce que l'on prétendait que,
I lorsqu'on coupait ce reptile en deux, leurs moitiés se réunis- saient, malgré tous les efforts pour les empêcher de le faire; mais aujourd'hui le nom d'amphisbène est réservé à un genre qui liabite l'Amérique. Dans les marais de l'Asie jiiéridionale , Xhjdrophis obscur et Vhydrophis à bandes bleues, espèce de serpens aquatiques, dont la blessure est dangereuse, poursuivent les poissons et les autres habltans des eaux. C'est au Goromandel et au Malabar que l'on trouve, dans les bois et sur tes chenil us, ce redoutable
56 LIVBÉ CEHT VIHGT-UHIÈME.
naja^ surnommé la -vipère à lunettes, dont la morsure donne en quelques instans la mort, que les jongleurs in- diens apprivoisent, et qu'ils font danser au son de la flûte, avec laquelle ils prétendent le charmer; tandis que le peuple réserve à ce reptile une sorte de culte, que le su- perstitieux Hindous lui porte des alimens dans les lieux qu'il fréquente , que les brahmines le conjurent, et font de sa re- présentation le principal ornement de leurs pagodes. Les autres reptiles les plus répandus, surtout dans les régions méridionales , sont les crocodiles bi-carénés , les monstrueux pythons, et Voiilar^limpê dont la pîqûi-e donne la mort avec des douleurs atroces.
Le gibbon, l'un des plus paisibles singes, habite la côte de Coromandel ; le doue , le plus remarquable des qua- drumanes par les vives couleurs de son pelage; et le /V«- sitiite masqué par la longueur de son nez se trouvent à la Cochincbine; diverses espèces du genre ma caçwe peuplent les bords du Gange, le Bengale et l'île de Ceylan. La Si- bérie et le Tibet sont la patrie de deux ours différens de ceux d'Europe; dans la presqu'île de Malacca, une autre espèce se nourrit de miel , de fruits et de fourmis blanches. C est dans les forets qui couronnent les montagnes de la Sibérie que se réfugient plusieurs animaux précieux pour leur fourrure : ces martes, ces • hermines , ces renards ar- gentés, et cet écureuil samommé petit-gris. Les Chinois font avec les Russes un commerce lucratif de la dépouille des loutres du Kamtschatka. L'Arabie et la Perse nourris- sent un /ion au pelage isahelle. Le chacal ne chasse que de petits animaux ; le guépard, animal carnassier, que l'homme n'a point à redouter, habite les contrées au sud du bassin du Gange; tandis que l'audacieux tigre, la panthère, et le léopard tacheté de noir, sont la terreur de toute l'Asie mé- ridionale.
C'est de l'Inde et de la Perse qu'à la faveur des navires
ASIE : Généralités. S-j
marchands le sumiu/ot, ou le gros rat gris, émigra au XVIII' siècle en Europe, où il a presque détruit l'espèce indigène noire. C'est dans les contrées les plus méridionales de l'Inde que Vit le plus grand et le plus intelligent des éléphans, espèce toute différente de celle d'Afrique, et que l'on voit ces éléphans albinos si recherchés par les princes indiens. Le rhinocéros qui vit au-delà du Gange se distingue de celui d'Afrique par son nez, armé d'une seule corne, par sa taille plus grande et ses formes plus massives. Les deux espèces de chameaux, celle à une et celle à deux bosses, paraissent appartenir plus particulièrement à l'Asie qu'à l'Afrique. Le chevrotain porte-musc, célèbre par le pro- duit odorant qu'il sécrète , dirige ses pas timides dans les lieux les plus solitaires des contrées montueuses de l'Asie. Plusieurs des nombreuses espèces d'antilopes sont indigènes de ce continent. L'Asie nourrit encore différens bœufs sauvages, tels que le zébu, qui habite ses contrées les plus chaudes^ Varni, qui se tient dans les hautes montagnes de IHindoustan ; \e gour, espèce de bœuf qui habite par trou- pes de quinze à vingt les forêts de l'intérieur; le yack, qui aime à se vautrer dans la fange, et dont la queue touffue sert d'étendard aux Orientaux. L'espèce de mouton appelée argali, dont la corne, suivant Gmelin, présenterait une longueur de 5 à 6 pieds si sa courbure était dévelop- pée, et dont la force pourrait résister à celle de dix hom- mes, est très-répandue dans les steppes de la Sibérie et de la Tatarie. La chèvre , dont le poil soyeux donne aux châles de Cachemire une souplesse particulière, habite les mon- "tagnes du Tibet. On connaît encore, suivant M. Lesson,
I -dans les plaines de ces mêmes montagnes, six espèces de CBT^ observées depuis peu d'années j telles sont Xhippélaphe dAriatote, le cerf de WalUch et celui de Dui-aucel; des
I OMtiU^es bleues dont les cornes ont mis eu question , parmi les auteurs anglais, l'existence fabuleuse de la limrne; ie
^1
^
58 LIVHE CENT VINGT-UNIÈME.
chitckara, élégant quadrupède, qui porte quatre cornes. Dans les forêts dn Bengale, ou trouve aussi ces charrnaniî axis mouchetés de blanc qui appartiennent au genre Cert et dont la femelle ne porte point de bois; dans les forêts d'Orissa, ce jungligau , souche des bœufs de l'Inde, comme ïurus est celle des bœufs de l'Europe; dans l'Inde, au-delà du Gange, le buj)2e à la peau noire et demi-nue, qui aime à se vautrer sur les rivages fangeux de la mer et des fleuves ; et , dans la presqu'île de Malacca , le tapir bicolore qui rap- pelle lazoologie américaine. Enlin, sur les bords du Gange, le tigre, rayé de noir, se tapit au milieu des roseaux d'où il guette l'homme pour le dévorer,
L'Asie nourrit des oiseaux de grande taille et d'autres ornés du plumage le plus riche et le plus varié. Ce sont les gigantesques vautours, les aigles et \es faucons ; des essaims de perroquets brillans de raille couleurs; des ioris au plu- mage cramoisi; \a perrucfte -verte, le cacatoès, d'un blanc éclatant; le couroucou aux plumes dorées; le drongo aux plumes d'azur, et le calyptotnène vert qui rellète la teinte de lemeraude. Dans le NeypAI on trouve ces faisans si riches en couleurs et cespaons magnifiques que nous avons naturalisés en Europe. La presqu'île de Malacca possède ce beau crfptonix et ce magnifique luen dont l'immense queue est semée de mille yeux, qui l'ont fait surnommer argus.
Enfin les eniomologisies savent combien sont variés les insectes de l'Asie : tous ceux qu'on a rapportés de ses con- trées orientales, et particulièrement de la Chine, sont dif- férens de ceux de l'Europe et de l'Afrique ; une partie des papillons que Linné désigne sous le nom de troyens sont propres à l'Hindoustan; le genre antlUe se trouve au Ben- gale; la Chine méridionale donne naissance au papillon priamus et au bombyx atlas.
ASIE : Généralités. TABLEAU
i DES MOHTACHEa
fVMea-iin-niro
j , . . 1 , . I Ulriktou ou Jlas-u «paJelAlU,, •,i.'&,V«l.l
il^ Bokhda-oola
Groupe du Thian-chan ... j Le volcan appelé Pi-chan
(Poiot culmioanL des monls Bolor...
(jroupe de l'Himalnja.
fLe Tchamoutari
I Le Dhavutadgiri
1 Le Djavahir
{Picconnusousladénoi I Idem . Idem
I Idem. Idem
\Idem. Idem
3373? 3So8 3ï7o 3oS5
83 75? 8555
;845
Groupe du Taurus 1
Groupe de l'anti-Taurui-
Groupedu Liban
Groupe des idodU Elveiid .
Le moiit Jn^s 4871?
Le Liban 33t3
VÀrarat 5i6j
4677
I Pointe culminang 'V° ^ ^600
Point culminant des Ghattes occi-
\ dentales 3900?
:iupc des Glialtra orcid.- Le Taddiandamalla 1730
I Le .^nurc^uni-fiel. point culminant
desmorUi Nit-ghtrriei i68o
6o IIVRE CENT VINGT-UHIÈME,
TABLEAU
DES sivisioirs 1
I. Région du Caucate j G Éorsle Grande Abasie. Im^rc-
(Anatolie. Caramanie. Slvas. Tr^-
\\. Eigioii d'Asie mineure ! bisonde. Iles de Chypre, de
( Rhodes, etc.
i t^rmémc. Kourdistan. Mésopota-
III. Jtégiond'Eufihnue et eùi Tigre.} mie ou Al-Djésireh. Bahylonje
( ou Irac-Arabj.
IV. Bégion du mont Liban | Syrie avec Palestine,
V. Bégion ^Arabie {Arabie.
VI. Bégion de Perse [Perse.
/Grande Boukharte. TurkeKtau oc
Vil. Bègio„del-0^>etdulacA,^l.\ ^''^°'='- ?'"P"^ '^'^ ^^S";"- ^ 1. jï u . Turcomanie ou pajs des
Trouchmèncs.
vm. j,.j,i„ A «.„,„ „„«, f "tkhïi..*'""'"'"' '■"'"■
IX. BigiondetOèi et de l'Ienisseï,., [ Sibérie occideulale.
X. Bégion du Nord-Est 1 ^^ Silërieorientule.avec le fUmt-
^ ( schalka comme appendice.
VI n > ' In 1 (Tatarie, dite chinoise, avec la
XI. Région du fleure Ammtr \ Corëc comme .ippendice.
^ (Iles Kouriles. Tchnka et Yeso.
'!^\\. Bégion iniuiaire d'Eu ( Iles du Japon. Lieou-Kieou.
\ Formosc .
XIII. Région du fleurie Bleu et du\r.i,- , .-,
s 1 "^ j " [Chine proprement di(e.
fleuve Jaune ) "^ '
XIV. Bégion det sources du Gange. \ Tibet,
XV. Bégion du Gange |Hindoix5tan oriental.
XVI. Bégion de l'Indiis | Hindoustao occidental
1 Péninside de l'Inde en-deçà du
XVII. Bégion du Decan ! Gange , avec Cejlan et 1rs Mal -
f dives comme appendice.
! Péninsule de l'Iude nu-delii du Gance. Empire Birman. Royau-
LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.
Sditk de la Description de l'Asie. — Pays Caucasiens Mumis k Russie, ouGéoigic Grsude Abasie,IinéreUiie, Hingrelie,Cb
• Les régions que baigne la mer Caspienne au sud-est, (ju'arrosent au sud les fleuves du Kour et du Rionî ou Phasia, et qui comprennent tout le versant méridional du Caucase, forment une sorte d'isthme qui lie l'Europe à l'Asie occidentale. -
La largeur de listhme est de i6o lieues géographiques entre l'embouchure du Rioni et, le golfe de Bakou.
1 On n'est pas d'accord surl'étymologie du nom de Cau- ceue, si célèbre en histoire et en poésie. L'opinion ta plus vraîserablable le considère comme un composé des mots persans Kok, signifiant montagne, et de Knf, c'est-à-dire montagne blanche. Dans l'ancien persan, ce nom est Koh kafsp. Celle opinion s'appuie sur un passage d'Eralosthène , où ce savant assure que les indigènes du Caucase rappe- laient Caspios (i) ; mais Pline dit que le nom indigène était Graucasusy d'origine scythique, nom qu'on peut expliquer du gothique (2). >•
Suivant M. Klaproth , toutes les hautes montagnes qui forment des limites de pays sont encore appelées Kaffor les Persans. Les Arméniens donnent à cette chaîne les noms àeKov-lasetduKai'kaset, dans lesquels on retrouve l'an- cienne étymologie persane. Mais les Persans le nomment aujourd'hui El-brovz, qui signifie monts formant des pics. Les Géorgiens l'appellent quelquefois Themi; cependant,
(0 Eommel, Caucasi Slral>oniana Descriptio , p. Gi,
6a LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.
à l'exemple des Nogaïs et des Kouiiiouks, ils le désignent sous le nom de ïal-bouz ou lel-bouz , dont l'origine est turque, et qui signide crinière de glace.
" Les anciens ont comparé le Caucase aux Alpes, sous le rapport de lelévation. Il est certain que le milieu de la chaîne est hérissé de glaciers, ou blanchi de neiges éter- nelles (■)■ Reineggs prétend que l'Elbourz ou XAlbanlj (2) , sommet du Caucase, n'a que 54oo pieds d'élévation au- dessus du niveau de la mer Noire; mais on sait aujourd'hui qu'il est trois fois plus élevé. Au midi, le Caucase joint les nombreuses chaînes du mont Taurus, qui parcourent toute l'Asie occidentale; au nord, il borde presque immédiate- ment les vastes plaines où erraient jadis les Sarmates, et où errent aujourd'hui les Cosaques et les Ratmouks ; à l'est , il domine par des précipices escarpés sur la plaine étroite qui le sépare de la mer Caspienne (3) ; à l'occident, ta haute chaîne se termine brusquement au nord de la Mingrélie par des montagnes escarpées , les Manies Ceraumi des an- ciens; les chaînes inférieures se prolongent ensuite, en côtoyant les bords de la mer Noire, et en formant les montagnes basses qui séparent les Circassiens des Abases, et que les anciens appelaient Montes Coraxici. Un promon- toire qui se projette dans la contrée des Circassiens, si riche en bons cbevauii, se nommait, chez les anciens, Hippici Montes; chez les modernes, il porte le nom de Beesch Tau.
1 Les deux principaux passages du Caucase sont désignés , chez les anciens, sous le nom de Portes Caucasiennes et Alhaniennes. Le premier est, sans contredit, le déKIé qui conduit de Mosdok à Tiflis; c'est l'étroit vallon de quatre
(') Gulétnttedt , Voyagea, I, 43^ (en ail.), fleineggi, Descript. <tu Caucase, elc. , I, iG (en bII.). Gomp. Procop., Bell. Golh, IV, cap, K.
(') Gmeiin , Vojage , III , 3f35. — (') Dnfiori/y ou fiory, mot persan aignifiant montagne (H'ahl.).
ASIE : Pays Caucasiens. 63
journées, où, selon Strabon , coulait la rivière Aragon, aujourd'hui Arakiiii^). C'est, comme Pline dit, un énorme ouvrage de la nature, qui a taillé une longue ouverture parmi les roctiers, ouverture qu'une porte de fer grillée suffirait encore pour intercepter W ; c'est le passage par lequel, selon Priscus, les barbares du nord menaçaient également l'empire romain et celui des Perses [5). Le châ- teau-fort qui fermait ce passage reçoit divers noms chez les anciens; celui qui subsiste aujourd'hui se nomme Dariel ou Dariela : il est bâti immédiatement au-dessous de l'an- cien, et le défilé a été considérablement élargi par suite de sa construction.
■ Les Portes Albaniennes des anciens seraient, selon l'opinion commune, la Passe de Derbend, le long de la mer Caspienne; mais si l'on compare avec soin tous les indices que nous a laissés l'antiquité; si on^ réfléchit sur le silence qui est gardé dans tes descriptions de ce passage à l'égard de la mer Caspienne; si l'on se rappelle que Ptolémée place expressément les Portes d'Albanie prés les sources du fleuve Kasius, qui, d'après tout l'ensemble de 83 géographie, est le Ko'ùou ; si on observe que le même géogi-aphe place les Didari voisins des Tusci, près des Portes Sarmatiquesy et que ces deux tribus, sous les noms de Didos et de Tousches, demeurent encore près d'un défilé qui passe par le territoire d'Ounia-Kban , le long de la fron- tière du Daghestan , et traverse ensuite le district de Kag- mamcharie U) , on restera persuadé que c'est là qu'il faut chercher les Portes Albaniennes ou Sarmatiques , jusqu'ici méconnues. Le nom de Portes Caspiennes, appartenant en propre à un défilé près de Téhéran , dans l'ancienne Médie ,
(0 Strxtb. XI. 7G5. — COfWi.. VI, 11. — (î) Prise, de Légation p. 43. Comp. Pncop. Pers. I, ao. — (4) Lapie, carte du Caucas Annald dea Voyages , XII.
'4
64 LIVRE CENT VIMGT-DEUXIÈHE.
est applique vaguement, par Tacite et queltpies autres an- ciens, à diverses passes du Caucase. D'avec toutes ces passes qui traversent la chaîne du sud au nord, il faut distinguer les Portes Ibériennes, ou le défilé de Parapaux, aujourd'hui Schaourapo , par lequel on arrive de l'Imirethie en Kartalinie; défilé où, du temps de Strabon, on fran- chissait des abîmes et des précipices, mais que les Persans, dans le IV^ siècle, ont rendu praticable aux armées (').
" Les témoignages des anciens et des modernes s'accor- dent à placer dans les contrées caucasiennes des mines d'or, d'argent et de fer; plusieurs rivières roulent des paillettes d'or qui , interceptées sur des peaux de mouton , fournissent à ceux qui veulent tout interpre'ter, une expli- cation naturelle de la fable de la toison d'or (^).
" Les sommets du Caucase sont de granité, La bande granitique est accompagnée, de deux côtés, de montagnes schisteuses, et ensuite calcaires. On dit que cette chaîne présente une grande régularité; sa direction en ligne droite rend cette assertion assez, vraisemblable. Mais les mon- tagnes calcaires secondaires paraissent devoir occuper plus d'espace du côté méndional , où la chaîne s'étend par un plus grand nombre de branches. Du côté septentrional, la base des montagnes, calcaire et schisteuse, est recouverte par de vastes dunes de sable qui se perdent peu à peu dans l'aride plaine appelée steppe de Kouma.
■ Le Caucase est une des régions les plus intéressantes du globe pour l'histoire naturelle et civile. Tous les cli- mats de l'Europe et toutes sortes de terrains s'y retrouvent ;
CO/>»co;). Bell. Goth. p. 600. Guldensledt.ï. 3i4.— W Strab. XI, pûisûn.Wii. XXXIII, 3, Plutarch. mVomp. Àppian. de Bcllo Mithrid. p. 797. Procop. Bell. Persic. p. 45. Tavemier, lom. 1 , liv. 3 , p. ag5, Lamberli, fielax. dclla ColchJdc. p. 193. Gmelin , 111, p. Si . Peyttonet, Traité du Commerce, etc. , 11, p. go. Galdtiisudt, I, p. 1S6, ijt8, 461, surtoul p. 438. Reineggs, 1, p, 11, aS . 188. etc.; II, p. iji.
AS!R : Pays Caucasiens. 65
au centre , des glaces éternelles et des rochers stériles oii habitent les ours, les loups, les chacals (0, le c/taus, animal du genre des feiis (2), le bouquetin du Caucase ( capiu caucasica) (3), qui aime les sommets escarpés des montagnes schisteuses; le chamois, qui se tient au con- traire sur les montagnes calcaires inférieures; le lièvre terrier, le putois, l'hermine, l'argali , une in&nité d'oîseaus de proie et de passage : au nord , des collines fertiles en blé, et de riches pâturages où errent les superbes chevaux circassiens; plus loin, des plaines sablonneuses, couvertes de plantes grossières, mais mêlées de bas-fonds d'une nature plus grasse : au midi, de magnifiques vallées et plalues, où , suus le climat le plus snlubre, se développe toute la richesse de la végétation asiatique. Partout où la pente se dirige vers l'ouest , l'est ou le midi , les cèdres, le cyprès, les saviniers, le genévrier rouge, les hêtres et les chênes revêlent les Aancs des montagnes (4). L'amandier, le pêcher, le figuier, croissent en abondance dans les chaudes vallées abritées par les rochers. Le cognassier, l'abricotier sauvage, le poirier à feuille de saule, la vigne, abondent dans Icshalliers, les buissons et sur les bords des forêts. Le dattier, le jujubier, l'épine du Chrîsl, indigènes dans cette contrée , en attestent la douce température. Les marais sont ornés de très-belles plantes, telles que le rho- dodendron poiiticum et Xazalea pontica. L'olivier cultivé et l'olivier sauvage, le platane oriental, le laurier mâle ft femelle, embellissent les rivages de la mer Caspienne. Les hautes vallées sont parfumées par le seringa , le jasmin , le lîlas et la rose caucasienne.
" L'isthme caucasien renferme un nombre extraordinaire de petites nations; quelques unes sont des restes des hordes
C') Guldemtedt , Ifavi comment. Peirop. , (om. SX , p , 49 c' snîv.
fy Thîd. p. ^Si. — m l'atlas , CommEnt. Pdtropol. . 1779, p.nrl. II.
174. — M) Giill/ciisleltl. I. 435 si/q. ■■■ ■■ I
1
66 LIVRE CENT VTWGT-DEUXIÈIIIE.
asiatiques qui, dans la grande migration des peuples, pas- sèrent et repassèrent par ces montagnes ; mais le plus gland nombre se compose de tribus indigènes et primitives. Ces tribus conservent chacune leur langage particulier, et ces idiomes remontent probablement à l'origine du genre humain. La physionomie caucasienne renferme les traits caractéristiques des principales races Je l'Europe et de l'Asie occidentale. Les animaux domestiques et les plantes cultivées de ces deux parties du monde se retrouvent dans le Caucase ou dans ses environs. Les antiques et mémo- rables écrits attribués à Moïse, l'allégorie de Prométhée chez les Grecs, la fameuse expédition des Argonautes, plusieurs traditions des Scandinaves, tout nous reporte vers le Caucase, tout concourt à nous faire chercher dans cette contrée un des points d'où le genre humain s'est répandu sur une grande partie de la surface du globe. Mais ces questions sortent des limites que nous nous sommes tracées. Nous classerons les nations caucasiennes sous sept grandes divisions, d'après les sept langues principales qu'elles parlent; savoir :
ia) Géorginrti prof renient dita . b) Imiretkiem, .. _.,.. o . cjGourieits.
I d) AJiiigrélieiis.
\e) Souaiies, m
a. Les Abuies , subdivises en plusieurs tribus. .,A
.,_.,, ^. ( d 1 Circasiiens du Koubaii.
3. I^Bj-cA*r*:«j«ouC<rc««ie™.|4J Circa^Um, d, ta Cabardi, .
4. Les Osstlc», divisés en diverses Iribus,
5. Les Kiiies ou Tchetchenlzes , avec les Iiigauchea et nuires triliu».
6. Les Letghis . divUi's d'après leurs huil dlRleclea.
1- Les restes des Talarsou Tatares, des Mongols, des Huns et d'autn^ii colonicj élrongùres disséminées sur le Csucase,
« La Géorgie proprement dite appelle nos premiers re- gards, comme étant située au centre de l'isthme. Les Russes appellent ce pays Grou.na, et les Persans GourgUtan \
i : Pays Caucasiens. 67
mais les auteurs indigènes lO comprennent les quatre an- ciens royaumes de Kartuefi, ou Kartlili, d'Imnvehi, on d'Iméret/tie, de Mingrelua et de Gouriia, sous le nom gê- nerai d'Jbérie ou Iwe.rie. Il paraît que cette dénomination classique est aujourd'hui inconnue à la plupart des babitans.
« Selon quelques savans modernes , le nom de Géorgiens viendrait de celui du grand fleuve Kour ( Kor, Kyros, Cyrus) qui arrose ce pays superbei de sorte que l'on de- vrait plutôt les nommer Korgiens ou Koufgiens. <■
Selon dautres, le nom de Géorgiens vient de Gourdji, dénomination qui a fait donner à leur pays , par tous les Orientaux, celui de Gounijistan. Mais ce nom de Gourdji ne date que de la fin du XI* siècle, époque à laquelle les Persans, sous le règne de Malek-Chah, conrjuireni la Géorgie, gouvernée alors par un roi nommé Giorgi, au- quel le vainqueur restitua sa couronne. Ge fut depuis cet événement que les Persans donnèrent à la Géorjjie le nom de pays de Gourtlji, c'est-à-dire de Giorgi^ puis celui de Gourdjistan. Cependant cette dénomination n'a pas été adoptée par les Arméniens : ceux-ci appellent les Géorgiens Virk^ et la Géorgie Oitrastan.
* Les divers partages qui eurent lieu dans le moyen âge entre les princes d'Htérie donnèrent naissance à trois royaumes, celui d'Imirette, d'Imérètki, ou d' IméreChie , dont la Mingrélie et la Goiirie sont des démembremens postérieurs, et ceux de Knrtalinie ou Knrthli et de Kakh- ethi. L'Imérethie a quelquefois été désignée sous le nom de Géorgie turque. Le l'estant a été appelé Géorgie persane; c'est à cette dernière portion que les écrivains actuels, surtout les Russes, restreignent le nom de Géorgie.» Un prince vaillant, nommé Héraclius, en forma, vers la fin du XVIU* siècle, un Etat indépendant, qui maintenant, .sous
(0 Eugène , archimanilrite , TaHlcau de la Géorgie , dans les Annalei «frs Foyaç-en. XII, 74.
P «frs yoyai-eii.
68 LIVRE CENT VIWGT-DEtJXlÈUE.
le nom de gouvernement de Géorgie, est incorpore à leni-
pire russe.
■ Le A'o«r, qui arrose la grande vallée de ia Géorgie, s'ac- croît des rivières àlAragui, d'Iora, probablement \lherus des anciens, et de XÂlazan , qui est leur jilazon ; arrivé dans les plaines de Chirvan, il voit ses eaux se confondre avec celles de l'Aïaa ou Araxe; les deux fleuves foi-ment plu- sieurs canaux, tantôt unis et tantôt séparés; de sorte qu'il pourrait paraître incertain, comme il l'était du temps de Strabon et de Ptolémée, si leurs embouchures doivent être considérées comme séparées, ou si le Kour engloutit i'Araa : ce qui a lieu en efl'et.
• La Géorgie jouissant d'une température très-douce, et en général tiès-saine, offre une agréable variété de mon- tagnes, de forêts et de plaines; toutes les productions communes des pays caucasiens y abondent; mais les habi- tans, peu nombreux, négligent les dons de la nature. Dans la saison sèche, qui commence ordinairement au mois de mai et finit au mois de novembre, les Géorgiens s'oc- cupent à arroser un sol qui leur rend, sans beaucoup de travail, les fruits les plus précieux. On cultive le froment, le gomi ou Xholcus bicolor, le djikoura ou ï/iolciis sorgkum , le mais et le millet. La culture du chanvre et du lin est presque générale. On voit prospérer, avec très-peu de soin, des pêches, des abricots, des amandes, des coins, des cerises, des figues et des grenades; les vignes, abondantes et de bonne espèce, donnent un vin qu'on envoie en Perse. Celui de Kakhethi ne se conserve pas bien , parce qu'il est mal fait; mais il pétille de feu. Les pommiers, la garance, les cotonniers sont cultivés avec quelque soin. Les champs sont couverts de melons et de pastèques; cependant, malgré la fertilité du sol , l'agriculture y est dans l'enfance : la charrue y est si pesante qu'il faut y atteler six ou huit paires de buffles- On vante aussi l'éducation des abeilles;
ASIE ; Pajs Caucasiens. Bg
les chevaux et les bètes à cornes rivalisent avec les meil- leures races européennes en grandeur et en beauté j les moutons à grande queue donnent une excellente laine (>)■ Les plus beaux chênes et sapins tombent en pourriture sans que personne pense à en faire usage W.
" Les Géorgiens, ou, pour mieux dire, les Ibères, peuple indigène du Caucase, parlent une langue radicalement diFFé- rente de toute autre langue connue, et dans laquelle il a été composé, dans le XIP siècle, beaucoup d'ouvrages d'histoire et de poésie (3}. Les Géorgiens croient pourtant descendre d'une souche commune avec les Arméniens.
" Les habitans de la Géorgie sont en général beaux, bien faits et agiles; ils ne manquent pas d'esprit naturel, mai» ils sont intéressés et aiment à boire. Ils ont adopté une partie du costume persan, parce que les nobles étaient sou- vent élevés à la cour de Perse, et que les gens du peuple servaient de garde aux souverains de ce pays. Les Géor- giens sont rarement sans armes, et même aux champs ils ont à côté d'eux des fu.sils et des poignards, pour se mettre en garde contre les brigands des montagnes voisines.
{•)CiJdenstedi,\, 3S3, 36t, 369, elc. Reineggt ,l\:, 109, \io.
(=) Seineggs, II, 45 S179- — P) Eugène, Annales des Voyages, XII , p- 86-g(i. L' alphabet que l'on dit avoir été inveolé par Mearob dnni le V' liècle, se compose de 38 lettres , dont ai) coDSonnes ; toutes ces lettrei se proDoncent comme en français. C'est principalement depuis le milieu du XI' siècle juEiiii'ù la fin du XII*, que la littérature gikirgienDe a été dans sa plus grande splendeur : elle possède des poèmes , des cliansons populaires , et surtout des livres de religion. Après udp décadence assez longue, elle se releva vers le XVllI' siècle; des écoles, des bibliothèques et des imprimeries Jurent établies en Géorgie; plusieurs ouvrages alle^ mands , russes et français , furent traduits en géorgien; enfin le gouvcr- nement russe, depuis la conqa<!tc de la Géorgie, n eu la sagesse de favoriser cet essor de tout son pouvoir. Une clironique géorgienne qui existe manuscrite a la bibliothèque- royale de Paris, et qui relaie les événemcns arrivés en Géorgie depuis l'année i3;3 jusqu'en 1703 inclu- sivement, a été récemment traduite en français par M, FroE.set icunc , et publiée pnr la société aiiatique. J. H,
■ publiée pr
'JO LIVRE CJÎNT VIMGT-DEUXIEME.
• Dans le triste etut où les gueiies et les lévoiiUions ont mis ce beau pays, les indigènes, maigre leur goût pour le négoce et les voyages, font un commerce peu considérable," les Arméniens sont leurs commissionnaires. Leurs femmes, dont la beauté n'est pas moins celcbre que celle des Cir- cassie/mes , quoicjue leur teint ne soit pas aussi blanc ni leur taille aussi svelte, ont pris, dans un commerce fré- quent avecles étrangers, l'esprit de la licence et de la cor- ruption. Les filles, vendues comme esclaves sous le gou- vernement mabométan , étaient les victimes de leur beauté, mais ce trafic honteux a cessé depuis i8oa que la Géorgie est devenue une province russe. Beaucoup de Géorgiens habitent des cabanes à moitié enfoncées dans la terre. Dans le Kakhethi, province où la civilisation a fait plus de pro- grès, on trouve des espèces de maisons. Une mince char- pente, des murs en claies d'osier, recouverts d'un mélange d'argile et de fiente de vache , surmontés d'un toit de jonc; une chamfire de cinq brasses de long sur quatre de large, où la lumière entre par la porte; un plancher qui sert /i .sécher la garance et le coton; une petite fosse au milieu de l'appartement où l'on entretient le feu , et au-dessus un chaudron de cuivre attaché à une chaîne , et enveloppé d'une fumée épaisse qui s'échappe par le plafond et la porte; voilà de quoi se compose une de ces maisons. On trouve presque dans tous les villages des tours qui , ,^ l'ap- proche des hordes de Lesghis, servent d'asile aux femmes
Le gouvernement de Géorgie se compose de six arrondisse mens dont les chefs-lieux sont Tiflïs, la capi- tale, Gorî, Telava, Ananour, Sîgnakh et lebsavetpol ou Ganja.
Tf/liXf ou TeffUs ou Thilisi , compte ordinairement ao,ooo habitans; il y a 20 églises géorgiennes, c'est-à- dire où le lit grec est célébré en géorgien, ifi ariuémen-
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ASIE ; Pays Caucasiens. 7 1
nés, 3 catholiques et 1 mosquées, l'une pour les Persans de la secte d'Ali et l'autre pour les Tatares sunnites. La cathédrale, appelée église de Sion, est un vaste et bel édifice. Les principau^L éiablissemens sont, un hôtel des monnaies, un arsenal, un gymnase pour les jeunes gens nobles, une école pour les élèves att.ichés à l'état-major du corps du Caucase , un superbe hôpital , deux caravan- sérails : l'un pour les Persans et l'autre pour les Turcs^ et deux bazurs où l'on compte plus de 700 boutiques. L'in- dustrie consiste principalement en manufactures d'armes et de soieries. Le commerce, qui est dans cette ville pres- que exclusivement entre les mains des Arméniens, est très- actif et consiste en importations de marchandises de l'Alle- magne, de la Russie et de la Perse: ou en estime la valeur à laOjOoo it. par an. TÎHis est à environ 60 lieues de la mer Noire, 90 de la mer Caspienne, et 480 de Saint-Péters- bourg. Le Kour coule à ses pieds avec une grande rapidité , resserré entre des rochers. Cette ville renferme 3,700 mai- sons dont la plupart construites en briques liées avec l'ar- gile, dans le goiit persan, se terminent en terrasses. Elles sont si peu solides que leur durée n'excède guère plus de la ans. Les fenêtres, au lieu de vitres, sont garnies de papier huilé. La moitié des habitans se compose d'Arméniens; le- reste de Géorgiens, de Mingrébens, de Lesghia, de Ta- tares et de Persans.
Mtzkhetlia, sur ta rive gauche du Kour, à 5 lieues au- dessus de Tiflis, dans l'angle formé par le Ueuve et VAra- gvi, l'un de ses aflluens, était jadis la capitale de la Géor- gie et la résidence du patriarche; mais après avoir été dé- vastée, d'abord par Tamerlan, puis par les Persans, elle n'est plus qu'un village, où l'on remarque encore une forteresse assez bien conservée, une cathédale construite il y a neuf siècles, dans un beau style, et quelques ruines d'anciens édifices qui annoncent sa splendeur passée. On y
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ya LIVItK TKKT VINGÏ-DKUXIKME.
traverse le Kour sur un ancien pont attribue à Pompée et restaure par les Russes. Gori, ville de iSoo habitans, est !\ it lieues plus haut sur la rive gauche du fleuve, sise entre deux montagnes; elle est défendue par une forte- resse Mtie sur le haut d'un roclier. Son nom signifie col- line en géorgien. Elle est principalement peuplée d'Armé- niens.
^nanour ou ^nanouri, à 12 lieues au nord de Tillis, sur la rive droite de TArkala, est, malgré son titre de chef-lieu, iine misérable ville dont les maisons, groupées autour d'une forteresse , sont en partie très-basses et en partie souter- raines. Tclav ou T/ie/ai'i est au contraire une charmante résidence. Elle n'a que 1200 habitans; mais elle est située dans une jolie vallée, sur le penchant d'une colline, et la plupart de ses maisons sont ombragées par de beaux ar- bres. Ses bazars sont bien fournis. Elle est défendue par trois forts. Signakh ou Signnkhi n'est important que par sa forteresse.
Au sud du Kour et sur la petite rivière de Candja , af- lluent de ce fleuve, on remarque lelisaveti/ot , autrefois Ghemijeh ou Gandja, ville fort ancienne qui était la ré- sidence d'un khan, et qui, bien qu'elle soit déchue, est encore la plus importante après Tiflis. On lui donne 12,000 habitans. Elle est fortifiée. Dans ses environs on re- marque d'immenses ruines en pienea et en briques, un monument appelé la colonne de CkanikJwr dont l'origine est inconnue et que les habitans attribuent à Alexandre-le- Grand. Elle est haute d'environ ifio pieds, et entourée d'un escalier extérieur en spirale qui conduisait au sommet lorsqu'il était moins dégradé. Ces monuraens et les mé- dailles parthes, perses, grecques et romaines, attestent ici l'antique splendeur d'une ville qui n'est plus.
A l'ouest de la Géorgie proprement dite s'étend la Géorgie oltoinane, l'ancien packatik de Tchildir, pays qui
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ASIE : PajfS Caucasiens. ^3
a été cédé en vertu des derniers traités par la Forte à la Russie. Sa priix^ipale ville est Akhahzikhs dont le nom si- gnifie château neuf. Les Turcs la nomment j4kiskha. Son «tendue en a fait évaluer la population à 4(>,ooo tVmes ; mais il est probable qu'elle n'en a pas pi us de 1 5,ooo. Une belle forteresse la défend. On y remarque la mosquée tV Ah- med, bâtie sur le plan de celle de Sainte -Sophie de Cor- stantinople, et à laquelle est annexé un collège, dans lequel se trouve une bibliothèque regardée comme l'une des plus riches de l'Orient avant que les Russes n'en fissent trans- porter à Saint-Pétersbourg les livres les plus précieux.
En i83a, le gouvernement russe a fait construire la nouvelle ville ■X Âkhaltsiklie au pied d'une montagne sur Ja rive droite de la Potchavka, emplacement qui, par sou étendue, le peu d'inclinaison du terrain et l'abondance des ^eaux, offre tous les avantages que l'on peut désirer; tan- dis que l'ancienne Akhaltsikbe n'a que de l'eau de citernes. Ses rues sont larges et bien alignées; quelques maisons sont belles : tout annonce que cette ville deviendra l'un des ornemens de la Russie asiatique méridionale.
" La population de la Géorgie proprement dite peut aller à 390,000 individus, dont les deus tiers sont indi- gènes et attachés au rit grec; les Arméniens et les Juifs sont en grand nombre. >•
La ci-devant Géorgie turque est peuplée d'environ 5o à 60,000 âmes.
Ces deux pays ne sont, jusqu'à présent, d'aucun produit pour la Russie ; mais il n'est pas douteux qu'une sage ad- ministration peut y faire développer les germes d'une grande prospérité. Avant la réunion de la Géorgie propre- ment dite à l'empire russe, les revenus du roi s'élevaient à près de 3 niillions de francs; mais, suivant M. Klaproth, ces revenus ont non seulement été employés à embellir les illes, à construire des villages et à réparer les routes, mais
74 LIVJIE CENT VIMGT-DEDXIÈME.
le gouvernement russe y a envoyé chaque année 8 millions (le francs, tant pour solder l'armée du Caucase que pour les frais de l'administration civile. Quant aux revenus de la Géorgie turque, ils ne s'élèvent qu'à i4o,ooo francs.
• Avant que la famille royale, que les uns font descen- dre d'un juif Bagrat, et les autres d'un seigneur persan, nommé Pkamavaz, eût cédé ses droits à la Russie, la Géorgie était une monarchie féodale, que plusieurs excel- lens princes n'ont pu ni consolider ni perfectionner. Les princes et les nobles formaient deux castes distinctes. Les premiers ne payaient aucune contribution ; mais ils étaient obligés, en temps de guerre, de suivre le roi avec leurs vassatix, I^es procès qui s'élevaient entre eux étaient jugés par le monarque. Les nobles payaient certains droits à celui- ci et aux princes. Quoique demeurant dans des chaumières, leur orgueil était égal à leur pauvreté et à leur ignorance (')• Les gens du peuple vivaient dans la servitude la plus ab- solue; ils étaient vendus, donnés et mis en gage comme une pièce de bétail (i). Tous les hommes en état de porter les armes étaient soldats; chaque noble commandait ses serfs; mais le roi nommait le général en chef. Les revenus du souverain consistaient dans le cinquième de toutes les productions des vignobles, des champs et des jardins, dans les droits d'entrée et de sortie sur les marchandises, et dans ce que rapportaient quelques mines faiblement ex- ploitées (3). Aujourd'hui, le pays est entièrement organisé comme les autres provinces russes.
■ Les Imérethiens , dont le nom vient de celui des Ibé- riens, sont les voisins des Géorgiens, du côté du nord- ouest, et parlent un dialecte géorgien. De petits bonnets (jui leur sont particuliers, la chevelure longue, le menton
'•') /lemeggs. II, 53, j-j3,~:') GuldmHcdl . 1, ;(Ji-3S4 m Id. , liirf, , 356. '
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AsiK : Pays Caucasiens. 75
TBsé, avec une moustache retroussée, des habits qui «les- cendent à peine aux genoux, et qui forment beaucoup fie plis sur les hanches, des rubans roules autour des mollets, des ceintures larges ; Toilà a peu près en quoi consiste la parure d'nn Imérethien. 20 à a5,ooo familles formant en- viron 80 à 100,000 individus, demeurent Je long des ri- Tdères et des bois. A cause de sa situation élevée, le pays reste long-temps couvert de neige; les vallées sont maréca- geuses. L'entretien du bétail , des abeilles, des vers à soie, y est poussé à un plus haut degré de perfection que dans toutes les autres contrées du Caucase. Un seul cep de vi- gne fournît du vin à une famille entière ('}- L'indolence des habitans laisse périr inutilement les riches dons du sol et du climat. C'est ici que jadis le Ehîon ou Bioni, l'ancien P/iasrs , sur lequel on ne voit maintenant que des nacelles détrônes d'arbres creusés, portait jusqu'à cent vingt ponts, et qu'un ti-ajet continuel de marchandises uni.ssait en quel- que sorte ce fleuve au Cyrus , et par conséquent la mer Caspienne à la mer Noire.
"On voit encore les ruines de Saivbana, aujourd'hui Schomhanrz, qui n'est qu'un gros village, et l'ancienne Cj"- tœa, aujourd'hui Koutnïs , ou Kotatis, près de laquelle re- ndait le tzar ou l'ancien prince de \' Imérethie , dans une espèce de camp. Le faible commerce actuel des Imérethiens se fait ordinairement eu deux endroits situés sur le Rioni, à Oni et à Chont; on y échange des grains, des chevaux, des ustensiles en cuivre , contre des draps et des étoffes. A Zadis, vers l'orient du paya, on trouve de l'hématite, d'où l'on tire du fer; on en forge divers ustensiles.
" Vers le nord est situé le Radcha , district principal, goi peut mettre sur pied 5ooo guerriers. Radchin en est le chef-lieu. Les villages des habitans de la plaine ont une
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') Rcineggi. II, (7-.ÎO. liiUiiciutedt , pass;
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76 LIVRF. CENT VINGT-DEIlXIKWi- J
grande étendue; dans les villages des niontagnai-ds^ les maisons sont serrées les unes contre les autres ; les habita- tions di^s premiers sont en claies d'osier; celles des antres sont en planches. >
La capitale de l'Iméretliie est Koutaïs que l'on appelle ainsi que nous l'avons dit Kotatis ou Koiithaîhis. Cette ville n'a (jue 2000 habîtans : elle est située sur la gauche du Ilioni. C'est la résidence d'un évêque et d'un gouverneur dont la juridiction s'étend sur l'Imérethie, !a Mingrélie , la Gourie et la grande Ahasie. On voit dans ses environs les ruines d'une ancienne ville dont l'antique cathédrale offre encore de beaux restes, et dont la forteresse dut être con- sidérable. Les habitans de Koutaïs , dont plus de ta moitié se compose de Juifs, et le reste d'Arméniens, s'occupent beaucoup de jardinage. Non loin de celte ville, on remar- que te grand couvent de Giînath, appelé vulgairement Ge- lath, dans lequel on conserve une riche bibliothèque, et l'un des battans de la porte en fer de Derbent, qui y fut porté par un roi nommé Dawith ('). Le supérieur de ce couvent est un archevêque ; on lui donne le titre de Genathel, Bag- dad, à 6 lieues au sud de Koutaïs, est une petite ville for- tifiée; elle a i5oo habîtans.
Les montagnes de Radcha passent pour être riches en mines d'argent, de cuivre et de fer. Mais ce que ce district offre de plus remarquable, c'est une grande quantité de ruines parmi lesquelles on trouve fréquemment des mé- dailles grecques et sassanides.
■ Les Gouriens habitent la contrée située aux bords de la mer Noire , au sud du Phasis, Ruinés par les pacbas voi- sins, ils abandonnèrent la navigation et la pèche ; et même depuis qu'ils sont soumis à la Russie , ils ne proBtent d'au- cune des nombreuses richesses qui leur sont offertes par
ASiF, : Pajs Caucasiens. ^y
la nature. La CounVsjoitlt d'une température saine, d'un sol propre à l'agriculture et à l'entretien du betait , d'un eliniat dont !a douce influence (ait prospérer le cotonnier, les ci- trons, les olives et les orangées; de tous les environs du Caucase, ce n'est qu'ici que mûrissent ces fruits. Le peuple, ainsi que sa langue, aéprouvéplusieurs mélanges; on y ren- contre des Turcs, desTatares, des Arméniens et des Juifs. •
La population se compose tlcnviron 6 à 7000 familles ; mais il n'y a que deux ou trois endroits où l'on voit plu- sieurs liabitations groupées autour d'un couvent ou d'un château; le reste paraît dépeuplé. De nombreuses ruines de châteaux et de villages annoncent que ce pays fut au- trefois plus peuplé. On sait que la Gourie est une partie de laColchide des anciens. A la paix de 181a, les Turcs en cédèrent la suzeraineté à la Russie : aujourd'hui elle est une partie intégrante de cet empire. Baioiim ou Baloiiini, le cbef-Iieu de la Gourie, est situé sur la câte de la mer Noire ; son port est très -fréquenté. Pote ou Pothi, à l'emboucliure duSioni, est une ville de laoohabitans.
• Les jW/n^re'/ff/M demeurent au nord des Gouriens, et à côté des Imérethiens, dans le même pays que jadis possé- dèrent les Golcliiens, et ensuite les anciens Lazîens. De vieilles cités en ruines, des forteresses russes sur le bord de la mer, des vaisseaux qui font voile pour la Turquie, des princes et des nobles qui parcourent les campagnes pour piller le paysan, des femmes qui Iraliîssent leurs maris, des coml^ats entre tous les villages, tel était na- guère le tableau de la Mingrélie. Un grand bonnet de I feutre sur la tète, les pieds nus ou enveloppés de peaux, qui ne sont que de faibles préservatifs contre la boue de ce pays humide, des chemises et des habits sales; Toilà le costume du Mingrélien : c'est ainsi qu'on le trouve au milieu de femmes débauchées, qui mangent
•jS LlVliK CEMT VINGT-DEUXIÈME.
au pillage et au brigandage. Voici comment naguère un noble mingrelien se procurait îles esclaves : ■ pendant une attaque subite, ou une fuite précipitée, il guettait quelque ennemi qu'il pîlt renverser de cheval, et dont il pftt ainsi faire son prisonnier; une corde attachée à sa ceinture lui servait à lier le prisonnier aussitôt qu'il était descendu. Le commerce des esclaves se faisait aussi en temps de paix ; car, en MingrélJe , avant la domination russe , le maître vendait son domestique, le père son Ids , le frère sa sœur.
s Les Turcs vont chercher en Mingrélie de la soie, de la toile , des fourrures , et particulièrement des peaux de cas- tors , du miel rouge et blanc; ils y portent en échange des sabres , des arcs et des flèches, des orneniens pour les che- vaux, des draps, des couvertures, même du cuivre et du fer; car les anciens possesseurs de la toison d'or n'exploi- tent à présent aucun métal. -
Redoiit-Kalé , petite ville fortifiée, possède le port le plus fréquenté de la côte : il y entre annuellement i3o à i5o navires. Elle n'a que 5oo babitans; mais elle peut de- venir importante sous le gouvernement russe. AnakUa ou Anakria , à quelques lieues au nord-ouest à l'embouchure de rinéour, paraît occuper remplacement de l'antique Hé- raclée; il y a un port et une forteresse. C'est le siège d'un commerce assez actif,
« La Mingrélie est encore aussi humide , chaude et fié- vreuse qu'à l'époque où }Iippocrate la décrivit sous le nom de Colchide. En été , il y règne des maladies pestilentielles qui enlèvent les hommes et les animaux, La végétation y est d'une extrême activité; tous les fruits y viennent sans <|u'on prenne soin de les greffer ; il est vrai qu'ils ne sont pas toujours d'un goût exquis. Les châtaigniers et les fi- guiers abondent(i). On ne vante que le vin, qui est salubre
£') tttintggt, 11 , açf iq/f. Guldenttedt , I, 4o°-4'>S'
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ASIE : Pays Caucasiens. ~j()
et plein de feu; il y a nussl dci riz et du millet ou du gom. LesMingréliens ne cultivent plus le lin (0, qui, du temps d'Hérodote etdeStr^bon, fournissait aux Col chien s la ma- tière dune fabrication importante, dont Chardin observa encore les restes. Le seul objet auquel ils donnent quelque soin, c'est l'entretien des abeilles. Le miel de quelques cantons où abonde \azalea pontica, est amer W, comme Strabon l'avait observé. C'est au-delà du Phasis, dans la Courte, que Xénophon trouva une sorte de miel qui don- nait une espèce de délire à ceux qui en mangeaient , effet *jue Pline attribue au r/iodoilendro/i, arbrisseau abondant dans les forêts où voltigent les abeilles (3).
« Les superstitions sont extrêmement répandues en Min- grelie. Les missionnaires du XVII' siècle ne parvinrent pas même à faire supprimer une fête qu'on y célébrait en l'hon- neur d'un bœuf, et qui rappelle le culte d'Apis. Le prince de la Mingrélie prend le titre de Datlinn on maître de la mer; depuis i8o3 il s'est déclaré vassal de la Russie, qui lui assura, ainsi qu'à ses descendans, la jouissance des droits qu'il possédait. Malgré son litre de maître de la mer, il ne possède pas une barque de pêcheur; ordinairement il erre avec sa suite d'endroit en endroit, et son camp, séjour de la licence, l'est aussi de la misère (4). Les Min- gréliens nobles aiment la chasse; ils savent apprivoiser des oiseaux de proie qui servent à faire la guerre an gibier. Un proverbe mingrélien cite un bon cheval , un bon chien et un bon faucon , comme trois choses indispensables à la félicité humaine. La chasse fournit au Mingrélien une provision abondante de venaison. Dans ses repas il mange encore desfaisans, oiseaux indigènes de ce paya, dont le Phasis forme la frontière. Les mahométans, qui sont en grand
(0 Heineggs , 11 . 3o. — ;=) Guldensledt, I, 375, -jSi , ag; si)/}. W Xénophon, Cyri cipcd, , IV. 8. PUn. . XXI, i3.— (1) Ftlir .agorio , Lettres sur la MingréllR, Annales des. Voyages, IX.
8o [.IVHE CENT ViNCr-DEUXEÈMl;.
nomlire dans la Mingrélie, ne voient pas sans une indi- gnation profonde labondance de vin et de porc qui y règne, tandis qu'on manque de bon pain.
« A l'est d'Odichi et de la Mingrélie proprement dite, est située la petite province mingrélienne de Letch- gou/ttf où les habitans demeurent dans des cabanes de pierre. "
La population de la Mingrélie se compose de i4,ooo familles géorgiennes, arméniennes, tatares et juives; mais la religion grecque y est dominante, et le pays est divisé en trois diocèses.
La Grande-Abctsie s'étend sur le versant méridional du Caucase depuis la Mingrélie jusqu'aux frontières de la Cir- cassie occidentale. C'est un pays arrosé par un grand nom- bre de petits cours d'eau, et très-fertile, quoique mon- tueux.
« Les Abases, qui se donnent eux-mêmes le no\nè^Absne, sont des barbares bien faits, endurcis et agiles; un visage ovale, une tète comprimée sur les côtés, un menton court, un grand nea , des cheveux d'un cMtain foncé, leur donnent une physionomie nationale très-remarquable. Les Grecs les connurent jadis, sous le nom d'jischœi, comme des pirates rusés et redoutables; sous le nom d'^basgi, ils étaient décriés chez les Byzantins pour leur commerce d'e^avea. Les Circassiens invitèrent un jour les princes abasiens à une assemblée, et après avoir gagné leur con- fiance, ils assassinèrent les cbefs de ce peuple libre. Depuis cette époque, les Abases, livrés à des guerres civiles, ont perdu le peu de civilisation qu'ils avaient reçu de Constan- tinople. On trouve pourtant dans la célébration du dimanche une faible trace de leur ancien christianisme. Les uns, nomades paisibles, errent dans les forêts de chênes et d'aunes qui couvrent le pays; les autres vivent d'un peu d'agriculture; tous sont enclins au brigandage, et seven-
ASIE : Pays Caucasiens. 8i
dent les uns les autres aux marchands d'esclaves (■). La langue et les coutumes des Abases ressemblent beaucoup à celles des Circassiens, selon Guldenstedt (^) ; tandis que Patlas affirme que leur idiome ne lui parut avoir de rapport avec aucune langue connue Ç>). On présume quil y a dans le pays des Abases des mines d'argent cachées ; mais ils n'en savent pas plus profiter que de leur situation, si propre à la navigation et à la pèche.
- Les objets de commerce des Abases consistent en man- teaux de drap et de feutre, en pelisses de renards et de fouines, en miel, en cire et en bois de buis, dont les Turcs lont des achats considérables. Les marchands turcs et ar- 'méniensqui leur apportent du sel etdesétofi'es, se tiennent 'constamment en garde contre les attaques de ces perfides f sauvages, qui, dés qu'ils se trouvent en force, dépouillent, I dit-on, sans distinction, leurs amis et leurs ennemis (4).
" La Gr.inJe-Abasie est en général couverte de forêts, où [la chaleur et l'humidité entretiennent une végétation aussi f-ftbondante que celle de l'Amérique; les lianes y étouffent f-les arbres sous leurs branches entrelacées. >
Soudjoak-kalè , la plus occidentale et la plus septen-
i'trionale des villes de la Grande- Abasie, est à 6 lieues au
sud-est de la cité circassienne d'Anapa. C'est une place de
commerce bien située , à l'entrée d'une petite baie , avec un
l)on port, et défendue par une forteresse, SouliacÂi n'eut
qu'un bourg à l'embouchure dune petite rivière du même
; Mamaï n'est aussi qu un bourg, mais avec un bon
port. Les autres lieux habites de la côte ne sont que des
I bourgades, à l'exception de Sotikgouni'kalé oa Sokhoum-
I Aalé^ petite ville qui, sous le gouvernement turc, n'a fait
i.') Ràneggs ,\, \}. 1^1 si/q. Guhienitt/Ù, 1, ^b^, Comp. Cliardiit. tj^mùen, ete.—(')Guldenstedt, 1, i^i el ^6-;.—!?) Patlat. Voyngo B Is HuBsic méridionale, 1 , 2-ji. — (M P^yssoniiel, Traité du Coin- 'ce, )1 , au commencenu^nt. VIII- li
L
B-2 LIVRE CENT VINGT-DEDXlÈME.
que déchoir d'année en année : en 1787 elle avait 3oou haLitans; aujourd'Iiui elle n'en a pas 3oo, mais déjà elle commence â éprouver l'heureuse influence d'un gouverne- meni européen. C'est à une lieue au sud-est que se trouve Iskouria, ville maritime ruinée, qui paraît être l'antique Dioscurias , port dans lequel , au rapport de Pline , venaient commercer des marchands de 3oo nations différentes. Pil- jioani«, àfilieuesau nord-ouest, paraît être l'ancienne Jp/(7uj.
Les peuplades abases se distinguent sous les sept noms suivans : les Arestkovacites , les Baghis y les Ibsips, les Inalkoups, les Madchaveis , les Oubyks et les Stzsks (i),
La province de Chirvan occupe le bassin inférieur dii Kour, depuis l'extrémité orientale de la Géorgie jusqu'à la mer Caspienne. Sa longueur, de l'ouest à l'est, est de plus de 60 lieues, sa largeur moyenne d'environ 5o, et sa su- perficie de 1200 lieues carrées. On y rencontre, surtout près des bords du Kour, un grand nombre de marais et de lacs, dont plusieurs sont salés. On y trouve aussi des Steppes, dont la plus considérable est celle de Mogkan, longue de a5 lieues et large de plus de 10, qui abonde en pâturages, mais qui est infestée de serpens. Les montagnes y renferment plusieurs métaux, parmi lesquels on exploite principalement le fer. Leurs cimes sont couvertes de forêts qui servent de retraite au chacal, à la gazelle, à l'antilope et à plusieurs autres espèces d'animaux. Les pâturages qui bordent les rivières nourrissent un grand nombre de cha- meaux, <le buftles, de clièvi-es, de moutons à grosse queue , et de chevaux d une race estimée. Les coteaux sont garnis de vignes qui fournissent le meilleur vin du Cau- case; les champs sont couverts de coton, de chanvre, de garance, de safran, de soude et de tabac.
l'imvrage intitulé : Aper^ des divtrtei peuplades du Cau- 3 homme J'Ëtat russe ; traduit par le doWpiir Sieffcns , pru- fesKur i BfwUu ( Hertha , i8j6. —Vol. VU , cah. 11 , p, ï3 ).
ASiH : Pays Caucasiens. 83
Le cotonnier du Chirvan est une plante herbacée an* nuelle qui a Tinconvénient de produire un coton trop court pour pouvoir être filé fin. La totalité du coton récolté an* nuellement est d'environ 100,000 pouds ( 1,6379200 kilo- grammes ) ; mais le pays pourrait en fournir dix fois autant , si les habitans étaient moins indolens et mieux éclairés sur leurs intérêts. Cest surtout sur le territoire de Bakou que la culture du safran est la plus répai^due. On le ré- colte en mai. On assure qu'il ne le cède ni à celui de Tltalie ni à celui de Flnde; il s'en fait une grande consommation dans le pays , et il s'en exporte annuellement pour 1 5o,ooo roubles.
Les pêcheries de l'Âras et du Kour forment une des branches les plus importantes de l'industrie du Chirvan. Les ports destinés à ces pêcheries se nomment uatagas^ et sont au nombre de sept : Bojii^ Acouscha^ Lopatine^ ToprakaU^ Ai-boutagne^ Aboulianeel Meneïmane. La pêche se partage en trois périodes : celle du printemps ( béliak ) , celle de l'été [jarkovsky)^ et celle de l'automne. La pre* mière commence en mars et finit en juin; la seconde dure de juillet à septembre j et la troisième de septembre à dé- cembre. Celle du printemps est la plus importante, et fournit à elle seule les trois quarts du produit annuel. Les poissons que Ton prend sont les principales espèces d'es* turgeons , telles que Y esturgeon commun y le bélouga et le seçruga; quant aux silures^ ils sont aussi très-nombreux, mais on les rejette après en avoir extrait la colle que le fermier de la pêche abandonne aux pêcheurs. Tout le pois- son pris en été et en automne est mis en balyk^ c'est- à-dire découpé, salé et séché au soleil; la pêche du prin* temps fournit les œufs d'esturgeons, qui sont convertis de suite en caifiar. A l'exception du balyk, les produits de la pêche sont expédiés à Astrakhan, et forment le chargement d'une douzaine de navires. Ce qui complétera l'idée qu'on
6.
84 LIVRE CENT VINGT-DEUXIÈME.
(ioit se former de l'importance de ces pêcheiies , c'est qu'elles étaient affermées en i83o à 66,000 roubles argent, c'est-à-dire à 227,000 francs; que les frais du fermier s'é- lèvent à plus de 600,000 francs, ce qui, sans compter ses bénéfices , porte la pèche à plus de 827,000 francs ['}.
On estime la population de la province de Chirvan à i35,ooo habitans , la plupart Turcomans , Arméniens^ Tadjiks et Lesgbiz.
On remarque , en traversant le Caucase , une grande différence dans l'aspect que présente le versant septentrio- nal ou européen et Je versant opposé. Sur le premier on ne voit pas même nn buisson ombrager les coteaux arides; sur le second, des ruisseaux serpentent au milieu de forêts d'arbres fruitiers et forestiers. Noufi/iiétuit autrefois le chef- lieu du khanat de Cheki ; il est situé au pied de montagnes abruptes dont la cime atteint la hauteur des neiges perpé- tuelles (3}. Cette ville est moins importante qu* celle de Cheki, composée de 5oo maisons et défendue par un châ- teau-fort où résidait le khan. Vieux- Chamakhi ^ que le roi de Perse Nadir-chah détruisit en 1 735 , a vu dans ces der- nières années relever ses muiailles, réédifier ses bazars, reconstruire ses anciens édifices; et, replacé par les Russes ou rang de capitale de la province, tout fait espérer qu'il reprendra son ancienne activité commerciale. Nouveau- CA««inM/, bâti par Nadir-chah, et qui a eu jusqu'à 3o,ooo habitans, est aujourd'hui beaucoup moins important, tandis que Bakou, chef-lieu d'un arrondissement de ce nom, est la principale ville de la province comme place de guerre et de commerce, ainsi que par son port et sa population que l'on évalue à 12 ou i5,ooo âmes. Ses maisons sont mal bâties, et les toits se terminent la plupart
L
{■) Journal de Saint-Pëtersboiirg , du 5 juillet iSIti (') M. Steven .* Voyage dans le Caucase oriental.
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ASIE : Pajrs Caucasiens. 85
en terrasse; les rues sont étroites et tortueuses; la prin- cipale est formée de deux rangées de boutiques, et, comme celles-ci, ne s'onvreiit qu'en selevant de bas en haut: quand toutes ces portes sont ouvertes , ta rue ressemble à un passage couvert. IVous ne dirons pas, comme un voya- geur récent ('), que Bakou est située sur le mont Bech- Bannak : ce serait une erreur; mais nous Ferons remarquer que, du côté de la terre, elle est entourée d'une double enceinte de murailles flanquées de tours ornées de canons; tandis que, du côté de la mer, il n'y a qu'un simple mur C{ue les vagues baignaient autrefois et qui n'en approchent plus qu'à la distance de i5 pieds : ce qui semble indiquer un abaissement des eaus de la mer Caspienne. Cette ville possède quelques ruines remarquables; entre autres une arcade en ogive, servant autrefois d'entrée à la Mosquée. Ses plus beaux édiSces sont l'ancien palais du chah, et une église arménienne ; mais le plus digne d'attention est une tour ancienne, appelée la Tour de la Vierge , et qui parait avoir servi de phare. Son port est le meilleur qu'il y ait sur la mer Caspienne : il est fermé par deux îles et défendu par deux forts. Il s'y fait une pêche importante; c'est celle des phoques qui fréquentent ses parages. Ses principales expor- tations sont celles de l'opium, du vin, de la soie, du sel, du salpêtre et du naphte, que l'on recueille sur son terri- toire. Cette ville est regardée comme un lieu saint par les Hindous qui suivent encore les croyances des anciens Par- sis, adorateurs du feu. Les motifs de cette croyance tien- nent à un phénomène qui mérite d'être relaté.
■ A l'orient de Vicux-Chamakhi , le Caucase s'abaisoe; une grande langue de terre s'avance dans la mer Caspienne; c'est la péninsule d'^^cAe/»n ou d'OXo/iej*« , dont les terres ai^ileuses et salines se couvrent d'usé végétation languis-
} M. Camba.
86 LIVRE CENT VIPiGT-UEUXlRBII'.
santé, mais où les t'ameuses sources de iiaphte sont un sujet d'admiration pour les voyageurs, et un trésor iné- puisable pour la ville de Bakou. Les principaux puits, au nombre de 82, sont au village de Balkhany; l'un d'eux donne 5oo livres par jour. Non loin de là, à 3 ou 4 lieues de Bakou, setend le champ des grands Jeux , d'environ un quart de lieue en carré ; c'est un terrain d'où il sort conti- nuellement un gaz inflammable. Desguéhres, ou adorateurs du feu , y ont bâti plusieurs petits temples. Dans l'un d'eux , près d'un autel , on a fixé dans la terre un large tuyau creux en forme de canne. De son ouverture supérieure sort une llanime bleue, plus pure que celle de l'esprit-de-vin ; il s'échappe une flamme semblable d'une ouverture horizon- tale ménagée dans le rocher. Une colline, près de Bakou, fournit du naphte blanc , mab on ne l'y trouve qu'en petite quautité; les Russes s'en servent comme cordial et comme métlieament; ils l'appliquent aussi à l'extérieur. Non loin de là se trouvent deux sources d'eau chaude qui bouillent comme le naphte; l'eau est imprégnée d'une argile bleue
qui
, mais elle s'éclaircit en la lois
poser ; quand on s'y baigne , elle fortifie et donne de l'appé- tit. Le khan de Bakou tirait du naphte un revenu de 40,000 roubles. »
Ce qui peut donner une idée exacte des salses et des feux de Bakou, ce sont les observations faites sur les lieux par des sa vans dignes de confiance. Suivant le rapport d'une commission chargée d'examiner les phénomènes qui se développèrent aux environs de Bakou le 27 novembre 1827: A 5 heures après midi il s'éleva, près de lokmali, une énorme colonne de feu accompagnée d'un grand bruit; après s'être soutenue à la même élévation pendant trois heures, elle diminua successivement pendant vingt-quatre heures, et resta enfin à la hauteur de 26 pouces. Le feu s'étpndaii sur un terrain de :>.g25 pieds de longtieiu' et de
ASIE : Pays Caucasiens. i3oo de largeur. Dans les premiers momens, ce petit lança une grande quantité de pierres en incandescence, ainsi que des masses d'eau. Il ne s'est point formé de cra- tère, mais la place d'où s'éleva la colonne de feu s'est aou- levée à la hauteur d'environ 3 pieds. Près du volcan, une source marécageuse rejette continuellement des bulles denu d'im pied et demi de diamètre et de hauteur; quelquefois elle lance des masses d'eau deux fois plus considérables.
Les environs de Bakou semblent d'abord n'avoir rien de volcanique; mais, en réunissant les dîfférens faits qui y ont été observés, on voit que les phénomènes qu'ils présentent tiennent le milieu entre les véritables volcans et les salses, et l'on est alors autorisé à admettre ces dernières , même parmi les effets volcaniques. Ainsi la chaleur qui se mani- feste dans les orifices par lesquels s'échappe le gaz en- flammé dans les environs de Bakou , est plus considérable que dans les salses de l'Italie : M. Lenz (■) a reconnu dans la plus grande des cavités de lokmali une température de la degrés (centigrades), et dans un des trous des grands feux a8 degrés ^. De plus, une autre salse près de Bakou ofïre des caractères communs avec les véritables volcans : elle est située sur une montagne de forme conique, haute de loo pieds, mais qui était deux fois plus élevée avant que sa cime se fût écroulée. Elle est couverte d'un grand nombre de petits cônes d'argile d'environ 20 pieds de hau- teur. La masse de limon liquide rejelée par la bouche ûtuée au point le plus élevé occupe un espace d'environ 1000 pieds de longueur sur 200 de largeur. Cette bouche, lorsque la cime était intacte, n'avait que quelques pouces de diamètre; elle était remplie d'un limon liquide; des bulles de gaz s'en dégageaient et lançaient à 2 pieds en l'air le limon qui, en retombant, augmentait les dimen-
(') UUrc « M d,.- Itumhold' sur ks salw'* el ks fpu.\ '\f H.Ami
volcan ^^M
i
88 LIVRE CENT VlMGT-DEUXlîfME.
aioni du cane. On trouve dans ce limon de nombreux quartiers de rochers, qui tous paraissent avoir éprouve une chaleur plus ou moins considérable; on voit même aux environs des morceaux d'une véritable scorie.
Quant aux salses qui jettent du limon liquide, situées pFès du village de Balkliany, ce sont, dit M. Lenz, des fosses remplies de limon et de naphte noir ; les plus grandes ont 2 ;i 6 pieds de diamètre. Des bulles de gaz s'y élèvent à des intervalles plus ou moins longs. Des deux côtes de la colline le gaz sort perpétuellement de terre avec un sifOemenl.
L'île Po^orélaïa-Ptita (le Roc brûléj, à l'embouchure du Kour, présente les mêmes phénomènes que les champs île limon de lokmalî.
A l'endroit où commence le delta du Kour on voit ia petite ville de Salian, célèbre par la pèche et le commerce de l'esturgeon. A environ 4o lieues à l'ouest, ChoucJah ou Choiichi, forteresse construite sur un roc escarpé, n'est accessible que par un sentier étroit.
Les deux khanats persans d'Erivan et de ïïakhtchivan , cédés par la Perse en vertu du traité de 1828, forment la province russe <X Arménie, peuplée de 400,000 âmes. Elle est divisée en quatre arrondissemens ; sa capitale, Erifcin, se compose de uooo maisons éparses au milieu de champs et de Jardins; sa population est de 1 3,000 habitans , la plupart Arménien.s. La forteresse qui la défend couronne un rocher qui s'élève de 600 pieds au-dessus du Zenghi , petite rivière qui arrose la ville. Cest dans l'enceinte de cette forteresse que se trouvent le palais du gouverneur, une belle mos- quée et une fonderie de canons.
A 10 lieues au nord-ouest de cette ville on voit le lac Sifdn ou Sebanga, appelé aussi Gouktcha, nom qu'il doit à ta couleur bleue de ses eaux , qui est elle-même l'effet de sa grande profondeur. Il est long de i4 lieues, et large de 5. il nourrit un grand nombre de poissons, dont plusieuis
ASIE : Pays Caucasiens. 89
passent pour des mets exquis. Vers son extrémité occiden- tale s élève une petite île qui renferme un couvent où Ion relègue les moines de celui d^ Etchmiadzine , lorsqu ils se sont rendus coupables de quelques délits. Ce dernier cou- vent , situé à quelques lieues à Touest d'Erivan , est lancien chef-lieu de la religion arménienne : cest là que réside le principal patriaiche de TArménie. Le village qui selève auprès a le rang de chef-lieu d'arrondissement.
Ptolémée parle dune ville de Naxuana^ située en Ar-^ ménie; on croit la retrouver dans Nakhtchivan^ à peu de distance de TAras, et à 3o lieues au sud-est d^Erivan. Elle fut ruinée au commencement du XYIP siècle, sous le règne d'Abbas I*', qui en fit transporter les habitans dans l'intérieur de la Perse. Chef-lieu d'arrondissement, sa po- pulation , qui fut plus de dix fois plus considérable , ne parait pas dépasser 3 à 4^00 âmes. En descendant l'Aras on arrive à la ville ^Ourdahad^ peuplée de 6000 âmes. Elle est sur la gauche du fleuve, près d'une cataracte que forment ses eaux en tombant de 20 pieds de hauteur.
La province d'Arménie compreod un plateau de 800 pieds de hauteur , entrecoupé de montagnes et de collines. Le sol en général en est bien arrosé , et fertile en céréales , en riz et en vignes. Le climat en est sain ; Tété y est doux , mais l'hiver y est très -rude.
Telles sont les provinces asiatiques qui forment la Russie méridionale.
90
LIVRE CENT VINGT^DEUXIÈME.
TABLEAU
DES POSITIONS GÉOGRAPHIQUES DE LA RUSSIE
ÀU SUD D8 LA CRETE DU CA.UCASE.
NOMS DES LIEUX.
TiFLlS
Ielisavetpol
Akhaltsikhe
KOUTÀÏS
Batoum
RsDOUT-KALé
SoUKHOUM-KALÉ
Chbki
Nouveau -Chamakhi
Bakou...
Érivak
NAKHTCHiyAK
LATITUDE.
4i« 3o 3o N.
t^o la G N.
4i 55 G N.
4a i*» o N.
4i 38 4o N.
4a i4 la N.
4a 59 ao N.
40 4? o N.
40 34 o N.
40 ai ao N.
4o I i5 N.
LOKGITUDB.
38 59 ao N. 43 ai 10 £.
4ao 4i* i5"E.
45 5 o E.
40 4^ o ^*
4o ao o E.
39 18 40 £•
39 18 i5 E.
38 39 53 E.
44 la o E.
45 ao o E.
47 ^7 48 E.
4a 36 o E.
>««>»4H
LIVRE CENT VINGT-THOISIÈME.
Suite de la Description de TAsie. — Turquie d'Asie. — Première sectioD. — Péninsule de l'Anatolie ou de TAsie-Mineure , avec les côtes de la mer Noire.
«Nous allons fouler un sol fertile en grands souvenirs; mais ces souvenirs même n'existent point pour les habi- tans actuels, abrutis par Tignorance et Fesclavage. Une égale obscurité enveloppe la gloire de vingt peuples qui. jadis florissaient dans l'Asie occidentale; les troupeaux bon- dissent également sur le tombeau d'Achille et sur celui d'Hector; les trônes des Mithridate et des Antiochus ont disparu comme les palais de Priam et de Crésus ; les mar- chands de Smyrne ne se demandent guère si ce fut dans, leurs murs que naquit Homère; le beau ciel de l'Ionie n'inspire plus ni peintres ni poètes ; la même nuit couvre de ses ombres les rives du Jourdain et les bords de l'Eu- phrate; la république de Moïse a disparu; les harpes de David et d'Isaïe sont muettes à jamais; un pasteur arabe vient avec indifférence appuyer ses tentes aux colonnes brisées de Palmyre; Babylone aussi a succombé sous les coups d'un destin vengeur, et cette cité qui régnait sur^ l'Asie opprimée, laisse à peine après elle une trace qui puisse indiquer où s'élevaient les remparts de Sémiramis. « J'ai vu sur les lieux, dit encore un voyageur, l'accom^ « plissement de cette prophétie : que Tyi', la reine des na- « tions, ne serait plus qu'un roc où les pêcheurs feraient « sécher leurs filets (0. »
« Cependant , si la civilisation européenne , par quelque^
(') JEJzech., ch. xxvi, v. a. ^
l
f)a tIVRE CKHT VlSGT-TROISltiMK.
nouvel ordre de la Providence, retournait vers cet antique berceau du genre humain, nous y retrouverions encoi* la côte pittoresque de l'Ionie avec ses îles riantes, les fertiles rivages du Pont - Euxîn ombragés de forêts iné- puisables, et, plus loin , les nombreuses chaînes du mont Taitrus couronnées de plateaux qui donnent, ainsi que nous l'avons dit, un échantillon des grands plateaitx de l'Asie centrale; nous verrions encore l'Euphrate et le Tigie porter les glaces de l'Arménie vers les brûlantes plaines de lu Mésopotamie; et, assis à l'ombre des cèdres du Liban, nous pourrions laisser errer nos regards sur les prairies et les vergers de Damas. Les hommes seuls ont changé; la nature est restée essentiellement la même. Il nous est donc permis, en décrivant ces contrées, de sup- pléer à l'ignorance des babitans et aux. lacunes qu'offrent les récits des voyageurs , par les renseignemens précieux qu'ont donnés les anciens. Déjà nous avons tracé, d'après Strabon , un tableau assez complet de la géographie an- cienne de ces régions; Strabon sera encore notre guide pour combiner les notions éparses dont se compose leur géographie moderne. Mais, pour mieux jouir d'un tableau si varié et si vaste, déco m posons -le d'après ses groupes principaux, et bornons ici notre attention à la péninsule de V^sie-Mineure, de laquelle nous ne séparerons pas la côte du Pont- Euxîn.
• Les montagnes de Taurus, selon les opinions unanimes des anciens, s'étend.iient des frontières de l'Inde jusqu'à la mer Egée; leur chaîne principale, en sortant du mont Imaûs vers les sources de l'Indus, se pbail comme un im- mense serpent, entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin d'un côté, et les sources de l'Euphrate de l'autre ('). Le Caucase semble compris dans cette ligne, selon Pline; mais
{>) PtiiiE, V, i;.
^
ASIE : Turquie d'Asie. j)3
Strabon, mieux infornit;, trace la chaîne principale du Taui'us entre les bassins de l'Euphi-ate et de l'Araxe, en ob- servant qu'une chaîne détachée du Caucase, celle des monts Moscliiques , se dirige au sud, et joint le Taurus [■); celte jonctioD même n'est pas très-niarquee d après les re- lations les plus modernes (2). Strabon, né sur les lieux, et qui avait voyagé jusqu-'en Arménie, se représente tout le centi-e de l'Asie-Mineure , avec toute l'Arménie, la Médie et la Gordyène, ou le Kourdistan, comme un paya très- élevé, couronné par plusieurs chaînes de montagnes qui toutes se joignent d'assez prés, selon lui, pour pouvoir être considérées comme une seule. ■ L'Arménie et la Mé- « die, dit-il, sont situées snrle, Taurus. <• Ce plateau sem- ble encore comprendre le Kourdistan, et les branches qui en sortent s'étendent dans la Perse jusque vers le grand désert de Rerman, d'un cùlé, et dft l'autre jusque vers les sources du Djiboun et de l'Indus. £n considérant de cette manière le grand Taurus des anciens comme unp/ateau, et non pas comme une chaîne , nous croyons concilier les té- moignages de Strabon et de Pline avec les relations des voyageurs modernes.
« Deux chaînes de montagnes se détachent du plateau d'Arménie pour entrer dans la péninsule d'Asie. L'une resserre et franchit le lit de l'Euplirate, près Samosatc ; l'autre borde le Pont-Euxin, en ne laissant entre lui et cette mer que des plaines étroites (3). Ces deux chaînes, dont l'une est en partie \' Anti-Taurus , et l'autre le Pa~ rj'adres des anciens, ou te mont Tclwldir ou Keldlr des modernes, sunis.sent à l'ouest de l'Euphrate, entre les villes de Sivas, Tokat et Raisariéh, par la chaîne de \Ar-' gœusj aujourd'hui nommé Àrgis-dag, et dont le sommet
(0 Strabon . XI , 3^1 , cdil. Atrebat. 1S87. — (0 Carie du Caucase , p.iv M. Lapie. Annales des Voyages, lome XJl. — W Sùaùoii , XII , p, 378. Fourcttdc, consul général ^ Sinope, notes manuscrites. ^
[
9^1 LIVBE CEWT VIMGT-TnOISliME.
se couvre de neiges éternelles ('); circonstance qui, sotis une latitude aussi méridionale, suppose une élévation de 9 à io,Qoo pieds. Le centre de l'Asie ressemble à une terrasse appuyée de tous eûtes sur des chaînes de montagnes qui en forment les escarpemens. Là s'étendent des marais saians et des rivières qui n'ont point d'écoulement ; là se trouvent plusieurs petits plateaux, dont Strabijn en a décrit un sous le nom de la plaine de Bagadaonie. • Le froîd y empêche , « dit-il, les arbres fruitiers de réussir; tandis que les oli- « viers viennent près de Sînope , qui est à trois mille stades " plus au nord W. . Les voyageurs modernes ont égale- ment trouvé de gi-andes plaines élevées dans tout l'intérieur de l'Asie-Mineure , soit au midi, du côté de Koniéh (3), soit au uord , du côté d'Angora (4). Mais tous les bords de ce plateau présentent autant de chaînes de montagnes, qui tantôt ceignent le plateau, tantôt se prolongent à travers les plaines inférieures.
» La chaîne qui, venant à la fois du mont Argœus et de \' Anti-Taurus ., borde l'ancienne Cilicie au nord, porte d'une manière plus particulière le nom de l'aurtis, nom qui, dans plusieurs langues, paraît avoir une racine commune, laquelle signifie tout simplement montagne. Tiir en phéni- cien a cette signification. L'élévation de cette chaîne doit être considérable, puisque Cicéron affirme qu'on ne sau- rait la passer avec une armée avant le mois de juin , ix cause des neiges (5). Diodore décrit en détail les affreux ravins et précipices qu'il faut traverser de Cilicie en Cuppadoce (<J). Les voyageurs modernes qui ont traversé plus à l'ouest celte chaîne, aujourd'hui nommée Ala-dagh, la représen-
'0 Siralion, KII. Paul Lucas, second Voyage, I, 1.I7, Ifai/gi- Khalfah, Gikigrapliie lurqnc, IrsUuclion manusCrilc . p. i;;^.
W Slrabon, \l, p. 5o- — t') Olivier, Voyage dans l'Empirt otioni.iii . VI , 3S8 , 399, 401 . — (« Touni'fort , leltrp XXI . Paul Lucas , (Iciiiiùnir Voyage, 1 . cap, ixi.— *) Cic. Epiât, ad. t'nmil. \V. /,, cir.
'^ Diod. . XIV, 10. Iteradian . cIc,
àsiE : Turquie dAsie. 95
tent comme semblable à celle des Apennins et de THé- mus (!)• Elle projette à louest diverses branches, dont les unes viennent se terminer sur les bords de la Méditerra- née, comme le Cragus et le Masicystes des anciens, dans la Lycie; les autres, infiniment plus basses (s), s étendent jusqu'aux rivages de FArchipel, vis-à-vis des îles de Cos et de Rhodes. A lest , le mont Anianus , aujourd'hui \Alma- dagh, branche détachée du Taurus, sépare la Cilicie de la Syrie, en ne laissant que deux passages étroits, Fun vers FEuphrate, Fautre sur la mer (3); le premier répond aux Portes Amaniques des anciens; Fautre aux Portes de Syrie; celles-ci, avec leurs rochers taillés à pic, sont les seules que les voyageurs modernes aient visitées.
« Deux autres chaînes de montagnes sortent de la partie occidentale du plateau central : Fune, dirigée au sud-ouest, est le Baha-dagh des modernes, qui formait le Tmolus^ le Messogis et le Sipylus des anciens, et qui se termine ver» les îles de Samos et de Chio; elle change aussi de nom pour prendre ceux ^lourlou-dagh^ de Baïkous-dagh et âJ Ac'deveren ; Fautre, dirigée au nord- ouest, présente des sommets plus élevés , parmi lesquels ïlda et ï Olympe ( de Mysle)-ent acquis une grande célébrité; le reste de cette chaîne porte les npms de Calder-dagh^ Mourad^dagh, et de Maltépeh. Elle aboutit au canal de Coustantinople. En- fin, le côté septentrional du plateau s'élève vers la mer Noire, et donne naissance à la chaîne de YOlgassys^ au- jourd'hui Kouset-eUGhas^ chaîne qui remplit de ses bran- ches tout Fespace compris entre le Sangarius et FHalys. Les sonunets conservent leurs neiges jusqu'en août (4).
« Dans tout le système de montagnes que nous venons
(') ,Paul Lucas , deuxième Voyage , 1 , 35. Troisième Voyage , I , pag. 184. — C^) Strab.f XIV, gSa. Almclov. — (}) Xéiiophoiif Cyri exped^ 1, 4* Airian, elc. , etc. Ouer^ Voyages, I, p. 82 (enallem.). PocockCy II , p.. 257 ( Idem). — (4) M Fourçade, notes manuscrites.
g6 LIVRE CENT VirfGT-TROISlÈHE.
de décrire, les roches calciiires paraissent prédominer. Les anciens vantent beaucoup d'espèces de marbres de l'Asie- Mineure; mais depuis le San^arius jusqu'à l'Haljs , on ne rencontre que des roches granitiques,
" Les trerablemens de terre ont souvent affligé celte belle péninsule ; treize villes y furent renversées dans un seul jour sous le règne de Tibère. Les anciens avaient dis- tingué un canton singulièrement rempli de traces d'érup- tions volcaniques , c'était la région appelée Katakekauménc, c'est-à-dire le P(tfs brûlé, * où très-souvent des flammes 1 sortaient de la terre , et où la vigne croissait dans un sol « tout composé de cendres (')■ ■ Ce centre des secousses volcaniques qu'éprouve l'An atolie , doit se trouvera l'est de Tbyatira; les voyageurs modernes ne l'ont point visité.
1 La péninsule de l'Asie- Mineure n'offre que des riviè- i-es peu considérables, quoique très -célèbres. Celles qui descendent au midi vers la Méditerranée ont le cours le moins long et le plus rapide. Le Pjmmus, en Ciiicie, au- jourd'hui nommé Djihoiui , franchit le Taurus , en passant par une gorge dont les angles correspondent si exactement qu'on les prendrait pour un ouvrage de l'art (a). Celte ri- vière , qui n'a que 3o à 4» lieues de cours , est sujette à des débordeniens annuels qui fécondent te territoire environ- nant. Elle se jette dans le golfe d'Alexandrette ou de Scan- deroun. Le Seihoun, l'ancien Sarus. tombe dans la Méditer- ranée après un cours d'environ 5o lieues. I,a mer Egée reçoit des rivières plus considérables : on distingue parmi elles le sinueux Méandre, aujourd'hui Meïnder-Buïuk, lleuve profond , quoique peu large ^) , et qui mine souvent les terrains qui lavoisinent, ce qui jadis avait donné nais- sance à un usage singulier : les propriétaires qui souffraient
[>) Voyez notre Volume I", p. i5o. — (") Straboii,'%.\\\, 809. Almcl. -CTfficria.O«rom«(ej,p. laSlCorp. Bja. J- ïïi-itV., XXXVIII, i3.
ASIE : Turquie dAsie. m
par ces ravages, intentaient un procès au fleuve; ils rece- vaient des indemnités sur les péages établis le long de son cours. Ce petit fleuve, dont il est difficile d'évaluer les nom- breux détours, parcourt une vallée de 60 lieues de lon- gueur. Il faut encore remarquer le Sarabat ou Kédous^ l'an- cien Hermusj long de 70 lieues, qui, ainsi que le Bagouly ou Pactole^ l'un de ses a£Quens, roulaient des paillettes d'or, dont, déjà du temps de Strabon , on négligeait la recher- che; enfin , le Mendere-sou ou Simoïs qui reçoit le ruisseau du Scamandrcj tous deux immortalisés par l'auteur de 1'/- liade. Les plus grandes rivières de FAsie-Mineure s'écou- lent dans la mer Noire; le Sakaria des Turcs (i) est le Sangarius des anciens , fleuve sinueux et rapide qui n'a pas moins de 100 lieues de cours; le Barûn ou Parthenius coule encore, comme du temps de Strabon, dans une vallée étroite entre des prés fleuris et de rians coteaux ; YHalys^ aujourd'hui le KizilrErniak ^ ou Jleuife rouge ^ dont Pline seul a bien indiqué le bras méridional , en le faisant venir des pieds du Taui*us de Cilicie , et se diriger du sud au nord , parut à Toui*nefort, qui le vit près de son embouchure, large comme la Seine à Paris (2). Il n'a, malgré quelques cartes modernes , qu'une seule embouchure (3), et son cours est de 220 lieues. La largeur ordinaire de ce fleuve , le plus grand de F Asie-Mineure, est de 100 pieds. Le lechiUErmak ( lejleuife Vert) ou l'/m, ne le cède qu'à THalys ; cependant il est moitié moins long ; son principal affluent est le Keom- lou-Hissar^ l'antique Lycus; mais les autres rivières de la côte du Pont-Euxin ne sont remarquables que par la rapi- dité de leur pente.
« L'Asie-Mineure renferme beaucoup de lacs qui n'ont point d écoulement, et dont les eaux sont imprégnées de
(0 Plin. VI, a. —(a) Tourne/on, Lett. XXL— (3) Fourcade , nofM manuscriles.
VIII. 7
(fS LIVRE CENT VINGT-THOISIÈME.
sel : la Géographie ancienne nous les a déjà fait connaître en partie ['); les relations modernes ne diminuent point l'idée que nous en ayons prise. Le lac Tazla ou Touz/a, appelé aussi Salato, qui a i4 lieues de long sur 2 de lar- geur, présente, suivant les anciens, une Taste plaine cou- Terte de cristaux de sel W. C'est une réunion de plusieurs tacs liés les uns aux autres, donc les eaux saléeii paraissent être sans écoulement , excepté dans la saison des pluies , époqee à laquelle elles vont joindre au nord-est la rive gauche du Kizil-Ërraak. Le lac d'^/cseraï est sur le même plateau ; ses produits en sel alimentent presque toute la péninsule. En passant la crête du Taurus, un autre plateau nous offre, près Beg-ckeher , deux grands lacs dont les eaux sont amères et salées (3). Celui A'Efnani a 3 lieues de longueur sur 1 de largeur. Ces amas d'eaux sans écoulement prou- vent le peu d'inclinaison qu'ont les parties centrales de la péi
iule.
Dans la partie de l'Anatolie dont les pentes forment la moitié du bassin de la mer de Marmara, se trouvent plu- sieurs lacs d'eau douce : celui Alstiik a 7 lieues de longueur sur 3 de largeur : on y prend d'excellent poisson dont la pêche produit à la couronne , sur les droits qu'on y perçoit , un revenu de 12,000 ducats par an.
■■ Les anciens et les modernes ont vanté le climat de l'Asie-Mineure ; il y règne une température douce et pure, qu'on ne retrouve même plus de l'autre côté de l'Archipel , sur la côte européenne. La chaleur de l'été est considérable- ment modérée par les nombreuses chaînes des hautes mon- tagnes; le voisinage de trois mers adoucit à son tour l'in- tensité du &oid (4). C'est sans doute à cette région heureuse
CO Voyez Ariitote , Pline, Hérodote , etc. , cites dans notre Volume l--', p. iSi. — (') Taveniier, lom. I, Ijv. 1 , chap. ;. Pococke , III , iSj. — l^) Paul Lucat , deuïièrne Voyage, t, 1. e. ixiiii.TroiiiètaeVoyige, — W Hippoc. , de Aer. aqu. loc.
4SIE : Turquie lîAsie. qn
que l'on a particulièrement appliqué ce que dit Hippoctste de l'Asie en général : « On ne connaît ici guère de difTérence •> de chaleur et de froid j les deux températures se fondent ■ l'une dans l'autre. ■ Cependant les côtes méridionales éprouvent des chaleurs accablantes, tandis que les rivages du Pont-Euxin ou de la mer Noire souffrent quelquefois de la trop grande humidité. L'atmosphère épaisse et bni- meuse qui se développe au-dessus de cette mer, est, par son propre poids , sollicitée à se porter vers les côtes. »
Ajoutons qu'en hiver les pluies tombent par torrens; qu'en été la terre est desséchée par une chaleur excessive, ex que les habitans des campagnes, surtout des vallées voisines de la Méditerranée, pour échapper à une tempé- rature brûlante, sont quelquefois obligés de se réfugier dans les montagnes ^ que le sirocco accable de son souflle aride les habitans des côtes occidentales , et que , malgré la salubrité de l'air, la peste y exerce souvent ses ravages.
■ Les anciens connaissaient mieux que nous les richesses de l'Asie Mineure (']■ Cependant les modernes en tracent un tableau assez brillant, quoique incomplet. Les côtes de cette péninsule donnent presque les mêmes productions que la Grèce méridionale ; les oliviers, les orangers, les myrtes, les lauriers, les térébinthes, les lentisques, les tamariniers, ornent les bords sinueux du Méandre et les rivages charmans de Chio et de Rhodes. Tandis que la vigne sauvage y grimpe jusqu'aux sommets des arbres, retombe en festons, et forme de petites grottes de verdure, le pla- tane étale avec plus de majesté son vaste ombrage au-dessus d'un sol parsemé de fleurs odoriférantes j les froides hau- teurs du Taurus se couronnent même de cyprès, de gené- vriers et de saviniers. Le chêne qui produit la galle deâ
irorie Vulunic I" , p. iS^-iii; on SoiAon , iîv. XII, Mil,
l
lOO LIVRE CIÎHT VISGT-TROISIEME.
teiuturiers(') est répandu depuis le Bosphore jusqu'en Syrie, et jusqu'aux, frontières de la Perse (i). De Tastes plaines de l'intérieur ne sont occupées que par des plantes salines, par l'absinthe et par la sauge (3). Souvent à côté des tristes marais salans s'étendent d'autres plaines plus sèches, où toute la verdure ne se compose que des deux espèces de genêt , le spaHium junceum et le spinosum ; ces contrées stériles nourrissent aujourd'hui, comme jadis, des ânes et des brebis (4). Des cantons montagneux vers l'est éprouvent des incendies souterrains, tandis qu'à peu de distance le sol est noyé sous des eaux stagnantes et froides. Sur les bords de l'Euphrate, les vignes, les oliviers, tous les arbres fruitiers reparaissent. Les brûlantes côtes de la Caramanie doivent partager la végétation de la Syrie maritime^ les arbres y exhalent des gommes précieuses; \a styrax fournit une résine estimée; les anciens tiraient d'ici des bois de construction navale. D'autres forêts et d'autres plantes couvrent les rivages de la mer Noire; les chênes et les sa- pins dominent dans les forêts ; cette côte est Je verger de Constantinople et de Kherson. Des bois entiers se com- posent de noisetiers, d'abricotiers, de pruniers, et surtout de ceiisiers. Ce dernier arbre doit même son nom à la ville de Cérasonte. Les plaines autour de l'Halys, du San- garius et du Méandre, offrent de superbes pilturages. »
La récolte en céréales ne suffit point à la consommation des habitans; sur le bord des rivières on cultive le riz; la vigne fournit plusieurs espèces de vins , mais qui ne peuvent se garder; les jardins abondent en melons délicieux, et les vergers en Bgues d'un goût exquis. Dans les champs on cultive le chanvre , le lin , le tabac , la garance , l'indigo , le ^fran , et surtout le coton herbacé.
CO Quercusinfectoria. — f.') Olivier, 1, p. iS3. — |î) P. Btloii.Oh- nervations, elc. , CXEI.— C« St>-abon . liv. XII, passim. Pline, XVI, cap. 37, XIX, cap. I, e\c.
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AsiR : Turquie dAsie. loi
Les habitaos de l'Asie-Mineure élèvent en général peu de bestiaux ; dans beaucoup de cantons le buffle remplace notre bœuf à la charrue et dans les boucheries; notre bœuf y est rare, et sa chair est d'une médiocre qualité : celle du mouton lui est supérieure; sa laine est peu estimée dans le commerce; il faut cependant en excepter celle des mou- tons d'Angora, qui est renommée pour sa longueur et sa finesse. Les chèvres de ce canton montagneux se distin- guent aussi par la beauté de leur soie : il en est de même des chats et des lapins quon y élève. Les chevaux de l'Ana- tolie sont en général robustes, légers et d'une très-belle race : ils semblent encore descendre de celle de Cappadoce ; les mulets et les ânes y sont forts; enfin on y élève des chameaux, et l'habitant tire un grand profit du produit des abeilles, et surtout des vers à soie.
B Les gazelles de la Syrie s'égarent quelquefois au- delà du mont Taurus, et peuvent y rencontrer les ibex ou bouquetins descendus du Caucase. Leurs ennemis sont les chacals, les loups, les hyènes, les ours; mais il est très-douteux que le lion se montre encore dans l'Asie-Mineure. Les cygnes se plaisent toujours sur les boi-ds du Caystre ; les perdrix rouges couvrent les rivages de l'Hellespont; toute sorte de gibier abonde dans ce pays à moitié inculte; sur le mont Taurus il y a des mou- tons sauvages {')■
■ Les mines de cuivie de Tokat, celle du bourg de Kdu- céh,prèsRastamouni, et celle de Goumouch-Khanéh, non loin de Trébizonde, ont encore de la célébrité. Toutes les chames voisines de la mer Noire offrent des indices d' cellent cuivre ; mais on n'exploite plus le cinabre du mont- Olgassys, ni l'or de la Lydie, ni les cristaux de roche di Pont, ni le précieux albîUre et le marbre coralitique de;
10 Hadgi-Khalfitk, p. 1753-1773, etc.
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■ ou LIVBE CENT VINGT-TROISIÈME.
provinces centrales. Nous en savons moins que les anciens sur la minéralogie de celte vaste contrée. C'est dans Strabon qu'il fant chercher la description de lantre cotyclen, ca- verne romantique de la Cilicie; des terrains près d'Héphes- tion en Lycie, d'où il sortait un gaz inflammable; des sources pétrifiantes d'Hiérapolis, et de plusieurs autres curiosités naturelles. Nous les avons rapportées dans l'ana- lyse de la Géographie de ce Grec{ij; car, dans le silence des modernes, aurions -nous pu affirmer que ces objets remarquables existent encore dans le même état? Cela est pourtant probable. Chandler (a) confirme le rapport de Strabon sur les sources chaudes d'Hiérapolis ou de Pam- bouk ; il a trouvé un rocher formé par le tuf que déposent ces eaux; il ressemble à une immense cascade qui se serait glacée tout à coup, ou dont les eaux auraient subitement été converties en pierres. Près de là est encore la fameuse caverne dont les anciens ont remarqué les pernicieuses exhalaisons. >
Nous savons encore par un voyageur français récent que dans la plaine de Goumouch-Khané nn exploite de riches mines de plomb argentifère P).
L'Asie-Mineure, que les Turcs nomment Anadoli, se di- vise en 6 gouvernemens, cest-i-dite pac/utli/cs ou eyalets qui se subdivisent en sHndjakso\xlii>a3.
Nous allons décrire les principaux lieux de celte con- trée , dont nous venons d'esquisser le tableau général ; nous partirons des bords du rapide et violent Tchamuvk, appelé aussi Tchorok Tchot-oklii ou Batoumi, qui est VAhampsis .d'Airien et XAbsarus de Ptolémée (4), rivière de 70 lieues de
L
(0 Vojez notre Volume I", p. i43 «t m
(0 Chandler. Voysge en Âsie-Mincurc, II. 117, édilbn fratiçaige.
C) M Fomaitier. Voyage en Orient, entrepris par ordre du gouvcr-
Trançais, de l'annde iSii à l'année iSitp. — Paris , 1S19. (4) J/aruieii, Gdographicdci Grecs cl deh Romain», V, p. II.p, .\(,itgq.
^^^ ASIE : Turquie dAsie. io3
H cours; c'est la limite A\i pachalik de Tarabosan ou Trébi- ^ zonde. La première ville turque de ce côté qui soit digne de remarque , est Rizeh ou Irizeh autrement Iriza , l'an- tique Rhizœum , qui pas.^e pour une ville importante , mais tqui n'est, suivant M, Fontanier, qu'une petite bourgade de 4ooo âmes dont les habitations entourées d'arbres sont disséminées dans la campagne. Le bourj d'(?/"ou ^Ouf, sur une bauteur inaccessible au bord de la mer, fait un assez grand commerce. Un autre bourg, celui de Snurmeni ou Sournieneh, exporte du vin, de l'huile et d'autres produits du sol, La pêche y est abondante. On y compte 2000 babi- tans; les maisons en sont petites et basses, et construites en pierres; on a soin, dit M. Fontanier, d'en faire les murs assez épais pour qu'on puisse les défendre aisément; la plupart ont un enclos dans lequel on sème du mais. Les montagnes qui bordent la cote sont calcaires; celle sur laquelle est placée ta bourgade est d'une couleur noirâtre et d'une apparence schisteuse : ses couches ont i5 pieds d'épaisseur. Les pâturages qui couvrent ces montagnes nourrissent un bétail remarquable par sa petitesse; les bœufs ne sont pas plus gros que les ânes de l'Europe. Les noise- tiers y abondent ainsi que les tiguiers : les fruits de ces arbres forment une branche d'exportation. Les habitans se nourrissent de gâteaux de mais cuits sous lu cendre; mais ces gâteaux, qui leur paraissent délicieux, sont encore moins bons que le pain de seigle noir et mal cuit que l'on vend dans le bazar. •• Les boutiques sont mal fournies, et
■ tenues pour la plupart pai' des Grecs qui vendent du
■ drap, des cotonnades, du tabac et des épiceries. Chacun
■ de ces marchands a un fusil chargé auprès de lui, et-
■ souvent il est obligé de s'en servir, lorsqu'il y a quelque "
I- alerte causée par l'irruption d'un village voisin. Quand il • ne s'agit que de querelles locales, ils n'osent, en leur ■ quabtë de chrétiens, recourir à leurs armes, et jugent
I04 IIVHE CENT VIS GT -TROISIÈME.
■ plus prudent de les laisser terminer par le bâton [i), » « Ensuite vient la célèbre ville de Tréhtzondc , que les Turcs nomment Tarabosan. C'est l'ancienne Trapezus , colonie des Grecs de Sinope ; elle devint importante sous Trajan, et encore plus sous Justlnien (^) ; elle fut la capitale d'un Empire i'ondé par une branche des Gomnènes de Gonstnntinople, qui en furent dépouillés en i452 par Mahomet II, Quoique déchue de son ancienne splendeur, elle est encore considérable, et renferme, selon quelques géographes, i5,ooo, selon d'autres 20 à 3o,ooo habitans. » Cependant M. Fontanier nous apprend que les habitans estiment la population de leur ville à 60,000 âmes, et que cette évaluation paraît être en rapport avec le mou- vement qui règne dans le bazar et les autres lieux publics. Au surplus, il ne peut y avoir sur ce point que des esti- mations approximatives, parce qu'on ne fait jamais de dénombrement exact en Turquie. On y compte 7 à 800 chrétiens grecs, arméniens et catholiques, qui habitent un quartier sépai-é sur le penchant d'une coUine qui s'avance vers la mer. La plupart des maisons sont basses et con- struites en grosses pierres ; elles communiquent entre elles par des passages secrets pratiqués pour favoriser !a fuite des propriétaires attaqués par quelque particulier puissant. Pour comprendre l'utilité de ces passages secrets, il faut savoir que non seulement l'autorité du pacha est souvent compromise par des révoltes partielles ou générales, mais que beaucoup de particuliers se font aussi la guerre; que plusieurs maisons sont de véritables forteresses, et qu'il arrive fréquemment que, pendant plusieurs jours de Isuite, on n'entend que des coups de fusil tirés d'une mai-
(') V. Fonianier; Voyages en Orient (Turquie d'Asie). W Euilaïk. , nd Dionys. Periég. v. 687. Notîl. Imp. c. 17. Proeop ()e£diGciis, III, 7.
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ASIE : Turquie d'Asie. ï6S
son à l'autre. On aperçoit cà et là dans cette ville des dé- bris de monumens grecs du Bas-Empire. Hors de son enceinte, dans la partie occidentale, on voit l'église de Sainte-Sophie, monument grec de forme circulaire, dont le pavé est une mosaïque , et dont le dôme élevé est sou- tenu par quatre colonnes en marbre : elle parait remonter au temps de Justînien ; une partie de l'édifice a été changée en mosquée depuis i46i. A l'est se trouve une cluipelte qui passe pour avoir été jadis un temple d'Apollon ; sa forme est octogone, et les peintures sur stuc qui l'ornaient ont été détruites par les Turcs. Dans tous les environs, les pics élevés sont couverts de couvens grecs et arméniens. Dans la ville on compte i8 mosquées et plusieurs petites chapelles grecques. Les bains sont remarquables par l'élé- gance de leur architecture : ils sont en marbre , et la plupart de construction grecque. Les rues sont étroites et garnies de trottoirs pavés. Le commerce de Trébizonde est assez actif: il consiste principalement en exportations de chanvre, detoiles, de cordages, de filets à pécher, de tabac, de cire et de métaux pour Constaniinople, et de fruits secs et d'étoffes pour la Russie. Elle exporte même un peu de vin (').
' Deux enfuncemens de la côte nous présentent succes- sivement Traboli et Aeresoun, qui partagent le commerce de Trébizonde; leurs cantons produisent un peu de soie. ■
Cette dernière petite ville, située au sommet d'un roc que domine un château en ruine, occupe l'emplacement de Cerasm; son enceinte est formée par le mur antique; elle renferme environ 700 maisons.
"Sur la côte nord-ouest du pachalik de Trébizonde, au sud de la Gourie, demeurent les Lnzes ou Laziens ^ a qui , dans la langue turque , signifie les marins. Il se peut que ce peuple suit un reste des anciens Lasi qui, au
.. Cump. Pcyaoïuml et Tmiiiirfan .
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Io6 LIVRE CENT VIHGT-TROISIÈME.
temps des Uyzantins, étaient établis en Golchide. Cette peuplade est presque entièrement indépendante- C'est sur son territoire que se trouve Irizeh. «
Le pachalik de Sivas ou de Roum , situé à l'ouest de celui de Trébiionde, est dune grande étendue : il a i3o lieues de longueur sur fio de largeur. L'Auti-Taurus le traverse; le Kiïil-Ermak, l'Iechil-Ermak, le Keouïlou-Hissar, et le Tliermeh, sont les principiles rivières qui l'arrosenL Ses montagnes sont boisées, son climat est agréable et salubre, son sol est fertile, ses richesses métalliques sont variées, et ses habitans sont industrieux.
n Ceux qui habitent Ounièk ou. Eunieh^ l'ancienne OEnoe^ placés dans un territoire stérile, se iivi'ent à un cabotage actif, soit avec les ports russes , soit avec la cote des Abases. L'ancienne Amisus, une des résidences du grand Mithri- date. est aujourdliui un petit bourg nommé Sarnsoun; i! a une rade par où l'on exporte les cuivres de Tokat, les soies, les fruits et les toiles d'Amasieh ('}. Sa position , au milieu de jardins et de bosquets d'oliviers, est fort agréa- ble; son enceinte est formée par une vieille muraille en ruine, et sa population est de ■looo habitans.
« En remontant la rivière aujourd'hui nommée leckil- Ermak, et anciennement Iris, nous visitei'ons une ville chère à la Géographie; c'est Amasieh ou Aniasia, la patrie de Strabon; elle est située entre des rochers escarpés, mais les environs produisent d'excellens fruits et du bon vin (a).
n Ce n'est que quatre heures avant d'arriver à Amasia n que l'on trouve les jardins qui dépendent de cette ville, > Alors c'est un magnifique spectacle que la suite non in- ■ terrompue de maisons de compagne, de mûriers, d'ai'-
(■) H. Fourcade , nutei manuscHtoi.
(>) Strab., Xll, p. 8^. Almcl. Tafcnùa-,
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ASIE : Turquie (TJsie. 107
• br«8 fruitiers qui se succèdent jusqu'à ses portes. Sur le
• penchant des montagnes sont de vertes forêts, dans les- > quelles les meilleurs fruits naissent sans culture, tandis " que sur le plateau on récolte les céréale». Pour abréger n la route, ni>us gravîmes par une pente assez doure la « colline au pied de laquelle la ville est située; de là nous
■ voyions la route ordinaire suivre les sinuosités du Tokat- « léou-sou. En descendant le revers abrupte qu'elle pré-
■ sente, j'aperçus un des canaus qui, d'après le rapport - de Strabon, portaient l'eau dans la ville iO- "
On y entre , ajoute le voyageur que nous venons de citer, par une longue rue, h droite et à gauche de laquelle on voit de larges pierres qui ont probablement servi à d'an- ciens monumens. Cette ville renferme 10,000 maisons; elle est encore placée comme au temps de Strabon; seulement, dit M. Fontanier, les maisons qui ctaient construites sur la citadelle inférieure n'existent pins , et l'on n'y trouve que des ruines. Les murs qui entouraient cette citadelle sont en partie debout. Les restes d'un temple antique se trouvent au sommet de la ville, près d'une fontaine d'ancienne <^on- struction. Deux ponts élégans traversent le lechil-Ermak. Dans l'intérieur on voit une ancienne église convertie en mosquée, mais que les Turcs, par une singulière supersti- tion, s'empressent de rendre au culte chrétien lorsque la peste fait de trop giands ravages. Dans les environs on remarque des grottes antiques taillées dans une roche de calcai re -marbre , et dont la plus belle porte le nom de îacA-^i>i(pierre-miroir), parce que toutes les parois en sont polies : c'est une sorte de maison de 35 pieds de hau- teur sur 3o de largeur, placée dans une montagne. Il est ditiBcile de décider si ces cavernes ont été des lieux de re- fuge pour les premiers chrétiens, ou les anciens sépulcres
ier: Voyages en Orient ( Tur
I08 LIVRE CESr VINGT-TROISrfeME.
des rois de Perse. L'antique citadelle est nussi une des euriositës de cette cité, qui offrirait sans doute une foule d'objets curieux si l'on pouvait y faire des fouilles. Quant aux monuinens modernes, le plus beau est, sans contre- dit, la mosquée bâtie par le sultan Bajazet ou Bayazid. La soie forme la principale richesse d'Amasieh : on en récolte environ cent charges de mulet, dont le produit est évalué à a millions de piastres par an.
1 Au sud-est d'Aniasielij dans une vallée profonde, s'é- lève en forme d'amphithéâtre Tokat, que l'on prononce Tokate , ville entourée de vergers et de vignobles (>). Il y a deux étages auxbàtimens, et chaque maison a sa fontaine; les rues sont bien pavées, chose rare dans le pays; on y fabrique des maroquins bleus; le commerce a pour objet la soie, dont on fait beaucoup d'étoffes, la vaisselle de cuivre et les toiles peintes, qui sont apportées de Bassora par des caravanes. Tokat est l'ancienne Berisa. «
On entre dans Tokat en traversant sur un pont de bois le Tokatléou-sou , qui descend des montagnes situées au sud. Cette ville , selon M. Fontanier , renferme 1 7,000 mai- sons, dont, en évaluant à 5 personnes le nombre d'indi- vidus par famille, celui des habïtans s'élèverait à 9a,5oo , parmi lesquels se trouvent 5ooo Arméniens et aSuo catho- liques. Mais les famUles étant plus nombreuses en Asie qu'en Europe , il est probable que la population est d'en- viron 1 5o, 000 âmes W.
» Le bourg de Zifeh, anciennement Ze/a, est, comme plusieurs villes du Pont , situé sur une colline artiScieile (3). C'est près de Zela que César défit Phamace, fils et succes- seur de Mitbridate,
{•) Jachon àaia ^reiieel, BiblioLli. do. Voj.ngi.'» (en ullcni.) . Vll[ .
k.
("J V. FoiUaiùa- ; VojagCR en Orit <î) Ttu-rmitr, I. tap, vu, p. toi.
»
I
ASIE : Turquie d'Asie. locj
- 'Les mmilagnes qui, depuis Tokat , s'étendent vers Trébizonde, en séparant le bassin du Pont-Euxin de celui de l'Euphrate , nourrissent dans leurs vallées verdoyantes , ombragées de forêts de châtaigniers, plusieurs tribus de Kourdes nomades {'), dont la vie agreste rappelle celle des anciennes peuplades que Xénopbon et Strabon placent dans ces contrées j peut-être en sont-elles des restes. Le nom des anciens Thianni ou Tzani s'est conservé dans celui du canton de Djnnih , ville peu considérable. Les montagnes de l'intérieur de le canton portent à leurs som- mets des anneaux de fer, auxquels, disent les habitans, on attachait les câbles des vaisseaux à l'époque où la mer Noire étant sans débouché, s'élevait jusqu'à ce niveau (''). L'industrie métallurgique des anciens Chaiyhes ou Chaldœi, règne encore dans la région montagneuse qui a gardé le nom peu défiguré de Tckeldlr ou Kcltlir. -
Bâfra , dans le sandjak de Djanik , sur la rive droite , et à 5 lieues de l'embouchure du Kizil-Ermak, est une ville de 2O0O âmes où l'on voit un beau pont, deux mosquées et des bazars bien pourvus. Marsiva/t, dix à douze fois plus peuplée, est l'ancienne Eiichaïles , qui fut surnommée
Tliéodorvpolis par l'empereur Jean Ziniiscès , en commémo- ration d'une victoire qu'il remporta sur le roi des Bulgares le jour de saint Théodore. Une belle église, qu'il y fit bâtir en celte occasion , est convertie aujourd'hui en mosquée. Elle doit en partie son importance à ses riches mines de cuivre. Osmandjik, sur la rive droite du Kizil-Ermak, offre un beau pont en pierre, construit par Bajazet. On croit que celte petite ville est l'ancienne Pimolis. Une cita- delle U domine \ de vieux murs et des fortifications ruinées
'entourent. Tchouroutn, jadis Taviuni, est le chef-lieu
(0 Tourne/oit, Voyage, led. XXi, p. 175, (>) Hadgi-Kkalfah, y. 1798,
) LIVRIÏ CENT VI^GT-TfiOISIEME.
d'un sandjak qui «imprend l'ancienne Gniatie orientale.
Ouscataalouzghat, chef-lieu d'un autre sandjak, est une ville denviron 18,000 âmes , entourée d'un mur en terre et en briques cuites au soleil. On y remarque une mosquée bâtie en pierres sur le modèle de celle de Sainte-Sophie à Con- sUntinople , et le palais de Tchapan-Ouglou , chef qui s'était rendu célèbre dans ces derniers temps par sa puissance, et qui s'était même déclaré indépendant. C'est à ce gouver- neur, mort depuis peu d'années , que la ville doit sa prospé- rité. Il existe dans les environs des mines de plomb en exploitation.
Le nom de iV^'^Jrtr indique l'antique cité de ^eo-C(e*«rea.- cest la résidence d'un évêque grec; elle est grande, popu- leuse , et bâtie en bois. Sa population peut être estimée à 10,000 ha bilan s.
Sifas, chef-lieu du pachalik que nous parcourons, est une ville importante située dans une plaine, près dun des affluens du Kizil-Ermak. Elle est la résidence du pacha et d'un évéque arménien. On y voit les restes d'une citadelle qui paraît avoir été bâtie par les Grecs. Il y existe des restes de fortifications qui régnent encore sur les trois quarts de sa circonférence. Ses deux plus beaux édjiices sont une ancienne mosquée, dont l'entrée est murée, et un vaste caravansérail, tous deux bâtis en marbre. Les bains pubhcs sont aussi d'une architecture élégante. Les rues sont étroites et tortueuses, et les maisons bâties en terre : on en porte le nombre à 1000 environ , ce qui annonce une population de 6 à 8000 habitans. Sivas passe pour être l'antique Cabira qui, en l'honneur d'Auguste, reçut le nom de Sebaste , nom qui , en grec , signilie Auguste. Mais M. Fontanier n'a reconnu la situation que Xénophon trace de cette ville, que dans des ruines que l'on remaïque à quelques lieues de Sivas, et parmi lesquelles on voit encore une citadelle placée sur un monticule.
ASIE ; Turquie d'Asie. i r i
A environ 3o lieues à l'est de Sivas , la petite ville de • Devrigki paraît être celle de NicopoUs, que Pompée bâtit pendant la guerre qu'il fit contre Mithridute ; et au sud de celle-ci, jlrabkir est l'ancienne Ambrace.
A l'ouest du pachaliL de Sivas , se trouve l'Analolie pro- prement dite, qui forme un vaste gouvernement auquel les Turcs donnent le nom AAnndolL
■ En passant le fleuve Halys ou le Kizil-Ermak, nous «ntrons dans l'intendance ou le moiisselimat de Kastamouni qui répond à l'ancienne Paphlagonie maritime. Quoique peuplée de Turcs, la ville de A'asla