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LIBRAIRIE ALAIN BRIEUX
48, rue Jacob . 75006 PARIS Tél. 260.21.98
Inv. No.^â&3 19 %:■
Case No
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L'ONANISME,
DISSERTATION
SUR
LES MALADIES
PRODUITES
PAR LA MASTURBATION.
Par M. TISSOT , Docteur en Médecine, de la Société Royale de Londres y de V Académie Médico-Phyfique de Bajle y & de la Société Economique de Berne.
.QUATRIEME ÉDITION
Conjidérallement augmentée. •s.,»— . . .-■■'',.. s . ' — a»
Propuis extinûum viverc criminibus. Gall.
A LAUSANNE, Chez Marc Chapuis^et Compagnie,
M. DCC. L X I X.
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PREFACE.
e sentis les défauts de 1 ori- ginal latin de ce petit Ouvrage en le compofant ; j'en fis mes ex- cufes , ôc j'indiquai mes raifons de juftîfication dans la Préface. Ces défauts me frappèrent enco- re plus vivement après Timpref- fion ; & je les ai trouvés intolé- rables , en examinant une tra- dudion françoife qu'on défiroit que jerevifle.
Outre beaucoup d'obferva- tions nouvelles à ajouter , il fal- loir remédier à des fautes d'or- dre confidérables , & donner une jufte étendue à des articles qui n'étoient que des premiers linéaments , prefque incapables de faire faifir ce que j'avois vou- lu dire.
Tant decorre&ions rendoient l'ouvrage a peu près neuf, &
aij
iv P R E F A C E.
beaucoup plus long. La difficul- té d'exécuter cette entreprife ea langue vivante , & tous les défa- gréments qu'elle entraînoit ne m'échappèrent pas. Il n'y avoit qu'un motif auffi puifîant que celui de l'utilité , dont cette en- treprife y bien exécutée ( c'eft fans doute dire mieux que je ne l'ai fait ) pouvoit être à l'huma- nité , qui pût me décider ; <3c c'eft en effet le feul qui m'ait dé- cidé. Il eft trifte de s'occuper des crimes de fes femblables ; leur confédération afflige & humilie ; mais il eft doux defpérer qu'où contribuera a diminuer leur fré- quence , & a adoucir les miferes qui en font les fuites.
Ce qui a rendu ce travail beau- coup plus pénible qu'il ne l'eût été fi j'euîle écrit en latin , c'eft 1 embarras d'exprimer des ima- ges dont les termes & les expref- ïions font déclarées indécentes
P R É F AC E. v par Tuf âge. Il m'en auroit infi- niment coûté s'il eût fallu me difpenfer de cette attention ; & cette difpofîtion , dont j'ofe me glorifier, m'a rendu le travail moins coûteux qu'il ne l'auroit été fî malheureufement elle m'eût manqué; cependant je l'ai enco- re trouvé hériffé de difficultés. J'ofe afîurer que je n'ai négligé aucune précaution pour donner k cet ouvrage toute la bienféan- ce dans les termes dont il étoit fufceptible. Il y a des écueils in- séparables de la matière ; com- ment les éviter? Falloit-il fe tai- re fur des objets aufli impor- tants ? Non fans doute. Les Au- teurs facrés , les Pères de TEgli- fe , qui prefque tous écrivoient en langues vivantes , les Au- teurs Eccléfiaftiques , n'ont pas cru devoir garder le lilence fur les crimes obfcenes , parce qu'on ne pouvoit pas les défigner fans
aiij
vj P R ÉFACE. mots. J'ai cru devoir fuivre leur exemple ; & j'oferai dire avec Saint Auguftin > Si ce que j'ai écrit fcandalife quelque perfbnne impudique , qu'elle accufe plutôt fa turpitude y que les paroles dont j'ai été obligé de me Jervir pour expliquer ma penféefur la généra- tion des hommes. J'efpere que le lecteur pudique & Jage me pardon- nera aifément les exprefjlpns que j'ai été obligé d'employer. J'ajou- terai ^ à ce que dit ce faine hom- me, que j'efpere mériter la re- connoifîance & l'approbation des gens vertueux & éclairés 5 qui connoiffent la turpitude de l'Univers , & qui loueront > fi- non mes fuccès , au moins mon entreprife.
Je n'ai pas touché , non plus que dans la première édition , la partie morale ; & cela par la raiibn d'Horace.
•Quod Medicorum eft
Promittunt Medici.
PRÉ FACE. vij Je me fuis propofé d'écrire des maladies produites par la maf- turbation, & non point du crime de la mafturbation ; neft-ce pas d'ailleurs aflezen prouver le cri- me , que de démontrer qu'elle eft un a£te de fuïcide. Quand on connoît les hommes , on fe per- suade aifément qu'il eft plus aifé de les détourner du vice par la crainte d'un mal préfent , que par des raifonnements fondés fur des principes dont on n'a pas allez de foin de leur inculquer toute la vérité. Je me fuis appli- qué ce qu'un homme y dont no- tre fiecle fe glorifiera chez la pof- térité la plus reculée , fait dire à un Religieux: On nous fait entre- prendre de prouver V utilité de la prière à un homme qui ne croit pas ai Dieu ; la nécejjîté du jeûne à un autre qui a nié toute fa vie l'im- mortalité de Famé. Uentreprife tjl laborieufe , & les rieurs ne font
a iv
v'iij P RÉ FA CE. pas pour nous (i). Marphurius doutoit de tout, Scanardk lui donna des coups de bâton } & il crut.
Ces Zoïles de la fociété & de la littérature > qui ne font rien , & qui blâment tout ce qu'on faitj oferont dire que cet ouvra- ge eft plus propre à répandre le vice qu'à l'arrêter , & qu'il le fe- ra connoître à ceux qui l'igno- rent. Je ne leur répondrai point ; on s'avilit en leur répondant. Mais il eft des âmes foibles , quoique vertueufes , fur iefquel- les ces difcours pourraient faire impreffion ; je leur dois cette ré- flexion générale ; c'eft que mon livre eft à cet égard-là dans le cas de tous les livres de morale : il faut les interdire tous , fi c'eft multiplier un vice que d'en mon- trer les dangers. Les Livres Saints , ceux des Pères , ceux des Cafuiftes doivent tous être
(i) Lettres Perfan. 49.
PRÉ F A CE. ix
prohibés avant le mien. Quelle eft d'ailleurs la jeune perfonne qui s'avifera de lire un ouvrage lur une matière de Médecine dont elle ignore le nom ? Il eft à fouhaiter qu'il devienne fami- lier aux perfonnes appellées à diriger l'éducation ; il leurfer- vira h démêler de bonne heure cette déteftable habitude > & les mettra à même de prendre les précautions qu'elles jugeront néceffaires pour en prévenir les fuites.
Ceux qui n'entendent pas le latin trouveront peut-être qivil y a trop de vers en cette langue ; je leur répondrai qu il n'y en a point qui ne foitlié à la matière , puifqu'il n'y en a aucun qui ne m'ait été ra pelle parla chaîne des idées. J'ai cependant fait en forte par-tout qu'on pûtles fauter fans interrompre le fil du difcours. Ceux qui les entendent m'en fçau- ront gré : le voyageur au milieu
* PRÉFACE. des bruyères eft réjoui par la beauté d'une verdure. Enfin fi c'eft un tort , il eft léger ; & dans un ouvrage auffi ingrat^ on peut permettre ce délaffement à l'Au- teur, S'il n'y en a pas de françois, ce qui auroit été plus naturel > c'eft peut-être la faute des Poètes plutôt que la mienne.
Cet ouvrage au refte n'a rien de commun avec YOnania An- glois , quelefujet; & à deux pa- ges & demi près que j'en ai ti- rées , cette rapfodie ne m'a four- ni aucun fecours. Ceux qui li- ront les deux ouvrages fentiront , j efpere, la différence totale qu'il y a de l'un à l'autre : ceux qui ne liront que celui-ci auroient pu être trompés par le rapport des titres y & portés à fuppofer quel- que refïemblance entre les deux livres ; heureufement il n'y en a aucune.
Les additions ausmiententcet- te nouvelle édition , prefque d'un
P R Ê FA C E. xj tiers y &c je fouhaite qu'elles foient accueillies favorablement par les perfonnes qui font en état d'en juger. L'on me fera peut-être, , deux objections ; Tune, que j'ai ajouté un grand nombre d'obier- varions & d'autorités qui ne font prefque que des répétitions de cellçs qui fe trouvoient déjà dans la première ; l'autre , que dans quelques endroits je fuis trop for- ti de mon titre , & que j'ai envi- fagé le danger des plaifirs de l'a- mour fous un point de vue géné- ral. Je réponds à la première , que dans une matière comme celle-ci , où l'on doit moins ef- pérer de convaincre par des rai? ions , que d'effrayer par des exemples y l'on ne peut pas trop en accumuler. Je réponds a la fé- conde ,i°. que quand deux ma- tières font étroitement liées , plus on veut en ifoler une , & moins bien on la traite ; 2°. que j'ai été bien aife de rendre cet ou-
xij P R Ê FA CE.
vrage d'une utilité plus générale. Quelqu'un m'a dit que c'eft cet- te le&ure qui a fait horreur à un Profefleur illuftre. Je ne puis pas le croire ; mais fi le fait eft vrai , je le prie de vouloir bien lire cet- te Préface , fur laquelle il n'a voit fans doute pas jette les yeux.
En écrivant fur l'Inoculation je me fuis propofé de propager la méthode la plus propre à arrê- ter les ravages d'une maladie meurtrière , & j'ai la fatisfa&ion d'avoir opéré au moins quelque bien : en compofant cet ouvra- ge , j'ai efpéré d'arrêter les pro- grès d'une corruption plus rava- geante peut-être que la petite vé- role; & d'autant plus à craindre, que , travaillant dans les ombres du myftere, elle mine fourde- ment, fans même que ceux qui fontfes vi&imesfe doutent de fa malignité. Il étoit important de la faire connoître ; & j'ai actuel- lement plufieurs rations pour
P il ÈFAC E. xiij
croire que j'ai eu le bonheur d'être utile , que les yeux de la jeunefïè fe déiîillent , & qu'elle apprendra peu à peu a connoitre le danger en même temps que le mal : ce feroit un des plus fûrs moyens de prévenir cette déca- dence dont on fe plaint dans la nature humaine , & peut-être de lui rendre , dans quelques gé- nérations , la force qu'avoient nos aïeux , & que nous ne con- noiïîbns plus qu'hiftoriquement , ou par les monuments qui nous en relient. Mais pour parvenir à ce butileflàfouhaiter que MM. les Médecins veuillent bien faire quelqu attention à cette caufe trop négligée jufques à préfent ; j'en ai vu, depuis la dernière édi- tion de cet ouvrage,qui croy oient que j'en avois exagéré les dan- gers , & m'afîuroient qu'ils n'a- voient jamais vu de maladies oc- casionnées par cette caufe ; je puis les afTurer ? à mon tour , que
::iv PRÉFACE. le mal eft plus grand encore que je ne l'ai peint, qu'il eft extrême- mentfréquent, & qu'ils ont trai- té très-fouvent des malades de ce genre, mais fans le foupçonner, parce que cette caufe , prefqu'o- mife par le plus grand nombre des auteurs, nefe préfentoit pas à leur efprit. Aujourd'hui les coupables que la refîemblance de leurs maux avec ceux que je dé- cris dans cet ouvrage , force à s'en avouer la caufe , font les premiers à l'indiquer, & bien- tôt tous les Médecins pourront juger fi j'ai eu raifon.
Veuille celui qui peut tout , ré- pandre fur mes vues cette béné- diction , fans laquelle nos foi- bles travaux ne peuvent rien ! Paul plante , Apollos arrofe , c'eft Dieu qui donne Paccroif- fement.
A Laufanne le ij Mai iy68.
Uès.z&y^Zêsu..
^==±=i^gjfe
TABLE
DES ARTICLES. Introduction, page i
ARTICLE PREMIER.
Les Symptômes.
Section. I. Tableau tire des Ouvrages des Médecins. 6
Sect. II. Obfervations communiquées , 24 Sect. III. Tableau tiré de /'Onania , 27 Sect. IV. Obfervations de l'Auteur 5 3 3 Sect. V. Suites de la majlurbation che^ les femmes y 60
ARTICLE IL Les Causes.
Sect^ VI. Importance de la liqueur fémi- nale 5 70
Sect. VIL Examen des circonstances qui accompagnent témijjion , 83
Sect, VIIL Caitfes de danger y particu- lières à la majlurbation 9 103
TABLE.
■ ■ - - -
ARTICLE III. La Curation.
Sbct. IX. Moyens de guéri/on propofés
|
par les autres Médecins , |
125 |
|
Sect. X. Pratique de V Auteur , |
145 |
|
L'air , |
148 |
|
Les aliments 3 |
*54 |
|
Le fommeil , |
177 |
|
Les mouvements , |
182 |
|
Les évacuations , |
184 |
|
Les payions , |
188 |
|
Les remèdes , |
191 |
ARTICLE 17.
Ma ladies Analogues.
Sect. VI. Les pollutions nocturnes , izS
Digrejjïcns fur les maladies occajîon-
nées par trop de femence , 231
Sect. XII . Goncrrhce jimple , 255
Fin de la Table.
ESSAI
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ESSAI
SUR
LES MALADIES
PRODUITES
PAR LA MASTURBATION.
INT RO DUCTIO N.
JN os corps perdent continuellement; & fi nous ne pouvions pas réparer nos pertes , nous tomberions bientôt dans une foiblefTe mortelle. Cette réparation fe fait par les aliments , mais ces ali- ments doivent fubir dans nos corps dif- férentes préparations , que ion com- prend fous le nom de nutrition. Dès qu elle ne fe fait pas, ou qu elle fe fait
A
2 L5 O N A N I S M E.
mal 5 tous ces aliments deviennent inu- tiles , & n'empêchent pas qu'on ne tom- be dans tous les maux que l'épuifement entraîne. De toutes les caufes qui peu- vent empêcher la nutrition , il n'y en a peut-être point de plus commune que les évacuations trop abondantes.
Telle eft la fabrique de notre ma- chine > & en général des machines ani- males , que , pour que les aliments ac- quièrent ce degré de préparation né- ceffaire pour réparer le corps , il faut qu'il refte une certaine quantité d'hu- meurs déjà travaillées, naturalifées , (î Ton veut me permettre ce terme. Si cette condition manque , la digeftion & la co&ion des aliments refte impar- faite y Se d'autant plus imparfaite 5 que l'humeur qui manque eft plus travail- lée , & d'une plus grande importance.
Une nourrice robufte , qu'on tueroit en lui tirant quelques livres de fang dans vingt-quatre heures , peut fournir la même quantité de lait à ion enfant , quatre ou cinq cents jours de fuite fans en être fenfiblement incommodée , par- ce que le lait eft de toutes les humeurs la moins travaillée \ c'eft une humeur qui eft prefqu'encore étrangère, au lieu
l Onanisme. j
que le fang efl: une humeur elfentielle. Il en eft une autre , la liqueur féminale, qui influe fi fort fur les forces du corps , & fur la perfedion des digeftions qui les réparent , que les Médecins de tous les fiecles ont cru unanimement que la perte d'une once de cette humeur aflfoi- blifïoit plus que celle de quarante onces de fang. L'on peut fe faire une idée de fon importance y en obfervant les effets qu'elle opère dès qu'elle com- mence à fe former ; la voix , la phyfio- nomie , les traits même du vifage chan- gent \ la barbe paroît \ tout le corps prend fouvent un autre air, parce que les mufcles acquièrent une groffeur Se une fermeté qui forment une différence fenfîble entre le corps d'un adulte 8c celui d'un jeune homme qui n'a pas paffé la puberté. L'on empêche tous ces développements en emportant l'organe qui fert à la féparation de la liqueur qui les produit ; & des obfervations vraies prouvent que l'amputation des tefticules , dans 1 âge de la virilité y a procuré la chute de la barbe > & le retour d'une voix enfantine (i). Peut-
(i) Boerhaave , praelecliones ad inflitut §. 65$ , t. j , p. 444 , edit. Goett.
Ai)
4 L* O N A N I S M E.
on douter , après cela , de la force de fou action fur tout le corps , & ne pas fentir par-là même , combien de maux doit procurer la profufion d'une hu- meur fi précieufe ? Sa deftination dé- termine le feul moyen légitime de l'évacuer. Les maladies en procurent quelquefois l'écoulement. Elle peut fe perdre involontairement dans des fon- ges lafcifs. L'auteur de la Genefe nous a laifle Fhiftoire du crime d'Onan, fans doute pour nous tranfmettre celle de fon châtiment ; & nous apprenons par Galicn , que Diogene fe fouilla en commettant le même crime.
Si les dangereufes fuites de la perte trop abondante de cette humeur ne dépendoient que de la quantité , ou étoient les mêmes à quantité égale , il importeroit peu, relativement au phy- fîque , que cette évacuation fe fit de Tune ou de l'autre des façons que je viens d'indiquer. Mais la forme fait ici autant que le fond , qu'on me permette encore cette expreflïon , mon fujet au- torife des licences de cette efpece. Une quantité trop conlidérable de femence perdue dans les voies de la nature jette dans des maux très-fâcheux j mais qui
l'Onanisme. 5
le font bien davantage , quand la même quantité a été diiïïpée par des moyens contre-nature. Les accidents, que ceux qui s'épuifent dans un commerce na- turel éprouvent, font terribles : ceux que la mafturbation entraîne , le font bien plus. Ce font ces derniers qui font proprement l'objet de cet ouvrage } mais la liaifon intime, qu'ils ont avec les premiers , empêche d'en féparer le tableau. C'eft ce tableau commun qui formera mon premier article : il fera fui vi de l'explication des caufes , fécond article dans lequel j'expoferai celles qui rendent les fuites de la mafturbation plus dangereufes : les moyens de gué- rifon , & des remarques fur quelques maladies analogues finironc l'ouvrage. Je joindrai par-tout les obfervationsdes meilleurs auteurs à celles que j'ai faites moimême.
Mi?
Aiij
L5 O N A N î S M E.
taaBaemaBaassnEŒia
ARTICLE PREMIER. Les Symptômes.
SECTION PREMIERE.
Tableau tiré des ouvrages des Médecins.
H
ippocrate, le plus ancien & le plus exadt des obfervateurs , a déjà décrit les maux produits par l'abus des plaifirs de l'amour > fous le nom de confomption dorfalc (î). » Cette ma- » ladie naît , dit-il , de la moelle de » l'épine du dos. Elle attaque les jeunes 53 mariés ou les libidineux. Ils n'ont 33 pas de fièvre} &c quoiqu'ils mangent « bien , ils maigrilîent &c fe confu- 33 ment. Ils croient fentir des fourmis » qui defeendent de la tête le long de » F épine. Toutes les fois qu'ils vont 33 à la felle , ou qu'ils urinent , ils per- 39 dent abondamment une liqueur fé- 3o minale très-liquide. Ils font inhabi- >3 les à la génération , ôc ils font fouvent
(î) De morbis , lib. II , c, XLIX 7 Foef. p. 47p.
I O N A N I S M E. 7
« occupés de l'a6te vénérien dans leurs >■> fonges. Les promenades, fur-tout » dans les routes pénibles , les effouf- >5 fient , les affoiblifTent , leur procurent »des pefanteurs de tête > & des bruits « d'oreille j enfin une fièvre aiguë ( Li- » pyria ) termine leurs jours «. Je par- lerai dans un autre endroit de cette efpece de fièvre.
Quelques Médecins ont attribué à la même caufe , Se ont appelle féconde confomption dorfalc d ' Hippocrate , une maladie qu'il décrit ailleurs (i), &c qui a quelque rapport avec cette pre- mière. Mais la confervation des for- ces , qu'il fpécifie particulièrement , me paroît une preuve convaincante que cette maladie ne dépend point de la même caufe que la première. Elle paroît plutôt être une affe&ion rhuma- tifmale.
» Ces plaifirs , dit Cclfi dans fort » excellent livre fur la confervation » de la fanté , nuifent toujours aux » perfonnes foibles , & leur fréquent « ufage affoiblit les forts « (2).
L'on ne peut rien voir de plus ef-
(1) De glandulis , Foëf. p. 275.
\i) De re medicâ , lib. I , cap. IX U T.
Aiv
8 l Onanisme.
frayant , que le tableau opAreue nous a lai(Te des maux produits par une trop abondante évacuation de femence. *< Les jeune gens, dit-il 9 prennent & » l'air & les infirmités des vieillards ; » ils deviennent pâles , efféminés , en- » gourdis , pàreffeux , lâches , ftupi- 35 des & même imbécilles ; leurs corps » fe courbent , leurs jambes ne peu- *> vent plus les porter , ils ont un dé- fi goût général , ils font inhabiles à » tout \ pluiîeurs tombent dans la pa- « ralyfie » (i). Dans un autre endroit il met les plaifirs de l'amour dans le nombre des fix caufes qui produifent la paralyfie ( i ).
G aliéna, vu la même caufe occafîon- ner des maladies du cerveau Se des nerfs, & détruire les forces (3) ; & il rapporte ailleurs , qu'un homme qui n'étoit pas tout-à-fait guéri d'une vio- lente maladie , mourut la même nuit qu'il paya le tribut conjugal à fa femme Pline le Naturalifte nous apprend que Cornélius Gallus , ancien Préteur , &c Titus JEtherius , Chevalier Romain,
( 1 ) De (îgnis & cauf. diut. morb. 1. II , c. V. (i) L. I , c. VII , p. 54 , edit. Boerhaave. (jjComm. rert. in lib. III. Hip. de raorb. yulg., oper. omn, t. III , p. 5 S 5..
l Onanisme, 9
moururent dans l'ade même du coït(i).
«L'eftomac fe dérange, è\tAètws% » tout le corps s'affoiblit , l'on tombe » dans la pâleur , la maigreur , le def \ » féchement , les yeux fe cavent» (2).
Ces témoignages des anciens les plus refpe&ables font confirmés par ceux d'une foule de modernes. Sanclorius , qui a examiné avec le plus grand foin toutes les caufes qui agifTent fur nos corps , a obfervé que celle - ci affoi- bliflToit Teftomac , ruinoit les digef- tions , empêchoit Tinfenfible tranfpi- ration dont les dérangements ont des fuites fi fâcheufes , produifoit des cha- leurs de foie & de reins , difpofoit au calcul , diminuoit la chaleur naturelle , & entraînoit ordinairement la perte ou PafFoibliflTement de la vue (3).
Lommius, dans fes beaux commen- taires fur les paflTagesde Celfe, que j'ai cité , appuie le témoignage de fon au- teur par fes propres obfervations. * Les » émiflïons fréquentes de femence re- j> lâchent, deflechent , affoibliffent, » énervent, & produisent une foule
(i)Hiftoriamundi, Lib. VII , c LUI , p. 124.
(i)Tetrab. III, Serm. III , c. XXXIV.
(3) Med. ftatic. fe&. 6 , aph. if , 19 , 11 , 13 & 24.
Av
10 l' O N A N I S M E,
» de maux } des apoplexies , des léthar- y gies, des épilepfies > des afTbupifle- » ments 3 des pertes de vue , des trem- »blements, des paralyfies, des fpaf- j> mes , & toutes les efpeces de gouttes »les plus douloureufes >? (i).
L'on ne lit point fans horreur ladef- cription que nous a laifTée Tulpius , ce célèbre Bourg - meftre & Médecin d'Amfterdam : » Non- feulement , dit- » il 3 la moelle de l'épine maigrit 5 mais *>tout le corps & l'efprit languiflent 3> également \ l'homme périt miféra- w blement. Samuel Vtrfpraius fut atta- » que d'une fluxion d'une humeur excef- » fivement acre qui fe jetta d'abord fur » le derrière de la tête ôt la nuque \ elle w paflfa de-là fur l'épine , les lombes, 55 les flancs & l'articulation de la cuifle , 55 & fit fouffrir à ce malheureux des » douleurs fi vives , qu'il devint tout- 55 à fait défiguré, &: tomba dans une * petite fièvre qui le confumoit, mais 55 pas aflez vite à fon gré -y Se fon état » étoit tel , qu'il invoqua plus d'une » fois la mort , avant qu'elle vint far- 55racher à fes maux» (2).
a
Comment, de fanit. tuend. p. m. 37. Obf.Med.I. 111, c. XXIV.
l' Onanisme ii
Rien, dit un célèbre Médecin de Louvain , n'affoiblit autant , & n'abrè- ge autant la vie (i).
Blancard a vu des gonorrhées (im- pies , des confomptions , des hydropi- iies qui dépendoient de cette caufe (2) ; & Muys a vu un homme encore d'un bon âge attaqué d'une gangrené fponta- née du pied, qu'il attribuai des excès vénériens (5).
Les mémoires des Curieux de la Nature parlent d'une perte de vue : l'obfervation mérite d'être rapportée en entier. L'on ignore , dit l'auteur 3 quelle fympathie les tefticules ont avec tout le corps , mais fur - tout avec les yeux. Salmuûhzvxxxxn fçavant hypocon- driaque devenir fou , &un autre hom- me fe deffécher fi prodigieufement le cerveau , qu'on l'entendoit vaciller dans le crâne ; l'un & l'autre pour s'être livrés à des excès du même genre. J'ai vu moi-même un homme de cinquante- neuf ans qui , trois femaines après avoir époufé une jeune femme > tomba tout-
(1) Zypaeus , fundam. meJîc, Part. II , arc. C. (1) Inftit. medic. Fart. II, c, XXVIII. (3) Praxis chirurgica , Decur. I , obf. 4.
Avj
1 Z L5 O N A M I S M £ .
à coup dans l'aveuglement, & mourut au bout de quatre mois (i).
» La trop grande diffipation des ef- *> prits animaux affoiblit l'eftomac , ôte m l'appétit y &c la nutrition n'ayant plus 55 lieu , le mouvement du cœur s'afFoi- 35 blit, toutes les parties languiflent, » Ton tombe même dans l'épilepfîe *( i). Nous ignorons, il eft vrai, fi les ef- prits animaux & la liqueur génitale font la même chofe } maisl'obfervation; nous a appris , comme on le verra plus bas > que ces deux fluides ont une très- grande analogie , & que la perte de l'un ou de l'autre produit les mêmes maux. yi.Hoffman a vu les plus fâcheux accidents fuivre la diffipation de la fe- mence. « Après de longues pollutions m nofturnes , dit-il , non-feulement les 55 forces fe perdent , le corps maigrit , 3> le vifage pâlit \ mais de plus la mé- » moire s'affoiblit, une fenfation con- » timielle de froid faifit tous les mem- » bres, la vue s'obfcurcit , la voix de- « vient rauque ( $ ) : tout le corps fe
(1) Decur. II , ann. Ç , Append. obfecv. 8$ , p. jtf. (1) Schelammer., aïs medendi univerfa. Lib. II. fett I , c. IV , $. 13. (3) Confulc. Ceatt z & }> Caf. 102, T, ILI,p. 1^3,
l'Onanisme, 15
« détruit peu-à-peu , le fommeil trou- » blé par des rêves inquiéranrs ne répare » point , & Ton éprouve des douleurs » femblables à celles qu'on reflent après » qu'on a été meurtri par des coups »( 1 ). Dans une confultation pour un jeune homme qui , entr'autres maux , s'étoit attiré par la mafturbation une foiblefïe totale des yeux , il dit n qu'il a vu « plufieurs exemples de gens qui , me- » me dans l'âge fait, c'eft-à-dire quand » le corps jouit de toutes fes forces > » s'étoient attiré non - feulement des « rougeurs & des douleurs extrême*- » ment vives dans les yeux , mais en- " core une fi grande foiblelfe de vue, » qu'ils ne pouvoient lire ni écrire » quoi que ce foit. J'ai même vu , » ajoute- t-il, deux gouttes fereines pro- » duites par cette caufe « (2). L'on verra avec plaifir Phiftoire même de la maladie qui donna lieu à cette con- fultation. » Un jeune homme s'étant » livré à la mafturbation à l'âge de » quinze ans , 8c l'ayant exercée très- » fréquemment jufqu'à vingt - trois , m tomba pendant cette période dans
(1) Même endroit , Caf. 105, (1) Même endroit , Caf. 103*
14 l'Onanisme,
55 une fï grande foibleffe de tête & » des yeux , que fouvent ces derniers *> étoient faifis de violents fpafmes dans » le temps de Pémifîion de la femence. *> Dès qu'il vouloit lire quelque chofe , » il éprouvent un étourdi(Tement fem- « blable à celui de l'ivreffe ; la pupille w fe dilata extraordinairement; il fouf- 55 froit dans l'œil des douleurs exceffi- 55 ves } les paupières étoient très-pefan- 55 tes , elles fe colloient toutes les nuits j » fes yeux étoient toujours baignés de » larmes , & il s'armfïoit dans les deux m coins, qui étoient très-douloureux , » beaucoup. d'une matière blanchâtre. *> Quoiqu'il mangeât avec plaifir , il s© étoit réduit à une extrême maigreur ; 55 & dès qu'il avoit mangé , il tomboit *> dans une efpece d'ivreffe -. Le mê- me auteur nous a confervé une au- tre obfervation dont il avoit été le témoin oculaire , & que je crois de- voir placer ici. *j Un jeune homme de » dix -huit ans, qui s'étoit livré fré- 55 quemment à une fer van te , tomba 55 tout à coup en foibleiTe avec un trem- 33 blement général de tous les mem- 55 bres , le vifage rouge & le pouls très- 55 foible. On le tira de cet état au bout
i/ Onanisme. 15
m d'une heure , mais il refta dans une » langueur générale. Le même accès i> revenoit très-fréquemment avec une s> très-forte angoifle, & lui procura au » bout de huit jours une contraction o> & une tumeur du bras droit , avec » une douleur au coude qui redoubloit « toujours avec l'accès. Le mal alla »j pendant long temps en augmentant, » malgré beaucoup de remèdes : enfin m M. Hoffman le guérit ( 1 ).
M. Boerhaave peint ces maladies avec cette force & cette précifion qui cara&érifent tous fes tableaux. » La » .trop grande perte de femence pro- m duit la laffitude , la débilité 5 l'im- •* mobilité , des convulfions , la mai- » greur , le deiféchement, des douleurs >3 dans les membranes du cerveau } » émouiTe les fens , & fur-tout la vue ; 35 donne lieu à la confomption dorfale , » à l'indolence , Se à diverfes maladies » qui ont de la liaifon avec celles- » là « ( 1 ).
Les observations que ce grand hom- me communiquoit à fes auditeurs , eu
J[\) De moi bis ex nimiâ venere , $. 18 , oper. omn. fuppl. fecund. pars prim. p. 406.
(i) Initituc. §, 776 de la trad. de M. D. L. M.
iC l'Onanisme,
leur expliquant cet aphorifme, & qui portent fur les différents moyens d'é- vacuations, ne doivent pas être omifes. m J'ai vu un malade dont la maladie >5 commença par une lafîîtude Se une 55 foiblefTe dans tout le corps, fur-tout 3> vers les lombes ; elle fut accompa- » gnée du jeu des tendons , de fpafmes 33 périodiques & de la maigreur , de 3> manière à détruire tout le corps : il » fentoit aufïi de la douleur dans les » membranes même du cerveau , dou- ai leur que les malades nomment ar- j> deur feche > qui brûle continuelle- » ment en dedans les parties les plus w nobles*
» J'ai vu auffi un jeune homme atta- 33 que de la confomption dorfale. Il » étoit d'une fort jolie figure , & mal- » gré qu'on l'eût fouvent averti de ne 3> fe point trop livrer au plaifir , il s'y 33 livra néanmoins , & il devint fi dif- » forme avant fa mort , que cette grof- 33 feur charnue , qui paroît au-de(Tus » des apophyfes épineufes des lombes , m s'étoit entièrement affailTée. Le cer- » veau même dans ce cas paroît être 33 confumé } en effet , les malades de- t> viennent ftupides. Ils deviennent fi
l'Onanisme. iy
» roides , que je n'ai point vu une aufïï » grande immobilité du corps produite » par une autre caufe. Les yeux même » font fi hébétés qu'ils n'ont plus la » facilité de voir « ( i ).
M. de Scnac peignoit 5 dans la pre- mière édition de fes effais, les dangers de la mafturbation , & annonçoit aux vi&imes de cette infamie toutes les infirmités de la vieillefle la plus lan- guiffante , à la fleur de leur âge. L'on peut voir dans les éditions fuivantes les raifons de la fuppreflîon de ce mor- ceau , & de quelques autres.
M. Lndwig , en décrivant les maux qui furviennent aux évacuations trop abondantes , n'oublie pas la fpermati- que. » Les jeunes gens de l'un ou de » l'autre fexe , qui fe livrent à la lafci- 35 veté , ruinent leur fanté en diflîpant m des forces qui étoient deftinées à 35 amener leur corps à fon point de plus » grande vigueur 5 & enfin ils tombent >3 dans la confomption « ( x ).
M. de Gorter donne un détail des accidents les plus triftes, dépendants de cette caufe , mais il feroit trop long de
(0 Comment, fur le même endroit , T. VII , p» 1 14* (i) Inftituc. Phyfiol. §. 870 ôc Zju
18 l'Onanism e.
le copier : je renvoie , à fon ouvrage même , tous ceux qui entendent la lan- gue dont il s'eft fervi ( i ).
Le D. N. Robinfon , dans fon ou- vrage fur la confomption (z) 9 a mis un aflfez long chapitre très-bien fait fur la confomption dorfale, que je ne puis point inférer ici. La conftipation .> la trifteflfe , la crainte de ne jamais guérir lors même que la guérifon eft affurée , la douleur fixe à la croifée des reins , la grande foiblefle , les douleurs pa(Ta- geres de toutes les articulations, TafFoi- bliflTement des facultés & des fens , les pollutions nodturnes , la gonorrhée fimple , font les caractères qui , fui- vant lui, diftinguent cette efpece des autres ( 5 ).
Après avoir rapporté la defcription de la confomption dorfale &Hippo~ cratc , telle qu'on l'a lue plus haut, M. vu7i Swictcn ajoute : » J'ai vu tous » ces accidents ^ &c plufîeurs autres , «> dans les malheureux qui s'étoient » livrés à de honteufes pollutions. J'ai » employé inutilement pendant trois
(1) Deinfenfibil. perfp. cap. uk. f 1) -A ntw Method of treating confumptions , &C. Lond. 1717 , 8.
(3) Voy. Chap. 8. p. g*.
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» ans tous les fecours de la Médecine " pour un jeune homme qui s'étoit atri- ** ré , par cette infâme manœuvre > des » douleurs vagues , étonnantes 8c gé- » nérales , avec une fenfation tantôt » de chaleur , tantôt d'un froid très- » incommode par tout le corps , mais » fur - tout aux lombes. Dans la fuite » ces douleurs ayant un peu diminué > » il fentoit un iî grand froid dans les » ctiiffes 8c dans les jambes ^ quoiqu'au » tadt ces parties parufTent conferver m leur chaleur naturelle 5 qu'il fe cnauf- » foit continuellement auprès du feu , » même pendant les plus grandes cha- m leurs de l'été. J'admirai fur - tout » pendant tout ce temps un mouvement » continuel de rotation des tefticules » dans le fcrotum , 8c le malade éprou- w voit dans les lombes la fenfation 3? d'un mouvement femblable , qui lui » étoit très à charge « ( i ). Ce détail nous laiiTe ignorer 11 ce malheureux termina fa vie au bout de trois ans , ou s'il continua à languir pendant quelque temps 5 ce qui eft bien plus fâcheux : il n'y a cependant pas une troifîeme iflue*
(i)Aph. $8£, T. II, p. 4$.
^
iô l'Onanîsml
M. Klockofy dans un très -bon ou- vrage fur les maladies de l'efprit qui dépendent du corps , confirme par fes obfervations celles qu'on vient de lire. » Une trop grande diflipation de fe- *> mence affoiblit le refîbrt de toutes 3> les parties folides } de-là naiiTent la » foiblefle 5 la parefle , l'inertie , les 3> phthifies 3 les confomptions dorfales , » l'engourdiflement & la dépravation » des fens , la ftupidité , la Folie , les » évanouissements, les convulfions«(i).
M. Hoffmann avoit déjà remarqué que les jeunes gens , qui fe livrent à l'infâme pratique de la mafturbation , perdoient peu à peu toutes les facultés de leur ame , fur-tout la mémoire , & devenoient tout-à-fait inhabiles à l'é- tude ( 2).
M. Lewis ( 3 ) décrit tous ces maux. Je ne tranfcrirai ici , de fon ouvrage f que ce qui a rapport à ceux de l'ame. 3> Tous les maux, qui naifTent des excès *> avec les femmes , fuivent plus promp- j> tement encore , & dans un âge ten-
(1) De morb. anirn. ab infirm. medul. ccrcb. p. $7. (1) Oper. omn. fol. T. III , p. 29^ 0) A pra&ical. EiTay upon thc tabès dorfalis , Lond. 1748, & 3e. édit. 1758»
l'Onanisme. zt
» dre , l'abominable pratique de la » pollution de femence , qu'il feroit ù difficile de peindre avec des cou- *> leurs aufli aflfreufes qu'elle le mé- y> rite : pratique à laquelle les jeunes » gens le livrent , fans connoître toute » l'énormité du crime , & tous les » maux qui en font les fuites phy- » fiques (i). L'ame fe reffent de tous » les maux du corps , mais fur-tout de •• ceux qui naiflent de cette caufe. La » plus noire mélancholie, l'indifférence « pour tous les plaifîrs , ( ne pourroit- » on pas dire l'averfïon ? ) l'impoflibi- » lité de prendre part à ce qui fait le » fujet de la converfation des compa- » gnies dans lefquelles ils fe trouvent ■> fans y être } le fentiment de leur » propre mifere , & le défefpoir d'en 53 être les artifans volontaires , la né- 35 ceflité de renoncer au bonheur du *> mariage , font les idées bourrelantes » qui contraignent ces malheureux à 33 fe féparer du monde } fort heureux *> fi elles ne les portent pas à terminer b eux-mêmes leur carrière « ( i ). De nouvelles obfervations confirme-
( îbid. p. i 3. (x) lbid. p. ijfc
il l'Onànis M I.
ront plus bas la vérité de cet effrayant tableau. Celui qu'a fait M. Storck > dans le bel ouvrage qu'il a publié fur l'hiftoire & le traitement des mala- dies , n'eft pas moins terrible ; mais je renvoie à l'ouvrage même , dont aucun Médecin ne peut fe paflTer, ceux qui voudront le voir ( i ).
Avant que de paffer aux obfervations qui m'ont été communiquées , je ter- minerai cette feétion par le beau mor- ceau qui fe trouve dans l'excellent ou- vrage dont M. Gaubius a enrichi U Médecine. Non-feulement il peint les maux ., mais il en indique les caufes , avec cette force, cette vérité, cette fa- gacité & cette précifîon , qui n'appar- tiennent qu'au plus grand maître. C'eft un morceau précieux, dont on me fçaura gré de çonférver le coloris , en le rap- portant tel que l'auteur l'a écrit. Im- moderata feminis pwfufîo , non folum UtiliJJîmi humoris jaclurâ , fcd ipfoetiam motu convulfivo > quo cmittitur , frequen- ûîis repaito , imprimis lœdit. Etenim fummam voluptaum univerfalis cxciplt virium refolutio , quce cnbrbfirri nequit ,
(i)Medicusannuus,T. II , p. n j , &o
l'Onanisme, 23
quin enervet. Colatoria autem corporis qub magis emulgentur , eb plus humorum aliunde ad fe trahunt , fuccifque Jic ad genitalia derivatis , reliques partes depau- perantur. Inde ex nimiâ venere lajjitudo > débilitas , immobilitas y incejjus delum- bis 5 encephali dolores , convuljiones fen- fuum omnium , maximh vifus hebetudo , cœcitas ^fatuitas , circula tio febrilis , ex^ Jiccatio , macies , tabès & pulmonica & dorfalis , effeminatio. Augentur hœc mala atque infanabilia fiunt ob perpetuum in venerem pruritum , quem mens \ non mi- nus quam corpus 5 tandem contrahit , quo- que effzcitur , ut & dormientes obfcena phantafmata exerceant , & in tentiginem pronce partes quâvis occajione impetum concipiant , onerique & Jlimulo Jlt quam- libtt exigua reparati fpermatis copia 3 levijffzmv conatu , & vel jîne hoc 5 de relaxatis loculis relapfura. Quocirca liquet 5 quart adolefcentice jlorem adeo pejfumdet ifle exce(fus (1).
(i) Tnflitutiones Pathologie Medicinalis , auftere H. D. Gaubio , Lud. Bat. 1758.
£4 l'Onanisme,
■ * ' — ■ — ^p— — — — »
SECTION IL Obfcrvations communiquées.
J e ne fuivrai d'autre ordre que celui des dates de réception. J ai vu , me dit mon illuftre ami , M. Zimmermann 5 un homme de ving-trois ans qui devint épileptique > après s'être aflfoibli le corps par de fréquentes manuftupra- tions. Toutes les fois qu'il avoit des pollutions nodturnes il tomboit dans un accès d'épiiepfie parfait. La même chofe lui arrivoit après les manuftupra- tions , dont il ne s'abftenoit point 5 mal- gré les accidens 8c tout ce que l'on pouvoit lui dire. Quand l'accès étoit pafle , il éprouvoit des douleurs très- fortes aux reins 8c autour du coccyx. Cependant ayant enfin ceflfé cette ma- nœuvre pendant quelque temps , je le guéris des pollutions , & j'efpérai même de le guérir de l'épilepfie , dont les accès avoient déjà difparu. Il avoit repris les forces , l'appétit ^ le fommeil > 8c une très-belle couleur , après avoir reflTemblé à un cadavre. Mais , étant revenu à fes mafturbations , qui étoient
toujours
l'Onanisme. z$
roujours fuivies d'une attaque , il eut enfin les accès dans les rues même , & on le trouva mort un matin dans fa chambre , tombé hors de fon lit , & baigné dans fon fang. Qu'on me per- mette ici une queftion qui fe préfenta à moi quand je lus cette obfervation : ceux qui fe tuent d'un coup de piftolet , qui fe noient volontairement, ou qui s'égorgent , font ils plus comptables de leur mort, font -ils plus fuicides que cet homme ci ? Sans entrer dans le dé- tail , mon ami ajoure qu'il en connoît un autre qui eft dans le même cas : j'ai appris , depuis , qu'il avoit fini de la même manière. J'ai connu , (c'eft encore M. Z Immermannqm parle) , un homme d'un très-beau génie ? &c d'un fçavoir prefqu'univerfel , à qui de fréquentes pollutions avoient fait perdre toute l'activité de fon efprit , & dont le corps étoit exactement dans l'état de celui du malade qui confulta M. Boer- haavc ( i) , & que je rapporterai ailleurs. Je dois les deux faits fuivants à M* Raft le fils , célèbre Médecin de Lyon , avec qui j'ai eu le plaifir de paflfer quel*
il) Conful» Mcd. c. II, p. $6.
B
%& L O N A N I S M E.
ques mois à Montpellier. Un jeune homme de Monpellier , étudiant en Médecine , mourut par l'excès de ces fortes de débauches* L'idée de fon cri- me avoit tellement frappé {on efprit , qu'il mourut dans une efpece de défef- poir , croyant voir l'enfer ouvert à fes côtés , prêt à le recevoir. Un enfant de cette ville , âgé de fix ou fept ans , inftruit , je crois, par une fervante , fe pollua fi fouvent , que la fièvre lente qui furvint l'emmena bientôt. Sa fu- reur pour cet acte étoit fi grande , qu'on ne put l'en empêcher jufqu'aux derniers jours de fa vie. Lorfqu'on lui repréfen- toit qu'il hâtoit fa mort , il fe confo- loit , endifant qu'il iroit plutôt trouver fon père , mort depuis quelques mois. M.Mieg, célèbre Médecin de Balle, connu dans le monde fçavant par d'ex- cellentes difiertations , &c à qui fa pa- trie a l'obligation de l'inoculation , qu'il continue avec autant de fuccès que d'habileté , m'a communiqué une lettre de M. le Profefieur Stchdin , nom cher aux lettres , dans laquelle j'ai trouvé plufieurs obfervations inté- reiTantes & utiles. J'en réferve quel- ques-unes pour la fuite de cet Ouvra-
L* O N A N I S M E. Xj
ge , où elles feront mieux placées , c'eft ici le lieu des deux autres. Le fils de M* * * , âgé de quatorze à quinze ans, eft mort de convulfions, & d'une efpece d'épilepfîe, dont l'origine ve~ noit uniquement de la mafturbation : il a été traité inutilement par les Mé- decins les plus expérimentés de notre ville. Je connois aufli une jeune De- moifelle de douze à treize ans qui , par cette déteftable manœuvre > s'eft attiré une confomption , avec le ven- tre gros & tendu > une perte blanche , & une incontinence d'urine. Quoique les remèdes l'aient foulagée > elle lan- guit toujours , ôc je crains desxfuites funeftes.
SECTION III.
Tableau tiré de UOnania.
[Jepuis la publication de cet Ou- vrage , j'ai appris , par le canal le plus refpe&able, que Ton ne devoit pas ajouter une entière créance aux faits de la colie&ion angloife , Se que cette
Bij
28 1/ O N A N I S M E.
raifon , quelques calomnies, desobfcé- nicés , & la fuppofition d'un privilège impérial avoienc fait prohiber la tra- duction allemande dans l'Empire. Ces motifs m'auroient déterminé à fuppri- mer tour ce que j'ai tiré de cet Ouvra- ge , mais quelques confidérations m'ont engagé à le conferver fous la modifi- cation de cet avis. La première eft , que quelques - unes de ces raifons ne regardent que l'édition allemande. La féconde , que quoiqu'il puiiTe s'y trouver quelques faits fuppofés , &c que quelques-uns paroifTent même porter ce caractère > il eft cependant prouvé que le plus grand nombre n'eft que trop vrai. Enfin, une troifieme confidéra- tion qui m'a décidé, c'eft ce que je trouve dans la même lettre de M. Stchelin. J'ai reçu , dit-il , une lettre de M. Hoffrnan de Maftrich , dans laquel- le il me marque avoir vu un mafturba- teur qui s'étoitdéjà attiré une confomp- tion dorfaie , qu'il traita fans fuccès , & qui fut guéri par les remèdes de TOnania , dont le Dofteur Bekkers , à Londres, doit être l'Auteur , &fîbiea guéri , qu'il eft redevenu gros & gras , 8c qu'il a quatre enfants.
i/O n a ni s m e. 29
L'Onania anglois eft un vrai chaos , l'ouvrage le plus indigefte qui fe foit écrit depuis long-tems. On ne peut lire que les obfervations } toutes les ré- flexions de l'Auteur ne font que des- trivialités théologiques & morales. Je ne tirerai de tout cet ouvrage , qui eft aiïez long > qu'un tableau des accidents les plus ordinaires , dont les malades fe plaignent : la vivacité , Pexpreflîon énergique de la douleur & du repen- tir qui fe trouvent dans un petit nom- bre de lettres , & qui ne peuvent point fe trouver dans l'extrait ,_ ne doivent pas affoiblir Pimpreflïon d'horreur que leur le&ure infpire 5 parce que cette impreffion dépend des faits } & les lec- teurs m'auront l'obligation de leur épar- gner la le&ure d'un bien plus grand nombre d'autres lettres fans tour Se fans ftyle. Je rangerai fous fix chefs les maux dont fe plaignent les malades ânglois , en commençant par les plus fâcheux , ceux de l'ame.
i°. Toutes les facultés intelleduelles s'affoiblifTent , la mémoire fe perd , les idées s'obfcurciflent 9 les malades tom- bent même quelquefois dans une légère démence , ils ont fans cefTe une efpece
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$0 L$ O N A N I S M E.
d'inquiétude intérieure , une angoiffe continuelle , un reproche de leur con- fcience , fi vif 5 qu'ils verfent fouvent des larmes. Ils font fujets à des verti- ges; tous leurs fens, mais fur- tout la vue & l'ouïe , s'afFoibliflent } leur fom- rneil , s'ils peuvent dormir 5 eft troublé par des rêves fâcheux.
2°. Les forces du corps manquent entièrement ; Taccroiflement de ceux qui fe livrent à cqs abominations avant qu'il fuit fini 5 eft confidérablement dérangé. Les uns ne dorment point du tout , les autres font dans un affou- piflement prefque continuel. Prefque tous deviennent hypocondriaques ou hyftériques^ & font accablés de tous les accidents qui accompagnent ces fâ- cheufes maladies ., trifteue , foupirs , larmes 5 palpitations , fuffocations , dé- faillances. L'on en a vu cracher des ma- tières calcaires. La toux , la fièvre len- te , la confomption font les châtiments que d'autres trouvent dans leurs pro- pres crimes.
3°« Les douleurs les plus vives font un autre objet des plaintes des mala- des y l'un fe plaint de la tête , l'autre de la poitrine , de l'eftomàc, des inteftins ,
l'Onanisme. 51
de douleurs de rhumatifme extérieu- res, quelquefois d'un engourdiflement douloureux dans toutes les parties de leur corps , dès qu'on les comprime le plus légèrement.
4°. L'on voit non - feulement des boutons au vifage 3 c'eft un fymprôme des plus communs , mais même de vrais puftules fuppurantes fur le vifage , dans le nez , fur la poitrine , fur les cuifTes ; des démangeaifons cruelles de ces mêmes parties. Un des malades fe plaignoit même d'excrefeences char- nues fur le front.
5°. Les organes de la génération éprouvent aufli leur part des miferes dont ils font la caufe première. Plu- fieurs malades deviennent incapables d'éredtion } chez d'autres , la liqueur féminale fe répand au moment du plus léger prurit , ôc de la plus foible érec- tion , ou dans les efforts qu'ils font pour aller à la felle. Un grand nombre eft attaqué d'une gonorrhée habituelle qui abat entièrement les forces , 8c dont la matière relfemble fouvent , ou à une fanie fœtide , ou à une mucofité fale. D'autres font tourmentés par des priapifmes douloureux. Les dyfuries ,
R iv
31 l' O N A N I S M E.
les ftranguries, les ardeurs d'urine, l'af- foibliflement de fon jet font cruelle- ment foufFrir quelques malades. Il y en a qui ont des tumeurs très-douloureu- fes aux tefticules , à la verge , à la vef- iîe3 au cordon fpermatique. Enfin , ou rimpoffibilité du coït , ou la déprava- tion de la liqueur génitale , rendent ftériles prefque tous ceux qui fe font livrés long- temps à ce crime.
6°. Les fondions des inteftins font quelquefois totalement dérangées , & quelques malades fe plaignent de con- ftipations opiniâtres , d'autres d'hémor- rhoïdes, ou d'un écoulement de ma- tière fœtide par le fondement. Cette dernière obfervation me rappelle le jeune homme dont parle M. Hoffman , qui , après chaque mafturbation , étoit attaqué de la diarrhée , nouvelle caufe de la perte de fes forces.
l'Onanisme,
53
SECTION IV.
Obfcrvations de V Auteur,
jLj e tableau 5 qu'offre ma première obfervation , eft terrible ; j'en fus ef- frayé moi-même la première fois que j^ vis l'infortuné qui en eft le fujet. Je fentis alors plus que je n'avois fait en- core , la néceflîté de montrer aux jeu- nes gens toutes les horreurs du préci- pice dans lequel ils fe jettent volontai- rement.
L. D* * * *. Horloger 5 avoit été fage , & avoit joui d'une bonne fanté jufqu'à l'âge de dix-fept ans ; à cette époque il fe livra à la mafturbation 5 qu'il réitéroit tous les jours , fouvent jufqu'à trois fois y Se l'éjacuiation étoit toujours précédée Se accompagnée d'une légère perte de connoiffance , & d'un mouvement convuliif dans les mufcles extenfeurs de la tête , qui la re- tiroient fortement en arrière 5 pendant que le col fe gonfloit, extraordinaire- ment. Il ne s'étoit pas écoulé un an , qu'il commença à fentir une grande
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34 l'Onanisme.
foibleiïe après chaque acte ; cet avis ne fut pas fuffifant pour le retirer du bourbier -y fon ame déjà toute livrée à ces ordures n'étoit plus capable d'au- tres idées , & les réitérations de fon crime devinrent tous les jours plus fré- quentes , jufqu'à ce qu'il fe trouva dans un état , qui lui fit craindre la mort. Sage trop tard , le mal avoir dé- jà fait tant de progrès , qu'il ne pou- voit être guéri ; & les parties génitales étoient devenues fi irritables & fi foi- bles , qu'il n'étoit plus befoin d'un nou- vel a£te de la part de cet infortuné 5 pour faire épanchçr la femence. L'irri- tation la plus légère procuroit fur le champ une éreétion imparfaite , qui étoit immédiatement fuivie d'une éva- cuation de cette liqueur , qui augmen- tait journellement fa foiblelfe. Ce fpaf- me , qu'il n'éprouvoit auparavant que dans le temps de la confommation de l'adte, & quiceffoit en même temps, étoit devenu habituel > & l'attaquoit fouvent fans aucune caufe apparente , & d'une façon fi violente , que pen- dant tout le temps de l'accès , qui du- roit quelquefois quinze heures, & ja- mais moins de huit, il éprouvoit dans
i/ O N A N I S M E. 35
route la partie poftérieure du co! , des douleurs fi violentes , qu'il poufifoit or- dinairement, non pas des cris, mais des hurlements j & il lui croit impoflS- ble pendant tout ce temps-là , d'avaler rien de liquide ou de folide. Sa voix étoit devenue enrouée , mais je n'ai pas remarqué qu'elle le fut davantage dans le temps de l'accès. 11 perdit tota- lement (es forces ; obligé de renoncer à fa profeflion 3 incapable de tout , ac- cablé de mifere , il languit prefque fans fecours pendant quelques mois } d'autant plus à plaindre 5 qu'un refte de mémoire , qui ne tarda pas à s'éva- nouir , ne fervoit qu'à lui rappeller fans cefle les caufes de fon malheur , & à l'augmenter de toute l'horreur des remords. Ayant appris fon état , je nie rendis chez lui } je trouvai moins un être vivant qu'un cadavre giflant fur la paille , maigre 5 pâle , fale , répandant une odeur infede , prefqu'incapable d'aucun mouvement. Il perdoit fou* vent par le nez un fang pâle & aqueux > une bave lui fortoit continuellement de la bouche , attaqué de la diarrhée, il rendoit {qs excréments dans fon lit fans s'en appercevoir ; le finx de fe-
Bvj
$6 l'Onanisme,
mence étoit continuel ; tes yeux chaf- ïieux , troubles 5 éteints n'avoient plus la faculté de fe mouvoir ; le pouls étoit extrêmement petit > vite Se fréquent ; la refpiration très-gênée , la maigreur exceflive , excepté aux pieds qui corn- mençoient à être œdémateux. Le dé- fordre de l'efprit n'étoit pas moindre ; fans idées , fans mémoire > incapable de lier deux phrafes, fans réflexion , fans inquiétude fur fon fort , fans au- tre fentiment que celui de la douleur , qui revenoit avec tous les accès au moins tous les trois jours. Etre bien au - deiïbus de la brute , fpe&acle dont on ne peut pas concevoir l'horreur , Ton avoit peine à reconnoître qu'il avoit appartenu autrefois à l'efpece hu- maine. Je parvins affez promptement, à l'aide des remèdes fortifiants , à dé- truire ces violents accès fpafmodi- ques , qui ne le rappelloient fi cruel- lement au fentiment que par les dou- leurs; content de l'avoir foulage a cet égard 5 je difeontinuai des remèdes qui ne pouvoient pas améliorer fon état; il mourut au bout de quelques femaines, en Juin 1757 , oedémateux par tout le corps.
l'Onanisme. 37
Tous ceux qui fe livrent à cette odieufe & criminelle habitude ne font pas auffî cruellement punis \ mais il n'en eft point qui ne s'en revente du
f)lus au moins. La fréquence des a&es , a variété des tempéraments , plu- fieurs circonftances étrangères occa- iîonnent des différences confîdérables. Les maux que j'ai vus le plus fouvent , font y i°. Un dérangement total de l'eftomac , qui s'annonce chez les uns par des pertes d'appétit ou par des appétits irréguliers } chez les autres 3 par des douleurs vives > fur-tout dans le temps de la digeftion, par des vo- miffements habituels , qui réfîftent à tous les remèdes , tant que Ton refte clans fes mauvaifes habitudes. 20. Un affoibliiïement des organes de la ref- piration , d'où réfultent fouvent des toux feches , prefque toujours des en- n>uemens , des foiblefTesde voix , des efToufflemens dès qu'on fe donne un mouvement un peu violent. 30. Un relâchement total du genre nerveux.
11 n'eft pas néceflfaire de connoître beaucoup l'économie animale , pour fentir que ces trois caufes peuvent pro- duire toutes les maladies de langueur >
38 l'Onanisme.
& l'expérience prouve qu'elles les pro- duifenc tous les jours. Les premiers accidents qui en résultent, dans les maf- turbateurs , font 3 outre ceux que je viens d'indiquer , une diminution con- fidérable dans les forces , une pâleur plus ou moins confidérable , quelque- fois une légère jauniffe , mais conti- nuelle , fouvent des boutons qui ne partent que pour faire place à d'autres , & fe reproduire continuellement par tout le vifage > mais fur- tout au front > aux tempes & près du nez 5 une maigreur confidérable , une fenfibilité étonnante aux changements des faifons, fur- tout au froid } une langueur dans les yeux , un affoiblilîement de la vue, une diminution confidérable de toutes les facultés , fur-tout de la mémoire. 3> Je fens bien , m'écrivoit un patient , 5) que cette mauvaife manœuvre m'a m diminué la force des facultés , & fur- » tout la mémoire « (1). Qu'il me foit permis d'inférer ici les fragments de quelques lettres , qui réunis formeront un tableau affez complet des défordres phyfiques que produit la mafturbation >
(1) En date du ly Septembre J7?ï«
l'Onanisme, 39
& donc la langue dans laquelle j'écri- vois , m'empêcha de faire ufage dans la première édition de cet ouvrage. » J'eus le malheur , comme bien d'au- » très jeunes gens , ( c'eft dans l'âge mûr qu'il m'écrit ) » de me laifler aller » à une habitude aufli pernicieufe pour 33 le corps que pour l'ame y l'âge aidé » de la raifon a corrigé depuis quel- » que temps ce miférable penchant > » mais le mal eft fait. À l'affeétion » & fenfibilité extraordinaire du genre » nerveux , Se aux accidents qu'elle oc- » cafionne , fe joignent une foiblefle , » un mal-aife, un ennui, une détrefîe » qui femblent m'affiéger comme à » l'envi ; je fuis miné par une perte de » femence prefque continuelle ; mon » vifage devient prefque cadavéreux, » tant il eft pâle Se plombé. La foi- » blelfe de mon corps rend tous mes w mouvements difficiles ; celle de mes » jambes eft fouvent telle , que j'ai m beaucoup de peine à me tenir de- >3 bout , & que je n'ofe pas me hafarder » à fortir de ma chambre. Les digef- » tioiis fe font fi mal , que la nourri- » ture fe repréfente aufli en nature , » trois ou quatre heures après l'avoir
40 l'Onanisme,
» prife , que fi je ne venois que de la 35 mettre dans mon eftomac, Ma poi- » trine fe remplit de phlegmes , dont » la préfence me jette dans un état » d'angoifTe , & l'expectoration dans » un état d'épuifement. Voilà un ta- y> bleau raccourci de mes miferes , qui » font encore augmentées par la trifte » certitude que j'ai acquife , que le » jour qui fuit fera encore plus fâ- w cheux que le précédent ; en un mot , « je ne crois pas que jamais créature ac humaine ait été affligée de tant de » ma*ix que je le fuis. Sans un fecours w particulier de la providence , j'aurois » bien de la peine à fupporter un far- m deau fi pefant <*.
Je lus en frémiflant , dans la lettre d'un autre malade , ces mots terribles , qui me rappellerent ceux de l'Onania. » Si la religion ne me retenoit pas ? 3> j'aurois déjà terminé une vie , a au- m tant plus cruelle , qu'elle l'eft par » ma propre faute «. Il n'eft pas au monde, en effet , d'état pire que celui de l'angoifie } la douleur n'eft rien en comparaison , & quand elle fe joint à une foule d'autres maux , il n'eft point étonnant qu'un malade defire la more
i/O n anisme. 41
comme fon plus grand bien , &c re- garde la vie comme un malheur réel 5 h l'on peut appeller vie un état aufll trifte.
Vivere quum nequeam^ fit mîhi pofle mori j Duke mori miferis , fed mors optata recedit. M.
La defcription fuivante eft tnni courte & moins terrible. *> J'ai eu le jî malheur dès ma tendre jeuneffe , je y> crois entre huit & dix ans , de con- » tracter cette pernicieufe habitude , *> qui 5 de bonne heure , a ruiné mon » tempérament ; mais fur - tout de- » puis quelques années je fuis dans un » accablement extraordinaire y j'ai les » nerfs extrêmement foibles , mes » mains font fans force , toujours trem- *> blantes , & dans une fueur conti- » nuelle } j'ai de violents maux d'efto- >3 mac , des douleurs dans les bras , » dans les jambes , quelquefois aux reins » & à la poitrine 3 fouvent de la toux ; » mes yeux font toujours foibles & n ca(Tés , mon appétit eil dévorant ; » & cependant je maigris beaucoup , » &: j'ai tous les jours plus mauvais » vifage «. L'on verra dans la fe&ion du traitement le fuccès des remèdes
4* l'Onanisme.
dans ce cas. Je ne détaillerai pas la cure du premier à caufe de fa longueur, « La narure , écrivoit un troifieme 3 » m'ouvrit les yeux fur la caufe de la 3> langueur dans laquelle je me trou- » vois , & fur le danger de l'abyfme » où je me précipitois , foit par des » boutons ou vefîies qui furvenoient » à la partie qui fervoit d'infiniment *> à mon crime , foit auffi par la foi- » bleffe que j'éprouvois au milieu du » crime même , 8c qui ne me permet- 3> toit pas de douter quelle étoit fa » caufe. Un autre me marqua » qu'il 30 éprouvoit pendant cet a<5te 5 une «douleur au vifage femblable à celle » que l'on auroit fenti fi on y eût » appliqué des épingles. Les premiers » fymptomes maladifs furent beaucoup » de boutons au vifage, à la poitrine s? & aux reins , avec une inquiétude » générale & continuelle } bientôt l'af- » foibliffement du corps &c fur -tour » des facultés le jetta dans une pro~ » fonde mélancolie & l'état le plus 33 horrible & le plus indéfiniflable : il *> a été pendant fept ans incapable de >3 toute application &r fans jouir d'un » feul inftant de bonheur. Je ne vivois .
l'Onanisme. 4?
» dit-il , que pour l'angoiffe , l'inquié- » tude , l'agitation la plus cruelle , les 3> reflTerrements les plus affreux , & un » étourdiffement fi terrible , que lorf- » qu'on me parloit je n'entendois quel- » quefois que des fons auxquels je n'at- m tachois aucune idée, J'avois des dou- » leurs vives au cerveau , au col & de
* la roideur dans tout le corps «.
Je pourrois ajouter ici un grand nombre de relations de maladies pour lefquelles j'ai été confulté depuis la fé- conde édition de cet ouvrage j mais ce feroit des répétitions inutiles , & je me borne à deux ou trois des plus ré- centes.
Un homme , qui eft: dans la fleur de fon âge , m'écrivoit , il n'y a que peu de jours : >-> J'ai contracté fort jeune 35 une affreufe coutume > qui a ruiné » ma fanté } je fuis accablé d'embar- m ras & de tournoiemens de tête 9 qui >3 m'ont fait craindre l'apoplexie 3 & » pour lefquels on m'a faigné ; mais » on s'apperçut d'abord que Ton avoit
* eu tort. J'ai la poitrine ferrée , &c » par conféquent la refpiration gênée ; » j'ai fréquemment des douleurs d'ef- » tomac , & je fouffre fucceffivement
44 l'Onanisme,
» prefque par tout le corps ; je fais » tout le jour aflbupi & inquiet ; peu- » dant la nuit mon fommeil eft troublé » &c agité ;, & il ne me répare point ; » j'ai fouvent des démangeaifons ; je » fuis pâle j j'ai les yeux affoiblis & « douloureux , le teint jaune 3 la bouche » mauvaise , &c.
» Je ne puis faire , m'écrivoit un 9$ fécond , deux cents pas fans me re- 35 pofer y ma foiblefle eft extrême } j'ai » des douleurs continuelles dans tout » le corps, mais fur-tout dans les épau- la les ; je fouflfre beaucoup des maux m de poitrine ; j'ai confervé de l'appé- » tit , mais c'eft un malheur , puif- 35 que j'ai des douleurs d'eftomac dès 33 que j'ai mangé 5 & que je rends tout » ce que je mange : fi je lis une page » ou deux , mes yeux fe remplirent de 33 larmes 3 & me font fouffrir } j'ai fou- * vent des foupirs très -involontaires, 33 Filo xylino Jlaccidius veretrum y om- 9} nifque ercclionis impouns 9 fcmen qui- » dem y manu follicitatum , effluere finit y *> ncquaquam verb ejaculat , adeà cœterum 35 imminutum & retraclum ut oculi de »fexu vix judicare poffint «. L'on trou- vera les détails de les fuccès du trai-
l'Onanisme* 45
tement dans la fuite de cet ouvrage ; je la donnerai , parce que c'eft le plus affoibli ôc le plus docile des malades que j'ai vus.
Un troifieme , qui s'étoit livré à cette horrible manœuvre , à l'âge de douze ans , paroiflToit plus attaqué dans les facultés intellectuelles , que dans la fanté corporelle. » Je fens ma chaleur >-> diminuer feniiblement my le fentiment » eft confîdérablement émoufle chez » moi 5 le feu de l'imagination extrè- 33 mement ralenti , le fentiment de » Texiftence infiniment moins vif; tout » ce qui fe pa(Te à préfent me paroît >j prefque un fonge } j'ai plus de peine » à concevoir , & moins de préfence » d'efprit } en un mot > je me (cas » dépérir 5 quoique je conferve du » fommeil , de l'appétit , 8c affez bon » vifage «.
Une fuite qui n'eft pas rare > c'eft rhypocondrialgie ; & fi les hypocon- driaques fe livrent à cette pratique 3 elle empire tous les accidents du mal , & le rend totalement incurable. J'ai vu les inquiétudes , les agitations , les anxiétés les plus cruelles, être l'effet de ces deux canfes réunies j & des obfçrvations
4<ï l'Onanisme,
réitérées m'ont prouvé que dans les hypocondriaques qui font fujets à avoir quelquefois des attaques de dé- lire ou de manie , la mafturbation hâte toujours les accès. Le cerveau affoibli par cette double caufe perd fucceffive- ment toutes fes facultés ; &c les malades tombent enfin dans une imbécillité qui n'eft fufpendue que par quelques atta- ques de phrénéfie. Les Mémoires d^s Curieux de la Nature parlent d'un homme mélancolique , qui , fuivant le confeil d'Horace , cherchoit quelque- fois à diffiper fes triftetTes par le vin , & qui , s'étant trop livré à un autre genre de plaifirs dans les premiers jours d'un fécond mariage, tomba dans une manie fi terrible , qu'il fallut l'en- chaîner ( i ).
Jakin nous a confervé , dans fes Commentaires fur Rhumes > l'hiftoire d'un mélancolique, que des excès dans le même genre jetterent dans une con- fomption accompagnée de manie , qui le tuèrent en peu de jours ( z ).
L'on fçair que les paroxyfmes épilep- tiques, accompagnés d'une effufion de
(i) Dccur. II , ann. 4 , obf. 166 , p. 32.7. (x^Schenckius, 1, 1 , obf. 2. , Demaniâ, p. ï ji*
L*0 NANISME. 47
liqueur féminale , laiflfent plus d'épni- fement encore , & fur-tout plus d'é- tourdiflTement que les autres. Le coït excite les accès du mal dans ceux qui y font fujets, & c'eft à cette caufe que M. van Swieten attribue le grand acca- blement dans lequel les malades tom- bent , (î les accès font fréquents ( i ). M. Didier avoit connu un Marchand de Montpellier , qui ne facrifioit ja- mais à Vénus , fans avoir d'abord après une attaque d'épilepfîe ( i ).
Galien rapporte une obfervation femblable ( 3 ) , & Henri van Heers té- moigne la même chofe (4). J'ai eu occafion de m'en convaincre moi-mê- me, M. van Swicten a connu un épi- leptique,qui fut attaqué de l'accès la nuit de fts noces (5). M. Hoffhian connoifîoit une femme très-lubrique , qui avoit le plus fouvent un accès d'é- pilepfie après chaque aéce vénérien. L'on peut placer ici ce que dit M. Boer- haave dans fon traité des maladies des nerfs , que dans l'ardeur vénérienne
(1) §. ic77 , t. ?. p. 429.
(2.) Quaeft. Medic. anepileplla» mercurius viti* ( 3) De iocis atFe&is , Lj,c.6, (4) ObfervationesMedicae oppidô rarae , obf. î 3- 0) M075 > *• 3 ,p.41^-
48 l'Onanisme,
tous les nerfs font affe&és , quelque- fois jufqu'à mort. Il rapporte l'exem- ple d'une femme qui tomboit 3 à chaque coït 5 dans une fyncope aflfez longue , & celui d'un homme qui mourut dans le premier coït } la force du fpafme l'avoit jette fur le champ dans une pa- ralyfîe totale (1) ; & je trouve, dans l'excellent ouvrage dont M. de Sauva- ges vient d'enrichir la Médecine, l'ob- fervation très-finguliere , & peut-être unique , d'un homme qui , au milieu de l'adte étoit attaqué ( & le mal a duré dou^e ans ( d'un fpafme qui lui roidiflbit tout le corps , avec perte de fentiment & de connoifTance. Ita ut Ulum prœ oneris impotentiâ in altérant lecîi partent excutere cogeretur uxor , & evacuatio fpermatis lenta jlaccidoque ve- retro demum fuccedebat , rémittente cor- poris rigiditate (2). Je connois plufieurs faits analogues , M. de Haller en a in- diqué un grand nombre dans fes re- marques fur les inftituts de M. Boer- haave ( 3 ) > & Ton en trouve plufieurs autres chez les obfervateurs.
(1 ) Dc%orb« ncrv. p- 462.
(1) Nofologia m ci hcdica feu clafTes mortoi'tmi,
t. C , P. M°«
(0 Ad j. 058, n. f. * t. s , p. 446.
L on
l'Onanisme. 49
L'on a vu plus haut que la maftur- bation procurent l'épilepfie , &c cela ar- rive plus fouvent peut-être qu'on ne le croit : eft-il étonnant que fes adfces rappellent les accès , comme je l'ai vu plus d'une fois , dans ceux qui y font déjà fujets ? Eft-il étonnant qu'elle rende cette maladie incurable ?
Cette rigidité totale de tout le corps , dont parle M. Boerhaave , eft un des fymptômes les plus rares } je ne Pavois vue qu'une fois , quand on imprima la dernière édition de cet ouvrage , mais dans le degré le plus complet. Le mai avoir commencé par une roi- deur du col& de l'épine } il gagna fuc- ceflivement tous les membres, ôc je vis cet infortuné jeune homme , quel- que temps avant fa mort , ne pouvant avoir d'autre fituation , que d'être couché à la renverfe dans un lit , fans pouvoir remuer ni les pieds , ni les mains , incapable de tout autre mou- vement, de réduit à ne prendre d'ali- ments , que ceux qu'on lui mettoit dans la bouche : il vécut quelques femai- nes dans ce trifte état , &c mourut , ou plutôt s'éteignit ^ prefque fans fouf- france.
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J'ai vu depuis un autre exemple ter- rible dexette rigidité totale &c mortel- le 5 qui mérite bien d'être rapporté. Je fus demandé le 10 Février 1760 , pour voir , à la campagne , un hom- me de quarante ans qui avoit été très- fort & très-robufte , mais qui avoit fait beaucoup d'excès en femmes & en vin , & qui s'étoit fouvent exercé à ce qu'on appelle des tours de force. Son mal avoit commencé , il y avoit plu- lîeurs mois , par une foiblefle dans les jambes qui le faifoit chanceler en mar- chant ? comme s'il avoit trop bu } il tomboit quelquefois 5 même en fe pro- menant dans la plaine ; il ne pouvoit defcendre les degrés qu'avec beaucoup de peine, & il n'ofoit prefque plus fortir de fon appartement. Ses mains trembloient beaucoup • il ne pouvoit écrire quelques mots qu'avec beau- coup de difficulté > & il les écrivoit très-mal ; mais il diétoit aifément > quoique fa langue , qui n'avoit jamais eu une bien grande volubilité, com- mençât à en avoir un peu moins. Sa mémoire le fervoit bien ; 8c la feule chofe qui put faire foupçonner quel- que léfion dans les facultés, c'eft qu'il
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étoit moins attentif au /*# de Dames, & que fa phyfionomie étoit afTez chan- gée 5 il avoit de l'appétit & il dor- moit , mais il avoit un peu de peine à fe tourner dans le lit.
Il me parut que les excès en femmes 8c en vin étoient la caufe première du mal , & je penfois que les tours de force qu'il avoit fouvent faits , pou- voient être la caufe de ce que les muf- clés étoient plus particulièrement atta- qués. La faifon étoit peu favorable aux remèdes , mais il ralloit cependant chercher à arrêter les progrès du mal ; je lui confeillai des frictions de tout le corps avec de la flanelle & quelques fortifiants ; je me propofois d'en aug- menter les dofes , & de leur joindre -lïifage du bain froid , dans le com- mencement de l'été ; au bout de quel- ques femaines le tremblement des mains paroifloit un peu diminué. Il j eut une confultation au mois d'Avril: on attribua le mal à ce que le malade avoit écrit pendant quelques mois , il y avoit deux ans 3 dans une chambre nouvellement recrépie ; on employa des bains tiedes, des fri&ions graif- feufes p des poudres qu'on dit être dia-
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5 Z L O N A N I S M E.
phoréciques & antifpafmodiques, il ne furvint aucun changement. Au mois de Juin une féconde confulration décida qu'il iroit prendre les eaux de Leuk en Valais : au recour il avoir plus de rremblemenr & plus de roideur. De- puis lors ( Septembre 1750 ) , jufques au mois de Janvier 1764, je ne l'ai revu que trois ou quatre fois. En 1762 , fur la foi de je ne fçais quelle annon- ce y il fit venir de Francfort les remèdes de XOnania ^ qui n'opérèrent rien. Il en prit, l'année dernière, d'un Méde- cin étranger avec aulli peu de fuccès. Le mal a fait , dès le commencement , des progrès lents , mais journaliers ; & plufîeurs mois avant fa mort il ne pouvoit plus fe foutenir fur fes jambes ; il ne pouvoit plus remuer feul les bras ni les mains \ l'embarras de la langue augmenta , Se il perdit tellement la voix , qu'on ne pouvoit l'entendre qu'avec beaucoup de peine ; les muf- cles exrenfeurs de la tête la laiflToient continuellement tomber fur la poitri- ne } il avoit toujours de l'inquiétude dans les reins ; le fommeil de l'appétit diminuèrent fuccefîivement : les der- niers mois de fa vie il avoit beaucoup
L* OnAnisme, 5 j
de peine a avaler } depuis Noël il fur- vint de l'opprefîïon , avec une fièvre irréguliere ; les yeux s'éteignirent fin- guliéremenr : il patfbit , quand je le revis , au mois de Janvier ? tout le jour & une grande partie de la nuit fur un fauteuil , panché en arrière , les jambes étendues fur une chaife , la tête tombant à chaque inftant fur la poi- trine , ayant toujours une perfonne debout auprès de lui , fans cefTe occu-
f)ée à le changer d'attitude ,, à lui re- ever la tête , à l'alimenter , à lui donner du tabac 5 à le moucher, & à écouter attentivement tout ce qu'il difoit. Les derniers jours de fa vie il étoit réduit à prononcer lettre par lettre , 8c on les écrivoit à mefure qu'il les pronon- çoit. Voyant que je ne lui donnois aucune efpérance , & que je n'em- ployois que quelques lénitifs pour l'op- preffion & la fîevre , prefle par le defîr de vivre , il fit à un de fes amis. , pour venir me la faire tout de fuite , la confidence de la caufe à laquelle il attribuoit tous fes maux , en lui avouant que c'étoit la mafturbation ; qu'il avoit commencé cette infamie il y avoit plusieurs années ; qu'il l'avoir
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continuée aufli long-temps qu'il Pavoit pu , & qu'il avoit fenti croître fes maux à mefure qu'il s'y livroit. Il me confirma cet aveu quelques jours après \ 8c c'eft ce qui l'avoir déjà déterminé à employer les remèdes de l'Onania.
L'excès dans les plaifirs de l'amour ne produit pas feulement des maladies de langueur ; il jette quelquefois dans des maladies aiguës \ &C toujours il dé- range celles qui dépendent d'une autre caufe ; il produit très-aifément la ma- lignité , qui n'eft 3 félon moi , que le défaut de forces dans la nature. Hippo- crate nous a déjà laiflTé , dans fes his- toires des maladies épidémiques , l'ob- fervation d'un jeune homme qui y après des excès vénériens &c vineux 5 fut attaqué d'une fièvre accompagnée des fymptômes les plus fâcheux , les plus irréguliers > & enfin mortelle (i).
Tout ce que M. Hoffman dit fur cette matière mérite d'être rapporté. Après avoir parlé du danger des plai- iîrs de l'amour , pour les blefTés , il examine celui que courent les perfon- nes qui ont la fièvre en s'y livrant , &
(i) Epid. 1. 3 , feû. 5 , a?g. 16 , Fofcï. p. 1117.
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commence par citer une obfervation de Fabrice de Hilden , qui dit qu'un liomme ayant eu commerce avec une femme, le dixième jour d'une pleu- réfie qui avoit été terminée le feptieme par des fueurs abondantes , il fut atta- qué par une forte fièvre & un trem- blement confidérable , & mourut le treizième jour. Il donne enfuite l'hif- toire d'un homme de cinquante ans , goutteux , & livré aux femmes & au vin , qui dans les premiers jours de la convalefcence d'une faufTe pleuré- fie, fut attaqué, immédiatement après le coït , d'un tremblement général , avec une rougeur exceffive au vifage , la fièvre , & tous les fymptômes de la maladie dont il relevoit , mais beau- coup plus violemment que la première fois , & il fut dans un bien plus grand danger. Il parle d'un homme qui ne fe livroit jamais à des excès vénériens fans avoir une fièvre d'accès pendant plufieurs jours. Il finit par une obferva- tion de Bartholln qui vit un nouveau marié attaqué le lendemain de (es noces , après des excès conjugaux, d'une fièvre aiguë, avec un grand abatte- ment , des défaillances , des fouléve-
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$6 l Onanisme*
ments d'eftomac , une foif immodérée,, àes rêveries, finfomnie & beaucoup d'inquiétudes : il guérit par le repos & quelques fortifiants (i).
N. Chefneau vit deux jeunes mariés attaqués 5 la première femaine de leur noce y d'une violente fièvre continue , avec une rougeur & un gonflement confîdérable du vifage : l'un des deux avoit une violente douleur au crou- pion : ils périrent Pun & l'autre, au bout de peu de jours (2).
M. V andermonde décrit une fièvre produite par la même caufe , qui fut auffi très-longue > & accompagnée des' accidents les plus effrayants, mais donr l'ifïue fut plus heureufe que dans le malade d'Bippocrate. Je ne rappor- terai pas ici la description qu'il en donne , parce qu elle eft un peu lon- gue , mais je confeille aux Médecins de la lire dans l'ouvrage même , qui aujourd'hui fe trouve par-tout ; je par- lerai plus bas du traitement. M. de Sauvages peint cette maladie fous le nom de fièvre ardente des épuifes ; le
(i)De raorb. ex nim. vener. §. 10 , îr. (1) Nie. Chesneau , obferv. medic. lib. quinque , 1. 5, obf. 36, 37-
l'Onanisme. 57
pouls eft tantôt fort Se plein , tantôt foible Se petit ; les urines font rouges , la peau feche ÔC chaude , la foif confi- dérable } ils ont des naufées > Se ne peuvent point dormir (1).
J'ai vu, en \-]6\ Se 1761, deux jeunes hommes très-fains , très forts , très-vigoureux , qui furent attaqués , l'un le lendemain, l'autre, la féconde nuit de leurs noces , fans aucun frilfon , d'une fièvre très-forte , avec le pouls vite Se dur , des rêveries , beaucoup de légers mouvements convulfifs , une inquiétude infoutenable , Se la peau très-feche } le fécond avoit beaucoup d'altération , Se beaucoup de peine à uriner. Je penfai d'abord que l'excès du vin pouvoir auiïî ^jvoir quelque part à ces accidents , mais je fus pleine- ment difiTuadé , au moins pour le fé- cond. Ils furent guéris l'un Se l'autre au bout de deux jours , circonftance qui , jointe à l'époque de la maladie , & à fts cara&eres , ne laiflfe aucun doute fur fa caufe.
De triftes obfervations m'ont ap- pris que les maladies aiguës dans les
(l) Nofûlog. t, 1 , pa ICI.
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mafturbateurs étoient très - dangereu- £es 'y leur marche eft ordinairement ir- réguliere , leurs fymptômes bizarres , leurs périodes dérangées ; l'on ne trou- ve point de refïburces dans le tempé- rament, l'art eft obligé de tout faire ;
6 comme il ne procure jamais de cri- tes parfaites, quand , après beaucoup de peine , la maladie eft furmontée , le malade refte dans un état de langueur plutôt que de convalefcence, qui exi- ge une continuation de foins les plus affidus, pour empêcher qu'il ne tom- be dans quelque maladie chronique y 8c je vois que Fonfeca avoit déjà averti de ce danger. Plusieurs jeunes gens , dit-il, même très-robuftes , font atta- qués après des excès avec les femmes , dans une même nuit, ou d'une fièvre aiguë qui les tue , ou ils tombent dans des maladies fâcheufes , dont ils ont beaucoup de peine à guérir; car quand le corps eft affoibli par d^s excès vé- nériens , s'il eft attaqué par quelque maladie aiguë , il n'y a point de re- mède (i).
Un jeune garçon qui n'avoir pas en- Ci ) De faniute tuendâ , p. no.
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core feize ans s'étoit livré à la maftur- bation avec tant de fureur , qu'enfin au lieu de fperme il n'avoit amené que du fang , dont la fortie fut bien- tôt fuivie de douleurs exceflives , & d'une inflammation de tous les orga- nes de la génération ; me trouvant par hafard à la campagne, on me conful- ta ; j'ordonnai des cataplafmes extrê- mement émollients , qui produifirent l'effet que j'en attendois; mais j'ai ap- pris depuis , qu'il étoit mort peu de temps après de la petite vérole ; ôc je ne doute point que les atteintes, qu'il avoit portées à fon tempérament , par {es infâmes fureurs , n'aient beaucoup contribué à rendre cette maladie mor- telle. Quel avis aux jeunes gens!
Tous ceux qui ont fouvent occafion de traiter le mal vénérien fçavent que dans les fujets ufés par la fréquence des débauches , il devient fréquem- ment mortel. J'ai vu les plus affreux fpe&acles en ce genre.
M. Morgagni , dit que de trop fré- quentes idées vénériennes fufïifenc pour produire des varicoceles , ôc des hydroceles , qui font ? fouvent , des maladies fâcheu fes.
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éo l'Onanismï,
SECTION V.
Suites de la majlurbation cke^ les femmes.
Les obfervations précédentes pa- roifiTent toutes , fi Ton en excepte celle de M* Stehelin 5 regarder principale- ment les hommes; ce feroit traiter in- complettement cette matière ,. que de ne pas avertir le fexe , qu'en courant la même carrière de mauvaifes œuvres , il s'expofe aux mêmes dangers ; que plus d'une fois il s'efl; attiré tous les maux que. je viens de décrire, &r que tous les jours les femmes livrées à cette luxure périffent miférablement fes vi- ctimes. LOnania Anglois eft rempli d aveux , quon ne lit point lans être faifi d'horreur & de compaflion ; le mal paroît même avoir plus d'activité dans le fexe que chez les hommes. Outre tous les fymptômes que j'ai déjà rapportés , les femmes font plus particu- lièrement expofées à des accès d'hyfté- rie ou de vapeurs, affreux; à des jau- nifles incurables ; à des crampes cruel- les de l'eftomac & du dos; de vives
l'Onanisme. 61
douleurs de nez -y à des pertes blanches, dont lacreté eft une fource continuelle de douleurs les plus cuifantes ; à des chûtes, à des ulcérations de matrice, & à toutes les infirmités que ces deux maux entraînent ; à des prolongements & à des dartres du clitoris -y a des fu- reurs utérines qui , leur enlevant à la fois la pudeur 8c la raifon , les met- tent au niveau des brutes les plus lafci- ves , jufqu'à ce qu'une mort défefpérée les arrache aux douleurs 8c à l'infamie. Le vifage , ce miroir fidèle de l'état de Pâme 8c du corps , eft le premier à nous faire appercevoir des dérange- ments intérieurs. L'embonpoint 8c le colons , dont la réunion forme cet air de jeuneflTe , qui feul peut tenir lieu de beauté , fans lequel la beauté ne produit plus d'autre imprefîion , que celle d'une admiration froide ; l'em- bonpoint , dis-je , 8c le coloris difpa- roiflent les premiers; la maigreur , le plombé du teint 9 la rudeffe de la peau leur fuccedent immédiatement ; les yeux perdent leur éclat , feterniffent, 8c peignent par leur langueur celle de toute la machine } les lèvres perdent leur vermillon , les dents leur blan-
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cheur , 8c enfin il n'eft pas rare que la figure reçoive un échec confidérable par la déformation totale de la taille. Le rhachitis , ce qu'on appelle commu- nément la noueure , n'eft pas uae ma- ladie qui , comme l'a écrit le grand Boerhaave , n'attaque jamais depuis l'âge de trois ans. L'on voit commu- nément des jeunes gens de l'un & de l'autre fexe , mais fur -tout parmi les femmes , qui ^ après avoir été bien faits jufqu'à 8,10,12,14, même 1 6 ans , tombent peu à peu dans un dé- rangement de la taille par la courbure de l'épine, &le défordre devient quel- quefois très-confidérable. Ce n'eft pas ici la place des détails de cette mala- die , ni de l'énumération des caufes qui la produifent. Hippocrate en a déjà indiqué deux ( 1 ). J'aurai peut-être occafion de communiquer dans un autre ouvrage ce que plusieurs obfer- vations m'ont appris là deflus ; mais ce que je dois dire ici , c'eft que parmi ces caufes la mafturbation occupe un des premiers rangs (2).
(0 Aphor. feft. 6 ,46.
(1) L'on trouve dans les collecteurs ci'obfervations chirurgicales . quelques exemples de maladies arFreu-
l'Onanisme. 6$
M. Hoffman avoit déjà dit que les jeunes gens qui fe livrent aux plaifirs de l'amour avant que d'avoir fait leur crue y maigrifïbient & décroiîToient au lieu de croître ( i ) ; & Ton fent qu'une caufe , qui peut empêcher l'ac- croiiTement , doit à plus forte raifon en troubler l'ordre , & produire ces inégalités dans fa marche , qui con- tribuent à la maladie dont je parle.
Un fymptôme commun aux deux fexes , &c que je place dans cet article , parce qu'il eft plus fréquent chez les femmes , c'eft l'indifférence que cette infamie laiflfe pour les piaifirs légitimes de l'hymen 5 lors même que les defirs & les forces ne font pas éteints : indif- férence qui non -feulement fait bien des célibataires , mais qui fouvent pourfuit jufques dans le lit nuptial. Une femme avoue , dans la colle&ion du Dodeur Bckkcrs , que cette ma- res de la veffie chez de jeunes filles qui fe les étoient attirées par leurs odieufes manœuvres -, les inftru- ments, qu'elles employoient leur ayant échappé , pafTe- rent dans la veffie , & leur occasionnèrent des douleurs atroces, & la mort. Morgagni defedib» & cauf. morbor* epift. 42 , §. i9& 20.
(1) Dea^ateconjugio opporuuiâ, §. 10 , fupplem. fecund. p. 340. Toute cetce diifertation mérite d'être lue , quoiqu'elle pût être mieux faite.
64 t* Onanisme.
nœuvre a pris tant d'empire fur Tes fens , qu'elle détefte les moyens légi- times d'amortir l'aiguillon de la chair. Je connois un homme qui , inftruit à ces abominations par fon précepteur > éprouva le même dégoût dans les com- mencements de fon mariage , & l'an- goiife de cette fituation jointe à l'épui- fement dû à fes manœuvres , le jetta dans une profonde mélancholie, qui céda cependant à l'ufage des remèdes nervins & fortifiants.
Avant que d'aller plus loin , qu'on me permette d'inviter les pères & les mères à réfléchir fur Poccafion du mal- heur de ce dernier malade > & il en eft plus d'un dans le même cas. Si Ton peut être trompé à ce point dans le choix de ceux à qui l'on confie le foin important de former l'efprit & le cœur des jeunes gens , que ne doit-on pas craindre , & de ceux qui n'étant defti- nés qu'à développer leurs talents corpo- rels font examinés moins rigoureufe- ment fur les mœurs , &c des domefti- ques qu'on engage fouvent fans s'in- former s'ils en ont ? Le jeune enfant dont j'ai parlé d'après M. Rajî y fut inftruit au mal , comme on Ta vu , par
I,'On ANISML 6}
6ne fervante} la colleftion angloife eft pleine d'exemples pareils } 8c je ne poarrois produire qu'un trop grand nombre de jeunes plantes perdues par le jardinier auquel on avoit confié le foin de leur tournure. Il eft dans cette efpece de culture, des jardiniers de deux fexes ? Quels remèdes , me dira-t- on , à ces maux ? La réponfe fort de mafphere , je la ferai courte. Apporter la plus grande attention au choix d'un précepteur, & veiller fur lui &c fur fon élevé avec cette vigilance qui , dans un père de famille attentif & éclairé 3 découvre ce qui fe fait dans les endroits les plus obfcurs de fa maifon > de cette vigilance qui découvre le bois du cerf échappé à tous les autres yeux 5 & qui eft toujours polïible quand on veut fortement l'avoir.
Boetrit enim fabula dominum videre plurimum m rébus fuis. Phed.
Ne laiffcr jamais les jeunes gens feuls avec les maîtres fufpedts ; empê- cher tout commerce avec les domefti- ques.
Il n'y a pas long-temps qu'une fille âgée de dix-huit ans , qui avoit joui
66 l'Onanisme,
d'une très-bonne fanté ? tomba dans une foibleffe étonnante y fes forces di- minuoient journellement , elle étoit tout le jour accablée par l'affoupiffe- ment 5 & la nuit par Finfomniej elle n'avoit plus d'appétit , & une enflure œdémateufe s 'étoit répandue par tout le corps : elle confulta un habile Chi- rurgien , qui, après s'être afïuré qu'il n'y avoit point de dérangements dans les règles , foupçonna la mafturbation. L'effet j que produifit fa première que- ftion , lui confirma la juftefle de {on foupçon , & l'aveu de la malade le changea en certitude ; il lui fit fentir le danger de cette manœuvre , dont la ceflacion Se quelques remèdes ont ar- rêté en très-peu de jours les progrès du mal , & produit même quelque aman- dément.
Outre la mafturbation ou la fouil- lure manuelle , il eft un autre fouillure qu'on pourroit appeller clïtoridiennc y dont l'origine connue remonte jufqu'à la féconde Sapho y
Lcsbides ^ infamem qua? me feciflis , amata? 5
& qui trop commune parmi les fem- mes de Rome , à l'époque où toutes les
l'Onanisme. 67
mœurs s'y perdirent, fut plus d'une fois l'objet des Epigrauimes & des Satyres de ce fiécle.
Lenonum ancillas pofîta Laufella coiona Provocat , & tollit pendentis pra»mia coxa% Ipfa Medulliwa fri&um crifTantis adorât* Palmam intcr dominas virtus notalibus squat ( 1).
La nature , dans fes jeux , donne a quelques femmes une demi- reflem- blance aux hommes , qui , mal exami- née , a fait croire pendant bien des fic- elés à la chimère des hermaphrodites* La taille furnaturelle d'une partie très- petite à l'ordinaire , & fur laquelle M. Tronchin a donné une fçavante Di(Ter- tation, opère tout le miracle, & l'abus odieux de cette partie , tout le mal. Giorieufes peut-être de cette efpece de reffemblance , il s'eft trouvé de ces fem- mes imparfaites qui fe font emparées des fondions viriles. (2) Le danger n'eft cependant pas moindre que dans
(1) Juvev. Sat. VI , v. 311.
(i) Mas dixit Gracia Tribades, Gallis dicuniur Ri b AU de s : monftrum quoiidie nafeens , & cui eo con~ fidentiùs fefe tradunt puelU , quod abeft foecunditas ^
& Ut dtxit JUVENALIS ,
quod abonivo non cft opus*
et L* O N A N I S M 1.
les autres moyens de fouillure ; les fui- tes en font également affreufes. Toutes ces routes mènent à l'épuifement , aux langueurs , aux douleurs , à la mort. Ce dernier genre mérite d'autant plus d'attention qu'il eft fréquent de nos jours , & qu'il feroit aifé de trouver plus d'une Laujfella & d'une Medul- lina, qui, comme ces Romaines, efti- ment affez les dons de la Nature, pour croire qu'ils doivent faire difparoître les différences arbitraires de la naif- fance.
L'on a vu , fouvent des femmes ai- mer des filles avec autant d'empreffe- méiit que les hommes les plus paffioil- nés , concevoir même la jaloufîe la plus vive , contre ceux qui paroifloient avoir de l'affeftîon pour elles.
Il efi: temps de finir de fi triftes dé- tails y je me îa(fe de peindre les turpi- tudes & les miferes de l'humanité. Je n'accumulerai pas ici un plus grand nombre de faits j ceux qui me reftent trouveront naturellement leur place ailleurs , & je paife à l'examen des cauies , après cette obfervation géné- rale } c'eft que les jeunes gens nés avec une conftitiuion foible , ont , à parité
l'Onanisme, 6$
de crimes , bien plus de maux à redou- ter , que ceux qui font nés vigoureux. Aucun n'évite le châtiment, tous ne l'éprouvent pas également févere. Ceux fur tout qui ont à craindre l'hérédité de quelques maladies paternelles ou maternelles, qui font menacés de la goutte , du calcul , de l'he£tifîe , des écrouelles > qui ont eu quelques attein- tes de toux , d'afthme , de crachements de fang , de migraines , d'épilepfie , qui ont du penchant à cette efpece de noueure dont j'ai parlé plus haut ; tous ces infortunés , dis-je , doivent être intimement perfuadés , que chaque adte de ces débauches porte une forte atteinte à kur constitution , hâte à coup sûr l'apparition des maux qu'ils craignent , en rendra les accès infini- ment plus fâcheux , & les jettera , à la fleur de leur âge , dans toutes les infir- mités d'une vieilleffe la plus languif- fante.
Tartareas vivum confiât inire vias,
*&>
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ARTICLE Les Caufcs. |
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SECTION VI.
Importance de la liqueur féminale.
o m m e n t une trop grande émif- fion de femence produit-elle tous les maux que je viens de décrire ? c'eft ce que je dois examiner actuellement. On peut réduire ces caufes à deux , la privation de cette liqueur , & les circonftances qui en accompagnent l'é- miffion. Le détail anatomique des or- ganes qui la féparent , les conjectures plus ou moins probables fur la façon dont fe fait cette féparation , les ob- fervations fur ùs qualités feniibles , feraient autant d'objets déplacés dans cet ouvrage. Il ne s'agit que de prouver ion utilité par les témoignages des Mé- decins les plus refpe&ables > j'en ai déjà rapporté quelques-uns > ôc de déter-
l'Onanisme. 71
miner fes effets fur le corps. La fe- ftion fuivante fera deftinée à l'examen des effets que doivent produire les circonftances qui accompagnent l'é- mifîion.
Hippocrau a cru qu elle fe féparoit de tous le corps , mais fur-tout de la tête. La femence de l'homme vient , dit-il , de toutes les humeurs de (on corps , elle en eft la partie la plus im- portante. Ce qui le prouve c'eft la foi- oleffe qu'éprouvent ceux qui en per- dent par l'union charnelle 5 quelque petite que foit la do(e qu'ils en per- dent. Il y a des veines & des nerfs qui de toutes les parties du corps vont fe rendre aux parties génitales ; quand celles-ci fe trouvent remplies & échauf- fées , elles éprouvent un prurit , qui fe communiquant dans tout le corps , y porte une impreilîon de chaleur & de plaifîr ; les humeurs entrent dans une efpece de fermentation , qui en fépare ce qu'il y a de plus précieux & de plus balfamique, 6c cette partie, ainfî fépa- rée du refte , eft portée par la moelle de l'épine aux organes génitaux (1).
( 1) De Genicura , Foef. p. i j i .
JX i/ O N A M I S M E.
Galien adopte ces idées. Cette humeur dit-il , riejl que la partie la plus fubtile de toutes les autres , elle a fes veines & fes nerfs qui la portent de tout le corps aux teflicules (i). En perdant la femence , dit- il ailleurs , onperd en même temps Vefprit vital ; ainfi il neft point étonnant quun jçoït trop fréquent énerve ^ puifqu il prive le corps de ce qu'il a de plis pur (2). Le même auteur nous a confervé dans fon hiftoire de la Philo fophie, les opi- nions de différents Philofophes an- ciens fur ce fujet : qu'on me permette de les rapporter ici. Ariflote > dont les ouvrages phyiîques feront eftimés tant qu'on connoîtra le prix des obferva- rions , & le mérite & la difficulté qu'il y a à en ouvrir la carrière , l'appelle t excrément du dernier aliment , ( ce qui fignifie en termes plus clairs , la partie la plus perfectionnée de nos alimens , ) qui a la faculté de reproduire des corps femblakles à celui qui C a produit* Pytha- gore dit que c'eft la fleur dufang le plus pur. Alcmccon fon élevé , Phyfîcien & Médecin diftingué , lun des premiers qui aient connu l'importance de diffe-
!
1) De Speimate, 1. i , c. c. t. 8 , p. x *ç. i) De Seminc , 1. ï.c^y, 1. 1 , p. xzSi.
quer
t* O N A N I S M E. 7$
qu?r les animaux , &c celui des Philofo- phes payens qui paroît avoir eu les idées les plus vraies de la nature de l'ame, Alcmœon , dis je , la regardoit comme une portion du cerveau , & il n'y a que deux ou trois ans , qu'un Méde- cin célèbre a adopté &c amplifié ce fy- ftême ; il indique les partages par lef- quelsle cerveau va aux tefticules , qu'il regarde comme cLqs ganglions , & non pas comme des glandes , 3c c'eft par la dillipation du cerveau qu'il explique tous les phénomènes de l'épuifemenç vénérien.
Platon envifageoit cette liqueur comme un écoulement de la moelle de T épine. Démocrite penfoit comme Hip- pocrate & Galien. Epicure, cet homme refpeétable , qui a connu mieux que perfonne que l'homme n'étoit heureux que par les plaifirs , mais qui en mê- me temps a fixé ces plaifirs par des rè- gles que le héros chrétien ne défa- voueroit pas ; Epicure dont la doétrine a été fi cruellement défigurée 5c déni- grée par les Stoïciens , que ceux qui ne l'ont connue que par leur canal s'y font laiffe uirprendre , &c ont pris pour un débauché, dit M. de Fénélon, un
D
47 l'Onanisme,
homme- d'une continence exemplaire , & dont les mœurs ont toujours été très- réglées , j'ajouterai , dont les princi- pes font la cenfure la plus févere des dogmes de fes prétendus fe&ateurs modernes, qui ne connoiffant de lui , que fon nom , en abufent indignement pour autorifer des fyftêmes d'infamie y qu'il abhorreroit , & dont les fages , qui aiment le vrai J ne doivent pas permettre qu'on déshonore la mémoi- re , fi tant eft que des gens perdus puiiTent déshonorer quelqu'un j £fi- cure y dis -je, regardoit la femence comme une parcelle de Came & du corps , & fondoit , fur cette idée , les précep- tes qu'il donnoit de la conferver foi- gneufement.
Quoique pîufîeurs de ces fentiments différent, en quelque chofe, tous prou- vent combien l'on a cru cette humeur précieufe.
L'on a demandé, eft -elle analogue à quelqu'autre humeur ? Eft-ellela mê- me , que ce liquide , qui , fous le nom d'efprits animaux , parcourt les nerfs , concourt à toutes les fondions un peu importantes de la machine animale, Se dont la dépravation produit une infi-
l'Onanisme. 75
nité de maux , fi fréquents & fi bizar- res ? Pour répondre positivement à cette queftion , il faudrait connoître intimement la nature de ces deux hu- meurs. Nous fommes loin de ce de^ré de connoiflance , &c nous n'avons à oropofer que d'ingénieufes & de pro- bables conjectures.
L'on comprend aifèment , dit M. Hoff- man , comment il y a un rapport fi étroit entre le cerveau & les tefzicules ; puifque ces deux organes fèparznt , du fang , la lymphe la plus fubtile & la plus exquife y qui ejl definée à donner la force & le mouvement aux parties , & âfervir même aux fondions de tame. Aujfi il ejl impof- Jlble , quune dijfipation trop abondante de ces liqueurs ne détruife pas les forces de Famé & du corps (1). Le liquide Jé- minal^ dit-il ailleurs 5 fe diflribue com- me les efprits animaux fêparès par le cer- veau , dans tous les nerfs du corps : il paroît être de la même nature ; de - là vient y que plus on en difjipe , moins il fe fépare de ces efprits. M. de Gorter eft dans la même idée : lefperme ejl la plus parfaite & la plus importante des liqueurs
(1) Mêm« endroit , Caf. lot , p. 293.
Dij
7<? l'Onanism e.
animales , la plus travaillée > le rèfultat de toutes les digejlions 'y fort intime rap- port avec les efprits animaux prouve , que , comme eux 5 elle tire fon origine dzs humeurs les plus parfaites (i). En un mot il paroît par ces témoignages , 6: par une foule d'autres qu'il feroic inutile de citer , que c'eft une liqueur extrêmement importante , qu'on pour- roit appelles: Ihuile cffentielle des li-*- queurs animales , ou plus exactement peut-être Vefprit recleur , dont la dif- (ipation laifle les autres humeurs foi- bles , ôc y en quelque façon , évenr- tées.
Quelle que foit , dira-t-on , l'im- portance de cette humeur , puifqu'elle eftdépofée dans fes réfervoirs 5 de quel ufage peut-elle être au corps ? L'on accorde y qu'une trop grande évacua- tion des humeurs qui circulent actuel- lement dans les vaifleaux , qui par-là même, fournirent à la nutrition , telles que le fang , la férofité, la lymphe,
(i) Deperfpirationeinfenfibili , c. ij , §. 5 > p. nj>
En 1710 le DodteurG. A. Jacques foutinc à Paris
«ne Thefe fur cetre queftion : *dn humorum prœftaniior
ftmen } & , fuivanc l'ufage , il répondit affirmative-»
mène.
L O N A N I S M E. 77
&c, doit affoiblir; mais il eft plus dif- ficile de comprendre comment une humeur , qui ne circule plus, qui eft ifolée,peut produire cet effet. Je ré- ponds d'abord, que des exemples fem- blables , & trop fréquents pour n'être pas généralement connus , auroient dû prévenir cette objection. Il n'y a per- fonne qui n'ait vu, qu'une évacuation de lait pour me borner à celle-ci , quoi- que médiocre & peu longue , affoiblit > a un point dont les influences fe font quelquefois reffentir pendant le refte de la vie , une nourrice dont la ianré n'eft pas vigoureufe , &c que la plus robufte fuccombe au bout d'un certain terme, La raifon en eft fenfible ': en vuidant trop fouvent les réfervoirs deftinés à recevoir quelque liqueur , l'on détermine les humeurs > par une fuite néceftaire des loix de la machi- ne , à y affluer en plus grande abon- dance : cette fécrétion devient excef- five ; toutes les autres en fouffrent , fur- tout la nutrition , qui n'eft qu'une efpece de fécrétion ; l'animal languit ôc s'affoiblit. Mais , en fécond lieu , il y a pour la femence une réponfe , qui n'a pas Heu pour le lait : le lait eft
Diij
y S l'Onanisme.
une liqueur Amplement nutritive , dont la trop grande fécrétion ne nuit qu'en diminuant trop la quantité des hu- meurs : la femence eft une liqueur aérive, dont la préfence produit des effets néceffaires au jeu des organes 9 qui cefle , fi on l'évacué : une liqueur , par-là même , dont l'émifiion fuper- flue nuit par un double endroit. Je m'explique: il eft des humeurs, tel- les font la fueur & la tranfpiration , qui abandonnent le corps au mo- ment où elles font féparées des au- tres humeurs, & expulfées des vaif- feaux de la circulation. Il en eft d'au- tres , telle eft l'urine , qui , après cette fcparation &: cette expulfion , font re- tenues pendant un certain temps dans des réfervoirs deftinés à cela, & donc elles ne fortent , que quand elles font en afiTez grande quantité pour exciter , fur ces réfervoirs, une irritation , qui les force méchaniquement à fe vuider. Il en eft detroiiiemes , qui font fépa- rées Se retenues , comme les fécondes , dans des réfervoirs , non point dans la vue d'être , du moins entièrement, évacuées } mais pour acquérir , dans ces réfervoirs , une perfection qui les
L O N A N I S M Ê. 7^
rend propres à de nouvelles fondions 5 quand elles rentrent dans lamaffe des humeurs. Telle eft: , entre plufïeurs autres , la liqueur génitale. Séparée dans les tefticules, elle paflfe de-là par un canal affez long , dans les véficubs féminales , & eft conftamment repom- pée par les vaifTeaux abforbants 5 & , de proche en proche > rendue à la maiTe totale des humeurs. C'eft une vérité que l'on démontre par bien <\qs preuves ; une feule fuffit. Dans un homme fain , la féparation de cette liqueur fe fait continuellement dans les tefticules ; elle fe rend dans fes réfervoirs , dont l'étendue eft très-bor- née , &c ne peut peut-être pas en con- tenir tout ce qui fe fépare dans un jour ; cependant il eft des hommes continents qui n'en évacuent point pendant des années entières. Que de- viendroit-elle (i elle ne rentroit pas continuellement dans les vaiflTeaux de la circulation ? Rentrée qui eft extrê- mement facilitée par la ftru&ure de tous les organes qui fervent à la fépa- ration , à la route & à la confervation de cette humeur. Les veines y font beaucoup plus confidérables que les
Div
£o L* O N A N I S M £y
artères , & cela dans une proportion qui ne fe trouve point auili grande ailleurs (i). Aufîi il eft probable que ce repcrnpement ne fe fait pas feulement dans les véficules féminales , mais qu'il a déjà lieu dans les tefticules 3 dans les épididymes , qui font une efpece de premier réfervoir adhérent aux tefti- cules ^ & dans le canal déférent , qui eft celui par lequel la femence va du tefticule à la véficule féminaire.
Galien avoir fçu que les humeurs s'enrichiiîent de la femence retenue > quoiqu'il en ignorât le méchanifme : Tout en eft plein y dit-il , cke^ ceux qui m commercent pas avec les femmes ; Von nen trouve pas che^ ceux qui fe livrent Couvent à ce commerce. Il fe donne en- fuite beaucoup de peine pour décou- vrir comment une petite quantité de cette humeur peut donner autant de force au corps \ enfin il décide , quelle tfl d'une vertu exquife , & quainfi elle
(i) J'adopte ou je parois adopter ici le fyftême commun que les veines ordinaires abforbent ^ dans le fyitême de M. Hunter. , qui croit que l'abforption ne fe fait que par les veines lymphatiques , les parties génitales font également propres à une très-grande ab- sorption , puifque les vaiileaux de cette efpece y font ucs abondants,
l'Onanisme, 8i
peut communiquer tres-promptement de fa force à toutes les parties du corps (j). Il prouve enfuite par plufîeurs exemples, qu'une petite caufe produit fouvent de grands effets, &c conclut enfin : Efl- il donc étonnant que les teficuhs fournif fent une liqueur propre à répandre une nouvelle vigueur fur tout le corps ? Le cer- veau produit bien les fenfations & les mouvements , & le cœur donne aux artè- res la force de battre ! Je finirai cette fection par rapporter ce que dit delà femence l'un des plus grands hommes de ce fîécle. La Jemence ejl gardée dans les véfcules feminaïres jufquà ce que r homme en faffe ufage , ou que les écoule- ments nocturnes Ven privent. Pendant tout ce temps-là , la quantité qui s y en trouve , excite V animal à l'acte vénérien ; mais la plus grande quantité de cette fe- mence , la plus volatile , la plus odoran- te , celle qui a le plus de force , ejl repom- pée dans lefang, & elle y produit , en y entrant , des changements bien furpre- nants \ la barbe , les poils , les cornes ; elle change la voix & les mœurs ; car rdge ne produit pas dans les animaux ces
(i) De femine, 1. J >c. 34, t. j ? p. 1179»
Dv
I I l'Onanis m e.
changements , c'ejl la femence feule qui les opère , & on ne les remarque jamais dans les eunuques (i).
Comment la femence opere-t-elle ces effets? C'eft- là un de ces problè- mes dont la folution n'eft peut-être pas encore mûre. Ce qu'on peut cepen- dant dire , avec beaucoup de probabi- lité , c'eft que cette liqueur eft imjlimu- lus , un éguillon qui irrite les parties qu'il touche; Ton odeur forte, & 1 irri- tation évidente qu'elle exerce fur les organes de la génération , ne laifTent aucun doute là-de(Tus , <k l'on com- prend que ces particules acres, étant continuellement repompées & remê- lées aux humeurs , aiguillonnent lé- gerement , mais fans interruption , les vailTaux qui , par-là même , fe con- tractent avec plus de force } leur action fur les fluides eft plus efficace } la cir- culation eft plus animée ; la nutrition plus exadte ; toutes les autres fondions fe font d'une manière plus parfaite ;
(i) Haller. , prîm. lin. phyf. §. 790. L'on peut con^ulrer fur ces matières Wharton de glandulis , Russel ne œconomia nature in glanJul. mnb. p. 5>ii. Skmkider. de regrejfu fem>nis a.i înajfam famguiiUdM 9 Supplém. aux attes des Sçavans de Leiptîc , t. 5. p* M 2. , & une foule d'autres auteurs phyfîologiiles.
l'Onanisme, &J
quand ces fecours manquent 5 plusieurs fonctions ne fe développent jamais ; c'eft le cas des eunuques (i), toutes fe font mal.
Il fe préfente ici une queftion alfez naturelle ; c'eft, pourquoi les eunuques n'éprouvent pas les mêmes maux 5 que ceux qui s'épuifent par les débauches vénériennes ? il n'eft guère poflible de répondre exactement à cette que- ftion y qu'à la fin de la fe&ion fui-
vante.
SECTION VIL
Examen des circonflances qui accom- pagnent rémijjion.
J. l y a plufieurs évacuations qui fe font fans qu'on s'en apperçoive : toutes les autres fe font dans l'état de parfaite fanté , avec une facilité qui fait qu'el- les n'ont aucune influence fur le refte de la machine ) le plus léger mouve-
(i)Ceux qui voudront lire un tres bon ouvrage fur ces hommes imparfaits , doivent fe procurer Withob de cajlratis*
Dvj
84 l'Onanis m e.
ment dans l'organe qui en renferme la matière , fuffit à l'expulsion. Il n'en eft: pas de même de l'évacuation du fperme. Il ne faut rien moins que dts ébranlements généraux , une convul- fîon de toutes les parties 5 une augmen- tation de vîtefle dans le mouvement de toutes les humeurs , pour la dépla- cer & lui donner iiïue. Eft-ce trop ha- farder de dire qu'on peut regarder ce concours néceffaire de toute la machi- ne , au moment de fon évacuation , comme une preuve fenfble de l'in- fluence qu'il a fur tout le corps ? Le coït , dit Démocrite , eft une efpece d'épilepfîe. Cejl , dit M. de Haller , une action tres-violente , qui ejl tres-voi- Jine de la convulfion y & qui y par-la même ajfoiblit étonnamment 5 & nuit à tout le fyjlême nerveux. L'on a vu dans les observations que j'ai rapportées plus haut, & dans quelques unes de celles que j'ai citées , l'émiflîon accom- pagnée de vraies convulfîons , d'une efpece d'épilepfîe ; ôc la même obfer- vation fournit les preuves évidentes de l'influence que ces mouvements violents eurent fur la fanté du mal- heureux qui en eft le fujet. La promp-
l' Onanisme. 85
tirtide avec laquelle rafFoiblifTement fuit l\i£te , a paru à bien des gens , & avec raifon , une preuve que ce ne pouvoir être la feule privarion de fe- mence qui l'occahonnoit j mais ce qui prouve démonftrativement combien le fpafme doir affoiblir , c'efl: l'affoi- blilïement qu'éprouvent tous les mala- des qui ont des accès de maladies con- vulfives : celui qui fuit les accès d'épi- lepiie eft quelquefois exceffif.
Ce n'eft qu'au fpafme qu'on peut attribuer l'effet que le coït produifk fur XJmman d'une ville de SuiflTe , dont F. Platerus nous a confervé l'hi- ftoire 5 8c qui 3 s'étant remarié déjà vieux , fut faifi en voulant célébrer ùs noces , d'une fuffocation iî violen- te , qu'il fut obligé de ceffer. Le même accident le reprit toutes les fois qu'il tenta le même effai. Il s'adreffa à une foule de charlatans } l'un lui promit , après lui avoir fait prendre plufîeurs remèdes , qu'il n'avoit plus aucun dan- ger à courir. Il hafarda une nouvelle tentative fur la parole de fon Efculape; le fuccès en fut d'abord le même ; mais plein de confiance > il voulut aller
g 6 L'ON ANISM E.
jufques au bout , & mourut dans faéte même , entre les bras de fa femme (i).
Les palpitations violentes , qui ac- compagnent quelquefois le coït 3 font auiîî un fymptôme convulfif. Hippocratt parle d'un jeune homme à qui des excès en vin & en femmes avoient occafion- né 5 entr'autres fymptômes , des pal- pitations continuelles (2) } & D.olœus en a vu un faifi dans l'adte même d'une palpitation fi violente , qu'il auroit été étouffé s'il avoit perfifté ( 3 ). L'on trouve dans Hoffman d'autres faits femblables.
L'obfervation de l'enfant , cité plus haut , eft encore une preuve qui n'a pas échappé à la fagacité de M. Rajl 3 du pouvoir de la caufe convulfive } puif- qu'à cet âge , il ne pouvoit guère éva- cuer qu'une humeur des proftates > 8c non point une véritable femence.
Ces remarques ont été faiiies par le plus grand nombre des bons auteurs qui ont écrit fur cette matière. Galkn pa- raît les avoir déjà faites. La volupté
(1) Felic. Plateri , Obfeivat. lib. prim. fufîbca- tio ex congreiTii , p. 174.
(2) Epidera. 1. 3. f. 7 , «g. 17 , Focf. p. 11 17. (5) fcncyclop. Medic. 1. %9 c« 6 jp« 347.
l'Onanisme* 87
elle-même , dit-il, affoiblit les forces vita- les. M. Fleming n'a pas omis cette caufe dans fort beau Poëme fur les maladies des nerfs.
Quin ctiam nervos frangk quascumque voluptas (i).
Sanclorius établit pofîtivement , que les mouvements afFoibliffent plus que l'émifîion du fperme : Se il eft bien étonnant que M. Gorter , {on commen- tateur, ait cherché à perfuader le con- traire. La raifon qu'il en donne, en affûtant que ces mouvements n'affoi- blifïènt pas plus que d'autres mouve- ments quelconques , parce qu 'ils ne font pas convuljïfs , ne perfuadera perfonne* Un exemple , s'il peut en citer un , ne fait pas la loi. Lijler, Nogue^ , Çhàncy , qui ont commenté le même ouvrage avant lui , ne penfent pas comme lui , Se ils attribuent une partie du danger à PaflfoiblifTement que laiffent lescon- vulfîons. Le coït, ait^ogue^y eft une convulfîon y il difpofe les nerfs aux mouvements convulfîfs ; Se la plus lé- gère occafion les fait naître (2).
(t) Neuropathia, 1. i , y. 37 j. (2.; Sctt. $,aph,iç>.
8 8 l'Onanisme,
Jé A.Borelli^ l'un des premiers créa^ teurs de la Phyfiologie 5 ne les avoir pas envifagéscornmeM. Gorter: il eft pofï- tif fur cer article ; cet acte eft accompagné, d'une, efpece d'affection convulfve , qui porte tes plus rudes atteintes au cerveau & à tout le genre nerveux (i j.
M. Senac arrribue positivement aux nerfs les foibleftes qui fuivent le coït. La caufe la plus vraifemblable de la fyncope qui furvient quand un abfcès s'ouvre dans l'intérieur de l'abdomen : ctfl 3 dit-il ? l'action des nerfs qui Je met- tent alors en jeu. Cela ejl confirmé par l'abattement ou par la fyncope qui fuivent Veffu(ïon du fperme ; car ce neft quaux nerf qu'on peut imputer cette défaillant ce(i).
M. Lewis (3) attribue plus a cette caufe qu'à l'autre , tout comme San- ciorius.
Dès qu'il y a convulfion ^ le genre nerveux fe trouve dans un état de tenfion , ou 5 plus exa&ement , dans un degré d'adtion extraordinaire ^ dont la fuite néceftaire eft un relâchement
( 1 ) De motu animal. 1. 2 , c. 1 2 , prop. 1 70. (i) Traité du coeur, 1, 3 , c. 12. J. 3. p. 5 }9> (î)Aphor. 4, p. 6.
l'Onanisme. $9
exceflif. Tout organe , qu'on a monté au-deflus de fon ron , retombe au- deflous : par- là même, les fondions qui en dépendent fe font nécessaire- ment mal y & comme les nerfs in- fluent fur toutes , il n'en eft point qui n'éprouve quelque dérangement, quand ils font afFoiblis
Une raifon qui contribue aufîi à l'af- foiblifïèment du genre nerveux , c'eft l'augmentation de la quantité du fang dans le cerveau pendant l'a&e véné- rien , augmentation bien démontrée, & qui eft allée plufieurs fois jufqu'à produire l'apoplexie ; Ton en trouve plusieurs exemples dans les obferva- teurs , & Hoffman rapporte celui d'un foldat , qui fe livrant à cet a6le avec fureur, mourut apoplectique dans h coït même ; l'on trouva le cerveau plein de fang. C'eft par cette même augmentation de fang 5 qu'on explique pourquoi ces excès produifent la ma- nie (1). Cette quantité de fang , diften- dant les nerfs , les affoiblit } ils réfiftent moins aux impreftions > & c'eft ce qui fait leur foiblefTe.
(1) De morb. à mm. yener. J, 17*
pé l'Onanisme,
En réfléchitfant fur les eftets de ces deux caufes , l'évacuation de la femence & les mouvements convulfifs , il eft aifé d'expliquer les'défordres qui doivent en réfulter dans l'économie animale. L'on peut les ranger fous trois clafles ; la dépravation des digeftions , Faffoi- blifTement du cerveau & du genre ner- veux , le dérangement de la tranfpi- ration. L'on verra qu'il n'eft aucune ma- ladie chronique , qu'on ne puiflfe dé- duire de cette triple caufe.
Le relâchement, dans lequel ces ex- cès jettent , dérange les fonctions de tous les organes , dit un des auteurs qui a le mieux écrit fur la Diététique ; & la digeftion , la coârion , la rranfpifa- tion , les autres évacuations ne fe font plus comme il faut : d'où il téfttlte une diminution fenfible des forces , de la mémoire, & même de l'entendement j un obfcurcilfement dans la vue , tous les maux de nerfs , toutes les efpeces dégoutte ou de rhumatifme3 une foi- blefle étonnante dans le dos, la con- fomption, la foibleffe des organes de la génération , des urines fanglantes , un dérangement dans l'appétit , des maux de tête & un grand nombre d'au-
l'Onanisme. yt
très maladies , qu'il eft inutile Je dé* tailler ici ; en un mot rien n'abrège autant la vie que l'abus des plaifirs de l'amour (1).
i°. L'eftomac eft la partie qui fe reflent la première de toutes les cau- (es qui affoiblifTent , & cela , parce que c'eft celle dont les fonctions deman- dent la plus grande perfedion dans l'or- gane. La plus grande partie des autres font autant paffives qu'adives ; l'efto- mac eft prefqu'entieremet adif } auiîi , dès que fes forces diminuent 5 fes fon- dions fe dérangent : vérité d'obferva- rions , qui , jointe à la fuivante & à la variété des impreffions premières , Se fouvent fâcheufes , que ce qu'on avale produit fur ce vifeere , rend raifon de la fréquence 5 de la bizarrerie & de l'opiniâtreté de fes maladies. Il eft , de toutes les parties du Corps , l'une de celles qui reçoit le plus grand nombre de nerfs , & dans laquelle, par-là mê- me , il fe diftribue une plus grande quantité d'efprits animaux. Ce qui aflfoiblit l'adion des uns , & diminue la quantité, ou altère la qualité des au-
(i) Lynch guide to health , p. 3°*«
$2 l' O N A N I S M E.
très 5 doit donc diminuer la force de ce viicere plus que d'aucun autre ; c'eft ce qui arrive dans les excès vénériens. L'importance de la fon&ion, à laquelle il eft deftiné , fait que dès qu'elle fe fait moins bien , toutes les autres s'en repentent.
Hujus cnim validus firmat ténor omnia membra : At centra ejufdem franguntur cun&a dolore (i).
Dès que les digeftions fe font im- parfaitement 5 les humeurs prennent un caradtere de crudité , qui les rend impropres à toutes leurs destinations ; mais qui empêche fur-tout la nutri- tion, dont dépend la réparation des forces. Il iuffit , pour s'apurer de l'in- fluence générale de l'eftomâc , d'ob- ferver l'état d'une perfonne , qui éprou- ve une digeftion laborieufe : les for- ces fe perdent dans quelques minutes #T un mal-aife général rend la foiblelTe plus à charge 'y les organes des fens s'émouflfent , l'ame même n'exerce, fes facultés qu'imparfaitement } la mémoi- re 5 èc fur-tout l'imagination , paroif- fent anéanties ; rien en un mot > ne
(i)Q. Serenus Samm,
l* Onanisme. 95
rapproche plus un homme cTefprit d'un fot , qu'une digeftion pénible.
Une belle obfervation rapportée par M. Payva, Médecin Portugais , habi- tué à Rome ., répand un grand jour fur raflfbibliflTement prodigieux dans lequel les excès de ce genre jettent l'eftomac. Quand les defirs vénériens, dit- il >font montés che^ les jeunes gens à leur plus haut degré , ils éprouvent une efpece de fenfation agréable à l'orifice de Feflomac ; mais s ils Jatisfont ces dejîrs avec trop £ impétuofité 6* au-dzlà de leurs forces ils éprouvent dans ce même endroit une fenfation extrêmement dêf agréable & fà- çheufe quils ne peuvent pas exprimer ; & ils payent bien chèrement leurs excès par la maigreur > le marafme &c. dans lef quels ils tombent ( 1 ).
Aretèe avoir déjà connu cette vérité (2) , & M. Boerhaave emploie les mê- mes expreflîons que M. Payva : il
(1) în tencigine ardentifïîraâ jnvenum ineft quid grati in ore ventticuli j in concubitum fi ruant falacif- fïmi , & ultra vires tendant opus , tune in oreventricu- li manet illuci ingratifïlmum amarumejue quod expri- mere nequeunc : pœnas & luunt, & poenitenciâ dolent : hinc macies , marafmus , &c. G. R. De Payva. De arre&u atrabilario mirachiali, &c. p. 17.
(i) De morb. chronic. 1. 1 , c. 6 , ftomachus d#- le&ationis triftitteque princepseft.
c>4 i/O NANISME.
ajoute que ce fentiment douloureux fe diflîpe , à mefure qu'ils reprennent leurs forces (i) : il confirme la même cîiofe ailleurs , en y joignant une règle de pratique très-utile ; c'eft que quand il furvient des accès d'épilepfîe , après des excès vénériens , il faut penfer à fortifier les nerfs de Peftomac (2).
2°. La foibleiïe du genre nerveux , qui difpofe à tous les accidents para- lytiques & fpafmodiques,eft produite, comme je l'ai déjà dit , par les mouve- ments convulfifs qui accompagnent Fé- miflïon y en fécond lieu , par le vice des digeftions : dès qu'elles pèchent, les nerfs s'en reflfentent, 8c s'en reflTen- tent d'autant plus que le fluide qui les pénètre étant le dernier ouvrage de ïa coction 3 celui qui fuppofe la plus parfaite , quand elle eft altérée, il eft celui des fluides animaux , qui en eft îe plus fenfiblement affe&é ; celui fur lequel la crudité des humeurs a le plus d'influence. Enfin , ce qui augmente cet affoibliiTcment , c'eft l'évacuation d'une humeur analogue aux efprits ani-
(i) De morb. nervor. p. 454- (i; Ibid. p. 807.
l'Onanisme, 5>j
maux , & qu'à raifon de cette analo- gie , on ne peut point évacuer , fans diminuer la torce du genre nerveux , dont les doutes modeftes de quelques grands hommes , qui n'ofent affirmer en phyfique , que ce dont la vérité tombe fous leurs fens5 &lesobje&ions de quelques phyfiologiftes fubalternes ou fyftématiques, ne m'empêchent pas d'attribuer la force à ces efprits. D'ail- leurs , indépendamment du dommage qui réfulte de cette évacuation , relati- ve ment à la quantité d'efprits animaux , elle nuit > en ce qu'elle prive les vaif- feaux de ce léger aiguillonnement que produit le fperme repompé , & qui contribue fî fort à la codion. Elle nuit donc , &c en fouftraifant une partie d'efprits animaux > ou au moins d'une humeur très - précieufe , & en dimi- nuant la codtion , fans laquelle ces ef- prits ne font préparés qu'imparfaite- ment &c infuffifamment.
Il y a , entre les maladies de l'efto- mac & celles des nerfs , un cercle vi- cieux. Les premières font naître les fé- condes } &c celles-ci une fois formées 3 contribuent infiniment à les augmei>
€j(y l'Onanisme,
ter. Quand l'obfervation journalière ne le prouverok pas , la feule infpe- dàcrn anatomique de Peftomac fuffi- roit pour en convaincre. La quantité de nerfs , qui s'y diftribuent , démontre combien ils font néceftaires à fes fon- ctions y & combien par- là même , elles doivent être dérangées , quand ils ne font pas en bon état.
3°. Enfin , la tranfpiratïon fe fait moins bien : Sanciorius a même déter- miné la quantité dont elle diminuoit; & cette évacuation , la plus confidé- rable de toutes , ne peut pas être fup- primée qu'il n'en refaite promptement une foule de fymptômes différents.
L'on comprend aifément qu'il îa'eft point de maladies qui ne puiifent être produites par cette triple caufe. Je n'entrerai pas dans l'explication de tous les fymptômes particuliers j ce détail prolongerait trop ce petit ou- vrage , ôc n'intérefferoit que les Mé- decins auxquels il eft inutile : l'on peut voir ce qu'en dit M. Gorter (i).
M. Clifton Wintringham a très-bien détaillé les dangers de cette évacuation
(i) De perfpirat. c, 17 , $. S , 12 , & aph.
relativement
L5 O N A N I S M E, 97
relativement aux goutteux , & fon ex- plication mérite d'être lue ( i).
Feu M. Gun^ius (i) , enlevé à la Mé- decine à la fleur de fon âge > a donne une explication méchanique très ingénieufe des inconvénients de ces excès relati- vement à la refpiration ; il parle dans cet endroit d'un homme qui s'étoit attiré par -là une toux continuelle, fymptôme que j'ai vu chez un jeune homme qui mourut victime de l'ona- nifme. Il étoit venu à Montpellier pour faire {es études ; fes excès dans cette infamie le jetterent dans Téti- fïe , & je me rappelle que fa toux étoit fi forte & il continuelle , que tous fes voifins en étoient incommodés. On le faigna fréquemment dans la vue , fans doute > d'abréger fes foufFrances. Une confultation lui ordonna d'aller pren- dre les bouillons de tortue chez lui ( il étoit , fi je ne me trompe , Dauphinois ) & lui promit une guérifon complette j il mourut deux heures après.
Ce qu'on comprend le moins aifé
(i) The Works of chelate Clifcon WintringHAM t. 2 ,p, Ss ,&c.
(i) Commenc, in lib. de humoribus , p. 128.
9 3 l'Ona N I S M E.
mène , ou plutôt ce qu'on ne comprend point du tout, c'eft cet affoiblilfement prodigieux des facultés de Pâme. La fo- lution de ce problême tient à la que- ftion infoluble pour nous , de l'in- fluence des deux fubftances Tune fur l'autre , & nous fommes réduits à i'ob- fervation des phénomènes. Nous igno- rons , & la nature de Pefprit & celle du corps ^ mais nous fçavons que cqs deux parties de l'homme font intimement unies , que tous les changements que lùine éprouve font repentis par l'au- tre : une circulation un peu plus ou moins vîte , un fang un peu plus ou moins épais , quelques onces d'ali- ments de plus ou de moins, la même quantité d'un aliment plutôt que d'un autre , une taffe de café au lieu d'un peu de vin , un fommeil plus ou moins long ou tranquille , une felle un peu plus ou moins abondante , une trans- piration trop forte ou trop foible , changent du tout au tout notre façon de voir &c de juger les objets : d'une heure à l'autre , les révolutions de la machine nous font fentir &c penfer différemment , 8c nous font y à leur
l'On a n i s m e. 99
gré , de nouveaux principes des vices &C des vertus ; tant font vrais les vers du premier fatyrique moderne.
Tour, fuivant l'intellect , change d'ordre & de rang : Ainfl c'eft la nature 6c l'humeur des perfonncs , Et non la qualité , qui rend les chofes bonnes. C'eft- un mal bien étrange au cerveau des humains(i)*
Tant eft exadt le tableau que Lucrèce a tracé de cette union intime.
— — Gigni pariter cum corpore , Se una Crefcere fentimus , pariterque fenefeerc mentem ; Nain velut infîrmo pueri , teneroque vagantur Corpore ; û*c animifequitur fententia tennis, Inde ubi robuftis adolevit viribus astas, Coniilium quoquemajus , & audior eft animi vifis Poft ubi jam validis quaffàtu'ft viribus xvi Corpus , & obtuiîs ceciderunt viribus artus ; Claudicat ingenium , délirât linguaque , menfque 9 Omnia deficiunt , arque uno tempore défunt. Quin etiam morbis in corporis avius errât Sa?pe animus, démentit enim , deljtaque fatur. (i).
L'obfervation nous apprend égale- ment que , de toutes les maladies , il n'y en a point qui affe&ent Pâme plus
(i) Régnier, fatyrc5.
(^) Denatui&erum , 1» 4 , y. 44*.
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îoo l'Onanisme.
prompremenr que celles du genre ner- veux : les épiieptiques qui , au bout de quelques années , tombent prefqu'ordi- nairement dans l'imbécillité , en four- nirent une trifte preuve, qui, en mê- me temps , nous apprend qu'il n'eft point étonnant fi des a£tes , qui , com- me on l'a dit plus haut, font toujours légèrement épiieptiques , produifent cet afFoibliffement du cerveau, & , par-là même , des facultés.
L'affoiblilfement du cerveau & du genre nerveux eft fuivi de celui des fens; & cela eft naturel. Sanctorius y Hoffmann , & quelques autres , ont cherché à expliquer pourquoi la vue fouffroit plus particulièrement : mais leurs raifons , qui font vraies , ne me paroiffent pas fuffifantes. Les prin- cipales, &c celles qui font particuliè- res à cet organe , font la multitude des parties qui compofent l'œil , & qui j étant toutes fufceptibles de dif- férents vices , le rendent infiniment plus fujet à des dérangements que les autres. Les nerfs, en fécond lieu , fer- vent ici à plufieurs ufages , & font en très-grand nombre. Enfin cet afflux d'humeurs fur cette partie pendant le
lO nanisme. ioï
temps de l'acte , afflux dont la fcintil- lation , qu'on apperçoit alors dans les yeux des animaux , forme une preuve fenfîble , produit dans les vaifTeaux d'abord une foiblefle, & enfuite des engorgements , dont la perte de la vue eft une fuite nécetfaire.
Il eft aifé a&uellementde répondre a la queftion propofée plus haut ; pour- quoi les eunuques', qui n'ont point de femence , ne font- ils pas expofés aux maladies que nous venons de décrire ?
Il y en a deux raifons très-fuffifan- tes* La première , c'eft que s'ils ne retirent pas les avantages que produit cette liqueur , quand elle a été prépa- rée & repompée j d'un autre côté ils ne perdent point cette partie précieufe du fans defcinée à devenir femence. Ils n'éprouvent pas ces changements , qui font dûs à la femence préparée , 8c que j'ai indiqués plus haut ; mais ils ne doivent pas non plus être expoiés aux maux qui viennent de la priva- tion de cette humeur non préparée. L'on pourroit , fî l'on veut me per- mettre d'employer les termes des mé- taphyficiens , diftinguer la femence en femence à faire y fenun in potentia ; c'eft:
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ioi l'Ona^isml
cette partie précieufe des humeurs 0 que les tefticules féparent : Se femence faite , femen in actu. Si la première ne fe fépare pas, la machine manque des fecours qu'elle retire de la femence préparée, & n'éprouve point les chan- gements qui en dépendent , mais elle ne s'appauvrit pas \ elle n'acquiert pas 3 mais elle ne perd pas } on refte dans l'état d'enfance. Quand la femence fe fépare & s'évacue , c'eft alors une pri- vation , un appauvriffement réel. La féconde raifon, c'eft que les eunuques n'éprouvent point ce fpafme, auquel j'ai attribué une grande partie des maux qui fuivent ces excès.
Les accidents qu'éprouvent les fem- mes s'expliquent tout comme ceux des hommes. L'humeur qu'elles perdent étant moins précieufe , moins travail- lée, que le fperme de l'homme, fa perte ne les affoiblit peut-être pas aufli promptement ; mais quand elles vont jufqu'à l'excès , le genre nerveux étant plus foible chez elles , & naturelle- ment plus difpofé au fpafme , les acci- dents font violents. Des excès fubits les jettent dans des accidents analogues à celui d'un- jeune homme dont j'ai
l'Onanisme, ioj
parlé plus haut > pag. 47 , & j'ai été le témoin d'un trifte fpe&acle en ce gen- re. En 1746 , une fille âgée de vingt- trois ans , défia fix Dragons Efpagnols 5 & foutint leurs aflauts pendant toute une nuit dans une maifon aux portes de Montpellier. Le matin on l'appor- ta en ville mourante : elle expira le foir , baignée dans fon fang 5 qui ruif- feloit de la matrice. Il eut été mtéref- fant de s'alïurer fi cette hémorrhagie étoit la fuite de quelque blefluf e , ou ii elle ne dépendoit que de la dilata- tion des vaiflfeaux , produite par l'a- éfcion augmentée de cet organe.
SECTION VIII.
Caufcs de danger , particulières à la majlurbation.
'on a vu plus haut , que la maflur- bation étoit plus pernicieufe que les excès avec les femmes. Ceux qui font intervenir par -tout une providence particulière , établiront que la raifon en efl: une volonté fpéciaîe de Dieu , pour punir ce crime. Perfuadé que les
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IG4 l'Onanisme,
corps ont été aftreints , dès leur créa- tion , à des loix qui en régiflent né- ceflairement tous les mouvements 3 & dont la Divinité ne change fécono- mie 5 que dans un petit nombre de cas réfervés , je ne voudrois avoir recours aux caufes miraculeufes , que quand on trouve uneoppofition évidence avec les caufes phyfiques. Ce n'eft point le cas ici : tout peut très bien s'expliquer par les loix de la méchanique du corps , ou parcelles de fon union avec l'ame. Cette habitude de recourir aux caufes furnaturelles a déjà été combattue par Hippocrate , qui, en parlant d'une ma- ladie que les Scythes attribuoient à une punition particulière de Dieu , Fait cette belle réflexion : // efl vrai que cette maladie vient de Dieu , mais elle en vient comme toutes les autres ; elles nen viennent pas plus les unes que les au- tres 3 parce que toutes font une fuite des loix de la nature , qui régit tout (i ).
Sanclorius 5 dans fes obfervations , nous fournit une première caufe de ce danger particulier. Un coït modéré efl utile , dit -il > quand il efl folliclû par
(i)Deaere, loris fc aquis. Foisius, p. i?}.
i' Onanisme, 105
la nature : quand il eft follicité par t ima- gination 5 il ajfbiblit toutes les facultés de Came , & J'ur- tout la mémoire ( 1 ). Il eft aifé d'expliquer pourquoi. La nature, dans L'état de fancé , n'infpire des defîrs, que quand les véficules fé- minales font remplies d'une quantité de liqueur , qui a acquis un degré d'é- paifïîfrement qui en rend la reforbtion plus difficile \ &c cela dénote que fon évacuation n'affoiblira pas le corps fenfiblement. Mais telle eft l'organifa- tion des parties génitales , que leur adtion &c les defirs qui la fuivent font mis en jeu , non feulement par la pré- fence d'une humeur féminale furabon- dante , mais que l'imagination a auflî beaucoup d'influence fur ces parties ; elle peut , en s'oceupant des defirs , les mettre dans cet état qui les produit > de le defir conduit à l'a&e , qui eft d'au- tant plus pernicieux qu'il étoit moins nécefîaire. Il en eft de l'organe de ce befoin 3 comme de ceux de tous les autres , qui ne font mis en jeu à propos , que quand ils le font par la nature, La faim & la foif indiquent le befoin
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io6 i/O nanisme.
de prendre des aliments Se de la boif- fon : fi l'on en prend plus que ces fen- fations n'en exigent , le furplus nuit au corps & i'affoiblit. Le befoin d'aller à la felle & d'uriner font également marqués par de certaines conditions phyfîques} mais la mauvaife habitude peut (î fort pervertir la constitution des organes , que la néceifité de ces évacuations cette d'être dépendante de la quantité des matières à évacuer. L'on s'afîujettit à des befoins fans befoin ; & tel eft le cas des mafturbateurs. C'eft l'imagination , l'habitude , & non pas la nature , qui les follicitent. Ils fou- ftraifent à la nature ce qui lui eft né- ceflaire , & ce dont, par -Là même, elle fe gardoit bien de fe défaire. En- fin ? en conféquence de cette loi de l'économie animale, que les humeurs fe portent là où il y a irritation , il fe fait au bout d'un certain temps un afflux continuel d'humeurs fur ces par- ties : il arrive ce tmHippocfau avoir déjà obfervé , quand un homme exerce le coït : Us veines féminales fe dilatent & attirent lafemence (î ).
(î) Denaturapueri', text. il , FoEs.p. 141
l'Onanisme. 107
On peut remarquer ici que l'ona- nifme a un danger particulier pour les enfants avant le temps de la puberté : il n'eft pas commun, heureufement , de trouver des monftres de l'un ou de l'autre fexe, qui en abufent avant cette époque , mais il ne l'eft que trop qu'ils abufent d'eux-mêmes ; un grand nombre de circonftances les éloignent d'un commerce débauché ou le modè- rent ; une débauche folitaire ne trou- ve point d'obftacle & n'a point de bor- nes.
Une féconde caufe ? c'eft l'empire que cette manœuvre odieufe prend fur les fens , & qui eft bien peint dans VOnania Anglols. Cette impudlcite 9 dit- il , na pas plutôt fubjugué le cœur , quelle pourfuit le criminel par- tout ; elle s'en faljit , & l'occupe en tout temps & en tout lieu : au milieu des occupations les plus férleufes , des actes de Religion même , il ejl en proie aux dejîrs & aux idées lafclves qui ne V abandonnent ja- mais (1). Rien n'affoiblit autant, que
(ï) Pag. 17. L'on trouve un très-beau morceau fur!* force ôc les dangers des habicudes voîuprucufes dans le nouveau Traité de M. Pujatti , ProfcfTeur à Padoue , Se célèbre dès long-temps par d'excellents ouvrages, Dtviclu febricitantium , p. 60.
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ic8 l'Onanisml
cette tenlîon continuelle de l'efprit , toujours occupé clu même objet. Le mafturbateur , uniquement livré à {es méditations ordurieres , éprouve à cet égard les mêmes maux que l'homme de lettres qui fixe les tiennes fur une feule queflion } "& il eft rare que cet excès ne nuife pas. Cette partie du cerveau , quife trouve alors en aétion > fait un effort qu'on pourrait comparer à celui d'un mufcle long-temps & for- tement tendu : il en réfulte , ou une telle mobilité, qu'on ne peut plus ar- rêter le jeu de cette partie, ni par là même détourner l'ame de cette idée > c'eft bien le cas des mafturbateurs; ou une incapacité d'aârion. Epuifés enfin par une fatigue continuelle , ces mala- des tombent dans toutes les maladies du cerveau , mélancholie , catalepfie > épilepiie 3 imbécillité , perte des fens, foiblefle du genre nerveux , Se une foule de maux femblables (i). Cette caufe fait un tort infini à plusieurs jeunes gens, en ce que, lors même que leurs facultés ne font pas encore étein- tes , Tufage en eft perverti. Quelle que
fi) Voyez Gaubh Inftkutiones pathologie» J. 51^.
l' O N A N I S M E. I09
foie la vocation à laquelle ils fe vouent, on ne réuffit à rien fans un degré d'at- tention dont cette habitude perni- cieufeles rend incapables. Parmi ceux même qui ne fe vouent à rien ( cette clafTe n'eft que trop nombreufe ) il en effc qui n'y font pas propres; un air de dif- traClîon , d'embarras , d'étourdilTe- ment , n'en fait que des oififs deplai- fants. Je pour rois en citer 3 que cette incapacité de fe fixer , jointe à la dimi- nution des facultés , a mis hors d'état d'être jamais rien dans la fociété. Trifte état qui met l'homme au-defïbus de la brute, &c qui le rend à jufte titre l'ob- jet du mépris , plus encore que de la pitié de {es fembiables.
De ces deux premières caufes , il en réfulte nécessairement une troisième , c'eft la fréquence même des aites * Famé & le corps concourent , dès qu'une fois l'habitude a pris un peu de force , pour folliciter à ce crime. L'ame , obfédée par les penfées im- mondes , excite les mouvements laf- cifs y &c fi elle eft diftraite quelques moments par d'autres idées , les hu- meurs acres, qui irritent les .organes de la génération , la rappellent bien-
tio l'Onanisme.
tôt au bourbier. Que ces vérités cTob- fervations feroient propres à arrêter les jeunes gens ! s'ils pouvoient pré- voir, qu'ici un premier faux pas en entraîne un autre ; qu'ils font prefque maîtrifés par la tentation j qu'à mefure que les motifs de fédudfcion augmen- tent , la raifon , qui devroit les conte- nir , s'afFoiblira \ 8c qu'enfin, ils fe trouveront en peu de temps , plongés dans une mer de mifere , fans avoir peut-être un bout de planche pour les aider à s'en tirer. Si quelquefois les in- firmités commençantes leur donnent de forts avis , li le danger les effraie pour quelques moments , la fureur les replonge. L'on peut bien dire
Virtutem videant , intabefcantque reli&â. Pers.
Cependant le danger eft proche , & le temps opportun de l'amendement eft court.
Cinis & mânes & fabula fies :
Vive memor lethi ; filgit hora : hoc quod loquor indc cit. Teks.
Pendant que j'étudiois en Philofo- phie à GerieVel , temps dont le louve- nir me fera cher le refte de mes jours,
l' Onanisme, i ii
un de mes condifciples étoit venu à cet état horrible 5 qu'il n'étoit pas le maî- tre de s'abftenir de ces abominations , même pendant le temps des leçons : il n'attendit pas long - temps fon châti- ment , Se il périt miférablement de confomption , au bout de deux ans. On trouve un faic femblable dans YOnama{\). L'ingénieux Auteur, qui a fourni l'extrait de l'édition latine de cet ouvrage , dans l'excellent Journal latin qui paroiflToit à Berne il y a quatre ans , raconte , à propos de cette ob- fervation , que tout un collège trom- poit quelquefois par cette manœuvre , l'ennui , & cherchoit à éviter le fom- îneil , que leur infpiroit les leçons d'une métaphyfîque lcolaftique , qu'un très vieux Profelîeur leur faifoit en dormant (2) : mais cette hiftoriette me paroît moins prouver ce que j'avance, que l'horrible difïolution dans laquelle les jeunes gens peuvent tomber.
Le même auteur vient de faire im- primer , dans un ouvrage que je n'ai pas l'avantage de pouvoir lire , mais
(l)P. 116.
(i) Excerptum*cotius Italien ôc Helvecicaditeraturse yroann. 175? , c. 1 , p,?5.
112 L O N AN I S M E.
qu'un excellent Juge mec à côté des meilleures productions de ce fiecle , ce qui fuit. On a découvert, il y a quel- ques années , dans une ville, qu'une iociété entière de garnements de qua- torze & quinze ans s'étoit réunie pour la pratique de ce vice , &c tout une école en eft encore infe&ée (i !.
La fanté d'un jeune Prince fe per- doit journellement , fans qu'on pût en découvrir la caufe. Son Chirurgien la foupçonna , l'épia , & le furprit en fla- grant délit. Il avoua qu'un de fes va- lets - de - chambre l'avoit inftruit , &c qu'il étoit retombé fouvent. L'habi- tude étoit iî forte , que les confédéra- tions les plus preiTantes , préfentées avec force, ne purent pas la déraciner. Le mal alloit en empirant ; {qs forces fe perdoient journellement , & on ne put le fauver qu'en le faifant garder à vue jour & nuit , pendant plus de huit mois.
Un malade me peignoit vivement
(x) De l'expérience , en allemand , par M. Zimmeh- man , r i , p. 4C0. Je tire ce fragment de ceux que fon amitié pour moi Ta engagé à tiaduire en ma fa- veur j prefque cous les autres orneront un ouvrage qui jae tardera pas'* fuivre celui-ci.
L O H A N I S M E. 3 1^
les difficultés de la vi&oire , dans une de fes lettres. » Il faut bien des efforts , »> ce /fl/z/ y£j termes y pour vaincre Fha- 3> bitude qui nous e(t rappellée à cha- « que inftant. Je vous l'avoue en rou- » gisant , la vue d'un objet féminin 5 » quel qu'il foit , fait naître chez moi » des deiîrs. Je n'ai pas même befoin w de ce fecours } ma fale ame n'eft « que trop portée à me repréfenter » fans ceffe des objets de concupifcen- 33 ce. Cette paffion ne s'allume plus » chez moi , il eft vrai , que je ne rap- w pelle en même temps tous vos avis : w je combats , mais ce combat même » m'épuife. Si vous pouviez trouver » le moyen de détourner mes penfées » de cet objet , je crois que ma gué- » rifon feroit bien proche «.
L'on a déjà vu dans l'extrait de VOnania, que la réitération fréquente avoit produit la fureur utérine chez une femme. L'habitude de n'être oc- cupée que d'une idée , rend incapable d'en avoir d'autres ; elle prend l'em- pire , &c règne defpotiquement. Des organes fans cefTe irrités 5 contractent: une difpofition morbifique qui devient un aiguillon toujours préfent , indépen-
1*4 l'Onanisme. , dant de toute caufe externe, Il y a des maladies des parties urinaires , qui donnent une envie continuelle d'uri- ner ; l'irritation réitérée des organes de la génération 9 y produit une mala- die analogue. Il n'eft point étonnant fi le concours de ces deux caufes mo- rale & phyfique , réunies 5 jette dans cette horrible maladie. Que cette idée eft propre à effrayer falutairement les personnes chez lefquelles il y a encore quelques veftiges de raifon & de pu- deur !
Une quatrième caufe de l'épuife- ment des mafturbateurs 5 c'eft qu'indé- pendamment même des émiiîicns de femence , la fréquence des éredions , quoiqu'imparfàites , dont ils fe plai- gnent , les épuifent considérablement. Toute partie qui eft dans un état de tenfion , produit une dépenfe de for- ces , & ils n'en ont point à perdre : les efprits s'y portent en plus grande abondance } ils fe difîîpent , ce qui af- foiblit ; ils manquent aux autres fon- ctions , qui , par-là même , fe font im- parfaitement : le concours de ces deux caufes a les fuites les plus dangereufes. Un autre accident auquel cette qua-
l'Onanisme. 115
ttïeme caufe rend les mafturbateurs
f)lus fujets 5 c'eft une efpece de para- yfîe des organes de la génération , d'où naifTent l'impuiflance , par le dé- faut d'ére&ion , & la gonorrhée (impie , parce que les parties relâchées laiffent échapper la véritable femence à me- fure qu'elle arrive , & fuinter conti- nuellement l'humeur que réparent les proftates ? & qu'enfin toute la mem- brane intérieure de l'urethre acquière une difpofition catarrheufe , qui la dif- pofe à fournir un écoulement de même nature que celle des pertes blanches des femmes : difpofition , pour le dire en pafiant3 moins rare qu'on ne penfe , qui n'eft point bornée à la membrane qui revêt les narines , la gorge , le pouîmon , mais qui attaque fouvent tous les viiieres creux • qu'on mécon- noît, parce qu'on ne la foupçonne pas, & qu'on traite mal, parce qu'on la mé- connoît. 11 feroit aifé de trouver dans les obfervateurs , des exemples de cette maladie traitée pour une autre.
Un habile Chirurgien me parloit un jour d'un homme qui , livré par une efpece de goût fipgulier aux Vénus du plus bas étage , &c ne les connoif-
ii£ l'Onanisml
fant guère que dans les coins des rues & debout, tomba dans l'épuifemenc, accompagné de maux de reins les plus cruels , & d'une atrophie ou delTéche- ment des cuiffes & des jambes , jointe à une paralyfte de ces parties , qui pa- roiftoit être une fuite de l'attitude dans laquelle il s'étoit livré à fes fales voluptés. Il mourut après avoir gardé fïx mois le lit , dans un état égale- ment propre à exciter la pitié & l'ef- froi. Cette obfervation ne fournit-elle pas une cinquième caufe des dangers ordinairement particuliers à la maftur- barion ? Quand on perd fes forces par deux moyens à la fois , PafFoibli(Tement augmente bien confidérabiement. Une perfonne qui eft debout ou affife , a befoin, pour fe maintenir dans ces fi- tuations, fur-tout dans la première , de faire agir un grand nombre de muf- cles ; & cette a&ion dilîipe les efprits animaux. Les perfonnes foibles , qui ne peuvent pas fe tenir un infhnt de- bout fans éprouver une foibleife , les malades qui ne peuvent pas être affis fans éprouver le même accident , le prouvent bien évidemment. Pour être couché ou étendu , il ne faut point cet
t Onanisme 117
emploi de forces. L'on fent par -là même , que le même a&e , dans les unes ou les autres de ces attitudes y produira bien plus d'afloibliffement dans les premiers que dans le dernier cas 5 & Sanclorius avoit déjà indiqué le danger de cette attitude : ufus coïtâs Jlando , Icedit ; nam mufculos & corum utiUm perfpirationem diminnit.
D'autres obfervations bien confta- rées fournifTent une fixieme caufe qui paroîtra peut - être bien foible , mais que des phyfîciens éclairés ne croiront pas volontiers nulle. Tous les corps vivants tranfpirent ; il s'ehxale à cha- que inftant 3 par la moitié peut - être des pores de notre peau , une humeur extrêmement ténue, &c qui eft beau- coup plus confidérable que toutes nos autres évacuations. Dans le même temps , une autre efpece de pores ad- met une partie des fluides qui nous environnent , & les porte dans nos vaifleaux. Ce font des torrents invifibles , pour me fervir de Theureufe exprefîîon de M. Senac > qui fortent de notre corps 5 Ôc qui y entrent ( 1 ). Il eft dé-
(1) L'on peut voir la démonfhation de cette vérité dans l'endroit a^ue je cite , 1. 3 , c, 3 , $. 7 j du Traité
ï l8 L O N A N I S M E.
montré que , dans quelques cas , cette infpiration eft très - confidérable. Les perfonnes fortes expirent plus } les foibles , qui n'ont prefque point d'at- mofpliere propre , infpirent davanta- ge ; & cette partie expirée , ou cette tranfpiration des perfonnes bien por- tantes , contient quelque chofe de nourricier & de fortifiant qui , infpiré par une autre , contribue à lui donner de la vigueur. Ce fonr ces obfervations qui expliquent comment la jeune fille qui couchoit avec David lui donnoit des forces ; comment cette même ten- tative a réuffi à d'autres vieillards , à qui on l'a confeillé ; pourquoi cela affoiblit la jeune perfonne 5 qui perd fans rien recevoir , ou plutôt qui re- çoit des exhaiaifons foibles , corrom- pues 9 putrides , qui lui nuifent. L'on rranfpire plus dans le temps du coït que dans un autre 3 parce que la force de la circulation eft augmentée. Cette tranfpiration eft peut-être plus adtive ,
du cceur *, ouvrage qui n'auroit rien laide à deûrer , il fon iliuftre auteur , en annonçant une féconde édirion , ne nous avoic pas appris qu'il pouvoir le rendre encore plus parfait. Un grand homme peut fe furpalTer lui- même , &: vo'u un point de perfection que les autteg pp défirent même pas.
l' O N A N I S M £. II9
plus fpiritucufe que dans tout autre temps y c'eft une perte réelle que Ton fait 5 & qui a lieu , de quelque façon que fe faffe Fcmiflion du fperme , puis- qu'elle dépend de l'agitation qui Tac- compagne. Dans le coït , elle eft ré- ciproque , & alors l'un infpire ce que l'autre expire. Cet échange eft mis hors de doute par des obfervations sûres. J'ai vu , il n'y a pas long-temps 9 un homme qui n'avoit aucune gonorrhée , ni aucun fymptôme vérolique cutané y donner la maladie vénérienne à une femme qui , dans le même inftant , lui rendoit la gale en échange. L'un , dans ce cas , compenfe les pertes de l'autre. Dans celui de la mafturbation ? le ma- fturbateur perd & ne recouvre rien.
En obfervant l'effet des paillons , on découvre unefeptieme différence entre ceux qui fe livrent aux femmes , & les mafturbateurs ; différence qui eft toute au défavantage de ces derniers. La joie qui tient à lame , <k qu'il faut bien diftinguer de cette volupté purement corporelle que l'homme partage avec l'animal , & dont elle diffère du tout au tout , cette joie 3 dis - je , aide les digeftions , anime la circulation P favo-
no l' Onanisme.
rife toutes les fonctions , rétablit les forces 5 les fondent. Si elle fe trouve réunie avec les plaifîrs de l'amour , elle contribue à réparer ce qu'ils peu- vent ôter de force } &c l'obfervation le prouve. Sanclorius Ta remarqué. Apres un coït exceffif, dit-il , avec une femme quon aimoit & quon dejiroit , Von né- prouve pas la lafftude qui devroit être la fuite de cet excès > parce que la joie que L'ame éprouve augmente la force du cœur 9 favorife Us fonctions , & répare ce quon a perdu. C'eft fur ce principe que Ve- nette 5 dans l'ouvrage duquel on trouve un bon chapitre fur le danger des plaifîrs de l'amour pouffes à l'excès y établit que l'union avec une belle fem- me épuife moins qu'avec une laide,. La beauté a des charmes qui dilatent notre cœur , & qui en multiplient les ef- prits. Il faut croire, avec S. Chryfofiôme 9 que s excitant contre les loix de la nature , le crime ejl beaucoup plus grand de ce côté-là que de l'autre. Et peut-on douter que la nature n'ait attaché plus de joie aux plaifîrs procurés par les moyens qui font dans fes voies , qu'à ceux qui y répugnent.
Une huitième ôc dernière caufe qui
augmente
i/ Onanisme, iii
augmente les dangers de la mafturba- rion , c'eft l'horreur des regrecs dont elle doit être fuivie , quand les maux ont défdlé les yeux fur le crime & fut f^s dangers.
Miferi quorum gaudia crimen habcct. Foin des plaifirs , que le remords doit juivre*
Et s'il en eft qui foient dans ce cas 9 ce font les mafttirbateurs. Quand le voile eft tombé , le tableau de leur conduite fe préfente fous les faces les plus hideufes : ils fe trouvent coupables d'un crime dont la juftice divine ne voulut pas furfeoir la punition , 8c qu'elle punit fur-le champ de mort ; d'un crime réputé très - grand crime par les païens mêmes :
Hoc nihil e(Te putas : fcelus eft, mîhi erede, fecî
in gens Quantum vix animo concipis ipfe tuo. Mart.
La honte qui les fuit augmente in- finiment leur mifere. Tel eft le degré de débordemens dans quelques en- droits, que les débauches avec les fem- mes n'y font prefque regardées que
F
m l'Onanisme.
comme un ufage > les plus coupables fur cet article n'en font pas myftere , & ne fe doutent pas même qu'ils puif- fent en être plus méprifés. Quel eft le mafturbateur qui ofe avouer (on infa- mie ? Et cette néceilîté de s'envelopper des ombres du myftere ne doit-elle pas être , à fes propres yeux , une preuve du crime de ces adtes ? Combien n'en eft-il pas qui ont péri pour n'avoir ja- mais ofé révéler la caufe de leurs maux ? On lit dans pîufieurs lettres de l'Ona- ma 3 j 'aimerois mieux mourir que de pa- raître devant vous après un tel aveu* L'on eft en effet , &c l'on doit être in- finiment plus porté à excufer celui qui , féduit par ce penchant que la nature a gravé dans tous les cœurs, & dont elle fe fert pour conferver Pefpece 5 n'a de tort que celui de ne pas s'arrêter au point limité par la loi , ou par la fanté j c'eft un homme emporté par la paflîon qui s'oublie : l'on eft bien plus porté à le juftifier , que celui qui pèche en violant toutes les loix, en renverfant tous les fentiments, toutes les vues de la nature. Sentant combien il devroit être en horreur à la fociété , s'il en
l'Onanisme, 113
croit -connu , cette idée doit le bourre- let fans ceflfe. // me femhle , me mar- quoit un de ces criminels , dans la même lettre dont j'ai cité un fragment plus haut 3 que chacun lit fur mon vifage l'infime caufe de mon mal ; & cette idée me rend la 'compagnie infouunable. Ils tombent dans la trifteffe & le défef- poir 'y on en a vu des exemples dans la quatrième fe&ion de cet ouvrage ; ôc ils éprouvent tous les maux qu'entraî- ne une trifteflfe foutenue , fans avoir, ce qui eft affreux pour un criminel , aucun prétexte de juftification , aucun motif de confolation. Et quels font ces effets de la trifteflfe î Le relâche- ment des fibres > le ralentiffement de la circulation , Timperfedion des di- geftions , le manque de nutrition , les obftructions occafionnées par ces ref- ferrements qui paroiflfent être l'effet le plus particulier de la trifteflfe } cqs épanchements d'humeurs y qui font une fuite des refferrements } les couloirs du foie fe ferment 5 dit M. de Senac , & la bile fe répand par tout le corps ; les fpafmes , les convulfions , les pa- ralyfîes , les douleurs 5 l'augmentation
1 14 i/ Onanisme.
de l'angoifTe à l'infini -y tous les acci- dents qui peuvent être une fuite de ceux-ci.
Il eft inutile de m'étendre davantage fur les dangers particuliers à la maftur- bation ; ils ne font que trop réels & trop démontrés : je pa(Te aux moyens de guérifon.
l'Onanisme. 125
ARTICLE III.
La Curation.
SECTION IX.
Moyens de guérifon propofès par les autres Médecins,
Il ya quelques maladies dans les- quelles on eft prefque fur du fuccès des remèdes. Celles qui font les fuires d(:s épuifemencs vénériens , & 3 à plus force raifon de la mafturbation , n'en- trent pas dans cette claflTe ; & le pro- noftic qu'on peut en faire , quand elles font parvenues à un certain degré , n'a rien que d'effrayant. Hippocrate a an nonce la mort. Cefl une miférable ma- ladie 9 dit M. Boerhaave : je Vai vu fouvent ; je n ai jamais pu la gué- rir (1). M. van Swieten traita fans fue- cès , pendant trois ans , le malade
(0 Leçons Air fes Inftituts, $. 776.
F iij
116 l'Onanisme,
dont il parle. J'ai vu mourir miséra- blement de cette maladie. Il y a d'au- tres malades que je n'ai pas même pu foulager. Cependant ces exemples ne doivent pas décourager ; l'on en a de plus heureux. Il s'en trouve dans la colle&ion de l'Onania , dans les ob- servations des .Médecins : ma propre pratique m'en a fourni quelques-uns.
Dans le même endroit où Hïppocrau àowîiQ la defcription de la maladie , telle que je lai rapportée plus haut y il indique la curation. » Quand le » malade fe trouve dans cet état ? » dit-il , faites - lui des fomentations » par tout le corps , enfuite donnez- 35 lui un remède qui le falfe vomir j » après cela un autre qui purge la tète ; » enfuite un qui purge par en bas. li » faut entreprendre cette cure ,fur- » tout au printemps. Après ks purga- » tifs Ton donne le petit lait , ou le » laie d'âneffe ; après cela le lait de » vache durant quarante jours. Pen- »dant qu'il' boira le lait, il ne man- 3> géra point de viande , & on lui don- •* nera le foir une bouillie de froment. 35 Après avoir fini Pufage du lait , on w le nourrira des viandes les plus ten-
l' Onanisme. 127
» cires, en commençant par une petite » quantité, & on le rengraiflfera par » ce moyen. Il évitera pendant un an » toute débauche , tout exercice vé- 33 nérien , & tout autre exercice im- •* modéré 5 il fe bornera à des prome- 33 nades dans lefquelles il évitera le » froid & le foleil ».
L'on voit qiiff ippocrate commence la cure par un vomitif & par une pur- gation : fon autorité pourroit faire loi ; & cette loi , dans le plus grand nombre des cas, feroit nuinble : il eft aifé de fe retirer de cet embarras , en remarquant qu'il n'ordonne la purga- rion que dans la vue de détourner la fluxion qu'il fuppofoit fe jetter de la fête fur l'épine du dos , &c que dans un autre endroit il met ceux qui font ma- lades après des excès vénériens , dans le catalogue des perfonnes auxquelles il ne faut donner aucun purgatif ^ parce- que non- feule ment ils ne peuvent leur faire aucun bien , mais qu au contraire ils peu- vent leur faire du mal (1). Ainfî c'eft cette dernière règle qui doit être re- gardée comme générale \ la première
(1) De ratione vi&ûs in morbis acùtis. Foes. p. 40 y. 406.
F iv
nS l'Onanismi.
forme une exception 5 & une exception même qui paroit fondée fur une théo- rie dont Terreur eft reconnue aujour- d'hui 5 & qui ne doit, par-là même y avoir aucune force.
On trouve dans la difTertation &yHorfman , que j'ai déjà fouvent citée, deux obfervations qui doivent rendre très-circcnfpecfc fur lufage de Téméri- que j je les rapporterai Tune & l'autre. Un homme de cinquante ans s'étant livré pendant long -temps à des excès en femme , tomba dans la langueur , la maigreur ,'la confomption ; fa vue diminua infenfiblement , enfin il ne voyoit les objets que comme à travers un nuage : ce fut à cette époque qu'il prit un émétique , pour prévenir la fièvre qu'il craignoit , après un long ufage de viande de cochon fumée : le remède lui fit enfler la tête , &c le ren- dit totalement aveugle. Une proftituée publique , qui éprouvoit une obfcur- ciffement dans la vue toutes les fois qu'elle avoit commerce avec un hom- me , ayant pris un émétique > perdit entièrement la vue (1).
(1) De raorbis à nimiâ yener. J. 14 5c z&»
L O N A N I S M E. 125
M. Boerhaave paroît avoir voulu indiquer les difficultés de la guériibn plutôt que les moyens de l'obtenir. 30 II y a peu d'efpérance de guérifon ; » le lait palTe trop facilement } l'exer- 33 cice à cheval ne fait aucun bien à 33 ces fortes de malades , & ils fe plai- » gnent que ces remèdes les affoiblif- » fent ^ effectivement > l'exercice rend 5 x> dans l'erreur de leurs fonges , l'écou- m lement de la femence plus aboii- r> dant , Se leur ôte en même temps « leurs forces, Lorfque le jour repa- ya roît , ils ne quittent leurs lits que » baignés de fueur , & affoiblis par le 35 fommeil même } ils ne peuvent fup*- 33 porter les aromatiques 5 dont les » effets font auflî dangereux. La feule 33 reifource , dans ce cas , font les bons » aliments , un exercice modéré du 33 corps , les bains des pieds , & les » fridtions faites avec précaution (1) >?.
Parmi les confultations de ce grand homme 5 que M. de Hallerz ajoutées à l'édition qu'il en a procurée , il y en a une pour un homme qui s'étoit rendu "fout-à-fait inepte aux plaifirs de la-
(1 ) Inflic, de Med. t. 7 , p. 1 1 y .
1$Q L O N A N I S M Z.
mour. » Un homme de trente ans s'eit *> iî fort affoiblt les organes de la eé- 55 neration , que ■ le fperme s'écoule » toutes les fois qu'il a quelque coin- « mencement d'érection , car elle n'eft 33 jamais complette(i) , & la femence >5 n'eft point lancée avec force 5 mais « elle s'écoule goutte à goutte, ce qui » le rend impuififant } il a la mémoire , » Feftomac , les reins , les jambes tota- lement affoiblis >£,
M. Boerhaave répondit : » Ces mâ- r> ladies font toujours extrêmement » difficiles à guérir; elles ne fe décla- » rent prefque jamais que lorfque le » corps affoibli fait que les remèdes 35 reftent fans effet. On peut eiïayer » ce que produiront les fuivants : i°„ *> un régime fec &: léger , compofé » d'oifeaux > de viande de bœuf, de » mouton , de veau , de chevreau > » rôtie plutôt que bouillie ; d'une pe- so tite quantité de bierre excellente ; j> de peu de vin , mais d'un vin très- 3) fortifiant. i°. Beaucoup d'exercice ,
(i)Ce fymptôme eft très-fréquent parmi les per- fonnes qui fe font épuifées , & il contribue à entrerè- nir répuifement ; la plus petite tentation produit un commencement d'érettion , qui eil fuivi d'un écou* kment.
l'Onanisme. î 3 i
«augmenté peu -à -peu jufqu'à corn- 33 mencement de laflitude 3 & toujours >5 à jeun. 30. Des fri&ions , avec une » flanelle parfumée de la fumée d'en- 55 cens , fur les reins , le bas-ventre , le » pubis , les aines > le fcrotum , faites 35 régulièrement le foir & le matin. 3? 40. Il faut prendre de deux en deux w heures , pendant*le jour , une demi- » drachme de Popiat fuivant,
33 It/L. Terrce jupon, dr. IV. opcpanae. » dr. V. eort. peruv. dr. VI. conf. ro- » far. rubr. une. L oliban. dr. II. fucc. » acac. une. Jf. fyrup. Kerm. q. f. f. L » a. cond.
3> &c l'on boira par-deffus demi-once s? du vin médicinal.
» 1JL. Rad earyophyll. mont. Pœn. s3 mar. aa une. 1 eort. rad. cappar. ea- 53 mirife. aa une. 1. ff] lïgn. agalloeh* >3 veri une. 1. vin. «ait. alb. libr. VI. 53 f. La. vin. mzd. 33
J'efpere , ajoutoit M. Bocrhaave 5 que le malade fera guéri , après en avoir fait ufage deux mois. Mais il ne voulut point s'en fervir, & il mourut au bout de quelques femaines d'une dyfenterie maligne. Quel eut été l'ef- fet du remède ? C'eft ce qu'on ne peut
F vj
i yL l'Onanisme,
pas deviner. M. Zimrmrman m'a écrit , qu'il en avoit fait faire ufage à un ma- lade , pendant deux mois, fans aucun fuccès.
M. Hoffman indique les précautions qu'il faut prendre , & les moyens qu'il faut employer. » Il faut éviter tous les *> remèdes qui ne conviennent pas aux »perfonnes foibles, & qui peuvent » afFoïblir un corps déjà énervé , tels »> font tous les aitringents , ceux qui a>font trop rafraîchiftants , les fatur- »nms, les nitreux , les acides, 8c » fur-tout les narcotiques ; ils nuifent » tous dans les cas de cette efpece , & » malheureufement on ne laifle pas 33 que d'en faire fouvent ufage.
y? Le but qu'on doit fe propofer, » c'eft de rétablir les forces , & de » rendre aux fibres le ton qu'elles ont perdu. Les remèdes chauds , vola- w tils 5 aromatiques , ceux qui ont » une odeur forte & agréable , ne con- *> viennent pas ici ; il ne faut que des m aliments doux , & propres à répa- *> rer cette fubftance nutritive gélati- 3> neufe , que les évacuations immo- 35 dérées ont détruite : tels font les » bouillons forts de bœuf, de veau>
l'Onanisme, 13 3
*> de chapon , avec un peu de vin , »de fuc de citron, de îel , de noix >? mufcade , & de doux de girofle. On 55 joint avec fuccès à cet ufage celui « des remèdes qui favorifent la tranf- » piration , & qui raniment le ton 35 languifTant des fibres.
Dans une autre confultation , pour un mafturbateur , il ordonnoit de prendre tous les matins une mefure de lait d'ânelFe, coupé avec un tiers d'eau de Setter.
Il feroit inutile de citer les précep- tes ou les obfervations d'autres auteurs. Je me contenterai de rapporter un cas très- utile , tel qu'il fe trouve dans une thefedeM. IVefi^prerni , qui renferme quatorze obfervations toutes intéref- fantes (1).
(1) C'eflîa feptieme obfervation. Cetre thefe , bien digne d'être lue , fe trouve , avec un très grand nom- bre d'autres petits ouvrages prefque tous excellents 3 Se introuvables par-tout ailleurs ., dans la belle colie&ion de tbefes pratiques , que M. Haller. , qui délire l'avancement de la Médecine avec aurant de zèle que de difeernement , s'elt donné la peine de publier fous ce titre , Difputationes ad morkorum hiftoriam & cura.- tionem facientes. Laufann. 17^8. Le nom de l'éditeur eft le garant du mérite de l'ouvrage , qui va devenir une des bafes des bibliothèques de pratique. La pièce que je cite eit Stephani Weszpremi obftrvationts medicx, Trajefti 1776, Voyez c. 6 , p. 804,
134 L* O N A N I S M E.
W. Conybearc , âge de trente ans y avoit depuis fix ans la vue fi obfcurcie , fans aucun vice apparent dans l'œil , qu'il voyoit tous les objets comme à travers d'un nuage épais. Il avoit été fucceilivement dans les trois hôpitaux les plus célèbres de Londres , S. Tho- mas ? S . B arthelemi & S. Georges : en- fin , il y a deux ans qu'il fe rendit dans le nôtre. Par-tout 5 après les autres re- mèdes , on avoit efTayé fi la falivation mercurielle pourroit le guérir de cette efpece de goutte fereine. Les Méde- cins étoient laiTés , & le malade en- tièrement découragé. L'interrogeant en particulier , & avec beaucoup de foin fur fa maladie 5 il me dit que , de temps en^temps , il fe fentoit mal tout le long de l'épine du dos 5 fur- touc quand il fe courboit pour prendre quelque chofe my que fes jambes étoient fifoibles, qu'il pouvoit à peine être de- bout une minute fans s'appuyer 3 au- trement les jambes lui trembloient 5 & il avoit un vertige & un éblouiffement } que fa mémoire étoit fi fort aftoiblie , que quelquefois il paroiffbit ftupide ; &c je vis moi-même qu'il étoit extrê- mement décharné. Tout cela me fit
i'Onanisml 135
fotipçonner que la goutte fereine pour- roit bien n'être qu'un fymptome d'une maladie plus fâcheufe , & que le ma- lade étoit attaqué d'une véritable con- fomption dorfale.
Je lefollicitai vivement à m'avouer, s'il ne s'étoit jamais fouillé de l'abo- minable crime d'Onan , qui détruit entièrement les parties balfamiques du fluide nerveux. Après bien des délais, il avoua en rougi (Tant. Je lui ordonnai de prendre le foir deux pilules mercu- rielles , dont chacune contenoit fix grains de mercure doux , & le lende- main une once de fel purgatif, & de réitérer quatre fois dans quinze jours. Au bout de ce terme je le fis vivre, fuivant l'ordonnance iïHippocrate dans un cas femblable , uniquement de lai- - tage pendant quarante jours. Dans le même temps il fe faifoit frotter deux ou trois fois par femaine , en fe cou- chant. A la fin de cette cure il revint de la campagne en beaucoup meilleur état que quand il étoit parti. Je lui con- feillai enfuite le bain froid pendant trois femaines; il le prenoit à jeun, à hait heures du matin, de deux jours l'un. Pendant deux mois il prit deux
1^6 l* Onanisme.
fois par jour l'éle&uaire minéral & le julep volatil , auxquels il joignoit les fri&ions &c les bains de pied. Ces fe- cours rétablirent fî bien fa famé , qu'il vouloit reprendre l'exercice de fa pro- fefîîon qui étoit la boulangerie ; mais je lui confeillai de fe vouer à quel- qu' autre , craignant que Tinfpiration de la farine qui s'élève en pêtriiTanr ne formât , dans un eftomac & dans une poitrine encore foibles 3 une colle dont les effets auroient pu être dange- reux,
lA.Stehelin foulagea la malad2 don: j'ai parlé , Jecl. z , p. 27 5 par des bains fortifians , la teinture de Mars de Ludovic* & des bouillons apéritifs.
Les principaux remèdes de ÏOnania font des fecrets qu'il s'eft réfervés. L'on voit en général , & cette obferva- tioneft importante , qu il n'empioyoit aucun évacuant , & que les roborants feuls en étoient la .bafe , fous le nom de teinture fortifiante , the flrenthening tinclure , & de poudre prolifique 3 the prolific powder. Ils agitfent fans que leur a&ion produife aucun eftet fenfî- ble ; mais , ce font les termes de l'au- teur , ils tnrichijfcnt > ils fortifient , ils
l' O k a n i s m i* 137
nourrîjfent les parties génicales de l'un & de l'autre fexe \ ils leur donnent une nouvelle force ; ils favorifent la génération de la femence ; ils relèvent puiffamment les forces d'une nature accablée (1) ; en un mot> comme tous les fecrets , ils opèrent tout ce qu'on leur demande. Il y a un troifieme re- mède inconnu, fous le nom de potion reftaurante, qui agit aufli très- effica- cement ; & , en effet, fi Ton doit ajou- ter foi à tous les témoignages qui dé- pofent en faveur de ces remèdes , ils ont fans doute beaucoup de vertu. Outre ces trois arcanes , il donne quel- ques formules ; l'une eft une potion compofée d'ambre , d'aromates , & de quelques autres remèdes de la même clafFe y une féconde eft un Uniment compofé d'huiles eflTentielles > de bau- mes , de teintures acres : l'une ôc Tau» tre de ces comportions me paroiffent trop ftimulantesj & comme elles n'cnc pour elles aucune expérience , j'en omets la delcription : il en indique deux autres qui paroiffent plus con- venables*
(i)Onani , p. 177,
13 S l'Onanismî,
Décoction.
J/L. Flor jiecat. lamii (i) mpl. VI. radie, cyper. & galang. aa une. II. rad. biflort. une. I. rad. ofmund. régal, une. II. flor. rof. rubr. mpl. IV. lehthyocoll. une. III.
Seijfa tuf. mixt. cum aquee quart. VIII. ad quaruz part, évaporât, co- quant. pour en prendre tous les jours un quart (2).
Injection*
^.Saccari Saturni^ vitriol, alb. alum. rup. aa dr. 1. aq. chalyb., fabror. pint. 2. jf\ per dies dectm igné aren& dïge- rantur : add. fpir. vin. eamphr. eoehl. III.
On trouvera de très:fages vues , ap- plicables à la maladie dont je traite , dans un livre qui vient de paroître 3 intitulé, Précis de médecine pratique , par M. Lieu rAuu, Médecin ' des En-
(1) Il ne déligne point I'efpece , ce ne peut être que le lamium album white arckangei , ou le lamium ma* culatum.
(1 ) Le quart Anglois eft la même mefure ^ue la pinte de Paris.
l'Onanisme, 159
fants de France , qui , après s'erre fait un nom diftingué parmi les Anatomif- tes & les Phyhologiftes , vient de s'af- furer par cet ouvrage , un des pre- miers rangs parmi les Praticiens* Les chapitres relatifs à la confomption dorfale , font ceux qui ont pour titre y calor morbofus , chaleur morbifique ; maladie , pour le dire en pâlTant, très- fréquente, dont perfonne n'avoit par- lé , que l'on traite fouvent très-mal > comme je m'en fuis plaint ailleurs , & dont M. Lieutaud a développé le pre- mier les fymptômes , la nature & le traitement ; vires exkaujlœ , Pépuife- mentj fkanœmia, qu'on peut tradui- re le manque defang, chapitre très-in- téreiTant , qui eft tout entier à l'Au- teur.
M. Lewis dont je n'avols point pu me procurer l'ouvrage avant Pimpref- fîon de la première édition du mien , eft celui de tous qui s'eft le plus éten- du fur la cure. J'ai eu le piaifir de voir que nous étions parfaitement dans les marnes idées , Se que nous employions les mêmes remèdes , fur-tout le kina & les bains froids } conformité qui me paroît prouver en faveur de la métho-
^4° L O N A N I S M E.
de que nous avons fuivie l'un & l'autre. Je ne rapporterai ici que les deux apho- rifmes qui renferment la fubftance de fa doctrine } je me fervirai de quel- ques paflfages de l'explication qu'il y ajoute , pour confirmer , dans la fe- €fcion fuivante ? ma propre pratique.
» La cure de cette maladie > dit cet » habile Médecin , dépend de deux w articles } ce qu'il faut éviter & ce ?> qu'il faut faire : 8c les remèdes n'ont » aucune efficace fi Ton n'apporte pas » une grande attention à tout ce qui ^regarde les chofes non naturelles, >* ou toutes les branches du régime, "Un air foin eft de la plus grande ^importance. La diète doit être for- *> tifiante fans échauffer. Le fommeil 99 ne doit pas être trop long, & il 35 faut dormir à des heures convena- is blés. L'on doit prendre un exercice j> modéré , fur - tout à cheval. Si les » évacuations naturelles fe font irré- 3? gulierement , il faut les mettre dans » l'ordre. Le malade doit chercher à » fe diftraire par la compagnie , ou » par les plaifirs innocents.
» Tous les remèdes doivent être
l' O n a n i s m e. 141
*> tirés de deux clafles , les balfami- » ques Se les fortifiants ( t ) ».
Il recommande beaucoup, au lieu de thé , qui eft toujours , dit-il , très- nuifible aux nerfs, l'infufion de mé- liife ou de menthe , en mettant dans chaque taflfe une cuillerée d'une mix- ture balfamique compofée de crème & de jaunes d'oeufs battus enfemble avec deux ou trois gouttes d'huile de cannelle (i), ce qui fait une boiflon dont le palais & l'eftomac s'accommo- dent très-bien , comme j'ai eu occafîon. de le remarquer moi-même ; &: ce re- mède eft en effet véritablement balfa- mique & fortifiant : mais je placerai ici une remarque qui peut être utile , c'eft que M. Lewis indique parmi les fortifiants qu'il confeille , les remèdes tirés du plomb (3), &c je me fais un devoir d'avertir , que malgré fon au- torité , &: celle de quelques autres Médecins refpectables > l'ufage inté- rieur des préparations de plomb eft un véritable poifon , de l'aveu prefque
(1) K Pra&ical EfTay. p. io , i f &: 34.
(i) Seft. 10 , p. 17. Robuifon confonipr. p. ?S»
(3) Ibid. p, x<S , 28,
142: l* Onanisme.
unanime de tous les Médecins ; j'en ai vu les effets les plus triftes ; & l'im- pudente imprudence des Charlatans ne fournit que trop d'occafions d'en ob- ferver de tels. Si dn veut le conferver , comme celui de quelques autres poi- fons, qu'au moins l'adminiftration en foit réfervée à ceux qui font en état de connoître fes dangers & fes vertus , &c qu'on ne l'indique p^s fans précau- tions dans des ouvrages deftinés au Public.
Je finirai cette fedion par la mé- thode que M. Stork emploie dans ces maladies; elle eft très-fimple , & très- efficace. En comparant toutes ces mé- thodes on verra qu'elles font toutes fondées fur les mêmes principes ; qu'elles tendent au même but , & qu'elles emploient des moyens très- reffemblants les uns aux autres , con- formité qui fait l'éloge de la métho- de , & infpire de la confiance. » On » commence , dit M. Stork , par les » nourrir de bouillons fucculents. Le » ris , les gruaux d'avoine 5 ceux d'or- » ge cuirs avec du bouillon ou du lait 9 » & le lait font très-utiles ; mais il faut »obferver d'en faire prendre peu de fou-
l'Onanisme. 145
» vent. Si l'eftomac étoit fî fortaffoi- » bli , comme cela arrive quelquefois *> quand la maladie a fait de grands » progrès , qu'il ne pût pas même fou- » tenir ces aliments fans de grandes » angoiiîes , il faut donner une nour- » rice au malade , ce qui en a quel- le quefois tiré de l'état le plus fâcheux. » On redonne de la force & de l'ac- » tion aux fibres relâchées , par l'ufage » d'un vin avec le fer , le kina & la >y cannelle : dès que le malade , a aflfez » de force pour fe promener, il lui e(t » extrêmement utile d'aller dans un » air de campagne très - pur 3 ou de « montagne (1) ».
SECTION X.
Pratique de F Auteur.
IL y a quelques maladies dans lef- quelles il eft difficile de démêler exa- ctement la caufe , & par-là même de déterminer l'indication , & de régler le traitement , mais qui fe guéniTent
(1) Medicus anuuus, t, i , p. x\6.
144 XvO'N A N I S ME.
avec aflfez de facilité quand on eft par- venu à ce point ; il n'en eft pas de mê- me dans la confomption dorfale. L'on fçait quelle eft la maladie j Ton en con- noît la caufe : c'eft , comme le dit M. Lewis ? une efpece particulière de con- fomption , dont La caufe prochaine efi une foibleffe générale des nerfs : l'indication eft aifée à former j l'on ne peut pas être partagé par-là même fur l'eflentiel du traitement ; mais fouvent le meil- leur traitement échoue ; c'eft une raifon de plus pour en fixer les détails avec exactitude. Le relâchement général des fibres , la foibleffe du genre nerveux , l'altération des fluides font les caufes du mal. Il dépend de PafFoiblifTement de toutes les parties } il faut leur ren- dre leur force , c'eft l'unique indica- tion. Elle a fes fubdivifions tirées des différentes parties afFoiblies } mais comme les mêmes remèdes fervent à Jes remplir toutes , il eft inutile de les détailler ici } elles l'ont été dans le cours de cet ouvrage.
Ceux qui ignorent parfaitement la Médecine , & qui en parlent cepen- dant plus que ceux qui la fçavent , croi- ront qu'il eft fort aifé de remplir cette
indication ,
l'Onanisme. 145
indication, &: qu'avec de bons aliments &c des cordiaux , dont nos boutiques abondent, on fortifie bien aifément ; de trilles expériences ont au contraire appris aux plus grands Médecins que rien n'étoit plus difficile.
// cfi bien aifé y dit M. Gorter , de diminuer Us forces ; Von ri a prefqu aucun Jecours pour les réparer ( 1 ). On le com- prendra aifément (î Ton réfléchit que les aliments <k les remèdes ne font autre chofe que les inftruments dont la nature fe fert pour s'entretenir , réparer fes pertes , & remédier aux dérangements qui furviennent dans le corps. Et qu'eft-ce que la nature ? L'ag- grègat des forces du corps diflribuces harmoniquement. C'eft la force vitale diftribuée refpectivement dans les dif- férentes parties. Quand les forces font épuifées , c'eft donc la nature qui eft en défaut ; c'eft l'architede ouvrier qui ne fonctionne plus \ donnez -lui dos matériaux tant que vous voudrez , il eft hors d'état de les employer. Vous pouvez l'enterrer avec fon bâtiment ,
(1 ) De pcrfpir. infenf. p. J04.
146 l'Onanisme.
fous la pierre , le bois & le mortier , fans qu'il fe répare un feul pouce de muraille. Il en eft de même des mala- dies qui dépendent de la deftru&ion des forces \ les aliments ne réparent point , & les remèdes n'agiflenc point. J'ai vu des eftomacs iî affoiblis , que les aliments n'y recevoient pas plus de préparation que dans un vaiffeau de bois y quelquefois ils s'y arrangent fui- vant les loix de leurs gravités fpécifi- ques ; &c quand enfin une nouvelle dofe irrite Peftomac par fon poids, on les voit reflortir fucceflîvement par un léger effort , très - féparés les uns des autres. D autres fois , par un plus long féjour , ils s'y corrompent , & on les vomit tels qu'ils feraient (î on les eût lailfé gâter dans un baflin d'argent ou de porcelaine. Que doit-on efpérer des aliments dans des cas de cette efpece ? L'épuifement n'eft pas auffi confîdé- rable dans tous : il en eft dans lefquels les forces ne font qu'affoiblies fans être totalement détruites ; il refte alors quelques reftburces dans les aliments , & même dans les remèdes. Ce qui refte de la nature tire quelque parti des pre-
l'Onanisme. 147
miers ; Se les derniers doivent être de ceux qu'on a remarqués propres à rani- mer ce principe d'aétion vitale qui s'é- teint : ce font les fecours étrangers , dont on aide Farchiteéfce , pour qu'il puiffe travailler à ion ouvrage , en dépenfant le moins poffible de fes for- ces; c'eft, d'autres fois, le coup d'éperon qu'on donne à un cheval foible , pour qu'il fafle un effort dans un mauvais pas. Mais qu'il faut d'habileté & de prudence pour fçavoir juger d'un coup d'œil la profondeur du bourbier , la force de l'animal , &c les comparer ! Si l'ouvrage eft au-deffus de (es forces, ce coup d'éperon l'obligera, il eft vrai, à un effort ; mais fi cet effort ne peut pas le mettre au bon chemin , il ne fera que l'épuifer totalement.
La foibleffe produite par la maftur- bation offre une difficulté dans le choix des remèdes fortifiants, qui ne fe pré- fente pas dans d'autres cas ; c'eft qu'il faut éviter avec le plus grand foin ceux qui , en irritant , pourraient ré- veiller l'aiguillon de la chair. C'eft une loi de la méchanique animée , fi diffé- rente de l'inanimée , & fi peu foumife
ci)
l'4l l'Onanism e.
aux mêmes régies , que quaad les mouvements s'augmentent , l'augmen- tation eft plus confidérable dans les parties qui en font le plus fufceptibles: ce font , chez les mafturbateurs , les parties génitales ; c'eft donc dans ces parties que l'effet des remèdes irritants fe manifeftera le plus fenfiblement ; Se les fuites dangereufes de cet effet ne peuvent rendre trop circonfpedts fur les moyens qu'on emploie. Quels peu- vent-ils donc être ? C'eft ce que j'exa- minerai après avoir détaillé le régime. Je fuivrai , dans ce détail , la divifion ordinaire des fix chofes non naturelles , l'air , les aliments , le fommeil , les mouvements > les évacuations naturel- les & les pallions.
Uaïr.
L'air a fur nous l'influence que l'eau a fur les poifTons , & même une beau- coup plus confidérable. Ceux qui fça- vent à quel point cette première in- fluence s'étend , qui n'ignorent pas que les gourmets connoiffent non -feule- ment la rivière > mais encore l'endroit
^Onanisme. 149
de la rivière où un poilïon a été pris > & qu'ils diftinguent ^
. . . . i . Lupus hic , Tiberinus , an alto Captus liiet ? pontefne inter ja&atus , an amnis Oflia fub Tufci ?
Ceux-là , dis-je , fendront combien il importe pour les malades de refpirer un air plutôt qu'un autre. Ceux qui font entrés une fois en leur vie dans une chambre qu'on habite fans l'aérer my ceux qui auront côtoyé <\qs marais dans les chaleurs , habité dans des lieux bas entourés d'éminences de tous côtés } ceux qui auront pafTé d'une ville peu- plée dans la campagne , qui auront refpiré Pair au lever du foleii ou à midi y avant ou après une pluie \ tous ces gens -là, dis-je , comprendront comment l'air peut influer fur la fanté.
Temperie cœli corpufque animufque juvatur. Ov 10.
Les foibles ont plus befoin du fe- cours d'un air pur , que les autres ; c'efl un remède qui agit , ( & c'eft peut être le feui ) , fans le concours de la nature , fans employer fcs forces 5 il ert par-là même de la plus grande importance de
G iij
IJO i/ O N A N IS M £.
ne pas le négliger. Celui qui convient le mieux à une atonie générale , c'eft un air fec & tempéré : un air humide, un air trop chaud font pernicieux. Je connois un malade de cette efpece que les grandes chaleurs jettent dans un épuifement total, & dont la fanté va- rie en été , fuivant l'alternative des jours plus ou moins chauds. Un air trop froid eft beaucoup moins à crain- dre , & cela doit néceflairement être ainfi : la chaleur relâche les fibres déjà trop lâches , 8c diffbut les humeurs déjà trop fondues ; le froid , au con- traire , remédie à ces deux maux. Quand les Caribes font attaqués de paralyfîe , à la faire de ces terribles coliques convulfîves auxquelles ils font fajets , lorfquon ne peut pas les en- envoyer aux bains chauds qu'on trouve dans le nord de la Jamaïque , on fe contente de les envoyer dans quelque endroit plus froid que leur pays y &: ce feul changement d'air opère tou- jours très - favorablement. Une autre qualité effentielle de l'air , c'eft qu'il ne foit point chargé de particules nuifibles ; qu'il n'ait point perdu, par fon féjour dans des lieux habités, cette
l'Onanisme. 151
efpece de qualité vivifiante qui en fait toute l'efficace , & qu'on pourroic appeller l'efprit vital , auffi néceflfaire aux plantes qu'aux animaux : 8c tel eft l'air qu'on refpire dans une campagne bien aërée & jonchée d'herbes , d'ar- bres & d'arbrifTeaux. Que le malade , dit ArètU (1 ), demeure auprès des prés, des fontaines & des ruiflTeaux y les exhalaifons qui en émanent, 8c la gaie- té que ces objets infpirent , fortifient l'ame, animent les forces , 8c rétablif- fent la vie. L'air de la ville , fans cette infpiré & expiré , continuellement rem- pli d'une foule de vapeurs ou d'exha* laifons infectes , réunit les deux in- convénients d'avoir moins de cet efprit vital , 8c d'être chargé de particules nuiiîbles. Celui de la campagne poflTede les deux qualités oppofées j c'eft un air vierge > 8c un air imprégné de tout ce qu'il y a de plus volatil , de plus agréa- ble , de plus cordial dans les plantes , &c de la vapeur de la terre qui , elle- même 5 eft très-falubre. Mais il feroit inutile de fe choilîr une demeure dans un bon air , fi on ne le refpiroit pas j
(i) De curât, acutor , I, x , e. 3 > p. 102.
Giv
151 L* Onanisme.
l'air des chambres , fî on ne le renou- velle pas continuellement , eft à peu près le même dans toutes : ce n'eft prefque pas en changer que de pafler d'une chambre fermée en ville dans une chambre fermée à la campagne. L'on ne jouit de toute la falubrité d'une atmofphere faine qu'en pleins champs. Si les infirmités ou la foihleffe ne permettent pas de s'y tranfporter , l'on doit renouveller plufieurs fois par jour l'air de la chambre , non pas en ouvrant Amplement une porte ou une fenêtre , ce qui le renouvelle peu , mais en faifant pafler dans la chambre un torrent d'air frais , en ouvrant tout à la fois dans deux ou trois endroits oppofés. Il n'y a aucune maladie qui n'exige cette précaution ; mais alors il convient de fouftraire le malade à une trop grande impreflion 5 ce qui eft toujours très-aifé*
Il eft aufli extrêmement important de refpirer l'air du matin : ceux qui .s'en privent pour refter dans une at- mofphere étouffée entre quatre ri- deaux renoncent volontairement au plus agréable & peut-être au plus forti- fiant de tous les remèdes. La fraîcheur
^Onanisme. 155
de la nuit lui a rendu tout fon prin- cipe vivifiant ; & la rofée qui s'éva- pore peu-à peu , après s'être chargée de tout le baume des fleurs fur les- quelles elle a féjourné , le rend véri- tablement médicamenteux. L'on nage au milieu d'une elïence de plantes qu'on infpire continuellement , <k dont rien ne peut fuppléer le bon effet. Le bien-être , la fraîcheur , la force , l'appétit qu'on fent pendant le refte du jour , en eft une preuve à la portée de tout le monde , plus forte que tout ce que je pourrois ajouter. J'en ai vu en- core très-récemment les effets les plus fenfibles fur quelques perfonnes valé- tudinaires , fur celles fur - tout qui étoient hypocondriaques ; elles éprou- voient > de la manière la plus marquée > que fi elles humoient l'air au lever du foleil , elles fe fentoient beaucoup plus gaies le refte du jour ; & ceux qui le pafToient avec elles n'auroient pas pu fe tromper à cette marque fur l'heure de leur lever. L'on fent combien cet effet eft important pour les malades de la confomption dorfale , qui font (i fouvent hypocondriaques. Le retour de la gaieté démontre feul d'une fa-
Gv
1 54 l' Onànism e.
çon invincible un amendement géné- ral dans la fan té.
Les Aliments.
L'on doit être guidé dans le choix des aliments, par ces deux règles : i°. ne prendre que des aliments , qui , fous un petit volume , contiennent beau- coup de nourriture , & qui fe digèrent aifément. C'eft Faphorifme de Sanclo- rius : C dit us irnrnoderatus pofiulat ci! os paucos & boni nutrimenti ( i ). z°. Eviter tous ceux qui ont de l'âcreté. Il eft im- portant de rendre à Peftomac toutes fes Forces ; & rien ne détruit plus la force des fibres animales qu'une extenfion forcée 'y ainfi , iî l'on dilatoit l'eftomac par la quantité des aliments , on l'af- fbibliroit journellement : d'ailleurs -> s'il eft trop rempli , les perfonnes foi- blés éprouvent un état de mal-aife , d'angoifTe, de foiblelfe & de mélan- colie , qui augmente tous leurs maux. L'on prévient ces deux inconvénients 3 en choififlfant des aliments tels que je les ai indiqués, & en n'en prenant que
(1) Se&. £,aph. i*.
l'Onanisme. ifj
peu à la fois 5 mais fréquemment. Il eft eftentiel qu'ils puillent donner aifé- ment ce qu'ils ont de nutritif. L'eftomac n'eft pas en état de digérer ce qui fe digère difficilement : fon adion extrê- mement languiflTante , feroit totale- ment détruite par des aliments , ou trop durs , ou propres à diminuer fes forces.
L'on peut , fur ces principes , for- mer le catalogue de ceux qui convien- nent dans ce cas , 6c de ceux qu'on doit exclure. Dans la dernière claiïe font toutes les viandes naturellement dures & indigeftes 5 telles que celles de cochon } toutes celles de vieilles bê- tes ; celles que l'art a durci au moyen du fel 8c de la fumée , préparation qui les rend en même temps acres ; toutes celles qui font trop grafTes ; les autres graifTes quelconques , qui relâchent les fibres de l'eftomac , diminuent l'adion déjà trop foible des fucs digeftifs 5 reftent indigeftes , difpofent à des ob- ftrudions , & acquièrent par leur fé- jour , un caradere d'âcreté , qui , irri- tant continuellement , donne de l'in- quiétude > des douleurs ,, de l'infom- nie y de î'angoifle , de la fièvre. Il rij
GvJ
1)6 L5 O N A N I S M E.
a rien , en un mot , dont les personnes qui ne digèrent oas , doivent fe garder avec plus de foin que des chofes gref- fes. Les pâtes non fermentées , fur-tout quand elles font pétries avec des graif- fes, font une autre efpece d'aliment très-fort au-deflus des forces d'un mau- vais eftomac. Les herbes potagères , en produifant des gonflemens qui le diftendent ^ & qui gênent en même temps la circulation dans les parties voifines , font également nuifibles } tels font généralement toutes les efpeces de choux , les légumes à cofle, & ceux qui ont un goût & une odeur extrêmement acres , dernière qualité qui les rend nuifibles , indépendamment des fla- tuofités.
Les fruits , qui font fi falutaires.dans les maladies aiguës & inflammatoires , dans les obftru&ions , fur- tout dans celles du foie & dans plufieurs autres maladies, ne conviennent jamais dans ces cas, ils afFoibliifent , ils relâchent , ils énervent les forces de l'eftomac ; ils augmentent la difïolution du fang déjà trop aqueux } mal digérés , ils fermen- tent dans l'eftomac & dans les inteftins , Se cette fermentation développe une
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quantité étonnante dair , qui produit des diftenfions énormes qui dérangent abfolument le cours de la circulation, J'ai vu cet effet être fi confidérabie chez une femme , pour avoir mangé trop de fruits rouges , vingt - quatre jours après une couche très-heureufe , que le ventre étoit tendu au point de devenir livide } elle étoit dans l'aflbu- pifTement , & fon pouls prefqu'im- perceptibie. Les fruits laiflent aufli dans les premières voies , un principe acide , propre à occafionner plusieurs accidents fâcheux ; ainfi il faut prefque entièrement s'en priver. Les jardinages crus > le vinaigre , le verjus ont les mêmes inconvénients > & méritent la même exclusion.
Quoique le catalogue des aliments défendus foit long > celui des aliments permis l'eft encore davantage. Il com- prend toutes les viandes d'animaux jeunes , nourris dans de bons endroits y & bien nourris : telles font fur- tout celles de veau , de jeune mouton , de jeune bœuf 5 de poulet, de pigeon , de poulet d'inde, de perdreau. Les alouet- tes , les grives 9 les cailles , les autres gibiers > fans être abfolument intec-
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dits , ont cependant des inconvénients qui ne permettroient pas d'en faire un ufage journalier. Le poifïbn eft dans le même cas.
L'on doit non-feulement choifir les viandes avec foin y il faut encore les préparer convenablement. La meil- leure façon , c'eft de les rôtir à un feu doux qui conferve leur fuc , & qui ne les defTeche pas j ou de les cuire lente- ment dans leur propre jus. Celles qu'on fait bouillir avec beaucoup d'eau donnent au bouillon tout ce qu'elles ont de fucculent , & reftent incapa- bles de nourrir \ fouvent elles ne font que des fibres charnues dénuées de leurs fucs , & chargées d'eau , égale- ment infïpides au goût , & indigènes à l'eftomac. Il eft très-ordinaire de voir des perfonnes foibles , fort éloignées de tout foupçon de friandife , qui ne peuvent point en manger fans fentir que leur eftomac fouffre. Plus les vian- des font tendres , moins elles foutien- nent cette préparation , qu'on devroit réferver , quant aux malades , pour ti- rer des viandes dures ce qu elles ont de nourrifTant.
Quelques foins qu'on donne à la
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préparation de la viande , il eft des perfonues qui ne peuvent pas la digé- rer : on eft réduit a ne leur en donner que le jus qu'on exprime après les avoir fait médiocrement cuire ; mais com- me il fe corromproit très-aifément , il faut y joindre un peu de pain , & une petite dofe de jus de citron , ou un peu de vin : un tel mélange eft tout ce qu'on peut employer de plus nour- riffant. Quelques écreviffes cuites & écrafées dans le bouillon en relèvent le goût , & le rendent peut-être en- core plus fortifiant ; mais elles ont le double inconvénient d'être un peu échauffantes , Se de rendre le bouil- lon plus fufceptible d'une prompre corruption } ainfi il faut être fur fes gardes à ces deux égards. Le pain Se le jardinage n'ont pas l'avantage de réunir beaucoup de nourriture fous un petit volume y mais leur ufage y fur-tout celui du pain , eft abfolument indifpenfable , pour prévenir , non- feulement le dégoût que l'ufage d'un régime tout animal ne manquerait pas de produire 5 mais encore la putridité qui en feroit une fuite , fi on ne le mêloit pas de végétaux. Sans cette pré-
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caution Ton verroic bientôt éclor re dans les premières voies l'alcali fpontané , & tous les défordres qu'il peut entraîner. J'ai vu les plus grands accidents pro- duits par ce régime , chez des perfon- nes foibles à qui on l'avoit ordonné. Un des fymptômes les plus ordinaires eft l'altération : ils font obligés déboi- re y & la boifîon les affoiblit ; d'ail- leurs , elle fe mêle difficilement avec les humeurs , parce que ce mélange dépend de l'a&ion des vaiflfeaux , qui eft très-languiflante ; & fi par un mal- heur, très-ordinaire chez ceux qui ne prennent que peu de mouvement , î'a6tion des reins diminue , les liqui- des paflent dans le