Boston medical libbary
8 the fenwat
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University of Ottawa
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LEÇONS THÉORIQUES ET CLINIQUES
sur M? s
AFFECTIONS CUTANÉES
PARASITAIRES
Paris. — Imprimerie de L. Martinet, rue Mignon, 2.
r/l?
LEÇONS
THÉORIQU.ES ET CLINIQUES
SUR LES
AFFECTIONS CUTANÉES
PARASITAIRES
Par le docteur 1SAZIHÏ,
Médecin de l'hôpital Saint-Louis, Chevalier de la Légion d'honneur, etc.
ilédigte el publiées
Par M. Alfred FOUQUET,
Interne des hôpitaux,
REVUES ET APPROUVÉES PAR LE PROFESSEUR.
Ouvrage orné de 5 planches gravées sur acier.
PARIS
A. DELAHAYE, LIBRAIRE,
Place il« PBcoIe-de-mo'decine, 23.
F. CHAMEROT, LIBRATRE,
Rue du Jardinet, 13.
1858 Droits do traduction et de reproduction réservés.
TABLE ANALYTIQUE.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — Le parasite, l'affection parasitaire et la maladie parasitaire, p. 3. — Les parasites cutanés jouent le triple rôle de cause, de symptôme et de lésion. Doctrines bien différentes de MM. Caze- nave et Devergie, p. 4 à 7. — Historique. On connaît successivement : les parasites, les affections et les maladies parasitaires. Service signalé rendu par M. Devergie à la dermatologie; mais que d'erreurs contient son livre! p. 7 à 1 1.
DES AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES EN GÉNÉRAI..
— Symptômes. Rapportés à 4 chefs: 1° parasite; 2° modifications physi- ques imprimées par le parasite à la peau et à ses annexes; 3° éruptions symptomatiques; 4" phénomènes sympathique», p. 1 1 à 17. — Marche, durée, terminaisons, p. 17 et 18. — Complications parasitaires, constitu- tionnelles, p. 18. — Étiologie. Causes prédisposantes : physiologiques, hygiéniques , pathologiques. Cause déterminante unique : le parasite. Point de génération spontanée; 4 modes de contagion. Étude des parasites, p. 18 à 27. — Diagnostic. Sources principales : physionomie de l'ensemble, prurit, causes, début de la maladie, microscope, p. 27 à 30. — Pronostic. Point de gravité aujourd'hui. Circonstances qui font varier le pronostic, p. 30 à 34. — Thérapeutique. 3 indications: 1° détruire les parasites; 2° faire disparaître les éruptions qu'ils ont produites; 3° combattre les éruptions constitutionnelles. Importance capitale de la première. Choix de agents parasiticides : huile de cade, sublimé, turbitb, soufre. Divers exci- pients. Proportions les plus convenables : un dixième ou un centième de substance parasiticide. Condition essentielle: que le parasite soit partout atteint par le parasiticide, point de traitement préparateur. P. 34 à 40.
£EMIER£ SECTION. — Affections cutanée» produites par les parasitet
végétaux. — 3 divisious, p. 40 et 41. Chap. i. Végétaux TRinnnrHvriQUF.s t.t omrcnoPBYTiQUBS, — Teignes en séné-
et
H TABLE ANALYTIQUE.
rai. MM. Cazenave et Devergie en présence des teignes, p. 41 à -43. — Classification : il n'y a plus que 3 espèces, chacune avec des variétés, p. 43 à 47. — Nosographie, 3 époques distinctes: germination , état, déclin. Durée. Trois modes de terminaison: mort, guérison sans calvitie, guérison avec calvitie (non admise dans toutes les espèces de teignes). Comment arrive la calvitie définitive, p. 47 à 52. — Étiologie. Causes prédisposantes, causes déterminantes. 4 modes de contagion ; contagion par l'air contestée; inoculation. Comment les végétaux parasites des teignes se comportent à l'égard de l'épiderme, des ongles et des poils...., p. 52 à 61. — Diagnostic. Sources principales : parasites, éruptions symptomatiques, examen des poils et des ongles, microscope, épilation. Cause de certaines difficultés. p. 61 à 63. — Pronostic. Combien différent d'autrefois ! Pourquoi les Manon sont encore ici. Cause des variations: âge et étendue de la maladie, son siège, espèce de teigne, complications, p. 63 à 67. — Thérapeutique géné- rale. L'empirisme avait devancé la science. Pourquoi faut-il employer en même temps l'épilation et les parasiticides? p. 67 à 71. — 3 indications ; la première seule importante. Y a-t-il des agents épilatoires? Trois procédés d'épilatiou : calotte, doigts, pince. Avantages de l'épilation faite avec la pince. Pinces de M. Deffis. Résumé du traitement de la teigne, p. 67 à 81.
Art. I. Teigne faveuse. — C'est la teigne par excellence, p. 81 et 82. — Historique. 3 périodes distinctes, dont la première très étendue ne s'arrête qu'à M. Devergie, p. 82 à 87. — Nosographie. Définition, 87 et 88. — Trois périodes dans la marche de la maladie, p. 88 et 89. — Trois variétés de forme. — § I. Teigne faveuse urcéolaire. Son siège. Signes de germination : prurit, érythème (on a eu tort d'en nier l'existence au cuir chevelu), cer- cles herpétiques, altérations des poils, quelquefois éruptions pustuleuses. Plus tard (2e période), formation du godet; erreur de traduction commise par M. Devergie. Mode de développement des godets, leurs rapports avec les poils, altérations de ces derniers. Odeur des croûtes. Favus urcéolaire cohérent. Complications. Extension de la maladie de la tète aux autres ré- gions. Enfin (3e période), calvitiedéfiuitive,chutedes croûtes, oblitération des follicules, formation des cicatrices. Troubles fonctionnels..., p. 90 à 102. -■■§11. Teigne faveuse scutiforme. Symptômes peu différents; hypersécré- tion épidermique plus abondante; mode d'apparition et aspect du crypto- game. Pourquoi la teigne scutiforme, en s'étendant du cuir chevelu aux autres régions, se transforme-t-elle en teigne urcéolaire; ou plutôt, expli- cation des différences de forme que présente la teigne faveuse, p. 102 à 108. — §111. Teigne faveuse squarreuse. Analogie avec Y impétigo granulata; elle diffère du favus scutiforme. Pourquoi cette disposition du champi- gnon? p. 108 et 109.— Variétés de siège : face, tronc et membres, ongles, parties sexuelles, p. 109 à 112. — Complications, durée et terminaisons, p. 112 et 11 3. — Étiologie et pathogénie (voir teignes en général). Inocula- tions pratiquées par M. Deffis; Gallot, p. 113 à 115. — Hypothèses sur la nature delà teigne; le microscope, la chimie et Tanatomie pathologique
TABLE ANALYTIQUE. f"f|
. montrent que le favus est une production d'origine végétale, p. 115 à- 119. — Fa vus transmis des animaux à l'homme (observation en notes). Dia- gnostic. Signes tirés de trois sources principales : 1" caractères propres aux croules favenses; 2° altérations des cheveux et alopécie ; 3° examen micros- copique (croûtes et poils), p. 1 19 à 126. — Causes d'obscurité dans le dia- gnostic, p. 126 à 128. — Diagnostic différentiel : pseudo-teignes humides, p. 128 à 130. — Pseudo-teignes squameuses ou furfuraeées, p. 130. — Pseudo-teigne sébacée, p. 130 et 131. — Diagnostic différentiel des variétés: porrigo scululata (pityriasis, psoriasis, teigne lonsurantc, favus urcéolaire cohérent), p. 131 à 133. — Porrigo squarrosa (impétigo granulata, favus urcéolaire cohérent), p. 133. — Variétés de siège, 134.— Pronostic. Point de gravité; influence de l'étendue de la maladie ; peu de différence dans les variétés de forme ; observation peu probante de M. Cazenave, p. 134 à 136. — Thérapeutique. Notre méthode est la seule efGcace. Au point de vue pratique, quatre cas différents suivant l'étendue de la maladie. Soins pen- dant la convalescence, p. 1 36 à 141.
Art. II. Teigne tonsurante. — Historique. Teigne tondante décrite par Mahon, 1829. Ce qu'il faut penser de Yarea et de Vophiasis des anciens, de la tinea capillorum de Sennert. Porriginc tonsurante d'Alibert, 1835. Her- pès tonsurant, de M. Cazenave, 1840. En 1844, M. Gruby découvre un végétal parasite dans le porrigo decalvans (qui n'est autre que l'herpès tonsurant), et, deux ans plus tard, Malmstem donne à ce parasite le nom de Trichophyton tonsurans. En 1850, Traité des maladies du cuir chevelu (Cazenave). En 1852, mémoire de MM. Malherbe et Letenneur. En 1853, mon premier travail sur les teignes; résultats confirTnés par M. Robin. En 1854, mon deuxième travail (Considérations sur la mentagre et les tei- gnes de la face) dans lequel, pour la première fois, il est question du tri- chophyton sur les cercles herpétiques; on veut rattacher cette découverte au nom de M de Baerensprung. En 1856, inoculations de M. Deffis; mé- moire de M. Chausit dans lequel on trouve l'herpès circiné habilement rapproché du sycosis sous le nom nouveau de disques érythématcux; thèse de M. Cramoisy, p. 111 à 150. — Nosographie. Trois périodes, p. 150.
— Importance des variétés de siège, p. 151 . — - Première période : prurit ; affections erythémateines, vésiculeuses, squameuses, confondues même par les willanistes ; prédilection pour la forme circulaire, p. 151 à 157.
— Altération des poils, formation des tonsures, p. 157 et 158. — Deuxième période; cryptogame sur les poils et sur l'épiderme ; modification dans la couleur, saillie des surfaces, érection des follicules pileux, p. 158 à 162. — Troisième période: pustules, tubercules, furoncles, p. 162. — Rôle que joue le pus; l'épilation serait nécessaire lors même que le parasite eut été com- plètement détruit (le poil malade est un corps étranger), p. 163 a 165.— L'ordre des symptômes peut être changé. Durée des périodes et de la ma- ladie (importance du développement des poils), p. 165 à 169. — Comment peut sunenir la guérison spontanée, p. 169. —Variétés de siège: cuir
IV TABLE ANALYTIQUE.
chevelu. Début par de l'herpès en groupes, du pityriasis et quelquefois même de l'herpès circiné, quoi qu'en dise M. Devergie. Changement de couleur (importance de ce caractère), p. 170 à 174.— Face et cou, cercles herpétiques et disques érythémateux; sycosis, p. 174 à 176. — Tronc et membres; parties sexuelles, p. 176.
Étiologie. — Causes prédisposantes. Cause déterminante: trichophyton. Ses caractères changent un peu avec le temps ; qu'est-ce que le Microsporon rrtentographytes de M. Gruby ? Le parasite se transmet de quatre manières, souvent par l'inoculation ou la rasure; théorie mécanique de MM. Caze- nave et Chausit, p. 176 à 183. — Diagnostic. Facile à la deuxième période. A la première période, l'affection peut être confondue avec le pityriasis, le psoriasis, la lèpre vulgaire, la teigne fa veusescuti forme; à la face, sur les tronc et les membres, difficultés moindres: psoriasis, anneaux faviques, pityriasis rubra, syphilides circinées, interlrigo. A la troisième période: scrofulides exsudatives et teigne faveuse, au cuir chevelu; à la face, scro- fulides, syphilides pustuleuses et tuberculeuses (trois caractères importants : débris de cercles herpétiques, plaques indurées circulaires sur les joues, lichen circonscrit au dos de la main ou de l'avant-bras ; aux aisselles et aux
r parties sexuelles, difficultés, p. 183 à 188. — Pronostic. La teigne tonsu- ranle est aujourd'hui une affection plus sérieuse que la leigue faveuse; la durée du traitement est beaucoup plus longue, p. 188 et 189. — Traite- ment. On ne peut que très rarement guérir par les moyens ordinaires. — Emploi combiné de l'épilation et des parasiticides. Dans quels cas les para- siticides peuvent j-uffire? On doit quelquefois différer l'épilation. Limites de l'opération. Ses difficultés. A quel moment peut-on déclarer les malades guéris? Pourquoi les mentagreux guérissent plus vite dans notre service, p. 189 à 195.
Art. III. Teigne pelade. — Historique. Embarras des auteurs pour classer cette affection. Area et alopécia des anciens, vitiligo de M. Cazenave, por- rigo decalvans de Bateman. En 1843, M. Gruby découvre un cryptogame dans cette affection ; M. Robin nie l'existence du parasite. En 1853. j'ad- mettais deux espèces de teignes, répondant au porrigo decalvans ; pourquoi je les réunis aujourd'hui sous le nom de pelade, p. 195 à 197. — Noso. graphie. Trois périodes, p. 198. — Deux variétés: pelade achromateuseet pelade décalvante, différences dans les caractères et dans la marche, p. 199 à 201. — Étiologie. Causes prédisposantes, p. 201. — Description du microsporon d'Audouin; altérations qu'il produit dans la texture des poils, p. 202 à 204 — Diaguostic. Vitiligo simple, teignes faveuse et lonsurante, différentes variétés d'alopécie, lupus érythémateux du cuir chevelu, p. 204 à 207. — Pronostic, p. 207. — Traitement: sa durée (difficultés de l'épi- lation), p. 207.
Chap. II. VrfiÉTAUx ÉPiDERttoPHYTiQUES. — Je réunis sous le nom de cra.ises parasitaires les affections qu'ils produisent, situation superficielle du para- site {microsporon furfnr), p. 208, — Nosographie. Disposition et étendue ;
TABLE ANALYTIQUE. V
couleur; démangeaisons; exfoliation continuelle. Durée et récidives. M. Hardy considère le parasite comme un phénomène accessoire. Toujours guérison, p. 208 à 210. — Étiologie. Causes prédisposantes, cause déter- minante: épidermophyton, ses caractères, p. 210 à 212. — Diagnostic facile. La coexistence d'une syphilide papuleuse peut mettre dans l'embarras. Importance du microscope. Taches de rousseur; macules syphilitiques. Acné sébacée (pityriasis nigra, pityriasis versicolor). Vitiligo, pityriasis sim- plex, pityriasis rubra, p. 212 à 2U. — Pronostic, p. 2H. —Traitement: parasiticides. Point de traitement interne, p. 21a» Chap. III. Végétaux épithéliophytiques. —Simple mention. Rôle secondaire. Traitement parasiticide (sublimé ...), p, 215 et 216.
DEUXIÈME SECTION. — Affections cutanées produites par les para- sites animaux. — Deux catégories de parasites animaux, p. 217.
lre catégorie. — Affections cutanées produites parle pou (pou de tète, pou de corps, pou de pubis), p. 217 à 220 ; — et par la puce commune, p. 220 et 221.
2e catégorie. — Simple mention pour la puce pénétrante. Affections produites par l' Acarus scabiei ou gale. Définition, p. 221 — Nosographie. Trois pé- riodes dans la marche. Période d'incubation (pruiit et éruptions fugaces). Période d'état : quatre ordres de symptômes: 1° Acarus (mâle, femelle, nymphe); 2° sillons (leur importance, leurs aspects divers, leur nombre, leurs rapports avec les vésicules) ; 3° éruptions symptomaliques (vésicules, papules, pustules, furoncles...); 4° phénomènes sympathiques (violence du prurit pendant la nuit; irritation produite par les ongles). Période de déclin, p. 222 à 227. — Complications, p. 227. — Variétés de forme et va- riétés de siège (gale générale; gales partielles), p. 227 à 229. — Étiologie. Causes prédisposantes, cause efficiente : acarus mâle, acarus femelle, nymphe. Mode de contagion, p. 229 et 230. — Diagnostic. Importance des sillons; diversité des éruptions; papules rouges sur la verge, etc. Com- ment les auteurs ont compris le diagnostic différentiel, p. 230 à 232. — Pronostic, 232. — Traitement. Trois indications. Il faut que le parasite soit, sur tous les points, atteint par le parasiticide; donc la friction géné- rale est indispensable. J'avais réduit à quelques jours la durée du traite- ment; M. Hardy a fait mieux encore, p. 232 à 23'J.
PREFACE.
Ces leçons sont le résumé des connaissances nouvelles dont il nous a été donné, grâce à l'observation continuée pendant dix ans, dans un grand hôpital spécial, d'enrichir la science des affections cutanées.
Elles ont suffi pour l'instruction des auditeurs qui. les ont suivies; mais leur publication est destinée à mettre, entre les mains des praticiens, un ouvrage où ils puissent trouver les moyens de reconnaître et de guérir les derma- toses parasitaires.
J'ai réuni toutes ces affections dans une seule famille, j'ai décrit avec soin les caractères propres qui les distin- guent des éruptions dartreuses, scrofuleuses, syphilitiques, dans les diverses phases de leur évolution; j'ai indiqué le moyen de les attaquer avec succès, quels que soient d'ail- leurs leur siège, leur étendue et l'âge du parasite: on peut dire qu'envisagé de ce point de vue le sujet est entière- ment neuf.
On en trouve, il est vrai, quelques fragments <;à et la dans des mémoires particuliers, dans certains traités des
Viil PRÉFACE
maladies de la peau ou d'histoire naturelle ; mais nulle part il n'est exposé dans son ensemble, comme dans ces leçons, fidèlement recueillies par M. Pouquet, interne du service, et publiées avec des planches destinées à foire reconnaître les parasites dans les cas embarrassants où l'emploi du microscope est devenu nécessaire.
Il y a plus, le titre seul du sujet soulève des questions générales d'une liante importance ; questions de doctrine et de clafissication.
Pourquoi dire affections cutanées et non maladies cuta- nées?
Pourquoi réunir sous la dénomination commune d'af- fections parasitaires des inflammations de la peau si diffé- rentes et par la forme et par le siège élémentaire?
Ceci demande quelques explications.
Les dermatologistes, par cela seul qu'ils sont dermato- graphes, sont essentiellement organiciens, et par conséquent ennemis du nosologisme proprement dit. Us ne sauraient voir la maladie ailleurs que dans l'organe qui fait l'objet spécial de leurs études, c'est- à-dire dans la peau ; aussi n'at- tachent-ils qu'une très médiocre importance à cette dis- tinction de la maladie et de l'affection. Us ne professent qu'une doctrine et n'ont qu'une classification, empruntées toutes deux à l'anatomie pathologique.
En un mot c'est la classification de Willan, à peine mo- difiée dans les détails, qu'ont adoptée la plupart des patho- logistes modernes, tous, plus ou moins imbus des doctrines organiques ou physiologiques. Le vrai nosologiste ne part ni de la physiologie, ni de l'anatomie, ou de l'anatomie pa- thologique, pour étudier les maladies et les classer par une
PRÉFACE. 1M
méthode simple et naturelle : il part du malade et l'obser- vation est son seul flambleau.
L'observation, seule, lui apprend l'évolution et la suc- cession des symptômes, les rapports des symptômes entre eux, la marche, laduréc, les terminaisons de l'état morbide : il arrive ainsi à la connaissance des maladies ou des uni- tés pathologiques, qu'il partage en groupes ou familles na- turelles, d'après l'analogie de cause, de symptômes et de traitement et non d'après le siège des lésions. Telle est la véritable doctrine médicale, tels sont les principes que j'ai toujours professés.
Cette doctrine traditionnelle établit une différence capi- tale entre l'affection et la maladie. L'affection est un étal morbide des organes; la maladie est l'état morbide de l'in- dividu. Comme je l'ai dit ailleurs, il n'y a pas de maladies de la peau: il n'y a que des affections de la peau. Partant de là, j'ai donc eu raison de dire affections cutanées para- sitaires et non maladies cutanées parasitaires.
D'ailleurs toutes les affections delà peau ne se rattachent pas nécessairement à des maladies. La piqûre de puce est une lésion de la peau : on ne peut pas dire, sans blesser le bon sens, qu'elle est une maladie.
Si beaucoup d'affections de la peau ne sont ni des mala- dies ni des symptômes de maladies, une classification no- sologique ne leur est pas applicable puisqu'elle ne saurait les comprendre toutes. Évidemment, elle ne peut servir qu'à la coordination des éruptions pathologiques.
J'en dirai autant des classifications séméiotique et ana- lomo-pathologique qui, utiles d'un certain point de vue, pour le diagnostic par exempte, sent défectueuses dès qu'on
X PRÉFACE.
veut les appliquer aux affections cutanées, avec l'intention de tracer une histoire complète de ces dernières.
La seule méthode de classement applicable en pareil cas aux affections de la peau est celle qui les réunit par les causes.
Cette classification étiologique les partage tout d'abord en deux grandes sections, l'une où se trouvent les affec- tions de cause externe, et l'autre qui comprend toutes les affections de cause interne.
Je rattache aux affections de cause externe :
1° Les éruptions mécaniques ;
2° Les éruptions artificielles;
o° Les éruptions parasitaires.
Les affections de cause interne sont congénitales ou pa- thologiques ; je n'ai point à m'en occuper ici : je dirai quel- ques mots seulement des affections de cause externe.
1° Les éruptions mécaniques ou chirurgicales sont pro- duites par l'action immédiate des agents physiques sur la peau : l'ecchymose par exemple. Ce sont de véritables blessures de la peau.
2° Les éruptions artificielles sont directes ou indirectes. Les premières succèdent à l'action locale des agents phy- siques, mais elles sont le résultat d'un travail inflamma- toire et non le produit immédiat de la cause extérieure : telles sont les éruptions produites par l'huile de croton, le tartre stibié, l'huile de cade, etc.... Les secondes sont les éruptions toxiques ou pathogénétiques. , consécutives à l'ingestion de substances plus ou moins vénéneuses. 11 im- porte de les connaître afin de ne pas les confondre avec les éruptions analogues de cause interne.
PRÉFACE. XI
o° Les éruptions parasitaires, déterminées par des êtres organisés, vivant exclusivement sur la peau, appartenant au règne végétal ou au règne animal.
Ces différentes éruptions mécaniques, artificielles, para- sitiques sont manifestement de cause externe, mais elles agissent sur des organisations plus ou moins prédisposées aux affections cutanées ; elles éveillent des prédispositions dont les effets ont été confondus avec les résultats simples et immédiats de la cause extérieure. C'est ainsi quela dartre a été, dans beaucoup de cas, confondue avec la gale ; que la scrofule a été confondue avec la teigne.
On remarquera que, parmi les éruptions artificielles, il est un groupe de ces affections qui se rapprochent singu- lièrement des affections parasitaires ; je veux parler des blessures produites par les animaux qui ne se trouvent qu'accidentellement sur la peau de l'homme : tels que pu- naises, mouches, cousins, etc
L'importance et les avantages d'une pareille classification sont faciles à comprendre.
La connaissance des affections morbides ne saurait avoir d'autre but pour l'homme de l'art que la thérapeutique. Or, classer ces affections par les causes, c'est déjà indiquer leur nature et mettre sur la voie d'un traitement rationnel : sublatâ causa, tollilur effectus.
Qu'une affection soit papuleuse, vésiculeuse ou pustu- leuse, qu'importe? — Nous savons qu'elle est parasitaire et nous sommes certains qu'elle disparaîtra sous l'influence des parasiticides. La forme varie, mais la nature est la même ; or, la forme n'est qu'une chose secondaire et classer les affections par la forme en papuieuses, vésiculeuses ,
XH PRÉFACE.
pustuleuses..,, c'est subordonner la nature ou le fait prin- cipal à la forme ou au fait secondaire.
Le mode pathogénique des affections cutanées a plus d'importance sans doute que la forme des éruptions ; mais il en a moins, pour la thérapeutique, que la cause pre- mière, l'origine ou la nature de ces éruptions. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple : la question la plus importante pour le médecin et pour le malade n'est pas de savoir si telle éruption cutanée est hypertrophique, inflammatoire ou fibro- plastique, c'est de connaître si cette éruption est d'origine scrofuleuse, afin de pouvoir diriger contre elle une médi- cation appropriée à la maladie dont elle n'est que la traduc- tion cutanée.
L'étude approfondie des affections cutanées suppose la connaissance antérieure de la nosographie et de la séméïo- tique cutanée. Citons un exemple pour bien rendre notre pensée et nous faire comprendre du lecleur.
Comment arriver à la connaissance parfaite des scrofu- lides si l'on ne connaît déjà l'histoire de la scrofule. Pour savoir ce qui est scrofulide, il faut connaître les affections qui ont précédé, celles qui doivent suivre et les rapports de ces affections entre elles.
Je dis de plus qu'il faut connaître la séméïotique de la peau, car c'est elle qui détermine la valeur individuelle des diverses périodes d'une même affection. Ainsi, je suppose qu'on veuille tracer l'histoire complète de l'éruption vario- lique, n'est-il pas évident qu'il faudra connaître la noso- graphie par laquelle on apprend toute l'évolution de la pe- tite vérole et la séméiotique de la peau qui détermine la valeur absolue et relative des taches, des papules, des pus-
PRÉFACÉ. \H1
tules et des croûtes. Avec ces données, il est facile de tracer une histoire complète, à tous les points de vue, de l'affec- tion cutanée dite éruption variolique.
Si l'on ne peut arriver à la connaissance parfaite des af- fections de la peau, sans avoir fait une étude préalable de la nosographie, nous pouvons rigoureusement tirer de là cette conséquence: qu'avant d'être spécialiste, il faut avoir été médecin.
En effet, le spécialiste, qui ne s'est jamais livré qu'à l'étude de sa spécialité, n'est et ne peut être qu'un médi- easlre aveugle. Un moment, le succès peut en apparence couronner sa pratique, mais en réalité ce spécialiste igno- rant n'est appelé qu'à faire des victimes et non à guérir des malades.
On trouvera, dans ces leçons, quelques considérations nouvelles sur les parasites végétaux, des divisions et des descriptions qui ne se rencontrent pas ailleurs, ni dans les livres des autres ni dans les brochures que j'ai déjà publiées sur les teignes.
J'ai essayé d'éclaircir les points les plus obscurs du sujet en même temps que j'ai expliqué certaines contradictions apparenles entre mes croyances actuelles et les assertions émises dans mes recherches antérieures.
Dans l'historique, j'ai fait connaître les travaux des au- teurs qui ont traité le même sujet ; avec un soin tout parti- culier, je me suis attaché à faire la part qui revient à cha- cun dans les découvertes modernes.
J'ai dû aussi flétrir ce système d'appropriation, assez à la mode aujourd'hui, qui consiste à s'emparer sous des noms différents des dérouverfes des autres. Ainsi, pour ne
X.IV PRÉFACE,
citer qu'un fait : les rapports de V herpès circiné, du pity- riasis alba et du sycosis étaient ignorés avant moi ; je les ai signalés à l'attention des dermatographes, et voilà que bientôt M. Chausit admet une forme de sycosis qu'il ap- pelle disques érythémateuœ Singulier sycosis pour un
disciple de l'école de Willan ! — puis, c'est M. Devergïe (1) qui vient à son tour transformer son pityriasis alba, la deuxième période de ma teigne tonsurante, en une maladie nouvelle, la mentagrophyte traçante!!! Le microsporon mentagro- phytes, que j'avais cru mort, est ressuscité et vient mer- veilleusement s'adapter à la pathogénie de cette maladie nouvelle. Mais, le microsporon mentagrop hy tes a été trouvé par le docteur Gruby, dans une éruption mentagreuse et non dans un érytbème ou un pityriasis du menton!..,. Ne serait-ce pas qu'au temps où le docteur Gruby faisait ses recherches, ce champignon vivait dans les pustules ou dans les follicules et qu'aujourd'hui il ne végète plus que sur l'épidémie? C'est un parti pris, personne ne veut admettre ni l'identité de nature, ni la succession de ces -trois affections, herpès circiné, herpès tonsurant, sycosis, mais chacun veut avoir sa part de cette prétendue décou- verte.
Une discussion vient d'avoir lieu à l'Académie de méde- cine sur les parasites de la peau humaine. Mon collègue, M. Devergie, a cru devoir, à l'occasion d'un rapport sur la dartre tonsurante des chevaux, porter devant la docte as- semblée les doctrines des micrographes ; je dirai, moi, pour
(l) Journal des connaissances médico-chirurgicales, par Lucas-Ctiam- pionnière (n° de septembre 1857)..
PRÉFACE. XV
parler avec plus de franchise, les principes exposés dans cet ouvrage.
On s'était mépris sur le sens de mes paroles: j'avais dit, en répondant à un mauvais argument de M. Cazenave, que l'Académie était incompétente en matière de teignes; sans doute on aura pris cela pour une provocation, et l'on s'est présenté devant elle armé de pied en cap, pour engager la lutte contre les micrographes ; mais à peine commencé le combat a fini, faute de combattants. Que pense-t-on main- tenant de ma témérité irrévérencieuse?
Dans une lettre, adressée à M. le Président de l'Aca- démie, j'ai reproché à M. Devergie d'avoir passé sous si- lence mes travaux sur les affections parasitaires, d'avoir tronqué mes phrases, d'avoir traduit inexactement le sens de mes paroles, de s'être approprié mes idées en les dé- naturant : le lecteur impartial, qui aura pris connaissance du rapport de M. Devergie, verra par la lecture de ces leçons si tous ces reproches sont fondés.
A la tribune académique, M. Devergie, dans sa sollici- tude pour tout ce qui peut mintéresser directement, est venu dire qu'il rejetait, comme n'ayant pas de caractère véridique, les paroles que l'on me prête dans les leçons pu- bliées par mes élèves. A cette occasion, je ne puis m'em- pècher de réclamer toute la responsabilité des opinions émises, des laits allégués dans ces écrits. le laisse au jeune médecin distingué, qui a bien voulu recueillir mes leçons sur les affections parasitaires, tout le mérite delà rédaction, mais il me parait juste d'ajouter que, loin de donner plus d'àpreté à mes paroles, il a parfois, au contraire, apporté quelque adoucissement à mon langage.
XV! PttftfAËB.
En butte à des attaques passionnées, on conçoit aisément que j'aie dû éprouver une vive satisfaction en lisant les articles de M. Hardy, qui ont paru tout récemment dans le Moniteur des hôpitaux. Ce savant collègue n'a pu garder le silence en voyant le peu de cas qu'on faisait à l'Aca- démie des progrès réalisés depuis quelques années à l'hô- pital Saint-Louis, dans la thérapeutique des affections de la peau. Après avoir rendu pleine et entière justice à mes travaux, M. Hardy déclare qu'il accepte sans réserve mes doctrines sur les affections parasitaires, qu'il partage mes idées, et, avec cet esprit droit, ce jugement sûr que tout le monde lui connaît, il n'a pas de peine à prouver que les maladies parasitaires forment une famille très naturelle dans la nosologie dermatologique.
Cette déclaration si franche, si explicite de notre hono- rable collègue a plus de valeur à nos yeux qu'une sanction donnée par toutes les académies de l'Europe ; puisse-t-elle mettre un terme à des insinuations perfides contre les- quelles il est souvent plus difficile de se défendre que contre une accusation ouverte !
Les éditeurs n'ont rien négligé de ce qui pouvait être utile dans cette publication pour la rendre intéressante et com- pléter l'étude des parasites. Us y ont ajouté des planches où se trouvent figurés tous les cryptogames de la peau hu- maine. On y remarquera surtout ceux de la pelade et des crasses parasitaires, qui n'ont été nulle part représentés d'une manière exacte.
E. Bazin.
2G février 1858.
LEÇONS THÉORIQUES ET CLINIQUES
SUR LES
AFFECTIONS CUTANÉES
PARASITAIRES.
En terminant mes leçons de l'année dernière, je vous avais promis de continuer, celle année, le parallèle si intéressant de la scrofule, de la syphilis, de la dartre et de l'arthritis.
Après avoir suivi ensemble les différentes manifestations de ces diverses maladies sur les systèmes cutané, muqueux, cellulaire et ganglionnaire, nous devions aborder l'étude des affections plus profondes, et j'aurais pu sans peine vous convaincre que la scrofule, quand elle atteint les os, les articulations, les viscères, se présente toujours avec des caractères qui n'appartiennent qu'à elle, et qui, par consé- quent, la distinguent toujours de la syphilis, de la dartre et de l'arthritis dans leurs manifestations profondes.
Pourquoi donc ai -je abandonné ce sujet, et pourquoi ai-je
choisi, pour mes leçons de cette année, l'étude des affections
cutanées parasitaires?
Deux raisons surtout m'ont déterminé à interrompre mes
leçons de Tannée dernière.
i
2 PARASITES EN GÉNÉRAL.
D'abord je n'ai point, ce que je devais avoir, mon service de femmes scrofuleuses, et vous savez que, chez la femme, la scrofule se montre avec des caractères aussi tranchés, plus tranchés peut-être que chez l'homme.
En second lieu , la publication de mes dernières leçons n'étant pas encore achevée, il m'était impossible de continuer un sujet dont mes nouveaux auditeurs n'auraient pu connaître la première partie.
J'ai voulu reprendre, cette année, l'étude des affections parasitaires, parce que ce sujet n'a été traité que d'une manière tout à fait incomplète dans mes leçons de 1855 : je n'ai pas dit un mot des parasites animaux, et c'est tout au plus si j'ai consacré une leçon à la description des différentes variétés de teignes. — ■ Le moment m'a paru opportun de faire, cette année, avec vous, une étude sérieuse, complète, approfondie, de ces affections parasitaires les plus intéres- santes peut-être, et, sans contredit, les plus négligées de la pathologie cutanée. Elles forment une classe très nombreuse, très variée; chaque jour, elles donnent lieu aux méprises les plus fâcheuses, et je ne saurais dire combien de malades (tant le nombre en est considérable!) sont venus ici nous consulter, portant une affection parasitaire que des confrères très habiles avaient rattachée à la dartre ou, plus souvent, à la syphilis.
Entrons maintenant dans notre sujet, et permettez-moi, avant tout, de vous donner une définition claire et précise des termes que nous emploierons 5 car, vous le savez, pour s'entendre sur les choses, il faut d'abord s'entendre sur les mots.
Qu'est-ce donc qu'un parasite, une affection parasitaire et une maladie parasitaire ?
PARASITES EN GÉNÉRAL. 3
On donne le nom de parasite à un être organisé, végétal ou animal, qui, fixé sur un autre être, y puise exclusivement les éléments de sa subsistance. Il y a donc deux classes de parasites : les parasites animaux et les parasites végétaux. Les uns et les autres peuvent se montrer sur des animaux ou sur des végétaux. — Je ne m'occuperai que des parasites qui vivent sur la peau de l'homme.
\À affection cutanée parasitaire est une affection de la peau produite directement par le parasite lui-même, ou sympto- malique d'une maladie parasitaire.
Enfin, sous le nom de maladie parasitaire , nous entendons un étal particulier et accidentel de l'organisme qui se montre, par suite delà présence d'un parasite (animal ou végétal), sur un point quelconque du corps, et qui se manifeste par un ensemble de symptômes, de lésions et d'affections.
Ainsi, la teigne lonsurante est un état qui embrasse toutes les expressions se rattachant à l'existence d'un végétal parasite : disques érythémateux, herpès circiné, eczéma et
lichen circonscrits, pustules, tubercules La teigne ton-
surante est donc une maladie parasitaire; l'une quelconque de ses manifestations, l'herpès circiné, par exemple, est une affection parasitaire ; et. le parasite lui-même, c'est le trichophyton.
Je crains que vous ne compreniez pas bien, et, par suite, que vous trouviez subtile la distinction que j'ai établie entre Y affection parasitaire et la maladie parasitaire. Sans doute, il est difficile de poser des limites fixes, et quelquefois on ne saurait dire s'il y a maladie parasitaire ou simplement affection • mais il n'en est pas moins vrai que la différence est grande entre l'une et l'autre, puisque la première est un eiat dont la seconde n'est qu'une manifestation, .le n'insiste pas davantage, eette question n'ayant qu'une médiocre impor-
h PARASITES EN GÉNÉRAL1.
tance, à cause de l'ordre que j'adopterai dans cette étude ; vous me comprendrez mieux à la fin de cette leçon.
Le parasite fixé sur la peau de l'homme joue le triple rôle de cause, de symptôme et de lésion.
1° Il joue le rôle de cause en déterminant des lésions phy- siques. — En traçant son sillon, l'acarus soulève et détruit les couches superficiellesde l'épiderme. — L'achorion, dans le favus, dissocie, en se développant, les deux lamelles épider- miques entre lesquelles il est placé, et quand il existe depuis longtemps, il produit souvent des cicatrices indélébiles ; d'autres fois, le même parasite se développe sous l'ongle, le soulève, le détruit lentement, et finit par le perforer.
Outre ces lésions purement mécaniques, il provoque, à une certaine période de son existence, des éruptions cutanées diverses : herpès, eczéma, lichen, pityriasis, eclhyma, etc. Déjà, à ce moment, s?est développée dans l'organisme une apti- tude sans laquelle ces éruptions ne sauraient se manifester.
Ici, comme dans toute maladie, nous trouvons deux causes dont le concours est nécessaire, l'une externe, l'autre interne. C'est cette dernière que j'ai déjà désignée sous le nom d'aptitude, et que je vous prie de ne pas confondre avec la condition de terrain. La maladie peut être considérée comme la résultante de ces deux forces interne et externe. Le parasite ne peut rien sans l'aptitude de l'organisme, et sans le parasite, cette aptitude demeure stérile.— J'ai eu l'oc- casion d'observer un sujet dont la peau des mains était cou- verte de sillons et d'acares, sans qu'on pût trouver la moindre trace de la plus légère éruption : évidemment, dans ce cas, il y avait défaut d'aptitude, et le sujet n'avait pas la gale. Cependant les conditions de terrain étaient très favorables au développement des parasites, puisque ces derniers étaient extrêmement nombreux. Vous voyez, par cet exemple, que
PARASITES EN GÉNÉRAL. 5
les conditions locales et l'aptitude sont choses très différentes.
2° Leparasiteest aussi symptôme.— r N'est-ce pas, en effet, l'acborion qui constitue ces godets si remarquables dans le favus? N'est-ce-pas également le trichophyton qui forme ces gaines blanches qui entourent et masquent les poils cas- sés dans la teigne tonsurante? Et ne savez-vous pas tous que, dans la gale, ce petit point blanc, brillant, que Ton voit à l'ex- trémité d'un sillon, n'est autre chose que l'acarus?
3° J'ai dit, enfin, que le parasite jouait le rôle de lésion. Il joue ce rôle par son mélange avec les éléments cutanés qu'il a altérés, ou avec les produits morbides dont il a pro- voqué la formation.
J'attache une très grande importance à ce triple rôle que joue le parasite dans les affections cutanées. Vous verrez, en effet, que ces idées sont loin d'être admises par tous les der- matologistes, et je désire vous faire bien comprendre en quoi ma doctrine est différente des autres.
Dans un grand nombre de maladies, dans la fièvre typhoïde et dans le choléra, par exemple, on voit souvent se dévelop- per des parasites. Leur existence est incontestable, mais ils diffèrent essentiellement des parasites cutanés, que nous étudierons. — Ils ne jouent pas le triple rôle de cause, de symptôme et de lésion. — Ils n'ajoutent rien à la maladie dans laquelle ils se produisent, et leur développement a lieu sur des tissus altérés ou sur des produits de nouvelle forma- tion. Cène sont donc que des parasites de la lésion morbide, qui ne méritent en aucune façon de fixer l'attention du médecin.
Eh bien, beaucoup de dermatographes n'attachent pas plus d'importance à nos parasites cutanés, puisqu'ils les con- sidèrent comme se développant sur des produits de sécrétion altérés, ou comme se montrant sous l'influence d'un état morbide de l'organisme.
6 parasites en général.
Lisez, dans ie livre de M. Cazenave, le mode de production du champignon favique, et, dans celui de M. Devergie, le chapitre qui traite de la gale, et vous verrez quel triste rôle joue le parasite.
Pour M. Cazenave, le champignon (quand il existe) ne forme qu'une très petite partie des croûtes faviques, lesquelles se composent, en presque totalité, de matière sébacée, et c'est toujours sur cette matière sébacée altérée que le parasite se développe. — La vérité est, je crois, vous l'avoir déjà dit, que ces croûtes jaunes du favus sont exclusivement constituées par ce végéta! parasite auquel les naturalistes donnent le nom (Yachorion.
M. Devergie fait un peu plus d'honneur au parasite ani- mal. — L'acarus peut être engendré spontanément sous l'in- fluence d'un état morbide de l'organisme, par suite d'une altération particulière des humeurs; mais dès qu'il est créé, ce parasite joue un rôle actif et contribue au développement des diverses éruptions qui se manifestent dans la gale. — En un mot, l'acarus, qui n'est d'abord qu'un effet de la maladie, est plus tard élevé à la dignité de cause.
Vous ne sauriez croire quelle funeste influence ces doc- trines ont exercée sur la thérapeutique des affections cutanées parasitaires. Et, pour ne citer qu'un exemple, pourquoi, en I8/18, se bornait-on encore aux frictions partielles dans le traitement de la gale, lorsque depuis longtemps déjàHelmerich et Burdin, son élève, avaient montré l'efficacité delà friction générale? — C'est qu'en considérant l'acarus comme un pro- duit de la maladie, on ne pouvait donner qu'une mauvaise explication de la supériorité des frictions générales; la des- truction de l'acarus n'était rien moins qu'importa nte, il fal- lait avant tout corriger les humeurs, comme le dit expres- sément Burdin, et pour cela il suffisait de faire absorber par
l'AiîAsn ks en général. 7
la peau quatre onces de pommade : la friction générale n'était préférable qu'en permettant l'absorption de la quantité vou- lue de pommade. On put donc croire, après Burdin, que plu- sieurs frictions partielles équivalaient à une friction générale, et cette dernière fut négligée.
Déjà vous avez vu que ma doctrine sur le rôle des para- sites cutanés n'était pas généralement adoptée; vous le com- prendrez mieux encore par les considérations historiques générales dans lesquelles nous allons maintenant entrer.
Historique. — Les animaux parasites ont été connus bien plus tôt que les végétaux parasites. La connaissance du pou et de la puce remonte sans doute à l'antiquité la plus reculée ; celle de l'acarus est d'une date moins ancienne, Avenzoar est le premier auteur qui en fasse mention.
Quant aux végétaux parasites, leur découverte est toute récente ; il y a à peine vingt- cinq à trente ans que Schcen- lein, le premier, a décrit, sous le nom (ïoïdiim, le végétal parasite de la teigne fàveuse, aujourd'hui connu sous le nom à'Achorion Schœnleinii.
Depuis cette époque, on a observé et décrit les champi- gnons des autres variétés de teigne, et à ces intéressantes découvertes se rattachent les noms des micrographes les plus distingués, parmi lesquels nous devons surtout citer MM. Re- mak, Bennett, Fuchs, Lebert, Gruby et Ch. Robin.
Mais ne croyez pas que la connaissance des affections et des maladies parasitaires ait accompagné ou suivi de près la découverte des parasites. Turner, qui écrivait dans le siècle dernier, fait dans son ouvrage un groupe des différents para- sites, et, dans ce groupe, on trouve l'histoire de l'acarus à côté de celle du pou et delà puce ; puis, dans un autre cha- pitre, le même auteur traite de la gale, qu'il considère
8 parasites en général.
comme unemaladie des humeurs: le parasite n'est ainsi, vous
le voyez, qu'un simple produit de la maladie.
Les champignons sont connus depuis plus de vingt, années, et leur histoire est aujourd'hui à peine achevée.
Comme dans toutes les découvertes en médecine, on n'est arrivé que pas à pas à la vérité, en marchant toujours du simple au composé. — D'abord ce sont les symptômes qui frappent: aussi le prurit etl'érythème produits parle para- sites ont-ils la première chose mentionnée par les auteurs. — Plus tard, on arrive aux affections, et depuis Mercuriali jusqu'à Willan, on trouve des descriptions exactes et déplus en plus complètes des affections cutanées que les parasites déterminent. — Enfin, pour arrivera la connaissance de la maladie parasitaire, il fallait apprécier les rapports des diver- ses affections entre elles, grouper ces affections, travail évi- demment sérieux et plus difficile, d'autant plus que les ma- nifestations, se rattachant à un même parasite, étaient plus nombreuses. C'est ainsi que les maladies les plus simples sont très bien connues depuis très longtemps (teignes achroma- teuse et décalvante, désignées sousle nom commun depelade), tandis que les plus compliquées (gale, et surtout teigne ton- surante) sont, aujourd'hui encore, méconnues dans leur unité par le plus grand nombre des médecins.
Dans les traités spéciaux de dermatologie, les animaux parasites occupent une place; mais on y trouve plutôt des groupes de parasites que des affections cutanées parasitaires. Turner nous en a déjà fourni un remarquable exemple.
Dans ces mômes ouvrages, il n'est pas question des végé- taux, ou s'ilssont mentionnés, ce n'est qu'à l'état d'hypothèse : je vous ai déjà dit combien peu d'importance certains auteurs leur accordaient.
Peut-êti\^ quelques esprits rêveurs sont-ils aujourd'hui
PARASITES EN GÉNÉRAL. 9
disposés à voir des champignons dans toutes les affections, dignes émules de Raspail qui, vous le savez, admet, dans toutes les maladies, des animaux parasites auxquels il fait jouer un très grand rôle. Tenez-vous toujours dans une grande " défiance en présence de doctrines entachées d'une si évidente exagération- mais n'allez pas non plus, avec M. Cazenave, vous jeter dans un excès contraire, et, par une crainte exa- gérée du morbidisme végétal, nier jusqu'à l'existence des végétaux parasites. Vous êtes entre deux écueils qu'il faut savoir également éviter.
Parmi les médecins de l'hôpital Saint-Louis, M. Hardy est le premier, après nous, qui ait admis l'existence des végétaux parasites; — viennent ensuite M.Gibert, et, après lui, M. Devergie, qui, dans la seconde édition de son ouvrage qu'il a fait paraître tout récemment, reconnaît aux champignons une existence incontestable; et, bien que dans cet ouvrage le végétal parasite (mycoderme) n'occupe pas sa vraie place, on doit assurément quelques éloges à notre honorable collègue pour avoir donné le premier signal en faisant prendre rang- dans la science à nos parasites des teignes.
Maintenant, pourquoi ne le dirais-je pas, ce livre renferme une multitude d'erreurs : erreurs de dates et de faits , erreurs d'appréciations et d'interprétations, erreurs de doc- trines. Et je n'en finirais pas si je voulais les signaler
toutes. Ces erreurs innombrables ont été ou seront très pro- chainement relevées.
Qu'il me soit cependant permis de répondre à une injuste accusation de M. Devergie. « Vous avez, me dit-il, tout ren- versé, vous n'avez rien édifié Vous professez un profond
mépris pour les noms séculaires...» — J'avoue que je croyais avoir apporté un peu d'ordre et de clarté dans l'étude des affections parasitaires ; je croyais aussi avoir, plus que tout
10 PAilASITiiS hM GÉiNÉlUL.
autre, respecté la tradition, en conservant des vieux mots tombés en désuétude, tels que ceux de teigne, de pelade. Et si ces mots n'ont plus dans ma bouche leur ancienne signi- fication, faut-il m'en faire un reproche? Ne devais-je pas, en les conservant, les mettre en harmonie avec les progrès de la science?
Je n'ai donc pas bouleversé la science, mais bien plutôt et seulement celle de M. Devergïe. Pour vous en convaincre, comparez les deux éditions de son ouvrage ; — c'est en vain que vous chercherez dans la première le groupe de maladies à champignons.
On peut; dans l'étude des parasites, se placer à plusieurs points de vue, et suivre l'ordre nosographique, l'ordre sé- méiotique ou l'ordre étiologique ; c'est cette dernière marche que j'adopterai. »
DES
AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
EN GÉNÉRAL.
L'étude des affections cutanées parasitaires comprend la nosographie, l'étiologie, la séméiotiqueet la thérapeutique ; nous prendrons d'abord la nosographie, qui embrasse les symptômes, la marche, la durée et la terminaison.
Symptômes. — Ils sont très nombreux et peuvent être rapportés à quatre ordres différents : 1° symptômes fournis par le parasite lui-même ; — 2° symptômes fournis par les modifications physiques que le parasite imprime à la peau et à ses annexes ; — 3° symptômes se rattachant aux diverses éruptions symptomatiques de la maladie parasitaire ; — II0 enfin, phénomènes sympathiques consistant le plus souvent dans des troubles d'innervation de la peau, et quelquefois dans des troubles d'autres appareils.
Reprenons successivement ces divers symptômes.
1° Symptômes fournis par le parasite. — Les parasites sont visibles (à l'œil nu ou à la loupe) ou invisibles, et, dans ce cas, le microscope est nécessaire pour les apercevoir. Ils sont, vous le savez, de deux sortes : végétaux ou animaux.
Les végétaux parasites onl un siège anatomique qui ne varie pas; qu'ils vivent aux dépens des poils, des ongles ou de l'épidémie, c'est toujours le même terrain qu'ils occupent,
4 2 AFFECTIONS CUTANÉI.S PARASITAIRES
c'est-à-dire cette partie de la peau si connue sous le nom de corps muqueux de Malpighi : c'est la couche profonde de l'épiderme, formée de cellules molles ou pigmentaires.
Ces parasites demeurent fixes dans la région qu'ils occu- pent, et, s'ils prennent de l'extension, c'est toujours par un développement intrinsèque. Quelquefois, souvent même ils paraissent en un point plus ou moins éloigné de leur siège primitif, mais c'est toujours mécaniquement qu'ils ont été transportés dans ce point, et le grattage joue le principal rôle dans ce transport de la matière champignonneuse.
Voici en effet ce qui arrive. Un malade porte du favus au cuir chevelu ; il éprouve des démangeaisons et se gratte ; en se grattant, il ne songe assurément à rien moins qu'à éviter les croûtes dont sa tête est couverte, et il s'introduit ainsi, sous l'ongle, une certaine quantité de matière favique, qui, plus tard, sera portée par les doigts sur tel ou tel point du corps où elle pourra se développer. Mais, sous l'ongle même, le parasite occupe un terrain favorable; aussi voyons-nous souvent du favus unguéal chez les malades affectés depuis longtemps de teigne faveuse.
Tantôt (au début) le parasite se présente recouvert d'une lamelle épidermique (couche cornée de l'épiderme); — tantôt, cette lamelle ayant cédé à la pression du champignon, ce dernier esta nu à la surface de la peau ; — quelquefois aussi le parasite est mélangé à des débris épidermiques ou à delà matière piginentaire, et il est impossible à l'œil de distinguer l'élément parasitaire de l'élément cutané.
Ce sont des moisissures régulières ou irrégulières, remar- quables par leur sécheresse, leur couleur jaune-paille, leur
odeur comparée, avec raison, à l'odeur de souris (favus);
— ou bien, des lamelles très minces et sèches, d'un blanc jaunâtre (favus épidermique) ; — d'autres fois, ce sont des
EN GÉNÉRAL. 13
filaments courts et d'un très beau blanc (teigne tonsurante) ; — un duvet grisâtre (pelade) ; — des taches couleur café au lait, plus ou moins analogues à celles qui recouvrent la peau des gens malpropres, tantôt rares et espacées, tantôt réunies sur de larges surfaces (cbloasma et pityriasis versicolor) ; — quelquefois, enfin, c'est une crème blanche fixée à la surface d'une muqueuse.
Les animaux parasites ne sont pas fixes dans leur siège, comme les champignons; et il y a ici une distinction à faire parmi ces parasites animaux ; les uns, comme les poux et les puces, étant sans cesse en mouvement, tandis que les autres, tels que les morpions et les acares, ne se meuvent qu'à cer- tains moments.
On peut également établir une distinction sur le siège anatomique qu'occupent ces parasites : les uns sont toujours à la surface de la peau, et les autres se logent quelquefois sous une couche épidermique.
On doit enfin mentionner, cà côté des animaux parasites, les lentes , les chiures de puces, les fèces d'acares qui produisent ces légères traînées, connues sous le nom de sillons, dont la valeur est si grande dans le diagnostic de la gale.
2° Symptômes fournis par les modifications physiques que le parasite imprime à la peau et à ses annexes. — Ces modifications dépendent souvent d'une pression méca- nique exercée par le parasite ; — souvent aussi c'est un chan- gement de couleur affectant la peau (vitiligo), les poils (di- verses teignes) ou les ongles (favus unguéal) ; — d'autres fois c'est une disjonction des éléments cutanés (sillons de l'aca- rus) ; — quelquefois, enfin, il y a rupture des petits vaisseaux de la peau, et, par conséquent, hémorrhagie cutanée (piqûres de puces).
3° Symptômes fournis par les éruptions sy Diplomatiques
fli AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
de la maladie parasitaire. — Ces éruptions, très variées et très nombreuses, comprennent les huit ordres de Willan, et même, vous le verrez, le cadre des Willanistes est insuf- fisant.
Dans l'ordre des exanthèmes, les éruptions parasitaires sont nombreuses : souvent l'éry thème, sous forme d'anneaux ou de disques, signale le début de la teigne tonsurante, et quelquefois de la teigne faveuse. Eh ! ne connaissez-vous pas celte aréole érythémateuse qui succède h une piqûre de puce? — Je signalerai aussi la stomatite érythémateuse qui précède le développement de X oïdium albicans (muguet), et certaines roséoles par lesquelles le parasite annonce sa germination.
Les éruptions papuleuses ne sont pas moins communes : ellis appartiennent à certaines variétés de mentagres, et elles ne manquent presque jamais dans la gale.
L'ordre des vésicules nous offre l'herpès circiné auquel nous attachons une importance capitale dans le diagnostic de certaines teignes; des petits groupes eczémateux, de forme plus ou moins arrondie
Rien de plus commun que les pustules dans la gale, la mentagre.
Les bulles se voient plus rarementetappartiennent presque exclusivement à la gale.
Dans le sycosis (troisième période de la teigne tonsurante), existent des tubercules plus ou moins nombreux, plus ou moins volumineux.
Comme affections squameuses, nous trouvons le pityria- sis alba (deuxième période de la teigne tonsurante), \e pity- riasis versicolor (dont je viens de vous montrer un si bel exemple), qui, pour beaucoup de médecins, doit être rattaché à la dartre, et que je considère, moi, comme une affection essentiellement parasitaire.
m GÉNÉRAL. 15
Dans le dernier ordre, celui des macules, signalons le chloasma, ou masque des femmes enceintes, certaines varié- tés de vitiligo, le purpura qui succède à une piqûre de puce.
En- dehors de ces ordres nous avons : les godets favi-
ques, les furoncles parasitaires, les abcès dermiques ;
j'avais donc raison de vous dire que le cadre de Willan était trop étroit pour nos parasites; et, en résumé, vous voyez que ces derniers, jouant le rôle de corps étrangers, peuvent pro- duire toutes les formes des inflammations de la peau et quel- quefois aussi des lymphites et des gangliites.
Les éruptions symptomatiques viennent par poussées suc- cessives, et ce sont tantôt des affections de même forme, et tantôt des affections de forme différente : ainsi les éruptions vésiculeuses se succèdent souvent chez les sujets affectés de parasites ; d'autres fois, c'est une poussée de pustules qui remplace les affections vésiculeuses.
Ordinairement, le nombre et l'étendue des affections para- sitaires sont en rapport direct avec le nombre des parasites ; mais cette règle souffre de nombreuses exceptions.
Enfin, cà ces éruptions symptomatiques on doit rattacher divers troubles fonctionnels qui sont tout à fait indépendants de la cause parasitaire et sont propres à l'éruption; je veux parler des démangeaisons, du sentiment de brûlure...., et de quelques modifications physiques de la peau ou de ses annexes.
h° Phénomènes sympathiques. — Les premiers qui parais- sent sont des troubles de l'innervation cutanée. C'est le prurit, qui manque si rarement, et qui souvent se fait sentir, n'étant accompagné d'aucun autre symptôme, avant qu'on puisse as- seoir un diagnostic : c'est là un l'ait très commun dans la gale.
Ordinairement le prurit existe avant, pendant, et après les
16 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
éruptions parasitaires. Est-il produit directement par le para- site, ou bien dépend-il du phénomène éruptif ? — C'est une question à laquelle il est difficile de répondre.
Toutefois une distinction importante doit être faite : tan- tôt, en effet, le prurit est franc, et en même temps modéré; tantôt il est violent et accompagné d'un sentiment de tension, de brûlure.— - Peut-être le prurit franc appartient-il au para- site, et le prurit avec brûlure aux éruptions symptomatiques; mais ce n'est là qu'une hypothèse, et le fait n'a d'ailleurs qu'une médiocre importance.
Quel que soit son caractère, qu'il dépende du parasite ou des éruptions parasitaires, le prurit augmente ordinairement pendant la nuit, surtout quand il s'agit de parasites animaux. La violence des démangeaisons nocturnes est un fait bien connu des galeux; et les habitudes de l'acarus, qui semble ne se reposer pendant le jour que pour opérer plus de ravages pendant la nuit, donneraient de ce fait une explication assez satisfaisante, si pareille augmentation du prurit pendant la nuit ne se rencontrait également dans les teignes, dans les affections dartrcuses
Après les troubles de l'innervation cutanée, nous devons placer l'insomnie, la fatigue, l'inappétence.
Plus tard, à une époque avancée de la maladie, un autre ordre de phénomènes sympathiques apparaît, phénomènes très rares aujourd'hui, grâce aux progrès delà thérapeutique: je veux parler des symptômes de la cachexie parasitaire dont nous avons ici observé plusieurs exemples, et dont vous trou- verez un tableau assez fidèle, emprunté, d'ailleurs, à M. De- vergie, dans mes leçons de 1855. — Il semble que le parasite, à mesure qu'il prend de l'extension, absorbe l'individu aux dépens duquel il vit ; et certaines maladies du ver à soie nous offrent un remarquable exemple de ce singulier phénomène,
EN GÉNÉRAL. 17
Sans doute, chez les malades atteints de favus généralisé, une altération profonde de l'organisme peut résulter, ainsi qu'on le voit à la suite de brûlures très étendues, du défaut d'action de la peau couverte de croûtes épaisses ; mais les autres fonctions importantes ne tardent pas à se déranger, le malade tombe au dernier degré de la ebloro-anémie et la mort est inévitable. Aujourd'hui, je puis le dire avec orgueil, nous sommes à l'abri de pareils accidents.
M,vuche, durée, terminaisons. — Le début de l'affection est quelquefois immédiat, par exemple dans la piqûre de puce; — ordinairement, il y a un temps d'incubation qui peut varier d'un jour à six semaines, et pendant lequel on n'observe que bien rarement du prurit; d'où Ton pourrait conclure, peut- être avec raison, que le prurit est plutôt lié aux éruptions qu'au parasite.
La marche des affections varie avec l'âge du parasite ; une éruption se termine pour être remplacée bientôt par une autre : quant à la maladie, elle suit une marche progressive, et la durée en est ordinairement indéfinie.
Terminaisons. — Abandonnée à elle-même, la maladie peut, quand elle ne se prolonge pas indéfiniment, se terminer par la guérison ou par la mort.
Pouvons-nons comprendre la possibilité d'une guérison spontanée avec nos idées sur la nature des teignes ? — Oui assurément. — Il faut pour le développement du parasite, certaines conditions organiques que nous ne connaissons pas; dans beaucoup de maladies graves, dans le choléra, la fièvre typhoïde, par exemple, le favus et la gale semblent disparaît! e pour un moment; le parasite sommeille, parce que les con- ditions actuelles de l'économie ne lui conviennent pas; tli bien, de ce sommeil à la mort il peut n'y avoir qu'un pas.
18 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
D'ailleurs, les cas de guérison spontanée sont extrêmement rares .
La mort peut survenir par le développement de la chloro- anémie et de la cachexie parasitaire.
Grâce à l'intervention de l'art qui détruit le parasite, cause de tous les accidents, la mort n'existe plus comme terminai- son de la maladie, et l'on en peut dire autant de la prolon- gation indéfinie; cependant, on a souvent encore l'occasion d'observer des exemples de cette dernière, par suite de l'in- curie des malades ou de l'ignorance des médecins. Ne voyons- nous pas ici presque chaque jour des teignes faveuses datant de vingt-cinq ou trente ans, et des mentagres presque aussi anciennes ?
Complications. — Elles consistent quelquefois dans la coexistence d'affections de même nature, c'est-à-dire d'affec- tions parasitaires ; — tantôt on trouve en même temps plu- sieursespècesde parasites végétaux-, — tan tôt plusieurs espèces de parasites animaux; — tantôt, enfin, les parasites animaux et les parasites végétaux sont réunis sur un même sujet. Ainsi, l'on peut avoir du favus avec de la teigne tonsurante, des poux avec des acares, de la teigne avec de la gale ou des poux.
Mais les maladies constitutionnelles sont des complications plus sérieuses des affections cutanées parasitaires; sous leur influence surviennent des éruptions qui rendent le diagnostic plus difficile, le traitement plus long et plus pénible. La scro- fule complique plus souvent le favus, et la syphilis plus sou- vent la teigne tonsurante.
Etiologie. — Les causes appartiennent à deux catégories bien distinctes ; nous étudierons, dans la première, lescauses
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prédisposantes et la prédisposition ; dans la seconde, les causes déterminantes ou les parasites eux-mêmes.
L'âge et le sexe exercent une influence incontestable; chaque âge a ses parasites, et ces derniers semblent affecter tel ou tel siège de prédilection. Les poux de la tête se trou- vent surtout chez les enfants, et les poux du corps chez les vieillards. La teigne tonsurante occupe plus souvent dans l'enfance le cuir chevelu, et la face dans l'âge adulte. — Le sexe influe non-seulement sur le siège, mais encore, sur la marche et la durée de l'affection. Tout le monde sait que les sillons de l'acarus doivent être cherchés à la région pénienne chez l'homme, et chez la femme à la région mammaire. — La teigne tonsurante de la face a ordinaire- ment une longue durée chez l'homme, et arrive presque tou- jours à la période menlagreuse ; — • chez la femme,, elle ne dépasse pas la première période, et sa durée est beaucoup moindre. La raison de cette différence est sans doute dans le peu de développement du système pileux de la face dans le sexe féminin ; car, aux parties sexuelles, la marche et la durée de la maladie ne diffèrent pas sensiblement dans l'un et l'autre sexe.
Le tempérament et la constitution jouent aussi un certain rôle ; les sujets lymphatiques ont une prédisposition évidente aux affections vésiculeuses ou pustuleuses ; les sujets bilieux et nerveux ont plus souvent des éruptions papuleuses.
Certaines conditions physiologiques ( la grossesse par exemple) ont de l'influence sur le développement de tel para- site et sur le siège qu'il occupe; ainsi le ckloasmacl ^pity- riasis versicolor ne sont qu'un seul et même champignon (microsporon furfur ou mieux épidermophylon) ; l'un occupe toujours le visage (c'est le masque des femmes enceintes), et l'autre se fixe plus volontiers sur le tronc.
20 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
Plusieurs fois déjà je vous ai parlé, mais indirectement, de l'action des causes morbides, les unes favorables, les autres défavorables. Sans doute vous n'avez pas oublié cette dispa- rition momentanée de la gale et du favus, ce sommeil du para- site dans la fièvre typhoïde, le choléra. La scrofule etla syphi- lis, au contraire, prédisposent singulièrement aux teignes : la scrofule plutôt au favus , et la syphilis à la teigne tonsurante et à la pelade. De même, l'étisie favorise le développement de l'oïdium albicans.
Un état particulier des humeurs (acidité de la salive dans le muguet) , certaines conditions atmosphériques (humidité, chaleur, obscurité) doivent aussi trouver place parmi les causes prédisposantes.
Je vous signalerai, enfin, la malpropreté, dont l'influenceest aisée à comprendre et qui joue un rôle si important dans les localités où certaines affections parasitaires sont endémiques.
J'ai distingué les causes prédisposantes de la prédisposi- tion, et malgré qu'on se révolte contre cette dernière, je maintiens la distinction.
Il faut, pour qu'une affection parasitaire se développe, un état particulier de l'organisme, indépendant des nombreuses conditions dont nous venons de parler, et sans lequel toutes ces conditions réunies seraient impuissantes. Ainsi, qu'on inocule le favus à plusieurs sujets placés dans des conditions à peu près identiques ; toujours l'inoculation réussira, mais tandis que chez les uns une guérison spontanée arrivera en peu de temps, on verra, chez les autres, le parasite se déve- lopper et la maladie durer jusqu'à ce que l'art intervienne. Comment donc expliquer des effets si différents, si l'on ne veut admettre cet état particulier de l'organisme que nous ayons appelé l'aptitude ou la prédisposition ?
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Le parasite est l'unique cause déterminante des affections cutanées parasitaires. Mais ce parasite d'où vient-il? du dedans ou du dehors? Est-il engendre spontanément par l'organisme ?
Quant à moi, je ne suis pas partisan de cette doctrine absurde delà génération spontanée que je ne puis admettre dans aucun cas; écoutez ce qu'en dit Turner :
« On convient généralement dans ce siècle éclairé qu'il n'y a point de génération spontanée, et que comme tout végétal porte avec lui, selon le décret du Tout-Puissant, sa propre semence dont une nouvelle plante doit sortir, de même chaque animal, si petit qu'il soit, tire son origine d'un prin- cipe séminal logé dans sa propre matrice. . . N'est-il pas absurde de supposer que la structure la plus curieuse et la mieux imaginée, celle des insectes parasites, sorte de l'ordure et de la corruption ? » (Turner, Maladies de la peau, 2e volume.)
N'est-ce point une honte pour notre époque qu'il faille aujourd'hui encore, plus de cent ans après Turner, discuter cette doctrine de la génération spontanée ? Aussi serons-nous brefs dans l'examen des principaux arguments mis en avant par ses partisans.
En admettant, disent-ils, que le parasite vienne du dehors, ne faut-il pas toujours remonter à une formation première?
Sans aucun doute nous remontons volontiers pour le para- site, comme pour tous les êtres, à cette première formation; toutes choses ont été créées, mais nous ne pouvons admettre qu'il y ait ainsi tous les jours des créations nouvelles. Lors- que vous admirez un beau chène^ si quelqu'un voulait vous prouver que cet arbre s'est développé spontanément dans le lieu qu'il occupe, assurément vous ririezd'unepareille simpli- cité, car vous savez, à n'en pouvoir don 1er, qu' un chêne naîl tou- jours d'un gland dontil n'est qu'un développement magnifique.
22 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
Mais alors, nous dira-t-on, comment expliquer ces épidé- mies de végétaux parasites qui, depuis quelques années, dé- vastent nos champs et dont il n'a jamais été question avant notre époque? — N'ayons pas, messieurs, la sotte prétention de connaître toutes les merveilles, tous les êtres de la créa- tion ; gardons-nous d'admettre, pour satisfaire notre orgueil, autant de créations partielles que de découvertes nouvelles, et, quand les astronomes nous signalent une nouvelle étoile au ciel, ne pensons point que cet astre n'est fait que d'hier. ' — Ces parasites, dont on nous parle, existaient donc, mais ils étaient cachés à nos regards, ne se trouvant pas dans des con- ditions favorables à leur développement; aujourd'hui, ces con- ditions étant remplies, ils paraissent, exerçant leurs ravages.
Tous les jours nous sommes témoins de faits de ce genre, sur lesquels s'appuient encore les partisans de la génération spontanée et dont je vous ai plusieurs fois donné l'explication; il s'agit de a disparition des parasites dans le cours des ma- ladies graves. — Ces parasites sommeillent alors ; la maladie disparaissant, ils sortent de leur sommeil, et jouissant d'une ac- tivité nouvelle, ils se reproduisent avec une incroyable facilité. — Au fond, vous le voyez, tous ces arguments sont les mêmes.
Quant à la rétrocession des affections parasitaires, je ne ferai que la mentionner comme une vieille erreur qui n'a plus de partisans aujourd'hui.
Puisque le parasite vient toujours du dehors, naissant d'un être semblable à lui-même, comment se transmet-il?
Je n'admets que la transmission par contagion, ne connais- sant aucun fait authentique de la transmission par voie d'hé- rédité. — Je vous engage donc à ne pas perdre votre temps à l'examen des hypothèses plus ou moins ingénieuses qui ont été faites pour expliquer le mode de transmission des para- sites de le mère au fœtus.
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La contagion peut s'opérer, comme clans la variole, de quatre manières différentes :
Contagion par l'air (elle est fréquente; c'est dans ce cas que l'on dit la teigne spontanée) : la poussière sporulaire est emportée par l'air et les dimensions si petites des spores leur permettent de traverser les pores de l'épidémie, de pénétrer dans les phanères.
Contact immédiat ou médiat : cette dernière cause est la plus ordinaire, et la contagion s'opère par l'intermédiaire
d'un bonnet, d'un. rasoir, d'un baiser Le plus souvent,
le principe contagieux est transmis d'un individu à un autre; quelquefois il est transmis sur le même individu d'une partie du corps à une autre partie ; c'est ainsi qu'on voit si souvent la teigne tonsurante du dos de la main consécutive à une teigne tonsurante de la face.
Enfin, l'inoculation est le quatrième mode de transmission du parasite: elle est tantôt volontaire et artificielle, tantôt involontaire et accidentelle, comme dans les cas où elle s'opère par le rasoir du barbier.
Des quatre modes de contagion (par l'air, par le contact immédiat, par le contact médiat et par l'inoculation), deux seulement appartiennent aux parasites animaux : ce sont le contact immédiat et le contact médiat; les parasites végétaux peuvent se transmettre des quatre manières.
La contagion s'opère ordinairement de l'homme à l'homme, quelquefois de l'homme aux animaux et réciproquement ; et dans ce passage d'une espèce animale à une autre, il ne me paraît pas déraisonnable d'admettre que le parasite puisse subir certains changements dans sa forme ou dans son orga- nisation, sans que toutefois il y ail transformation d'une espèce dans une autre.
2â AFFECTIONS CUTANÉLS PARASITAIRES
Etude du parasite. — Je disais, en 1853, dans ma pre- mière brochure sur les teignes, que l'histoire des végétaux parasites était inachevée, imparfaite; ce que je disais alors, je ne puis que le répéter aujourd'hui. Depuis cette époque, j'ai réduit le nombre des espèces, et quelque micrographes distingués ont également modifié leur manière de voir.
Les végétaux parasites de la peau humaine sont d'une orga- nisation fort simple ; ils appartiennent tous aux tribus les plus inférieures de cette nombreuse famille de cryptogames connus sous le nom de champignons ; ils sont tantôt visibles et tantôt invisibles ; ils sont visibles à l'œil nu ou à la loupe ; ils sont invisibles, soit parce que leur situation dans la peau est profonde, soit à cause du grand écartement des éléments anatomiques qui les constituent; mais, quoique invisibles à l'œil nu, le microscope nous apprend que leur structure est la même que celle des champignons composés, parasites ou non parasites.
Les éléments constitutifs des parasites végétaux ont été rapportés cà deux systèmes : au système reproducteur com- prenant les spores et les filaments réceptaculaires, et au sys- tème végétatif qui ne renferme que le mycélium.
Les sj)ores sont les corps reproducteurs de toutes les plantes cryptogamiques, bien diversement disposées selon qu'on les examine dans les fougères, dans les thalassiophy tes, les lichens ou les champignons.
Dans les végétaux parasites de la peau de l'homme, ce sont des corpuscules cellulaires, qui se présentent, à un grossis- sement de 200 à 300 diamètres, sous l'aspect de granulations blanches, réfractant la lumière, brillantes à la lumière ailili- cielle, reflétant un éclat stellaire.
Ces corpuscules, à un grossissement de 500 a 600 diamètres, paraissent formés d'une double enveloppe et contiennent, dans
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leur intérieur des granules qui, ne sont sans doute que des spores plus petites. Dans quelques cas, les granules paraissent comme agités de mouvements rotatoires (mouvement brow- nien des auteurs).
Les spores, sporules, sporidies, ont des dimension svaria- bles de 1 à 5 ou 6 millièmes de millimètre de diamètre. Elles paraissent dures et prennent une teinte bleu foncé quand elles sont mises en contact avec l'acide sulfurique et la teinture d'iode. Leur structure se compose, d'après M. Ch. Robin, d'une membrane extérieure formée de cellulose, qui leur donne de la consistance, et d'une partie intérieure qui est Tutricule azoté, dans lequel se trouvent un liquide et des granules. Les acides concentrés coagulent le liquide, et la teinture d'iode donne alors une couleur jaune verdàtre à la membrane extérieure.
L'étber, le chloroforme, le solutum potassique, l'acide acé- tique, l'ammoniaque et une multitude d'autres réactifs vous serviront à distinguer les spores des corpuscules étrangers qui pourraient être confondus avec elles.
Les filaments réceptaculaires, réceptacles, tubes à spores, tubes sporulaires^ tubes sporophores, etc., sont des cellules allongées, sous forme de tubes, renfermant des spores. Ils sont écartés ou rapprochés les uns des autres sous forme de rubans, et quelquefois comme articulés. On trouve d'infinies variétés, depuis le tube vide jusqu'au tube rempli de spores, arrivées à leur parfait développement. Les spores rudimen- taires sont comme des granules. D'autres fois les parois du tube ne sont pas distinctes des parois des spores. On dirait, en effet, des sporules réunies bout à bout en chapelet, formant un tube cloisonné.
Le mycélium, représentant le système végétatif, est com- posé de cellules allongées, sous forme de tubes plus ou moins
26 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
élroils. On en a admis deux espèces, le mycélium nématoïde et le mycélium membraneux. Je reviendrai sur cette division quand nous ferons l'anatomie des favi. Les tubes ont un diamètre de 2 ou 3 millièmes de millimètre, qui est le même généralement dans toute leur longueur. Cette longueur est variable elle-même depuis quelques millièmes jusqu'à plu- sieurs centièmes et même dixièmes de millimètre. Ils sont droits ou iîexueux, simples ou bifurques, fourchus; les divi- sions s'opèrent sous des angles extrêmement variables.
Le groupe des champignons a été partagé en six classes, par Léveillé :
1° Arthrosporés ; 4" Clinosporés;
2° Trichosporés ; 5° Thécasporés;
3° Cystosporés; 6° Basidiosporés.
M. Ch. Robin a adopté cette division ; il a fait rentrer tous les végétaux parasites de la peau de l'homme dans deux de ces divisions, les arthrosporés et les clinosporés. On trouve, dans les arthrosporés, deux tribus qui en renferment (torulacés et oïdiés); une seule dans les clinosporés, la tribu des coniopsidés.
Je mets sous vos yeux le tableau des genres et des espèces extrait de l'ouvrage de M. Ch. Robin (1) :
1° TORULACÉS (structure très simple, spores seulement ou spores
et mycélium).
Genre : trichophyton ; espèces : lonsurans (herpès tousruant) ; sporuloïdes ; ulcuum.
Genre : microsporon ; espèces : mentagrophites (mentagre) ; Audouini (porrigo decalvans) ; furfur (pityriasis versicolor).
(1) Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et les animaux vivants. Paris, 1853.
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2° OlDIÉS (structure plus complexe; spores, mycélium, réceptacles).
Genres : achorion ; espèce: Schœnleinii (favus). — oididm ; espèce : Albicans (muguet).
3° CONIOPSIDÉS Genre : puccima; espèce : d'Ardsten (favus).
Cette classification est sans cloute fort savante : elle peut être très exacte quant aux divisions principales, pour les tri- bus et même pour les genres; elle ne l'est plus pour les espèces.
Mais je n'entre pas dans plus de détails sur les végétaux parasites, et je passe sous silence les animaux, ne voulant pas ici faire un cours d'histoire naturelle. Je renvoie aux traités spéciaux ceux d'entre vous qui voudraient faire une étude approfondie des parasites.
La séméiotique comprend le diagnostic et le pronostic.
Diagnostic. — Il est ordinairement simple et facile ; d'autres fois il est difficile, et alors on voit les affections parasitaires prises, par des médecins même éclairés, pour des éruptions dartreuses, scrofuleuses ou syphilitiques ; quelque- fois enfin, la difficulté est extrême et l'on est forcé de rester dans le doute, au moins pendant quelque temps : j'ajoute immédiatement que ces derniers cas sont très rares.
On peut être également embarrassé dans le diagnostic spécial et dans le diagnostic différentiel. Quand l'affection parasitaire occupe une région du corps qui est ordinairement son siège de prédilection, le diagnostic est presque toujours facile ; — la teigne occupe-t-ellele cuir chevelu , il sera rare de ne pouvoir la distinguer, tandis qu'aux parties sexuelles elle sera méconnue et prise pour de la dartre, parce que cette partie du corps est le siège habituel des affections de nature dartreuse. — De même dans la gale : que l'éruption existe principalement aux mains, aux pieds, aux poignets, dans les
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intervallles des doigts, sur la verge chez l'homme, sur les mamelles chez la femme, et rarement vous verrez commettre une erreur de diagnostic -, mais si ces parties sont saines et que l'acarus siège en une autre région, soyez assurés que le plus souvent on ne songera même pas à la gale, et cette erreur aura peut-être des suites fâcheuses.
Permettez-moi de vous citer un exemple : je fus appelé, il y a quelques années, dans une pension de Paris pour voir un élève qui éprouvait depuis quelque temps des démangeaisons très vives sur tout le corps, et plus fortes la nuit que le jour; j'eus beau chercher, je ne trouvai rien, absolument rien, ni aux mains, ni aux pieds, ni à la verge ; cependant après avoir parcouru avec le soin le plus. scrupuleux toute l'habitude extérieure, je finis pas découvrir sur l'épaule droite un sillon, un seul sillon, mais d'où je pus extraire l'acarus. Jefusdonc fixé à l'instant ; l'enfant avait la gale. Je vous laisse à penser quelles tristes conséquences auraient eues pour le maître de pension une erreur de diagnostic !
Le diagnostic différentiel offre les mêmes alternatives : souvent facilité extrême et impossibilité d'une méprise, comme dans la' teigne pelade (teignes achromateuse et décal- vante) , et quelquefois difficulté extrême dont il n'est pas toujours possible de sortir. — La teigne tonsurante et la gale nous offrent souvent des cas de ce genre : elles appartiennent également aux deux sexes, à tous les âges, à tous les tempé- raments, à toutes les constitutions; elles peuvent revêtir les formes éruptives les plus diverses, et par conséquent simu- ler toutes les affections artificielles et constitutionnelles delà peau. Mais nous sommes encore sur le terrain des généra- lités; et il faut aujourd'hui nous contenter de signaler les principales sources où l'on peut puiser pour arriver au diagnostic.
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Tenez compte, avant toute chose, de la physionomie de l'ensemble, de la disposition, constituant le cachet propre de certaines affections parasitaires, et qui frappe immédiate- ment un œil exercé ; c'est ainsi que vous nous voyez presque toujours, à la consultation, faire à distance le diagnostic de la gale, et rarement commettons-nous quelque erreur.
Le prurit est un symptôme très important : il appartient à presque toutes les affections cutanées parasitaires, et rare- ment il fait défaut; toutefois, n'oubliez pas qu'il peut dépendre de l'éruption et non du parasite ; j'ai longuement insisté sur cette distinction dans ma dernière leçon.
Les affections cutanées parasitaires offrent presque tou- jours des caractères particuliers qui facilitent le diagnostic ; et, sans entrer dans des détails qui seront mieux placés plus tard, je vous rappellerai seulement ici quelle importance j'attache à la couleur, à la forme circulaire, au siège de l'af- fection.
Les circonstances étiologiques, la connaissance du début et du développement de la maladie, apportent souvent des lumières précieuses : — un sujet porte sur la face une érup- tion de nature douteuse, par exemple, quelques points pity- riasiques ; des démangeaisons existent, il est vrai ; mais ne peuvent- elles pas appartenir à la dartre tout aussi bien qu'au parasite? Interrogez le malade, et s'il vous raconte qu'après s'être fait raser, chez certain barbier, il a vu au bout de quelques jours des cercles rouges en différents points de la face, yous serez immédiatement amené à soupçonner la nature parasitaire de l'affection actuelle. — De même aussi, quand vous trouverez sur les mains (ordinairement à la face dorsale), une plaque arrondie, érythémateuse, herpétique ou lichénoïde, postérieure à l'affection du visage, portez har- diment le diagnostic : le malade est affecté d'une teigne
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tonsurante de la face qui a été transmise par contagion au dos de la main.
Les cas de ce genre sont nombreux, et nous en trouve- rions aisément de semblables clans d'autres affections para- sitaires.
Interrogez aussi les malades (et vous ne saunez le faire avec trop de soin) pour connaître les divers traitements qui ont été mis en usage ; car, ordinairement, les topiques irri- tants ne sont pas épargnés, et ils produisent des éruptions qui masquent les caractères de la maladie primitive, et qu'on rattache à la scrofule ou à toute autre maladie constitu- tionnelle.
Il y a, je vous l'ai déjà dit en commençant cette leçon, des cas où il faut rester dans le doute et attendre que les caractères de la maladie soient mieux dessinés.
Toutefois, s'il est nécessaire d'arriver immédiatement au diagnostic, il vous reste une ressource précieuse, le micros- cope, qui ordinairement lève tous les doutes. Ne négligez donc pas l'emploi du microscope dansles cas difficiles. — Nous avons eu ici un enfant dont la tête était couverte de croûtes jaunes et sèches ■ nous hésitions entre la gourme et la teigne faveuse, M. Defiîs penchant vers la seconde et moi vers la première; l'examen microscopique nous mit d'accord; nous nous trompions tous les deux, l'enfant était affecté de teigne tonsurante avec complication d'impétigo. J'ai déjà cité ce l'ait dans mes leçons de 1855.
Pronostic ■ — On peut dire aujourd'hui que toutes les affections cutanées parasitaires sont faciles à guérir, et vous savez sans doute qu'il y a cinq ans, on ne tenait point un pareil langage. A cette époque, on ne connaissait aucun moyen de guérir le favus, et pour peu que l'affection fût
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ancienne ou généralisée, la morl était inévitable. Depuis quelques années, la guérison de cette maladie redoutable n'est vraiment plus qu'un jeu, et le favus est même, de toutes les teignes, la plus facile à guérir.
Mais ii ne faut pas confondre dans un même pronostic les affections parasitaires et les éruptions constitutionnelles ou autres qui peuvent exister à titre de complications. Le pro- nostic de ces dernières est tout à fait indépendant de celui de l'affection parasitaire. Quand on voit survenir du muguet chez un phthisique, on peut affirmer qu'il sera facile de faire disparaître le muguet en quelques jours, tandis qu'on portera pour la phthisie un pronostic des plus gaves.... De même quand un malade porte en même temps une érup- tion syphilitique et une éruption scrofuleuse (car je n'admets pas ces affections métisses participant en même temps des caractères des deux maladies constitutionnelles), on doit faire un double pronostic, l'un pour la scrofulide, l'autre pour la syphilide.
Dans les affections parasitaires, le pronostic doit varier suivant un grand nombre de circonstances qu'il faut bien connaître. Ces variations peuvent être rapportées : 1° aux éruptions elles-mêmes; 2° aux causes et à la prédisposition ; 3° aux complications ; h° enfin, aux traitements antérieurs.
1° Variations relatives aux éruptions* — Le siège de l'affection a une grande importance, et l'on doit distinguer ici le siège anatomique et le siège topographique.
Pour ce qui est du siège anatomique, il est aisé de com- prendre que le pronostic est d'autant moins grave, que l'af- fection est plus superficielle; ainsi, dans la classe des para- sites végétaux, nous trouvons le champignon du pityriasis versicolor et le muguet qui, occupant la couche superficielle de l'épiderme, disparaissent en quelques jours avec un traite-
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tement rationnel ; tandis que les parasites des différentes espèces de teignes s'insinuant plus profondément, jusque dans les follicules pileux et sur la papille pilifère, sont beaucoup plus difficiles à atteindre. — Il en est de même pour les ani- maux parasites : les poux, qui vivent en liberté à la surface de l'enveloppe cutanée, sont plus faciles à -détruire que les morpions, qui adhèrent assez fortement à la peau et aux poils, que les acares protégés par une lamelle épidermique qu'il faut déchirer pour arriver jusqu'à eux.
Le siège topographique a aussi de l'importance : générale- ment, la guérison d'une teigne se fait attendre d'autant plus longtemps, que la région affectée est plus abondamment fournie de poils. Celte règle n'est cependant pas sans excep- tion. J'ai cité, dans mon rapport sur le traitement de la tei- gne, l'observation du nommé Pilliot, entré dans nos salles pour un favus généralisé, et chez lequel le champignon fut bientôt détruit au cuir chevelu, tandis que sur le corps, la maladie se reproduisait sans cesse, malgré l'emploi répété des mêmes moyens thérapeutiques. Ce fait peut paraître extraordinaire, et cependant l'explication en est facile : sur le corps, le parasite du favus vit aux dépens de poils impar- faits ou poils follets ; il faut cependant, sur le corps comme au cuir chevelu, pour arriver à une guérison solide, arracher ces poils dont la ténuité est souvent extrême ; l'épilation est donc très difficile, et c'est pourquoi la guérison se fait atten- dre si longtemps. — - Il existe aussi certaines régions où les acares sont plus difficiles à atteindre. 11 suffit de six frictions générales avec l'huile d'olive ou d'amande douce pour tuer ces petits animaux partout , excepté sur la verge, où l'on ne trouve que des parties molles et au- cun point d'appui solide pour exécuter convenablement l'opération.
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L'étendue des affections cutanées parasitaires, leurs formes diverses influent aussi sur le pronostic.
On doit également tenir compte del'âgedela maladie : tantôt le pronostic est d'autant plus grave que la maladie est plus ancienne, comme dans la teigne faveuse ; tantôt, au con- traire, le pronostic devient plus favorable par l'ancienneté de la maladie, qui est alors plus facile à guérir; c'est ce que nous voyons si souvent dans les teignes tonsurantes de la face arrivées depuis longtemps à la période menlagreuse.
2° Variations relatives aux causes et à la prédisposition. — L'âge et le sexe ont une influence incontestable ; les teignes du cuir chevelu sont, toutes choses égales d'ailleurs, plus tenaces chez les enfants que chez les adultes. Les femmes prennent, en général, plus de soin de leur peau que les hommes ; elles ont le système pileux do la face moins déve- loppé ; aussi, chez elles, la teigne tonsurante est-elle une maladie moins sérieuse, qui ne dépasse jamais les périodes herpétique et pityriasique.
Les sujets d'une constitution faible, d'un tempérament nerveux, supportent ordinairement l'épilation plus difficile- ment que les autres malades ; cette opération exige un plus grand nombre de séances, circonstance fâcheuse qui retarde toujours la guérison.
Enfin, on est obligé d'admettre des prédispositions indivi- duelles, indépendantes de toute cause appréciable (générale ou locale), qui hâtent la guérison chez les uns ou la retardent chez les autres. Eh ! ne voyons- nous pas souvent des sujets atteints de la même maladie, dans des conditions à peu prés identiques, dont les uns restent ici une ou deux semaines seulement, tandis que les autres font un séjour de plusieurs mois ou même de plusieurs années?
3° Variations relatives aux complications, — Les compli-
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34 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
cations les plus fréquentes des affections cutanées parasitaires sont la scrofule, la syphilis, la dartre. Souvent elles retardent la guérison en empêchant l'emploi des moyens parasiticides, et par conséquent elles ajoutent a la gravité du pronostic. Au reste, l'affection parasitaire peut disparaître et l'éruption scrofuleuse ou clartreuse persister, lors même que le para- site a occasionné le développement de cette dernière. Nous verrons tout à l'heure quels sont, dans ce cas, les moyens thérapeutiques qui doivent être mis en usage.
Zi° Variations relatives aux traitements antérieurs. — Règle générale, une affection parasitaire guérira plus facile- ment quand elle sera vierge de tout traitement. Les Mahon avaient depuis longtemps remarqué que les teignes déjà trai- tées étaient les plus tenaces ; j'ai fait, de mon côté, la même observation.
Les affections parasitaires sont ordinairement dénaturées par des applications irritantes de toutes sortes; aussi, avant de mettre en usage nos moyens curatifs, sommes-nous obligé de faire un traitement préparatoire, ou d'attendre une hui- taine, une quinzaine de jours, en recommandant au maiade de s'abstenir de tout topique.
D'ailleurs, chez ces teigneux traités par d'autres, il est impossible de bien distinguer les parties malades des parties saines ; la guérison n'étant qu'apparente en tel ou tel point, on s'exposerait presque infailliblement à des récidives, en soumettant tout de suite les malades à notre traitement, et le bienfait des premières opérations serait ainsi presque com- plètement perdu.
Thérapeutique générale. — La thérapeutique rationnelle des affections cutanées parasitaires est facile et très simple, à la condition cependant qu'on ne confonde pas les éruptions
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parasitaires, les éruptions symptomatiques et les éruptions constitutionnelles.
Elle comprend trois indications essentielles : — il faut d'abord et avant tout détruire les parasites ; -— puis, on s'attachera à faire disparaître les éruptions inflammatoires, liées directement ou indirectement à la présence du parasite; — enfin, il faudra combattre les éruptions constitutionnelles qui compliquent les affections parasitaires.
Première indication. — J'ai dit que la destruction du parasite, était l'indication principale; n'est-ce point en effet le parasite qui, fixé à la surface ou dans la profondeur de la peau, y joue le rôle d'un corps étranger, d'une épine, fait naître et entretient les différentes éruptions que l'on observe? Aussi, malgré l'intensité des phénomènes inflammatoires et l'étendue des surfaces malades, n'hésitez pas à extraire cette épine, à faire disparaître ce corps étranger, et. vous verrez ensuite l'inflammation s'éteindre comme par enchantement; si parfois elle persiste, vous pourrez employer avec un succès certain les moyens antiphlogistiques qui ont, avant la destruction du parasite, une action nulle ou défavorable. Dans la mentagre pustuleuse ou tuberculeuse, essayez avant l'épi- lation l'emploi des cataplasmes émollients, et presque tou- jours vous observerez, après cette application, et dès le len- demain, une augmentation très sensible du gonflement de la face. Ainsi, il faut avant tout détruire le parasite.
Comment remplir cette indication ?
Les parasiticides peuvent être employés de deux manières : à l'intérieur ou à l'extérieur. Les préparations internes n'ont aucune influence ; elles n'arrivent pas à la peau ou n'y arri- vent que décomposées, Il faut donc se borner aux p.irasiti- cides externes qu'on distingue en phylicides et en insecticides, selon qu'ils détruisent les parasites végétaux ou les parasites
36 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
animaux. Ces agents parasiticides sont nombreux et plusieurs sont en môme temps phyticides et insecticides, par exemple, l'huile décade, la staphisaigre, la camomille romaine, le sublimé. Parmi ces agents, il faut nécessairement faire un choix, et, après de nombreuses expériences, voici ceux auxquels je donne la préférence : contre les parasites végétaux, j'emploie surtout l'huile de cade, le sublimé, le turbith minéral-, j'ai renoncé aux préparations de cuivre (dont j'ai fait longtemps usage), parce qu'elles produisent plus souvent des éruptions pustuleuses très confluentes. Parmi les insecticides, le soufre tient le premier rang; après lui viennent l'huile de cade et la staphisaigre.
Les parasiticides peuvent être à l'élût demi-solide, sous forme d'onguents, de pommades ou de liniments, employés en onctions ou en frictions, et les frictions sont douces ou rudes; — ils sont souvent à l'état liquide (bains et lotions de toutes sortes), — et quelquefois à l'état gazeux (douches, fumigations sulfureuses ).
Quelle que soit la forme sous laquelle ils sont employés, les parasiticides ont des inconvénients qu'il faut connaître : très souvent ils amènent des complications inflammatoires (mais ces éruptions artificielles disparaissent toujours très rapidement), et quelquefois leur absorption détermine quel- ques accidents plus graves et variables selon les substances employées, ce sont, à divers degrés, les phénomènes d'intoxi- cation par les préparations de cuivre, d'arsenic, de mercure....
Les excipients ordinaires des agents parasiticides sont : l'eau, Fhuile d'amande douce, la glycérine, l'axonge....
En général, 1/10 de substance parasiticide suffit pour tuer les animaux parasites; il n'en faut que 1/100 pour détruire les parasites végétaux. Ne vous éloignez pas de ces propor- tions que l'expérience m'a montrées les plus convenables :
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avec une moindre quantité ùe] parasiticide, vous courriez risque de manquer le but auquel vous tendez, et en augmen- tant, au contraire, le chiffre de la substance active, vous vous exposeriez à produire, sans aucun profit pour le malade, des éruptions inflammatoires que l'on aurait pu éviter.
J'emploie comme excipients l'huile d'amande douce, la glycérine, le blanc de baleine de préférence à l'axonge, dans les hôpitaux surtout, parce que l'axonge en vieillissant se décompose ; des acides se forment qui exercent ordinairement sur la peau une action corrosive.
Au reste, la nature de l'excipient doit varier suivant la nature et le siège du parasite, la disposition des parties malades, et, enfin, l'état du parasiticide. La seule chose vrai- ment importante c'est de ne pas oublier le but qu'on se propose, et de mettre toujours le parasiticide en contact avec le parasite ; quant aux moyens à employer, on saura toujours en trouver de convenables.
Pourquoi avant moi ne guérissait-on pas la gale à l'hôpital Saint-Louis ? — Parce que le rôle de la friction était méconnu ; M. Cazenave, chargé du traitement, se bornait à des frictions partielles aux mains, aux poignets et aux pieds, et les acares répandus dans les autres régions ainsi épargnées ne tardaient pas à reproduire la maladie. Si quelquefois une guérison durable était obtenue, c'était que le malade avait eu l'esprit de se frotter, non-seulement les mains et les pieds, mais encore toutes les parties du corps où il éprouvait des déman- geaisons, et, de celte manière, avait eu la chance de détruire tous les animaux parasites.
A côté de la gale, je puis placer la teigne, qui faisait, il y n'y a que cinq ans ! le désespoir des médecins de cet hôpital ; et cependant de quels agents parasiticides n'avait-on pas essaye l'emploi? — A quoi pouvait tenir un insuccès si
38 AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
constant? —Vous le savez lous, sans doute, car vous con- naissez les immenses progrès faits depuis cinq ans dans la thérapeutique des teignes, et les succès innombrables, con- stants, obtenus dans notre service. Avant mes recherches, on se bornait à l'application extérieure des parasiticides, on ne détruisait donc que la partie aérienne du champignon, et on laissait toujours sur la partie intra-cuSanée du poil et dans le follicule pileux, l'élément reproducteur de la maladie.
Il est indispensable d'atteindre le parasite partout où il se trouve, jusque sur la papille cutanée qui produit le poil ; c'est là l'unique but vers lequel on doit tendre, et, pour y arriver, l'épilation et les parasiticides sont également nécessaires.
On emploie , pour l'application des parasiticides, des brosses douces, des éponges, des tampons ou des balais de charpie, avec lesquels on fait des onctions, des frictions douces ou rudes, des lotions ; mais souvent la main et. les doigts sont plus commodes que les divers objets dont nous venons de parler.
Le nombre des applications parasiticides ne peut être pré- cisé d'avance: quelquefois une seule suffit, c'est l'exception; ordinairement il faut en faire dix, quinze, vingt, et souvent plus; il n'y a d'autre limite que la destruction complète du parasite.
Je me borne généralement à prescrire un bain de propreté avant et après l'emploi des parasiticides ; les frictions où lotions savonneuses sont, je crois, au moins inutiles.
Deuxième indication. — Elle consiste à combattre les • éruptions inflammatoires produites soit par les parasites, soit par les parasiticides. On peut employer les émollients, les résolutifs, les antiphlogistiques ; ce sont ordinairement les cataplasmes froids, les pommades au calomel ou à l'oxyde de zinc, les lotions saturnines, les bains de son ou d'amidon, les
EN GÉNÉRAL. 39
douches froides ou les douches de vapeur.... auxquels on donnela préférence. Les sangsues et même îessaigneesgéné- rales sont quelquefois aussi indiquées.
Dans le choix à faire parmi tous ces moyens, il faut surtout tenir compte delà nature de l'éruption, de la prédisposition et de la constitution du sujet.
Troisième indication. — Il faul, enfin, traiter les différentes complications constitutionnelles, telles que les éruptions dartreuses, syphilitiques, scrofuleuses, etc. Mais, avant tout, détruisez le parasite, qui souvent occasionne et presque tou- jours entretient ces diverses complications. Il est quelque- fois possible d'attaquer en même temps le parasite et la ma- ladie constitutionnelle, qui, dans certaines circonstances, c'est un fait digne de remarque, exercent l'un sur l'autre une réciproque et fâcheuse influence. Ainsi, la syphilis est une cause prédisposante de la teigne tonsurante,et le tricho- phyton (parasite de cette teigne) entretient souvent une érup- tion syphilitique. Nousavons observé, il y a quelques années, un remarquable exemple de cette influence bien singulière chez un malade de nos salles.
ÉTUDE
DES
AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES
EN PARTICULIER.
Il y a deux classes de parasites, les parasites végétaux et les parasites animaux; deux classes d'affections cutanées leur correspondent : — affections produites par les végétaux pa- rasites;— affections produites par les animaux parasites.
PREMIÈRE SECTION.
AFFECTIONS CUTANÉES PRODUITES PAR LES PARASITES VÉGÉTAUX.
Quelle méthode suivrons-nous pour diviser ces affections? — Celle de Willan? ■ — Mais c'est une méthode peu natu- relle, qui nous obligerait à rapprocher des choses qui n'ont entre elles aucun rapport, et à en éloigner d'autres qui se touchent de très près. Ainsi, un parasite produit simultané- ment ou successivement des vésicules, des pustules, des tubercules ; faudra-t-il étudier ces différentes affections en autant de chapitres distincts ? Quelle route longue et ennuyeuse à parcourir !....
Suivrons-nous donc l'ordre de l'histoire naturelle, Tordre adopté par M. Robin ? Non, assurément, car nous encoui-
AFFECTIONS CUTANÉES PARASITAIRES EN PARTICULIER. ^
rions le reproche de tomber dans un excès contraire, en rapprochant des espèces pathologiques n'ayant entre elles aucune analogie.
La division que je propose, celle qui me parait la plus naturelle, est fondée sur le siège de prédilection (siège ana- tomique, bien entendu) des végétaux parasites. Les uns ont une préférence marquée pour les poils ou les ongles, d'autres vivent plus volontiers aux dépens de l'épiderme, d'autres, enfin, occupent principalement les surfaces épilhéliales; de là les trois catégories de végétaux parasites :
Végétaux tiichophy tiques et onychophytiques ;
Végétaux épidermophy tiques ;
Végétaux épi théliophy tiques. C'est dans cet ordre que nous étudierons successivement les végétaux parasites.
CHAPITRE PREMIER.
VÉGÉTAUX TR1CH0PHYTIQUES ET ONYCHOPHYTIQUES.
Ces parasites peuvent bien quelquefois aussi se dévelop- per sur l'épiderme ; mais les poils et les ongles, les poils surtout, sont leur siège .de prédilection. Je donne le nom de teignes aux affections cutanées qu'ils déterminent.
Les teignes forment un groupe très naturel, car elles pos- sèdent un grand nombre de caractères communs : — toutes sont contagieuses, toutes produisent une altération des poils, et, selon la période de leur existence, une calvitie tempo- raire ou permanente; les démangeaisons sont un de leurs signes les plus constants; elles sont encore remarquables par une résistance opiniâtre aux traitements ordinaires, par leur
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durée souvent indéfinie et par la rareté extrême d'une gué- rison spontanée; enfin, elles exigent une thérapeutique ration- nelle identique, qui permet d'assurer dans tous les cas une complète guérison.
En faut-il davantage pour légitimer un rapprochement contre lequel tant de voix s'élèvent encore?
M. Cazenave proposait, il y a quelques années {Traité des maladies du cuir chevelu, 1850), de réserver le nom de teignes à toutes les affections contagieuses du cuir chevelu ; l'idée était bonne, sans doute, et nous l'eussions acceptée, s'il eût été possible de ne pas considérer comme affections identiques l'herpès lonsurant du cuir chevelu et l'herpès ton- surant des parties sexuelles. Une affection ne change pas de nature parce qu'elle change de siège.
Quelques objections nous ont été adressées, auxquelles nous devons répondre.
M. Devergie, repoussant quelques-uns des caractères com- muns que nous avons dit appartenir aux teignes, avance que le favus est la seule teigne que l'on ne puisse pas guérir par les moyens de traitement ordinaires; que c'est la seule qui
soit suivie de calvitie Quelle profonde erreur!.... Parce
qu'on a fait disparaître pour un temps (ordinairement très court) les éruptions inflammatoires symptomatiques, on croit avoir guéri la maladie ! Plus tard, les malades reviennent réclamer le secours du médecin, et il semble qu'alors on dût ouvrir les yeux • mais il est plus commode de considérer le même sujet comme atteint d'une affection différente de la première : autrefois, il avait de l'herpès tonsurant, et aujour- d'hui, sur les mêmes parties, il porte de la syphilis ou de la dartre !....
M. Devergie nous objecte enfin que, sur nos six teignes, deux seulement sont contagieuses, inoculables.
EN GÉNÉRAL. , Zi3
Mais d'abord, pourquoi me faire admettre six espèces de teignes ; n'était-ce pas assez de cinq?
Il est vrai que deux teignes seulement ont été inoculées, la teigne faveuse et la teigne tonsurante ; j'ajoute immédia- tement que ce sont les deux seules sur lesquelles nous ayons fait, M. Deffis et moi, des essais d'inoculation. A l'époque de nos expériences, nous pensions que dans les teignes achro- mateuse et décalvante le champignon n'était visible ni à l'œil nu, ni à la loupe ; nous ne savions pas alors que cette sorte de fécule, de duvet grisâtre qui recouvre les surfaces dénu- dées, n'est autre chose que le microsporon. L'inoculation peut être essayée avec cette poussière champignonneuse, et je ne doute pas qu'ici encore nous n'obtenions un plein succès; les faits cliniques prouvent d'ailleurs que ces deux teignes (achromateuse et décalvante), dont je ne fais qu'une seule espèce aujourd'hui, sous le nom de pelade, sont contagieuses comme les autres. Quant à la teigne mentagrophytique, je n'en parle pas, la rattachant, comme vous allez le voir, à la teigne tonsurante.
Comment classer les teignes?
Dans mon premier travail (Recherches sur la nature et le traitement des teignes, 1853), j'admettais cinq espèces de teignes : la teigne faveuse, la teigne tonsurante, la teigne men- tagrophytique, la teigne achromateuse etla teigne décalvante.
Dans la petite brochure que je fis paraître l'année suivante (Considérations sur la mentagre et les teignes de la face), je disais déjà que la mentagre était rarement produite par le microsporon mentagrophyte de M. Gruby , que le plus souvent le champignon de cette teigne était le même que dans la teigne tonsurante, c'est-à-dire, n'était autre que le
chophyton. Cependant, je croyais encore à l'exislence des mentagrophyU's.
kh DES TEIGNES
Depuis cette époque, M. llobin, étudiant à son tour cette question, a nié complètement l'existence du champignon décrit par M. Gruby, sous le nom de microsporon mentagro- phyte; ce micrographe distingué pense que M. Gruby aura pris pour un champignon quelques lamelles d'épiderme rou- lées sur les bords et simulant ainsi des tubes de mycélium.
J'ai fait, démon côté, quelques recherches avec M. Deffis, et je suis loin de partager l'opinion de M. Robin, bien que je sois d'accord avec lui sur ce point que le microsporon men- tagrophyte n'existe pas. — Nous avons examiné les poils de malades affectés depuis longtemps de teigne tonsurante (les faits cliniques ne nous permettaient pas d'en douter) ; nous les avons comparés à des poils pris sur la figure d'autres malades affectés de teigne menlagrophytique : dans les deux cas, nous avons trouvé un végétal parasite ayant absolument les mêmes caractères, caractères rapportés par M. Gruby au microsporon mentagrophyte. Je suis donc porté à croire que M. Gruby n'a pas pris do l'épiderme pour un parasite, mais qu'il a décrit comme un champignon nouveau du trichophy ton vieilli, dégénéré.
Je pense qu'avec le temps les spores du Irichophylon de- viennent moins grosses et moins nombreuses ; et, lorsqu'on voit les caractères extérieurs de ce champignon varier selon l'époque de la maladie, pourquoi ne pas admettre qu'un changement puisse s'opérer aussi dans les caractères micros- copiques ? — Dans le Irichophylon n'y aurait-il pas, avec les spores, quelques tubes de mycélium ? Je le croirais volontiers; mais quelques recherches nouvelles sont nécessaires pour que je sois fixé à cet égard.
En résumé, je ne puis plus diviser les teignes comme je le faisais autrefois, mettant d'un côté celles dans lesquelles le champignon est visible, et de l'autre, celles dans lesquelles il
EN GÉNÉRAL 4 5
est invisible; car l'apparition extérieure du champignon est un fait commun à toutes et n'appartient pas seulement à la teigne faveuse et à la teigne tonsurante, comme je le croyais. La teigne mentagre n'est plus une espèce, ce n'est qu'une période avancée, la dernière période de la teigne tonsurante. Enfin, je réunis sous\e nom ùq pelade les deux teignesachro- mateuse et décalvante.
Je distingue donc trois espèces de teignes, répondant cha- cune à une espèce botanique différente ; ce sont ;
La teigne faveuse avec Xachorion Schœnleinii ;
La teigne tonsurante avec le trichophyton tonsurans ;
La teigne pelade avec le microsporon Audouini,
On peut ensuite, dans chacune des espèces, établir des variétés, variétés de forme et variétés de siège. Les pre- mières, plus importantes, nous fournissent les divisions sui- vantes :
Dans la teigne faveuse : — le favus urcéolaireou en godets {porrigo favosa), dans lequel les croûtes champignonneu- ses sont très régulièrement déprimées en cupule; — le favus scuti forme ou nummulairc (porrigo sciitirfata), qui se pré- sente sous l'aspect de plaques continues, légèrement saillan- tes et occupant quelquefois de larges surfaces; — le favus squarreux (porrigo squarrosa), dans lequel le parasite est disposé en monticules plus ou moins élevés, plus ou moins irréguliers.
Dansla teigne tonsurante, trois variétés aussi, suivantqueles éruptions affectent une forme circulaire, ponctuée ou rayon- née (circinata, punctata, gyrata). — Aucune de ces dispo- sitions n'a de rapport nécessaire avec l'élément primitif; et, par exemple, dans la teigne tonsurante circinnée, ce sont tantôt des vésicules, tantôt des pustules ou des papules qui signalent le début de la maladie.
/|6 DES TEIGNES
La teigne pelade peut se présenter sous deux formes diffé- rentes, à ce point que j'en faisais autrefois deux espèces. La première variété est la pelade simple ou ophiasique (an- cienne teigne décalvante); la seconde est la pelade achroma- teuse (ancienne teigne achromateuse), remarquable, comme son nom l'indique, par la décoloration des poils et des sur- faces dénudées; elle est confondue par les auteurs avec le vitiligo et décrite sous ce nom.
Une subdivision doit être établie dans la pelade achroma- teuse ; tantôt, en effet, les surfaces malades sont déprimées, et tantôt elles sont de niveau avec les parties saines.
J'ai dit que dans la classification des teignesil fallait tenir compte de la région occupée par la maladie. Aussi, bien que cette considération de siège n'ait qu'une importance secondaire, admettons-nous: des teignes du cuir chevelu; des teignes de la face; des teignes des parties sexuelles ; des teignes du tronc et des membres- cette division s'appliquant également à chacune des espèces et des variétés établies.
Voici, sous forme de tableau, le résumé très exact de ma classification des teignes :
. I Irceolans /l Du cuir che-
A. TEIGNE FAVEUSli ic , . , / „„,„
... „ , , . ... ( Scutulata / velu.
(achonon bchœulcinn ). / c • 0° r»„ i„ c>„~
x ; ( Squarrosa i 2 De la lace.
n fCircinata 1 oo tw „o..i,-«»
B. TEIGNE TONSURANTE ) p , / 3 Des parties
( irichophyton tonsurans). j g„t, \ sexuelles.
r [Simple, ophiasique f V Du tronc et
t. teigine pelade dépression! des membres,
(microsporon Audouini.) Achromateuse < .. , \
f Sans QGprçStsioii v
Commençons maintenant la description générale des tei- gnes. Nous passerons successivement en revue la nosographie, l'étiologie, la séméiotique et la thérapeutique, nous confor-
EN GÉNÉRAL. kl
mant à l'ordre déjà suivi dans l'étude des affections cutanées parasitaires envisagées d'un point de vue plus général.
Cette marche nous expose à quelques répétitions et c'est sans doute un inconvénient sérieux, mais cet inconvénient est largement racheté par de nombreux avantages. H est impossible, quand on veut exposer les faits avec méthode, de ne pas procéder ainsi du général au particulier. D'ailleurs, nous passerons sur ce sujet aussi rapidement que possible.
Nosographie. — Je divise les symptômes et la marche des teignes en trois périodes, correspondant à (rois époques bien marquées dans le développement du cryptogame. Ce sont : la période de germination ; la période d'état ou d'accroissement; la période de déclin du végétal parasite.
Période de germination. — Le champignon est alors invi- sible.
Le prurit est ordinairement franc et quelquefois accompa- gné de cuisson, d'éruptions fugaces, vésiculeuses, pustuleuses, érythémaleuses , Une hypersécrétion d'épidémie, l'alté- ration primitive des poils, caractérisent essentiellement cette première période.
L'altération des poils dont nous parlons ici varie selon l'espèce de teigne; les cheveux deviennent secs, ternes, leur diamètre n'est pas le même dans les différents points de leur tige, ils portent des nœuds et des rétrécissements, ils chan- gent de couleur, et au lieu d'être blonds ou bruns, ils sont rougeàtres, gris-souris, blanc d'argent.... Ce changement de couleur, souvent obscur, est quelquefois très net, comme chez cet enfant couché en bas au n° 75, et qui, depuis un mois, a quitté notre service. Il était affecté de pelade achro- mafeuse et portait sur le cuir chevelu un grand nombre de plaques blanches, ovalaires de diverses grandeurs; de plus,
4ô DES TEIGNES
en certains points, et sur des surfaces ou la peau ne paraissait nullement altérée, on voyait des bouquets de poils, les uns rougeâtresèt ternes, les autres fins et sensiblement décolorés.
Période d'état. — Les démangeaisons souvent continuent, et le végétal parasite paraît au dehors et se développe.
Ce sont des croûtes jaunes et plus ou moins épaisses dans le favus,des lamelles blanches et nacrées dans la teigne ton- surante, un léger duvet blanchâtre ou grisâtre dans la pelade. Tantôt le champignon est seul, tantôt il se trouve mêlé à des débris épidermiques,àde la matière pigmentaire...
En même temps, se manifestent d'autres éruptions symp- tomatiques , ordinairement accompagnées de prurit et de cuisson j elles dépendent d'une altération plus profonde de la peau, aussi disparaissent-elles moins rapidement que les éruptions primitives.
Alors aussi, on observe une altération plus avancée des poils, qui non-seulement sont friables, lanugineux, tortillés, d'une couleur différente, mais encore tombent ou se brisent à lasurfacedela peau, selon l'espèce de teigne. — Il y a donc, à la deuxième période des teignes (teigne tonsuranle excep- tée), une calvitie qu'il ne faut pas confondre avec la calvitie qui survient quelquefois à une période plus avancée; car celle-ci est permanente et celle-là temporaire.
Période de déclin. — Cette période est caractérisée, nous venons de le dire, par une calvitie définitive, résultant ordi- nairement de la destruction de la papille pileuse et de l'oblité- ration du canal pilifère. Souvent alors on voit le champignon disparaître avec les éruptions symplomatiques, et le malade se trouve guéri.
Le tableau que nous venons de tracer à grands traits varie dans les détails, suivant chaque espèce de teigne, et aussi suivant les variétés déforme et de siège.
EN GÊNÉHAL. l\9
Durée. — Quelle est la durée des affections de la peau auxquelles j'ai donné le nom de teignes?
Elle est très variable et l'on ne peut la préciser d'avance, quand la maladie n'est pas attaquée par des moyens convena- bles. Cependant on peut dire que, abandonnées aux seules ressources de la nature, ces affections ont une durée ordinai- rement fort longue et souvent même indéfinie, et vous savez vous-mêmes combien sont communes, à notre consultation des vendredis, les vieilles teignes de vingt ou trente ans!...
Terminaisons. — Trois modes de terminaison sont possi- bles; ce sont : la guérison spontanée sans calvitie, la gué- rison avec calvitie définitive; enfin la mort.
Je ne ferai que mentionner, comme souvenir d'un passé qui n'est pas encore loin de nous, la terminaison par la mort. Elle a été observée plusieurs fois dans cet hôpital, chez des malades atteints de favus, précédée des symptômes de plus en plus graves de la cachexie parasitaire. Aujourd'hui, nous sommes loin de craindre cette terminaison funeste pour nos teigneux.
La guérison spontanée sans calvitie, produite parla mort du végétal parasite, et dont on fait si grand bruit à nos dé- pens, est une terminaison possible, mais extrêmement rare de la teigne. Je vous en ai fait comprendre la possibilité, en vous parlant des conditions nécessaires à la vie des parasites. Elle survientsous rinfluencedecausesque nousneconnaissons pas.
La guérison avec calvitie permanente est incomparable- ment la plus fréquente des trois terminaisons que nous avons admises ; elle offre donc plus d'intérêt que les précédentes et mérite d'être étudiée avec plus de soin.
La teigne faveuse et la teigne décalvante sont ordinaire- ment suivies delà perle des cheveux, après une durée plus ou
moins longue et variable d'ailleurs pour l'une et pour l'autre;
h
50 DES TEIGNES
tous les auteurs en conviennent avec nous. — Dans la teigne tonsurante, la calvitie est plus rarement observée, et la ma- ladie dure deux ans et plus qu'aucun poi! n'est encore détruit sans espoir de retour. Ce ne sera que plus tard, quand nous traiterons en particulier de la teigne tonsurante, que vous comprendrez bien l'explication de ce fait; et nos détracteurs ne manquent pas d'en exagérer l'importance pour repousser tout rapprochement entre des affections si dissemblables (di- sent-ils), dont les unes sonUj^sjTirement, et les autres pres- que toujours suivies d^l^e^ë^e^àjh^yelure.
J'accorde volon^eœ^ cjH^c&SlTla vérife^Aue la teigne ton- surante se termine moins souvent que la pelade ophiasique par une calvitie définitive ; majs4es exemples de cette ter- minaison ne sont^s assez rare^V surtout quand la teigne tonsurante siège à la facP; pour qu'il soit permis de les nier. Généralemenfcpn considère comme guéris les malades chez lesquels on a vu disparaître après un traitement anti- phlogistique de plusieurs mois, les éruptions inflammatoires symptomatiques de la présence du trichophyton sur les poils; mais, vous îesavez, le champignon demeure sur la racine et dans le follicule, lors même qu'on a joint aux émollients les divers parasiticides, et i! ne tarde pas à manifester sa présence par d'autres éruptions.
D'autres fois, à une période plus avancée de la maladie, le cryptogame peut être détruit, non par les traitements mis en usage, mais par le pus sécrété en plus grande abondance ; et cependant, la maladie ne guérit pas, l'inflammation se perpé- tue, entretenue par les poils altérés, qui, au centre des folli- cules malades, jouent, en quelque sorte, le rôle de corps étran- gers. Quoi qu'il en soit, l'affection change d'aspect, et lorsque, au bout d'un certain temps, quatre ou cinq ans, par exemple, la chute des poils arrive, la calvitie est rapportée (sans doute
EN GÉNÉRAL. 51
par ignorance, plutôt que par mauvaise foi) à la dartre, à la scrofule..., et non au parasite.
A l'appui de ce que j'avance, je pourrais vous raconter l'histoire du nommé Barbier, que nous avons guéri d'une tei- gne tonsurante invétérée, et qui avait été, pendant plusieurs années, considéré comme dartreux par un habile professeur de la Faculté; vous trouverez cette observation dans ma bro- chure sur la mentagre et les teignes de la face.
Peut-être les différences de calvitie dans les diverses espè- ces de teignes s'expliquent-elles quelquefois, et jusqu'à un certain point, par l'épaisseur du champignon qui appartient à chacune d'elles. \
Nous verrons, en effet, que la pression mécanique exercée parle parasite joue, avec l'inflammation, un certain rôle dans la production de la calvitie; et il suffît de comparer les croûtes épaisses du favus aux minces lamelles de la teigne tonsurantepour être convaincu que, dans les deux cas, la pa- pille pileuse et le conduit pilifère sont soumis à des forces de pression très différentes.
Gardons-nous, cependant, de faire une part trop large aux causes purement mécaniques, dont on conçoit si aisément l'action quand on compare le' favus et la teigne tonsurante. Mettons, au lieu du favus, la pelade en regard de cette der- nière; aussitôt notre explication est en défaut, et nous sommes obligés d'admettre que d'autres causes plus puissantes con- courent à la production de la calvitie.
Comment donc arrive la calvitie définitive dans les tei- gnes? — De deux manières différentes.
Le plus souvent, il y a oblitération du canal pilifère, oblité- ration produite soit par la pression delà matière parasitaire, soit par l'inflammation du follicule pileux (peut-être mémo un certain degré d'inflammation est-il toujours nécessaire).
52 BES TEIGNES
En même temps que le conduit s'oblitère, la papille pileuse s'atrophie de plus en plus et finit par être détruite.
D'autres fois (ce phénomène avait échappé à l'attention des observateurs), il n'y a ni oblitération du canal, ni atro- phie de la papille; mais cette papille a subi une altération spéciale par suite de laquelle elle ne produit plus que de l'épiderme, au lieu de sécréter le pigment nécessaire à la formation du poil. Le premier, je crois, j'ai fait connaître cette cause de calvitie.
Etiologie et pathogénje. — L'étiologie comprend les causes prédisposantes avec la prédisposition et les causes déterminantes.
Les causes prédisposantes doivent être rapportées à trois sor- tes d'influences : physiologiques, hygiéniques et pathologiques.
Influences physiologiques. — Les teignes sont plus fré- quentes dans l'enfance qu'a toute autre époque de la vie. La région qu'elles occupent varie avec l'âge des malades; ainsi la teigne lonsurante a pour siège de prédilection le cuir che- velu chez les enfants, et, à un âge plus avancé, chez l'ado- lescent ou chez l'homme adulte, elle affecte plus souvent la face, le cou, les parties sexuelles.
Les sujets du sexe masculin sont plus exposés que ceux de l'autre sexe à contracter la maladie ; les garçons teigneux sont toujours ici plus nombreux que les jeunes filles; et les différences d'habitudes fournissent peut-être de ce fait une explication naturelle et très simple. Les garçons se livrent à des jeux plus animés, ils luttent corps à corps, prennent les casquettes ou les bonnets les uns des autres.... En un mot, les rapports médiats ou immédiats sont, chez eux, incontes- tablement plus fréquents que chez les filles; aussi la contagion a-t~elle lieu plus souvent.
EN GÉNÉRAL. 53
Les tempéraments lymphatique, bilieux..,..., prédispo- sent-ils à la teigne, comme le disent quelques auteurs? — Je ne le pense pas, bien que je sois convaincu de l'influence du tempérament sur l'espèce d'éruption que provoquent les parasites.
Quant à la constitution, on a singulièrement exagéré son importance ; et si quelques-uns de nos teigneux sont pâles, maigres, chélifs, vous pouvez aisément constater que plus des deux tiers sont forts et robustes, d'une excellente consti- tution. Je viens d'apprendre ce matin même, en arrivant à l'hôpital, que dans un village des environs de Paris, à Fon- tenay-aux-Roses, la plupart des habitants étaient affectés de teigne tonsurante; on aurait, je crois, dans ce cas particulier, quelque peine à admettre que la faiblesse de la constitution a pu favoriser le développement de la maladie !
Influences hygiéniques. — Parmi les causes de cette na- ture, l'habitation, le climat, les saisons n'ont qu'une
importance très secondaire.
Il n'en est pas de même des soins de toilette-, tout le monde sait ici que le meilleur moyen de se mettre à l'abri de la teigne dans un foyer de contagion, c'est de ne négliger aucun soin de propreté ; et la raison en est si simple que je ne sau- rais, sans vous faire injure, insister davantage sur ce point. Permettez-moi seulement de vous dire que, selon toute appa- rence, c'est à des habitudes de malpropreté que sont dues les teignes endémiques et celles que l'on a, bien à tort, appelées héréditaires.
Les conditions sociales méritent aussi d'être mentionnées parmi les causes prédisposantes. Dès le début de mes recher- ches sur les teignes, j'avais observé que certaines espèces affectaient de préférence les classes pauvres, et d'autres la classe aisée: l'expérience de quelques années n'a fait que
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me confirmer dans celte opinion. Le favus esl plutôt la teigne des -pauvres, tandis que les teignes tonsurante et pelade ne se rencontrent pas plus souvent chez ces derniers que chez les riches.
Mais cette action prédisposante des conditions sociales ne doit-elle pas être rapprochée des influences pathologiques ? La scrofule, en effet, prédispose au favus, et la syphilis à la teigne tonsurante et à la pelade; — aussi peut-on dire que la syphilis, la teigne tonsurante et la pelade sont souvent des maladies des classes aisées-, et lascrofule, avec le favus, presque toujours le triste apanage des pauvres; — mais que d'exceptions dans ces divers rapprochements ! ! !
Influences pathologiques. — Je n'ajouterai rien aux con- sidérations qui terminent le dernier paragraphe, et qui au- raient peut-être trouvé dans celui-ci une place plus naturelle. Il me suffît de vous avoir signalé la coexistence fréquente de la scrofule et du favus d'une part, et, d'autre part, de la syphilis et des teignes tonsurante et pelade.
Quant à la prédisposition, je vous en ai déjà parlé assez longuement dans les leçons précédentes ; et maintenant aucun de vous n'ignore qu'indépendamment de toutes les causes qui viennent d'être énumérées, certaines conditions organiques, inconnues dans leur essence, sont nécessaires pour que les cryptogames se développent et produisent une affection cutanée.
Cause déterminante. - — Il n'y a qu'une cause détermi- minante de la teigne, c'est le végétal parasite. Comment se transmet-il ? — Sans aucun doute, par contagion ; mais comment la contagion peut-elle s'opérer? — De quatre ma- nières différentes : 1° par l'air ; — 2° par le contact médiat ; — 3° par le contact immédiat ; — h° enfin par l'inoculation.
C'est contre le premier mode de contagion admis par nous
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(contagion par l'air), qu'on s'élève avec le plus de force; c'est alors qu'on croit si volontiers au développement spontané de la maladie
Est-il donc si absurde ou si difficile d'admettre qu'une de ces nombreuses spores, d'une ténuité extrême, qui recouvrent la tête d'un teigneux, puisse être emportée par un léger mouvement dans l'air et déposée sur la tête d'un frère ou d'un camarade? — . Mais, nous dira-t-on, s'il est vrai que la contagion puisse s'opérer et s'opère souvent de cette manière, comment se fait il que les médecins, les élèves, les infirmiers, les malades qui s'y exposent tous les jours, soient si rare- rement affectés de teigne ? — Apparemment, ceux qui nous adressent de semblables objections n'ont jamais interrogé à cet égard ni examiné nos malades, car ils auraient appris, de manière à n'en pouvoir douter, que la teigne, la teigne tonsurante surtout, se gagne assez souvent dans nos salles. Et , sans aller plus loin, voyez nos infirmiers épileurs qui por- tent en permanence, sur le dos des mains, un ou plusieurs cercles herpétiques (première période de teigne tonsurante); il est vrai que chez eux la contagion a pu s'opérer par le contact immédiat plutôt que par l'air.
On oublie aussi, ou plutôt on ignore, qu'il faut, pour con- tracter la teigne, certaines conditions de terrains et une apti- tude de l'organisme. Presque toujours on peut remonter cà la source de la contagion dans les pensionnats , dans les familles.... J'allais omettre la boutique du barbier où un même rasoir fait souvent tant de victimes ! M
Mais, puisque l'on ne croit plus aujourd'hui aux généra- tions spontanées, et que la teigne dépend toujours de la présence sur les poils d'un végétal parasite, n'est-il pas évi- dent qu'il faut, de toute nécessité, admettre la contagion dans la production de ces affections de la peau ?
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A proprement parler, il n'existe pas, pour chaque espèce de teigne, un mode particulier de transmission de la maladie ; cependant il est d'observation que la teigne faveuse, la teigne tonsurante du cuir chevelu et la teigne pelade se communi- quent ordinairement par le contact médiat (bonnet, peigne, serviette ou tout autre objet de toilette....), tandis que la teigne tonsurante de la face se transmet le plus souvent par inoculation (rasoir du barbier).
Nous avons fait ici avec M. Deffîs, sur les teignes faveuse et tonsurante, de nombreux essais d'inoculation. Je vous l'ai déjà dit, nous ne savions pas à cette époque qu'il y eût dans la pelade une manifestation extérieure du champignon; ce sont donc, pour cette teigne, des expériences à reprendre.
L'inoculation réussit toujours. Après avoir introduit du favus dans la couche la plus superficielle de la peau avec la pointe d'une lancette, nous avons toujours vu l'achorion germer. Mais neuf fois sur dix c'est du favus épidermique qui se développe (vous en comprendrez la raison quand nous étudierons la teigne faveuse) ; dans un seul cas, sur un des infirmiers du service, nous avons obtenu un petit godet très bien formé, offrant un poil à son centre, comme tous les godets faviques. Le plus souvent, le champignon inoculé meurt et disparaît après une courte durée; mais, quelquefois aussi, il peut se développer, et il faut que l'art intervienne pour arrêter les progrès du mal. L'avortement du cryptogame dépend sans doute de certaines conditions locales, du défaut d'aptitude ou des deux causes interne et externe réunies.
Des considérations qui précèdent, il résulte que le favus et la teigne tonsurante, toujours inoculables comme affections, ne peuvent l'être comme maladies que dans des conditions de l'organisme que le mot aptitude résume très bien.
L'étude des teignes inoculées a jeté quelque lumière sur
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des points obscurs de leur histoire. C'est en effet par l'inocu- lation que nous avons pu connaître le siège exact du parasite végétal qui germe, la durée de l'incubation et le temps né- cessaire pour la formation du godet favique. Mais nous reviendrons sur ce sujet en étudiant chaque espèce en parti- culier, et nous entrerons alors dans tous les détails que comporte ce point intéressant de pathologie.
Disons maintenant comment se comportent les végétaux parasites des teignes relativement à 1'épiderme, aux ongles et aux poils.
Le parasite qui vit aux dépens de l'épidémie occupe tou- jours, nous l'avons dit ailleurs, la couche profonde de cette membrane ; il se trouve entre la lame cornée et la lame mu- queuse, ou. si l'on aime mieux, entre les cellules pavimen- teuses et les cellules à noyaux. Mais bientôt, la couche cornée de l'épidémie cède à la pression du cryptogame, qui se montre à nu et sous des formes variables suivant l'espèce de teigne. Ce sont des croûtes jaunes et minces (favus épider- mique), des lamelles d'un beau blanc de neige (teigne tonsu- rante), un duvet grisâtre (pelade).
Le champignon qui germe sous l'ongle se comporte abso- lument de la même manière; il occupe le môme siège anato- mique. Remarquons, en effet, que l'ongle n'est qu'une modi- fication de la couche superficielle de l'épidémie, dont il ne diffère que par une plus grande dureté et une plus grande épaisseur. — Les trois cryptogames des teignes peuvent-ils se développer ici comme aux dépens de 1'épiderme?- — Le fait est possible et môme probable. Cependant, nous n'avons jamais observé le microsporon de l'ongle (1), signalé d'ailleurs par d'autres auteurs. — L'achorion et le trichophytoii produisent
(1) Le lecteur verra plus loin que depuis cette époque M. Uaziu a eu l'oc- casion d'en observer un cas remarquable.
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des altérations remarquables dont nous parlerons plus tard Qu'il nous suffise aujourd'hui de savoir que le cryptogame manifeste toujours sa tendance à la disjonction des éléments cutanés; mais ici, la lamelle cornée offrira une plus grande résistance, et il lui faudra toujours un temps très long pour la détruire, la perforer et paraître au dehors.
Quant aux poils, ils sont le siège de prédilection des cham- pignons des teignes (voy. la définition de la teigne) ; il est donc intéressant de connaître les rapports exacts qu'ils affec- tent avec ces champignons. Or, il résulte des nombreuses recherches microscopiques auxquelles nous nous sommes livrés, que nos végétaux parasites se comportent tousles trois à l'égard des poils absolument de la même manière, fait im- portant, qui avait échappé à l'attention des micrographes !
Vous voyez représenté sur ce tableau, avec un grossisse- ment assez considérable, un poil à l'état de développement parfait; permettez-moi de vous en donner une description aussi abrégée que possible.
Si nous considérons d'abord le poil même, nous le trou- verons formé d'une partie libre ou aérienne, c'est la tige, et d'une partie inlra-cutanée, appelée racine, qui d'un côté, au niveau de la surface tégumentaire, s'unit à la tige, et, de l'autre côté, dans la profondeur de la peau, aboutit à une saillie mamelonnée connue sous le nom de bulbe.
Sur un poil laissé en place, on voit cette saillie bouton- neuse constituée par deux éléments : la papille pileuse et la papille dermique, celle-ci étant recouverte et comme emboîtée par celle-là.
Dans la tige, deux parties distinctes : une externe ou cor- ticale, principalement formée défibres longitudinales; l'autre interne ou médullaire, constituée par de la graisse ou des globules pigmenlaires auxquels les poils doivent leur colo-
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ration. Telle n'est, pas, cependant, l'opi nion de Klliker, qui n'admet guère que des bulles d'air dans la partie centrale et attribue aux fibres corticales la couleur des cheveux.
A la surface de la papille pileuse on voit un produit de sécrétion qui, après quelques transformations, constitue le poil; ce n'est autre chose que du pigment. A mesure qu'ils approchent de l'origine de la racine [souche), les noyaux pig- mentaires prennent une forme de plus en plus allongée [grains d'orge) ; c'est en ce point que se fait révolution des fibres longitudinales; c'est là aussi- que commence la partie centrale ou médullaire du poil. Quelquefois, mais rarement, les granules pigmentaires devenus ovoïdes, au lieu de se diriger dans le sens de la longueur du poil, pour constituer les fibres longitudinales, affectent une direction perpendicu- laire à celle-ci ; de là sans doute ces stries transversales signalées par tous les auteurs et généralement décrites sous le nom de fibres en spirale.
Le poil, dans sa partie intra-cutanée, est immédiatement en rapport avec une gaine épidermique qui lui adhère assez intimement et qui se confond en bas avec la membrane interne de la capsule; c'est le canal épidermique, dans lequel est déversé le produit de sécrétion des glandes pileuses, ordi- nairement au nombre de deux; chacune de ces glandes possède un canal excréteur large et court.
En dehors de la gaîne épidermique, on trouve la mem- brane interne ou translucide de la capsule, puis la membrane externe ou grenue, qui n'est qu'une dépendance du corps pigmentaire; enfin, le fout est logé dans une dépression du derme appelée follicule.
Ainsi, pour résumer, nous voyons successivement : le poil, le conduit épidermique, la capsule avec ses deux membranes interne et externe, enfin le derme.
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Supposez maintenant que la moindre parcelle d'un crypto- game de nos teignes tombe dans le canal épidermique du poil ; qu'arrivera- t-il ?
Les spores se dirigeant vers la profondeur du follicule, traverseront (elles sont si petites !) les cellules pavimenteuses qui constituent ce canal et seront bientôt arrêtées par les conduits sécréteurs des glandes pileuses. C'est immédiate- ment au-dessus de l'orifice de ces derniers, dans le canal épi- dermique, qu'elles (les spores) viennent se fixer; tel est du moins le résultat de mes observations, confirmé tout récem- ment par de nouvelles recherches de M. Ch. Robin sur ce point de micrographie. C'est de là qu'elles vont s'étendre, s'accroître dans tous les sens, en convertissant tout en leur propre substance. En dedans, elles rencontreront le poil ; en dehors, les membranes capsulaires interne et externe; en haut, les cellules épidermiques et plus tard la lige du poil ; en bas, la souche et le bouton avec les globules pigmentaires qui les recouvrent.
Tout est donc attaqué, détruit ou plutôt transformé en matière champignonneuse. Aussi le poil, examiné au micro- scope, offre- t-il des altérations remarquables; les fibres longi- tudinales paraissent écartées et leurs intervalles remplis par des spores qui pénètrent souvent jusque dans la partie mé- dullaire ; en différents points on peut trouver des renflements circulaires, ovoïdes, tubériformes..., et, quelquefois, ces alté- rations sont appréciables à l'œil nu.
Tels sont les principaux phénomènes observés dans toutes les teignes indistinctement. Mais il y a, suivant les espèces, des différences que nous étudierons plus tard ; aujourd'hui nous nous contenterons d'en dire seulement quelques mots.
Dans la teigne tonsurante, le parasite se développe prin- cipalement aux dépens des poils, dont tous les éléments
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paraissent plus complètement désorganisés que dans les autres espèces ; aussi voit-on les poils se briser clans leur partie aérienne, à quelques millimètres de la surface tégu- rnentaire; d'où la production des tonsures qui ont mérité à cette affection le nom qu'elle porte.
Dans la pelade, la désorganisation de la capsule est très rapide et le poil tombe en peu de temps.
Dans \efavus, le champignon envoie dans la profondeur du follicule un renflement mamelonné; quelquefois, comme dans la teigne tonsurante, le poil altéré peut se briser, et, dans ce cas, la brisure se produit ordinairement au niveau du godet ou des croûtes ; d'autres fois, le poil tombe en entier, mais ce n'est jamais qu'au bout d'un temps assez long.
Diagnostic. — Le diagnostic des teignes est ordinairement facile ; et cependant, que d'erreurs sont commises au sujet de ces affections ! Journellement on voit l'impétigo confondu avec lefavus, et la teigne tonsurante au début prise pour une syphilide !
Les signes à l'aide desquels on peut établir le diagnostic doivent être puisés à trois sources principales :
1° Aux parasites eux-mêmes se rattachent des caractères importants. Ce sont des incrustations jaunes soufrées dans le favus 5 des lamelles blanches, amiantacées, dans la teigne tonsurante; une fécule grisâtre dans la pelade.
2° Je n'insisterai pas sur les éruptions symptomatiques ; vous savez tous quelle valeur séméiotique nous accordons ici à l'herpès circiné , aux disques érythémateux, à certains groupes d'eczéma.
3° Enfin, l'examen des poils, desongles, fournit des signes d'une importance capitale, des signes souvent patbogno- moniques.
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Les cheveux peuvent être rares ou même manquer dans une certaine étendue ; quelquefois ils sont brisés; très souvent on les voit atrophiés, raccornis, fendillés, bifurques, tortillés... Ils ont un aspect lanugineux et sont secs et friables à divers degrés. Le changement de couleur est un des phénomènes les plus fréquents et les plus remarquables, sur lequel on ne saurait trop insister, car il est lié à un autre fait d'une grande importance ; je veux parler de la présence du végétal parasite dans la partie profonde du follicule pileux. Pour peu que vous ayez fréquenté nos salles et assisté à nos consultations, vous n'avez pas été sans remarquer ces poils flétris, déco- lorés et rares qui recouvrent les surfaces malades dans la pelade, et cette couronne rougeàtre ou gris souris qui entoure les parties affectées de favus ou de teigne tonsurante. Ces altérations sont un signe certain de la germination du para- site sur les parties du corps où on les observe.
Il est des cas, avons-nous dit, dans lesquels le diagnostic est loin d'être facile ; presque toujours cette difficulté tient à quelque complication.
Tantôt, ce sont deux teignes d'espèces différentes qui, se trouvant en même temps sur le cuir chevelu, peuvent mettre le médecin dans l'embarras ; — tantôt, ce sont des animaux parasites, des poux, qui masquent les caractères d'une teigne en produisant des éruptions impétigineuses plus ou moins confluentes.
Plus souvent peut-être, l'obscurité du diagnostic est due à la coexistence d'affections constitutionnelles ou d'éruptions artificielles. C'est le parasite qui, jouant le rôle de corps étranger, occasionne le développement d'affections scrofu- leuses ou dartreuses qu'ensuite il entretient, et au milieu desquelles il est bien difficile de le retrouver.
Quant aux éruptions artificielles, vous ne sauriez croire
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combien souvent elles compliquent les affections parasitaires ! Il n'est presque pas de malades affectés de teigne qui, avant de venir nous consulter, ne se soient adressés à des empi- riques; ordinairement, ils ont fait un long abus de topiques irritants, lesquels ont amené des poussées impétigineuses et dénaturé l'affection primitive. Aussi est-il souvent impos- sible, en pareil cas, de poser un diagnostic.
Que faire donc, et quels conseils donner? — Il faut atten- dre, renvoyer à huitaine ou à quinzaine le malade qui se présente à vous, en lui recommandant de ne se servir (^au- cune pommade, d'aucun onguent..; tout au plus permettrez- vous quelques applications émollientes (cataplasmes de fécule), si l'inflammation, produite par un traitement irra- tionnel, paraît trop vive. De cette manière, les éruptions arti- ficielles disparaîtront de jour en jour, et l'affection parasitaire se montrera avec des caractères de plus en plus accusés.
Il y a cependant un moyen précieux de dissiper le doute quand il faut sans retard arriver à un diagnostic : c'est, vous le devinez, l'examen microscopique.
J'ajoute que la manière dont se fait l'épilation fournit quel- quefois des indications précieuses que, par conséquent, vous ne devez pas négliger; aussi me verrez-vous souvent, à la consultation, dans les cas difficiles, interroger la pince do Tépileur.
Pronostic. — Le pronostic est généralement peu grave ; nous ne redoutons plus l'incurabilite, ni la mort, depuis que nous avons inauguré la méthode actuelle de traitement ; eh, ne vous semble-t-il pas que ce progrès dans la thérapeutique des teignes soit un véritable bienfait rendu à l'humanité ?
Pour le favus, tout le monde est. obligé de reconnaître la supériorité de notre méthode ; la guérison était un fait excep-
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tionnel et aujourd'hui elle est constante. Mais dans la cura- tion des autres espèces (lonsurante et pelade), on ne veut pas nous accorder que nous ayons rendu le plus léger ser- vice. — Pourquoi cela? — C'est ^que, en effet, toutes les teignes ne guérissent pas avec la même facilité, et la teigne faveuse qui était, à juste titre, considérée comme la plus rebelle et la plus grave, est justement celle que nous faisons disparaître le plus aisément.
Ce n'est pas cependant que nous traitions les autres teignes avec moins de succès ; mais il nous faut, pour obtenir une guérison complète et solide, un iemps ordinairement beau- coup plus Jong, ce que ne comprendront jamais qu'à grand' peine ceux qui, depuis si longtemps, considèrent les teignes tonsurante etpelade comme des affections légères relativement au favus. Il faudra pourtant bien un jour ouvrir les yeux à la lumière ou se constituer définitivement en état de cécité !
Je vous l'ai déjà dit, et j'aurai certainement encore l'occa- sion de le répéter, on croit guérir par les moyens ordinaires, mais on ne guérit point la teigne tonsurante; les éruptions symptomaliques disparaissent, et, quand l'affection parasi- taire revient, elle est méconnue parce qu'elle se montre sous une forme différente.
Vous comprendrez aisément pourquoi nous guérissons telle teigne plus rapidement que telle autre.
Dans le favus, Tépilation est habituellement facile ; avec la pince on peut très bien saisir les poils qu'on arrache en totalité avec leur capsule. — Dans la teigne tonsurante, par suite d'une altération plus avancée du poil, ce dernier se brise plus souvent qu'il n'est arraché, surtout quand l'épila- tion n'est pas faite avec soin et par une main exercée, et il reste, sur la partie non avulséc, de nombreux cléments repro- ducteurs de la maladie. — Dans la pelade, il n'y a plus ou
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presque plus de véritables poils sur les surfaces malades; ces dernières, en apparence dénudées, sont couvertes d'une innombrable quantité de poils de duvet que la pince peut à peine saisir et qu'il faut cependant extraire, sous peine de ne pas guérir le malade ; l'opération offre encore plus de diffi- culté que dans le cas précédent.
Ainsi, règle générale, la guérison est d'autant-plus prompte que l'épilation est plus facile. Je pense donc que désormais les teignes doivent être rangées dans l'ordre suivant au point de vue de la gravité du pronostic: teigne pelade, teigne ton- surante, teigne faveuse.
Nous guérissons toutes les teignes avec notre méthode thé- rapeutique tandis que les autres procédés sont impuissants.
Mais s'il en est ainsi, nous dira-t-on, pourquoi voit-on encore, ici, à côté de vous, des empiriques soutenir la con- currence dans le traitement delà teigne? — Parce que, j'ose à peine le dire, quelques-uns de mes collègues de l'hôpital envoient tous les jours, au traitement des Malion, des enfants affectés non do teigne, mais d'impétigo scrofuleux et plus souvent d'impétigo pédiculaire. Les malades guérissent en peu de temps, et l'on fait ainsi, à la faveur de nombreuses erreurs de diagnostic, des statistiques incroyables. Les élèves du service savent combien nous en avons guéri de ces pauvres enfants affectés de gourmes, qui avaient été adressés comme teigneux aux héritiers du secret desMahon, et épiléspar eux pendant une ou plusieurs années ! ! !
Certaines circonstances font varier le pronostic de la teigne. L'étendue et l'âge plus ou moins avancé de la maladie exer- cent une influence incontestable ; mais sur ce point encore que d'erreurs sent professées par les dermatologisles !
On dit généralement que le pronostic est d'autant plus
grave que la maladie est plus ancienne. J'en conviens, si l'on
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ne veut tenir aucun compte du traitement ; mais je ne sau- rais admettre, dans aucun cas, qu'on puisse ainsi faire abstrac- tion de l'influence des moyens thérapeutiques quand on porte un pronostic. Gela posé, je n'accepte point la proposition des auteurs, et je crois qu'en la renversant on est beaucoup moins éloigné de lavérité. Nous guérissons les mentagres invé- térées bien plusaisémentque les mentagres récentes : uneseule épilation suffit souvent pour la guérison complète des pre- mières ; lesautres enexigent deux, trois et parfois davantage. Entendons-nous cependant, et distinguons avec soin ces deux choses généralement confondues : l'âge de lamaladie et l'étendue de la maladie. J'ai dit que la guérison était d'au- tant plus facile que la teigne était plus ancienne; j'ajoute qu'elle est d'autant plus difficile que la maladie est plus éten- due. Aussi, n'en doutez pas, si la teigne au début est si aisé- ment et si rapidement guérie, c'est uniquement à cause de la circonscription du mal.
Voici deux hommes affectés de teigne tonsurante de la face à une période différente : l'un porte depuis six mois un cercle d'herpès tonsurant au milieu de la barbe; l'autre offre, depuis quelques jours seulement, trois ou quatre dis- ques érythémaleux répandus en divers points du visage. Direz-vous avec presque tous les auteurs que la guérison du premier de ces malades sera plus difficile et exigera un temps plus long? — Quant à moi, je prendrais sans crainte l'engagement de l'obtenir en moins de six semaines, tandis que je n'oserais affirmer d'avoir guéri l'autre malade (j'en- tends guéri radicalement) après un espace de temps double ou triple. Le premier serait immédiatement confié aux soins de l'épileur et peut-être deux ou trois opérations suffi- raient-elles ; pour le second, il faudrait se borner aux agents parasiticides (lotions de sublimé, pommade au turbith), et
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attendre, avant de commencer i'épiiation, que l'affection fût parfaitement localisée.
Le pronostic varie suivant l'espèce de teigne, et vous savez déjà que, pour nous, ie favus est la moins grave des teignes à cause de la facilité de la curation ; vient ensuite la teigne tonsurante ; la pelade occupe le dernier rang.
Le siège de la maladie, les conditions anatomiques ont aussi leur importance. Le pronostic est d'autant plus sérieux que la région affectée est plus abondamment fournie de poils (cuir chevelu, barbe, face chez l'homme, parties sexuelles...), que le système pileux général, y compris le duvet, est plus développé, la matière sébacée sécrétée en plus grande abon- dance; car la matière sébacée, qu'on me passe le mot, est, pour nos parasites, une sorte d'engrais qui favorise leur déve- loppement.
Il faut tenir compte également des complications diverses qui peuvent exister, bien qu'en réalité, dans ces conditions, la teigne ne soit pas en elle-même plus difficile à guérir; mais l'état des parties malades peut exiger quelques précau- tions, occasionner quelques retards dans le traitement. En outre, vous aurez de la peine cà faire croire à la guérison d'un malade affecté de teigne, tant qu'il portera au cuir che- velu ou ailleurs des éruptions dartreuses ou scrofuleuses.
Enfin, les traitements antérieurs qui jettent parfois tant d'obscurité sur le diagnostic, rendent aussi, généralement, la curation plus longue et plus difficile.
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE DES TEIGNES. — Avant 1852,
l'empirisme seul guérissait la teigne, ce dont vous ne devez I as vous étonner. Dos théories fausses pouvaient-elles en- gendrer autre; chose qu'une thérapeutique impuissante? La teigne faveuse faisait le désespoir des médecins, cl personne
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n'eût, osé dire, comme au temps d'AmbroiseParé :« La récente est difficile à curer, et la vieille ne guérit jamais, )> car la ré- cente était traitée sans plus de succès que la vieille.
La teigne tonsurante était-elle plus efficacement combat- tue?— On le disait partout; mais vous savez maintenant quelle valeur il faut accorder à ces assertions, et ce que l'on doit penser de ces rapides guérisons proclamées définitives et qui tardaient si peu à se démentir. On faisait tant bien que mal disparaître les accidents inflammatoires, les éruptions symptomaliques, et on laissait presque toujours intact le champignon producteur du mal.
Aujourd'hui, comme autrefois, on a la prétention de guérir la teigne tonsurante par des moyens de traitement ordinaires, avec des topiques de toutes sortes; que font cependant les détracteurs de notre méthode? — A l'hôpital, ils renvoient les malades, les déclarant à tout jamais guéris; en ville, ils agissent avec plus de prudence , et, quand une mentagre a longtemps résisté à leurs onguents et à leurs pommades, ils ne se mettent point en peine de recourir en secret à l'épila- tion. Ils font donc en ville ce qu'ils proscrivent à l'hôpital.
Quant à la pelade, on la considérait comme une affection mystérieuse dont la nature seule pouvait quelquefois débar- rasser le malade, etl'on n'essayait môme pas de la combattre. Parfois cependant, à cause d'antécédents fâcheux, cetteaffec- tion singulière des poils était rattachée à la syphilis et traitée en conséquence.
La méthode épilatoire des frères Mahon, méthode empiri- que et enveloppée de mystères, était la seule vraiment effi- cace dans le traitement du favus, à l'époque où nous avons entrepris nos recherches. Elle avait, nous devons le dire, un immense avantage sur la calotte et les autres moyens propo- sés jusque-là. On guérissait, sinon toutes les teignes, du moins
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un très grand nombre de ces affections de la peau. Cepen- dant, quand la maladie était invétérée, il ne fallait pas moins d'un an à dix-huit mois pour obtenir une guérison complète ; et, si le favus était senti forme, on voyait assez souvent le mal reparaître, même après un traitement de plusieurs années. La même méthode était appliquée par les Mahon aux teignes tonsurantes et avec autant de succès qu'aux teignes faveuses; mais la guérison se faisait encore attendre très longtemps, huit, dix mois, terme moyen. — Voici donc où nous en étions en 1852 : pour la teigne comme pour la gale, l'empirisme avait devancé la science, il était temps que cette dernière reprît son rang.
Aune thérapeutique empirique si souvent impuissante, j'ai substitué une thérapeutique rationnelle, et toujours efficace, quelle que soit l'espèce de la teigne et quelles que soient les conditions de santé du teigneux.
Nous ne connaissons vraiment aucune contre-indication à la cure radicale de ces affection ; le règne des théories humo- rales est passé, et un médecin instruit ne dirait point aujour- d'hui qu'il peut être dangereux de guérir la teigne. Nous ne sommes plus au temps où il fallait la respecter comme un émonctoire dont la nature se servait pour prévenir des mala- dies plus sérieuses.
La cause, l'unique cause de la maladie est un champignon ; donc, pour guérir, il faut et il suffit de détruire ce champi- gnon. Mais, dira-t-on, cela n'est pas nouveau, longtemps avant vous on avait employé les parasiticides ; pourquoi ne guérissait-on pas ?
Déjà, dans une leçon précédente, j'ai répondu indirecte- ment à cette objection. On ne guérissait pas, parce qu'on ne remplissait pas cette condition fondamentale de mettre par- tout le parasiticide en contact avec le parasite. Ou détruisait
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le champignon à la surface de la peau, et on laissait de nom- breuses spores dans la partie centrale du poil, sur sa racine et dans le follicule.
L'épilation est nécessaire dans le double but d'enlever, avec le cheveu, le champignon qu'il renferme et de laisser béante, parle l'ait de cette extraction, l'ouverture du follicule pileux, dans lequel on peut alors introduire la solution parasiticide. Il est vrai qu'on peut me dire encore que l'épilation n'est pas chose nouvelle dans le traitement de la teigne; que la calotte, qui n'est qu'un procédé d'épilation, est presque aussi ancienne que la médecine, et enfin qu'avant moi, on s'est également servi des doigts et de la pince pour pratiquer cette petite opération.
Pourquoi donc ne guérissait-on pas, et pourquoi cette mé- thode de traitement a-t-elle été abandonnée?
Tout à l'heure, avec le parasiticide, on détruisait le cham- pignon à la surface de la peau et on le respectait dans l'épaisseur du poil, sur la racine et dans le follicule ; main- tenant, avec l'épilation seule, on enlève les spores qui tien- nent au poil (à la racine et à la tige) , et on laisse le reste.
Quelquefois cependant, on joignait, sans trop savoir pour- quoi, l'épilation aux parasiticides, comme faisaient et font encore les Mahon, et l'on guérissait un certain nombre de teignes ; mais comme cette méthode de traitement ne s'ap- puyait sur aucune raison scientifique, et qu'il était impossible (la nalure de la teigne étant inconnue) de donner de sa su- périorité une explication satisfaisante, elle ne pouvait trouver de nombreux partisans parmi les médecins.
Comment, en effet, concilier l'efficacité de l'épilation avec les hypothèses le plus généralement acceptées sur la nature des teignes ? Quelle importance pouvait-on accorder à l'extraction des poils et à l'emploi des parasiticides, quand on
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admettait que la maladie était produite parla pourriture des cheveux, par un vice spécial des humeurs, par une altération de certains produits de sécrétion ?...
Évidemment, la nécessité de l'épilation était incompatible avec ces fausses théories. — Et n'avons-nous pas vu de même [Généralités sur les affections cutanées parasitaires) la fric- tion générale abandonnée dans le traitement de la gale, malgré sa supériorité incontestable, et parce seul fait que son rôle était méconnu ?
Toute méthode thérapeutique, pour avoir chance de durée, doit être fondée sur des indications.
Or, trois indications principales se présentent dans le trai- ment des teignes. La première, et de beaucoup la plus im- portante, est de détruire le parasite qui produit la maladie. La seconde est de combattre les éruptions inflammatoires développées par ce même parasite. La troisième est de faire disparaître les éruptions entretenues par un vice interne, et de modifier, s'il est nécessaire, la constitution des teigneux.
Généralement, un praticien un peu instruit ne sera pas embarrassé pour remplir ces deux dernières indications. On attaquera les phénomènes inflammatoires par les antiphlo- gistiques, les résolutifs... On prescrira l'application de cata- plasmes émollients, des lotions, des frictions avec une pré- paration iodée, ou avec la pommade de ciguë... Tel teigneux aura besoin de toniques, et on lui donnera du sirop de fer, du vin de quinquina ; pour tel autre, il faudra mettre en usage un traitement antisyphilitique ou antidartreux...
Quant à la première indication, qui se rapporte plus direc- tement à la teigne, son importance nous oblige à l'étudier avec une scrupuleuse attention.
Il faut détruire le parasite, le détruire partout, et, pour cela, il est nécessaire de savoir exactement où il se trouve,
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— Or, nous avons dit que le parasite pouvait siéger entre les deux couches épidermiques, à la surface de la peau, sur les poils et dans le follicule pileux.
Pour faire disparaître le champignon situé soit dans l'épais- seur de l'épiderme, soit à l'extérieur (à ce moment le parasite a rompu la lame cornée superficielle), les parasiticides suffi- raient; mais pour l'atteindre dans le follicule et sur la racine du poil, l'épilation associée aux parasiticides est indispensable.
Entrons dans quelques détails sur le mode d'extraction des poils.
L'épilation est une opération qui exige, comme toute opé- ration chirurgicale, une certaine habitude pour être pratiquée convenablement. Elle parait si simple, que l'on considère tout apprentissage comme inutile, et, sans aucun scrupule, on la confie à tel infirmier plus ou moinsmaladroit. Aussi qu'arrive* t-il ? C'est que souvent on ne guérit point les malades ; et l'insuccès est attribué à la méthode thérapeutique plutôt qu'à la manière dont elle a été appliquée! — Je vous engage donc, messieurs, à observer avec soin comment on épile ici dans notre service ou au traitement externe que dirige avec nous M. Deflis ; et puis, vous mettrez vous-mêmes la main à l'œuvre-, car il se présentera telle circonstance où il faudra forcément vous passer d'un infirmier spécial et pratiquer l'épilation jugée par vous nécessaire.
Mais, s'il est indispensable, comme nous l'avons établi, pour la curation de la teigne, de dépouiller les parties ma- lades des poils ou des cheveux qui les recouvrent, ne peut- on pas cependant se passer de la petite opération, toujours un peu douloureuse, dont je vous parle, et recourir à l'emploi des agents dits épilatoires? En un mot, y a-t-il ou non des agents épilatoires, et, s'il y en a, ceux des frères Mahon méritent- ils la préférence?
£N GÉNÉRAL. 73
A celle double question, je ferai sans hésiter une réponse négalive, après avoir tenté moi-même de nombreux essais pour connaître la valeur des pommades et des poudres réputées épiiatoires.
Nous avons épilé des surfaces dont les unes avaient été longtemps frictionnées avec différents agents épiiatoires, y compris ceux des frères Mabon , tandis que sur les autres on n'avait fait l'application d'aucune pommade ni d'aucune poudre, et nous n'avons pas trouvé de différence appréciable dans l'arrachement des cheveux. Les agents dissolvants les plus puissants peuvent détruire la partie libre des cheveux, par exemple le sulfhydrate de chaux ; mais la partie intra- cutanée demeure toujours intacte.
Tel est le résultat d'expériences multipliées par lesquelles nous avons appris également que les préparations des frères Mahon n'étaient, aucunement préférables aux autres. Toutes n'agissent que par l'irritation qu'elles provoquent dans les bulbes pileux, et à cet égard, la maladie ne le cède en rien aux épiiatoires.
Aussi peut-on reprocher à M. Cazenave d'avoir cru, sur la foi des Mahon, à l'action des agents épiiatoires, lorsque les Mahon eux-mêmes, habiles à exploiter leur secret, n'y croyaient pas, et arrachaient les cheveux malades à l'aide du peigne et des doigts. Je le répète, le meilleur épilatoire que je connaisse, c'est la maladie. A une certaine période (lors- qu'il y a inflammation suppuralive du follicule), le poil se détache, tombe, et souvent ne se reproduit pas ; de sorte que, si l'on voulait attendre la terminaison naturelle des teignes, on guérirait beaucoup de malades ; mais la guérison ne serait obtenue qu'au prix d'une perle irrémédiable de la chevelure, résultat sans doute peu séduisant!
Quoi qu'il en soit, et malgré mon opinion bien arrêtée sur
lk DES TEIGNES
la valeur des agents épilatoires, je ne me prive pas de l'usage de certains agents que j'appellerai volontiers préparatoires et dont l'expérience m'a démontré l'utilité. Presque toujours, avant d'épiler, je fais recouvrir d'une couche d'huile de cade la tête ou toute autre partie malade; l'huile de cade est un parasiticide qui flétrit et quelquefois détruit la partie exté- rieure du champignon, elle éteint la sensibilité du cuir che- velu et exerce une action spéciale sur le bulbe pileux qu'elle ramollit. L'épilation est donc ensuite plus facile.
Il existe pour l'extraction des poils trois procédés que nous allons comparer, ce sont : la calotte générale ou partielle ; l'extraction avec les doigts ; l'extraction par les pinces.
Épilation par la calotte. — La calotte est le procédé le plus anciennement connu ; elle remonte aux premiers âges de la médecine et se perd, pour ainsi dire, dans la nuit des temps. Elle consiste en un emplâtre agglutinatif qu'on appli- que sur toute la tète ou seulement sur une partie de la tète ; de là, la distinction de la calotte en générale et partielle. Sa composition est la suivante :
Vinaigre blanc 150
Farine de froment
Poix noire \ 25
Poix blanche. .......
C'est encore le moyen de traitement le plus répandu en France ; c'est le seul employé à Lyon et dans quelques dépar- tements, sous le patronage de religieuses (dames de Saint- Thomas) qui y ont attaché leur nom. Et cependant, c'est un moyen barbare, qui produit toujours des douleurs atroces et constitue un véritable supplice pour les malades qui sont obligés de le subir plusieurs fois. Car l'efficacité du traite- ment par la calotte n'est rien moins que certaine ; témoin ce
EN GÉNÉRAL. 75
malheureux enfant auquel on Ta appliquée soixante-dix fois, sans pouvoir le guérir. Signalons aussi les accidents qui peu- vent résulter de l'emploi de cette méthode, accidents souvent graves, et que l'on trouve consignés en bon nombre dans les annales de la science.
Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi ce moyen est à la fois si cruel et si incertain. Les cheveux sont arrachés en masse, et tirés, pour la plupart, dans des directions oppo- sées à celles des capsules : aussi se cassent-ils en grand nombre, et sur les poils cassés, le champignon demeure et se développe pour reparaître bientôt à la surface de la peau.
La calotte est donc un procédé d'épilation aussi imparfait que douloureux, qui mérite d'être à tout jamais proscrit de la thérapeutique des teignes.
Je n'insiste pas davantage sur ses inconvénients et ses dan- gers, bien que tout récemment une thèse ait été soutenue à la Faculté de Paris en faveur de la supériorité de ce moyen de traitement.
Epilation avec les doigts. — C'est le procédé des frères Mahon, qui épilent leurs malades de la même manière qu'on plumerait un oiseau. Ils se servent en même temps du peigne et des doigts, et toujours, avant l'opération, le cuir chevelu a été recouvert de la poudre merveilleuse.
Malgré l'habileté la plus consommée dans ce genre d'exer- cice, acquise par une longue pratique, il est difficile de bien saisir avec les doigts les poils que l'on veut extraire, et sou- vent même, quand les cheveux sont très courts ou quand il n'y a qu'un léger duvet, comme dans la teigne pelade, l'ex- traction par ce procédé devient impossible. Mais, si leurs doigts sont insuffisants, les Mahon ne se font aucun scrupule de recourir à notre méthode et de faire usage de la pince, ce qui, d'ailleurs, n'est ni plus long ni plus douloureux.
76 DES TEIGNES
Épilation par la pince. — Ce procédé n'est pas nouveau. A. Paré dit quelque part que, si la teigne existe en un point circonscrit, il faut se servir de la pincette, et, par ce mot, il désigne sans doute la pince dont nous nous servons ou du moins un instrument analogue. En Angleterre, Samuel Plumbe parle aussi du traitement de la teigne par la pince. En Italie, ce procédé a été usité de tout temps ; telle est du moins l'opinion de J. Franck, à laquelle je me rallie complètement.
Cette méthode d'avulsion des cheveux a, sur les précé- dentes, d'incontestabies avantages, et les reproches dont elle a été l'objet sont entachés d'une exagération presque in- croyable. Ecoutez plutôt ce qu'en dit Alibert :
« Que signifie la torture de l'épilation, pratiquée encore dans quelques lieux de l'Italie et de l'Angleterre? Ce genre de médication est tout aussi barbare que celui de la calotte. Arracher les cheveux un à un avec des pinces et sur une surface plus ou moins étendue, ensanglanter la tète à chaque instant par la plus douloureuse des mutilations, est un acte odieux, qui rappelle le supplice de ces anciens martyrs delà foi qu'on faisait mourir à petit feu, » [Monographie des Der- matoses, 2e édit., p. 320.)r
L'épilation par la pince cause, j'en conviens, quelques dou- leurs aux malades ; mais je pense que, sous ce rapport, on ne trouve pas qu'elle le cède à la calotte, ni même à l'épilation avec les doigts. D'ailleurs, dans la plupart des cas, la douleur n'est très vive qu'au début du traitement, à la première séance; plus tard les malades s'aguerrissent; au troisième jour, ils sont déjà accoutumés et disent ne souffrir que très modérément.
Si l'épilation par la pince exige un temps plus long que la calotte, ce temps au moins est employé au profit du malade;
IûS GÉNÉIUL. 77
car, l'extraction des poils étant plus complète, mieux faite, dans une direction convenable, les chances de succès sont beaucoup plus nombreuses. La lenteur de notre procédé n'est cependant pas telle qu'on veut le faire croire; il ne faut à nos infirmiers guère plus de sept à huit heures pour épiler avec la pince toute une tète, et ce temps est partagé en trois, quatre ou cinq séances ; de sorte qu'en général, au quatrième jour, l'épilation est terminée.
Ce que je viens de dire de la durée de l'opération et des douleurs qu'elle occasionne doit être considéré comme la règle générale; et, puisqu'il est si peu de règles sans excep- tions, nous avouerons volontiers qu'il y a un certain nombre de malades qui supportent difficilement celte légère opération, et chez lesquels on doit la pratiquer avec une lenteur extrême, ou, pour mieux dire, avec des temps d'arrêt très nombreux. Quelquefois, il faudra s'en prendre à la maladresse de l'épi- leur, et, plus souvent, a une sensibilité excessive de quelques malades, ou à une pusillanimité dont vous ne vous faites pas d'idée. M.Delfis a vu au traitement externe, chez des menta- greux, la seule crainte de l'épilation provoquer unesyncope ! Quant aux enfants, vous savez aussi bien que moi qu'on ne peut pas juger, par leurs cris, de la douleur qu'ils éprouvent; rarement ceux qui crient le plus sont-ils ceux qu'on fait le plus souffrir.
Je résume les avantages que me paraît avoir l'épilation par la pince, et qui doivent lui mériter la préférence sur les autres procédés : elle est beaucoup moins douloureuse que la calotte, et ne l'est pas plus que l'épilation avec les doigts ; elle est surtout plus efficace que l'une et l'autre, car on peut extraire les poils (les poils de duvet comme les poils parfaits) sans en laisser un seul; et l'on n'en casse qu'un petit nombre, parce qu'on les tire dans le sens de. leur direction naturelle.
78 DES TEIGNES
S'il en est autrement dans la teigne tonsurante, c'est que les poils se brisent d'eux-mêmes, par suite d'une altération spéciale : nous en parlerons plus lard.
Il n'est pas indifférent de prendre la première pince venue pour pratiquer l'épilation, et surtout pour la bien faire. Les pinces qui servent ordinairement à cet usage sont impropres à remplir le but qu'on se propose en évulsant les cheveux ou les poils dans les teignes. Les branches en sont trop minces, trop flexibles ; quand on les presse, elles fléchis- sent sous les doigts 5 les deux faces internes se touchent au centre, et les deux extrémités libres, au lieu de se rap- procher de plus en plus, s'écartent au contraire l'une de l'autre, ce qui fait qu'elles glissent sur les cheveux qu'elles ont saisis, les tiraillent et les rompent; Tépilation est incom- plète et elle cause de très" vives douleurs.
Frappé de ces graves inconvénients et profondément con- vaincu de la nécessité d'une épilation prompte et bien faite, M. Deffis a remédié à l'insuffisance de ces pinces en faisant subir une légère modification à la pince à disséquer. Cette modification porte tout simplement sur les extrémités libres des deux branches de la pince; elles sont aplaties, d'un dia- mètre de trois ou quatre millimètres, se touchant exacte- ment par leurs surfaces internes quand on les presse, et munies d'une dentelure émoussée, dans une étendue de un centimètre à peu près. Je dis émoussée, car si les dents de lime dont sont armées les extrémités internes de la pince, conservent leurs bords tranchants, elles coupent les cheveux comme le feraient des ciseaux, et l'épilation devient impos- sible. Le bout libre de la surface externe de chacune des deux branches est taillé en biseau, et son épaisseur à l'extrémité esta peu près d'un millimètre ; l'une des deux branches est percée au centre; dans cette petite ouverture circulaire.
EN GÉNÉRAL. 79
vient s'engager une pointe qui se trouve solidement fixée à la branche du côté opposé-, elle maintient ainsi les deux branches appliquées Tune contre l'autre, et les empêche de glisser quand on les serre sur les cheveux, au moment de les extraire.
Celte pince, avec ces petites modifications, remplit parfai- tement les conditions nécessaires pour pratiquer l'épilation avec facilité et presque sans douleur, lorsque les cheveux ou les poils sont fournis et qu'ils ont un certain développement. Mais là où il n'y a que des poils follets ou quelques cheveux rompus très ras, qu'il est également indispensable d'évulser, M. Deffis remplace cette pince par une autre, qui, dans ce cas, fonctionne beaucoup mieux.
Celle-ci diffère de la première en ce que les deux branches sont plus larges, surtout aux extrémités libres qui ont un diamètre de huit à dix millimètres, et qui sont recourbées en dedans, de façon à simuler une tenaille. Quand un espace plus ou moins étendu de la peau a été déblayé par la première pince, la seconde, si elle est bien maniée, s'empare de tout ce qui offre la moindre prise et fait place nette.
C'est en appelant ainsi à notre secours, tantôt l'une, tantôt l'autre de ces pinces, que nous sommes parvenu à obtenir une épilation aussi parfaite que possible.
Comment pratique-t-on l'épilation ?
L'opérateur fait prendre au malade et prend lui-môme la position qui lui semble la plus commode. Ici nos infirmiers épileurs sont assis, et font reposer sur leurs genoux la tète du patient. D'une main (ordinairement de la droite) ils tien- nent la pince comme une plume à écrire, ou s'ils veulent (dans les cas les plus faciles), comme un archet pour jouer du violon. L'autre main est appliquée sur la partie qu'il s'agit
80 DES TEÎGNKS
d'épiler, et, entre le pouce et l'indicateur, on tend la peau afin qu'elle ne glisse pas. Puis, une lotion savonneuse ayant été faite préalablement, on extrait les poils en les tirant dans le sens de leur direction naturelle; on n'en prend à la fois qu'un petit nombre, deux, quatre, six et tout au plus un bouquet uniloculaire.
Quand on a dénudé une surface de deux à trois centimè- tres carrés, on suspend quelques instants l'épiialion, et l'on fait une application parasiticide (presque toujours solution de sublimé) avec une brosse douce, une éponge, un pin- ceau,... selon le siège de la partie affectée. Alors on recom- mence l'avulsion des poils, pour s'arrêter de nouveau après quelques instants, et ainsi de suite, jusqu'à la fin de la séance.
Il ne faut épiler ni trop vite ni trop doucement ; il y a un point intermédiaire qu'on ne peut saisir qu'avec un peu d'habitude.
Quatre ou cinq heures après i'épilalion, on fait une onction avec la pommade parasiticide; ici nous employons de préfé- rence la pommade à l'huile de cade, et, plus souvent, la pom- made au turbith ; voici les formules de ces deux prépa- rations :
1° Axonge 15 gr.
Huile d'amandes )
Glycérine j
Turbith minéral 0,50 centigr.
2° Axonge . 20
Huile de cade 2
Je résume en quelques mots, afin que vous le compreniez mieux, le traitement auquel les teigneux sont soumis dans notre service :
Il faut d'abord nettoyer la tête, faire tomber les croûtes,
Teigne Paveuse. 81
s'il y on a, et couper les cheveux à deux ou trois centimètres (Ju cuir chevelu. Aussitôt on applique une couche d'huile de rade, qui détruit en partie le parasite placé à la surface de la peau, éteint la sensibilité du cuir chevelu et facilite l'ex- traction des poils. Le lendemain on épile, et l'opération exige ordinairement d'une à cinq séances, suivant l'étendue du mal et la sensibilité du sujet. Pendant l'épilation on fait des applications de sublimé avec une brosse douce; les mêmes lotions sont continuées malin et soir pendant deux ou trois jours après que l'épilation est terminée ; puis on les remplace par des onctions avec de la pommade au turbith jusqu'à la complète guérison de la maladie.
• Ordinairement, une seule épilalion est insuffisante, et il faut en pratiquer deux, trois, et quelquefois davantage.
Nous arrivons maintenant à la description des diverses espèces de teignes. Nous commencerons par la teigne faveuse.
ARTICLE PREMIER.
TEIGNE FAVECSE.
Le fa vus [tinea vera de Lorry) mérite la première place parmi les teignes, et, pour beaucoup d'auteurs encore, c'est la seule affection à laquelle on doive réserver le nom de teigne. Longtemps il s'est montre rebelle à toute thérapeu- tique, et aujourd'hui nous le guérissons avec une étonnante facilité. Aussi sommes-nous loin du temps où la teigne, mystérieuse dans sa nature, était considérée comme une viciation di.s humeurs, et où le teigneux, reg rdé comme un paria dan> la société, était repoussé de tous les emplois, jugé impropre aux plus grossiers services, non-seulement à cause de l'incurabililé de l'affection cutanée et de la crainte
0
82 . DES TEIGNES.
de la contagion, mais aussi et surtout à cause de la fai- blesse de la constitution qui produisait une pareille ma- ladie !
Vous savez, messieurs, ce qu'on doit penser maintenant de cette faiblesse de la constitution à laquelle on attachait naguère une si grande importance ; et il me suffirait de vous montrer réunis les teigneux qui occupent nos salles pour vous convaincre qu'à part quelques enfants scrofuleux, ces malades sont tous d'une constitution robuste, et, par consé- quent, aptes à tout service.
Avant d'aborder la description de la teigne faveuse, nous entrerons dans quelques considérations historiques,
•
Historique. — L'étude historique du favus se divise naturellement en trois époques répondant à trois degrés bien marqués dans la connaissance de cette affection. Ces trois périodes sont séparées par d'assez longs inter- valles.
La première époque, de beaucoup la plus longue, com- mence aux écrits des Arabes et ne s'arrête qu'à M. Devergie. Elle est tout entière consacrée à l'élude des caractères noso- graphiques et séméiotiques.
La seconde date de l'année où Schœnlein découvre le vé- gétal parasite de la teigne faveuse, et finit en 1852. — Les naturalistes s'occupent activement de l'étiologie et de la pa- thogénie des teignes, et, sous ce rapport, font faire à la science d'immenses progrès en très peu de temps.
La troisième commence en 1852. C'est à ce moment que nous inaugurons une thérapeutique rationnelle des teignes. Le traitement du favus est désormais assis sur des bases solide.
Première époque. — Avant les Arabes, on ne trouve rien
TEIGNE FAVEtJSE. 83
sur l'affection que nous éludions. Ualopecia et varea des anciens s'appliquaient à la teigne tonsurante, ou plutôt à la pelade, et non au favus.
On a pensé et dit que Celse avait parfaitement tracé les caractères des croûtes faveuses ; mais il suffit de lire avec un peu d'attention la description qu'il en donne pour demeurer convaincu qu'il les confondait, comme tous les médecins de cette époque, avec les croûtes d'impétigo. D'ailleurs cette manière de voir ne m'est point personnelle, c'est l'opinion du savant Lorry et de beaucoup d'autres auteurs.
C'est donc aux Arabes qu'on doit faire commencer l'his- toire de la teigne faveuse. Avenzoar, Avicenne, Rhazès, Haly
Abbas, connurent parfaitement les caractères cliniques
du favus, bien qu'ils ne le désignassent pas encore sous le nom de teigne. Ils appelaient cette affection : sahafats, sa- fati, albathin, et n'ignoraient pas qu'elle entraîne souvent après elle la perte de la chevelure.
On peut leur reprocher cependant d'avoir distingué deux espèces, l'une sèche (la seule qui soit du favus) et l'autre humide, qui n'est autre chose qu'une pseudo-teigne muqueuse ou eczéma impétigineux du cuir chevelu.
Le mot tinea se trouve pour la première fois dans Etienne d'Antioche, traducteur des écrits arabes ; mais déjà depuis longtemps le mot existait dans la langue populaire, expri- mant sans doute un des caractères les plus saillants de cette maladie, la ténacité, la persistance.
Un grand nombre de sens étymologiques ont été proposés, mais je ne veux pas insister davantage sur ce point très peu important.
Toujours est-il que le mot teigne passa dans la science et fut adopté par tous les auteurs du moyen âge, par Gordon,
8/j DES TEIGNES..
Nicolas Florentin, Arnauld de Villeneuve,.... el surtout par Guy de Chauliac, qui en admet cinq espèces :
1° Favosa,
2° Ficosa,
3° Amedesa (similis carni humiditas),
4° Uberosa (similis uberibus mamillarum),
5° Lupioosa.
Une seule de ces espèces doit être rattachée au favus, c'est la tinea hipinosa; peut-être aussi la tinea amedesa s'applique- t-elle à cette variété du favus dans laquelle on trouve, après la chute des croûtes, un étal fongueux du cuir chevelu. L'es- pèce favosa répond exactement à la gourme ; c'est une pseudo-teigne.
A. Paré réduit à trois les cinq espèces de Guy de Chauliac. Ce sont les :
1° Ficosa, 2° Furfurosa, 3° Corrosiva.
Mais l'espèce ficosa de Paré, la seule qui mérite le nom de teigne, répond à la tinea lupinosa de Guy de Chauliac , et non à l'espèce ficosa de ce dernier auteur.
Quant à Lorry, il ne reconnaît qu'une seule teigne qu'il appelle tinea vera; les autres espèces ne sont que des pseudo- teignes.
Alibert, dans sa première édition, parue au commence- ment de ce siècle, donne un sens générique au mot teigne, et en admet cinq espèces : 1° furfuracée ; 2° granulée; 3° mu- queuse ; h" amianlacée; 5°faveuse; dont une seule, la faveuse, correspond au favus.
Mahon jeune conserve la classification d'Alibert, et y ajoute la teigne tondante, qu'il ne confond pas, comme les Anglais, avec une variété de favus (porrigo scutulata).
Alibert publie une deuxième édition de son ouvrage,
TEIGNE FAVEUSE. 85
et dans la classe des dermatoses teigneuses, il établit quatre genres :
r Achore JMuqueux,
1 Acnore (Lactumineux.
/ Furfuracée,
„„ _ . . \ Amiantacée,
2°Porr.gine....jGranuIée>
' Tonsurante.
3° Favus (Vulgaire,
( Scutiforme.
i" Trichoma (qui u'a aucun rapport avec notre trichophyton).
Jusqu'alors les affections, à tort ou à raison, rattachées à la teigne, avaient été rapprochées parles caractères cliniques des croûtes et la communauté de siège.
Mais une autre école venait de se fonder avec Willan, dans laquelle on prenait pour base de classification les formes primitives des affections (vésicules, pustules....). Or, les croûtes n'étant qu'une production secondaire, perdaient désormais toute leur importance.
Willan considère donc le favus comme une affection pus- tuleuse, et le place à côté de l'impétigo, dont il ne se dis- tingue, dit-il, que par son caractère contagieux. Le mot teigne est trouvé trop vague et remplacé par un autre non moins obscur. C'est le porrigo (de porrigere, étendre), dont il fait deux variétés : le porrigo favosa et le porrigo scutulata.
Bateman, qui vient ensuite, adopte la mutation opérée par Willan dans la classification des teignes, et porte à six le nombre des porrigo. Ce sont : 1° le porrigo larvalis (scrofu- lide bénigne exsudative); "2" le porrigo furfnrans (pseudo- pityriasis du cuir chevelu) ; 3° le porrigo lupinosa; U° le porrigo scutulata ou ringworm, confondu avec la teigne ton- dante; 5° \eporrigo decalvans, répondant à Yarea des anciens, et dans lequel il reconnaît, avec Celse, deux variétés : Valo- pecia et Yophiasis ; 6° enfin, le porrigo favosa.
86 DES TEIGNES.
Je ne puis m'empècher de louer Baleman d'avoir ainsi rap- proché le porrigo decalvans du porrigo favosa, d'avoir com^ pris que ces affections ont un grand nombre de caractères communs malgré des différences de forme très apparentes ; car, pour nous, toutes les deux appartiennent à la grande famille des teignes. Mais les Willanistes, placés à un point de vue tout autre, devaient blâmer un pareil rapprochement: aussi semble-t-il que Bateman ait voulu, au moyen d'une singulière hypothèse, prévenir tout reproche à cet égard. Il suppose dans le porrigo decalvans l'existence de pustules éphémères; voici plutôt comment il s'exprime : « Il peut exister, quoique le fait ne soit pas prouvé, autour des che- veux, une éruption de petites pustules qui ne subsistent que peu de temps et ne donnent issue à aucun fluide. »
Samuel Plumbe ne fait que reproduire les divisions de Bateman.
Biett intronise en France la classification germanico-an- glaise; pour le porrigo, il revient à Willan ; et, comme ce dernier, n'admet que deux espèces : le porrigo favosa et le porrigo scutulata.
C'est la nomenclature qui a été adoptée, sans modification aucune, par les élèves de Biett, MM. Gibert et Cazenave.
Voici donc où nous en étions : il fallait, avec Lorry et Alibert, prendre les croûtes pour point de départ dans la classification des teignes, ou, marchant sur les traces des Willanistes, les considérer comme des affections pustuleuses, et les faire figurer à côté de l'impétigo.
Jusqu'alors on ne s'était occupé que des caractères cli- niques ; nulle part il n'était question ni de la nature, ni du traitement des teignes.
Deuxième époque. — On découvre la nature de la teigne. C'estàSchœnlein qu'appartient l'honneur d'avoir démontré le
TEIGNE FàVEP&E. 87
premier l'existence d'une production végétale dans le favus. II donna au champignon qu'il venait de découvrir ïe nom <Yoï- dium, qui fut plus tard changé en celui iïachorion Schœn- leinii, par les professeurs Link et Remak ; c'est le nom qui lui a été conservé. A partir de ce moment, les hypothèses disparaissent; désormais, on ne peut plus attribuer la teigne à l'atrabile, à un vice des humeurs
Plus tard, M. Gruby soupçonne la présence du champignon jusque dans l'intérieur du follicule pileux; il dit, en effet, qu'on voit sur certains poils malades quelques filaments se diriger du côté du bulbe. Je démontre alors ce que M. Gruby n'avait fait qu'entrevoir, l'existence du champignon sur la racine du poil et dans le canal pilifère, fait important qui a été confirmé par les recherches toutes récentes de M. Ch. llo- bin, consignées dans son excellent ouvrage [Histoire natu- relle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et sur les animaux vivants, Paris, 1853).
Troisième époque, — En 1852, les mystères de la nature et du traitement du favus disparaissent; nous instituons la thérapeutique rationnelle des teignes.
Nosograpiiie. — Elle comprend non-seulement les sym- ptômes, la marche, la durée et la terminaison, mais aussi et d'abord la définition de la teigne faveuse ; car une bonne définition est un résumé aussi court et aussi substantiel que possible des caractères de l'affection qu'on étudie-: et quand on l'a bien comprise, on peut sans peine entrer dans les détails, ou, ce qui n'est autre chose, décrire les symptômes, la marche....
Qu'est-ce donc que le favus?
C'est une teigne caractérisée par des incrustations jaunâ- tres, plus ou moins épaisses, sèches, raboteuses, d'une odeur
88 DES TEIGNES.
sui generis, tantôt disposées d'une manière irrégulière, tan- tôt au contraire artislement déprimées en forme de coupes d'une régularité remarquable.
Si je n'ai pas fait entrer dans ma définition d'autres carac- tères importants, tels que la contagion, l'alopécie, c'est que ces caractères, étant communs à toutes les teignes, se trou- vent indiqués dans la définition de la teigne en général. (Voyez plus haut.)
La marche du favus comprend trois périodes.
Première période . — Le prurit est habituellement le pre- mier symptôme par lequel le parasite manifeste sa présence; je ne reviendrai pas ici sur ses caractères.
Bientôt on observe sur le cuir chevelu, ou pour mieux dire sur les parties imprégnées de champignon, une rougeur éry- thémateuse, ordinairement peu vive, tantôt bien circonscrite et de forme circulaire, tantôt et le plus souvent diffuse et étendue sur de larges surfaces. En même temps, ou peu de temps après, les papilles cutanées, douées d'une vitalité anormale, sécrètent une plus grande quantité d'épiderme, et la peau, sur les points malades, se recouvre quelquefois de débris squameux. Puis survient, mais seulement dans quel- ques circonstances, une éruption pustuleuse discrète qui précède l'apparition des godets faviques. Les poils sont presque toujours altérés dans leurs qualités physiques ; ils perdent leur brillant, deviennent ternes, leur couleur aussi est changée, et contraste avec celle des cheveux restés sains. Si on les arrache, on voit qu'ils n'offrent plus le même degré de résistance.
Les altérations primitives des poils sont évidemment dues au cryptogame que l'œil ne peut encore apercevoir, mais dont le microscope permet de distinguer les éléments sur le bouton et sur la racine. Disons aussi, pour ne pas être exclu-
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sif, que le champignon fàviqûe forme un obstacle à l'excrétion de la matière sébacée chargée de lubrifier le poil ; et que c'est sans doute à celte circonstance qu'il faut attribuer l'as- pect terne et sec de ce dernier. Plus tard , nous reviendrons sur les phénomènes remarquables que nous révèle l'examen microscopique à cette première période de la maladie.
Deuxième période . — Le champignon favique apparaît ex- térieurement sous forme de concrétions jaunâtres, et subit les phases de son développement plus ou moins régulier. Presque toujours les démangeaisons persistent ; les cheveux paraissent plus altérés qu'à la période précédente, ils sont gris souris, rougeàtres ou décolorés, ternes... et enfin ils peuvent tom- ber (alopécie primitive). Mais la papille pileuse n'est pas en- core détruite et sécrète les éléments nécessaires à leur repro- duction. Quelquefois aussi, mais rarement, on observe à cette époque de la maladie des éruptions symptomaliques.
Troisième période. — Elle commence à l'oblitération des conduits pilifères, d'où résulte une calvitie définitive, et com- prend tout le temps nécessaire à l'évolution des cicatrices. Le parasite meurt faute de nourriture, et ordinairement les croûtes ne tardent pas à disparaître. Quelquefois cependant elles persistent, et semblables à ces lichens qu'on observe sur les troncs d'arbres, à des fragments de plâtre desséché, elles couvrent de leurs débris, pendant un certain temps, les sur- faces dépouillées de cheveux.
Voilà les principaux caractères qui appartiennent à cha- cune des trois périodes que nous avons établies dans la mar- che de la teigne faveus.1, et qui, si souvent, se trouvent réunies sur une môme tète. Nous allons revenir sur ces phénomènes dans la description des variétés.
Nous avons admis (classification des teignes) des variétés de siège et des variétés do forme. Ces dernières, les plus
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importantes, et vraiment les seules importantes dans la teigne faveuse (nous verrons qu'il n'en est pas de même de la teigne tonsurante), sont au nombre de trois: le favus urçéolaire, le favus senti forme elle favus squarreux.
§ 1. — Teigne faveuse urçéolaire.
Le favus urçéolaire ou en godets, appelé aussi favus dissé- miné, favus isolé, tinea favosa, porrigo favosa, répond éga- lement à la tinea lupinosa de Guy de Chauliac, et à la tinea ficosa d'Ambroise Paré.
Il peut se montrer sur tous les points de la surface du corps, excepté là où il n'y a pas de poils. Telle n'est pas toutefois l'opinion de M. Lebert {Physiologie pathologique), qui, ayant observé un godet favique sur le gland, en a conclu qu'il n'y a pas de rapport nécessaire, indispensable, entre la forme urçéolaire et la présence d'un poil. Mais je suppose que M. Lebert, trop confiant dans les assertions des anato- mistes qui n'admettent pas de poils dans cette région, n'aura pas mis tous ses soins à découvrir ce poil dont il nie l'exis- tence ; car, nous-mème, qui avons été assez heureux pour observer, comme M. Lebert, un godet sur le gland, avons pu très-aisément constater, à l'aide d'une loupe, un poil rudi- menlaire au centre delà dépression favique. C'est qu'en réa- lité il y a bien peu de régions complétementdépourvues de poils.
Aussi, le favus urçéolaire peut-il se rencontrer à peu près partout; il n'en est pas de même de deux autres variétés de la teigne faveuse (porrigo scutulata et squarrosa) qui siègent toujours au cuir chevelu. Tout à l'heure nous verrons pour- quoi on ne les trouve pas sur les autres parties du corps.
La teigne urçéolaire débute quelquefois par un seul point, et plus souvent par plusieurs points à la fois.
Quels sont les symptômes par lesquels elle s'annonce?
TEIGNE FAVEUSE. 91
Des démangeaisons ordinairement modérées signalent le début de l'affection parasitaire, et obligent le malade à venir vous consulter; alors, sur les surfaces qui seront plus tard couvertes de croûtes, vous voyez une rougeur diffuse ou exactement limitée et accompagnée d'une légère tuméfac- tion. C'est principalement sur le tronc qu'on observe cette rougeur érythémateuse, nettement circonscrite et affectant une forme régulièrement arrondie. Ce sont de véritables an- neaux érytbémateux, semblables, à beaucoup d'égards, aux cercles herpétiques qui caractérisent la teigne tonsurante, et avec lesquels cependant il ne faut pas les confondre. Leurs dimensions sont loin d'être les mêmes, et ce seul caractère suffit pour les distinguer. — Les cercles herpétiques qui se rattachent à la présence du trichophyton ont un diamètre fort variable : les uns sont de la dimension d'une pièce de cin- quante centimes (ce sont les plus petits); les autres peuvent comprendre dans leur concavité la plus grande partie du visage ou du cou, quelquefois même les deux régions, et alors, le plus souvent, le cercle est incomplet. — Les anneaux éry- thémateux, qui annoncent la germination de l'acborion, ont un diamètre moindre que les plus petits des cercles herpé- tiques ; ils sont aussi d'une uniformité remarquable, autre caractère distinctif non moins important que le premier.
Pourquoi attachons-nous tant d'importance à cette dis- tinction? — C'est que le fivus et la teigne tonsurante, l'acho- rion et le trichophyton ne s'excluent point. Aussi, dans cer- tains cas, les deux teignes se rencontrent-elles en même temps sur une même tète. Supposez donc que, chez un malade affecté de teigne tonsurante et porteur d'herpès circiné, on aperçoive en un point quelconque de la surface du corps, quelquefois même au centre de l'herpès, un ou plusieurs cer- cles érytbémateux d'un très petit diamètre; — vous anuon-
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cerez qu'en ce point, Fachorion est en train de germer et qu'un godet favique ne tardera pas à paraître; tandis que d'autres, moins attentifs ou moins instruit, rattacheront ces derniers cercles, comme ceux d'un plus grand diamètre, à la présence du trichophyton. J'ai eu l'occasion d'observer plu- sieurs cas de ce genre, dont j'ai parlé dans mes leçons de 1855 et dont j'ai fait prendre le dessin par M. Bion.
On a dit et écrit que l'érylhème précurseur de la teigne n'existait pas au cuir chevelu; c'est une grossière erreur, et l'on ne comprend pas qu'elle ait été commise par d'habiles ob- servateurs. Il est vrai qu'à la tète, où la surface de la peau est recouverte par une épaisse chevelure, les caractères de l'affec- tion érythémaleuse sont moins tranchés, plus obscurs qu'en toute autre région du corps ; mais n'en est-il pas de même de l'érysipèle? et cependant personne, que je sache, n'a jamais eu l'idée de nier l'existence de l'érysipèle au cuir chevelu! D'ail- leurs, quand les surfaces sont dépouillées de cheveux, l'éry- thème et l'érysipèle se manifestent par des symptômes tout aussi nombreux et aussi accusés qu'à la face; et quand nous ferons l'histoire de la teigne tonsuranle, je vous citerai l'ob- servation bien remarquable d'une jeune fille qui, affectée de teigne pelade, prit sur les genoux de l'épileur la teigne tonsu- ranteet eutla tète couverte de nombreux cercles herpétiques.
Dans la teigne urcéoîaire, comme dans les autres variétés du favus, l'altération primitive des poils est ordinairement bien évidente; et nous avons dit tout à l'heure que ces di- verses altérations pouvaient être rapportées à deux causes : à l'interception de la sécrétion pileuse, et à la transformation champignonneusede la souche, cette dernière cause étant la plus importante.
Enfin, une éruption pustuleuse peut survenir avant que le champignon soit encore visible à l'œil ; les pustules occupent
TE16NE PAVEUSE. 93
ordinairement les surfaces érythémateuses, el le plus souvent elles indiquent les points précis où les godets paraîtront. Quelquefois même les pustules ne sont pas tout à fait dis- parues quand le cryptogame se montre; aussi l'élément pustuleux et l'élément parasitaire, sont-ils constamment con- fondus par les observateurs peu attentifs. On considère les croûtes faveuses comme du pus desséché, et l'erreur est sur- tout facile à commettre dans le cas où un cercle purulent circonscrit un bouton favique; mais les pustules n'ont jamais que des rapports de contiguïté ou de succession avec les favi, et sans entrer, pour le moment, dans plus de détails, il y a des éléments anatomiques bien différents dans les deux cas, ainsi que l'avait déjà établi M Lebert dans sa Physiologie pathologique. Vous comprendrez mieux ces différences quand vous connaîtrez les caractères et la marche du favus.
Le champignon paraît au dehors, et alors commence la deuxième période de la maladie. Si l'on examine à l'œil nu le cryptogame naissant, on le distingue sous la forme d'un point jaunâtre, à peine perceptible, et cependant offrant déjà une dépression cent raie traversée par un poil. Avec le secours de la loupe, on peut surprendre vingt-quatre heures plus tôt son développement: on voit tantôt un petit soulèvement épi- dermique à l'endroit où le poil sort de la peau, tantôt un petit point jaune sous-épidermique et latéral, ou bien deux ou trois concrétions de même couleur, isolées, séparées à la base du poil, et qui, le lendemain, n'en forment déjà plus qu'une seule, creusée d'un enfoncement conique et traversée par le poil.
Ainsi se forme le godet qui, à partir de ce moment, ne cesse de s'accroître; son diamètre vertical augmente d'un quart de ligne à uni1 demi-ligne en vingt-quatre heures, et, à mesure qu'il s'élève, la dépression centrale devient plus
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accusée; la croûte faveuse peut acquérir ainsi jusqu'à un cen- timètre et demi de hauteur.
Cette forme urcéolaire si remarquable, qu'affecte le cham- pignon de la teigne faveuse, avait depuis longtemps frappé l'attention des observateurs. Aussi comparent-ils les godets faviques, les uns aux alvéoles des gâteaux d'abeilles (de là le nom de favus); d'autres aux dépressions qu'offrent les se- mences du lupin (d'où la tinea lupi?iosade Guy deChauliac)... Enfin, M. Devergie est frappé de leur analogie avec un lam- pion, une écuelle. J'accepte volontiers ces dernières compa- raisons de notre savant collègue; mais je ne puis, en aucune façon, partager sa manière de voir sur le sens du mot scutu- lata, employé par les auteurs modernes qui ont traité de la teigne. Tout le monde sait que scutulata est un adjectif formé de scutum (bouclier, écu), et l'on en conclut légitimement que porrigo scutulata signifie teigne en forme de bouclier, teigne en écu, teigne nummulaire. Comment donc M. De- vergie a-t-il pu commettre une pareille erreur de traduction? — Ce n'est pas sans inconvénients sérieux pour la science qu'on change ainsi le sens des mots et qu'on décrit sous le nom de porrigo scutulata ce que tout le monde appelle por- rigo favosa. Aussi lit-on dans l'ouvrage de notre honorable collègue que le porrigo scutulata est, de toutes les variétés de teigne faveuse, la plus fréquente sur le corps, tandis que, nous le verrons tout à l'heure, on ne la trouve jamais qu'au cuir chevelu. Et après cela, M. Devergie nous reproche de bouleverser la science ! ! ! Mais revenons à notre description*
Le godet favique, avons-nous dit, est traversé par un poil ; ce dernier occupe assez exactement le centre, la partie la plus déprimée. On voit également en ce point, dans la plu- part des cas, une pelite tache brunâtre, comme écailleuse, formée par le canal épidermique, qui demeure toujours en
TEIGNE PAVEUSE. 96
place dans cette variété de teigne faveuse. Tantôt la face interne de la dépression favique est parfaitement lisse, comme celle de la cupule d'un gland ; d'autres fois, elle est rugueuse, inégale, et offre une série de reliefs circulaires, concentri- ques, dont le nombre est en rapport avec l'âge du godet, et qui rappellent, par leur disposition, les saillies circulaires qu'offrent à l'extérieur les nids d'hirondelles. Ces différentes couches, de plus en plus rares, ont une couleur jaune d'au- tant plusfoncée qu'elles sont plus récentes ; les plus anciennes, qui occupent le centre, sont presque blanches. La dernière de ces couches, celle qui forme le rebord de la cupule, sou- lève quelquefois fortement l'épidémie et dépasse de quelques millimètres le niveau de la peau voisine. Le godet peut ac- quérir ainsi, sans se déformer, une largeur de plus de deux centimètres.
Jusqu'alors, il demeure enchâssé entre deux lamelles d'épi- derme, dont l'une, superficielle, est facile à apercevoir ; elle est plus ou moins soulevée par le cryptogame et finit par céder à la pression; l'autre ne se voit qu'après la chute des croûtes faveuses ; elle est extrêmement mince et recouvre une surface rouge, déprimée, nettement circonscrite. Cette membrane épithéliale est tellement fine et transparente qu'elle permet de voir les petits vaisseaux sous-jacents : on croirait, au premier abord, que le derme est à nu. Et, en effet, il peut en être ainsi dans le cas où les croûtes sont enlevées sans aucune précaution ; alors les surfaces qu'elles recouvraient paraissent granuleuses, de là sans doute le nom de tinea fîcosa donné par certains auteurs à la teigne faveuse. — Si l'on détache avec soin la croûte, on voit 1res bien la convexité de sa face profonde ou adhérente qui forme comme un ma- melon dans l'intérieur du follicule pileux.
A une certaine époque de son existence, le champignon
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rompt ses enveloppes ou plutôt déchire la membrane épider- mique superficielle, qui est incapable de résister plus long- temps à la pression qu'elle supporte. La rupture de 1'épi- derme peut se faire en différents lieux; le plus souvent elle s'opère à quelques millimètres du point où la croûte est tra- versée par le poil, quelquefois aussi au niveau de la circon- férence de la cupule.
A partir de ce moment, le parasite se développe en liberté à la surface de la peau et n'offre plus dans son accroissement de forme régulière.
Cependant le poil s'altère chaque jour davantage, les che- veux paraissent de plus en plus décolorés, atrophiés; leur diamètre varie dans les divers points de la tige. Ils sont flétris, d'une couleur terne, gris-souris ou cendrée; la plus légère traction suffît pour les faire tomber avec leur racine et leur bulbe, quand ils ne tombent pas d'eux-mêmes. Quelquefois aussi ils se cassent au niveau des croûtes, et leur racine de- meure dans le follicule.
Le champignon est encore vivace ; les croûtes tombent et se reproduisent, et occupent des surfaces de plus en plus étendues. En quelques points on peut trouver encore les godets caractéristiques; mais presque partout ils sont défor- més, méconnaissables et remplacés par de larges croûtes plus ou moins saillantes et inégales qui exhalent une odeur fade, repoussante, qui a quelque analogie avec l'odeur de souris, d'urine de chat, de moisissures, de matières animales en macération — On peut aussi la comparer, avec Alibert, à l'odeur des marécages. Cette odeur ne peut être confondue avec aucune autre : et, par exemple, celle que répandent les gourmes ou l'impétigo du cuir chevelu est tout à fait dif- férente; aussi, dans les cas où le diagnostic différentiel entre la teigne faveuse et la pseudo-teigne offre quelques ditïieul-
TçicNii: faveUsk. 97
tés, il ne faut pas négliger les signes que peut vous fournir le sens de l'odorat , sans toutefois leur accorder une trop grande importance, l'odeur ne pouvant jamais constituer un signe palhognomonique.
Il n'est pas très rare de voir plusieurs poils traverser le même godet; comment se comporte à leur égard la matière favique ?
ïanlôt ces poils partent d'un même follicule, tantôt et plus souvent ils naissent de follicules différents; dans ce der- nier cas un seul de ces poils traverse le godet dans une di- rection perpendiculaire cl en occupe ordinairement le centre ; les autres le traversent plus ou moins obliquement. Ces der- niers peuvent à la rigueur n'être pas malades, et quelquefois l'examen microscopique ne fait découvrir de spores ni dans leur épaisseur, ni sur leur racine, ni dans le follicule d'où ils naissent. Ce sont des poils qui se sont rencontrés par ha- sard sur la petite surface envahie par le cryptogame au mi- lieu duquel on les trouve. Quant au poil central, nous savons quels rapports il affecte avec le parasite.
Tels sont les phénomènes que l'on observe dans la deu- xième période delà teigne faveuse urcéolaire, quand les go- dets sont isolés et éloignés les uns des autres ; mais pour peu qu'ils soient rapprochés, ils ne tardent pas à se rencontrer dans leur développement excentrique ; la couche superficielle de l'épiderme est rompue plus tôt et quelquefois en différents points, et le champignon se développe d'une manière ut à fait irrégulière. De la réunion des godets faviques résulte une surface plus ou moins étendue, de plus en plus anfractueuse, que l'on pourrait prendre pour une plaque de teigne scuti- forme ou de teigne squarreuse. Cependant on trouve encore, malgré la déformation des godets, quelques vestiges bien évi- dents de la disposition urcéolaire primitive. C'est une sous- va-
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rompl ses enveloppes ou plutôt déchire la membrane épider- mique superficielle, qui est incapable de résister plus long- temps à la pression qu'elle supporte. La rupture de 1'épi- derme peut se faire en différents lieux; le plus souvent elle s'opère à quelques millimètres du point où la croûte est tra- versée par le poil, quelquefois aussi au niveau de la circon- férence de la cupule.
A partir de ce moment, le parasite se développe en liberté à la surface de la peau et n'offre plus dans son accroissement de forme régulière.
Cependant le poil s'altère chaque jour davantage, les che- veux paraissent de plus en plus décolorés, atrophiés; leur diamètre varie dans les divers points de la tige. Ils sont flétris, d'une couleur terne, gris-souris ou cendrée; la plus légère traction suffît pour les faire tomber avec leur racine et leur bulbe, quand ils ne tombent pas d'eux-mêmes. Quelquefois aussi ils se cassent au niveau des croûtes, et leur racine de- meure dans le follicule.
Le champignon est encore vivace ; les croûtes tombent et se reproduisent, et occupent des surfaces de plus en plus étendues. En quelques points on peut trouver encore les godets caractéristiques; mais presque partout ils sont défor- més, méconnaissables et remplacés par de larges croûtes plus ou moins saillantes et inégales qui exhalent une odeur fade , repoussante , qui a quelque analogie avec l'odeur de souris, d'urine de chat, de moisissures, de matières animales
en macération On peut aussi la comparer, avec Alibert, à
l'odeur des marécages. Cette odeur ne peut être confondue avec aucune autre : et, par exemple, celle que répandent les gourmes ou l'impétigo du cuir chevelu est tout à fait dif- férente; aussi, dans les cas où le diagnostic différentiel entre la teigne faveuse et la pseudo-teigne offre quelques diffieul-
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tés, il ne faut pas négliger les signes que peut vous fournir le sens de l'odorat , sans toutefois leur accorder une trop grande importance, l'odeur ne pouvant jamais constituer un signe pathognomonique.
Il n'est pas très rare de voir plusieurs poils traverser le même godet; comment se comporte à leur égard la matière favique?
Tantôt ces poils partent d'un même follicule, tantôt et plus souvent ils naissent de follicules différents; dans ce der- nier cas un seul de ces poils traverse le godet dans une di- rection perpendiculaire et en occupe ordinairement le centre ; les autres le traversent plus ou moins obliquement. Ces der- niers peuvent à la rigueur n'être pas malades, et quelquefois l'examen microscopique ne fait découvrir de spores ni dans leur épaisseur, ni sur leur racine, ni dans le follicule d'où ils naissent. Ce sont des poils qui se sont rencontrés par ha- sard sur la petite surface envahie par le cryptogame au mi- lieu duquel on les trouve. Quant au poil central, nous savons quels rapports il affecte avec le parasite.
Tels sont les phénomènes que l'on observe dans la deu- xième période delà teigne faveuse urcéolaire, quand les go- dets sont isolés et éloignés les uns des autres ; mais pour peu qu'ils soient rapprochés, ils ne tardent pas à se rencontrer dans leur développement excentrique ; la couche superficielle de l'épiderme est rompue plus tôt et quelquefois en différents points, et le champignon se développe d'une manière ut à fait irrégulière. De la réunion des godets faviques résulte une surface plus ou moins étendue, de plus en plus anfractueuse, que l'on pourrait prendre pour une plaque de teigne senti- forme ou de teigne squarreuse. Cependant on trouve encore, malgré la déformation des godets, quelques vestiges bien évi- dents de la disposition urcéolaire primitive. C'est une sous-va-
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riélé deporrigofavosa, à laquelle j'ai donné le nom de favus ur- céolaire cohérent. Nous verrons mieux tout à l'heure, quand nousauronsdécrit \eporrigoscutulata et Xeporrigosquarrosa, en quoi elle diffère de ces deux variétés de la teigne faveuse. Assez souvent le malade lui-même, ne résistant pas aux démangeaisons qu'il éprouve, se gratte et déchire avec les ongles l'enveloppe épidermique des godets qui, dès lors, n'of- friront plus de forme régulière dans leur développement. Il peut arriver aussi que le grattage donne lieu à un suinte- ment de quelques gouttelettes sanguines qui se dessèchent sur la croûte faveuse et lui donnent un aspect brunâtre ; il augmente l'irritation du cuir chevelu occasionnée déjà par la présence du parasite, véritable corps étranger; alors se montrent en différents points des pustules ; des croûtes impétigineuses leur succèdent qui, se mêlant aux croûtes sèches du favus, peuvent masquer le caractère de ces der- nières et rendre ainsi le diagnostic sinon impossible, au moins très difficile.
D'ailleurs, ces éruptions d'impétigo, qui viennent compli- quer le favus, dépendent de plusieurs causes, parmi lesquelles l'action de gratter est loin d'occuper le premier rang. Assez souvent le parasite peut, par sa seule présence au sein du tissu cutané, éveiller des prédispositions morbides et provoquer la manifestation d'éruptions dartreuses ou scrofuleuses. Sou- vent aussi des topiques de différentes sortes ont été appli- qués dans un but curatil*, et des éruptions inflammatoires plus ou moins confluentes ont accompagné ces applications intempestives. Quelquefois, enfin, ce sont des animaux para- sites, des poux, qui pullulent sous les croûtes faveuses et oc- casionnent le développement de l'impétigo para&itaire. Je vous ai déjà signalé les rapports des pustules et des croûtes i'aviques ; je n'y reviendrai pas.
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Chez quelques sujets, l'inflammation produite par le para- site végétal ne demeure pas limitée à la couche superficielle de la peau; elle s'étend plus profondément et atteint le tissu cellulaire sous- cutané; alors de véritables abcès se forment en différents points du cuir chevelu, abcès ordinairement circonscrits, de nombre et de volume variables et qui, dans certaines circonstances, d'ailleurs très rares, détruisent toutes les parties molles péricràniennes et arrivent jusqu'à la sur- face osseuse dénudée; nous en avons tout récemment observé un exemple chez un jeune garçon de quinze à seize ans, cou- ché en bas, au n° 59. Mais je le répète, ces complications de la teigne faveuse sont rares. Bien plus souvent, on ren- contre des angioleueites et des adénites sympathiques qui occupent les régions sous-maxillaire et parotidienne.
Arrivé à une certaine période de son existence, après un temps qui varie de quelques mois à plusieurs années, le favus urcéolaire, longtemps localisé au cuir chevelu, s'étend aux autres régions du corps, à la face, au tronc, aux membres, souvent précédé dans son développement par des cercles her- pétiques d'un très petit diamètre. C'est ordinairement par voie d'inoculation qu'a lieu la propagation de la maladie, et j'ai dit ailleurs quel rôle jouait le grattage dans ce transport de la matière parasitaire du cuir chevelu à tel ou tel point de l'économie. Le teigneux qui gratte avec l'ongle une partie couverte de favus peut, en grattant ensuite une partie saine do la peau, insérer sous l'épidémie quelques parcelles de ma- tière faveuse. Aussi est-il assez rare de rencontrer des malades qui portent depuis longtemps de la teigne faveuse, chez les- quels on ne trouve pas d'altération des ongles; car le cham- pignon inséré sous l'ongle occupe un terrain qui lui convient à merveille. Il est entre deux lames épidermiqucs dont la su- perficielle est très dure et très épaisse; il se trouve donc dans
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des conditions favorables à la germination. Toutefois le favus alvéolaire peut se montrer de prime abord sur toutes les régions , notamment aux bras, aux jambes, aux parties sexuelles; et déjà Mahon avait signalé ce fait que le favus de l'ongle est quelquefois primitif.
La maladie arrive à la troisième période après un temps si variable qu'on ne saurait aucunement le préciser ; les cheveux tombent pour ne plus reparaître, les follicules s'obli- tèrent; en même temps les croûtes faveuses se détachent, laissant à découvert des surfaces rouges, déprimées, qui peu à peu se Iransforment en de véritables cicatrices.
Que s'est-il donc passé, et pourquoi un changement si pro- fond dans l'aspect de la maladie ? car déjà les poils étaient tombés plusieurs fois, et plusieurs fois aussi l'éruption favique avait été balayée à la surface de la peau. — L'explication de ces phénomènes est très simple; tout dépend de la papille pileuse, car, sans elle, pas de poil, et sans poil le champignon ne peut vivre longtemps. La première condition pour qu'un poil se reproduise, c'est que la papille pileuse continue à sè- créter les éléments nécessaires à sa formation; cette vérité tombe sous le sens. Or qu'arrive- t-il dans la teigne faveuse, comme, d'ailleurs, dans toutes les teignes? C'est que le para- site, dans sa marche envahissante, a bientôt atteint la partie la plus profonde du follicule où il rencontre la papille, élé- ment générateur ; il se borne d'abord à dénaturer, à trans- former en sa propre substance les produits sécrétés, et de là résultent ces altérations si remarquables des poils sur les quelles je viens d'attirer votre attention. Jusqu'alors, il n'y a point perte irrémédiable delà chevelure. Mais, au bout d'un certain temps, l'organe sécréteur lui-même s'altère, ne souf- frant pas impunément la présence de la matière parasitaire. La papille devient donc le siège d'une irritation obscure,
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elle s'atrophie, et cette altération, faisant des progrès inces- sants, un jour vient où elle ne sécrète plus les éléments for- mateurs du poil; alors ce dernier tombe, et, ne pouvant plus se reproduire, il y a calvitie définitive. Alors aussi, le folli- cule pileux n'a plus de raison d'être, et ses parois se rappro- chent et ne tardent pas à arriver au contact.
Quelquefois, il me semble vous avoir déjà signalé ce fait sur lequel j'ai le premier appelé l'attention des observateurs, la papille pileuse n'est pas détruite, mais par suite d'une al- tération spéciale, elle sécrète des cellules épidermiques et non plus des cellules pigmentaires. Dans ce cas, il n'y a pas oblitération du follicule qui doit livrer passage aux cellules épidermiques, comme il livrait passage au poil.
D'autres fois enfin, après la disparition du parasite et l'obli- tération incomplète du follicule, la papille peut sécréter encore les éléments du poil, et l'on voit, ainsi que l'a fait remarquer M. Cazenave, des débris de cheveux qui rampent et qui sem- blent emprisonnés sous l'épiderme.
Le jour où la sécrétion pileuse est suspendue sur le bulbe, papillaire, le champignon ne trouve plus les éléments néces- saires à sa subsistance, et il ne tarde pas à mourir. Il dispa- rait donc à la surface de la peau, laissant à découvert les cicatrices qui se forment et sur lesquelles on ne le trouve jamais, quoi qu'en dise M. Devergie. — M. Cazenave ne peut comprendre cette disparition du parasite à la troisième pé- riode de la maladie, et il l'invoque comme un puissant argu- ment contre la nature végétale de la teigne. Quant à nous, rien, dans ce fait, ne peut nous étonner; qu'il nous suffise donc, pour répondre aux objections de M. Cazenave, de répéter ce que nous venons de dire, que le champignon meurt faute de nourriture.
Les surfaces dépouillées de cheveux ont un singulier as-
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pect. Cl- sont des places blanches où les bulbes pileux et tout le pigment ont été absorbés par le champignon favique; la peau est lisse, tendue, luisante et extrèment amincie.
A son début, la teigne faveuse urcéolaire est une affection locale, qui n'a aucune influence fâcheuse sur la santé géné- rale des sujets qui en sont atteints; mais à une époque avan- cée, quand la maladie dure depuis nombre d'années et qu'elle s'est étendue à la plus grande partie du corps, elle devient beaucoup plus sérieuse. Les fonctions digestivesse troublent, le malade devient anémique, tombe dans le marasme, et la mort vient mettre un terme à une si triste existence. — Mais ces faits sont maintenant du domaine de l'histoire, et. de pareils accidents ne sont plus à craindre depuis que nous avons mis en usage et fait connaître une méthode de traite- ment toujours efficace.
§ 2. — Teigne faveuse scutiforme.
Cette variété, connue aussi sous les noms de favus en écu? favus nummulaire, favus en groupe, en anneaux, en cercles, porrigo scutulata..., obscure avant Willan, est maintenant admise par tous les auteurs. Cependant elle est, en France, généralement confondue avec la teigne squarreuse. Ouvrez, en effet, les ouvrages de MM. Gibert, Cazenave, Rayer, et vous verrez que favus squarrosa, porrigo scutulata, favus en groupes, sont des termes synonymes. Les Anglais, sous le nom de ringworm, l'ont confondue aussi, non plus avec le porrigo squarrosa, mais avec la teigne tonsurante. Je vous rappelle enfin que M. Devergie, par suite d'une erreur de traduction, a donné à l'article porrigo scutulata la descrip- tion du favus urcéolaire cohérent.
A la première période de la maladie on observe, dans cette variété comme dans la précédente, du prurit, des éruptions
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fugaces, ordinairement érythématenses, quelquefois aussi, niais plus rarement, pustuleuses, une hypersécrétion épider- mique, l'altération primitive des poils. Nous ne revien- drons pas sur chacun de ces phénomènes; nous signale- rons seulement les particularités qu'ils offrent dans le favus scutiforme.
L'altération des poils est moins prononcée, moins profonde. L'érythème précurseur affecte une forme plus régulièrement circulaire; les plaques arrondies sont plus larges, plus sail- lantes, plus rouges et par conséquent plus apparentes, sen- sibles à la pression du doigt. L'hypersécrétion d'épiderme est beaucoup plus abondante et d^ne durée plus longue; nous l'avons vue, sur un malade de notre service, persister six semaines avant l'apparition extérieure du favus. Les poils sont entourés à leur base d'écaillés épidermiques, blanchâtres, qui leur forment une gaîne adhérente, d'un aspect gommé, donnant à l'affection que nous étudions une grande analogie avec la teigne tonsurante arrivée à la deuxième période; et c'est sans doute ce qui ex^ plique Terreur des Anglais, qui n'ont pas su distinguer les deux maladies. Cependant il y a des caractères diflérentiels assez nombreux et assez tranchés que vous connaîtrez plus tard .
On pourrait également confondre le porrigo scutulata au début avec le pityriasis du cuir chevelu ; mais la forme cir- culaire, l'adhérence des squames, la couleur plus foncée, l'aspect gommé des gaines permettront presque toujours de reconnaître l'affection parasitaire. Dans les cas diffi- ciles, il faudrait recourir à l'examen microscopique; car, chose remarquable, il semble que cette production d'épiderme se transforme insensiblement dans les éléments du parasite végétal. Les cellules épidermiques deviennent de plus en plus
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allongées et ne sont bientôt que des tubes de mycélium aux- quels se joignent plus tard des sporules, longtemps avant que l'œil puisse distinguer la couleur jaune de la matière faveuse. Cependant les éléments cryptogamiques se rassemblent, et l'on aperçoit, au miiieu des squames, plusieurs petits points jaunes qui soulèvent un peu l'épidémie, et qui peuvent pa- raître un instant isolés, mais ne tardent pas à se réunir. Ces points jaunes, formés par le champignon, sont autant de petits godets dont il est impossible de distinguer nettement la disposition, et qui, très voisins les uns des autres, se pressent et se déforment mutuellement, avant que le parasite soit visible à la surface de la peau. A ce moment la maladie arrive à sa deuxième période.
Les petites croûtes jaunes partielles se réunissent bientôt pour n'en former qu'une seule qui, traveisée par les cheveux, recouvre complètement la surface affectée. Les plaques fa- veuses ont donc, dans cette variété, une forme circulaire ; elles sont plus ou moins inégales, bosselées, légèrement sail- lantes dans leur totalité; elles paraissent quelquefois un peu relevées sur les bords et plus ou moins squameuses. D'ail- leurs, ces croûtes jaunes qui exhalent, comme dans la variété précédente, une odeur fade, marécageuse, sont assez souvent aussi imprégnées de sang desséché.
Il est rare de n'avoir à observer qu'une seule plaque dans le porrigo scutulata; ordinairement on en voit plusieurs pa- raître simultanément ou successivement dans la même région ; elles se réunissent et ne forment plus qu'une large surface, qui occupe la plus grande partie et quelquefois môme la tota- lité du cuir chevelu, et sur laquelle on retrouve presque tou- jours, à la circonférence, des arcs de cercle qui rappellent l'évolution primitive par plaques circulaires. Le plus souvent il reste sur le front et sur la partie inférieure de la région
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occipitale une couronne de cheveux respectés par le para- site.
L'altération des poils est bien évidente, quoique moins prononcée qu'à la période correspondante du favus urcéolaire; l'alopécie arrive moins vite et quelquefois après plusieurs années seulement. Il semble que dans cette variété de la leigne laveuse le parasite perde en profondeur ce qu'il gagne en surface.
La troisième période ne se distingue en rien de la période correspondante dans la variété précédemment étudiée; peut- être la marche en est-elle plus lente.
Arrivée à une époque avancée de son existence, la teigne faveuse scutulée peut s'étendre, comme la teigne faveuse urcéolaire, du cuir chevelu aux autres régions du corps-, mais, chose remarquable, dans cette extension, la forme en écu disparaît et se change en urcéolaire. — Je ne sais pas ce que les dermatologistes pensent de cette transformation qu'ils doivent trouver au moins singulière, et je me demande quelle explication ils en pourraient donner. Personne (sans doute à cause de la difficulté) ne s'est clairement expliqué à cet égard, et l'on a de la peine à comprendre la contradiction que l'on trouve dans un des auteurs le plus justement estimés. — M. Cazenave dit, en effet, que le porrigo scutulata, qui siège sur les membres, peut être confondu avec l'impétigo; — quelques lignes plus loin, on lit que le porrigo scutulata ne se montre jamais sur les membres!!!
Pourquoi donc la teigne scutiforme, quand elle se propage au tronc, à la face,... a(Tecle-t-elle une disposition urcéo- laire? — C'est ici le lieu d'expliquer les différences de forme que nous avons signalées entre le porrigo favosa et \e por- rigo scutulata. Tout dépend du mode d'ensemencement de la matière parasitaire; car, dans les deux variétés, le champi-
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gnon est le même : c'est toujours Xachorion de Schœnlein. Quand une ou plusieurs spores tombent sur un poil, elles se développent uniformément autour de ce poil dont elles sont toutefois séparées par la gaîne épidermique, le canal épider- mique et la tunique capsulaire interne; car, nous l'avons déjà dit, les spores tombant dans le canal épidermique du poil, traversent sans peine, à cause de leur ténuité, les élé- ments qui constituent la tunique interne (celle-ci n'est autre chose que la couche cornée de l'épiderme légèrement modi- fiée). — Elles se développent entre les deux tuniques du follicule, occupant leur siège de prédilection, l'épaisseur de l'épiderme dont les tuniques sont une dépendance; de ce point, elles s'étendent dans tous les sens : en bas, en haut, en dedans, en dehors; elles oblitèrent graduellement, à mesure qu'elles deviennent plus nombreuses, le canal épi- dermique et appliquent la tunique interne contre la gaîne du poil. — Mais, à ce moment, la tunique refoulée offre au champignon qui germe une résistance d'autant moindre qu'on s'éloigne davantage du poil central; aussi les spores se déve- loppent-elles surtout en haut et en dehors ; de là résulte leur disposition en cupule, comme il est facile de s'en rendre compte sur les figures où l'on voit les poils représentés avec leurs enveloppes. Rien n'est donc plus aisé à comprendre que le mode de formation du godet favique; — il suffit de bien connaître l'anatomiedu poil et le siégeexact des spores cryp- togamiques.
Tels sont les phénomènes qui se passent dans l'épaisseur de la peau, alors que les éléments constitutifs de l'achorion sont trop peu nombreux et trop profondément situés pour paraître aux regards de l'observateur. Cependant les spores se multiplient, se rapprochent de la surface légumentaire et forment bientôt un corps opaque, visible à l'œil nu. Dès le
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premier jour qu'on peut l'apercevoir, le champignon revêt manifestement l'aspect d'une petite coupe-, et à mesure qu'il prend plus de développement, il conserve toujours cette dis- position si remarquable, qui ne disparaît pas avant que la maladie soit arrivée à la troisième période. — Si les spores cryptogamiques se fixent et se développent en même temps sur des poils isolés etplus ou moins distants les uns des autres, les choses se passent comme nous venons de le dire, et au lieu d'un godet il y en a plusieurs. — Dans ce dernier cas cependant, il peut arriver que les godets, primitivement iso- lés, soient assez rapprochés pour se rencontrer dans leur développement excentrique et se déformer mutuellement, à tel point qu'au bout d'un certain temps ils soient devenus méconnaissables. Nous aurons alors cette sous-variété de la teigne faveuse urcéolaire à laquelle j'ai donné le nom de favus urcéolaire cohérent.
Supposons maintenant que les poils affectés soient encore plus voisins, et, par exemple, naissent d'un même follicule : les spores auront la même tendance à se disposer d'une ma- nière régulière autour de chaque poil; les godets pourront donc se former encore , quoique les conditions anatomiques soient un peu changées ; mais, à cause de leur rapprochement extrême, leur déformation, par suite de pressions réciproques, aura lieu de très bonne heure; et quand le champignon de- viendra visible à l'extérieur, il ne paraîtra rien de la dispo- sition urcéolaire.
Ainsi, pour résumer, on peut admettre que l'achorion de Schœnlein, champignon de la teigne faveuse, se développe toujours uniformément sur les poils qu'il a envahis ; la dispo- sition en cupule parait être la forme primitive sur les parties velues, forme qui persiste quand les poils sont indépendants, et qui, au contraire, si les poils sont 1res rapprochés, s'altère
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dans la profondeur de la peau , et ne peut être distinguée à l'époque où le cryptogame parait. — Dans le premier cas, la teigne faveuse est urcéolaire, c'est le porrigo favosa des auteurs; — dans le dernier, elle est scutiforme, c'est le porrigo scutulala. Aussi , quelques observateurs habiles, entre autres M. Defïis, n'attachent-ils que peu d'importance à toutes ces distinctions.
Comprenez-vous maintenant pourquoi le favus scutiforme n'occupe que le cuir chevelu, et pourquoi il se change en favus urcéolaire quand