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LE

CORRESPONDANT

REVUE MENSUELLE.

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CORRESPONDANT

REVUE MENSUELLE.

"D,ti,lzed.yG00gIe

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LE

CORRESPONDANT

REVUE MENSUELLE.

RELIGION, PHILOSOPHIE, POLITIQUE,

SCIENCES, LITTERATURE, BEAUX-ARTS.

TOME PREMIER.

PARIS V.-A. WAILLE, LIBRAIRE-ËDITEUR,

RUE GA8SBTTE, 8.

1843

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LE

CORRESPONDANT.

DK L'ÉTAT ACTUFX

DE LA RELIGION CATHOLIQUE

EN FRANCE.

En 1033 OD D0D8 (lisait : Le cattiolicismc est inorl. Ce que TGBs appelez sa vie, ce n'est plus que la pompe de &es fuoéraiU les. Kl nous rëpondioas : Prenez patieoce ; attendez dix ans, revenez et jugez ( 1 ).

Les dis ans touchent à leur ternie. en sont les choses?

Certes, nous pouvons le dire avec gloire, les oracles des faux prophètes ont été mensongers; certes, le cbristianîsine vit et marche; certes, l'Eglise. catholique est debout et vivante, et elles n'ont pas encore commencé, ces funérailles que l'on pro- phétise en vain depuis soixante ans.

CroiroDS-ttODS cependant le monde tout entier prêt h se faire chrétien? Eugérerons-nous les premiers et précieux symptô- mes d'un temps meilleur pour notre foi? Nous en tiendrons-nous k ces termes indéfinis de mouvement catholique, de réaction re- ligieuse, termes dangereux parce qu'ils sont vagues?

Chez les incrédules et chez les catholiques, clic/ ceux qui se dt-courageot comme chez ceux qui espèrent, il me semble dé- couvrir le germe commun d'une erreur assez fréquente : ou

(I) Voir kl Itfrw turop^emu dn 10 oclobre ISS3.

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2 be LA SEUCION CATHOLIQOE EN FRANCK.

cherche dans le passé on idéal qui sert h décrier le présent et k exagérer raveoir ; on vent troarer l'époque normale de la rie de l'Église : on s'accorde à rérer on siècle oîi elle gonreroait

'^sans dîspnte, triomphait sans résistance, enseignait sans contra- diclloa; o& ooé fol naïre (combien ce motaélérépétéI)amenait

' » ses piedf le roi et le pÂtre, le serf et le genlllhooime, tons gionssés par la persuasion moins qoe par l'instinct, tons frappés de la grandeur et de la puissance traditionnelle de l'Église, plus qu'instruits de sa mission sainte «t de sa dime autorité. Ce ttmps auquel le chrétien donne ses regrets, l'incrédule se ré- jouit d'en avoir tu le terme. Parfois aussi lui-même il se pren- dra à le regretter, et demandera ce qu'est devenue l'heureuse simplicité de ses pères, cette enbnce des peuples, cette facile domination d'un pouvoir qu'une raison audacieuse n'avait pas encore sommé de produire les titres douteux de sa miasiou. Il gémira volontiers sur son propre triomphe; il pleurera ces ver- tus d'un autre &ge, sous la condition expresse qu'elles ne renaî- tront pas.

Car aigoard'hai il n'en est plus ainsi : l'homme ne naît pas nalurellement chrétien; la foi, quoique donnée d'en haut, coûte k acquérir, coûte h garder; le chrétien ponr demeurer chrétien, rËo'lise ponr demeure^ l'Église, a besoin eooilMttre. AdiisI: « la raison a triomphé, dit l'incrédule, cette foi naTve est éteinte; Le christianisme n'était qn'une vérité locale, temporaire, Insuf* fisante an besoin l'humanité devenue mûre. L'homme fkit ne redeviendra pas enfant. Et le chrétien, h 800 tour, semble prAt k dire : * Tonte foi est perdne ; il n'y « pins pour l'Église qaà revers h essayer, combats h sontenir; nnlte paix, nulle liberté; nulle puissance. Les temps sont reoas, ces temps annoncés par l'Esprit saint, oii on dernier vestige de la foi se montrera k pehn ^armi tes hommes. >

Mais si, toot h coup, an mllleo des douleurs de l*ËgIisé, Dietf tient à lui donner, comme il lui a donné en tous les siècles, quel- le signe de son éternelle présence au milieu d'elle ; Si le chrte< tianisme, que llnGdëlc déclarait mort, comme le flisdela veove, se 1ère et parle : tWen doutons plus ! s'écrient aassitAt quel- ques chrétiens tout pleins d'espérance, la grande ère va renaî- tre ; l'Église va régner de nouveau. Le inonde vient I nous, le monde va nous appartenir. Ce deuil d'an jour, ces ombres pas- sagères seront bientôt dissipées I>

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Dl LA RBLIfilON CATHOLIQUE EN FEAMCB. 3

Qge diroos-nous et de ces triomphes de rincrédute, et de celle tristesse de bien des chrétiens, et de ces hâtives espérances de quelques autres ?

Va seul mot ; on cODoatt mal les siècles passés ; on juge mal du sien. Si l'on veut dire que depuis trois siècles environ la foi a dimÏDDé, qu'il y a moins de croyants ou que les croyants ont moins de Terveur, je puis l'accorder. Mais si l'on prétend qu'en d'antres siècles la Toi était d'uue autre nature, qu'elle était dans \ l'homme comme purement instinctive, que le doute au coo- ) traire y était rare, caché, sans force logique, sans. succès, ) bouillonnement des seos plus que révolte de l'esprit, on se trompe. Si l'on veut dire qu'en on siècle quelconque l'Église pour son autorité, le chrétien pour sa foi, a pu ne pas craindre et ne pas combattre, on se trompe encore.

En effet, cette paix dans l'Église, celte fui naïve dans l'homme lurait-clle été par hasard le lot des premiers siècles du christia- nisme? Avec l'Église, avec toutes ses grandeurs et toutes ses vertus, ont commencé toutes ses douleurs et toutes sespiaies;" non-seulement les persécutions du dehors, mais.cncore les per- sécutions du dedans, les scandales, les abus, les dissensions, les hérésies, les opinions téméraires, les arguties captieuses. Voyez comme l'Apdtre les déplore et les réprimande 1 comme il at-taque les faux docteurs, comme il reprend les scandaleux, cooame il reproche sévèrement aux chrétieus leurs abus et leurs vices, comme il combat ces subtilités du pharisaïsme dont le levain restait encore parmi eux! Au milieu de tels dangers et de tels ennemis, la foi naïve, ignoronte et pleine de sécurité, cette foi légendaire et presque enfantine que l'on attribue au moyen -ige, est-elle donc la foi que l'Apâtre recommande aux fidèles? Non certesj mais la foi confiante, soumise, sé- rieuse, intelligente, réfléchie {rationabile obsegnium). Cette foi ne se perd pas en vains raisonnements, elle évite les ques- tions captieuses j mais en même temps elle sait ne pas prêter l'oreille à des fables vaines ou à des contes de vieilles fem- Die8(l)- Elle a sucé assez longtemps le lait de l'enfance; elle a

(lilMfitstetBDilMfabulasdcvfin. ...

"Kt^tt igtcodercDl bbulit et gcDeilagiii înlarminibllibut. t Tiu. I, 4. SloItH eolm qoBiUaDC» «I genealoeiM, et conteatlooei, cl pu^piai 1^ deritn ; lonl nlm rt lnaUI«i ei vnnir. TH. III, 9.

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4 9t tk IKLHl6lt CltBOLlQtl m wkUKÊ.

bewAn en ptrin des foris; eDtoarée d'ennemis, elle ne qaitie poiot éoo «mure spirituelle. Les images de latte et de combat se renconlrent ï chaqne pas.

On nom parlert sans donle da moyen-tge. Cest on fait tobteau que la raison hnmaiae était, an moyen-â'e, comme dans def langes. On se représente lliamaBité, en ce siècle, tran* qaille et natre, bercée par les dironiqnes et les légendes comme reofaot par an clunt de nonrriee, pendant qne l'Église toute- ftatisaste ftimuit ii son gré le monde et les sociétés. Il semble, k lire Uen des modernes, qne le dogme eAt dispam derrière la HgMlde^ el qne h religion se fAt réduite h une sorte de poésie tradittonnelle , proposée sans grarité et acceptée sans effîirt. Sans doute l'Église, Tictoriense da paganisme, pooTait accor- der dsTantage k la shnpiidté des peuples et prolonger parfois JUBqa'aul années de l'âge mAr la crojance naïve de l'enfant. Hato la critique, le doute, l'attaque n'existèrent- ils donc {Ms an moyen -âge? ne furent 'ils pas pnlrfics, puissants, aeeréditèiY Cette société que l'on peint si nniTcrseHement Soumise ne soulera-t'-elle pas contre l'Eglise qnetqoes-nses des pins rades tempêtes qu'elle ait esiojéesT Et qoand le dan- ger était si grand, l'Église pQuYait-elle laisser ses enbnls dé- larméiT Ne devait-elle pas leur donner^ avec le lait de ta le- gende,lepaiD de h doctriaeT PouTait-elle se contenter de cette Ibt naturelle, tout enhntlne et toute poétique, qui efit cessé d'Aire ane rertn t

Et le moyen4ee, au contraire, que l'on peint tout instinctif et tout spontané, ne mootre-t-il pas, comme un des caractères qni lut sont propres, l'excès et l'abus du raisonnement? N'est-ce pas l!fette ttK!lét4 si peu logicienne qui s'éprit d'Aristote, qui poessa le plas loin les querelles de l'école, qui Ht naître la scnlastique, qui Imposa le syllogisme, comme une forme absolne, k la théoto> togle, k la politlqaè, k la science? Non, jamais n'a manqué ni l'in' telfigencèan chrétien ni le supliisme à TinfidÈle. Saint Anselme et skint lliolmn ne hreut pat des ctiréliens moins intelligents que Bossoet, D^ Abailardou Jean Scot des sophistes moins re^ dontables que Calvin.

Ainsi donc, soit qu'on s'en réjouisse comme infidèle, soit qu'on en gémisse comme cbréllen, ce sera lonjoars une grande •Weitr tTldentifl» le cttristfantsme iTCC ce qu'on *cnt appeler la naTreté do moyea-Age, de mettre nn abîme enlrc les tetiaps

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ftxaéa et te oAtre, et tN> «'imaginer que d'autres iM«I«« «ient été, Je dis pat plnri chr^liena, mais chrétiens d'une autre îh- çon i]ae notre siiele. le ne suis pts tcdu, dit notre Sab- tear, apporter la pait , mais le glaive. * -^ i La tie de fhDmniD sor la terre est âne milice , et la tie de l'Église est également ane rie militante. Il fant qo'il j ait des hérésies, des révd* tes, des éprenrea, des combats. L'tglise, sans donte, sait pro- portiooner les armes et aux besoins de la lutte et à la force soldat; elle nods arlne darantage aux Jonrs oh la lutte est pinë grave ; elle Instralt l'homme du monde autreAient que le paysan ; elle sait qne la masse des hommes est pins souvent conduite par l'habitude que par la persuasion; elle sait aussi que, dabS les temps de négation et de doute, oh la force d'habEtnde est ébranlée, la force de persuasion doit être plus grande. Elle lait fout Cela; mais qn'elle ait jamais conduit le monde par Une fof toute d'habitude, que, pleine de confiance en ntii paix qu'elle n'a jamais ene, elle ait, comme les intrédales ton- draient le faire admettre, désarmé le christianisme, et, par la légende nu par la poésie, Tait rendu tel que la première con- Iroverse logîqne devait le détraire, c'est ce que toate l'histoire dément.

Cest aons ce point de Toe que nous allons eiamlner VéiaC letnet de la société et de l'Eglise. C'est en nous aidant du passé ^e nous jugerons le présent; c'est en comparant stcc plus di détail notre siÈcle avec les siècles qui l'ont précédé qne noua pourrons sonder l'étendue de sa plaie. C'est ainsi que nous poniTOns, si Dieu le permet, et démentir les chants de triomphe de llncrédnle , et modérer peut-être la pieuse tristesse de quel- ques chrétiens, et enfin ramener à de plus justes limites certa!* ses espérances trop hâtives.

Car il noussenïble Inutile de dissimuler tes plaies de notre Mècle. La Inlte contre l'crrenr, qni ne dotl finir qn'avce 16__^^ Blonde, est devenue pins menaçante et plus grave. La réformé' et les doctrlties nées de la réforme ont donné b la négation et au donte un caractère,je ne dirai pas plus philosophique ni plus' Ibsoln, mais plus général, plus patent, plus audacieux. L'écolri 6a IVtiMsiËcle a rendu l'Incrédulité populaire chez le vulgaire ^ de ceux qui lisent. Chez ces homMes, l'irréligion se présuppfne} S feDe est quelque chose de convenn et d'accepté. tJe paradoxe ? tneeat def efi06 préjugé, A son tour, le schisme déplorsbte de '

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6 DB LA RELIfilON CATHOLIQUE EN FRANCE.

1791 a réussi i popslariser chez tes petits les doctrines et les habitudes qui étaient déjà à la mode chez les grands: il a sé- paré le troapeau de son pasteur, interrompu par la Ibrce les •' habitudes pieuses, et brisé ce saint nœud de l'accoutumance qui

> entre bien pour quelque chose dans la foi de la plupart des

> chrétiens.

La réroUe intellectuelle de l'Encyclopédie, la révolte politi- que de 1791, tels ont été les points de départ de notre siècle, el, il Taut bien le dire, ces mêmes points de départ le gouTernent en- core. Le XVI II* siècle Titet règne encore au milieu de nous avec l'adhésion du plus grand nombre. J'examinerai plus tard quelles sont les victoires remportées sur celte école et la valeur des pro- testations qui, même hors du christianisme, se sont élevées con- ire elles. Un Tait demeure toujours : si les hommes intelligents abandonnent de plus en plus les conclusiODs du XVIII* siè- cle, elles n'en restent pas moins populaires; ses idées soot les préjugés d'enfance, ses jugements sont la monnaie courante dont se payent ceux qui ne méditent pas. Si l'éducation , k cer- tains égards, tend à se rectifier, elle n'en est pas moins pleine de données encyclopédiques, et l'éducation même la plus chré- tienne s'en ressent quelquefois. Si la science et la littérature sont affranchies maintenant on presque affranchies du joog que le XVIII' siècle leur avait imposé, il faut le dire, ce qu'on af^* pelle proprement le monde se doute peu de cette insurrec- tion de la liltéraLure et de la science : pour lui , les systèmes ^ntichrétiens sont restés debout; la science qui nie est toujours acceptée^ l'objection, de quelque partqu'elle vienne, est toujours accueillie ; la réponse, bien connue des hommes qui saveat, est "presque toujours ignorée des hommes da monde.

Et ce qu'il y a de plus grave, c'est que le mouvement imprimé dans le XVIIl* siècle par les classes élevées aux classes infé- rieures, qui s'amortit et se ralentit chez les premières, est bieo loin d'avoir épuisé chez les secondes sa force primitive d'im- pulsion. Ce que fut pour la finance et la cour 1720, cette épo- que des orgies de la régence , 1791, cette époque oii commen- çait l'orgie révolutionnnire, l'a été pour le peuple; 1791 a initiélepeupleà la négation etau doute. El aujourd'hui, en 1843, le peuple en est à peu près au même point pouvaient en être arrivées la cour et la Qnance, en l773,anmomentoii se mourait Louis XV. peuple sait, croit, lit maiotenant, et on peat

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DK LA KBLWIOH CATHOUQOB EN rBANCB.* 7

ajouter, il pratiqne ce qae uvaient, ce qnè croyaient, eéque H- «aient, ce que pratiquaient en 1773 les courliaaDs de M"" du Barry et les Mécènes de l'Encyclopédie. Le Ûot n'est donc pas arrêté ; l'eDDemi n'est pas vainca. La négation et le sophisme, ^ dans ces riions îoférieores de ta société , n'ont pas reculé en- \ eore.QDe dis-je? ont-ils même accompli tous leurs ravages? ) ont-ils tooché l'apogée de leur puissance? ont-ils rencontré le / terme oh le doigt de Dien lesarrétera? Je tremble de répondre, ) et j'aime mieui garder mon incertitude jusqu'au jour eûmes ^ doates seront dissipés par l'évidence du bien.

En6D,récole du XVIil* siècle a fait un grand mal, lorsque, par SCS notions étroites et orgueilleuses sur l'origine et la nature dapODTOir,elleatàcfaé démettre la politique hors delà religion, et a prétendu imposer à la puissance civile l'iacrcdiililé comme ose ICM. Il ne s'agit ici ni de la séparation des deux pouvoirs, / qoll a toujours été facile de distinguer sans les désunir, ni de ( la tolérance pour les sectes égarées, qui n'implique pas nécea- \ •airement l'atliéisme de la loi. Il s'agit de ces doctrines qui ont \ touId, en dépit do simple bon sens, assigner au pouvoir une ori- gine tonte terrestre, une tàcbe toute matérielle, liae loi toute ar- bitraire et toute bnmaine. Par elles l'ont voulu constituer dans an état nécessaire d'indifférence, sinon d'hostilité envers toute foi,et, sons l'incroyable prétexte d'assurer la liberté des (leuptes, dies ont, par le fait, affranchi les gouvernants de toute loi divine, et je puis ajouter de toute loi morale. Une seule fois, grâce à IHeu, ces noostrueusea doctrines ont eo lenr eolière réalisation. Ud seol pouToîr s'est rencontré, qui , conséquent à son point de départ, a proclamé l'atliéisme comme principe , comme règle le droit absolu de la force , qui a expressément abjuré les senti- ■eots d'bumanité et de justice (l).Et ce pouvoir u dépassé, par l'énormité comme par l'impudence de ses crimes, toute tyrannie dont l'histoire ait gardé le souvenir. Mais il est peu de puissance dans l'Europe qui, à une époque uu à une autre, ne se soitres- leotie du triomphe des idées du XVlll" siècle. Il semble que les princes aient eu peur d'accrottre la tuute-puissance de Dieu, et qa'ils aient redouté un principe qui, en leur donnant plus de focoe, leur imposait aussi plus de devoirs. Ici le pouvoir, consti-

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I MU KKLMUnr CATBDUQtll U raAMCI.

lo< sq àiiua* do la Téril^ oaUioliqae, lai est ptMUivemppt bosi tila ; là, il rat i^paré et défiant ; ailleurs eofia il prétend d^-* neprer nealre et tremblera de paratlre croire uopeuplusqu^ le mmaa croyant de tea sojeU. Combien cette fauaae qoUoq dea phlloaophea a troublé la paix des peaplea , a mil en danger fortune dea rolal Que de volontéa droitea elle a reoduee iriutii leslqae de sages oonaaila elle «per<rertis! Combien elle a rendu plaa difficiles dans l'avenir l'éducatlou et la régénération dee peuplée, Uobe cependant îoéTitable, et qne las gouT^rnemeota commencent à comprendre comme la condition absolue de leur sèretél

Le pouvoir civil ainsi déclaré indépendant de la loi divine* n'était-il pas évident que la lotte tant de Ibis reaoBvelée entr« l'empire «t l'Eglise allait renaître plus violente que jamais 1 Certes, le ponvoir spirituel n'avait jamais été moins eCfrayant pour les princes, dont an ennemi bien plus menaçant aurait dil occuper la vigilance. Jamoia «a modération n'avait été plui grande, se patience plus longue, son désarmement malériel plui complet; et jamais les attaques ne furent plus acbarnée9,plps ioeultanles, plus implacables, qu'envers cet ennemi prétendu, inoffenaîf, et, extérieurement parlant , si désarmé. Depuis les ly-r ranniques emportements de Joseph II jusqu'au soliismeoiisejeta étonrdiment l'Assemblée constituante, comme si les difficultés et les principes anlisoeianx manquaient autour d'elle ; depuis la sanglante perséontios de 1793 jusqu'aux réceotes dpnleurs dM EgliseB d'Kspagne, de Prusse et de Bussle, l'Eglise eatholiqua B-t*«lle compté t>eaucoap de jours de repwf An milien de tels orages, combien n'a pas souffert la foi dea peuplée? A combien de reprises le fidèle a-t-il dûrester sans pasteur? Etqae de tempe ne fant-il pas pour fermer les plaies, apaiser les doutes, calmer les passions que laisse cette rupture entre l'évéque du dedans et l'évéque du dehors, entre celui qu'il faut croire et celui qu'il - faut craindre, entre ceux, en un mot, dont l'union ppur le bon» heur des peuples devrait être éternellel

C'est ainsi que l'école duXVIII* siècle a pourchassé le prin-r cipe chrétien, qu'elle l'a combattu et a cru le vaincra et daop l'esprit des classes élevées, et dans les habitudes des classes Ut borieuses, et dans les pouvoirs politiques, et dans l'Eglise. Mais après l'avoir vaincu il fallait le remplacer, et combler ce vide im- mense qu'il laissait dans les Ames humaines. L'enthousiasme po-

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01 U lUffiKW UtIiOUQOil II) VUHCI. |

liliq** 4V*ûn vtQlu sabiliUiar h reothoniiiHW ^r^tiee s*Mt Mat, bise Tite dao« 1m ruisea qu'il faite* on daw 1m déoap- tiou qa'il •mcpBtréw. U religion des partis ne stanit ron^ ptir l0 mur rbovisti, si dévotion i la Charte tenir lien la MTOtioD aeloii l'Enngile. Que restait->il k faire ? Un* Mala olwie : n'af'Qt P'u d'aliment k donner au coinr et k rintniligeaw, mettre an lerWce deiien* l'inlelliitenee et la MBur} iobordonner l'homme qiirituel k l'homme oorpord, af randir la domaiae des mbb de tout le Tide qui reatait dam la panaée, Ariger les loina et lea joniuanfiea malërlellai an une phi- losophie , en un eulte, en une religion. La préooênpation, ee n'est |Ma asseï dire, U tyrannie des iatdrdts matériels a été non-seola* neDt BAe ebose ordinaire et pratiquée, nuis une chose eosei* gnëe, réftAchie, prèdiée, commandée. Le virtui poit mmwuw est devanu na dogme. Voilk ce qu'on a trouvé pour remplacer Dieu. Je D'ai paa k signaler ici les vices et l'insoffisaBca d'une doe- Irine qol c«nmenee nécessairement, dans la morale, dans la pM- sqihie, dans la politique, par supprimer trois ehoses,qnoi qn'oa au dite, trës-pwitives et très-réelles i le canr, l'intelUgenoe et rioaaginaUoa de l'homme. Ilresleraltd*aiUenrs(Tieecqtltatpar <- w le alterna périra) k concilier entre eux ces appétits que l'on S «xcite MBS mesure, en d'antres termes, h rendre riches tous en ) ■Ame temps, tous sans contestation et sans gue^e, ces millions / d'hommes que l'on pousse sans rémission vers la richesse comme vers leaeul but de leur vie. Hais ce n'est pas Ici ce qui m'oooupe. Par cette préférence exolnslve pour la vie matérielle, on n'a pas senlement voulu remplacer la foi; on a vonln encore se tenir an garde contre son retour et contre cette inquiétude native de l'âme humaine qui aspire malgré ella vars son Dleo. La philoso- phie niAme, la philosophie incrédule a paru dangereuse ; elle s'occupait de Dieu, ne fût-ce que pour le nier. H a semblé plus sâr de ne pas y penser du tout. «.Voy ex t nous a-t-on dit ; nous MsomffleBpuannemis,Doussommeitndifrérent>}uoas ne nions pas la Divinité ni la religion, noua n'y pensons pas. Nous man- fcoaa et nooa buvons, noua alloua k nos afhires et nous ne b<hi- geona paaanreste. D'ailleurs nous voua laissons vivre, prêcher ■ime; aoos voua permettons une eertaine dose de liberté, ponrvD qn'il n'arrive de vous auenn bruit h nos oreilles qui nons trottUe et nous inquiète. Nons ne sommes pas athées , mais gas-,,, -' tronomes.

DigmzedBïGoOgIC

10 DK LA BBLIGtON CATBOLIOGB EN FRANGE.

Il est rrai, le monde s'est fait indiFTérenl. On a écarté DieQ comme une pensée importune, plutdt qu'on ne l'a rejeté comme une pensée fausse. Le temps est venu que , dans son coup d'œil prophétique, Bossuet prévoyait déjà an delà de l'incré- dulilé active du XVIII' siècle , le temps les iibertiàs et les esprits forts sont décrédïtés non par aucune horreur de leurs sentiments, mais parce qu'on tient tout dans l'indifTé- M rence, excepté les plaisirs et les affaires (I). * Celte admirable prévision s'est littéralement accomplie. Hais en même temps est- ce à dire que cette indifTérence ne cache pas la haine, que cette préoccupation absolue des affaires et du plaisir n'entraîne pas une hostilité défiante pour la foi, dont l'intervention importune troublerait les plaisirs et dérangerait les affaires? Le christia- nisme reste au fond le grand ennemi; il tient encore trop de place au monde pour être soit inconnu, soit oublié, pour passer dans l'ombre sans haine et sans amour. C'est ud ennemi , il est vrai, dont on croit avoir meilleur marché en cessant de l'attaquer defroDl, enfaisaQtsesconditionsaveclui,enlni laissant onecer- taine dose de liberté, pourvu qu'il ne s'ingère pas dans nos affai- res , eo lui abandonnant à cAté de nous une petite place, pourvu qu'il se garde d'en sortir. Du reste, et cette place étroite et cette liberté restreinte que les esprits indépendants, disent-ils, et impartians par indifférence, veulent bieo lui concéder, ils travaillent à la rétrécir tellement que bienldt,si Dieu les lais- sait faire, elle disparaîtrait. Ces indifférents, comme ils s'ap- pelleut, sont ceux qui, dans le sein de la famille, gênent, empêchent, interdisent, quelquefois avec dureté, les pre- mières pratiques du christianisme; cens qui, dans le gouver- nement de la cité, chasseront, s'ils le peuvent, le pauvre Frère qui vient donner t'insiruction au peuple , et, quoique juges fort impartiaux sans .doute, trouveront toujours moyen de donner tort à Dieu; ceux qui, dans les affaires publiques, trouveront tou- jours à leur service une loi qui vexe le prêtre, et jamais une loi qui le protège. De tels indirférentsne sont-ils pas des ennemis? Une telle imparliulité n'est-clle pas de la haine? Et ceux qui trouvent le christianisme si abattu et si au dessous d'eux qu'ils D'y pensent même pas, disent-ils, ne devraient-ils pas garder la digoité de leur victoire et cesser de persécuter l'ennemi vaincu?

{IjSeraïuai, Mme I", p»na UI.

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U^, qui» qu'il en soit, il est trop certaia que, grice k l'boftli- lililé Ktif a ilq XVIU* ùèi^s et ii i'indifFéreDce sjstéintUque du •Atre, le cbmUtiiMsiDQ demeure cpmme exilé de toutes les aF- biret90e)alu:l« société Tft ou plutât prétend marcher sansjui; çar> li sop «iprit q'éttit pus ip fond, et si loDtes les invtitotions, «emne tontes les idéos un peu «aiafifl» n'avaient pas en loi leurs loinUiqes racineSf an s«rioBB-nons? Hais, en apparpsce da noios, pqs'ao pMH- Un grand nombre, d'hommes vit, a ane fa-i nMI«i élèr« dâ# wfonM, est gourerqé, fHi.g0iiTerne, saut une l^nfëe poBF Dif n, Nins une noUon chrétiottw, du moins avouée. Il ; » Pf) dwimI*} »n Fr*P»i qui, à mesure qu'il va, sa d^ooiUe d# pis* «P p)iH <hl plifwtitBisQe et mime ses notiena de ifionlp c})ré(i«p>UI qui , iwjtr la garda des sociétés, siifriv»nt_ Mrorc jk la ^. tl y » qfl OHWdc qai, cba^n jour mène unn^ vit plu* 4b|PMPfR«R( VftttfrifillPt ctiaque jour diminp« la part 4a Kea dans le gonvernement des choses bamaioes, cbaqwjqDV «flNM ploiMlm^Rl, d4R4 »» «icriM, dans ses (âte«, dans les ■Bwm » la «^tW4 «ï ffiriprii du Mep, U bo^ tm du XyilM sièelD $tatt U diwDiVflD bardist rtfillepsR, imparlippeM mur» PiWi «t ffM^r» U r^i 1 la bon ton de notre sièpis pe ^mtti 0t w Hmitw 9\^%. I) P'pst point aa«H plfilMOpbfl BMf MUi It BlNlOIWbie àanw trflp de pifiQ* k l'ospiit, bIIb

«t mmM nio<l#t ij boH toR de «otm ti^la, aa lim ■MHW»! «Mtm BiWi liiwaigHP awiWwiwit par b| fieqo'iUait l'npMMr,

TalbM Mit tm doviran et Uw plaies de rEgliae. p Hommea df p»u de foi , » k se »pflRt»lp perdrous-nnua toute aspériBcef Vn PtrtWi et e'wl i«i qaa oow devons moptrar avao plus de déUM qn'aitpM dp tn dangers p'est nouveau peur l'Eglise, qn'««ciia epMwi «'«pparaft devapt elle qu'elle ne oonnaisse, qi'^ls n'ait tooibaUii, qu'elle n'ait aubjugué nue promièro

Cm»; W'TMH qp'U Q*; ait pa> en tonjoars des scaptiqoes et 4m ptbiaaf que tonte Incrédulité date de Voltaire? Et ne vpjaiTVfHM pw, au oanlraîra,.que Voltaire se rattache, par nne longue généalogie, ans sceptiques et anz incrédules do tpps las tampa? Ah aoyao-Age, l'incrédalité, dans les rangs lai pbH étafés da la société, ne se cachait pas toujours. Jean- saos-Terre proposait h un prince musolman délai vendre tfB.WQllyiif (•'awwanr Frédéric II, véritable homme du

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13 DR LA RCLlUtO» CATHOLIQUE BN PIANCB.

XVlll* siècle, ftu uiilieii du XIII', tirait enlnuré de Sarra- sins, et s'éUit fait nne cour de tuas les esprits forts de son temps. Bien des clirétieas revenaient de la croisade h demi inusiilmans , et plus incrédules encore qoe musulmanfl. Des capitaines et des bommcs d'Etat , nn Farinata , par eiemple , sont placés par le Dante dans le cercle des athées. Ses frati goimii ne sont-ils pas de véritables épicoriens? Il n'y avait .-ilors ni inquisition ni ceDsore pour réprimer les écarts de la pensée; an contraire, il y avait toujours quelque prince brouillé avec le Saint-Siège pour accueillir et protéger le philosophe. Arislote et son commentateur, le musDlmaa iucré-

^^dule Averroès , aiguisaient les esprits au doute et au sophisme. Il n'y a ni panthéisme si monstreui, ni scepticisme si absolu, ni rationalisme si hardi, dont quelque trace en ces sièclea M se retrouve, ne serait-ce que dans les docteurs qui le «wa- battent.

Dira-t-on que tout cela se passait chez les lettrés et chez les grands ? que le simple gardait la pureté de su Toi ? Qae ferez- vous alors de ces grandes hérésies dn moyen-ftge, celle des Al- bigeois , par exemple, favorisées par les priacei , aociédltéflS ches les peufries, adoptées souvent par des contrées eatiènsf Bien plus hardies qae m le fut h son début le protestantisme,' ces hérésies ne se traînaient pas sur la lettre de l'Ecriture pour y chercher la jostlflcation des rêves d'une Imagination égarée ; mais, sorties, en général , de l'ancien manichéisme, elles s'é- lançaleut tout de suite dans les régions les plus hantes la pensée humaine puisse se perdre , contestaient la notion chré- tienne do premier principe, ébranlaient le christianisme dans sa base, et , à travers nue multitude de fables extravagantes, mais d'autant plus facilement adoptées, redescendaîeDt à une phi- losophie pratique, ennemie de tous les devoirs et amia de tooi les désordres. oli le protestantisme, parti violent contre les institotions , hérésie presque timide en fait de degme , n'est ar- rivé que par degrés, comme malgré lui, et par la puissance de son principe, le rationalisme on le panthéisme du moyeu-âge y

^.-arrivait dès le premier bond.

Voilà pour la lutte des idées, pour la guerre intellectuelle et dogmatique. Pour les combats extérieurs et matériels, qoe di- rons-nous ? Fnriera-t-ou di-s injures et dett sooffraMe» ^ U paptotéT

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DE LA RELIGtON CATUOLIUOE EN FRANCE. 13

Croyez-Tons qae bien des papes, avanl Pie VI, n'aient pis été eaplifs, fogitifs, outragés? Rappeles-vous le soumet de Nogaret, «t dcEDandex-voua si ce siècle-là manquaii d'esprits forts, si ta BéTelltëre et les agents du Directoire ëlaient, en 1799, plus indépendants que cet envoyé de Philippe-le-Bel en 1308? Qaand oo parle des longues querelles du sacerdoce et de l'Em- pire, on se figure deui puissances armées et faisant marcher leurs soldats l'une contre l'autre. On ne se figure pas Henri IV et Frédéric Barberoosse armés comme pouvait Titre Bonaparte, Grégoire Vil et looocent lil sans un soldat auprès d'eux, Ç comme pouvait l'être Pie VI. Ces grands papes, que l'école < du XVIII* siècle ne manque pas de peindre le pied sur la télé ^ d'oo roi, n'eurent jamais un régiment à leur solde. Grégoire Vif, ^ ftigitif, no savait pas oli poser sa tdte. Rome s'insurgeait contre ' eux , et ces ponUfes, si puissants dans la chrétienté, forent de tous les moins obéis entre l'Aventin et le Vatican.

Parlera-t-on des dangers de l'Eglise t Qael est le siècle qni ne les a pas vus ? quel est le siècle qui n'a pas semblé prêt k donner victoire aux ennemis de la foi ? Est-ce, par hasard , celui des Néron ou des Julien ? est-^e celui même de Constantin, pen- dant lequel le monde, dit un écrivain, se réveilla un jonr tout étonné d'être arien? Sont-ce les époques pendant lesquelles l'Eglise était en face d'Attila ou en face des successeurs de Mabcmet? Sont-ce les temps de scandale et de schisme nue Harozîa disposait du Irène pontifical? Est-ce, par ba- urd, l'ère des papes d'Avignon, ces soixante -dix ans que ritalie a nommés la captivité de Babylone, oii le chef de l'Eglise semblait placé sons la main d'un prince temporel? Est-ce le temps du grand schisme, ces années pendant les- qnelles la chrélianté ne sut plus quel était son chef? Et qnand ces horribles désordres , pour me servir de i'expressinn de Bonnet, eurent enfanté la révolte effroyable de Luther ; qnand les princes, armés pour la doctrine nouvelle, se déta- chaient à l'eovi de l'Eglise; quand tonte l'Europe semblait prête à lui échapper ; quand Bome était profanée par les soldats lu-'^'C ''' thériens du connétable de Bourbon, était-ce une époque de puissance, de pais , de liberté? Quand les religionnaires, triom- phant au milieu des guerres civiles de tonte l'Europe, on* Traient l'Apocalypse pour y chercher le jour oh devait finir la paptoté, ettrouTaient qua l'année IS89 serait la dernière de

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U DB KUMIOM CAIHOUQOIl Vn fHAVCt.

l'Apléchrist romaia et de la ProsUluée de Bvbyloue; ditCSTiDoi,

étaieot^e des jours de sécorilé , et , liaiiuiDei|ient parlaot,

l'Eglise derirt-elle oompter sur nu loogaTenir ? Si quelque c)iosft

mauque dans son histoire , ce sont les trèvet et )es JQura de rfi*

pos. L'orage a produit l'orage; le rêvera a enfanté le revers.

' L'eiil d'AvigooD a amené le grand schisme ; le grai)d scbisnie a

V produit Luther ; la rérolle luthérienne a enfanté la révolte des

~> encyclopédistes ; la révolte encyclopédique a donné la jour à la

i persénulion rérolutionnaire. Chaque epnemi s'etl cru vaio-

S queur a son tour; chaque ennemi, àsos tour, a proclamé fnorla

( l'Eglise catholique, et , tout comme les grands génies dP la Coa-

TenMou ou les beaux parleurs de nolrateqipa, cbaqiie pRqemi a

coptniandé son caroiieiL Nu) eiècl^ n'apparaît dan^ riiistQire,

dans lequel on ne rsacoqtre un de ces jours d'angoisse» qui on^

dA être abrégés pour les élus, tous les nlcitU U rB>*Qa

humaine ont dtl condamner le ohrisMaaisqie.

dessus écoutons Bossuet : L'Église, dans sa pl^s pfO&ïndfi paix, n'est pas sans son Pharaon, du moins en q^^w pa^ droit. « Il vient quelque nouveau roi sup la terre qqi pe «ofif « naît pas Joseph, ni les gens pifius; et, «n géséral, i| Mt vraii eomme dit saint Paul, que tous «eux qui veulent jinf plenife ment eu Jésus* Christ doivent sou0HrperM«HtMar en gml* que sorte que ceBoit(l).

Cfliom«Bt tant de combats, coqiflWDt taal d'ongei mMlf

fini? Quel résultat ont eu Unt de réreltai iiit«|)iiBtiwllW >

tant d'atlaquaa.matériellea, tant d'onlrage», tint de dinm^r

sions, tant désordres même dans l'Église TL'Ëglise aTl-#tk

'y triomphé par las armes î Humsinemeat parlant, U victoire lut

S est-elle restée? Baremaat. La riotoira (paténelle, palpahle,

s TJsiblp, est le plus souvent restée à son ennemi. Qu*wt-H

^ deoo arrivé en faveur de l'Églisp? une seule ehoM t «Ht

> eopeni est mort et alla a sarvécu. Son ennemi est iamM

^ parce qu'il était homme; elle a survécu parée qu'elle était

immortelle. Tel a été le terme de toutes ses lutte* at de lom

ces combats. L'arianisme, si accrédité et si puissant, l'est

perdu on ne sait qoand, on ne sait oh, comme le Bbio dani jna

sables. L'hellénisme de Julien, si brillant nu jopr, s'est àva-

-^^Boni comme une ombre. Le mahométismp eet à l'agonie. pror-

DigmzedBïGoOgle

BI U KUMION UTBOUfiOB EN FUKCI. li

e M dissout, OQ plDtAt il reste et il réitéra toojoars __^ dlesprot«staats, c'est-à-dire des anticatboliqaes ; nuis il n'y i ~ ' pins de lathërieas, de calTioisles , d'anglicaos, rien en ud mot .-^ (le ce qn'aTaieot Toula fonder les aatenrs de la réforme.

Si ainsi sont mortes les sectes et les hérésies, que dirons-noas des faommesf Innocent III n'a pas Taincn en bataille rangée les princes de Sooabe; Pie VI n'a pas renversé la Conrention plot qne Pie TII o'a détrâné Bonaparte ; nuis les princes de Sooabe, et Pfailippe-le-Bel, et l'Assemblée constituante , et la CoDTentiMi , et Bonaparte sont morts, eni et leur pouvoir. L'Église a Téeo, elle et sa rérité. Elle no triomphe pas, ello^^^^^,:^' sarvît Elle -plie sons la tempête, le flot va l'engloutir, la nuit l'eoTeloppe, l'incrédale s'écrie qn'elie est abîmée, et il triom- phe. Le fidèle ne la voit pins, et il se trouble. Puis, quand la tempête est passée et que le jour renaît, cette barque de pèehenr que l'on croyait chavirée est encore à flot, toujours, ce semble, faible, chancelante, mal appuyée, toute meurtrie encore par la tempête qu'elle a snbie ; mais elle survit, et le flot, qui la promène douéement, roule, autour d'elle les débris de ces grands navires qui voolaient nignëres l'écraser.

Et c'est ainsi, c'est à force de succomber et de souffrir, c'est d'orage en orage et de douleurs en donleurs qu'elle a vécu dix- bnit ùècles. Les institotions humaines les plus robustes n'ont pas en cette durée. Rome, celte cité dont le nom veut dire foret, Rome n'a pas eu plus de treize siècles , à compter de ses labn- lenx commencements jusqu'aux temps rien chez elle n'était déjh pins romain. Le mahométisme , cette conception si puis- sante, est mourant, de l'aven de toos,aujourd'hni,au XllI* siècle de son hégyre. Ni l'helléntsme alexandrin, ni t'arianisme n'ont véca plus, de deux ou trois cents ans. Trois siècles u'ctaîent pas passés que le protestantisme n'était déjh plus rccon- naissable. L'Église senle, si faible et si désarmée eu appa- rence , l'Église senle a vécu jusque-lk. Sa gloire et sa puis- sance n'est pas de vaincre ni de commander , c'est de durer. Qaand l'incrédule dit qu'elle a fait son temps, quand il la montre battue, affaiblie, entourée de présages sinistres, le chrétien parfois ne sait que répondre. Quelques années plus lard, l'ennemi aura disparu; l'Église subsistera, et la réponse sera donnée.

VewBB-en donc inotre siècle. La^pbilosopbie encycIopédiqa«t

D,ti,lzed.yG00gIC

IQ M tRUaiOH CifHOUQDI BN rUKCB.

passée k l'éttt de pratique, est enotve le gnod ensemi do utra foi. Fille de la réforme, elle sur m mère l'aranUge d'uM logi- que pins bardie et plus coDséqnente. Elle a su pouuer k la ooibt clusioD la négatiUD luthérienne. Les inerédulea soBt aigoord'hal les Trais protestants. Et cependant l'école du XViU* siècle o'est-elle pas menacée à son tour? Des adversaires ne se soaif- ils pas élevés contra elle de son propre sein t fieelzébuth ne s'eatt il pas divisé contre lui-même f L'école du XVlII'aièele, née d'Iiier, ne commence-t-elle pas h tomber, eomme sont tombés et l'arianisme, et le mabométUme, et les iostitutiou protes- tantes de Luther, de Calvin, d'Henri VIH?

L'éeolednXVlll* siècle a été attaquée par ses propres dl«ci< pies et par ses propres armes. EHe avait convoqué contre la re* jigion toutes les coonaissanees humaines, en les pervertissait; de la science habilement exploitée, de l'histoire infidèlemeat traduite, de la morale rendue complaisante , de tontes les no* tioRsde l'art etdn beau siogulièrement dépravées, elle avait fait un faisceau , et comme nne ligne anttebrétleooe dont son Encyclopédie était le symbole et le résumé. Elle avait dis* ciplioé toutes les sciences contre le christianisme. Qn'esMl arrivé? On a osé y regarder aprks elle. La seienoe, par do mou- vement natnrel, est arrivée k mettre quelque peu en doute les affirmations si positives de ses devanciers. L'histoire a été reffiilc contre Voltaire, et redite, il faut ea convenir, avec ene );erlaiRe science et un certain soccès. La philosophie a rragl qnclijue peu du sensualisme ignoble auquel elle était condan- m'c et de la morale infime qni en dérivait. Enfin la ligue s'est rompue, le fiiiscean s'est brisé, la science s'est aftiraochie; les CRprits élevés ont secoué le joug, pour suivre, il est vrai, des routes diverses, coufoees, pleines d'égarements, mais ces- sant enfin de marcher en corps dans la route of^rasée au cbris* ttanisme.

Peu de conclusions définitives sont sorties de Ik; les poiats importants sont demeurés dans le doute; on n'a pas abonM le dernier corollaire; cela est vraii Hais enfin on est eonvena, par exemple, que, les données scientlOques du XVIII* siècle étant ébranlées, les conséquences antichrétïcnnes qu'on ea tirait devaient tomber à leur tour. On a assez généralemeot afimis que le rôle du christianisme n'était pas si petit dans l'histoire, et ijn'il D'arait pas laissé qae de rendre quelques sar^

vieM il Hmetaùtà. On lui cooeàd^ plus volootie» encore upa eertaioe sistioa sur le développeueut do l'esprit liuaiain ^ une (termine graodeor daoi les srti , daui la parole, dans la poésie. Ua un mot, l'école du Xlï^ siècle (ai je puis l'appeler une éco- le), qui, toute difl'érente de sa devancière, est toujours eu cr^inle de déoideret de conclure, Be senlaot gagner par la puis- aanoe de la foi chrétienne, au lieu de lui résister eu iace, cber- <; ehe à temporiier avec elle, luicoocède l'une après l'autre sa y beauté, son utilité, sa grandeur, pour ne pas être obligée d'en ^ Tenir n la grande et dernière concession, l'aveu de sa térité. 7

D'un autre c4té, un grand docteur travaille ii nous iostruire. L'eipérience donne des leçons coAteuses; puisseat-elles au moinaétreproûtablesl L'école du XVllI'siècle, depuis cinquante iDs, gouverne , ou à peu près, les sociétés por sa politique, les hooimespar sa morale. N'est-il pas temps qu'elle > rende compte desonadmioistratioD?» Orceoompte (poOr plaire à notre siè- cle poMtif et calculaleup) est lui-même singulièrement arithmé- tique et positif. Dans l'ordre politique, beaucoup de rérulu- tions, qui, sons le prétexte d'établir sur le papier des formes d'administration dirférenles, oui promené les peuples par toutes les catastrophes et toutes les douleurs, ont menacé leurs în- téréls, troublé leurs rapports, altéré leurs mœurs, assom- bri leiir caractère, et les tieaneot sons ht perpétuelle menace d'une révololion nouvelle; dans l'ordre raorfil, la statistique croissante des délits et des crimes, l'augmentation de cette classe d'hommes dont la vie est nne menace constante pour Is sociélé : voilh le compte définitif que peut nous rendre la phif hwi^hie da XVHl* siècle. Les crimes et les révolutions ne sont ni de la poésie ai de la rhétorique; ce sont de très-palpables réalités, de très-visibles et très-matériels dangers, et des dan- gers personnels à chacun de nous. La pltiie est ouverte, elle est évidente. Il faut bien admettre que la morale du devoir selon l'Évangile vaut mieux que la morale de la nature selon Diderot, et que, matériellement parlant, il manquerait quelque chose b nn peuple qui, pour simplifier la question sociale, en aurait tout Mniment supprimé Dieu.

Ainsi, l'étude plus sérieuse dans les hommes de science, l'ex- périence du mal matériel dans les hommes politiques, que dis-je? dans tous les hommes qui voient et qui pensent, amènent à des coadosioBi semi ebréiiennes. Ces conclusions, il ne font ni exo*

18 DB LA KBUGION CATHOUQDB EN PKARCB.

^rer ni trop restreiodre leur imporUace. Parce que le n ou pirce que l'école a la bonté de recoanaltre qae li religion cbrétieone a'estpas l'xnfdme de Voltaire, et lui accorde une épo- que de grandeur, de puissance et de beauté j parce qae la poli- tique convient qu'on n'a rien su imaginer encore pour remplacer le christiaDisme dans la machine sociale, faut-il en conclure que le monde, que l'école, que la politique sont déjii tout chrétiensT ^ Faut-il crier que le XVIII* siècle est vaincu, pour qu'à nos cris ^ de victoire le vieil ennemi se réveille et ait encore un jour de ^ gloire et de puissance? On n'est pas chrétien par cela seulement que, dans un jour de sincérité ou de politesse, avec des restric- tions plus ou moins formelles, OD reconnaît au christianisme une certaine dignité morale, une certaine utilité sociale, une certaine gloire dans les arts, dans l'histoire une certaine grandenr. Uo (' christianisme tont artistique et tout ttltéraire ne serait qu'un jea > de l'imagination et de l'esprit dont il est permis de faire peu de ^ cas. Un christianisme tout politique ne serait qu'un calcul de l'intérêt, et parfois un calcnl qui manquerait son but.

Assez de gens serateot tentés de prendre dn christianisme tout %. leur aise et de n'en accepter que ce qui leur est utile on ce qui leur plaît. C'est, ce leur semble, une si grande grice qu'ils lui font, dans son abaissement et dans sa défaite, de rendre justice b quelqu'une de ses qualités et d'apprécier quelqu'un de ses services! Ils peuvent bien prétendre à ne pas être importu- nés de son dogme ou de ses devoirs. Les louanges, en notre siècle surtout, ne coûtent guère, et qne d'hommes s'épanouissent à la Toe des beautés de la foi chrétienne, qui, au premier discours on peu sérieux sur le fonds mérae de la vérité évangéliqoe, se retireront en disant : Duru$ ut Me termo ! Il est si commode de prendre la religion comme une sorte de mythologie dont on peut k son gré accepter on rejeter les traditions, et de s'estimer gé- néreux parce qu'un lui donne nue foi d'artiste lorsque tant d'au- tres lui refusent toute espèce de foi I II est si naturel et si aisj d'accepter le christianisme comme remède social, sauf à n'ap- pliquer le remède que snr la partie de la société la plus dange- reuse et la plus malade! C'est un vieux principe, en effet, pt'U faulde la religion pour le peuple; il est sous entendu que les ri- ches peuvent s'en passer. Je ne sais quel Anglais compare ces chrétiens politiques à un alderman gros et gras, qui, bien ra»> •iBié de grives et de perdrix, goûte du bout des lèvres une soupe

DigmzedBïGoOgle

(l)JMq.i.«.

Dl LA KBLIâlON UTBOtIQDB EN PIAItCE. 19

écoaomiqae, fait sembUat de U trouver bonne, et déclare qoe e'e$t tau excellente nourriture pour le patare.

Est-ce donc à dire qne nnlle ralenr ne doit être attachée i ces conclusions aaïqaelles arrireot de nos jours l'étude et la politi- que, en tareor de la beauté et de l'utilité morale du cbrjslia- bismeT que rien n'a été gagné depuis trente ans? que le Tieil édifice de la philosophie encyclopédique chancelle et s'écroule, Buis sans profit pour la foi chrétienne? que la science, rétablie dans des roies plus légitimes, ne remédiera en rien au mal que la science pervertie nous avait fait? Est-ce ii direqnedansces V noU(»s nouvelles, arrachées par la force de la vérité ii des es- prits souvent prévenus, dans ces notions qui tût on tard rem- ) placeront les notions de l'école du XVIIl* siècle et seront popn- ^ laires à leur tour, aucun germe utile, aucune semence féconda o'a été déposée par la Providence? Nul chrétien ne saurait à ce . point méconnaître la conduite de Dieu. «Tout don parfait, dît l'Apôtre, nous vient d'en haut(l).> Nulle qualité snrbumaine ne peut se trouver dans une œuvre parement humaine. Si le chris- tianisme, sous une seule de ses faces, nous apparaît vrai et divin, il l'est dans son essence et dans son tout. 1! y a donc, et pour tout chrétien qui vent y réfléchir, et pour tout incrédule qui de bonne foi et jusqu'au bout approfondira la question, il y a et dans la grandeur, et dans la beauté, et dans l'utililé.du cfaristia- Bisme, une démonstration complète et logique de sa vérité; une démonstration qui,*poar être moins technique que la démonstra- tion de pure philosophie, n'en est pas moins acceptable par la raison la plus sévère, et n'en est que plus ii la portée de la majo- rité des hommes. C'est an grand syllogisme dont notre siècle en général a posé les prémisses et à la conclusion duquel quel- ques hoounes ont déjà eu le bonheur d'arriver : la vérité a été la récompense de leur bonne foi. Ainsi donc, qne le problème, hoDuinement, mais sincèrement posé, mais étudié avec con- science, se soit trouvé résoin d'une façon divine; que l'his- torien, recherchant les lois qui gouvernent la destinée des na- tions, soit arrivé h reconnaître que tout dans l'histoire du inonde ' CMverge vers le christianisme, et à ce signe ait compris que li ^ est réternelle vérité; que le philosophe, cberchant la con- e et la base des devoirs, ait fini par trouver que ni leur

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30 DE LA nELlGtOTI CAtnoLiQL'E EN FKXNCft.

fondement nt teor perfection n'est ailleurs que dans la toi thti'* tienne, et par nonscquent ait accepté la loi clircliennC contnleru-' nique règle admissible pour les consciences; —^que lepolitrqae, frappé du désordre des sociétés une fois qu'elles s'éloignent dd christianisme, Don-scalemeut l'ait appelé comme remède, aait encore ait eu le bonheur de comprendre que le remède n'est ef-^ ficace que parce qu'il est di?in ; ^ qu'enlin l'artiste et le poêle, cherchant le suprême modèle du beau et le tronrant Ji un degré supérieur dans les œuvres chrétiennes, se soient écriés qu'und telle perfection n'est point de l'homme, et ijue \k est sans doute le doigt de Dieu; que chacun, en no mot, amené par sa Tocation particulière à étudier nue des faces du christianisme, et ti tnleni apprécier l'une de ses perfections, ait reconnu que nulle chose humaine ne pouvait aller aussi loin, et qu'ooe telle perfection n'était qu'un rayonnement de la perfection diriné; que par Ik^ aidé et éclairé de cette « lumière de la grjtceqni «s'élèredanS les ténèbres pour ceux dont le coenrest droit, > il soit arriré h M conviction la plus entière, la plus sérieuse, la plus soumise, la plus pratique ; c'est non-seulement ce qui est possible, c'est C4 qui s'est vu et se voit chaque jour.

Ces preuves intrinsèques de la vérité chrétienne, non taoint puissantes que les preuves d'une antre nature, ne sont pas nou- Telles dans l'Eglise. Saint Paul faisait-il autre chose que prouve^ le christianisme par les faits acquis en dehors de lai, lorsque, d&> Tant l'Aréopage, il citait le pofite Aratas et' montrait l'autel da Dieu inconnu? Pins tard, que de Gentils devinrent chrétiens par les sciences et par la philosophie humaine.' Que de disciples fo- rent comme amenés par Platon jnsqn'anx pbrtes du Sanctuaire ! Quel usage les Pères ne font-ils pas de la science, de la phtloso- ))hie, de ta mythologie, de tontes les traditions païennes! Quelle force les apologistes ne savent-ils pas tirer du spectacle que pré- sente la société chrétienne, pleine d'union, de vertu et de paix, opposée à la société païenne, si criminelle, si discordante, si agi- tée, en d'autres termes de la beauté morale et de l'utilité sociale de l'Evangile? Quant au point de vue historique, qui l'a déve- loppé mieux que Bossuet? Qui, mieux que lut, a prouvé le cbris^ tianisme par l'unité, la concordance, le caractère providentiel de l'histoire?

An dernier siècle, il est vrai, la défense a dA se ressentir dea caractères de l'attaqae. L'attaqae était pbilosophiqne dt togl-

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U ItBLtOIOll CAtttOtlQtR BU FHaNCC. 3 1

«leoii«par^esmi8tool; 8llecoote9taiLaDcbr»tianiMnesaTérUû nUodiiclle ; elle le «émit de près par le sophisme : la défense, pleine d'ailiears des tredlliODs de Tëcolo, a suivre l'enaenii SOT ma temio. Diea nous garde de répudier les froils de celle potémiqne ! Les preaves philosoptiiqnes da chriatianisme res- tent debout et resteront toujoars. Elles sont utiles, puis- santes , nécessaires. Hais , en même temps , notre siècle a tu se déYClopper un genre de preuves non pas nouvean, mais oublié ; ■■ genre de prenves qae , chaque jour, le progrès des sciences Mt SmiGer et rendre populaire; on genre de prenves enfin pli» approprié peot-éU^ aux géairations actuelles. Notre riède, en effiel, peu pbitosophiqae et redoulaut les formes solen- ■etles de ladiscassion, se laisse prendre daraatage par l'étudo 4es faits plus fiwîic et ptns vaiiée. Si, depuis quelques années, ( des eonversIoSB nombreuses on tréjoei l'Ëglise, celte eonrictioii <^ •eqnise par Tétade, ce christianisme de la science n'en a-t-il pas ^^ été la plupart da temps Cieslramentfasmain? Dans quelques- \ MRS, H a été le geide principal ; dans presque tontes, it a servi 4e prépamtton ; il a déblayé la route, il l'a débarrassée de mille ali}ecUfMnTnlgaîres, de mille préjugés tout-puissants autrefois. Il a été otite même à ceux qui ne savent pas et n'éludient pas, par tes dispositions qu'ils ont vues dans ceux cjhî savent et qui ' étudient ; en Dft net, il a Tait de l'atmosphère de notre siècle un ^^^ ih- plus thrétien , la IM peut se naoslrer, peut croître, peut prospérer davantage.

En effet, si une partie de la société se jette plss aveuglément ^e jamais dans l'athéisne [««liqae, il est certain qu'une autre pirtîe devient phis chrétienne. Oe qui était sérieusement chré- ^ fiefl fest aujonrélml d'ene manière plas forte, plus virile, ; Idos positive, pins kériense encore. Cequi approcbail de la foi \ tNT quelques lions sentiments de plus eu par quelques pré* Jugés de moins commence i réaliser ces velléités bénies do Dien, CA obli^, par )a acission qnt s'opère entre Babylone et H~ rasatem, de prendre déciilémeet un parti, se trouve porté vers le Itien, ne serait-ce ^e par celte n'-pulsion qu'iosiiire à lltori' Mie bénnne une vie afft'andiîe de tout devoir. Dnns ce qti'tm •ppeRc proprcmeot le monde , l'excès du mal n produit le i)ien, cite êé^akl de la vie oonmnne arojclû les fîmes les plus dmles et les jdfls pares dam rbeureuse singolarité du chrétien. Parmi tMS i}«liiilHeM éproaré l'eittlwieiaMie des passioBe politi^

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33 DK LA KEL1610II CITHOLIQUB EK FRANCE.

quesoo lesillasions de la vie littéraire, an grand nombre s'est trouvé, OD par le désappoiotemeot de leur ambition, oa par rinanité enfin reconnue de leurs doctrines, ou par le seul pro- grès de leurs idées, comme par un Qol salutaire, jeté sur le sable du rÏTage oti l'Église était prèle fa les recueillir. Et même les dernières classes de la société, celles oii l'irréligioa semblait plua incurable, parce qu'elle était plus grossière et plus absolue, nous laissent voir aujourd'hui un rayon d'espérance. I^ cbarité cbré- ' 'tienne, dans sa fécondité admirable , a trouré un remède face mal particulier a notre siècle, l'athéisme du peuple. Ceux que ' ' 'les ténèbres de l'esprit ramenaient comme à une nourelle en- fance, elle leur a envoyé, comme à des enfants, ses bumbles et S pieux instituteurs, et aujourd'hui, dans la seule ville de Paris, deux mille adultes, hommes du peuple, fréquentent les écoles des Frères, y apprennent tout ce qu'on o*a pas su apprendre ii leur enfance, et arrivent par l'instruction à l'humble pratique de la foi. En (ont, une chose est certaine : les églises se remplis- ^ "sent; la population chrétienne augmente; celui qui n'entrait pas dans l'église aborde et l'autel et le eonfessionnalj il y a ' 'plus de piété parmi les chrétiens, plus de chrétiens parmi tout le peuple.

Gardons-nous donc, d'après le premier aspect de la so- ciété, de la proclamer en masse antichrétienne. Les hommes d'ailleurs appartiennent encore au chrislianisme, ne serait-ce que par leur baptême; la société lui appartient parsaconsti- , tutiun première et par son origine. C'est quelque chose encore ^ que ce christianisme extérieur qui fait que les hommes sou- '~y vent les moins croyants appellent la religion ii consacrer les ** moments solennels de leur vie; c'est même beaucoup lorsque l'on pense que, grâce à ce christianisme extérieur, tous les eofaots qui naissent appartiennent fa l'Eglise et fa Dieu , et re- çoivent, dès leur premier jour, par la volonté de parents son- vent incrédules, des grâces qui peuvent combattre et qui plus d'une fuis ont vaincu les funestes influences de l'éducation. ' C'est aussi quelque chose que ce christianisme qui est au fond du système social , qne cet ensemble de notions chrétiennes / sur lesquelles reposent, ijaoi qu'on fasse, l'ordre et le bien-être / des sociétés ; car làt ou tard on comprendra que la seule base possible des relations bumaines est une base chrétienne, que toute civilisation est cbrétienne par son principej et qu'il n'y s

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et U Rltlfllôlt ÉAtaoLiQUE M pfiAtn:^. H

pàé d*u lëf riflÙTc èUfe ta conserration de l'Evangile et te retour k hi bat-barte.

Ainsi christlantâoife , & cette henre , n'est, ni obscur ni ou- lilié; il est écarté. Od le met de cdté autant qu'on le peat, par cela daérneque l'on sent malgré soi qu'on lui appartient, qu'on risque d*yrfevenii-,qtiesa force agit, presse, lourruenle, que soû charme attire et persuade. Et dans rhostllîlë et dans l'indifTé- < ience, telles qu'elles se produisent autonr de nous, il y a quelque ) cbose d'inquiet et de déHantqui caractérise la révolte. Ce n'est \ pas DD Tainca que l'on néglige ; c'est encore qd maître contt-e le- quel ou slhsurge: dd se tient en garde contre lai parce qu'on se seot, quoi qu'on Fasse, snjet à runiversalité essentielle de son do- maine, parce qn'oii se sent chrétien par son baptême, chrétien par quelques habitudes eltérleures dont on ne saurait s'aR'ran- cfair, chrétien par la cifilisaiion dans laquelle on vit, par l'air qu'on respire, par la société dont on est membre ; chrétien par le speciacle qu'on a sons les yeut de la grandeur, l'efficacité et de la vertu duchrIstiaDisitie, et par cetinsUnct qui nous aver'

tit que tout ce qui est bon et salutaire vient de la fol. On ne

résiste que parce qu'on se sent poussé. On a abandonné ou l'on commence k abandonner la négation et le doute réfléchi du XTIII* siëcle. On voit la philosophie et l'étude devenir plnà chrétiennes : on s'en effraie ; on redoute l'étude comme suspecte de cbristiduisme ; on met la philosophie hors la loi ; on craint de [lênser. On voudrait s'en tenir k l'indifférence systématique, aux préoccupations matérielles, & la vie inintelligente : on ne peut, M ne pourra. Lirréligion est sar la défensive ; elle craint d'atta- ^er parce qu'elle clraint d'être repoussée; elle redoute tonte AinclusioQ parce qu'elle soupçonne que toute conclusion serait cfirétienoe.MaistAt ou tard la conclusion ne viendra-t-elle past iTAt ou tard la foi chrétienne ne sortira-t-elle pas de la réflexion et de l'étude, la nécessité chrétienne, si je puis ainsi parler, des pittgr&fl mêmes, des besoins et surtout des périls de la société? Voilà quelles sont les tendances du monde. Disons maintenant ce qu'est l'Eglise. Sa vertu l'a abandonnée en même temps que sa puissance; elle n'est plus la même, disent les incrédules. Quoi ^ , donc! son dogme, sa constitution, sa morale se sont-ils arfiaiblis? ' le oe crois pas qu'il y ait besoin de répondre à cette question. Mais son énergie extérieur*, ses œuvres visibles soilt-ellej HêsùM puissantes?

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34 RK LA HKUfilON CATHOLIQUE EN FtAKCB.

Un iQstant peul-élre des yeoi prérenaa ont pa croire k cette diminution de la force agissante de l'Eglise. Tant d'orages avaient passé sur elle ; le sanctuaire avait élé menacé si près ! Il semblait qu'on ne dût pas penser ii autre cbose qu'à le défendre, et le siècle oe manquait pas de prôclier cette théorie qui enferme dans l'église la religion et le prêtre, qui défend d'être chrétien une fuis qu'on a quitté le seuil du temple, et per- met au christianisme d'exister ponrvu que son existence soit ca- chée à tous les yeux. Il ne pouvait en être ainsi ; l'Eglise oe passe nulle part sans y faire du bien ; autour des autels à peiné relevi^ les deuvres saintes se sont relevées peu a peu, et la fui chrétienne, de retour parmi nous, s'est rendue visible par ses œuvres. De nouveaux dangers, au lieu de faire rentrer la religion dans lo sanctuaire, ne l'ont montrée que plus éclatante et plus utile au dehors. Tandis que notre patrie se resseut encore de ses dernières secousses politiques, un nouvel élan est donné à toutes les œuvres chrétiennes, comme si Dieu voulait compléter cette preuve, dont je parlais tout à l'heure, de la vérité du christianisme par sa beauté morale et son utilité pour les hommes. Il y a toujours des philosophes qui, après avoir fait, avec plus ou moins de bienveil- lance, l'oraison funèbre du christianisme, s'occupent de meltrie en ordre la succession du défunt et cherchent le principe nou» veau sur lequel ils vont organiser les sociétés, maintenant qu'est , mort le principe chréLi<in. I.a philosophie, qui est vivante, cher- cbe toujours^ le christianisme, qui est mort, croit avoir trouvé ^ et agit. Sans avoir la prétention d'organiser les sociétés siir uA principe nouveau, sans chercher d'autres remèdes et d'autres consolations que ceux qui, depuis dix-huit cents ans, soulagent les douleurs humaines, le christianisme agit malgré tant de pré- jugés , tant d'entraves qui combattent son action extérieure. Ici c'est une humble association de prières, œuvre bénie d'autant plus qu'elle a ^andi dans l'ombre, qui, au bout de sept années, a inscrit sur ses registres près de deux cent mille associés, parmi lesquels un grand nombre, avant de la connaître , n'étaient pas , chrétiens. Ailleurs, huit étudiants, réunis un certain jour dans > quelque mansarde du pays latin, y ont formé une société chari- ^ table qui s'est accrue comme le grain de sénevé, et, vieille de ^ dix années seulement, compte des coopcrateurs par toute lai S France. Ailleurs enfin, plusieurs centaines de milliers d'Iiom- ^ mes, des panvres, des artisans, des ouvriers , avec le soa qu'ils

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m u «tuotffii Catiolique et( pranck. j|.$

dcnnéat par Bcnaine, constituent à l'œuvre de la Propagaiion de UFoiutt reTenn de près de 3 millions. Est-ce lii le fait' d'ati'c fui qai senieort^ets'il y a au monde une foi Tivante, une doctrine, omnmc ou cUt, pleine d'aTeuir, qu'elle nous niontre donc des «nTres pareilles.

' Fant-il parler des oèarres moins directement religieuses et qni touchent de plus près les intérêts temporels? Là, on le sait, Men des obstacles extérieurs gAnent l'action du cJirîsUanisnip. K cependant, nous ponvons le redire, qui donc agit, si ce n'est lui? Si an effort s été tenté quelque part pour rendre Is peino Btîle an coupable, et le renvoyer moillear à la société qui trem- ble de le recevoir, dites, cet effort a-t-il pu être lentë sans le ebrislianisme ? Quelle antre doctrine , quelle autre ét-ote que le elirîstiinisme, possède on corpsd'institiitcurs populaires qui sa- che corriger le danger du savoir par la sainlet<3 de la morale ? Des socialistes on des liumanitaircs ont-ils ctcvé des hospices d'aliénés et des écoles de sourds-muets? Sont-ce des Saint-Si- niooienoes ou des Fouriéristes qui, sons le nom du Bon Porteur,' ont ouvert un asile à la femme déchue et lui ont donné le pain^,,.^ pour que le repentir loi fût possible? Quel bien à jamais été essayé, que le christianisme n'ait essayé également et avec an plus grand succès? Il y a plus : tout ce qoi est bon , tout ce qui VA atile, tout ce qniest salutaire lui appartient. Les bonnes teuvres viennent de lui on viennent à lui. Ceux qui ont com- mencé sans être chrétiens, frappés de leur infirmité et instruits par l'expérience , ont uni par appeler la foi chrétienne à leur seconrs. L'œuvre, profane d'abord, pour s'accroître, s'est sanc- tifiée, et celui qui sans ta foi avait voulu faire le bien , pour ré- compense du bien qu'il faisait a trouvé la foi.

En tout, le moment oii nous vivons sera-t-il donc si obscnr dans- les annales de l'Kglise? et lorsqu'on voudra y regarder, lorsque des faits qui se passent autour de nous et souvent à no- Ire insu seront devenus de l'histoire, notre époque sera peut-^ élre tout aulrement comprise qn'ellc-mâmc ne se comprend. Savon.«-nous ou plutAt prenons-nous la peine de voir ce qui se &it il nos cdtés ? Comptons-nous ait juste combien de merveilles enfante chaque jour l'esprit de la cbarilé chrétienne? l'aisons- nuus attention à cette efflorescence d'œuvrcs bi'nies dont il semble qao les dernières années aient donné le signal ? Cepen- dant les faits sont multipliés, éclatants, incontestables. De pins I. 2

s

{;randes soafTrances oat appelé des remàdes noaveanx ; l'etprlt lie charité s'est maltipllé sous Ttngt rormet Douvelles : salles d'a> site pour les enfants, retraites pour les vieillards, secoara donné an mariage des pauvres, efforts maltipUés ponr instmire et pour régénérer rbomme qae la loi liamaine a condamoé, tontes œu- vres écloses depuis quelques années, toutes oeavres qui par leur nature sont propres i notre siècle; œuvres essentiellemeot (atholiques, pour la plupart, et qui tontes oot appelé ta foi ca- tholique k leur secours. Qui se filt îmagiaé, il y a peu d'années nicore, que des gedliers (puis-je me servir de ce mot?), que des i^Dâliers en guimpe et en robe de bure seraient appelés à la garde «tes criminels dans les prisons, et qn'an lieu de guichetiers ou \ «le soldats, des religieuses ou des frères garderaient, iostrui- ( relient, maintiendraient le prisonnier? C'est pourtant ce qui a tiou pour les femmes plus souvent, mais d^à en plusieurs en- tlioits pour les hommes. Quianraitsongéàces colonies agricoles des enfants condamnés, toujours sons la protection de la foi et lie la pensée chrétienne, prennent les habitudes de la vertu et du travail? société ne sentait pas encore son mal; l'éducation du criminel, cette lAchequi lui est si énergiquement imposée p:.r le sentiment de son péril, ne lai apparaissait pas encore comme une œuvre nécessaire, ni surtout comme une œuvre né- cessairement chrétienne. Aujourd'hui il n'en est plus de même, et cette œarre qui, chacun le sait, ne peut s'accomplir que par les voies chrétiennes, est peut-être le moyen de prédication que la Providence avait spécialement réservé à notre siècle (I).

(I) Void leaomcibdalo deqadquetHUMiealMncnideireQTrei qui tout édoMtea France depuis peu d'BDDËe* :

l^li. OEurredeUPropaeJllondelaF(d(campIeaqfoiifd1iul TOO.OOOMUKflpIeart);

ISiia. OeuTrtde SclDl-fnintolt-IMgl*, pourle DMrli^ dn paanei;

IHJ7, Fondation dsSaltii-niGolii,pDnrl'idueaUou deteohAi«|wiiTrM;

1S3Î. OEuTre de» Orphellng <Ju Cboldro; , 1H33. Sodélé dcSalal-^IncenidePaul, qui, outre la TUIte des pauvret, miiIhiI pria-

-'. ' dpal, s'occupe aonl du palniBBG« de* rafan», de* apprenlla et dn oufriers, dessd- les d'n«llc, des hdpltaui, des prisons, de l'InsirnclloB des mUlUIres, «c., de;;

IHilit. Œuvre de la Nlsiirlrorde, pour Ira pauvres bonleoi ;

]R3.>. 5acWii> des Ki^rrs de Famille, pour les rcmnei eu couches;

IH3R. OEuvredeanouTelIct Accooebéesi— BlUiolMquesparalssIaln, Hc, clc; Cola- nie agricole el pénllcnllajrc de ManelllBi

IRlOv Œuvre de Salul-Vliicrnl de Paul pour les pturrea malades ;

lHli.OEnrro de l'iSIu cation chrtfUeiino.

Ajoutai ù crlie noie (Ml lamaplètc, ninlie dn MantI A* erwn* de Ckarlfé. dbb ' roule Jïtodrti'ï Cl d'teuvresnia depuis peu d'annSai.nahdpai MU %«orMitaMi

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-DE LA BELIGIOM CATHOLUÏDB EN PKANG8. 37

Dana tout ceci, rien n'est absolument nouveau. Cette foi active, cette énergie vivifiante a toujours appartenuâ l'Eglise chrétienne. Sa sainteté, sa pureté intérieure a-t-elle diminué plus que sa jiaisaance d'action au dehors? Si les siècles diffèrent à cet égard, la différeoce est-elle an désavantage du n6tre? Certes, l'Eglise a élé étrangement calomniée; ce qu'il y a eu de scandales dans^^,.,.. son sein a été singnlièrement exagéré par ta haine. Mais enfin "^ l'Eglise, divine par son origine et par l'esprllqui la condoil, est humaine par ses membres; l'imperfection humaine est toujours mêlée a sa graodear. Hais en quel siècle, depuis que le christia- obme est sorti des catacombes, fut plus petite qu'aujourd'hui la part de l'imperfection humaine? Le8candalo,la plus craelle des claies de l'Ëglise, a été la plaie de ses jours de puissance et de gloire. Aujourd'hui, avec moins de puissance visible, l'Église ne compte-t-elle pas moins de scandales que jamais ? Qu'y a-t-il en ^^..^^r:^ nos joara qui rappelle les désordres du X' et du XV* siècle? "^ Les ennemis de l'Église signatent-ils dans son sein beaucoup de ..^^ cesabusqui furent lepréteste de la révolte de Luther, abus tant'' de fuis proscrits avant lui par la sagesse de l'Église, tant de fois , __-. renouvelés par la dépravation des hommes? Nomment-ils dans' le seïD de l'Église beaucoup de simoniaques et d'imposteurs? et trouvent-ils dans son clergé nne matière tant soit peu plausible à des satires pareilles à celles que hasardent plus d'une fûts Ira écrivains catholiques du moyen-âge?

Le XV* siècle a vu des partis dans rÉglise, des conclaves en- nemis, des antipapes : quelque chose de pareil s'est-il passé en notre uècle ? Les querelles des ordres religieux ont plus d'une fbis fait retentir le monde : en a-t-il été question de nos jours? Qu'est devenu ce qui faisait schisme, séparation, dissidence? Le jansénisme se meurt dans l'ombre; tes querelles du gallicanisme sont endormies; le schisme de 1791 s'est éteint avec la force qui l'avait impose; la petite Église de 1802 périt faute de fidèles. Sans doute , sous la lui catholique, comme partout ailleurs, les hommes naissent avec des tempéraments et des natures di- verses : sans doute, sons la lui catholique comme ailleurs, il y a des préJDgés de nation , d'éducation , de parti, préjugés moins graves et moins redoutables qu'ailleurs, parce qu'une certaine

fiithe. Kfati,\'»uireâe* jtmli de fEiifince pour rAtucnlIondct «ppreaMti celle dM jrvnn fliln llbëréet et de [a iMie dei prifoni; Im damei do Don-Pailear pour Ict fll- Im repmilrt ; In hIIm d'oilk ; la colonie aurlcote de Jleririiy, cir., cK'i

>^7 00^Ie

linile I«»r ett ineée : un* dout«» enfin, sur lei poinU lecoodai- rfli, que l'Ë^lise laiue à la diicuuiun libre, des tendaBcea dî- vertw, des opinions oppoa^M p^uvept jaillir entre des boiamea ch«i qei U grande unit» de la fui oe saurait détruire I04 mille Dunoes qne U nalare oq réduoaiioo leur ont imprioiées. Hais pour eala faut-il que l'incrëdulaerie viotuire? l'our cela l'unité oalbollqoe «at*elle rompue? L'unitùeallioUque n'implique pas l'absoloe eonformiU des esprits, des caractères, des éduea* ijoM. L'uaité catholique n'est pas faite pour un seul peuple, et se Kpouaao pai uns rémission les habitudes d'esprit, qne dis-joY ném« les préjugés des autres nations, La Itii catboliqut B'eat pas Utile pour une seule espèce d'bommea , et ne se croit pas obligée de repousser tout oe qui oe s'acoorderalt pas arec la pente naturelle de oertaîss esprits. Bien des gens arguosaote- raieot TOlonliers contre l'Église de ce que la messe sa dit im eagrec, lkeBlatio,«t aeoomprendraieot païque deoMdiver- •itésde mœurs, d'édnoation,deoaraolèreelde pensées, l'UBÎté «atboliqae, qoi les aoeoeille k eoodiUon de les dominer, Kuort pins forte et plut évidente.

Et aachons-le binn ; k aneune ^poqoe peut-être, da» tooa Im eoiurs sérieusemesl oatboKqHa , cw iwdaaoea dlTerset ne se aotttplva eomplétcmat abaiasées deranl l'uniléj jamais peot- 4lre, lummes de nations, de partis, de nature, d'éducation di- vers , mais tous dociles enfants d'une même mère , oons o'a* TOot mieux compris qu'une même patrie est la nAtre, et que le toit commun de l'ÉgUse nous abrite également. Baspectueui pour la liberté que l'Église ooncède aux opinions qui n'offensant pas son dogme , nons comprenons plus que jamais la néeessiti de foire taire tons les dissentiments, de réunir teolea les for* ces, d'abdiqner notre sens personnel; en un mot, de sobordon* ner ce qui nous séparerail à la graudn nnité qui nous rassemble. Mous savona que le temps est passé des questions secoodairea et des qnerellea domesttqoes; nous savons que l'ennemi est présent, et que la commune patrie est attaquée. La chaire de Mint Pierre , entourée de tant d'ennemis, et si près de tom- Jkr, disent les infidèles, ne recueillît peut-être jamais, de toutes les parties du monde catholique , l'hommage plus onanima d'une confiance sans burnc, d'une ridûiitè absolue, d'une obéis- lance pleine d'amour. La cité en d'autres temps a pu être plus vaste et plus puissante; ion encelDlc n'a pas été plus fcrnoi

BE lA tRLIGIOR CATHOLIQIIR WM rRAICl. 39

■i let pîsiTts de son rempart mieux liéea lei udm aux intret ; Jenaaittu jua adifieafur ta eivitai, eujut partieipalio ejai m ùlipnim.

. Vrâtà pourtant oette foi qae l'on croit éleinte, cette religioa morte, dont le ralionaliame de notre siècle, assis en paix dans sa Tietoire, s'amDse à regarder passer les lentes funérailles. Charité, pureté, ooité, rien de tout cela ne lui fait défaut. Et ^irès tout, si elle est morte, pourquoi la craindre et l'attaquer T A quoi bon compter arec anxiété le nombre de ses églises, de ■es monastères, de ses prêtres, et si par hasard on trouve qu'il augmente, crier h l'empiétement, ti la théocratie, au scandalef Contradiction étrange: Le efaristianiame se meurt, nousdin-t'OR SDJoord'hui ; ses docteurs préclient dans le désert ; les peuples s'éloignent de lui 1 * Et le lendemain : < Alarme I terreur! dan- ger! II y a en France un couTent deplui. Un pauvre prêtre de- " mande la permission de fonder une école. Cinq on six religieu- ses se proposent pour élever les enfants, soigner les malades; redoutables conquérantes contre l'envahissement desquelles trop de barrières ne s'auraient s'élever. Des Frères, bien igno* rants, dit-on, demandent la permission de montrer l'alphabet aux enfante do peuple ; hAlons-nons de la refuser ; car le peuple, ggoate-t-oo, viendrait à eux. No voyez-vous pas que la foi ca- tholique va tout dominer? que ses prêtres oAent parler et «gir, presque antaot que s'ils étaient des hommes et des citoyens comme nonsT Hâtons -nous d'élever des dignes: le flot nous envahit. Nos écoles, notre constitution, notre liberté, ii menace tout. Dans dix ans, si nous n'y prenons garde, toute notre jeu- nesse sera élevée par des prêtres, Ions dos biens possédés par des prêtres, tout notre royaume goaverné par des prêtres I > - EM-cennefoi morte que l'on redoute ainsi f Revlentron avec tant d'acharnement sur un cadavre f Pourquoi tant de terreurs après tant de mépris? une vigilance si inquiète contre un ennemi que l'on déclare, non pas vaincu , mais écrasé? Si le Chris- tianisme est près d'être enseveli, pourquoi, i la vne de son con- voi funèbre, pousser des cris d'alarme comme k la vne d'une armée ennemie ?

' Quant i nous, non? ne croyons encore la foi chrétienne ni . si éteinte , ni si puissante. Nous la croyons toujours vivante et fcrte, sans nous attendre k voir ce que le monde n'a jamais vu, ton règne paisible et tnoontesté. Mous savons que la iérBMleiQ

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30 DB LA KBLIGrON CATBOLIQCS SN flARCK.

céleste D'est pas de ce monde. Hais, quelleque soit la phase ae* taelle de l'éternelte lutte entre l'erreur et la vérilé, nous ac- complissons un devoir de chrétien en venant prendre rang aa combat, en apportant aussi nos faibles armes aux pieds de celui qui sent peut les rendre pures et puissantes.

Sachons toujours éviter ce double excès : le découragement, l'espérance hâtive et impatiente. « Les portes de l'enfer, * noua le savons, «ne prévaudront jamais contre > notre Église. Hais notre Église, nous le savons aussi, aura toujours à combattre les portes de l'enfer. Ne nous étonnons pas d'une lutte qui est de tous les siècles. Ne soyons pas effrayés des périls, des combats, des revers ; ne soyons pas non plus impatients d'une victoire qui ne sera jamais complète; ne nous irritons pas follement contre une révolte que l'Esprit saint nous annonce devoir être éternelle. Traitons avec pitié des égarements qui sont dans la triste nature de l'homme, au lieu de les punir, comme des cri- mes inouïs, par notre colère et notre malédiction.

Un des hommes les plus illustres de notre temps a donne, il est vrai, l'exemple de formes hautaines, impérieuses, absolues, pleines de dédain pour la discussion , parce qu'il méprise l'ad- versaire, et aime ii le choquer bien plus qu'à le convaincre. Hais cet homme, avec un rare génie, qui a-t-il jamais persuadé? Il a pu satisfaire quelques croyants; a-t-îl éclairé beaucoup d'infidèles? a-t-il détruit dans les Ames égarées beaucoup de préjugés antichrétiens? N'a-t-il pas, au contraire, aigri et blessé ceux qni se trompent ? et , par l'exagération de son langage , De leur a-t-il pas donné contre la foi des (irétextes et des armes? N'est-il pas resté, en un mot, le plus éloquent, mais le moins per- suasif de tous les hommes ?

Ainsi n'ont pas agi nos pères dans la science et dans la fui, ni les premiers apologistes de notre Église, ni les docteurs des plus grands siècles, ni un saint Augustin, ni un Bossuet. Aucun d'eux D*a cru les ennemis de la religion tellement au-dessous de lui que la discussion avec eux lui semblât inutile ; il& ont eu la pa- tience de les réfuter viugt fois, au lieu de les maudire une. C'é- tait déjà, disait Bnssuet, une iissez'grande peine aux gens que de leur montrer qu'ils ont tort, surtout en matière de religion. Ainsi ont-ils persuadé, ont-ils converti, ont-ils ramené I

Sachons contenir une colère qui, pour être naturelle k doi ftmes, n'est pas toujours sainte autant qu'elle le parait. Sacluws

DB RKLIGION CATHOLIQUK EN FIADCE. 31

ne pu DODs irriter plas qae ces grands hommes contre ceux qoe aos paroles n'oot pas changés tout d'abord. N'abandonnons, cer. tes, ni la sainte intégrité de nos doctrines, ni même la liberté lé- gitime de notre pensée. La charité ne nons demande pas de céder BD poace do terrain de la vérité chrétienne; elle nous demande le respect et la douceur envers le» hommes, non la mollesse en- vers les doctrines. Prenons garde seulement que des semences précieuses germent en notre siècle, et qu'il ne faut pas tes étouf- fer; qne bien des velléités chrétiennes n'attendent peut-être que l'influence d'un mot charitable pour devenir des volontés dirétiennes. Ne prenons pas sur nous d'arrêter, par la dureté de nos paroles, ce que la main de Dieu peut-âtre avait contmcncé. Notre tAche est d'appeler, d'éclairer, si nous pouvons, non pas de condamner. N'ayons pas la priitenliou d'arracher l'ivraie avant que le jour de la moisson ne soit venu. C'est Dieu quia dit, et qui seul a pu dire : « Celui qui n'est pas pour moi est contre moi. A nous , au contraire , il a été dit : Celui qui n'est pas contre vous est pour vous { I ).

En tout, voici notre règle et notre devoir: envers l'Église, sou- mission complète et obéissance , in necetsariii unittu: envers nous ^ tons catholiques, respect et amour, même quand un sujet de ^ dîscDSsion s'élèverait parmi nons , in dubiis Uberta» : envers nos ( adversaires , patience , bienveillance , charité , in otRnt6iu eka- ', ritai.

(I) Qvi HW nt adreniim (M pro vobii M. HarcIX.Sft

Franz de Chahpacny.

^

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PORT-ROYAL,

PAB C.-A. SAINTE-BEUVE

Ce livre a été remarqué. Il devait l'être. Le sujet y conviait; je ne saurais dire s'il s'est rencoatré ailleurs, dans un coin du monde, ua groupe de figures plus tranchées, plus saisissante? que celles-ci ; Saiot-Cyran, d'Andilly, les deux mères AngélLr que, Lemaistre, Antoine Arnauld, Pascal , Nicole, Saci. Bien ne prétait davantage à cette curiosité un peu superficielle de notre temps, qui, malgré ses prétentions a la pliilusopliie de l'iiistuirc, la délaisse volontiers pour les Mémoires et préfère assez les anecdotes aux idées. C'était aussi une bonne fortune pour M. Sainte-Beuve, dont le talent, ingénieux jusqu'au raHine-r ment, se comptait dans les choses de détail, dans l'anatomiç j'oserai dire microscopique des caractères, et qui trouvait sans contredit mieux qu'un roman psychologique.

Puis, comme l'a vu très-bien Joseph de Maistre, le jansénisme n'est point mort; tant sans faut! Sans doute on ue s'inquiète pas beaucoupaujourd'hnidesavoirsilescinqpropositioussontounon dans Jansénius. Mais le jansénisme pratique n'a pas eotièrenieut déserté, dit-on, les tribunaux de la pénitence, et il siège surtout, vivace encore et même provoquant, dans d'autres tribunaux, fort de sa vieille alliance avec le gallicanisme parlementaire, tant de fois désavoué par nos évéques. Là, comme on sait, quand il ne peut être magistrat, il se fait procureur. Seulement, au lien de s'appeler JolydeFleury ou Gilbert de Voisins, il se nom- me Isambcrt ou Dupin aîné.

Eh! ne l'a-l-on pas entendu naguèrcs évoquer nu Palais l'om- bre de Domat, comme celle de Pascal à l'Académie? Grandes ombres cerics, mais impuissantes à faire revivre ce qui n'est plus! L'Université a beau soufflera son tour sur la cendre des

(l)ToaK«IcUi— Pari*, REpdDcl, ISfOcilSiZ-ln-S-.

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MIT-IOTAL, >AI SAINTE-BEUVE. ||

PntmMtit»: le feu qai ooanit W ne se rallamera plos. To«l «elâ est dn p*sB<, de l'hisMre anssi «ncienne que celle da stoTcls- tit avec qai le Jansénisme eot plas d'une affinité secrète. Toat~ ce(i se résout dans on ntot de Bcnsoet : c Ponr, je vois de grands eiemples; contre, des raisons inTîncibles. *

Ponr bien apprécier Port-Rojral, il Eint bien connaître la doc* Irine qui en avait (Ut sa place d'armes; et pour savoir k fond le jansénisme, il faat remonter assee haut. Car l'bérésie qni a pris M nom est loin d'être ce que Montesquieu affirmait an peu su- perbement de \'E$prit da Im* :

Ble n'est pas sortie tout armée du cerveau de la&sénius, comme la Table faisait sortir Minerve de celui'de Jupiter. Elle a dans^. riiistoire de l'Église de profondes racines.

Avant tout, il y a une question de dogme.

En sol, le fini est impuissant à entrer en relation avec l'Infini; la nature ne peut atteindre le surnaturel : un abtme les sépare. Cet abîme ne saurait être comblé que par ta toul&pnissance et la toute'lmnlé du Créateur. Logiquement, qui pourrait Lui dé- nier Finiliative des rapports qui s'établissent entre loi et sa créa- ture? L'action du Créateur sur la créature, tranchons le mot, ta Gr&ce, est donc la loi générale de toute relation entre Dieu et l'homme. Même avant la chute, Adam, être fini , dut être pré- venu, ezcilv, pénétré parla vertu divine, et ce n'est que par fanion d'un principe fécondant et supérieur aux forces limKées de sa propre inlclligeuce, qu'il put communiquer avec Dieu comme un ami avec son ami. Non qu'il ne possédAt en lui-même aoe faculté naturelle de connaître son Auteur; mais il fallait que cette faculté fût aidée par une force extérieure placée au-dessus de l'humanité. Tout se tient dans le Christianisme, et c'est ainsi que, dans le mystère de la réconciliation, c'est Dieu qui s'est fait bomme et non l'homme qui s'est fait Dieu.

ToDtcfois, an V' siècle de notre ère, il se trouva un asseï fai- ble philosophe pour imaginer que riiofnme k lui seul peut em- brasser Dieu, éiMrmité assez analogue k celle d'nn géomètre qui dirait la partie anssi grande que le tout. Pelage (c'était le nom de ce penseur, glorifié de nos jours) ( I ) fnt assee vite abandonné

(1) Cea'mpu tenlemeiiM. AuBnuiaTUciTTqul teteolna faible povrPélifc; mal*

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H PORT-ROYAL,

par ses disciples , qui admirent la nécessité de )a grAce , mais --seulemeot comme cumptément du libre arbitre, auquel ils lais- saient rtnûiuiiue du bien. Malheureusement, dans la réacUoa qui se fit contre les Semipélagieus et contre leur maître, le bat, comme il arrive souvent, fut dépassé par quelques-uns, et les f' PrédesUnatieus parurent , au tre espèce d'insensés qui niaient le - libre arbitre et faisaient de Dieu le plus arbitraire des despotes, , prédestinaot fatalement les uns au ciel et les autres a l'enfer. A ^ les en croire j Jésus-Cbrist n'était mort que pour les Élus. Nous tenons déjà les premiers lits du jansénisme; nous venons de nommer les ancêtres directs de Port-Royal. H. Michelet ne man- \ querait pas de noter ici que le chef des Prédestinatiens, au V* siècle, Lucidus, était un prêtre de i'Ëgtise des Gaules.

C'est encore dans les Gaules qne,quatrc cents plus tard, nous retrouvons la prédestination précbée par Gotescalc, dont Jansé- niusa voulu réhabiliter la mémoire. Plusieurs évéques embras- sèrent ses erreurs , pulvérisées dès lors par Babao Hanr et Hiucmar. Après quoi, nous eii perdons, la trace jusqu'à Wiclef, ce précurseur immédiat de Lutber et de Calvin. Nous donnons la main au XVI' siècle.

Le protestantisme fut le culte de la prédestination. Lutber, l'idole des libres penseurs de notre âge, écrivit exprofato contre la liberté humaine : nESERvo arbitrio. Calvin enseigna en pro- pres termes que Dieu voue une multitude d'hommes k l'en- fer, ponrqu'ils le glorifient par leurs supplices (1). Il osa plus, il appela cette doctrine une doctrine consolante (3). Les deux C réformateurs proclamèrent à l'envi que l'homme n'est que pé- (! cbé et que les vertus païennes sont abominables devant Dieu; / que Dieu exige l'impossible et qu'il punit éternellement des in- \ fractions inévitables ; qu'il damne et sauve sans qu'on l'ait mé- - rite; que l'action de la grAce est irrésistible (3).

Ces maximes eurent de l'écho en Belgique. A Louvaia mèioe,

H. Cou«ln, niuii M.)Uc1ii:l(<l, lequel a ilcii(cecI;'Lc brclon Mn^e, qal mlll'eipriuiol- clendaDste chrlsll.nnlinie (c'esipriïciaémpnl le conlralre, mali païKini), c[ rdclinu'a

* premier dira l'Éflliin en fnvcurile lu lIlKri^ humaine [voililquidei'wnl fort), eutiNmr

wccewarle breton AballarJ, le breion Dcscartet (lequel breloa ^11 lonrinecau; nais en hisudre on n'y ri^rde paa de si prés;.

(t) liuWaf. ni, â3, n°1.

(i) Md. m, 91, %%t>e «ItrnA Dti pmUiim., t»iv> BS3.

(3) Ckt-T. lu»/))/. Il, 1,11.111, H; .fiKirfor. Cojkj/. Trtrfmr.idte«.«i,c6( liulil.U, 3, 13. Luth, de Serio Ârbilr.

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FAR SAINTB-BEUVS. 9&

tB sein de cette nnWersité Jaaséoius et Saint-Cyran dcraient puiser leur première iottraction Ihéologiqae, no docteur qui fut dépntA au concile de Trente et qui avait résisté à d'antres égards ■a torrent de la Réforme, BaTus, avait enseigné l'impossibilité de^, certains commandements de Diea et le fatalisme de la damna-' tion. Condamné par na saint pape, Pie V, le même qui donna le coup de grice h la marine turqae en provoquant la croisade qui Tunqoit h Lépante, BaTus s'était assez longtemps débattu sous la eensare pontificale, k laquelle il n'acquiesça qu'en (580, plus par laaùlude que par couTiction. Neof ans après il moorut, mais Il ne mourait pas tont entier. Déjii en efTel Jansénîus était (I j8»), et ta l'hérésiarque de Louvain eût été prophète, en lé- guant k cet enfant sa chaire d'Écriture sainte avec son exem- plaire do saint Angastin , il eftt pu s'écrier dans no élan de joie :

lurlan iHfiit MMri* «i OMibiu ollor.

f Gornelh Jansen i&fSaMÈ'SXk-êe'J'iitf), que nous appelons JaiHénias, était dans un village de Hollande, près de Leer- dam, d'une hmille catholique. Le nom de son père était Jean Otto; mais, envoyé à Louvain pour y faire secrètement ses étu- des. Corneille adopta celui de Jansen, suivant l'usage des étu- diants de son pays qui , pour dépister l'espionnage da prolestan - lisme hollandais et ne pas exposer leurs familles \ des tracasse- ries, changeaient de nom k leur entrée dans les écoles belles. Je ne pois m'empÂcher de remarquer cet innuccot pseudonyme du fbtur sectaire. Il y a nnehabitade de dissimulation précoce; il' se cache dès le collège; le pli est pris de bonne heure, et l'on pense malgré soi k ce déloge d'écrits anonymes ou pseudonymes dont se complique la lùbliographie jansénienne, depuis Aurélius (Saint€yran),Montalte(Pascat)efWendroc£*(Nicole), jusqu'aux " obscures élucubratluns du père Lambert.

Le XVII* uèele c<Hnmeneait. 11 y avait alors sur tes bancs de la faculté de théologie à Louvain un jeune Basque aux entraillti ckaudtêy anx maginatioru milancoîiquei, comme disait le cardinal de Bicbelien. Jean du Vergier de Hanrannc, depuis abbé de Saint-Cyran , se distinguait entre ses condisciples par son ardeur lûlieuse et son application h l'étude. Gornelh Jansen, pins jeune de quatre ans, était plus infatigable encore. Il se mait snr la théologie avec toute la passion d'un jeune homme

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SB PORI-ROVAL ,

pauvre qui a sod chemin à faire et toate la ténacité botUodaise,.

L'étudiant français obtint des éloges publics de Juste-Lipse; le

bollandais conquit le titre glorieux de premitr docteur de Lou-

vain. Comment douter que les deux jeunes théologiens se soient

rencontrés aux cours du docteur Jansoa, l'iiérilier des doctrines

de Baîus? N'afons-nous pas h cet égard le témoignage précis de

Leydecker, professeur it Utreclit, cette seconde métropole du

jansénisme? Quoi qu'il en soit, les deux condisciples de Louvsia

se retrouvèrent à Paris, ils se lièrent de l'amitié la pins

- élroitc. Ils y étaient en 1609, quand du Vergier y publia sa

1^ Quetlion royale, cbcf-d'œuvre de subtilité casnistiqne, sont

? jiiisés, dil-(>n, trente-quatre cas dans lesquels on peal se tuer en

i cuuscieRce. Ce n'est qu'une débauche d'esprit théologiqne, à la

\ bonne heure. Mais ces gageures de rhéteur ne sont pas d'une

') tête bien faite , et ce luxe d'hypothèses chimériques révélait

^ déjà dans le jeune de Hauranne un jugement assez peu sûr.

Ces années de Paris furent décisives. Dans les chaires de Sor- ~ bonne , la scolasLique était toute la théologie. L'Ëtiriture sainte avait bien son enseignement spécial; mais ïsiPatrologie, comme dir sent les Allemands, y restait h peu près inconnue. Grand scandale pour nos élèves do Louvain ! Baïus, se disaient-ils, avait lu oeuf ~''' fuis saint Augusiin tout entier. Les deux amis durent protester dès lors, au nom du grand évéque d'Hippone , contre saint Tho- mas, qui régnait en maître dans l'Université de Paris. L'invasion du Richérisme eu Sorbonne (1611) ne tarda pas à développer dans ces esprits chagrins des ferments d'opposition plus Pormir ' dables. Edmond Bîcfaer, syndic de cette faculté de théologie, ve- nait de poser en thèse que la juridiction ecclésiiistiquc apparte- ^ nait au corps de l'Église, dont le Pape n'éluît que le premier ou- , nistre. Le jansénisme se souviendra de cette doctrine.

Pendant que Bicher expiait par la déposition du syndicat son ultra-gallicanisme, du Vergier renonçait à prendre le bonnet de docteur dans celle Sorbounc, asservie désormais, pensait-il, aux tendances iiUramuntaines. Il emmenait Jansénius à Bayonue, ils se plongèrent eiiscmbic avec une opiniâtreté presque égale dans les études les plus ardues, lisant et relisant saint Augustin soLts la préoccupation des idées de Baïus, qu'ils avaient sucées iivecle lait de l'L'niver^iité de Louvain. En 161 T, ils se s^iarent, Jansénius pour rctutinicr dans sa chère Bel^que, de Hauraone pour s'attacher ii l'étcqne de Poitiers qui lui r^igfia son at^

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PAR GilKTK-BKtlVE. ST

ba^e de Saiot-Cyran. Ce prélat, qai s'était battu contre les pro- testants de sa ville épîscupale, récompensait ainsi du Veiner de l'avoir déreodo par no écrit qu'on nomma faleoran de Fiei' fK« de Poitieri.

A partir de ce point, les choses se précipitent. Jansénins Ironve il Loorain le manifeste de Marc -Antoine de Dominis contre le Pape : de Republicâ ecclttiaiticd libriX, et il y reçoit le cuntre-coop dn fameux synode de Dordrecht, Arminius mort Alt anathématisé par ses coreligionnaires, ponr avoir dit que l'homme est libre; que le chrétien a des forces suffisantes pour Taincre tons les obstacles au bien ; que la Grâce lui est néces- saire, mais qo'il peut la repousser ellni résister; enfin, que Jé- ^ SDs-Christ est mort pour tons les hommes. On presse Jansénios de réfuter l'archevêque de Spalatro (Dominis), qui fait de l'E- glise une démocralie épiscopale. L'ami de Saint-Cyran élude une liche qu'itaMorre, dit-il, etniérement. Il applaudit au contraire aux anathèmes de Dordrerlit; le farouche symbole de cette assemblée, qui riva les fers de Grotius et dressa l'échafaud de Barneveldt, lui semble à très-peu près catholique. Il reprend la lectare de saint Augustin avec une sorte de rage, et croit y trouver à chaque ligne cette draconienne doctrine de la pré- destination , qni allait si bien à l'âpreté concentrée de son ca- ractère.

Mous touchons le nœud de ce triste drame. Dans l'été de l62l,JaDsénioset Salnt-^yran se revirent et toute une conju- ration fut tramée. C'est ce qu'on nomme le complot de Bourg- Fontaine, du nom d'une chartreuse située dans la forêt de Villers- - Cotterets, oh l'on prétend que se passa l'entrevue. Les détails en ont été amplifiés et aggravés par l'esprit départi; mais il est difficile de ne pas croire avec H. Sainte-Beuve qu'il a se tramer à Bourg-Foutaine ou ailleurs, en cette année 1 62 1 , quel- que cbwe comme une conspiration de réforme religieuse. On pent voir dans l'ouvrage que nous analysons ( I ) une lettre de Jansénius à Saiot-Cyran, du 35 mars 1621, on se trouvent ces propres mots : Je n'ose dire à personne du monde ce que je

pense d'une grande partie des opinions de ce temps , etpar- « Uculiëremeot de celles de la GrAce et Prédestination, de penr

qu'on ne me fiasse le tour à Borne qn'on a fait à d'autres, devant

(I) Tone t". ftff* MO 04 107.

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qut toute tÂoieioit mitre et à ton tempt. L'entrevue a lieu, et dans une autre lettre de Janséoius du 19 ooTembre saiTant, il est question d'un voyage qu'il a fait depuis peu avec son ami. A dater de ce moment, lu correspondance devient mystérieuse. « Les deux amis, dit M. Sainte-Beure, ee servent désormais d'un argot qu'on a peine h pénétrer, au moins dans le détail. Il n'est plus question que de la grande affaire àeSuipice (Jansénius), delà matière de PUmot, des racines qn'on croit aroir découTcrtes, et d'où sortiront des ar6re« pour bâtir une certaine maiton... H. de Saint-Cyran s'y appelle tantdt Jtongeurt, tanlAt thtritlon, et les Jésuites Chimer... 11 est certain qu'ils s'entendirent expressément dès lors sur le projet et les moyens de relever la doctrine de la Grâce ; qu'ils convinrent de préparer prudemment et en secret, mais activement, les bases de la grande œuvre, que Jansénius esécuterail surtout dans la portion d'érudition, et dont M. de Saint-Cyran propagerait l'exécution dans la pratique.

C'est bien cela en effet: k Jansénius, l'initiative doctrinale; k Saint-Cyran, l'action, la propagande, la cabale, le mot n'est pas tropdnr.Occu/fépropfermeium/uiJCNrtim, telle était la devise de duVergier ( t ). (Les Juifs, pour lui, observe Pelilot, c'était le gros des fidèles dont se composait l'Ëglîse.) Ce n'était pas ainsi que les ap4)tres avaient conquis le monde à la bonne nouvelle. Ils la prêchaient sur les toits, dans les synagogues, au milieu de l'a- gora ou du forum, devant les rois juifs, les procurateurs romains ou l'aréopage d'Athènes. Suint Paul, tant invoqué par les Jansé- nistes, entrait partout dans les assemblées de ses frères en IsraCI, s'eflbrçant de leur ouvrir les yeux sur les prophéties ; bien plus, il disputait librementaveclesstoîciens et lesëpicuriensgrec8(S).

Mats Saint-Cyran n'était pas saint Paul. Malgré toute la prédi- lection biographique de H. Sainte-Beuve pour son héros, nous ne saurions voir en du Vergier qu'un grand esprit faux, dominé par une imagination forte et lugubre, et emporté par le plas in- domptable orgueil qui se puisse concevoir. Il s'ingénie, à son début, h inventer des suicides innocents, h justifier les prises d'armes dans le sanctuaire, ou je ne sais quelle incroyable cou- tume de l'Ëglise de Bayonne qui exposait sur l'autel une brebis

(l| InlcrrogHolredcSoliit-CTrauiVIuccoQM.pulUïpiiriiDjapiâiUKcii ITW.

(S) DUputabal igilur la lyaagogâ com Juilirit, tt in/oro, per omaet dit», ad toi qui aderanl. Quidam aniem Epieurei elSIoici diaerebanl cnin ta. Act. krwt. XVH, n-18.

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ta SAINTfr-BBDVE. S9

pinlelaDte, {gorgée le jour de la fête des morts; ToHk poar la JDStesee d'esprit. Voici ponr rhamilité : Les Grands, écrivait-il, ■ont si pea capables dïi m'éblouir que, si j'avais trois royaumes, je les leur donnerais , h condition qu'ils s'obligeraient à m'en donner nn quatrième, dans lequel je voudrais régner avec eux. Car je n'ai pas moins un esprit de principauté que les plus grands potentats du monde. Si nos naissances sont dirférentes, nos cou- rages peuvent être égaax. * Je ne sacbepasque cesoit|de ce ton altier que les saints ont accoutumé de parler do Paradis.

Cependant, tandis que Jansénius s'enfonçait dans saint Augns- tio tête baissée, avec cette sorte de parti pria qui fait les sectai- res ; tandis que Saint-Cyran tendait dans l'ombre les premiers fils de sa toile, il y avait ii six lieues de Paris, dans un couvent de filles de l'ordre de Citeaux, appelé Port-Royal, une femme véritablement supérieure. Jacqueline-Marie Aroanld, reli- ' gieose à bnit ans , abbesse à dix par un des abus de ce temps et par DD mensonge oracieux de sa famille, avait , à dix-hait ans, ^ réformé aou monaslëreavec une vigueur, un esprit de suite et un bonheur qui semblaient tenir do prodige. Ce courage etce succès^ la désignaient naturellement ti l'abbé de Gtteaux pour propager la réforme en d'autres couvents de Bernardines. C'est ainsi que, par elle-même ou par trois de aessœurs successivementprofes- ses à Port-Royal, la m&re Angélique de Sainte-Madeleine (c'était son nom de religion) étendit en peu de temps son empire sur les nionastère8deSaiDt-Cyr,deManbuisson,duLys(prèsdeMelun), de Poissy, de Saint-Aubin et de Gomer-FontaJoe (diocèse de Rooeo), de Tard(l) en Bourgogne, et des lies d'Auxerre.

Antenne Arnauld, père d'Angélique, était célèbre au barreau*

(I) Je Mit ardilpédiDl *ar le* doidi propre*. H. SalntisBeaTe i'oImiIdc i dire par- loU U Tard. Tarl-l Abbaye , comnie on à^rli aujourd'hui ( Uco qu'on irouve luJiFFéreiU' mtat dm* let cvKrialre* Terdam et Tarlam), esl un rJlUice A 30 klloméire» de Dijun , dMttadlnclloadt Btint-JéaD-de-Ldne. Au re*Ia , quuid ta mèri A en^ Arnauld écrflft Lmibire de Rotre-DiiiK <U Tird [et non puEbiTard],E'e*ldeDljan qu'elle L-crl(.l>t« IGO, leiBemardinea de Tard l'étaient trantrérécsdiD» celle Tille, comme celle*dcPort- lo;tf lParii.poorédiapperiuilnnilleide>par1l>onsqnNnfciiaien[ la conlnïr, Lon'fur- MMrice de Tard Bc (al pa» ta mère AEa4i,tiuli blep Jeanne deCourcellei de Courtan.w detaBctère nHnme abbeaae du monatlire boanpilBDOO.

PnbqiM Je tali en Irala de cfaicaaer. Je relèverai une InexnclliuJe plui grarp. Fen ■.MHoti'iDleard'naeiiolIceaur Port-Royal, placée dan* m collcclion de Miimnirca en •Me de tua de d'AadlII<r, n'élall pai du loa( , comme l'a cm H. Salnle-BeuTe, un trant- taS< dtt JaméalHiie. A ancoDe époque U u'atalt npparlenn tc(ltei{c^,aB coalnJre,' Ccpotal ed perhllemenl cODDH t D^, Uennalal de H.PellloI,

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40 POIT-kOTAL,

par son plaidoyer, dans le goût emphatiqne du tempi, pour IfT' nivcrsitë contre leslésuites. C'était an homme d'assez boan» maison, dont le frère, orBcier de mérile, se distingoa fort sn siège de I.a Bochelle. Il avait dix enranls. Arnaaid d'Andllly, l'alnt^, fut peut- être l'homaie le plus aimable de la cour. Fort préoccupé comme tous les siens de Favancement de sa binrille, dou(! au plus haut point de cette activité souple , obligeante et insinuante qui fait rénssir dans le monde, il ^joignait une cer- tniiie facilité dVngonement. Il se prit pour Saint-Cyran d'une vraie passion, encouragée pent-élre an début par les avances de nichelfcn h du Vergicr (que M. le cardinal nomma publique- ment un joar h plui tarant komme de rEurope), mais demeurée ferme et agissante anx jours de la disgrâce. On peut croire que SaÎDt-Cyran démêla de bonne heure ce qu'il pouvait attendre da zèle d'nn ami si liant et si répandu. A t'impétnosité de d'An- dtlly, dit M. Sainte-Beuve, il ne répondit d'abord qu'avec nn« sorte de lenteur et même de froideur, comme pour l'exciter. C'était \h un des principaux secrets de du Vergier pour maîtriser les âmes; Il te pratiqua jusqu'il la fin avec ta coquetterie la plus snulcnne et le plus incomparable snccte. Pour triompher de retle réserve calculée, d'AndllIy se donna, se dévoua de plus en plus. Ilmitatix pieds de Saint-Cyran toute sa famille, sa mère d'nbord, Dite de l'avocat-généralMarion, It premier du Palait qui «it bien fertf , diïalt le cardinal da Perron ; puis sa sœur, la mère A ngélique ; son ncvcn , Antoine Lemaistre, la merveille du bar- reau suus Louis XIII ; enfln le plus jeune de ses frères, Arnauld le docteur, qni n'pst plus tout à fait pour nous le grand Amavld. Mnis n'anticipons point.

La mère Angélique avait une sœur putnée, religieuse comme elle, Jeanne Arnauld (la mère Agnès de Saint-Paul), fille de beaucoup d'esprit, mais de cet esprit quiotessencié de l'bâtel de Rambouillet. La mère Agnès porta daas la dévotion le langa^ des précieuses et composa dans ce goût no Chapelet nerel du Saint- Sacremttitf aussi inintelligible , dit H. Sainte-Beuve, qu'il suil|M>ssib)cdc le désirer. I4 Sorbonnecensura cet écrit; Rome le supprima; Saint-Cyran le défendit. Ce conp de maître lui livra Purt-Ruyal. Zuuicl , iHèquc de Langrcs, prélatplus pieux qu'é- claii'é, avait ajipruuvé les mystiques méditations de la mère Agnès. Trans[iiirlé de reconnaissance pour l'apologlsle do CA<t- j.eiri fccrel, il I*insl»lla directeur d'un nouvel inslilul voué à l'a-

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PAR lAItrTB-IBDTB. 41

doratios perpëtnelle du Saiot-Sacremeot, fondé par cet évâqae et par toi soumis h la crosse abbatiale de la mèl'e Angélique. C'est ici qne s'opère la conjonction des deux astres qai va déci- der des destinées de Port-Royal. Toute supérieure qu'elle était à Saint-Cjrran , selon mol, pour Vétendue de l'espril, la mère An-' géliqne roulera désormais dans son orbite, emportée par l'obéi»- saocc religieuse et par le double ascendant de l'homme et du dU^ reclear.

Ces deux Ames n'étaient pas sans des conrormilés nombreuses. Ce qui dominait en toutes les deux , c'était la Tirililé. L'nne et l'autre araïcnt la Tocatlon du gouvernement. Moins éloquent, je crois, que la mère Angélique, Saint-Cyran possédait comme elle cette autorité de tangage , cette tonte-puissance du geste et du regard qui déconcerte et subjugue toute résistance. Lemaistre arec looie sa fougue tremblait devant lui comme devant elle. Tremblait est bien le mot. Le jour Saint-Cyran devient direc- teur de Porl-Boyal, la terreur s'y installe avec lui. H. Sainte- Beuve le définit le directeur chrétien par excellence. Je ne puis souscrire h cet éloge. Le directeur chrétien par excellence," c'est l'auteur dn Discour$ sur la vie cachie et de la Préparation d la mort: c'est Bossuet. Yoilà le souverain docteur, le sAr méde- cin des Ames, le prêtre complet, h U fois sublime et simple, austère comme la vérité, fort comme la foi, tcudre comme l'a- monr. Saint-Cyran est sans cesse an delà du vrai, guindé sou- vent, toujours tendu et bandé. Il n'est pas sévère seulement, il est rigide, il est dur. Il ne voit guères dans l'homme que le péché, dans la religion que l'enfer. Angélique Arnauld elle-même, aa milieu de sa domination souveraine, se souvient qu'elle porte le nom de mère; M. Sainte-Beuve en cite un touchant exemple dans ses rapports avec la sœur cadette de Pascal ( I ). Saint-Cy- ran oublie que te directeur doit être un père; il se pose inexo- rablement en juge.

Je n'en veux d'antre exemple que celui de la sœur Marie- Claire Arnauld, rapporléavectantde complaisance par M. Sainte- Beuve. Elle avait écrit à Saint-Cyran la lettre la plus humiliée pour le supplier de se charger d'elle. Il est six mois sans lui ac- corder de l'entendre, malgré sa persévérance à l'implorer. Enfin, il la voit pour la première fois et lui dit tout d'abord ces paroles :

(l)f>ort-Jto|ia/,LU, p.W4

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42 POBT-MOt&L ,

* Je n'avais ni désir ni dessein de tous voir; mais étant à l'église, je me sais trouvé obligé de tous demander. Vous n'en avez obligation qu'à Dien. Eh bien ! que désires-rons? Je suis pour TOUS guérir. Montrez tos plaies.

( Je loue Dieu de tous voir revenir à lui en rérité. C'est une grAce de laquelle vous n'estimez pas assez la rareté ; de mille âme* il n'en revient pai une ( 1 )• Si vous fussiez morte, tous n'eus- siez pu prétendre grande part an ciel.

Anx premiers siècles, les pécheurs demandaienl avec une extrême humilité d'être reçus a la pénitence et s'estimaient in- dignes d'approcher senlement les prêtres. > O saint François de Sales, on êtes-TOus?

Assurément celui qui parlait ainsi connaissait bien les femmes. J'en demande pardon au lecteur, ces duretés de Saiut-Cy ran me rappellent malgré moi les conseils de ce roué de Lauzun, le mari de Mademoiselle, à son neveu Rion, qui fut ce que chacun sait. Hais de ce que la femme qui aime subilsans se lasser un tel langage, s'ensuit-it qu'il soit à louer dans un ministre de Celui qni fut si miséricordieux à la femme adultère ? Non en Térité. Que le sybarilismede notre siècle se prenne d*«ne stérile admi- ration pour ce qui perce d'énergie dans ces rudes accents d'un autre Age, à la bonne heure. Pour nous, chrétiens, nous n'ac- ceptons pas ces Apres hyperboles comme l'expression de la fm de l'Eglise. Permis ii M. Sainte-Beuve de dire que nous dégui- sons, oublions ou transformons le Christianisme. Nous deman- derons, nons, si c'est le ton de l'Evangile ou de Vlmitatum de Jéitu-Chritt.

Et puisque nous aToos prononcé le nom de Bossuet, de quel droit M. Sainle-BeuTe s'est-il cru permis de l'immoler à la gloire de Saiot-Cyran? H. Sainte-Beuve a-t-il lu les lettres de direc- tion de Bossuet? Je soupçonne que non. Autrement, il eàt parlé de Bossuet directeur aTec plus de justice. Notez que je n'invo- que pas les Méditalioni lur l'Ecangile el\es Elévaliom lur letMye- tirei, écrites pourtant pour des religieuses. Non ; je n'abuse pas a ce point de mes avantages, et Je sais M. Sainte-Beuve trop homme de goût pour ne pas donner les rares et sombres éclairs de Saint-Cyran pour la moitié de cette haute et sereine lumière. Mais, à ne prendre que les lettres de Bossuet à ses religieuses,

[I) AUlMn il l'fcrie : Sm- dumilttpréirei, pat n .' Ttrit bini k Mclilrc.

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PAH MIRTI-KBOTl.

fudle MaTeraine autorité t Et ea même temps qatàle maternelle ooudesceadance I Puis, je le dirai francbemeat, il n'est pas di- / (De d'na homme sérienx d'insiDner que l'ami de Montaosier a > été faible en présence des désordres de Louis XIV. 11 jr a peu de ^ Téritë il rappeler des paroles d'apparat échappées à la foi mo- \ ■arcbiqnederépoqae, suivantla reroarqoedeH. dcMaislre(l), \ ea ODblÎBDt le témoignage des contemporains, de Saint-Simon, ' par exemple, qoi font honneur à Bossuet d'avoir chassé M^"* de HoDtespao de la cosr. Je ne crois pas que Saint-Cyran eilt pactisé ■Tec la favorite, bien que M'°*de Guéméné et le cardinal de Retz, aoD amant iHeo connu, aient trouvé à Port-Boyat quelque indol- geDce (et le cardtoal, après tout, n'était pas Louis XIV). Mais^ ~ enfin, il y a bien quelque différence eatre un mot amer sur les rois, jeté daos l'oreille d'une religieuse h propos de la pénitence ' de David, et l'attitode de Bossuet frappant les derniers conps qui séparent nn antre David de Belhsabée. £t c'est pourlaot à l'occasicHi de ce mot de Saint-Cyran que M. Sainte-Beuve s'é- crie : « O Bossuet, que vous êtes faible devant Louis XIV !

En général, H. Sainte-Beuve D'est pas heureux qaatid cette grande figare de Bossuet se présente k sa pensée. Ne fail-il pas deloiquelqnepart nn homme à transactions, à tempéraments humains, un homme d'entre-deux , en un mot (l'auteur de Port' Jloy*/ le dit en toutes lettres), un yu((e-m»/i«u? Certes le prélat qui eooBeillait à Jacques II la tolérance civile u'édît point un caractère extrême, au esprit dur, impérieux, violent, comme oa Ta peint tant de fois. Oli t non. Bossuet tenait compte du bmi sens, qu'il nomme si lûen le mattre dei affaxrtt. Hais si l'on en- tend par juste>miljeu on homme qui biaise avec la vérité, qui looTiHe avec le devoir, rien ne ressemble moins k l'évéque de Heaoz. Qu'eussiez-vous fait, lui disait Louis XI Y, si j'eusse pris le parti de H. de Cambrai? Sire, j'aurais crié vingt fuis

(1) ■■ Salalc-BeoTe y ladile A pluitenn reprius. Ja me pertandt qu'il fcll oIIdiUm k 4l nn* eadrolu ■!«■ Oraitom/imiirtt , to moini nérleutM pooM de Bouuei. Qoaiid •■ K reporte au Icmp*, tout cela l'cipllque tr4»-biFD pnni odutalioD. I^ prestige du raag éaiX wion dan* louu ta Ibrce : ki mceuri c^iMlralra raluieul nue kil de Mi'lulnei for- ■aki onlairea qu'on ne wngeall pii A prendre A ta lettre el qui ne Unient point i «NadqaaMe. Let ehoie* oni-clla clungëen mieui? Que doit dire M. Sainie-Btrurfl penoaoeide >• coonaiiianec qui , aprèi avoir parlé \n Jivrëct républicaine), onl dit A la roi qoe IHta arait lieioin de l»i , el i une reine que la verlui de loa fiU Dpp:ia> vrlMilim It tUlt Cet gen»^ boBoiwcni le* tifiu^ dëdlcaioiret de PIcrn Conkdbr, S

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44 - t>OkT-kOYAL,

, pins haut. > Voil^ Bo«Da(, d'usé Tignear de caraetère égale h S son génie, parfailement exempt d'exagtJralion comme de mol- S lesse, mile et plein toujours, tendu jamais, sincère aurlout, S sincère à toute épreuve, même dans une maavaise cause, celle S dn gallicanisme, par eiemple, et le plus frappant modèle de cet ( équilibre qoi manqua tant il Port-Royal et à Pascal même. . Saint-Cyraa en parlicoiier en est à mille lieues. Il laisse tom- ber de loin en loin quelques paroles plus consolantes ; mais Ponclion, la tendresse coeur ne s'y laissent jamais entrevoir. Parle-t-il de la sainte Vierge, de celle dont l'Ecriture a dit que son nom seul est un parfum qui s'exbale (o^wm effunim nomen iuam): lepremiernmt qui lui vient, c'est que la grandeur de Ha. rie nf terrible. Pour moi, l'homme qni a dît cela est un homme r "^ogé.

Puis je ne saurais admettre la distinction de H. Sainte-Beuve cotre le Port-Royal de M. de Saint-Cyran, d'une droiture, sni> Tant lui, an-dessus du soopçon, et le Port-Royal plue habile, trop habile même, de Pascal et des temps postérieurs. Dès le dé- but la simplicité d'intention manque. On l'a vu dans les ambages de la correspondance avec Jansénins, dans lescircoolocntions des prenuères lettres à d'Andilly, dans la réserve étudiée qne Saint-Gyran garde avec lui d'abord et que nous retrouvons dans ses rapports avec la sœur Marie-Glaire ; car c'était lii pour le di- recteur une règle fondamentale de cnnduite. Il se peut, et pour ma part je n'en doute pas, qu'on soit allé toujours en eompli- quantce labyrinthe ; les circonstances poussaient i s'y enfoncer ^cbaqne jour plus avant. Huis, dès (e point de départ, la voie oMi- qne a été choisie.

Cependant à Diea ne plaise que je calomnie Saint-Cyran ! Il :^'""'pent y avoir en beanconp d'illusion en tont cela ; les hommes ^ . :sent sophistes envers eux-mêmes à un point à peine croyable. Jo suis loin de nier d'ailleurs les dons éminents qui étaienl en lui. <^ Son érudition théologique était grande, puissante même, comme ^ tonte force concentrée sur tin point donné. Mai.s l'empire V de cet homme était surtout dans sa profonde connaissance do ^ cœur humain et dans l'invincible énergie de sa volonté; c'est par la volonté qu'on règne sur tes Ames. Saint-Cyran guettait '^ longtemps sa proie. Son austérité naturelle captivait tout d'a- bord, car il y a dans l'austérité une force d'altractioa qui lui est propre, bien connue des âmes viriles qui apparaissent dans l^s*

PAR UU(Tlt-»jUIVfi. .4&

toîre Mtrc h Ijgqe et la Fronde. Quand il jagetil qa'one de ces ânMd'éliteéUUmArepourleJQug, sa vigueurlaleotectenve- - loppéeécUtaiUpoial. U laisuil UuoberdesseiiteuQes brûlantes, . 9b respirsit toute la terreur des jagements de Dieu, et il empor- Uild'asiBUt la place, t^'est ainsi qu'il atteignit au cœur d'AniIilty, . la mire Angélique, Umaistre, Arosuld le ducLeur, Saci ; c'est . ainsi qu'il enleva Lancelot à M. Boordoise et Singliu à saint Vin- cent (ta Paul.

Ici eouMence ane série de conversions outrées, depéuilcnres il feu et à sang, qui, pour un œil exercé, traliinsenL un prosély- limie de sectaire. On ne se borne pas en effet à faire de ces cou .vertis les plus rudes chrétiens qui se puissent voir; on les sé- qoestre, un les met sous le récipient. Averti par cet iusiiuci anpérieur de gouvernement qui ne trompe gucres, stimulé d'ail- leufs par les jaloiuea déaoBciations du Père Joseph, Bicbciieii bit eafeimer Seint-Cyran à Yincennes. Les solitaires de Port- Boyal sMt une première fois dispersés. Lemaistre se relire à Ferté-Hilen ; sons apercevons l'anneau par lequel Racine ticn- 4n Mjoarà PorUBoyal,

La captivité de Sai«t-Cyrao fut-elle méritée ? Oui, dans l'es- prit (flM époque ob le Pouvoir a'asauralt sans scrupule de tont taaBB dwt la liberté était un danger public. 11 ne s'agit pas aealemeat de rediweber ai Biehelieu théologien se vengeait on •M de la doctrine de du Vergrer sur Uconlrilinn, si Kichclicu -premier minietre avait pris plus ou mains d'ombrage de l'attitude ^'afEeetait Seiat-Cyran, refusaitt deeévéchés, se tenant â l'écart coone les oaéeoDteftts,et ae aortaat de sen £rano-iair« que pour approuver le mariage eoalracté par Gasion san» le consenLemeat eu Bei. Il s'agit de aaToir ai y malnteanttt que tw faits sont non- mis, on penl aaettrede oèlé, ^'one part, la correspondance avec JaMénius, de l'autre les témoignages aussi précis qu'irrécusa- Mes de Condrcn, générai de rOruloire, et de saint Vincent tic 9mv\. On aura beau, pour infirmer l'un, citer des causes do re- (iTMiHssement entre Condrcn «t Saint Cyran, ot faire ressortir, poor atlénuer l'autre, les divergences de direction et de carai:- ttev. Nul refroidissement, nulle divergente ne suflil ù f;iirc ( comprendre comment des hommes eonuiic le général do l'Orii- ^ kùrect le supérieur des Missions aurjiienl cru cnlemlre sortir de ) -latooebe do Saint-Cyran des paroles aussi signilicalivcs qii<! S cclles-ct: « Dieu m'a donné de geandes litmières} U ni"a fait '.

L . , Google

46 FORT-BOtAL,

« conpaîlre qae, depuis cinq à tixeenUatu,itn'if apht d'Eglùe...

Ce qui semble maintenant l'Egliien't$îpluê que de la bourbe; le Ht

< de cette ririère est encore le même, mais ce ne sont plos les

mêmes eaux... Calvin n'a pat mal fait tout ce qu'il a eiUreprii^ ' t mai» il» tit mai défendu (!)■ Ce langage est il clair? Et can-

ç(iit-on maintenaot que Bicliclieu ait rdpondn ii l'un des protec- teurs de Saint-Cyran : 11 est plus dangereux que dix armées ;

< si l'un se fàl également assuré de Lotber et de Calvin, des tor-

renls de sang n'eussent pas inondé la France et l'Allemagne t durant cinquante flos. >

Toulefuis, il n'appartenait qn'k Richeliea de deviner si jaste. Le Père de Condren et M. Vincent se taisaient encore, par res- pect pour d'anciennes liaisons et dans la confiance dn retonr de leur ami ii des sentiments meilleurs. Le chiFFre de ta correspon- ' dance avec Jansénius était demeuré impénétrable. D'Importants papiers avaient été brûlés à temps par le nevea de Saint-Cyran, l'abbé de Barcos. Bien ne put être juridiqnement établi, et la mort de Bicbelieu, l'indifférence théologiqne de Mazarin, la chaude amitié de Mathieu Holé, la faveur de Chavigny amenè- rent l'élargissement dn prisonnier. Ce fut on triomplie , mais il fut court; Saint-Cyran monrnt d'apoplexie le 1 1 octobre 1 84 S.

Jansénins l'avait devancé de trois ans, laissant pour testament théologiqne tout un in-folio, qu'il avait intitulé A^iguitinu». Ce li- Tre, que les adeptes comparaient si étrangement à la Vénus d'A- pelles, renouvelait au nom de saint Augustin les erreurs de Cal- Tin sur la prédestination, Calvin avait dit: Tout les commande-

menis de Dieu sont toajouT» au-dessus des forces du Juste. Jansénins disait: Certain» commandements de Dieu sont, m

certain» mom«n(«, inaccessibles à tous les efforts du Juste; la « Grâce qui pourrait les lui rendre praticables lui manque. * La nuance, comme on voit, est fort légère. La conséquence logique

, (!) Ced nepcal Un dI toirm^, niJaillBé.Cea mon aellKDtduuQDcleltreileuInlVlB- cant da KJolit ItHS. Qui croira que le Salai le» «Il loTealéi, ou que m lellrcctuSe par un pieux «véquc, AIkII}. edII apocnpbcî C'eU Lien la loucbe de Solal-Ciraa, quand bleu miaix celle comparalMo applfqwie A la dëcbÉRDce de l'ÉiillM oe K rtlrouTerull pa* ■. {un peu odoiirle, Il ni vml] dan* lei Inlerrogaioltei de VfncftiDe*. Jlrai plu» IoIb: Silnl-Cfron n'a paa cédé Ici i. un enlralnemeot de coaTenalloa , qui d'alUeura n'était pai dans m uaiure. Quand il n'cùl jomali dit cela , doiu terloni ïùn qu1l l'a penaé ; car J.iaién<ui e< SaJnl-Cyran c'csl lout un; cl, Mir la prtldnllaatlon.qu) pnil nlerrafflnlU de J.intéului arrc Cnliln? Une [elle afflolté len hNijoun de toole gnirtM pMT U (»• |lwlli]tie. :iaUo Bli^iMlfan dc peut l'tbKmdrf,

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PAh BilNtE-bBUVE. 4'7

de cette dootrine, c'est qne l'homme n'est pas mattre de ne point pécher, qn'il y a des Ames prédestinées «u mal et qne Je- tns-Ghrisl n'est point mort pour ces Âmes réprouvées, que le li- bre arbitre n'est qu'un mot vide de sens, d'où la conclusion que la Grâce est irrésistible ( I ) t

Jansénius enseignaittoates ces belles chose», c'est-à-dire qn'il faisait de Diea on tyran et de l'homme un mannequia. Hobbea' l'athée n'a pas an astre langage. A ce point de vue, le Jansé- nisme est horrible; il ne va, comme on voit, ii rien moins qn'h miner la notion du bien et du mal ; c'est le fatalisme en théolo* ..^ gie. A d'antres égards, c'est chose misérable. Jausénius vient' trop tard; il est à Calvin, déjà foudroyé, ce que les Ëusébiens ftireot il ArîDs, les Semipélagiens h Pelage ; sa doctrine est une taolologie perpétuelle ; elle vit d'équivoques et de faux-fuyants tins fin. Bossuet juge en trois mots l'hérésie et la secte, a Qui ne M ▼oit, dit-il, qae cette rigueur enfle la présomption, nourrit le V dédain, entretient nn chagrin snperbe et un esprit de fastueuse il singularité, fait paraître enfin l'Iilvangile excessif et le Chrislia- \\ nisme impossible?

VoilkDéaomoinspoar.quelle doctrine de Haurannemonrant ■ma la dialectique et l'érudition d'Arnauld.

La répulsion que souleva le Jansénisme fut prompte. Gène fut {Mflsealement affaire de tempérament, comme l'insinue H. Sainte- Beuve, i^ Trappe et la Grande-Chartreuse réclamèrent à l'envi eoraine les Jésuites. Bossnet,BoordaIone, l'abbé de Rancé, qui c Ba comptait point parmi les douœ, ne furent pas moins hostiles S m Jansénisme que Vincent de Paul et plus lard Fénelon. Ha- S Oùea Mole tni-méme vit le manque de franchise des nouveaux ^ sectaires et lenr retira son amitié.

'L'i4a;tisfi'A«t avait paru dorant la prison de Saint-Cyran, en 1640. Trois ans après, il eat pour écho en France le livre De la frifutmtê eoimnwflion (lisez : eonlre la fréquente communion) par Amaald. Quand on se trompe sur le mal, on doit errer sur le re- ■lède. Le Jansénisme comme le Prblestantigme calomniait l'hn- ■amté; il la faisait pins perverse qu'elle n'est en réalité:

(1) ItaM eMtc oonrte npoiltfon , J'ai r^tibll l'ctirbalacmciil IO|;lqaG dns idiic» ilc laa- ■Moi , HM m'aitreliHlrG h reproduire m* proposIliODi iUd> l'ordre nii clleii ani été Aé- ttttca aa Silnt'Slége el condoiunKeii H. Saialc-Beare recooaall qne Ir itremlère m ImUTS cipraprei lennei dam rAiigiittiKiii,ci lc*nulreaen tennei équivaûnii. L'aulorlu^dt (l^bïipwt, eehi ne nonrit faire aujrmnt'hnl qbciilon pourperMDu«. -'*

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48 PORT-ROYAL,

comme lo Protestantisme, il dcrait innover sur les lAofens do régénérer la nature dcchao , j'ai nommé les sacrements. en- core le Jansénisme, en Tait, n'est qu'un protesUntisiOe mitigé: il ^^''^ne nie pas les sacrements ; mais, ii force d'en rehausser la sain- teté, il les rend inaccessililcs, j'ai presque dit inutiles. Il se peut *:■-*■ 'qu'on fflbusût alors de la communion: mais s'armer de l'abus fontre l'usage, c'est un paralogisme bien vulgaire.

Cependant l'orage commençait ii f;ronder. Urbain VIII avait censuré l'hérésie présente, en renouvelantlesanathèmes de l'E- glise contre Baïus ; Jansénrus niéute étiiit expressément nomma dans la bulle du souverain Ponlire. Mais les Jansénistes, dit ^ M. Sainle-Bcuve, selon l'usage nous tes Terrons de toujours "^ savoir les internions des papes mieux qu'eni-mémes, sonte- ) naientqne la bulle avait clé en partie surprise au ^iat Père; ils faisaient grand bruit d'une certaine virgule qui, ajoutée ou omise, changeait le sens. Tout ceci, ajoute rhistorien, mais »rv tout l'indélermination de» point» condamnée dans Jansiniia, prêtait il l'évasion.

Pour en finir, Nicolas Cornet, syndic de la Faculté de Théolo-. gie de Paris, dénonça devant elle sept propositions qui résu- maienl, selon lui, tout VAuguslinu». Bientùt quatre-vingt-cinq-, évéques déférèrent a Rome ces propositions réduites à ciiiq. In- nocent X fit examiner l'afTaire par cinq cardinanx et treize théo- logiens. On ne peut nier, dit H. Sainte-Beuve , que ta qaeslioa fut approfondie. Enfin, après dix mois d'examen et onzeséancea présidées par le Pape en personne, le Pontife condamna les cinq propositions, le 19 mai 16^3. Le nouvel historien de Port-Royal contient que lei termei de la balle ne permettent pas de douter qu'ellen'attribueleserreurscondamDéesk Jansénius. Eteneffet qH'eât-il été besoin de celle longne information pour censti- rer desénormîtés aussi palpables? elàquoilePapeetlescardi* nanx ont-ils pu employer ces onze séances, si ce n'est à bien con- stater que les propositions dénoncées étaient dans VAugmtintuJ Le clergé de France adhère ii la bulle. Que font les Jansénis- tes? Ils y acquiescent ii leur tour, fors riionncnr de Janséniut ^ et sauf la doctrine de saint Augustin. L'nc fois dans cette voie '' double, s'écrie M. Sainte-Benve, le Jansénisme est perdu , et 11 V, le mérile.

Cette duplicité ne pouvait être acceptée par l'Eglise. Le Pape Alexandre VU avait confirmé dans une bulle aouvelle le sens

PAB UmTB-ieDVE. 49

antijansi^Diste de ta bulle d'Innocent X. L'assemblée du clergé ^ de France voulut coaper court aux restrictions mentales; il dû- ~^ créta que tous les ecclésiastiques du royaume déclareraient par écrit qu'ils condamnaient de eaur et de bouche les cinq proposi- tiODs conleDoes dans YAugwlxmu. C'est alors qo'Arnauld, pro- voqué ou non (il importe peu) par des vers latins débités, dit-un, au collège desJésuiles, imagina cette interminable logomacbie ' du fait et du droit, qui a tant ennuyé la France durant plusd'no ) siècle. Nousassistons à l'avBnt-scène des Prooincialci. i

J'en sais fâctié pour la mémoire du grand Arnauld, mais cette ebicane dernière était vraiment pitoyable. L'Eglise, disait Ar- nauld, peut bien déclarer telle proposition hérétique, c'est aoe question de droit, qui est de son domaine. Hais elle ne sau- rait dire que telle proposition est de tel auteur; c'est ici une question défait sur laquelle l'Eglise est iiicompélenle. En d'an- tres termes, l'Eglise a pu découvrir des hérésies dans Janséuius et les prusrrire ; mais elle n'a pas le droit d'en conduire qneJan* séniuB était hérétique.

Arnauld avait noyé celte thèse dans une volumineuse Lettre à m Pair de France (le duc de Liancourt), et, pour ne pas laisser le moindre doute sur sa rébellion à l'Eglise, il soutenait dans cette Lettre la première et la plus incruyable des propositions flétries dans Jansénius, l'impossibilité pratique de certains com- mandements de Dieu. Certes la Sorbonne se fùl émue h moins, et l'on n'a pas besoin des souvenirs de 18t5 pour comprendre qu'Arnauld ail se rétracter, ou voir rayer son nom de la liste des docteurs orthodoxes. M. Sainte-Beuve parait avoir de bon- nes raisons pour croire qu'il se mêla beaucoup de passion » la dé- cision de la Sorbonne. Hais les torts personnels des adversaires d'Aroauld, quels qu'ils aient pu être, ne sauraient changer quoi que ce soit à la question doctrinale. La position prise par lui n'é- tait pas tenable.

Port-Royal le sentit et Pascal fut poussé dans la lice. On n'a- vait rien à attendre des docteurs; il restait à faire prendre le change aux gens du monde. < Ce qu'il fallait uniquement, re- marque très-bien l'auleur de Porl-Rot/ai, c'était de répandre dans le public une espèce de factura net et court, ou l'on fit voir que, dans ces disputes, il ne s'agissait de rien d'important et de sérieux, mois seulement d'une question de mots et d'une pure chienne. > Pascal, homme du monde et le seul écrivain qu'ail «u --'

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5U posT-noriL,

ce parti, y réusiît de prime-saut, et tnyf bien, œéroe pour ses amis. «Dès le premier mot, on Ta senti, dit excellemment U. Sainte-Beuye, l'enjouement a snccédé au sérieux, jusque-là de convenance et de rigueur en ces questions. C'est le ton cava- lier, indifft^rent, mondain, qui a le dessus. En tout cela, Pascal, le premier do dedans, ourre la porte à la raillerie; c'est-ii-dire qo'il introduit l'ennemi dans la place, d'oii il ne sortira plus... k force de tner du coup ta Sorbonne, Pascal tua à jamais, ii sa fa- «OD, le doctenr de Sorbonne par excellence, son illustre ami en ^personne, Antoine Arnanld. S'il ne le tua pas (]u même coup, il le fit Tieillir en un an de quarante... Le» Prtpineialeê avaient pour bol de créer an parti d'indifférenls favorlbles. Mereedtm suam receperunt.,. Ces Jansénistes amatenrs allaient bientât r«- .dire, non plus tout h fait comme Pascal k la fin de sa troisième Provinciale : « Ce sont des disputes de théologiens, et non pas de théologie, > mais par u n léger changement qui ne leur en parais- sait )Mis nn : « Ce sont des disputes de théologiens et de théolo- gie. ■ On substituait par mégardc la particule ; cela simplifiait. .. Qu'sjouteraisge à ces paroles? Il y a longtemps que Voltaire (j'en citerais un autres! j'en connaissais on moins suspect du crime de jésuitisme) a dit que le livre portait à fsux , en rendant les Jésuites solidaires d'une foule de propositions, les unes dénatu- rées par l'isolemenl oii un les place de ce qui précède on de ce '^qni suit, les autres tirées de livres déjà anciens, la plupart étran- gers à la France, profondément ignorés et partant, dit ironique- ment Joseph de Haistre, infiniment dangereux. Le fameax ar- gument qui attribue ces propositions h la Société entièra, parce qu'elle oe les a pas empêchées de paraître, n'irait à rien moins qn'à déclarer hérétiques tous tes évâques qui se sont laissé sur- prendre l'approbation de livres oii il s'eet glissé des erreurs ; et le nombre en serait grand.

Il y a longtemps aussi qu'on trouve les petitet letlrti nopés longuettes, et que H'°' de Grignan écrivait: «Ehl mais c'est toujours la même chose ! Que sera-ce aujourd'hui que le sujet a vieilli quelque peu, ii faut bien l'avouer? L'Université aura beau exiger la lecture des Provinciales comme condition préala- ble du baccalauréat: cen'est pas la moins dirficile à remplir des ■nndilions du programme.

Que dire enfin du peu de sincérité de ces lettres? Je ne parle plus des citations, c|aeje n'ai pas plnsvériOées qne Pascal Ini-

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PAR SAniTE-BEOrB. 51

même. Je parle de l'aplomb arec lequel il déclare , dès sa pre- mière lettre, n'avoir encore trouvé personne qui ait vudansJan- léniiis ce qn'y a tu l'Église, tout en protestant qu'il veut vivre et mourir dam la communion du Pape^ hor» de laquelle il n'y a pai de fo/ul. Ceqni ne l'empécliera pas de soutenir qae le Pape a frappé dans Jansénius la vraie doclHne de saint Augustin et de saint Paul, et de finir par ce cri de révolte : Si me» letlres toni condam- niet à Roir«, cequeftj eondamne est condamné dam le ciel.

Arrêtons-nous. Qu'avons-nous vu dans cet ftge d'or du jansé- / nisme? Tliéolngiquonienl^ une tentative rétrograde, un véritable / aaachrooisme, nne contre-épreuve assez pauvre de la prédesti- ) nation de Calvin; nulle conr.eplion originale, même dans Ar- (, nauld ; la mntilalion dn dogme, l'esagéralinn de la morale évan- S gélique; une double insulte à la bonté de Dieu comme à sa '^ justice et a la liberté humaine. Moralement, cabale, duplicité, un ) orgueil prodigieux, nn esprit de subtilités et de chicanes qui \ passe toute idée; enfin nne préparation à Bayle et à Voltaire que ) Doos entendons ricaner dans le lointain. Cela fait trembler I Car ? enfin il y avait des Ames bien nées, des cœurs généreux, des / Tolootés fortes et dévouées, de la science, de la vertu ; il y avait / même un homme de ^énie. Vous tous, qui que vous soyez, venez et voyez ce que l'esprit de secte a fait de tout cela.

Nous ne prenons pas congé de Port-Royal, et, s'il nous est per- mis de finir cet article comme finisseal les deux volumes que BOUS venons de parcourir, nou* ne le quiitonepai.

Ta. FoissET.

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DE LA CERTITUDE ÉVANGÉLIQDE

CONSIDÉRÉE

DANS SES BiPPORTS AVEC L'HISTOIRE (I).

«hanp qo'offlr* le programme de la cbiîrt d'hutotre uo- dero* Mt Immente. Mon seolenietil il est impossible de le pir- eoarir en bdo seale année , mais encore oa j troo? «mit *b suiet d*'étDdn presque iodëûnies. Tootefbis, U place qu'oeeape oet enseigaement, ï l'issae des étndes aoolaires et à l'eatrée des nooTelles générations dans le monde , lait an devoir an pro- fessenr de ne traiter, parmi les bisloires parlicalières, que celles qni se Heot ïBtimementaux faits d*nn ordre général, et de faire prédominer dans ses leçons les coniidéra lions qui pcnreat eoB- tribner h former le Jagement et h éclairer k conseieDGe dans la coadnlie de la vie. C'est prindpalemenl un tel bot que je ne suis proposé dans le cours des trois précédentes années, oit j'ai cherché à éclairer la conscience du citoyen, cl h placer les de- voirs du sitoyea dais le cercle des devoirs à la Toia plus étendus et plus stricts de l'homme etda chrétien. Ce but fut présent à ma pensée dès que je commençai à m'occuper de l'hislojre mo- derne. En retraçant l'aclioii politique du catholicisme dans les XI*, XII" et XIII' siècles, jp montrais le développement du christianisme a une de ses périodes les plus importantes et les minns comprises; et même, en Tnisant voir ce que fut la renaii- fanes de l'Église romaine au XI* siècle, je n'ai pu m'empéeher d'indiquer ce qu'elle avait été aux premiers temps de sa grao-

(l) Le mnrcna qa'oa va IIm m k ranima de U leçon par laquelle U. Ch. LenornuBt (HiTrrt cène oonée le Conra d'HIiluIre noderne 1 1* Faciilu! dn lellrra. On a nwdIBë qudiiaei eiprcMlon* : duIi le plan el rinlrnlioa de cet eipoHÏ oni été OdéJi.-BKnl mala-

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L'iVAM^tE BT l'aUTQUE. ^

dtHT, Mih#1m Mint Uon «t le» wiot Grégoire, et dam'pppro- cfaer pu du berceaa du cbristianUmc et de la sofiîëté mor derae.

Aprit avoir touché récemaent le terme qu'il est perniii d'at- UiaAn dau oq cours d'une publicité illimitée y aprïaaToir eoo- duit l'étude de notre blatoire jusqu'à la mort de Louis X(V, je ne voi» amené aaturellemeat à reprendre sous une nouvelle totme des reçbercbes et des considérations que je n'ai pu qu'im- pariaitemeat aborder dans le premier essai de mes forces. Une réiisîoa générale de l'histoire moderne m'est derefiae nécea- Mire, afin de donner à tant d'étodes diverses l'harmonie, l'unité désirables. Sur beaucoup de points essentiels, sur les pins es- seatiela de tous, mes incertitudes ont cessé : les principes qifi ■w dirigent ont pris on caractère de fixité qu'ils ne perdront plus, je l'espère. Il ne s'agit point de me lancer dans un monde ineoBnu : navigateur plus expérimenté, Je retonrae à des ri- vpgcs que j'ai déjà vi«tés et sur lesquels je Tondrais jeter les bodeoients d'un établissement durable.

Je dojs maintenant déterminer le point initial de dos recber- ab«e. Oit et par oik commencer l'étude des temps modernes? La n^wretion par dates entre l'histoire ancienne et l'histoire BMtlIrrtr «st tont à lait arbitraire. Adoptera-t-oo l'iavaiîoo d^ larberM mt lenrs premiers établissements fixes? Nommera-tn» TfcéadorJB, Attila* Oovis ou Charlemagne? Tant qu'où restera daaa l'ordre des faits matériels, on ne trouvera rien qui s«- lirfew t'écrit et fixe les idées.

C'est donc aux notions de l'ordre intellectocl qo'il faut #'#• 4nmari c'est Tapparition de l'esprit des sociétés inpdiira«s qu'il bat signaler dans l'ordre des faits.

U 7 a d«Dx ebwes qui distingnent essentiellemeDt les no- damei dce ancieBs ; je les nomme non selon lenr importanet, nafe •«bM l'ordre dans lequel elles se sont produites : c'eat la jtMilM, «otreipeBt dit la erili^; c'est eosnite U morale iWitpf-

Aristota «at, en an sens, le premier des nodernes- Théo- pbr*ate, Hipparque et Archimède ont appliqué ses idées, selon Tesprit qui les avait conçues. Rassembler toutes les connais- IMw«a hamaioes en on faisceau, former par conséquent la fWpîir* •ocyek4>édie, ériger la méthode en loi, créer l'autorité i$ i'MVé^wM» procéder dp copm» à ce qui fte TMt |(oh4i

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54 l'Atakcile et l'histoire.

substitoer ainsi an édifice puremenl hnmain h loaleB les concep- tions dnns lesqaclles l'homnie paraissait obéir à ane impulsion Bornaturelte, telle est l'entreprise qu'Aristole a tentée, qne 6a< liléé, Bacon et Descartes ont reprise dans les temps iDodernes, et à laquelle l'esprit humain doit certainement l'énorme pois- tance malénellc dont il est en possession aojourd'bai.

Toutefois, il est impossible de commencer ii Aristote l'étode des temps modernes, [.a solution de conliouité qui existe entre l'entreprise du pliilosupbe de Stagire et sa continuation par Galilée est immense. Nous ne possédons atec quelqoe suite l'histoire de la portion de rbnmanité dont nous sommes un des rameaux, que ponr environ deux mille cinq cents ans, et sur cet espace de temps l'interruption que j'indique n'absorbe pas moins de dix-huit siècles. Entre l'effort prématuré d'Aristote et sa re- prise se placent la décadence de la société grecque et le monde romain tout entier. Après l'encyclopédiste grec, l'encyclopé-

'disCe romain est Pline l'Ancien; la superstition, la déclamatioD, l'obscurité ont succédé à la liberté d'esprit, h l'ordre, à la clarté, à la puissance la plus merTeillense de conception et d'exposi- tion. La pensée d'Aristote n*a, pour ainsi dire, trouvé ni écho ni appui dnns la société au milieu de laquelle elles'étaît produite. Il ne sufitsait pas qu'Aristole n'eût tenu aucun compte de l'ido- lAtrie de la noture; cette idolâtrie devait être anïTerselleaient déracinée, pour que le sol bamain reçût et fécondât In semence BcienliBque.

Aristote s'était confié aux seules forces de l'esprit, et son en- treprise avait été frappée de stérilité dans ses conséquences; il en restait une plus haute à accomplir : il fallait purifier et diri- ger la conscience.

Le christianisme a accompli cette immense révolaHon. Il ne ■'agit pas ici de ce que Socrate a tenté, de ce que Platon a ex- primé dans le plus beau et le plus ingénieux de tons les langages.

'Nous partons de l'œuvre féconde à laquelle moins de deux siè- cles ont sufQ pour pénétrer dans tontes les classes, chez tons

' les peuples , et pour offrir, par te sacrifice volontaire d'innom- brables témoins, le spectacle d'une régénération complète de

' l'espèce humaine. Un trésor qui s'amassait goutte h goutte entn les mains d'une petite nation méprisée par le reste du genre hu- main, trésor presque tari et renversé à plusieurs reprises, 4flr

- fient toBt h coop , et en verto d'nne înterreolion que miim ne

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L*irAN61LE ET L'HISTOIRK. 5S

ctnetérisons pai encore, on Oeave immense et inépoisable. Le lol détrempé déjà par la parole de Socrale el de Platon, est ce- Inique le fleuve nouveau fertilise avec le plus de promptitude et de soccës. Dès le premier jour de son existeuce, la société chré tienne est la société looderDe. Le principe, la furmatioa, le dé- Tel(^peiDent de cette société , tel est le sujet que nous ue crai' gDOns pas d'aborder aujourd'hui.

Je Tais immédiatement au devant de l'objection qni se pré- tente. L'étude du christianisme n'appartient pas proprement ti* l'histoire. Si on réduit le fait chrétien à des proportions histori- ques, on le dépouille de sa grandeur, on l'altère, on le profane. Si on le montre au conlraïre entouré de son auréole divine, on' inbslltue l'autorité théulogtque à la stricto méthode d'învesliga-' tion dont nous ne devons pas nous départir. '

Le remide à ce double inconvénient doit être dans le respect du sojet, et dans la connaissance des véritables droits de l'his- toire.

Si j'étais capable un seul instant d'oublier la grandeur soove- raiae des origines de notre religion , si je partageais le dédain de Taotiquité païenne on du paganisme moderne pour cette asso- ùatioD d'artisans et de pécheurs qui s'agitait dans un coin ob- scur de la Judée, l'immensité des conséquences viendrait aussi- Idt m'avertir de mou eireur. Mais comment apprécier au vrai des événements si faibles dans leur source, si prodigieux par Icnrs résultats ? D'un autre côté, je ne puis, sans manquer aux' conditions de la science, insérer le Nouveau Teitamenl dans le corps de l'histoire universelle, comme un texte ordinaire. Les miracles m'entonrent de tontes parts, les lois cominuoes de la nature sont renversées ; une corrélation s'établit entre des faits Bcrveilleux et des prophéties qui ne le sont pas moins. L'émo- Ikn que j'éprouve m'avertit que ma raison ne sera pas le seul jnge du combat qui va s'établir dans mon &nie.

Bien, il est vrai , n'est plus facile que d'asseoir le terrain sur lequel se placeoiles faits évangéliques. Si l'un observe les cir- constances exlérieores, jamais plus de condtlions de crédibilité ■'ont été réunies. Le lieu est parfaitement déGnî ; la géographie, rktstoire politique, tes mœurs, les prescriptions lé^'ales sont dan* l'accord le pins désirable : ceux qui, à part les miracles,' aat prétenda trouver àesmvrai$emblanea dans l'Évangile, s'ils il éviter le r^roobe de prévention, ne peuvent échapper

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i8 l'Atamcils et l'hutoiu.

k celui d'igaorinoe. Il ne s'agit pis de ces hiu qui se perdent dans la nuit des siècles fabuleux j tout est lumière autour da berceau de Jésus-Christ : jamais, à une autre époque , l'esprit humaîB n'arait donne l'exemple d'une plus haute culture. Nous possédolts de ce temps des monameots ianombrables, et la plus riche tradition de témoignages littéraires l'a aniv i sans interrop-

. tioo. Nous irtNiTOns, en un mot, la réunion de tout ce qui rend impossible la rormation d'une mythologie j et , au milieu de ces circonstances, rien, comme vesUge vraiment appréciable, qu'une parole proférée par noe voix douce et simple, que de fidèles disciples ont recueillie, qu'ils ont propagée par le monde avec une promptitude, un succès indicibles, dont ils ont scellé la sin- cérité par le martyre. Du reste, pas une pièce originale, pas no monument figuré, pas une médaille, pas une lettre (1), pas un document tout è fait contemporain. Le Christ n'a point écrit : les apAtres n'ont écrit qu'après sa disparition ; l'émotion du peu- ple, l'ardeur des partisans, In foreur des ennemis, tout s'est agité dans des proportions restreintes et sur un Ihé&lre peu impor- tant aux yeux des maîtres dn monde. Au milieu des populations si nombreuses et si diverses de l'empire romain, dans le tu- multe des amphithéâtres et des places publiques, il se passait obaqne jour des révolutions qui pouvaient sembler pins dignes de remarque. II aurait fallu , pour démêler l'importance fonda- mentale de tels événements, ou au moins pour en comprendre la singularité, un magistrat romain ou un voyageur grec d'un esprit supérieur. Strabon a traverser la Judée cinquante-qua - tre ans avant la Passion de Jésus-Christ, Juvénal a commandé eu Egypte environ cinquante ans plus tard. Pliilon, le plus éclairé

~ des Juifs contemporains, plus Agé d'au moins quinze ans que Jé- sus-Christ, et qui, qnoi qu'on ait dit, Qt le voyage de PalesUne pour sacrifier dans le temple, n'a pu rester indifférent k l'é- motion que la prédication et la mort du Christ causèrent dans la Judée. Il aurait pu parler, il ne l'a pas voulu : au moins ne trooTOn*4ious , dans ceux de ses écrits que nous possédons, aucun témoignage qui puisse s'appliquer avec certitude à la noaveile doctrine on à son auteur. Considérez d'ailleurs qnell« était la condition de la Judée, province non procoosulaire,

(I) Tmeaunl ermi rmbenltdM 4e U nmâfoniÊmee aitn Ab§m, ni itiénm, MJéMt-CtvlM; mil la «itaie erlilqne ii*> point partis^ ion oplaloB.

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l'IVamiu et L'oiSToni. M

kl dont l'admialstratloo ne pouvait donner lieu k dei diuu»* lions publique» dans le Si!nat. Terlullien a préleodu , uns élté^^^-f ' démenU par les adversaires du christiaDlsme, que Ponce-Pi**' laie avait adressé un rapport h Tibère sur les ëvétiements dont il avait consenti à n'âtre que le téoBoin, et que, sur ce récit, Tibère avait eu au moment rinteotioD de mettre Jésus au rang des dieux. L'intention est dirflclle ï admettre, le rapport l'eat ^/ beaucoup moins; mais, lîmanée d'une province étrangère ad '~' eonlrâle do Sénat, adressée & un prince soupçonneux, enfaitifi sans doute dans les archives de Caprée, cette pièce n'a pu lais* ser presque aucune trace dans l'histoire.

Cest en vain que notre active curiosité cherche un aliment )t ses investigations. Quel prix n'attacberioDs-nous pas i une alln- ûon dédaigneuse, il on récit satirique, comme celui queJuvé^ nal Doos a laissé de la guerre d'Ombos et de Teotjris I S'il était resté une pierre de Jérusalem, nous retrouverions sur cett0 pierre peut-être une injure adressée à Jésus, comme le cri de vic- toire des habitante de Poihpéi contre ceux de Lucerla dani l'amphîthéfttre de la première de ces villes. Pour que tout dis* parikt, jusqu'au moindre vestige, il a fallu des désastres et une dispersion comme l'histoire d'aucune ville, d'aucun peuple, n'en offre un second exemple.

Les témoignages postérieurs ne nous oITrent rien de plus SA-^^.^" tisfaisant. Josèphe s'est abstenu, comme Pbilon, de parler de Je* ' sas-Christ. Ce qu'on lui a fait dire est le résultat évident d'une interpolation. Suétone, Tacite lui-même confondent les ehrétlenk et les juifs dans une réprobation commune. Il faut que plus d'ud siècle se soit écoulé depuis la naissance de Jésus-Christ pour qu'on magistrat romain , Plioe-le-Jeune, s'eoquière avec quel- que soin des chrétiens, de leurs mœurs, de leurs doctrines, et ce magistral si éclairé, si modéré, agissant au nom du princit le plus vertueux de l'antiquité, considère la profession seule dd christianisme comme un crime digne de mort I Certainement la difficulté contre laquelle je lutte est extraordinaire, peut-être nniqne dans le monde. Jamais un ne trouvera un second exemple de tant de vérité dans les circonstances extérieures avec tant d'obstacles k la démonstration matérielle des événements.

Coufondo par cette impuissante recherche, l'esprit se re- trouve en face de l'Évangile. Si la vanité de nos premiers efTorti ne oons a pas éclairés, deuxiflMiuc^ients nous attendent; In-

58 L'kVlNQILE ET L'HISTOIKK.

convénients d'une extrême gravité, et qui se retroarent dans quelques-uns des écrivains qui se sont proposé t'bistoire évan- gélique pour objet de leurs études.

Si Je ne craignais d'introduire dans le plus grave de tons les sujets une expression qui a plus de propriété que de noblesse, je désignerais par le nom de commérage le premier des défauta doutla critique s'est rendue coupable. J'appelle commérage ^^^^^^''^cette disposition vulgaire à s'immiscer dans tes détails du récit, à peser les parnles au poids d'une convenance toute moderne, r- ' h disséquer les événements^ les discours, comme on instruirait un procès sur des faits qui se seraient passés Iiier au milieu de Dous, disposition il la fuis étroite et liautaine, peu difrérenle de celle qu'on retrouve cbez les défenseurs des modernes, dans la querelle littéraire qui a si stérilement agité les esprits au com- mencement du \ VII1« siècle. Ce défaut me frappe surtout dans le dernier critique qui, rcucliérissant sur les outrages que la dignité de l'Èvangilc avait déjà subis de la part des prétendus rationalittet de rAllemagne, semble, par la bassesse de ses insi- nuations et le fiel de ses invectives , avoir ambitionné le râle de v Ttiersile dans la plus auguste des épopées.

Le même théologien^ qui n'a pas craint de s'associer comme ud témoin malveillant à des récits d'une si simple et si adorable gran- deur, s'est mis en contradiction avec lui-même, eu traitant d'illu- sions et de fables les événements dont il s'était plu à déligurer le caractère. Semblable à ces bérésiarques des premiers siècles qu'on appela doréta , parce qu'ils prélendaient que le corps du Christ n'avait clé qu'une apparence, et qu'eu apparence aussi / le Cbrist avait souffert, le ihéoloijien de Tubiugiie n'a plus voulu 7 voir dans l'IDvangile qn'uii produit de l'imagination , un roman \ qui réalisait sous une forme individuelle les idées dominanles S de l'époque. Prétention plus étrange encore que la première , ^ et que suflîraitpourdémentir, malgré l'appareil de fausse science dont elle se couvre, le caractère du récit qui nous a fait connaî- tre les faits immédiatement postérieurs à Tbistoire évaiigélique ! Car enGn, jamais m^moirM fuient ils écrits avec plus decatme et de précision que les .\cles des Apôlres, et quelle nuance pour- riez-vons di'ii<èlcr entre le Inu de saint Luc , évangélisle , et le ton du même saint Luc, secrétaire et confident de l'apâtre des Gentils? iissi, rien ne frappe plus . vivement un esprit juste que la

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L'iTAitaiLR kT L'flisTortte, &i

tiaKlé êêtkn^ûe de t'EvanglIe, eirabseocô d'enilioustasme du lapart de ceux qui l'ont licritesluoc gaiatillc plus que sutti-^ unie contre toute espèce de prestige. J'entends ici par enthoa- jiBtnw celte disposition d'one imagination échaufTéequi confond ' les illusions des sens avec les conceptions de l'esprit. Bien que ducno des évangéllstes ait sa physionomie particatière, on trooTC cela de commnn entre eox qa'ancun n'afTecte l'entlion- sjasme, on ne prétend b des effets sarnaturels. Le récit de chaque miracKs est, chez enx, le produit sincère de la foi. Ce sont des témoins et rien de pins : témoins si nus qu'on ne peut douter de lenr véracité, si étrangers k l'art de la parole qu'on ne considérera pas nn seul instant lenr simplicité comme supposée on afTeclée, et qui rapportent des choses et des discours telle- ment purs, tellement grands, tellement parfaits, qu'il n'existe aucun moyen de faire la part de leors préjugés et de leur igno- rance. Qaand on a longtemps envisagé les Ggures évangéliques dans cet aspect de simplicité, de vérité et de lumière, il est im- possible qu'un certain reflet ne s'en reporte pas sur l'observa- teur.

Jamais rien n'a sollicité de l'intelligence i la fois tant de doci- lité et de pénétration. En présence de ces témoignages, une in-' lelligence vulgaire s'émousse, une intelligence orgueilleuse se tronble et s'obscnrcit. L'intelligence évidemment ne sufSl pad ; ' il font rassembler toutes les ressources de l'âme , conscience, amonr dn vrai et dn beau, pour pénétrer dans le sanctnaire ; ou pintdt, comme nn humble catéchumène, on s'arrête sur le seuil. La science ne peut Ici rien démontrer, rien rejeter. L'histoire évingéliqne a quelque chose d'absolu, d'inévitable, d'augnsie, comme tes mystères qn'elle renferme. Plus j'ai réfléchi hcescon- étions prodigieuses de l'histoire évangéliqne , plus j'ai reconnu dairement l'effet d'nne volonté providentielle.

Yous voyez donc en quel sens la critique doit tenir compte de TEvangile, et sor quelle base reposent les faits qu'il faat admettre, dès avant que le christianisme ne descende dans l'histoire. Hais, me direz-voas, la croyance que vous m'impo- sez est-elle donc s) facile? La raison humaine, éprouvée par l'examen, perfectionnée par la méthode, ne répugoe-t-elle pas ï admettre des assertions dont on loi interdit le contrôle ? J'a- Toneque ce serait une prétention vaine, que de vouloir qu'on ct4t il rEvanglle de la m£me manière qu'on croit h César OQ à

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eO L'ÈVANfiiLE ET L'HISTOIBR.

Aiesaadre. Mais cette préteatioD, ponvez-TOUS en accuser l'B- ^-=^^li9e ? La preuve qu'elle n*a pas considéré la croyance à l'Evan- gile comme un acte ordinaire de la raison, c'est qu'elle a fait de --■=^afoi la première des vertus. Or il n'y a nulle vertu à croire qu'A- _,^exandre a gagné la bataille d'Arbelles.

L'histoire, quand il s'agit de la discussion des faits évaugéli- ques en eux-mêmes, perd donc toute refficacité de ses moyens d'investigation. Mais les faits évangéliques, par leurs consé- quences, n'en réclament pas moins la fui implicite de l'historien. 1 Si VOQS les amoindrissez, si vous les dénaturez, si vous en révo- quez la réalité en doute, l'ensemble de l'histoire moderue perd 1 évidemment toute sigoiQcation; les événements u'ont plus ui ' lien, ni causes, ni enchaînement; l'hislorien n'est plus que l'observateur confus des évolutions incohérentes du hasard.

C'est en vain que l'Iùstorien placé en dehors de la foi chrétienne s'enveloppe dans un faralisme dogmatique : le cbristianisme, qu'on ne peol plus désormais ranger parmi les causes dont l'ex- leDsioo est limitée, le christianisme, qui embrasse le globe, se présente devant lui avec le cortège de ses conquêtes. Quelle si- tuation que d'être réduit ii traiter de mensonge le principe dé- sormais incontestable de ce que nous sommes et de ce que nous deviendrons 1 Quand le fameux évéque d'Avranches rassemblait les matériaux de sa DémonHralion ictmgéliguej quand Bossaet développait la Suiit de la religion, ils étaient loin, ces illustres confesseurs de la foi, de s'imagîuer que le monde entier fiit si près d'être soumis à l'empire de l'Ëvangile. Le XVIII* siècle aussi, dans son point de vue hostile, se flattait d'un plus égal partage dans la répartition des systèmes religieux. Le christia- niuDe, il est vrai, avait envahi l'Occident et conquis l'Amérique; mais , tandis que les divisions en minaient la base, l'islamisme, qui l'avait chassé de son berceau, le bouddhisme, régnant en des lieux qui n'en avaient jamois connu l'empire, le brahma- nisme, vieux débris des plus antiques croyances, la morale de Confucius érigée en culte public dans la contrée la plus peuplée de l'univers, tout cela démontrait aux yens du philosophe la va- nité des opinions humaines en matière de religion. Aussi, dès lors, c'était un devoir pour lui de s'élever au-dessus des préju'- gés traditionnels, jusqu'il une conception domioant tous les dogmes et toules les superstitions de l'univers. Et voici qu'en ujuins d'un siècle la loi religieuse qn'od croyait désormais coo-

l'âvangilb et l'histoire. 61

tenue dans cerlatoes limiles, et croulant même aux lieax oii elle aTsit régne, s'est saisie de la part du monde qui jusque-là s'é- tait montrée rebelle à sut) ascendant. La vie manque h l'isla^ misme : il va tomber comme puissance pulilique; privé de ce prestige, il succombera pliis tard comme foi. Tous les bralimane» obéisseot à des chrétiens j les contrées bouddhiques sont déplus en plus resserrées par les envahissements de deux puissances earopéeunes, et ta Chine, demeurée jusqu'ici puUtiquemeul im- pénétrable, vient de subir la loi d'un vainqueur qui obéît lui- même s l'Évangile. Laissez s'écouler une génération , peut-être deux générations encore, et il n'y aura plus sous le soleil de dis- sidents à l'Évangile parmi les populalious indépendantes.

Vainement aussi ceux que devrait frapper un tel spectacle résistent- ils à raaturité des fuils, dans IVspérance de voir le christianisme lui-même s'affaisser ou se transformer soit en un culte nouveau soit en un pur déisme. Nous avons assisté ii trop de semblables tenlalives, nous en avons mesuré trop facilement la durée, nous en avons pu trop bien apprécier la faiblesse, et j'o- serais dire le ridicule, pour que nous puissions croire à un tel ébranlement du chiislianîsiue. Plus nous avançons, au contraire, et plus la quesllon parait se poser neUement. L'esprit humain a cessé de connftitre ces copitulalions déplorables au moyen des- quelles on n'aJmeLtail les croyances religieuses que dans une ccrtaioe proportion. Dès que nous co imiençons ii croire, la né- cessité du dogme et de la soumission nous frappe. En face du 'V christianisme, il n'y a plus que la négatiou j aujourd'hui toute af- / firmatîon est chrétienne.

Je ne prétends donc aucunement dissimuler l'esprit dans le- quel sera conçue cette appréciation des bases de la société moderne. Je mets l'expérience hisluriqne et la critique perfec- tionnée que nous possédons aujourdhui au service d'une con- viction que je permets de considérer cumme préalable. Si je crois à l'efficacité de l'inslruiiient, j'en connais aussi la portée. Je m'arréle comme hisloiien devant ce que je ne puis discuter ^ et je constate la vérité fondamentale des choses par la certitude de leurs effets.

Je n'ignore pas qu'en ni'exprimant ainsi je m'expose h ee

qu'on dise de moi que j'ai renoncé à l'indépendance de mon es-' prit. Il est vrai , si je voulais conserver la bonne grice de tout le monde, j'éprouverais un cruel embarra». Le» convicU<HH~

A

li L'ATjtNfirLB ET L'aiSTOHlB.

auxquelles j'ai arfaire sont exigeantes , bien que lenr pro- ^gramme soil d'une exécnlion dirficilejon me permet de respecter la religion, a la condition que je garderai toute mon indépendance. Je ne puis dissimuler, néanmoins, que mon respect, ou, pour parler plus oetlement, mon acquiescementàla religion m'enlive une partie de cette indépendance. Sur ce point, je ne veux pas me soustraire au lilAme d'opinions dont je dois tenir compte, quand ce ne serait que pour les avoir longtemps partagées. J'a- joute que je conserve à ces opinions une assez vive reconnais- sance, puisque c'est à elles , après Dieu , que je dois le choix libre et réQécbi que j'ai fait. Je suis loin d'ailleurs d'abjurer la raison humaine. Jamais je n'ai été plus disposé à en admirer les privilèges , que depuis que j'ai cessé de douter de son origine et de sa nature immortelles. Il me paraîtrait insensé de défendre l'indépendance d'une faculté qui serait le produit d'organes périssables : en ce sens , j'ai acquis la notion de l'indépendance de l'âme.

Hais admettre après cela que cette raison indépendante soit, dans cette vie, la plus favorablement placée pour pénétrer toutes les causes et atteindre toutes les ventés, ne me condamnez, Messieurs , ni à celle absurdité, ni à cette audace.

Un grand physicien se livrait en ma présence à des expériences sublimes sur une science qu'il a fondée, l'électricité dynamique. Cependant l'effet ue répondait pas à sa démonstration : c'est qu'il avait oublié d'abaisser la soupape qui isolait son appareil da mouvement de la terre. Dans la recherche de la vérité mé- taphysique ou plutdt hyper physique, surnaturelle, nous ne possé- derons jamais cette précieuse soupape. Ne nous y trompons pas, la chimère de l'indépendance abso- ., lue de la pensée est le dernier fort dans lequel se maintient la . dernière illusion d'un établissement purement humain de la jus- lice et de la vérité sur la terre. Je ne m'occupe pas de ceux qui, dans un secret accord avec leurs passions, redoutent de croire, parce qu'ils voient le joug de la discipline au bout de toute croyance. Je ne m'adresse ici qu'à ces âmes vraiment honnêtes et pures, qui se sont prises d'une passion désespérée pour le dé- sert qui les entoure. L'oiseau se débat sous la machine pneuma- tique, il redemande à la fuis l'air et la vie; mais les âmes dont je parle préféreraient la mort que donne le vide à une existence qu'elles ne pourraient accepter sans faire l'aveu de leur propre

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l'Avancue st l'hibtoikb. 6!I

bîblesK. C'eat que l'orgueil les mèDc à leur insa , c'est que le rAle de Titans lea flatte, c'eat qu'elles se croient reines dans leur isolement, comme l'aigle daus son aire. Quanta moi, j'ai sincè- rement renoncé à ma part de royauté. Je Buis soldat, je suisou-'^ Trier; puissé-je mourir à mon poste, après avoir sérieusem«ul_ travaillé et loyalement combattu!

Je n'ai pu parler aujourd'hui que de l'esprit qui animera le cours de cette année: on verra plus tard la marche que je doin spirre. Je le dis sincèrement et du fond de l'Ame , si j'offre une garantie dans un si grave sujet, c'est par le sentiment profond qoej'aidcmon insuffisance. Ce sentiment seul dans ce siùcle est un progrès. 11 guérit de la légèreté arec laquelle on adopte les jugements iudividuelsj il oblige à remonter à lu source, à discuter les témoignages; il rend fécond ponrles générations noorelles ce trésor de recherches et de convictions que le passé du christianisme nous a légué. Quand on est entré dans cette voie, on sent disparaître l'isolement dans lequel vivent les es- prits de notre époque. Le problème n'est point nouveau : les doutes qui nous assiègent ont aussi tonrmenlé nos pères ; il n'y a rien d'inaolile, ni dans les objections, ni dans la contrariété des doctrines ; seulement, autrefois le faisceau des traditions et l'harmouie de la défense constituaient une force que nous aroos laissé se désorganiser : nous en sommes tcdus h ce degré d'ou- bli, que c'est être neuf que d'exhumer le passé. Les archives de la religion sont à mes yeux les monuments de la conscience hu- maine : savoir y puiser, c'est tout ce que je voudrais, c'est plus que je n'espère. L'abnégation personnelle que j'apporte à cette Ucbe empêchera du moins que mes efforts ne soient tout ii fait inutiles.

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SDK

MÉLANGES POSTHUMES

DE M. iOUFPROY.

Nous Tonlioas rendre compte li nos lectean âes FragrnmU pkilaM^hiqaes que H. le marquis de Câvour vient de publier, et donner quelqaes passages de ce livre remarqaable autant par la solidité des principes que par la clarté des pensées et la pré- cision philosophique de l'expression , lorsque l'auteur a bien todIu nous communiquer quelques rctlexions qui lui ont été suggérées |>ar les débats engagés récemment ït l'occasion de U. JoD^roy.

Nous regrettons de ne pouToir accepter dans toute son éten- due le point de Tne oit l'écrivain s'est placé pour juger cette af- faire qui a eu un si grand releatisscment dans la presse; mais la nature des faits étalilis nous paratt se refuser à son indulgente interprétation et jusliGer au moius un bltme sévère.

Nous n'en acceptons pas moins avec reconnaissance et em- pressement cette communication, qui, formant un tout complet, donnera mieux l'idée du genre de l'auteur que ne l'auraient pu faire des passages détachés. Aucun de ceux que nons aurions pa citer n'anrait porté k ce degré l'empreinte de cette haute impar- tialité philosophique, de ce calme de la pensée, de cette modé- ration ou plntAt de cette bienveillance chrétienne dans la ma- nière d'apprécier les hommes et de juger les choses, qui le caractérisent. M. le marquis de Cavour a bien tooIu nous pro- mettre sa collaboration pour le recueil que nous publions , et nous aimons à regarder comme un engagement formel k cet égard , et pour ainsi dire comme nne prise de possession, luorceaa qu'on va lire.

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MBUItSKS POSTHtllIBS DB lOUFFROT. 6ft

M. de CflToar est Italien; od sait combien est forte et sagace U nature italienne bien dirigée. La philosophie compte aujour- d'hui en Italie plusieurs hommes ëmioents. M. de Cavour se rattache particulièrement à l'ëcole dont l'abbé Itosmini peut être coQsidëré comme le chef, ou du moins comme l'écrivain le pins important. Ses Fragments philosophiquet se partagent entre l'ex- position de ta doctrine métaphysique de ce dernier philoso- phe et la critique des principaux systèmes qui l'ont précédée. S nous n'avertissions nos lecteurs que l'auteur «'est pas Fran-- çais, ils ne reconnaitraient jamais un étranger dans ce style nmple, naturel et animé tout à la fois , et dans celte phrase qui semble fiimitîarisée à toutes les délicatesses de notre langue.

Les discussions pleines d'amertume que l'on a soulevées ré- cemment à l'occasion d'un recueil posthume de quelques écrits de H. Jouffroy sont fécondes en enseignements importants.

Mous n'agiterons point ici la question de savoir si M. Damiron avait ou non le droit de modifier plus ou moins certaines eipres- sions échappées k la plume de son ami, et que celui ci n'avait point vouées à la publicité. C'est une question d'honneur et de conscience dont la solution' exigerait une connaissance com- plète de la nature des rapports intimes qui unissaient les deux écrivains. H. Damiron était d'ailleurs le juge naturel et immé- diat de cette question. Nous aimons à croire qu'il avait réelle- ment le droit, dont il a usé, de donner à l'œuvre de Jouffroy la forme sous laquelle celui-ci, s'il eàt vécu, l'eût lui-même pré- sentée au public.

Mais en abandonnant cet aspect de la question, nous dési- rons appeler l'attention sur des principes de la plus haute im- portance, qui se rattachent immédiatement h un sujet d'un inté- rêt si vif.

H. Jouffroy est un homme assez remarquable pour que l'ap- préciation de son caractère et de ses travaux mérite de devenir l'objet d'une étude sérieuse et concicncicuse. Elève de celle Ecole normale dont l'enseignement exerce taut d'influence sur les étndes philosophiques en France , cet écrivain résume et re-

es NSLAN6U rOBTHOMU

présente les tendances d'une foale d'hommes qni, sans être aotai distingués que lui, participent à ses opinions et jugent les choses de son point de vue.

Ce qu'il 7 a surtout de Tort grave, c'est que les hommes dont nous parlons sont pour la plupart occupés aux importantes fonc- tions de l'enseignement. Chargés d'iasirgire la jeunesse fran- çaise, ils exercent sur de tendres intelligences cette puissante intluence qu'obtient toujours l'enseignement de dos premiers maîtres. Leurs qualités comme leurs défauts ont ainsi une grave portée ; ils agissent puissamment par sur les destinées de leur belle patrie.

Doué de facultés intellectuelles qui le plaçaient dans les pre- miers rangs de cette classe de nos contemporains, Jouffroy se laissa peul-étre Lrop distraire de la science par les préoccupa- tions de la politique. Sa gloire y perdra beaucoup dans l'avenir ; nous croyons que son bonheur aussi en a beaucoup souffert.

Au reste, cela lui est commun avec nn grand nombre d'esprits de notre époque, qui ont consumé dans les luttes d'un intérêt momentané et transitoire, des efforts capables d'illustrer leur nom par des œuvres d'un intérêt permanent.

Jouffroy a professé avec distinction le droit naturel, et son " cours sur cette matière a été publié. On y trouve des observa- tions sages et profondes ; on y remarque une grande lucidité de pensées et d'expressions. Hais ce qui empêchera toujours cet ouvrage d'acquérir une haute valeur scientifique, c'est que le professeur y confesse nettement son ignorance au sujet du point fondamental de la science, c'est-à-dire sur le principe même et l'esseDce du droit naturel.

Quels sont les rapports de ce droit avec la volonté divine, et avec tes attributs immuables de l'Être dont tonte justicfrémanet C'est ce que la science, telle que la conçoit Jouffroy, ne peut en- core déterminer.

Pour nous qui croyons que ce point est capital , nous voyons, dans le cours de Jouffroy une belle préface à la science du dnnt naturel. Nous ne saurions y voir rien de plus.

Ainsi aucun grand monument intellectuel ne signalera à la postérité la mémoire d'un homme qni avait en Loi l'étoffe néces- saire pour élre un grand philosophe.

Outre ce cours de droit naturel, on a de lui des préfaces fort bien écrites snr la philosophie écossaise, et des Mélanges pbilo>

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U lOPFnOT. £7

M^Aïqnes formes de morceaai de pea d'étendue. De pardls tnvaoi proaveDt ce qoe cet homme diatingaé aarait po Taire; ils n'ajoutent guère aux richesses scientifiques de la nouvelle, ^cole pbilosi^hiqae.

Dans les dernières années de la Bestauration, Jouffrojr, sous nnBuence des passions haineuses qui fermentaient avec tant de TÎolence, écrivit un article impie intilnlé : Comment le* dogme* fmutnx. 11 l'inséra dans le premier volume de ses Milanget, qu'il ' poblia de son vivant. Dans cet article, rédigé avec nu talent dé- plorable, il prédisait ouvertement la ruine prochaine duchris-'^ tiaoisme, et semblait se complaire dans cette prophétie.

Depuis, ses opinions se sont beaucoup modifiées. II était de- venu bîea moins hostile a la doctrine de l'Evangile, et s'en était rapproché sensiblement, La foi, dans laquelle avaient été nour* ries ses jeones années, ne lui avait point été rendue; mais au moins il sentait le vide profond que l'absence de cette foi laissait dans son Ame , et ce vide il avait la candeur de l'avouer fran-

II est de nos jours bien des incrédules qui, ii l'aide de mots so- nores el de phrases pompeuses, cherchent à se faire illusion sur ce qu'il reste toujours d'incomplet dans les doctrines philoso- phiques hostiles 11 la révélation. Jouffroy avait dans l'Ame une qaalité qui l'élève bien au-dessus d'eut : il était loyal et sincère ; ' il arouait franchement le vide qu'il éprouvait.

En TÙitant les papiers qu'il a laissés k sa mort, on a trouvé dea Aerits qui présentent une révélation curieuse sur l'état de son Inae. Un choix parmi ces papiers a été fait par H. Damiron, et il en est résulté un nouveau volume qui a para récemment.

Cette publication nous parait trèa-prnpre ii fixer l'attention snr la utare des rapports entre le principe de la fui et celui de lln- teWeenee.

Cette question, Irien ancienne et bien agitée dans les siècles !t, a néanmoins aujourd'hui encore un intérêt de circon- ). Nous n'en voolons d'autre preuve que la discnssiou même toalevée par la publication dont nous venons de parler. I^s vrais principes des écoles catholiques sur cette matière impor- tante DOas paraissent avoir été laissés dans l'oubli au milieu de Il polémique acerbe qui a en lieu. Ces principes néanmoins sont iCmmt aiaplicité et d'une clarté qui devraient les faire adopter avec la.p|ns grande facilité. Ce n'est après tout que le bon sens

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6B UËLAHGES POSTHUMES

chrétien neUement formulé et réduit k upe ligueur scieDtiOqne.

Nous allons les résumer aussi brièvemeot qu'il nous se» pMr tible.

Le prince de l'école chrétienne , l'illustre saint Thomai d'A.- quin, reconnaît daus la raison humaine un élément absolu et impersonnel, un principe que, pour employer le langage de It 'philosophie moderae, nous appellerons esseutiollementotyecUf. Cet jélément il le nomme nalurale lumen inteilectût, la luntècv ''uaturelle de Tiotelligence. Il le proclame d'origine divine. C'tui 4 ses yeux une participation, bieu incomplète sans doute, aux splendeurs de la sagesse éternelle ; une sorte de reBet de la lu- mière du Verbe incréé.

L'action de cet élément subjugue entièrement riotelligeooa, et par elle l'âme tout entière. Aucune révolte n'est possible, ni même conceTabie, contre cette action toute-puissante. L'isw qui la subit est daus cet état que le langage humain eiprine ea disant qu'elle est sous l'empire de l'évidence. Les vérités iiir dentés sont donc absolues, irrésistibles, irréfragables : l'hoftr me qui les affirme eiécole, en quelque sorte passivemeut, oa décret positif de Dieu, qni est lui-même la vérité substantielle.

En seeond lien, le chrétien a reçu au sein de l'Eglise un eor seignement qui lui a appris un certain nombre de vérités que If raison humaine livrée à ses seules ressources u'eAt jamais pu dé- couvrir. Ces vérités ne sont point évidentes, «i ce sens que Mw mière naturelle de l'intelligence ne les manifeste pas arec «ne iDtorilé irréfragable à tons les hommes. Pour les croire, il bot, d'un cAté, un enseignement convenable^ et de l'autre, use djapo- sition particulière et individuelle, une disposition sutyectivti suivant le langage moderne. Cette disposition spéciale te Bomme la foi. C'est un don deDieu,qui n'a point été accordé, nue fou poBT toutes et en masse, h tous les hommes, mais qae chaoun veçoH séparément, et peut même ne jamais obtenir.

Ce nouvel ordre de vérités constitue ce que nona Bommony spécialement la doctrine révélée. HAtons-noua de dire que^M ew véritéa ne sont pas évidentes dans le sens le plus absolu de root, elles sont timtefiùs hautement raisonnables. Par eelaaeri qu'ellessont vraies, il est contradictoire et absurde de sappoitt un instant qu'elles puissent contredire l'évidence, ou être oostr»- dites par elle. La pensée humaine se refuse k coDceroir U poeal^ bilité de deux vérités coutradietoires.

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DB JOt'FFKOV. 69

l(ais aussi, poisqae la foi est qn don d.e Dien, et doit garder ee caractère tant que l'bamanité subira sa carrière actaelle d'û- prenre , il est contradictoire de supposer que les Térilés de la foi puissent être pleinement démontrées par aa raisonnement bumain.

ClierchoDs maintenant des applications pratiques k ces princi- pes d'une rigoureuse Tërïté.

NoDs, chrétiens , nous savons que la doctrine qui nous a été révélée est vraie. Nous savons donc aussi que jamais ta raison ne poDira établir d'objection réellement évidente contre une ^ seule des vérités qui forment et coosliluenl cette doctrine. THuas / ddclarooB haulemeiit et dpn'ori, comme l'a fait le dernier concile / (énéral de Latran , que toute objection spécieuse que la science > iionrrait sottlever contre la vérité révélée, est soiuble par la raison '^i (Mtnrelle } car si la raison a eu la force d'apercevoir la difficulté, V

"^elle doit aussi avoir celle de la faire disparaître. De plus, nous ^ déclarons encore que les raisonneurs les plus subtils ne pourront

^jamais relever nne seule contradiction réelle et sérieuse entre deux points de la doctrine chrétienne, ou entre nne vérité de foi

"el nne vérité évidente.

Non-seulement l'eipérience de dix-huit siècles de luttes in- cessantes contre d'innombrables sophistes nous donne cette confiance, mais notre foi elle-même nous llospire, et lui fournit na soutien bien plus ferme que le simple empirisme.

Ainsi, BOUS qui somines attachés du plus profond de notre ccenràla doctrine chrélienne, nona ne craignons pas de dire: Que l'on nous signale contre le christianisme une seule objcc- tiOB réellement évidente, que l'on nous montre au sein de sa duo- trioe une seule contradiction bien établie, et nous sommes prêts k renoDCer à notre foi.

En parlant ainsi nous risquons rien, nODS le savons parfai- lemeat. Noos imitons l'iBuocenta ironie du prophète Elle, lors- qo'il promettait de sacriGer h Baal si ce dieu imaginaire pon- Tait Caire descendre le feu du ciel sur les sacrifices qu'on loi avait préparés.

Mais, après avoir témoigné cette confiance réelle dans la valeur ' absolue de nos moyens de défense contre les attaques de nos ) adversaires, ne craignosapas d'avouer qu'en nous trouvant en - face des incrédules, nous sentons parfaitement l'impuissance ra- ^ ^imle ^e la fvole bamaine poqr engendrer chez eux l'cnilvre '^

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70 UELANGES POSTHL'HBS

coDTÎctioD que noire Ame voudrait communiquer k In leur. C'est qu'il entre dans l'économie profondément sage des desseins de la Providence, que la parole purement humaine, admirable io- strumeot pour communiquer la science, ne puisse pas i elle seule communiquer aussi la foi.

La foi est la preuve des choses naturellement cachées; elle ne saurait se transformer en science saus cesser d'être ce qu'elle / est. Saint Thomas en conclut qu'il est ridicule de vouloir prou- ? ver par des moyens purement philosophiques ce que nous ne C savons qu'en vertu de la révélation. II avertit ses successeurs qu'en tentant cet effort stérile ils prêteront le flanc anx attaques malveillantes des détracteurs de la foi, qui montreront la fai- blesse de celte tentative, et croiront en tirer on argument con- tre le christianisme lui-même.

On a plus d'une fois perdu de vue cet avertissement salutaire, el toujours on s'en est mal trouvé. Ainsi, pour nous borner à un seul exemple déjà signalé par le profond penseur du XIII" siè- / cle, on a voulu établir par des preuves philosophiques la non- / éternilé de la matière, vérité que nous croyons sur l'autorité de . , la Bible. Ces e^orts bien intentionnés ont tout k fait manqué, et s, on a heurlé par contre recueil si sagement signalé.

Par une autre erreur non moins dangereuse, d'autres nova- teurs, qui ne croyaient pas l'être , n'ont cru pouvoir établir le règne de la foi que sur les ruines de l'intelligence. Au lieu de déclarer contradictoire et absurde la seule supposilion d'une opposition directe entre tes enseignements de la vraie foi' et le principe de l'intelligence, on a fait bon marché de ce principe dont l'école de saint Thomas reconnaissait le caractère divin et absolu. Quelques écrivains ecclésiastiques, étrangement abusés, ont l'resque semblé se complaire dans ta supposition dont non» proclamons hautement l'absurdité. Ils ont cru que, dans cette / étrange hypothèse, l'homme ferait à Dieu un sacrifice d'autant plus méritoire qu'il lui sacrifierait ce qu'il y a de pins élevé en } lui, son intelligence mÂme. Ils avaient oublié que l'intelligence ') n'appartient pas à l'homme, etqu'il ne saurait l'abdiquer sans se '^ ravaler au niveau de la brute.

H. de \ji Mcnnais a commencé par soutenir cette étrange doctrine : on sali il en est aujourd'hni. Nous ne nommerons point d'autres seclaleurs de cette opinion, haolement attenta- toire 0 In dignité de l'intelligence bumslae; mais noascroyoM

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bK JOVPPROY. 7(

qaegbiCDtnvolonlaifeineDtsansdoule, ils ont fait un rrai malit la cause ucrée qu'ils Toalaient servir.

Passons maintenaDt à un autre prÏDcipe, non moins important dans la question qui nous occupe.

C'est une Térité irréfragable que Dien veut le salut de toas les hommes. L'erreur de cens qui ont voulu soutenir ta doctrine de la réprobation absolue ou de la prédcslinalion au mal a ton- jours été repoDEsée par l'Hglisc comme no horrible blasphème, attentatoire à la bonté divine.

Si donc tous les hommes , sans en eicepter ceux élevés faors i de toute influence chrélienoc, ont le moyen d'éviter le péché et , la perte qui en est la suite, il faut nécessairement qu'il y ait pour . les païens anciens et modernes une route qui puisse les conduire à l'accomplissement de leur destinée. Il faut qu'une pareille rente soit ouverte devant ceux qui de nos jours ont reçu inno- cemment et sans crime de leur part Tinoculation des germes délétères de l'incréduhté.

L'existence de celte route est expressément reconnue par saint Thomas ; mais il se borne à l'indiquer fort brièvement. L'homme qui n'a point reçu la faveur d'une naissance et d'une éducation chrétiennes n'est, dil-i), moralement responsable d'aucnn de ses actes, jusqu'à ce que sa raison , suffisamment développée, lui présente la considération du but final et dernier de la vie et des actions de l'bomme, A ce moment solennel, s'il néglige volontairement de disposer son cœur de manière u re~ - chercher ce but suprême, il se rend gravement coupable ; il se ' ■onille réellement d'un crime volontaire aux yeux de Dien; il est ' désormais le véritable auteur de sa perte.

Si, au contraire, il fait tout ce qui est en lui pour se disposer k tendre au but final de sa destinée, alors certainement il recevr* nn secours positif de la grice divine qui relèvera au-dessus de Ini-mème et lui ouvrira la voie du salut.

Tel est l'enseignement plein de sagesse de celui que l'admira» tion des écoles chrétiennes nomma le docteur angélique. Cet mseignement est sans doute fort concis sur ce point; mais nont croyons ne faire que développer et commenter la pensée de ce grand homme, en disant qu'il nous montre, par ce peu de paro- les, comment la philosophie doit conduire Ji la religion vérita- ble une ftme pure et honnête.

Ce passage important que, pour parler le langage des écoles

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7} HBLANGES i-OSTHIJllES

cbrétieones, nous appellerons la Iraosition de l'ordre de la na- ture il l'ordre de la grâce, s'opère par ud procédé de l'intelli- gence dans lequel nous pouvons noter trois moments principaux de la pensée.

D'abord la philosophie, par ses ressources propres et légiti- mes, arrive à se poser le grand problème de la destinée humai- ne, à en recopaaitre la capitale importance, et à tout subordon- ner à ce but principal.

En second lieu, la philosophie, après des efforts impuissants, arrive à reconnaître (lu'clle ne peut qu'entrevoir et ébaucher une solution fort iucomplèle de ce grand problème ; que ce qu'elle peut affirmer a cet égard ne suflit pus aux besoins du cœur; et qu'elle semble condamnée à ignorer ce qu'il lui importe le pins de savoir, ce qui a une importance que rien ne saurait cgalcr.

Enfin, le troisième moment de la pensée est celui oii l'Ame pore et honnête reconnaît nitïvemcnt et simpleiuenl son impuis- sance, et, s'humilîant devant son Créateur, le prie de lui accor-* der ce qui lui manque, une connaissance positive et assurée de •a destinée.

Alors, nous, chrétiens, nous afOrmons et déclarons que la prière attirera infailliblejncnt In grAce de la foi sur celui qui la demande. Au point de vue de la simple philosophie noua n'au- rions pas le droit de parler avec tant d'assurance; mais la doc- trine qui nous a été révélée nous a appris l'effet infaillible d'une prière offerte avec humilité devant le trône de l'Eternel.

Pour en revenir maintenant à l'écrivain distingué qui nous a inspiré les réOcKinns précédentes, nous dirons que, de ces trois moments de la pensée humaine, l'esprit de -'ouffroy a parcouru complètement les deui premiers, et que l'ouvrage récemment publié offre la matière d'une étude fort intéressante ii ce sujet.

Qu'il nous serait doux de penser que celte intelligence si ri- chement douée de dons naturels, a aussi franchi le troisième et plus important des degrés que nous venons de signaler ! Que nous. aimerions il savoir que celte Ame, nourrie dans sa jeunesse des vérités chrétiennes , s'est ressouvenue des miséricordes qui lui avaient été annoncées, et que, quand la main glacée delà mort s'appesantissait sur sa périssable enveloppe, elle a pu former en- core une de ces humbles prières qui auraient sufli pour lui ou- Trir la porte du ciel!

Mais c'est encore un secret impénétrable. Non; n'en trou-

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Tons malhenreaiement ancane trace dans ce qni a été livrij h U publicité des œDvres de Jonffroy. Par cela même, il est plas cn- rieaz d'étudier chez lui les impressions d'un esprit doué d'émi- neutes facultés, qui n'a franchi que les deui premiers degrés de l'échelle intellecLaelle qui conduit au vrai bien.

JonfFroy possédait un esprit noblement doué par la nature. ^ SoD intelligence était puissante, sa pensée ferme et précise, son / éloCDtîon singulièrement lucide. De plus, il porte dans ses ou- / vrages un caractère de candeor et de sincérité qui commande / l'intérêt du leclear. On sent qu'il se livre tout entier dons ses k écrits; on ne le surprend jamais gardant une-arrière pensée, AiQte d'oser l> produire; et souvent, après l'avoir lu, on éprouve envers lui quelque chose de ce sentiment que vous inspire un ami qni toos confie, dans le charme d'un entretien intime, le secret de ses émotions les plus profondes.

Cest ce caractère de ses écrits qui rend particnlièrcment re- marquable l'expression de ses sentiments sur l'importance du problème de ta destinée humaine. Jouffroy, après une enfance chrétienne et une édncatiou religieuse, avait ressenti l'influence délétère de l'atmosphère dans laquelle il avait été appelé k vivre. Il était devenu complètement incrédule. Mais il avait le bon esprit de sentir que par cette métamorphose il avait penJa toute direction positive et assurée pour la conduite de sa vie, et il avait la candeur d'en convenir ouvertement.

Déjà, dans ses premiers Mélanges, il avait publié une leçon < ■or le grand problème de la destinée bamaine, qui est empreinte ) d*nne mélancolie haute et solennelle. Cette leçon nous parait un ^

despins beaux morceaux de prose philosophique de la langue française. Elle restera comme un monument précieux qui ré- sume admirablement ce que doit éprouver tout incrédule resté bonnéle homme , qni se voit forcé de s'avouer qu'il ne sait plus ni oh il va, ni d'oh il vient, ni le sort qui l'attend après la mort, ai même si la vie dont il jouit est un bien ou un mal.

Dans les Mélanges posthumes qoi viennent d'être publiés, JoufFroy pousse pins loin sa touchante confession. Il y peint avec nne naïveté attachante l'amertume de ses doutes, le vague de ses pensées, l'incertitude de sa marche.

Nous nous croyons en droit d'assnrerque cette histoire intime d'une conscience est aussi de nos jours celle d'une foule d'bom- mes élevés d'une manière analogue. 11 y a peu de jours, an nn-

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74 MÉLAKflES PûgTRVuES

oîen ami , ud ancien camarade de Jouffroy, k qui la Providence ~'a accordé un sort bien meillear, charmait et remuait jusqu'au fond des cœurs un Dombrenx auditoire, en racontant, lai aussi, 'deaoncdté, uoe portion de l'histoire de ses pensées. Il disait comment il avait passé par cette phase amère du doute et de l'incertitude absolue, pour en sortir par un retour entier et sin- cère à lafoi chrétienne.

H. l'abbé Bamain,qne nous venons ded<!signer, a retrouTéle repos, le calme et le bonheur dans ce retour à la vérité éter- nelle : le malheureux louffroy a dil fournir sa oarriSre mortelle an milieu de l'amertume du doute et des misères d'une igno- rance bien sentie sur ce qu'il jugeait si bien être le premier des intérêts de l'homme.

Qu'il était en effet malheureux, cet homme doué d'un si beau talent, peut-être d'un vrai génie, et qui se savait ignorer ce que les simples pâtres de ses montagnes chéries du Jura savent par- faitement, quand ils ont assisté aux instructîoos de leur curél Jou^roy avait consacré les plus belles années de sa vie à un tra- vail intellectuel, constant et opini&tre; il y avait employé des facultés émioentes, et il ne savait plus ce que sait parfaitement le moindre des chrétiens ; il ne savait plus que la vraie destinée de l'homme, la seule digne de lui, la seule qui puisse assouvir sop insatiable désir de connaître, d'aimer et de jouir, c'est d'arriver à voir un jour son Dieu face il face.

Quand l'insuffisance de la philosophie est proclamée par nn ap&lre zélé de l'Evangile, comme U. l'abbé Bautain, l'îocrédulç peut se déâer de ses expressions ; mais quand un homme tel quç Jouffroy proclame avec candeur cette insuffisance , quand il livre à ses contemporains le secret de ses douleurs et de ses doutes cuisants, il n'y a pas lieu de concevoir une pareille méfiance.

Quant il nous , la c<HifessioD de Jouffn^ nous a profondémeqt ému ; elle nous a montré dans nn nouveau jour l'iniuffisance d'une philosophie qui veut briser avec toute révélation j elle nous a amené à compatir profondément au cruel dénOimeiit qu'elle révèle.

Mais en même temps nous déclarons que , tout en plaignant sincèrement Jouffroy, nous admirons vivement le talent remar^ quable dont il fuit preuve, et nous estimons hautement la sinc^ rite doixt ses œuvres portent le cachet.

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DE lOUFFBOT. 7*

Ce qni lui manqaait, c'était la foi. Mais la fui est une fa- Tenr céleste. Il aurait certainemeot prier Dieu de faire cesser ses doutes. Mais il était par lui-même impuissant à s'en délivrer; les études les plus concieucieuses, les efforts les plus constants ne pouTaient rien pour cela. Loin de nous la pensive de le blAmer de la candeur de ses aveux. Nous tenons, au coa- Iraire, à en prendre acte , à les constater et a les signaler à nos lecteurs. Ceux d'entre eux qui ont le bonheur d'avoir une foi solide pourront par mieux appiécier encore la grandeur de ce bienfait. Quant à ceux qui auraient le malheur de ne pas croire , nous ferons un appel à leur honneur, et nous leur de> manderons s'ils croient pouvoir avancer plus que ne l'a fait Jonffroy la solution du grand problème de la destinée humaine. cet esprit si distingué , ce travailleur infatigable , cette intel- ligence lucide a si complètement échoué, croira-t-on encore qa'nne réussite est chose facile à espérer?

A ceux qui avoueront sincèrement leur impuissance, nous de- manderons encore si, dans celte position, il est bieii rationnel de se livrer à un sombre déconragement, à un morne désespoir, eo renonçant à résoudre- h tout jamais ee problème capital. M'est-il pas pins naturel de s'humilier naïvement devant le Dieu de vérité, en loi demandant aide et secours pour sortir de l'in- cerlilade? Ad nom de ce même Dieu, nous n'hésitons pas frlenr promettre qu'une prière humble et sincère les tirera de cet étatpitoyable d'incertitude et de doute dont des siècles d'étude ne suffiraient pas à les faire sortir.

Marquis Gustavk pe Catodi.

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ÉTUDES ADMINISTRATIVES.

DE L'ËTAT ET PE L'ADMINISTRATION DES FINANCES

EN FRANCE

mniê LOOM XIV iusQo'i l'êpoode actdellg.

leolw lea bnaehM de rudmintstratioa en Frince, celle des iMHea est, uu contredit, celle qui a fait le plus de progrèi et if§i préeenta aajoard'bDÎ l'orgaDiMtiuii la plus régulière et te tableau le plu Batîafaiiaat. Notre aystime de conpUbîlilë, eB IHTtloaliw, a reçB depuis TÎn^-cinq années de tels perfecUtni- ■eneats que (et peuples étraagen rétudientaojoBrd'hui coflune no46te, et qu'il offre, » peu de cboies près, les garaolies dési- ■^es poar la geetioD des revenna de l'Etat et la conserTalim 4e ta ttûtua» publique. Il 7 a danc imprudence et injustice dam lesattaques passionnées par lesquelles on bat en brècbe i'adai-* nistratîoD, tontes les fnis que l'éclat de quelque scandale admi- nistratif Qieite b juste titre TtadigutioD générale. Sans doute notre système financier réclame encore bien des améliorations et des réforines: les administrateurs les plus éminents en con- viennent eui-mémes. Ainsi M. d'Audiffret dans son ÂytrAne^non- eier de la France, M. de Honlctoux dans le remarquable ouvrage qu'il a publié sur la Comptabilité^ snnt les premiers â signaler, arec l'autorité de leur expérience et de leurs lumières , les plus im- portantes de ces améliorations et de ces réfurmes. Mais leur ac- complissement toucbe à tant et il de si graves questions, il remue tant d'intérêts, qu'il ne peut être que l'œuvre de la prudence et du temps. La plupart même de ces améliorations tiennent au pro- grès de la science financière, et ne peuvent s'effectuer qu'autant t'opinioa publique, plus éclairée qu'elle ne l'est aujourd'hui

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inan «PviNWTkATivRs, 11

lor Iw prÎBctpea ^t oelte wieDae , sarv mûre et prépur poar lear réalisattOQ. Les oraget pt les difflcglUl inscUëes par U qafNtton do rec«DHmeat, les débita soaodalsDx de l'affoire ,HoDrdequip ne prouvent qoe trop rigooraoce générale oii l'on eit encore ep Fraafla s«r toat ce qui touche anx matière* flnao- cières et administratiTea, et les périlleux iDconTéatenla de cetU ignorance. Il y a donc atilité Ji appeler l'attention du public sur l'organiulioD de notre syttème administratif, pour lui eu faira apprécier les aventagas et ponr le préparer à eu comprendre f t h en «ccaeillir les rérormes.

L'organisatian première de ce système remonte de fait h 89, piaitilasabibien des transformations arant d'arriver à l'état ob il •« trouve atfjoord'hni. En outre, il se rattache par une foule de liens et de rapports au système des administrations antériea- ree, dont la plupart des principes et des règlements revirent, sons diverses transformations, dans l'admiqiatration muderne. On voit donc que, pour en comprendre l'esprit et pour en en* brauer le mécanisme, il ne suffit pas d'étudier son orgaoisatioB actuelle, il faut de plus l'étudier dans ses précédents : c'est ea qui fera peut-être attacher quelque prix an tableau rapide daqt lequel nous allons essayer de tracer un aperçu de l'état da l'administration financière en France depuis Louis XIV jnaqu'k Km jours.

il n'est pas rare de trouver des gens, même iaslruita d* notre histoire, qui s'imagioent pourtant que la science admini- atrative et financière date de 89 , et que aoa anciennes admioi' atrftUona ne présentaient qu'ignorance et désordre, La silaoca inooqceTabla de laplopart de nos historiens sur l'organiiatiop ia« MrieDrederaDcieatie monarchie, les désordres financiers et ad- ministratifs qoi en provoquèrent et en accomplirent la ruina, 4enaaat lieu à cette opinion presque générale. C'est le pourtant pue grossière erreur. Si, antérieurement ii la révolution de 1 789| l'admiaistration se trouvait si défectueuse , c'était moins par ^norance des institutions et des principes qui pouvaient l'amer Uwar que par les obstacles qu'opposaient à ces amclioratios» laa iotéréla privés et les abus puissants qu'elles auraient froissés. |I g'eKist» peat'élre pas une disposition sage et otite dans l'adrai* BBtlntiQo actuelle, dont il ua soit possible de retrouver l'inilia» HTf M U peoaée dans la collection des ordonnancée et règles BfBto 4w k Hfnt Louis, b PblNppa Y, h CharlH-le-Ba) , k

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78 ÉTUDES AOMINISTHATITEg.

Charles V, à Charles Vil (Jacques Cœnr) , ii Louis X[, k LciDis XII (cardinal d'Atnboise], à Praiiçuis l", etc.

C'est donc moins à Tabsence d'iQslitutions régulières qu'il faut s'en prendre des désordres admintslratifs et financiers de l'ancien ré;;ime,qii'â leur inezéculion,etp8r suite )i leur désué- tude. Va seul fait suffit puur en fournir la preuve. A ravéoe- meut de Henri IV, le désordreëtaitau comble. Sur no millions de livres (environ (i20 millions valeur actuelle) d'impàts payés par la France, il D'en élait levé que 30 millions (110 millions valear actuelle) au nom du roi , et sur ces 30 millions il en entrait ji peine 1 1 dans l'épargne; tout le reste, c'est-b-dire les deux tiers, élait la proie de la faveur et des dilapidations. Quelques années cependant suffirenlà Sully pour melire fin a ces abus, en répa- rer les funesles effets el élablir l'adminisiralion des finances sur un pied qui assurait la prospérilé do Trésor public, tout en dé- veloppant les éléments de la fortune particulière et de tous lea iotérèls privés. Pour cela il n'eut besoin que de remettre en vi- gueur les règlements esislants el d'en surveiller avec vigilnDce et fermeté Tinflexible application. Mais dès que la mort de Henri IV et l'intrigue des courtisans eurent éloigné la main ferme el sévère qui avait fermé la voie des abus, ces abus reprirent leur cours ordinaire et engloutirent de nouveau les ressources de la France. Quelques traits pris dans l'histoire financière de cette époque montrent à quel degré ils étaient parvenus dans les premières années du règne de Louis XIV. ~ Mazarin, qui laissait en mourant le Trésor public épuisé, lé-

"^uait par contre à ses héritiers une fortune de plus de 100 mil' lions (près de 200 millions valeur actuelle), c'est-à-dire supé* rieurean monlaut des revenus annuels du royaume. Après lui, le surintendant Fouquet dépensait 17 millions (33 millions va- leur actuelle) dans une seule de ses maisons de campagne, et la Chambre de justice qui fut formée plus tard pour examiner les comptes des finances découvrait, entre autres fraudes, 384 mil- lions (7â0 millions valeur actuelle) de fausteë ordonnanea el ionsffucompranf fi'fnu/^j, portant sur sis annéesseulemenl d'exer- cice. Certes la prolongation d'une telle dilapidation des reve- nus publics eût rendu impossible le règne glorieux de LonUXIV. Henreusement pour sa fortune et pour celle de la France, la Pro-

-Tidence lui ménageait un homme dont le génie administratif et financier devait être l'inslrument le plus efficace des mer-

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ÉTUDES jlDM[N[STBATIVES. 79

Teilleset des magoiOcences de sou règne. Cet homme était Col- bert.

Ce grand ministre avait fait daas les emplois du commerce et dans ceux des ûnaDces le laborieux appreutissage de l'admiai- slralioD.

11 y apporta, arec une expérience consommée et un caractère ferme et intègre, une activité et un amour de travail infati- gable.

GrAce à cette henreuse réunion de qualités, les abus furent réformés, les dilapidations prévenues ou punies, l'ordre partout rétabli. La prospérité reparut, et malgré les charges imposées par les ggerres, les travaux et le Easte de Louis XIV, non seulement les recettes couvrirent les dépenses, mais Colbert parvint à éteindre une partie des anciennes dettes, à diminuer les lailles et les autres droits les plus onéreux pour le peuple, à restituer aux Tilles le produit de leurs octrois, à réduire le nombre des - offices, à consacrer annoellement des sommes considérables à l'encouragement de l'agriculture et de l'iuduslrie, des sciences, des lettres et des arts. Ces résultats inespérés furent le fruit de l'ordre admirable qu'il sut établir dans le syslfimc de la compta- bilité financière, soit pour prévenir les malversations des comp- tables, soit pour tenir à jour les comptes des recettes et des dépenses, et avoir continuellement sous la main le tableau des ressources de l'Etat et de la situation du Trésor.

Les règlements établis par lui sont encore suivis dans lu plu- part de leurs dispositions, et resteront comme un des raoïmuients de la gloire de ce grand siècle. 11 n'est pas une branche des admi- nistrations qui appartiennent aux finances , qui n*ait été réorga- nisée par Colbert, qui ne lui ait et qui ne lui doive, même encore aujourd'hui, une partie de ses progrès et de ses règle- ments.

La comptabilité générale, le mode de perception de l'impAt, le système des douanes, l'administration des eaux et forêts, des postes, des tabacs, des monnaies, de renreglslrement et du timbre, conservent l'empreinte de sa main puissante et de son génie. Le premier, il vit dans les impdts autre chose que le moyen de grossir le trésor du prince aux dépens de la richesse des peuples; il en combina l'assiette et l'emploi de manière ii les rendre un des éléments mêmes de la prospérité publique ; et si le nom de cette science de l'économie politique, dont on se

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80 ÉTDItKB ADHIItlSTIATIVBS.

préoccupé Unt k notre époque, fut presque toeoniin aloré, tl en créa, il en appliqua les Trais principes avec une sagacité et une préflsiOD dont le tempe a démontré la Justesse.

Toutefois les féconds résultats de sou administration fie pou- vaient créer des ressources en proportion avec lea dépenses tou- jours croissantes auxquelles donnaient lien les guerres conti- nuelles, les immenses travaul, et surtout la grandeur fastueuse deLuuisXIV. Colbert sentit le besoin, pour conserver l'équlU-^ bre des finances, de modérer les dépenses de luxe qui absor- baient chaque année des sommes considérables. Il Qt, ponr réus- sir, d'impuissants efforts, el mourut îi la peine. L'ingratitude du prince, dont la gloire et la prospérité reposaient sur ses services méconnus, attrista et bâta ses derniers momeuts ; et le peuple, qui lui devait son aisance et sa tranquillité, insulta b son convoi.

Le temps, ce grand réparateur des erreurs et de l'iujustice, se chargea seul de sa justification. Pour le malheur de la France et de Louis XLV elle ne fut que trop complète. Aprfes sa mort, te Trésor obéré d'année en année, les finances en désordre, la na- tion écrasée sous le poids de ses charges, le prince réduit aux plus fâcheux expédients ponr faire face aux nécessités les plus urgentes, firent comprendre enfin la grandeur des services de Colbert et le vide Immense de sa perte.

Après cette ère si brillante de nos finances, on retomba sans transition dans les errements et les fautes des temps les plus dé- sastreux. Aliénation du domaine, création et vente d'ofSces, altération des monnaies, emprunts onéreux, rétablissement et élévation des impôts anciens, création de nouveaux, tout fut mis 611 usage pour subvenir aux besoins du Trésor.

Malgré cela, la situation des finances semblait désespérée, lorsqu'on élève et un parent de Coltiert eurent le courage de s'en charger. Les ennemis , qui connaissaient l'épuisement de France, hi croyaient an terme d'une lutte oii elle avait employé ses dernières ressources , et comptaient Kamener promptement h composition.

Dans cette extrémité, le contrÀleur-géuéral eut recours àUD projet dont l'idée première remontait à Snlly, et qui se trouvait développé dans un livre nouveau que l'opinioD publique attH- buaitau maréchal Vanban.

On proposait dans cet onvrage de substituer li tons les imp^SU existants une contribution unique , proportionnelleiueilt égale,

fitUDKS ADHimSTIlATrVES. il

flxée an dixième de tous les revenus fonciers oa antres , et qui, pouf cette raison, était appelée dime royale.

Cette imposition, devenue fameuse aous le nom d'impdt du di- «iAn«, fot ajoutée aux charges déjli existantes.

La conviction qu'elle était nécessaire pour prévenir l'abaiske- meot de la France éveilla le patriotisme et la fit recevoir sans opposition . Elle produisit des ressonrces qui permirent de met- Ire sur pied l'armée qui gagna lu bataille de DenaJn.

Ainsi la nécessité, plutôt que la volonté dn gonvememeat, donna naissance i cet impAt qui saava la France, et montra, ponr la première fois , l'application du principe d'une répartîtioB ^ale des charges publiques eutre tous les citoyens sans excep- fioa.

Les malheurs des dernières années de Louis XIV ajoutèrent I la pénurie du Trésor et h la ruine des ânancen. Sons la régence qui suivit, le duc de Noailles fit de vains efforts pour réduire les dépenses , rétablir l'ordre et reconstituer l'administration. Il y ' fàt parvenu peut-être ; mais cette œuvre difficile et importante se pouvait être que le fruit de la persévérance et do temps. Halheureusement on était h une époque trop avide de jouir do présent ponr s'accommoder des lenteurs de la prudence et at- tendre les avantages du lendemain. Le génie hardi et aventureux de Law allait mieux à l'impatiente et insoucieuse ambition ds régent et de sa cour. Le dnc de Noailles se retira devant les pro- messes étourdissantes du novateur financier. Cependant, quelque hardis que fussent les plans de celui-ci, ils se trouvèrent bientdt dépassa par l'ardeur impétueuse et irréfléchie des esprits. Lenr auteur, entraîné lui-même par le monyement rapide qu'il ne put fdus maîtriser , tomlm à son tour, écrasé sous les décombres son système, dont l'exagération avait fait la fortune, et dont elle Causa aussi rapidement la ruine. Après lui le cardinal Dubois, l*aU>é Terray, élargirent le gouffre oh s'engloutissaient les res- sources de la France, et qui devait dévorer ses institutions et sa dynastie. Le règne honteux de Louis XV rend plus odieux encore abus et les déprédations , par l'indigne emploi qui fut fait de U fortune publique.

Cependant l'intervalle qui sépare ces deux ministres, de si déplorable mémoire , avait été marqué par la sage mais faible administration du cardinal Fleury, dont l'économie et le désin- téressement contrastèrent d'une manière frappante atcû In

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83 ÉTtDES ADHIHISTRATIVBS.

scandales financiers de ce règne et améliorèrent passagèrement la situation des fioances. II mil fin à l'allératiou des monoaies, l'an des plus grands fléaux des règnes précédents, en filant la valeur nominale et la valeur réelle des espèces à un taux qui a peu varié depuis. Une autre tentative non moins utile, mais qui fut moins durable , signala encore cette période: ce fut celle de M. de Machaull, qui voulut substituer a l'impôt du dixième, éta- 'bli seulement d'une manière lemporaire pour subvenir aux frais de la guerre , l'impût général permanent du vingtième, dont le produit devait être exclusivement consacré à former une caisse d'amortissement pour opérer la libération de la dette et des au- tres charges de l'Etat.

Cette institution, qui eut sauvé la monarchie, trouva d'invinci- bles obstacles dans l'opposition des corps privilégiés, qu'elle soumettait à l'égalité de l'impût. Cette luéme opposition da clergé , de la noblesse , des parlements, et surtout de la cour, à toute réforme dans les finances qui atteignait leurs privilèges , paralysa encore, sous le règne suivant,lcs louables intentions de Louis XVI et fit échouer les cITorts et les plans salutaires de Turgot, son intègre niioislre. Necker, avec plus d'habileté dans les affaires et plus de connaissance des hommes, ne réussit pas ' mieux. Ces deux ministres mesuraient l'étendue du danger, en connaissaient la cause et en voulaient sincèrement le remède; la bonté et la sagesse du monarque s'associaient à leurs nobles vues, mais la faiblesse de sou caractère trahit leurs projets et ses propres vœux.

Sous la fatale inspiration de In cour , les finances furentcon- fiées à l'un de ces hommes téméraires , sans principes et sans convictions, dont la présomptueuse étourderie, en paraissant se jouer de tous les obstacles, se heurte dôlibcrémcutà tous les écueils, avance le dénouement des catastrophes politiques, en conservant la triste gloire de les affronter et de les subir avec autant d'insouciance qu'ils en ont mis à les préparer.

Scms M. d<^ Caliiiiiie , les pn:drgalilés, les dilapidations, les désordres de tout genre alleignircnt le dernier terme oii elles pouvaient l'arvenir. Kiifiiisc leva lejo-ir où, démentant tousses r«ves et toutes ses pompeuses promesses de la veille, ce déplo- rable ministre fut obligé d'avouer au roi et à ta nation que la si- tuation des finances était devenue désespérée, et que, tous les moyens possibles pour la rétablir ayant été épuisés, on ne pou-

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kttou ÂV!itii\tnAtnu. flB

vailles trotiver désornisiB qac daoï la rifbrme de ta eoHlrthution iil'ÊM.

Cet areb, M différent des illusiona dont il flattait depuis trois us le pnblîc, et dont II se berçait tul-méme, ne l'éclaîra cepen- dfeot itl Sor soti Incapacité, ni sur son impuissance.

Il fabriqua avec la métne pfésomption impréfoyante un plan de réforme, et proToqUa, pour l'établir, une assemblée des no^ tables. Cette assemblée amena les états-géoéraux de 1789.

On sait le reste.

La réfol'me, entreprise à temps par un homme d'Etat prudent et bablle, eût saaré le gotivernement et assuré pour longtemps la prospérité et la ttanqnillllé de la France. Tentée h toute ex- trémité, soos dn toi faible, par un ministre aventureux et frirulej elle déchaîna la teaipéte qui devait emporter sa dynastie, et ba- layer, bon sans rarages, le sol de la France de toutes ses antn ques institutions.

Les aMétloraiions et les réformes de détail par lesquelles oa (irélndà, pour répondre aux rœnx de la nation qui se manlfcs-^ talent de tous câtés , ne serTireot qu'à rendre ces vœux plus énergiqties. Il fallut en Tenir h proclamer l'égalité des droits et des charges publiques pour toutes les classes de la nation, et à atiollr les prirlléges des provinces, comme ceux des particuliers, par l'uniformité de la clrcouiicMplion départementale. * I/unité de système, qui était le principe dominant de cette constllntion noaTelle de la monarchie, paraissait offrir la chaucc la plus fa- Torable au rétablissement de l'ordre dans les Gnances et de la simplicité dans les formes de la comptabilité ( I). > Malheureu- sement les connaissances pratiques et l'expérience administra- tive manquaient aux hommes qui furent chaînés de cette orga- nisation. Leut cearre incomplète se ressentit de l'esprit de Tépoque. Avant qu'elle pftt recevoir de la marche lente et pro- gressive du temps tes améliorations qu'il ainùne avec lui, 93 édata, et substitua k la science administrative l'action révoln- Uonnaire.

Tout système financier devint superflu : qu'en élail-il besoin alors que, pour subvenir aux dépenses publiques, la guillotine battait monnaie sur la place de la Révolution ; alors que la ban- queroute f la spoliation , la vente du domaine national deve-

ll)L(DMrqai*(l'ABdinrH,«ïr«l/»cj(MMJ«r(f«/aFraMv,l. I, llvr<

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6i ÉTUDES ADHINISTIATlVSe.

naieat les expidimt$ de ce terrible régime ; alors qoe l'admi- nUtration et la gestion des finances de l'Etat n'avùent pour toute garantie et pour tout contrûle que le patriotisme mis k l'ordre du jour etTéchafaud en permanence?

Toutefois une institution ntile surgit de ceboutcrersement: ce fut la création du grand~lxvre^ l'on enregistra, après une dis- cussion préalable, les titres des créanciers de l'Etat précédem- ment disséminés dans une multitude de livres et de registres di' vers. Le mérite en rcTient au rigide Cambon , dont Thabileté financière se fit jour à travers les difficultés et les nécessités du régime révolutionnaire. Ce que ce régime dévora, ce qu'il légua de cliarges aux régimes suivants, nul n'a pu le calculer encore. Puis, quand il s'affaissa sons ses propres excès, et qu'une maîD puissante en remania les débris épars, pour construire l'édifice do plus grand empire des temps modernes, an des premiers soinsda génie organisateur se tourna vers les finances, qu'il releva de leur ruine (I ). À la vérité il annula Tinterveation du pays dans l'assiette et la perception de i'impdt, comme dans la discussion des loiset la direction de la politique extérieure et intérieure, en réduisant la représentation nationale à un vain simulacre ; mais, du moinS) les hommes émioentsdanstoates les branches, auxquels il confia la direction des affaires publiques et dont il composa son conseil d'Ëtat, dotèrent le pays d'institutions judiciaires et administra- tives qui forment encore aujourd'hui la base de notre ordre so- cial, et ont été pour l'Europe un objet d'envie et d'émulation.

Ce qui manqua à sa fortune, ce fut do trouver un Colhertpour seconder ses vues. Vainement il donna dans l'organisation de ses dépenses privées l'exemple de l'ordre et d'une sage admi- nistration (2) ; vainement il surveilla par lui-même l'administra- tion des finances, en se faisant présenter chaque nujis, à jour fixe, les comptes des recettes et des dépenses, et le bilan da Trésor; vainement, pour régulariser cl simplifier le mécanisme de son système financier, il sépara la perception des revenus du service de la trésorerie, en créant un ministre des contribution!

(I) Lnnqac Bonnparicprii In pouvoir comme premier consul, en l'DD, lou( a' qu'H IrouTn dani In caksfn ilu Tn>)iuT ta nimiërElrp, pour nnbveolr nui Imolna }ourDallers, ■'élcvntt à la lomniR do 177,000 froiici. Le dJMrdre dr riidmtDiMrntioB viall da rcile Ici qu'il ne fui possililu dvialilii' un tiudyGI rigulier qu'eu 1801.

[i) U Luducl [.iiLlkuilir d.i l'eiupiTcur. y comprit le» dO|Kiiscs fallia dani les palal* cl le mo'dlkT de U Couriinnc. uj iVioall |«s anDUClIcmeat A 3 million*. Voir, pour tet ihitalli, BrcHon, Hitloitf/aondtre de lafrantt, t. 11.

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JÈTUDBS ADMIMSTHATIVES. 8(

pidtliqDes et nn ministre du Trésor ; Tainement, pour sarreUler et cootrdier tons les rouages de ce système, il iostitua la Cour it» Compte* : s'il réussit à imprimer à toutes les branches de radmiDistration, par le coup d'oeil juste et Tigilaut du maître, BD esprit d'ordre et de régularité qui écartait les abus scan- daleux et les dilapidations patentes, son administration fioan- ^ cièrea'ea demeura pas moins imparfaite et fut loin de présenter > ee degré de simplicité et de perfection auquel elle est arrivée \ depuis. Voici le jugement qu'en porte un des écrivains les plus / judicieux et les plus compétents sur celle matière.

On peut conclure des développements qui précèdent, que l'enBemble des finances était alors trop mal connu pour qu'on pAt régler avec certitude le budget de l'Etat; qu'aucun débat ecMitradictoire n'assurait la sinctrîté et l'exactitude de ces éva- loations; qu'aucun assentiment public n'adhérait à son exécu- tioD , et que le règlement final de ses résultats était une opéra- tion livrée à l'arbitraire, dont le terme s'éloignait indéfiniment, et ne se fixait que par la déchéance. On doit reconnaître, en même temps, que le seul ministère do Trésor était parvenu à .) l'éclairer lui-même par un mode régulier d'écritures qui man- S qnait entièrement au service des contributions et dis dépenses S publiques \ enfin, que le système de comptabilité, depuis ï'insti- \ totion de la Cour des Comptes, ne lui assurait pas un utile conlrûle sur la gestion des comptables ni sur la marche des services. (H. le marqais d'AudîH'ret, Comptabiiité publique delà France^ t.I",p. SU.)

Ces éléments de désordre , joints aux charges des guerres coolinoellee et aux calamités des deux invasious qui amenèrent la chute de l'Empire, eurrnt pour résultat de liguer à la Restau- ration an passif de 630 millions de créances airiérées, une dette de 193 millions de rente, soit environ 4 milliards en capital, avec la surcharge d'un personnel surabondant et dispendieux dans loDies les branches d'udminisiratjuu, et de plus une dépense de 60 millions de peiisions exigibles. 11 serait injuste de ne pas aettre, en regard de ces charges et de ces dettes, les sommes consacrées par l'Empire à des travaux utiles à la France, et dont l'avenir a recueilli les fruits : 700 millions furent consacrés à des dépenses fructueuses dans l'intérieur de la France, et 8oO mil- lions dans les -provinces que la victoire et les traités y avaient réunies, et que les désastres de 1814 et Itild ont séparées. Une

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BB ÂTL'bES ADtrmi9TR.tTIVË«.

Ciat pas non plus perdre de vue que ces Immenses frUTaiit Avalent été accomplis et soldes an milieu de gucrt-Cfi contlnnel*- les, et avec les ressources d'un budget qui ne s'^levaitgaète a* delb de 900 millions pour toute l'otcndne de l'Empirb.

Ce fut avec le fardeau énorme légué parl'EtDpirë que le gOHTe^ nement des Bourbonseut li (raveiscr les années dlfGdlesqnisal'- virentson Inslallalion. Toutefois, il parvint b y faire face d'abof d, puis à l'alléger, etcnRn h le rédiliic, grâce au bon ordre de l'ad- ministration des rcTcnus publics et aux progrès remarquables de la science financière. C'est un tableau digne d'intérêt que celui des efforts persévérants, continués pendant ces quinze années, par divers ministres, |>our amener et maintenir ces progrès qui ont fait de noire s;slf:me financier le plus parfait de toQs cent des gouvernements modernes, La publicité des comples, le con- trdlc des Chambres législatives, l'acllon de la presse dtitsans Contredît puissamment concouru a ces heureux résuUals; mais il serait ingrat de les signaler, et de passer sous silence les nonn du baron Louis, de H. de Villèle, aux travaux desquels ils soot dus en partie.

Par eux le crédit national a été fondé, l'administration dei revenus et des dépenses piibliijnes réorganisée d'apr&s un meil>- leur système ; des règles fixes, claires, uniformes, ont été él«*- biies pour régulariser et garantir la comptabilité de l'admiiti»- tration du Trésor, puis étendues successivement des revenus et des dépenses publiques h celle des malières possédées pal* l'Èlat et aux comptabilités départementales et communales; enfin, toutes les comptabilités ont été placées sous le contrôle su- prême , d'abord d'une haute commission administrative prise dans le sein des deux Chambres, de la Cour des Comples et du conseil d'Etat, et d'aulre part sous celui de la Cour des (k)mp(es reconstituée à cet effet sur de plus larges bases.

Voici maintenant ces résultats traduits en chiffres dont Télo* quence est de nature à frapper tous les regards.

De 1814 i 1830, le développement de l'agricullnre, dn corn*- tnerce , de l'industrie , en nn mot de toutes les branches de \h prospérité nationale, favorisé par nn gouvernement éclairé et par les bienfaits de la paix, a accra les revenus de la France sans que les tarifs des ImpÂts aient été augmentés, mais p&t l'angmentflllon seule des consommations, d'une somme anaoelle de 213 millions.

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iTODBS ADHINISTKATIVES. S*

IVantre part, et malgré cet accroissement, le régime d'ordre «t d'économie établi dans toutes les parties du serrice des lî- DaBces opère dans ce laps de temps uoe diminution aonoellc de 32,433,000 fraocs dans les frais occasionnés par ces services. '

11 en résulte que les frais d'administration et de régie, qui étaient, en 1789, de l3,9/l0 pour 100 sur les recettes, descen- dent en 1839 à 10,7/10 pour 100 : conditions moins onéreuses que celles auxquelles l'Angleterre elle-même est parvenue pour la réalisation de ses revenus publics, si l'on tient cnmpte de ta différence de position des deux pays.

Dans ce laps de temps, et ma.lgré la résolution généreuse qui bit adopter et rémunérer tous les aervices rendus aux gonver- sements précédents , la dette viagère éprouve elle-même une diminution de plusiears millions.

Aussi, nonobstant les charges occasionnées par b guerre d'Espagne et les expéditions de la Horée et d'Alger, malgré le milliard de l'indemnité, le gouveruemeni soulage les contribua- Ues en opérant un dégrèvement de 92 millions sur les imposi- tions directes; il réduit la dette inscrite de 193 millions à 163, et décharge ainsi le Trévr de plus de 30 millions de reoies ou de C30 millions de capital, pendant que le taux de ce mâme ca- pital s'élevait progressivement à 1 10 francs, de 60 il était descendu en 1614. 11 termine enfin cette période financière si fvo^ère pour la France en présentant an budget réduit à 986,201, lâS francs, qui réserve cependant 30 millions h l'a- mortissement des rentes inscrites , et offre de plus un excédant de 3 millions sur les dépenses (1), et en soldant la situation du Trésor, toutes les charges de l'arriéré acquittées, par une créance, portée à la dette flottante, de 174 millions, sur laquelle 87 millions représentent un déficit antérieur à I S 1 4 , et le sur- plus de 87 millions, une créance relative à la guerre d'Espagne, dont le montant reste à rembourser à la France (3).

Certes, c'était la une prospérité qui devait inspirer de la con^ fiauce : le crédit de la France plus que doublé; 93 millions dn dégrèvement appliqués aux contributions directes: plus de 32 millions d'économie annuelle dans le service des finances ; 2 r 2 millions d'augmentation dans les produits de ces services , par

10 Kappon de H. de Cbabrol. [9]lLd'Aadirfrel,pv4aa

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88 ÉTUDEB ADMINISTRATIVES.

le st^nl fail de raccrnlssement de la consommatioa , résultat de l'aisance générale ; plus de 30 millions d'intérêts annuels effacés du grand-livre; l'arriéré liquidé et soldé ; l'avenir assuré par nue réserve annnelle de 30 millions prélevés sur l'excédant des dé- penses pour éteindre la dette et pour parer aux éventoalltés imprévues (1); 11 y avait là, ponr l'administratioa et le gouver* nement, des motifs suffisants de se glorifier aux yeux de la na- tion et de compter sur sa reconnaissance; U y avait aussi dft quoi former pour l'avenir de la France les espérances les plus brillantes et les projets les plus flatteurs. Quand on lit aujour- d'hui ce magnifique tableau d'une prospérité évanoaie, ces pro- messes d'un avenir qui ne s'est pas réalisé , on se sent le cœur serré, à la pensée que, le lendemain du jour oii U. de Cbabrol se plaisait à mettre sous les yeux du roi et de la France les élé^ ments de la force et de la prospérité nationales , nn orage de trois jours allait renverser la dynastie et mettre en question la mine ou le salut du pays.

Heureusement, le torrent nn instant débordé est roitré bien*' tdt dans son lit; mais, pour montrer ce que coûtent les révolu- tions, il n'est pas inutile de rappeler que, malgré la sagesse et la prudence des mains auxquelles celte de 1830 a remis le pouvoir, clic n'en n pas moins grevé le Trésor de 726 millions, et que poui les acquitter il a fallu de nouveau aliéner le domaine public, augnjenter les imp6ts et recourir anx empmnls. Dit ans ont SLifli Ji peine à eff.iccr les traces de cet orage, et si l'on compare Il budget de iBi I à celui de 1839, on reconnaîtra d'un setd coup d'œil que l'état de nos finances est loin d'être aussi satis- faisant qu'à cette dernière époque. Ainsi, le mot prêté à un de . nos plus éminents personnages politiques : que la révolntion de I juillet faisait rétrograder de vingt ans la marche de nos instlta*' I tiooslibérales,|)cut s'appliquer aux finances, dont la prospéritd [ s'est trouvée interrompue, et a peine à se replacer, après douze ' années , au point oii la révolution de juillet l'avait troovée.

(1) Kont QTDni cm driolr Amméfer am: qoelquci délttls cet rCaidtati, pane qall Qoe dani l'opinion publique, ur ce palnt comme lur lietucoup d'mtrei qumllOM fi- D uncièrvs , iei crreDri les plu» Qroulérca et ccpendanl les plu* Qétii!rBle*. On eal éMmë dcn reirouter la trace jusque dnni un ouTrage d'altleuri éminemment lemarquCblB à iou> i^gardi- , nous aruna r^rcu< de lire c«Ue pliraM : i A la inlle de la rdrotuIloB de JulllH. nos Gnanci?! se Iroanlcni dan* no éiat rilcbeui; Il ëuit le réaullal de» charees que noas avnliiiH lëguéï» l'Emi^re el U RegbinraJop. i { Hacarei et BoubU- galer, De ia Forlmu publique <k la France, Ll, p. X33.)

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iTODBS ADMINISTRATIVES. 89

Toatefois, on ne saurait méconuaîtreque l'adminislration des finances est loin d'avoir rétrogadé pendact cette période. GrAce ans bommes spéciaux qui en ont coDscrvé la direction, ie ré- gime si heureasemeot introduit tuz époques précédentes s'est maintenu, amélioré même.

Une limite sage a été posée au pouvoir trop discrétionnaire des utxloDliatears, et par l'application de la spécialité des cré- dits législatifs à chaque chapitre du budget ministériel, et par la publicité donnée aux rapports annuels de la Cour des Comptes, et par robligatiun imposée k toutes les administrations publiques de se conformer aux règles de comptabilité tracées par cette Cour, et enfin par l'organisation régulière et complète de la comptabilité publique (1).

En dernière analyse, bien que la suppression de la loterie et des jetix, et l'abaissement du tarifdes boissons, eussent privé le budget de Ai k millions de produits, le maintien de la pair, le développement naturel d'une société industrieuse, nue bonne administration avaient accru, selon M. D'AudirTret, le produit des împAts indirects de toute nature dans une proportion plus considérable encore, et cet accroissement , joint à une surtaxe de 60 millions ajoutés aux coniribulions directes et aux droits d'enregistrement, était sur le point de rétablir l'équilibre entre les recettes et les dépenses, lorsque l'attitude guerrière prise tout k eoup par le ministère du l*' mars est venue de oouvcan «itrarner ce moment, et ajouter 200 mllliofis de charges impré- toes an fardeau du budget ordinaire.

Ce eoup d'œil rétrasiiectlf , jeté raindement sur les dernières phases de notre administration financière, nous a paru néces^ ■aire pour mieax faire apprécier la situation actuelle de cette IdaiiiiislratiOD, et ce que nous aurons k dire des réformes et 4es améliorations qu'elle réclame.

L.-G. MlCHBL.

(I) T«lr le MffciM*/ gé»ém nr la ampiabiUU pMHjiM, axriié par ordooiMiiM nrri* da 31 mat ISSS , et le ropporl au roi de H. Laplagoe, qui prëcdd« e( provoqut

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DES MAITRES ET DES SERVITEURS

DANS LA SOCIETE CHRETIENNE.

L'article que nous donnons i nos lectenrs sert d'introdoctiOD h la Vie de êainte Zite, patronne de Luequei, servante au Xtll* »ié- ele, par le baron de HoifTREUiL(l). Les questions qu'il soulève, au point de rue chrétien et social , nous ont engagé > l'inséreri quoique l'ouvrage doive paraître sous peu de jours.

(N. m R.)

La classe des servileors, qui compte près d'an million de mem- bres en France , je ne parle que des domestiques attachés an service intérieur, est extrêmement important au point de vue religieux et social . Personne n'ignore quelle influence elle exerc« sur le bonheur des familles, et combien son action est puissaote à tontes les époques de la vie, et particulièrement sur les en- fants et sur les vieillards. Que de vices datent du berceau ! que d'impressions reçues dont la souillure reste ineffaçable! Que d'écarts favorisés dans la jeunesse! que de fortooes compromi- ses! que de vieillards traînés dans l'opprobre par l'infamie de mauvais serviteurs ! Les domestiques pervers sont la plaie des familles ; mais, on ne peut se le dissimuler, lenra vices sont sou- vent produits par les ndtres, le résultat de services coupables, le fruit d'exemples corrupteurs. Ils tiennent non seulement à ce fond de malice commun à tous les hommes, à cette pente fatale vers laquelle les mauvais penchants nous entraînent, mais sur-

(I) In^ avec grÉTiuci. Prii : S h. Ch«i Walllc, llbnire^llcar, nw CmmIW, S.

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tiAVUXn DKI HAITBXS ET DIB BIKTITItmS. 91

font à l'orgneil qui crée des distances inooTes entre des hom- mes enfiiDts do même père et rachetés par le sang du même Dieu.

Les rangs doireDt être observés sons l'Evangile, mais la cha- rité doit adoucir ce qu'ils peuvent avoir de rude pour les faibles et les petits. La bieavejllauce, la protection, le secours sont la rémauération chrétienne des services et des soins que ceux-ci noui rendent. L'or paye le travail, il ne le moralise pas. La sol- licitude da mattre pour le bonheur et pour le bien-être du do- mestique qui lui consacre tous ses instants, est d'une valeur lofiniment plus grande que l'or : elle lui donue l'estime de Im- méme; elle lui inspire la reconnaissance, l'attachement qui rendent les devoirs doux et faciles. Qui ne sait les exemples ad- mirables de dévonement fonrnls à toutes les époques et sous toutes lesformesparles bons serviteurs? Ceux-ci sont la joie et le trésor d'une famille; la considération dont ils jouissent, la confiance qu'ils méritent , suscitent en eux une foule de boas ■entiments qui ennoblissent lear condition et les grandissent aux yeux de tous.

Quelques observations sur la domesticité, et sur les questions qui s'; rattachent au point de vue chrétien, ne paraîtront peut- être pas déplacées en tête de l'histoire d'une sainte qui fut ser- vante, et dont les vertus sont la gloire de l'humble classe k la- quelle elle appartient.

On ne trouvera toutefois ici qu'une esquisse de ce que fut la dtmiesticité dans l'antiquité et de'ce qu'elle est de nos jours.

La domesticité vient de l'inégalité des fonctions et d'un be- ■CMO naturel et réciproque d'aide et d'appui, qui sont les condi> tions primitives de toute société hamaine ; aussi la domesticité se retronve-t-elle chez tous les peuples ; mais sur ce fond com- mon, que de difTérences et de variétés!

Le premier principe de toute société antique, c'est la diversité d'origine des classes et des nations. Ici les fils des dieux et les Us