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LA MUSICIUE
EN LORRAINE
Propriété exclusive de l'auteur pour tous pays.
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EN LORRAINE
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D'APRÈS LES ARCHIVES LOCALES
ALBERT JACQUOT
MTMBRE DE LA SOCIETE DARCHLOLOCIF L0RRAI> OlflCIER D 'académie, MEMBRE CORRESPONDANT DE l'acadEMI
I' U K C E D E E D UNE I N T R 0 D i; C 1 I O N I' A R J . G A I. I. A V ET d'une lettre AUTOGRAPHE DE C H. GOl'NOU
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TROISIEME EDITION
PARIS LIBRAIRIE FISCHBACHER
(Société Anonyme) 3 3, RUE DE SEINE , 33
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Tous droits réservés.
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CHARLES GOUNOD
Cher et illustre Maître,
Permettei-moi de vous offrir ce livre, résultat de mes recherches sur les oi'igines de l'art musical dans le vieux pays lorrain.
L'auteur de Gallia, qui a daigné encourager ce premier essai, accueillera, je l'espère, avec indulgence cet humble témoignage de mon admiration pour le Maître qui m'honore de son affectueuse bienveillance.
Veuille:^ agréer, cher Maître, Vexpression de mes sentiments respectueux.
Albert Jacquot.
Nancy, Octobre 1882.
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AVANT-PROPOS
Le mouvement est aux études rétrospectives. Ce retour vers le passé tient à deux causes : les loisirs créés à nombre d'esprits délicats par les agitations de l'heure présente; l'efiFacement de l'art contemporain, obligé de satisfaire à tous les besoins d'une production hâtive et mercantile. On se retourne vers l'archéologie, par com- paraison, par curiosité, par désœuvrement, et — disons- le aussi à l'honneur de notre époque — par un besoin de vérité qui lui est propre.
Monographies, rééditions de livres rares, exhuma- tions de documents inédits, catalogues critiques et rai- sonnés, on dirait d'une vaste enquête nationale où toutes les branches de l'activité artistique sont successivement passées en revue et soumises à une revision scrupuleuse des sources originelles; c'est à qui trouvera un filon nou- veau dans ce champ déjà retourné par tant de mains savantes. Quelle joie, lorsqu'on peut découvrir au fond d'une bibliothèque, dans les registres de quelque mairie
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AVANT-PROPOS
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VI AVANT-PROPOS.
éloignée, dans les archives d'une ancienne famille, un document, une correspondance, un état civil oublié, un texte donnant la clef d'un passage jusqu'alors obscur et discuté !
Le hasard joue parfois ici son rôle : une rencontre inattendue, une excursion dans un pays inexploré, un nom retrouvé sur un instrument démodé suffisent à mettre un esprit curieux sur la voie d'une inspiration juste, et bientôt un travail original vient s'ajouter à cette savante encyclopédie qui semblait interdite au simple dilettante.
C'est un peu de cette façon imprévue que s'est décla- rée la vocation du jeune historiograp)he que nous pré- sentons au lecteur. Le séjour en Lorraine, une prédilec- tion particulière pour la musique, le sentiment de fierté nationale qui pousse un enfant à honorer la patrie res- treinte, l'ont inspiré et guidé dans son intéressant travail.
De toutes les provinces de France, en effet, nulle autre mieux que la vieille terre de Lorraine ne pouvait tenter un musicien. Par sa situation entre deux pays d'é- gale valeur musicale, elle devait participer à l'inspiration, aux inventions, aux progrès accomplis dans chaque na- tion, et, par l'éclat de sa cour souveraine, par le goût éclairé de ses princes pour les pompes, les fêtes et les cérémonies, elle devait non moins attirer les artistes no- mades qui, de la France à l'Allemagne, promenaient leur destinée errante.
11 suffit d'interroger les monuments, l'architecture intérieure des palais, les tapisseries, les verrières, tous ces vestiges d'ornementation qui reproduisaient si fidè- lement les habitudes, les costumes, les usages de la vie
AVANT-PROPOS. vii
domestique aux siècles passés, pour se représenter le faste des maisons ducales et des grandes seigneuries; pour comprendre en quoi il différait essentiellement du luxe déployé aujourd'hui par les détenteurs du pouvoir et de la fortune.
Ce qui frappe surtout, dans ces tableaux d'intérieur, c'est moins le contraste né de l'opposition des usages, du progrès et du bien-être moderne, que la variété et la pro- fusion des éléments qui composaient, soit l'existence d'une grande famille, soit le personnel d'une maison princière; et c'est justement dans la coexistence de ces éléments aujourd'hui disséminés que l'on trouve l'ori- gine du patronage et de l'influence exercés sur les artistes.
On a fait remonter au règne de nos premiers rois chrétiens la protection accordée aux chanteurs et aux instrumentistes, auxiliaires du clergé dans la célébration du service divin; ils occupent, dès cette époque, une position privilégiée dans la maison du prince. Bientôt, le développement de la musique sacrée amènera la forma- tion des corps de musique, complément de l'organisation des grandes seigneuries.
A dater du xni' siècle, ces corps de musique sont régu- larisés et ordonnancés sur les comptes des princes : « Il peuty avoir licitement, — dit Jacques II, roi deMaïorque, dans une constitution de l'année iSSy, où il réglemente le nombre des musiciens attachés à sa personne — il peut y avoir licitement, ainsi que nous l'apprend l'anti- quité, des mimes ou jongleurs dans les maisons des princes, vu que leur office fait naître la joie que les princes doivent rechercher par-dessus tout, et maintenir
VIII AVANT-PROPOS.
honnêtement autour d'eux, afin que, par ce moyen, ils échappent à toute tristesse et colère, et se montrent plus gracieux pour leurs sujets*. »
Il était intéressant de rechercher dans quelle mesure les musiciens participaient à l'existence souvent si agitée des seigneurs; un rôle des officiers^ de l'hôtel de Louis X le Hutin, en Tannée i3i5, donne, entre autres, un état complet du corps de musique de ce roi : on y voit figurer des joueurs de trompette, de timbales et de psaltérion, ayant chacun un salaire de trois sous par jour pendant le temps de leur service. Un autre règlement de l'hôtel, donné par le roi Philippe le Long, en iSiy, prouve que, dès lors, ces corps de musique, indépendamment du droit de prendre part aux distributions de vêtements, avaient bouche à la cour, c'est-à-dire recevaient pain et viande aux principales fêtes ^
A lire ces curieux i;sages qui associaient le musicien d'une manière si intime aux fêtes de la famille, nais- sances, baptêmes, mariages et pompes funèbres, on com- prend combien était étroit le lien qui unissait l'artiste à la personne du prince.
On sait le rôle que la musique a joué de tout temps dans les fêtes, les sacrifices, les jeux et les festins. De nom- breuses fresques et des reliefs antiques nous montrent des joueurs d'instruments au premier rang dans les funérailles. Les flûtes et les trompettes étaient le plus souvent employées : la trompette, quand on les célébrait
1. Lois palatines de Jacques II, roi de Maïorque; Mabillon, Actu sanclo- rum ord. S. Benei. mens Jttnii, t. III, p. xxvil. Rubriq, 28, de Mimis et Jocu- Idtoribus.
2. Recherches sur l'histoire de la Corporation des Ménétriers ou joueurs d'instruments de la ville de Paris, M. Bernard; 1841.
AVANT-PROPOS. ix
avec pompe, la flûte, quand la cérémonie funèbre était simple :
Cantabat sacris, cantabat tibi ludis : Cantabat mœstis tibia funeribus.
Comme toutes les maisons seigneuriales, celle des ducs de Lorraine eut des musiciens à ses gages.
Dès le XIV* siècle, au sortir des guerres intestines sus- citées pour la régence du Barrois, on voit le luxe des seigneurs briller d'un éclat singulier : ce ne sont que mystères, fêtes, festins, tournois, triomphes, précédés et suivis de corps de musiciens revêtus d'habillements de soie, aux armes du prince. Plus tard, aux obsèques du treizième duc de Lorraine, Jean I", ramené de Flandres où il était allé rejoindre l'armée française avec trois mille Lorrains, la cérémonie funèbre est l'occasion d'un dé- ploiement de luxe inouï : « Le corps est enterré à Saint- Georges, et trois chevaux, précédés d'une escorte de chan- teurs et de musiciens instrumentistes, sont conduits à l'église comme oiTrande, l'un en harnois de guerre, l'autre en harnois de joute, et le dernier en parement de tournois, en signe que tout doit retourner à Dieu K »
La musique était aussi au premier rang dans ces jeux dits de piété, qui succédèrent aux fêtes militaires données vers la fin du règne de René I" (1448); dans ces bals pu- blics célébrés dans les églises, où les processions n'étaient que des spectacles; dans ces représentations instituées en l'honneur de la Fête-Dieu, où la déesse Cybèle trou- vait place à côté du dieu Saturne, farces religieuses
I. H. Etienne, Résumé de VHistolrd de Lorraine.
X AVANT-PROPOS.
mêlées si singulièrement aux pratiques de la dévo- tion'.
Dès le commencement du xvn- siècle, lors de la pompe funèbre de Charles III (1608), la composition de l'orchestre avec ses basses de viole, ses cornets, ses gros hautbois, qui par la forme rappellent le saxophone moderne, ses violes d'Espagne ou grandes contrebasses, ses théorbes et ses luths, révèle un personnel complet, déjà exercé de musique de chambre et de chapelle, et les funérailles de ce prince sont célébrées avec une telle magnificence qu'elles donnent lieu au proverbe lorrain : Que les plus belles cérémonies du monde sont le couronnement d'un empereur romain, le sacre d'un roi de France et l'enterrement d'un duc de Lorraine.
Cinquante années plus tard, l'entrée de Charles IV à Nancy est l'occasion de nouvelles fêtes. La musique y tient encore un grand rôle. M. Jacquot nous donne, d'après une gravure du temps, le dessin d'une tri- bune où sont groupés les instrumentistes qui figurent les neuf Muses. Les costumes, paraît-il, étaient portés par des artistes hommes; mais il n'était pas rare de voir des femmes remplir des parties d'orchestre. Dans un excellent Mémoire sur l'histoire de la corporation des ménétriers, M. Bernard rappelle que, parmi les signataires de l'acte d'association de i32i, on remarque un assez grand nombre de femmes ; et qu'à côté des mots jongleurs et menestriers se trouvent tou- jours ceux de jongleresses et méncstrclles : « Ces faits, dit-il, prouvent qu'à l'instar des anciens collèges d'in-
:. H. Etienne, Ristimé de l'Histoire de Lorraine.
AVANT-PROPOS. xi
strumentistes romains, la corporation des ménétriers n'avait pas exclu les femmes de la profession, soit qu'elles l'exerçassent en leur propre nom, soit qu'elles ne fissent que continuer le métier de leurs pères ou de leurs maris. » Des miniatures du xiv" siècle représentent aussi des femmes jouant du rebec, du tympanon à cordes, du luth et de l'orgue portatif '.
Ce coup d'œil rétrospectif nous permet de rappeler que c'est vers i328 qu'un ménétrier lorrain nommé Huet, guette du Roy, et son compagnon, Grare de Pistoye, sujet lombard, fondèrent, à Paris, l'hospice et l'église de Saint-Julien-des-Ménétriers. Le bénédictin Du Breul, dans un naïf récit de cette pieuse fondation, rend hommage au noble sentiment des deux musiciens, qui, émus de pitié pour une vieille mendiante paraly- tique, achetèrent d'abord l'emplacement où la pauvre infirme recevait les aumônes; puis, à force de zèle et grâce à une contribution consentie par la confrérie ménestrière, réussirent, quelques années plus tard, à ouvrir un véritable asile, spécialement affecté aux artistes malheureux ou nomades'.
Il n'était pas hors de propos d'évoquer ce souvenir, qui honore la mémoire de l'humble ménétrier lorrain.
Revenons à des temps plus rapprochés de nous. Nous savons la place que la musique occupait, dans les fêtes et les solennités, au xvu' siècle.
Au xviip siècle, le voisinage immédiat des petites cours allemandes, les dépenses de leurs princes pour les cha- pelles-musique, et surtout la présence d'artistes distingués
1. Voy. Laborde, Essa.i sur l'histoire de lu Musique, t. I"', p. 2j6 et 287.
2. Voy. Du Breul, Théâtres des a.ntiquités de Paris; Paris, 1639, p. 737.
xii AVAXT-PROPOS.
et encouragés, durent exercer une véritable influence en Lorraine.
Biiniej^ écrlx an d'Allemagne, en l'année 1772 :
« La suite de S. A. Électorale à Schwatzingen, pen- dant l'été, monte à quinze cents personnes, qui sont toutes logées à ses frais dans ce petit village.
« Pour un étranger qui traverse les rues de Schwa- tzingen en été, le village ne doit lui paraître occupé que par une colonie de musiciens qui se livrent constam- ment aux exercices de leur profession : ici, l'on entend un violoniste; là, un flûtiste; plus loin, un habile haut- boïste; puis, un basson, une clarinette, un violoncelle ou une réunion de tous ces instruments. La musique semble le principal et perpétuel amusement de S. A. ; les opé- ras, les concerts auxquels tous ses sujets sont admis for- ment le jugement et éclairent le goût musical de l'Élec- torat'. »
Plus loin, dans une lettre datée de Ludwigsburg, Técrivain anglais continue ainsi :
« Le duc de Wurtemberg est accusé de sacrifier à son goût pour la musique les intérêts de ses États et de son peuple; il est vrai que ses dépenses d'opéras excèdent la fortune de ses sujets et ne peuvent qu'accroître la dette publique. »
De son côté, et vers la même époque, Voltaire célé- brait ainsi le dilettantisme et la générosité de Léopold de Lorraine :
« Il prodiguait les présents avec cet art de donner qui est encore au-dessus des bienfaits; il mettait dans ces
I. Burncy, Voyage musical en Allemagne; traduction Le Roy.
AVANT-PROPOS. . xiii
dons la magnificence d'un prince et la politesse d'un ami... A l'exemple de Louis XIV, il faisait fleurir les belles- lettres; les arts, dans les Deux-Duchés, produisaient une circulation nouvelle qui fait la richesse des États. Sa cour était formée sur le modèle de celle de France, et l'on ne croyait presque pas avoir changé de lieu quand on passait de Versailles à Lunéville'.»
On connaît aussi la lettre à la comtesse d'Argental où Voltaire décrit les fêtes données par Stanislas dans ce petit château de Commercy que le roi s'amusait à em- bellir ; la musique ducale était alors très complète : des chanteurs et chanteuses célèbres faisaient les délices de la cour de Lunéville, parmi lesquels le père et la mère de M"" Favart.
« ...En vérité, écrit Voltaire, ce séjour est délicieux; c'est un château enchanté, dont le maître fait les hon- neurs...., etc. »
Il est vrai, comme le remarque l'éminent historien de la réunion de la Lorraine à la France, qu'on y repré- sentait tous les soirs et Brutus et Mérope et Zaïre- .
Tel était le pays, telle était la cour des derniers ducs de Lorraine.
Aussi bien, le lecteur n'a pas besoin d'une plus ample information pour apprécier l'intérêt que présente le curieux travail de M. Jacquot. Une plume autorisée l'a déjà présenté en partie au public, lors de la réunion à la Sorbonne des Sociétés des beaux-arts des départe- ments, et, comme l'a fort bien dit le savant rapporteur,
1. Voltaire, Siècle de Louis XIV.
2. D'Haussonville, Histoire de U réunion de lu Lorraine à h France.
nv AVANT- PROPOS.
M. Jouin : « M. Jacquot a tout interrogé, les verrières et les sculptures des églises, les tapisseries de la tente de Charles le Téméraire, les dessins de Claude la Ruelle, de Jean la Hière, les archives de sa région et l'œuvre gravé de cet homme étonnant, le Rabelais de l'eau- forte, Jacques Callot. C'est ainsi que Thistorien de la musique en Lorraine n'a rien omis des instruments en usage dans sa province, depuis la seconde moitié du XIV siècle jusqu'au règne de Stanislas. Des instru- ments, xM. Jacquot a passé aux musiciens et aux luthiers. C'est une histoire complète qu'il permet d'en- trevoir, et tandis que la pensée suit le narrateur en son récit, l'œil s'attarde à contempler les gravures, les eaux-fortes, les chromolithographies dont M. Jacquot, en homme vraiment prodigue, a enrichi son travail. Que de gais souvenirs, que de fêtes et de tournois rappellent ces virtuoses de tout ordre, qui jouent de la viole, de la cornemuse, de la flûte ou du psaltérion ! L'auteur a dédié son ouvrage à la Lorraine, sa province natale. Nous comprenons maintenant les attentions de l'historien pour son ouvrage, et le luxe et l'éclat des illustrations : il est d'un fils bien né de ne rien refuser à une mère en deuil '.» Nous n'ajouterons qu'un mot à cet éloge mérité : le goût des mêmes études devait nous faire apprécier tout particulièrement le chapitre consacré à la lutherie lorraine et à ses premiers travaux ; nous avons retrouvé dans cette revue rétrospective beaucoup de noms peu connus ou oubliés, bien lorrains, nullement alleniands, en dépit de certains musicographes d'outre-Rhin, en
I. Scaiicc klu 13 avril 1882.
AVANT-PROPOS. xv
quête d'ancêtres, dont le patriotisme va jusqu'à germa- niser les origines de la lutherie italienne. Il y a, dans cet intéressant appendice, des documents entièrement nouveaux et vine grande sincérité d'information.
La partie consacrée à l'industrieuse ville de Mire- court, — ce comptoir populaire de la lutherie française, berceau de nos luthiers parisiens, — complète heureuse- ment cette consciencieuse étude; c'est en même temps un hommage rendu à ces ouvriers lorrains qui, dès le commencement de ce siècle, s'essayaient à l'imitation des modèles italiens, et qui, en 1873, dignes émules des grandes Écoles de Crémone et de Brescia, envoyaient seuls, ou presque seuls, à l'Exposition universelle de Vienne des instruments qui ont été jugés dignes des premières récompenses'.
M. Jacquot ne pouvait mieux conclure.
J. G AL LA Y.
I. Voy. Rapports de l' Exposition de Vienne. Imprimerie nationale, 1874-
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LA
MUSIQUE EN LORRAINE
CHAPITRE PREMIER
MOSAÏQUE DE NENNIG, XV' SIÈCLE. — RENÉ I"' ET RENÉ II. — INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN USAGE. — PSAUTIER DE RENÉ II. —TAPISSERIES DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. — ÉGLISE SAINT-MARTIN DE PONT-A-MOUSSON. — COMÉDIES ET MYSTÈRES. — PROGRESSION DES INSTRUMENTS A ARCHET EN LORRAINE. — SAINT-GENEST ET LE VITRAIL DE LAXOU.
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ENNiG, petit village près de Sierck, ancien département de la Moselle , nous offre le plus ancien spécimen d'in- struments de musique du pays lorrain. C'est une belle mosaïque gallo-romaine de l'époque des Antonins , {if siècle). Découverte en 1853, elle mesure quatorze mètres de longueur sur huit
de largeur, et est formée de petits cubes d'environ im
3 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
centimètre, la plupart en marbre et les autres en pierre ou en pâte vitreuse'.
La décoration consiste en enroulements et en des- sins géométriques d'un bel effet, sur lesquels ressortent sept médaillons d'une exécution remarquable, représen- tant les jeux du cirque.
Fig. 2.
Le médaillon, placé au centre, du côté du nord-est, est le seul qui se rattache à notre sujet ; il montre deux joueurs d'instruments de musique : l'un tient un buccin, maintenu sur l'épaule au moyen d'un javelot à
I. M. s. Boulange, alors iiigcriicur des ponts et chaussées i Metz, a publié sur cette mosaïque une notice très intéressante dans la Revue de Met^ ec de Lorraine j 1854.
CHAPITRE PREMIER. • 3
double pointe, paraissant faire corps avec l'instrument; l'autre est placé derrière un orgue, dont il touche pro- bablement le clavier; il est caché par les tuyaux, que sa tète dépasse ; on aperçoit sur les côtés du socle les deux réservoirs hydrauliques. Ce médaillon a i'",4^ de diamètre. Nous en donnons ici une reproduction (fig. 2).
Vitruve, qui vivait dans le siècle qui a précédé la naissance de Jésus-Christ, a minutieusement décrit l'orgue hydraulique; il explique qu'il était muni d'un cla- vier correspondant aux tuyaux; que l'instrtiment en comportait quatre, six, ou huit; le maximum était donc alors d'une simple octave; mais, depuis cette époque, leur nombre a constamment augmenté ; ainsi, celui que représente la mosaïque de Nennig en a douze. Une sculp- ture antique du musée d'Arles donne la figure d'un orgue à douze tuyaux ; ime autre sculpture, malheureusement dégradée, du même musée, en fait voir im qui a dix tuyaux; le Magasin pittoresque de l'année 1872, qui en donne les gravures, renferme ime excellente étude sur les orgues.
Dans l'antiquité, on désignait indifféremment un orgue par les mots latins organum ou hydraulus, parce que l'eau jouait un rôle important, soit pour diriger le vent qu'on tirait des outres (l'usage du soufflet était alors inconnu), soit pour donner de la^ qualité au son, soit pour toute autre cause ; mais les explications de Vitruve et des anciens auteurs n'ont jamais été comprises, et on en est réduit à de simples conjectures.
La mosaïque de Nennig montre six épisodes diffé- rents des jeux du cii-que ; la préparation de ces diverses scènes devait prendre un certain temps, et l'on peut penser, en voyant le groupe des musiciens qui y figure, qu'on exécutait des morceaux de musique dans les inter-
4 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
mèdes. Cette belle mosaïque dépendait probablement d'une de ces villas que les riches citoyens de Trêves avaient fait construire sur les bords de la Moselle ; elle a été récemment protégée par la construction d'un léger édifice qui la met à l'abri de l'intempérie du temps et de la dévastation des hommes; chaque année elle est visitée par de nombreux touristes.
Nous ne nous occuperons des instruments de musique employés en Lorraine qu'à partir du règne de René I", car, avant cette époque, leur histoire se confond avec celle des instruments usités en France, et, voulant rester dans l'exacte vérité, nous avons tenu à ne nous en rap- porter qu'aux documents authentiques, c'est-à-dire aux archives ; ces archives ne datant que du règne de René II, nous avons consulté l'excellent ouvrage de M. Lecoy de la Marche sur le roi René \". On y trouve des détails qui nous indiquent clairement quelles sortes d'instruments de musique étaient joués à la cour de Lor- raine et à celle de Provence.
René !"■ avait beaucoup de goût pour tous les arts en général et pour la musique en particulier', qu'il avait apprise, dit-on, à la cour du duc Charles de Lorraine, son beau-père, musicien lui-même.
Avant de citer les principaux instruments employés, nous rappellerons que René 1" et sa femme Isabelle fon- dèrent en Provence (1449) une maîtrise de douze chantres; les chantres et chapelains devaient faire « beaux services » devant le roi et la reine', les suivre pendant leurs voyages, et ils n'étaient reçus comme pensionnaires de la chapelle qu'après avoir été entendus par ces souverains.
Un certain Philippe Maydon, originaire de Sei-
1 . C'est Villeneuvc-Bargemoiit qui le dit. T. 37.
2. Notes sur René I" ; Lecoy de la Marche.
CHAPITRE PREMIER. 5
gneuUes (duché de Bar), qui fut appelé à Saumur, ne rem- plit pas les obligations exigées et fut renvoyé.
Inutile de citer tous les chanteurs itahens et proven- çaux qui l'vinrent à la cour, car nous ne nous occupons que des Lorrains, mais ils furent en grand nombre. Leur costume se composait d'une livrée aux couleurs du roi de Sicile ou de robes de « migraine » (demi-écarlate), doublées de fourrure de gris.
René I" s'intéressait, même à l'étranger, aux artistes musiciens et n'épargnait rien pour les décider à venir se fixer à sa cour.
La musique de « sa Chambre « était aussi bien organi- sée que la musique de « sa Chapelle ». La majeure partie de cette musique se composait surtout de « tabourins ». On désignait par ce nom les ménestrels qui jouaient du tam- bour et souvent en même temps du hautbois. Venaient ensuite la fliite, la musette et le chalumeau de cornemuse, le doux de mer ou doidcemer, qui n'était autre chose que la douçaine, appelée plus tard « ténor de hautbois ». Un spécimen de cet instrument existe au musée d'Epi- nal ; la harpe (René I" en acheta une en Italie, en 1448, à Veri de Médicisj, le luth, le choro, le manicordion, la timbale recouverte de cuir noir, le cor en verre émaillé, en corne ou en bois, et enfin la guiterne ou guitare. Tous ces instruments se trouvaient dans son château d'Angers; ils furent également employés pendant son séjour en Lorraine et pendant le reste de son règne, qu'il passa en Provence, puisqu'il est rendu compte d'un fameux ballet qui fut dansé par le roi et la reine de Sicile, à Nancy, devant toute la cour de France, en 1445^ à l'oc- casion des noces de la princesse Marguerite d'Anjou et du roi d'Angleterre. Il y fut dansé, parles plus hauts per- sonnages, tels que la reine Isabelle de Lorraine, la
6 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
duchesse de Calabre, la Dauphine, Marie de Bourbon, Marguerite d'Ecosse, etc., des danses et des pas doubles, reculés, etc., sans oublier la fameuse basse-danse de Bourgogne.
On se servit, sans contredit, en cette occasion, de tous les instruments dont nous venons de parler.
Non seulement René I" était grand amateur de musique, mais il était aussi passionné de peinture ; il fit quelques miniatures. A ce propos, nous avons recherché avec intérêt les diverses œuvres de ce genre qui se pro- duisirent à sa cour et qui sont connues sous les noms de : Manuscrit du roi René, Diurnal du roi René, Psautier du roi René, etc. Nous ne nous occuperons que de la miniature représentant un concert. Elle orne une des pages du magnifique psautier qui se trouve à la biblio- thèque de l'Arsenal de Paris; nous en avons pris la copie, et elle sert de frontispice à notre ouvrage.
Il est parfaitement établi aujourd'hui que ce psautier n'appartenait pas à René I", mais bien à René II : en efîbt, on n'a qu'à remarquer la quinzième miniature repré- sentant la Procession du roi René. Le dais qui abrite les différents personnages est orné des armes du prince, et ces armes indiquent bien, par les deux derniers compar- timents, qui sont ceux de Philippe de Gueldres : « parti d'azur au lion d'or contourné et d'or au lion de sable », que c'est sous le règne de René 11 que fut fait le psau- tier, puisque Philippe de Gueldres était la femme de ce dernier. Pour avoir des détails complémentaires, on peut consulter l'excellent ouvrage de M. Lecoy de la Marche, déjà cité, et la note insérée dans le Journal de la Société d' ArchJologic lorraine (1880) par M. Léon Germain, le sym- pathique et obligeant bibliothécaire adjoint de cette So- ciété. Il faut insister sur cette restitution afin de faire bien
CHAPITRE PREMIER. 7
connaître l'époque à laquelle la miniature fut faite; et cette rectification n'est pas sans intérêt musical, car il s'agit de savoir si, à cette époque (vers 1485 ou 1487), on employait encore en Lorraine les instruments représentés sur la miniature du concert. On peut donc maintenant s'en tenir à cette date. Du reste, en parlant de la musique sous René II, nous reviendrons sur ce sujet.
René I" conservait encore l'administration des affaires du duché de Bar, quoiqu'il fût en Provence, puisque, par une ordonnance datée de 1478, il nomma Jean de Cour- celles roi des ménestrels du duché de Bar, en remplace- ment de Jean Durand, décédé'.
René I" mourut le 10 juillet 1480.
René II avait été reconnu duc en 1473, ^ ^^ rnort de Nicolas d'Anjou, qui n'eut pas d'enfants.
René voyagea en Italie; il fut très bien accueilli par les Vénitiens, qui lui donnèrent le commandement de leur armée, et remporta plusieurs victoires importantes. Ceux-ci le comblèrent de présents et lui offrirent le drapeau de la République. 11 en fit faire un dais superbe, qu'il donna, à son retour à Nancy, à l'église Saint- Epvre.
Il est certain qu'il remarqua le développement des idées musicales en Italie et qu'il s'appliqua à les encou- rager dans son duché. Nous ne trouvons dans l'inventaire des Archives, pendant le règne qui précède celui de ce prince, que la note suivante, datée de 1462-63, concer- nant la chapelle des ducs : « Sommes payées aux enfants et aux chantres de la Chapelle' ».
Mais, à partir du règne de René II, les documents
1 . Archives des Bouches-iu-Rhâne, B. 274, f° 112 v°. Lecoy de la Marche, Vie du roi Rem.
2. Archive!; B. 969.
8 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
sont beaucoup plus nombreux. Ce prince recompensait largement les musiciens ; en voici quelques preuves :
En 1474, dans un voyage qu'il fit à Montargis, cer- taines sommes d'argent furent distribuées aux taboiirins de cette ville' ainsi qu'à un joueur de manicordion de Paris, en 1485.
La collégiale Saint-Georges, ou église paroissiale des ducs, occupait l'emplacement actuel de la petite place Carrière et faisait suite au palais. Les principaux orga- nistes de cette église furent Simonet de Billy (1480), puis messire Hugo, prêtre.
René 11, devenu duc de Bar, donna, en 1488, un règlement à la collégiale Saint-Maxe, pour l'entretien de la musique et des enfants de chœur" . Ce prince faisait venir non-seulement des instrumentistes des pays étran- gers, mais aussi des instruments : en 1489, une somme fut donnée à un Allemand qui lui avait apporté des orgues^. 11 donnait des pensions à ses musiciens, même aux tabourins : Hermant de la Blasche fut de ce nombre, en 1489* : il faut dire que les tambours jouaient, à cette époque, un très grand rôle dans toutes les cérémonies; pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire la description du baptême d'Antoine, fils aîné de René II et de Philippe de Gueldres (4 juin 1489) ^ « Au diner, les services s'appor- toient en cérémonie, au son des tambours, fifres et trom- pettes ; pendant toute la durée du repas, il y eut musique composée de toutes sortes d'instruments. Après ce festin, le bal qui suivit dura deux heures. »
1 . Jrch. de .M. et M. B. 982.
2. fbid. — 534.
3. Ibid. — B. 996.
4. Ibid. — C. 7)i8. 5 . Histoire de Nuncy. Lionnois.
CHAPITRE PREMIER. 9
La figure n" 3 représente les principaux person- nages qui se trouvent sur les tapisseries ayant garni la tente de Charles le Téméraire et prises par le duc de Lorraine, après la bataille de Nancy (1477). On y remarque un tabourin, tenant d'ime main lui tambour, et de l'autre une Jlii te à bec; les tabourins jouaient souvent
Fig- 3.
des deux instruments à la fois. Le joueur de luth porte le costume des troubadours; il est placé à côté d'un person- nage appelé harpeiw, ayant une harpe portative, sem- blable à celle d'une des miniatures du psautier; mais cette harpe est suspendue au cou de l'exécutant afin de lui lais- ser les deux mains libres. La harpe ou la lyre était le même instrument, auquel on donnait la première déno- mination lorsqu'on le portait suspendu au cou, le jouant
lo LA MUSIQUE EN LORRAINE.
des deux mains, et la seconde, lorsque l'artiste ne jouait que d'une main, tenant l'instrument de l'autre.
On pense que ces tapisseries avaient été faites à Arras pour le duc de Bourgogne ; elles sont actuellement au palais ducal de Nancy.
Il y avait, à cette époque, une très grande variété de
^,, '.Jip^-^,,-
Fig- 4-
flûtes ; la figure 4 en représente plusieurs sortes prises sur ces mêmes tapisseries : c'est d'abord la flûte à emboîtements, puis l'autre (fig. 5) se terminant comme le pavillon de nos modernes clarinettes. C'était un instrument fort apprécié au xv' siècle ; René II aimait beaucoup à en entendre jouer; dans plusieurs de ses voyages à Paris, en 1491, il fît venir et payer des joueurs de flûte pour le distraire.
Nous nous occuperons maintenant de la miniature
CHAPITRE PREMIER. ïl
que nous avons copiée sur le psautier du duc, lequel, ainsi qu'il a été dit plus haut, fut exécuté pour René II qui, on le sait, portait le titre de roi de Sicile, quoiqu'il ne possédât pas le royaume ayant appartenu à son grand-père maternel.
Fig- S-
Ce psautier passa, à la mort de ce prince, entre les mains de sa femme, Philippe de Gueldres, qui se retira alors chez les Claristes de Pont-à-Mousson, où elle mou- rut. C'est un frère mineur de l'ordre des Cordeliers qui le fit. René II avait fondé à Nancy, en 1477, un couvent de cet ordre. Cet établissement ne fut achevé qu'en 1484 ; sans vouloir préciser que ce livre y fut exécuté, la date de son exécution se rapporte bien à la fondation de ce
12 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
monastère ; on peut même supposer que c'est comme marque de reconnaissance que ce religieux l'oftVit au duc. Ce sont bien, en effet, ses armes qui sont placées au parement du dais à la quinzième miniature, dite la Procession ; ce sont encore les mêmes à la sixième, inti- tulée le Concert, ornant les bannières des trompettes dont se servent deux musiciens ; cette dernière minia- ture est reproduite au commencement de notre ouvrage. On y remarque également des flûtes à bec et un olifant d'ivoire, semblable aux mêmes instruments employés en France à cette époque. La vièle jouée par le per- sonnage vêtu d'une demi-robe ou pourpoint blanc et rouge, montre la transformation du rcbec en Lorraine vers 1487. Cette vièle n'est plus montée de trois cordes comme le rebec, mais bien de quatre ; la table en est plane comme celle de la guiterne, et les échancrures permettent déjà à l'archet de se mouvoir plus aisément ; la tête de l'instru- ment est renversée de la même façon que celle du luth; lesy/n'existent pas, mais sont remplacées par deux ouver- tures, l'ime circulaire, l'autre allongée, et se trouvant dans la partie supérieure delà table. Cette table était de sapin, à en juger par la teinte jaune qui la recouvre, tandis que les éclisses, ou côtés, et le dessous sont bruns. L'archet est curieux : il est courbé et a la forme d'un arc ; les crins ne sont attachés à la baguette qu'au-dessus d'une sorte de poignée. Les cordes sont fixées de la même manière que les cordes de guitare, c'est-à-dire à l'aide de petits boutons à tige, enfoncés dans im chevalet assez primitif, haussant les cordes.
Le psaltérion qui se trouve sur une table placée de- vant \\n exécutant, à la droite de la miniature, est sem- blable à celui que nous avons retrouvé dans l'église Saint- Martin de Pont-à-Mousson.
CHAPITRE PREMIER.
A ce propos , dans une notice ' sur l'église de la commanderie de Saint-Antoine de cette ville (Saint-Martin
Fig. (3.
actuelle), M. l'abbé Charles Hyver, archéologue distingué, a fait une erreur très pardonnable aux personnes qui ne connaissent pas bien exactement les anciens instru- ments de musique ; il dit que :
I . Journal di la SocUté d'Archéologie lorraine.
14 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
« La rondeur du pilier est brusquement coupée à la hauteur des deux anges sculptés dans la pierre, l'un por- tant un c'ciisson sans armoiries, l'autre jouant d'un instrii-
V'S- 7-
ment bigarre, avec lequel il semblait faire sa partie dans un orclieslre disparu. » Ce n'est pas un écusson que tient l'ange {hg. n"6), mais bien un psaltérion, semblable par sa forme à celui qui est placé sur la table à la miniature du psautier.
CHAPITRE PREMIER.
Comme ces deux sculptures étaient peintes dès leur origine, il est certain qu'en les recouvrant du badigeon qui subsiste encore on a fait disparaître la trace des cordes représentées sur ce psaltérion. Ce qui achève de le prou-
Fig. 8.
ver, ce sont les deux plectrums dont se sert l'ange pour toucher les cordes.
Quant à l'autre personnage (fig. n° 7), c'est simple- ment de l'ancienne cornemuse à chalumeau qu'il joue. On se servait donc, au xv' siècle, de ces instruments de musique dans les églises lorraines.
La construction du jiibe, et par conséquent l'exécu-
i6 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
tion des sculptures de ces deux anges, paraît être aussi de la fin du xv° siècle. M. Henri Lepage, dans son re- marquable ouvrage sur les Communes de la Metirthe, dit, à propos de cette église : « Le 6 janvier 1355, Charles, roi de Navarre, donne aux frères de Saint-Antoine de
' — ' " .^ - .1-- ^:ff ^
Fig. 9.
Pont-à-Mousson une somme de deux cent cinquante ilo- rins d'or, pour ctrc employés par lesdits frères, tant aux besoins pressants de leur maison, qu'au rachat de rentes perpétuelles dans la ville, à la charge de célébrer trois messes par semaine dans leur église. »
L'emblème du blason des Antonistes était, comme on peut le voir sur celui qui est au-dessous de l'ange
CHAPITRE PREMIER. i;
représenté figure 7, un T majuscule noir, sur fond d'or. (La même lettre sert d'armoiries à la ville de Toul.'i
Parmi les antres instruments en usage à cette époque en Lorraine, nous en avons retrouvé de différentes
sortes ; du reste, le plus grand nombre est dans les sculp- tures de cette église, une des plus ridies de ce genre, de notre pays. La figure 8 montre un d!.zcoi\ie joué par un ange.
Cet instrument fut employé d'abord comme diapason,
3
i8 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
c'est-à-dire qu'il donnait la note aux chanteurs. On s'en servit ensuite comme de contrebasse à cordes pincées, pour marquer les temps forts; c'est ainsi qu'il doit être considéré.
La figure n" 9 représente un ange jouant d'un ins- trument qui est complètement inconnu de nos jours, et dont nous n'avons pu retrouver ni la description ni le dessin dans les ouvrages, cependant si complets, de MM. Fétis, Coussemacker, etc. C'est une sorte de haut- bois ayant un réservoir d'air assez semblable à celui des cornemuses, mais plus petit. Ce réservoir se trou^'e dans la partie supérieure; nous pensons qu'il était en peau, et fournissait ainsi l'air nécessaire pour produire des sons continus et ne pas trop fatiguer l'exécutant. Nous avons eu la bonne fortune de trouver ce spécimen d'instrument, et nous nous empressons de le porter à la connaissance du monde musical.
L'ange que nous avons dessiné et qui porte le n" 10, joue de Vorgiie portatif à tuj'aux.
A ce propos, le savant architecte Viollet-le-Duc dit, dans son Dictionnaire raisonne du mobilier français :
« Ce n'est guère qu'au xvi" siècle que ces instru- ments paraissent être perfectionnés » ; et plus loin : « Ces orgues de main étaient fort prisées dans les fêtes civiles, car il ne parait guère qu'on les ait admises dans les églises, où l'on se servait de grandes orgues pneumatiques. » 11 est évident qu'elles étaient en usage en Lorraine, dans les églises, pour l'accompagnement des voix, puisque nous en reproduisons ici un spécimen qui existe encore dans l'église Saint-.Martin de l'ont-à-Moussson. Le souf- flet se trouve de coté et fonctionne à l'aide de la main gauche de l'ex-cutant, tandis que la droite touche le clavier. On compte trois rangées de quatre petits tuyaux
CHAPITRE PREMIER. 19
et deux gros^ qui se trouvent à l'extrémiti supérieure. L'instrument est supporté parle genou gauche de l'ange. Quelques personnes prétendent que ces instrimients por- tatifs n'ont jamais existé, à cause de l'exiguïté du mé- canisme. D'abord, les sculpteurs et les peintres ne les auraient pas placés entre les mains de leurs person- nages s'ils n'avaient eu sous les yeux ces véritables ins- truments ; d'ailleurs, les artistes du moyen âge avaient l'habitude de reproduire exactement, avec les plus minu- tieux détails, tout ce qui était en usage dans ces temps ; ensuite, le mécanisme en était fort simple et devait être semblable à celui des orgues modernes à tuyaux, dites orgues de Barbarie, dont la serinette de Mirecourt est un diminutif.
Voici les noms des organistes de la chapelle des ducs, que nous avons retrouvés dans les Archives, et qui vécurent sous ce règne :
En 1438, messire Jacob, prêtre et maître des orgues de la collégiale Saint-Georges.
Fin du xv^ siècle, messire Hugo, prêtre et organiste ; Bertrand Lallement, Jean Guillaume, Simonet de Billy (1480-1481). Tous ces organistes se servirent de grandes orgues qui étaient en usage dans les églises de Nancy depuis 1487. Ce fut le fameux Pellegrin qui fit les pre- mières orgues à tuyaux qu'on ait vues à Nancy (1487) ; elles furent placées dans la collégiale Saint-Georges et transférées, en 1744, à l'église Saint-Pierre.
Les comédiens étaient en grande faveur à la cour de René 11, et, si nous en parlons, c'est que nous voyons la musique constamment usitée dans les représentations de mystères religieux, et que les coincdieiis devaient forcé- ment être aussi musiciens, puisque depuis 141 2 les cluvurs étaient mêlés aux vers qui se débitaient dans ces sortes
4
CHAPITRE PREMIER. 21
payj latal que sous le règne du duc Antoine, où on le rctn vera. On pense qu'il naquit vers 1460.
n 1506, la vie de sainte Barbe, et, en 1512, le Mys re de la Résurrection, terminent ce genre de spec- li sous le règne dont il est question ici. Les joueurs ^: il 1 préludaient à l'exécution de ces mystères; nous voyr ; qu'en 1492 et 149^ on donna 18 francs 4 gros à des Allei '«is, joueurs de lutli icet instrument se nomme dans la la ;iie allemande Laute ; d'où le nom de Lautenma- cher iithier) ; pareille somme fut donnée à des tabaurins suissi et à Hermant de la Blasche, tabourin du duc en i4!!8
; prince anoblit plusieurs musiciens de sa cour, parm lesquels Jean Payrel (14931, son tabourin, et Fran- ■çois ouvet, son trompette '. Les tabourins du duc de V'ale inois et du roi de France Louis XI furent récom- penst par le duc de Lorraine pour avoir joué devant lui. ( lui-ci n'oubliait jamais, pendant ses voyages, lors- qu'il irrètait dans une ville, de faire venir les méné- triers t d'écouter quelques chansons, accompagnées de dirf'ér its instruments ; ainsi, en 1494, une somme fut donri' aux ménétriers de Metz qui vinrent jouer devant Jui, . lieu de Got"e, le jour de carême preuaut f mardi gras)
1 chapelle était composée d'un nombre assez con- sidén le de chanteurs, puisque les gages donnés, en 1492, lux chantres et aux enfants de chœur, étaient d'une omme assez élevée. En 1499, le maître de cette chape 3 était le fameux Pierrequin de Thérache, dont •on rei arque le nom bien souvent dans les comptes con- servé.' lux Archives. Dans la Biographie des musiciens de
chivcs de Meurthc-et-Mosclle, B. 8.
20 LA MrSlOUE EX LORRAINE.
de spectacles. Les accords et accompagnements des ins- truments venaient également y marier leurs sons et accompagner les voix.
Il serait trop long d'énumcrer toutes ces comcdies ou farces; nous ne citerons que les principales: l'A^'ocalifse Sainct Jehan, jouée à Metz en 141 2, et qui dura trois journées.
Une cérémonie exactement semblable à celle qui a lieu encore de nos jours en Bavière, à Oberamergau, re- présentant la Passion de Jésus- Christ, eut lieu à Metz pendant trois jours du mois de juillet 1437. Ce fut un prêtre qui remplit le rôle divin. Qu'on ne s'effraye pas de la quantité des actes! Il y en avait cinquante -trois, non compris les chœurs d'anges, de diables, de nymphes, etc. Le même mystère fut joué à Paris le 13 novembre 1417, jour de l'entrée de Charles VII.
Le plus ancien des mystères représentés en Lor- raine est de l'année 1474; puis, en 147B, à Saint-Nicolas- du-Port, on joua devant René II le Jeu et Feste Jii glo- rieux Saiiict Nicolas, mystère de Jacquemin Berthemin ou Barthélémy, tabellion de Nancy ; dans la même année, ime troupe de comédiens nomades, qui s'appelaient les Galaiis sans souci, jouèrent ime farce devant le duc ; en 1487, Pellcgrin, le fameux constructeur d'orgues, fit jouer à la cour le Jeu de Sainct Georges '. Enfin, de 1495 à 1497, on représenta dans une des salles du château, en présence de René, le Jeu et /este de Monsieur Sainct Xicolas.
La plupart de ces mystères étaient composés par Pierre Gringore, poète qui, selon toutes probabilités, pa- rait être d'origine lorraine, mais qui ne revint dans son
I . l'.ludcs sur te thcâire en Lorraine et sur Pierre Gringore, par M. Henri Lcpage, dans les Mc'moircs de l'.Académie de Stanislas, année 1848.
CHAPITRE PREMIER. 21
pays natal que sous le règne du duc Antoine, où on le retrouvera. On pense qu'il naquit vers 1460.
Mn 1506, la vie de sainte Barbe, et, en 1512, le Mystère de la Résurrection, terminent ce genre de spec- tacles sous le règne dont il est question ici. Les joueurs de luth préludaient à l'exécution de ces mystères ; nous voyons qu'en 1492 et 1493 on donna 18 francs 4 gros à des Allemands, joueurs de luth (cet instrument se nomme dans la langue allemande Laute ; d'où le nom de Lautenma- cher, luthier) ; pareille somme fut donnée à des taboiirins suisses et à Hermant de la Blasche, tabourin du duc en 1488.
Ce prince anoblit plusieurs musiciens de sa cour, parmi lesquels Jean Payrel (1493), son tabourin, et F^ran- •çois Bouvet, son trompette '■. Les tabourins du duc de Valentinois et du roi de France Louis XI furent récom- pensés par le duc de Lorraine pour avoir joué devant lui. Celui-ci n'oubhait jamais, pendant ses voyages, lors- qu'il s'arrêtait dans une ville, de faire venir les méné- triers et d'écouter quelques chansons, accompagnées de différents instruments ; ainsi, en 1494, une somme fut donnée aux ménétriers de Metz qui vinrent jouer devant lui, ait lieu de Garnie, le jour de carême prenant (mardi gras).
La chapelle était composée d'un nombre assez con- sidérable de chanteurs, puisque les gages donnés, en 1492, aux chantres et aux enfants de chœur, étaient d'une somme assez élevée. En 1499, le maître de cette chapelle était le fameux Pierrequin de Therache, dont •on remarque le nom bien souvent dans les comptes con- servés aux Archives. Dans la Biographie des musiciens de
I. Archives de Meurthe-et-Moselle, B. 8.
23 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
Fétis se trouve un nom à peu près semblable ; voici ce que dit à ce propos cet auteur :
« Pierre de The'rache, musicien français, de la cha- pelle de Louis XII, roi de France, suivant les comptes de cette chapelle (manuscrit de la Bibliothèque natio- nale de Paris, F 540 C du supplément), est connu par les motets à quatre voix, Sénat us apostolorum, etc., qui se trouvent dans les premier et deuxième livres des mo- tetti de la Corona, imprimés par Octavien Petrucci, à Fossombrone, en 1513 et 1519. »
Fétis ne connaissait pas Pierrequin ; il est bien prouvé que ce furent deux personnages distincts, et il est à sup- poser que les deux frères ou les deux cousins, se nommant tous deux Pierre, ont été appelés, l'un Pierre, et l'autre Pierrequin, afin de ne pas être confondus. Ce dernier conserva la charge de maître des enfants de la chapelle jusqu'en 1527 '; il eut sous sa direction Jean du Four, Icnoriste, et composa beaucoup de musique pour la cha- pelle.
Une somme fut payée, en 1492, « à Guyot Turbert, pour une orgue de paille qu'il a apportée pou)- le ro]- {René 11^, laquelle il a achetée de luj- six vingt escu:^ d'or. >. Cet orgue de paille n'est autre que la flûte de roseaux primitive, montée comme les orgues portatives à tuyaux, dont il est parlé dans l'ouvi-age déjà cité de M. Viollet- le-Duc.
Dès la fin du xv siècle, les ménétriers de Lorraine formaient une corporation. En 1490, René H, « sur les plaintes qui lui aroient esté f aides des abus glisse^ dans ses Etats et pays p.\r l'ignorance du temps, dans l'art et mes-
TIKK DE JOUEUR DE VIOLON ET AULTRES INSTRUMENS, dcsqUcls I . archives. B. 1037.
CHAPITRE PREMIER. 23
arrivoient tous les jours de grands iiiconvénieus avoit establi ung maistre dudict mestier, avec pouvoir de créer des lieu- teiians particuliers, partout où besoin seroit, pour reprimer les abuSj et les muleter d'une amende de quarante sols. » Le même édit défendait aux joueurs de violon et autres de jouer sans avoir été hantes, c'est-à-dire admis dans le lian ou corporation. Ce mailre de violon se nommait Jehan Darmurot '.
Puisque nous venons de parler des joueurs de violon, donnons quelques détails sur les différentes progressions de cet instrument. Le rebab arabe est le premier instrument à archet connu; du reste, nous avons lin- tention de publier plus tard un otivrage spécial sur la lutherie artistiqtie, avec des explica- tions complémentaires, qui ne seraient pas à leur place dans ce livre; voici ces transformations.
Le rebab arabe fut importé en Europe par les croisés et les Maures d'Espagne, puis transformé en instrument joué par les Bretons et appelé crouth ; vint ensuite la rubebe ou rebelle, qui apparaît vers le ix** siècle ; ici on trouvera im spécimen représenté sur un sceau d'ime corporation de ménétriers.
On y remarqtie les cinq cordes, la tirette, les cinq chevilles, les larges ouïes, la forme allongée de ce curieux instrument et l'archet terminé par une petite boule qui se trouve à sa gauche. Une étoile et un crois- sant sont placés des deux côtés ; tme croix et l'inscription :
Fig. II.
I. Les Archives de Nuncy, .M. Henri Lepage.
24 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
5 (qui veut dire sigilliim, sceau) et ces mots : Perinet le ménetreil, l'entourent (figure ii).
La gigue est une variété de la rubcbe ; elle était em- ployée en Lorraine en 1487.
La troisième progression est le rcbcc, qui apparaît au xin" siècle et qu'on employa jusqu'au xvir.
La vicie est la transformation du rcbec et de lurubébe; on pense que cette transformation eut lieu vers le xi^ siècle.
La j'icle avait, à cette époque, de trois à cinq cordes ; à partir du xn" siècle, elle en eut quatre et cinq. On s'en servit jusqu'au XV', tant en France qu'en Lorraine; c'était le plus noble des instruments à cordes et celui qui exi- geait le plus d'habileté ; aussi n'était-il joué que par les ménestrels les plus distingués. La vièle, qui est repré- sentée sur un des chapiteaux du porche de l'église abba- tiale de Vézelay, est du xii" siècle et n'a que quatre cordes. Ce spécimen de vièle porte ces cordes assemblées deux par deux, passant sous un cordier et sur une sorte de chevalet. Le cheviller est recouvert. Vers le miheu du XV' siècle, la vièle a la forme d'une guitare moderne ; le milieu en est déprimé, pour faciliter le dégagement de l'archet.
La vièle était employée à la môme époque en Lor- raine et en France; celle que l'on voit entre les mains de saint Genest, représenté sur un vitrail dont nous parlerons phis loin, est semblable à la vièle qui était entre les mains de la statue du même saint, sur le portail de l'ancienne église des ménétriers de Paris; toutes les deux étaient des vièles à quatre cordes. Saint Genest était honoré en France et en Lorraine comme patron des ménétriers. Saint Goëric fut aussi choisi par les musiciens de Nancy, sous le règne de Wcnc II, et lors de la fête de ce sainr,
CHAPITRE PREMIER. 25
le prince leur donnait une certaine somme d'argent pour solenniser ce jour à leur façon.
Les chantres et les enfants de chœur de la chapelle avaient choisi le jour de la Sainte-Cécile, comme on le verra plus tard.
Nous lisons, à propos de la vièle, dans l'ouvrage de AI. Vidal : les Instruments à archet (page 31), la note sui- vante, qui indique bien que c'est de la vièle à quatre cordes employée à cette époque qu'il est question au xive siècle.
« Lajigure d'un jongléour tenant ceste forme de vielle ou viole se voit en bosse au coste de.\tre du portail de l'église de Saint-Julien-des-Ménestriers assise en Paris, en la rue Saint-Martin. » Cette statue représentant saint Genest, patron des ménétriers, datait de la fondation de l'église, en 1335 ; nous trouvons pltis loin cette note :
« Aux deux côtés de l'entrée de l'église furent placées les statues des deux patrons ; celle de saint Julien, à gauche ; à droite, celle du mime saint Genès, en costume de ménes- trier et jouant d'une vielle à quatre cordes. » Les joueurs de vièle firent des règlements en [337, et formèrent les cor- porations des ménestrels. En 1407, ces règlements furent renouvelés, et, comme il y avait des dessus et des basses derebec, ils s'intitulèrent: Ménestrels, joueurs d'instruments tant hauts que bas.
La vièle, que quelques personnes ont confondue avec la rote, instrument à roue passant sur des cordes, et dont nos petits Savoyards jouent encore, la vièle, disons-nous, fut complètement abandonnée à la fin du xvf siècle ; ce fut la cinquième progression qui la remplaça ; la viole fut employée généralement ; du reste, les violes italiennes datent du xvi° siècle.
Mais revenons à notre vitrail, La fΣrure 12 en
26 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
montre la photogravure obtenue, grâce à l'obligeance de M. Emile Jacquemin, de Nancy, à qui appartient cette intéressante peinture sur verre, provenant de l'ancienne église de Laxou, aujourd'hui démolie. Heureusement, M. Jacquemin a fait mettre de côté ces précieux débris, qui nous ont permis de reconstituer ce vitrail et, par conséquent, l'instrument de musique lorrain représenté.
Laxou remonte à une époque éloignée ; son nom est mentionné dans plusieurs titres du xii' siècle; il est qualifié de r/V/c et dépendait de la seigneurie fon- cière de Lenoncourt; cette seigneurie appartint aussi aux Chartreux. Elle eut le droit de patronage et de collation de la cliapclle Saiut-Geiwsl , érigée en l'église paroissiale. A une époque ant.jrieure au xv" siècle, Laxou possédait déjà une église ou une chapelle ; on pense que cette dernière fut enclavée dans l'église construite ensuite; celle-ci a été démolie pour faire place à un édi- fice modei-ne. En 1501, Bernardin de Lenoncourt, con- seiller et chambellan de René 11, cède u tout le droit qu'il pourvoit avoir, comme héritier de Philippe de Leiio)i- court, en la chapelle monsikur sainct Glnoys de la ville de Laixou ' » .
La construction de la première partie de l'église remonte à la fin du xv' siècle. Dans le pan de l'abside où l'on avait percé l'entrée de la sacristie, et tout juste au-dessus de la porte , on a mis à découvert, en 1852, un buste d'homme tenant d'une main une espèce d'instrument de musique exactement fait comme un basson, et de l'aiure main \m livre dans lequel il semble lire.
1. La Commit es de lu Ateiin/ie^ p.ir Hc;iri I.cp.igo.
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CHAPITRE PREMIER. 37
Le patron de Laxou est saint Genest. Donnons main- tenant les détails de ce vitrail {ûg. 12).
On y remarque saint Genest portant le costume des ménétriers du xv" siècle; les caractères anciens contenus dans l'auréole faisant le tour de la tète du saint portent la mention : S'' Genestus. Au-dessus de la figure sont des ornements entrelacés de chardons. A droite est im ange jouant du luth; la vièle à archet, représentée entre les mains du patron des ménétriers, a, comme nous l'avons déjà dit, quatre cordes. Cet instrument est carré à la base et porte sur sa partie supérieure deux chevalets; les ouïes sont très larges; la tète, renversée comme celle du luth, est percée de quatre trous, dans lesquels sont enfoncées les chevilles; le costume est très-intéressant, ainsi que les vêtements des deux donateurs du vitrail qui sont représentés aux pieds du saint. Ces personnages tiennent de gros chapelets. 11 existe aussi dans l'église de Beaufremont (canton de Neufchàteau, Vosges), une pierre tiunulaire dans les ornements de laquelle est un ange jouant de la vièle à quatre cordes. La forme de cet instrument est semblable à celle du psautier de René 11. Les scidptures de cette pierre font supposer qu'elle est de la fin du xnr ou du commencement du xiv'' siècle.
Parmi les compositeurs lorrains, nous ne connaissons, à cette époque, que Wollick Nicolas, né vers 1456 au vil- lage d'Ancerville , près de Bar-le-Duc ; il fut maître es arts au collège de Metz, se rendit plus tard à Paris, où il fit, en i$oi, un ouvrage sur le plain-chant, la solmi- sation, les tons de la musique mesurée et le contre- point.
Ce livre, écrit avec méthode, est beaucoup plus sub- stantiel que la plupart des traités de musique de la même
2S LA MUSIQUE EX LORRAINE.
époque'. Il est aussi question dans les Archives, d'un organiste de Saint-Dié qui accompagnait Renj dans cer- tains voyages :
u .1 Messifc Antoine de Hoiigarde, chantre de Saint- JJit'-, organiste^ que le rqy lui j donne quatori^e florins d'or, à sçai'oir : quatre florins pour un manicordion, et dix florins d'or fonr aider à sa despence pendajit qu'il sera à Bar, devers le roj--. »
Les musiciens en Lorraine payaient un droit annuel qui était fixé à la somme d'une livre huit sols.
Les maîtres de chapelle jouissaient d'une prébende, témoin la mention suivante : « A Pierrequin de Thérache, maistre des enfants de la chapelle de Saint-Georges, vingt florins d'or que Monseigneur luj^ a donnes pour payer sa réception à la prébende, et afin qu'il eusl uu-illeur vouloir d'apprendre lesdicts enfants '. »
Pierrequin était chanoine de Saint-Georges j il eut parmi ses chanteurs, en 1504, un nommé Grisogonus ; en 1 506, messire Anthoine était encore organiste de la collégiale; c'est le même qui est désigné précédemment sous le nom d'Anthoine de Hougarde.
Dans lui voyage que René II fit à Verdun, en 1506, les enfants de chœur de la cathédrale chantèrent devant lui; il leur fit donner douze florins d'or en récompense. Semblable munificence à l'égard de quatre compaignons joueurs d'instruments, qui jouirent devant lui dans cette ville, et à un joueur de doulce-nière, » qui esl à Monsei- gneur de Vergj-. »
On connaissait son goût pour la musique, car, à Angers, des musiciens vinrent jouer devant lui. En 1507,
1 . Fétis. Biograp/iU des musicicts.
2. Arcliives, B. looi.
3. Ibid. B. 1004.
CHAPITRE PREMIER. 29
des ménétriers de Rouen et de jeunes enfants joueurs de flûte firent de même.
Ce prince faisait rechercher tous ces ménestrels afin de se div^ertir; à Paris, nous voyons maistre Poî, joueur de luth, appelé par son ordre ; des hauxbois le régaler d'une aubade au lieu de Germinj-; un Suisse jouant du taboiirin de Suivie, à Blai^; enfin, des Espagnols, joueurs d'instruments, qui vinrent le voir et exécutèrent différents morceaux de musique devant lui. Il avait à ses gages un rebec, et, comme joueur de luth, Jean Rogier, originaire de Tournai. Pierre Burry, organiste, venait de Bar à Nancy visiter les orgues de Saint-Georges et les rem.ettre en état.
Les tabourins étaient toujours en grand honneur auprès de René II; la duchesse Philippe de Gueldres avait le sien, qui se nommait Jean de Royaumeix et avait été anobli.
Des Suisses, paraît-il, étaient surtout choisis pour exercer cet emploi, et les grands seigneurs imitaient l'exemple de la cour.
Outre les gratifications en argent, les musiciens recevaient des dons en nature : ainsi, en 1507, René fit donner à Gérard et à Pierre des chausses et des jac- quettes en drap tanné, et deux aulnes de satin noir à maistre Jehan Rogier pour ses estrainncs. C'est une preuve de plus que tous ces artistes étaient attachés au service du prince et faisaient partie de sa maison.
Les cordes de luth venaient d'Allemagne ; en 1506, Jehan Mareschal en avait rapporté au retour d'un voyage à Francfort. Les trompes de chasse, appelées trompes de chien, étaient achetées à Troyes, car Nancy, à cette époque, n'était pas encore une ville assez importante pour qu'on y trouvât tous les éléments nécessaires à la
.?o LA MUSIQUE KN LORRAINE
iabrication des instruments de musique; elle commençait seulement à se guérir des maux qu'elle avait soufferts, quelques années auparavant, durant la guerre du duc de Bourgogne, et à prendre les développements qui en firent réellement la capitale de la Lorraine.
René II mourut, le lo décembre i^oS, dune attaque d'apoplexie, à Fains, près de Bar-le-Duc.
CHAPITRE II
XVl' SIÈCLE. — ANTOINE, DUC DE LORRAINE, l5o8-l544. — INSTRUMENTS. — COSTUMES DE MUSICIENS DE LA COUR. — REBECS ET VIOLES. — HAUTBOIS FLUTES, TROMPES DE CHASSE. — CHANTRES, CHANTEURS ET COMPOSITEURS. — MYSTÈRES. — DANSES ET FETES AU PALAIS DUCAL.
Les renseignements sur la musique sont encore plus intéressants sous le règne d'Antoine, fils et successeur de René II, que pendant les aeux précédents.
Antoine eut, à la cour de son père, toutes les occa- sions de se faire une éducation musicale, si nous pouvons nous servir de cette expression poiu- désigner un art naissant à cette époque.
II maintint les mômes musiciens dans leurs emplois, et en accrut le nombre. Comme René, il alla plusieurs fois en Italie, assistant, en 1509, à côté de Louis XII, à la bataille d'Agnadel, où il combattit vaillamment, et rap- porta de ce pays en revenant en Lorraine, en 1511, des idées de grandeur artistique qu'il appliqua aux beaux- arts de son duché. On sait qu'il fit construire la vaste ga- lerie des Cerfs, au palais ducal, et la Porterie, qui exis- tent encore de nosjoiu-s.
Mentionnons les instrinnents dont on se servit sous ce règne.
Le rebccq se jouait avec l'archet, comme la l'iole et
32 LA MUSIQUE EN LORRAIXE.
le violon, mais il avait une forme particulière ; il est évi- dent que le nom de rebecq de Monseigneur, mentionne dans les comptes, s'applique plutôt à l'exécutant qu'à l'instrument même, qui tend déjà à disparaître, mais dont le nom, comme nous l'avons fait remarquer à propos du psautier de René II, est encore maintenu pour désigner l'instrumentiste, puisque c'est une rièle qui est alors en usage.
Cette vièle est la seconde transformation progressive qui a été expliquée dans le premier chapitre, mais qu'il convient de rapporter ici pour plus de précision : pre- mièrement rebec, secondement vièle, troisièmement viole, et quatrièmement î'/o/o7z.
Les gages des joueurs de rebec s'élevaient ordinai- rement à vingt-deux florins et demi.
« Au rebecq pour ses gciiges »; mandement daté de 1 509 '. La livrée de ces musiciens était semblable à celle qui est indiquée pour les tabourins, toujours aux cou- leurs de la maison de Lorraine. Le i-ebecq favori du duc Antoine se nommait Guillaume Baudet; il jouissait des faveurs du souverain et possédait ime certaine fortune, puisqu'en 1^14 il acheta une maison à Nancy.
Le duc de Nemours avait aussi son rebecq, qui fut ré- compensé par le duc de Lorraine ". Une autre gratifica- tion fut faite, en I «510, « à ung labouriu, ung joueur d'or- gues et ung rebecq qui ont sonné devant Monseigneur, à Grenoble, pendant son souppé^ ». Semblable somme est mentionnée aux Archives pour » Jà'chard, rebecq de Mon- sieur le connestable de Bourbon » ; j 521.
Guillaume Baudet remplit la charge de rebec de 1 1509
1. Archives j M. 1012.
2. Ibid. — }. Ibid. 1016.
CHAPITRE II. 33
à 1 5i6; nous voyons son nom jusqu'à cette époque; mais, en i')2j, on remarque des sommes données à « deux
Fig. ij. — Portail de la basilique Saint-Nicolas-du-Port.
jeunes compaignous, l'iing joueur de tabourin, l'autre de rebecq, que le saiuturier avait amene's de Paris ' » .
Jusqu'en 1528, les joueurs de rebecs et de j'ièles se servaient de ces instruments ; les violes furent apportées pour la première fois en 1529. En voici la preuve ;
I . Archives j B. 1037.
34 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
« A Jacques le Vel, violleur, pour quatre violles, que Monseigneur luf a fait apporter de Paris . ' »
Le luth était employé avec succès, à cette époque (fig. 13); c'était un nommé Loys Ogier qui jouait le plus souvent de cet instrument; il remplit son emploi à la cour de 1517 à 153B, et obtint, en 1523, le titre de maître joueur de luth du duc ■. Ce musicien acheta, lui aussi, une maison ; le prince lui fît don de cinquante francs, en l'année 15 19, « pour aj\ier à paj-er sa maison ». Dans un voyage que fit Antoine, en i^io, il donna une somme d'argent « à un g petit enfant joueur de luth qui a joué pen- dant le diiie de Monseigneur à Bluis ».
Mentionnons aussi un fait très curieux : En is^Sf somme payée « à Madame la duchesse (Renée de Bourbon, sœur du Conirltable) pour une popine qui joue du luth » ; le mot popine veut dire une petite fille qui joue du luth.
Nous remarquons aussi sous ce règne l'emploi très fréquent de la harpe (fig. 14). Le « harpeur » le plus connu fut Pierre de Waldouche, en 1521 .
Ce qui nous fait supposer que le duc Antoine jouait de cet instrument c'est la mention suivante :
En iS!Oj « Robert, Ivrasseur, pour une Ij^rasse (Ij'rei qu'il a donné à Monseigneur » ' ; nous avons expliqué dans le premier chapitre que la lyre et la harpe étaient le même instrument, la dilFérence n'existant que dans la manière de le jouer.
Les ménétriers de la prévôté de SicrcU formaient une confrérie en 1513.
I. Archiva:, B. 1041 . a. Ihid. J26:).
■}. Ibid. B. 1016.
CHAPITRE II.
Une cérémonie religieuse se perpétua pendant long- temps en Lorraine : ce fut le service, suivi d'une messe en musique, qui avait lieu à la collégiale Saint-Georges, fondé par René II en l'honneur de son patron.
rig. i^. — Portail de la basilique Saint-Nicolas-iu-Port.
Le hautbois servait pour jouer pendant les repas et pour régler les danses.
En i')09, somme payée « aux joueurs de hault\-boys, qui ont joué pendant le souppc de Monseigneur ». En 1508, 'i aux hault:{-boys qui ont joue devant Monseigneur au lieu
36 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
de Germiny ». En isio, « aux joueurs de haull--boj-s du ror, qui ont joue des choses saintes au disnJ de Monseigneur » '
Les principaux joueurs de hautbois, sous le règne d'Antoine, étaient :
Lors (i^iS) ; Pierron, à qui ce prince donna un che- val, en 1528, et 100 francs dans la même année « pour aj'der à faire ses nopces » ; Pierre Lecontc ; Louis du Boys f'i^iôi; Robert Mengin et Jacques de Saint-Lane, en 1531.
En 1526, 30 écus d'or furent donnés » aux hault^-boj-s de Monseigneur pour aj-der à leur enlrelcnnement -. A un joueur de haultiboj's, demeurant à Met^, dix-huit francs , pour certains instruments que Monseigneur a fait prendre de luj'- » . On faisait venir de Metz presque tous les instruments nécessaires à l'entretien de la musique.
En I ^36, somme donnée 0 pour les hault--bofs de Toul qui allèrent jouer à Gondreville » ^ ; un de ces joueurs de haut- bois, Mengin, fut chargé, en 1534, par le duc, d'acheter quatre violons, qui, à cette époque, n'étaient pas coûteux (ils ne se payaient que trois francs chacun) * ; Jean de Bar et Picquart furent hautbojs « de la chapelle », en 1534; Pierrot en 1535, ainsi que /^/crrc CoUiquet, en 1537.
Le duc Antoine était très familier avec ses musi- ciens. En 1541» il perdit une somme d'argent, en i^ jouant à la paulme avec son haulti-bors et son organiste » '■.
Les principaux organistes connus sous ce règne furent : /e/2(i« de Sermai^e (dont la sœur Jehannc était sœur de lait du duc) ; il était en même temps facteur d'orgues
1. Archives. B. 1016,
2. nid. B. 104I.
3. Ibid. B. 6167.
4. Ibid. 1056. J. Ibid. B. 107J.
CHAPITRE II.
et organiste de Saint-Georges, car il reçut six éciis d'or soleil pour la réfection des orgues des Cordeliers de Neuf- château, en 1521. li etit un frère, nommé Jehan de Ser- inaiie, le jeune, qui, lui aussi, fut organiste, et se maria
Xr-
Fig. 1$. — Portail de la basUique^Saint-Nicolas-Ju-Port.
en 1)21; il reçut soixante francs « pour ayder à ses nopces » . Une somme est donnée, en i^io, « à ung bonhomme^ qui a cliarroj'e les orgues de Bar à Xancj- ».
La rote ou vielle à manivelle, qu'il ne faut pas con- fondre avec la vielle à archet, fut en grand usage ; la figure n'' 1 5 montre lui personnage sculpté au portail de
38 LA MUSIQUE EX LORRAIXE.
l'église Saint-Nicolas du Port, jouant de cet instrument.
L'année suivante, on apporta à la cour, et par les ordres d'Antoine, un instrument très curieux, se compo- sant d'im jeu d'échiquier, d'orgues, d'épinettes et de flûtes : « A Loj-s Rodilli, organiste, la somme de trente escii\ d'or soleil que Monseignenr le duc luj- a ordonné pour Vachast d'un instrument que Monseigneur a prins de luj, faisant archi- quier, orgues, espinettes et Jluttes. » Ce mandement fut donné à Valence, le 24 juillet 1 51 1 '.Ce Loys Rodilli semblerait être le factetu* de ce singulier instrument. Pierre Le Roux fut organiste du duc en 1520; il fit un voyage à Paris pour se perfectionner dans l'art musical. Ce voyage eut lieu en 1521 et lui fut payé par le duc. 11 remplaça Jehan de Sermaize pendant ime maladie de ce dernier en 1 526; il était également chantre de la chapelle en 1529 ; l'année suivante, il reçut 20 francs pour une « epinette » qu'il présenta au prince.
Une double epinette fut apportée par ordre d'Antoine à la cour.
En iS-i, " à messi)X' Humbert, preblre, demeurant à Met^, trente-huit francs pour une espinette double, que Mon- seigneur a fait prendre de luj- pour mettre en sa chambre ».
En i5'55, le chapitre de la collégiale Saint-Georges commandait à un nommé ]\'ndrequin de grosses et de petites orgues pour son église.
Pierre Le Roux, dont nous avons déjà parlé, fut remplacé par Bertrand Miltat, qui obtint le titre d'orga- niste de Monseigneur, et fut anobli en i^^S-
En continuant la nomenclature des organistes, nous trouvons : Mathieu de Millevillc, organiste de M. le mar- quis (on désignait sous ce nom le fils aine du duc de
I. Anliives. B. 1016.
CHAPITRE IL 39
Lorraine, comme le Dauphin, en France) ; Loys Fres- selis, en 1540; messire Dominique, en 1543.
Les flûtes étaient souvent employées à la cour.
En 151 5, une somme est donnée « aux joueurs de flvite de Dieu^e'^ ». Parmi les noms des joueurs de fliite de cette époque, on remarque : Jehan Jacqiiot (1521), Les joueurs de Jliite à bec étaient aussi tabourins, c'est-à-dire qu'ils jouaient, comme nous l'avons déjà dit dans le cha- pitre précédent, de ces deux instruments à la fois ; d'une main ils frappaient le tambour et de l'autre tenaient la flûte à bec ; ainsi, on voit ce même Jehan Jacqiiot, désigné sous le nom de tabourin en 1521 (même année), recevoir douze francs « poin- ajdei- à la despense de deux petits ta- bou vins qu'il a en garde ». En 1526, à Michelet, joueur de Jluttes, serviteur de M. le cardinal de Lorraine, dix escu:^ d'or soleil que Monseigneur lui a ordonne' pour et en recom- pense du passe-temps que ledit Michelet luj' a faict pendant le séjour de Monseigneur le cardinal à Nancj' - » .
Nous ne connaissons que le nom d'un seul joueur de musette sous le règne d'Antoine : c'est en 1510 qu'une somme fut donnée à un de ces instnunentistes qui joua devant le duc.
La'place de tabourin était une des plus importantes parmi celles des musiciens de l'hôtel. Leur costimie était semblable à celui des tabourins du siècle précédent, à l'exception du bonnet, qui se nommait « bonnet de milan simple ».
Les tambours étaient achetés à Metz en 1509, et il y avait des » petits tabourins » sous les ordres d'un (I maître tabourin » ; le duc et la duchesse en avaient chacun un.
1. Avchivis^ B. 1021.
2. Ihid. B. 1037.
40 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
En 1510, Gaspart était celui de « la Roync de Sicile ». (La duchesse de Lorraine.)
La même année, une somme fut donnée, lors d'un voyage d'Antoine, « aux taboiirins de Beainie », qui jouèrent devant lui ; même largesse fut faite, à Romant, à Va- lence, à trois tabourins bourbonnais, ainsi qu'à celui qui joua pendant le souper à Grenoble,
Le lever ducal se faisait au son de cet instrument (1510). (I .4 Michelet, tabouriii,et à son compaignon (proba- blement un hautbois), qui ont sonné pendant le lever de Monseigneur » ; singulière coutume, qui devait réveiller le duc en sursaut! Une semblable sérénade, agrémentée de chanteurs, avait heu aux repas d'Antoine.
1510. « ^ Paule et à son compaignon, accompaigné du tabourin de la Rojnie, qui ont joué au disné de Monseigneur. »
On fit venir des tabourins d'Allemagne en 1^14:
Vingt-six francs « à deux compaignons pour aller par les Allemaignes chercher des joueurs de tabourin ' ».
La qualification de grand joueur de tabourin était le plus haut titre des musiciens ^
En i^iy, Thomas était frappeur de tabourin ;Va.nnùe suivante, Thomas et Jean Carot exerçaient tous deux ces fonctions ; il paraît que le premier avait beaucoup de dettes, car le duc l'aida deux fois à les payer, et ce n'est pas surprenant, la peste ayant fait de grands ravages à Nancy, comme la note suivante l'indique :
(I A Phillebert, tabourin, deux francs, en considération du passe-temps qu'il a baillé à ceux qui ont demeuré audict Nancj- pendant le dangier de peste. »
Comme nous l'avons dit, Jehan Jacquot était joueur de Dùte et tabourin.
1. Archives. B. 1020.
2. Ibid. —
CHAPITRE II. 41
Pierre Ripvière, qui jouait aussi du hautbois, suc- céda, en 1523, à Gaspard comme tabourin de la duchesse, et obtint une pension en 1530.
On commença, en 1526, à réparer les instruments de musique, à Nancy; il est vrai que ce n'étaient que les tam- bours ; c'est im orfèvre nommé Jehan Bertri-et qui fut chargé de cet ouvrage '.
La t7~ompette paraît tenir aussi une grande place à la cour de Lorraine ; elle était ornée des armes des ducs ; on peut le voir sur la miniature du psautier de René II, au frontispice de l'ouvrage.
Antoine donna, en 1509, une somme d'argent aux six trompettes du roi. Même somme fut donnée aux trom- pettes (i qui ont joue' pendant le soupe' de Monseigneur - ; pendant le disné à Bar; aux trompettes de M. de la Tre'- mouille, qui ont sonné devant Monseigneur pendant son souppé et luj' ont pre'senté un rameau chargé de cailles ».
A la réception de Renée de Bourbon, épouse du duc Antoine, au palais ducal, « trompettes et clérons, tous ins- trumens du long du souppe' sonnoient ; toute la noblesse de la venue s'en rcjouissoit. Après qu'ils eurent souppe, rendict grâces à Dieu, se mirent à dancer » . ^
Parmi les trompettes des ducs de Lorraine, il faut citer : Pierre Bataine, 15 17; Nicolas de Pont, 1537: Guil- laume Soldan, anobli par Antoine en 1541, et enfin Didier Doulcet, 1543.
En 1510 et i'>i7^ des trompes de chasse avaient été commandées à des facteurs de Lyon et de Sedan, qui étaient connus pour la bonne fabrication de ces instru- ments. Antoine en jouait souvent.
1. Archives. B. 1037.
2. Ibid. B. 1012.
3. Hist. de \ancy. Lioiinois.
42 I.A MUSIQUE EN LORRAINE.
En i=i3o, trois francs sont payés à « Jehan Vorfcrrc pour rabillcr Ij trompe de Monseigneur ».
A l'issue du festin, pour annoncer que l'assemblce quittait la table, on agitait des sonnettes : « Aux bat- teurs de sonnettes après souper en salle » '.
On désignait aussi bien par le nom de chanteurs les chantres de la chapelle que ceux qui faisaient partie de la musique de la chambre.
En 1509, " à ung chantre qui a chante devant Mon- seigneur ».
En 15 10, François Gennetel, dit le Messin, est « chantre en la chapelle » .
Il paraît que ces artistes étaient altérés, après l'exé- cution de leurs chants :
« .1 Pierreqnin, chantre, deux florins, que Monseigneur luj- a donnes et à ung de ses compaignons, chanteur, pour boire. »
La dénomination était différente pour les femmes :
r^io. (1/1 Colette, chanteresse, pour avoir chanté en la présence de Monseigneur, à Lj-on.
Une curieuse coutume existait à la cour de Lorraine, ou du moins à la collégiale Saint-Georges : le jour de la Sainte-Cécile, on faisait une distribution de « petits pas- teli aux enfants de cueur de Saint-Georges " ». Ce devait être singulier de voir accourir cette foule d'enfants, avec leurs costumes de couleurs éclatantes, se pressant pour avoir leur part du régal annoncé.
Autre temps, autres mœurs.
Messire Girard Maillette était chantre et vicaire en 15 14 ; il mourut en 152^.
Pierrcquin de 'Ihérachc, dont nous avons déjà parlé
I. Arc/tivdj B. 1016. ?.. Ibid. B. 1018.
CHAPITRE IL 43
SOUS René II, et qui conserva sa charge jusqu'en 1527, était « inaîti-c des enfants de la chamelle de MoiiseigJicnr en l'église collégiale Sainl-Georges ' ».
Les gages des chantres de cette église s'élevaient à quatre-vingt-seize francs par an, ce qui était bien payé à l'époque.
En i$i4, cent quatre-vingt-douze francs sont délivrés pour les gages de Jehan le Plat et Jehan Willebrot, (( chantres de Saint-Georges ».
En 1^20, nous remarquons les noms suivants: Guy, maître delà chapelle; Jehan Alorant, chantre; Noël de Rulers, haute-contre; Corenille, dessus.
Le duc Antoine aimait beaucoup le chant.
Eti is~o. (c à deux compai gnons-chantres de Monsei- gneur le cardinal de Lorraine, l'ingt escu^ d'or soleil que Monseigneur le duc leur a ordonnés pour aider à leurs des- penses en considération du passe-temps qu'ils ont fait à Mon- seigneur le duc ».
Lespine fut chantre de la chapelle en 1521 ; cette même année, Jehan Robillon, vicaire de Saint-Georges, et Laurent Thouvenot, mort en i^i^, furent chantres ; messire Loys Jacques, natif de Rosières, ténoristc de la chapelle ; messires Crestien Friart, Florentin Friart, tous deux prêtres et chantres; Dydier Audroyn, chanoine et chantre ; Jehan Pellet, Jehan Pactio, chantres; messiz-e Nicole Lestoq, clerc de chapelle.
Les maîtres de chapelle recevaient des ducs, pour l'éducation musicale et l'entretien de chaque enfant de chœur, la somme de soixante francs par an, et ils avaient sur ladite somme douze gros de bénéfice poiu* eux '. Ces
1. Archives; B. 1019.
2. Ibid. B. 1037.
44 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
enfants étaient, au surplus, habillés aux frais des ducs; leurs costumes étaient de drap '.
Tous les chantres touchaient à peu près la même somme. Laurent Thouvenot avait quarante francs par an, ainsi que Gérard Maillette.
Le chantre de la cathédrale de Toul recevait cin- quante francs pour ses gages.
En 1526, on trouve comme chantres: Pierre de la Ruelle, dessinateur et basse-contre : maitre Loys Lom- bard, Jehan Geoffroy, Bartholomeo, Jehan Renault, té- noriste de la chapelle ; Jehan Rouyer et Christophe Hu- bert, prêtres et chantres ; Charles de la Court, chantre, qui reçut, en 1528, trente francs « pour soy accoustrer »; maitre Bastien, Jehan Liegeoys, chantres.
Un nommé Jehan de Bar, jadis enfant de chœur à la chapelle, devint chantre dans la même chapelle, Mathieu Lasson fut nommé, en 1530, maitre des enfants de chœur; il fit un voyage en France avec le duc Antoine. Chariot, chantre, mourut en i^^o.
Le prince retenait d'avance les chantres de sa cha- pelle :
En 1530, <i Monseigneur a de nouveau retenu pour chantre et tâioriste, en la chapelle de feu M. le duc Charles-, un appelé « messire Christophle Masson, vicairre en ladite chapelle ; Florentin Fiacre, prêtre, chantre en ladite cha- pelle ». Pierre Le Roux fut chantre et joueur d'orgues.
On se servait aussi, à cette époque, de livres de mu- sique à la chapelle des ducs. En 1552, sommes payées (1 à ung compaignon qui a faict trois livres de musique pour la chapelle, assavoir l'un desdits livres où sont plusieurs messes, l'autre les mottes et l'autre le magnijicat et les heures,
1. Arcltives, B. 1053.
2. Charles H.
CHAPITRE II. 45
tant pou?' sa despeiice que pour ses peines, la somme de vingt-six escus soleil [4 juin ij^-) "•
En i^^o, on trouve des dépenses pour la messe de la Passion, que le duc Antoine avait fondée, ordonné de chanter et faire célébrer en l'église Saint-Georges, chaque vendredi. Adrian de Monte, Barbereau, Henry Harbaulmont, Morille, Pierre Myon, maître Michiel, Jean Ansel, furent les principaux chantres de la chapelle.
En 1539, un groupe d'enfants était appelé les petits chantres de Monseigneur ; ils chantaient dans la musique de chambre du duc, et n'étaient pas confondus avec les enfants de chœur de la chapelle.
Les Etudes sur lethe'âtre en Lorraine et sur Pierre Grin- gore, par M. Henri Lepage ', nous fournissent des do- cimients très complets sur les mystères représentés à cette époque.
Pierre Gringore, poète et prosateur, jouait lui-même des rôles dans les pièces qu'il composait, et qui étaient représentées devant le duc Antoine.
On le voit paraître pour la première fois en Lorraine vers i$i8; peut-être, dit M, Lepage, après la mort de Louis XII, n'avait-il plus trouvé la même protection que par le passé à la coiu- de France ; peut-être avait-il suivi François I", lors du voyage que fit ce prince à Bar pour être parrain d'un des fils d'Antoine ; peut-être aussi le de'sir de revoir son pays natal, s'il est vrai qu'il fût né en Lorraine, fut-il le seul motif qui l'amena dans cette pro- vince; toujours est-il que Pierre Gringore remplissait les fonctions de héraut d'armes d'Antoine en 1524, et qu'il combattit sous ses ordres dans la guerre des Rustauds. Après ces événements il composa plusieurs ouvi-ages,
I. Mémoires de lu Société des sciences, lettres et arts de Ndncy, de 1848.
46 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
parmi lesquels il faut ciler les Chants roj-aiix ' , la (Com- plainte de la citéchnHicnnc, les Rondeaux, qui, sans indiquer si la musique d'accompagnement était de la musique de Gringore, nous intéressent assez pour que nous ne les passions pas sous silence.
On croit que Gringore mourut à Nancy en 1538.
La danse la plus usitée à la cour de Lorraine était la Morisque ; on l'exécutait surtout pendant le carnaval; les danseurs étaient costumés et faisaient un grand effet; les hommes et les femmes la dansaient.
Un mandement du duc Antoine, daté du 20 août 1521, accorde une somme de trente francs à Jehan Christian et Guillaume de la Fructerie, pour payer « certains ac- coustrements d'une morisque ».
On se représente facilement le palais ducal, brillam- ment éclairé, la foule des costtinies orientaux se mariant dans les galeries, et faisant un contraste charmant avec les ornements et les tètes grimaçantes de l'édifice go- thique ; puis, dans la salle des Cerfs, illuminje par une quantité de torches de cire, portées par des pages, une assemblée des plus hauts personnages, assis sur de longues chaises sculptées, contemplant les mouvements gracieux des danseiu-s qui suivent les accords cadencés d'un orchestre 'placé siu* une estrade recouverte de ten- tui-es rouges et jaunes, qui se trouve dans le fond de l'im- mense salle ; les fous et bouffons du duc faisant dérider la noble compagnie par leiu-s spirituelles saillies ; enfin, les brillants officiers de la cour, causant et dansant avec les damuiselles coiffées de gigantesques échafaudages de den-
I. Chants royjulx figurez^ inûi-allemc:it sur les inistcres miraculeux de nostre Saulveuret rédempteur Jcsuchrist et sur sa passion; avec plusieurs dé- votes oraisons et rondeaux contemplatifs, compose/, par Pierre Gringore,. dict Vaudemoiit.
CHAPITRE II. 47
telles et portant des robes garnies de menu-vair ou d'her- mine.
Nous trouvons encore, en 1535, la mention suivante se rapportant à la danse :
« Somme paj'e'e aux mciictriers ic Gondrcville (près Toiil) , qui y menh-ent la Jûle , et avaient fait danser les damoiselles ^ » .
Antoine mourut à Bar, le 14 juin 1^44.
I. Archives. B. 6167.
CHAPITRE III.
FRANÇOIS I'"' ET CHARLES III, XVI° ET XVIl'' SIÈCLES. — DUIFFOPRVCGAR ET PIERRE WOEIRIOT. — JOUEURS DE VIOLON ET MUSICIENS DE LA COUR. — INSTRUalENTS DE MUSIQUE EN USAGE. — MUSIQUES MILITAIRES LORRAINES. — DANSES ET BALLETS. — REPRÉSENTATIONS THEATRALES.
François I" succéda à Antoine, son père, en 1544, ne régna qu'une année et laissa un fils âgé de trois ans. Pendant la minorité de ce fils, qui fut plus tard Charles 111, sa mère, Christine de Danemark, partagea la régence avec le prince de Vaudémont, oncle du jeune prince.
Charles fut élevé à la cour de France, où il épousa, en 1559, la princesse Claude, fille du roi Henri II.
Ce règne est, sans contredit, le plus brillant et le plus glorieux, et le prince qui l'illustra obtint de son peuple le surnom de Grand.
Une évolution de l'art instrumental paraît s'être produite pendant la régence et le règne de Charles III (1562); le 1-ebecq a complètement disparu, et, à partir de cette époque, les Archives mentionnent le mot de « violon ».
C'est bien certainement la viole qui est en usage, mais les violons commencent à être employés, n'ayant
50 I-A MUSIQUE EN LORRAINE.
pas encorda forme que nous leur connaissons. Sans vou- loir nous engager dans des conjectures plus ou moins fondées, il nous est permis de faire remarquer une coïn- cidence singulière.
Le fameux Dnilfopriicgar, luthier du Tyrol italien, le plus ancien facteur connu de violes et de violons pri- mitifs, vint à la cour de France vers i ^ i S ; c'est Fran- çois F' qui, allant à Bologne pour rétablir le concordat avec le pape Léon X, entendit parler des talents de ce luthier et le décida à quitter l'Italie pour venir à Paris. Le climat de cette ville ne convenant pas, paraît-il, à sa santé, il obtint la permission de se retirer à Lyon, tout en continuant à travailler pour la cour du roi.
On connaît la curieuse gravure représentant DuifFo- prucgar entouré de ses instruments de musique.
Cette gravure, dit M. Vidal dans son intéressant ouvrage sur les Instruments à archet, fut faite à Lyon, en i')6%, par Pierre Woëiriot, graveur lorrain. Il est facile d'y reconnaître deux violons à quatre cordes, une viole et quantité d'autres instruments. Ce sont certainement des violons, quoiqu'ils n'aient pas encore la forme d'Amati, et on peut supposer que DuitFoprucgar a fait des instruments pour la cour de Lorraine, puisque Pierre Woëiriot, qui fit son portrait, fut longtemps le graveur de Charles 111 ; il est donc probable qu'il vit ce luthier à Nancy. Nous savons, du reste, que son protecteur François l" vint à Bar pour être parrain d'un des fils du duc Antoine. Pien-e Woëi- riot ne quitta pas Nancy de 1560 à i^î^o; c'est l'époque présumée de sa mort, à Neufchâteau.
Les Archives contiennent dift'érentes mentions rela- tives à ce graveur, qui portait aussi le surnom de Bouzey.
En 1560, cent francs à Pierre \\'oëi)-iot, dit de Bou^ej-,
CHAPITRE III. 51
pour subvenir' et fournir- aux frais et rnettr-e eu lurriièr-e les histoir-es de la sainte Bible '.
Deux ans après, pareille somme lui fut encore allouée pour le même ouvrage ". En 1567, il est inscrit au re- gistre des dépenses sous le titre d'iinaigier (graveur).
En 1)68, à Pierre ]]''oëiriot, cinquante esai- d'or soleil pour faire certains ouvrages, tailler et insculper rnc'dailles anctiques et planches de cuipvre pour le ser'vice de rnondict seigneur^. {Charles III.) 11 resta au service du duc pen- dant les années 1569, 1570, 1572 et, enfin, en 1577, il habita Xeufchàteau jusqu'en 1580; ce qui suit l'indique. En 1)77, '^ Piei-r-e Wocir'iot, deineur'ant au Neuf château , deux cent quatr-e-vingt-dix sept fr-ancs six gr'os, en recon- noissance d'un livre qu'il a donné à Monseigneur où sont dépeintes et iinpriinces les effigies de plusieurs ernper-eurs et sénateurs r'ornains. 11 eut un fils, nommé Pompée de Bou- zey, qui était « peintre enlimiineur » en 1610.
Nous pensons donc, jusqu'à preuve contraire, que le portrait de DuitFoprucgar fut fait en Lorraine, si, comme le dit M. Antoine Vidal, il a été exécuté en 1 562 ; à cette époque, notre graveur était payé annuellement et tra- vaillait pour le duc Charles 111. Il est évident que, pour faire ce portrait, il a fallu qu'il vit le personnage en question, et surtout les instruments, parmi lesquels se trouve le violon à quatre cordes, qui a encore beaucoup de ressemblance avec la viole.
Les principaux joueurs de violon d'alors turent: en 1555, Georges Le Moyne, «joueur de violon en l'hôtel de Monseignem- » * ; en 15)7: Mathieu Le Saulvage, mort
1. Archives, B. 1126.
2. Ilid. B. 1131. ■i.Ibid. B. 1148. 4. IbiÂ. B. 1106.
52 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
en 1579, Alan Monreau, Giles Harent, ' morr en 1557, car sa veuve obtint une pension en cette année ; Thouve- nin Coulevrine, Claude et Nicolas de Fleurance (1567)5 ces deux derniers étaient des Italiens que Charles 111 fit venir à sa cour; et, enfin, Claude Le Gris, dit Tabouret.
Les violons, les fifres et les tamboiu-s réunis exé- cutèrent des morceaux de circonstance à l'entrée à Nancy de la duchesse régente, en 1558, et certains joueurs de violon, qui passaient par cette ville en 1561, reçurent trente-quatre francs pour avoir joué en court.
Ces musiciens suivaient les ducs de Lorraine dans leurs voyages; ainsi en 1561, deux cent cinquante francs sont délivrés aux cinq violons de Monseigneur (le régent) pour subvoiir aux frais qu'ils pourraient faire à la suite de Monseigneur en son voyage d'Allemaigne.
Lorsque Charles 111 vint en France, ces mêmes musi- ciens reçurent comme payement cent soixante francs ".
Les violes étaient ceux des instruments à cordes le plus souvent en usage à la cour de Lorraine ; il faut re- marquer, toutefois, que ceux qui s'en servaient étaient appelés « violons », puisqu'on rencontre très souvent dans les Archives des mentions de dépenses ainsi con- çxies : deux cent soixa)ite-sei:ie francs aux cinq violons de Monseigneur, pour acheter des trompes, violes et autres in- slrunients de musique pour le service de Monseigneur' (1562).
Cependant la note suivante, datée de 1563, précise l'emploi des violons : deux cents francs aux violons de Mon- seigneur pour se fournir de cornets, violons et autres in- struments; ainsi qu'aux sept Iiautbois ''.
1. Arcliivcs. Xi, iiij.
a. Ibid. B. 1143
3. Ibid. B. II 33.
4. Ibid. B. II 38.
CHAPITRE III. 53
On sait que le violon fut connu en Italie vers 1533, en France, vers 15 50; il est donc permis de croire qu'il s'agit ici du violon proprement dit.
Ce qui nous a le plus surpris, c'est la preuve de leur emploi, non seulement dans la musique de chambre des ducs, mais aussi dans les musiques des armées lorraines. Nous devons cette découverte à notre savant archiviste, Al. Henri Lepage, qui a bien voulu nous en donner la primeur : Mcst en dcsfeiise, icelity comptable (1^592), la somme de vingt-deux francs, qu'il a plu à Monseigneur de Vaude'mont donner et octroyer aux tambours et violons de l'armce de Son Altesse estant devant Chasteauvillain '.
Le siège de Chàteauvillain eut lieu en 1592; cette ville est de l'arrondissement de Chaumont ( Haute- Marne).
Nicolas de Fleurance (Florence), dont il a été parlé précédemment, se maria en 1568, et il était d'usage, en pareille circonstance, que le duc fit un présent au jeune marié 5 il lui fit compter vingt escu^ pour lui aider à faire ses nopces " .
On ne sait si c'est l'exemple ou le cadeau qui engagea son confrère, Thouvenin Coulevrine, à l'imiter; mais ce qtii est certain, c'est qu'il reçut la même somme pour ses noces. A cette époque, la peste survint à Nancy; la bande de violons fut dissoute pour quelque temps; mais les gages des musiciens qui la composaient leur lurent payés: En 1)68, aux violons de Monseigneur', quatre-vingts francs pour eux s'entretenir et nourrir quelque temps à cause qu'il leur fut commande' de s'absenter de la suite de Monseigneur pour les dangiers de la peste qui rJgnoient, '.
1. Archives. B. 1272.
2. Ibid. B. II 48.
3. Ibid. B. 1143.
54 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
En 1568, les noms de « rebecq » et de « rebecque- resse » étaient encore usités dans le langage pour dé- signer des joueurs ou joueuses d'un ordre tout à fait in- férieur, comme, de nos jours, les ménétriers de village : une femme, nommée « Philippe la Rebecqueresse », fut fustigée par les rues de Nancy ei marquée sur les épaules.
Certains joueurs de violon étaient plus appréciés que d'autres par Charles III ; on les appelait « violons de la retenue de Monseigneur »; Georges Le Moyne était de ce nombre.
Ce prince était très-familier avec Mathieu Saulvage, un de ses violons, puisqu'en 1570 il lui fut donné « vingt escu:[ rf'or (quarante et un francs) , qn il a gagnés contre Monseigneur au jeu de pelote et paulnie et pour trois dou- :[aines de battoirs qu'il a fournis '.
Un marchand genevois, établi à Nancy, fournissait toutes les marchandises nécessaires aux violons '.
Nous voyons qu'en 1576 les étrennes des six joueurs de violon du duc leur furent données ; c'était une somme de quarante francs.
La veuve de Mathieu Saulvage, violoniste, dont il a été question, fit présent à Charles III des ruines du moulin de Vaudémontj elle reçut en récompense cent cinquante francs '.
Les noms des six violons de la cour, en i')79, sont inscrits dans la note suivante : trois cents francs pour acheter des instruments aux six violons de Monseigneur : Claude Le Gris, Claude et Nicolas de Florence, Nicolas du Hault, RenJ Moureau et Claude de Dreux.
1. Archives. B. 1158.
2. Ibtd. B. 1158.
3. Ibid. B. iiSj.
CHAPITRE III. 55
Les cérémonies du baptême étaient célébrées avec grande pompe, et les instrumentistes exécutaient un concert pendant le repas qui avait lieu ensuite ; on se servait, à cette occasion, de trompettes, de violons, de cornemuses, de tabourins et de fifres. Un concert de ce genre se fît pour le baptême de l'enfant de M. le marquis d'Haurech, à Nancy, en 1581 '.
Les violons de la cour recevaient chaque année vingt- huit francs six gros pour solenniser leur fête, à la « Saint- Guery », et, en 1588, ils eurent douze écus d'or soleil, ce qui valait cinquante-sept francs ; la fête des chantres et des enfants de chœur de Saint-Georges étaitle jour de la Sainte-Cécile. En 1603, le comte de Vaudémont leur fît donner une somme d'argent pour fêter leiu- patronne '-.
De nouveaux noms de joueurs de violon se trouvent dans les Archives, à la fîn du règne de Charles III ; ce sont ceux de Remy Noël et Simon Noël (1^90); Nicolas Vernier, joueur de violon et valet de chambre de la com- tesse de Vaudémont (Christine de Salm) (1597) ; Antoine Vaujour, violoniste et valet de chambre de Charles III (1602); Aimé Moreau, Denis Chaveneau et François Buret (1608).
On délivrait souvent à ces musiciens du blé pour gages; c'était surtout pendant les années de disette.
En avril 1603, il y eut à Nancy des fêtes magnifiques en l'honneur du roi et de la reine de France, Henri IV et Marie de Médicis.
Un ballet fut exécuté et accompagné par les musi- ciens, les pages et les violions du duc.
On fît faire à tous ces pages, violons et musiciens,
1 , Archives. B. 1188.
2. Ibid. B. 1279.
56 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
des souliers pour danser ce ballet, ce qui fut payé cin- quante-sept francs huit gros à un cordonnier de la cour nommé Jehan Jacquot. En t6oz, une pareille somme avait été donnée pour les fournitures d'un semblable ballet; enfin, en 1606, il y eut un grand ballet costumé dans lequel un chariot triomphal portait tout un orchestre de musiciens; ce chariot était traîné par quatre animaux fabuleux. Les dépenses faites à cette occasion s'élevèrent à sept mille sept cent dix-huit francs qui furent payés à Baptiste Guichard, marchand, pour ga\e, tocq, estojfes de soj-e et autres marchandises à faire robbes et habits pour les dames, damoisclles, musiciens, violions et autres personnes du ballet'.
Le luth était en grande faveur et servait surtout ad- mirablement comme instrument d'accompagnement. Les principaux joueurs, sous les règnes de François P' et de Charles III, furent Jehan Paul (1544), Jehan Farnèse (1582), Jacques d'Agnani (1590), Charles Bouquet (i)94), Louis Clairiel (1601). Ce Bouquet ou Boquet était origi- naire de Pont-à-Mousson, qu'il habitait ; il réglait les ballets, puisqu'il lui fut payé, en 1606, trente-deux francs six gros/o«r six jours qu'il a este' à Nancj-j- mandé du cotn- mandement exprès de S. A. pour donner l'air d'un ballet à la réception de madame la duchesse de Bar°.
On le voit déjà à Nancy, en 1594, toucher et recevoir septante-six francs que S.A. luy a donné et octroyé pour luj- aider à paj-er les dépenses qu'il a faict à Nancj- pendant le séjour qu'il j' a faict durant le temps du carnaval, j- estant appelé ou employé par mesdames les princesses de Lorraine e\ ballets et dances qui ont été f aides audict carnaval et aussy pour luj- aj-der à s'en retourner.
1. Archives. B. 1292. 3. Ibid. B. 1J92.
CHAPITRE III. 57
L'apparition de la guitare, appelée alors « giiytarre », date de 1607, car, cette année, le duc fit donner une somme de trente-trois francs à un de ces joueurs d'in- struments. Les premières guitares n'avaient que trois cordes.
Le principal harpiste fut « Claude de Dreux », qui reçut, en 1 578, comme présent de Charles III, ' une harpe et une somme de cent dix-huit francs neuf gros, pour faire un » voyage en sa patrie ». Il tint son emploi à la cour jusqu'en 1606.
Il y avait sept hautboïstes faisant partie de la maison du duc; les plus connus étaient: Mengin, hautbois du ré- gent(i552); Pierre Colliquet, id.: Loys Chevalier (1 567), originaire de Bar-le-Duc ; René Moireau (1590;.
Parmi les instruments en usage en Lorraine au xvi^ siècle, il convient de citer la cornemuse.
Le nom d'un joueur habile, Denis Chaveneau, est mentionné dans beaucoup de pièces des Archives, de 1569 à 1608. En 1579, un Italien, nommé Joano Gastincho, cornemuseiir, reçut quarante-sept francs six gros.
On a vu qu'en 1581 cet instrument était joué en même temps que les tambours, les fifres, les trompettes et les violons dans les cérémonies de toutes sortes. Loys Chaveneau, frère de Denis, fut aussi cornemuseur à la cour de 1 590 à 1608; à cette époque (1608), ce dernier se mit à jouer du violon.
Les principaux organistes sous ce règne étaient: messire Antoine ; Bertrand Mittat, anobli en 1^3 5 j Pierre Le Roux; Platel; Nicolas de Hault; Jean de Ser- maize, organiste et facteur d'orgues ; Claude Sébastien, de Metz, organiste en 1553; Didier Warin, maître des
I. Archives^ B. ii?o.
58 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
orgues de la chapelle en 1553 ; enfin Jean Contesse, or- ganiste de l'église de Saint-Epvre en 1584.
Quant aux facteurs d'orgues, voici les noms des plus connus: Nicolas et Florent les Hocquelz, Flamands d'o- rigine, qui réparèrent les orgues de Saint-Epvre en 1603.
Pendant l'année 1579, Charles 111 donna trois cents francs aux religieux du couvent des Cordeliers de Nancy, afin de les employer à l'achat d'orgues pour leur église. ' En 1601 et 1602, quatre cent soixante-trois francs pour le « rhabillage» de ces orgues^; enfin, en 1604,1a répa- ration fut complète avec une nouvelle somme, soit trois cents francs, qui furent encore donnés par le duc.
La flûte a im rôle très-important dans l'histoire des instruments de musique en Lorraine et principalement pendant ce règne.
Les musiques militaires se composaient alors, dans ce pays, de violons, de tambours et de fifres.
Les fifres et les tambourins jouèrent, en l'jôi, aux noces de Balthasard d'Haussonville, grand maître d'hôtel de Chai-les 111.
Le mot » sonné » s'appliquait aussi bien au jeu des instruments à cordes qu'à celui des instruments à vent, car, en 1 558, cent quatre-vingt-sept francs six gros furent donnés aux j'iolons, tabourius et fiffres, qui ont sonné à V en- trée de madame la Duchesse.
La cérémonie de planter le mai devant le palais du- cal se fit, en 1567, au son des fifres et des tambours.
On verra par les notes qui suivent que la flûte et le fifre étaient employés dans toutes les cérémonies : à Jacques le fifre, en 1569, et à Jean, tabourin de Nancy,
I. Archives, B. Ii8).
a. Ibid. B. 1264 et 1274.
CHAPITRE in. 59
cent francs que Monseigneur leur a octroyé pour conside'r a - tion que, par plusieurs fois, ils ont este^ employés de leur art et pour son seri'ice.
La mention ci-après fera connaître les noms des principaux joueurs de ces instruments :
En 1571^ cent francs à Nicolas Lespine, Didier Har- bellot, Jacquin le fffre, Jean de Fallou, Jean de Coudej', Didier Masquin, Pierre Marcollin^ Jean du Pont, Pierre Michelel et Claude, tabourins, demeurant tant à Nancj- qu'à Saint-Nicolas, tous fijfres et tabourins, en considération qu'ils jouèrent tous aux baptêmes des enfants de Monseigneur,
En 1574, soixante-quatre francs à Jehan Paticier, ta- bourin; Jacques Collignon, fffre, Nicolas Lespine, tabourin des soldats à Nancy, et Jehan de Fallon, fffre, son compai- gnon, pour leur peine d'avoir joué au festin des nopces de madame la duchesse de Brunschipig.
En 1580, aux fiffres et tabourins la somme de quarante francs pour avoir servy pendant le carnaval dernier aux tournois et combat :[ qui se sont faits en ce lieu, pendant le séjour de Monseigneur le duc Casimir.
En i'593 ^^ ^594; quarante-deux francs neuf gros à Nicolas et Loys de Lespine et Jehan Picquart, tambours et fffres de la garnison de Nancy pour la peine qu'ils ont eue au carnaval de IS94> '^"•^' ballets et danses qui s'y sont faits.
Une somme de cent soixante et un francs fut donnée pour eux, les autres fifres et les tambourins qu'ils firent venir pour jouer au festin des noces de la duchesse de Bavière. '
I. Archives^ B. 1243.
6o LA MUSIQUE EN LORRAINE.
En même temps que les joueurs de flûte, nous ve- nons de citer les tabourins; il y avait des « petits tabou- rins » au nombre de deux, et celui de Charles 111 se nom mait Didier le Petit.
Une somme de soixante francs fut donnée, en 1560, à Jacques de Ponl, fijjre, et à Jehan Patia'er, tabouriueur, poiu' apoir, durant cet hiver, sonné les Allemandes en salle, devant la personne de Monseigneur.
Les ducs de Lorraine, à l'exemple des souverains de France et d'Italie, avaient des nains et des bouffons atta- chés à leiu-cour; la plus complète liberté de parler était accordée à ces personnages, qui profitaient toujours de cet avantage pour décocher quelcpies traits hardis à l'a- dresse des courtisans. En 1546, trois nains remplissaient ces fonctions, et, en 1^76, Arvellos et CristoUoni, bouf- fons espagnols, jouèrent des instruments devant Char- les 111, dans la salle des Cerfs, au palais ducal.
Les trompes de chasse étaient achetées à Metz, sous les règnes précédents, mais, sous Charles III, im nommé Jacques Pichommi, de Nancy, les fabriquait, en 1564 ' *, en i^ôo, Hanus Malherbe, /j/av//?- de trompes, demeurant à Sedan, reçut cent soixante francs, qu'il a plu à Monseigneur de luj' faire don, pour dix trompes de chasse qu'il avoit fait présent à maudit seigneur; cependant, en 1572, on en fit venir quatorze de la même ville de Sedan, qui eut fort longtemps la renommée pour la fabrication de ces ins- truments ; les quatorze trompes coûtèrent deux cent vingt-quatre francs, soit seize francs chacune.
La trompe de chasse dont se servait le duc était en- tourée d'un cordon de soie rouge et jaune, couleurs de sa maison.
I. Archiva, B. 1318.
CHAPITRE III. 6i
Les trompettes ornées des bannières de Charles III fîg-iiraient, comme il a été dit, non seulement dans les fêtes guerrières, mais aussi dans les cérémonies ci- viles et religieuses, dans les noces et les baptêmes. Claude de la Vallée fut trompette du régent en 15 51, et Didier, en 1 5)2-
Le cornet à bouquin servait aussi dans ces fêtes.
Le meilletir joueur de cornet de Charles III fut Ni- colas de Florence (1^74); cependant nous voyons le nom de Philippe Windelin, en 1589 : à Philippe Windelin, chantre et joueur de cornet de monseigneur le cardinal d'Aus- triclie, vingt-huit francs six gros pour, durant les vespres, avoir joué du corneti à boucquin devant S. A. et y ayant présenté le Magnificat en musique de sa composition.
Ce Philippe Windelin était donc instrimientiste, chantre et compositeur.
Charles III fit venir d'Angleterre des joueurs de sac- quebuttes et quelques-uns de ces instruments puis- qu'en 1604 des sommes furent payées à Jean Presse, joueur de cornet:^ à boucquin, pour aller en Angleterre chercher diverses sortes d'instruments pour accomplir sa musicqiie ; à deux joueurs de sacquehottes anglois (venus pour entrer au service de Charles 111), pour ayder à la despense de leur retour en Angleterre '.
Les joueurs de cornets à bouquin se nommaient Jean Presse, Guillaume Borde, Jean Adsun (Anglais), Guil- laume Beurt (Anglais).
La saquebutte ou « sacquebotte » était une sorte de trombone dont les tubes s'allongeaient à volonté; deux Anglais en jouèrent à la cour : Jean Rabessen et Robert Pasquier.
I. Archives^ B. 1509.
62 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
Jean Gastinet était un des plus célèbres joueurs de musette (1581).
La charge de maître des ménétriers acquit une grande importance ; partout où elle était donnée, on l'exerçait avec régularité; nous remarquons, en 1569, l'amodiation de l'office de maître des ménétriers de Boulay.
Arrivons enfin aux maîtres de la chapelle et aux chantres; les premiers furent : Mathieu Lasson (1^51); le célèbre Jacques Arcadelt (dont parle Fétis dans sa Bio- graphie des musiciens)^ qui, originaire des Pays-Bas, alla à Rome, où il fut maître des enfants de chœur au Vatican en 1539, et ensuite au service du cardinal Charles de Lorraine (1555) ; messire Fabrice Marin Cajetan, maître de chapelle de la cathédrale de Toul, compositeur dis- tingué (1570); messire Fabriciault, maître des chantres de la même église (1571); le duc fit donner à ce dernier quatre-vingt-dix-neuf francs deux gros à raison qu'il était venu à Nanc/ et avait amené les chantres et musique de ladite église paur chanter devant Monseigneur et j^ séjourner pen- dant deux jours'.
Les maîtres des chantres de la collégiale Saint- Georges et de la chapelle ducale furent Nicolas Collinot (1572) ; Fabris (1576) ; Pierre Mistault (1587^; Balthazar George, qui reçut, en 1601, une somme /o«r avoir appris à un g jeune Iiomme à lire, escrire et chanter la musique ; Didier Chaumont, chanoine et maître des enfants de chœur de Saint-Georges (1604)-.
Parmi les chantres, il faut citer: Jehan de Vaux (1544); Pierre Myon {i')^^); Alexandre Frizon (i)57); Hugo Edmond (i $59) ; Pierre Noyon (i 567) ; messire Ro-
I. Archives, 13. ii6o.
CHAPITRE III. 63
land, chantre du roi de France, lequel reçut une somme pour être venu en pèlerinage à Saint-Nicolas, et l'aj-der à retourner dans son paj's{i'^-ji)-^ messire Sébastien Gérai-d, clerc de chapelle de monseigneur le marquis, fils du duc ; Stefanus Laminger, chantre et compositeur (1580); Claude Rouyer, chantre, haulte-contre et prestre en l'église Saint-Georges, à qui vingt-huit francs furent donnés, en 1597, pour être distribués par lui en aumônes.
Pendant l'année 1597, il fut payé au sieur delà Grange, chantre à monseigneur le prince, deux cent quatre- vingt-cinq francs, pour Vaj-der à faire le voj-age en cour de France à la suj-tte de Monseigneur'-.
Mentionnons aussi les noms de Philippe Windelin, chantre du cardinal d'Autriche ( 1 598) ; Charles Pin, chantre et basse-contre (1600) ; Claude de Troyes, chanoine et basse-contre en l'église Saint -Georges (1605).
Il y eut également des petits chantres. Plusieurs com- positeurs offrirent leurs œuvres à Charles 111; en i'570, messire Fabrice Marin Cajetan, maître de la chapelle de l'église cathédrale de Toul, reçut quarante escu^ d'or so- leil, valant huit vingts francs, que de grâce spécialle , la grâce de Monseigneur luj- a octroyés pour reconnoissance de certains livres de musique qu'il a présenté à sa grâce ^.
Pascal Lestoquart reçut aussi deux cent quatre- vingt-quinze francs pour avoir donné des livres de mu- sique au duc '.
N'oublions pas Philippe Windelin, dont nous avons parlé, qui composa un Magnifcat et le dédia au duc en 1598 ; Balthazar George ; Tassey, musicien de Paris, qui
1. Archives^ B. 1249.
2. Ibid. B. II 58.
3. Ibid. B. 119J.
64 LA MUSIQUE EX LORRAIXE.
lui offrit plusieurs livres de musique en 1604; ainsi que Stéfanias Laninger de Delingue, auteur de plusieurs œuvres musicales.
Enfin, comme différents artistes musiciens, nous trou- vons les suivants: Jean Richier (1587); Henry Chauldot, de Pont-à-Mousson (1587) ; Denis Hubert ( 11590), qui ob- tint une pension en 1607.
La curieuse coutume de faire des distributions de petits pâtés aux enfants de chœur de l'église Saint-Georges existait encore sous le règne de Charles III ; cette lar- gesse coûtait annuellement deux francs deux gros; mais, en 1590, cette somme fut portée à quatre francs quatre gros. La fête des saints Innocents était celle de ces en- fants de chœur.
L'épinette eut beaucoup de succès à la cour ; un page, nommé Didier, chantait en s'accompagnant sur cet instriuTient (1544) ; le premier joueur d'épinette se nom- mait Jehan, et Loys Fuzelier fut celui du régent (i))0),
11 convient de remarquer que l'usage de ce piano primitif se propagea dans toute la Lorraine depuis le xv'' siècle ; les cordes étaient mises en vibration par des becs de plume qui les frappaient et correspondaient à un clavier composé d'un certain nombre de touches. La décoration extérieure en était charmante, comme tous les objets d'ametiblement de cette époque; des peintures et des sculptures en ornaient la caisse. La duchesse achète une cspincltc dont elle fait présent en 1568. La musique ordinaire de Charles 111 se composait, en 1595, de cinq violons, d'une cornemuse et d'une cpinette ; Didier de Hault jouait de ce dernier instrument.
On se servait cependant encore, en 1606, de psalté- rions à la cour, où deux joueurs étaient attitrés, ainsi que deux harpistes.
CHAPITRE III. 6$
La danse continua à remplir le plus grand rôle dans les fêtes.
On fit venir, en 1597, Gaspard Barbette, comédien italien, et un de ses compagnons, qui i-eçurent une somme pour avoir joue et saute plusieurs fois depanl Monseigneur^ .
Les ballets les plus célèbres qui furent dansés pen- dant le règne de Charles 111 eurent lieu en 1594; en 1603, devant Henri IV, roi de France, et en 1606; ce divertisse- ment se composait de figures grotesques et d'une véritable mise en scène théâtrale ; un char triomphal était traîné par des animaux fabuleux; ce ballet eut lieu au palais ducal.
11 est facile de se rendre compte de l'importance que prit Nancy, sous le règne de Charles 111, par le nombre de manufactures importantes qui s'y établirent sous sa protection.
Ce prince appela à Nancy Claude Israël, peintre fameux, né à Châlons; Pierre Grégoire, docteur en droit, né à Toulouse, à qui il donna une chaire de droit civil et droit canon à l'université de Pont-à-Mousson ; ce fut là que ce dernier composa un ouvrage sur la musique, et qu'il mourut (i ^97) '.
Un renseignement très curieux, concernant la de- meure de quelques-uns des musiciens du duc, est con- signé dans les Archives.
Loys, l'espinette, habitait, en 1589, rue du Haut Bourget (Haut-Bourgeois) ; un tabourin, rue de la Bou- cherie; un hatitbois, rue de la Monnaie ; Didier le mé- nestrel, ainsi qu'un autre tabourin, faubourg Saint-Ni- colas, etc.
1. Archives j B. 1249.
2. Fétis. Biogr. de; Musiciens.
66 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
Les ménétriers accomplissaient une bien triste tâche en précédant les condamnés à mort jusqu'au lieu de leur supplice; ainsi, en 1577, il est rendu compte des dé- penses faites pour le jour de l'exécution d'un individu qui fut pendu pour ses démérites ; pour le disner des officiers d'Epi- ual, savoir ; des prévôt, échevins, clerc-juré, receveur, grand- doj-en, quatre sergents, messager, porte-enseigne et deux ménétriers ' .
Ceux de Sarreguemines payaient une redevance an- nuelle en 1599, et il est question, en 1602, du droit des ménétriers en la Landchultesserie (ou Land-Schultesserie) de Sierck -.
Les représentations théâtrales prirent un caractère plus particulier, sans toutefois sortir encore des sujets religieux; la musique vint à l'aide du poème, mais ce n'é- taient encoi-e que de simples accompagnements de luths, de théorbcs et de mandores ; l'épinette, la viole et les violons furent employés avec succès dans ces circon- stances.
Pour compléter la liste des mystères en musique représentés sous ce règne, dans notre pays, il convient de citer les suivants : en 1 548, le jeu et mystère de monsieur Sainct Etienne, pape et martj-r, patron de l'église parochiale de Sainct-Mihiel. On y remarqua les décorations, le jeu des machines, celui des acteurs, leur costume ainsi que la conduite des chœurs; un Veni, Sancte Spiritus fut chanté pendant un des actes, et, durant la délibération des cardinaux, on entendit le jeu des instruments qui annon- çait la joie de la milice céleste ; mais Lucifer, ayant or- donné à ses suppôts de persécuter les chrétiens, le tour-
1. Archives, B. 1 1 12.
2. Idid. B. 5'y47.
CHAPITRE III. 67
ment le plus cruel qu'ils imaginent est un concert diabolique ; ils chantent sur un ai?- noté :
Tant plus et plus veut avoir Lucifer le grand déable ; S"il voyoit les âmes pleuvoir Toujour il est insatiable.
Le roi des enfers, qui perd patience, répond par ces vers assez burlesques :
Holà! de parle grand déable,
C'est trop chanter, vous me troublez.
Horde, caterve misérable,
Le t... d. c... vous m'eflblez;
Vous n'êtes pas entremêlés
De bons accords selon musique ;
Que de soufre soyez brûlés
Dedans le puits infernalique.
Ce qui paraîtrait extraordinaire de nos jours, c'est que ce mystère fut composé par un prêtre, le prieur de l'ab- baye de Saint-Mihiel, Nicolas Louvant. L'action se ter- minait par une grande antienne chantée en chœur.
L'art dramatique prit une nouvelle impulsion en Lor- raine à partir de la seconde moitié du xvi' siècle.
Le 7 septembre 1580, on représenta une pièce fran- çaise intitidée Jeanne d''Arc, devant les princes, plusieurs seigneurs et généraux de l'armée de France. Le duc Charles y assista ; les différents actes furent accompa- gnés d'un chœur qui jouait le même rôle que ceux du théâtre de l'antiquité, c'est-à-dire qu'il complétait l'expo- sition quand celle-ci laissait à désirer: il plaint, il prie, il exprime, en un mot, les sentiments que doivent éprou- ver les spectateurs.
Reprenant les pièces les plus curieuses qui furent
68 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
représentées à la cour sous ce règne, nous trouvons d'abord la Vendition de Joseph, jouée en 15 S? dans la grande salle des Cerfs au palais ducal'. Alexandre Du- rai et Méhul ne se doutaient pas, en 1807, que deux cent cinquante ans avant eux on avait traité le même sujet à Nancy. Quelle différence de spectateurs, et aussi quelle difîérence d'acteurs !
11 ne faut pas croire qu'on trouvait étonnant de re- présenter Joseph, à la cour de Pharaon, vêtu d'une longue robe comme en portaient les seigneurs du temps, et M'"" Putiphar coiffée d'un chaperon ; point du tout ; cependant, quel effet feraient, de nos jours, Jacob, le patriarche, bien enveloppé d'une robe de" chambre oti le chœur des jeunes filles de Memphis composé de de- moiselles habillées à la moderne et la tète couverte d'un chapeau excentrique pour remplacer le voile égyptien !
h'Iminolation d'Isaac, mystère biblique, fut donnée en 1557. Là, le costume d'Isaac devait être forcément bien primitif. La mise en scène, au moment où l'ange arrête le couteau du père sacrificateur, devait aussi manquer des trucs nécessaires aux théâtres de nos jours.
Il convient, avant de terminer ce chapitre, de rec- tifier une erreur qui se trouve dans la Biographie des Musiciens de Fétis ; il y est dit que Benevolli Horace, compositeur et célèbre contrapuntiste du xvn" siècle, né à Rome en 1602, était le fils naturel du duc Albert de Lorraine. II n'y a jamais eu de duc Albert de Lorraine.
Nous voici arrivé à la fin du règne glorieux de Charles III. Ce prince sut, par sa sagesse, faire fleurir les arts et l'industrie, et sa mort (14 mai 1608) fut un deuil général pour la Lorraine.
I. Àrc/ni'CSf B. 1112.
CHAPITRE IV
XVII" SIÈCLE. — HENRI H, DUC DE LORRAINE, 1608-1624. — POMPE FUNÈBRE DE CHARLES III. — COSTUMES DES MUSICIENS. — INSTRUMENTS DE MUSIQUE. — CORNETZ, GROS HAULTZ-BOIS, SACQUEBUTES, LUTHS, GUITTARONS, THÉOREES, VIOLES d'eSPAGNE. — ENTRÉE SOLENNELLE DE HENRI II A NANCY. — PRINCIPAUX JOUEURS DE VIOLON. — LUTHIER ITALIEN. — CORNEMUSEUR. — ORGANISTES CÉLÈBRES. — TAMBOURS, FIFRES ET TROMPETTES. — MUSICIENS ET BALLETS. — LES MÉDARD. — MUSIQUE DE LA CHAPELLE ET INSTRUMENTS EMPLOYES.
Fig.
roi de
E duc Henri II monta sur le trône, en 1608, à l'âge de quarante-cinq ans.
Quoique nous ne nous occupions que de
choses se rapportant à la musique, il
paraît intéressant de donner une
courte description de la pompe
funèbre de Charles III :
la musique n'y fut point
oubliée et elle y tint une
très large place.
On sait qu'à cette époque les trois plus belles cérémonies qui se voyaient en Europe ic— Pompe funùbre de Charles iir. étaient: le sacre d'un
France, à Reims, le couronnement d'un empereur
70 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
d'Allemagne, à Francfort, et l'enterrement d'un duc de Lorraine, à Nancy.
C'est grâce aux magnifiques planches de Claude de La Ruelle et de Jean La Hière que nous avons pu reconstituer et les instruments de musique, disparus depuis longtemps, et les costumes des différents musi- ciens.
Le 14 mai 1608, jour de la mort du duc, le corps fut exposé dans la chambre mortuaire, embaumé le lende- main et placé dans un riche cercueil recouvert de trois draps, le premier d'une toile très fine, le second, de ve- lours noir croisé de satin blanc, et le troisième, de drap d'or frisé, bordé d'hermine mouchetée. Un dais de soie violette brodée d'or était suspendu au-dessus. Les murs étaient tendus de tapisseries et le plancher recouvert de tapis de Turquie.
Tout demeura en cet état jusqu'au 8 juin suivant; à ce moment, le corps fut transporté dans la salle d'honneur qui faisait suite à la galerie des Cerfs ; cette salle mesu- rait cent trente-cinq pieds de longueiu-, et les tentures qui garnissaient les murs représentaient les histoires de Moïse et de saint Paul. Au fond, un* théâtre supportait l'effigie du duc, au-dessus de laquelle un dais superbe était suspendu. Ce dais, de velours cramoisi et de toile d'or, était brodé de cannetille et de dentelles d'or et d'ar- gent ; des alérions alternaient avec des doubles C cou- ronnés.
Au pied de ce lit à baldaquin se trouvait un banc recouvert de drap d'or, supportant une très riche croix d'argent, chargée de diamants et de grosses perles; deux chandeliers pareils étaient placés de chaque côté. La même profusion de pierreries et de métaux précieux se répétait pour tous les ornements de la chapelle du feu
CHAPITRE IV. 71
duc, parmi lesquels on remarquait une grande croix dont la base contenait un rubis enchâssé, de la grosseur d'une noix.
L'effigie était revêtue d'un pourpoint de satin cra- moisi, brodé d'or, dont les boutons, chargés de diamants, étincelaient à la lumière des cierges ; sur cet habit, une tunique de drap d'or, doublée de satin cramoisi, frangée d'or, fendue aux deux coudes, en rehaussait l'éclat; par- dessus s'agrafait un grand manteau à la royale, de drap d'or, enrichi d'un bord de perles et fourré d'hermine ; tes devant et derrière de ce manteau s'attachaient aux épaules par quatre grandes agrafes d'or, chargées de dia- mants en table, en cœur et en pointes. Le collet, en her- mine, était orné du collier de Saint-Michel. Le chef, couvert d'un petit bonnet rond de velours cramoisi, sup- portait une couronne à hauts fleurons, constellée de dia- mants. Les oreillers de drap d'or, supportant la tête de l'effigie, se terminaient aux coins par des boutons d'or garnis de diamants; la 'main droite portait un superbe diamant ; à droite et à gauche étaient disposés le sceptre et la main de justice; tous ces joyaux avaient une valeur de cinq cent trente-deux mille écus.
Les musiciens et les chantres de la chapelle exécu- taient des morceaux funèbres et des chœurs avec accom- pagnement d'instruments, et on servit le dîner, comme du vivant du prince, pendant tout le temps que l'effigie resta dans cette salle, c'est-à-dire jusqu'au 14 juillet suivant. On la transporta alors dans la galerie des Cerfs, entièrement tendue de noir, et à l'extrémité de laquelle était une bière ornée des insignes du duc.
Nous passerons sous silence les ornements de velours, de satin blanc et d'étoffes précieuses qui garnissaient l'autel, les murs et jusqu'au plafond. L'orchestre, placé
72 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
sur la gauche, comprenait les musiciens de la chapelle, jouant de la basse de viole, du luth, du thcorbe, et les chantres.
Le 17 juillet eut lieu le transport du corps à l'église Saint-Georges ; ce convoi est représenté en détail sur les gravures de Claude de La Ruelle, et il serait trop long d'énumérer ici tous les personnages, depuis les plus illustres jusqu'aux trois cents pauvres de la ville et aux six violons qui le composèrent. Quatre chevaux magni- fiquement caparaçonnés furent conduits au convoi funèbre et menés à l'offrande.
L'église, complètement tendue de noir et ornée d'écussons aux armes de Lorraine entourées du collier de Tordre de Saint-Michel, faisait un heureux contraste d'obscurité et de lumières, par le mélange de ces som- bres draperies et de cette multitude de flambeaux,
La chapelle ardente représentait dans son ensemble une énorme coui^onne ducale, faite de bois doré et peint, du milieu de laquelle s'élevait un piédestal soutenu par quatre colonnes d'ordre corinthien, qui supportaient un riche dais d'étoffe d'or, surmonté d'une pyramide oi'née de couronnes ducales, de croix de Jérusalem, de Lor- raine, d'alérions et de barbeaux (armes du duché de Bar). Aux quatre coins s'élevaient de petites pyramides, sem- blables à celle du milieu, et, tout autour, une grande quantité de cierges faisaient ressortir les dorures de cette chapelle, qui fut faite d'après les ordres et les dessins du sieur d'Estabili, aidé de Nicolas Drouin et de Jean Richier, sculpteurs et peintres.
Les ambassadeurs étrangers en furent si émerveillés qu'ils prièrent le duc Henri II de faire graver toutes les cérémonies de la pompe funèbre, pour que leurs souve- rains fussent informés de la magnificence de cette solen-
CHAPITRE IV. 75
nité. C'est ce qui eut lieu, et nous avons profité indi- rectement de cette décision, en retrouvant, dans ces nombreuses planches, les éléments des orchestres dis- parus, dont on va voir les spécimens.
La collégiale Saint-Georges était garnie de tribunes élevées pour les chanteurs et les musiciens de la cha- pelle. Dans la lettre majuscule L (fig. i6), au commence- ment de ce chapitre, les chanteurs qui se trouvent dans cette tribune sont accompagnés de luths, de théorbes, ainsi que d'une basse de viole.
La planche n" 17 montre toute une série d'instru- ments à vent ; nous y remarquons d'abord le costume de deuil des musiciens, qui se compose d'une grande robe noire, avec manches très amples et grand col; presque tous portent la barbe longue et les cheveux relevés en arrière. On remarque cinq joueurs de cornet à bouquin, deux de sacquebiite ou trombone, deux de gros haulti-bois et vingt chanteurs.
Le trombone ou sacquebute était donc déjà employé à cette époque, et l'instrument paraît aussi bien fait que ceux dont on se sert dans nos orchestres modernes. Cependant il faut remarquer que l'un des exécutants le joue du cùté opposé à l'autre.
Dans le texte qui accompagne les gravures de Claude de La Ruelle on lit le passage suivant, à la table annexée à cette planche : Cliantres de la chapelle ducale, au nombre de trente personnes, tant voix que joueurs de cornet-, gros haulti-bois et sacboutes.
Cette tribune, paraît-il, était située au jubé de l'église, et le graveur a pris soin d'expliquer qu'il l'a placée à la gauche de la planche pour ne pas empêcher la vue du chœur.
Parmi tous les instruments, celui qui, sans contredit.
76 . LA MUSIQUE EN LORRAINE.
nous intéresse le plus, est le gros hault\-bois; il existe en double dans la grande planche (fig. 17); mais ici on n'en voit que la partie supérieure, tandis que, dans la planche ig on peut en distinguer la partie inférieure.
Ce curieux spécimen mérite une description; il est semblable au basson, et son tube d'embouchure sort de
A. J.
l'extrémité supérieure pour descendre, par ime courbe, jusqu'à la hauteur de la bouche de l'exécutant. Le corps cylindrique est percé de plusieurs trous, et le bas en est beaucoup plus volumineux; c'est un tube autour duquel est enroulée une tapisserie qui semble être ornée des emblèmes lorrains. Ce tube est brusquement recourbé dans la partie inférieure de l'instrument et ressemble aux saxophones actuellement en usage.
La figure 18 représente lui tlu'àtrc couvert de velours
CHAPITRE IV.
noir, pour les musiciens de la chambre, au nombre de qua- torze personnes, tant voix que luthi, guittarons et violes d'Espagne. Ce théâtre fut élevé dans l'église des Corde- liers, où la cérémonie eut lieu le surlendemain, 19 juillet.
Fig. 19.
A. J.
Les instruments que nous remarquons sont très inté- ressants ; les luths et les théorbes ont six et sept cordes; les premiers sont de forme ovale, tandis que les seconds se rapprochent de la forme de la guitare, tout en ayant la tête du luth. La basse de viole, à sept cordes, est appelée viole d'Espagne; elle est jouée comme la contre- basse et était cependant intermédiaire de grandeur entre ce dernier instrument et notre violoncelle. Les instru-
78 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
mentistes accompagnaient dix chanteurs placés sous la direction d'un maître de chapelle, qui se nommait Pierre de Hault.
La dernière tribune est celle qui se trouvait à droite du chœur (fig. 19); on voit les chanteurs tenant leurs livres de musique en mains : trois joueurs de cornet à bouquin, un joueur de sacquebute et un joueur de haut- bois, instrument dont il vient d'être question.
La chapelle ardente élevée en cette église était toute différente de celle de la collégiale ; elle avait la forme rectangulaire, surmontée d'une pyramide ornée des écus- sons de la maison de Lorraine. Les quatre angles por- taient des obélisques décorés de la même manière. Lors- que les cierges étaient allumés, on eût dit im nouveau dessin lumineux reproduisant en feu le catafalque.
Le convoi funèbre était composé d'une multitude de dignitaires, et, comme nous l'avons déjà dit, on y voyait jusqu'aux plus simples officiers des princes de la famille ducale; outre les joueurs de violon, les haïuboïstes et les cornetistes y étaient représentés par une députation de six personnes vêtues de deuil et ayant le chapeau en forme.
Lorsque le corps du feu duc fut descendu dans le caveau, on proclama Henri II duc de Lorraine. Aussitôt tous les assistants enlevèrent le chapeau eu forme, et reconduisirent le prince en grande pompe au palais.
La relation de cette pompe funèbre donnera au lecteur une faible idée de la magnificence déployée en vue d'éblouir les cours étrangères. Un luxe aussi grand, nous le ferons remarquer, s'étendait aux exécutions musicales et égalait les plus belles fêtes royales des puis- sances voisines.
La musique, comme on l'a vu, appelée à participer à
CHAPITRE IV. 79
ces solennités, leur donnait un caractère vraiment impo- sant. Reportons-nous par la pensée dans ces deux églises : nous écouterons avec une attention religieuse ces chœurs de voix d'hommes si complets par le nombre et le choix. Les instruments à vent, tels que le cornet, formaient la partie haute du chant, alternant ainsi avec les enfants de chœur. Les sacbiites et les gros Iiault'-bois reprenaient le chant et faisaient résonner par leiu-s tim- bres bruyants les voûtes de l'antique église ; les chœurs répétaient d'une voix douce les mêmes motifs, soutentis par l'accompagnement si délicat des luths, des théorbes et de la basse de viole, qui, elle aussi, interrompait les chœurs poiu- mêler ses notes sympathiques dans un solo mélodieux.
Enfin, pour terminer, l'orgue, reprenant l'ensemble, faisait entendre sa voix puissante, qui dominait celles de tous ces orchestres réimis !
Deux ans plus tard, le 20 avril 1610, ime fête remar- quable, mais d'un autre genre, eut lieu pour l'entrée solennelle de Henri II à Nancy. Les planches qui font suite à la Pompe funèbre, et qui représentent cette entrée, ne montrent, en fait d'instruments de musique, que des tambours, des fifres et des trompettes atix ban- nières de Lorraine.
Henri II avait un goût très prononcé pour le faste et la magnificence, et son ambition fut de placer son pays à la hauteur artistique des atitres nations.
L'auteur du Mémoire sur Nancy, qui écrivait en 1619, dit, en parlant des chanoines de Saint-Georges : Ils ont fondation de vicaire et musiciens, pour le présent, la musique y est fort accomplie en toutes ses parties, pour y avoir des voix choisies par le com?nandement de S. A. le duc Henri II, qui' prend singulier plaisir à entendre la bonne musique, et
8o LA MUSIQUE EX LORRAINE.
5'// donne {et aussi doiine-t-il) des prébendes aux chantres qui ont bonnes roix^ soit pour les y attirer, soif pour les j- maintenir '.
Sous ce règne, la bande des violons fut beaucoup plus nombreuse; on ne parle plus du tout de rebec, le mot a complètement disparu.
Voici les noms des principaux joueurs de violon :
En 161 2, Nicolas Vernier, violon de S. A.; 161 3, quittance donnée à Pierre Chaveneau, aussi violon de S. A., pour le paiement de ses gaiges; pendant cette année, Nicolas Noël fut nommé pour remplir le même emploi ; Nicolas de Verny et Noël Briffaut obtinrent cette place, l'un en 1615 et l'autre en 1616.
Le comte de Vaudémoiit avait aussi plusieurs de ces musiciens à son service; François Roussel fut un des meilleurs, en 161 5.
En 1618, il est fait mention des gages des joueurs de violon et de cornet du duc.
L'année suivante, le comte de Vaudémont récom- pensa Chrétien Florentin, l'un de ses musiciens-.
Lorsque les années étaient dures, on leur faisait des distributions en nature, sous forme de gages; ainsi, les années précédentes, en 1609, par exemple, le duc Henri 11 fit distribuer du blé à ses violons^ sous forme de gaiges.
Cependant, en 1618, les gages leur furent payés, et ils reçurent, indépendamment, des distributions de blé'. Ces violons étaient : les trois frères Chaveneau, Pierre, Louis et Denis; François Roussel; Remy Noël.
En 1 614 et en 1619, du blé fut encore délivré, par ordonnance du duc, à Louis Chaveneau, Remy Noël,
I. Àrcliives dt Nancy, par M. Lep.ige. a. Ibid. B. 1409.
}. Ibid. B. 206;.
CHAPITRE IV. 8i
Simon Noël, Denis Chaveneau et à leurs compagnons, joueurs de violon et de cornet en son lijtel '.
En 1622, deux nouveaux violons font partie de la bande, désignée sous le nom de bande des violons de l'hostel de S. A.-; ce sont François Trial et Joseph Soleras.
Le luth, instrument d'accompagnement par excel- lence, fut le plus fréquemment usité pendant cette époque.
Un Italien vint se fixer à Nancy et s'y établit comme facteur de luths; il obtint du duc le privilège exclusif d'être le seul fabricant de cordes de luth pour le duché de Lorraine. Un habitant de Nancy, Pierre Barbier, enfrei- gnit cette défense ; la mention suivante l'indique, ainsi que l'amende à laquelle il fut condamné. En 1616 : .1 Oriiithio Saiictia, maître faiseur de coj'des de luths, dix francs pour son tiers en trente, paj'és par Pierre Barbier, dudict Nancy, pour s'être ingcré de faire cordes de luths, contre la défense de Son Altesse, obtenue par ledict Orinthio.
Nous trouvons, sur ce luthier italien établi à Nancy, une mention, datée de 161 3, qui nous fait connaître son véritable nom : ^-1 Orinthio d'Essentier, italien, faiseur de luths et de cordes, ce>it cinquante francs que Son Altesse luy a donnés pour certaines bonnes considérations.
Parmi les joueurs de cornemuse, Louis Chaveneau remplit le mieux ces fonctions à la cour; cependant cet instrument commence à diminuer dans les orchestres; on le trouvait déjà im peu trop primitif; il est employé de préférence dans les airs du genre pastoral ou dans les airs de danse.
Les organistes deviennent plus nombreux, à mesiu-e
1. ArctiiveSy B. 2947.
2. Ibid. 5216.
82 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
que nous avançons; les principaux connus sous ce règne furent: Nicolas Hocquel (1617); Nicolas Thouvenel, prêtre et organiste de l'église Notre-Dame (161 8), Chré- tien Dognon (1623) qui tint les orgues de la même église et mourut en 1653.
Les Hocquelz étaient alors les meilleurs facteurs d'orgues de Lorraine ; ils avaient francisé leur nom en celui de Hocquel. Celui qui était également orga- niste répara les orgues de Saint-Epvre, en 1622 et en 1623. Son fils, Nicolas-François, né en 1622, fut aussi facteur d'orgues.
Les tambourins et les flûtes sont relégués dans les musiques militaires; on ne les rencontre que dans quel- ques orchestres, pour l'exécution des ballets; il n'en existe plus qui soient attitrés au service du duc et de la duchesse, comme sous les règnes précédents.
La trompette n'est d'usage qu'à l'armée, et la trompe pour la chasse ou les cavalcades. Le duc Henri II avait cependant encore son joueur de cornet'.
Ce furent presque tous les mêmes chantres et maî- tres de chapelle que sous le règne de Charles 111 qui continuèrent à remplir Iciu-s charges sous le successeur de ce prince; ainsi, [""ierre de Hault fut maître de la musiqtie d'Henri; il touchait, en 1620, une pension prise sur la recette de Deneuvre.
Cependant lui Portugais, nommé François de Bas- concelas, toucha ses gages, comme basse-contre, jus- qu'en 161 2. époque à laquelle il se retira dans sa patrie".
Les principaux musiciens fiu-ent : Claude Maum- maire, (chrétien Florentin, tous deux, en 1614, au ser-
1. Archives, B. 1396.
2. lUd. B. 1341.
CHAPITRE IV. 83
vice du comte de Vaudémont; Etienne André (161 5).
Didier de Hault conserva sa charge de joueur d'épi- nette.
Beaucoup de ballets furent dansés à la cour de Lor- raine ; le duc, la duchesse et les princesses en firent les honneurs; le premier dont il soit fait mention eut lieu en 161 3, et fut dansé par le duc lui-même, le 17 avril; quelques jours après, un ballet fut faict par madame la duchesse^. L'année suivante, un troisième ballet fut dansé à la cour, le jour des Rois; il est cité dans les comptes, sous le titre de Ballet des Bergères, parce que la duchesse et les dames qui le dansèrent étaient costumées en ber- gères". Le lendemain, on dansa un ballet à la Turque ;\q duc, la duchesse, les danseurs et les danseuses portaient, pour cette circonstance, des costumes orientaux d'une grande beauté. Des sommes considérables furent dépen- sées à cette occasion; mais celui de 161 6 fut donné par la duchesse de Lon-aine, Marguerite de Gonzague, pendant le carnaval, et dépassa comme magnificence ce qui avait été vu jusqu'alors. Les figures étaient groupées sur des machines mobiles, construites et décorées d'une façon toute nouvelle ; les personnages travestis produisaient un grand effet. On en fut tellement satisfait que, l'année suivante, à pareille époque, il fut encore représenté'.
Les maîtres de danse, qui occupèrent une place si importante sous le siècle suivant, sont déjà attachés en cette qualité à la cour ducale.
Les mentions les plus anciennes de ce règne datent de 1609 ; une somme fut donnée à Louis Le Moyne, en considération de ce que son père, Georges le Morne, avoit
1. Archives. B. 1346.
2. Ibid. B. 1353.
3. Ihid. B. 1378.
«4 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
montre à danccr à S. A. La même année, les appointe- ments da maître de danse des pages du duc furent payés à Nicolas Vernier, titulaire de cet emploi.
En ce qui concerne les corporations de ménétriers, on remarque, en 1610, V amodiation de V office de mcne'trier de Boiilay.
Ici commence la généalogie des luthiers si connus sous le nom de Médard; ils furent, pendant les règnes suivants, les principaux luthiers de Nancy.
C'est dans le i-egistre d'une des églises de cette ville que nous trouvons ce nom : 1622; Toussaint Medard, Jîls de Nicolas Médard, ne le cinq avril 1622, eut foiir pir- rain, honoré seigneur Claude de Chastenoj', seigneur d'Ar- mauconrt.
Il est à remarquer que, dans tous ces baptistères, les enfants des musiciens et des artistes des ducs de Lor- raine avaient toujours pour parrains ou marraines des personnages considérables, voire môme des princes et des princesses de cette maison; c'est dire qu'on en fai- sait un grand cas.
Tixier, l'un des musiciens du roi Henri IV, présenta, en 1609, à Henri II quelques airs de sa composition; il reçut, en rc compense, ime somme de cinquante francs.
Au sujet de l'importance des musiques de la cha- pelle des ducs et des instruments qui y étaient employés, il est utile de les rapprocher de la composition de celles de France, à la môme époque. Pour cela, nous reproduisons ici ce que dit Fétis, dans la préface de sa biographie des musiciens : Au reste, il est bon de remar- quer que les violons n'onl jamais seri'i dans la chapelle de Charles IX, car ce nest que sous le règne de Louis XIV que les instruments, et particulièrement les violons, ont été
CHAPITRE IV. 8s
introduîts dans la musique de la chapelle des rois de France^ .
Charles IX avait fait faire, il est vrai, par Amati, vingt-quatre violons, six violes et huit basses; mais ces instruments étaient pour sa musique de chambre, et non pour sa chapelle, tandis qu'en Lorraine ils furent en usage dans la musique d'église bien avant le règne de Louis XIV; nous en avons des preuves dans les dessins de la Pompe funèbre de Charles III (1608 , où l'on voit les deux tribunes des inslruineiits à cordes et à vent. La basse de viole, appelée viole d'Espagne, prouve l'usage des instruments à archet.
Les charges de maîtres de chapelle des rois de France ne fiu-ent créées que sous le règne de Fran- çois L',' au lieu qu'en Lorraine cette charge existait dès le milieu du xv' siècle ; les noms de Pierrequin de Thé- rache et de tant d'aiures nous l'indiquent.
Les appointements de trois musiciens du comte de Vaudémont, Chrétien Florentin, Alexandre le Clerc et Pierre Heilman, s'élevaient, pour six mois seulement, à la somme, relativement très-importante, de quinze cents francs.
Durant ce règne, les représentations théâtrales pri- rent une forme nouvelle; des mystères on passa aux tra- gédies mythologiques et aux comédies bouffonnes, qui étaient très souvent mêlées de chœurs, de concert ou simplement d'accompagnement d'instruments à cordes.
Presque tous les acteurs étaient Français; ces repré- sentations avaient lieu tantôt au palais de Nancy, dans la salle Saint-Georges, tantôt au château de la Malgrange. Un nommé Jean Gazotte est qualifié maître des paladins comédiens.
i. Fétis. Biographie des musiciens.
86 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
Beaucoup de ces comédies furent données au Col- lège des Jésuites de Pont-à-Mousson.
Henri II étant mort en 1624, il eut pour successeurs, dans la même année, Charles, son gendre, et Nicole, sa fille aînée; des différends ayant eu lieu, le comte de Vaudémont prit le gouvernement sous le nom de Fran- çois Il et ne régna que quelques mois; enfin, en dé- cembre 1625, Charles IV fut reconnu comme duc de Lorraine par les états assemblés à Nancy.
CHAPITRE V
XVII' SIÈCLE. — Jacques Callot et ses musiciens grotesques. — Charles IV. — Les joueurs de violon et les cérémonies religieuses. — GoBBi. — Maîtres de musique. — Luthiers célèbres. — Instruments divers. — Ballets et maîtres de danse. — Musiciens ET organistes. — Corporations. — Les Féchenattes. — Musique de Charles IV et entrée solennelle de ce prince a Nancy.
Malgré les malheurs de tout genre qui accablèrent la Lorraine pendant le règne de Charles IV, les artistes ne firent cependant pas défaut et illustrèrent de leurs œuvres cette longue période de 1625 à 1675. 11 est à regretter que la paix ne leur ait pas permis de don- ner un plus libre cours au génie dont la plupart étaient doués.
Le premier que nous devons citer, quoiqu'il ne soit pas un musicien, est, sans contredit, l'artiste qui a laissé les plus inimitables souvenirs de ces temps, celui qu'avec l'honorable M. Henri Jouin, archiviste de la Commission de l'inventaire des richesses d'art de la France, nous ap- pellerons le Rabelais de l'eau-forte ; nous avons nommé Jacques Callot.
Que de talent dans ces traits de plume si fins et, on
88 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
peut dire, si spirituels ! Que d'exactitude dans la repré- sentation des instruments de musique qu'il met entre les mains de ses grotesques ou gobbi et de ses gueux!
Il est permis de supposer que le maître du burin a vu les originaux qu'il a représentes, en accusant si bien leurs défauts physiques, et en leur imprimant le caractère si burlesque qui les distingue.
Les musicieps que nous reproduisons devaient être ceux qu'il rencontrait dans ses voyages d'Italie, ou ceux qu'il voyait constamment en Lorraine.
Afin de laisser à chacun de ces personnages la place qu'il doit occuper, les détails de chaque instrument seront exposés selon le rang que ceux-ci tiennent dans le classement adopté pour tous les chapitres.
Charles IV avait été élevé à la cour de France, où le roi Louis Xlll l'availprisen grande affection. Pendant son règne, néanmoins, il s'allia constamment aux ennemis du royaume. Bien qu'il fût doué d'un grand courage et de réels talents militaires, son caractère inconstant, son goût pour les plaisirs et sa mauvaise foi dans l'observation des traités, attirèrent sur la Lorraine toutes les horreurs de la guerre, et le rendirent incapable d'opposer de sérieux obstacles à la politique habile mais peu scrupuleuse de Richelieu.
On conçoit aisément qu'avec un tel monarque un peuple ait été malheureux.
Pour comble d'infortune, une famine et une peste horribles sévirent de 1630 à 1637. ^^^ ^'^^' ^^ cherchera soulager ses sujets et à reconquérir ses États, Charles IV donnait, en 1649, des fêtes brillantes à Bruxelles, dissi- pant les contributions énormes qu'il prélevait sur la Lor- raine; il vendait chèrement ses services au roi d'Es- pagne, qui finit par se méfier de lui, se (ît assurer de fa
CHAPITRE V. 89
personne et l'enferma dans une vieille tour, à Tolède, où il resta cinq ans en captivité.
Malgré tout, son peuple le chérissait et lui faisait une réception magnifique, lors de son entrée à Nancy, en 1663 ; mais ce que les Lorrains célébraient surtout, en cette circonstance, c'était le i-etoiu- de l'indépendance na- tionale.
Quittons le court exposé des faits principaux de ce long règne pour nous occuper du sujet traire dans cet ouvrage; la même progression sera suivie pour le classe- ment des instruments de musique.
De 1632 à 1669, la bande des violons est composée de neuf musiciens, parmi lesquels il faut citer les sui- vants: Dominique, fils de Nicolas Médard, 1626; Jacques Dupont, 1628; Remy Noël, François Trial, 1629; Joseph Solera, 1657; Je^n Voirion, dit Grand-Maison, 1667; Joseph Grillot et Jacques Lorette, 1672; François Gre- neteau, fut maître de la bande des violons, en même temps que maître de danse ; il recevait annuellement 1,000 francs de pension, et occupa ces places de lôé'j à 1666.
Les violons étaient employés dans les processions et marchaient en tête des assistants; nous lisons dans VHistoire de Nancy, de Lionnois, le récit du pèlerinage qui eut lieu, en 1642, pour faire cesser les fléaux de la guerre :
.( On fit un pèlerinage à Benoit-de-Vaux, près de Saint-Mihiel. Deux mille personnes de Nancy y allèrent. Les pèlerins furent reçus à Toul, dans la cathédrale, au son des cloches, de l'orgue et de la musique ; la noblesse et le peuple de Kœurs, près Saint-Mihiel, vinrent au devant d'eux, précédés de six croix, avec le curé et le
90 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
vicaire de la paroisse les conduisant au son des cloches et des violons, le long des grandes palissades du jardin de plaisance du marquis de Moy. »
L'usage de jouer du violon en plein air fut commun à toutes les cérémonies religieuses et profanes, de 1640 à 1675. Cette dernière année, on voit que les dépenses mentionnées indiquent ime somme pour la collation don-
Fig. ïo. — Joueur de viole.
née aux violons qui avaient joué pendant la procession de l'immaculée Conception'.
Les basses de viole étaient suspendues au corps de l'exécutant par une lanière fixée à l'aide d'un bouton qui se voit encore dans le fond de certains anciens ins- truments, voire mémo des violoncelles.
En 1672, des sommes Jurent payées au loueur de carrosses « qui conduisit les violons du prince Charles- Henri de Lori-aine, à Enghieii. »
La viole représentée ici (fig. 20) est tirée de la
I. Archives, H. 2037.
CHAPITRE V. 91
suite des Gohbi de Callot, qui a été exécutée en Lorraine de 1622 à 1627. Cette assertion est prouvée, comme le dit M. Meaume ', par Félibien, la mention : excudit Naitcet l'indiquant clairement. Le personnage grotesque tenant l'instrument est coiffé d'un chapeati à larges bords, dont une des extrémités est déchii'ée. La 7'iole, qu'il ne faut pas confondre avec le violon, n'est montée que de trois cordes. Les otiïes sont très longues ; le chevalet très près d'une petite barre tenant les chevilles, à la façon des boiuons de gtiitare.
L'archet courbé est encore semblable à celui du vitrail du xv^ siècle, à l'exception de l'extrémité su- périeure, qui est relevée.
C'est l'unique musicien de cette suite qtii porte un sabre à ses côtés. Les joueurs de violon de ce temps avaient-ils donc seuls, comme les luthiers et les peintres, parmi les atitres corporations, le droit de porter l'épée?
Les maîtres de la musique de Charles IV furent très nombreux; voici les noms des pi'incipatix : Gei-main Millier, 1657; Ganteze, qui reçut, en 166), une somme de 200 francs, pour la nourriture des enfants de la- dite musique. Ce Ganteze était certainement le maître de la musique de la chapelle, tandis que Nicolas Vinot, qui recevait 1,000 francs d'appointements annuels, était le maître de la musique de chambre, puisque leurs noms figurent simultanément sur les comptes des dépenses de la même année (1663) ; le premier reçut sa pension en 1666, pour se retirer en Provence.
Il faut ajouter à ces noms celui de François Belle- sord, 1669.
Les facteurs de violons, qti'on ne nommait pas encore
I. M. E. Meaume, Rec/ierchei sur lu vie et les ouvrages de Jacques CuUot, Paris. Renouard, MDCCCLX.
92
LA MUSIQUE EN LORRAINE.
luthiers, étaient représentés assez dignement à Nancy par Nicolas et François Médard ; le premier fut reçu bourgeois de cette ville en 1658, et le second, frère du précédent, s'établit à Paris vers la fin du xyii" siècle , où, dit-on, il fit les instruments poiu- la chapelle de Louis XIV.
Vignon, célèbre joueur de luth (i 661), propageait cet
Fig. 21. — Joueur de mandore.
instrument en Lorraine; presque toutes les dames chan- taient en s'accompagnant ainsi. 11 convient de placer ici les figures des « gobbi » montrant les joueurs de mandore et de guitare. Le personnage sautillant (fig. 21), que l'on voit, porte un chapeau à larges bords, orné de plumes; une fraise entoure son cou ; l'instrument, qu'il ne faut pas confondre avec la mandoline, est très allongé; une petite ouverture circulaire, pratiquée sur la table, sert à laisser échapper le son, qui doit être criard.
CHAPITRE V. 93
L'autre, qui tient un instrument à trois cordes, est coiffé d'une sorte de béret orné de plumes ; la figure est des plus grotesques ; il chante et s'accompagne sur une sorte de guitare primitive, qu'on appelait alors guiterne, dont la tète rappelle celle du luth. Les jambes sont con- tournées d'une façon très bizarre (fig. 22).
Fig. 22. — Joueur de guiterne.
La harpe ne reparaîtra plus qu'au xviii" siècle, mais alors la forme en sera plus volumineuse, et, par consé- quent, le nombre des cordes plus grand.
La rote, appelée improprement vièle, est jouée par des mendiants dans le genre de ceux que Callot a si bien gravés ; il y avait cependant deux variétés de vièle : la première gravure du maître lorrain (fig. 23) montre celle qu'on appelle vièle organisée ; c'est-à-dire qu'une souffle- rie, indépendante du mécanisme ordinaire, correspond
94 . LA MUSIQUE EN LORRAINE.
à de petits tuyaux d'orgue qui rendent la même note que
Fig. 2J. — Joueur de vicie organisiïe ou rote.
les cliquettes lorsqu'elles appuient sur les cordes ; de là vient le nom de j'icle or^M/nsi'V. C'est, à notre avis, une
CHAPITRE V. . 95
des planches les plus intéressantes, sous le rapport de l'instrument, qui est beaucoup plus grand que les vièles ordinaires.
Le costume de l'exécutant se compose d'un large manteau effrangé par la misère, d'un panier, contenant
Fig. 2|. — Joueur Je viCle ou rote.
quelques maigres provisions, et d'un couteau suspendu au côté du malheureux. Un chapeau à plume usée et des bottes, retenues à grand'peine par des cordons, com- plètent son accoutrement. L'autre joueur de vièle est un bossu, vu de trois quarts, coiffé d'une calotte recouverte d'un chapeau d'où s'échappent deux plumes (fig. 24). C'est la vielle simple, qui est facile à reconnaître, étant beaucoup plus petite. Un manteau, placé sur les épaules
96
LA MUSIQUE EN LORRAINE.
du bonhomme, ne peut dissimuler l'cnorme bosse dont Callot l'a gratifié.
Les hautbois furent employés, non-scidement dans les musiques de chambre et d'église, mais encore dans les musiques de régiments.
La flûte alternait aussi avec le tambour, auquel on
Fig. 2$. — Joueur de cornemuse.
donna cette dénomination définitive au lieu de celles de labour et de tabourin.
Quant à la cornemuse, elle ne conserve plus le rang qu'elle occupait dans la musique ducale; elle devient im instrument champêtre ; celle que Callot fait tenir à un de ses bossus (fig. 25) est munie d'un grand chalumeau dont l'extrémité dépasse la tète du joueur.
Les sacqueboiites ou trombones sont usités, avant 1608, dans les musiques d'église et dans les orchestres
CHAPITRE V. 97
de la musique de chambre. Les trompettes n'étaient con- sidérées que comme instruments militaires. Parmi ceux qui excellaient à en jouer, il faut nommer Nicolas Choppin, trompette de S. A. (1667).
Les musiques de cavalerie avaient des timbales, et, en 1667, le plus habile timbaher était Érard Alunsmann'.
Fig. 16, — Joueur de flageolet.
L'épinette ne fait pas encore place au clavecin, mais ils sont employés tous deux concurremment, puisqu'en 1650 une somme fut payée à Jean Denis, faiseur d'e'pi- nettes à Paris, pour avoir remis à neuf le clavecin de tnadame la duchesse -.
Le flageolet fut considéré comme instrument pas-
1. Archives j G. 605.
2. Ibid. D. I 509.
98 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
toral ; on s'en servit aussi dans les orchestres, mais sur- tout dans des passages ayant le style bucolique.
La figure 26 montre un des grotesques de Callot jouant du flageolet. Le personnage porte im masque, percé d'un large trou à l'endroit de l'œil. Le vaste cha- peau qui couvre sa tète et son dos est orné d'une petite branche d'arbre.
Avant de terminer ce qui concerne Callot, il faut ajouter qu'il est le premier graveur qui ait eu l'idée d'em- ployer le vernis dur des luthiers de Venise et de Flo- rence. Ce vernis lui permettait, grâce à sa dextérité, d'obtenir des détails très fins; c'est vers 1616 qu'il com- mença cette innovation.
Les ballets et les danses furent plus rares sous le règne de Charles IV que sous les précédents; cependant, le 14 février 1627, un grand combat à la barrière fut donné dans la salle Neuve du palais ducal. Callot a gravé dix planches charmantes qui montrent les différents chars sur lesquels des musiciens, tels que joueurs de luth, de flûte, de tambour, trompette et violon se trouvaient groupes. Enfin, en 1629, Claude Deruet décora une machine pour les ballets qui furent dansés par le duc lui- même, mais ce fut tout; Charles IV aimait mieux se divertir à l'étranger, à Bruxelles, par exemple. Callot mourut le 24 mars 1635, à l'âge de quarante-trois ans, et fut inhumé dans l'église des Cordeliers de Nancy.
Les principaux maîtres de danse furent : François Trial, violon du duc, à qui l'on paya des gages en 1629 pour aj'oir montre à danser aux pages; Etienne la Rocque (1631); François Greneteau (1664).
Voici, par ordre de date, les noms des principaux artistes mentionnés dans les comptes des Archives sous le nom de musiciens : Pierre Pcrroton, musicien et
CHAPITRE V. 99
valet de chambre de S. A., originaire de la Champagne, mort en 1666; Orphée Vallois et Claude Rouier, musi- ciens de la chambre de S. A.; Néra, musicien (chan- teur), 1629; ce dernier fut un des chanteurs employés dans le Triomphe de Charles IV, en 1664; Etienne Vannel, servant en la musique de S. A. le duc Charles IV, en 1632; Ferdinand de Florence, musicien ordinaire du roi, au service du duc en 1658; Beaumont, 1666, et Flo- rentin Aubert, 1667.
L'établissement de la musique de Charles IV, en 1630, comprenait les musiciens suivants : Deuxhautes- contre, deux tailles, deux basses, deux fages pour dessus de la musique, cinq joueurs de luth, basses de violes et théorbes, le maître de ladite musique et le valet des deux pages avant- dits.
Parmi les noms des organistes de cette époque, il convient de citer :
1623. Chrétien Dognon, organiste de la paroisse Notre- Dame, mort en 1653.
1628. Alexandre Humbert, organiste de Notre-Dame;
son fils Henry naquit cette même année.
1629. Louis Lurin, organiste de Saint-Sébastien. 1645. Michel Hardy, oi'ganiste de Saint-Sébastien. 1653. Nicolas Villemet, organiste, de Saint-Sébastien,
mort en 1670. 1635. Pierre Estienne, organiste de Notre-Dame. 16^6. Nicolas Thouvenin, organiste de Noti-e-Dame. 1657. Nicolas de la Tour.
1657. Charles Dognon, fils de Chrétien Dognon, orga- niste aux Cordeliers, né en 1627. 1668. Pierre Mougenot, organiste de Notre-Dame. 1670. Jean Mougenot, organiste de Saint- Sébastien.
100 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
1672. Michel Hardy, marchand et organiste, mort en 1677.
François Thibaut, chantre et organiste de la cathé- drale de Metz, vers le milieu du xvii" siècle, a publié une messe à cinq voix sur le chant : O bcata Cœcilia. (Paris, Robert BalJard. 1640, in-4"'.)
Les ménétriers étaient toujours régis par les maîtres des corporations; en 1667 et en 1668, nous remarquons les actes d'enchères du han des mâu'tricrs du plat pays (maîtrise pour les fêtes}- ; des ménétriers de Saulxures, du rai de Seuoucs, de Saint-Stail, etc '.
Parmi les coutumes curieuses de la Lorraine, il en est une que nous devons citer ici, parce que le lecteur verra que les violons et les instruments de musique tenaient leur place dans toutes les cérémonies et dans toutes les fêtes de ce pays. Nous empruntons ce récit à Lionnois, dans son Histoire de Xaucy :
11 11 convient aussi de parler d'une ancienne céré- monie qui se faisoit dans la cour du palais ducal. Le premier dimanche de carême, les nouveaux mariés de l'année étoient obligés d'aller faire un petit fagot dans les bois de Haie. Vers les trois heures, tous ren- iroient en ordre dans la ville de Nancy, au son des instruments, les uns à cheval, les autres à pied, selon leur condition et leur pouvoir. Ils se rendoient au palais avec leur fagot, orné de rubans et attaché à leur bouton- nière. Toute la cour s'amusoit à les voir caracoler autour des fontaines de vin, où cliacun buvoit à volonté. On
1 . Fc'tis. Hiog, des Mtisiàens.
2. Arcliivts, B. 9081.
3. Ibid. B. 906).
CHAPITRE V. loi
iettoit des cornets de papier remplis de pois grillés avec du beurre et du sel (le peuple les nomme encore pois depèchis) ', lesquels, en remplissant la cour, tai- soient tomber la plupart des danseurs et occasionnoient des éclats de rire. Sur le soir, les nouveaux mariés alloient en procession (la procession des féche-nattes ou des petits fagots) au milieu de la Ville Neuve-, où après avoir tait plusieiu-s tours en dansant, chacim jettoit son fagot en tas et on en dressoit lui bûcher, pen- dant que la danse se continuoit au son des violons. \ ers les sept heures, toute la Cour se rendoit à l'Hôtel de ^ ille où étoit préparé un magnifique souper, pendant lequel chacun dansoit au son de divers instruments. Après le souper et un feu d'artifice, on mettoit le feu au bûcher, et on tiroit au sort, devant le prince, les Valentins et les Valentines. On les proclamoit sur le balcon de l'Hôtel de Ville, ce qui serépétoit dans toutes les rues. Les jours sui- vans, les^'alentins envoyoient à leurs Valentines de riches présens et de beaux bouquets, avec lesquels elles parois- soient à la toilette de la duchesse. On allumoit un feu de paille le dimanche suivant, devant la maison de ceux qtii avoient manqué à cette attention. Ce qui s'appelloit les brûler. Telle est l'origine des brandons en Lor- raine ^ »
Afin de compléter les renseignements sur la musique de Charles IV, voici une pièce qui nous a semblé assez curieuse pour être donnée textuellement :
« A nostre très cher et féal trésorier général de nos finances, Claude Gennetaire, salut.
1. Ce qui signifie épices.
2. Place Mengin actuelle, où se trouvait alors l'hôtel de ville. •5. Lionnois, Hisc. de Nancy, t. I", page 54.
102 • LA MUSIQUE EN LORRAINE.
<i Nous VOUS mandons et ordonnons qu'au prorata de la liste cy d'autre part, et à commencer du premier jour du mois d'avril dernier, auquel les dénommés en ladite liste sont entrés en service, sauf Rouyer, qu'avons seule- ment reçu aujoiu-d'hui, vous ayez à payer et délivrer, des deniers de vos charges à nostre cher et bien aimé Pierre de Hault, maître de la musique de nostre Chambre, la somme de deux mille cent cinquante francs de nostre monnoie pour le quartier d'avril, mai et juin, attendu que ledit Rouyer n'a point servi pendant ledit quartier; et à l'égard de celui des deux basses, dont le nom est demeuré en blanc, il devra seulement estre couché en dépense lorsqu'il fera paroistre de sa réception en ladite musique de nostre Chambre, par certificat dtidit Dehault, voulant que, de quartier à autre et d'année en année, vous conti- nuiez de faire, à raison de chacun quartier, semblable payement, en y ajoutant toutefois ledit Rouyer pour son avenant; depuis le commencement de ce mois d'aoust et ledit second basse lorsqu'il vous constera dudit certi- ficat ponant sa réception, afin d'estre les sommes de de- niers auxquels reviendra, esdits cas, l'établissement de nostre dite musique, distribuées et i-éparties aux musi- ciens et joueurs d'instruments déclarés en ladite liste, chacun selon son avenant et au prorata du temps qu'il aura servi, conformément aux sommes qui sont tirées à l'endroit de chaciui d'eux, le tout pour l'cntretennement que leur avons assigné poiu- tant et si longtemps qu'ils serviront à nostre dite musique. Et rapportant par vous et vos dits successeurs pour une et première fois ccstuy nostre mandement ou copie d'iceluy dûment attestée et quittance dudit Dehault, Icsdits deux mille cent cinquante francs, que luy aurez payés poiu* les mois d'avril, mai et juin derniers, comme aussi les sommes que subsécuti-
CHAPITRE V. lOj
vement ferez voir par ses quittances et certificat susdit luy avoir esté par vous délivré en suite et relativement à caque dessus, vous seront passées et allouées en dépenses par nos très chers et féaux conseillers les sieurs surin- tendant de nos finances, président et gens dédits Comptes de Lorraine, auditeurs des nostres, auxquels mandons n'en faire difficidté, car ainsi nous plaît.
' Donné à Liméville, le 2 d'avril 1630.
<i Charles. »
La supplique suivante montre que les gages des musiciens n'étaient pas payés très-exactement ;
« A Son Altesse,
« Plaise à Son Altesse, à la très humble et instante prière de ses très obéissants serviteurs, les violons en l'état d'icelle, présentement au nombre de dix, entendre que, comme ainsi soit que, depuis quelque temps, ils lui auroient démontré comme il leur estoit dû plusieurs années de leurs gages, à raison de trois cents francs par an, uu contenu des certificats qu'ils en ont tiré de la Chambre des Comptes, savoir : à Louis Cheveneau, trois mille cent francs; à Simon Noël, autant; à Pierre Che- veneau, seize cent cinquante francs ; à François Trial, douze cent francs; à Joseph Soleras, autant; à Jacques CoUignon, dit du Pont, deux mille trois cent cinquante francs; à Charles Noël, seize cents francs; à Noël Brif- fant, autant; à Nicolas Médard, neuf cents francs; à Jean Taboiu-in, trois cents francs, non compris l'année der- nière seize cent trente francs, à qui elle est dùte aux dix, à même raison de trois cents francs par an, qui monte en tout à vingt mille cent cinquante francs. Pendant les-
104 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
quelles années desdits remontrant ont contractés beau- coup de dettes en sommes notables, au payement des- quelles ils se voient journellement molestés et contraints par leurs créanciers qui leur ont fourni les choses néces- saires pour vivre et notamment pendant la dernière année de la contagion à Nancy qu'il leur estoit interdit de gagner un seul denier de leur art et profession. Estant donc con- traints d'accourir aux bénignes grâces de Vostre Altesse, luy suppliant très hinnblement leur ordonner quelque payement sur et en déduction de ce qu'il leur est ainsi dû, à celle fin qu'ils se puissent acquitter envers leurs créditeurs, et outre que Vostre Altesse fera œuvre gran- dement équitable et méritoire, ils continueront leurs prières envers le Créateur pour sa santé, prospérité et longue vie d'icelle. i
Voici la réponse qu'ils reçurent :
1 De par le duc de Loi'raine, marchis, duc de Calabre, Bar, Gueldres, etc. Conseiller d'Etat, Auditeur des Comptes de Lorraine et Trésorier général de nos finances, Claude Gennetaire, salut. Nous vous mandons et ordonnons que des deniers de vos charges vous payiez et délivriez à nos chers et bien aimés Louis Cheveneau, Simon Noël, Pierre Cheveneau, François Trial, Joseph Soleras, Jacques Collignon, Charles Noël, Noël Briffaut, Nicolas Médard et Jean Tabourin, tous dix nos violons ordinaires, sup- pliants, la somme de trois mille francs, monnoic de nos pays, qu'ordonné leur avons pour payement de leurs gages de l'année dernière 1630, qu'est à raison de trois cents francs pour chacun diceux. ('ar ainsi nous plaist.
« Donné à Nancy, le vingt-deux février 1631.
<i Chaules. »
CHAPITRE V. 103
On voit, par ces détails, que Charles IV, loin de payer ses joueurs de violon, les faisait attendre des années entières, ne leur donnant encore qu'un faible acompte sur la somme qui leur était due.
Pour compléter tous les renseignements ayant rap- port à la musique de cette époque, il est important de parler des instruments employés à l'occasion de l'entrée
Fig. 27. — Entrée de Charles IV à Nancy.
solennelle de Charles IV, qui eut lieu à Nancy le 6 sep- tembre 1663.
Plusieurs arcs de triomphe furent élevés, pour la circonstance, depuis la porte Saint-Nicolas jusqu'à la grande place de la ville Neuve; celui qui se trouvait à la hauteur de la rue des Quatre-Églises, cachant ime partie des halles, supportait deux tribunes garnies de musiciens.
Nous en donnons ici luie reproduction d'après les gravures faites par Sébastien Leclerc, et dont Deruet fit les dessins. Dans celle de droite (fig. 27), six musi- ciens jouent des instruments suivants : à gauche, une basse de viole dont la touche est garnie de cases, comme les guitares modernes , afin de faciliter le doigté ; une
14
io6 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
semblable basse est jouce par un personnage placé en arrière; un joueur de cornemuse costmné en berger; deux autres portant des costumes turcs; nous ne pouvons distinguer ce qu'ils ont en main, et enfin, un sixième, à droite, tenant une sorte de serpent d'église, d'une forme toute spéciale, se terminant par une tète de serpent; c'est le buccin.
J
Fig. ii8. — Entrée de Charles IV à Nancy.
Celle de gauche (fig. 28) montre six musiciens : à gauche, un joueur de violon, portant le costume de l'époque ; un second personnage tient un petit basson, l'autre est à moitié caché; le quatrième souffle dans une sorte de cornet à bouquin recourbé; le cinquième élève en l'air ime sorte de trompe semblable au serpent, et enfin un joueur de luth et un enfant qui paraît chanter sont placés à droite.
Entre ces deux orchestres, une Renommée tient d'une main sa trompette ornée des armes de Lorraine, et de l'autre un tableau représentant le portrait de Charles IV.
CHAPITRE V. 109
Mais le cinquième arc de triomphe est celui qui paraît le plus intéressant; la figure 29 indique les principaux sujets qui se trouvaient siu- un balcon le surmontant. On lit au milieu des inscriptions latines à la louange du prince : Quœ tali Phœho; s^nrante caneiniis ; et plus ■ bas : Tito Lothareno ; à gauche : En applaudit Ainor plausHS qiiis gratior illis; à di'oite : 0 qiiain dulce mclos ; talis dicum miisicus adstat.
Les personnages placés sur le balcon figtu-ent les neuf Muses, tenant chacune im instrument de musique différent et portant un costimie approprié au sujet, selon le goût du temps.
Afin de les décrire, commençons par la gauche. La flûte, le violon avec costume antique, la trompette que le troisième personnage élève en l'air; le luth, tenu par une femme costumée en Indienne'. Au milieu, tm sem- blable instrtunent dont on voit le fond bombé comme celui de la mandoline, est placé sur le bord du balcon. Une personne, coifîée de panaches, semble chanter, en suivant une mélodie écrite sur une page de musique qu'elle tient entre les mains. Ce cahier de musique, inti- tulé/e Chant des Muses, existait encore à la bibliothèque du Musée lorrain, mais il fut malheureusement détruit lors de l'incendie de 1871; nous venons, cependant, d'en dé- couvrir un exemplaire qu'il est utile de placer ici (fîg. 30), M. Albert Jessel, maître de chapelle à la cathédrale de Nancy, a bien voulu mettre en partition, pour notre ouvrage, ledit chant; nous le donnons à la suite de l'original (fîg. 31).
I. Le luth ou éoud est originaire des Indes.
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DES MVSES LORRAINES
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AIR
DES MUSES LORRAINES
mes ar.joiirJ - liuy votre lieu - rcux retour char - ge agréa - ble-
ment nos soupirs et nos l.ir - mes en des Ur-
ent nos sou - pirs et nos lar - mes en des lar-
ncs de joyc et des soupirs d'à - mour. Fust il ja-
CHAPITRE V.
"3
il jamais un jou- pareil. . Fust il jamais un jour pareil es- » ^fi T^ , ^ ^ I \ i^ tuL
d'un plus
• ré esclairé d'un plus beau soleil. Fust il ja - lei'.
Fig. 31.
Quatre autres femmes occupent la droite du balcon : la première, coiffée d'un diadème, joue d'un serpent sem- blable à celui de la tribune ( fig. 28) ; la seconde joue du théorbe, la troisième du cornet à bouquin, et enfin la dernière, de la harpe. Les musiciens dont il est question ici étaient des hommes costumés en femmes^ afin de mieux représenter les neuf muses. Les petits sujets peints un pevi au-dessous, sur les côtés du balcon, ont aussi des attributs de musique entre les mains. A droite, un amour chante en battant la mesure de la main et du pied, tandis que l'autre passe l'archet sur ime basse de viole approchant beaucoup, par la forme des ff, du violon- celle. A gauche, un ange joue de la flûte pendant que son compagnon frappe un tambour à coups redoublés. Enfin, au-dessus d'un arc de triomphe militaire, plu- sieurs soldats de différents pays font retentir l'air de leurs bruyantes fanfares, accompagnées du son des timbales.
15
114 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
Mais toutes ces fêtes ne rendaient pas sa splendeur première à la capitale de la Lorraine, car elle était telle- ment dépeuplée par la guerre, la peste et la famine, qu'en cette même année le duc Charles donna des pri- vilèges à ceux qui voudraient s'y établir.
Trois ans plus tard, c'est-à-dire en 1666, la musique de ce prince fut réorganisée.
Voici les noms et les appointements des musiciens :
i' Deux hante contre, savoir : Orphée et Foitr- nier, ledit Orphée à raison de 500 francs par an, attendu que, d'ailleurs, il a l'hon- neur d'être à Son Altesse et ledit Four- nier, 1,000 francs par an, cy pour les deux 1 , 500 fr.
2" Deux tailles, qui sont : Mille et Vannel, le- dit Mille, à raison de 500 francs par an, attendu que, d'ailleurs, il a l'honneur d'être à Son Altesse, et ledit Vannel, 1,000 francs par an, cy pour les deux. . r.500
T^" Deux basses, qui sont : Richard et N., chacun à raison de 1,000 francs par an, cy pour les deux - . 2.000
4" Deux pages, pour ladite musique, pour chacun 500 francs par an, cy pour les deux 1 .000
y' Cinq joueurs de luth, basses de viole et tlic'orbe, savoir : Vigiion, La Lanne, Perroton, d'Essej- et Rouj-er, à raison de 600 francs pour un, par an, cy pour les cinq 3,000
6" four Dehault, maître de ladite musique,
1 ,000 francs par an i .000
CHAPITRE V.
7» Et pour le valet des deux pages avant-dits,
200 francs par an, cy .... 200 fr.
Pierre Dehault.
En 1667, Charles IV posa la première pierre du monastère des Carmélites de Nancy; il y eut une belle cérémonie, dans laquelle la musique de la collégiale Saint-Georges et celle de la chambre du duc alternaient avec les trompettes et les timbales, placées sur une grande estrade.
On peut voir que, malgré les malheurs qui assail- lirent de toutes parts la Lorraine pendant le règne de Charles IV, les arts en général, et la musique en parti- culier, ne succombèrent pas ; tant il est vrai qu'après les événements les plus pénibles et les circonstances les plus cruelles, il vient un moment où les hommes éprouvent le besoin de réagir contre le fatal destin. Nous avons eu, dans des temps qui ne sont pas éloignés, l'occasion d'éprouver ces sentiments, et certes, la musique est, de tous les arts, im des plus puissants moyens de réaction, car elle sait dépeindre la tristesse et la joie, le calme de la paix et les ardeurs du patriotisme.
Charles IV termina sa carrière, le 18 septembre 1675, à l'âge de soixante-douze ans.
CHAPITRE VI
Charles V, 1675- 1690. — Jean Lupot.
Nous aurons peu de chose à dire au sujet de la musique pendant les quinze années du règne de Charles \ . Ce prince n'habita pas la Lorraine et fut toujours dans les camps, menant une vie militaire très-active ; il se dis- tingua au siège de Vienne contre les Turcs, et venait d'obtenir l'espoir que ses États lui seraient rendus lors- qu'il mourut à Velz, le 18 août 1690, à l'âge de quarante- huit ans.
La guerre et l'occupation du pays par les troupes étrangères arrêtaient tout élan artistique et musical; cependant, on voit, au mois de juin 1682, qu'une repré- sentation fut donnée au collège des Jésuites de Nancy; la pièce dura environ une heure, et, à cause des violons, clavecins, hautbois, trompettes et timbales des gardes du corps, le P, Recteur et la plupart des pères l'entendirent sur le jubé.
Le chef d'une famille de luthiers, dont le nom s'est conservé longtemps en France, est originaire de Lor- raine. Nous voulons parler de Jean Lupot. Il naquit à Mirecourt le K, juillet 1684, et se distingua comme sculp- teur sur bois, fabriquant surtout les figures grotesques
iiS LA MUSIQUE EX LORRAINE.
dont les luthiers ornaient les tètes de leurs instruments à cette époque. Il fit apprendre l'état de luthier à son fils, dont le nom se retrouvera sous le règne suivant. Jean Lupot mourut dans sa ville natale, le T"" mars 1749; il avait encore des descendants à Paris en 1824, où l'an- cienne maison de lutherie existe encore, rue Croix-des- Petits-Champs, dirigée, depuis cette année, par la famille Gand.
CHAPITRE VII
LÉOPOLD, 1667 A 1729. — Violons, violonistes et luthiers. —
Instruments divers. — Organistes et facteurs d'orgues. —
Maîtres de musique^ et maîtres de danse. — Musiciens. —
Mascarade de 1699 et fête au palais ducal. — Théâtres de
LUNÉVILLE ET DE NANCY. — OPÉRAS ET BALLETS. — LA COUR DE
Lorraine au théâtre. — Salle de l'Opéra de Nancy et repré- sentation DE gala.
Léopold P', fils de Charles V, recouvra ses États le 30 octobre 1697, par le traité de Riswick, signé entre la France et l'Allemagne. Par ce traité, toutes les forte- resses de la Lorraine furent démantelées ainsi que les fortifications de la ville Neuve de Nancy. Le duc épousa, à Bar-le-Duc, la nièce de Louis XIV, Mademoiselle de Chartres. 11 sut conserver la neutralité avec les puis- sances voisines, et assura ainsi à son peuple le repos qui lui était si nécessaire. Ce prince mourut le 27 mars 1729.
Au commencement de ce règne, le violon, propre- ment dit, est bien connu en Lorraine, et on voit en 1700 qu'une somme fut donnée à Greneteaii pour avoir joue arec sa baihic de violons à plusieurs bals\
Il faut citer aussi Montéclair, dont le véritable nom
I. Arclinet, B. 1545.
120 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
était Michel Pinolet, né, en 1666, à Chaumont en Bas- signy ; il entra comme enfant de chœur à la cathédrale de Langres, alla à Paris en 1700, et fit partie de l'or- chestre de l'Opéra, en 1707, comme contrebassiste. 11 est le premier artiste jouant de cet instrument qui rem- plaçait ainsi le violoiie ou grande viole.
Nous remarquons, parmi les luthiers, Claude Tré- villot, qui était celui du duc Léopold. Son nom est resté inconnu jusqu'à présent ; il n'est pas question de lui dans les ouvrages de MM. Fctis, Gallay, Vidal, etc.; cependant la note qui se trouve dans les Archives ne laisse aucim doute à l'égard de ce luthier, natif de Mirecourt :
En 1698, somme paj^ce aux trompettes qui sont ailes à Mirecourt, par ordre de S. A., acheter des violons chc^ (Claude Trévilloi ' .
On voit que ce luthier avait une certaine renommée, puisqu'il était fournisseur de la cour de Lorraine. Nous sommes heureux de le faire connaître, quoique ses violons ne soient jamais passes par nos mains.
Le nom d'un autre luthier des ducs se trouve dans les Luthiers italiens, de M. J. Gallay ; c'est celui de Tywersus. il n'est pas mentionné dans les Archives. Ce n'est pas une preuve contraire à son existence, mais il est permis de supposer que le nom a dil être latinisé'.
Les luthiers contemporains de ce règne sont : Sébastien Bourdet, né à Mirecourt au commence- ment du xviir siècle; Laurent Lupot, né à Mirecourt en 1696; Jean Vlillaume, né à Mirecourt en 1700, mort en 1740; Nicolas, né à Mirecourt en 1666, mort à l'âge de cinquante ans, en 1716.
1. Archives. B. 15^3.
2. I e nom de ce luthier a été indiqué par Lupot; c'est dire que le ren- seignement est authentique.
CHAPITRE VII. 121
On verra, dans l'Appendice, des détails beaucoup plus circonstanciés sur ces luthiers.
Parmi les violonistes qui se distinguèrent sous ce règne, on voit les suivants : Bellair, Beaujean, Mercier, Prinier, Leclerc, Leroux, Nicolas Perrignon, Dominique Serrurier, mort en 1708, et Jean Marcard, maître joueur de violon.
Des bals eurent lieu à la cour, pendant les jours de la Saint-Charles et de la Saint-Léopold, en 1703, car une somme fut allouée à Beaiijeati, violon, pour distribuer aux violons qui ont joué dans les bals auxquels ont assiste Leurs Alt esses \
En 1720, pareille somme fut donnée à Bellair et con- sors, pour avoir joué du violon aux bals de la cour' .
Dans un traité passé quatre années auparavant, le II septembre 1716, entre le marquis de Lambertye, premier gentilhomme de la chambre de S. A. R., et Desmarets, surintendant de la musique, il est dit que lorsque S. A. R. auroit besoin de violions pour bals et comédies, le sieur Royer en demandera le nombre dont il aura besoin au premier gentilhomme de la Chambre, chef de ladite musique, lequel ordonnera au sieur Desmarets de les nommer, lesquels violions seront aux ordres du sieur Roj-er pendant l'exécution des bals et comédies seule- ment.
Avant cette époque, en 1672, on paya une somme d'argent au loueur de carrosses qui conduisit les violons du prince Charles-Alexandre de Lorraine à Enghien; et en 1704, un nommé Prinier, joueur de violon, reçut une gratification, ^pouv awoir joué plusieurs fois devant Madame la Princesse.
1. Archives, B. 1563.
2. Ibid. B. 1646.
122 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
Un arrêt fut rendu en 1714, sur la requête de Jean Greneteau, l'un des valets de chambre du duc, et maître des joueurs d'instruments de Lorraine et Barrois, condam- nant un joueur de violon, demeurant à Couvay, à payer le droit dû au domaine du comté de Salm pour avoir la permission de jouer du violon et d'autres instruments dans l'étendue dudit comte'. Cet instrument était, comme on l'a vu précédemment, très souvent employé dans les églises, et, en 1710, Nicolas Perrignon en joua à la Primatiale de Nancy, le jour de la fête de la Conception'.
Le luth et la harpe portative tendent à disparaître.
Le hautbois tenait toujours la place dans l'orchestre des concerts de la cour, et les Archives mentionnent les gages payés en 1702 aux joueurs de hautbois.
A'oici les noms des trois principaux artistes de Son Altesse qui en jouaient :
Claude la Guery (ou de la Guerrière), 1700; Jean Gabriel et Henri Delagrange, 1702. Sébastien Moucherel est connu à Nancy comme facteur de hautbois, en 1724; il habitait alors la ville Vieille.
La cornemuse a complètement disparu.
La facture des orgues à tuyaux pour églises com- mence à surpasser tout ce qui avait été fait jusqu'à cette époque ; les jeux de ce superbe instrument deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants.
Voici les noms des principaux facteurs-constructeurs d'orgues pendant le règne de Léopold :
.lean Adam, 1701, répara l'orgue de la paroisse Notre-Dame.
J.-B. Colin, 1706, répara celui de Saint-Sébastien;
I. An/tivcs. H. 2042.
CHAPITRE VII. 123
Renaud, 1710 ;
Claude Moucherel, 1720; obtint un brevet en 1723;
François Adam, 1720;
Claude Bachet, 1723;
Jodoch Vonesche, 1728;
François Vonesche, 1729.
Les principaux organistes étaient :
Jean Adam, 1 701 ;
Dageville, organiste de Léopold, 1703;
François Vinand, 1705;
Antoine Matton, 1706;
Joseph Deforge, prêtre et organiste, 1706;
François-xMathias Vinand, organiste des plaisirs de S. A., 1715;
Joseph Marchai, 1721, mort en 1780;
J.-B. Mougenot et Christophe Poirel, organistes de la Primatiale, 1722 ;
Chrétien Pierson, 1724;
Charles iMatton, organiste de la paroisse Notre- Dame, mort en 1727, à l'âge de soixante-quinze ans;
Simon Monot, organiste de Vézelise, en 1728, nommé organiste du collège des jésuites de Nancy. Les orgues de l'église de Vézelise sont assez remarquables au point de vue de la qualité des sons.
Les noms des principaux flûtistes se trouvent parmi ceux qui sont désignés dans les Archives sous le titre de musiciens.
Les tambours et les trompettes ont décidément main- tenu leur place dans la musique militaire, ainsi que la flûte, le fifre et le hautbois, cités précédemment.
Les trompettes employées à la pompe funèbre de Charles V avaient des sourdines en signe de deuil, afi.n
124 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
d'atténuer le son et de le rendre plus lugubre. On sait que la translation des cendres de ce prince, d'Inspruck à Nancy, n'eut lieu qu'en 1700.
On continuait à employer dans les orchestres la musette, la sacqueboute ou trombone, et, dans les con- certs de la cour, l'épinette et le clavecin.
En 1703, une somme fut payée au sieur Dageville, organiste, pour avoir montré au prince à toucher de l'épi- nette, et, en 1710, à Renaud, facteur d'orgues, pour l'entretien des clavecins de la cour.
Deux ans plus tard, le sieur Laguerre reçut une somme d'argent pour avoir plusieurs fois joué du clavecin aux musiques de S. A.; enfin, en 1726, il fut payé diffé- rentes sommes pour un clavecin que le sieur Marchai, facteur d'orgues, avait fourni aux princesses'.
Les principaux maîtres de la musique de Léopold furent: Jean Regnault, 1702; il composa la musique d'une comédie lyrique, dont les paroles étaient de Dominique (Biancolelli), qui fut représentée à Luncville vers 1704.
Desmarets, né à Paris en 1662, page de la musique de Louis XIV, puis surintendant de la musique du duc de Lorraine, vers 1702; il mourut à Lunéville le 7 sep- tembre 1741^ Une note des Archives, datée de 1715, mentionne les payements faits à De^m2LYQ\.^, surintendant de la chapelle de Son Altesse, pour son traitement et la solde des musiciens, symphonistes et Jilles des chœurs^.
Dcjchez fut maître de musique à la Primatiale de Nancy, en 1697 et Thouvenin en 1708.
Les principaux maîtres de danse étaient : .Magny,
1. Archiwsj B. 1681.
2. Fétis. Biog. des musiciens. j. Ànliives, B. 1617.
CHAPITRE VII. 125
i-oi; Ribon, maître de danse de Mesdames les p-iiicesses, 171 7, Laval, danseur aux comédies, en 1728.
On voit que la cour aimait beaucoup ce genre de divertissements, et cependant Léopold défendit par un édit, en 1720, les danses et jeux publics les jours de dimanches et de fêtes.
Sous la mention de musiciens, les Archives indiquent les noms suivants :
L'abbé Madin (Henri), né à Verdun en 1698, fut maître de chapelle à Tours, et mourut à Versailles, le 4 février 1748.
Henry Lagrange, symphoniste de S. A., né en 1666, mort en 1716.
Thomassin, chanteur, 1700.
Guillot, musicien, venu de Lunéville, en 1 705, /o«r la musique faite an service célèbre' aux Cordeliers pour S. A. le prince Joseph de Lorraine, fis de Charles V.
François Aubert, 1706, dont le père avait été musi- cien de la chapelle royale de Versailles.
Mademoiselle Coulon, les sieurs Lefebvre et Bouley, musiciens au service du duc Léopold, 171 2.
Jean Pignolet, musicien à la Primatiale, en 171 3.
Plaçons entre cette nomenclature un mémoire conte- nant les noms des musiciens faisant partie de la musique de la chambre et de la chapelle du duc Léopold :
Forestier, Dunod, Aubert, Pignolet, Guillot, Roland, Didelon, Angar, Burot, Framboysier fils, Paisible, Deve- ney, sa femme et sa fille; Vinant la cadette, Le Brun, Choquart, France, Thybeau, Herard, Vinant l'aînée, Buchet, Auger, trois enfants de chœur et le sieur Des-
126 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
marets, maître de la musique. Tous ces musiciens jouèrent à Lunéville, pendant l'octave de la Fête-Dieu,, en 1716. En suivant les noms à mesure qu'ils sont placés par années, on trouve ceux des musiciens ci-après :
Bonaventure Gille, musicien de S. A., 1719.
Antoine Yard, 1720.
André Boulley, ordinaire de la musique de S. A., 1720.
Pierre Noël, musicien ordinaire de la musique de S. A., 1720.
Pierre Bureau, 1722.
Charles Boutillier, ordinaire de S. A., 1723.
Charles-François Framboysier, ordinaire de S. A., 1723.
Dunod, musicien de S. A. et ordinaire delà Prima- tiale, 1726.
Le maître des joueurs d'instruments, sous le duc Léopold, François Greneteau, en obtint le brevet en 1723. Cille, dont nous avons remarqué le nom comme musi- cien, était aussi compositeur; il ht plusieurs airs de musique pour le service du duc.
Tous les musiciens et symphonistes reçurent des sommes supplémentaires, lors des passages du duc Louis d'Orléans, en 1726 '.
Le maître de musique du prince Charles-Alexandre était un nommé du Tartre, et la maîtresse de musique, en 1721, se nommait Louise de Boisemé.
Le psaltérion était encore usité dans les églises de Nancy, en 1710, comme on le voit par la somme payée
I. Archives, B. 1681.
CHAPITRE VII. 127
à Antoine Marchand, joueur de psaltérion à la Primatiale, pour avoir touché du psaltérion à la fûte de la Nativité et de la Conception ' .
Afin de suivre le plus possible ce qui concerne la musique pendant le règne de Léopold, il est important de parler de la fameuse mascarade de 1699, dans laquelle les instruments de l'époque sont assemblés selon le caractère de la nation à laquelle ils semblent le mieux appartenir. La tête du cortège était formée d'un groupe de timbaliers et de trompettes à l'allemande, exécutant de brillantes fanfares; le char qui les portait avait été décoré d'une façon toute grotesque, et faisait ressortir l'éclat des costumes des personnages qui s'y trouvaient.
Neuf cavaliers, vêtus à l'allemande, caracolaient autour, et des valets de pied éclairaient la scène par la lueur de leurs torches.
Le second char était celui des violons à la française, des guitares à l'espagnole et des tambours de basque; neuf dames, habillées à la mode de leurs nations, chan- taient, au son des instruments, des airs des deux pays.
Le troisième avait des joueurs de flûtes et de tim- bales, vêtus à la mauresque, qui exécutaient des airs bizarres, alternant ainsi avec les fanfares de la tête du cortège.
Toute la noblesse lorraine avait tenu à honneur de déployer, dans la richesse des costumes, le luxe le plus éblouissant, faisant ainsi un splendide entourage à son souverain.
M. de Curel servait de postillon à un char conduit par le marquis de Beauvau, dans lequel se trouvaient neuf dames nobles vêtues à l'africaine. Puis venaient dix
I. Archives, H. 2042.
128 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
cavaliers maures, la lance à la main. Des joueurs de haut- bois, de tambours à la janissaire et d'autres instruments turcs exécutaient des mélodies entremêlées de chants arabes. Le dernier représentait la nation turque et était superbement orné par les plus riches étoffes du Levant, relevées d'ouvrages en broderies de soie, d'or et d'argent; huit alezans le traînaient. Les harnois à l'orientale, les aigrettes de plumes fines, de diverses couleurs, qu'ils portaient sur la tète, semblaient augmenter leur fierté, sous la main du souverain qui les conduisait, et avait pour postillon le comte de Spada.
Au fond du char, on voyait un trône enrichi d'orne- ments précieux, surmonté d'un magnifique parasol, relevé d'une aigrette blanche ; sur ce trône était la duchesse de Lorraine, en costume de sultane, toute res- plendissante de pierreries, A ses pieds, le prince Fran- çois, son fils, représentait un jeime musulman.
Enfin, dix gentilshommes, vêtus à la mode des vizirs, pachas et officiers de la Porte ottomane, fisrmaient la marche du cortège.
Après le défilé en ville, on servit une collation sur la place de l'Hôtel-de-Ville et on revint au palais ducal, où quatre tables avaient été dressées dans la galerie des Cerfs ; les valets de pied et estafiers servaient les nations dont ils portaient les livrées. Les quatre bandes de joueurs d'instruments étaient placées séparément; elles jouaient successivement et continuèrent ce concert pendant toute la durée du repas, qui fut fort long.
Les dames et les cavaliers, s'étant levés de table, commencèrent à danser, chacun suivant la manière de son pays. Tous les groupes se mêlèrent ensuite, et le bal ne se termina qu'à minuit, heure à laquelle commençait le carême.
CHAPITRE VII. 129
Avant de terminer l'histoire de la musique sous le règne de Léopold, disons un mot du théâtre et des pièces qui y furent représentées.
On voit, le 16 mai 1700, qu'une tragédie ayant pour titre Celse y eut assez de succès; elle fut mélangée d'in- termèdes français, de musique et de danses. Les airs étaient de la composition de Fontaine, de Paris.
Dans le même temps, on donna poiu- la première fois une pièce dans laquelle les princes et les seigneurs de la cour se confondirent, sur la scène, avec les artistes de profession, qui tenaient les premiers rôles. Le titre était celui-ci : MarthJsie , première reine .ies Amazones, ti'agédie chantée, chœurs et ballets.
Le carnaval de 1702 fut très-brillant; tous les jeudis et dimanches, il y avait opéra avec ballets. Parmi les pièces, on remarquera, dit M. Noël dans ses Mémoires, les fêtes de la Malgrange, les fêles maritimes et les danses hon- groises.
Les jésuites se mêlèrent à ces spectacles et don- nèrent à la cour, les 22 et 24 février 1702, une tragédie intitulée Abdolomine, dont les rôles étaient tenus par leurs élèves. La musique était de la composition de Regnault, maître de la musique du duc, et les ballets de Greneteau, son maître à danser.
Une tendance à faire revenir le théâtre vers les sujets sacrés semble se manifester dans cette même année; le 11 juin, le régent de seconde du collège de Nancy fit représenter ime pastorelle sur la Résurrection de N. S. J.-C. On trouva la musique excellente'.
En 1704, un ballet eut lieu à la suite d'une tragédie, à l'université de Pont-à-Mousson, en l'honneur de la
I. Histoin du collège de S'~ncy,
130 LA MUSIQUE EX LORRAINE.
naissance du prince Louis de Lorraine. Ce ballet avait pour titre : La félicité de la Lorraine , perpétuée par la naissance de Louis, prince de Lorraine.
Au mois de novembre de la même année, on joua deux pièces à Lunéville. La première, la Fête galante, était mise en musique par Regnault, et les ballets avaient été réglés par Magny. Les pages du duc, costumés en plaisirs et en bergers, dansèrent les ballets ; c'étaient les marquis de Lenoncourt d'Heudicourt, le comte de Bressey, le baron de Ham, le chevalier de Mérigny et le comte de Raigecourt.
La pièce se terminait par un chœur final dont voici les paroles :
Faisons tous retentir noire bonheur exiràn;, Un héros chaque jour nous comble de bienfaits.
Chantons Léohold à jamais
Nous chanterons la vertu màne.
La seconde est celle dont il a déjà été question au sujet de l'auteur de la musique : Regnault; c'est une comédie lyrique : les Amours d'Arlequin, dont les paroles sont de Dominique Biancolelli.
En 1705, un théâtre fut construit à Lunéville, et, en 1706, Acis et Galatée ', pastorale en musique, y <ut repré- sentée devant le duc et la duchesse.
Parmi les personnages de la cour qui y remplirent certains rôles, il faut citer : M"" de Trocmorton et de S"oreau, M"" la Princesse; MM. Divonne, de Custine et Darquest figurèrent les divinités champêtres; le chevalier de Spada, un plaisir dansant; les bergers, MM. de Raige- court, d'Arsillemont et d'Anglure ; M"'' de Nettancourt
I. N.111CV. Haul Barbier.
CHAPITRE VII. 131
une driade dansante. Enfin, M"" d'Agencourt et de Fic- qucmont, M°"^ de Lenoncourt d'Heudicourt, MM. de Bronne, de Golstein et de Préfontaine composèrent la suite de l'Abondance et de Cornus.
Parmi les opéras représentés devant la cour de Lor- raine, on remarque : Vâiiis, opéra donné à l'occasion du carnaval de 1708, ainsi que l'opéra de Thcsce, de Lulli, où l'on vit fig-urer, dans les intermèdes, la duchesse de Lorraine, la princesse Gabrielle et M""" de Lenoncourt- Blainville.
Le 10 février de la même année, le régent de rhéto- rique fit représenter sur le théâtre de la cour les Men- teurs, pièce en cinq actes, accompagnée de ballets se rapportant au sujet.
En 1708, également, une pastorale en musique, Dtane amante^ fut jouée sur le canal d'Einville, en pré- sence de Léopold et des princes de sa famille. Barthé- lémy Bernardi, académicien philharmonique et compositeur de musique du roi de Danemark et de Norvège, en avait fait la musique et les paroles. Les ballets étaient réglés par Magny.
S'il faut en croire M. le comte de Foucault, on joua, sur le magnifique théâtre que Léopold avait fait construire à Nancy, les chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine, de Molière et de LuUr.
Dès 1707, le duc fit commencer la salle de l'Opéra, sur les dessins de Bibiena, de Bologne, qui en conduisit les ouvrages. Cette salle, qui faisait l'admiration des per-
1. (I Diane amante, pastorale en musiijue, repre'sentée devant LL. AA. RR. M9'- le duc et M-"' la duchesse de Lorraine, et LL. A A. SS. MS" les princes Ciiarles et François de Lorraine, frères de S. A. R sur le canal d'Einville. Van 1708. Lune'ville. J.-L. Bouc/iard. n
2. Hist. de Léopold.
132 l.A MUSIQUE EX LORRAINE.
sonnes étrangères, avait été peinte par Charles et Proven- çal. Elle était terminée en 1709, et la duchesse vint exprès de Liinéville ponr en voir fonctionner les ma- chines.
En 1709, on joua à Lmijville Antii.iis ..ies Gaules, tra- gédie en musique, dont les danses étaient de la compo- sition de Alagny; les Fûtes de l'Amour et de Bacchus, pastorale eu musique, et enfin, le Temple d\{sli\'e, diver- tissement donné pour la première fois à Nancy, le 9 novembre, dans la salle des machines du Palais-Royal, devant la duchesse de Lorraine. M. du Tremblay en fit les paroles, Desmarets en composa la musique et Magny en régla les ballets.
Desmarets composa aussi im opéra intitulé Armide, qui fut représenté, le i^ décembre 1710, sur le nouveau théâtre de Nancy, avec les ballets, toujours de Magny. La scène du prologue se passe stir les bords de la Vezouse, du coté de Luncville. Léopold figura, poiu- la première fois, dans les danses avec la duchesse et la princesse Gabrielle.
En 171 1, dans un opéra qiu fut donné à Nancy, on dessina de véritables jardins sur le théâtre de la Comédie; la duchesse et la cour en furent émerveillées, et on con- tinua de reproduire cette innovation dans plusieurs autres pièces.
L'aimée suivante, on paya au siciu- Foucault, marchand imprimeur de livres de musique et d'opéras, diverses sommes pour les livres de musique de l'opéra de Persée, et pour des cantates envoyées au prince Charles- Alexandre, à Commercy.
En 171 5 : Dépenses faites pour le jour que l'on a joué l'Opéra pour l'arrirée de l'électeur de Barière, lorsque l'on a fait voir la grande décoration. La même année, il se
CHAPITRE VII. 13?
fit au collège des jésuites, à Luxembourg, une distribu- tion de prix suivie d'une tragédie entremêlée de bal- lets et d'intermèdes comiques. Le titre de la pièce était : JosL']:!! .
Le !"■ février 171 7, on représenta à Nancy, devant le duc et la duchesse, les iiitcrniùdes de la comédie du Bour- geois-gentilhomme^ avec tous ses agréments de danse et de musique. Ce fut la première et la seule des comédies de Molière qui paraisse avoir étj jouée en Lorraine; elle fut montée avec un grand soin, et toutes les personnes de la cour y remplirent des rôles.
Pour ce qui concerne la musique et la danse, voici les noms de ces personnes :
Maître de musique : M. de Southcotte, page de S. A. R.
Maître à danser : M. de Laugier.
Un élève du maître de musique : M. N^oel.
Une musicienne : M"' Deschamps.
QUATRIÈME INTERMÈDE
POUR LA DANSE :
M. de Mallelof.
M. de Fontenoj'.
Monseigneur.
M"" la marquise de Spada.
M'" la comtesse de Ligneville d'Hautricourt.
.M"' de Sauter.
LA MUSIQUE EX LORRAIXE.
CINQUIEME INTERMEDE
POUR LA DANSE :
M'' le prince. A/"' de Vidampierre. M"" de Tastungen. AI"" de Taxis. M'' de Liidres. M"' de Bassompierre . M. le comte de Vohringeu.
Les danses des intermèdes sont de la composition de M. Magnj'.
Desmarets mit en musique un Divertissement dont les paroles étaient de Cusson, imprimeur à Nancy, composé poiu" la fête du duc, en 171 7.
Le même divertissement, agrémenté de nouvelles danses par Magny, fut donné, à l'occasion du mariage du prince de Lixheim avec M"" de Craon, au théâtre du château de Lunéville, le 19 août 1711.
Enfin, au carnaval de 1725 et en 1728, les élèves des jésuites représentèrent sur le théâtre de l'Opéra de Nancy des tragédies et des comédies suivies de ballets et de danses.
CHAPITRE VIII
François III, 1-21^-1737.— académie de musique de nancy. — orchestre
DE LA COUR. — VIOLONS ET LUTHIERS. — LA HARPE, INSTRUMENTS DIVERS. — AUDROUX. — THEATRE.
Le prince François étant à Vienne à la mort de Léo- pold, son père, la régence fut confiée à la duchesse douairière Elisabeth-Charlotte d'Orléans, qui la conserva jusqu'au 28 novembre 1729, jour de l'entrée en possession de ses États par le nouveau souverain.
Quoique le jeune duc n'eût pas habité longtemps notre pays, il s'appliqua à donner tout le développement possible aux arts, et principalement à la musique.
C'est dans ce but qu'il fonda, en 1731, une aca- démie, à Nancy, dont nous reproduisons les statius :
Lettres patentes portant établissement d'une Académie de musique dans la ville de Nancy.
Du sixième avril 173 1.
f RAKçois, par la grâce de Dieu, duc de Lorraine, de Bar, de Mont- ferrat et de Teschen, roi de Jérusalem, Marchis, duc de Calabre et de Gueldres, etc. A tous ceux qui ces présentes verront, salut.
Les Directeurs, Conseillers et Associés de l'Académie de musique, établie en notre bonne ville de Nancy, Nous ont très-humblement fait représenter, que pour parvenir à cet établissement, le rendre durable ce
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prévenir coûtes les contestations et difficultés qui pourroient se présenter à l'avenir, il a été fait et signé entre eux un acte d' association ^ et en consé- quence ont fait dresser des Statuts et Règlements convenables à ladite Aca- démie, laquelle ils Nous ont très-humblement fait supplier de vouloir prendre sous notre protection souveraine, et pour cet effet d'autoriser leurs Assemblées et approuver lesdits Statuts et Règlements : Persuadés que cette grâce singulière excitera l'émulation et maintiendra le bon ordre qui doivent assurer le succès d'un établissement qui ne peut être qu'utile et agréable à Notre Ville Capitale.
A ces causes et autres à ce Nous mouvant, Nous de notre grâce spé- ciale, pleine puissance et autorité souveraine, avons permis, approuvé et autorisé, permettons, approuvons et autorisons lesdites Assemblées confor- mément aux Statuts et Règlements qui Nous ont été présentés ; en consé- quence, voulons que lesdites assemblées soient continuées à l'avenir dans la ville de Nancy, sous le nom A' Académie de Musique, dont Nous nous déclarons Protecteur : Ordonnons que les Statuts et Règlements contenus dans le cahier ci-attaché sous le contre-scel de Notre Chancellerie, seront suivis et exécutés selon leur forme et leur teneur. Si donnons En mande- ment à Nos très-chers et féaux, les Présidens, Conseillers et Gens tenans Notre Cour Souveraine de Lorraine et Barrois, et à tous autres qu'il appartiendra, que du contenu es Présentes, et de tout l'etret d'icelles ils fassent, souffrent et laissent jouir lesdits Directeurs, Conseillers et Asso- ciés de l'Académie de Musique, établie en Notre dite Ville de Nancy, pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous trouble et em- pêchement contraires : Car ainsi Nous plaît.
En foi de quoi, Nous avons aux Présentes signées de Notre Main et contre-signées par l'un des Conseillers-Secrétaires d'Etat, Commandements et Finances, et fait mettre et appendre Notre Grand Scel.
Donné à Lunéville, le 6 avril 1731 .
Signé : Fr .wçois.
Et sur replis. Par S. A. R.
Signé : S. .M. Labbé.
Regisirata : T h 1 1 r r y.
CHAPITRE VIII. 137
STATUTS ET RÈGLEMENTS DE l'académie de musique
ARTICLE PREMIER.
Son Altesse Royale sera très humblement suppliée de se déclarer Protecteur de ladite Académie.
L'Académie sera composée de deux classes; la première, d'Acadé- miciens ordinaires et honoraires; la seconde des Académiciens associés.
III.
Ceux qui se présenteront pour être de la première Classe seront proposez par un des Officiers, dans une de leurs Assemblées ; et s'ils sont agréez, leurs noms seront inscrits par ordre de date, sur un Registre par- ticulier qu'ils signeront, en se soumettant aux Statuts et Règlements de l'Académie. Leur réception sera signée pareillement par les Directeurs et le Secrétaire.
IV
Personne ne sera reçu Académicien ordinaire et honoraire, à moins qu'il ne s'engage pour une année et qu'il ne paye un quartier de 1 Abon-
138 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
ncment qui sera prescrit et qui sera continué de quartier en quartier jusqu'à la fin de l'année. Les seuls étrangers qui seront dans la ville, pour trois ou six mois, pourront s'abonner pour cet espace de tems en payant les quartiers d'avance.
V.
Tous les Académiciens ordinaires et honoraires exécuteront leur partie dans le Concert quand ils le jugeront à propos, à charge d'en avertir un Directeur, huit jours auparavant.
VI.
Les seuls .académiciens ordinaires et honoraires auront voix dclibé- rative dans les Assemblées. Les Officiers ne pourront être choisis que dans cette classe.
VIL
Aucun Académicien ne pourra être exclu que pour des causes que l'Assemblée générale, à la pluralité des deux tiers des voix, aura reconnues graves et importantes.
VIII.
Les Académiciens associez ne contribueront pas à la dépense de l'Académie, mais ils ne seront reçus que lorsqu'ils seront reconnus par les Directeurs, d'une capacité suffisante pour bien exécuter leur partie dans les Concerts; et ils ne pourront s'absenter, sans en avertir quelques jours auparavant un des Directeurs.
CHAPITRE VIII. 139
IX.
Chacun des Académiciens ordinaires et honoraires, présent ou absent, payera par chaque année la somme de cent livres, en quatre payemens égaux de trois mois à autres, entre les mains du Trésorier, qui leur en donnera quittance et enregistrera le payement sur son registre, et fera mention du nombre, de la qualité et de la valeur des espèces qu'on lui délivrera, pour qu'il puisse lui être fait état des diminutions et qu'on soie certain des bénéfices sur les augmentations, le cas arrivant, lorsqu'il rendra ses comptes aux officiers.
L'Académie aura pour Officiers, six Directeurs, un Bibliothéquaire, et un Trésorier, qui sera en même temps Secrétaire. Les élections s'en feront tous les ans.
XI.
Les Directeurs présideront à toutes les Assemblées, les convoqueront extraordinairement lorsqu'ils le jugeront à propos, veilleront à l'observation des Statuts et Règlements de l'Académie.
XII.
L'un des Directeurs sera chargé du détail des Exercices de l'Aca- démie ; les autres suppléeront en cas d'absence ou autre empêchement.
140 LA MUSIQUE EN LORRAINE.
XIII.
Le Bibliothéquaire aura des gages fixes et prendra soin des divers Papiers et Effets de l'Académie. Il en sera chargé s.ir deux Registres signés de lui, dont l'un restera par devers lui, et l'autre sera mis entre les mains des Directeurs auxquels il en répondra.
XIV
Tous les ans, Inventaire sera fait par le Bibliothéquaire des Papiers de musique, et autres Effets de V Académie . en présence des Directeurs j et il sera tenu d'inventorier les Acquisitions nouvelles, à fur et à mesure qu'elles se feront.
XV.
Le Bibliothéquaire aura, sous l'ordre des Directeurs, des Copistes pour écrire les Pièces, dont l'on jugera à propos d'avoir des Exemplaires. Ces Copistes seront payés de mois à autres par le Trésorier, sur les Mandemens qui leur seront donnés, signés de trois Directeurs au moins.
XVI.
Les Directeurs donneront les ordres nécessaires les jours de Concert, pour qu'on n'y introduise que ceux qui doivent y entrer; et ils distri- bueront aux Etrangers, les billets qui seront destinés pour les admettre au Concert, à charge qu'ils ne pourront y faire entrer les mêmes Etrangers plus de quatre fois, en leur remontrant qu'ils peuvent s'abonner pour trois ou six mois, s'ils le jugent à propos.
CHAPITRE VIII. 141
XVII.
Les Directeurs envoyeront par chaque Concert deux billets au Com- mandant de Messieurs les Cadets pour qu'il les distribue à ceux d'entre eux
qu'il Jugera à propos.
XVIII.
Le Trésorier recevra tous les deniers de TAcadémie, fera tous les payemens sur les Mandemens des Directeurs, et rendra compte à la fin de chaque année.
XIX.
Le Trésorier fera les fonctions de Secrétaire et sera tenu en cette qualité d'écrire toutes les lettres invitatoires pour convoquer les Assem- blées Générales ou particulières, sur Tordre qui lui en sera donné par les Directeurs, et de faire entrer dans sa Caisse les quartiers d'abonnement de ceux qui pourroient être en retard de les payer.
XX.
Le Trésorier ne contribuera point à la dépense de l'Académie et sera réputé pour Académicien associé; au moyen de quoi, il n'aura aucun? Appointemens, et sera tenu de remplir fidèlement les obligations qui lui sont prescrites ci-dessus.
LA MUSIQUE EN LORRAINE.
XXI.
L'Académie donnera deux Concerts par semaine; sçavoir : le Jeudi st le Dimanche. On commencera à cinq heures précises.
XXII.
Les Directeurs délivreront à chacun des Académiciens Ordinaires, Honoraires et Associés un Billet, qni contiendra son Nom, et qui sera signé par les Directeurs, le Trésorier et le Secrétaire. Les Académiciens seront tenus de présenter leur Billet au Portier, à chaque Concert.
XXIII.
Tous les Académiciens Ordinaires et Honoraires pourront conduire deux Dames au Concert ; les Académiciens Associés une Dame seulement. L'entrée demeurera interdite aux Enfants au-dessous de l'âge de dix ans ou environ, pour qu'ils ne troublent pas la tranquillité du Concert.
XXIV.
Les Directeurs s'assembleront ordinairement le premier jour de chaque mois pour délibérer sur les affaires de l'Académie, sauf à eux à faire les convocations extraordinaires quand ils les croiront nécessaires.
CHAPITRE VIII. 143
XXV
Tous les ans il se fera une Assemblée Générale, dans laquelle on élira les Officiers, à la pluralité des voix, pour l'année suivante : et les mêmes Officiers pourront être continués si l'intérêt de l'Académie le requiert.
XXVI.
Ceux qui auront des comptes à rendre les présenteront, pour les faire arrêter par les anciens et nouveau.^ Directeurs, le premier samedi qui suivra le jour de l'Election de ceux-ci, et à l'heure qui sera fixée par les nouveaux Directeurs.
XXVII.
Il ne se fera aucune dépense extraordinaire sans une délibération et k consentement des Directeurs et de six Conseillers-Académiciens Ordi- naires et Honoraires, qui seront élus, sauf à eux de convoquer une Assemblée Générale s'ils le jugent à propos.
XXVIII.
Les Appartements de l'Académie, les Livres, Papiers, Meubles et autres Effets qui lui appartiennent, ne serviront jamais qu'à son usage, sous quelque prétexte que ce soit.
144 I--^ MUSIQUE EN LORRAINE.
XXIX.
S'il se trouvoic des sujecs dans la ville, qui par leur voix pussent être utiles à l'Académie, et qui fussent hors d'état de pouvoir payer des Alaltres, l'Académie leur en donnera à ses dépens. Elle choisira même dans le nombre de ses Musiciens ceux qui seront les plus habiles pour les enseigner ; et ils rendront compte aux Directeurs des talents et du progrès des Ecoliers qui leur seront confiés. Le choix de ces sujets se fera à l'Assemblée des Directeurs.
XXX.
L'Académie fera chanter une Grand' Alesse et un Te Deum en Musique, en l'église des Pérès Cordeliers, le huit Décembre de chaque année, jour de la Naissance de S. A. R., et le Concert sera donné au Public.
XXXL
Le Sceau de l'Académie représentera une Lyre avec ces mots pour levise : Allicit et Sociat.
XXXII.
L'Académie pourra expliquer, étendre ou restreindre les présents Statuts et Règlements, suivant les occurrences, et sous le bon plaisir de S. A. R.
CHAPITRE VIII. 145
Fait et arrêté en l' Assemblée Générale des Académiciens Ordinaires et Honoraires, le 7 mars 173 1, et signé par Nous, Directeurs et Conseil- lers élus à la pluralité des voix en ladite Assemblée.
Signé : DE RuTANT, Lesnizr, le Texier de Forges, Baudouin, Masson, de Pontz, Hurault, Char- pentier, Thibault, N. Antoine, de Rare- court ET Vincent.
Nous avons cru devoir donner en entier ce curieux document, dont quelques paragraphes peuvent être très utiles pour l'organisation des sociétés musicales.
L'orchestre delà cour avait pour directeur, en 1730, Bonaventure Gilles, qui est connu aussi comme sympho- niste; il composa et reçut pour les compositions qti'il dédia, en 1731, au duc François III, des sommes assez importantes '.
L'année suivante, les luthiers de Mirecotu-t obtinrent des chartes que nous reproduirons dans un ouvrage spécial sur la lutherie lorraine, qui paraîtra plus tard.
Les violons étaient encore employés dans les églises : le 8 août i732_, lors de la consécration de l'église Saint- Sébastien de Nancy, la grand'messe fut chantée par trois voix choisies, qui faisaient un alternatif avec les trompettes et tj'mballes, et une sj-mphonie de violons et de cors de chasse, agréablement mêlés.
Mercier était le maître des violons, en 1735, et il figtire parmi les symphonistes, ainsi que Lambert et Didon.
Les luthiers de cette époque sont : Joseph Mirau- coiu-t, de Verdun, 1743, dont nous possédons une viole; François Lupot, né à Plombières, en 1736; Lambert,
I. Archives^ B. '714.
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Ls lirai, h peu pre* disparu, fan jtlaix a la liarpe . Cet instrumem esi en çrande vo^ue i la cour de T^nrraîTH» ; en efîsi. oudj de plut gracieux, pour imf: xsnmie. gue d'fifileitrer dslicatemem. d une lielie mam. ist cnrdst' çui résonneni sous det doi^Ti exercer, s: ds •mniiiT'er fcs mom^enifinffi cadencet d ur iieai» brafc- C esr a cai aran- mgst er à csfan d'accompagusT agréaiiemenr le chant, que la liarpe dm son succès au xviC siècle.
Le*, orciiesirei ds la cour possédaient un grand nomlrrg de ioueim de basson ex de liambok. et. i. pantr df 3"'>4- cei' msrrumenti étaient k piuf en usa^t