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HISTOIRE

DE LA

POSTE AUX LETTRES

ET DU

TIMBRE-POSTE

DEPUIS LEURS ORIGINES JUS^u'a NOS lOURS

PAR

ARTHUR DE ROTHSCHILD

TROISIÈME ÉDITION

TOME DEUXIÈME

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BRUXELLES

J. B. MOÈNS, ÉDITEUR

7, GALERIE BORTIER, 7. 1876

HISTOIRE

POSTE AUX LETTRES

ET DU

TIMBRE-POSTE

Coulominiers. Typ. Albeiit PONSOT et P. BRODARD.

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DE LA

POSTE AUX LETTRES

ET DU

TIMBRE-POSTE

r^EPUIS LEURS ORIGINES JUSQU A NOS JOURS

V ARTHUR DE ROTHSCHILD

TROISIEME EDITION

TOME DEUXIÈME

BRUXELLES

J. B. MOËNS, ÉDITEUR

7, GALERIE BORTIER, 7.

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CHAPITRE I

FORTUNE MERVEILLEUSE DU TIMBRE-POSTE

I. Le Timbre-Poste s'affranchit de l'enveloppe. ™~

II. Le Timbre-Poste fait de la Politique.

III. Le Timbre-Poste se jette dans l'opposition ; il a ses martyrs. IV. Ses états de services. V. Une science de plus ! VI. La Presse et les congrès des Timbrologues.

NOTRE temps est riche en inventions, et les plus simples, les plus modestes en apparence ne sont pas les moins fécondes en fruits inattendus. On peut dire pourtant qu'il n'y a guère eu de fortune plus mer- veilleuse que celle du Timbre-Poste K

Le Timbre-Poste doit sa naissance au besoin de rendre plus facile et plus prompt le transport des correspondances particu- lières. C'est d'abord une sorte de passe-^port pour les lettres, sous la forme d'un timbre

I . Ce sujet a été fort spirituellement traité dans un article du journal : Le Timbre-Poste, signé E. Lh. Année 1870, Avril.

4

dit de port-payé, servant soit pour l'envoi du message, soit aussi pour le retour d'une réponse, quand un second timbre est joint au premier. Ce timbre est appliqué sur une enveloppe dont il fait partie, dont il est in- séparable. Les inconvénients de cette union reconnus, le timbre s'isole de l'enveloppe; le voilà comme émancipé et il prend son essor.

Jamais personnage ne sut revêtir des rôles plus nombreux et plus variés. D'abord il représente une valeur, le prix d'un service rendu ou à rendre, la taxe de transport; c'est donc une véritable monnaie, un billet de banque en miniature, d'usage et d'échange également commodes; tout le monde en a besoin.

Les artistes qui en entreprennent la gra- vure, les industriels qui se chargent de sa fabrication, les savants qui s'efforcent de le protéger contre la contrefaçon, s'unissent pour lui assurer des perfections diverses; le voilà devenu un objet d'art et de curiosité.

Une sorte d'émulation naît entre les nations pour le mieux doter encore.

Le Timbre- Poste porte tour à tour sur sa face l'effigie du Souverain, les armes des États, des provinces ou des villes, les por- traits des grands hommes, des images va- riées rappelant les grands faits historiques ou même les produits des contrées. Le Tim- bre-Poste est un monument d'histoire et de géographie.

II

Le Timbre -Poste se mêle bientôt à la po- litique; il en suit les vicissitudes et les révo- lutions. Ici, partisan docile de la légitimité, il fait succéder, à l'effigie du souverain dé- funt, l'effigie de l'héritier désigné par le droit de naissance. Fanatique du droit divin, il proteste contre l'oblitération qui devient à ses yeux un crime de lèse-majesté. Là, dans une monarchie constitutionnelle, il se fait le symbole du respect de la nation an- glaise pour la personne royale et conserve à la Reine vieillissant une jeunesse inalté- rable. En Belgique, il se plaint des dessina- teurs et des graveurs qui ont mal rendu les

traits des deux Rois, fondateurs des libertés nationales. En France, il se pare d'abord, pour trop peu de temps, de l'image de Mi- nerve, puis emprunte pour vingt ans aux médailles romaines le profil de Napoléon II î, et de nos jours adopte l'effigie fantaisiste de la République idéale. L'aigle prussien plane sur l'Allemagne comme un oiseau de proie. L'aigle à deux têtes de Russie regarde l'Eu- rope pour la surveiller, et l'Asie il agran- dit plus facilement son empire. L'aigle à deux têtes d'Autriche regarde l'Allemagne pour la regretter, la Hongrie pour s'y réfu- gier. Le grand duc de Bade qui refuse son effigie aux simples timbres mobiles, la laisse imprimer sur les enveloppes timbrées, qui échappent à l'oblitération. La figure mar- tiale de Victor Emmanuel personnifie la nouvelle Italie.

A côté des timbres de haut parage, fiers comme des plénipotentiaires de grandes puissances, se glissent les timbres d'aven- ture. Au grand siècle, c'était signe de qua-

lité que d'avoir des pages; aujourd'hui, de- puis le plus petit prince et la plus humble cité jusqu'au marchand dans sa boutique, chacun veut avoir son timbre. Les sociétés industrielles, les compagnies, les Banques ont leurs séries. Un souverain éphémère a peur de ne pas régner assez longtemps pour répandre son effigie et s'indigne qu'un pais- sant voisin, dont il est le vassal, refuse delà laisser circuler. Les grandes villes d'Alle- magne qui regrettent leur titre de villes libres et impériales, répandent leurs timbres publics et privés avec une telle profusion que personne ne peut plus les reconnaître; c'est un déluge. Les vieilles postes locales luttent avec acharnement pour avoir ou garder des timbres indigènes, restreints à leurs territoires.

L'enveloppe même a reparu plus con- fiante. Le chiffre-taxe s'est fait le satellite modeste du timbre-poste. Le timbre de commerce a élevé autel contre autel. Enfin la contrefaçon et la fantaisie rivalisent à qui

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augmentera le désordre. Le peuple des tim- bres a ses jours d'anarchie. Le remède em- pirique (qui pourrait trouver un adjectif plus à propos?) accourt, enfanté par la Pho- tographie, payé par l'Espérance ou même par la Reconnaissance, colporté par les co- mités politiques : C'est le portrait du pré- tendant qui guérira tous les maux. Qu'on se le dise! Mais qu'on se rassure! Nous avons voulu peut-être parler de l'Araucanie ou de la patrie de Soulouque, dit Faustin I", qui n'eut pas le temps d'emprunter le timbre- poste à la civilisation européenne.

III

Lancé dans la politique, le timbre-poste ne pouvait être à l'abri de cette passion de l'esprit moderne qui a fait tant de bien en hâtant le progrès, tant de mal en ruinant l'autorité. Nous voulons parler de ce qu'on appelle l'opposition. Il sert les armoiries nationales contre l'effigie monarchique, les armoiries provinciales et urbaines contre la centralisation. Les sept flèches du timbre- poste des Pays-Bas rappellent les sept pro- vinces de la République disparue. Le Lion couronné du timbre-poste de Finlande ose rester debout devant l'Aigle à deux têtes de Russie. Les timbres d'Amérique apportent

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à l'Europe presque toute monarchique les fiers portraits des grands citoyens qui fon- dèrent les Républiques de cet immense con- tinent où le Brésil seul a un seul maître!

Le Timbre-Poste a aussi son martyrologe politique. La poste de Varsovie est disparue avec le royaume de Pologne. Les emprein- tes si variées des petits Etats allemands ; le portrait du roi de Hanovre ; le profil du roi Jean de Saxe ; l'aigle de Lubeck ; les tou- relles de Hambourg ; l'aigle de Sleswig-Hols- tein ; le cheval courant de Brunswick, l'é- cusson de Mecklembourg, ont pris la fuite, d'abord devant le Post-Stempel de la confé- dération du nord , puis devant l'aigle du nouvel Empire germanique. En Espagne, l'effigie de la reine Isabelle continue à cir- culer, frappée du permis brutal de la Répu- blique économe et provisoire : habilitado ! Elle a gagné à ce prix le temps de céder la place à son fils Alphonse XII ! Ce n'est pas trop cher. En Italie, la moustache belli- queuse de Victor-Emmanuel a suivi le pro-

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grès du royaume d'Italie et dépossédé tour à tour les timbres de l'Autriche, de Parme, de Toscane, de Naples. Mais le timbre papal subsiste le dernier sans effigie, comme s'il ne représentait point une autorité humaine et périssable.

IV

Les annales du Timbre-Poste ont d'au- tres côtés sérieux, depuis que le monopole de la Poste aux Lettres a créé pour les Etats de nouvelles sources de revenu , d'autant plus précieuses qu'elles découlent de servi- ces rendus aux contribuables, au lieu de pe- ser sur eux; l'économie politique a dans ses livres un compte ouvert pour le Timbre- Poste. Ses bienfaits y sont inscrits et dénon- cés à la reconnaissance publique.

II a«simplifié l'administration des Postes, rendu plus facile la perception des taxes, di- minué les frais, et, par là, déjà augmenté le profit. Il a permis d'abaisser les taxes et

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donné aux correspondances de toutes sortes un développement prodigieux. Les prédic- tions ou les espérances de ses inventeurs sur l'élévation du revenu postal ont été dépas- sées au-delà de toute croyance. Avantage merveilleux pour les particuliers ; avantage énorme pour l'Etat.

Les sciences déjà vieilles en ce monde n'ont pas pu rester indifférentes au rôle ni aux destinées de ce nouveau venu. Le dessin et la gravure ne pouvaient rien lui refuser. L'industrie, pour lui, créa des papiers im- possibles, inventa des couleurs, désarma la calomnie, trouva des nuances inouïes, fabri- qua tout un arsenal de machines pour le piquer, pour le denteler, et même pour Vo- blitérer, en lui demandant pardon de la li- berté grande et du manque de respect.

Vous vous imaginez que tant d'hommages suffisent au Timbre- Poste, non ! il lui faut une science spéciale, pour lui seul. Elle naît

i6 aussitôt, c'est la Philatélie. Onadit Timbro- phile, on peut dire Timbrophiiie. Philatélie et philatéliste prévaudront-il? Deux noms ri- vaux surgissent : Timbrologie et Timbrolo- gues; ils nous inspirent, nous l'avouons, une certaine confiance, et nous les adopterons volontiers. Les noms sont séduisants et la chose sérieuse. La philosophie, cette antique maîtresse de l'esprit humain, n'a qu'à bien se tenir ; voilà une rivale prête à lui disputer le monde des intelligences. Le domaine de la Philatélie n'a rien de vague, le terrain n'y manque pas à cultiver, ni les questions à ré- soudre. Jusqu'où faut-il remonter dans le passé pour trouver le berceau authentique du Timbre-Poste?

Comme Homère, après sa gloire, le Tim- bre-Poste ne manque plus de patrie; toutes les contrées se disputent l'honneur de lui avoir donné naissance. La France a des ti- tres sérieux. La Suède réclame en rougis- sant, parce qu'elle comprend quelle faute la priva de cette gloire, L'Italie retrouve des

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titres. L'Angleterre se hâte de combler d'honneurs un inventeur heureux qui a le grand mérite d'avoir saisi l'instant oppor- tun. Hurrah pour Rowland Hill ! Les savants continuent leurs fouilles pour dé- trôner le triomphateur! Nous dirons leurs découvertes et leurs batailles !

Ce n'est pas au Timbre-Poste lui°méme qu'il faut imputer cette manie de lui trouver des aïeux, mais à des amis trop zélés qui craignent de paraître flatter la fortune d'un parvenu. Tout ce qui touche la divinité nouvelle met en mouvement ses adorateurs.

A-t-on trouvé un nouveau papier, un se- cret chimique , une nuance inconnue jus- qu'alors et dont le mystère restera impéné- trable? C'est grande liesse pour ces courti- sans. Distinguer le filigrane du filagramme, le timbre typographie du timbre gravé, 'la lithographie de la photographie, le piquage de la dentelure, le timbre percé du timbre piqué, la droite et la gauche du timbre, les angles divers, la direction de la légende, les

chiffres de taxe, de bureau, de départ, d'ar- rivée, les marques d'origine, d'oblitération, secrets d'initiés qu'on ne révèle pas aux profanes !

VI

La science nouvelle a déjà sa presse et y réclame, comme c'est d'usage, la liberté de tout dire. Voyez comme en Belgique le Timbre-Poste gourmande les ministres qui confient aux étrangers la gravure ou l'im- pression des Timbres et la fabrication des machines à piquer, qui laissent trop long- temps en portefeuille les projets d'émission, qui gardent trois ans l'effigie de Léopold P'', après l'avènement de Léopold II ; qui, mon- trant enfin plus d'égards au nouveau prince, surveillent mal le dessin ou la gravure de son image; qui, enfin, ne savent pas soutenir l'honneur national dans un genre la Bel-

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gique pourrait prendre le premier rang. Bruxelles n'a-t-il pas été fier de voir dans son sein un Congrès de dessinateurs et de graveurs Philatélistes ! Lisbonne, Londres en ont frémi de jalousie. Paris en aurait fait autant, si la Prusse ne lui avait pas pré- paré d'autres soucis !

CHAPITRE II

LES COLLECTIONNEURS,

L La Numismatique ne saurait être trop honorée ; La Timbrologie aspire à prendre une place à côté d'elle. IL Les collectionneurs sont tout excu- sés. — IIL Débuts des collections de Timbres- Poste. IV. La spéculation au collège ; la Bourse des Timbres. V. Utiles leçons que le collectionneur retire de sa peine : travail et méthode.

SI nous venions dire que l'étude des mon- naies et des médailles présente un grand intérêt et que les esprits les plus distingués ne l'ont pas dédaignée, que plus d'un sa- vant a pu y apporter une passion ardente, une patience infatigable, nous ne ferions que répéter ce que personne n'ignore ni ne con- teste. On apprenait au jeune Louis XIV l'histoire de l'antique monarchie dont il était l'héritier, en plaçant sous ses yeux les médailles à l'effigie des rois, ses prédéces- seurs. Il y voyait même figurer ces Mé- rovingiens , dont l'existence était à peine prouvée et dont les traits certainement n'a-

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valent été conservés ni par la peinture ni par aucun des arts oubliés de leur temps. Mais les fanatiques n'en regrettaient pas moins une série antérieure, qui aurait com- mencé à Francus, fils d'Hector, et fini à Markomir , père de Pharamond. Que ne l'inventaient-ils en gravure, comme ils l'in- ventaient en histoire ! Etait-on plus sûr de la ressemblance de Pépin-le-Bref inaugurant la 2^ race, de celle de Hugues-Capet, fonda- teur de la 3e et même de celle de Jean i*^'', un enfantqui vécut et régna à peine unesemaine. La Numismatique a, depuis longtemps, sa place au soleil, son culte et ses prosélytes. Aux monnaies et aux médailles, les collec- tionneurs joignent même quelquefois des spécimens de papier- monnaie, depuis le jour la création des banques a mis au jour un instrument de circulation qui est à la monnaie la plus légère ce que la pièce d'or était à la monnaie lourde et massive des Spartiates. La curiosité s'est éprise des rares billets survivant à la banque de l'Ecos-

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sais Law, ami du Régenr, ou des premiers essais des Banques de Florence, d'Amster- dam et de Londres. Cet engouement nou- veau a périr étouffé sous les avalanches de nos assignats, alors qu'il fallait plusieurs millions en assignats, pour produire la va- leur de quelques milliers de francs. Mais n'est-ce pas un fait important pour l'histoire du crédit et pour la science économique?

Nous n'aurons pas de peine à prouver que le Timbre- Poste a aussi conquis de nos jours son rang dans des sciences diverses et que les collections des différentes formes revêtues par lui dans le monde entier ont déjà leur utilité et leur prix. Elles ne ver- ront sans doute jamais des enchères comme celles qu'obtiennent de nos jours les meu- bles anciens, les gravures ou les œuvres du grand artiste qui a, par une mort oppor- tune, mais sans préméditation, donné à ses moindres ébauches une valeur inespérée. Mais il y a des degrés en tout :

Parva licet comporter e magnis.

II. 2

ÎI

Il nous faut bien parler des collection- neurs. Notre sujet nous conduit naturelle- ment sur leur domaine. Quel objet pouvait mieux tenter que le Timbre- Poste ces cu- rieux naïfs et sincères, qui comprennent si bien la variété dans l'unité? Un timbre est toujours un timbre. Mais quelle multipli- cité infinie : Timbres divers d'un même État, d'un même continent, de l'univers ; c'est le monde tout entier ; variétés de forme, de taille, de prix, de couleurs, d'ef- figies, d'usage, et combien d'autres encore!

Nous avons entendu parler d'un savant naturaliste qui consacra une vie aussi Ion-

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gue que laborieuse à la recherche des cocci- nelles, petits animaux que le vulgaire igno- rant confond tous dans la dénomination de bêtes du Bon Dieu. Il en classa i,8oo va- riétés et fut décoré. Le génie est une longue patience, a dit Buffon. Si Buffon a dit vrai, notre naturaliste était un génie, et jamais gouvernement encourageant le progrès n'a eu meilleure occasion de bien placer un morceau du ruban précieux dont il dispose pour ce besoin social. On dit aussi que des amateurs ont collectionné des tabatières ; nous comprenons ce goût, surtout du temps les rois en distribuaient généreusement, et avaient soin de les faire enrichir de leur portrait et de quelques diamants. Nous con- sentons même à croire qu'il a existé un ou plusieurs collectionneurs de boutons de guêtres ou d'autres parties du costume mi- litaire, pourvu qu'on nous dise que c'é- taient d'anciens officiers d'habillement, at- tristés d'avoir été mis à la retraite.

Les collectionneurs sont pourtant amnis-

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tiés. Il n'est pas dcnné à tout le monde d'aller à Corinthe, pour y recueillir ces vases de bronze si recherchés des Romains. Il n'est pas donné à tout le monde de réunir des livres rares, des éditions originales, des gravures avant la lettre, tout l'œuvre d'un grand maître , des tableaux coûteux , des faïences, des meubles, des armes, ou même simplement des médailles ou des monnaies anciennes.

Si collectionner est un goût naturel à l'homme comme celui de posséder et de s'enrichir, le Timbre- Poste dut paraître tout d'abord l'objet le plus simple, le plus capable de satisfaire ce goût à peu de frais. Le pauvre timbre borné d'abord à un seul usage , à l'affranchissement d'une lettre , était jeté dédaigneusement avec les vieux papiers et brûlé ou souillé, sans égard pour son effigie. Un jour, un spéculateur malin proposa à la charité publique, dans des an- nonces assez coûteuses, une bonne action ; il s'agissait d'arracher à la misère une hon-

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nête et brave famille, en fournissant à un riche maniaque assez de vieux timbres oblitérés, de toutes sortes, pour en tapisser les murs d'un appartement. La charité pu- blique est crédule ; un déluge de timbres tomba au domicile indiqué comme la manne dans le désert, des quatre coins du monde. Le succès dut être complet.

III

Dès lors on parut croire que le timbre, après le service postal accompli, commen- çait une vie nouvelle. On se prit à recher- cher ceux d'un même pays, puis ceux des pays voisins et des contrées les plus éloi- gnées. On voulut savoir quels étaient les plus anciens; au besoin, on obtint la réim- pression de ceux qui déjà avaient été aban- donnés; on surveilla les nouveaux venus. Ce fut une gloire d'être au courant de toutes les nouveautés comme du passé tout entier.

Hélas! les difficultés du collectionneur commencèrent à se multiplier. Tel timbre ancien était introuvable et le prix montait

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comme celui d'une valeur de premier ordre : un timbre taxé à un penny dès sa naissance ne se donnait plus à moins de quatre livres sterling! Corneille a dit :

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.

La passion s'en mêla : il fallut à tout prix avoir le timbre ancien qu'on ne trouvait plus et le timbre nouveau, dont on annon- çait l'émission au-delà des mers.

Les amateurs sont en correspondance avec toutes les parties du monde : que de timbres du présent ils dépensent pour se procurer le type inconnu ou aperçu chez le voisin. Le collectionneur de tulipes, qui semblait le modèle du genre, n'est pas plus jaloux ni plus impatient. Allez donc vous contenter ici de la possession de quelques pièces, même des plus rares. Il faut entendre le rire homérique du vrai collectionneur de timbres-poste, regardant les tableaux mes- quins où l'Hôtel des Postes françaises croit

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avoir réuni tous les timbres français. Voilà pourquoi la manie de collectionner les tim- bres est devenue aristocratique. Il n'est plus permis aux pauvres diables d'y prétendre, surtout depuis que la mode a voulu qu'une collection digne d'égards se composât de timbres neufs, n'ayant pas été mis en usage et gardant leur valeur.

Quelques traits de bizarrerie peuvent sans doute donner prise à la critique et aux rail- leurs. Les amateurs forcenés ont voulu avoir non-seulement les timbres mis au jour, mais les essais qui les ont précédés. Si un timbre a paru un jour et a été retiré aussitôt, il faut se le procurer par tous les moyens. Si un timbre a failli paraître et est demeuré à l'état de mort-né, il n'en est que plus pré- cieux; vite, quel prix en veut-on? Si un type a été proposé, soit en concurrence avec les timbres déjà adoptés, soit en vue de quelque changement prévu ou médité; allons, est-il possible d'en avoir le dessin? Une faute, une erreur, fût-elle d'orthographe, a échappé au

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graveur, à l'imprimeur; ce serait un bon- heur suprême que de se procurer un exem- plaire portant cette faute, ce trait impru- dent. Le hasard a produit une nuance imprévue : heureux celui qui arrivera à temps pour en enrichir son album! et quelle fierté s'il est seul à posséder ce trésor uni- que! Dans l'uniformité des timbres à l'effi- gie de la reine Victoria, un graveur a donné un jour moins d'ampleur à une mèche des cheveux du chignon; une variété est née, et cette autre famille de la reine Victoria s'est accrue par un heureux événement.

L'égoïsme et la vanité trouvent leur pâture comme en tant d'autres choses. Et que dire des savants? Ils interviennent dans ces modestes questions et trouvent occasion de se montrer érudits, de trouver leurs con- frères en délit d'ignorance ou d'affirmation imprudente. Il n'y a pas jusqu'aux moqueurs qui ne saisissent une bonne occasion, au mois d'avril surtout, le mois des bourdes plus ou moins gaies, d'annoncer des nou-

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velles à sensation, de faire croire à l'exis- tence de timbres imaginaires et de regarder, en riant, courir les collectionneurs affrian- dés. Nous ne disons rien des contrefacteurs; ils dupent les crédules et donnent joie aux malins, qui se plaisent toujours dans le mal- heur d'autrui.

IV

Nous voudrions prouver qu'il n'y a au- cun péril ni aucune puérilité à excuser ni à encourager le collectionneur de timbres-;- poste. Nous n'avons besoin pour cela que de montrer ce qu'on peut apprendre en se laissant aller à cette innocente manie.

La passion nouvelle a commencé par les enfants, comme une épidémie, mais peu dan- gereuse. Elle a eu tout le succès d'un jeu innocent. Nous ne disons pas que ce jeu ait toujours assuré la tranquillité des parents autant que la joie des enfants. La chose s'est bornée d'abord à solliciter de tous les mem- bres de la famille, puis des amis, des visi-

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leurs, leurs vieilles enveloppes avec les tim- bres d'affranchissement. De là, nos petits collectionneurs sont passés aux échanges, commerce primitif que l'on apprend d'ins- tinct. Peu à peu, ils ont considéré les tim- bres comme des valeurs variables; la rareté, l'état de conservation, la nouveauté, l'ori- gine, l'éloignement ont été autant de causes de hausse ou de baisse sur ce marché. A l'échange a succédé la vente et la spécula- tion n'a pas tardé à s'en mêler. Vendeurs et acheteurs se donnaient rendez -vous aux portes des lycées et collèges, à l'entrée et à la sortie des classes. Que de fois les maîtres ont surpris et réprimé des distractions dont ils ne pouvaient pas deviner la cause!

Une bourse des timbres-poste finit par naître, pour répondre à l'offre et à la de- mande. Les jardins publics, aux jours de congé, en vir-ent les séances quelquefois tu- multueuses. Faut-il dire que la fraude et la mauvaise foi osèrent s'y montrer, comme en tout lieu les passions humaines sont

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livrées à elles-mêmes? Des timbres falsifiés furent mis en circulation, des nouvelles mensongères furent prodiguées, des engage- ments mal tenus, des dettes non payées, des vols audacieusement accomplis. Mais on vit surgir aussi un commerce honnête et régu- lier, où il fut possible de s'enrichir.

Cet âge de fièvre dura peu. Les torrents les plus dangereux deviennent des fleuves paisibles et utiles quand leur cours est réglé, La contagion, d'ailleurs, n'avait pas atteint tous les amateurs du timbre-poste, et plus d'un enfant sérieux avait tiré de ce goût les véritables avantages qu'on en pouvait atten- dre. Il y avait appris un peu d'histoire et beaucoup de géographie.

Les premiers timbres-poste qui tombent aux mains d'un enfant le frappent par la variété des couleurs, des effigies, des taxes; il saura bientôt les causes de cette distinc- tion des couleurs, les noms des personnages représentés, les distances que la taxe permet de franchir ou le poids qu'elle permet de transporter. Il saura bientôt distinguer les nationalités, les contrées, la forme politique des États, par la lecture de la légende. Gom- ment ne serait- il pas porté naturellement à demander, à chercher quelle est la situation de chaque peuple, de chaque contrée sur la surface de la terre, et la distance qui les se-

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pare ? Comment ne voudrait-il pas savoir le sens des mots : Empire, Royaume, Répu- blique, Confédération, États-Unis, Etats confédérés, Colonies, Ville libre? C'est de la géographie et de la grammaire. Et quand il lira dans toutes les langues les chiffres de taxe et les noms des monnaies correspon- dantes, ne touchera-t-il pas aux premières données de l'arithmétique, aux éléments de la numismatique? Que dire des timbres à armoiries, témoignant de l'antique histoire de certains états? des timbres rappelant les grands faits de l'histoire ou les grands ci- toyens? et de ceux qui indiquent les pro- duits, le commerce ou la nature géogra- phique d'une région ? Que dire enfin des changements que le temps amène dans les effigies? N'est-ce pas un cours d'histoire contemporaine , le plus simple de tous , exempt de passion et de prédications fausses et malsaines dans tous les partis? Nous ré- servons cette importante question pour un chapitre spécial : Le timbre-poste auxi-

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liaire de Vhistoire et de la géographie. Ajoutons seulement ici que le jeune col- lectionneur, non-seulement apprend sans fatigue, sans efforts, les faits les plus divers, mais que son esprit y trouve un exercice salutaire, s'initie aux secrets de la méthode. Plus la collection s'accroît, plus il devient nécessaire de la classer. Quel principe , quelles règles le dirigeront dans cette classi- fication? Quel ordre adoptera-t-il ? Les plus grands génies ont cherché la solution de ces mêmes problèmes, pour les richesses de la nature, de l'art, de l'industrie. Classera-t-il ses timbres d'après la forme, la couleur, la taxe, les effigies, la date d'origine? Quelle confusion produira cet ordre apparent! Le plus sage n'est-il pas d'emprunter à la géo- graphie sa méthode et ses divisions? Les continents d'abord, les groupes d'états et de nationalités , les subdivisions de chaque groupe; autant de petites collections dans la collection universelle. Voilà qu'il ne reste plus à trouver qu'un ordre logique pour les

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petites collections ; il y aura moins de dan- ger, et même une certaine variété devient possible; tel peut prendre pour point de dé- part l'ordre d'émission, tel autre, la taxe ou les couleurs, les nuances même ou toute autre différence. Notre écolier trouvera plus tard dans la logique de Port-Royal des con- seils qu'il aura devancés.

CHAPITRE III

L'INVENTION DE M. ROWLAND HILL. LE TIMBRE-POSTE EN ANGLETERRE»

L Les temps sont venus : pourquoi l'on doit garder à M. Rowland Hill le titre d'inventeur du Timbre- Poste. On ne peut pas contester l'invention de M. Rowland Hill. IL Comment vint à M. Hill l'idée de sa réforme ? Correspondance frauduleuse de deux fiancés. Projet de M. Rowland Hill. En- quête. — in. La taxe uniforme d'un penny. Mé- moire d'un officier d'excisé ; le papier timbré. IV. Adoption du projet de M. Hill. Les Timbres- Poste. Les enveloppes. V. Essai du prix réduit : augmentation rapide du nombre des lettres.

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VI. L'opinion publique préparée à la réforme. Le contrôle des comptes de chaque bureau devenu plus facile. Le Timbre-Poste servant de papier- monnaie. VIL De la falsification. Ses diffi- cultés. Ses dangers. Nullité des profits de la contrefaçon. VIII. Forme et dessin du Tim- bre-Poste, Projets variés. Usage général.

L'uniformité de la taxe pour le transport des correspondances est une mesure si simple et si rationnelle que, depuis le jour l'Angleterre en a inauguré la pratique sur son territoire, frayant ainsi la route du pro- grès au reste des nations, chacun s'est de- mandé comment il se faisait que la même idée ne fût pas venue plus tôt à quelque ré- formateur. On a sérieusement discuté la question de savoir si M. Rowland Hiil pou- vait bien être considéré comme le réel in- venteur des timbres-poste, et si, en scru- tant les annales des divers États européens, il ne serait pas possible d'y trouver, à une

3.

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date s'éloignant plus ou moins de l'année 1840 (qui est celle de l'exploitation du pro- cédé Hill), une ou plusieurs inventions qui ôteraient à ce procédé le mérite de la prio- rité, et montreraient une fois de plus qu'il , n'est rien de nouveau sous le soleil. On le sait, aujourd'hui j ces précédents ont été trouvés , et il demeure certain que l'idée d'une taxe uniforme avait été entrevue par d'ingénieux esprits , ailleurs qu'en Angle- terre, et longtemps avant la deuxième moi- tié du dix-neuvième siècle. Est-ce à dire pour cela que la découverte de M. Hill ne soit qu'une imitation, et qu'on ne doive le considérer que comme un arrangeur habile quia exhumé, en la rajeunissant parles dé- tails d'exécution, la conception de ses de- vanciers? Tel n'est pas notre avis. Il est d'a- bord plus que probable que M. Rowland Hill, lorsqu'il songeait à la réforme postale, ignorait le nom aussi bien que l'entreprise du magistrat français qui, après la Fronde, inventa un mode uniforme de correspon-

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dance enport payé, dans l'intérieur de Pa- ris seulement. Ajoutons que l'invention française et le procédé anglais diffèrent par un point essentiel : M. Rowland Hill, en livrant son idée au public, a demandé qu'elle fût immédiatement appliquée par les pré- posés de l'État, et qu'on abandonnât les anciens errements postaux ; l'inventeur fran- çais, au contraire, s'était bien gardé d'em- piéter sur les attributions de la Surinten- dance ; il sollicitait seulement un privilège pour transporter d'un point à un autre de Paris (service qui alors n'était pas fait par l'administration royale) les correspondances privées, préalablement revêtues ou entou- rées de ses « billets de port payé », que nous avons décrits. Comme on le voit, la ligne de démarcation est bien tranchée entre les deux systèmes, et M. Rowland Hill a sur son précurseur l'avantage d'un concept gé- néral, d'un projet qui embrasse tout un en- semble de réformes, au lieu de se concentrer sur un très-mince détail de service local.

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C'est le côté vraiment neuf et original de son invention; c'est ce qui fait qu'en dé- pit des deux ou trois précédents historiques qui le priment comme date, M. Rowland Hill peut revendiquer l'honneur de cette dé- couverte; il est le créateur des timbres-poste au même titre que Molière est le créateur de l'Avare ; et, quoique Plaute ait écrit VAu- lulaire, on ne mentionne guère celle-ci que pour rappeler la supériorité de celui-là, et pour reconnaître combien- l'original est pâle et incolore auprès de la prétendue imi- tation.

II

La réforme anglaise, à en croire son pro- moteur, M. Rowland Hill, aurait eu pour point de départ le fait suivant, M. Rowland Hill voyageait, en i838, dans l'un des com- tés du nord de l'Ecosse, lorsqu'en traversant un village il aperçut un facteur de la Poste qui remettait à une jeune fille une lettre expédiée de Londres. La jeune fille demanda quel était le montant du port à payer, et, lorsque le facteur lui eut fait connaître le chiffre de la taxe, elle baissa tristement la tête, retourna deux ou trois fois la lettre entre ses doigts, et la rendit en disant qu'elle n'était pas assez riche pour pouvoir acquitter

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une telle somme. Témoin de cette scène, le voyageur intervint et dit à la jeune fille que, si la lettre par elle rendue contenait, comme cela était vraisemblable, des nouvelles d'une personne qui lui était chère, d'un parent ou d'un fiancé, elle pouvait la redemander au facteur, et que lui, M. Rowland Hill, se ferait un plaisir de payer la taxe qu'on lui réclamait. La villageoise rougit, et, après quelques secondes d'hésitation, déclara à M. Hill qu'elle lui était très-reconnaissante de son offre obligeante, mais qu'elle ne croyait pas pouvoir accepter d'un inconnu un pareil service. Cela dit, elle jeta un dernier coup d'œil sur la lettre que tenait encore le fac- teur, congédia celui-ci et rentra dans sa maison. M. Rowland Hill poursuivit sa route, mais tout en marchant, il songeait au refus obstiné de la jeune fille, et il lui sem- blait que, derrière ce vulgaire incident, se dressait une énigme dont il fallait absolu- ment trouver le mot. Revenant sur ses pas, il frappa à la porte de la maison, se présenta

5i

de nouveau à la villageoise stupéfaite, et, sans se rebuter par le mauvais accueil qu'elle lui fit, il réussit, à force de questions et d'instances, à obtenir d'elle l'aveu de la vérité. Fiancée à un ouvrier qui habitait Londres, elle avait trouvé, pour correspondre avec lui, l'ingénieux moyen que voici : Quand le prétendu écrivait à sa future , celle-ci refusait, sous prétexte de manque d'argent, la lettre que lui apportait le fac- teur; mais, auparavant, elle avait eu le temps de lire à la volée, sur le revers de la suscription, deux ou trois signes graphiques très-simples, dont les deux amoureux étaient convenus, et qui leur suffisaient pour cor- respondre. L'ouvrier faisait de même quand il recevait des lettres de la jeune fille, et, grâce à ce stratagème, ils communiquaient tous deux, sans acquitter la taxe postale, dont le chiffre assez élevé n'eût pas tardé, après quelques envois, à absorber les minces ressources des deux correspondants. Réflé- chissant à cette singulière confidence ,

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M. Rowland Hill en vint à se dire qu'un système postal, la fraude s'exerçait sous une forme qui ne permettait guère de l'at- teindre, laissait sans doute beaucoup à dési- rer : il se demanda si la perception de la taxe proportionnellement à la distance parcou- rue, tout en étant une mesure équitable, n'allait pas directement contre les intérêts bien entendus des transporteurs, et si ces derniers ne rempliraient pas plus utilement leur mandat, aussi bien pour eux-mêmes que pour le public, en ramenant le prix du transport des lettres pour tout le royaume à un chiffre uniforme, suivant le poids de l'objet transporté. De ces questions ainsi posées à la rédaction d'un plan de réforme postale, la distance était facile à franchir pour un esprit aussi pratique et aussi per- sévérant que M. Hill.

III

L'envoi du plan de M. Rowland Hill au gouvernement anglais eut pour premier ré- sultat l'ouverture d'une enquête devant la Trésorerie, et cette administration reçut un nombre considérable de projets différents, tous relatifs à la réforme postale. Parmi ces propositions, qui furent examinées une à une, avec le plus grand soin, par la commis- sion d'enquête , nous sera-t-il permis de signaler un mémoire que nous avons déjà analysé dans un autre ouvrage % et qui con- cluait à l'abaissement uniforme du tarif

I. La Poste à un penny, i v^i. in-i8. Bruxelles, Moens, 1872.

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postal à un penny? Cette proposition, éma- née d'un officier du service de V excise (con- tributions indirectes) en Ecosse, M. Samuel Forrester, ne fut pas acceptée; mais il nous a paru intéressant d'en reproduire ici les traits généraux, quand ce ne serait que pour constater la communauté d'idées se trou- vaient alors les habitants du Royaume-Uni, à l'endroit de la réforme du service des Pos- tes. Cette réforme était , comme on dit vulgairement, « dans l'air, » et tout le monde s'en préoccupait, même avant le projet de M. Hill, de même que tout le monde en Occident, vers la fin du XV^ siè- cle, et avant le voyage de découverte mené à bonne fin par Colomb, se préoccupait de l'existence possible d'un nouveau continent. « Onpourrait,» disait M. Forrester, « per- mettre à tout fabricant de papier de faire timbrer son papier à timbres-poste par les officiers d'excisé, au moulin même ce papier est fabriqué. Par ce moyen on obtien- drait une augmentation certaine de droits

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sur le papier.... Il faudrait en outre que les feuilles timbrées, pouvant répondre à tous les besoins, fussent mises en vente chez tous les papetiers.... Chacun n'aurait plus qu'à écrire ou imprimer sur cette feuille timbrée, à mettre l'adresse et à jeter la lettre à la Poste..., Les agents de la Poste n'auraient qu'à compter les lettres, à marquer le nom de la ville et l'heure des départs »

M. Forrester donnait ensuite le détail des mesures pratiques qui, selon lui, suffiraient à prévenir toutes les fraudes et toutes les violations de la loi :

(( Chaque feuille à timbrer ne devrait pas dépasser, comme dimension, 20 pouces sur 18; mais il serait permis de couper ou de plier ladite feuille en format in-folio, in- quarto ou in-octavo. Le poids de la dite feuille ne devait pas dépasser une- once si elle était in-folio, une demi-once, si elle était in-octavo... Cette feuille in-folio devrait être frappée d'un timbre de la valeur de 2 pence, en sus de la valeur du papier, et les

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portions de feuilles (in-4° ou in-S"), de tim- bres d'un penny. Ces feuilles ou portions de feuilles passeraient sans frais par tous les bu- reaux de Poste du royaume... Tout fabricant de papierpourrait obtenir une permission [li- cense) pour faire du papier à timbre postal. » « Il aurait, dans ce cas, à faire approuver par les lords de la trésorerie les coins et les couleurs dont il entendrait se servir; en outre, il devrait se procurer une salle et des tables convenables pour l'opération du tim- brage. Les officiers d'excisé auraient la garde des coins et des couleurs approuvés par la trésorerie, et seraient chargés de fixer les droits sur le papier à fabriquer. Chacun d'eux pourrait fournir deux mille empreintes par heure. Les papiers sur lesquels la taxe n'aurait pas été acquittée ne seraient pas timbrés. Les timbres seraient composés de chiffres mobiles, pour le jour du mois et le millésime de l'année le timbrage aurait été fait. Au commencement de chaque tri- mestre, le Directeur Général des Postes, ou

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les commissaires d'excisé, indiqueraient à tous les chefs de bureau de Poste la couleur à employer exclusivement pendant ce nou- veau trimestre. » Le tracé des trois timbres à employer pourrait être celui qui se trouve figuré par les empreintes dont nous donnons le dessin à la page 59.

La première de ces empreintes s'applique- rait aux feuilles in-folio ; elle en indiquerait le poids (une once). Le mot Edinburgh dési- gne la ville, siège de l'entrepôt a eu lieu l'opération du timbrage; le nombre 326 in- dique le numéro d'excisé ; les mots i»* quart celui du trimestre ; enfin, les mots 2 Juljr 1840 annoncent la date du timbrage.

L'ofiîcier d'excisé chargé de timbrer les papiers frapperait, à chaque fois, une seule empreinte distincte, au centre ou près du centre d'une des pages de chaque feuille in- folio, in-40 ou in-8°. Les fabricants de pa- pier, pourvus de licenses, devraient faire confectionner des rames de 480 timbres ou

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des demi-rames de 240 timbres. Les feuilles timbrées de chaque format resteraient en- fermées dans des enveloppes distinctes ; ces enveloppes seraient revêtues d'étiquettes si- gnées et parafées par les officiers d'excisé, qui, en outre, tiendraient un compte exact du nombre des timbres, des dates d'impres- sion et des livraisons de papier timbré faites parles fabricants, suivant leurs déclarations. Les débitants de papiers postaux devraient être munis de licenses pour pouvoir exercer leur commerce. Les officiers d'excisé de cha- que district visiteraient périodiquement les différents débits, et contrôleraient à chaque visite le nombre des feuilles vendues et de celles restées en magasin. Tous les trimes- tres, il serait fait à la Surintendance de l'ex- cise un inventaire général des permis de fa- brication délivrés , ainsi que des papiers fabriqués et vendus ou non vendus. Le montant des droits de timbre serait acquitté par chaque fabricant, de huitaine en hui- taine, entre les mains du Surintendant.

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IV

Telles étaient les dispositions du projet Forrester, projet qui ne fat pas adopté par les lords de la trésorerie. On regarda sans doute comme trop compliqués les détails de ce plan, qui néanmoins ne manquait pas d'une certaine originalité, comme on a pu le re- marquer en parcourant l'analyse que nous venons de donner. M. Rowland Hill eut le pas sur tous ses concurrents, et l'Angleterre, qui sait rémunérer largement les services rendus à la chose publique, confia un des emplois les plus élevés de l'administration des Postes à l'homme habile dont l'inven-

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tion devait amener une si grande transfor- mation dans le mécanisme postal.

Ce n'était pas que l'invention de M , Row- land Hill ne fût contestée, en Angleterre même. Plusieurs annéesavant la présentation du mémoire Hill, un sieur Charles Witing avait adressé au gouvernement une note im- primée, aux termes de laquelle il demandait à être autorisé à livrer au public des bandes timbrées, auxquelles il donnait le nom de go-frees (aller libre). Les expéditeurs se se- raient, disait-il, servis de ces bandes pour rendre francs de port tous envois de manus- crits ou d'imprimés. Le prix des bandes et des timbres s'échelonnait suivant le poids des objets à transporter. Deux autres inven- teurs, MM. Knight et Stead, revendiquaient aussi l'idée première du timbre-poste ; et, de plus, M. Stead prétendait avoir envoyé à la Surintendance, quelques années avant 1839, une proposition directe. Quoi qu'il en fût de ces diverses prétentions, la Tréso- rerie , après examen des projets , déclara II. 4

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qu'aucun d'eux n'offrait, pour l'emploi des timbres-poste, de procédés autres ou meil- leurs que celui de M. Hill.

Deux mois avant la publication des « Notes de la Trésorerie, » M. Hill avait, en effet, publié un mémoire il proposait au gou- vernement les quatre espèces de timbres qui furent adoptés. Ces quatre espèces étaient des couvertures ou demi-feuilles de papier timbré, des enveloppes timbrées, des éti- quettes gommées ou timbres proprement dits, et enfin du papier à lettres timbré.

Chaque invention nouvelle a ses partisans et ses adversaires. Ceux-ci ne manquèrent pas au projet Hill, et les plus opiniâtres d'en- tre eux furent les marchands de papier. Ils qualifiaient de monopole tyrannique le débit général du papier à lettres timbré que s'était réservé l'Etat, et la seule émission de tim- bres sur laquelle ils consentaient à passer condamnation était celle des étiquettes. Une polémique s'engagea, au sujet des tim- bres, entre les deux principales Revues, la

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Quarterly Review et VEdinburgh Reviens, celle-ci défendant l'administration, et celle- prenant fait et cause pour les fabricants qui se disaient injustement frappés.

Un de ces opposants, M. Dickinson, afin de « lancer » dans le monde industriel un papier à enveloppes particulier, fabriqué chez lui, fit paraître, à son tour, une note re- lative aux nouveaux timbres-poste. Il y con- cluait formellement contre l'usage des éti- quettes, des couvertures et du papier à lettres. Selon lui, il fallait restreindre à l'emploi des enveloppes les conséquences de l'invention nouvelle. Les agents delà Poste, ajoutait- il, pourraient, s'il en était autrement, trom- per le public et garder son argent, sans coller les timbres sur les lettres.

L'objection était sans portée : pourquoi, en effet, supposer qu'un envoyeur ne serait pas, à l'avance, muni de timbres et ne les collerait pas lui-même sur les lettres, ou, du moins, ne les ferait pas coller sous ses yeux? Sans se préoccuper de ces critiques intéres-

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sées, l'administration s'appliqua à faire exé- cuter la loi, de la manière la plus écono- mique pour le fisc et la plus prompte pour le public.

Dans l'intervalle qui s'écoula entre l'a- doption de la réforme et la mise en circula- tion des tirnbres-poste, le gouvernement, déférant en cela au vœu du législateur, avait pratiqué d'abord l'essai du prix réduit. Cet essai fut le véritable critérium qui ouvrit les yeux au pays sur l'importance de la ré- forme, et montra jusqu'à quel point elle était attendue et nécessaire. Le nombre des lettres confiées à la Poste augmenta subite- ment dans une proportion telle qu'il dépassa tous les calculs. Il devint évident que le service ordinaire ne pourrait longtemps

suffire aux besoins et que la création des

4.

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timbres devenait indispensable. On nous permettra, à cette occasion, de citer les quelques lignes que nous avons publiées au sujet de l'expérience ainsi faite, et qui re- produisent assez exactement, croyons-nous, la physionomie postale de Londres, à l'épo- que dont nous parlons ^ :

«... Depuis la réduction de la taxe à un penny, on se précipitait aux guichets de la Poste, comme aux bureaux des théâtres pour les pièces en vogue. Pendant la dernière demi-heure, les employés ne pouvaient plus suffire au service ; car il fallait recevoir les lettres, vérifier le poids, encaisser l'argent, marquer l'affranchissement, opérations dis- tinctes et qui se répétaient à chaque lettre, malgré l'uniformité de la taxe...

« Le premier ou le second jour après la mise en vigueur de la loi, une scène intéressante eut lieu dans le bureau de Saint-Martin-le-

1. Notice sur Vorigîne du prix uniforme de la taxe des lettres. Paris, Librairie nouvelle, 1872.

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Grand. La salle était remplie, ou à peu près, de spectateurs venus en simples curieux., et que des polîcemen contenaient à l'entour des guichets. En même temps, les porteurs de lettres se pressaient et se bousculaient, chacun essayant d'arriver le premier. Le Surintendant, président du bureau de l'in- térieur, dirigeait les employés avec le zèle le plus louable, et portait tour à tour leur activité et leur énergie sur les points les plus envahis. Avant la promulgation de la loi, un seul guichet suffisait pour recevoir toutes les lettres ; ce jour-là, on en avait ou- vert six, et à chacun d'eux étaient assis deux receveurs. Ils étaient littéralement assiégés. c( Au dernier quart d'heure, la foule de- venant de plus en plus compacte, un sep- tième guichet fut ouvert, et presque aussitôt M. Bockenham en improvisa un huitième, 011 il s'installa, et reçut les lettres et l'ar- gent, pour ne renvoyer aucun des expédi- teurs... On peut juger du soulagement que chacun avait éprouvé, quand on avait pu

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constater que satisfaction avait été donnée à tous, que pas une personne n'avait manqué l'heure, que, ce jour-là, le bureau de Saint- Martin avait reçu, entre cinq et six heures, plus de trois mille lettres, et que pas un courrier n'avait été en retard d'une minute. Le public lui-même avait voulu témoigner son admiration pour le zèle des agents de l'administration : au moment se fermaient les guichets , il avait fait entendre une salve d'applaudissements pour les employés des Postes et une autre pour M. Rowland HiU... »

« La presse n'avait pas été moindre dans toutes les maisons il y avait une boîte aux lettres, soit à Londres, soit dans tout le royaume. Un receveur de la capitale avait déclaré que, si le nouveau système de- vait durer, il ne voudrait pas conserver ses fonctions pour 200 livres par an. C'est qu'autrefois sa recette moyenne était de quatre-vingts lettres , et qu'elle s'élevait maintenant à plus de trois mille. Le pre-

mier jour, la foule des porteurs de lettres avait mis en fuite tous ses clients, et il n'a- vait pas vendu pour un sou. On pouvait fa- cilement conclure de ces faits que les petits boutiquiers ne pourraient plus joindre à leur commerce l'industrie annexe qui con- sistait à recevoir les lettres de leur quartier. Quelques-uns de ces receveurs mixtes ne tardèrent pas à donner leur démission ; c'é- tait une conséquence naturelle du régime nouveau. »

VI

Tout en procédant aux préparatifs de l'é- mission, le gouvernement s'efforçait d'agir sur l'opinion en publiant, ou en faisant pu- blier, diverses notes favorables au système des timbres. Déjà, M. Rowland Hill, dans le mémoire que nous avons mentionné, avait traité à fond la question. Il avait dé- montré que l'emploi des timbres coûterait moins de i/ 60^ de penny par lettre, tandis que le payement fait par le destinataire en- traînait une dépense six fois plus grande, environ i/io® de penny ; et cet abaissement de prix pour l'administration n'était pas, à

-_ yX

beaucoup près, le seul avantage qui devait résulter de l'émission.

Tout semblait concourir à préconiser l'usage des timbres et à prouver la supério- rité de ce procédé sur le système du paye- ment ordinaire. La commission parlemen- taire d'enquête sur le revenu avait cons- taté la fréquence des erreurs dans les comptes présentés par les bureaux de Poste; elle avait reconnu de plus que le contrôle de ces comptes était à peu près illusoire. Dans son rapport, elle déclarait que les chiffres fournis par les bureaux des villes les plus importantes après Londres, telles que Birmingham, Brighton, Exeter, Ply- mouth, HuU et Liverpool, ne s'accordaient nullement avec les chiffres de l'administra- tion centrale. De ce désaccord, il était logi-^ que de conclure que la fraude à l'état per- manent , la fraude organisée entre divers établissements postaux, sur un grand nom- bre de points du territoire , pouvait avoir lieu impunément. La commission imagi-

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nait l'hypothèse de deux receveurs, faisant une alliance offensive et défensive au préju- dice de la Trésorerie et certifiant eux-mêmes l'exactitude de leurs comptes. Le rapport aboutissait à cette triste vérité : « que le montant du produit des Postes, pour un temps donné, ne pouvait jamais être connu avec certitude. »

L'emploi des timbres-poste faisait dispa- raître du premier coup ce grave inconvé- nient; l'administration , en appliquant le nouveau système, n'avait plus qu'à se re- porter aux chiffres de ses émissions et de ses ventes, pour supputer ses revenus. Avec les timbres, plus de temps perdu pour la recette du montant des taxes ou pour l'affranchis- sement : tous les citoyens, riches et pauvres, pouvaient, à leur gré, faire provision de timbres, ou acheter au fur et à mesure ceux dont ils avaient besoin. M. Rowland Hill supposait que, dans la première année, si un déficit se produisait, il devait être plus que compensé par le produit des timbres vendus

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aux personnes qui feraient des approvision- nements. Ajoutez à cet avantage la possibilité d'user des timbres, comme d'une nouvelle monnaie courante, pour de petites sommes. Une feuille de timbres valant 19 shillings ou une livre, on conçoit facilement que, par l'ablation successive de 2, 3, 4, etc., timbres, on réduit d'autant la valeur mo- nétaire de cette feuille, qui, ainsi, peut, se- lon la volonté du porteur, représenter tour à tour telle ou telle somme, à partir et au- dessous d'une livre. Pour les abonnements aux journaux, pour les commandes ou les emplettes d'un chiffre minime, rien n'était plus commode que ce nouveau papier-mon- naie, dont la soustraction n'offrait pas, d'ail- leurs, aux malfaiteurs le même appât que les espèces métalliques ou les bank-notes.

En ce qui concernait l'usage des couver- tures, un éditeur connu par ses nombreuses publications, M. Parker, avait indiqué à la Commission d'enquête le moyen d'employer

cette catégorie de timbres comme avis de II. 5

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commerce. Ce moyen consistait, pour cha- que négociant, à faire imprimer sur ia face interne de la couverture la nomenclature de ses produits et son adresse. La couverture devenait ainsi une annonce véritable que les correspondants du négociant auraient reçue par la Poste, et qu'ils auraient renvoyée à l'expéditeurj après avoir mentionné, en regard de chaque article, la quantité qu'ils voudraient recevoir.

VII

Une autre question très-grave, celle de la falsification des timbres, avait éveillé la sol- licitude des Lords de la Trésorerie, et les publicistes n'avaient pas manqué de saisir ce nouveau thème, pour disserter en faveur de la loi ou contre elle. Le gouvernement récompensa l'auteur d'un mémoire le sujet de la falsification était traité ex pro- fessa, et qui, dès son apparition, avait fait une certaine sensation dans le public. Le rédacteur de ce mémoire commençait par poser en principe, avec toute l'autorité du bon sens, que, forcément, les contrefaçons en matière de timbres=poste seraient infini- ^

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ment plus rares que celles en matière de batik-notes. La raison de ce fait était, sui- vant lui, bien facile à concevoir : c'est que le contrefacteur des timbres s'expose , en vue d'un profit presque nul, à une punition certaine. D'une part, en effet, le décompte moyen des frais de fabrication faisait res- sortir à 2 shillings par livre le plus gros bénéfice qu'un faussaire pût espérer , et , d'autre part , l'autorité était toujours à même de découvrir l'auteur d'un faux tim- bre, dût-elle, pour commencer ses inves- tigations, s'adresser d'abord au destina- taire de la lettre. Pour ne parler que des couvertures timbrées, la modicité du prix, auquel l'administration pouvait les livrer en gros aux acheteurs, semblait rendre impossible toute falsification. Les demi- feuilles de papier qui , timbres compris , devaient coûter à l'État un penny chacune, pouvaient être fournies au public à rai- son de i6 pence pour i5, y compris les i5 timbres. En admettant que les contre-

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facteurs de timbres vendissent leurs pro- duits d'après le taux adopté par les contre- facteurs de bank- notes , c'est-à-dire au dixième du prix des valeurs contrefaites , ils eussent été obligés de livrer dix timbres pour un penny. C'était un chiffre qui, non-seulement ne leur donnait aucun béné- fice, mais les constituait même en perte sur les dépenses de fabrication.

La contrefaçon, pour avoir un résultat ap- préciable, ne pouvait donc être tentée que par de riches entrepreneurs, circonstance dont l'improbabilité raréfiait encore les chances d'une falsification. L'auteur ajoutait que les timbres devaient être fabriqués à la méca- nique par le contrefacteur, si celui-ci vou- lait réaliser un profit, même médiocre. Or, pour se procurer les appareils nécessaires à la fabrication de l'une des catégories de timbres, le faussaire eût été obligé de dé- bourser une somme dont l'importance n'eût été nullement en rapport avec les avances que pouvaient faire les délinquants isolés.

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Restait l'hypothèse d'une coalition cou- pable formée entre de riches fabricants, des imprimeurs 5 des graveurs et des mécani- cienSj pour exploiter la falsification sur une grande échelle, et Jeter dans la circu- lation une innombrable quantité de tim= bres faux, vendus à vil prix. Mais, cette hypothèse eût-elle dû, par impossible, se transformer en réalité , une seule fois , l'exemple ainsi donné n'aurait pas été suivi par d'autres falsificateurs > car il n'eût été que trop aisé à l'administration d'atteindre les auteurs et les complices du délit, comme aussi d'empêcher qu'il ne se reproduisît.

Ce n'est pas tout, en effet, pour un faussaire ou pour une réunion de faussaires d'avoir fabriqué de faux timbres : il faut les écouler, il faut, suivant l'expression commerciale, les placer. Ici, le danger commence, danger d'autant plus grand qu'il est à peu près iné- vitable : car la mise en circulation d'un tim- bre et celle d'une bank-note ne se ressem- blent en aucune façon. Une bank-note, à

~ 79 raison de la valeur qu'on lui attribue, peut être échangée à l'infini, et revenir dans les mêmes mains d'où elle est sortie pour la première fois ; elle peut être reçue d'une personne étrangère , et , par conséquent , celui qui la reçoit ainsi est fondé à exciper de sa bonne foi, surprise par un faussaire. Les choses ne se passent pas de même pour les timbres. Chacun d'eux est fabriqué pour être employé une seule fois ; ensuite, il est annulé. A cette époque, on ne pouvait prévoir qu'il surgirait en chaque pays des collectionneurs dont les achats donneraient aux timbres oblitérés une valeur posthume, et encourageraient indirectem.ent, par suite, une contrefaçon en sous-ordre. Admettez, d'ailleurs, qu'un débitant de faux timbres trouve un ou plusieurs acquéreurs : ceux-ci se hâtent naturellement d'utiliser leur em- plette et d'appliquer sur leurs correspon- dances les timbres qu'ils ont achetés. Ces correspondances arrivent à la Poste ; , elles subissent deux contrôles successifs ,

«o

celui du chef de bureau et celui d'un fac- teur distributeur. Il est difficile de croire que la fausseté d'un timbre employé puisse échapper à cette double inspection, et si, par extraordinaire, la pièce falsifiée pouvait passer une ou deux fois, à la troisième, on découvrirait la fraude. Il n'est pas besoin d'entrer dans des explications bien longues ni bien détaillées pour démontrer la facilité de la découverte en matière de pareils dé- lits.

A Fappui de cette vérité, on a assimilé, par la pensée, la contrefaçon des timbres à celle des bank-notes de cinq livres, et voici pourquoi : l'usage de l'endossement, pour cette catégorie de bank-notes, s'était intro- duit dans la société anglaise ; tout porteur d'un billet de cinq livres, avant d'en trans- férer la propriété à une autre personne, écrivait sur le revers du titre son nom et son adresse. Ce procédé si simple coupait court à la falsification : quel contrefacteur eût été assez naïf pour se dénoncer lui-

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même ? On rencontrait donc fort peu de bank-notes de cinq livres qui fussent faus- ses, tandis que la catégorie des billets de cinq livres, pour lesquels l'habitude de l'en- dossement n'avait pas été prise, était très- souvent exploitée par la contrefaçon.

La statistique criminelle de la Grande-Bre- tagne a fourni à cet égard de précieux rensei- gnements. Pendant une période de huit an- nées (1829 à iSSy) le nombre de bank-notes de cinq livres et au-dessus, reconnues fausses, ne s'était pas élevé à plus de 2,873, c'est-à- dire à 36i par année, en moyenne. La con- trefaçon des timbres-poste présentant des dangers plus grands et une chance de gain beaucoup plus douteuse que la fabrication des fausses bank-notes de cinq livres et au- dessus, il était permis de conclure à fortiori que la quantité des timbres-poste falsifiés ne dépasserait pas le chiffre ci-dessus men- tionné dans le même espace de temps.

VIII

Les projets soumis à la Trésorerie, pour l'exécution matérielle de la loi, étaient, pa- raît-il, au nombre de six cents, et deux mois tout entiers se passèrent à les examiner. Il fallait, en outre, faire fabriquer des machi- nes, commander des dessins, les livrer à la gravure, essayer diverses sortes de papier, et enfin (car c'était un des points les plus essentiels) assurer la production journa- lière d'un million d'épreuves ou environ. Ces préparatifs eurent pour résultat prin- cipal l'éclosion d'une idée à la fois artistique et économique, qui n'a pas jusqu'ici reçu l'application qu'elle méritait, mais dont le

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principe ne reste pas moins aussi ingénieux que fécond. Il s'agissait de faire appel aux peintres, aux sculpteurs et aux graveurs les plus éminents, pour les inviter à créer un dessin qui , formant la vignette du timbre, serait dès lors reproduit à l'infini, et déve- lopperait dans toutes les classes le sens es- thétique du beau, en habituant les yeux du citoyen, même le plus pauvre et le plus il- lettré, à se fixer sur un dessin qui rappelle» rait les chefs-d'œuvre de l'art. Le beau ser- vant ainsi d'auxiliaire à l'utile, la réforme s'élevait véritablement à la hauteur d'un changement social, et le progrès économi- que se renforçait du progrès intellectuel. En outre, et ce détail accessoire avait bien aussi son importance, plus remarquable serait le dessin agréé, plus son exécution of- frirait de fini, plus difficile à opérer serait en même temps la contrefaçon.

Les compositions offertes au gouverne- ment furent relativement peu nombreuses. Un sculpteur, M. Sievier, un graveur,

-84-

M. Cheverton , et deux autres artistes , MM. Whiting et Wyon, présentèrent di- vers projets de vignette qui, malgré les qua- lités relatives par lesquelles ils se recom- mandaient, restèrent classés au second rang. Un seul dessin fixa tous les suffrages ; il était signé d'un nom illustre, celui de Mul- ready, le Meissonier anglais , l'auteur du Loup et de V Agneau , d'une Après-dînée che\ Samuel Johnson^ du Jeu des cerises et de tant d'autres merveilleuses petites toiles. Mulready, qui, depuis, est mort presque nonagénaire, avait composé comme vignette de timbre une vaste scène allégorique se dé- ployant sur une surface, certes bien exiguë, puisqu'elle était de plus petite dimension qu'une demi-page de papier à lettre. Le cen- tre de la composition, au deuxième ou troi- sième plan, est occupé par une femme assise sur un trône et personnifiant l'Angleterre. Cette femme, vêtue d'une tunique, et drapée dans un péplum, est cuirassée et casquée ; elle étend à droite et à gauche ses bras nus.

85

L'écusson de la Grande-Bretagne est placé devant ses pieds, et un peu plus loin que l'é- cusson, en s'avançant vers le spectateur, se dresse un rocher, de forme cylindrique, sur lequel est couché, dans une fière et calme at- titude, le lion britannique. Quatre messa- gers, nus et ailés, tels qu'on représente les anges dans les tableaux de sainteté, s'élan- cent deux à deux, dans les airs, de chaque côté de la figure principale, qui semble leur donner le signal du départ. Sur l'arrière- plan, on aperçoit des vaisseaux à l'ancre, dans une rade entourée de falaises, et un La- pon conduisant un renne attelé à un traî- neau. A droite du lion, un groupe de sa- chems indiens serrent la main, en signe d'alliance, à William Penn et aux autres membres de la Société des Amis, très re- connaissables à leurs longues lévites et à leurs vastes chapeaux. Un cocotier abrite sous son épais feuillage cette scène de fra- ternisation entre l'ancien et le nouveau monde ; des femmes indiennes, des squajps,

86

adossées à l'arbre, portent dans leurs bras et allaitent leurs nourrissons; quelques pas plus loiuj des nègres attachés à la glèbe d'une plantation exécutent les ordres que leur donne , d'un geste impératif, un colon de haute taille, et s'escriment à grand renfort de clous et de marteaux sur des barriques de sucre prêtes à être arrimées. Après l'Occi- dent, l'Orient. La travée du côté gauche est un spécimen en miniature de l'Egypte, de l'Inde et de la Chine : un écrivain entur- banné, un khodjâh-effendi, assis sur le talus d'un chemin , rédige une facture de com= merce sous la dictée d'un autre musulman; de robustes hammals, courbant le dos, re- çoivent sur leurs épaules les colis que leur lancent à la volée les conducteurs d'élé- phants et de chameaux ; enfin, des Chinois, en robe de satin ramage, balayant la pous- sière du quai avec leurs longues queues de cheveux, nattées et nouées de rubans, font le dénombrement de leurs caisses de thé et d'épices. Les deux coulisses du premier pian

-.87-

sont remplies par les groupes suivants : à gauche, une femme qui joint les mains et lève les yeux au ciel, pendant que son fils lui fait la lecture d'une lettre ; à droite, une autre femme, mais un peu plus jeune, qui lit une correspondance. Sa fille aînée lit en même temps qu'elle et tient l'un des coins du papier, tandis que la plus jeune, une en- fant de six à sept ans, tend les deux mains à sa mère, pour que celle-ci lui communique à son tour la précieuse feuille.

Tel est l'aspect cette intéressante com- position, dont l'exécution fut confiée au graveur Thompson , mais qui ne fut d'ail- leurs employée comme timbre que pendant très-peu de temps. On adopta comme type définitif l'effigie royale^ telle que la portaient les monnaies, et ce procédé, suivi depuis par la plupart des Etats monarchiques, le Dane- mark et quelques gouvernements allemands exceptés, a définitivement prévalu en Angle- terre,

CHAPITRE IV

ADOPTION DU TIMBRE-POSTE EN FRANCE

L Adoption tardive du Timbre-Poste en France : Décret de 1848 (24 août). Avis donné par le Mo- niteur universel. II. Défiances du début. Dan- gers de la distribution des lettres sans taxe à recou- vrer. — III. Premières falsifications. Leur insuccès. Loi répressive du 16 octobre 1849. ^^- Le timbre de 20 centimes porté à 25 centimes. Avis de l'administration en date du 25 juin 1850. V. Conséquences de l'augmentation du nombre des lettres. Instruction générale de 1868.

ON a souvent raillé la France sur les dif- ficultés qu'on ne manque jamais d'op- poser chez elle à toutes les réformes utiles. La lenteur avec laquelle eut lieu, dans nO" tre patrie, l'introduction des timbres-poste, prouve combien ce reproche est fondé. Il fallut que, pendant neuf années consécuti- ves, nous eussions sous les yeux l'expérience faite par nos voisins d'outre-Manche, ainsi que les excellents résultats obtenus, avant que notre pays se décidât à suivre un si bon exemple : encore l'opinion publique et l'ac- tion gouvernementale durent-elles être for-

92

tement aiguillonnées par quelques écono- mistes, comme M. de Saint- Priest et M. de Girardin, qui, s'étant mis parfaitement au courant de la question postale, surveillaient avec le plus vif intérêt les progrès accom- plis par la réforme de l'autre côté du dé- troit, et ne cessaient de prêcher sur ce point l'imitation anglaise. Ce ne fut qu'en 1848, dans les premiers mois -qui suivirent les journées de Juin, que l'Assemblée nationale vota, sur la proposition de M. de Saint-Priest, un décret relatif à la taxe des lettres, dé- cret dont l'article 5 est ainsi conçu :

« L'Administration des Postes est auto- risée à faire vendre, aux prix de 20 centimes, 40 centimes et i franc, des timbres ou ca- chets, dont l'apposition sur une lettre ser- vira pour l'affranchissement. »

La loi des 24-30 août 1848, dont nous avons reproduit plus haut les dispositions, était exécutoire à partir du 1°'' janvier 1849, et, dès le 4 du même mois , nous trouvons dans le Moniteur universel, journal officiel

, - 93 -

de la deuxième République française, l'avis suivant :

« La nouvelle loi sur le port des lettres à 20 centimes fonctionne depuis avant-hier. Un grand nombre de lettres reçues des dé- partements à Paris portent la petite vignette carrée, figure de l'affranchissement. Cette vignette est à Vefjigie de la République, se détachant en blanc sur fond noir. La poste frappe cette vignette d'un timbre avant la distribution, pour que l'on n'ait pas même la tentation de s'en servir une seconde fois.

« En Angleterre, le port a été abaissé à 10 centimes. L'affranchissement est devenu en quelque sorte obligatoire, puisque la lettre non affranchie est bien remise au des- tinataire, mais frappée d'un double port. Les timbres d'affranchissement sont devenus en quelque sorte une monnaie courante. On en porte sur soi, et pas un marchand ne les refuse comme appoint, puisqu'il en a un emploi immédiat pour sa correspon- dance. »

94 '

Un autre avis , directement émané de l'Administration des Postes, et portant la date du 14 janvier 1849, informait le public que les lettres à destination des pays étran- gers ne devaient pas être affranchies au moyen de timbres-poste, l'affranchissement de ces lettres devant, le cas échéant, être fait dans les bureaux de Poste. L'administra- tion ajoutait que les lettres en provenance ou à destination des colonies françaises ne supportaient, pour leur parcours en France (lorsqu'elles étaient transportées par les bâ- timents de commerce), que la taxe fixe de 20 centimes, établie par le décret du 24 août 1848, plus le décime pour voie de mer. « Ces lettres, disait l'avis, ne peuvent être affranchies au moyen de timbres-poste. »

II

La défiance avec laquelle les innovations sont accueillies par la nation française, que pourtant l'on accuse si souvent de mobilité, rendit, pendant les premières semaines de l'apparition des timbres^ la vente plus diffi- cile et plus lente qu'elle n'aurait l'être. Pour stimuler le zèle des acheteurs, l'Admi- nistration crut devoir faire un appel direct au public et plaider la cause de l'affranchis- sement par l'envoyeur. A l'appui des obser- vations qu'elle présentait sur les avantages du nouveau système, elle invoquait de nou- veau l'exemple de l'Angleterre, et se plai- gnait de ce qu'on imputait mal à propos,

- 96 -

aux agents des Postes, des retards ou des irrégularités de remise, dont la responsabi- lité incombait exclusivement « aux concier- ges », cette classe parisienne qui est l'inter- médiaire forcé, et, souvent peu obligeant, entre les facteurs postaux et les destinataires des lettres :

«... L'usage d'affranchir les lettres, si ré- pandu dans d'autres pays, et particulière- ment en Angleterre, rencontre en France des résistances que le public et l'Adminis- tration auraient également avantage à faire disparaître... On s'imagine que les lettres affranchies sont distribuées avec moins d'exactitude que celles dont la taxe doit être recouvrée sur les destinataires. C'est une erreur qu'on ne saurait trop s'attacher à combattre. L'Administration des Postes ne cesse de veiller à ce que le service de ses fac- teurs soit exécuté dans toutes ses parties, avec une égale ponctualité, et la responsa- bilité de ses agents est soumise à un con- trôle trop attentif pour qu'ils puissent impu-

~- 97

nément s'écarter de leurs devoirs... Dans les grandes villes et surtout à Paris, les lettres sont généralement déposées entre les mains des portiers. s'arrêtent toute action et toute surveillance de la part de l'Admi- nistration. Or, il peut arriver que les lettres affranchies, ainsi livrées à des dépositaires indifférents, soient remises aux destinataires avec moins d'empressement que lorsque les portiers ont à se récupérer du montant des taxes avancées par eux aux facteurs. Pour prévenir les abus de cette nature, TAdminis- tration des Postes croit qu'il serait utile que les propriétaires fissent disposer dans les loges des portiers, comme cela a déjà lieu dans beaucoup de maisons bien tenues, un casier dont chaque locataire aurait un com- partiment étiqueté à son nom. Les facteurs répartiraient eux-mêmes dans chaque case les lettres dont ils seraient porteurs, et ces lettres ne passeraient plus ainsi par des in- termédiaires, dont la négligence cesserait

d'être à redouter... »

ir. é

ill

A peine la réforme commençait-elle à s'é- tablir en France que la falsification essaya de s'attaquer aux timbres-poste. Nous avons exposé avec détail, en ce qui concerne l'An- gleterre, les raisons qui devaient, sinon annihiler tout à fait, du moins rendre aussi rares que stériles les tentatives coupables faites dans ce sens. Les faussaires français ne furent ni plus heureux ni plus nombreux que les faussaires anglais. Le fait divers publié à ce sujet par le Moniteur du 4 mars 1849 T^^^à. témoignage de leur insuccès :

a Plusieurs journaux ont répété que des timbres-poste avaient été saisis et déférés au

Procureur de la République, à Paris; il est bon que le public soit rassuré à ce sujet,

« Le petit nombre des faux timbres mis en circulation sont maintenant sous la main de la justice, et, à la connaissance de l'Ad- ministration, il n'en existe plus aujourd'hui un seul en circulation,

a Les timbres dont on a parlé offraient d'ailleurs si peu de ressemblance avec le type original que, tout d'abord, les employés des Postes ont pu les distinguer facilement des timbres véritables. »

Après les contrefaçons, vinrent les lavages et l'emploi de timbres ayant déjà servi . La constatation de ce dernier délit donna lieu à la présentation d'une loi répressive, à la date du i6 octobre 1849, ^^ promulguée le 21 du même mois. En voici les dispositions :

et Article unique. Quiconque aura sciemment fait usage d'un timbre -poste ayant déjà servi à l'affranchissement d'une lettre sera puni d'une amende de 5o fr. à 1,000 fr.

100

« En cas de récidive, la peine sera d'un emprisonnement de cinq jours à un mois, et l'amende sera doublée.

« Sera punie des mêmes peines, suivant les distinctions ci-dessus établies, la vente ou tentative de vente d'un timbre- poste ayant déjà servi.

ce L'article 463 du Code pénal sera appli- cable dans les divers cas prévus par le pré- sent article de loi. »

IV

La statistique des produits de la vente des timbres-poste, pendant l'année 1849, dé- montra à l'Administration la nécessité d'une augmentation de prix, pour les timbres à 20 centimes. A l'occasion de la loi de finan- ces, présentée à l'Assemblée, durant la ses- sion de i85o, une demande spéciale fut for- mulée dans ce sens par le Gouvernement, et les deux articles suivants furent ajoutés à la loi (18 mai i85o) :

« Article i3. A partir du i" juillet i85o, la taxe établie par le décret du 24 août 1848 sera portée à 25 centimes pour toute

5.

102

lettre du poids de 7 grammes et demi, et n'excédant pas i5 grammes....

« Article i5. Les prix de 20 et 40 cen- times fixés par l'article 5 du décret du 24 août 1848, pour la vente des timbres ou cachets destinés à l'affranchissement des let- tres, seront de 2 5 et de 5 o centimes, à partir de la même date. Le Ministre des Finances est autorisé à émettre et à faire circuler des timbres-poste, au-dessous de 2 5 centimes, pour l'affranchissement des correspondan- ces. »

Un mois après la promulgation de cette loi qui, comme on vient de le voir, créait différentes catégories de timbres, pour les besoins du public, le Gouvernement publia successivement deux avis dans lesquels il rendait compte des mesures qu'il avait prises et des diligences qu'il avait faites , ann d'assurer l'exécution du nouveau dé- cret. Citons le texte de ces deux avis :

(16 juin i85o). « La nouvelle loi postale votée par l'Assemblée législative, le 18 mai

ïo3

dernier, est exécutoire à compter du i" juil- let prochain. Il était donc de la plus grande importance pour l'Administration des Fi- nances de mettre à la disposition du public pour cette époque, des timbres, et, particu- lièrement , ceux destinés à l'affranchisse- ment des lettres, dans toute la France et l'Algérie, La commission des monnaies a confié la reproduction de ces timbres à M. Hulot, graveur adjoint des monnaies, et, en moins de i5 jours, cet artiste a su re- produire et mettre en planches 3oo figu- rines de ces nouveaux timbres.

« Déjà le tirage a commencé, et avant la fin de ce mois, l'Administration des Postes aura pu répartir dans tous ses bureaux , 3 à 4 millions de timbres à 25 centimes.

« La même activité présidera à la repro- duction des timbres à i5 et à centimes, dont l'émission aura lieu à la fin du mois de . juillet i85o. »

(25 juin i85o). - Administration géné- rale des Postes. « Les timbres-poste ou

104

figurines vendus par l'Administration des Postes, pour l'affranchissement des lettres, représenteront cinq valeurs différentes :

Timbres-poste à lo c.,en couleur bistre; » i5 » verte;

» 25 » bleue;

4" » 40 » orange ;

» I franc, » rouge.

« Le public sera libre de combiner, comme il voudra, l'emploi des figurines. L'affranchissement sera valable, toutes les fois que les timbres-poste employés repré- senteront une valeur au moins équivalente à la taxe due. Aucun remboursement ne pourra être exigé, pour ce qui dépasserait cette valeur. Si la lettre à destination d'un bureau français porte un timbre d'affran- chissement d'une valeur insuffisante, le sur- plus de la taxe légale sera acquitté par le destinataire

« .... Les particuliers qui auraient encore en leur possession des timbres-poste à

'— io5

20 centimes, après le i" Juillet, pourront les échanger comme argent dans les bu- reaux de Poste, si ces timbres sont parfaite- ment intacts. »

L'augmentation énorme de lettres à expé- dier que la réforme postale ne tarda pas à produire en France, et l'accroissement de recettes qui en résulta, quand un temps suf- fisant se fut écoulé pour que l'application du nouveau système eût pris une assiette régulière, déterminèrent l'Administration à consentir des abaissements de tarifs, et le premier pas fait dans cette voie eut lieu en faveur de la capitale. Un décret impérial en date du 7 mai i853 décida « qu'à dater du i" juillet i853, la taxe des lettres de Paris pour Paris serait réduite de 5 centimes pour les lettres affranchies. » L'avis officiel pu-

107

blié dans le Moniteur , pour annoncer la mise à exécution de cette loi, informait le public qu'il trouverait dorénavant des tim- bres-poste, non-seulement dans les bureaux de Poste et chez tous les boîtiers et débi- tants de tabac, mais encore chez les détail- lants vendeurs de cartes à jouer. L'avis ajoutait que tout facteur-distributeur avait sa boîte munie d'un assortiment complet de timbres, pour approvisionner au besoin les personnes de sa clientèle qui lui en fe- raient la demande.

U Instruction générale sur le service des Postes, publiée par ordre du Gouvernement en juillet 1868, et dont nous avons donné l'analyse, dans notre premier volume, con= tient à ce sujet les dispositions suivantes i a I 25o. Les timbres-poste doivent être appliqués , autant que possible , à l'angle droit supérieur de la suscription des objets affranchis.

« Ils doivent être appliqués sur la bande libre de papier ou de parchemin qui est at-

io8

tachée à certains échantillons de consistance peu résistante. »

« I 257. Les timbres-poste mis en cir- culation pour l'affranchissement des corres- pondances représentent des valeurs de un, deux, quatre, cinq, dix, vingt, trente, qua- rante, quatre-vingts centimes et cinq francs, distinguées chacune par une couleur parti- culière. »

« § 259. Il est accordé à tous les agents préposés à la vente des timbres-poste et à toutes les personnes munies d'une autorisa- tion spéciale une remise de i p. 100 sur le montant brut de ces timbres, à la charge d'en payer comptant la valeur au Trésor. Les receveurs et distributeurs des Postes, seuls, sont dispensés de faire l'avance de la valeur des timbres-poste.

« I 260. Les timbres-poste sont dé- posés à l'Administration centrale à Paris, entre les mains d'un garde-magasin, chargé d'en approvisionner les receveurs. »

« I 271. Les receveurs des Postes four-

109

nissent à toutes les personnes désignées dans l'art. 258, et ayant leur résidence dans la circonscription postale de leur bureau, la quantité de timbres-poste nécessaire pour que chacune d'elles soit en mesure de satis- faire aux demandes des particuliers. »

(( I 274. Le minimum de l'approvi- sionnement des divers préposés autres que les distributeurs, concourant à la vente des timbres-poste, est ainsi fixé :

a Entreposeurs en gare et facteurs de ville, 10 fr.

« Autres facteurs et gardiens d'en- trepôt, 5

« Débitants de tabac des villes et bourgs de 1,000 âmes et au-dessus, 10 fr.

« Débitants de tabac de toute autre localité, 5

« Particuliers autorisés... suivant les besoins de la vente. »

La loi des finances de 1871 a élevé le prix

des timbres, pour l'affranchissement d'une

lettre simple : dans la même localité, à II. 7

IIO

i5 centimes au lieu de lo; d'une localité de l'intérieur à une autre localité, à 25 cen- times au lieu de 20.

CHAPITRE V

LA FABRICATION DES TIMBRES-POSTE

EN FRANCE

I. Mesures prises pour k fabrication des Timbres- Poste. Tâtonnements. M. Hulot. Merveilleuse ra- pidité d'exécution. II. Adoption du type proposé par M. Barre au comité des graveurs de la Mon- naie. — III . La fabrication des Timbres est d'abord mise en régie : Détails d'exécution. IV. Loi du IS Mai 1850; rapport sur les frais de fabrication. V. L'entreprise substituée à la régie : Mi Hu- lot, entrepreneur. VI. Proposition de concur- rence : rapport de M. Dumas, VIL Les ate- liers de Mi Huloti VIIL Développement prodi- gieux de la fabrication des Timbres depuis 1849.

'histoire de la fabrication des timbres- poste commence quelques mois après la promulgation de la loi, aux termes de la- quelle l'Administration des Postes a été au- torisée, dès le 24 août 1848, h faire vendre des timbres ou cachets destinés à opérer l'affranchissement des lettres.

Le gouvernement de la République décré- tait l'uniformité de la taxe, et confiait au Ministère des Finances le soin de l'exécu- tion pratique.

La mesure avait été peut-être prise un peu hâtivement, et quand il fallut la mettre à exécution , on s'aperçut qu'il restait à

114 peine un délai de trois mois pour assurer la fabrication des timbres-poste dont il était indispensable d'approvisionner préa- lablement tous les établissements de Poste français.

Dans cette situation, on songea à recourir à l'industrie privée , et on s'adressa à un imprimeur anglais, M. Perkins, en lui de- mandant à quel prix et dans quel délai il s'engagerait à fournir la quantité de figu- rines reconnue rigoureusement nécessaire.

M, Perkins demanda six mois pour livrer des timbres-poste, à raison de i franc la feuille de 340 timbres.

C'était un prix fort élevé , et le terme demandé dépassait en outre de beaucoup le délai fixé pour la mise à exécution de la loi.

La négociation fut rompue, et l'Adminis- tration s'adressa à l'industrie française.

C'est peut-être par que l'on aurait commencer, mais l'usage des timbres-poste était déjà vulgarisé par toute l'Angleterre, et l'on pensait sans doute trouver plus rapi-

ii5

' dément de l'autre côté du détroit des moyens de fabrication, en même temps qu'une éco- nomie dans les prix.

Il y avait alors à la Monnaie de Paris un graveur, M. Hulot, dont la Banque de France avait requis les services, dans les circonstances suivantes :

Après la révolution de Février, dans un moment le numéraire était excessive- ment rare, le Ministre des Finances avait demandé à la Banque de France l'émission d'un grand nombre de petites coupures de billets.

Mais la Banque de France ne pouvait satisfaire à cette demande , n'ayant qu'un seul type pour l'impression des billets de 200 fr., et n'en possédant aucun pour des coupures inférieures.

Or il est établi qu'une planche type de billets de banque, qui revient à 25,ooo fr. , demande ordinairement de dix-huit mois à deux ans de travail (L. Figuier).

Dans cette occurrence, on eut recours à

1 16

M. Hulot, et en deux mois, à l'aide de ses procédés personnels de galvanoplastie , il parvint à graver et à multiplier le billet actuel de loo francs.

Le souvenir encore récent de cette opéra- tion engagea le Gouvernement de la Répu- blique à charger M. Hulot de la fabrication des timbres-poste, et, bien qu'on eût perdu déjà un temps précieux en négociations de- meurées stériles, et que l'on pût craindre des retards nouveaux, huit jours avant le i" janvier 1849, époque à laquelle la loi était exécutoire, tous les bureaux de Poste de France se trouvaient pourvus de timbres, et il en restait en dépôt entre les mains de l'Administration un approvisionnement de 8 à 10 millions.

Telle est, en quelques mots, l'origine de la fabrication des timbres-poste ; tels sont les motifs qui ont engagé alors à confier à M. Hulot le soin de cette fabrication.

Toutefois il importe d'ajouter qu'à cette époque (1849), et jusqu'au mois d'avril

™- 117

i85i, le service demeura institué en régie, c'est-à-dire, que les dépenses auxquelles la fabrication donnait lieu étaient payées au moyen d'avances faites à un agent d'éco- nomat appartenant à l'Administration des Postes; sur ces avances, l'agent dont il s'agit payait chaque mois à M. Hulot le sa- laire de ses ouvriers, le prix du papier em- ployé, ainsi que celui des tirages effectués ; en d'autres termes, tous les frais résultant de la dite fabrication.

II

Le poinçon auquel avait été appliquée l'expérience galvanoplastique était l'œuvre du graveur-général des Monnaies de Paris, M. Barre, qui, par ses travaux conscien» cieux et ses longs services, s'était acquis, dans cette spécialité, une réputation presque européenne.

Le II septembre 1848, au cours de la séance tenue à l'Hôtel-des-Monnaies, par le comité consultatif des graveurs, dont fai- saient partie MM. Pelouze, Président de la commission des Monnaies ; Marcotte, com- missaire général; Petitot et Oudiné, gra- veurs, M. Barre présenta, pour servir de

1 19 type aux timbres de 20 centimes, deux des- sins préalablement soumis à M. le Ministre des Finances.

Le premier de ces dessins figurait dans un encadrement rond une tête de la Répu- blique; au milieu de la partie supérieure de la bordure était écrit le mot : Postes, et sur la partie inférieure on lisait 20 centimes.

Le second dessin ressemblait en tout au premier, sauf la forme de l'encadrement qui était ovale dans celui-ci, tandis qu'il était rond dans celui-là. Le comité donna la pré- férence au premier dessin que M. Barre fut chargé de graver.

III

A partir de cette époque jusqu'au 2 avril i85i, la fabrication des timbres-poste fut mise en régie , c'est-à-dire que toutes les dépenses auxquelles elle donnait lieu : prix du papier, gommage, galvanoplastie, tirage, salaire des ouvriers, étaient rembour- sées, chaque mois, à M. Hulot par l'Admi- nistration des Postes, au moyen d'avances consenties par l'Etat.

Une correspondance officielle échangée entre la commission des Monnaies et Mé- dailles et le Ministère des Finances réglait, d'ailleurs, dans les termes suivants les dé- tails du service et les attributions respectives des divers agents :

Î2I

« Le graveur général des Monnaies , « chargé de la confection du type original « de chaque timbre, doit remettre ce type a ou poinçon au graveur-adjoint, M. Huîot, ce pour être multiplié par Félectro-chimie.

« Le poinçon ayant été ajusté dans un « appareil spécial, le graveur-adjoint procède « à la multiplication du poinçon au moyen « d'un balancier. Il obtient ainsi 2,000 à (( 2,400 matrices destinées à la confection « des formes ou des planches,

«Les matrices, disposées par 3oo dans « l'ordre que devront avoir les feuilles im- « primées, sont placées dans les appareils « a lieu le dépôt galvanique du cuivre,

« Les planches jugées bonnes sont mon- « tées informes et livrées à l'imprimeur.

« Après l'impression, les feuilles passent « à l'atelier du gommage, puis séchées, puis ce redressées sous la presse, puis enfin mises « en paquets pour être livrées à l'Adminis- » tration des Postes.

« La commission des Monnaies et Mé-

122 ~

« dailles, à laquelle appartient la surveii- « lance de la fabrication^ a pour agents se- « condaires : un contrôleur et un sous-con- « trôleur, le premier recevant 3,500 fr. de a traitement et le second, 2,000 fr.

<c Le contrôleur reçoit du graveur général « le type du timbre; il l'enregistre et le dé- « pose dans une armoire à deux clefs, dont « l'une reste entre ses mains et l'autre entre « les mains de l'adjoint, jusqu'à ce que les a opérations de tirage et de galvanoplastie « commencent.

« Il assiste au tirage des matrices par le «balancier, en constate le nombre et en- « ferme le type dans l'armoire à deux clefs, « après le tirage. Si le tirage ne peut être c( terminé dans une seule séance, les mêmes « formalités se répètent jusqu'à terminai- « son.

« Les matrices jugées défectueuses sont « conservées par le contrôleur et représen- « tées à la commission.

« Le contrôleur surveille la disposition

123

« des matrices par feuilles et constate le nom° « bre des planches préparées.

« Il assiste à l'immersion des planches « dans le bain galvanique et enregistre les « résultats de l'opérationc

« Il est procédé, devant lui, à la sortie « des planches du bain galvanique, et à leur « ajustage sur des plates-formes particulières.

« C'est aussi en sa présence que l'adjoint « remet àl'imprimeur les planches terminées. c( Elles doivent être tirées sur un papier « ayant reçu une préparation spéciale.

« Le contrôleur prend charge de ces pa- « piers divisés en paquets de 5oo ou de looo « feuilles, et frappés à l'un des angles d'un « timbre ou poinçon spécial.

« Chaque jour, le contrôleur remet à l'im- « primeur les papiers , enregistre cette re- (( mise et surveille les opérations de gom- «mage et de. séchage. Il enregistre les feuil- « les de timbres livrées à l'administration des « Postes et scelle de son cachet les paquets « dont se composent ces livraisons. )5

IV

Entre l'époque la fabrication des tim- bres-postes fut mise en régie et celle le Ministère des Finances confia l'entreprise de cette fabrication à M. Hulot, se place une décision du conseil d'administration des Postes, en date du 9 mars 1849, portant que les « timbres de 20 centimes seront impri- « mes en bleu, ceux de 40 centimes en cou- ce leur orange; ceux de i fr. en rouge; ceux « de i5 centimes en vert et ceux de 10 cen- « times en bistre. »

L'année suivante, une loi(i5 mai i85o) éleva à 25 centimes la taxe d'une lettre de 7 grammes et demi et au-dessous.

123

Les heureux résultats prévus par les pro- moteurs de la réforme postale commençaieni déjà à apparaître , et la vente des timbres augmentait dans des proportions telles que la Commission des Monnaies, dont l'atten- tion avait été appelée plus d'une fois sur les inconvénients de la mise en régie, dut se préoccuper sérieusement de cet état de choses et pria le Gouvernement d'organiser la fa- brication sous une forme définitive.

Dans le rapport adressé à M. le Ministre des Finances, en date du i6 décembre i85o, le Président de la commission, supputant les déboursés que coûtaient au Trésor looo feuilles de Timbres-Poste, en traçait ainsi le décompte :

Papier i8 fr. 25

Impression lithographique 19 48 » typographique 89 go Gomme 8 44

Gommage 12 24

A reporter : 148 fr. 3 t

126

Report :

148 fr. 3i

Chauffage des ateliers

6 18

Eclairage

7 07

Déchets

26 17

Total 187 fr. 73

Ainsi la fabrication de 4000 timbres ne coûtait à l'Etat que 62 centimes et demi et le prix de revient de 20 millions de timbres qui représentaient un produit de 5 millions de francs se chiffrait par 12,600 francs.

En dehors de ces frais, il fallait tenir compte de la confection et de la reproduction des planches, de l'usure et du renouvellement du matériel, ainsi que des non-valeurs ré- sultant des expériences électro-chimiques.

En définitive, la dépense totale à laquelle pouvait s'élever annuellement la fabrication était de 2o,35o francs , avance des plus minimes et en quelque sorte insignifiante, eu égard à Timportance de la valeur créée.

Le rapport concluait, en conséquence, à l'opportunité, pour l'administration, d'in-

137

léresser plus directement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, l'entrepreneur aux progrès de la vente. La commission proposait de lui allouer une indemnité de i franc 5o centi- mes par 1,000 timbres fabriqués, soit 3o,ooo francs pour 20 millions de timbres, La commission ajoutait qu'effectuée dans ces conditions, la fabrication serait moins coû- teuse qu'en Angleterre, et que les timbres français auraient encore sur les timbres anglais l'avantage d'une exécution plus soignée.

V

Trois mois après l'envoi de ce rapport, un arrêté du Ministre des Finances déclara que M. Hulot, adjoint au graveur général des monnaies, était chargé, à ses risques person- nels , de la fabrication des timbres-poste. Il devait pourvoir au chauffage et à l'éclairage de ses ateliers et de son laboratoire ; il se chargeaitd'entretenir les approvisionnements de timbres, de façon à mettre l'administra- tion en mesure de satisfaire à toutes les exi- gences du service.

Les opérations de l'entrepreneur étaient soumises aux vérifications que pourraient ordonner le Ministère et la Commission des

I2g

monnaies, ou que le contrôleur placé sous la direction de cette commission jugerait né- cessaires.

Pour l'indemniser de ses peines et soins, l'Etat lui allouait un salaire de i franc 5o centimes par i^ooo timbres fabriqués.

Une instruction générale adressée, le i3 mai i85i, à l'entrepreneur et réglant les détails d'exécution du précédent arrêté, por- tait que « toute fabrication était interdite « hors la présence du contrôleur, dépositaire « des clefs des ateliers, des clefs des armoires « contenant les planches et matrices, et de (( la clef du cadenas qui retenait le collier du « balancier. »

Le contrôleur était en outre chargé par cette instruction de « surveiller la tenue des « registres et l'emploi du papier destiné à « l'impression. »

Au moment fut fixée l'allocation de I franc 5o centimes par looo timbres, ce prix n'avait certainement rien d'exagéré ; car, d'une part la fabrication n'avait pas

i3o

atteint les proportions qu'elle a présentées depuis, et, d'autre part, l'entrepreneur, pour satisfaire aux obligations que lui imposait son contrat, avait à faire des déboursés considé- rables ; il était juste de lui en tenir compte.

Mais, bientôt, le chiffre de la vente dépas- sant toutes les prévisions, s'éleva à des quan- tités énormes, et la Commission des Mon- naies, remplissant le mandat qu'elle tenait du gouvernement, crut devoir soumettre à l'approbation ministérielle de nouvelles pro- positions ayant pour objet la réduction de l'indemnité allouée à M. Hulot.

Adoptant cette manière de voir, et consi- dérant que, depuis plusieurs années, l'entre- preneur devait être remboursé de ses frais de première installation et d'expériences, le Ministre des Finances rendit, à la date du 3o janvier 1860, un arrêté qui abrogeait ce-^ lui du 2 avril i85i. M. Hulot recevait le titre nouveau de Directeur de la fabrication des Timbres et sa rémunération était fixée de la manière suivante :

i3i

Pour les 200 premiers millions de tim- bres, I franc par mille ; pour les 200 sui- vants, 90 centimes, et, pour le surplus, 80 centimes.

Dans ces prix nouveaux, qui constituaient un notable allégement pour le Trésor , M. Hulot trouvait encore un salaire très-suf- fisant de son travail. Une nouvelle charge, toutefois, lui incombait : aux termes de l'ar- rêté du 3o janvier 1860, le directeur de la fabrication des timbres était tenu de fournir à l'Etat un cautionnement de 5o,ooo fr.

VI

La réduction ainsi apportée aux bénéticcs de l'entrepreneur ne devait pas être la der- nière, et les propositions adressées à l'Etat par deux fabricants, MM, Trouillet et Mi- chel, qui offraient un rabais de 3o p. loo sur les prix de M. Hulot, furent renvoyées, en mars 1868, au double examen de M. Van- dal, directeur général des Postes, et de M. Du- mas, président de la Commission des Mon- naies.

Tous deux conclurent à la nécessité de réviser les prix consentis au profit de M. Hu- lot ; conformément à l'avis qu'ils avaient émis, un nouvel arrêté ministériel, en date

i33

du 3o janvier 1869, disposa que le directeur de la fabrication ne recevrait plus que 60 centimes par 1,000 timbres pour les 5oo pre- miers millions et 5o centimes pour le sur- plus.

En outre, l'Etat devenait propriétaire de toutes les planches fabriquées, et M. Hulot devait fournir un état descriptif et certifié exact de tous les procédés de fabrication dont il faisait usage.

VÎI

Les ateliers de la fabrication des tim- bres-poste sont, comme nous l'avons déjà dit, installés à l'Hôtel des Monnaies, Les locaux qui leur sont affectés laissent beau- coup à désirer, sous le rapport de l'aména- gement et de la commodité des agencements intérieurs.

Quant aux appareils mécaniques, leur état d'entretien et la régularité parfaite de leur mise en œuvre font honneur au zèle et aux soins des agents chargés de cette partie du service.

Le papier sur lequel sont imprimés les timbres est fabriqué par la maison Lacroix,

i35

d'Angoulème. On a vu dans le rapport que nous avons cité, § lïï, que ce papier reçoit une préparation secrète ayant pour but d'augmenter la finesse de l'empreinte. Cette préparation est une sorte de signe indicatif, car si on l'enlevait, on enlèverait en même temps la figurine qu'elle supporte.

Les planches qui doivent servir à l'im- pression sont placées dans des châssis et soumises à la pression d'un rouleau colo- rant, après quoi on procède au tirage.

Lorsque les feuilles ont été coupées en deux au moyen d'un tranchoir, on les porte au gommage. Les timbres sont gommés au pinceau , puis séchés sur de grandes claies en bois. Enfin les feuilles sont dentelées^ une par une.

Le dentelage^ qui a été inventé à Lon- dres, en 1854, permet aux débitants de tim- bres ou à l'acheteur de détacher de la feuille un ou plusieurs carrés, sans produire au- cune déchirure. Cette opération se fait mé- caniquement, à l'aide d'une espèce dépeigne

î36

garni de poinçons et imitant la forme du timbre-poste. Sous l'impulsion de la force motrice, ce peigne tombe sur un cadre de fer, au milieu duquel un certain nombre de feuilles sont étalées; il pratique autour de chaque timbre un chapelet de trous sem- blables à ceux qui sont frappés à l'emporte- pièce sur le papier-Joseph des boîtes de con- fiseurs. On sait quelle importance les col- lectionneurs, dans le classement des séries, ont attachée au nombre de ces trous : c'est toute une langue technique.

Le peigne dentelé dix timbres à la fois et avance mécaniquement après chaque opé- ration; il faut donc quelques secondes pour denteler toute la feuille de i5o timbres.

La machine à denteler est mise en mou- vement par de jeunes apprentis.

VlIIi

Nous venons de montrer par quelles phases avait passé la fabrication des Tim- bres-Poste, puis nous avons conduit le lec- teur dans les ateliers fonctionne quoti- diennement cette fabrication, sous le con- trôle de l'Etat. Pour compléter cette étude, il ne nous reste plus qu'à publier dans le ta- bleau ci-annexé les chiffres qui représentent les produits annuels des ventes depuis 1849. Ces chiffres, dont l'énorme progression met le revenu des Timbres-Poste au rang des plus précieux auxiliaires du Trésor Public, ont une éloquence devant laquelle toute dé- monstration devient inutile, et nous ne pou- vons que leur céder la place.

i38 TABLEAU

INDIQUANT LE PRODUIT DE LA VENTE DES TIMBRES-POSTE

PRODUIT BRUT

NOMBRE

ANNÉES.

de la

des

Tente des Timbres-Poste 1 .

Timbres rendus.

FR. c.

1849.

4.446.766.36

21.232.665.

i858.

37.332.726.40

199. 913. 700.

I86I.

48.733.600. »

328.8o3.25o.

i863.

55.683.555. »•

379.171.200.

1864.

57.071.686. «

382.658.3oo.

1866.

64.082.187. »

438.3o2.3oo.

1867.

68.264.464. »

467.168.000.

1868.

69.707. 137. »

494.329.250.

1869.

75.665.382.06

546.706.380.

1870.

53.818.670. s

402.034.000.

1871.

82.096.697. »

483.646.000.

1872.

91.922.932.50

549.206.375.

1873.

95.298.177.06

542.885.278.

(i). Ces chiffres représentent le produit brut des timbres-poste vendus. On doit en défalquer le mon- tant de la remise de 0/0 allouée aux débitants, en exécution du décret impérial du iS décembre 1861.

CHAPITRE VI

LA POSTE PENDANT LA GUERRE FRANCO- ALLEMANDE ET PENDANT LA COMMUNE 1870-1871

I. Appendice nécessaire à notre premier travail. IL Investissement de Paris, Les services interrom- pus. Dévouement des facteurs -piétons : Brame, Gême, Chourrier, Ayrolles. Dépêches cachées sous l'épiderme et dans des clefs forées. Prisonniers mé- dicamentés. III. Bouteilles de liège ; ballons; école aéronautique; ateliers de construction des aérostats. IV. Reproduction des dépêches par le procédé microphotographique Dagron. Dépê- ches insérées dans des tuyaux de plume. V. Systèmes Boutonnet et Brichet. Système Versoven (dit de Moulins). Systèmes Baylard et Nadié. Ba- teau sous-marin Delente. Les chiens-messagers de

140 --

M. Hurel. Projet de transmission par les catacom- bes. — VI. L'insurrection du 18 mars. Le délégué Theisz. Les Postes à Versailles. La poste dans l'intérieur de Paris. Fabrication de timbres-poste par la Commune. Les fédérés fouillant les wagons. Messagers entre Versailles et Paris, VIL Con- clusion.

JAMAIS le service des postes françaises , dans l'histoire que nous avons essayé de reconstruire, n'a traversé une crise plus sé- rieuse, que pendant la néfaste période qui commence avecla guerre franco- prussienne, et se termine à la chute de la Commune. Nous avons pensé qu'un appendice se- rait traité ce double sujet ne manquerait

(i) L'histoire du Timbre-Poste est la suite natu- relle de notre histoire de la Poste aux lettres. Un grand nombre de faits seraient mal compris si nous ne reproduisions pas ici la notice ajoutée à notre seconde édition, pendant les deux sièges. Nous n'en supprimons que la liste des ascensions par ballons montés.

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pas d'intérêt et compléterait nos études sur îa Poste.

Après la journée du 4 septembre, M. le Directeur général Vandal , qui comptait parmi les serviteurs les plus dévoués du ré- gime déchu , offrit immédiatement sa dé- mission au nouveau Gouvernement ; mais celui-ci le pria de conserver son emploi pen- dant quelques jours, afin d'assurer la bonne exécution des services. Cette démission ne fut donc acceptée que le io septembre, ainsi que l'annonça, d'ailleurs, un avis inséré au Journal officiel et conçu en ces termes :

« M. Vandal, Directeur général des Pos= « tes, avait offert au Gouvernement sa dé- « mission , dès le 4 septembre. Il a con- te senti, sur la demande du Gouvernement, « à rester en fonctions, quelques jours, dans a l'intérêt de la Défense Nationale.

« Sa démission est acceptée.

« M. Rampont-Léchin , ancien député « de l'Yonne, est nommé Directeur-Géné- « rai des Postes. »

143

L'investissement de Paris, que personne n'avait su prévoir et que la plupart des es- prits les plus sérieux ne croyaient même pas possible, n'était pas un fait ordinaire. C'était la vie de tout un peuple changée en un instant; la grande ville qui vit morale- ment et matériellement de ses communi- cations incessantes avec le dehors, avec la province, voyait ces communications tout- à-coup brisées. Nulle administration n'était frappée plus directement que la Poste dans ses intérêts et dans son action. Allait-elle se résigner aux conditions étroites d'exis- tence qui lui étaient imposées? Allait-elle se contenter du service intérieur de Paris ? Non, et les moyens ne lui firent pas défaut.

L'histoire de la Poste en France, pendant les tristes jours dont nous avons à nous oc- cuper, se trouve consignée presque tout entière dans les actes et documents officiels; nous nous sommes empressés de puiser à cette source, et, aux renseignements qu'elle nous fournissait, nous avons pu joindre le

144

résultat d'informations particulières, dont nous garantissons l'exactitude.

Nous parlerons d'abord de la transmis- sion des lettres, au moyen des facteurs-pié- tons, que remplacèrent bientôt les aérostats et les pigeons; nous mentionnerons ensuite les inventions nouvelles, proposées à l'ad- ministration des Postes; et, pour terminer cette revue historique, nous donnerons quelques détails sur l'organisation postale, à Versailles , pendant l'insurrection de la Commune.

II

Au début de la guerre de 1870, la subite apparition de l'armée allemande sur plu- sieurs points de nos départements de l'Est, et les événements militaires qui furent la conséquence de cette invasipn, eurent, entre autres résultats, celui de resserrer le cercle d'action des Postes françaises et de sus- pendre les communications entre les en- droits occupés par l'ennemi et le reste de l'Empire. Un des premiers soins que pre- naient les envahisseurs, lorsqu'ils entraient .dans une ville ou dans une bourgade, était, comme on sait, de s'emparer du télégraphe, et d^établir un bureau de poste militaire

IL Q

146

(Feld-Post) , en correspondance avec les offices allemands. Depuis l'affaire de Wis- sembourg, et au fur et à mesure de chaque journée, l'invasion ne fit que s'étendre, en menaçant de plus en plus le centre, et sur- tout Paris , principal objectif de l'armée prussienne; trois jours après la capitulation de Sedan, le Gouvernement de la Défense Nationale faisait insérer dans le Journal oficiel l'avis suivant :

« Nouvelles de la guerre.

« L'ennemi se rapproche de plus en plus « de Paris. »

Toutefois , le service des Postes entre Paris et les départements put fonctionner encore pendant quelques jours, et ce fut le 19 septembre seulement que les voitures postaies, parties, le soir, de la gare Mont- parnasse, durent rétrograder.

Le lendemain, 20 septembre, l'adminis- tration fit une dernière tentative d'expédi-

147

îion au dehors , dans les conditions sui- vantes : elle envoya sur divers points trois voitures de dépêches, ainsi que deux cava- liers et cinq courriers-piétons. Les voitures, les cavaliers et quatre d'entre les piétons ne purent tromper la surveillance de l'ennemi et furent obligés de revenir. Un seul cour- rier, M. Létoile, passa à travers les lignes allemandes, arriva à Evreux, et en revint, sept jours après, rapportant à Paris i5o lettres, expédiées du département de l'Eure; pendant son voyage, il faillit, plusieurs fois, être tué ou fait prisonnier par les Prussiens. L'expédition des correspondances par les procédés habituels devenait désormais im- praticable, et, pour y suppléer, il y avait lieu de faire appel aux procédés extraordi- naires.

Toutefois, quelques-uns des facteurs-pié= tons dont nous venons de parler, mus par une pensée de patriotisme qu'on ne saurait assez louer , demandèrent à continuer le périlleux service dont ils s'étaient chargés ;

148

l'un d'eux, comme on le verra tout à l'heure, paya de sa vie son héroïque persévérance ; plusieurs autres furent pris et gardés en captivité plus ou moins longtemps.

Sur 28 facteurs partis de Paris, dans les jours qui, suivirent le 21 septembre, un seul, Brare, réussit à traverser les lignes, et put remettre ses dépêches au bureau de Saint-Germain-en-Laye, Encouragé par ce premier succès , il rentra à Paris , en re- partit le 27 septembre, remit à Triel un sac de lettres, et fut assez heureux pour pouvoir passer de nouveau à travers l'armée prus= sienne. Un troisième voyage qu'il tenta^ fut le dernier et eut un dénoûment fatal ; des uhlans poursuivirent le pauvre piéton et l'ar- rêtèrent près de Ghatou, Reconnu pour être un agent des Postes françaises par un sous- officier qui, cinq ou six jours auparavant, l'a- vait poursuivi, il fut amené devant le grand- prévôt du camp {Der Prqfoss), jugé sur place, condamné et fusillé; les circonstan- ces de son arrestation et de sa mort ne fu-

149

rent connues à Paris que longtemps après» Brare laissait une veuve et cinq enfants dont le sort a été assuré par l'Administration des Postes.

Le 32 septembre, les grand'gardes prus- siennes arrêtaient à Rosny deux facteurs- piétons. Conduits au quartier-général , ils durent laisser leurs dépêches et se dirigèrent vers Nanterre, d'où ils revinrent à Paris.

Le 27. le facteur Géme, parti avec son camarade Brare , arriva à Triel, avec un fardeau de lettres, et en repartit le 28, rap- portant des dépêches pour Paris.

Ce petit bureau de Triel fut le dernier qui servit d'intermédiaire à la métropole, pendant le premier mois du siège ; le 5 oc- tobre, deux courageux agents, les piétons Loyet et Ghourrier, sortent de Paris, entrent à Saint-Germain, atteignent Triel,- et ren- trent dans la ville assiégée, avec 714 lettres. A peine revenu , Ghourrier ne songe qu'à repartir; portant sur une épaule son sac de dépêches, et sur l'autre, son fusil, il arrive.

i5o

de nuit, près du Pecq, essuie la décharge de deux sentinelles saxonnes, et, malgré une blessure reçue au bras, apporte ses lettres au bureau de Carrières. A son retour, il est arrêté trois fois, et trois fois, menacé d'être passé par les armes. Il rentre à Paris, en repart quelques jours après, est pris par un détachement bavarois, et gardé en captivité pendant vingt-cinq jours ; enfin, il s'évade, arrive au fort de Rosny, et donne au com- mandant de ce fort , ainsi qu'au général Ducrot, les renseignements qu'il avait pu recueillir depuis son arrestation.

Un autre facteur piéton, AyroUes, est fait prisonnier, au moment il allait fran- chir les lignes ennemies ; en le conduisant au quartier-général, on l'accable de coups et d'injures»

Aux noms que nous venons de citer nous voudrions pouvoir ajouter ceux de tous les autres agents qui s'offrirent à l'Administra- tion, pour continuer la tâche entreprise par Brare et par Chourrier; quelques-uns de

i5i

ces hommes eurent, dit-on, le courage de se taillader la peau des bras et des jambes , pour insérer sous l'épiderme les dépêches chiffrées du Gouvernement ; d'autres creu- saient des pièces de lo centimes, ils glis- saient une lettre de format lilliputien ; d'au- tres encore faisaient forer des clefs à vis for- cées, pour les transformer en tubes porte- lettres. Certains facteurs, se voyant pour- suivis par l'ennemi , se hâtaient d'avaler leurs dépêches; mais, c'était une précau- tion malheureuse; car les Allemands avaient, paraît-il, pour consigne de soumettre im- médiatement les prisonniers soupçonnés d'être des agents de transmission, au même système de médicamentation que celui dont se servent les Brésiliens pour les nègres qu'ils emploient aux travaux des mines de diamants.

Que de victimes inconnues a faites d'ail- leurs ce dévouement des facteurs volon- taires! Qui ne se rappelle qu'après la guerre on retrouvait encore un cadavre porteur de

l52

messages et retenu au fond du fleuve? Une balle ennemie avait sans doute frappé le malheureux, passant à la nage, ou bien le froid l'avait saisi, les eaux l'avaient englouti : mort obscure et héroïque comme celle du soldat.

ÎII

La délégation de Tours , composée de MM. l'amiral Fourichon , Grémieux et Glais-Bizoin, avait quitté Paris, le 17 sep- tembre, et il s'agissait pour le Gouverne- ment , de trouver un moyen de corres- pondre journellement, ou presque journel- lement avec elle, et d'éviter que la corres- pondance fût interceptée par l'ennemi. On avait pensé, d'abord, à enfermer les dépê- ches dans des bouteilles de liège, entourées de touffes d'herbe , qu'on eût jetées ensuite dans la Seine, elles auraient été recueil- lies, au delà des lignes prussiennes, par les riverains; mais, outre que les nombreux

9-

i54 -

barrages, échelonnés sur le cours du fleuve, auraient arrêté presque à chaque pas, la marche de ces bouteilles, il fallait, d'abord, pouvoir indiquer à la délégation de Tours les points devait s'opérer le repêchage. Or, comment lui transmettre cette indica- tion ?

N'était-il pas plus simple et plus pra- tique d'organiser un service de transmission par aérostats, destiné à fonctionner pendant la durée de l'investissement? .

Tel fut, en effet, le parti qu'adopta l'ad- ministration des Postes , et , après avoir traité, d'abord avec M. Nadar, propriétaire du ballon le Neptune , et , ensuite , avec M. Mangin , propriétaire du ballon La Città--di-Firen:{e , pour une ascension de leurs aérostats, elle s'entendit bientôt avec deux autres sociétés. La première était re- présentée par M. Eugène Godard, et, la se- conde, par MM. Yon et Dartois. Toutes deux s'obligèrent, moyennant le prix uni- forme de 4000 francs par ballon (prix ré-

i55

duit plus tard à 35oo francs), à installer à la Gare d'Orléans et au Jardin des Tuileries, deux ateliers pour la construction des aéros- tats. Chaque appareil, dont la pièce princi- pale se composait d'un ballon en percaline de première qualité, et vernie à l'huile de lin, devait, en outre , être munie d'un filet en corde de chanvre goudronné, d'une na» celle pouvant recevoir quatre personnes, ainsi que des accessoires suivants : sou- papes, ancres, boussole, thermomètre, sacs de lest, etc. La capacité du ballon était fixée à 2O0O mètres cubes de gaz; après son gonflement, l'aérostat devait demeurer sus- pendu pendant dix heures, puis enlever, à titre d'essai, un poids de 5oo kilos.

Fidèles aux engagements pris , les deux sociétés de construction se mirent aussitôt à l'œuvre, et, du 25 septembre 1870 au 27 janvier suivant, elles fabriquèrent 61 bal- lons, dont 57 seulement furent lancés.

Presque toutes ces ascensions eurent lieu avec l'assistance de marins choisis dans

i56

les garnisons des forts de Paris; l'Ecole aéronautique , fondée pendant le siège , par l'amiral La Roncière Le Noury, qui re- crutait exclusivement son personnel parmi ces garnisons, avait pour objet principal de fournir au Gouvernement des conducteurs d'aérostats; elle tenait toujours trente de ses pensionnaires prêts à partir, et avait soin qu'ils fussent continuellement exercés aux manœuvres aérostatiques.

Un dernier détail sur les ateliers de bal- lons mérite d'être noté : 120 femmes y étaient employées aux travaux de couture, tandis que vingt douaniers (pour lesquels tout travail aussi était suspendu) s'occu- paient à sécher les aérostats, à les vernir, à les gonfler de gaz et à remplir de sable les sacs qui devaient retenir à terre le ballon préparé.

IV

Au commencement de novembre 1870, Me Dagron, bien connu du public parisien par ses produits microphotographiques, pro- posa au Gouvernement de la défense natio- nale l'adoption d'un système de reproduc- tion et de transport des dépêches publiques et privées, d'après les bases suivantes :

M. Dagron s'offrait à établir à Clermont- Ferrand un atelier de microphotographie, seraient centralisées toutes les missives en destination de Paris. Dépouillement fait, ces dépêches seraient photographiées, l'une après l'autre et jusqu'à ce que la surface à remplir fût entièrement couverte, sur une

i58

pellicule de collodion, mesurant 3 centimè- tres carrés , contenant plus de vingt mille lettres ou chiffres. Tirée à plusieurs exem- plaires, la microphotographie ainsi obte- nue serait roulée , puis insérée dans un tuyau de plume que l'on coudrait à l'une des plumes rémiges d'un pigeon voyageur, envoyé de Paris. On donnerait ensuite la liberté aux oiseaux, et, en quelques heures, la dépêche devait être rendue à Paris. A l'arrivée du messager, l'administration des Postes ferait détacher chaque tuyau de plume, et dérouler chaque pellicule; celle-ci serait exposée dans une lanterne magique, éclairée à la lumière électrique, pour gros- sir les caractères et les projeter sur un écran, disposé devant la lanterne; il ne resterait plus alors qu'à copier le texte dessiné sur l'écran et à distribuer aux différents desti- nataires les copies qui les concerneraient.

Le Gouvernement accepta la proposition de M. Dagron, et il intervint alors un traité conforme au projet ; mais l'exécution ne

-- i59

put commencer qu'à partir du 1 5 décembre, M. Dagron ayant failli être arrêté par les Prussiens, lors de sa descente aéronautique.

On évalue à cent mille le nombre des dé- pêches microphotographiques , transportées parles pigeons-voyageurs, depuis le i5 dé- cembre jusqu'à l'armistice. Chaque pigeon portait quelquefois vingt-trois dépêches dans un seul petit tuyau déplume, attaché à l'une des pennes du rémige.

Les photographes employés par M. Da- gron ont reproduit, pendant la durée de ce service, 470 pages typographiques ou auto- graphiées, soit, environ, par page, i5,ooo lignes ou chiffres. La réduction micropho- tographique était au huit centième.

Après les premiers essais, on eut l'idée, à Paris, de reproduire, à l'aide d'une photo- graphie nouvelle, les caractères grossis par la lumière électrique; ce procédé qui per- mettait de supprimer la transcription des dépêches, amena une notable économie de temps dans la distribution des copies.

A côté de cette invention dont nous ve- nons de rappeler les excellents résultats, nous avons à signaler plusieurs projets de transmission, présentés au Gouvernement de la défense, pour remédiera l'interruption du service des Postes.

Le premier d'entre ces projets, émané de MM. Boutonnet et Brichet, avait pour but la construction et l'ascension de deux aéros- tats captifs, et devant stationner, l'un, au- dessus de Paris, l'autre, en province, au delà des lignes d'investissement; ces deux aérostats, pourvus , chacun, d'un appareil télégraphique, eussent été reliés par un fil

- i6i

qui aurait assuré une communication per- manente entre les deux points terminus. Il ne put être donné aucune suite à ce projet, à cause de l'énorme étendue des lignes en- nemies ; toute tentative d'exécution eût été impraticable.

Un autre système qui prenait, non plus le ciel, mais bien l'eau comme moyen véhi- culaire, fut mis sous les yeux du Gouverne- ment, le 6 décembre, par MM. Versoven, Delort et Robert, avec lesquels un contrat fut immédiatement passé.

Les contractants s'obligeaient à expédier par eau, et ce, au moyen de sphériculcs mé- talliques, soigneusement évidés, les lettres ordinaires ou reproduites par la micropho- tographie, qui leur seraient confiées en des- tination de Paris. Les lettres, concentrées au bureau de Moulins (Allier), eussent été entassées dans de petites boules de zinc, puis jetées dans les divers affluents de la Seine, pour arriver ensuite à Paris. Le transport des dépêches officielles devait

102 ---

avoir lieu gratuitement; quant aux corres- pondances privées, les entrepreneurs étaient autorisés à percevoir : i franc par lettre close, dont le poids n'excéderait pas 4 gram- mes; 2 5 centimes par dépêche microphoto- graphiée ; et 5 centimes par réponse sur car- tes-poste. Par arrêté du 2 5 décembre, ce tarif fut ainsi modifié : 80 centimes (au lieu de I franc), par lettre déposée au bureau de Moulins et reçue à Paris, soit, 40 centimes payés au départ, et 40 centimes à l'arrivée»

Les barrages de la Seine qui, vraisembla- blement, entravèrent la marche des sphéri- cules jetés à l'eau, furent cause que le pro- cédé de M, Versovenetde ses associés n'eut pas le résultat favorable qu'ils en attendaient, quoique, dès le 1 5 décembre, les entrepre- neurs, partis de Paris, sur l'aérostat Denis Papin^ eussent installé à Moulins leurs ate- liers de fabrication.

Après l'armistice, et quand le service or- dinaire des postes fut réorganisé , 800 let- tres, parties de Moulins, arrivèrent à Paris,

i63 •—

mais, du i5 décembre 1870 au i^r février suivant, aucune dépêche, expédiée au moyen du procédé Versoven, ne parvint dans la capitale assiégée.

Un projet dont l'exécution semblait moins dispendieuse et plus simple que l'invention de Mo Versoven, avait été envoyé au Gou- vernement, vers la fin du mois de janvier, par M, Baylard; il consistait à enfermer les pellicules de collodion sur lesquelles étaient photographiées les dépêches, dans de petites boules en verre soufflé» Le prix de revient de ces boules était des plus modiques (100 pour 1 5 centimes), et cette circonstance n'é- tait pas la seule qui militât en faveur du projet Baylard. L'inventeur avait été con- duit à choisir la forme sphéroïdale, ramenée à cette faible dimension, à raison de la res- semblance qu'offraient ces petites boules de verre, avec les bulles d'eau, et du peu d'obs- tacle qu'elles auraient rencontré, pour fran- chir les barrages des rivières et pour glisser sur les herbes. L'idée de M. Baylard eût cer-

164

tainement été mise à exécution, mais la fin du siège arrêta les pourparlers entamés à ce sujet.

M. Nadié, rédacteur du Journal officiel, et qui a publié dans ce journal une série d'articles : La Poste pendant le Siège ^ nous avons trouvé de précieux renseigne- ments, avait, lui aussi, imaginé un système de transmission aquatique : il conseillait l'emploi d'une nacelle en caoutchouc, lestée de grenaille de plomb et remplie de gaz hy- drogène. Cette nacelle, l'on eût enfermé, sous une enveloppe métallique, les corres- pondances, aurait navigué entre deux eaux, comme un petit ballon sous-marin. L'in- vention était certainement ingénieuse, mais on peut douter qu'un pareil véhicule eût réussi à traverser les barrages de la Seine et de ses affluents.

Un autre bateau sous-marin avait été pro- posé au Gouvernement par un inventeur, M. Delente, et le jour du départ était déjà indiqué, lorsque l'armistice survint.

i65

Les journaux de Paris, publiés pendant le siège, ont relaté l'ascension de l'aérostat, Général Faidherbe^ dont le principal passa- ger était M. Hurel, qui emmenait avec lui cinq chiens, de l'espèce dite : chiens de bou- vier^ destinés par leur propriétaire à servir de courriers entre certaines localités (situées à 5o kilomètres de Paris, au minimum), et la capitale. Aux termes de son traité avec le Gouvernement, M. Hurel avait droit à une prime de deux cents francs par dépêche que chacun de ses chiens transporterait à Paris, dans les quarante-huit heures de la remise de cette dépêche à l'entrepreneur; mais, d'un autre côté, il encourait une retenue de cin- quante francs par journée de retard dans la transmission de l'une quelconque des dépê- ches.

Soit que l'exacte surveillance des assié- geants eût empêché la réussite de l'expé- rience tentée par M. Hurel, soit que la lon- gueur du trajet parcouru par l'aérostat eût fait perdre aux chiens qu'emmenait l'entre-

i66

preneur, ia piste des chemins conduisant à Paris, toujours est-il qu'après l'atterrisse- ment, ce projet ne put être exécuté.

Il en fut de même du contrat proposé au Gouvernement par MM, Imbert, Roche, Peney, Fontaine et Leblanc, et qui clôt la série des offres de transmission, pendant le premier siège.

Ces cinq personnes espéraient pouvoir passer à travers les lignes ennemies, en em- pruntant la voie des Catacombes, dont une issue secrète, débouchant sur un endroit isolé des environs de Paris, était connue des cinq voyageurs.

Ils demandaient huit jours pour mettre à fin leur entreprise qui, en cas de réussite, devait assurer à ses auteurs la concession d'un service régulier, à organiser dans les mêmes conditions de parcours.

Les espérances de succès qu'avaient con- çues M. Imbert et ses associés ne se réalisè- rent malheureusement pas.

Au reste, deux ou trois semaines plus tard,

167

la paix signée avec la Prusse par le nouveau pouvoir exécutif, était ratifiée par l'Assem- blée Nationale, réunie à Bordeaux, et les services postaux reprenaient leur cours régulier, pour ne plus l'interrompre, en ce qui concernait les envois de ou pour Paris, jusqu'au jour ils furent de nouveau dé- sorganisés par la Commune.

C'est de cette dernière époque que nous allons maintenant nous occuper.

VI

Le Journal Officiel , dont les bureaux avaient été envahis, le 19 mars 1871, par les insurgés, imprimait les lignes suivantes, dans son numéro du 20, rédigé sous l'ins- piration du comité insurrectionnel :

« Partie non officielle.

8 Le nouveau Gouvernement de la Répu- blique vient de prendre possession de tous les ministères et de toutes les administra- tions, »

Le lendemain , la même feuille publiait deux pièces dont voici la teneur :

169

« Comité Central de la Garde Nationale.

(.( En quittant Paris, le pouvoir qui vient « de crouler sous le mépris populaire, a pa- « ralysé et désorganisé tous les services pu- ce blics. Une circulaire a enjoint à tous ses « employés de se rendre à Versailles... Tous « les services , toutes les communications « avec la province sont interrompus... nous « suspendons, à partir d'aujourd'hui, le ser- (( vice de la télégraphie privée dans Paris.

« Le Directeur-Général, « J. Lucien Combatz. b

« Le Directeur -Général des télégraphes est autorisé à supprimer jusqu'à nouvel or- dre la télégraphie privée dans Paris.

« Pour le Comité Central, a L. Boursier, Gouhier, E. Moreau. »

L'invasion des Postes suivit de près celle du service télégraphique. Le citoyen Theisz, délégué de la Commune, se présenta à l'hô- II. 10

lyo

tel de la rue J.-J. Rousseau, pour en pren- dre possession, et le Directeur-Général lui ayant répondu qu'il ne céderait qu'à la force, le délégué dut requérir l'assistance des fusi- liers de l'insurrection, afin de pouvoir se substituer au fonctionnaire légitime; mais, avant sa deuxième visite, toutes les mesures avaient été prises pour diriger sur Versailles la plus grande partie du personnel et du ma- tériel de l'administration centrale , et tout l'approvisionnement des timbres-poste, s'é- levant à plusieurs millions de francs. Les em- ployés des bureaux de quartier restèrent seuls, pour assurer le service de la réception et de la distribution des lettres, dans Paris. Cette réception et cette distribution conti- nuèrent donc, de même que si la capitale eût été administrée par un gouvernement régulier, et une note insérée, le 9 mai, dans la partie non officielle du journal déjà cité, montre que la fabrication et la vente des timbres-poste à 10 centimes, constituait, avec les confiscations, les saisies et les réqui-

sitions d'argent, le principal élément finan- cier, sur lequel les oligarques de l'hôtel-de- ville « fondaient leur cuisine, » comme eût dit le fabuliste. La note s'exprimait dans ces termes :

« L'intelligence, le zèle et l'activité du

« nouveau Directeur des Monnaies, le ci- ce toyen Camélinat, ont été à la hauteur des « circonstances, et les divers services ont re- « commencé à fonctionner avec un person- « nel nouveau. L'imprimerie des timbres- « poste suffit aux exigences du commerce a parisien... .. »

Le commerce parisien qui, à en croire le rédacteur communaliste, devait se tenir pour complètement satisfait, depuis que le citoyen Camélinat avait été nommé délégué à la direction des monnaies , souffrait pourtant beaucoup de l'interruption des communica- tions postales entre la province et Paris, et cet état de souffrance est attesté par un ar- ticle du Journal officiel de Versailles, en date du 7 avril, que nous reproduisons ici :

172

« Aujourd'hui, les délégués du commerce a et de l'industrie de Paris se sont présentés « à Versailles, à l'effet d'établir une conven- c( tion pour le rétablissement du service pos- (( tal entre Paris et la province. Cette délé- « gation est retournée à Paris et doit revenir « demain , pour continuer les négociations « avec M. le Directeur-Général »

Ces négociations ne purent aboutir ; les opérations actives de l'armée de Versailles étaient commencées, depuis plusieurs jours, et elles étaient difficilement compatibles avec l'existence d'un service de transmission par- tant de Paris et y revenant. D'ailleurs, le moindre inconvénient du rétablissement prématuré que demandaient les négociateurs, eût été la reconnaissance implicite du droit de belligérants aux insurgés de la Commune, reconnaissance qui, on le comprend, n'était nullement dans les idées de l'Assemblée Na- tional ni du Pouvoir Exécutif.

Les habitants de Paris qui avaient à écrire en province étaient donc obligés de jeter ou

173

de faire jeter leurs lettres aux boîtes postales de Saint-Denis et de Pantin, les lignes du Nord et de l'Est étant restées, depuis le com- mencement du deuxième siège , les seules voies ouvertes à ceux qui voulaient et pou- vaient émigrer. De Pantin et de Saint-De- nis, les lettres à destination des localités non desservies par les lignes du Nord et de l'Est, étaient acheminées à Versailles, l'admi- nistration des Postes les répartissait entre les divers trains de dépêches. Vers la fin du mois de mars, à l'heure partait, chaque soir, de la gare du Nord , le train-express de Calais, nous avons vu, plusieurs fois , des négociants ou des employés de commerce pénétrer sur le quai d'embarquement, mal- gré la surveillance des commissaires et des fusiliers fédérés, et se présenter devant les voitures de première classe , en demandant aux voyageurs qui y étaient déjà installés s'ils voulaient bien leur rendre le service de jeter quelques lettres dans la boite de la pre- mière gare le train s'arrêterait.

VII

En admettant même que les combats li- vrés par l'armée de Versailles et que les tra- vaux d'approche du 2" siège n'eussent pas entraîné forcément la rupture des communi- cations postales entre Paris et toutes les li- gnes de chemins de fer autres que celles du Nord et de l'Est, il est indubitable que ces communications n'auraient pu fonctionner avec régularité sous un régime comme celui de la Commune. On verra, par les deux piè- ces que nous transcrivons ci-après, et dont nous empruntons le texte au Journal officiel de Versailles (24 mars et 2 avril), quel res- pect les agents du Comité central profes-

- Î75 -

saient pour la propriété privée et pour le se- cret des lettres ;

« Le train parti, aujourd'hui, à 4 heures « 3o minutes du soir, de la gare Saint-^ « Lazare pour Versailles , a été arrêté par « des fédérés, entre Batignolies et Clichy-Le" « vallois; ces individus ont visité les wagons « et enlevé le sac contenant des lettres.,. »

« La Compagnie de l'Ouest informe (! MM. les négociants-exportateurs qu'elle « ne répond plus des avaries que pourraient « éprouver les marchandises confiées à ses « gares de Paris, Batignolies et Vaugirard, a et qu'elle décline toute responsabilité pour a le retard que subirait l'expédition de ces « marchandises ; ses convois sont, à chaque « instant, visités, suspendus ou entravés par « des bandes de soi-disant gardes-natio- « naux, qui ouvrent les caisses, même celles « qu'on a munies d'un emballage intérieur, (( en zinc et en fer-blanc. , »

Pendant toute la durée du deuxième siège, et jusqu'à l'entrée des troupes dans la capi-

lyô

taie, les lettres et paquets continuèrent néan- moins de circuler entre Paris et Versailles, grâce à l'entremise de certains messagers- piétons qui, nantis de passe-ports délivrés par les ambassades et consulats étrangers, s'acquittaient des commissions que leur don- naient pour Paris les agences diplomatiques, et se chargeaient en même temps des lettres à eux remises par les personnes de leur con- naissance.

Ces messagers qui faisaient quotidienne- ment le trajet entre Versailles et Paris, une fois dans chaque sens , coururent sou- vent risque de la vie, exposés, comme ils l'étaient, au feu simultané de l'armée versail- iaise et des insurgés, et pouvant, à tout mo- ment, être arrêtés et fouillés par les soldats de Rossel ou de Delesciuze.

Notons ici, pour mémoire, qu'à son arri- vée à Versailles, l'Administration centrale des Postes avait été installée au rez-de-chaus- sée de l'aile sud du château, dans la partie du musée se trouvent réunis les tableaux

177

relatifs aux deux campagnes de Napoléon !<"■ en Italie (1796-1800).

Cette installation provisoire , faite au moyen de tables à tréteaux et de sièges d'or- dre composite, ressemblait un peu, comme toutes celles du même genre, à un bivouac administratif; mais elle ne nuisit en rien, hâtons-nous de le dire, à la prompte expé- dition des correspondances, et à la réorga- nisation des services, qui s'opéra dans d'ex- cellentes conditions.

CHAPITRE VII

LE TIMBRE-POSTE A BORDEAUX, 1 870-1 871.

I. Disette des Timbres-Poste causée par le siège de Paris. IL Le ministre des Finances auto- rise M. Steenackers, directeur général des Postes, à traiter avec M. Delebecque, à Bordeaux. m. Les types proposés. IV. Traité conclu. V. Règlement d'exécution. VI. Première planche imprimée; progrès rapide. VII. Or- dre de cesser la fabrication. Résultats généraux.

N histoire, il n'y a pas de fait sans inté- rêt. Le Timbre-Poste est un bien petit personnage; mais il a déjà ses annales et ses révolutions, depuis moins de trente ans qu'il a obtenu en France droit de cité; de là, il s'est fait cosmopolite.

Il nous a paru curieux de rechercher quel rôle avait eu le Timbre-Poste, au milieu du mouvement trop retentissant de la guerre et de la révolution de 1870. Le Siège de Paris lui avait fermé tout à coup les mille routes par lesquelles il se répandait chaque jour sur la France et dans le monde entier. Sans doute , il avait franchi maintes fois , lui If. II

I«2

aussi, les lignes ennemies, en ballon; mais pour la première fois, il risquait de paraître trop lourd, et les dépêches de photographie microscopique prenaient sa place. Il man- quait à tous les départements et ce n'était pas le moindre des éléments de cette vie que la capitale rayonnante envoie sans cesse autour d'elle. La fabrication du Timbre- Poste avait jusqu'à ce jour été concentrée dans Paris. Gomment allait-on remédier à cette disette imprévue ?

Une heureuse chance nous a mis en pos-= session de quelques documents précieux sur la réorganisation du service de l'affranchis- sement des correspondances par la Déléga- tion de Tours et de Bordeaux. Il était ur- gent, ici, comme sur tant d'autres points, de ressusciter des ressources tout à fait suppri- mées; il fallait donner satisfaction aux inté- rêts publics et privés, veiller sur un revenu du Trésor plus nécessaire que jamais, trou- ver un nouveau matériel de fabrication et tout un personnel d'agents habiles et dé-

i83

voués, prévenir les abus et la fraude. L'ac- tivité merveilleuse des hommes qui prirent à cœur cette modeste tâche se révélera d'elle- même dans notre récit.

II

Le Ministre des Finances chargea M. de Maintenant, Inspecteur général des Finan- ces, d'étudier la question. M. de Maintenant fit savoir aussitôt à M. Steenackers, le nou- veau Directeur-Général des Télégraphes et des Postes, que M. Delebecque, Directeur de la Monnaie de Bordeaux , pouvait se charger de l'entreprise . Le suppléant de M. Hulot était trouvé. Tout le monde se mit à l'œuvre.

Le 19 octobre 1870, une décision du Ministre autorise M, Steenackers à s'enten- dre avec le Directeur de la Monnaie de Ber- ceaux. Le 2 1 octobre, M. de Maintenant

i85

reçoit des instructions détaillées et une délégation pour agir au nom du Ministre. Le même jour, M. Lapouyade, Directeur des Postes du Département de la Gironde, est avisé qu'il devra remplir les fonctions de Garde-magasin des Timbres-Poste. Dans le même instant, M. Delebecque reçoit la let- tre suivante :

(c Monsieur,

« Monsieur de Maintenant, Inspecteur- ce Général des Finances, a fait connaître au « Ministre des Finances, que vous étiez en « état de faire fabriquer, dans un bref délai, « les timbres nécessaires à l'affranchissement « des correspondances.

« Une décision du Ministre, en date du 19 « octobre courant, m'autorise à m'entendre « avec vous pour que, vu l'urgence, la fabri- « cation commence le plus tôt possible.

« Le Directeur des Postes de la Gironde « devant remplir les fonctions de Garde-ma- « gasin des Timbres-Poste, je lui écris au-

i86

« jourd'hui une longue lettre qu'il vous « montrera et par laquelle je lui prescris de « s'entendre avec vous et avec M. de Main- ce tenant, pour arrêter les dispositions à « prendre, afin d'éviter la contrefaçon des « nouveaux timbres, et leur emploi après « qu'ils auraient servi.

« J'appelle tout spécialement votre atten- « tion sur ce point important et je ne doute a pas que vous ne trouviez des procédés de « fabrication qui enlèvent toute crainte à ce « sujet.

« Je vous remercie d'avance, Monsieur, « de tout ce que vous voudrez bien faire « pour venir en aide à l'administration dans « ces moments difficiles.

« Agréez

« Signé : Steenackers. »

m

Dès le 22 octobre, le Directeur des Pos= tes de la Gironde recevait de nouveaux avis par le télégraphe, et dans la journée, par le courrier, une lettre contenant le type de timbre adopté par l'administration. C'était un timbre envoyé de Paris et oblitéré à Tours.

La Monnaie de Bordeaux n'avait pas mis moins de promptitude à commencer l'exécu- tion de ses promesses. M, Steenackers avait déjà dans les mains et renvoyait, avec le type adopté, un modèle confectionné à Bor-

i88 -

deaux et à peu près semblable au timbre parisien.

K

A D

l^r modèle de Bordeaux. Timbre de Paris.

Pour que la ressemblance fût complète, il n'y avait qu'à supprimer sur le Timbre de Bordeaux, les quatre lettres, A, i D, - aux angles inférieurs, K, ■* X ^ aux angles supé- rieurs. Il y avait une importance de pre- mier ordre à maintenir une ressemblance absolue entre les timbres nouveaux et les timbres de Paris, L'adoption de l'effigie de la République, déjà mise en usage par la

1. Initiale du graveur M. Augé-Delille.

2. Delebecque.

3. Marque particulière aux monnaies frappées à Bordeaux.

4. Cette lettre désignait l'administration des Postes.

189

révolution de 1848, rendait la chose plus facile.

M. Steenackers, dans sa missive du 22 oc- tobre, prenait le signe de l'angle N, E. du timbre bordelais pour un dessin de fantai- sie; mais, comme on l'a vu à la page précé- dente, dont les indications nous été obli- geamment fournies par M. le Directeur de la Monnaie de Bordeaux, la lettre X dési- gnait l'administration des Postes.

IV

Le 3 novembre 1870, un traité en qua- druple expédition est signé, par MM. La- pouyade, Delebecque et de Maintenant pour arrêter les conditions de fabrication et d'exé- cution des Timbres- Poste :

« M. Delebecque s'engage à fabriquer c( jusqu'à concurrence de 4,000 feuilles de « 3oo Timbres-Poste par jour en suivant, « pour chaque catégorie de i, 3, 3, 4, 5, 10, « 20, 3o, 40, 80 centimes, les proportions a qui lui seront indiquées par l'adminis- « tration des Postes, moyennant le prix de a trente centimes par feuille de 3oo tim- tt bres ou un franc par mille timbres.

~ 191

a Le prix sera payé mensuellement, sur « mémoire arrêté entre MM. Delebecque <i. et Lapouyade.

« L'administration se réserve le droit « de cesser ses commandes, quand bon lui « semblera, et sans que M. Delebecque ait a droit à aucune indemnité relativement (( aux dépenses qua lui occasionnera son « outillage, dont la partie essentielle devra « être détruite, au jour fixé par l'adminis- « tration pour la cessation de la dite fabri- « cation.

« 4P Le Directeur est autorisé à fabri- cc quer par jour jusqu'à 4,000 feuilles de « 3oo timbres. Le chiffre de cette fabrication « pourra être élevé sur la demande du Di- « recteur des Postes, si les besoins l'exigent.

« La fabrication exigeant pour être régu- et lière un minimum d'approvisionnement « de 20 jours, il est accordé, à partir du jour « de l'avis donné au Directeur, un délai de « fabrication. Ce délai est fixé à 10 jours « seulement.

Î92

« Les mesures utiles seront concertées « pour éviter la contrefaçon, ainsi que le « lavage des timbres ayant déjà servi.

« La fabrication commencera le 5 no- ce vembre prochain et sera continuée sans « interruption.

« A l'appui du présent marché, il sera « joint un tableau indicatif des dispositions « de bureaux de fabrication et d'exploita- « tion, ainsi qu'un règlement administratif a déterminant l'ensemble de toutes les opé- « rations concertées d'un commun accord « pour les travaux d'ordre, de livraison et « de comptabilité, conditions auxquelles les « parties contractantes prennent l'engage- « ment réciproque de se conformer ponctuel- « lement. »

Nous avons sous les yeux le plan des ate- liers dressé d'après les conventions de l'arti- cle 6. La reproduction de ce plan n'aurait pas un grand intérêt. Nous y remarquons la chambre isolée du graveur, la grande salle des impressions, la salle du ponçage des pierres, celles de gommage et de séchage des tim- bres, enfin le bureau du contrôleur, à côté du magasin voûté.

Le règlement de détail, signé le même jour pour servir à l'exécution du traité, pré- voit successivement toutes les questions concernant le personnel, le local, le maté- riel, la fabrication, l'exploitation, les écri-

194

tures, la comptabilité, Texpédition des Tim- bres-Poste et des chiffres-taxes, les impri- més.

Une commission de contrôle permanent est établie à Bordeaux et ses attributions sont fixées avec la plus grande précision dans les détails. Elle fonctionne sous les ordres du Directeur des Postes de la Gironde , qui peut se faire représenter par le contrôleur des Postes de son département. Elle se com- pose, outre ces deux personnes , de M. de Maintenant, Inspecteur-Général, de M. Pé- ligot, chimiste, de MM. Morin et Ladoux, commis de direction , de deux brigadiers et d'un gardien j désignés aussi nominative- ment.

De son côté, M. Delebecque doit remettre à M. le Garde-Magasin, c'est-à-dire au Di- recteur des Postes de la Gironde, nommé à ces fonctions, par lettres du 19 et du 21 octobre, une liste du personnel de ses ateliers. Il ne pourra admettre dans les lo- caux affectés à la fabrication aucun em-

igS

ployé étranger à cette liste. Les ateliers se- ront ouverts pendant dix heures en été et neuf heures en hiver. Pendant leur ferme- ture, l'une des clefs reste entre les mains du Garde-Magasin , l'autre est conservée par le Directeur de la fabrication.

M. Delebecque a le monopole de la fabri- cation. Les nouveaux timbres conserveront la dimension et les couleurs des timbres ac- tuellement en usage. Le pointillage qui sé- parait les timbres antérieurement fabri- qués n'est point exigé.

Le papier servant à la fabrication est fourni par M. Delebecque qui le reçoit de la maison Lacroix, d'Angoulème, et ne peut en commander à un autre fabricant, sans intervention du Garde-Magasin. La livraison des feuilles n'est faite qu'avec les précautions les plus minutieuses. Tous les instruments et outils de fabrication et d'ex- ploitation sont soumis à la surveillance la plus active et la plus sévère.

L'expédition des timbres et des chiffres-

ig6

taxes n'a lieu qu'en présence des deux con- trôleurs, des brigadiers, du gardien, tous spécialement désignés. Il en est de même pour l'entrée des feuilles en magasin.

La situation du magasin est établie cha- que jour; la situation générale, tous les quinze jours; l'indemnité due à M. Dele- becque réglée et payée tous les mois, sur la production d'un mémoire en double expédi- tion.

La conservation et le classement de tous les documents composant les archives du service sont dans les attributions du Garde- Magasin et des contrôleurs.

Tel est le résumé de règlement minutieu- sement élaboré; il ne nous reste qu'à cons- tater les résultats donnés par cette entre' prise temporaire.

VI

La première pianche qui fut imprimée provenait d'une matrice faite à la plume et représentant un timbre de 20 centimes, au type de la République française ^. Cette planche offrait de grandes difficultés dans les reports; on dut alors graver sur pierre, au moyen de la pointe d'acier et du dia- mant, neuf matrices représentant les di- verses catégories de Timbres-Poste . i, 2, 4, 5 centimes, 10, 20, 3o^ 40, 80 cen- times. Ces matrices servirent à faire des planches complètes de chaque catégorie ,

I. Ce sont les timbres classés dans les collec- tions, comme type n" i.

198 "

contenant chacune 3 00 timbres. Ces plan- ches s'imprimaient suivant les diverses cou- leurs afférentes à thaque valeur de timbre et elles étaient renouvelées chaque fois que le tirage en avait affaibli la pureté.

Voici la manière dont il fallait procéder : on tirait, sur papier de chine préparé pour re- ports, i5 petites figures avec lesquelles on formait une première planche servant de deuxième matrice. Cette planche de 1 5 fi- gures était alors tirée également sur chine à 2 o épreuves, qui, réunies, formaient la planche entière de 3 00 figures, disposées en deuxdemi- feuillesde i5o figures chacune. On décalquait cet ensemble sur une pierre lithographique parfaitement préparée, et, au moyen de l'acide et de la gomme, on fixait entièrement le re- port , qui alors était livré à l'imprimeur 5 pour en faire le tirage.

Le papier servant à l'impression provenait des ateliers de M. Lacroix, d'Angoulème. Il était de différentes teintes, suivant chaque catégorie, et avant d'être livré à l'ouvrier

199

imprimeur, il subissait une première pré- paration d'un enduit invisible appelé ^ré- servatif contre la contrefaçon. Chaque feuille de papier était timbrée par les em-- ployés contrôleurs de l'administration des Postes.

Outre les neuf matrices servant aux di- verses catégories, il y en avait une dixième appelée chiffre-taxe, ï5 centimes. Elle s'im- primait en noir sur papier blanc ordinaire et sans aucune préparation.

Dans cette fabrication il est nécessaire de tenir compte des difficultés sans nombre qu'il fallut surmonter. Le gouvernement siégeant à Bordeaux, la Chambre des Députés enfin réunie et les journaux absorbaient tous les gens de métier et le matériel des presses était insuffisant. On dut plus d'une fois opérer avec de vieilles presses mises hors de service, chaque imprimerie ne voulant céder son matériel à aucun prix. Les couleurs étaient introuvables, et pour les composer, ce n'était pas trop de l'habileté, des conseils

200

et de l'active sollicitude de M, Péligot, membre de l'Institut, chargé de la surveil- lance des travaux.

Dans tout autre moment, et avec les pro- cédés ordinaires de l'imprimerie, on aurait réussi à fabriquer avec la même perfection qu'à Paris.

VII

Le 4 mars 1871, M. Lapouyade, Direc- teur des Postes de la Gironde, écrivit à M. Delebecque :

« Monsieur, j'ai l'honneur de vous aviser « officiellement que l'Administration a dé- (( cidé la cessation immédiate de la fabrica- « tion des Timbres-Poste et qu'en vertu des « articles 3 et 4 de la convention du 3 1 « octobre dernier, le délai de 10 jours qui « vous est accordé à titre de prorogation « convenue commencerait à partir de de- ce main. »

Le 18 mars, arriva à Bordeaux l'ordre dé- finitif de cesser toute fabrication. Toutefois

202

ce fut seulement le 12 août suivant que le Directeur-Général des Postes fit procéder à la destruction de toutes les matrices. L'in- surrection qui avait tenu Paris en captivité, pendant deux mois et demi, avait failli ren- dre encore nécessaire le recours à une fa- brication en dehors de la capitale.

La fabrication des Timbres-Poste avait duré un peu moins de cinq mois. Le tableau suivant en présente les résultats i

1 CENTIM.

24.471.375

20 CENTIM.

b2.44S.17S

2 CENTIM.

8.882.475

4 CENTIM.

4.233.975

5 CENTIM.

6,393.825

10 CENTIM.

17.801.075

30 CENTIM.

2.935.875

40 CENTIM.

3.296.025

80 CENTIM.

2.338.575

Chiffrei-Taaes

15 CENTIMES

à percevoir

2.588.700

C'est un chiffre total de 125,387,075 Timbres produits. Le premier mois qui inaugure, le cinquième qui clôt un peu brusquement ont une part plus petite.

Nous ne tirons aucune conclusion de ce récit; les événements exceptionnels et im-

2o3

prévus y gardent une trop grande place. Mais l'épreuve est bonne et l'expérience acquise.

CHAPITRE VIII

LE TIMBRE-POSTE AUXILIAIRE DE L'HISTOIRE ET DE LA GÉOGRAPHIE.

I. Ordre chronologique de l'adoption du Timbre- Poste : en Europe. II. En Afrique. IIL En Asie. IV. En Océanie. V. VI. Dans les deux Amériques.

LE Timbre-Poste a maintenant atteint sa 36* année et sa fortune est faite, sa re= nommée sans reproche; il a rendu et il rend chaque jour les services les plus sérieux aux particuliers comme aux États. Le monde entier est devenu son empire. Il a ses an- nales historiques et géographiques.

Europe.

Contentons-nous de suivre ses progrès, année par année, en commençant par l'Eu- rope.

1840. Grande-Bretagne.

1843. Canton de Zurich.

1844. Canton de Genève.

1845.

i85o.

f85i,

208

Finlande. Canton de Bâle.

1848. Russie. France.

1849. { Bavière. Belgique. Espagne.

Suisse. Toscane. Autriche. Lombardie. Saxe. Prusse.

Schleswig-Holstein . Hanovre. Italie. Danemark. Bade.

Wurtemberg. Oldenbourg. l Modène. i852. Tour et Taxis.

( (pour l'Allemagne N. et S.)

209

Brunswick.

Etats de l'Eglise.

i852. 1

' Pays-Bas,

Parme,

' Luxembourg,

i853.

Portugal.

1854.

Norwége ,

i855.

Brème. Suède.

i856.

Mecklembourg-Schwerin.

Naples.

i858. <

Pologne.

Moldavie.

' Sicile.

Hambourg.

1859. {

Lubeck.

Iles Ioniennes.

1

[ Romagne.

1860.

Malte.

1861. ,

1

Grèce.

1 Ville de Bergedorf.

1862.

Livonie (cercle de Wenden)

1862.

Moldo-Valachie.

210

i863. Turquie.

iHolstein, Schleswig. Mecklembourg-Strélitz.

1866. Servie,

1867. Héligoland.

1868. Allemagne confédérée du Nord. 1870, Alsace et Lorraine.

Hongrie.

1871. ,

Allemagne (Empire) .

1 874. Monténégro.

1875. Islande.

Ainsi, en 35 années, tous les Etats de l'Europe, la Turquie elle-même ordinaire- ment rebelle aux institutions européennes, ont reconnu la nécessité de l'emploi du Tim- bre-Poste. Et partout il a donné le signal d'un prodigieux développement des cor- respondances privées, par l'abaissement des taxes, en même temps qu'il a accru les re- venus produits par le monopole du trans- port des lettres.

II

Afrique.

Colonies anglaises :

Ile Maurice. (1847);

Le Cap (Bonne-Espérance) (i853);

Ile Sainte-Hélène (i856);

Port-Natal (1857);

Sierra-Leone (1861);

Gambie (1869);

Lagos (1874);

Côte-.d'Or(i875).

Colonie française : Ile de la Réunion (i852).

21 2

Colonies portugaises :

Iles Madère (1868);

Iles Açores (1868);

Angola (1869);

St. -Thomas et Prince (1869),

Colonie espagnole : Fernandô-Po (i868).

Etats africains :

Libéria (1860);

Egypte (1866);

République Sud Afrique (1867) ;

République du Fleuve Orange (1868).

III

Asie.

États asiatiques :

Décan (1866); Kachmyr (1866); Japon (187 1) ; Empire de Perse (1872); Caboul (1873); Pendjab (1875).

Colonies anglaises

Indes anglaises (1854); Ceylan (1857); Hong-Kong (1862);

214 "~

Shanghaï (1866); Malacca (1867).

Colonies hollandaises Indes néerlandaises (1864),

Colonies portugaises : Indes portugaises (1872).

IV

Océanie.

Iles Sandwich ou royaume d'Hawaï (i852) ; Iles Philippines, à l'Espagne (1854) ; Nouvelle-Zélande, à l'Angleterre (i855); Nouvelle-Calédonie, à la France (1860); Sarawak (1866) ; Fidji (1872).

Australie anglaise :

Nouvelle-Galles du Sud (i85o); . Victoria (i 85 1);

Ile de Tasmanie ou de Van Diemen( 1 85 3) ; Australie occidentale {1854); Australie méridionale (i855); Queensland (1861).

Amérique du Nord.

Possessions anglaises :

Canada (i85i) ; Terre-Neuve (iSSy); Nouveau-Brunswick (iSSy); Nouvelle-Ecosse (i858) ; Prince Edouard (1861) ; Colombie britannique (1861); Ile Vancouver (186 5).

États Américains :

États-Unis d'Amérique (1847); États confédérés d'Amérique (18/1] Mexique (1857); Guadalajara (Mexique) (1867 ;

h

Amérique Centrale : République Dominicaine {1862).

Antilles espagnoles : Cuba et Porto-Rico (i855).

Antilles danoises :

Iles danoises des Indes occidentales j o/-

\ 1800. St-Thomas, Ste-Croix et St-Jean j

Antilles anglaises :

Trinité (i85i); St-Vincent (1861);

Barbade (1852); Antigoa (1862); Ste-Lucie (1859); Turques (i863); Bahames (1859); Bermudes (i865); Jamaïque (1860); Vierges (1866); Grenade (1860); St-Christophe (1870); Nevis (1861); La Dominique (1874).

i Honduras britanniqu.e(i865); Honduras (1866); Costa-Rica (1862) ; San-Salvador (1867);

V '

( Nicaragua (1

1 Guatemala (1871).

VI

Amérique du Sud.

États américains :

Empire du Brésil (1843); Chili (i852); Uruguay (i856) ; Pérou (1857);

République Argentine (i858); Buenos- Ayres (i 858) ; Corrientés (Argentine) (i858) ; Venezuela (1859); Nouvelle-Grenade (1859) ; Cordoba (Argentine) (1860); États-Unis de Colombie (1862); Bolivar (Colombie) (i863);

219

Equateur (i 865);

Bolivie (1867) ;

Tolima (Colombie) (1868?);

Antioquia (Colombie) (1869?).

Cundinamarca (Colombie) (1870);

Paraguay (1870),

Colonies étrangères:

Guyane anglaise (i85o); Guyane hollandaise (1873); Curaçao, à la Hollande (1873).

CHAPITRE IX

LE TIMBRE-POSTE DANS LES ETATS DE L'EUROPE OCCIDENTALE

l. Angleterre. II. Colonies anglaises en Eu- rope. — III. France : Vicissitudes des effigies. IV. Belgique, Pays-Bas, Luxembourg. V. Suisse. VI. Espagne. Portugal. VIL Italie : ses révolutions postales suivant ses révolutions politiques.

L'Angleterre a droit à la première place dans cette revue. C'est à son génie pra- tique qu'est due la création du Timbre- Poste; d'autres peut-être y avaient pensé; la première, elle l'a adopté, et lui a donné son essor. Nous croyons l'avoir prouvé dans notre étude sur les origines du Timbre- Poste.

Nous avons raconté comment parut, au i3 mai 1840, grâce à M. Rowland-Hill, le premier timbre à un penny, noir; le mois de juillet de la même année vit naître le 2 pence ^ bleu foncé. L'année 1841, en

224

janvier, donna naissance au timbre d'un penny, rouge, au 2 pence, bleu, et plaça à cette dernière valeur des lignes blanches au-dessus et au-dessous de l'effigie de la reine. En 1842, naissent le 6 pence, violet; le 10 pence, brun, et le i schilling, vert. L'année i85o se contente de reprendre les timbres de 1840 et 1841. L'année 1854 agrandit la couronne qu'on voit en filigrane dans les premiers types et crée \e penny, rouge amarante; i855, le /\. pence, rose vif, avec fil jarretière; i856, les 6 pence lilas et le shilling, vert-clair avec fleurs héraldiques, rose, chardon et trèfle; 1862 est plus riche encore : 3 pence rose, 4 pence vermillon, 9 pence, brun-clair. En 1867, les nuances se multiplient : 3 pence rose vif, 3 pence rose pâle, 6 pence lilas pâle, 6 . pence lilas vif; un shilling vert, un autre vert- pâle, un 3""^ vert-jaune; 2 pence bleu-pâle, 2 pence bleu foncé. La même année on crée trois valeurs nouvelles : 10 pence, brun- rouge ; 2 shillings, bleu ; 5 shillings, rose;

225

en 1869, paraissent le 1/2 penny (half penny) rouge et le 1/2 pence, même couleur. En 1872, le 6 pence est imprimé en brun^ cou- leur qui se trouve modifié en gris-vert en 1873.

i3.

II

Nous retrouverons les timbres de l'Angle- terre dans toutes les parties du monde . Ajoutons seulement à cette première énu- mération les variétés qui appartiennent à ses colonies européennes.

Héligoland, cette île située à l'embou- chure de l'Elbe, dont la mer ronge sans cesse les rivages, compte en 1867 quatre timbres à l'effigie de la reine : 1/2 schil- ling vert et rouge; i schilling, rouge et vert; 2 schillings, vert et rouge ; 6 schil- lings, rouge et vert.

Les îles anglo-normandes ne paraissent faire usage que des timbres de la Grande-

227

Bretagne. Gibraltar, de même, Malte n'en inaugure l'usage qu'en 1860 par le 1/2 penny bistre dont la nuance varie à chaque tirage. C'est un timbre de correspondance intérieure; au dehors, on emploie les tim- bres anglais.

Les Iles Ioniennes, rendues au royaume de Grèce depuis 1864, ont eu, jusqu'à cette année, des timbres particuliers qui sont au- jourd'hui des souvenirs du protectorat exercé sur elles par l'Angleterre. Ils ont trois cou- leurs '. jaune pour i obole; bleu pour 2 obo- les; rouge pour 4 oboles 1,

I. L'obole vaut 5 centimes i/4, cent oboles font 5 fr. 25.

III

La France a mis dix ans, à peu près, à suivre l'exemple de l'Angleterre, et c'est au milieu d'une révolution qu'elle s'est décidée. Elle est si souvent leurrée par les belles pro- messes que lui prodiguent ses législateurs, qu'elle est devenue défiante.

Le premier timbre français est républi- cain... du lendemain, il est vrai; car la Ré- publique, lorsqu'il parut, régnait déjà de- puis dix mois, mais elle venait de nommer Président le prince qui conspirait déjà pour l'étouffer, l'héritier du César moderne. Ce timbre portait une effigie inoffensive et at- trayante; ce n'était pas la tête au bonnet

22g ~

phrygien popularisée par nos gros sous encore en circulation et qui rappelait de lugubres souvenirs; c'était une figure toute poétique, sous laquelle on pouvait mettre le nom de Liberté ou celui de République.

Le timbre de 20 centimes, noir, émis le i" janvier 184g, eut aussitôt pour compa- gnon le timbre ai un franc, vermillon. La même année produisit, en août, le timbre à' un franc, carmin pâle ; en décembre, le 40 centimes orange et le timbre à'wî franc, carmin foncé.

L'année suivante, les nécessités du budget firent élever la taxe des lettres simples de 20 à 25 centimes. Alors, parut le 2 3 centimes ^ bleu foncé; et successivement, le 25 centimes bleu clair, le i5 centimes vert^ le 10 cen- times jaune brunâtre. La couleur de ce tim- bre étant préparée au mercure, on fut obligé de le changer rapidement, parce que cette préparation était nuisible à la santé des ouvriers.

La loi du 23 mai i85o promettait des

23o

timbres de 5o centimes; l'émission n'eut pas lieu.

La transformation politique que tout le monde prévoyait, que les politiques d'aven- ture appelaient de leurs vœux , commença par l'humble timbre-poste, qui n'en pouvait mais. La belle effigie féminine disparut pour faire place au profil césarien; c'était annoncer que la République ne tarderait pas à être contrainte de céder la place à l'Em- pire. Un courtisan désintéressé des tim- bres-poste emprunte à ce propos fort spiri- tuellement le vers suivant au poëte qui allait être l'ennemi le plus irréconciliable du nou- vel usurpateur i

Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte.

Le 2 5 centimes bleu^ à l'effigie du prési- dent, est du 12 août i852 ; le lo centimes jaune paraît au mois de septembre suivant.

A la fin de la même année, l'Empire est fait. Les timbres de la période impériale ne commencent pourtant qu'au mois d'août

23ï

1853, avec le lo centimes, jaune. Viennent successivement: en i853, un franc, carmin foncé; 40 centimes, vermillon; i5 centimes, bleu; en 1854 : 20 centimes, bleu; 80 cen- times, carmin foncé ; 5 centimes, vert; en 1860, le 80 centimes, carmin clair ; un cen- time vert-bron'^e. En i863, nous avons : 2 centimes, brun; 4 centimes, lilas, inau- gurant le type à l'effigie laurée de l'empe- reur. La série se complète en 1867-68 par l'apparition des ro, 20, 3o, 40 et 80 cen- times. Enfin, en 1869 paraît le timbre oblong, lilas, de 5 francs.

L'Algérie n'est qu'une France africaine, et elle emploie les timbres de la métropole. Les autres colonies françaises ont leur timbre avec l'aigle impériale couronnée; en 1860, le 10 centimes, jaune; /e 40 centimes, vermillon; en 1862, I centime, vert-bro72\e ; 5 centimes, vert', en 1866, 20 centimes bleu, 80 centimes carmin. Depuis 1871 on se sert des timbres de la métropole, mais non dentelés.

L'Empire n'était pas resté longtemps fi-

232

dèle à ses promesses de paix. L'aigle préfère le laurier à l'olivier ; on ne saurait dire pour- quoi. L'aigle se plaçait, en 1 860, sur les tim- bres destinés aux colonies. En souvenir de deux guerres heureuses, le laurier, à partir de i863, orna la tête de Napoléon IIL La série des effigies laurées se prolongea jus- qu'en 1870, sans être interrompue par nos malheurs au Mexique. Des désastres, plus terribles, nous frappant de plus près y mi- rent fin. Le laurier manque à un seul timbre, au 5 centimes, vert, qui a été gravé et tiré, mais non mis en circulation.

La République a ramené l'effigie de la Li- berté qui a partout repris sa place, dans tous les types, sur toutes les nuances, à toutes les taxes.

IV

Belgique, Pays-Bas, Luxembourg et Suisse.

La Belgique, qui n'a pas voulu demeurer unie aux provinces protestantes des Pays- Bas, et qui n'aspire pas aussi vivement que les uns le souhaitent ou que d'autres le crai- gnent, à se fondre dans l'unité française, adopta le timbre-poste, six mois après la France (27 Juin 1849), Monarchie consti= tutionnelle, elle devait déjà 17 années de paix et de prospérité à son premier roi, Léopold I^^' ; l'effigie de ce prince parut d'abord sur deux timbres : 10 centimes briin-noir ; 20 centimes bleu clair ou bleu

234

foncé. L'année suivante, elle fut placée dans un encadrement ovale : lo centimes^ brun; 20 centimes, bleu; 40 centimes rouge et

1 centime, vert, en 186 1.

C'est seulement en i863 que les timbres belges commencent à présenter une plus grande variété : du timbre vert d'un centime, nous avons les nuances : vert, vert foncé, vert-clair^ vert-olive; du bistre de 10 cen- times : bistre-noir, bistre-foncé; du bleu de 20 centimes : bleu foncé, bleu-pdle; du carmin de 40 centimes : carmin pâle, carmin foncé. En i865 paraissent les timbres gra- vés à Londres : 10 centimes, gris; 20 cen- times,bleu ; 3 G centimes, bistre; 40 centimes, carmin; i franc, lilas ; de nombreuses nuances en 1866 et 1867. En 1866 des timbres aux armoiries : i centime, gris ;

2 centimes, bleu; 5 centimes, bistre. L'effigie de Léopold P'' est conservée deux

années entières après sa mort. Avec celle de Léopold II sont émis en 1869-70 : 10 cen- times., vert ; 20 centimes, bleu; 3o centimes,

235

ambre; 40 centimes, carmin ; i franc violet^ et des timbres de journaux aux armoiries de I, 2, 5 et 8 centimes. Après l'émission de timbres-taxes de 13 et 20 centimes en août 1870, paraissent en 1878 une enve- loppe à 10 centimes tt en 1875 deux timbres de 2 5 et 5 o centimes., à Teffigie du roi.

Les timbres des Pays-Bas datent du le' Janvier 1 852, et sont à l'effigie du roi Guillaume III ; un cor dans le papier rap- pelle les anciens attributs de la poste. La taxe est comptée par cents ; 100 cents valent 2 fr. 10. Ils présentent, de i852 à 1864, trois nuances de 5 cents^ bleu, bleu foncé, bleu-pâle; deux nuances de i o cents, rouge et rouge-vif; deux nuances de 1 5 cents, orange et orange foncé. Les années 1867, 1868 et 1869, accroissent le nombre de timbres: 5 cents, outremer pâle et outremer vif; i o cents rouge carminé ; i 5 centimes, roux et roux foncé; 20 cents, vert et vert foncé; 25 cents, violet; 5o cents, or et or foncé ; i cent, noir; 2 cents, jaune. Les années 1869 à 1871 ap-

236

portent : 1/2 cent, bistre; i cent, vert pâle; I 1/2 cent, rose; 2 cents, jaune; 2 1/2 cents, violet: 2 1/2 cents, violet-rouge. En 1872, l'effigie du roi Guillaume II î est placée dans un cercle perlé et inaugure le 2 î/2/lorins^ carmin, centre bleu.

Le Luxembourg fait partie des posses- sions néerlandaises; mais S. M. le Roi des Pays-Bas n'a, dans le Luxembourg, que le titre de Grand-Duc. Les premiers timbres, en i852, portent son effigie. A partir de ïSSg, elle est remplacée par les armes de Luxembourg. La taxe est comptée par cen- times jusqu'à I franc, comme en France et en Belgique, sauf pour trois timbres desti- nés exclusivement aux correspondances avec l'Allemagne: 1,2, 3 silbergroschen{\2 1/2, 23 et 37 cent. 1/2).

La Suisse est liée étroitement à la France par des parties toutes françaises, comme la Belgique et le Luxembourg. Trois cantons suisses : Zurich, Genève et Bâle, ont de- vancé la France dans l'adoption du timbre- poste. Le reste de la confédération helvé- tique n'a suivi l'exemple qu'en i85o,

Zurich , en émettant le premier timbre suisse, trois ans après l'Angleterre (1840- 1843), se contente modestement de lignes rouges verticales couvrant tout le timbre. La taxe seule distingue le timbre local, 4 centimes, du timbre cantonal , 6 centimes. On comprend quelquefois dans les timbres

238

de Zurich le timbre dit de Winterthur por- tant un cor de postillon avec croix blanche sur champ rouge ( 1 8 5 o) ,

Genève, dans ses premiers types, garde ses armoiries : à droite, une clef; à gauche, un aigle couronné (1844) ou non.

Bâle (1845) a de même sa colombe blan- che en relief sur écusson rose.

Dès i85o, l'administration fédérale crée des timbres à croix blanche sur fond rouge, mais distingue ceux des cantons allemands et ceux des cantons français. En 1854, elle adopte pour toute la Suisse un type uniforme avec l'effigie de la Liberté, de face et à relief. En i863, les timbres de ce type ont cédé la place à une autre série l'effigie de la Liberté est tournée vers la gauche. Les couleurs des 10 et 3o rappen sont changées en 1869, et on émet cette même année une valeur nouvelle de 5o rappen et des enveloppes timbrées de 5, 10, 25 et 3o rappen. En 1868 un 25 rap-

239

pen, en 1874 un 2 rappen bistre, en 1875 i5 rappen jaune-serin, viennent augmenter la série des timbres en usage. L^emploi des bandes timbrées commence en 1871.

VI

Espagne j Portugal.

L'Espagne a suivi de près la France et ne s'est pas montrée d'abord disposée à rompre avec la tradition monarchique comme sa puissante voisine, encore républicaine pour un temps. L'effigie de la reine Isabelle II est la première marraine du timbre^^poste espagnol; elle ne varie que par des détails qui n'en amoindrissent pas le respect. En i850j la figure est tour à tour à gauche ou à droite dans un encadrement carré; la cou- ronne royale et les larges bandeaux de la chevelure, laissant apercevoir l'oreille, ne varient guère. En i85i, la figurine est à

241

droite , l'encadrement ovale , la couronne royale remplacée par une couronne de perles, l'oreille cachée par un bandeau plus large. En i852, le cadre est rond, l'oreille continue à être cachée, le chignon (il faut tout dire) est plus accusé et le diadème plein a remplacé la couronne à fleurons. En i853, le chignon est plus petit, l'oreille reparaît et la couronne royale aussi. Trois autres effigies de la reine Isabelle II, ne portant point de dates, méritent encore d'être signa- lées : l'une porte la couronne de laurier couverte sur les côtés par un bandeau crêpé, le ruban tombant sur le col comme dans les médailles romaines ; l'autre a la cou- ronne royale et une mèche bouclée pendant sur la nuque ; la troisième porte une cou- ronne de larges bandeaux crêpés, un chi- gnon en torsades, et un ruban flottant qui rappelle la médaille^

Dans la collection des timbres espagnols, il ne faut pas croire que l'ours montant à l'arbreet les armoiriesparticulières marquent H. 14

242

une opposition à l'effigie royale. L'ours ap- partient aux armes de Madrid et le timbre à Tours est destiné à la circulation de la capitale. Les timbres à armoiries sont à l'usage de l'administration.

Nous ne nous occupons toujours que des timbres de la Poste aux lettres. Les révolu- tions les plus triomphantes sont aujourd'hui obligées de compter avec eux. Les timbres fabriqués à l'avance constituent un trésor que les révolutionnaires ne dédaignent pas plus que celui de la monnaie. Le radical le plus acharné contre une dynastie ne répugne pas à faire entrer dans ses poches le plus grand nombre possible des effigies sonnantes et trébuchantes du souverain régnant; c'est en cela qu'il se rapproche de tout le monde. Les chefs de la révolution de 1868 trouvè- rent un moyen ingénieux de remettre en circulation l'effigie de la Reine proscrite, en frappant le timbre d'une surcharge noire. Était-ce en signe de deuil ? Au mot habili- tado, qui donnait le nouveau passeport, on

243

ajouta d'abord j7or la Juntarevolucionaria, un peu plus tard, por la nacion.

Cette sage économie se prolongea jusqu'à la fin de 1869, sans rendre beaucoup de par- tisans à la reine déchue. De 1870 à 1872, toute une série de timbres aux nuances les plus variées porta une figure allégorique de l'Espagne. En 1872, l'allégorie céda la place à l'effigie moins mythologique du roi Amé- dée ; mais ce prince se lassa, avec quelque raison, de ses vains efforts pour rendre l'Espagne heureuse malgré elle. La Répu- blique a eu son tour, ramassant le fardeau que le roi Amédée avait laissé tomber. Un premier prétendant, don Carlos, a com- mencé à lui disputer l'Espagne ; s'il n'a pas trouvé tous les partisans qu'il espérait voir accourir sous sa bannière, il n'a pas tardé à recevoir des offres de modèles de timbres à son eflfigie ; il a lui-même choisi un type ; la fabrication a eu lieu, dit-on, à Rayonne. Ce timbre a déjà ses contrefaçons et peut- être son existence sera-t-elle plus longue

244

que celle du parti qui l'a enfanté au milieu de la guerre civile. Depuis, le tour est à Sa Majesté Alphonse XII !

Le Portugal, plus heureux dans son isole- ment, a vu successivement, sans révolution, l'effigie de la reine Maria II (i853) à gau- che, remplacée par celle de don Pedro V, à droite (i855), les cheveux plats, puis en i856, les cheveux bouclés; en 1862, effigie du roi Louis I", à gauche; en 1866 et 1871, cette effigie se retrouve sur les timbres de ces émissions.

vn

Italie.

Chercher les annales des timbres italiens, c'est faire l'histoire de la Péninsule depuis 2 5 ans; et jamais période ne fut plus féconde en faits dignes d'intérêt. Une simple obser- vation suffit : au début, l'Italie est encore livrée à l'étranger et profondément divisée; à la fin, son unité politique est fondée. Com- mençons donc par le royaume de Piémont et Sardaigne et suivons ses progrès.

Nous avons dit ailleurs comment l'Italie avait failli devenir la mère-patrie du timbre- poste. La maison de Savoie avait de hautes des- tinées pour se consoler de cet ajournement.

■™ 246 ~

Elle adoptepourtant le Timbre-Poste à la fin de i85o; c'est pour cela que plusieurs cata- logues placent la première série des timbres italiens au 1^'' janvier i85i. L'effigie de Vic- tor-Emmanuel est la première; elle restera la dernière, ajoutant aux victoires du champ de bataille les victoires souvent plus dura- bles de la conciliation. Les timbres ne va- rient que par la taxe et la nuance. La mous- tache guerrière du roi ne change ni avec l'âge ni avec la fortune; la tête fière et hau- taine n'a pas pris la couronne de lauriers; c'est que Magenta et Solferino ont donné à la France Nice et la Savoie ; c'est que la conquête de Naples a été faite par un lieu- tenant aventureux; c'est que la journée de Custozza n'est pas la vraie cause de l'ac- quisition de la Vénétie ; c'est enfin que l'entrée du roi, à Rome, heureusement, n'est pas due à un exploit guerrier.

Rappelons en passant quelques essais pour substituer à l'effigie royale une figure allégorique de l'Italie et même des armoi-

~ 247 -^

ries. La figure de Victor-Emmanuel a paru, en définitive, suffire à personnifier l'Italie nouvelle.

La Lombardie et la Vénétie ont donc mis en usage les timbres de l'Empire autrichien, l'aigle à deux têtes et l'effigie de François- Joseph, avant d'entrer dans l'unité italienne, l'une en iSSg, l'autre en 1866. La princi- pauté de Parme a gardé sa fleur de lys sur- montée d'une couronne jusqu'en 1859 et la principauté de Modène son aigle couronné. Le lion des armoiries de Toscane n'a été remplacé qu'en 1860 par la croix de Savoie, qui a elle-même cédé la place à l'effigie du roi d'Italie.

Les Romagnes ont connu d'abord les tim- bres des États de l'Eglise (i 852-1 860) ; en 1860, elles ont eu un timbre provisoire et bientôt ceux du royaume italien.

A Napies et en Sicile, on parut hésiter d'abord à livrer l'effigie du roi aux coups de l'oblitération, et les armoiries eurent la pré- férence. Enfin, en iSSg, Ferdinand II con-

248

sentit à y exposer sa tête. Puis vinrent des timbres provisoires , et enfin l'Italie prit possession. La croix de Savoie prend succès- sivement la place du lion de Toscane, de l'aigle de Modène , des fleurs de lys de Parme. Mais les mots poste estensi, pro- vincie modonesi, et sur une planche les traces demeurées des armoiries des Deux- Siciles sous la gravure nouvelle de la croix savoisienne, sont autant de signes de la brusque révolution.

Le pape demeurait seul en présence du roi de la Péninsule demandant Rome pour capitale. Le Timbre-Poste pontifical avec les clefs de Saint-Pierre et la tiare antique des vicaires de Jésus-Christ protestait contre l'invasion des timbres italiens; son domaine se rétrécissait chaque Jour; mais il restait debout, avec ses symboles sacrés, sans effigie, comme pour déclarer qu'il n'émanait pas d'une autorité humaine et périssable.

CHAPITRE X

.E TIMBRE-POSTE DANS L'EUROPE DU CENTRE, DU NORD ET DE L'EST

L Allemagne du Nord et Prusse. IL Les Villes Libres. IIL Office de Tour et Taxis. IV. Alle- magne du Sud. V. Suède et Norwége. VI. Finlande, Pologne, Russie. VIL Empire d'Autriche. VIIL Roumanie, Servie, Grèce, Turquie.

Allemagne du Nord et Prusse.

L'histoire du Timbre-Poste en Allema- gne offre à l'origine une variété un peu confuse qui rappelle la vieille histoire na- tionale. Pour y mettre un peu d'ordre il faudrait suivre la chronologie donnée plus haut. La géographie nous fait une loi de respecter la distinction établie entre l'Alle- magne du Nord et l'Allemagne du Sud.

La Prusse j dont les rois parvenus du xvm^ siècle ont emprunté à Louis XIV de France , le Grand Roi moderne, le fanatisme du droit divin, et mis sur le

\

252

compte de la grâce de Dieu les conquêtes dues à la force et à l'intrigue, adopte, en i85o, et garde jusqu'en 1860, l'effigie du roi Guillaume IV avec une couronne de lau- riers en filigrane, sans doute pour présager à ce prince un avenir digne de ses aïeux. En 1861, l'effigie royale est remplacée par l'aigle prussien, à deux têtes.

La Saxe dans son premier type (i85o) se contente d'un chiffre de taxe dans un carré. Mais, en face de la Prusse envahissante, elle a besoin de proclamer son entité monar- chique. Dès la même année, un autre type porte l'effigie du roi Frédéric-Auguste. Un 3me type, en 1854, porte les armoiries na- tionales. En i855, l'effigie du roi Jean rem- place celle de Frédéric-Auguste. En 1866, la Saxe est absorbée dans la confédération du nord; en 1870, dans le nouvel Empire allemand.

La Prusse entraînait déjà dans son mou- vement les petits Etats gravitant autour d'elle. Les Duchés d'Anhalt-Dessau-Bern-

253

bourg, le district d'Allstadt (dans le Grand- Duché de Saxe-Weimar) , la principauté de Birkenfeld (dans le Grand-Duché d'Olden- bourg), les districts de Frankenhausen et de Schlotheim (dans la principauté de Schwartzbourg-Rudolstadt) et la princi- pauté de Waldeck, adoptent dès l'origine les timbres prussiens.

Les Duchés de Schleswig-Holstein sont initiés à l'usage du Timbre-Poste par un gou- vernement insurrectionnel, qui adopte na- turellement les armoiries nationales (i85o). Deux timbres, l'un bleu, l'autre rose, aux lettres S. et H., rappellent les noms des deux Duchés, que la Prusse aide à soutenir leur autonomie, en dissimulant sa propre ambi- tion, jusqu'en i85i. Ces premiers timbres sont abolis en i852, lorsque le Danemark rentre en possession des Duchés. Les Tim- bres danois les ont remplacés jusqu'en 1864. D'une part , deux prétendants , Christian de Danemark et Frédéric d'Augustenbourg,

se disputent les Duchés. D'autre part, la II. i5

254

Prusse et l'Autriche;, trompant les petits états allemands et dupes l'une de l'autre, interviennent. On crée d'abord pour le Schleswig et le Holstein des timbres dis- tincts (1864), puis , après l'occupation (1865), des timbres communs.

Le Hanovre est en retard de trois se- maines sur la Prusse (3 décembre i85o); mais en créant ses timbres, il semble pro- tester contre la docilité anticipée des petits Etats qui adoptent d'eux-mêmes les tim- bres prussiens. Les premiers types portent le nom de Hanovre avec ses armes en tête et au centre, ou même une simple couronne au-dessus du chiffre de la taxe. En 1860, un type nouveau porte un cor de poste sur- monté de la couronne. De iS5g à 1861 , une série de cinq timbres, de valeurs di= verses, à l'effigie du roi Georges V, que les env£loppes portaient déjà en 1857 et en i858. Un timbre aux armes de la ville de Hanovre avec cor de poste surmonté d'un trèfle, était destiné au service de la capitale.

255 ~

Il en est de même d'un timbre au cheval courant qui remplace le précédent.

Ne quittons pas encore l'Allemagne du Nord. Le Grand-Duché d'Oldenbourg a ses armoiries, de i852 à 1866. Il en est de même de Mecklembourg-Schwerin depuis i856 et de Mecklembourg-Strélitz depuis 1864. Le Duché de Brunswick, depuis i852 , est généralement resté fidèle à son cheval courant, surmonté d'une couronne, sauf un type unique en son genre, qui date de i856; c'est un timbre divisé également en quatre carrés, portant dans chaque carré une couronne et le chiffre 1/4, chaque carré pouvant s'employer isolément. Le cor de poste en filigrane accompagne ordinaire- ment le cheval de Brunswick.

II

Nous devons une place aussi aux villes libres, auxquelles le Timbre-Poste vint of- frir une occasion de proclamer leur indé- pendance. Hambourg, la reine de l'Elbe, a son nom et ses armes, de iSSg à 1868 : un château-fort surmonté d'une croix entre deux étoiles. Brème avait devancé Hambourg de 4ans (i855), plaçant tour à tour sa clef dans un écusson surmonté d'une couronne ou dans un ovale. Lubeck, qui régna autrefois sur la mer Baltique, a dans ses armes l'aigle à deux têtes, dont les serres ne sont point armées comme celles de l'aigle prus- sien. La petite ville de Bergedorf, ancien

257 ~~

nid de pirates, s'étonne peut-être de la no- toriété tardive qu'elle doit à ses timbres ; possession commune de Hambourg et de Lubeck, elle a placé dans ses timbres moitié des armes de chacune de ces républiques, à droite la moitié de l'aigle, gardant du moins une tête entière, à gauche une tour et une étoile.

La création des timbres ajoutait une dis- tinction de plus aux deux offices qui se par- tageaient le service postal à Lubeck : Tour et-Taxis et office de Danemark; chacun eut ses timbres propres. A Hambourg , de même : là, six offices existaient avec leurs attributions bien définies : i" Tour-et- Taxis : correspondance avec la Belgique, la France, l'Italie, l'Espagne, la Suisse et les villes du sud de l'Allemagne ; Office de Prusse , pour Prusse, Pologne et Russie ; Danemark; Suède et Norwége; Ha- novre ; Mecklembourg,

III

Nous avons expliqué ailkurs l'origine et le rôle du célèbre office de Tour=et-Taxis. L'invention du Timbre-Poste et les révo- lutions de l'Allemagne menaçaient égale- ment son monopole, déjà si amoindri à la fin du XVIII® siècle et au commencement du xixe.

Au moment l'usage du Timbre=Poste tendait à devenir général en Europe, l'office de Tour-et-Taxis comprenait encore les Etats suivants :

259

Allemagne du Nord.

Hesse-Electorale,

Grand-Duché de Saxe-Weimar-Eisenach, Grand-Duché de Saxe-Altenbourg, Principauté de Lippe-Detmold,

de Schaumbourg-Lippe,

de Reuss (branche aînée),

de Reuss (branche cadette),

~ de Schwartzbourg-Sondershau-

sen

Villes libres de Brème, Hambourg, Lubeçk.

Allemagne du Sud :

Grand-Duché de Hesse-Darmstadt, Principauté de Hohenzollern-Hechingen (Prusse)

de Hohenzollern-Sigmaringèn

(Prusse) Grand-Duché de Nassau,

de Saxe - Meiningen - Hild -

burghausen,

de Saxe-Cobourg-Gotha,

200

Principauté de Schwartzbourg-Rudolstadt, Landgraviat de Hesse-Hombourg, Ville libre de Francfort.

L'office de Tour-et-Taxis eut ses timbres à partir de i852. L'on n'eut pas l'idée d'y placer l'effigie de l'un des Princes in- vestis du monopole. Ils portèrent seule- ment le nom de l'antique famillCo Les nuances et les chiffres de taxe distinguèrent seuls les séries et les émissions successives de i852 à 1866. Quelque différence de pa- pier et d'impression, entre Berlin et Franc- fort, les deux sièges de fabrication, mais surtour le Silbergroschen et le Kreu^er marquèrent la séparation entre les timbres du nord et ceux du sud.

IV

Quand nous aurons dit quelques mots du Grand-Duché de Bade, du Royaume de Wurtemberg et de la Bavière, nous en au- rons lini avec l'Allemagne d'hier, c'est-à- dire avec l'Allemagne telle qu'elle était avant 1866.

Le Grand-Duché de Bade admet le Tim- bre-Poste par une loi en date de i85o, men- tionnée sur le i*''^^ type. De i85i à 1860, on se contente d'un double encadrement avec le chiffre de taxe dans une rosace. En 1860, on y substitue les armes du Grand-Duché : l'écu couronné et les deux lions à tête d'ai- gle. L'effigie du prince régnant n'apparaît que sur les enveloppes (octobre i858).

i5.

202

Le royaume de Wurtemberg n'a aussi au début (i85i) que des timbres avec simple chiffre de taxe inscrit dans un losange. Les ' armoiries du royaume : lion et cerf tenant un écusson, ne sont placées d'abord que sur un cachet spécial affecté aux lettres dont on n'a pas trouvé le destinataire. En iSSj, elles paraissent sur les timbres proprement dits, mais sans l'effigie du souverain. L'an- née 1868 voit une nouvelle émission de timbres avec chiffres de taxe dans un ovale, sans armoiries. Mais les cartes de corres- pondance portent les armoiries (1870), tan- dis que les enveloppes n'ont que des chiffres inscrits en couleur.

La Bavière, autrefois notre alliée fidèle, entraînée aujourd'hui plus ou moins volon- tairement dans les passions germaniques, a des timbres dont la simplicité est toute pri- mitive. Ses artistes, si fiers des monuments et des musées de Munich, n'ont pas daigné faire du timbre une œu\ie d'art. Le premier type (1849) porte au centre un ornement

263

qui disparaît aussitôt; ou n'y a placé que le nom du Royaume et les chiffres de la taxe. Ce n'est que i8 ans après que sont émises les séries avec armoiries à relief; on ne voit nulle part l'effigie du roi régnant. Mention- nons des timbres spéciaux pour l'armée , portant l'image d'un soldat bavarois, fan- tassin, artilleur ou cavalier.

« Après la bataille de Sadowa, la Prusse « s'annexe plusieurs États jusqu'alors indé- « pendants et fonde, avec ceux qui subsis- « tent en deçà du Mein, la Confédération de « l'Allemagne du nord. De nouveaux tim- « bres sont émis le i^"^ janvier 1868, ayant « cours dans tous les Etats qui font partie de (( la Confédération. Les timbres particuliers « de ces États sont retirés de la circulation : « par suite , les timbres des royaumes de « Prusse, de Hanovre et de Saxe, ceux des « grands-duchés d'Oldenbourg, de Meck- « lembourg-Schwerin et de M ecklem bourg- ce Strélitz, ceux des duchés de Brunswick et « de Schleswig-Holstein, ceux enfin des villes

264

« libres de Brème, Hambourg et Lubeck « et de la ville de Bergedorf, disparaissent, oc Toutefois les enveloppes fabriquées par « plusieurs de ces Etats : Prusse, Saxe^ « Brunswick, Oldenbourg, Mecklembourg- « Strélitz, continuent momentanément à « avoir cours , mais à la condition d'être « surtimbrées d'un timbre de la Confédé- « ration, témoignage curieux de cette pé- « riode de transition. La Confédération ar- ec chète, en outre, au prince de la Tour et « Taxis le privilège de grand-maître hé- « réditaire des postes allemandes , que sa « maison possédait depuis le xvi* siècle, et « les timbres de l'office de la Tour et Taxis « disparaissent également.

« Le 18 janvier 1871, le roi de Prusse est « proclamé empereur d'Allemagne , et de « nouveaux timbres, aux armes de l'Em- « pire, viennent remplacer ceux de la Con- « fédération (i5 décembre 1871). De tous « les Etats allemands autres que l'Autriche, « la Bavière et le Wurtemberg seuls con-

265

« servent des timbres-poste particuliers ; le a grand-duc de Bade affirme son adhésion à « la suprématie de la Prusse en abandon- « nant ses propres timbres pour adopter ceux « de l'empire d'Allemagne. Enfin, en 1874 « et 1875, l'unification du système moné- « taire de l'empire allemand fait disparaître «les différences qui avaient existé jusqu'a- « lors entre les États du nord et les États du « Sud, et une nouvelle émission pour laquelle « le mark de l'Empire est uniformément « employé, fait faire un pas de plus à l'u^ « nité allemande 1. »

« Il est à noter cependant que si les États « compris dans la Confédération perdent leur « autonomie en ce qui concerne les relations «extérieures, s'ils ne peuvent plus avoir « de timbres-poste distincts, ils conservent « leurs droits de souveraineté en ce qui tou- « che notamment la perception de leurs im- « pots respectifs. Aussi plusieurs d'entre eux

I . Bulletin de la Société française de timbrologie. I, 1875.

266

« ont-ils conservé ou créé des timbres fis- « eaux (royaume de Saxe, grands-duchés de « Mecklembourg-Schwérin , d'Oldenbourg (i et de.Hesse, duché de Brunswick, princi- « pautés de Saxe-Cobourg-Gotha, de Schaum- « bourg-Lippe et de Schwarzbourg- Sonder- « shausen, ville libre de Brème). »

Danemark. Suède et Norwége.

En Danemark, un modèle à l'effigie royale et un autre avec tête de Mercure sont pro- posés, mais non adoptés (i85o). L'année suivante inaugure les timbres danois, por- tant les armes du Royaume dans un cercle : un sceptre et un glaive croisés et au-dessus une couronne fermée. Le fond à Torigine est sablé, plus tard ondulé. En i 864, le cer- cle est remplacé par un ovale. Un seul type porte au centre le chiffre de taxe au lieu des armoiries.

La Suède est en retard sur le Danemark. De plus, ne formant qu'un état avec la

268

Norwége, elle cherche pourtant dans le Timbre - Poste une nouvelle marque de séparation et de nationalité propre. Le pre- mier type suédois (i855) porte l'écu aux trois couronnes, surmonté d'une couronne plus grande et rappelle ainsi le temps la Suède, la Norwége, le Danemark se réunis- saient sous une même dynastie. Un deuxième type porte au centre l'indication de la taxe en toutes lettres ; un troisième, avec le lion de Suède couché auprès d*une couronne à rayons, ne sert qu'à la circulation dans la circonscription d'un bureau de poste.

La Norw^ége paraît avoir précédé la Suède. Les premiers timbres (1854) ont les armoi- ries nationales : un lion armé d'une hache, dans un écusson . La même année , un deuxième type porte l'effigie du roi Oscar i*"". En 186 3, on revient au lion armé dans un écusson.

A côté des timbres publics, se rencontrent en Norwége, un grand nombre de timbres particuliers. La poste de l'Etat ne remet pas

269 —-

les lettres à domicile; des postes privées prennent ce soin dans les grandes villes et elles ont leurs timbres sous le nom de Bu- reaux supplémentaires.

VI

Finlande, Pologne et Russie.

Dans l'immense empire de la Russie tant de nationalités s'agitent encore, l'usage du Timbre- Poste était une bien modeste occasion de protester contre l'unité accep- tée ou subie.

La Finlande précède la Russie dans cette innovation (i856) et sur ses timbres place ses armoiries : le lion dans un écusson sur- monté d'une couronne fermée; au-dessous viennent s'ajouter deux petits cornets de poste croisés ; ils sont supprimés dans le type de 1860. Dès l'année 1845, la Finlande avait des enveloppes-poste, dont le timbre

■—271

portait le même écusson, au-dessus une couronne fermée, de chaque côté un grand cornet de poste.

Les timbres de Pologne, dans leur courte existence, ont vu les dernières années oîi une nation malheureuse , gardant encore son nom, sa langue, un simulacre d'institu- tions nationales, pouvait espérer un avenir meilleur. Les armoiries de i858, pour la poste locale de Varsovie; celles de 1860, pour le dehors ne diffèrent pourtant que fort peu, avec l'aigle à deux têtes, des timbres russes. A partir du i3 février i865, la poste de Varsovie est supprimée.

La province de Livonie (cercle de Wen- den) a également ses timbres avec griffon dans un ovale (1864) et avec un bras armé d'une épée (1872),

Les armoiries du premier type russe (1857) l'aigle en blanc, dans un ovale, au-dessous deux cornets de poste , le tout au milieu du manteau surmonté de la couronne impé- riale , ne diffèrent pas du type de Varsovie

272

qui est postérieur (1860). Deux autres mo- dèles, avec couronne au-dessus des deux tê- tes de l'aigle, un écusson sur sa poitrine, 3 petits écussons sur chacune de ses ailes, au- dessous deux cornets liés et enlacés, en dif- fèrent un peu plus. La queue de l'aigle en éventail crée une variété dans les envelop- pes, où les armoiries sont les mêmes, d'ail- leurs, que sur les timbres-poste, les cartes de correspondance et les timbres-télégraphe.

Un grand nombre de postes locales, dans toute la Russie, ont leurs timbres particu- liers, la plupart, comme ceux de Finlande, aux armoiries des provinces ou des grandes villes, ou bien portant des signes symboli- ques. Mentionnons, à titre de curiosités, la gerbe de blé, le râteau et la faux de Gherson; le livre ouvert, les gerbes, la faux et les plu- mes enlacées d'Elisavetgrad; le Saint-Geor- ges à cheval de Bogorodsk ; la ruche et les abeilles de Tambofî, le cavalier fumant de Meiitopol.

Remarque importante : l'effigie du Tzar

27^

n'apparaît sur aucun timbre. Le culte dont la personne impériale est l'objet se concilie- rait peu avec les usages profanes de la poste. Il y a en Russie une énorme quantité de timbres locaux dont l'histoire vient d'être écrite par M.Samuel Koprowski.

vu

Empire d'Autriche.

L'administration supérieure autrichienne semble avoir partagé d'abord les scrupules de Saint-Pétersbourg et de Naples au sujet de l'effigie impériale ou royale. Les premiers timbres-poste ne portent que les armoiries de l'Empire, avec l'aigle à deux têtes. Les tim- bres pour journaux portent une tête de Mer- cure. C'est seulement en i858 que l'image de François-Joseph I®'' est confiée aux tim- bres. Nous l'y retrouvons dans toutes les émissions jusqu'à nos jours, tour à tour à droite ou à gauche, malgré un retour mo- mentané aux armoiries et à l'aigle (i863

275

et 1864). La tête de Mercure reparaît aussi en i865 et 1867 sur les timbres à journaux, concurremment avec l'aigle à deux têtes. Les enveloppes qui ne datent que de 1861, ont indifféremment l'effigie ou les armoiries.

La principauté de Lichtenstein fait usage des timbres autrichiens.

En 1868 et 1871, des timbres spéciaux sont créés pour le royaume de Hongrie et les confins militaires , en consécration du nouveau régime politique établi depuis 1867.

VIII Roumanie, Servie , Grèce et Turquie.

L'Europe orientale est lente à recevoir l'influence de la civilisation occidentale , comme si elle penchait encore vers l'Asie.

Les principautés roumaines, qui se tour^ nent volontiers vers l'Italie pour rappeler l'origine de leur race et vers la France pour s'inspirer de son esprit généreux, ont com- mencé le mouvement.

La Moldavie a eu d'abord ses timbres par^» ticuliers. Elle y mit ses armoiries : une tête de taureau, cornes presque droites, oreilles redressées, une étoile à cinq rayons au-dessus, un cor de poste en bas (i858);; le tout dans un cercle. Un autre type porte ces armoiries dans un rectangle (1858-62).

277

Au 25 juin 1862, paraissent les timbres des Principautés-Unies : l'aigle de Valachie prend place à droite de la tête du taureau moldave. Parmi les essais on voit figurer un lion dans un écusson et un aigle dans un ovale. En i865, le prince Couza profite de sa souveraineté passagère pour imiter les sou- verains débonnaires qui ne craignent pas de livrer leur effigie à l'oblitération postale ou qui se plaisent à la voir répandue en tous lieux par une monnaie peu dispendieuse. En 1866, le prince Charles de HohenzoUern prend la place et la garde plus longtemps. Une dynastie commence peut-être.

Les timbres de Servie ne datent que de 1866. Les premiers portent des armoiries dans un cercle : écusson et croix blanche. L'inscription est en langue russe. La même année, un autre type porte l'effigie de Mi- chel Obrenovitch III et l'inscription est en- core en russe. En i86g, le prince Milan succède à Michel Obrenovitch et son profil

apparaît sur |es timbres-posle.

II. 16

278

La Grèce demande d'abord à la France de lui graver ses timbres (1861) et elle y prend l'effigie de Mercure. Le premier tirage vient de Paris. Il a été confié depuis à l'industrie nationale. En 1864, l'effigie du jeune roi arrivé de Danemark, Georges P% est pro- posée pour remplacer la tête du Dieu Mer- cure, qui joue aussi dans cette modeste histoire le rôle de prétendant à plus d'un trône postal.

La Turquie accueille enfin le timbre- poste en i863. Elle se garde d'y compro- mettre l'effigie sainte du commandeur des croyants, mais elle y met son nom. En 1864, les timbres portent un croissant surmonté d'une étoile, dans un ovale : les uns, pour la circulation générale, portent l'inscription : Poste, Empire ottoman; les autres (i865), pour la capitale et ses faubourgs : poste lo- cale. En 1866, paraissent des timbres de service mixte.

Si de la Turquie d'Europe nous passons à la Turquie d'Asie, nous y trouvons la poste

279

à l'état rudimentaire . L'antiquité était plus avancée. Les gouvernements qui sub- ventionnent les lignes de steamers pour l'Orient ont des bureaux de poste spé- ciaux. C'est ainsi que Jaffa possède trois bu- reaux européens : français, autrichien et russe.

Les correspondances d'un port à l'autre se font en général par la poste autrichienne, aussi régulière que la poste française et de beaucoup moins dispendieuse. Le coût d'une lettre de i5 grammes, d'un point de la côte turque à l'autre est de 2 5 centimes, et par la poste française lo grammes paient 40 cen= îimes.

Dans aucun cas, l'affranchissement n'est obligatoire. Le prix par 10 grammes est de 80 centimes à destination de France, et de 37 1/2, par i5 grammes, pour l'Autriche et l'Allemagne.

Bien que la poste française ait abaissé à 60 centimes le transport des lettres pour l'I- talie, la Belgique et l'Angleterre, les prix

28o

de la poste autrichienne sont encore plus réduits : Sa taxe est de 5o centimes, même pour les correspondances de l'Amérique qui prennent la voie allemande.

CHAPITRE XI

LE TIMBRE-POSTE EN AFRIQUE, EN OCÉANIE ET DANS LES DEUX AMÉRIQUES.

L Le Timbre -Poste suit la civilisation. IL États et Colonies de l'Afrique. III. États et Colonies de l'Asie. IV. États et Colonies de rOcéanie. V. .Amérique du Nord. VI. Amérique du Sud.

i6.

LA Méditerranée n'est qu'un fossé creusé entre l'Europe méridionale et l'Afrique. Ce fossé, les peuples de la Péninsule hispa- nique, ceux de la France, de l'Italie, de la Grèce, l'ont franchi de tous temps et le fran- chissent chaque jour. Le Timbre-Poste les y a suivis en attendant qu'il s'y fît des sujets indigènes. Sans doute il n'y a pas encore une variété aussi grande qu'en Europe; on y acquiert cependant à sa suite plus d'un enseignement.

Voyez quels liens étroits le rattachent à la civilisation. Il ne trouve aucune place dans les Etats en décadence, tombés dans

284

un engourdissement mortel. Partout oîi s'agitent l'activité et le génie de Thomme, il se transforme, il se multiplie. Les collec- tions du vieux monde ne vivent guère que d'emprunts à l'Europe. Mais quelle richesse éclate dans les sociétés Jeunes, industrieuses, fécondes des deux Amériques et de l'Aus- tralie. Ce spectacle n'est pas sans intérêt.

II

États et Colonies de l'Afrique ..

L'Egypte , qui se vante d'avoir été le théâtre de la plus vieille civilisation du monde, a pu renouer ses rapports quoti- diens avec l'Europe depuis qu'un Français lui a rendu la route de l'Inde, Le vice-roi, qui voudrait bien s'affranchir de la suze- raineté onéreuse des Turcs Ottomans, ne pouvait pas songer plus que le Sultan à po- pulariser son effigie par le Timbre. Il a fait graver sur les timbres égyptiens la solen- nelle image des Pyramides (1866); on y ajoute en 1872 une étoile et un croissant. Parmi les essais on remarque un sphinx avec

286

étoile et croissant; une étoile à cinq bran- ches dans un ovale perlé; deux étoiles à qua- tre branches dans un cercle perlé.

Les régences de Tunis et de Tripoli, et l'Empire du Maroc ne paraissent pas avoir songé à secouer l'apathie indolente de l'Isla- misme, pour faire accueil au Timbre-Poste. Il s'agite trop pour ces races endormies : un bon croyant n'écrit pas ; tout est écrit d'a- vance au livre de la destinée.

L'Algérie, plus heureuse, devient peu à peu une France africaine et elle a pris les timbres de la métropole triomphante. Le Sénégal, plus éloigné, y a trouvé les mêmes avantages ; File Bourbon ou de la Réunion a eu d'abord un timbre à son nom.

Les Portugais, premiers explorateurs des côtes africaines baignées par l'Atlantique et par l'océan Indien, portent aussi leurs tim- bres de Lisbonne aux comptoirs qui leur restent : à Madère^ aux Açores, à Angola, à St-Thomas et à Prince.

Les colonies anglaises d'Afrique renouvel-

287

lent chacune à leur façon les variétés du culte rendu à la reine Victoria : Sierra- Leone, tête de la Reine; Ste-Hélène, même type avec le nom de l'Ile; Port-Natal, buste couronné; Ile Maurice, tête avec diadème, tête avec un simple cercle et un autre type : Britannia assise. Le Gap a préféré l'image mythologique sortie, dit-on, de la boîte de Pandore : l'Espérance ! Gambie , Lagos ;, Gôte-d'Or, ont l'effigie de la reine Victoria.

Libéria, le petit Etat fondé sur la côte de Guinée par la société philanthropique de Philadelphie, s'est souvenu de son origine : l'effigie de la Liberté placée sur ses timbres est d'un heureux augure pour l'affranchissement de la race noire, et le vaisseau qui s'y joint est un hommage de reconnaissance à l'Amé- rique,/apatriant les victimes delà traite!

Le sultan de Zanzibar a voulu visiter l'Europe cette année, comme les souverains de Perse et de Turquie l'ont fait naguère ; espérons qu'il aura remarqué les bienfaits du Timbre- Poste et qu'il voudra en doter ses

sujets. Si sa religion lui interdit l'effigie hu- maine, qu'il adopte l'image de quelque ani- mal précieux du désert. Les rois trop nom- breux du Soudan et de l'Afrique australe en seront jaloux. Et bientôt un nouveau Li- vingstone ira propager le timbre-poste chez les Tibbous, les Touaregs, les Mandingues et les Makololo.

III

Asie.

Si de l'Europe nous passons en Asie, nous retrouvons d'abord les Timbres turcs dans laTurquie asiatique, les timbres russes, dans les provinces caucasiennes et dans la Sibérie, ils suivent les progrès de l'aigle russe jus- qu'aux portes de Tlnde et de la Chine.

Le souverain de la Perse, héritier des grands rois, a-t-il gardé bon souvenir de son voyage en Europe? Le timbre-poste n'ob- tient qu'en 1872 l'entrée dans ses états. On croit que certains essais remontent jusqu'en i865, avant le voyage. Le Timbre-Poste de 1872 porte, dans un cercle perlé, un lion II. 17

290

tenant un cimeterre. A Caboul (1873), on prend la tête de tigre.

L'Inde a le timbre de Kachmyr (1866), comme un dernier vestige d'indépendance. Partout ailleurs, les timbres anglais offrent sans cesse aux indigènes l'image de la reine Victoria, Indes (1854). Ceylan (1857). Ma- lacca (1867). Hong-Kong (1862), la porte jusqu'au seuil de l'Empire chinois. Shan- ghaï la remplace par un dragon.

Le Japon, si prompt à imiter la civilisa- tion européenne, a ses timbres en 1871 : la valeur est indiquée en caractères chinois dans un cadre grec. Un type de 1872 porte les armes du mikado (branches de chrysan- thème).

IV

Océanie .

Même spectacle en Océanie. Partout le Timbre-Poste atteste par sa pre'sence l'acti- vité des colons européens ou les progrès des indigènes.

Les Iles Philippines restent fidèles à l'effigie couronnée de la reine Isabelle II, 1854-70, et suivent depuis la fortune de l'Espagne.

LTnde Néerlandaise (Sumatra, Java) s'in-= cline avec plus ou moins de docilité de- vant l'effigie du roi des Pays-Bas (1864).

La Nouvelle-Calédonie reçoit les timbres français.

Le royaume des Iles Sandwich ou d'Ha-

292

waii a ses timbres depuis i852 et y compte déjà sept effigies successives, trois du même nom, Kaméhamélia III, Kaméhaméha IV, Kaméhaméha V, prince Leieiohoku, prin- cesse V. Kamamalu, roi Kalakama^ et gou- verneur Kekuanavo. Heureux peuple chez qui le fils succède à son père, sur le trône, comme dans la chaumière, ainsi que le de- mandait en France un vœu célèbre, qui n'a pas été exaucé. Le Directeur des Postes d'Hawaii a récemment admirer la science de nos Timbrologues : on lui a signalé d'ici une lacune dans la collection dite complète qu'il avait gracieusement envoyée à Paris.

L'effigie de la reine Victoria domine dans toutes les colonies australiennes : Qiieens^ land, buste couronné; Noiivelle-Galles du Sud, tête avec couronne de lauriers (i852), buste avec couronne et sceptre (1861), tête avec guirlande (1864) ; Etat de Victoria, la reine à mi -corps (i85o); la reine assise sur un trône (i852), la tête couronnée, en cercle ou en ovale (18 58), tête avec couronne

293

de lauriers (i863); Australie méridionale tête à gauche (i855).

V Australie occidentale est le seul Etat qui ait mis sur ses timbres une sorte d'ar- moiries : le cygne australien. Un timbre de la Nouvelle-Galles du Sud portant une vue de Sydney, et le St-Georges à cheval de Tas- manie sont également de rares exceptions dans le groupe d'Australie. L'île de Tas- manie ou de Van Diemen, qui semble à peine détachée du troisième continent, a par- tout l'effigie de la Reine; le St-Georges à che- val n'est qu'un timbre de commerce.

En prenant possession des îles Fidji, l'An- gleterre substitue, en attendant mieux, les lettres V. R. (Victoria Regina), à celles G. R. (Cakobau Rex).

Le timbre de la Nouvelle-Zélande avec le buste de la Reine complète le groupe des timbres anglais en Océanie.

V

Amérique du Nord.

Voyez avec quel art ingénieux le Timbre- Poste pousse aux études géographiques. Nous voilà en Amérique. Nous venons de rire à l'idée que les Makololo de l'Afrique australe seraient un jour convertis à la Poste et à ses timbres. Qui eût dit, au temps Christophe-Colomb aborda sur les rivages du Nouveau-Monde, que les descendants des Caraïbes, des Aztèques et des Peaux-Rouges correspondraient un jour avec l'Ancien- Monde, par lettres affranchies et par télé- grammes avec réponse payée?

C'est à peine si l'Europe présente des col- lections plus variées que celles de l'Ame-

295 -—

rique du Nord et de l'Amérique du Sud, y compris leurs grandes îles.

Nous y retrouvons d'abord les tim^bres des Anglais, qui témoignent ici, comme en Asie , de l'étendue de leur domination. Terre-Neuve, de iSSy à 1864, se contente d'une couronne entourée de fleurs ou d'une feuille de trèfle et d'un chardon en bouquet ; en 1866, elle a des timbres à l'effigie de la reine, à gauche et de face, et un seul avec celle du prince de Galles. Le Nouveau- Brunswick a tour à tour la tête de la reine couronnée ou le buste du prince de Galles en costume écossais. Plusieurs timbres por- tent une locomotive, un bateau à vapeur, etc. La Nouvelle-Ecosse, comme l'île du prince Edouard, garde la tête de la reine, sauf les timbres de iSSy, portant une couronne en- tourée de quatre étoiles. Le Canada sait plaire à la reine, en plaçant à côté de son buste celui du prince Albert ; mais il se sert aussi de l'effigie de Cartier pour rappeler la découverte de son territoire, et du castor,

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pour faire allusion au produit qui l'enri- chissait jadis.

La colonie Britannique et l'île Vancouver s'en tiennent à l'image de la reine ; un timbre de i865 ne porte pourtant qu'un V gothique, surmonté d'une couronne. Les îles Bermudes ont la tête de la reine.

Les États-Unis ont porté dans leurs tim- bres l'esprit de leurs institutions ; ils ont voulu , par cette circulation incessante , placer sous les yeux du public les portraits des grands citoyens dont s'honore la patrie commune. Washington, Franklin, les fon- dateurs de l'indépendance, y ont la première place; Jeflferson, Andrew Jackson, dont le dévouement affermit les libertés publiques, viennent après eux. Un timbre honore la mémoire de Lincoln, le sauveur de l'Union. Les timbres