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Fascicule IV

IMPRIMÉRIE OBERTHUR

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Pc 4 LTODES

DE

LÉPIDOPTÉROLOGIE

COMPARÉE,

CHARLES OBERTHUR

Fascicule IV

& G ex / SE MATIN NAS RENNES

IMPRIMERIE OBERTHÜR

Avril 1910

À mon cher petit-fils HENRT OBERTHUR,

a Paris.

C’est à toi que je dédie ce Livre.

Tu es l’aîné de mes petits-fils et tu as le goût inné de l'Histoire Naturelle. Plusieurs fois, déjà, tu as été mon aimable compagnon de chasse aux Papillons, dans les landes de Monterfil, sur les falaises des côtes bretonnes, dans nos champs et dans nos bois. De même que jadis il y a de cela plus d’un demi-siècle mon cher grand- père m'initiait à l'Entomologie dont la pratique a charmé ma vie, ainsi Jéprouve à mon tour une Joie très douce à te faire connaître, selon la mesure de mes moyens, au cours des excursions que nous faisons ensemble, ce que J'ai appris moi-même des choses de la Nature.

Aussi bien les ouvrages d’'Entomologie que je me plais à publier au déclin de mon âge, prennent, dans ma pensée, un caractère plus intime. Je me trouve heureux d'offrir à mes amis et à mes collaborateurs, un nombre d'exemplaires plus grand que je n’en livre à la Librairie, pour des lecteurs inconnus. Sans négliger le côté scientifique, but essentiel de mes travaux, je recueille volontiers mes souvenirs et j'aime à rendre hommage à la mémoire d’amis qui ne sont

8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

plus. Puis, lorsque je compare entre elles les séries de papillons rangés dans mes boîtes, si j'ai devant les yeux un exemplaire récolté par moi-même, aussitôt, grâce à une association des idées qui se pressent dans mon esprit, non seulement, je me représente, en même temps que l’insecte, l’image du pays je lai capturé, mais encore la vision de mes compagnons de chasse vient agréablement animer le souvenir de ce paysage et le compléter.

C’est ainsi qu'en écrivant la notice concernant la Lycaena Ægon, je me suis immédiatement reporté aux jours heureux du dernier été. Vers la fin de juillet 1909, nous nous trouvions à Cancale ensemble, mon cher petit- fils, et tu m'accompagnais souvent à la chasse aux Papillons. Une fois, un peu avant le soir d’une journée qui fut pleine de soleil, nous trouvant, tous les deux, sur la haute falaise, au voisinage de la pointe du Grouin, marchant, l’un auprès de l’autre, pour faire lever les Pha- lènes abritées dans les touffes de bruyère et d’ajonc, nous pénétrâmes dans une lande dont l’aspect me parut propice à l'habitat de la Zycaena Ægon. Te souviens-tu que je te fis part de mon impression, tout en observant que jamais encore, sur la côte de la Manche, je n’avais rencontré cette espèce pourtant si abondante dans les bois et les landes de l’intérieur du pays, ainsi que sur la côte méridionale de la presqu’ile armoricaine? Quelques instants plus tard, un petit papillon bleu, dérangé par nos pas, s’envolait devant nous. La brise était un peu forte et le souffle du « Noroï » emportait la légère et fragile Zycaena. Tu pus cependant la capturer, avant qu'elle ne réussit à s’enfoncer dans un massif de grands ajoncs sur lesquels elle venait

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 9

enfin de se reposer. C'était bien la Lycaena Ægon et ma prévision basée sur l'aspect de la localité, n'avait pas été une illusion.

Les jours suivants, nous revinmes au même lieu d'où l’on domine la mer d'émeraude que parcourent sans cesse les bateaux aux blanches voiles des hardis pêcheurs can- calais. Nous capturâmes de nouveau des exemplaires de la Lycaena Ægon et la première femelle bleue que nous recueillimes, se trouve représentée sur l’une des Planches de cet ouvrage.

Nous avons soigneusement exploré ensemble toute cette pittoresque falaise qui était couverte de bruyères et d’ajoncs en fleurs. Quelquefois, nous nous arrêtions dans notre chasse et nous contemplions le superbe et immense panorama que dominaient nos yeux. Vers le Nord, ce sont les îles Chausey dont le nombreux Archipel limite l’horizon ; du côté de l'Orient, tout près de la côte, c’est le chaos rocheux de l'ile des Landes; plus au loin le phare de la Pierre et enfin la côte normande avec Granville et Saint-Pair; vers le Sud-Est, le fort et les rochers de Cancale apparaissent près de la pointe des Rimains, tandis qu’au fond de la baie, Tombelaine et le Mont Saint-Michel semblent dresser leur masse de pierre au milieu des flots. Au couchant qui s'empourpre si magnifiquement des feux du soir, la côte se trouve découpée par ses nombreux promontoires d'aspect sévère et ses grèves de sable d'un jaune rosé, toujours frangées d’écume blanche. Et tout au loin, au delà de la contrée malouine et dinardaise, la masse imposante du Cap Fréhel, aux parois verticales, changeant de couleur avec les heures du jour, tantôt grise ou bleue,

10 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

tantôt violette ou noirâtre, est la dernière terre que l’on puisse apercevoir.

Nous avons également, l’un et l’autre, foulé de nos pas le plateau de ce Cap aride et nous avons respiré le parfum du serpolet qui couvre de ses fleurs couleur de lilas, les bords pierreux des sentiers. Sur ces grands espaces le vent s'oppose à la végétation des arbres, mais que les {/lex europœus et nanus mélangés à nos quatre espèces de bruyères: ciliaris, Letralix, cinerea et vulgaris, couvrent d’une verdure persistante si gracieusement fleurie de jaune d'or et de violet rose depuis la fin du printemps jusqu'aux premières semaines de l'été, nous avons récolté le Satyrus Semele dont je te faisais remarquer les intéressantes variations, ainsi que les grandes Argynnes nacrées souvent nombreuses au bord de la mer.

« En ce monde tout change sans cesse », comme un de nos Poètes l’a dit avec tant de vérité, les plaisirs de l'été passent rapides et le mélancolique automne sépare les familles que les beaux jours de l’année avaient réunies. Tu as repris à Paris le cours de tes études sérieuses, en vue de préparer ta carrière. Je pense affectueusement à toi, mon cher petit-fils, avec l’espérance que tu transmettras aux petits enfants qui naïîtront plus tard, lorsque je ne serai plus, la tradition familiale que m'ont laissée nos ancêtres, ceux dont tu n'as pu connaître les sentiments que par la communication de mes souvenirs pieusement conservés dans mon cœur.

Je souhaite que les circonstances te permettent de rester toujours un Entomologiste fervent. Au milieu des diff- cultés incessantes de la vie, 1l est bien doux de pouvoir

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II

se concentrer parfois dans une étude qui nous repose, en nous faisant momentanément oublier les noirs soucis. L'Entomologie nous vaut des amitiés fidèles ; cest une consolation qui réconforte puissamment aux Jours d’épreuve. Elle nous porte à apprécier et à aimer toujours davantage la Nature, œuvre du Très-Haut.

J'ai appris de mes parents et des maitres qu'ils m'ont donnés dans ma jeunesse, qu'il n’y a point d'effet sans cause et que la Création dont nous sommes les témoins, est l'effet de la puissance infinie de Celui-là seul qui résume en lui-même toutes les perfections, qui n'a Jamais commencé et qui ne finira jamais. Ce que nous étudions dans ces papillons si délicats, si charmants et si variés, c’est une partie infime sans doute, mais cependant mer- veilleuse de l’œuvre de Dieu, seul Auteur de la vie, Ordonnateur, Classificateur et Législateur de tous les Mondes. C’est le plan divin de la Création dont nous essayons de percevoir quelque parcelle. Regarde le Sys/era Nature, chef-d'œuvre du grand Linné, dont l'esprit syn- thétique a inventé la méthode qui reste toujours la base du progrès accompli depuis un siècle et demi dans les sciences naturelles. Ouvre ce livre si estimable dans sa simplicité et dans la rectitude de son ensemble et glorifie avec Linné, le Seigneur, notre Dieu, source de tout bien, de tout dévouement, de toute noble inspiration, de toute haute pensée.

« Finis Creationis telluris est gloria Dei » est-il dit dans V/ntroitus de la édition du Systema Nature. Je pense, à ce point de vue, comme pensait Linné; nos ancêtres pensaient de même. Garde nos convictions ; que ta pensée

12 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

reste toujours libre et indépendante, sans se laisser impres- sionner par les erreurs en vogue dans le moment. Car il y a une mode pour les faux systèmes, pour les préjugés, comme pour autre chose.

Jignore s’il me sera donné de terminer l’œuvre d’'Ento- mologie que J'ai entreprise ; je voudrais achever de publier ce que je sais, d’après les documents que j'ai recueillis, sur les Lépidoptères français et algériens, comparés dans leurs formes et dans leurs races, aux exemplaires de même Espèce répandus plus ou moins abondamment çà et là, en certaines parties de l’Europe, de PÂsie, de l'Afrique et même de l'Amérique du Nord. Je compte du moins consa- crer à ce travail tous mes loisirs de lhiver. Mais quand reviendront les beaux jours, je désire encore goûter le plaisir de chasser les Papillons avec toi. Lorsque nous nous reposerons en face d’un site grandiose, jouissant d’une vue lointaine qui s’étendra devant nous, je remercierai Dieu, Créateur et Père, qui me donnera encore la joie d'admirer les beautés de la Nature, en compagnie de l’un de ceux qui me sont si chers et qui continueront et garderont fidèlement, je l'espère, avec une conviction profonde et une fermeté inébranlable, les saintes croyances et les res- pectables traditions des aïeux.

Rennes, 19 Décembre 1900.

CHarLes OBERTHÜR.

LÉPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Notes pour servir à établir la Faune Française et Algérienne des Lépidoptères

(Suite).

(Voir, pour le commencement, la livraison IT).

R'HOPAEOICGER*

Cœnonympha Iphis, Huebner.

Espèce de plaine et de montagne; affectionne les prairies; manque en Angleterre; ne se trouve ni dans l'Ouest de la France, ni en Algérie; répandue depuis la Champagne, la Franche-Comté et la Bourgogne jusqu'en Sibérie; habite les Alpes françaises elle s'élève à une altitude de plus de 2,000 mètres et les Pyrénées- Orientales, notamment autour de Montlouis-sur-Tet et de Mantet, entre 1.500 et 1,700 mètres.

La forme champenoise d'/phis m'est connue par des exemplaires que M. H. Powell a recueillis le 18 juin 1909, aux environs de Lusigny (Aube). D'après ce que M. H. Powell m'a mandé au sujet d'Iphis et de la localité il a rencontré cette espèce, Lusigny est

16 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

un village situé au milieu d’un terrain plat et riche, parsemé de villas, entrecoupé de forêts et de prairies souvent humides et maré- cageuses. C’est dans l’un de ces prés, très fleuri de marguerites, à la sortie de Lusigny; un peu après la traversée de la rivière, que volait Cænonympha lphis. Dans la race champenoise, le dessous des ailes inférieures, même chez le GC, est bien ocellé et la liture plombée submarginale se trouve très apparente.

En Bourgogne, d’après les documents contenus dans la collec- tion Bellier, Zphis est de grande taille, d’un brun rougeûtre clair en dessus, bien ocellé en dessous; les © ont même un ocelle noir cerclé de jaune et pupillé d'argent vers l’apex des ailes supérieures; mais la liture submarginale argentée n'est bien indiquée que chez les ©. Malheureusement Bellier a négligé de faire connaître de quelle partie de la Bourgogne proviennent ses /#kis et je ne puis que regretter l'absence de ce renseignement essentiel.

La forme d’/#his que je possède de Morteau (Doubs), ressemble beaucoup à celle de Lusigny; mais on rencontre en Franche-Comté, sans doute par aberration, des /pkis G absolument dépourvus en dessous de toute ocellation et privés de la liture submarginale argentée. Le fond des ailes inférieures, en dessous, est brun rou- geâtre vers la base et gris vers le bord extérieur, éclairé seulement de quelques macules médianes blanches.

Dans les Pyrénées-Orientales, / pis a généralement les ailes infé- rieures en dessous, pourvues de six ocelles noirs cerclés de jaune et pupillés de blanc; celui qui est le plus voisin du bord costal est le plus gros de la série; le second est plus petit; les trois autres sont de taille assez égale; le dernier, près de l’angle anal, est très petit et souvent semblable au second.

Iphis vole depuis la fin de juin jusqu’au 20 juillet environ, dans les prairies élevées autour de Montlouis, notamment au sud du village de la Cabanasse, en lisière de la forêt qui s'élève sur les pentes de la montagne du Cambrès d’Ase. Chez certaines Q pyré- néennes, les ailes inférieures, en dessus, sont ornées de petits ocelles fauves ressortant sur le fond gris noirâtre des ailes et transpa- raissant du dessous. La figure 250 donnée par Huebner contient

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 17 cette particularité. D'ailleurs les papillons représentés par cet Ico- nographe (©, 249; © 250 et 251) semblent bien conformes aux /phis des Pyrénées-Orientales.

C'est dans les Alpes françaises que la race d’/phis se distingue par l'absence de toute ocellation et la suppression de la liture submarginale argentée. Guenée, dans sa collection, avait appelé Belisaria la forme aveugle d'Zphis qu'il avait capturée aux environs de La Grave (Hautes-Alpes), en 1850. J'ai observé cette race Beli- saria sur les prairies alpestres du Lautaret, du 15 au 21 juillet 1006; le Cænonympha Iphis était assez commun au milieu des pelouses du Lautaret dont le charme est rendu si sensible par l'abondance et la variété des fleurs. Le col du Lautaret est, depuis la fin de juin jusqu'à la fin de juillet, le plus délicieux jardin naturel alpin que nous offrent nos montagnes et je ne sais rien de plus joli et de plus attrayant que cette succession de pelouses ondulées au milieu desquelles des tapis de fleurs aux couleurs les plus variées ne cessent de solliciter l'admiration du voyageur.

Les papillons volent en foule au travers de ces prés dont le sol tantôt sec et escarpé, tantôt arrosé par des ruisseaux qui s’entre- croisent, convient à une faune presque aussi variée que la flore.

Le Cœnonympha Philea-Satyrion sy trouve dans les mêmes lieux que son congénère / pis. Sans doute les deux espèces doivent s'hybrider; mais je n'ai cependant vu aucun accouplement de papillons des deux espèces, bien que je me sois préoccupé d'en rechercher. |

La var. carpathica, Hormuz : « alis non ocellatis, vel al. post. ocellis subnullis; plerumque minor », suivant les termes du Catalog Staudinger et Rebel 1001, paraît, d'après la diagnose ci-dessus rapportée, être la même que la variété aveugle du Lautaret. Cepen- dant je n'ai pas eu occasion de voir /phis des montagnes de la Bucovine et j'ignore s'il y a quelque particularité susceptible de le distinguer de celui de nos Alpes.

Le D" Siépi a rencontré /phis aux environs du Monetier-de- Briançon et M. Powell l’a trouvé au Mont-Pelat (Basses-Alpes), le 27 juillet 1906, et sur les pentes du Lausson (Alpes-Maritimes),

D

18 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

le 4 août 10906. Les chasseurs Coulet, de Digne, ent pris également Iphis à Enchastrayes, en juillet 1806 et à Larche, en août 1806 et en juillet 1807; mon frère l’a rapporté d'Ecclepans, en Suisse.

Dans les départements des Hautes et Basses-Alpes et des Alpes- Maritimes, /#his est semblable à la variété carpathica, Hormuz (Belisaria, Guenée, i7 Mus. du Lautaret). Je possède un seul G d'Ecclepans dont l’ocellation est plus accentuée; mais je ne suis pas assez documenté sur la forme de cette localité, pour en disserter.

L'ocellation est extrêmement apparente chez la variété 7 picles, SET, 10e S1IDÈNE:

Quant à Mahometana, Alph, que j'ai reçue du Fort-Naryne (Prov. Semirechgensee), dans le Turkestan oriental, le dessous est très peu ocellé; mais la teinte générale gris clair du dessous des ailes et uniformément brun noirâtre du dessus, avec une frange d'un blanc assez pur, la caractérise tellement que je suis porté à considérer Mahometana, non comme une variété, mais comme une espèce spéciale et distincte d’Zphis.

Cœnonympha Iphioides, Ster.

Répandue en Espagne centrale, à Cuenca, à Brañuelas, à la Granja MM. George Charles Champion et D' Thomas Algernon Chapman l'ont trouvée à une hauteur de 5,000 à 6,500 pieds, depuis le 23 juillet au 3 août 1004. Avant ces dis- tingués Entomologistes anglais, leur intrépide compatriote, de la Bâtie Nicholl, voyageant en Aragon et en Castille, pendant les mois de juin et juillet 1897, avait capturé la Cæno- nympha Tphioides « fying over a wet field in the Tagus valley in some numbers ». M"* de la Bâtie Nicholl ajoute les observations suivantes (7 ransactions of the entomological Society of London, 1897, p. 428) : « This was described by D' Staudinger as a variety of C. Zphis, W. V. (= Amyntas, Poda, wich is the older name); it differs however, from C. Awynthas (Iphis) in having the ocelli on the underside of the hindwimg evenly disposed,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 19

whild in that species the ocellus above vein 3 1s displaced inwards; also there are no white blotches in the inner side of the series of ocelli; these differences seem perfectly constant, and there can be little doubt that it is a distinct species. It is also closely allied to C. Leander, Esp., from Russia and Hungary, but differs from it in having an orange terminal line on the underside of the forewing, and in having a silvery line on the inner side of the terminal orange line of the hindwing instead of one the outer

side. »

Voici la traduction française de ces observations, dont Je suis

redevable à M. Harold Powell :

« À été décrite par le D' Staudinger comme variété de C. Zp/us, W. V. (= Amyntas, Poda, qui est le nom le plus ancien); elle diffère cependant de C. Awyntas (Iphis) par la disposition égale des ocelles sur l’aile inférieure en dessous, tandis que dans cette espèce (Awyutas) l’ocelle qui se trouve au-dessus de la veine 3 est déplacé vers l’intérieur ; de plus, il n'y a pas de taches blanches du côté intérieur de la série d’ocelles; ces différences paraissent parfaitement constantes, et on ne peut guère douter que l'espèce soit distincte. Elle est également très voisine de C. Zeander, Esp. de Russie et de Hongrie, mais elle en diffère par la présence d’une ligne orangée terminale sur le dessous de l'aile supérieure, et d'une ligne argentée qui, au lieu d’être du côté extérieur de la ligne orangée terminale de l'aile inférieure, se trouve du côté intérieur

de cette ligne. »

Cœnonympha Arcanioïdes, Pierret.

C'est dans les Annales de la Société entomol. de France, année 1837, que Pierret a figuré sous le 5 de la PI 12 et décrit aux pages 306 et 307, le Satyrus Arcanioïdes, d'après un exem- plaire d', seul sexe qu’il connût alors, provenant d'Oran, en Bar-

barie.

20 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

L'espèce est répandue en Algérie et en Tunisie, notamment près du littoral méditerranéen; elle éclôt une première fois depuis la fin de l'hiver jusqu'au commencement de l'été, plus tôt ou plus tard, suivant l'altitude, et une seconde fois à la fin d'août et en septembre. M. Holl a observé à Maison-Carrée la seconde appa- rition du Cænonympha Arcanioïdes et a bien voulu m'offrir quelques exemplaires de la génération de fin d'été. Les papillons sont plus petits et plus obscurs en septembre qu'au printemps; sur les ailes supérieures en dessus, l’espace fauve se trouve très réduit et le dessous des ailes est plus foncé. J'ai distingué la seconde génération d’'Arcanioïdes sous le nom de Æolli.

Ma collection contient des Aycanioïdes provenant des localités suivantes : Cap Aokas (Dayrem; avril 1909); Hamman-Rhira (Dayrem; mai 1909); Philippeville (Merkl; avril 1884); Bône (D' Vallantin et Merkl; juin 1884); Djurjura (Merkl; juillet 1884); Rovigo (Holl; mai 1007); Lambèze (avril et juin 1884); Nemours (Gaston Allard, en avril); Arzew (fin de mars); Sebdou (Powell; mai 1907); Tunisie (V. Faroult); Oran (D' Codet; fin février 1870); Maison-Carrée (Holl; 31 août, 4 et 18 septembre 1008). De plus, les collections Boisduval, Guenée, de Graslin, Kuwert renfermaient des exemplaires d'Alger et probablement de Collo.

L'ocelle apical noir de l’aile supérieure, en dessous, est relati- vement très gros chez Acanioïdes. T1 est cerclé de jaune et pupillé de blanc. Aux ailes inférieures, en dessous, la tache ocellée qui, chez A7canius, se remarque isolée, près du bord costal, manque dans Arcanioïides. On remarque seulement chez le Cenonympha algérien, une série de 5 petits ocelles intranervuraux, de taille assez égale, régulièrement rangés entre la liture submarginale argentée et l'éclaircie blanche médiane laquelle est de forme plus ou moins irrégulière et quelquefois presque linéaire, descendant sinueuse du bord costal au bord anal des ailes inférieures, en dessous. Sur le dessus des mêmes ailes, on voit parfois transparaître du dessous une série d’ocelles jaunes pupillés de noir.

L’ocelle apical noir du dessous des ailes supérieures peut se

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 21

trouver, mais très rarement, suivi un peu plus bas d’un second ocelle noir plus petit, mais également cerclé de Jaune et pupillé de blanc. Cette variation &zocellata atteint les deux sexes. Je possède une Q de Lambèze chez laquelle la biocellation ne se remarque que d’un seul côté des ailes.

Dans le Catalogue of Diurnal Lepidoptera of the family Saty- ride in the Collection of the British Museum by Arthur Gardiner Butler (London, 1868), l’auteur anglais qui fut, comme l'on sait, très fécond, insère à la page 41, dans la mention relative à Cæno- nympha Arcanioides, la notice suivante : « Local form. ? Papilio (Hipparchia) arcanoides (sic), Freyer, Neuere Beitraege, V, p. 125; n. 816, tab. 457, n. 1 (1845). Switzerland (Freyer). B. M. It is quite likely that the Swiss specimens may be a race of arcanioïdes; they do not, howewer, agree with the figure of that species in all respects. We have an insect from Algeria, which Mr. Adam White had labelled as this species; but it more nearly resembles A7cania, and is probably distinct from both. ».

Il est aisé de voir d’après les lignes qui précèdent que Butler ne connaissait point, avec certitude, le véritable Arcamoïdes. Il ne l'indique du reste pas dans la collection du British Museum, comme venant d'Algérie, contrée qui est la patrie exclusive d’Arcantoides, mais comme originaire de Suisse. L'opinion que vraisemblablement les spécimens de Suisse peuvent être une race d'Acantoïdes est tout à fait erronée; d’ailleurs Butler reconnaît que les spécimens de Suisse ne concordent pas sous tous les rapports avec la figure d'Arcanioïdes; quant à l’insecte d'Algérie (ou supposé algérien ?) et étiqueté Arcanioïdes par M. Adam White, Butler dit qu'il res- semble davantage à A7cania, dont il est plus voisin, tout en étant probablement distinct des deux. La question semble donc être restée bien confuse pour M. Butler et l'erreur d'indication de localité commise par Freyer a contribué à cette confusion.

En Suisse, on trouve les Cæenonympha Arcanius, Darwiniana et Philea-Satyrion. Mais ces Satyridæ sont certainement spécifique- ment distincts d'Arcanioides et aucun d'eux ne peut être considéré comme une race de l'espèce algérienne. Freyer, cité par Butler,

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LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

comme il est dit ci-dessus, figure sous le 1 de la Tab. 457, un véritable Ayrcanioïdes, qu'il appelle à tort Arcanoides. Dans son texte, on lit (p. 125) que M. von Weissenborn à qui Freyer est redevable de communications si intéressantes, lui a envoyé les deux sexes du papillon dont il est cas, en observant qu'il avait reçu de Suisse, deux paires semblables, sous le même nom.

L'erreur de localité, relatée par Freyer, est évidente et elle a contribué comme je le dis ci-dessus, à mettre Butler dans l'embarras; mais ledit Freyer est coutumier du fait et il ne convient d'attribuer qu'une confiance modérée à ses assertions, en ce qui regarde la provenance des papillons qu'il figure. Freyer a pour excuse de n'avoir pas attendu pour venir au monde, l'époque fortunée chaque Allemand, en naissant, est déjà professeur de géographie. C'est en effet le même Freyer qui prétend dans ses VWeuere Batrege (vol. V; p. 76) que la Zygæna Favonia dont il donne la figure sous le 1 de la PL 428, a été trouvée en Turquie par le D' Wagner. Ceci est encore une méprise que je ne suis pas seul à avoir constatée. En effet, feu Otto Staudinger, après son voyage en Algérie, publia dans Berliner entom. Zeits. (Bd. XXXT; 1887; Heft I, p. 29-42) un travail sur quelques nouvelles Espèces et Variétés des Genres Sesia et Zygæna; et s'occupant dans cet opuscule de la Zygæna Favonia que Freyer, le premier, a figurée et décrite, Staudinger à propos de l'indication erronée de localité donnée par Freyer, sut trouver une raison tout au moins originale, pour excuser Freyer qui avait donné la Turquie, pour patrie à cette Zygæna, au lieu de l'Algérie. Le vieux honorable M. Freyer, dit Staudinger, à cause de la même religion mahométane des deux pays en question (Turquie et Algérie) a fait à leur endroit une confusion. « und wird der alte ehrenwerthe Herr Freyer, der gleichen muhamedanischen Religion der betreffenden Laender wegen, hier dieselben verwechselt haben ».

Le docteur Moritz Wagner, qui a découvert la Zygæna Favonia en Algérie, avait effectué un voyage dans cette contrée pendant les années de guerre et de conquête; 1836, 1837 et 1838. Wagner

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23

était un historien et un naturaliste; 1l écrivit une relation de son voyage qui fut publiée à Leipzig en 1841 et porte une dédicace à Son Altesse Royale Ferdinand-Philippe-Louis, Duc d'Orléans (Seiner Kæniglichen Hoheit Ferdinand Philipp Ludwig, Herzog von Orleans, etc., etc., etc.). On peut y lire le récit de l'expédition vers Constantine et de la prise de cette ville en 1837, des détails sur la mort du général Damrémont et du colonel Combes, une foule de considérations ethnographiques et militaires, des notices biographiques sur des chefs arabes, ainsi que des aperçus sur la faune de la Barbarie. On trouve, entre autres documents d’histoire naturelle, dans l'ouvrage intitulé : Xetsen in der Regentschaft Alger von D. Moritz Wagner et sous le titre : Ueber die Schmetter- linge der Regentschaft Algier mit besonderer Beruecksichtigung threr geographischen Verbreitung (p. 195-210) une notice sur les papillons observés en Algérie par l’Auteur. Les fautes de déter- mination sont nombreuses. On en jugera pour les Zygæna par les lignes suivantes (p. 205) : « Eine seltene und schœne Art der den Uebergang von den Tagfaltern zu den Schwaermern bildenden Gattung Zygæna ist Z. Milaris, welche Graf von Hoffmansege in Portugal gefunden. Z. Sarpedon hat die Regentschaft Algier mit Italien, Sudfrankreich, Spanien und die bekanntere Meliloti mit dem ganzen gemaessigten Europa gemein. »

Pas plus Æilaris que Sarpedon et Meliloti ne se trouvent en Algérie et c’est cette fausse Sarpedon, plus tard reconnue pour être une espèce spéciale et distincte, que Freyer a distinguée sous le nom de Favonia, en la comparant d’ailleurs à Sarpedon et en lui donnant la Turquie, au lieu de l'Algérie, pour patrie!

Cœnonympha Arcanius, Linné.

Décrit par Linné, dans les termes suivants qui sont bien sommaires, mais n'ont cependant pas donné lieu à synonymie : « A7cantus, 242. P. alis integerrimis ferrugineis : subtus anterio- ribus ocello unico ; posterioribus quinis : primo fascia remoto. Habitat in Europæ pratis silvaticis. Larva viridis : lineis dorsa-

24 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

lhbus obscurioribus lateralibus flavis, cauda bidentata. » (Carol a Linné Systema Naturæ. Tom I. Pars V, p. 2.286).

L'espèce manque en Angleterre; elle est généralement commune en France on la voit voler depuis la fin de mai jusqu’à la fin de juillet, suivant les années et les localités. Ma collection contient des exemplaires provenant de la forêt de Rennes elle fréquente les clairières et les allées herbues, à la fin de juin, de Bourg-des- Comptes (Ille-et-Vilaine) je l'ai trouvée dans les champs d'ajonc; de Cancale, sur les bords de la Manche; des landes de Milly (Maine-et-Loire); de Charroux (Vienne); de Dompierre-sur- Mer (Charente-Inférieure); d'Angoulême, elle paraît dès la fin de mai, mais est surtout abondante en juin; de Samoussy (Aisne); de Lusigny (Aube); de Montigny-Beauchamps, de Lardy et des bois situés entre Sèvres et Versailles (Seine-et-Oise); d'Evreux; du Saut-du-Doubs; d'Uriage (Isère); de Florac (Lozère); d’Aix-les- Bains (Savoie); du Mont Gourdon, de Garamagne, d'Entrevaux et de Digne (Basses-Alpes); de Menton, Puget-Théniers, Escarène et Levens (Alpes-Maritimes); de la Sainte-Baume (Var); des envi- rons de Marseille; de Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales); de Cauterets (Hautes-Pyrénées).

Je possède aussi des exemplaires de Coburg, de Silésie; de Bohême; d'Autriche; de Florence, je l’ai prise en juin 1007, dans les petits bois de chêne voisins de la Poudrière; de l'Italie méridionale; de Grèce; de Broussa, en Asie-Mineure; de Crevola, se trouve la plus grande race jusqu'ici connue et appelée : insubrica, Raetzer. J'ai figuré cette variété qui habite Crevola et le versant méridional du Simplon, près de Laquinthal, dans la 1e livraison des Ætudes de Lépidoptérologie comparée, d'après des documents dont je suis redevable à feu mon ami le chanoine E. Favre, l’auteur de la Faune des Macro-Lépidopières du Valais, ouvrage publié en 1800, avec la collaboration d’Arnold Wull- schlegel.

Arcanius est une espèce des plaines et des basses montagnes.

Esper a figuré sous le 4 de la Tab. XXI, la forme la plus ordinaire, c’est-à-dire celle dont les ailes inférieures, en dessus,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2

Un

sont uniformément d'un gris noirâtre, sans aucune éclaircie médiane de couleur fauve; mais Huebner a figuré sous le 240, un Ayca- nius dont les ailes inférieures, en dessus, montrent une tache fauve médiane assez grande et très caractérisée.

Cet Arcanius 3 figuré par Huebner, se rencontre à ma connais- sance, surtout aux environs de Samoussy (Aisne) M. Harold Powell et mon frère, en compagnie de M. Henry Brown, le captu- rèrent, le 13 juin 10009. Cependant, bien qu'une dizaine de Œ' pris à Samoussy soient pourvus de cette éclaircie fauve plus ou moins accentuée, sur le disque des ailes inférieures, en dessus, un nombre plus grand d'Arcanius ©, également trouvés le même Jour, à Samoussy, sont dépourvus de cette tache fauve et montrent le dessus de leurs ailes inférieures entièrement et uniformément noi- râtre. Il résulte de cette constatation qu'à Samoussy, les exemplaires Œ d’Arcanius, dont l'aile inférieure est maculée de fauve, peuvent être considérés comme l'expression d’une variété plus ou moins abondante et non comme la forme géographique normale du lieu.

J'ai désigné sous le nom de Æuebneri, la variété C' portant une éclaircie fauve sur le disque des ailes inférieures, telle que l'a figurée Huebner; mais j'ignore d'où provient le C' figuré par Huebner, sous le 240. Est-ce un exemplaire aberrant? Est-ce plutôt le représentant d'une race locale offrant le plus généralement la particularité d’être maculée de fauve sur la partie médiane des ailes inférieures, en dessus ? Je ne puis le savoir. Toutefois, Je remarque dans ma collection que cette variété Azebneri peut s'ob- server dans des localités très distinctes. En effet, j'ai sous les yeux un Azcanius ©, pris au cours d’une chasse à Roccaraso et Palena, dans l'Italie méridionale, à la fin de juillet 1907, par M. Fabresse et un autre G capturé aux environs de Menton, dans les Alpes- Maritimes, en 1907, par M. Decoster, présentant l’un et l’autre une éclaircie fauve peu développée, mais très apparente sur le disque des ailes inférieures, en dessus. Ces deux A7canius peuvent être rattachés à la variété Huebneri. Par ailleurs, je n’ai jamais observé d'Arcanius tendant à la variété Huebneri. En Bretagne et à Cau- terets, Arcanius a la couleur fauve plus foncée et plus brune que

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dans les autres localités, notamment qu'aux environs de Paris, en Charente et dans les Pyrénées-Orientales; mais cet assombrissement général de la teinte fauve aux environs de Rennes et de Cauterets, bien qu'il soit parfois tel que sur la surface des quatre ailes, il reste à peine, aux supérieures, une faible éclaircie fauve, près de la base, ne me semble pas mériter d’être l'objet d'une appellation particuhère. Les Naturalistes de l'Ecole Fruhstorfer en jugeront peut-être autrement; mais Je leur laisse le soin de créer un quali- ficatif nouveau pour désigner la race obscure de Cæenonympha Aycanius à Rennes et à Cauterets, si cela leur est agréable.

On trouve exceptionnellement çà et des exemplaires d’un fauve pâle; mais il existe une Aberration dans laquelle la couleur fauve est remplacée par une teinte d'un blanc jaunâtre très clair; les deux sexes d'Arcanius peuvent être atteints de cet albinisme et ma collection contient de l’Aberration que j'appelle Dupuyi, en l'honneur de mon ami Gabriel Dupuy qui l’a trouvée plusieurs fois a Angoulême, 5 individus venant de Silésie, de Bohème, de Breslau et de la Charente, c'est-à-dire de contrées bien éloignées les unes des autres, mais se reproduit exactement la même variation. Je fais figurer (PL XXXVII; fig. 233 et 234) deux échantillons GO et Q de l'Ab. Dupuy.

Par ailleurs, c’est dans l’ocellation de ses ailes que varie Ay7ca- nus.

D'après Linné, la forme qu'il décrit et qui est par conséquent la forme type, a un ocelle apical aux ailes supérieures en dessous et cinq ocelles aux inférieures, dont le premier est éloigné des autres. Il est fréquent de trouver des Aycanius privés de l’ocelle apical; ainsi dans la Charente, l'absence de cet ocelle apical des supérieures n'est pas rare. Inversement l’ocelle apical peut être suivi d’une seconde tache ocellée contiguë à la première, et même d’une troi- sième; celle-ci très réduite généralement. Une Q d'Allemagne (Collection Kuwert) possède 3 taches ainsi définies.

Aux ailes inférieures, la série des quatre ocelles qui est plus souvent portée à cinq, peut se trouver réduite à trois et même à deux. Lepelletier de Saint-Fargeau publie sous le 5 de la PI. 7,

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le dessous d'un A7camus dont les ailes inférieures présentent, en outre de l'ocelle costal, deux gros ocelles de la série submarginale, situés entre deux très petits. Tous les ocelles peuvent même dis- paraître, comme dans l'Ab. cœca dont je publie la figure (PI. XXXVIT, fig. 235) d'après une © venant de Vienne, en Autriche. L'ocelle supérieur et isolé des ailes inférieures, en dessous, peut aussi manquer, alors qu'une série des ocelles submarginaux subsiste. Je possède un C' pris à Crevola (PI. XXXVIT; fig. 232), chez lequel manquent l’ocelle apical des supérieures et, ce qui paraît extrèmement rare, le gros ocelle costal des inférieures; mais 1l reste aux inférieures une série de 3 ocelles submarginaux, contigus, de grande dimension.

Tous les ocelles du dessous peuvent transparaître en dessus, sous forme d’un petit anneau fauve centralement ponctué de noir. La figure d’Acanius © donnée par Huebner, sous le 242, représente cette particularité. Elle est plus fréquente dans les régions chaudes et méridionales. Le GO est ordinairement moins favorisé que la ©, au point de vue de la reproduction en dessus des taches ocellées du dessous et le plus souvent, on ne voit ressortir chez le G' que la tache ocellée apicale des ailes supérieures. Cependant je possède un © de Grèce, présentant sur les inférieures, en dessus, une série de 4 ocelles submarginaux transparaissant du dessous. Ce sont sur- tout les Q qui montrent, en dessus, une reproduction plus complète et mieux marquée des taches ocellées du dessous.

Je possède des Q capturées dans la Lozère, les Pyrénées- Orientales, la Savoie et la Charente conformes à la figure 242 de Huebner.

La liture marginale argentée fait quelquefois défaut, surtout aux ailes supérieures, chez les ©.

Le P. Engramelle a publié la figure de l’Arcanius, sous le nom de Céphale (PI. XXIX; fig. 57a et 57 6). Le papillon qu'il indique comme variété de Céphale, sous les 57c et 57 d est l'Iphis.

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Cœnonympha Darwiniana, Ster.

Mon frère a rapporté de Fusio, il avait trouvé Darwiniana, du 10 au 14 juillet 1907, volant dans de hauts pâturages, fré- quentés par la Colias Phicomone, une longue série d'exemplaires conformes aux figures données par Herrich-Schaeffer, sous les n°* 180 et 187, avec le nom d’Arcanius var. M. Wullschlegel m'a envoyé une série d'exemplaires capturés en 1909 dans la vallée de Saas, au Valais. Lang a représenté le même Cænonympha, mais avec une coloration beaucoup trop pâle, sous le 5 de la PI LXXV et avec le nom de var. Darwiniana, Stgr. La bande blanche du dessous des ailes inférieures est très réduite chez Darwri- niana; les taches ocellées d’un noir vif, centralement pupillées de blanc, sont entourées d’un cercle jaune plutôt qu'orangé et l’ocelle costal des inférieures paraît plus rapproché de la série des 4 ou 5 ocelles submarginaux que chez l'Arcanius de nos plaines ou de nos basses montagnes. Il y a chez Darwiniana, comme chez Aycanius, une variété oôsoleta, Tutt, caractérisée par « disappear- rance of apical spot un. s. f. w. », suivant George Wheeler, dans the Butterflies of Switzerland (p. 118). Le nombre des taches ocellées aux ailes inférieures en dessous, est, tout compris, de 5 ou 6; mais certaines taches, surtout les 2, 3 et 6, peuvent être, proportionnellement aux autres, très réduites et même annihilées.

Dans sa collection, Guenée considérait Darwiniana, comme une espèce distincte d'Arcamius. Je ne suis pas éloigné de partager cette opinion. En France, Darwiniana se trouve à Allos et à Enchas- trayes, dans les Basses-Alpes, les chasseurs de Digne l'ont récoltée en juillet 1896 et 1897; mais dans les Basses-Alpes fran- çaises, la forme est moins colorée et moins grande qu'à Fusio.

Il est intéressant d’observer la présence d’Arcanius insubrica, qui est la forme agrandie d’Arcanius, au Simplon, dans le voisinage de Darwiniana qui est généralement de plus petite taille que la forme normale d’A7cantus.

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Cæœnonympha Philea, Huebner.

George Wheeler, dans son ouvrage 74e Butterflies of Suwitzer- land, publié à Londres, en août 1903, établit (p. 118) PArlea, Freyer, comme une aberration d’Aycanius et érige en espèce dis- tincte Sa/yrion, Esper (PAilea, Huebner).

En comparant entre elles les figures de PAilea et de Satyrion données par les auteurs, je n'arrive pas à trouver de différence spécifique possible entre PAilea et Satyrion.

Esper (Tab. CXXII; fig. 2) a figuré un Satyrion dont le disque des ailes supérieures est d’un rouge orange invraisemblable; mais il faut reconnaître que sa diagnose (p. 24) atténue sérieusement la magnificence de cette couleur orangée; en effet, on lit : swpe- rioribus ochracets.

Passant à l'ouvrage de Freyer, je vois, sur la Tab. 367, Safyrion figuré avec les 1 et 2 et PAilea avec les 3 et 4. Je cherche en vain, en comparant ces figures entre elles, un motif sérieux de séparation. Je me reporte au texte (p. 137 et 138); Safyrion aurait la couleur du fond plus claire et plus pâle « doch ist die Grund- farbe um vieles heller und blaesser ». De plus l’éclaircie blanche serait plus large et l’ocellation plus atténuée sur les ailes infé- rieures en dessous; mais ces différences telles qu’elles sont indiquées sur les figures, sont bien peu sensibles.

Herrich-Schaeffer figure Sa/yrion Œ' sous les n°* 289 et 290. La couleur du fond (Grundfarbe) du dessus des ailes et d’un brun noirâtre uni et le disque n’est pas fauve. Huebner, qui a sans doute la priorité du nom, a figuré PAilea Q assez obscure sous Îles n*“ 264 et 255. Mais la Q n'offre pas de caractères différentiels aussi intéressants que le O. Quant à Lang, il figure, malheureu- sement grossièrement, Sa/yrion d', sous le 6 de la PI LXXV.

En résumé, il y a deux formes de O' et deux formes de ©. Chez l’une, le G a les ailes, en dessus, uniformément d’un brun clair et chez l’autre, on voit, à partir de la base des supérieures, une éclaircie fauve s'étendre jusqu’à la bordure brun noirâtre. Comparant les

30 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE A ne SN ee à Q, l’une a les ailes supérieures d’un fauve rougeatre clair, avec une bordure brunâtre faiblement indiquée et traversée par une liture de la couleur du fond parallèle au bord marginal; l’autre est plus obscure, présente une bordure brun noirâtre assez large; mais il y a des exemplaires de transition et, au même lieu, on trouve quel- quefois les deux formes.

Je crois qu’on peut donner le nom de Sazyrion, H.-S. (289-200) à la forme dont le © est le plus uniformément brun noirâtre, et le nom de Pilea, Freyer (PL 367; fig. 3, 4) à la race dont le dessus des ailes, chez le ©, est plus rougeâtre vers la base et plus rapprochée de Darwiniana.

C'est ainsi que Staudinger et Rebel ont défini la question dans leur Catalog 1901 ; ces auteurs attribuent à PAilea, Freyer, le Cænonympha figuré sous ce nom par Godart (PL XX; fig. 1, 2). Il ne faut pas cependant s’en rapporter à la figure donnée par Godart, pour cette attribution de nom; car le dessus des ailes, dans le papillon figuré, est entièrement et uniformément brun noir; mais bien plutôt à la description il est dit (Tableau méthodique, p. 30) : « ailes entières, d’un brun noirâtre en dessus, avec le disque des supérieures roussâtre... »

C’est en somme le disque des supérieures roussdtre qui caractérise Philea et le dessus des ailes uniformément d’un brun noirâtre qui convient à Sa/yrion.

Mais PAilea et Satyrion sont certainement les deux termes d’une même unité spécifique, unis par les plus insensibles transitions. J'ai pris PAlea et Satyrion au Mont Revard, en Savoie, pendant les mois de juin et juillet 1906; au Lautaret (Hautes-Alpes), en juillet 1006; à Chamounix, en juillet 1802; au Ryffelalp, en juillet 1864, 1866, 1802 et 1808; J'ai reçu PAilea des environs de Digne; quant à Sa/yrion secundum Herrich-Shaeffer, je lai trouvé dans l'Oberland bernois à la fin de juin 1808 et Je l’ai reçu, plus caractérisé, d'Arolla il avait été pris en Juillet 1906. PA1lea peut avoir comme Aycanius une Ab. cæœca que Je fais représenter (PL XXXVII; fig. 236). J'ai déjà fait figurer deux curieuses Aberrations de PAilea, sous les 104, Q impunctata, Obthr., et

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105, © melania, Obthr., dans la XX° livraison des Æ/udes d'Ento- mologie.

Philea et Satyrion se plaisent dans les prairies alpestres; leur vol est sautillant, court et peu élevé. Généralement ce sont des papillons abondants ils habitent. Darwimiana, Phuilea et Satyrion semblent être exclusivement alpins et manquent dans les Pyrénées.

Pour considérer Satyrion, Esper, comme une espèce distincte de PAilea, Fr, M. Wheeler disposait sans doute d’un « #aterial » tout à fait différent de celui que je possède, car à mes yeux, PArlea et Satyrion, tels que je les connais et que Je l’expose ci-dessus, sont à peine distinguables l’un de l’autre, même comme variété.

Cœnonympha Dorus, Esper.

Esper a, le premier, décrit et figuré Dorus (Tab. LXXVIIT, fig. 1) d'après un envoyé par M. de Villers, qui l’avait découvert sur les montagnes du Languedoc (*). Linné avait établi l'usage de chercher dans la Fable, les noms pour désigner les papillons. Dorus était donc, selon la Fable, fils de Neptune et d’Alope. Il quitta la Phtiotide régnait son père et vint fonder au pied du Mont Ossa une colonie qui, de son nom, fut appelée la Doride.

Le Cœnonympha Dorus est un papillon d’assez petite taille, de contexture un peu délicate, répandu en France dans les départe- ments les plus méridionaux, en Espagne et en Algérie. Voici

(*) En lisant l’article consacré par Esper à la nouvelle espèce Dorus, j'ai trouvé en note une correction qu'Esper se faisait à lui-même à propos de Pasiphaë, d’abord signalé par lui, à tort, comme pris aux environs de Paris, puis indiqué avec plus de raison comme venant d'Antibes, en Provence. L’Auteur ajoute, en parlant de Pasiphaë : « Er enthaelt sich auf den Pyrenacen ». Si j'avais pris connaissance plus tôt de cette note imprimée à la page 130 du volume de l’ouvrage intitulé : Der europaeischen Schmetterlinge ersten Theils zweyter Band welcher die Fortsetzungen der Tagschmetterlinge enthaelt (sans date), j'en aurais fait mention à la page 393 de la livraison des Z/udes de Lépidoptérologie comparée.

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d’ailleurs le relevé des localités les Dorus de ma collection ont été capturés : Marseille; Pont-du-Gard; Cette; Florac; La Turbie près Nice, Castillon, Puget-Théniers, dans les Alpes-Maritimes; Digne, Allos, Entrevaux, Mont-Gourdon, Saint-Martin-d'En- traunes, dans les Basses-Alpes; Millau, dans l’Aveyron; Vernet- les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales; Albarracin, Escorial, Grenade, Sierra de Alfakar, en Espagne; Nemours, dans la pro- vince d'Oran. J'ai sous les yeux environ 200 exemplaires provenant des différentes localités précitées.

En France, Dorus Ga généralement les ailes supérieures, en dessus, d’une teinte brune unie avec un reflet soyeux et un peu chaud. Un ocelle, le plus souvent unique, subapical, noirâtre, cerclé de fauve, transparaît du dessous. Cet ocelle, pupillé de blanc d'argent en dessous, est aveugle en dessus. On voit, mais rarement, au-dessous de la tache ocellée subapicale des ailes supérieures, sur le dessus des ailes, comme dans la figure publiée par Esper, deux autres petits ocelles noirs, cerclés de fauve, for- mant avec l’ocelle supérieur ordinaire une petite série de trois taches alignées le long du bord marginal. Plus généralement, au lieu d’ocelles bien formés, on voit une éclaircie d’un fauve jaunâtre plus ou moins vaguement indiquée. Les ailes inférieures, brunes vers la côte, d’un fauve orangé sur le disque et près du bord anal, bordées d’une fine liture fauve, sont généralement marquées de 3, 4 même $ points noirs plus ou moins gros et accentués, transparaissant du dessous.

La © diffère du O' en ce qu’elle est entièrement d’un fauve orangé, en dessus, plus ou moins clair ou foncé, avec la bordure des ailes d’un brun noirâtre, traversée parallèlement au bord mar- ginal par un fin liséré fauve. Chez certaines ©, la base et le bord costal des ailes inférieures se rembrunit et la bordure des supé- rieures s’élargit (PI. XLVIII, fig. 389); mais comme le dessus des ailes supérieures de quelques G' s’éclaire un peu plus largement de fauve, le long du bord marginal des supérieures au-dessous de l’ocelle subapical, il en résulte que si, dans la majorité des exem- plaires, les O' et © sont très différents, il se présente cependant

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parfois des O' aussi bien que des © dont l’analogie est remar-

quable.

En dessous, chez les deux sexes, l’ocellation est ordinairement très accentuée. Les taches ocellées sont d’un noir vif, cerclées de fauve, pupillées d'argent. Un liséré d'argent descend, un peu sinueux, le long du bord marginal des ailes, depuis l’apex des supérieures Jusqu'au bord anal des inférieures. Aux ailes supé- rieures, il y a généralement un seul ocelle et une série de six aux inférieures.

Mais cette série n'est point alignée droit; elle est pour ainsi _ dire formée de 3 groupes, d'abord un ocelle détaché des autres et comme isolé près de la côte, puis 2 ocelles juxtaposés et enfin 3 en ligne. Les 5 derniers ocelles sont le plus souvent de taille assez sensiblement égale dans le même exemplaire; mais lorsque la dimension varie, les ocelles médians sont plus gros que les deux extrêmes.

La couleur jaune du dessous des ailes est assez variable; elle tend à être plus uniformément jaune foncé chez les Doyus de la Lozère et de l'Aveyron, tandis que dans les Pyrénées-Orientales et dans les Alpes-Marifimes, le dessous est plus nuancé de jaune foncé et de jaune nankin. De plus, les Dorus de la Lozère et de l'Aveyron ont l’ocellation bien plus petite et moins accentuée que dans les départements plus méridionaux. Un © pris à Millau par mon frère (PI. XLVIII, fig. 388) n’a plus qu'un seul tout petit point noir sur le dessus des ailes inférieures et les ocelles du dessous sont extrêmement petits. J'ai fait figurer dans la XX° livraison des Etudes d'Entomologie, sous le nom de Ab. fulvia, Obthr. une variété Q de la Lozère dont le dessous des ailes inférieures est d’un brun grisâtre et soyeux unicolore. J'ai appelé »2cr0ph- thalma la race de l'Aveyron et de la Lozère.

Une © des Bouches-du-Rhône, dont je suis redevable à l’obli- geance de M. Gédéon Foulquier, est remarquable par l’ocellation de ses ailes supérieures, formée d’une série de trois taches intra-

nervurales, contiguës, en dessus, comme en dessous. Une autre Q

3

34 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

de Puget-Théniers est de même /riocellata, mais les ocelles sup- plémentaires sont, dans cet exemplaire, plus fortement dessinés en dessous qu'en dessus. Le ' figuré par Esper est au contraire

triocellé en dessus seulement; en dessous, il est uniocellé.

À Albarracin, en Espagne, la race n’est pas sensiblement diffé- rente de la forme des parties méditerranéennes du midi de la France. M. Fabresse a capturé au cours de son voyage pendant les mois de juillet et août 1007, dans les environs d’Albarracin, un curieux Dorus Œ ayant en dessous une série de 3 ocelles super- posés aux ailes supérieures (PI. XLVIII, fig. 387). Sur l’une des ailes, 1l y a même un quatrième petit ocelle immédiatement juxta- posé en dessous de l’ocelle subapical qui reste toujours le plus gros. Cette variété /riocellata existe donc en des contrées très diverses.

Dans l’/ris-Dresden (Band XIX, 1006), Carl Ribbe distingue (p. 243) la race d’Andalousie sous le nom d’Ardalusica ; en effet, la forme de Dorus à Grenade et à la Sierra-de-Alfakar est tout à fait particulière, et c’est avec raison que Ribbe lui a donné un nom spécial qu’elle mérite à tous égards (PI. XLVIIT; fig. C' 300, Q 391).

L’entomologiste allemand désigne sous le nom d’Ab. exoculata la variété de Dorus relativement assez fréquente en Andalousie et qui est privée de toute ocellation en dessous. M. C. Ribbe ignorait sans doute que J'avais déjà figuré, avant qu'il ne la dénommät, cette Aberration aveugle, avec le nom de Cæca, sous le 102 de la PI. VI de la XX° livraison des Etudes d'entomo- logie.

La race de Dorus à l'Escorial paraît conforme à celle de Gre- nade. Les G' et les © sont plus obscurs que dans le type de France; très peu ponctués en dessus comme en dessous, certains exemplaires ressemblent beaucoup à Cænonympha Fettign. Mon frère a pris à la Sierra de Alfakar, en juillet 1870, avec d’autres exemplaires plus faciles à distinguer de Feffigu, une Q qui, en dessus comme en dessous, peut être facilement confondue avec ce dernier Cœnonympha (PI. XLVIII, fig. 392).

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

[#2] Un

J'ai désigné sous le nom d’Azstautr (PI. XLVIIT, fig. 386) la race de Dorus qui habite aux environs de Nemours, en Algérie orien- tale. Sur les ailes inférieures, en dessous, l’espace blanc est plus étroit et intérieurement il est limité par une ligne plus droite; Îles points ocellés, sans être en série rectiligne, chevauchent moins que dans les Dorus du Midi de la France. Le ©, en dessus, montre une large éclaircie fauve aux ailes supérieures. J'ai signalé la var. Austauti, pour la première fois, dans la VI° livraison des Etudes d'Entomologie (p. 59-60).

Huebner a figuré le © Dorus, avec le nom fautif de Dorion, sous les 247 et 248. Il semble avoir représenté un exemplaire du littoral méditerranéen français.

Une race de Dorus extrêmement curieuse et très différente du type, est celle du Nord-Ouest de l'Espagne, appelée : Warhewi.

MM. T.-A. Chapman et G.-C. Champion ont publié dans les Transactions of the entomological Society of London, 1907, un travail assez bref, mais du plus haut intérêt, sous le titre : Æxzo- mology in N. W. Spain (Galicia and Leon). Dans cette notice se trouve décrit le Cœnonympha Dorus-Mathewi, Tutt (p. 152-155) et d'excellentes et nombreuses figures (PI. V, fig. 1-12) représentant avec ses variations la nouvelle variété géographique très remar- quable de Dorus. Je dois à l’obligeance de M. T.-A. Chapman la possession de 9 exemplaires du Cœnonympha Mathewi provenant de Pontevedra, Brañuelas, Casayo et Vigo. M. T.-A. Chapman considère ]/athewi seulement comme une race locale de Dorus et dit qu'il n’y a probablement pas grande différence entre Mathewi et le Cœnonympha Bieti (recte Bieli), Stgr, du Portugal. Je ne puis mieux faire que d'inviter le lecteur à se reporter aux rensei- gnements publiés par MM. Chapman et Champion. La méthode qui consiste à donner la figure d’un grand nombre d'exemplaires variant entre eux est d’ailleurs excellente et s’imposera désormais, comme un progrès très précieux, en vue de fournir une connais- sance vraiment complète des Espèces.

Le Cœnonympha Mathewi varie beaucoup pour l’ocellation. Les figures exécutées d’après des exemplaires très judicieusement

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choisis, présentent une documentation extrêmement utile et per- mettant d'apprécier exactement la variation qui atteint dans le Nord-Ouest de l'Espagne ce joli Cœnonympha. Je serais, pour ma part, tenté de le considérer plutôt comme une espèce distincte et séparée que comme une race géographique de Dorus, si certains exemplaires ne formaient pas une transition qui justifie le ratta- chement à Doyus. Les ocelles, chez Mathewi, sont généralement plus accentués en dessus qu’en dessous, ce qui, comparativement à la race méditerranéenne française, est l'inverse de ce que nous pouvons constater.

Le Cœnonympha Dorus se plaît dans les garrigues calcaires, sèches et chaudes du Midi de la France, on le voit voltiger en abondance depuis la fin de juin jusqu’au 25 juillet environ. Il se pose volontiers sur les touffes de thym, de dorycnium, d’origan, même sur le sol rocailleux, entre les buissons et les grosses pierres.

En toute saison, le vent peut souffler violemment et souvent avec la plus fatigante continuité sur les collines pelées du Rous- sillon, du Languedoc et de la Provence. Aussi le C. Dorus serait vite emporté par le mistral fougueux, s’il n'avait pas la précaution de se blottir, généralement par petits groupes d'exemplaires très rapprochés les uns des autres, à l'abri de quelque pan de mur, ou simplement de gros rochers, au milieu de broussailles protectrices. Lorsque parfois le vent s’apaise, on jouit de matinées calmes, qui sont vraiment délicieuses, durant les beaux jours de l'été, dans la région voisine de la Méditerranée. Alors les papillons méridionaux, sans crainte d’être enlevés par l’impétuosité de l’aquilon, peuvent voitiger à leur aise, au milieu des sites agrestes tout imprégnés de l'odeur des plantes balsamiques qu’ils affectionnent.

Il y a dans les Pyrénées-Orientales, entre Prades et Vernet- les-Bains, un plateau assez fortement ondulé que j'ai entendu appeler Trancada d'Ambouilla. On s’y rend de Vernet par Cor- neilla-de-Conflent et il faut, à partir de ce village, monter assez longtemps, d’abord près d’une haie de grenadiers dont les fleurs

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rouges réjouissent toujours la vue, puis au travers d’une campagne d'aspect très aride et dépourvue d’arbres, avant de parvenir au plateau. Pendant les chaudes journées de juillet, 1l est avantageux de se mettre en route, de très bonne heure le matin, afin de gravir la pente raide et ardue, tant que le soleil ne se trouve point encore très élevé sur l'horizon. Après l'effort qu'il a fallu produire pour atteindre le plateau désiré, c’est, pour un entomologiste, un charme exquis de voir à Ambouilla, par une brillante et calme matinée d'été, le Cœnonympha Dorus posé en grand nombre sur les fleurs d’origan, ou bien se mouvant de son vol sautillant, répété, pas très rapide, assez près de terre, entre les plantes parfumées et les rochers calcaires; avec lui, tous les autres Sa/yride, ses compa- gnons ordinaires, plus robustes, moins délicats et de plus grande taille, voltigent souvent très nombreux en cette localité particu- lièrement chaude et méridionale.

Ordinairement les Dorus sont très abondants; la récolte en est facile et d’ailleurs le papillon, très joli et gracieux, sollicite l'attention du chasseur. Lorsqu’arrive le milieu du Jour, si l’atmos- phère reste calme, on voit s'élever du sol que calcinent les rayons du soleil, comme des colonnes d’air vibrantes, lumineuses et mobiles, montant en incessantes spirales vers le ciel. À l’ombre trop claire de quelque arbre rabougri, assis sur une pierre l'on se repose en prenant le repas de midi, c'est un plaisir de voir constamment autour de soi voleter le Cœnonympha Dorus et les autres Satyres assez familiers et qui semblent tenir à l’homme aimable compagnie.

Dans l'intimité du souvenir d’un paysage qui m'est cher, 1l me plaît d’unir dans la vision que mon esprit évoque si volontiers, le Cænonympha Dorus, papillon si petit et si fragile, aux splen- deurs admirables d’une nature à la fois méridionale et alpestre dont rien ne surpasse peut-être la poésie et la beauté. En face de soi, directement vers le Sud, se dresse, sombre et massive, la haute montagne du Canigou, dont les flancs déchirés et d'aspect noirûtre, surmontés d’un front étincelant de neige qui tranche vigoureu- sement sur l’azur du ciel, constituent un si imposant décor.

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À droite, vers l'Ouest, les crêtes des Pyrénées profilent leurs multiples sommets autour et au delà de Montlouis. À gauche, du côté de l'Orient, ce sont les basses montagnes et l'horizon lointain vers la Méditerranée, paraissant d’un2 profondeur infinie, avec ses couleurs changeantes suivant les heures du jour, passant du gris argenté au violet purpurin par une teinte bleue d’une mcomparable douceur.

Partout, sur le sol rocheux du plateau, au milieu des pierres éparses, comme dans les petites murailles qui séparent les héri- tages, les touffes de thym croissent et fleurissent, mêlées à d’autres herbes odoriférantes. Sous les pas qui les foulent, ces plantes répandent leurs parfums dont on se trouve délicieusement enve- loppé et pénétré; senteurs exquises de la flore naturelle qui embaument et dont on ne jouit nulle part en France avec autant d'intensité que dans les chaudes contrées du Midi.

Parmi tant de sites pyrénéens si variés, tantôt riants et tantôt sévères, 1c1 boisés et ailleurs complètement découverts, quelquefois arides ou bien au contraire si largement arrosés par les eaux les plus vives, les plus fraiches et les plus pures, la Trancada d’Am- bouilla, habitée par le Cœnonympha Dorus, malgré sa sécheresse, ses rudes rocailles et son extrême chaleur, a toute ma prédilection.

Cœnonympha Fettigii, Obthr. (PI XLVIII fig. 398, Q 309).

Le Cœnonympha que je dédiai à l’abbé François-Joseph Fettig, et dont la figure a déjà paru dans la 1" livraison des Æudes d'Entomologie (PI. I, fig. 4 a, b), fut découvert par Gaston Allard, dans l'Algérie orientale, en 1870.

L'abbé Fettig était alors curé de la Vancelle, dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, au diocèse de Strasbourg; plus tard, il fut nommé curé de Matzenheim, près Benfeld, et c’est dans cette localité qu’il rendit son âme à Dieu, le 5 mai 1906, dans la 81° année de son âge. Il était le 16 juillet 1824.

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C'était un prêtre vénérable, se conciliant naturellement l’uni- versel respect. Son extrême simplicité et sa modestie étaient les deux premières qualités qu'on distinguait en lui. Il possédait un noble cœur, plein de générosité, essentiellement charitable et bon. Il jouissait d’un jugement très droit et savait toujours rester calme et parfaitement mesuré. Sa conversation était aimable; son visage était doux; toute sa personne attirait la confiance et inspirait la sympathie. On l’affectionnait autant qu’on le respectait.

Grâce à Dieu, au cours de ma carrière, j'ai largement goûté le charme si précieux que procure l'amitié; mais parmi tous les chers défunts dont je regretterai toujours la perte, mon ami Fettig, si loyal, si franchement et si cordialement dévoué, méritant à un si haut degré qu'on l’estimât, comptera au nombre des meilleurs qu'il m'a été donné de connaître et d'aimer.

Jusqu'à mon dernier jour, mon souvenir lui restera affectueu- sement fidèle.

Ce fut une belle vie, celle de l’abbé Fettig, exclusivement consacrée à l’accomplissement du devoir, sans ambition, sincère- ment humble, laborieuse, constamment préoccupée de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Hélas ! elle fut attristée par de mul- tiples épreuves. L'abbé Fettig en a connu d’exceptionnellement cruelles : celles auxquelles ont été soumis tous les Alsaciens de notre temps. Cependant il trouvait dans l'étude de la Nature, œuvre du divin Créateur, un adoucissement à bien des peines, un puissant et incessant réconfort, une consolation douce et sereine. Toute sa vie, l'abbé Fettig a travaillé à étendre et à élargir la connaissance de la faune entomologique de son cher pays. Son patriotisme trouvait une satisfaction très sensible et très délicate dans chaque découverte qui venait enrichir l'inventaire de la faune alsacienne et en faisait ressortir la richesse et la variété.

Aussi, avec une activité inlassable et que le poids des années ne parvenait point à atténuer, l'abbé Fettig, pendant toutes les heures de liberté que pouvait çà et lui laisser l’accomplissement des devoirs de son saint ministère, cherchait, observait, étudiait, écrivait. Tous ses travaux sont empreints d’une clarté, d’une netteté

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et d’une sincérité qui reflètent le caractère de l’auteur et leur valent une incontestable et durable autorité.

L'esprit très scientifique de l'abbé Fettig envisageait très volon- tiers les problèmes de philosophie entomologique; tels ceux qui résultent de la variabilité et de la dispersion des Espèces. Mais mon ami avait le sens des services pratiques que ses connaissances lui permettaient de rendre à ses concitoyens, et c’est avec un égal intérêt qu'il se livrait à la méditation des questions purement spéculatives et à l'observation attentive des insectes pouvant être utiles ou nuisibles aux champs et aux jardins. Les études d'histoire naturelle sont d’ailleurs le seul délassement que l’abbé Fettig ait jamais cherché. Après avoir obtenu la connaissance exacte d'un dommage causé par une espèce d’insecte à quelque plan- tation, il se plaisait à distribuer autour de lui les conseils judicieux pour combattre efficacement les ravages d'un ennemi dont il avait patiemment découvert l’histoire. C’est ainsi que l'abbé Fettig publia en 1876 un Æssai d'Entomologie générale appliquée, excellent livre énumérant avec détail les /nsectes nuisibles de l'Alsace avec un aperçu des Insectes utiles.

Les entomologistes alsaciens qui ont pu connaître et apprécier l'abbé Fettig et qui liront ces lignes s’associeront, j'en ai la con- fiance, à l'hommage que je rends à la mémoire de leur excellent et si respectable compatriote.

Je tiens à honorer dans le présent ouvrage auquel mon intention est de consacrer le travail de mes dernières années, tant qu’il plaira à Dieu de m'en laisser les moyens, le souvenir d’un ami toujours cher; mais avant tout, je tiens à écrire la vérité qui ne cesse jamais d'être mon but.

Ce fut au mois de juin de l’année 1863 il y a de cela plus de 46 ans que je goûtai pour la première fois le charme de l'hospitalité au presbytère de la Vancelle. J'étais allé, cette année- là, en Alsace, avec ma famille, rendre visite à mon grand-père paternel qui demeurait à Strasbourg.

Je profitai de mon séjour en Alsace pour aller à Schlestadt, et là, je pris la voiture qui, à cette époque, conduisait les voyageurs

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vers Sainte-Marie-aux-Mines. Pour atteindre la Vancelle, village situé sur la montagne, à mi-côte, au milieu de belles prairies et à l'entrée de la grande forêt de hêtres qui s'élève jusqu'au Fran- kenbourg, on s’arrêtait à Lièpvre, dans le fond de la vallée. L'Aroynnis Daphne, dès les premiers jours de juillet, voltigeait sur les buissons de ronces et un peu plus haut la Zycæna Euplemus habitait les prairies. D'ailleurs, par les belles journées d'été, la faune entomologique était riche et les insectes, variés et nombreux, animaient très agréablement pour nous la montagne et la forêt. De l’autre côté de la vallée, au sud et juste en face de la Vancelle, se trouvaient les ruines si pittoresques de l'antique château de Hohkænigsbourg. Je les ai parcourues en l’aimable compagnie de l'abbé Fettig et dans mon souvenir s’est gravé le beau et riant paysage qui se présentait devant nous : d’abord la riche plaine d'Alsace, parsemée de villes et de villages, étendant jusqu’au Rhin le vert tapis de ses prés alternant avec la teinte sombre des bois et la couleur plus claire des moissons jaunissantes; vers le Nord, la flèche de la cathédrale de Strasbourg élançant vers le ciel sa haute aiguille de pierre; puis le ruban argenté du grand fleuve aux eaux rapides; et au delà, limitant la plaine du pays de Bade, les sombres montagnes de la Forêt-Noire déroulant leur longue chaîne dont la crête se profile si nette et termine l'horizon.

En juillet 1865, revenant de Dalmatie, par Vienne et l'Allemagne du Sud, Gaston Allard et moi, nous séjournâmes ensemble au presbytère si hospitalier de la Vancelle. Lorsque plus tard, de nouvelles découvertes, réalisées en Algérie, nécessitèrent des noms nouveaux dans la nomenclature des Lépidoptères, d'accord avec Gaston Allard, le nom de l’abbé Fettig fut attribué au joli Cœnonympha algérien dont je vais ci-dessous compléter l’histoire, au moyen des chasses plus récentes du docteur Codet, de M. Harold Powell et de M. Holl. Un peu avant sa mort, l’abbé Fettig, curieux de voir en nature le Sa/yride qui portait son nom et qui était pour lui un témoignage de notre amitié, me pria de lui transmettre pour sa collection un spécimen de l'espèce. Je fus

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heureux de causer à mon ami cette satisfaction entomologique, la dernière que j'aie pu lui donner ici-bas.

Le Cœnonympha Fettisü ne paraît pas rare, au mois de juillet et au commencement d'août, aux environs de Sebdou. M. H. Powell en a capturé de nombreux exemplaires, en 1907, dans les localités suivantes : Sidi-Vahia, Mirzab et route de Sebdou à Mirzab, Misseghenin, Djebel-Ouargla, Tagemout (Telagh), Daya, Sebdou à Aïn-Kitsa et Aïn-el-Hamar. C'est dans la province d'Oran que se trouve la forme-type de Ferfigu. Le Set la ©, en dessus, sont généralement chaudement colorés de fauve sur un fond brun plus ou moins étendu. Le dessous des ailes supérieures est d’un fauve clair et vif et les ailes inférieures sont d’un gris un peu jaunâtre; les 4 ailes sont finement lisérées d'argent; l’ocelle des ailes supé- rieures, noir, cerclé de jaune paille et pupillé de blanc, est très vif; aux ailes inférieures, l’ocellation est généralement très faible ou presque nulle. Sur les ailes inférieures, 1l y a une ligne brunâtre, un peu sinueuse, rarement complète, descendant du bord costal au bord anal, ordinairement extérieurement accompagnée d’une petite éclaircie d’un blanc jaunâtre; mais cette éclaircie peut faire quel- quefois défaut.

M. Holl a pris à la Glacière de Blida, vers la mi-juillet, une race de f'e//igu que j'appelle Æolli, qui est de plus petite taille que l'ettigu de Sebdou, d’une teinte fauve moins vive et dont le dessous des ailes inférieures est d’un gris plus jaunâtre, avec l'éclaircie plus étendue et les petits ocelles noirs, cerclés de fauve et pupillés de blanc, mieux indiqués. Le Cœnonympha Fettigi et sa var. Æoll; C sont bien distincts en dessus de Dorus-anda- lusica par l’accentuation de leurs taches fauves; les © de Fertigü et de Dorus-andalusica se ressemblent davantage en dessus. Pour le dessous des ailes, les Dorus-andalusica ont la partie marginale, située au delà de la ligne sinueuse-transverse extracellulaire, teintée de jaune nankin pâle, tandis que chez Fettigii et même chez Æoll, on perçoit une éclaircie beaucoup plus limitée et moins accentuée, sur le fond gris des ailes. L’ocellation, chez Dorus-andalusica, est généralement bien plus fortement accusée; mais mon frère a pris

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à la Sierra de Alfakar, en juillet 1870, avec d’autres exemplaires bien plus rapprochés de Dorus, une © très voisine de Z'erligu.

Si l’on compare une boîte pleine de Dorus français à une autre boîte de Æet/igu, aucune confusion n’est possible entre les deux Cœnonympha et la séparation spécifique ne peut faire aucun doute; mais la race andalusica offre des exemplaires qui, comme le prouve la Q signalée plus haut, paraissent former une transition suggestive entre les Dorus de la France méridionale et les Ferrigu. Il faut observer toutefois que Fetigu ne vit pas seul en Algérie et à l'exclusion de Doyus; témoin la race Awstauti, de Nemours.

En l'état actuel de nos connaissances, relativement à Dorus- andalusica, je déclare rester encore hésitant quant à la question de savoir s1 lettigu est, ou non, une unité spécifique bien vala- blement distincte de Dorus; mais comme la question me semble pleine d'intérêt, J'ai cru devoir, pour en faciliter l'étude et la solution, ajouter à la figuration des Aberrations cœca et fulvia de Dorus qui a déjà paru dans la XX®° livraison des Æ/udes d'Entomologie, la représentation des documents suivants concer- nant plus spécialement Doyrus et Fettigu.

12I0SCBAVA UE 386. Cœn. Dorus-Austauti, S, Obthr. Nemours (Oranie).

387. Dorus-triocellata G, Obthr. Albarracin (Espag.).

388. Dorus-microphthalma S, Obthr. Millau (Avey- ron).

380. Dorus, Esper, © (rembrunie). Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales).

390. Dorus-andalusica S, Ribbe. Grenade (Anda- lousie).

301. Dorus-andalusica ©, Ribbe. Grenade (Anda- lousie).

302. Dorus-andalusica ©, Ribbe (var. trans. ad Fertigu). Sierra-de-Alfakar (Andalousie).

306. Feitigu-Holli G, Obthr. Glacière de Blida

(Algérie).

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307. Cœn. Fettigü-Holli ©, Obthr. —— Glacière de Blida

(Algérie).

308. Feltigiü S, Obthr. Route de Sebdou à Mirzab (Oranie).

390. Fettigu ©, Obthr. Sidi-Yahia (Oranie). Variété

quadri-ponctuée aux ailes supérieures en dessus.

Cœnonympha Corinna, Huebner.

Petit Sa/yride spécial à la Corse, à la Sardaigne et à la Sicile 1l fut découvert par A. Lefebvre, mais personne ne l’a retrouvé depuis le voyage de cet entomologiste français. La col- lection Guenée contient un des exemplaires de Corinna rapportés de Sicile par Lefebvre. Mon frère l'a communiqué à M. Enrico Ragusa qui, dans le journal Nafuralista siciliano, 1008, lui a donné le nom de Zefebvrei. Je le fais figurer sous le 304 de la PI XLVIIT du présent ouvrage. On remarquera combien l’ocel- lation des ailes supérieures et inférieures, en dessous, du Corinna de Sicile, est prononcée, comparativement à la race de Corse et de Sardaigne.

Corinna n'est pas rare dans ces îles. Feu Damry en a récolté de nombreux exemplaires à Sassari, en Sardaigne. Bellier de la Cha- vignerie, Rambur, et plus récemment H. Powell et Decoster en ont rapporté des séries considérables, notamment de Vizzavona et Saint-Pierre-de-Venaco. L'espèce varie pour l’accentuation et l’en- vahissement, ou inversement pour l’atténuation de la teinte noirâtre sur le dessus des ailes et par la présence ou l'absence, à l’apex des supérieures et le long du bord marginal des inférieures, en dessus, de points noirs cerclés de fauve. En dessous, les petits ocelles des ailes inférieures figurent quelquefois au nombre de six; mais leur nombre est souvent réduit à deux ou trois, ou même ils sont complètement supprimés, à l'exception cependant de l’ocelle costal qui paraît plus tenace. Les ocelles du dessous des ailes inférieures sont noirs, pupillés d’argent et entourés d’un cercle fauve. Exté-

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rieurement à la ligne très sinueuse, extracellulaire, descendant du bord costai au bord anal, il y a une éclaircie blanchâtre ou jau- nâtre, de dimension variable. [1 y a une liture marginale d'argent moins généralement interrompue aux inférieures qu'aux supé- rieures. Parfois l’ocelle apical est double; je n'ai pas vu, dans une centaine d'exemplaires que contient ma collection, un seul spécimen à qui l’ocelle apical des supérieures, en dessous, fait défaut. La figure donnée par Huebner, sous les 536 et 537, me paraît mal coupée, les ailes étant représentées trop arrondies. Cependant le Corinna de Huebner est parfaitement reconnaissable et 1l n'y a nulle hésitation pour l'identification des exemplaires naturels avec la figure publiée par cet iconographe.

Tout récemment j'ai reçu un Cœnonympha Corinna albinisant. La couleur fauve normale est remplacée par une teinte uniforme Jaune paille.

Cœnonympha Vaucheri, Blachier.

Une des plus jolies espèces nouvellement découvertes au Maroc. M. Blachier, le savant et distingué lépidoptériste genevois, a décrit le Cœnonympha Vaucheri dans le Bulletin de la Société entom. de France, 1905, p. 213, et donné le nom de gemimipuncta à une curieuse Aberration ' dont l’ocelle apical des ailes supérieures, en dessus, est remplacé par 2 points, tandis que les 4 gros points des inférieures sont remplacés par 3 petits; le dessous restant conforme au type. Le Cœnonympha Vaucheri et V'Ab. geminipuncta ont été figurés par les soins de M. Blachier, dans les Annales de la Soc. ent. de France, 1908, sous les 1, 2, 3 et 4 de la PI. 4.

L'espèce avait été préalablement figurée dans les Transactions of the entomological Society of London, 1905, sous les n°* 1 et 2 de la PL XIX, à l'appui d’un travail de M. E. G. B. Meade-Valdo publié dans les mêmes T7ansactions (p. 369-303), avec le titre : On a Collection of Butterflies made in Marocco in 1000-01-02. L'auteur fait une revision critique des diverses espèces de papillons

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capturés au cours d’un voyage au Maroc il était, dit-il, accom- pagné par M. Henri Vaucher, de Tanger, comme taxidermiste et interprète. J'ai vu à Genève la collection de papillons du Maroc formée par M. Vaucher, de Tanger, et possédée par son frère M. Alfred Vaucher. J'ai été frappé de la beauté des formes de Lépidoptères marocains. Lorsqu'il sera permis aux Européens de circuler au Maroc avec un peu de sécurité, je pense qu’il sera pos- sible aux entomologistes d'y réaliser encore de surprenantes découvertes.

Cœnonympha Pamphilus, Linné.

Décrit dans le Systema Nature (Edit. X, portant la signature : Vpsaliae, 1757. d. 24 Maï, et la date d'impression MDCCLX), avec les termes suivants : «( p. 472) Pamphilus. 86. P. D. alis integerrimis fulvis; subtus primoribus ocello unico; posticis fascia alba. Habitat in Europa. Sexus alter minor. Alis posticis subtus ocellis 6 : primo maiore ».

Linné avait préalablement décrit Pamphilus dans la Fauna suecica, imprimée à Stockholm en 1746, sans lui donner de nom, ainsi que cela a généralement eu lieu pour l'ouvrage Fauna suecica. Je copie textuellement l’article entier, avec tous les commentaires, de ce dernier ouvrage relatif à Pamphilus. « 780. Papilio tetrapus; alis rotundatis fulvis : primariis subtus ocello unico; secundariis subtus albo fasciatis. —— Petit mus. p. 34 n. 311. Papiliunculus aureus oculatus in ericetis frequens. Raj. ins. 125. n. 10. Papilio parva e fulvo et fusco bicolor, fulvo mediam alam, fusco oras extremas occupante, cum ocello ad extimum angularum alarum exteriorum. Habitat in ericetis. Descr. Raji descriptio bona est : Alae supra fulvae, subtus cinerascentes. Ocellus in ala primaria subtus unicus est et niger puncto albo circuloque nigro. Alae secundariae carent ocellis et fascia pallidiore notantur. Variat major ocello obsoleto. »

Dans toutes ces diagnoses, il y a des points contradictoires; ainsi Linné dit d’une part, dans le Systema Nature, que les ailes

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inférieures, en dessous, ont six ocelles et que le premier est plus grand, et ailleurs, dans le commentaire de la launa suecica, que les secondes ailes manquent d'ocelles. La vérité, c'est qu'on peut constater sur le dessous des aïles inférieures, aussi bien l’absence de tout ocelle que la présence de six ocelles; mais je n'ai pas observé que dans le cas des six ocelles, le premier füt plus grand (primo maiore), ainsi que le dit Linné. Quoi qu'il en soit, les auteurs anciens ont été assez d'accord pour attribuer le nom de Pam- philus au vulgaire petit Satyride que nous désignons toujours nous-mêmes sous ce vocable. Seul Huebner l’a figuré sous le nom de Nephele (fig. 237, 238 et 230). Pamphilus est une espèce sem- blant s’accommoder des plaines et des montagnes, du Nord et du Midi. Ce Cœnonympha éclôt au printemps et en été; il est répandu en Angleterre et en Irlande, en France, en Espagne, en Algérie et à travers l'Europe, jusqu'en Asie-Mineure, le Turkestan oriental et la Sibérie.

Quoique, d’après Linné, Pamphilus soit oculé en dessous (subtus) et que le vieux maître suédois ne fasse pas mention de l’ocellation sur le dessus des ailes supérieures, à l'angle apical, cependant les exemplaires chez lesquels locellation n'est pas apparente en dessus et existe seulement en dessous, sont les plus rares chez nous. Il n’en est pas moins vrai que d’après les descrip- tions de Linné qui sont formelles, aussi bien dans launa suecica que dans Systema Nature, c'est cette forme aveugle en dessus,

oculée en dessous, qui est le type de l'espèce.

Charles Barrett dit de Cœnonympha Pamphilus (Vol. I, p. 266) : « One of the most universally common of butterflies, occurring almost everywhere in grassy places, and even inhabiting the higher portions of the mountains, where, 2.000 feet above the sea, it shares with C. Davus and Erebia Cassiope the honour of being the only resident butterflies. » Sous le 2 c de la PI. 36, Barrett figure une © de la collection du P.-H. Mason, qui, confor- mément à la description du Systema Nature, n’a de tache ocellée qu’en dessous et en manque totalement en dessus. Sous le 20

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de la même Planche se trouve représentée une © de la collection Webb, dont les 4 ailes sont d’un fauve plus pâle en dessus.

Mosley figure aussi « a very pale specimen taken by Mr. J. Firth, at Bradford ». Je possède moi-même 3 exemplaires très pâles : un C' d’un blanc jaunâtre portant l'étiquette « Spain » et faisant partie de l’ancienne collection Ward d'Halifax; un autre S pris à Besançon par M. Fritsch, en mai 1895, et une Q capturée par mon frère à Vernet-les-Bains, en juillet 1801. C’est l'Aber- ration pallida, Tutt. Esper la figure sous le 4 de la Tab. LXXVIII d’après un exemplaire qui fut trouvé, avec plu- sieurs autres, aux environs de Francfort-sur-le-Mein; cette Azsart de Pamplilus appartenait à Gerning.

M. George Wheeler (T%e Butterflies of Switzerland, p. 119) signale l’Aberration bipupillata, Cosmovici, « in wh. it is large and distinctly double-pupilled ».

Ma collection contient 4 O' bipupillata, dont 2 pris par mon frère : l’un à Rennes, au printemps 1907, et le second à Charroux (Vienne); le troisième exemplaire fut récolté à Lectoure (Gers) par M. Dayrem, en mai 1007, et le quatrième à Akbès, en Syrie, en 1891. Ces 4 Cœnonympha sont bipupillés en dessus et en des- sous; mais il serait plus exact de dire qu'ils sont biocellés; chaque ocelle, aveugle en dessus, est, en dessous, pupillé de blanc. Chez l'exemplaire de Charroux, la biocellation, en dessus, se trouve faiblement indiquée; mais sur la face inférieure des ailes, 1l y a un troisième point noir supplémentaire situé au-dessous du double ocelle.

J'ai fait figurer sous le 106 de la PI. VI de la XX® livraison des Etudes d'Entomologie une Q cæca, de la collection Boisduval, et non Bellier, comme je l’avais fait imprimer par erreur, qui est sans doute la même que l’Ab. obsoleta, Tutt, chez laquelle toute ocellation à l’angle apical des ailes supérieures, sur les deux faces, a disparu.

Pamphilus produit une très Jolie variété géographique méri- dionale et estivale figurée par Esper, d’après un exemplaire du Portugal, sous le nom de Zyllus; mais la représentation de Zyllus

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(PI CXXII, fig. 1) est grossière et n'est pas satisfaisante. Les figures données par Huebner sous les n°* 557 et 558 sont au con- traire très bonnes. Zyllus est quelquefois orné d’une liture margi- nale argentée; il est d’ailleurs très variable et les formes les plus accentuées de Zyllys se lient à Pamphilus par une série d’insen- sibles transitions; ainsi 7 2yrsis, de Crète, qui est certainement un Pamphilus Lyllus.

Quelquefois les ailes supérieures, en dessous, de Zyllus sont marquées d’une série de points noirs situés en ligne droite au- dessous de l’ocelle apical. Généralement l’ocelle inférieur est plus gros que le (ou les) point noir intermédiaire. Herrich-Schaeffer a représenté cette Ab. sous les n*% 430 et 431 et avec le nom de Lyllus. Staudinger et Rebel, dans le Catalog 1901, ont distingué cette Aberration sous le nom de 7'.yrsides. Te fais figurer sous le 303 de la PI. XLVIII du présent ouvrage une Q très accentuée de cette Ab. TAyrsides, capturée à Khenchela (province de Cons- tantine) en Juillet 1008.

Je possède des Zyllus superbes, principalement d’Akbès, d’AI- gérie, de Sicile, d'Andalousie et de l’Escorial. Il y en a qui ressemblent en dessus à Dorus ©. Quelques exemplaires ont les ailes inférieures assez fortement ponctuées en dessous et même en dessus; ils appartiennent à l’Ab. ocellata, Tutt, « a distinct row of eye-spots un s. h. w. ». L’Ab. ocellata n’est pas rare à Akbès. L’Ab. wnicolor, Tutt, « in wh. it is entirely reddishbrn » se lie si intimement aux formes plus claires qu'il paraît difficile de trouver le point séparatif.

Quant à l’'Ab. marginata, Ruehl, elle existe aussi avec des transitions chez Pamphilus, comme chez Zyllus; elle est fréquente en Algérie et elle se combine dans les mêmes exemplaires avec T'hyrsides et ocellata.

Cœnonympha Typhon, Rott.

Typhon est une espèce très variable. Elle se trouve en Irlande, en Angleterre et en Ecosse; sur le continent, elle est répandue en

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Laponie, en Allemagne (Glogau, Posen, etc.), en Russie, en Suisse, principalement dans le Jura. Pour ce qui concerne la France, Je ne connais d’autre localité que Morteau, dans le Doubs, 7 yfAon ait été authentiquement capturé. 7 yphon se plaît dans les maré- cages et dans les tourbières; sa chenille, que les entomologistes anglais connaissent bien, vit sur les KXynchospora et les É710- phorum. Dans le Royaume-Uni, il y a deux races très distinctes de Typhon : scotica, Stgr, figurée par Barrett, sous les 14 et 1 e de la PI 36. Cette scofica a le dessus des ailes d’un fauve clair et soyeux avec le bord marginal grisâtre; en dessous, elle est très peu ocellée. Je l’ai reçue de M. W. Ried, un habile chasseur écossais qui la récoltait dans les pays de Perth et d’Aberdeen. Les collections Sheppard, vendue à la salle Stevens, à Londres, les 25 et 26 mars 1880, et Howard-Vaughan, vendue les 22 et 23 avril 1800, contenaient de bonnes séries qui m'ont instruit et documenté sur la variabilité et l'habitat de T'ypAon en Grande- Bretagne. La forme scofica se trouve aux îles d’Arran, de Hoy, de Lewis et dans les montagnes du Nord de l’Ecosse, tandis que la forme Piloxenus, figurée par Esper : la © sous le 3 de la Tab. LIV et le O' sous le 3 de la Tab. LXXVIII, d’après des exemplaires trouvés dans les prairies, aux environs montagneux de Wohnsiedel, a été capturée dans le Westmoreland, notamment à Meathop-Moss, en 1883, par H. Goss. Barrett figure cette forme avec le nom de Rozhliebu, sous les 1 & et 1 d de la PI. 36. Philoxenus est très différent de scofica; on peut dire qu'il est aussi largement ocellé que scorica l’est peu. En dessus, PAilo- xenus © est d'un fauve brun et on voit transparaître du dessous l’ocelle apical des ailes supérieures, ainsi que la série des autres ocelles qui souvent accompagne cet ocelle apical. De plus, les ocelles des ailes inférieures transparaissent, entourés de leur cercle plus clair. En dessous, l’ocellation est nombreuse, formée de points noirs assez gros, cerclés de jaune paille et pupillés de blanc; le fond des ailes est d’un brun plus ou moins rougeâtre, traversé aux supérieures par une ligne extracellulaire extérieurement éclairée de blanchâtre. Cette éclaircie blanchâtre se prolonge sur les inférieures

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE SI

elle présente des contours assez sinueux. Il y a dans le West- moreland des variations très intéressantes pour l’ocellation du dessous des ailes, et je trouve que le 7'yphon Phuiloxenus de cette localité est une des plus jolies formes de l'espèce. Dans la col- lection Boisduval, je remarque une petite série de 4 exemplaires portant l'étiquette Marsyas, Eversmann. J'ignore si ce nom a été publié quelque part. Ces Marsyas sont des PAiloxenus provenant sans doute de quelque contrée de la Russie, dont les ailes sont plus allongées et moins arrondies que chez les exemplaires alle- mands et dont l’ocellation, surtout chez la ©, est très fortement

accentuée.

Huebner représente sous les 243 et 244 et avec le nom de Tullia, la forme ordinaire © du Jura bernois, et Borkausen avec le nom de Zaidion figure un O' entièrement fauve clair en dessus, très peu ocellé en dessous, comme on en trouve dans le même pays. Godart (PI. XXI, fig. 1, 2) représente avec le nom de Davus la forme qu'il dit très commune dans l'Est de la France et qui est en effet assez conforme à celle de Morteau. Quant à Lang, sur sa PI. LXXVII, il figure, sous les 2, le O' et la © du Z'yfhon de l’Europe centrale, et sous les 3, le G'et la © du PAiloxenus anglais. Il dit que cette forme lui paraît être particulière (peculiar) au Nord de l'Angleterre, principalement au Durham, Cumberland et Vorkshire elle fréquente les marécages. Staudinger, ajoute Lang (p. 312), mentionne le Sud-Holstein comme une localité pour Philoxenus ; mais Lang répète qu'il est extrêmement probable que Philoxenus est spécial au Nord de l’Angleterre et 1l trouve pos- sible qu'il soit une espèce distincte. « It is probably a distinct species. » L'opinion de Lang est évidemment sur ce point erronée.

La race lapone est petite et ressemble assez à Pamphilus. Aussi Freyer, en figurant et décrivant son Demophile de Laponie (Tab. 430, fig. 3, 4, p. 97), qui paraît être le 7 ypkon du Nord, appelé /sis par Thunberg, écrit-il les observations suivantes : « Ich vermuthe, dass dieser Falter nur eine Lokal-Abaenderung ohne Augenflecken in den Hinterfluegeln, von P. Pamphilus sem

52 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

duerfte dem er sehr aehnlich sieht ». Il ajoute, il est vrai : « Er hat jedoch die Groesse von ?. Davus. »

Je crois cependant que Freyer se trompe en présumant que son Demophile pourrait être une locale variété, sans taches ocellées sur les ailes inférieures, de Pamphilus auquel il paraît très sem- blable. Ce Demophile, qui a d’ailleurs la grandeur de Davus (Typhon), est très vraisemblablement une variété locale de ce dernier Cœnonympha.

Libythea Celtis, Esper.

Curieuse espèce d'aspect original avec ses ailes découpées, ses palpes allongés et ses antennes courtes et épaisses; unique repré- sentant en Europe de la peu nombreuse famille des Zzbytheide. Celtis est répandue dans le midi de la France, à Digne, à Vernet- les-Bains, à Montpellier; elle se trouve à Grenade, en Sicile, en Syrie; n’est commune nulle part. Je ne l’ai jamais vue volant que par exemplaires isolés. La Zzbythea Celtis habite aussi l'Algérie elle a été prise par M. Holl à la Glacière de Blida, en juin et juillet. Seule la © a la première paire de pattes complètement développée.

Le docteur A. Pagenstecher, de Wiesbaden, a écrit dans das Tierreich (1901), une Etude monographique sur les Ziôytheide. Je ne puis que renvoyer le lecteur à ce travail. L'auteur, en dressant l'inventaire des espèces de la famille en question, constate l’exis- tence de 10 espèces.

Certaines de ces espèces offrent de nombreuses variétés. Toutes habitent les parties chaudes ou tropicales du globe. Dans le Genera Insectorum publié par P. Wytsman, le même docteur A. Pagens- techer (1902) a donné une nouvelle édition de la monographie des Libytheidaæ qu'il répartit en 3 sous-genres, comme suit :

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE me

u +R

1% sous-genre : LIBYTHEA, Fabr.

Celtis, Fuessly. Midi de l'Europe; Asie-Mineure; Algérie. Var. Lepita, Moore. Chine; Japon; Inde; Bornéo. Var. Lepitoides, Moore. Nilgiris.

Myrrha, Godart. Continent et Archipel indien.

Var. Rama, Moore. Ceylan; Inde mérid. | Var. Vicevillei, Oliff. Nouv.-Guinée; Nord-Australie. Var. sanguinalis, Fruhst. Malacca; Himalaya.

Var. myrrhina, Fruhst. Sumatra; Bornéo?

Narina, Godart. Inde; Archipel malais; Philippines. Var. Rohini, Marshall. Inde.

Zibera, Nicév. Bornéo.

hybrida, Martin. Sumatra.

Geoffroyi, Godart. Archipel malais; Philippines. Var. sumbensis, Pagenst. Sumba.

Var. autipoda, Bdv. Nouv.-Calédonie.

Var. plilippina, Ster. Philippines.

Var. celebensis, Stgr. Célèbes.

Var. ceramensis, Wall Amboine; Ceram.

Var. batchiana, Wall. Batchian; Halmahera.

Var. pulchra, Butl. Nouv.-Bretagne.

Var. ortentalis, Godm. Iles Salomon.

Var. guadrinotata, Butler. Lifu, Ile Loyalty.

Var. Hauxwell:, Moore. Inde.

Var. alompra, Moore. Tenasserim.

sous-genre : HYPATUS, Huebner.

Carinenta, Cramer. Amériq. tropic. Var. Bachmanni, Küirtl. Etats-Unis. Var. larvata, Streck. Texas.

Var. #otya, Bdv. Cuba.

Var. terena, Godart. Haïti.

54 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

sous-genre : DICHORA, Scudd.

8. Labdaca, Westw. Afrique tropicale occident. Lajus, Trimen. Natal. Var. {siandava, Gr. Sm. Sud-Ouest Madagascar. 10. Cinyras, Trimen. Ile Maurice. Var. ancoata, Gr. Sm. Nord-Ouest Madagascar.

Nemeobius Lucina, Linné.

C'est en Europe la seule espèce qui représente la nombreuse famille des Erycinide, si largement répandue dans la région tro- picale américaine elle se distingue, entre toutes, par la richesse du coloris, la variété des formes et la grâce exquise des papillons qui la composent.

Lucina se rencontre en Angleterre et même en Ecosse, près Dumfries. On la trouve principalement dans les bois de la moitié méridionale de la grande Ile et notamment dans New-Forest.

En Bretagne, elle m'a paru généralement très peu commune. On peut en capturer çà et des exemplaires isolés dans les forêts dés environs de Rennes, en mai et juin. La seule localité d’Ille- et-Vilaine j'ai vu la Vemeobius Lucina en quelque abondance, c'est le côté oriental de la falaise de Cancale qui fait face à la côte normande du département de la Manche, depuis la pointe des Rimains jusqu’à l’anse sablonneuse de Port-Mer, un peu avant l'extrémité du cap du Grouin. La falaise, en cette partie, est assez haute: au-dessus de son assise rocheuse constamment battue par les flots mouvants de la mer, elle est recouverte d’une épaisse couche de terre végétale et ornée d’une flore vigoureuse et assez variée. Les grands ajoncs dominent et forment des touffes impé- nétrables, puissantes et serrées; mais ils laissent des places libres pour les primevères qui servent de nourriture à la chenille de Lucina, pour les narcisses, les jacinthes, les violettes, les euphorbes, les silènes, les centaurées, les chèvrefeuilles, les prunelliers, etc., etc.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 55

dont les fleurs se succèdent avec les saisons et forment des parterres agrestes au milieu desquels butinent de nombreux insectes. Un étroit sentier, pour le service ordinaire des douaniers, serpente sur la corniche de la falaise et parfois descend plus ou moins bas, sur le flanc fortement incliné de la colline. Alors, à l'abri de quelque talus protecteur du vent, on rencontre à mi-côte, notamment au- dessus de la grande grève de sable de Port-Mer, quelques petits placis bien exposés au soleil du matin. C'est là, et également près de la crête du plateau des Rimains, que, par une belle journée de prin- temps, à l'époque des fêtes de la Pentecôte, on peut voir Luca vol- tiger avec vivacité, s'écartant d’ailleurs fort peu de son heu d'origine et aimant à se reposer de temps en temps, en compagnie de 7 Xecla zubi sur les fleurs ou les feuilles des plantes, principalement de l'Euphorbia amygdaloïdes qu'elle affectionne à Cancale comme en Angleterre. Dans notre pays, je crois que Zucina éclôt une seule fois par an; du moins je n'ai encore jamais vu se produire ni à Cancale, ni à Rennes, une seconde éclosion en août. Cependant le Decteur-Professeur Reverdin, de Genève, a constaté au mois d'août 1000, l'existence de Lucina Œ en bon état, à Allevard (Isère) et Charles Barrett qui, avant l'observation de M. Reverdin, avait entendu parler de cette apparition estivale de Zucina, en fait men- tion comme suit (Vol. I, p. 103) : « On the Continent, it 1s said to be double-brooded, the second emergence taking place in August. »

J'ai pris très fréquemment Zucina à Vernet-les-Bains, en mai, juin et même aux premiers jours de juillet; mais dès la mi-juin, les exemplaires frais deviennent fort rares. Pour capturer Lucina dans toute sa fraîcheur à Vernet-les-Bains, c’est en mai qu'il faut la chasser. Elle est assez commune aux environs immédiats du village de Vernet et à Saint-Martin-du-Canigou elle voltige vivement dans les prés qui s'étagent en gradins, au-dessous de l’ancien monastère. Jamais nous n’avons rencontré Lucina en août, dans les Pyrénées-Orientales, pas plus que dans les autres localités que nous avons fréquentées.

La Vemeobius Lucina est assez abondante dans la forêt de

56 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Chantilly (Oise) et dans les Basses-Alpes, aux environs de Digne; la Q y donne quelquefois une variété assez claire, à cause de la réduction des dessins noirs normaux qui sont envahis par la teinte fauve. J'ai pris cette même forme © à Vernet. M. Gabriel Dupuy a trouvé Lucina dans la Charente et mon frère en a rapporté un O de La Granja, en Espagne. Zucina n'a pas été observée en Algérie.

Herrich-Schaeffer figure sous le 156 une Aberration méla- nienne de Zucina, très obscurcie sur le dessus des ailes, dépourvue en dessous, sur les ailes inférieures, de la bande maculaire blanche extracellulaire normale et présentant, sur les ailes supérieures, un joli rayonnement de taches noires intranervurales.

Dans l'Asie centrale, on a découvert quelques espèces d’un genre d'Érycinidæ que Staudinger a appelé Polycæna.

J'ai décrit, sous le nom de Carmelita (Bulletin Soc. Ent. France, 1903; p. 268-70), une nouvelle espèce de Polycæna provenant de Moupin, Siao-lou, Tâ-tsien-lou et Tien-tsuen, aux frontières OCCI- dentales du Su-Tchuen. Carmelita n'ayant pas encore été figurée, je profite de la publication du présent ouvrage pour combler cette lacune sous le 400 de la PI XLIX et rendre ainsi valable le

nom que J'avais proposé pour cette espèce.

Jamides roboris, Esper.

Il paraît que la collocation dans un genre spécial, de l'espèce de Lycénide désignée sous le nom de 7oboris, Esper (Evippus, Hbn), s'impose, à cause des caractères spéciaux de l’espèce en question qui n’a pas d’analogue en Europe. Rambur fut de cet avis et inventa le genre Læosopis, dans le Catalogue systématique des Lépid. de l'Andalousie (p. 33). Mais Staudinger et Rebel qui ont adopté ce nom de genre Læosopis, ne furent pas conséquents avec eux-mêmes, puisqu'ils ont pour règle, disent-ils, de mettre le principe de la priorité au-dessus de toute autre considération. En effet, Huebner avait déjà créé le genre /amides pour son Evippus, dans le Verzez- chniss bekannter Schmetterlinge (p. 71) qui fut imprimé à Augs-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

(Wat D:

bourg,

primé par l’autre et dait lui céder la place.

en 1810. Dès lors le nom Zæosopis qui date de 1858 est

Esper a figuré d’une manière très reconnaissable, avec le nom de robonis, sous le 5 de la PI. CIIT, la Zycænide que Huebner a figurée un peu plus tard avec le nom d'Evippus, sous les 366 et 307. Il est dommage qu'Esper ait donné le nom de 7oborts à une espèce qui vit sur le frêne et non sur le chêne. Esper dit que roboris lui a été communiquée par Gerning, ce que je ne songe pas à contester; mais cet auteur ajoute que le papillon a été trouvé dans les environs de Francfort-sur-le-Mein, ce qui n’est certainement pas exact. Le /amides roboris est une espèce méridionale, speciale aux Pyrénées-Orientales, au Languedoc, à la Provence et à l'Espagne. Nous avons pris roboris à Vernet-les-Bains, en juillet; Victor Cotte l'a trouvé en juin 1904, dans les Alpes-Maritimes, à Escarène, Levens et Lantosque. Mon frère l’a capturé à La Malène et M. Dayrem à Florac (Lozère). Je le possède de l’Escorial 1l fut capturé, encore très frais et en nombre, les 20 et 30 juillet 1870. Feu le colonel Duro me l’a envoyé de Madrid. La Q est géné. ralement plus grande que le G'; mais à l'Escorial, elle est de taille relativement considérable.

La teinte bleu foncé est toujours plus largement répandue sur la surface des ailes du ©. Cependant en France, les © conservent une tache bleue encore très apparente, tandis qu’à l’Escorial, 11 y a des Q absolument unicolores, chez lesquelles le fond des ailes est tout noir et entièrement dépourvu de teinte bleue. Pour cette cause, ainsi que pour la taille sensiblement plus grande de la © espa- gnole, comparée à la forme du midi de la France, j'ai cru devoir distinguer la race de l’Escorial, sous le nom de escortalensis.

Je ne connais pas la var. lusitanica, Stgr.

Zephyrus quercus, Linné.

L'espèce est décrite dans le Sys{ema Nature (p. 482), comme suit : « Quercus, 148, P. P. alis subcaudatis supra cæruleis, subtus anereis linea alba, puncto ani gemino fulvo. Habitat in Quercu. »

58 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Huebner l'a figurée sous les 368 O, 369 of et 370. Esper en a donné de moins bonnes figures sous les lettres à et c de la Tab. XIX. Le Zephyrus quercus est répandu en Angleterre, en Irlande, en France, en Italie, en Espagne, en Algérie et dans presque toute l'Europe, ainsi qu'en Arménie et en Asie-Mineure.

Barrett représente la 7'Xecla quercus sous les 3, 3a et 30 de la PI 8 de son ouvrage. Il cite de singulières Aberrations exis- tant dans les collections anglaises; mais 1l n’en figure pas. Mosley donne l’image d’un hermaphrodite faisant partie de la collection S. Stevens; le côté gauche est G'; le côté droit est © (*).

J-W. Tutt, dans le vol. IX de l'ouvrage si considérable qu’il rédige avec tant de compétence, intitulé : À Natural History of the british Lepidoptera, donne sur le Bithys Quercus, une planche photographiée (PI. X) montrant l’œuf, la chenille sur sa plante nourricière, la chrysalide et le papillon. [1 accompagne cette 1llustra- tion d’un copieux, minutieux et savant commentaire qui occupe près de 40 pages (p. 234-273), et il publie une seconde planche photo- graphiée (PI. XVII) représentant « larval Hairs and Spiracle of Bithys quercus ». La figure 1 de cette PI. XVII est consacrée aux « airs of fullgrown Larva x 100 et la figure 2 au « Speracle of 4 th abdominal segment of Larva x 200 ». Après une étude aussi approfondie que celle consacrée par Tutt à l’histoire des espèces de papillons anglais, il devient difficile d'ajouter quelque chose qui soit digne d'intérêt.

(*) Charles Barrett cite cet hermaphrodite (p. 52) comme suit : «... Mr. S. Ste- vens à gynandromorphus exemple in which the right side is male ». Tutt dit également que le côté droit de cet hermaphrodite est ' : « Right side C, left side Q. Sold with the Stevens collection, March 27th 1900. 3.15. (Æntom. XXXIIT, p. 157). This example was figured by Mosley (Z/7us. Vars. Brit. Le. Thecla, pl. I, fig. 4, 1880) ». J'ai sous les yeux l’ouvrage de Mosley et je vois dans le livre que je possède, la TAecla Quercus hermaphrodite figurée avec côté gauche C' et côté droit ©, juste au contraire de ce que disent Barrett et Tutt. L’hermaphrodite figuré dans l’Zris est, comme celui d’Angleterre côté gauche O, côté droit Q. Il y a un malentendu de la part de Barrett et de Tutt que je ne puis expliquer. Dans l’ouvrage de Verity, le côté gauche est représenté droit et inversement, parce que les reproductions photographiques n’ont pas été retournées. Mais dans le livre de Mosley, la photographie ne semble pas être intervenue, ni avoir joué aucun rôle.

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Tutt cite un hermaphrodite de Qzercus qui est figuré dans l’/r25- Dresden (Bd. XVIII; Taf. 1; fig. 6) et qui porte la légende sui- vante sur l’Erklærung zu Tafel T : 26 juni 1902; aus einer bei Lauterbach bei Crimmitschau gefundenen Raupe erzogen von Junkel. »

Comme l'hermaphrodite de la collection Stevens, le gwercus- Zwitter de Lauterbach est représenté avec le côté gauche GC et le côté droit Q.

L’Aberration Q Pellus, figurée par Huebner, d’abord sous le À de la Taf. I (II Band; IV Theil) de Beztrege zur Geschichte der Schmetterlinge, 1700; puis sous le 621 de la grande Icono- graphie, et par Gerhard sous le 2 de la PI. 4, porte 2 ou 3 taches d’un jaune orangé vif sur les ailes supérieures, au delà et au-dessous de la tache basilaire bleue. Mon petit-fils Henri Oberthür a pris un exemplaire de cette Aberration à Monterfil (Ille-et-Vilaine), en août 1007; elle a été observée en Hongrie, en Angleterre (Colchester district, Harwood et Drayton Drury, Nor- gate); en Allemagne, en Suisse, en Roumanie et en France éga- lement, par M. Delahaye qui l’a capturée dans le département de Maine-et-Loire.

La race d'Algérie diffère de celle d'Europe, ainsi que je l’a observé dans la livraison des Æzudes d'Entomologie (p. 19) « par la teinte du dessous qui est plus pâle, plus grise et plus effacée. » Cette différence étant constante, Staudinger a eu raison de distinguer par le nom 6erica, le Zephyrus quercus d'Algérie et aussi d'Espagne; mais je dois dire que la forme espagnole de Zephyrus quercus m'étant jusqu'ici restée inconnue, Je ne puis apprécier si elle est conforme à la race algérienne.

Le Zephyrus quercus éclôt une seule fois par an, en juin, Juillet et août, suivant les localités; il est commun dans presque tous les départements français. On le voit voltiger par troupes autour du sommet des grands chênes. En Bretagne, le papillon descend fré- quemment des arbres qui bordent les haies des champs pour se reposer sur les fleurs de blé noir il est aisé d’en faire une ample

récolte durant les beaux jours d'été.

60 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

La chenille est commune en mai et au commencement de juin, dans les chênes. On l’obtient aisément en battant les branches au- dessus d'un parapluie. D'une larve ainsi recueillie à Monterfil, j'ai obtenu une belle Aberration que j'appelle albovir gata.

Comme l’Aberration de W. album figurée par Tutt (oper. cit. Vol. IX; PL I, fig. 4), à laquelle Tutt a donné le nom d'albovirgata, l'Aberration de Quercus se distingue par une éclaircie blanche, assez large, se développant tout le long de la ligne sinueuse trans- verse du dessous des ailes inférieures, entre cette ligne et la ligne submarginale, formée de demi-lunules grisâtres, qui part du bord costal et aboutit au-dessus de la petite tache jaune anale.

Depuis le bord costal jusqu'aux approches du bord anal, il y a donc une longue bandelette blanchâtre qui est élargie vers le milieu.

Les Zephyrus quercus français de ma collection proviennent de Huelgoat (Finistère); Rennes, Cancale (Ille-et-Vilaine); Charroux (Vienne); Montmorency (Seine-et-Oise), Vernet-les-Bains (Pyré- nées-Orientales); Madone de Fenestre à Lantosque (Alpes-Mari- times); Les Châtelliers près Châteaudun (Eure-et-Loir); Château- du-Loir (Sarthe); Lectoure (Gers). Je possède des exemplaires de Coburg (collection Kuwert), de Cerchio (Abruzzes), d'Angleterre (collection Sheppard et Tugwell). D’Algérie, j'ai reçu une longue série d'exemplaires de la var. 4erica, pris à Boghari, Djebel- Ouargla (Oran), Daya (27 juillet 1907), Misseghenin (23 juillet 1907), Khenchela (juin 1008), Glacière de Blida (19 juillet 1005), Sebdou à Aïn-Kitsa et à Aïn-el-Hamar (3-5 août 1907). Dans la var. ‘berica, les G' ont un reflet plus ou moins bleu ou verdâtre. Je possède un © de Khenchela dont les ailes en dessus reflètent une couleur franchement verte. Sur plus de 150 Zephyrus quercus que J'ai sous les yeux, le G' le plus brillant est celui que J'ai pris à Huelgoat (Finistère), le 10 juillet 1900; la couleur bleu d'acier est d’un éclat très vif.

Si j'avais récolté à Huelgoat un plus grand nombre d'exemplaires de Zephyrus quercus et s'ils s'étaient tous trouvés d’un bleu d'acier aussi brillant que le seul C' rapporté par moi d’une excursion ento-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE O1

mologique, entreprise en Juillet 1900 dans les Monts d'Arrée, je n'hésiterais pas à distinguer, par un nom, la variété O' étincelante du Finistère.

Zephyrus betulæ, Linné.

Se trouve en Angleterre, en Bretagne, dans presque toute la France et se rencontre jusqu'aux frontières occidentales du Thibet. Je ne crois pas que beule ait été observé en Algérie. Je n'ai vu aucun exemplaire provenant d'Espagne. Barrett figure la 7'kecla betulæ, dans ses divers états, sous les 2, 2a, 2 et 2c de la Pi. 7 de son ouvrage : 74e Lepidoptera of the british Islands. Il consacre à cette espèce une notice qui est imprimée sur les pages 42 à 45 du Vol. IL. Tutt publie une étude très complète de l’espèce, dans le Vol. IX de À nat. hist. of the brit. Lepid., depuis la page 273 jusqu’à la page 310, et il publie sur la PI XI, les photo- graphies des œufs, des larves avec et sans parasitisme, des chry- salides et du papillon. De plus, sur la PL XIV, Tutt figure photographiquement « Portion of cremaster of pupa X 100 ». Enfin, sur Ja PL I, sont figurées toutes les espèces anglaises de Thecla, chacune avec un nom de genre spécial, Ruralis betulæ se trouve représenté sous les 12 (O'), 13 (Q), 6 (dessous), 7 (S major), 14 (Q major).

Mosley figure une Aberration sous le 2 de la PI. I des 7'Æecla, avec la notice suivante : « In the late F. Bond's collection (now Webb's), who it might be a hybrid between be/zle and guercus. »

J'ai toujours observé que le Zephyrus betulæ était un papillon relativement rare. J'en ai rencontré çà et de petites colonies, notamment à Cancale, dans mon jardin, j'ai vu, pendant quelques années de suite, des Zephyrus betulæe voltiger sur les ormeaux. Ils se tenaient généralement au-dessus des têtes des arbres ou des hautes branches, voltigeaient au soleil avec vivacité et aimaient à former des groupes de deux ou trois exemplaires se jouant en- semble durant quelques instants; puis ils se séparaient rapidement

62 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

pour se reposer sur les feuilles des arbres. Les Q semblent descendre plus volontiers que les @ du haut des ormes ou des chênes et restent quelquefois posées assez longtemps sur les feuilles des arbustes, dans les jardins, ou bien sur les fleurs de blé noir, dans les champs, à l'instar de Zephyrus quercus. Je crois que les plantes nourricières de la chenille de Zephyrus betule, en Bretagne, sont principalement : #lmuSs campestris, quercus sessiflora et pedunculata. Tutt, en faisant le recensement des « foodplants » de Ruralis betulæ, d’après les indications des auteurs, ne cite pourtant ni le chêne, ni l’ormeau; mais il relève les noms d'arbres et d’arbustes que Je transcris comme suit : Prunus spinosa, prunus domestica, Prunus padus, betula alba, corylus, amygdalus nana (cum flore pleno), le chêne (oa#), le peuplier (poplar), l'aune (alder), le ner- prun (buckthorn), l'abricotier (apricof), le cerisier (cherry), le pêcher (feach). Il a omis de nommer l’épine-vinctte indiquée par le P. Engramelle et le tilleul cité par Esper.

Le Zephyrus betulæ est un papillon charmant, l’un des plus jolis qu'on puisse voir dans nos contrées. La Q avec sa tache d’un rouge orangé très riche, sur le dessus des ailes supérieures, est beaucoup mieux décorée sur cette face que le O'; mais les deux sexes pré- sentent sur le dessous de leurs ailes, un fond d’un brun Jjaunâtre, très agréablement nuancé de rouge orange et sur lequel les lignes d'un blanc pur, soulignées de brun noirâtre, ressortent très agréa- blement.

Le GO‘ varie pour ses ailes antérieures, en dessus, qui, tantôt sont entièrement d’un brun noirâtre uni et tantôt sont ornées de taches extra-cellulaires d’un jaune orangé pâle. Ces taches ne paraissent pas dépasser le nombre de 3. Gerhard, dans un ouvrage intitulé : Versuch einer Monographie der europ. Thecla, etc, publié en 1853, a représenté, sous le 2 de la PI. 3 et avec le nom de s#znose, une variété O qui se distingue par la présence, sur ses ailes supé- rieures, de 3 taches extra discoidales : la première grande, contiguë au trait noir cellulaire, les deux autres allongées, situées dans les espaces intranervuraux au-dessous de la première tache. Cependant on doit observer que les 3 taches en question, caractéristiques de la

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 63

var. spinosæ, sont colorées non pas en orangé pâle, mais en rouge orangé vif. Je n'ai jamais vu d'exemplaire de Zephyrus betule G montrant des taches d'une couleur rouge orange aussi accentuée. Est- ce une exagération du peintre? Je ne saurais le dire. Toutefois l'expé- rience m'a plusieurs fois appris que de telles erreurs de coloration sont généralement rares et qu'il convenait, jusqu'à preuve du con- traire, de considérer comme à peu près exactes les figures qui sont publiées par les différents auteurs. D'ailleurs, dans le Catalogue des Lépid. du Jura Neuchâtelois, 1 est dit (p. 16) que M. de Rou- gemont possède une Aberration de be/ulæ , sur les ailes duquel les taches rouges commencent à apparaitre. Cette observation me paraît mériter quelque attention.

Si donc j'accorde créance à la coloration donnée à la var. spt- nosæ dans la Monographie de Gerhard, je déclare que je ne possède, ni ne connais cette variété; si au contraire, comme le fait Tutt, je fais bon marché de la couleur orangé vif qui serait alors consi- dérée comme outrée, et si je n’attache d'importance qu’à l'existence des 3 taches, même de couleur orangé pâle, je puis attribuer le nom de spinosæe, Gerhard, à des papillons notablement différents de la figure donnée par cet auteur.

J'ai fait des recherches bibliographiques en vue de savoir Si d’autres auteurs que Gerhard, avaient représenté des bc/ule © avec des taches sur les ailes supérieures et quelle coloration ils avaient fait donner à ces taches; mais le résultat n’a pas été concluant, ainsi qu'on le verra ci-dessous : Ræœsel (Tab. VI, fig. 3 et 4) n'a peint que la Q en dessus et en dessous; Sepp, vers l'an 1800 (Vol. III, PI XII); représente le O' tout noir sous les net go et la © sous les 6 et 8. De plus, la © ôetule est reproduite sur le frontispice de l'ouvrage De vonderen Gods; le nom vulgaire hollandais de be/ule est Berke-page (p. 45).

Le G' figuré par le P. Engramelle (PL XXXV; mn 70 a)hest presque unicolore; cependant la description fait mention de quelques taches plus claires interrompant, dans les ailes supérieures, la couleur du fond chez le O' du Porte-Queues à bandes fauves.

64 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Esper représente la Q seulement, la chenille et la chrysalide (Tab. XIX, fig. 1); Huebner figure les deux sexes, sous les n°° 383, 384, 385; mais le GO (383) est entièrement unicolore en dessus. Lang, comme Huebner, donne l’image d’un C' unicolore (PI. DC\VALIES fig. 1). Godart se borne à figurer la Q, de sorte que, si je m'en rapporte aux observations relatées ci-dessus, je puis dire que la forme du ' qui est pourvue de 3 taches orangé pâle, reste à figurer.

Le Zephyrus betulæ éclôt une seule fois par an, de la fin de juillet à la fin d'août et même au commencement de septembre, suivant les localités et les années.

Ma collection contient des Zephyrus betulæ provenant de Can- cale (août 1801, 1802 et 1893); Rennes; Digne; Vernet-les-Bains (août 1808, septembre 1908); Les Châtelliers (Eure-et-Loir) de la coll. A. Guenée: Cassel, de la coll. Kuwert; Prusse; Angleteïre, des coll. Tugwell et Sheppard. J'ai observé berule à Beg-Meil (Finistère); j'ai pris, dans cette localité, le 18 août, une © très grande, encore fraîche, malheureusement ayant les ailes inférieures mutilées. Il paraît que be/ule est considéré comme très rare dans

le département du Finistère.

Aux environs de Tâ-tsien-lou, sur la frontière occidentale de la Chine et tout près du Thibet, le Zephyrus betulæ est représenté par une race de très grande taille, presque double des exemplaires anglais. Il ne me semble pas qu'il y ait entre les be/ulæ-crassa, Leech, de Tien-Tsuen, Siao-lou, etc. et ceux de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne, d'autre différence appréciable que la dimension des ailes et la longueur des queues aux ailes inférieures. Le Zephyrus betule paraît rare sur la frontière du Thibet; car J'ai reçu seulement 2 et 8 © Crassa, dans l’espace de 30 années. Leech a figuré avec le nom Ælwesi (PI XXVIIT; fig. 8) une autre variété chinoise de be/ulæ dont la Q est rouge orange en dessus; l'aile supérieure étant seulement bordée de noir. Le dessous des ailes est semblable à Ge/ulæ-crassa. J'ignore cependant si Ælwesi est ou n'est pas une espèce distincte. Ma collection en renferme seulement 3 © et 3 © de Mou-pin, Tien-Tsuen et Siao-lou.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 65

Tutt signale qu'on a observé deux cas d’hermaphroditisme chez betulæ; S côté droit, © côté gauche; obtenue d’éclosion à Ham- bourg, en 1897; O' côté gauche, Q côté droit; obtenue à Eperjes, en Hongrie (11 août 1876).

Au sujet de la variation, Tutt pousse l'analyse jusqu'à ses extrêmes limites; bien que son ouvrage soit très connu et très apprécié, comme il n’est peut être pas dans toutes les mains, Je crois intéresser les Entomologistes, en transcrivant ci-dessous le tableau des variations pour les deux sexes de Zephyrus (Rurals) betulæe, tel que Tutt l’a conçu et établi.

MALES.

1. Entirely fuscous with no pales patches on forewings, wxi- 60107, 0 40:

[D]

Entirely fuscous except for a pale orange shade on the outside of the discoidal lunule ab. swbunicolor, n. ab.

Fuscous with pale orange shade outside discoidal lunule and

[e2)

continued series (two) of pale orange interneural dashes below ab. spinose, Gerh.

4. As in 3, but the paler areas faintly yellowish ab. lwrea, n. ab.

UT

As in 3, but the paler areas faintly grey ab. grisea, n. ab. 6. As in 3, but the paler areas whitish = ab. pallida, Tutt.

Ainsi suivant la méthode analytique de Tutt, Zephyrus betule © offre six formes caractérisées comme suit

1. znicolor; entièrement brun.

LD

subunicolor; entièrement brun, excepté une ombre couleur orangé pâle, située en dehors de la lunule discoiïdale. 3. spinosæ, Gerh.; comme 2, mais avec 2 traits d'un orangé pâle en dessous de la tache ou de l'ombre extracellulaire. 4. lutea, comme 3; mais les espaces plus pâles, sont faiblement jaunâtres,

66 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

g. grisea, comme 3; mais les espaces plus pâles sont faiblement OTIs. G. pallida, comme 3; mais les espaces plus pâles sont blanchâtres.

Tutt ne tient pas compte de la coloration en rouge orangé vif, dans la figure de spinosæ donnée par Gerhard. Il attribue ce nom de spinosæ à une couleur « pdle orange » et il subdivise la variété qu'il admet comme s#inose, en 4 sous-variétés pourvues d’un nom, chacune : à l'orange pâle, Tutt réserve le nom de sxnose; à la teinte plus jaune, il donne le nom de /w/ea; à la teinte grise, le nom de grisea; à la teinte blanche (aberration très rare, dit Tutt), le nom de pallida.

FEMALES.

1. With narrow orange patch crossed by black nervures = ab. restricta-lineata, n. ab. 2. With broad orange patch crossed by black nervures = ab.

lata-lineata, n. ab. With narrow orange patch not crossed by black nervures =

[®2]

ab. estricta, n. ab.

4. With broad orange patch not crossed by black nervures ab. lafa, n. ab.

s. The orange markings yellowish in colour ab. #som, Wheeler.

6. With submarginal series of interneural orange streaks in hind-

wings pointing towards base = ab. cuneata, n. ab.

Aïnsi les 4 premières variations de Q se distinguent par la largeur ou le rétrécissement de la tache orangée, traversée, ou non,

par les traits noirs des nervures.

1. 7estricta-lineata; tache orangée étroite, traversée par les nervures noires. 2. lata-lineata, comme 1, mais la tache orangée est large, au

FE

lieu d’être étroite.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 67 —__— 3. restricta, la tache orangée est étroite; mais non traversée par

les nervures. 4. lata, comme 3, mais la tache orangée est large, au lieu d'être

étroite. fisoni, la tache est jaunâtre, au lieu d’être orangée.

Ur

6. cuneata, il y a, sur les ailes inférieures, une série submarginale de traits intranervuraux orangés dont la pointe est tournée

vers la base.

Naturellement ces variations peuvent s'amalgamer; cuneala peut aller avec lata ou Lata-lineata; fisoni peut être lata ou restricta; elle peut être aussi /neata.

On se rend compte après cette étude, des séries énormes d'exem- plaires qui deviennent nécessaires aux Entomologistes adonnés à l'analyse des espèces. Nos prédécesseurs n'avaient point égard à de pareilles minuties. Cependant personne ne peut contester que la camparaison méticuleuse de très nombreux papillons est indispen- sable pour obtenir la connaissance des variations qu'on peut appeler régulières et naturelles pour les caractériser exactement. Il est juste de dire que Tutt apporte à son travail analytique un esprit de méthode qui contribue singulièrement à rendre claires et intelli- gibles les observations dont on lui doit la publication.

Thecla Spini, Huebner.

La T'Aecla Spini ne se trouve ni en Angleterre, ni en Bretagne; elle n'a pas été rencontrée jusqu'ici en Algérie; elle habite en France, surtout la région méridionale; mais elle remonte jusqu’en Charente du côté de l'Ouest; elle atteint le département du Doubs vers notre frontière orientale et même l'Alsace. La Thccla Spin a été authentiquement récoltée dans les localités suivantes, d’après les documents contenus dans ma collection : Angoulême, fin juin 1908; Vernet-les-Bains, depuis la fin de mai jusqu'aux pre- miers jours de juillet; Florac (Lozère), en juin et juillet ; Grenoble;

OS LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Digne, Larche, Saint-Martin-d'Entreaunes (Basses-Alpes), en juillet; La Grave (Hautes-Alpes), fin juillet 1906; Col de Cas- tillon, La Turbie (Alpes-Maritimes), en juin 1807 et 1006; Mar- seille, Saint-Pons (Bouches-du-Rhône); Aix-en-Savoie ; Saut-du- Doubs; Vallée du Rhône près Vernajaz et Vallée de Zermatt en Suisse; Wurtemberg ; Prusse; Grenade, Sierra de Alfakar, Cadix, Vallée de Ronda, en Andalousie: Roccaraso et Palena, en Italie méridionale; Akbès, en Syrie.

La Z'Aecla Spini, comme la plupart de ses congénères, affec- tionne les arbres buissonneux et les arbustes autour desquels elle voltige avec vivacité. Elle aime à se reposer sur les feuilles; elle se plaît aussi dans le Midi, sur les touffes de thym et de doryc- nium. C'est une espèce d'un aspect brun et un peu sombre, cepen- dant très élégante dans sa forme et présentant de fort jolis détails. Les ailes du ©‘ sont brun foncé en dessus; celles de la Q sont un peu plus claires. Le G‘ porte aux ailes supérieures une tache cellulaire ovale, d'un gris foncé mat. Aux ailes inférieures, on voit une tache jaune orangé de chaque côté de la queue qui est noire et terminée par une houpette très fine d’un blanc pur. Quel- quefois ces taches jaunes sont très faiblement indiquées chez le Gr; mais les Q sont généralement ornées de taches plus larges, plus accentuées et qui forment parfois, à partir de l’angle anal et en remontant vers le bord costal, tout le long du bord marginal, une série plus moins confluente et prolongée. En dessous, les quatre ailes sont d'un brun bronzé, traversées, du bord costal des supé- rieures au bord anal des inférieures, par une série non interrompue de taches blanches intranervurales, intérieurement soulignées de brun plus foncé. De plus les ailes inférieures sont décorées, près de l'angle anal, d'une tache noire veloutée, ronde, précédée d'un semis d'atomes bleuâtres du plus joli effet. Au-dessus de cet espace bleuâtre, entre la ligne extracellulaire de taches blanches et le liséré blanc marginal, il y a une série de taches jaunâtres ou rougeâtres, en forme de chevron, allant en décroissant de grosseur à partir de la tache bleue et à mesure qu'elles remontent vers le bord costal, Ces taches orangées sont surmontées d’un croissant

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 09

————

noir et inférieurement soulignées de noir d’abord et de blanc enfin. Les antennes sont très joliment annelées de blanc et de noir et terminées par une massue noire. Les poils du dessous du thorax sont d’un gris bleuâtre, comme les pattes dont le dernier article est annelé de noir et de gris; le dessous de l’abdomen est blan- châtre.

La race des Alpes-Maritimes est sensiblement plus grande que celle des autres pays; je l’ai appelée : #ajor. J'ai reçu d'Akbès une Aberration © chez laquelle les ailes inférieures, en dessous, sont ornées d’une série de taches blanches cunéiformes, le long du bord marginal; les taches blanches en question résultent d'un développement anormal de la ligne blanche moniliforme ordi- naire. J'ai appelé cette Aberration : albosparsa et je la fais repré- senter sous le 408 de la PI. XLIX de la présente livraison. Je dois ajouter que sur les ailes supérieures, en dessus, d’albosparsa, 1 s'est fait un développement de 4 taches intranervurales fauves, dans l’espace submarginal.

Je possède une © de Vernet-les-Bains dont les ailes supérieures, en dessus, présentent des éclaircies fauves, intranervurales, extra- cellulaires. En Andalousie, les spini Q diffèrent des exemplaires des autres pays parce que les ailes supérieures, en dessus, sont marquées d’une grande tache fauve qui occupe tout le disque; sur les ailes inférieures, la couleur fauve se trouve plus moins lar- sement développée le long du bord marginal. Chez les o, les taches orangées submarginales, du dessous des ailes inférieures, sont plus petites et un peu carminées. Huebner a figuré sous les n* 674 et 675 et avec le nom de Lynceus, la Q de la race anda- louse de spini, et sous les 602 et 693, le Œ' Lynceus. On trouve en Espagne la var. spini-Lynceus en Andalousie et à l'Escorial, mais non à Albarracin spini est conforme à la race des P yrénées- Orientales. Feu de Graslin, Ribbe, mon frère et M. Fabresse ont capturé les exemplaires de spini-Lynceus que contient ma collection.

70 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Thecla W album, Huebner.

Est répandue dans diverses parties de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne. Ma collection contient des exemplaires pro- venant d'Alsace; de l'Aube (Lusigny); de lAisne (Villers- Cotterets); de Seine-et-Oise (Bondy); d'Eure-et-Loir (Château- dun); de la Sarthe; d’Ille-et-Vilaine (Rennes et Cancale); de la Charente-Inférieure (Dompierre-sur-Mer); des Alpes-Maritimes (Col de Castillon); du Wurtemberg. Je possède 17 échantillons anglais ayant fait partie des collections Sheppard et Tugwell.

L'espèce éclôt en juin et juillet, suivant les localités. La chenille vit sur l’orme je lai trouvée au mois de mai. La 7'Lecla W album, dans les jardins potagers, aime à se reposer sur les fleurs d'oignon je l'ai souvent observée; mais c’est toujours une espèce assez rare et je ne l’ai jamais capturée en grande quantité.

Le d, comme chez spini, porte une petite tache ovale, grisâtre, mate, dans la cellule, près du bord costal de l'aile supérieure. L'aspect de la Z'Aecla W album est sombre; le dessus des ailes étant d'un brun noir uni et le dessous d’un brun bronzé obscur. La ligne blanche descendant du bord costal des ailes supérieures vers l'angle anal des inférieures elle forme la lettre W, ainsi que la bordure marginale rouge orange des ailes inférieures, tranchent agréablement sur la couleur un peu obscure du fond des ailes.

Tutt a cru devoir créer pour la Tecla W album un nouveau genre : Edwardsia. L'analyse poussée aussi loin que Tutt a cou- tume de le faire, est évidemment excellente, puisque, pour chaque espèce étudiée avec une aussi scrupuleuse attention, elle donne lieu à un historique complet. Tout ce qui a été observé et publié sur une espèce se trouve rassemblé, coordonné, apprécié, contrôlé et condensé, par Tutt, dans une mise au point presque parfaite se résument toutes nos connaissances actuelles jusqu'ici dispersées. C'est donc une œuvre louable et utile que Tutt accomplit ainsi. Mais il paraît qu’à force d'analyser, on ne perçoit plus exactement

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 71

la synthèse, et en fouillant jusqu'aux plus menus détails, on peut perdre la claire vision des caractères généraux. Le Genre est pourtant une réalité Un ensemble de caractères communs lie incontestablement certaines Espèces à d’autres Espèces qui sont cependant spécifiquement bien distinctes les unes des autres.

Les Thecla spini, W. album, pruni, ilicis, Fixseni, eximia, ornata, V. album, patrius, etc, sont unies par des affinités évi- dentes; on sent instinctivement qu’elles sont plus rapprochées les unes des autres que d’Ayton, de Cyllarus, de Corydon, de Bel- largus qui sont pourtant des Espèces appartenant à la même famille des Zycænide. Il faut donc, tout en pratiquant l'analyse, conserver la saine notion de la synthèse et se garder de la création immodérée et non justifiée de Genres nouveaux. Cette multiplicité des Genres serait une cause de désordre et d’anarchie. En classant chaque Espèce dans un Genre spécial, on détruirait la méthode linnéenne binominale, pourtant appuyée sur une réalité naturelle évidente, base d’une classification excellente, à laquelle est un essor d’admirable progrès. Un Genre pour chaque Espèce, c'est l'instauration de la méthode uninominale, c’est-à-dire l'organi- sation du chaos à la place de l’ordre. Je crois devoir protester hautement contre la tendance à laquelle Tutt s’est laissé entraîner. Ne multiplions pas les Genres avec excès. Conformons-nous à ce que la Nature elle-même nous enseigne et ne rejetons pas les inspirations résultant pour nous de l'observation sincère des êtres vivants. N’élevons pas de barrières plus hautes que celles résultant de la séparation spécifique, entre des insectes visiblement liés et uns entre eux par tout un ensemble de caractères qui imposent, dans la classihication des Espèces, l'unité générique de groupe- ment. Je demande aux entomologistes de réagir contre l'abus que je me fais un devoir de signaler. Cette critique étant une fois formulée contre la création du genre Edwardsia pour W album, aussi bien que du genre Felderia pour eximia (Tutt, p. 151), je rends de nouveau hommage au talent dont Tutt a fait preuve en écrivant l’histoire de W album depuis la page 144 à la page 192 du vol. IX de À Natural History of the British Lepidoptera, et

72 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

je résume très sommairement ci-dessous les observations relatives à la variation de l’Espèce.

Sur la PL I, Tutt a figuré sous le 4 et avec le nom d’albo- vtrgata, une Aberration de W album dont Bellier, d’après une Q prise à Bondy, en juin 1857, par Blondel, a publié une excellente figure (Awx. Soc. ent. France, 1858, PI. 14, fig. 2). Je possède encore le papillon qui se trouvait dans la collection de feu Bellier. Bien qu'il soit âgé de plus d’un demi-siècle, il est encore parfai- tement conservé.

Dans la revision des autres variations de W album variations beaucoup moins importantes assurément Tutt propose le nom de : #72n07 pour tous les exemplaires ayant une expansion infé- rieure à 28 millimètres et de : z7ajor pour tous ceux qui ont plus de 35 millimètres. En outre, cet auteur appelle : obsoleta la varia- tion caractérisée par l'absence de la petite tache anale rougeûtre du dessus des ailes; 1l signale les variations résultant de diffé- rences dans la nuance de la teinte du fond en dessous, « from fuscous-brown to fawn-brown »; la largeur de la ligne blanche transverse; l’oblitération de la lettre W sur les ailes inférieures en dessous (Ab. Butlerowi, Kroulikowsky); la largeur et l'intensité de la couleur de la bande orange et l’importance de la bordure noire des lunules orangées.

Thecla Ilicis, Esper.

C'est en France la plus abondante des 7 ecla. Il est surprenant qu'on ne la trouve pas en Angleterre. Elle éclôt chez nous en juin et juillet; elle est très commune en Bretagne, notamment à la forêt de Rennes et à Monterfil; à Charroux (Vienne); à Digne; à Cau- terets ; à Florac; dans les Pyrénées-Orientales; à Hyères; à Saint- Germain-en-Laye, à Lardy (Seine-et-Oise); à Châteaudun; à Angoulême; à Lectoure (Gers); dans les landes de Milly (Maine- et-Loire) ; au col de Castillon (Alpes-Maritimes). Je l’ai reçue de Genève; M. Wullschlegel me l’a envoyée de Martigny (Valais);

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

DT OC

la collection Kuwert m'a fait connaître quelques exemplaires d'Allemagne; enfin je l'ai prise à Florence, en juin 1907, et à Potes (Asturies), en juillet 1882. Mon frère l’a récoltée à Naples; Bellier l'a trouvée en Sicile. C’est une espèce assez grande, aux ailes arrondies, d’un brun chaud, soyeux et brillant en dessus, et d'une teinte de bronze en dessous.

Le Œ est tantôt d’un brun foncé, uni, en dessus; tantôt ses ailes supérieures sont ornées d’une tache de teinte fauve orangé. Chez les © de France, cette tache est plus développée; les nervures la divisent finement en 4, 5 ou même 6 parties. Une petite tache fauve orangé se trouve à l'angle anal en dessus, chez les C' comme chez les ©; sur les ailes inférieures de ces dernières, également en dessus, on voit souvent, le long du bord marginal, se dérouler une série de taches fauves. En dessous, les ailes sont traversées du bord costal au bord anal, par une ligne de petits traits blancs plus accentuée aux ailes inférieures; une rangée intranervurale de taches rouges surmontées d’un croissant noir et suivies d’une ombre noirâtre se développe, le long du bord marginal des ailes imfé- rieures, au-dessus d’un fin liséré blanc. Dans certains pays, la tache fauve orangé des ailes supérieures du Of est souvent nulle, tandis que dans d’autres contrées, elle est très accentuée. À Flo- rence, à Naples, en Sicile, à Genève, aux environs de Paris, en Allemagne, les G' sont généralement presque unicolores. Dans la Lozère, dans les Alpes-Maritimes et les Basses-Alpes, la tache fauve orangé est ordinairement très largement développée chez les G. En Bretagne et en Poitou, dans les Asturies, en Malarsset dans les Pyrénées-Orientales, on trouve des G' qui forment la transition entre la race brune unicolore et la race qui est ornée d'une macule fauve comme la ©. Mais les Q elles-mêmes varient pour la dimension et l'intensité de la macule fauve qui décore leurs ailes supérieures en dessus, et j'ai sous les yeux des exem- plaires chez lesquels la macule en question est fort peu développée, ou même à peine indiquée. D'ailleurs dans les Basses-Alpes, les sont généralement fortement maculés, on en rencontre qui le sont fort peu, de sorte qu’il faut juger, au point de vue de la

7A LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

tache fauve du dessus des ailes supérieures, en tenant compte de la majorité des exemplaires observés dans une localité, mais non pas de la totalité.

Esper publie, comme z/icis ©, une Q sous le 1 à de la PI XKXIX (la citation de cette figure est omise dans le Catalog Staudinger et Rebel 1001). Huebner représente sous les 378 et 370 la Q slicis, et sous les 863 et 864, avec le nom Cerri, le G de la forme qui a les ailes supérieures maculées de fauve; sous les 865 et 866, Huebner donne l'image de la Q.

C’est par erreur que Staudinger et Rebel rapportent à Cerni, dans leur Catalog 1001, la Tecla figurée par Huebner, avec le nom esculi, sous les n°* 600 et 601. Cette 7 Zecla escul: se rapporte comme variété à esculi 559 et 560, absolument comme Zyx- ceus Q 674 et 675 se rapporte à spi.

Gerhard a figuré z/2c1s, avec le nom de Zynceus, sous les 2 a, 2det2c de la PI 2, et la variété dont le O' est maculé de fauve, avec le nom correct de cerri, sous les 1 a et 1 & de la PL 4. Lang a grossièrement représenté 2/:c2s sous les 4 de la PI. XVI]; dans son texte, il cite la var. cerri avec la mention : « Has the orange patch on the fore wings larger than in the common form of the female ». Mais il a, par erreur sans doute, fait suivre le nom cerri du mot : female, au commencement de son article; c’est : male qu'il aurait fallu dire.

Freyer figure sur la PI 529 la Q iicis, avec la chenille et la chrysalide, et sur la PI 580, le @' 1/cs, avec les ailes unicolores en dessus. Freyer représente de nouveau sur la PI. 589 consacrée au Œ, la chenille et la chrysalide dont l’image se trouve déjà jointe à celle de la ©.

M. Gabriel Dupuy a pris à Angoulême une Ab. albosparsa que je fais figurer sous le 401 de la PI. XLIX. Cette Aberration tout à fait conforme à celle de spini que j'ai appelée du même nom : albosparsa, est, une fois de plus, la preuve d’une Loi d’après laquelle, dans un Genre, se constituent les variétés et Aberrations.

M. Dupuy a eu l’obligeance de me faire connaître aussi l’Ab. bialbolineata, chez laquelle les taches fauves submarginales des

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE Gi

ailes inférieures, en dessous, sont surmontées d'une ligne de che- vrons blancs parallèle à la ligne blanche extracellulaire normale. Par inversion, je pense qu'on doit trouver des exemplaires de Thecla ilicis complètement dépourvus en dessous de toute ligne blanche: car M. Dupuy m'a envoyé un G' d'Angoulême chez lequel la ligne blanche commune normale n'existe qu'à l'état de vestige.

En Asie-Mineure, habite la variété Bischofhi, Gerh. (PI. 2, fig. 4 a, b, c), dont j'ai reçu de nombreux exemplaires de Broussa et d'Akbès. M. Holl signale la 7'Xecla Ilicis-Cerri, Huebner, du Camp des Chênes, en juin, et de Blida-Glacière, en juillet (pro- vince d'Alger).

Thecla esculi, Huebner.

Espèce tout à fait distincte d’#/icis dont elle n’est certainement pas une variété comme le prétend, à tort, le Cafalog Staudinger et Rebel 1901. Æsculi habite avec /icis dans le Midi de la France; mais ses mœurs sont tout autres. D'ailleurs la forme des ailes et un, ensemble de caractères très tangibles différencient complètement esculi d'ilicis, au point de vue spécifique. Feu Guenée partageait ma manière de voir au sujet de la distinction d’esculi, Huebner, en espèce spéciale et indépendante d’7ices.

Guenée avait logé presque toute sa collection dans des petites boîtes hermétiquement closes, chaque boîte étant consacrée à une seule Espèce. Sur le côté de la boîte, Guenée avait collé une feuille de papier il avait retracé de son écriture si fine et si serrée qu'il faut quelquefois la lire au moyen d’une loupe, les observations synonymiques et biologiques que lui avait suggérées chaque Espèce. Je transcris textuellement, comme suit, la notice écrite sans doute vers 1863 et consacrée par Guenée à la 7'4ecla esculi : « Thecla Æsculi, Hb. 550, 560. ; Och.; God. Enc. p. 649; De V. et Gn. p. 40 pris par moi au Vernet en 1850; juin et Juillet. Croirait-on que cette espèce si distincte n’est pas admise par les auteurs allemands, même les plus modernes, qui veulent y voir

76 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

une variété de ZLynceus, Fab. (ilicis) ! Il est aussi commun à Montpellier que le Zynceus (ilicis) chez nous, et ce dernier sy trouve aussi et ne se mêle point avec lui. La var. Cerri d'ailleurs à laquelle se rapportent presque tous les individus du Midi, est exagérée en sens contraire de l’Æsculi. La coupe d’aile, l'absence complète de taches fauves dans les deux sexes (Guenée ignorait la forme d’Andalousie et d'Algérie), la forme de la ligne blanche des inférieures et de leurs lunules fauves, l’absence du liséré terminal, la massue des antennes, etc, ne devraient pas même laisser de doute sur sa validité. La chenille vit sur l’yeuse et ressemble beaucoup à celle du ZLynceus (ilicis) : j'ai élevé la Q 4; la chrysalide est à côté. »

Gerhard, dans sa Monographie des Lycænide, considère aussi la T'hecla esculi comme espèce distincte. Cependant j'avais lieu de me documenter convenablement pour fixer définitivement mon opinion sur la question de la distinction spécifique d’esculi et J'ai réuni dans ce but 374 exemplaires provenant des Alpes-Maritimes, des Pyrénées-Orientales, des Bouches-du-Rhône, de l'Hérault, d'Andalousie (Grenade, Sierra de Alfakar, vallée de Ronda, Sierra-Nevada), de Tanger et d'Algérie (Sebdou, Khenchela, Vakouren, Lambèze, Djurjura, Magenta, El Haçaiba). La forme esculi, Huebner (, 550, 560), est celle de la France méridionale. Les deux sexes sont brun foncé en dessus. Assez rarement, on voit chez la Q une faible éclaircie fauve sur les supérieures et quelques macules de même nuance le long du bord marginal des ailes inférieures, en dessus.

En Espagne, en Algérie et dans les Pyrénées-Orientales, aux environs de Collioure, on trouve, en même temps que la forme type, la variété dont Huebner a figuré la ©, sous les n°* 690 et 691, avec le même nom esculi, déjà donné au papillon GO‘ représenté sous les 550 et 560. C’est cette esculi (Q 690 et 691) que Stau- dinger et Rebel rapportent par erreur à Cerr, comme synonyme (Catalog 1901). Dans cette variété esculi, Huebner (Q 690 et 691), le d est unicolore en dessus; mais la Q est ornée sur l’espace extracellulaire de l'aile supérieure d’une large tache fauve, et le

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

long du bord de l'aile inférieure, d’une bordure très développée, formée de taches confluentes également fauves. Gerhard a donné (PI. 4, fig. 4) une figure de cette variété © d’esculi et il lui a imposé le nom de waculatus. J'ignore pourquoi cette variété maculatus, Gerhard, n’est pas recensée dans le Catalog Staudinger et Rebel 1901. Une fois de plus, je constate combien ce Catalog a été dressé sans soins et à la légère.

Feu de Graslin avait capturé dans la Sierra-Nevada, le 16 juillet 1835, une Aberration O' d’esculi dont les ailes inférieures, en dessous, présentent un curieux amalgame des taches rouges submarginales, des points noirs qui les surmontent et de la ligne blanche ordinaire, laquelle se trouve transformée en petits traits blancs accompagnant sur chaque côté les taches rouges et noires qui ont subi un extraordinaire allongement. J'appelle cette Aber- ration : Graslini et je la fais représenter sous le 402 de la BEXLIX

Gerhard figure avec le nom d’ilicioides, sous les 54, Sbetsc de la PI. 4 de sa Monographie des Lycænide, une grande forme d’esculi dont la © est d’un brun unicolore comme le ©, mais montre quatre lunules rouges, le long du bord marginal des ailes inférieures, en dessus, à partir de l’angle anal. En dessous, l'aile supérieure est dépourvue de ligne blanche. Dans son texte, Gerhard érige 1/2cioides en espèce séparée, après esculi, et rattache maculatus à iicioides ; il fait connaître qu'il en a reçu plusieurs exemplaires de Lederer, comme provenant de Ronda. Pour moi, ilicioides est une forme d’esculi voisine de wauretanica, Stgr., un peu plus grande que cette dernière et avec les taches rouges du dessus et du dessous des ailes inférieures plus accentuées.

Staudinger désigne en effet sous le nom de wauretanica la race d'Algérie, plus petite, dit-il, en dessous plus obscure et presque unicolore. Je fais figurer un C' mauretanica, pris à Sebdou, en juin 1007, sous le 405 de la PI. XLIX. Mais il y a une autre race en Algérie que Gerhard et Staudinger ont ignorée et dont je fais figurer les deux sexes sous les 403, 404 de la PI. XLIX. Cette race est remarquable par le développement, en dessus, chez

78 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

le G' comme chez la ©, de l'éclaircie fauve sur les quatre ailes. D'ailleurs, en Algérie, esculi varie selon les lieux : à Vakouren, les deux sexes de esculi sont, en dessus, d’un brun foncé presque unicolore; mais par le dessous, ils ressemblent aux exemplaires du Midi de la France; par conséquent ils n’appartiennent pas à la variété #auretanica, mais plutôt à z/cioides, Gerhard, tandis qu'à Sebdou, à Khenchela, on rencontre des esculi-mauretanica analogues à celui qui est figuré dans le présent ouvrage, c’est-à- dire d’un brun noir sans taches en dessus, mais dont le dessous présente assez bien les caractères indiqués dans la diagnose de Staudinger. Avec ces esculi-mauretanica, 6n trouve la race lar- gement lavée de fauve sur le dessus des quatre ailes, dont Je fais ci-dessus mention et que j'appelle Powell:; en outre, on peut observer toutes les transitions entre les individus unicolores, entiè- rement noirâtres en dessus, et ceux qui sont si largement lavés de fauve. La proportion des échantillons lavés de fauve par rapport aux unicolores, est même très grande à Sebdou et à Khenchela.

On distinguera aisément la variété #aculatus, d'Andalousie et de Collioure. Le dessus des ailes du GO semble rester toujours unicolore, d’un brun noirâtre foncé; seule, la Q a les ailes mar- quées de fauve, mais d’une façon bien moins diffuse que chez Powelli.

Pour établir la nomenclature des diverses races et variétés d'esculi, je décompose la synthèse de 7'Zecla esculi, Huebner, du Midi de la France, d'Espagne, de Portugal et d'Algérie, en

5 formes ou variétés analysées comme suit :

1. ct Q quasi-unicolores en dessus. Esculi, Huebner (©, 550, 560). Midi de la France. Æsculi, Gerhard (PI 2; fig. 14, 1 6, 16). Portugal

2. unicolore en dessus; Q maculée de fauve aux 4 ailes. Maculatus, Gerhard (PL 4; © fig. 4). Andalousie; Collioure.

Esculi, Huebner 690, 691),

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 79

A6. Graslini, Obthr. (SG, Lépid. comparée; IV, PI XLIX, fig. 402). Sierra-Nevada. 3. Unicolore en dessus; teinte noirâtre foncée, assez grand; les taches rouges bien apparentes. Ilicioides, Gerhard (PI 4; fig. 5a, 5b, 5c). Ronda; Vakouren. 4. Les taches rouges du dessous plus effacées; le dessous plus unicolore. Mauretanica, Stgr., Obthr. (Lépid. comparée, IV. PI XLIX ; Œ fig. 405). Algérie (Sebdou, Khenchela, etc.). 5. Le dessus des ailes largement lavé de fauve orangé. Powelli, Obthr. (Lépid. comparée; IV. PL XLIX; ©, ©, fig. 403, 404). Algérie (Sebdou, Khenchela).

Thecla pruni, Linné.

Ainsi décrite par Linné, dans Systema Nature, Edit. X; p. 482: « Pruni. 147. P. P. alis subcaudatis supra fuscis, subtus fascia marginali fulva utrinque nigro punctata. Habitat in pruno domestica. »

La TAecla pruni se trouve en Angleterre, et d’après les éléments de ma collection, en Alsace, en Saxe, en Nassau, en Wurtemberg et à Ecclepans, en Suisse, mon frère l’a capturée en Juillet 1907. Les exemplaires anglais que je possède faisaient partie des col- lections Sheppard et Tugwell; l’un d’eux porte létiquette de localité : Northamptonshire.

Je n'ai jamais vu la 7 Xecla pruni en Bretagne, ni en Charente, ni dans les contrées du Midi j'ai chassé les Lépidoptères. C’est une espèce très localisée qui, en France, n’a pas été trouvée dans un grand nombre de places. J'ai appris qu’on la rencontre, géné- ralement en petit nombre d'exemplaires, dans quelques bois des environs de Paris, à Chantilly, à Compiègne, en Seine-et-Oise, dans l'Aube, la Marne et la Haute-Marne. Feu de Graslin n'avait trouvé la T'Xecla pruni ni dans la Sarthe, ni dans la Vendée.

80 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Guenée ne possédait dans sa collection que des exemplaires d'Allemagne; les échantillons de Prum, dans les collections Boisduval et Bellier, n’ont aucune indication de localité.

Comme la T'Xecla pruni habite l'Angleterre, Tutt lui consacre une étude approfondie, depuis la page 192 à la page 226 du vol. IX de À Natural History of the British Lepidoptera. Chaque espèce anglaise de 7'ecla faisant partie d’un genre spécial, pruni est incorporée par Tutt dans le genre S#ymon.

La PI IX est consacrée à la reproduction par procédés photo- typographiques de l’œuf, de la chenille sur sa plante nourricière, de la chrysalide et du papillon posé sur une petite branche de prunier. En outre, la PI. I représente sous les figures 15, 16, 17, 18 et 10 la 7'Xecla (Strymon) pruni, à l'état parfait, en dessus et en dessous.

La Thecla pruni est une espèce très reconnaissable et facile à distinguer. Tutt a observé des variations pour l'appréciation desquelles j'invite à se reporter au travail extrêmement complet de cet auteur. Huebner figure sous la lettre T de la PI. IIT du volume (III° partie) de l'ouvrage intitulé : Beträge zur Geschaichte der Schmetterlinge, imprimé à Augsbourg, en 1700, une très belle Aberration de fruni, appelée : semialbofasciata pax Tutt, chez laquelle les ailes inférieures sont traversées du bord costal au bord anal par une bande de taches intranervurales confluentes, d’un blanc pur. Cette Aberration superbe faisait partie du Cabinet de Gerning, à Francfort-sur-le-Mein. Elle avait été prise à Francfort.

Huebner constate à cette occasion que la forme ordinaire de pruni a été depuis longtemps et plusieurs fois décrite et figurée. « Der gewühnliche Falter ist laengst und mehrmalen beschrieben und abgebildet worden. »

En effet, la 7 4ecla pruni a été figurée tout d’abord par Roesel qui a achever le dessin et la gravure sur cuivre vers 1744; mais la publication en fut faite un peu plus tard. C’est sur la Tab. VIT que l’on peut voir la figure de la larve (fig. 1), de la chrysalide (he )ier de l'imaso (fes res,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE BI

August Iohann Roesel von Rosenhof était peintre de minia- tures, « Miniatur-Mahler », comme mon grand-père le fut aussi. Roesel était en 1705 et il mourut en 1750. Son portrait, dessiné par son gendre Kleemann, lui aussi peintre de miniatures, et d'après la peinture de von der Smissen, a été gravé sur cuivre par J. W. Windter et orne le commencement de l'ouvrage lon- guement intitulé : Der monatlich-herausgegebenen Insecten- Belustigung erster Theil, in welchem die in sechs Classen ein- getheilte Papilionen, mit ihrem Ursprung, Verwandlung und allen wunderbaren Eigenschaften, aus eigener Érfahrung bes- chrieben, auf 78 Kupfertafeln, welche 121, mit Farben auf das natürlichste illuminirte Tabellen enthalten, nach dem Leben abgebildet worden von dem vortreflichen Naturforscher und berühmten Mignaturmahler August Iohann Roesel von Rosenhof, mit einer Vorrede, in welcher von dem Nutzen der Insecten gehandelt, was sie seyen gezeiget, und von der Einthealung derselben Nachricht gegeben wird, von dem Roeselischen Eidam und Mignaturmahler C. F. C. Kleemann mit vielen neuen Beobachtungen und Anmerkungen hin und wieder vermehrt und verbessert. Nürnberg, zu finden in der Naspischen Buchhandlung.

Au bas du portrait de Roesel sont gravées ses armes, et le Doctor Huth, qui a signé une petite pièce de vers imprimée au revers du titre et finissant ainsi : « Wie gross Gott auch im Kleinen sey » (Combien Dieu est grand même dans ce qui est petit), a fait insérer au pied du portrait ces mots auxquels il a cru donner une tournure plaisante et qu’il a également fait suivre de sa signature : « So sah Herr Roesel aus Dem, nach dem Tod, das Leben Gewürme, Früsch, und Krôten geben »; ce qu'on peut traduire comme suit : « Ainsi parut Monsieur Roesel, donnant, après sa mort, la vie à des vers, grenouilles et crapauds. » En face du portrait de Roesel se trouve, suivant l’usage du temps, un frontispice gravé sur cuivre et colorié à la main, représentant des figures allégoriques et cette sentence de Pline inscrite sur le piédestal de la statue qui semble, au milieu du tableau, person-

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82 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

nifier la Nature. « Rerum natura nusquam magis quam in minimis tota est. Pin ESC NEED CE

Les figures des papillons publiées dans l’ouvrage posthume de Roesel, par les soins de son gendre Kleeman, sont généralement d’une exécution excellente; les chenilles, les chrysalides, souvent même les œufs sont reproduits en même temps que les insectes parfaits, et le dessin, la gravure et le coloriage sont traités avec un talent supérieur. Le vieux maître hollandais Sepp a seul montré plus de perfection et plus de finesse encore que Roesel, dans le dessin et la gravure de certaines Planches de papillons. Je m'associe donc complètement à l'éloge que Guenée fait des travaux iconographiques de Roesel, à la page LI de la Préface de l’Aistoire Naturelle des Insectes; Species général des Lépi- dopières dans les Suites à Buffon; Noctuélites; tome I; 1852, et je ne saurais exprimer en termes meilleurs mon admiration pour des figures qui, malgré leur ancienneté, sont encore, comme le dit Guenée, restées sans rivales.

Si l’on compare les figures données par Lang en 1884, ou même celles en lithographie publiées par Barrett à partir de 1893, ou encore celles de Seitz à l’époque actuelle, aux images gravées vers le milieu du XVITT* siècle par Roesel, à Nuremberg, et par Sepp, à Amsterdam, combien apparaît haute la supériorité des vieux Maîtres! Puisse le très remarquable talent de mon collaborateur artistique actuel J. Culot valoir à mon présent travail un mérite analogue à celui que les Anciens, dont je me plais à évoquer le souvenir digne d’admiration, ont su si parfaitement acquérir! Tel est mon plus vif désir. On trouvera juste en tout cas que ma plume rende un légitime hommage aux fondateurs de notre Science, à ces fervents amis de la Nature qui vivaient à l’avant- dernier siècle, à une époque se dessinait un si magnifique essor scientifique. La Révolution française arrêta le progrès, qui s’annonçait si brillant et si rapide, dans les diverses branches de la Science; lors de cette époque si malheureuse et si tourmentée, la vie d’un Lavoisier n'était même pas respectée par la hache révolutionnaire. Cependant la flamme ne s'était pas complètement

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 83 D éteinte dans l'insécurité de ces temps troublés. Sous le premier Empire, en 1805, Jacob Huebner, d’Augsbourg, commençait la publication de son incomparable Iconographie : Sammlung europaeischer Schmetterlinge, et c'était la collection d’un amateur strasbourgeois, Franck, qui fournissait des matériaux pour servir de modèle aux admirables Planches que publiait Jacob Huebner. Dans la XX° livraison des Etudes d'Entomologie, à la page 64, à propos des variations de CÆelonia Caja, j'ai été amené à parler de la collection Franck dont tant de fois, jadis, m'a entretenu mon grand-père qui l'avait bien connue. Précédemment, j'ai déjà écrit que sur la noble terre d'Alsace, l'étude des Sciences a toujours été en grand honneur et n'a jamais manqué d’adeptes. Mais on ne doit pas craindre de dire encore qu'aucune autre province n’a fourni dans la spécialité à laquelle je me suis consacré, un plus grand nombre d'amateurs éclairés dont le com- merce fut toujours aimable et le zèle toujours ardent. Il en a été de même pour toutes les autres branches des connaissances humaines apparaît la haute culture de l'esprit, s’afhrment la rectitude et la solidité du jugement, l'amour de la Nature, le coût sûr et distingué des Arts, la constance pour le travail, la probité et la sincérité dans les recherches de l'Histoire.

J'ai toujours admiré le talent des nombreux artistes et les vastes connaissances de tant d'hommes érudits dont l'Alsace a si justement le droit de se montrer fière. Aussi m'honorerai-Je

toujours grandement des liens qui m’attachent à ce noble pays.

Thecla acaciæ, Huebner.

N’existe ni en Angleterre, ni en Algérie; est très abondante dans la France méridionale, notamment à Florac (Lozère), je l'ai prise en juillet 1863; aux environs de Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales) ; à l'Escarène et Levens (Alpes-Maritimes), l'éclosion a lieu en juin; à Lectoure (Gers); à la Montgie (Puy-de-Dôme). L'espèce remonte vers le Nord jusqu'a Rennes

84 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Je l'ai capturée dans le jardin potager de Mesneuf (commune de Bourgbarré), reposée sur les fleurs d’oignon, et à Châteaudun (Eure-et-Loir), feu Guenée l’a élevée de la chenille et l’a observée voltigeant avec z/icis, sur les fleurs de ronces. Dans la collection Kuwert, 1l y a des T'Lecla acaciæe avec l'étiquette : Ungarn. I] ne semble pas que les acaciæ hongrois soient différents de ceux de France. La Q se distingue aisément des autres espèces de 7’Aecla françaises par sa petite touffe anale de poils noirs, ras et veloutés, comme chez R£ymnus de l'Oural et T'engstroemi du Turkestan.

En dessus, les deux sexes sont d’un brun canelle uni, avec quelques taches d’une teinte orangé pâle, en remontant depuis l'angle anal, le long du bord marginal des ailes inférieures, géné- ralement jusqu’au-dessus du petit appendice caudal dont l’extré- mité est blanche.

Le dessous est bronzé, traversé du bord costal des ailes supé- rieures au bord anal des inférieures, par une ligne blanche non interrompue, formée de petites taches intranervurales, en forme de rectangle allongé. Le long du bord terminal, il y a un liséré noir surmonté d’un mince filet blanc, sur lequel se trouve assise, aux ailes inférieures, une série de taches d’un rouge orangé; ces taches rougeâtres sont en forme de croissant; elles sont marquées d'un point noir dans l’espace concave; un arc noir précédé d’un arc blanc entoure leur sommet. La 7'Lecla acaciæ est vive; elle aime dans le Midi à se poser sur les buissons et sur les fleurs de thym et de dorycnium.

Huebner a figuré la T'Lecla acacie sous les n°° 743, 744, 745 et 746. Gerhard en a donné des figures très inférieures sous les 44, Ab et 4c de la PI I. La forme orientale abdominalis, Gerhard (PI 4; fig. 3a, 36), paraît commune à Akbès et à Broussa, en Asie-Mineure. La forme Gerkardi, Stgr, de Mesopo- tamie, est remarquable par la blancheur de son abdomen, en dessous, et par l’accentuation de la touffe noire anale chez la ©.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 85

Callophrys rubi, Linné, et Avis, Chapman.

La Thecla (Callophrys, Bilberg) rubr, Linné, est une délicieuse petite créature, infiniment gracieuse dans chacun de ses mouve- ments et charmante à voir, en avril, posée sur les feuilles naissantes de ronce ou d’aubépine, dans les sites abrités et un peu chauds qu’elle affectionne. Linné l’a décrite dans le Sys/ema Nature, édit. X, p. 483, en termes exceptionnellement concis : « Kubr; 154. P. P. alis dentato-subcaudatis : supra fuscis, subtus viridibus. Habitat in Xubo aculeato ». La Thecla rubi est répandue en Angleterre, dans toute l'Europe continentale, en Algérie et en Asie-Mineure. Tutt a consacré près de 50 pages de À Natural History of the British Lepidoptera à l'étude de Callophrys rubr. La PI IV de l'ouvrage anglais représente, d’après les procédés phototypographiques, les œufs, les chenilles sur la plante légu- mineuse nourricière, les chrysalides et le papillon. Guenée a remarqué que la chenille de 7wbi ne vit point sur la ronce, mais sur le Genista sagittalis, du moins aux environs de Châteaudun.

Tutt énumère (p. 109) une considérable série de plantes nourri- cières (food plants) pour la chenille de Callophrys rubr. Je citerai, d'après Tutt, Xwbus aculeata (Linné); bourgeons de Xubus fruticosus (Wilkes); Rubus idœus (Richter); fleurs et fruits verts de Cornus sanguinea (Schmid); graines immatures de X£amnus catharticus (Prideaux); Rhamnus frangula (Glitz); les fleurs de Vaccinium vitis-idæa (Zeller); Vaccinium myrtillus (Freer); fleurs d’Ærica tetralix (Wolfe et Chapman); Æyrica arborea; Ilex aguifolium (Minà-Palumbo); Helianthemum vulgare (Frey); Rumex (chenille élevée à maturité; Stange); les diverses espèces de trèfles; Medicago lupulina; Lotus corniculatus; les Genista anglica, tinctoria, germanica, sagittalis; les Ulex nanus et euro- pœus; les Spartium scoparium et junceum; diverses espèces de Cytisus; les fleurs de Calycotome spinosus et d'Onobrychis sativa; l'Hedysarum onobrychis. Suivant les lieux, la chenille de Thecla rubi dévore telle ou telle plante; à la Riviera, c’est le

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Calycotome; dans l'Argyllshire, c'est l'ajonc (#lex); mais suivant Chapman et d'accord avec Guenée, les plantes le plus généra- lement préférées par 702 seraient encore et partout les arbrisseaux de la famille des Légumineuses ou Papilionacées à laquelle appartiennent d’ailleurs l’Ulex et le Calycotome.

Pour la variation, on constate que la marque androconiale est tantôt d’un gris brun, tantôt d’un jaune paille extrêmement pâle; d'autre part, la couleur du dessus des ailes varie du brun noirâtre (environs de Moscou) au brun rougeâtre clair (Algérie). Stau- dinger a donné le nom de fervida à la forme algérienne dont le dessus des ailes est d’un brun rougeûtre clair; sur le dessous des ailes, la teinte verte est un peu variable; de plus, tantôt les quatre ailes sont unicolores, tantôt elles sont traversées par une ligne de taches blanches qui descendent du bord costal des premières ailes au bord anal des inférieures. Ces taches sont intranervurales; elles ont la forme de petits rectangles allongés.

Tutt désigne sous le nom de punctata la forme de Tkecla rubr qui a la série des taches blanches très développée sur les quatre ailes; ordinairement trois aux supérieures et sept aux inférieures, dit-il Je possède une Q punctata, de Digne, avec 5 taches blanches aux supérieures et 8 (y compris la tache anale cependant moins apparente que les 7 autres) aux inférieures. La forme qui a une série de taches blanches bien développée aux ailes infé- rieures seulement a reçu le nom d’zferopunctata, Vutt.

La série incomplète de taches blanches sur les ailes inférieures est nommée 2#completa, Tutt.

Deux taches blanches seulement sur les ailes inférieures, une à la côte, l’autre vers le centre de la bande ordinaire, valent le nom de Otpunctata, Tutt.

Une seule tache blanche sur les ailes inférieures, près de la côte, c’est 7wb1, Linné.

Sans aucune tache blanche sur les ailes inférieures, c’est cæcus, Geoff.

Ma collection contient toutes ces différentes formes; mais punctata et cæcus me paraissent les plus rares. Il y a des inter-

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médiaires entre les formes ci-dessus analysées et elles ont reçu des noms (Voir Tutt; p. 92, 03).

Le dessous des ailes inférieures peut être brun bronzé, au lieu d’être vert (Ab. brunnea, Tutt).

Barrett constate que l’insecte, au moment il émerge de la chrysalide, ne paraît pas avoir de trace de vert sur le dessous des ailes, cette surface étant d’un brun doré (golden-brown) comme le dessus. La couleur verte se caractérise à mesure que les ailes se développent.

M. Blachier possède de Digne une Aberration remarquable; le dessous des ailes est d’un gris olivâtre uniformément très obscur et noirâtre. Cette Aberration dite : olivacea, Blachier, est décrite et figurée (p. 370, PL 0, fig. 10) dans le fasc. 4 du Vol. 1 du Bulletin de la Société lépidoptérologique de Genève.

Dans les Annales de la Soc. ent. de France (1887) se trouve imprimée, à la page 216, la description par Millière d'une Aber- ration de Z'kecla rubi, prise le 5 avril 1887, à Cannes, près de l'Hôtel des Pins, par M" Texier. « Les ailes, en dessus, sont d’un jaune fauve uniforme très chaud, moins la base et le dessous de la côte qui se montrent pointillés de gris. La frange est très blanche aux quatre ailes. Tout le corps, en dessus, participe de la couleur anormale des ailes. Celles-ci, en dessous, seraient d’un carné vif, si elles n'étaient lavées de vert d’eau pâle chatoyant, à la base surtout. Les franges sont ici d’une teinte aurore assez indécise. Sur les ailes inférieures, on aperçoit trois points blancs très petits, à peine visibles, placés au centre et en hpnenlfes antennes sont annelées de blanc et se terminent en massue allongée d’un pourpre obscur; le ventre et les pattes sont d'un gris blanchâtre ». Tutt a appelé pa/lida cette Aberration décrite par Millière, mais non dénommée par ce dernier.

Mosley figure très grossièrement, .en dessus seulement, une Aberration de Tkecla rubi faisant partie de l’ancienne collection Gregson, qui devint la propriété de M. Webb. Une autre Aber- ration remarquable par une large éclaircie brun clair, le long du

88 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE bord terminal des ailes inférieures, prise en mai 1903, à Plauen, est figurée sous le 3 de la PI. 1 de l’/25s, XVIII, 1005.

Ma collection contient des exemplaires de Tkecla rubi recueillis à Digne (mars et avril 1807) ; à Hyères (20 mars 1906) ; en Corse; à Cannes et dans diverses autres localités des Alpes-Maritimes, à Marseille; à Vernet-les-Bains, en avril et mai; à Cauterets, en juillet 1883; à Cancale et à Rennes, en avril, mai et quelquefois commencement de juin; à Lectoure (Gers); à Châteaudun (Eure- et-Loir); dans le North-Devon (Angleterre); dans le Sud de l'Irlande; à 35 kilomètres au Nord-Est de Moscou; à Tokat et à Broussa, en Asie-Mineure; à Lambèze (avril 1884); Alger; Sebdou; Khenchela (mai 1908); Méchéria (mars 1886), en Algérie. M. Holl me mande qu'il a pris Z'kecla rubi à Zeralda, en mars; à Bouzaréa, en avril, et à Blida-Glacières, en juin.

Les entomologistes, chaque printemps, aiment à voir réappa- raître la 7 Lecla rubi et ses compagnons ordinaires, les Ax#hocharis cardamines, Lycæna argiolus, Pararge Ægeria, Rhodocera rhamni, qui sont dans nos contrées, après les rigueurs et les tris- tesses de l'hiver, les messagers des beaux jours. Lorsque, vers la fin d'avril, paraissent dans les bois les fraiches frondaisons nouvelles, c’est une jouissance exquise de voir, avec la résurrection de la Flore, les espèces précoces d’Insectes renaître et animer de nouveau la campagne. Le plaisir d’apercevoir alors quelques T'hecla rubi voltigeant autour des premiers buissons verts est aussi aimable que la jouissance d’aspirer le parfum des premiers lilas. Chaque année n’apporte qu'une fois avec elle ce charme délicieux, mais, hélas! si passager, d’une apparition si rapide, si courte et si tôt finie.

La Thecla rubi est une espèce heureusement abondante et commune en très différents lieux. On peut, sans longues et patientes recherches, plusieurs fois la rencontrer au cours d'une promenade, et l’admirer dans sa grâce et sa délicatesse, quand elle se repose sur les feuilles nouvelles avec lesquelles la couleur verte de ses ailes la confond aisément. Qu'on se trouve sur la

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lisière des bois, ou le long d’une haie ensoleillée dans la campagne, ou encore dans les allées d’un parc près d’une habitation, aussi bien en Algérie que dans les Iles britanniques ou en Russie, tant sur le haut des falaises couvertes d’ajonc et le long des grèves de la Côte d'Emeraude que dans les sites agrestes et parfumés au pied desquels la Méditerranée ne cesse avec fracas de dérouler ses flots bleus, lorsque commence à paraitre le printemps, on a fréquemment l’occasion d’apercevoir la 7'Lecla rubi, qui constitue

un si Joli régal des yeux.

Existe-t-il cependant des entomologistes qui seraient dédai- gneux de cette charmante /ycænide, comme de bien d’autres espèces communes, sous prétexte qu'étant vulgaires et partout répandues, elles se trouvent tarifées, comme article d'échange, à un nombre de Pfennig si petit que la récolte en devient, à cause de cela, indifférente.

Le négoce est dans le Monde une nécessité et je ne médirai point des relations commerciales au moyen desquelles les peuples se font mutuellement profiter des produits les plus divers. Mais je plaindrai toujours, dans toute la sincérité de mon cœur, les amateurs de papillons, nos chers et certainement très distingués confrères, qui possèdent des dispositions commerciales tellement développées que leur satisfaction entomologique se mesure à la valeur marchande de leurs captures. [ls s'intéressent principale- ment aux Espèces qui, le plus souvent, grâce à un savoir-faire dépourvu de toute considération scientifique, ont conservé sur les Catalogues qu'ils honorent de leur confiance, un prix fabuleux, tandis que les papillons dont la tarification est insignifiante ne paraissent pas mériter la faveur de leur savante attention. De quelles précieuses jouissances ne se privent-ils pas? Mais dans l'Entomologie, comme ailleurs, on peut dire, en parlant des hommes qui sy adonnent, « tot capita, tot sensus! » Aussi existe-t-il encore, grâce à Dieu, un grand nombre de naturalistes dont la conception et l'objectif, dans leurs études entomologiques, ont une direction tout autre, et qui, sans se soucier de la hausse

90 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

et de la baisse à l’/sectenboerse, trouvent leur joie dans l’étude patiente et consciencieuse de la Nature.

Ils s’attachent même davantage aux espèces les plus abon- damment représentées, ne serait-ce qu'à cause des chances plus grandes d'obtenir des sujets variés qui constituent toujours une documentation scientifique précieuse et de l’observation facilitée par la grande quantité des exemplaires.

M. le D' Thomas Algernon Chapman, de Reigate, est l’un de ces chercheurs avisés à qui échoit parfois une récompense bien méritée, sous forme d’une intéressante surprise. C’est en observant minutieusement et avec continuité la Jolie, mais très commune T'hecla rubi, que le D' Chapman a trouvé dans le Sud de la France une nouvelle espèce très voisine sans doute de 7402, mais paraissant distincte, et qu'il a appelée Azzs. C'est une découverte vraiment sensationnelle! Ainsi fut-1l de la Pieris Mann, naguère ignorée en France et confondue avec sa congénère ape; main- tenant elle est justement distinguée et considérée comme appar- tenant à une unité spécifique distincte et spéciale. Une nouvelle espèce de Pieris est donc venue très tardivement enrichir l’inven- taire de la Faune française.

Demain il en sera de même pour Æpinephele Rhamnusia, qui ne tardera guère à être admise désormais, sans conteste, comme une espèce bien distincte d'Exdora.

Le docteur T. A. Chapman a publié dans 74e Entomologisrs Record (Vol. XXI, 6, June 15% 1000, p.130, 131), sous lle titre de : Callophrys Avis-a new butterfiy from Southern France, la notice suivante, que je transcris textuellement :

« Much resembles Callophrys rubi. C. Avis is larger 32 mm. to 36 mm. in expanse. C. rub1 rarely exceeds 32 mm. It has hardly any trace of tails. The upper surface has a ruddy tint, in excess usually of that of C. rubz var. fervida, and the venation is often, especially veins three, four and five of the upperwing in the ©, marked by rather broad dark lines as if raised, differing from the narrower flatter lines seen in C. 7#bi. À marked character is

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE OI a that the head has a long ruddy fur, replacing all trace of the silber lines round the eyes so conspicuous in C. rubz. The andro- conial brand on the © forewing is triangular, perhaps a shade broader than in C. 7ubi, but of only about half the length along the line of the veins, that it has in C. ruba, in which it is oval or fusiform. The club of the antenna is red or fleshcolour, all along the lower inner side, a colour confined in C. rubz to a few terminal joints of the club, and the same on all aspects of the antenna. There is rather a different shade of green on the underside, and the white line has quite a different character from that in C. rubi. It is narrow, but continuous; it is, in fact, usually broken by each vein, but looks continuous compared with C. rubr, in which the line breaks up into spots, rather than become narrow as in C. avis. Either really, or as an effect cf its narrowness, it has a suggestion of being faintly tinted green. It is entirely without the dark scales along its inner margin that are so constant in C. subi. The portion in each interneural space is curved. It occupies all the spaces on each wing, from the costa to the space in front of vein two, but is bright towards the costa (space between six and seven), and fades towards the inner part of the wing. The row of spots in C. rubi is much more irregular. The first spot on the hindwing slopes inwards, in C. rubi it slopes outwards, giving the second spot the appearance of being dis- placed inwards in C. zubi, outwards in C. avis. The G appendages have only slight differences. I have not examined sufhciently numerous specimens to be able to assert that these are constant.

It specialises in its foodplant, instead of being quasi omnivorous like C. rubi.

Habitat, Southern France (Var and Pyrénées-Orientales), Morocco (Tangier). The only specimen I have seen, not in my possession, is one of the Brit. Mus. Collection, ranged with C. rubt var. fervida, and labelled « Tangier, Elwes Coll. »

Dans les Transactions of the entomological Society of London, 1900 (Proceedings, Wednesday, June 2%, p. XXIX), on lit sur le même objet ce qui suit : « New Palaearctic Species of Callophrys.

02 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

D'T. À. Chapman exhibited specimens of Callophrys avis, a new species from the South of France, first taken by him at Hyères three years ago, and in the following year, and now obtained by him this year from the Pyrénées-Orientales. It is very closely allied to C. 7ubr, but distinguishable by its larger size, ruddier colour, red hairy face without silver lines round the eyes, the very different form of the androconial band, the red underside to the club of the antennae, the different tone of the green of the underside and the different character of the white line.

It has probably been passed over in the field as merely #1, but could hardly be so in the collection, though the only specimen seen by the exhibitor, and not in his own possession, is one in the Natural History Museum at South Kensington, series of C. rubi, labelled « Tangier, Elwes coll. » The species is doubtless scarce and local. D' Chapman said he hoped to submit later a paper on the species giving some details of habits and life history; he thought it better not at present to forestall any interest that communication might possess.

He ventured to say, however, in case the present exhibit left any doubt as to whether C. avis might not be merely a variety of C. rubi, that there were great differences in the larvae, of which also he exhibited examples in the last instar. The most remarkable was perhaps in the first stage. In two species, so closely allied, one rather expected there would be no appreciable diffe- rence between them in the first stage. There were, however, not only differences of colour and markings, but notable differences in the development of the hairs. »

Il sera agréable aux Entomologistes français de lire la tra- duction des observations qui précèdent. Je dois cette traduction à l’obligeance de M. Harold Powell, aussi habile à s'exprimer en français qu’il l’est en anglais, sa langue maternelle.

« Ressemble beaucoup à Callophrys rubi. C. avis est plus grande : 32 "/" à 36 "/" d'envergure. C. 7ub1 n'excède que rarement

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 03 32 "/", Elle n’a presque pas trace de queues. La surface supérieure a une teinte rougeâtre généralement en excès de ce qu'on remarque chez C. rubi, var. fervida, et les veines, surtout les veines n°* 3, 4 et 5; de l'aile supérieure chez les mâles, sont souvent marquées par des lignes assez larges et foncées paraissant en relief, différant des lignes plus étroites et plus aplaties que l’on voit chez C. 74b:. Un caractère marqué est la présence sur la tête d’une fourrure longue et rougeâtre, remplaçant toute trace des lignes argentées autour des yeux.

La marque androconiale de l’aile supérieure chez le O' est trian- gulaire, peut-être une idée plus large que chez C. rub1; mais elle n’a que la moitié de la longueur, environ, le long de la ligne des veines, de celle de C. rubi, chez laquelle elle est ovale ou fusiforme.

La massue de l'antenne est rouge ou couleur chair, tout le long du côté intérieur en dessous, couleur restreinte dans le cas de C. rubi à quelques anneaux terminaux de la massue, et entourant l'antenne. Il y a en dessous une teinte de vert un peu différente, et la ligne blanche a un caractère tout autre que chez C. rubr. Elle est étroite, mais continue; elle est, en fait, généralement brisée par chaque veine, mais elle a l’aspect d’être continue en comparaison avec celle de C. rubi qui se divise en taches plutôt que de s’amincir comme chez C. avis. Soit en réalité, soit par l'effet de son étroitesse, elle donne l'impression d’être faiblement teintée de vert. Elle est entièrement dépourvue des écailles foncées, le long de sa marge intérieure, si constantes chez C. rubr. La portion contenue dans chaque espace internervural est courbe. Elle occupe tous ces espaces sur chaque aile, depuis la côte jusqu'à l’espace précédant la veine 2, mais elle est brillante vers la côte (espace entre les veines 6 et 7), et diminue d'éclat vers la partie intérieure de l'aile. La rangée de taches est bien plus irrégulière chez C. rubi. La première tache de l’aile inférieure est inclinée vers l’intérieur; chez C. rubi elle est inclinée vers l’extérieur, ce qui donne à la seconde tache l'apparence d’être déplacée vers l’intérieur chez C. rubi et vers l'extérieur chez C. avis.

Les appendices Œ ne présentent que de faibles différences. Je

04 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

n'ai pas examiné assez d'exemplaires pour pouvoir déclarer qu’elles sont constantes.

Au lieu d’être quasi-omnivore comme C. 7ubr, cette espèce se spécialise quant à sa plante nourricière. Habite la France méridio- nale (Var et Pyrénées-Orientales), le Maroc (Tanger). Le seul exemplaire vu par moi, qui n’est pas en ma possession, est dans la collection du British Museum rangé avec C. rubi var. fervida

et portant étiquette « Tanger, Elwes coll. »

Dans les 77ansactions of the Entomological Society of London, 1000, Proceedings, Wednesday, June 2", p. XXIX), on lit sur le

même objet ce qui suit :

« Une Espèce Paléarctique nouvelle de Callophrys. Le D' T. A. Chapman exhiba des specimens de Callophrys avis, espèce nouvelle de la France méridionale, capturée par lui pour la première fois à Hyères, il y a trois ans, et l’année suivante, et prise par lui cette année dans les Pyrénées-Orientales. Cette espèce est très voisine de C. 7#bi, mais elle en est séparable par sa plus grande taille, sa couleur plus rougeâtre, sa face poilue rouge sans lignes argentées autour des yeux, la forme très diffé- rente de la bande androconiale, le dessous rouge de la massue de l'antenne, le ton différent du vert du dessous et le caractère différent de la ligne blanche. Confondue avec 741, la C. avis est restée probablement méconnue à la chasse, mais elle ne pourrait guère l'être en collection, quoique le seul spécimen vu par l'expo- sant et ne lui appartenant pas, est un exemplaire dans le Natural History Museum à South Kensington, série de C. rubi, étiqueté « Tangier, Elwes coll. »

L'espèce est sans doute rare et localisée.

Le D' Chapman dit qu'il espérait soumettre plus tard une étude sur l’espèce, donnant des détails de ses mœurs et premiers états.

Il estima qu'il valait mieux pour le moment ne pas anticiper sur l'intérêt que cette communication pourrait offrir. Il osa dire, cependant, pour le cas les spécimens exhibés laisseraient sup-

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poser que le C. avis ne soit qu'une simple variété de C. 7462, qu'il existait de grandes différences entre leurs chenilles, et il en montra des spécimens dans leur dernière livrée. Il dit que la diffé- rence la plus remarquable était peut-être dans la première phase larvaire. Chez deux espèces si rapprochées, on s’attendrait à ne trouver aucune différence appréciable dans la première livrée. I] existait, cependant, non seulement des différences de couleur et de dessin, mais aussi des différences notables dans le dévelop- pement des poils. »

J'ai reçu de M. Chapman, à la courtoisie et à la générosité de qui je ne saurais rendre un hommage assez reconnaissant, des exemplaires authentiques de C. avis. Je me suis alors facilement rendu compte que je possédais déjà C. avis, de Khenchela et de Tunisie, et j'ai appris que l'espèce avait été trouvée en outre à Bussaco, en Portugal. Je fais figurer sur la PI L du présent ouvrage une série de Callophrys rubi et avis, et j'espère, au moyen de cette illustration, faciliter la connaissance de la nouvelle Espèce.

Sous les 417 et 418, sont représentés deux 7#b1-suaveola, d'Akbès: sous les 410 et 420, deux avis, d'Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), et un de Tunisie; sous le 421, un 7#b1t- fervida, d'Algérie, et sous le 422, un 7ub4, de Moscou, Ja race géographique est, en dessus, d’un brun noirâtre différent du brun toujours un peu plus rougeâtre des 7wbi de l'Europe occi- dentale.

Thestor mauritanicus, Lucas.

Décrit dans l'Explorafion scientifique de l'Algérie, pendant les années 1840, 1841, 1842, par H. Lucas, du Muséum d'Histoire natu- relle, membre de la Commission scientifique de l'Algérie, etc.

Cet auteur, à la page 360 du Tome III, termine la notice con- cernant le Polyommatus mauritanicus, par la phrase suivante « Je n'ai rencontré qu’un seul individu Q de ce curieux Polyommate

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que j'ai pris dans les premiers jours de mai, aux environs de Bougie, sur les bords de la route qui conduit au Gouraïa; quant au mâle qui habite les environs d'Alger, il m’a été communiqué par M. Pierret. » Lucas ne semble pas s'être demandé comment la reproduction de l'espèce pourrait se perpétuer, si le O s’obstinait à habiter les environs d'Alger, tandis que la Q serait en villégiature à Bougie.

Quoi qu’il en soit, le T'Aestor mauritanicus s'est arrangé pour perpétuer son espèce et on le trouve encore de nos jours à Alger, et à Maison-Carrée, il vole en février et mars; à Birmandreïs, il a été trouvé dès la fin de février 1007; à Kouba; à Tlemcen; à sebdou.

Ainsi que je l'ai déjà exposé à la page 49 de la Livraison VI des Ætudes d'Entomologie, le Œ varie de plusieurs façons. La teinte du fond des ailes qui est généralement d'un gris brun uni- forme, est parfois sablée d'atomes jaunes : Ab. sabulosus Obthr.; les ailes supérieures du © peuvent être ornées d'une éclaircie orangée assez large, mais moins grande et de couleur moins vive que chez la © : var. Boisduvali, Obthr.; les ailes inférieures peuvent être immaculées en dessus (forme type); ou bien décorées près du bord anal et le long du bord marginal, de deux ou trois taches orangées plus moins grosses : #adulatus Gerhard. Ces taches submarginales des ailes inférieures, chez le ©, sont d'un rouge d'un jaune orangé. En dessous, aux ailes supérieures, les petites taches qui sont d’un noir si vif, varient passablement de nombre et de direction. Guenée a observé que dans auritanicus, les tibias de toutes les pattes chez le G' et des pattes antérieures chez la ©, sont très renflés; les pattes sont ponctuées de jaune paille; la frange est formée par des écailles épaisses et serrées.

Lucas a représenté le ©‘ sans aucune tache en dessus, sous le 9 de la PL I des Lépidoptères de l'Exploration scientifique de l'Algérie. Le dessous du ' est figuré sous le 9a; et la ©, en dessus et en dessous, sous les 0 à et oc. Gerhard a donné sous le nom d'uxdulatus (PI 5; fig. 2 a, 2 &) l'image de wauritanicus ©, variété avec 3 points rouge orange le long du bord terminal des

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ailes inférieures, en dessus. À tort, Gerhard a cru que ce Polyom- matus dont il avait reçu, dit-il, trois exemplaires d'Anderrego, était une variété de Ballus originaire du Sud de la France et sa courte notice est tout à fait fautive. Néanmoins le nom d'yrdulatus peut être conservé pour désigner la variété C' tri-ponctuée par compa- raison au O' type qui reste, comme je le constate plus haut, d’une teinte uniforme brunâtre et immaculée.

À part les différences de taille, je n’ai point vu dans la ©, de variation valant d'être signalée. Mais par analogie à l'Ab. Crosi © de Pallus, on doit trouver des Q aurttanicus albinisantes, quant à la couleur de leur tache orange du dessus des ailes.

Thestor Ballus, Fabr.

Charmante Zycænide dont le dessous des ailes est très agréa- blement décoré de vert, de brun et de rouge-orange et marqué de points noir vif finement soulignés de blanc. Se trouve à la fin de l'hiver et au premier printemps à Hyères (Var); à Malaga; à Bar- celone et à Villaviciosa-de-Odon en Espagne; en Tunisie et dans beaucoup de localités d'Algérie : à Alger (fin janvier, 20 février 1907, 22 mars 1008); Maison-Carrée (3 avril 1908); Kouba (1® avril 1908); Tlemcen; Collo; Lambèze (avril 1868 et 1884, juin 1885); Mecheria (fin mars 1886); je possède aussi Ballus de Grèce. La chenille vit sur le lofus hispidus; on la trouve au mois de mai, à Hyères, selon Guenée.

J'ai fait figurer une Jolie Aberration sudfus-partim-confluens de Ballus, sous le 82 de la PI 5 de la XX° Livraison des Æfudes d'Entomologie. Les ailes supérieures en dessous, dans cet exem- plaire aberrant, ont le fond très pâle et les points noirs médians sont partiellement confluents. Huebner a figuré la Q sous les n% 360 et 361, et le O', mais avec une coupe d'ailes très défectueuse, sous les 550. Ce Ballus Œ a les ailes inférieures, en dessus, marquées de deux petites taches rouge orange. Boisduval, dans l'Icones, a représenté la Q en dessus, sous le n216 dela Pl urotet le G' en dessous, sous le 7 de la même Planche. Boisduval dit

7

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(Zcones; p. 48) que M. de Cerisy a pris Ballus, en 1824, aux envi- rons de Perpignan. Cet auteur ajoute : « il paraît que Dahl la aussi trouvé en Sicile. » Duponchel a donné d'assez bonnes figures ducret de la Q Ballus, en dessus et en dessous, sous les 1, 21eti3 dela Pl VII du Supplément. Quant à Gerhard, il a figuré des Ballus de grande taille, sous les 1 4, 1 & et 1 c de la PL. 5, avec l'Espagne comme indication de patrie. M. L. Dupont a décrit, dans le Bulletin Soc. Ent. France; 1008; p. 319, une variété de coloration de 7’Xestor Ballus ©, chez laquelle la couleur rouge du dessus est remplacée par une teinte or très pâle. Cette Aberration albinisante a été trouvée à Mascara par le D' Cros et M. Dupont l'a appelé Cros. Le Thestor Ballus Gest, en dessus, tantôt uni- colore, tantôt orné près du bord marginal, de petites taches rouge orange comme la var. wrdulatus de mauritanicus. La description de Fabricius ne fait pas mention de ces petites taches rouges mar- ginales. Je lis en effet « alis integris, fulvis (feminæ fuscis) margine fusco; subtus anticis nigro punctatis, posticis viridibus, margine fusco : habitat in Hispania. » Dès lors, le type O' est la forme unicolore de l'espèce et je donne le nom zadulatus à Ballus Œ qui a les points marginaux rouge orange aux ailes inférieures, comme Gerhard l’a attribué au auritanicus semblablement maculé.

Dans le Bulletin de la Soc. ent. de France, 1000, p. 228 et 220, M. E. Holl décrit, avec le nom d’Oberthüri, une Ab. © albinisante de Ballus, et avec le nom de Weberi, une Ab. (@) mélanisante de la même espèce. Chez Oberthüri, une teinte crème remplace la couleur or rouge des ailes, et chez Weberi, l'aspect des ailes infé- rieures, entièrement envahies par le brun foncé, est très sombre. Les deux Ab. Oberthiüri et Weberi viennent des environs d'Alger.

Oberthiri serait une exagération de C7os1.

Polyommatus Phlæas, Linné.

J'ai publié dans la XX° Livraison des Ætudes d'Entomologte,

sous lesin® 70,71, 72, 73, 74175, vOlet 77 ide la DIS MES ue tree de toute une série de variations du Polyommatus Phleas, qui ont

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 09

été gravées avec un réel talent par M. Dallongeville. Cet artiste a fait également les modèles de coloriage; mais dans sa conscience scrupuleuse, il craignait tellement de dépasser le ton que presque toujours, bien loin d'exagérer la couleur, 1l restait au-dessous de la réalité. Cette critique à part, le travail de gravure ayant été exécuté avec les modèles en nature sous les yeux et en s'aidant de photographies préalablement obtenues, je puis dire que la repro- duction de la forme des ailes et de l'emplacement des nervures et taches diverses est irréprochable. Tutt, dans le VIII" volume de À Natural History of the british Lepidoptera (pages 326 à 414) traite fort en détail l’histoire de Rumzcia Phlæeas; en se servant des figures que j'ai publiées pour définir certaines variations de l'espèce, Tutt rend un légitime hommage à l'excellence du travail artistique de la XX° Livraison des Etudes d'Entomologie. Tout l'honneur en revient à M. Dallongeville et c'est justice que Je le lui attribue, puisque s'en présente l’occasion.

Le lecteur a remarqué ce nom générique de Rwricia inventé par Tutt pour le seul Polyommatus Phleas. Je désapprouve absolument la création du genre Rwmicia, une pareille méthode, si elle se géné- ralisait, devrait forcément entraîner la suppression même du nom de genre, à cause de sa multiplicité abusive, sans raison valable, ainsi que je l’ai déjà exposé dans la notice consacrée à T'hecla W album.

Le Polyommatus Phlæas paraît être une espèce douée d'une vigoureuse résistance et d’une ténacité vitale hors ligne; car elle s’est répandue sur presque toute la surface de l'Europe, en Asie, Jus- qu'au Japon, en Afrique, sur la côte méditerranéenne et jusqu'en Abyssinie, ainsi que dans l'Amérique du Nord. Elle paraît abon- dante en Angleterre; elle est commune dans toute la France et en Algérie. Elle fournit les plus intéressantes variations. J'en ai déjà rendu compte aux pages 12-14 de la XX° Livraison des Etudes d'Entomologie.

Je signale ici tout d’abord la forme Huebneri, Obthr. dont le fond des ailes est blanc au lieu d’être noirâtre, alors que les parties rouge feu restent normales. J'ai traité dans le Bulletin Soc. Ent.

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France; 1005; p. 55, 56, de la question des variations albicantes de PAlæas et J'ai établi que les variations admises sous le même vocable de Schmidtiü, dans le Catalog Staudinger et Rebel, 1901, s'apphquaient à des variétés non seulement bien distinctes, mais par le fait opposées. Ainsi Fuebneri (Huebner, 736, 737) est l’in- verse de Schmidt, Gerhard, qui conserve la couleur noirâtre du fond des ailes et transforme la teinte rouge feu en blanc argenté. Ma collection contient actuellement 1 G' Æuebneri, de Berlin, ayant fait partie, Je pense, de l’ancienne collection Wiskott, et 5 C'et 1 Q Schmidtu, provenant d'Angleterre (', ex coll. Sheppard; &, de Chislehurst (juillet 1892), ex coll. J. A. Clark; ©, de Tilgate, extcoll Musvell) de DisnestderBerlincettde Saxe Sn aussi la transition entre Schmidtü, l'or feu est remplacé par le blanc argenté, et la forme type rouge feu; cette variété formant passage a été appelée cuprinus par H. de Peyerimhoff, dans le Catalogue des Lépid. d'Alsace (1° Public. Colmar, 1862, p. 13).

La teinte normale rouge feu y est remplacée par une teinte or jaune.

Ma collection renferme 1 © cuprinus pris à Hyères, en avril 1908 ; 2 G'et 2 Q d'Angleterre (ex coll Howard-Vaughan, ex coll. J. À. Clark (Hackney; mars 1877); ex coll Maddison); un © pris par mon frère, à Charroux (Vienne), en septembre 1006. Ce dernier PAlæas, tout en étant cuprinus, est aussi un peu /#rc1cus, c'est-à-dire assombri par un semis plus épais d’atomes noirs. Dans plus de cent PAleas anglais que j'ai sous les yeux et ayant fait partie des anciennes collections John Sang de Darlington, Tugw2ll, Howard-Vaughan, Sheppard, Briggs, Maddison, Clark, Je re- marque un certain nombre d'exemplaires avec une seule aile claire; ce sont des cas pathologiques dont il n’y a pas lieu de faire état.

Tutt désigne sous le nom d’obliterata, Scudd. l'Aberration que j'ai représentée sous le 72, venant de Cancale, et il donne le nom de #ipunctata, Tutt, à l'Aberration 73, presque semblable au 72, mais plus accentuée encore dans le sens « suprà-minus- punctata », prise à Vernet-les-Bains. Les 2 © figurées sous les

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 101

n*“ 72 et 73 de la XX° Livraison des Æ#udes d'Entomologie, sont remarquables parce que l'éclat de la couleur or feu est également éteint chez ces deux spécimens, qui prennent ainsi un aspect mat et terne très différent des PAlæas normaux; elles ont en outre le même dessous des ailes et dérivent du même principe de variation; les 2 72 et 73 auraient porter le même nom. Autrement il faudrait un nom spécial à chaque papillon aberrant, puisque deux sujets quelconques et surtout les anormaux, sont si rarement abso- lument pareils entre eux.

La véritable A. bipunctata, chez laquelle la teinte or rouge feu est restée naturelle et par conséquent bien différente du spécimen figuré sous le 73, dans la XX° Livraison des Etudes d'Entomologte, se trouve, à mon avis, être le papillon représenté sous la fig. 2 4 de la PL 9 de l'ouvrage de Charles Barrett. TLe Lepidoptera of the british Islands. Je possède 2 exemplaires de cette A0. bipunctata, figurée par Barrett; tous les deux anglais; l’un © de la coll. Shep- pard; l’autre également Q de la coll. Briggs, portant l'étiquette (difficile à lire) : « Meek Standish habt 1896 » et le 1082. Qu'on me permette de faire observer à cette occasion combien il est regrettable que les papillons des collections anglaises, si géné- ralement dispersées, après la mort de leurs propriétaires, à la salle Stevens, à Londres, au hasard des enchères publiques, manquent le plus souvent des étiquettes détaillées indiquant la localité et la date de capture. La plupart du temps, les papillons anglais, d'ailleurs épinglés si bas et que l’on doit toujours faire préparer de nouveau, lorsqu'ils parviennent sur le Continent, sont dépourvus de toute étiquette intéressante.

Les Ab. wnipunctata Tutt et wnpunctata, Tutt, dont je n'ai pas vu les dessins, me paraissent rentrer dans le même cadre que : obliterata et bipunctata.

Tutt appelle remota, le Phlæas dont le O' se trouve figuré sous le 75 de la PI $ de la XX° Liv. des Etudes d'Ent. Cette Ab. remota, Tutt, avait été désignée par moi comme suit : «€ punctis nigris remotis ». Le spécimen figuré vient d'Angleterre (ex. coll.

Howard-Vaughan).

io2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Tutt signale encore les Aberrations suivantes :

L'Ab. parvipuncta, Strand ; elle est définie comme suit (p. 361) « With very small and videly separated spots in the tra- verse row, sometimes only indicated by indistinct points ». Je possède 2 G' de la coll. anglaise Briggs.

L'Ab. magnipuncta, Tutt. « The black spots in the submar- ginal transverse row crossing the forewings much larger than usual, but not actually united ». Je pense que je possède 4 exemplaires de cette Aberration, venant de Châteaudun, Silésie, Bernstadt et d'Angleterre (Abbot's Wood, 1892), ex coll. J. A. Clark.

L'Ab. juncta, Tutt. « The spots, forming the transverse sub- marginal row that crosses the forewing, large, but quadrate, united to each other directly, or by short dark streaks, along the nervures, so as to form an united zigzag band accross the fore- Wings. »

Kochki, Strand. C'est l’Aberration que j'ai figurée sous le 74, avec la mention « szpra-radiata ». Mon exemplaire a été pris à Vernet-les-Bains, en juillet 1804. Je possède un autre exem- plaire d'Angleterre (ex coll. Briggs). Il est remarquable qu'en Amérique, les ?Aleas (Hypophlæas, Bdv.) aient une tendance très fréquente à l'Ab. Kochi (supra-radiata); ma collection renferme 6 exemplaires Xochi provenant de Milton (Mass.), de Dorchester (Mass.) et de Brooklyn (N. Y.).

extensa-conjuncta, Tutt. With the black spots of the trans- verse submarginal row on the forewings, enlarged as in Ab. ex- tensa, but, in addition, the 2" and 3" united to the discoidal spot.

centriconjuncta, Tutt. The spots of the submarginal transverse series of the forewings enlarged and moved up closely to the dis- coïdal spot, and united directly therewith and with each other, forming a large and central seriated blotch accross the middle of the wing.

fasciata, Strecker, variété de Floride (Etats-Unis).

8 Zatomarginata, Tutt. The black outer marginal border of the forewings considerably extended towards the centre of the wings.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 103

egroaprcata, Tutt. Having a broad black band extending all along the outer margin of forewings, and much intensified at the apex, where it runs inwards, enclosing the three black spots there situated.

10° selanophlæas, Guenée et de Villiers. C'est la variété très noircie que Jai fait figurer sous le 76 de la PL 5 de la XX° Livraison des Etudes d'Entomologie, d'après un G, de Paris. Elle semble l'exagération d'Æleus.

11° cæruleo-punctata, Stgr., variété assez fréquente chez laquelle les ailes inférieures sont marquées en dessus de points bleu brillant. Barrett figure cette variété sous le 2 de la PL 0. On peut la rencontrer dans toutes les localités, au Nord comme au Sud.

12° oôsoleta Tutt et radiata Tutt (transitus ad obsoleta), variété figurée sous le 77 de la PI. 5 de la XX®° Livraison des Etudes d'Entomologie, dépourvue de la bande marginale or rouge feu des ailes inférieures, en dessus. Tantôt la bande or feu manque abso- lument (oésoleta); tantôt les nervures sont marquées d’un trait fin doré (radiata). Cette variété paraît être spéciale à l'Angleterre d'où

J'en possède actuellement 8 exemplaires des deux sexes.

Il convient encore d'observer que les PAlæas subissent surtout en été et principalement dans le Midi, un mélanisme à la suite duquel les parties rouge feu des ailes sont quelquefois très enfu- mées par un semis d'atomes noirs.

Je pense qu'on peut appeler cette variété mélanienne : Æleus, d'après la description que Fabricius a insérée aux pages 430 et 431 du Supplementum Entomologie systematice (Hafniæ, 1708). Voici comment cette description est conçue : « Æleus. 180 1 H. R. alis emarginatis fuscis : anticis utrinque disco fulvo nigropunc- tato, posticis fasciola fulva, subtus cinereis nigro punctatis. Habitat in Germania. Affinis certe H.' elle at omnino distincta. Antennæ fuscæ, albo annulatæ, clava oblonga nigra, apice ferruginea. Alæ anticæ fuscæ disco fulvo, nitido punctis majoribus nigris, subtus cinereæ disco fulvo punctis subocellaribus atris. Posticæ valde emarginatæ et fere bicaudatæ fuscæ, nitidæ fascia abbreviata,

104 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

dentata, fulva, subtus cinereæ punctis minutis nigris strigaque pos- tica obsoleta fulva. »

Eleus, selon Fabricius, habiterait en Allemagne. Quoique la forme mélanienne de PAlæas que nous rapportons à cet Æleus se rencontre surtout en Algérie et dans l'extrême sud de la France, elle se trouve aussi, mais plus rarement, dans les contrées plus boréales du Continent européen. C’est ainsi que j'ai pris à Cancale, au bord de la Manche, la forme Æleus aussi caractérisée qu’à Vernet- les-Bains, à Sebdou, en Corse ou à Digne. Je la possède d’An- gleterre encore bien plus nettement accentuée; c’est une GNde la coll. J. A. Clark, prise à New-Forest, presque entièrement noire en dessus; elle n’a conservé qu'une lueur d'un rouge doré près de la base des supérieures; en outre, j'ai trouvé dans les collections dont J'ai fait mention ci-dessus, quelques individus @' faisant une transition à Æleus et s'en rapprochant assez sensiblement.

Stygianus, Butler (P. Z. S. of London, 1880; PL XXXIX, fig. 5), est assez différent d'Æleus; c'est la forme obscure du nord- ouest de l'Himalaya.

Je dois observer encore que partout la génération printanière de Phlæas paraît distincte de la génération d'été. PAlæas-vernalis n’a pas de caudature aux ailes inférieures et PAlæeas-æstivus est bi- caudé; de plus PAlæas-vernalis a les ailes d’une couleur rouge feu bien plus vive et plus claire que PAleas-æstivus; celui-ci tend au mélanisme et devient le plus souvent Æleus.

Il y a éncore la race #rcicus, Gerhard’ (Pl 5: Ge na 00,16) qui se trouve fréquemment en Grèce et à Akbès. Je considère /#r- cicus, comme bien intimement lié à Æleus. Mais je dois dire que les figures de Gerhard, grossièrement exécutées comme toutes celles données par cet auteur, ne cadrent pas absolument avec ce que Je désigne sous le nom de /wrcicus.

Tutt signale enfin les variations du dessous des ailes auxquelles il donne les noms de : zfraextensa, discojuncta et infraradiata.

La chenille dévore les diverses espèces de 7#/71ex, ce pourquoi Tutt a créé le genre Rwmicia. Dans l’ouest de la France, on voit voler le papillon depuis les premiers beaux jours d'avril jusqu’à la

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fin d'octobre; 1l paraît un peu plus tôt et finit un peu plus tard selon les localités. Il se pose volontiers sur le sol et sur les fleurs des plantes qui ne sont pas très élevées au-dessus de terre.

Je juge inutile d'indiquer la patrie des PAlæas rangés dans ma collection au nombre de plus de mille exemplaires. J'ai déjà dit sur quelle énorme surface de la terre ce joli Polyommatus se trou- vait répandu. C’est une espèce dont l'extinction ne paraît pas devoir être prochaine.

Polyommatus Xanthe, Fab.

N'existe ni en Angleterre, ni en Algérie; généralement très commun au printemps et en été, dans les plaines de l'Europe continentale; habite aussi les hautes montagnes 1l éclôt une seule fois par an, en juillet et août.

Ma collection contient des exemplaires provenant de Rennes et Cancale; Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales); Digne; Uriage (Isère); Charroux (Vienne); Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne); forêt du Dom et Hyères (Var); Entrevaux (Basses-Alpes); Angou- lème; Nice; Dordogne; Lozère; Maine-et-Loire; Locarno (Suisse); Italie méridionale; environs de Madrid; Escorial (Espagne); Silésie; Halle-sur-Saale (Allemagne); Cauterets, Gèdre (Hautes- Pyrénées); Larche; Lanslebourg (Savoie); Chamonix; Levens et Madone-de-la-Fenestre (Alpes-Maritimes); prairie du Mont-Pelat et lac d’Allos.

Il y a en Europe trois races principales de Xanthe.

La race espagnole que j'ai appelée Bleusei. Le , au prin- temps, n’a pas les ailes inférieures caudées; 1l présente, sur le dessus de ses ailes supérieures, une large tache d'un jaune orangé vif, comme on le remarque sur les Q de nos plaines. Les 2 sexes, en été, ont les ailes caudées comme ?PAleas estival; le O' et la Q ont le fond des ailes supérieures en dessus, jaune et non brun.

J'ai fait figurer sous les n°° 66, 67 et 68 de la PI. 5 dela XX° Liv.

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des Æ£/udes d'Éntomologie, le G' et la Q Bleusei-æstivalis, d'après des exemplaires pris à l'Escorial à la fin de juillet 1870 et le & de Pleuser-vernalis, d'après un exemplaire pris par moi, en avril 1807, aux environs de Madrid, près de la route qui conduit au village d'El Pardo, alors que je chassais en compagnie de mes amis Gaston Allard, D. Laureano Perez Arcas et Serafin de Uhagon.

La race des hautes altitudes, chez laquelle le fond des ailes supérieures est noir en dessus, pour le C', comme pour la Q:1Cette race alpine a été appelée Montana, Meyer-Dürr et la Q a été figurée, sans nom, par Bellier de la Chavignerie, dans les Awnales Soc. ent. France (1859; PI 5; fig. 3), d'après un exemplaire pris à Larche (Basses-Alpes) et que J'ai sous les yeux. Voici ce que Bellier dit au sujet de ce Lépidoptère (/oc. cr. p. 188, 180) : « Taille de ?. Eurydice. Les quatre ailes d'un brun violacé et brillant sans aucune apparence de taches fauves. Les points noirs disposés comme chez le type, mais plus petits, plus arrondis et paraissant à la loupe très finement cerclés de jaune. Côte des ailes supérieures Jaune; frange des quatre ailes d’un blanc très pur nul- lement entrecoupée. Dessous d’un jaune grisâtre. Les points y sont également plus petits et il n'y a presque pas de lunules fauves. Je n’ai point vu à Larche le Xanthe ordinaire. Il semble y être remplacé par ce type qui est rare. Il paraît en même temps qu'£wry- dice et habite les mêmes localités. Je n'ai pris que des Q et Je ne puis malheureusement parler du Œ. La connaissance des deux sexes motiverait peut-être pour ce Polyommate, la création d'une espèce nouvelle; mais dans le doute, je préfère le rapporter comme variété de race à notre Xax/e, en appelant toutefois sur lui l’atten- tion des Lépidoptéristes. »

Le oO que Bellier ignorait en 1850, a le fond des ailes unifor- mément brun noir en dessus, avec des points d’un noir plus vif qui ressortent sur le fond très obscur des ailes et une frange d’un blanc très pur.

Le Xanthe montana se trouve en Savoie, dans les Hautes et Basses-Alpes et les Alpes-Maritimes à partir de 1,600 à 1,800 mètres d'altitude. Il n’a pas de caudature aux ailes inférieures.

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La race des plaines chez laquelle les deux sexes sont différents, tandis qu’en Castille et dans les Alpes, ils sont semblables entre eux. Mais on constate dans la race des plaines de l'Europe cen- trale comparée à celle de Castille et des hautes montagnes alpines, la particularité suivante : Le GO‘ des plaines ressemble à la © alpine et la Q des plaines ressemble au O' castillan.

Voici pour le Xanthe de l'Europe centrale, la description de Fabricius, dans Mantissa Insectorum, Hafniæ, 1787. Glossata, Clas. VI, p. 81 : « 731 P. P. K. X'anthe alis subintegris fuscis nigro punctatis : fascia marginali fulva, subtus lutescentibus : punctis numerosis. Papilio Xanthe Wien. Verz. 181. 6. Papilio Phocas, Esp. pap. tab. fig. Habitat in 7wwmice acetosa Dom. Schiffermyller. Minor. Alæ omnes fuscæ nigropunctatæ margi- neque tenuissime albo et ante marginem fasciola fulva nigro punc- tata. Subtus virescentes punctis numerosis ocellaribus nigris : an- ticis disco fulvo, posticis fasciola fulva, apice subemarginatis. Fœmina alis anticis supra disco fulvo nigro punctato. »

La race Xanthe des plaines d'Europe n’a pas les ailes plus caudées en été qu’au printemps; il n’y a donc que la race Bleuser- æstivalis de l'Escorial qui offre ce caractère.

La Q Xanthe a deux formes dans les plaines : le fond des ailes supérieures en dessus est entièrement d’un jaune orangé vif; Je fond des ailes est obscurci par un semis plus ou moins serré d’atomes noirs.

Chez nous, en Bretagne comme dans les Pyrénées-Orientales, comme à Digne, on trouve les deux formes Q, mais la forme à fond des ailes jaune orange est beaucoup plus abondante que la forme obscurcie.

Esper a représenté sous la fig. 2 de la Tab. XXXV, avec le nom de PAocas, la Q dont le fond des ailes supérieures, en dessus, est orangé et sous la fig. 1, le ©, dont les ailes en dessus, sont bordées d’un liséré orange; mais Esper intervertit les sexes et dans son texte, comme sur la figure 35, il appelle O' ce qui est la Q et vice-versa. Huebner sous les 334, 335 et 336, figure avec le nom de Circe, le G un peu plus obscur que le G (supposé Q)

108 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

représenté par Esper et la © dont le fond des ailes est très obscurct. La race obscure Q de Xanthe doit donc être distinguée de la race © jaune, par le nom de Cerce, secundum Huebner. Freyer donne, avec le même nom Czrce, sous les n°“ 3 et 4 de la Tab. 157, la figure des mêmes formes que Huebner a représentées, c'est-à- dire la Q obscurcie par le semis des atomes noirs. Lang figure très grossièrement, sous le nom de Dorilis, Hufnagel (PL XXI, fig. 3, 3, 3) le O' en dessus et en dessous et la Q jaune non obscurcie de noir, en dessus. Gerhard (PI. 10; fig. 1 4, 1 à, 1 c) représente le C et la © jaune, non obscurcie, avec le nom de Xan/e et (PI ro; fig. 2) il figure le dessous des ailes, d’une variété Canidia, Stentz, venant de Dalmatie, se distinguant par la teinte verdâtre du dessous des ailes. « Diese Var. unterscheidet sich durch die gruen- liche Unterseite, sonst ist sie ganz gezeichnet wie Xanthe. »

Xanthe offre les aberrations suivantes qu'on pourrait appeler régulières, puisqu'elles émanent d'une loi qui atteint les diverses espèces du genre Polyommatus.

7adiala.

J'ai pris dans une prairie, en mai, tout près de l'étang des an- ciennes forges dites : de la Vallée, non loin de la forêt de Rennes, un Œ' rayonné en dessous et J'ai acquis une © de Silésie, également rayonnée. Je fais figurer ces deux A0. radiata sous les n% 332 et 333 de la PI XLIII du présent ouvrage.

Je possède une Q de Breslau, subradiata, ayant, en dessous, tous les points noirs plus gros et plus allongés et formant de chaque côté des ailes et sur chaque aile, une série arquée de points noirs très prononcés. Aux ailes inférieures notamment, les 2 rangs de points noirs submarginaux confluent dans le sens de la longueur : celui qui surmonte les taches rouges intranervurales marginales se

joignant à la rangée extracellulaire.

purpureo punctata, Wheeler.

Comme ?Alæas, Xanthe peut offrir sur le dessus de ses ailes inférieures, une rangée submarginale de points bleuâtres.

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cuneifera.

Les taches noires des ailes supérieures en dessus, peuvent se développer en longues larmes dont la pointe est dirigée vers la base des ailes. J'ai pris à Rennes, en été, une Q cuneifera et à Cancale un G' présentant la même variation (©, PI XLIIT, fig. 335).

En outre de ces Aberrations, les ailes du dessus chez le peuvent être plus ou moins lisérées d’orangé; la teinte du dessous des ailes peut être plus ou moins vive et les taches noires plus ou moins développées.

Il me reste à faire connaître les variations en sens opposé aux- quelles le CG Xanthe peut être soumis, aux environs de Rennes. Je n'ai pas remarqué dans les autres localités J'ai recueilh Xaufke, la même variabilité. Il peut donc arriver à Rennes que le G' ait le disque des ailes supérieures assez fortement lavé de Jaune, se rapprochant ainsi de Bleusei et inversement que le G' ait le fond des ailes d’un brun noirâtre très profond, avec la frange très blanche, se rapprochant alors de #ontana. Toute bordure orangée, dans ce cas, a disparu sur le dessus des ailes. J'ai appelé la variété d' à fond des ailes jaunâtre : Monterfilensis, du nom du pitto- resque pays je l’ai plusieurs fois capturée (PI. XLIIT; fig. 334). Quant à l’autre, rien ne la distingue effectivement de #ontana qui conserve pourtant le fond de ses ailes, en dessus, d’une teinte

noire plus pure et un peu moins rembrunie.

M. de Peyerimhoff, dans l’Appendice à la publication du Catalogue des Lépidoptères d'Alsace, a décrit l'Ab. Xanthoides, chez laquelle les taches noires, sur le disque des ailes, sont beau- coup plus marquées et le fond du dessous est d'un gris mat, au lieu d’être d'un gris jaunâtre. La capture de Xanthoïdes fut faite fin de mai au Kastenwald.

De tout ceci, il résulte que la nomenclature du Polyommatus

Xanthe peut être établie comme suit

110 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Xanthe, Fab. (Phocas, Esper). Plaines et montagnes de l’Europe centrale. forma geographica alpina : montana, Meyer-Dürr : S' Q supra alis totis nigris, Alpes, au-dessus de 1,600 mètres. 2* forma geographica castillana : Bleuser, Obthr, Castille. vernalis, G' alis super. supra aurantiacis; | æstivalis ©, Q alis super. supra flavescentibus; O, © alis inferior. caudatis.

Ab. Q obscurior : Czrce, Huebner (335, 330).

© subtus griseoviridescens : Canidia, Stentz;, Gerhard, Dalmatie.

d' maculis nigris supra bene notatis;, subtus grisescens : Xanthoides, de Peyerimhoff, Alsace.

d, Q subtus radiata, vel subradiata : radiata, Obthr. subradiata, Obthr.

d, Q alis infer. supra punctis minutis cærulescentibus : purpureo punctata, WNheeler.

6 d, Q maculis nigris alar. super. guttato-elongatis : cunei- fera, Obthr.

Œ' alis super. supra flavescentibus : Monterflensis, Obthr. Env. de Rennes.

Les exemplaires d'Asie-Mineure que je possède, ne me semblent pas mériter un nom spécial : orientalis Stgr. Ils ne diffèrent pas des exemplaires européens. Les Q orientales appartiennent tout simplement à la forme Czrce, Huebner.

Le Polyommatus Xanthe est un papillon très vif, qui affectionne les prairies; il aime à voltiger au-dessus des fleurs des prés, sur lesquelles il se repose de temps en temps. Il ne s'éloigne guère des lieux il est né. Partout j'ai chassé en France, j'ai trouvé Xanthe; à Cauterets, il n'y éclôt sans doute qu'une fois par an,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE TI

en Juillet; la race de Cauterets n'appartient pas à la forme #ou- tana; sur les flancs de la montagne du Péguère Jje l’ai capturée, elle est semblable à la forme des plaines.

Il est surprenant que X'anfhe ne se rencontre pas en Angleterre, alors qu'il habite vis-à-vis, sur les falaises de la côte malouine, et qu'il s'avance dans l'Allemagne, assez loin vers le Nord. Sans doute, Xanthe aura habité jadis l'Angleterre? Mais il y aura été détruit, comme tant d’autres espèces de Lépidoptères l'ont déjà été ou le seront un peu plus tard dans la grande Ile. En France, c'est encore une espèce très abondamment et très généralement répandue.

Polyommatus Amphidamas, Esper.

L'Amphidamas a été figuré par Esper, sous le 4 de la Tab. LVIIL Il a été aussi représenté par Iluebner, avec le nom de elle, sous les 331, 332 et 333. Ce n’est point une espèce de l'Europe occidentale; Amphidamas habite la Sibérie, la Laponie, la Prusse, la Saxe; cependant on l'a rencontré dans le Jura bernois et en France, dans le département du Doubs. Je suis redevable à M. François Jeunet, de Besançon, de deux exemplaires français de cette gracieuse petite espèce.

La Franche-Comté qui avoisine l'Alsace est, comme cette pro- vince, extrêmement intéressante pour ses productions naturelles, notamment pour sa faune entomologique qui est fort riche; et de même qu'en Alsace, il y a en Franche-Comté, un assez grand nombre d'amis très ardents de l'Histoire naturelle. À Besançon, notamment, résident plusieurs Lépidoptéristes très zélés qui ont attentivement exploré leur pittoresque pays. Ils ont d’ailleurs le mérite d'apporter dans leurs recherches, une persévérance laborieuse et une sagacité qui ne pouvaient manquer de leur valoir le succès. MM. François Jeunet et René Fritsch sont au premier rang de ces chasseurs consciencieux qui ne reculent devant aucune fatigue, ni aucun effort. Ils sont fort obligeants et je leur porte une gratitude très

sincère pour les communications utiles dont je leur suis redevable.

112 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Le Polyommatus Helle du département du Doubs, ressemble tout à fait à celui du Jura bernois. Le Œ présente deux formes, l'une qui a le fond des ailes supérieures d’un violet à peu près uniforme, et l’autre qui présente sur le disque des ailes supérieures une éclaircie d’un rouge aurore sur laquelle se détachent très bien les points noirs cellulaires et la rangée courbe extracellulaire des petites taches intranervurales noirâtres qui transparaissent du dessous. Cette forme du GO‘ à disque aurore, se rapproche de la forme © normale.

J'ignore si elle a été distinguée par un nom; J'ai été inhabile à le découvrir. Wheeler dit qu'Amphidamas est une espèce de mon- tagne; 4l lui donne pour localités en Suisse, la pente occidentale du Moléson, dans les prairies marécageuses, en juin; Villard-sur- Clarens; la pente des rochers de Nayes, près Caux; la vallée de Tinière et Villars-sur-Gryon;, Stockhornthal; Pas-de-Cheville; Tramelan; Hasliberg; Justisthal; Pilatus; l'Alp d'Emsig; Ober- Gurnigel.

M. Frédéric de Rougemont, dans le Catalogue des Lépidoptères du Jura neuchâätelois, dit (p. 19) que M. Guédat trouve elle (Amplidamas) en grande quantité, à l'étang de la Gruyère, au commencement de juillet et qu'on le rencontre aussi dans tous les marais avoisinant Tramelan.

Feu le chanoine Favre ne signale Awphidamas qu'au col de Cheville et dans les environs de la Gemmi; mais il déclare n’avoir jamais rencontré l'espèce dans ses chasses. Il en est ainsi pour moi; jamais je n'ai vu le Polyommatus Amphidamas vivant.

Polyommatus Gordius, Sulzer.

Dans l'ouvrage publié à Winterthur, en 1776, sous le titre : Dr Sulzers abgekuerste Geschichte der Insecten nach dem Linneis- chen System, se trouve figurée sous les 7 et 8 de la Tab. XVIII, avec le nom de Gordius, une Q dont la taille est extraordinairement

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 112

développée. Jamais je n'ai vu un exemplaire de Gordius aussi grand (*).

La description est ainsi conçue : « Gordius. Etwas gezaehnte rothgelbe Fluegel, mit schwarzem Saume und Flecken, die unten einen grauen Rand haben. Die Hinterfluegel sind unten grau, der hinter Rand gelb. Aus Buendten. » Cette diagnose est bien courte et bien abrégée; sans la figure à l'appui, elle serait lettre morte; mais la représentation de Gordius, donnée par Sulzer, malgré une coupe d'ailes inexacte, ne laisse pas de doute, quant à l'identifica- tion de l'espèce. Huebner a donné des figures passables sous les 343 O, 344 et 345 Q. Quant à Esper, il a copié la figure de l'ouvrage de Sulzer, sous les 34 et 3% de la Tab. XXX. D'ailleurs il a la probité de dire qu'il a fait un emprunt à l’ou- vrage de M. Sulzer (p. 327) : « Ich habe ihn aus dem Werke des Herrn Sulzers entlehnt. » Le dit Esper ne représente une Q vue par lui en nature, que sous le n°4 de la Tab. LXXVII et le ©, sous la fig. 4 de la Tab. XCIV. Gerhard a figuré Gordius Set ©, sous les n°4, 10, 1c dela PI. 0;

Dans la XX° livraison des Etudes d'Entomologie, J'ai moi-même fait paraître sous les 78 et 70 de la PL 5, des figures très bien exécutées par M. Dallongeville, représentant en dessous, un C' subtus-fere-radiata et une © subtus-minus-punctata. Aux pages 10 et II, j'ai écrit une notice sur diverses variations de Gordius; puis dans le Bulletin Soc. ent. France, 1906, p. 25 et 26, j'ai ajouté quelques Observations sur les variations du Polyommatus Gordius.

(#) Gordius, père de Midas, avait un chariot dont le joug était attaché au timon par un nœud d'écorce de cornouiller si artistement entrelacé qu’on n’en - pouvait découvrir les houts.

Un oracle avait déclaré que celui qui pourrait le délier aurait l'empire de l'Asie. Alexandre-le-Grand, roi de Macédoine, se trouvant en Phrygie, dans la ville de Gordine, ancien séjour du roi Midas, eut envie de voir le chariot était attaché le nœud gordien; et, s'étant persuadé que la promesse de l’oracle le regardait, il fit plusieurs tentatives pour le délier; mais n'ayant pu y réussir et craignant que ses soldats n’en tirassent un mauvais augure, il n'importe, dit-il, comment on le dénoue; et l’ayant coupé avec son épée, il éluda ou accomplit l’oracle (Diciion. de la Fable, par Fr. Noël. Paris, An XIII-1805).

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114 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

J'ai cité un Gordius Œ, à fond des ailes blanchâtre, portant l’éti- quette : Graubiinden, ce qui est la désignation allemande du canton des Grisons, en Suisse. Je fais représenter ce papillon sous le 247 de la PI XXXVIII de cet ouvrage, avec le nom : albescens. Il faisait, je pense, partie de la collection Wiskott.

De plus, je constate la fréquence à Digne d’une variété à ten- dance définitive et se renouvelant chaque année, caractérisée par l'absence de points noirs en dessous; j'ai appelé cette variété diniensis; elle est également figurée sous le 245 de la PI XXXVIII.

Au contraire de ce qui se passe dans les Basses-Alpes, on remarque aux Pyrénées la tendance du Polyommatus Gordius à avoir les taches noires très développées. Je fais figurer avec le nom de Rondoui, sous le 246 de la PL XXXVIII, un très bel exemple de rayonnement des taches noires, provenant de Gèdre (Hautes-Pyrénées). Je suis redevable de cet exemplaire magnifique à la générosité de mon ami Rondou.

J'ai fait figurer en outre, sous le 248, un Gordius ©, de la Sierra-Nevada, que j'appelle Mevadensis et une paire de Gordius, pris en Sicile, dans les Monts Madonie, par Bellier, et que je désigne sous le nom de Bellieri (PL XXXVIII; fig. 249 et 250).

Gordius se trouve dans le Valais; M. Fabresse l’a rapporté de son voyage dans l'Italie méridionale. I] a pris 2 Q au Mont Majella, au commencement d'août 1007.

J'ai déjà cité dans le Bulletin Soc. ent. France, 1006, les localités françaises d’où j'ai pu obtenir Gordius; ce sont : Limoges; Florac; Pont-du-Gard; Hyères; Vernet-les-Bains; Cauterets; Gèdre; Digne; Larche; Uriage; Marseille et quelques points des Alpes- Maritimes la race est magnifique. Gordius n'existe ni en Angle- terre, ni en Algérie. Je l’ai pris dès la fin de mai, à Vernet-les- Bains, mais exceptionnellement, à cette date précoce. L’éclosion de Gordius a surtout lieu en juin et juillet. C’est une très jolie espèce, mais que je n'ai jamais vue très abondante en individus.

Vers l’est, Gordius modifie ses couleurs en les assombrissant ; il revêt alors la forme Ætere, Fabr. qui habite en Alsace les pâtu-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 115

rages élevés des Vosges et les bois arides de la plaine (Cazal. de Peyerimhoff; p. 14) et dans les Vosges, à Plombières, feu de Graslin l’a pris le 11 juillet. Esper a figuré Æ2ere, sous le nom de 2520106 (Tab. LXII ©, fig. 2; Tab LXXVIIL ©, ñg. 6). Le même auteur avait déjà figuré le G' avec le nom d'7:ppothoë var. sous le 5 de la Tab. XXXV. Quant à Huebner, il a bien figuré les deux sexes en dessus et en dessous, avec le nom de Lampetie, sous les n* 356, 357, 358 et 350.

Les Q Aüiere varient pour le dessus de leurs ailes qui sont tantôt d'un brun uniforme en dessus, avec une simple ligne maculaire orangée, le long du bord des inférieures, et tantôt avec une éclaircie fauve orangé plus ou moins étendue sur les supérieures, dans l’espace cellulaire et au delà vers le bord terminal, var. z#/ermedia, Stefanelli. La liture maculaire, submarginale, orangée, des ailes inférieures est quelquefois surmontée d'une rangée d’atomes bleus. Quant aux ©, la variation en dessus, porte surtout sur les ailes inférieures qui offrent le plus souvent, près du bord costal, une éclaircie d’un rouge aurore plus ou moins étendue et prononcée. Enfin les taches noires du dessous varient beaucoup de grosseur.

Hiere donne une variété dépourvue de points noirs en dessous, conforme à la Déniensis de Gordius. J'en possède une © d'Alle- magne. Herrich-Schaeffer a figuré, sous le 356, un C' de cette variété. Je lui ai donné le nom d'Æerrichi. Gerhard a copié la figure publiée par Herrich-Schaeffer; mais il l’a changée de côté. Son coloriage est mal réussi. Il a représenté Azere C' et Q sous

les a 4,b4 et c 4 de la PI 8.

Staudinger a donné le nom de Welibœus à la race de Grèce et d'Asie-Mineure. Melibœus est