are Patte d 4 …_. RES tr Le > x Ron on SA nd rl D D gt eo 0 08 Spa - « PR PES enr RER agir à NE Re EL 1/8 A tm ARE ME - lt AR RE de 0 nd rM SIP PR Ale Mr a ME mn-he : en = PS RS 4 CPR De on gd Th dm A nd un Matte es md Ph do De Ro ho SR

*] Al & ni '

_ ee

U. S. NATIONAL MUSEUM

LIBRARY OF Henry Guernsey Hubbard

Eugene Amandus Schwarz 1

DONATED IN 1902

ACCESSION NO. FA = LE Cal LES CSS

Ur ( ! L L (l di [ [ 4 MT. L ñ t on RH | À LE : Il Ur W [ TETE {l 1 1 a | LU \ : | \L | fe à l { LT \ : ni J ñ û Le

ANNALES

DE LA

SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE

DE FRANCE

ro

ti

| ue

ANNALES

DE LA

SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE

DE FRANCE

Quatrième série.

TOME PREMIER

PARIS

AU BUREAU DU TRÉSORIER DE LA SOCIÉTÉ rue de Vaugirard, 16.

———

1561

ARTICLE 38 DU RÈGLEMENT. Les opinions émises dans les ANNALES de la Société sont exclusivement propres à leurs auteurs. La Société n'entend aucunement en assumer la responsabilité.

PARIS, Typographie FÉLIX MALTESTE sr Ce, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur, 2?.

ANNALES

DE La

SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE DE FRANCE

NOTICES ENTOMOLOGIQUES

Par M. LÉON DUFOUR, Président honoraire.

(Séance du 9 mai 1860.)

J. Sur L'EPEIRA SERICEA ET LE POMPILUS CROCEICORNIS,

AVEC QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LEUR HABITAT GÉOGRAPHIQUE,

Mon fils, Gustave Dufour, médecin-major dans l'expédition de Chine, à bord du Calvados, ayant relâché, en décembre 1859, vingt-quatre heures à Saint-Vincent, l’une des îles du Cap-Vert, eut l'heureuse chance, dans une rapide exploration, d'y rencontrer l'Epeira sericea et le Pompilus crocei- cornis. Plus tard, dans une station au cap de Bonne-Espérance, il m'en transmit les figures, dues à l’habile pinceau de son confrère le docteur Champenois. Cette Arachnide et cet Hyménoptère, qui étaient pour moi de vieilles connaissances européennes, ont excité mon intérêt à plus d’un titre, et je ne puis résister à traduire cet intérêt par quelques lignes. Ils ont, indépendamment du sentiment que j'y rattache, une valeur de science sous le rapport de la géographie entomologique. Enfin, entrainé par mon sujet, je me suis laissé aller à en publier les diagnoses et les figures que j'avais en portefeuille depuis bien des années.

EPEIRA SERICEA (PI. 1, fig. 1-9, @.). Aranca sericea Oliv. Enc, Méth., 2.—Aranea sericea Savigny, Egypte Apt., pl. 2, fig. 6. Argen- Leo-sericea; cephalothorace immaculalo obovato, vix convexo ; abdomine subdepresso late suborbiculato, glabro, utrinque lobato mammoso, lobis nigro vartis ; ventre obscure viridi luteoque marmoralo; pedibus graci- libus, altenuatis, nigrescentibus pallido annulatis, vel pallidis nigro annu- latis, pilosellis, Long. 7 lin.

6 LÉON DUFOUR,

Hab, in dumetis Hispaniæ, in Gallo-Provincia, in Senegallia, in Ægypto, tn Algiria, in insula Saint-Vincent archipelagi Cap-Vert.

Céphalothorax fort petit comparativement à l'ampleur de labdomen, Celui-ci d’un blanc d'ivoire, offrant en dessus quelques variations de cou-

leur sans valeur spécifique ; plus lavé de jaune dans les individus de Saint-

Vincent. Lobes mamelonnés, plus prononcés dans la moitié postérieure de l'abdomen. Sur l'animal vivant quatre paires de points ombiliqués rangés sur deux lignes subparallèles. Ces points, comme je l'ai fait connaître par la dissection d’un grand nombre d’Arachnides, ne sont que les points d’at- tache des muscles perforants. Cinq filières grosses et groupées concentri- quement. A la base ventrale, à la vulve proprement dite, se voit une épine en crochet inaperçue par mes devanciers et qui rappelle celle de mon Epeira spinivulva.

L'Epeira sericea Se lisse en automne, comme l'E, fasciata, et dans les buissons, un filet vertical l’on trouve des Acridium emmaillotés, destinés à sa nourriture. On ne connaît point le mâle qui, je le présume, est plus petit que la femelle et d’une configuration différente,

Olivier découvrit le premier cette curieuse Araignée dans la Provence. 1] avait vue aussi dans la collection de Geoffroy de Villeneuve comme pro- venant du Sénégal. En septembre 1809 et 1810, je la rencontrai soit aux environs de Tudela, en Navarre, soit à Mora de Ebro dans la basse Cata- logne. Un dessin de cette dernière date la représentait fidèlement, mais j'ai donné la préférence au portrait colorié de l'heureux pinceau de Mieg, qui avait aussi trouvé cette Épeire aux environs de Madrid, Savigny l’a représentée dans le bel atlas d'Égypte. D’après M. H. Lucas (Arachn. de l'Algérie, p. 247), elle est assez fréquente dans diverses provinces de l'Afrique française. Enfin, comme je l'ai déjà dit, mon fils l’a tout récem- ment saisie dans les fourrés de Tamarix de l'ile Saint-Vincent du Cap-Vert, localité très voisine du Sénégal, ce qui justifie ce dernier habitat indiqué par Olivier, en même temps que l'identité de l’espèce. De ces diverses sta- tions il faut conclure que l’Epeira sericea appartient à la région de l'olivier d'Europe et à la zone australe des diverses latitudes de l'Afrique.

L'esprit humain, qui ne cesse jamais de courir après les explications et les causes finales, pourrait bien se demander comment cette bestiole aptère, lourde et d’une structure si peu résistante, a pu se transférer sans rien perdre de son type primordial dans des contrées séparées par de si vastes étendues de mer. Ici l'imagination, pour peu qu’elle soit aventureuse, s’élance dans les grandes catastrophes qui à d’immémoriales époques ont bouleversé le globe avant la formation accidentelle de la Méditerranée. La continuité du sol de l’Europe avec celui de l'Afrique, prouvée par des faits géologiques et botaniques, a bien pu permettre à notre Épeire, et à ses

Epeira sericea et Pompilus croceicornis. 7

congénères thermophiles, d'arriver à pied, par des étapes qui ont se multiplier pendant des milliers d'années, des bords du Nil et du Sénégal en Espagne ou en Provence et vice versa. J’arrête mes conjectures.

POMPILUS CROGEICORNIS (PI, 4, fig. 3) Klug, (ex Spinola), Niger, antennis flavissimis ; clypeo, genis, ore, palpis, antennarumque scapo piceo rufescentibus; metathoracis striis transversis parallelis; alis atro-cœruleo micantibus ; abdomine nigro cærulescente., Long. 7-8 lin,

Hab. in Hispania Matritum circa (Graells, Mieg) ; èn Italia (Max, Spi- nola) ; ên énsula Saint-Vincent archipelagi Cap-Vert (G. Dufour).

Diagnose parfaitement applicable aux deux sexes, Femelle, comme d’or- dinaire, plus grande, plus grosse, plus forte que le mâle. Celui-ci a le bout de l'abdomen plus hérissé de poils. Ailes à teinte gros bleu, brillante, analogue à celle des ailes du Xylocopa violacea, sans aucun reflet violet. Abdomen à nuance bleuâtre. Pattes d’un noir mat,

Le Pompilus croceicornis Klug, dont la dénomination m'a été donnée, ainsi que l’insecte, par l’illustre Spinola, n’a rien de safrané dans le jaune des antennes. IL n’est mentionné ni dans Fabricius, ni dans Lepeletier, ni dans l'Atlas d'Égypte, ni dans celui de l'Algérie, ni dans le savant répertoire de Dahlbom (Sphecidæ 1842).

Ici, le mode de transmigration de l’Europe aux rivages de l'Afrique équatoriale, et de ceux-ci en Espagne et en Italie, est d’une explication plus facile, plus rationnelle, vu la locomobilité active et le vol rapide de ce vibratile hyménoptère.

I, SuR L'EUCHALCIS MIEGI,

NOUVEAU GENRE ET NOUVELLE ESPÈCE DE CHALCIDITE ET SUR QUELQUES AUTRES HYMÉNOPTÈRES DE CE MÊME GENRE.

Latreille, dont le tact entomologique se révèle dans tous ses écrits, avait établi, pour l'étude des espèces du genre Chalcis, plusieurs divisions deve- nues depuis l’occasion de la formation de genres particuliers. Dans une de ces divisions il avait placé son Chalcis Dargelasii, et c’est dans cette même division qu'il faut ranger et le Chalcidite nouveau, qui est le sujet principal de mon écrit, et d’autres espèces que je désignerai bientôt,

8 LÉON DUFOUR.

Genus EUCHALCIS.

CHARACTERES GENERICI, Antlennæ thoracis longiludine, graciles, setaceæ, fraclæ, os versus insertæ, 11 articulatæ, articulis oblongis, arctè junctis, scapo capitis longitudine. Prothorax grandis. Scutellum proemi- nens, apice bidentatum. Abdomen sessile, conicum, oviscapto brevi, bila- mellato. Tibiæ posticæ arcuatæ, spinulis 2? terminatæ. Femora posteriora incrassata. Ale haud areolate.

Huc spectant Chalcidites : Dargelasit Latr.; bimaculata Fabr. ; tenui- cornis, denticornis, nebulosa, Boy. Fonscol., Ann. Sc. Nat. 1832-18/40 ; Miegii, hematomera, vetusta Duf. ; Thorymus albo-maculatus Luc.

EucHALCIS MIEGr1 Duf, (PI 1, fig. 4, 5, 6,7.) —Q. Magna, nigra; thoracis dorso scutelloque rubro-ferrugineis, fortiter scabroso punctatissi- mis; tegula rufa; mesothoracis macula antica nigra; melathorace nigro lateribus inœquè bispinosis, medio irregulariter reticulato ; abdomine nigro, levissimo ; penullimo segmento sericeo villoso; pedibus penitus nigris griseo sericeo pubescentibus ; femoribus posticis ovatis subtüs dente unico munitis; alis fumoso-nebulosis, basi clarioribus. Long. k lin.

Hab, in Hispaniæ campo Matritense (Mieg).

Tête et thorax chagrinés par de gros points enfoncés ; abdomen lisse, luisant, un peu ponctué. Antennes fortement coudées, fort grèles d’un bout à l’autre, insérées derrière un petit tubercule presque contigu aux mandibules; le scape logé dans une excavation de la face. Il faut une forte loupe et bien éclairée pour constater les articles de ces antennes, tant ils sont étroitement serrés; le dernier, à peine un peu plus court que ceux qui le précèdent. Parois latérales du thorax (pleuræ) noires, avec un duvet brillant, Celui-ci, dans l'individu que j'ai sous les yeux, forme un trait de chaque côté du second segment de l'abdomen, et le pénultième de ces segments a une villosité de cette espèce interrompue au milieu. Prothorax aussi grand que le mésothorax, Oviducte d’un quart de ligne de long , glabre, composé de deux lames adossées par leur face concave, et biarticulées.

Je ne possède qu’un seul individu, c'est une femelle, du rare Euchalcis Miegii, et c'est pour moi un bonheur, en même temps qu'un devoir de le dédier à celui qui l’a découvert et qui l’a immortalisé par un vivant portrait. Il a partagé généreusement avec moi les deux individus de sa collection.

Je recommande inslamment aux entomologistes espagnols, de compléter

Euchalcis Micqii, rte. 9

l'histoire de cet insecte, de nous faire connaître le sexe mâle, et de scruter l’origine, les mélamorphoses des hyménoptères de ce groupe, Je soupçonne que le Miegii pourrait être parasite des nids de Guêpe ou d’un genre voisin,

EUCHALCIS HEMATOMERA Duf, (PI. 4, fig. 8-10). ®. Nigra, capile thoraceque subtiliter punctatis ; scutello apice producto subbidentato ; tegulis rufescentibus ; alarum ante apicem nubecula fumosæ transversa vage determinata; nervo costali pallido; abdomine sessilè, conico, nigro, nitido, impunctato ; oviscapto concolore, longiusculo; pedibus coxisque nigris ; posteriorum femoribus, sublus denticulatis, tibiisque rubidis, Long. 3 1/2 lin.

Hab. Matriti (Mieg).

C’est toute la physionomie du précédent, toute sa structure générique, mais son oviscapte est comparativement plus long et moins droit. Les Chalcis tenuicornis et vicina de Boyer de Fonscolombe (Ann. Sc. Nat. {. 26, p. 278) ont aussi les cuisses postérieures rouges ou ferrugineuses comme l’Acmalomera, mais en diffèrent par plusieurs caractères saillants.

Obs. Je ne possède point cette espèce dans ma collection, et ma diag- nose est fondée presqu'exclusivement sur la figure et sur quelques rares documents fournis par Mieg.

EUCHALCIS VETUSTA Duf, —Ah'a, nitida, subtiliter punctata ; capite subtriangulare; scutello convexo subrotundato acute bispinoso ; metatho- race, utrinque bispinuloso, albo-sericeo punctalo; tequla rufa; alis fumosis, basi punctoque in medio subcostali, diaphanis ; abdomine conico, acutissimo, subtrigono, levi, ferrugineo, apice nigro; pedibus nigris, tarsis fuscescentibus:; femoribus posticis subtus ad basim obtuse bidentatis, Long. 3 lin.

Mense martio 1811 capicham hanc speciem Zaragoza circa.

Cette espèce d’Euchalcis, dont j'ai conservé une description suffi- samment détaillée, n’est plus en mon pouvoir. Elle passa en 1815 dans la collection de Latreille, et de je ne sais où. Elle a tous les caractères indiqués dans le signalement générique. |

Obs. Le Thorymus albo-maculatus Luc. Hymén. Algér. (PI. 48, fig, 5) appartient sans nul doute au genre Euchalcis, et se rapproche beaucoup de notre vetustla, qui en diffère spécifiquement,

EucHALCIS DARGELASIH. Chalcis Dargelasii Latr., Hist, Nat. Ins. tom. 13, p. 221, 9. Afra, albido micante, vage pubescens ; capile sub- triangulare thoraceque fortiler punctatis; prothorace magno ; meso- thoracis utlrinque luberculo nilido; tequla nigra margine fuscescente;

10 LÉON DUuFOUR.

scutello convexo apice bifido; metathorace rugoso, longitudinaliter quadri- costalo, utrinque bispinuloso ; abdomine conico-triquetro, brevi, levi, nitido, lateribus pubescentibus ; alis diaphanis calo subvirqulato fusco ; pedibus nigris, geniculis tarsisque pallide rufis ; posteriorum femoribus cum coxis rubro-ferrugineis, sublus obtusè bidentatis, tibiis nigris . Paulo minor, antennis brevioribus crassioribusque ; abdomine ovato- obtuso ; femoribus posticis ad basim coxisque nigris, Long. 2 1/2 lin,

Sat frequens in dumetis sabuletorum, pinetisque Galliæ meridionalis occidentalis, nec non Matriti 1854,

Le signalement de cette espèce est tout à fait incomplet dans les auteurs, Les tubercules latéraux du mésothorax, bien différents de la tégule, sont moins lisses dans le mâle. La région médiane du ventre a une teinte roussâtre dans les deux sexes,

Obs. Il s’est glissé dans la synonymie de ce petit insecte, de regret- tables erreurs, que les exigences actuelles de la science me font un devoir de redresser.

Latreille, dans son immortel Genera, donne le Chalcis rufipes Oliv. (Enc. Méth. no 11, an. 1790), comme synonyme de son CG. Dargelasüi, publié en 1804. Il y a eu là, de la part de mon ancien Maitre et ami, ou lapsus de mémoire ou trop de précipitation. Examinons :

Olivier avait reçu de Latreille le Chalcis qu'il nomma rufipes. Or, cette épithète aurait d’abord ouvrir les yeux de Latreille et le tenir en garde contre cette identité spécifique.

Olivier justifie l’épithète en disant : « Les quatre pattes antérieures (on a mis postérieures par erreur typographique), sont d’un brun fauve avec la partie renflée des cuisses noire, »

Voyez-vous rien de semblable dans le Dargelasii? Non, Ces quatre pattes sont noires avec les genoux seuls roussâtres. Olivier dit encore : « Les pattes postérieures sont noires, avec les tarses et l'extrémité des jambes d’un brun fauve. Les cuisses postérieures sont renflées. » Mais ces jambes, dans le Dargelasii, sont précisément tout à fait noires, Quant à la couleur de ces grosses cuisses, d’un rouge ferrugineux qui saute aux yeux, Olivier n’eût pas manqué de la signaler si elle avait existé dans son espèce, et il a gardé le silence.

De cette brève dissertation je conclus que le Chalcis rufipes Oliv. est distinct, comme espèce, du C. Dargelasii Latr.

Et voyez encore comment les hommes qui possèdent au plus haut

degré le sens entomologique, peuvent se laisser entrainer aux plus graves erreurs. Latreille, par je ne sais quelle préoccupation, a donné à son Dar-

Euchalcis Miegii, vic,, Astata. 11

gelasii, le Synonyme du clavipes Rossi (Faun. Etr. 2, p. 58), el, remar- quez-le bien, Rossi cite extuellement la description de Fabricius. Ges mots femora postica valde elongata ne suflisaient-ils point pour convaincre Latreille de la fausseté de ce synonyme ? Or, une erreur émanée de si haut a la malheureuse conséquence de se répéter par écho dans tous les livres qui lui succèdent.

2 ———-

II. Sur uNE NOUVELLE ESPÈCE D’'ASTATA.

ASTATA MIEGI1 Duf, (PL 4, fig. 11 et 19).— 4@. Nigra, nitida, thoracis dorso scutelloque vage punctatis, tuberculo humerali albo flavescente ; tequla nigro fusca; abdominis levigali segmentis primis ferrugineo obscure mar- ginatis ; melathoracis dorso punctato-scabroso, sub lente substriato-crenu- lato; alis obscure fumosis ; pedibus nigris ; antennis piceo-nigris, sericeis. d. Vix paulo minor; color el punctuatio ut in femina ; lequla, nervi costalis alarum puncto, flavis; oculis rufofuscis coadunalis. Long. 4 lin.

Hab. in variis Hispaniæ regionibus ; Madrid (Mieg, Graëlls) ; Barce- lone (Gomendador) ; Ferrol (Seoane).

Elle à la grande taille de VA. abdominalis, et je ne la trouve point mentionnée dans mes auteurs. Dans les individus frais, le dessous de la tête et du thorax a une fine villosité grise qui s’efface dans ceux qui ont longtemps voltigé., Mais l'abdomen est toujours glabre et luisant, et quel- quefois, ce qui dépend du degré d’emboitement ou d’imbrication des segments, il n’y a que le premier de ceux-ci qui ait une bordure ferrugi- neuse, tandis que cette dernière s’observe souvent dans les trois premiers segments. Le dos du thorax et de l’écusson offre, comme dans l'A. boops, des points enfoncés assez clairsemés; la région dorsale du métathorax a une sculpture finement crénelée qui lui est commune avec celle du boops et qui diffère beaucoup de celle de léntermedia Dahlb.

Non seulement elle est du double plus petite que le Tachytes unicolor et atra Lepel. mais la troisième cellule cubitale de ce dernier est oblon- gue, étroite et incurvée, tandis que cette même cellule est subqua- drilatère dans l'A. Méegii, ainsi que le fait voir le dessin d’une aile plus grossie.

42 LÉON Durour.

IV. SUR UNE NOUVELLE ESPÈCE DE BEMBEX.

BEMBEX BIPUNCTATA Duf. (PI 4, fig. 43-45). , Niger, facie sericeo nitida; clypeo (sæpius nigro-bipunctato), labro, mandibulis (exceptis apicibus), genis, scapo flagellique primo articulo subtus, flavis ; protho- racis margine tenui pallide flavo in maculam humeralem desinente ; pectore pleurisque flavis nigro parce variegatis: tequla nigro fusca ; scutelli margine tenui flavo pallido ; metathorace utrinque puncto, rarius macula, flavis ; abdomine fasciis sex angustis subsinuatis, continuis, flavo pallidis ; segmento ultimo macula apicali flava, subgeminata ; ventre basi late flavo cum crista concolore uncinata ; penultimi segmenti nigri cristula marginali vix distinquenda; pedibus flavis, femoribus solis linea nigra : alis claris. Long. 8 lin.

[ab. in campo Matritense, Casa de campo, jul. 1854.

Obs. On voit parfois sur les segments qui suivent la crête sous-abdomi- nale, une large tache noire qui dans d’autres individus ne s'aperçoit que peu ou point, à cause de l’emboîtement des segments.

Sur trois mâles que je possède, l’un a les deux points noirs du chaperon aussi prononcés que dans la figure, l’autre a ces points extrêmement petits et dans le troisième il n’en existe aucun vestige.

@. Statura, prothorax ct antennæ maris, clypei margine (cum maculis duabus basilaribus subconfluentibus nigris), genis et puncto inter antennas, flavis ; pleuræ macula unica antica flava; tegula (cum puncto nigro) alarumque costa basi, flavis; metathorace utrinque puncto flavo ; abdo- minis fasciis quinque flexuosis, continuis, flavis ; ultimo segmento toto flavo, asperulo; ventre atro; segmentis ulrinque macula flava ; pedibus ut in mare. é

Obs. Je n'ai point la certitude authentique de la légitimité conjugale de ces deux sexes; je n'ai point surpris la nature sur le fait, mais j'ai été porté à ce rapprochement et par l'identité de la taille, des antennes, du prothorax et des pattes et par la similitude d'habitat, J'ai pris de ces femelles à Madrid, soit en 1808, soit en 1854, à Tudela en Navarre ; enfin, je l'ai trouvée à Saint-Sever, je n'ai point encore rencontré le mâle.

Cephus, Phalangopsis. 15

V. Sur uNE NOUVELLE ESPÈCE DE CEPHUS.

CEPHUS NIGRIPENNIS Sichel, Ann, Soc. Ent. Fr. 1860, p. 757 (1). (PI. 1, fig. 16). . Niger, facie sub antennis, ore, tibiis et tlarsis pedum ante- riorum et intermediorum , abdomineque flavissimis ; alis nigro opacis ; antennès anique appendicibus subulatis, nigris, Long. 6 lin.

Hab. in campo Matritense. (Mieg).

Obs, Cette jolie espèce diffère du même sexe de l’abdominalis Latr., parce que ce dernier a la tête entièrement noire et offre deux ou trois pe- tites taches de cette couleur aux derniers segments de l’abdomen.

J'ai aussi trouvé en Espagne les Cephus tabidus, CG. abdominalis Latr. et C. Idolon Spin.qui est, je crois, la même espèce que le C, flavicornis Luc. (Hymén. Algér. PI. 49, fig. 9).

VI. Sur uNE NOUVELLE ESPÈCE DE PHALANGOPSIS.

PHALANGOPSIS LINDERIT Duf. Q. Omnino aplera (larva?), alba, glabra ; segmentis dorsalibus postice fusco tenuiter marginatis ; oculis ovalo -oblongis , nigris, parum proeminentibus ; oviscapto albo dimidii abdominis haud longitudine ; femoribus posticis extus linea pallide fusca, unolatere lineolis oblique parallelis, notatis ; tibiis tarsisque vix obscurés. Long, 9 lin., oviscaplo computato.

Hab. in speluncis Pyrencorum-Orientalunr:; a Dom. Linder detecta,

Depuis quelques années, les entomologistes ayant presque épuisé les insectes qui vivent au grand jour, se sont enfoncés avec leurs yeux de Lynx et leurs torches enflammées, dans les profondeurs du sol, pour y

(4) Je croyais cette espèce nouvelle et je l'avais appelée Cephus flaviventris ; mais elle a été décrite par mon ami M. Sichel, qui vient de me communiquer la bonne feuille de l’article dans lequel il la fait connaître.

14 LÉON DUFOUR. Phalangopsis.

exploiter de nouveaux trésors scientifiques. Les grottes sont devenues, pour ainsi dire, à la mode.

Je n'ai point à m'occuper des nombreux Coléoptères, plus ou moins aveugles, qu’on y découvre chaque jour. Je me borne à signaler l'existence dans les grottes de nos Pyrénées-Orientales, d’une nouvelle espèce d’Or- thoptère du genre Phalangopsis de Serville, que vient tout récemment d'en exhumer notre infatigable collègue et mon ami M. Linder. Grâce à lui, nous n'avons plus à envier aux célèbres grottes d’Adelsberg en Hlyrie, leur privilége d’un Phalangospis et nous pouvons, avec quelque orgueil, opposer au PA. cavicola de Kollar notre Ph. Linderii, nom que l'amitié, la gratitude et la justice ont attaché à ce nouveau domicilié des ténèbres,

Malgré l'existence d’un oviscapte composé de quatre lames, comme celui des autres Phalangopsis, je crois, vu la privation absolue de tout vestige d’élytre, que ce Gryllonien est encore à l’état de larve et que ma diagnose, formulée avec quelque hésitation, devra subir d'importantes modifications lorsqu'on aura occasion d'observer le parfait développement de cet insecte. En attendant, c’est un service rendu à la science que de signaler cette espèce, ne füt-elle que dans l'enfance, et d’éveiller sur ce point l'attention des scrutateurs des grottes.

L'aspect de cet Orthoptère blanc, tendre et fragile, fait naître l’idée d'un rapprochement, qui n’est pas sans réalité quant à l'appréciation des causes, c’est le souvenir de la chicorée blanche de nos tables, qui acquiert sa couleur et sa tendreté par l'absence de la lumière.

Le Phalangopsis Linderit réunit les caractères du genre créé par Serville, et il diffère, comme espèce, du Ph. cavicola Koll., dont j'ai sous les yeux les deux sexes, obligeamment donnés par mon ami le docteur Giraud de Vienne.

Les yeux plus oblongs et moins saillants que ceux du cavicola, sont d’un noir mat et n'offrent à une puissante loupe qu’un pointillé fort exigu, sans aspect réticulaire, Ce qui me fait présumer que la fonction visuelle est à peu près nulle. On voit sur le vertex deux petites mouche- tures brunes, presque contiguës qui tiennent la place des ocelles ou futurs ou vesligiaires, ou oblitérés. Ces ocelles dans le cavicola occupent les côtés d’une petite crête frontale.

Les palpes maxillaires, beaucoup plus longs que les labiaux, ont leur dernier article en massue, comme dans le cavicola, tandis que les deux précédents se terminent brusquement en un bouton obrond qui ne s’ob- serve point dans le Ph, cavicola,

en) 00 QE

LETTRE À LA SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE DE FRANCE Par M. LÉON DUFOUR,

Au sujet de sa nomination à la Présidence honoraire,

a,

Séance du 23 Janvier 1861.)

Chers et bienveillants Collègues,

Quand on touche au terme de sa longue vie scientifique, et qu’on se voit inopinément élevé à une haute dignité, deux sentiments surgissent de cet insigne honneur, celui d’une surprise inespérée et celui d’une vive reconnaissance.

En succédant à mon illustre ami Duméril, dans un poste qu'il occupait si dignement, j'envisage son legs de la doyenneté comme le principal titre à vos suffrages; Car mon âge, mon éloignement laissent encore ce poste inoccupé. Toutefois, chers Collègues, votre vétéran et lointain Président honoraire, ne renonce pas au doux espoir d'aller se retremper au milieu de vous, de goûter le bénéfice et les charmes de votre contact, de vous remercier personnellement du titre dont vous venez de le décorer, de causer avec vous de l’aimable science dont l'étude bien comprise sème d’ineffables jouissances la vie de l’homme étranger aux ambitions du monde, et concentré dans celle dont vous connaissez tous le noble but, celui de coopérer à ses progrès.

Si votre communication officielle, parvenue hier au soir, ne m’eût point fait un rigoureux devoir de vous en accuser immédiatement réception, j'aurais pu vous dire quelque chose, en ma qualité de vieux praticien, sur la direction à donner aux études entomologiques. Je vous aurais dit que dans ce nouveau monde insectes, dont la population peut être élevée sans nulle exagération, au chiffre de plus de deux cent mille espèces, la classification et la technologie sont arrivées à un tel point de perfection, qu'il n’est plus permis de s’égarer dans les dédales de l'univers entomolo- gique. Et si j'osais formuler toute ma pensée, il s’en irait temps d’opposer une écluse et même une réforme à ce déluge de genres qui inonde Ja science, à cette technorrhée prise du grec, de l’hébreux, du sanscrit, etc., qui décourage les plus intrépides cerveaux et qui rebute les facultés mné- moniques les plus énergiques.

Avant que le chaos menaçant nous déborde, nous engloutisse, rallions- nous à la sage bannière du législateur de la méthode naturelle de notre immortel Latreille, Et, puisque la classification à pour but définitif la

16 LÉON Durour. Lettre à la Société entomologique.

détermination rigoureuse de l'espèce, au lieu de cette plèbe effrayante de noms génériques, moins euphoniques les uns que les autres, contentons- nous, à l'exemple de Latreille, d'établir dans les groupes bien dessinés des divisions et subdivisions qui nous amènent au même but.

La question des espèces une fois réglée, une autre période de la science s'ouvre à l'esprit d'investigation. C’est la voie si brillamment parcourue par les Réaumur, De Géer, Swammerdam, Bonnet et plusieurs bons obser- vateurs de notre époque, c’est l'histoire approfondie des miracles, des métamorphoses, du genre de vie, des mœurs, de l’industrie, des instincts merveilleux, des amours des insectes, de leur rôle important dans le maintien des sublimes harmonies générales. Cette étude, ainsi envisagée, est la philosophie, la noblesse de la science entomologique. Les hommes peu initiés aux étonnantes péripéties de la vie de ces petits êtres, taxe- raient volontiers de roman cette histoire, tant il y a de phénomènes qui défient l'explication.

Enfin, pour le complément des hauts enseignements de la science, l’in- vestigateur spécial consultera, le scalpel à la main et la lentille à l'œil, les instruments anatomiques cachés dans les profondeurs de l'organisme, qui règlent les actes extérieurs de l'animal, et qui peuvent confirmer ou infir- mer la classification.

Je réclame, chers Collègues, quelque indulgence pour ces lignes dont le décousu n’a pu échapper à l'improvisation. N°y voyez que le canevas plus ou moins grossier d’un travail qui ne serait pas sans intérêt.

LÉON DUFOUR.

Saint-Sever (Landes), 21 janvier 1864,

NOTICE NÉCROLOGIQUE SUR LE PROFESSEUR MIEG,

Par M. LÉON DUFOUR, Président honoraire.

(Séance du 9 mai 1860.)

N

C'est dans ma correspondance avec ce dévoué Collègue, cet ami du cœur, que j'ai puisé les documents de la simple esquisse d’une vie peu connue par ses écrits dans une science que son pinceau a tant illustrée. La pieuse amitié, quoique tardive dans son hommage, sent vivement le besoin d’acquitter à sa mémoire le tribut d’un pur encens, si dignement mérité. Nos Collègues de la Société me sauront gré, je l'espère, de leur faire connaître les droits qu'a Mieg à la gratitude de notre aimable science.

Jean Mieg, natif de Bäle, en Suisse, fit ses humanités à Fribourg, en Brisgau. 11 vint à Paris, au commencement du siècle actuel, pour s’y livrer à l'étude des sciences, notamment de l'histoire naturelle et de la physique. Il fut disciple des professeurs Cuvier, Biot, Brongniart, Duméril, Latreille.

Biot et Brongniart remarquèrent son assiduité, apprécièrent sa haute intelligence, et ce fut sur leur recommandation que Mieg fut appelé en 1807 à remplir, au collége de Blois, une chaire de physique et de langues vivantes.

Dès 1812, il s'était fait connaître comme professeur distingué. La cour d’Espagne, alors captive à Valancey, lui fit proposer de venir près d’elle pour donner aux princes des leçons de physique. On lui assurait une existence très honorable. Mieg ne balança point à accepter ce poste, et il m'a souvent redit qu'il avait trouvé dans l'attachement de ses nobles élèves un bonheur inespéré.

En 1814, les événements politiques ayant ramené le roi Ferdinand sur le trône d'Espagne, Mieg le suivit à Madrid, il se fixa définitive- ment, avec le titre de professeur de physique et de chimie de la famille royale,

Sa modestie et son caractère d’étranger, le privèrent durant les pre- mières années, de relations avec les hommes de science de la capitale des Espagnes. Malgré cet isolement, il consacra ses loisirs du professorat à la recherche, à l'étude, à l'iconographie des insectes, dans une riche contrée, alors si peu explorée sous ce rapport.

En 1840, il eut l’idée, heureuse pour moi, de m'adresser des consul- tations entomologiques pour la détermination des espèces. A cet effet, il m’expédiait, par la poste, des lettres avec des carrés de papier, sur

he Série, TOME I.

48 LÉON DUFOUR.

l'une et l’autre face desquels, son pinceau représentait jusqu’à 25 ou 30 insectes, tellement pressés qu’ils se touchaient. A l'aspect de ces élégantes galeries, la vérité de la physionomie et l'éclat du coloris étaient saisis avec un rare bonheur, je demeurai comme stupéfait de ce talent. Fami- liarisé, pendant un séjour septennal en Espagne, avec l'allure de ses insectes, il ne me fut point difficile d'établir, avec quelque justesse, la nomenclature de la plupart de ces jolies figures coloriées; j'y trouvai aussi un bon nombre d'espèces nouvelles. J'en ai publié plusieurs dans les Annales de Ja Société entomologique, ainsi que dans celles des Scien- ces naturelles, et, si Dieu me prête vie, j'ai encore une bonne réserve pour l'illustration de mon ami.

Mais ce qui dans la suite me surprit, m'enchanta davantage, ce fut la promptitude avec laquelle Mieg exécutait ses délicieuses miniatures. Plusieurs fois, après la communication des insectes en personne, je lui demandais les portraits de sept ou huit de ces derniers, et courrier par courrier, il me les expédiait, comme s'il ne s'était agi que de prendre des empreintes.

Nos relations, devenues intimes, m'autorisèrent à représenter à Mieg, qu'il manquait à ses divines iconographies le cachet scientifique des détails, surtout quant à la nervation des ailes des hyménoptères et des diptères, qui avaient pour moi un attrait spécial et vers lesquels je diri- geais aussi ses investigations. Comme je m'y attendais, il reçut en vérita- ble savant mes observations et mes conseils. Il s'empressa d'apporter un soin scrupuleux, une exactitude mathématique aux cellules alaires, et pendant les dix dernières années de sa vie, ses portraits devinrent des prodiges de perfection.

En juin 1854, une mission scientifique m'appela à Madrid, m’accom- pagna mon intime ami Perris. Je fis alors la connaissance personnelle de Mieg. Le style c’est l'homine, disait Buflon, et en effet, je trouvai dans Mieg l’homme que notre correspondance m'avait fait imaginer, Je me le figurais comme le vieux Persoon, avec lequel j'avais si souvent cryptoga- misé aux environs de Paris, et, dans ce parallèle physique imaginé, je me trouvai d'accord avec la vérité, Mieg avait alors 76 ans, un an et demi de plus que moi. Tournure tout à fait germanique, manières d’une sim- plicité tournant à la candeur ; figure ovale, nez proéminent, regard morose, taille au-dessus de la moyenne, corps maigre, santé délabrée, esprit mélancolique ou hypochondriaque , fumeur imperturbable, savant aussi instruit que modeste, abordant l’universalité des sciences, passionné pour l’entomologie, et, malgré ses infirmités, faisant des excursions pour augmenter sa collection et celle de ses amis.

Tout en admirant la profondeur de son savoir et son habileté icono- graphique, tout en recevant de lui l'accueil d’une fervente amitié, je

Notice nécrologique sur Mieg. 19

déplorais, avec mon ami le professeur Graells, cette imminence de dépé- rissement. Il était facile de prévoir que, d’un moment à l’autre, Mieg pouvait nous échapper. Aussi dans l'intérêt de la science, j'engageai Graells à concourir, avec moi, à l’utilisation, à l'exploitation de ce rare talent iconographique. Je prévins Mieg lui-même, soit verbalement, soit par écrit, du grand et indispensable besoin que j'avais de son merveil- leux pinceau, pour vivifier mon hyménoptérologie espagnole, à laquelle je travaillais et je travaille encore, Il ne fit défaut ni à sa promesse d’ami, ni à son dévouement pour la science,

En février 1859, j'appris la mort de mon ami Mieg, et cette nouvelle me fut d'autant plus affreuse qu'elle était inopinée, Peu de semaines auparavant, en janvier, j'avais reçu de lui plusieurs portraits de fourmis qui témoignaient, à l'évidence, et de l’acuité de sa vue et de la sûreté de son crayon, et de la magie de son coloris, quoiqu'il eût accompli ses 80 ans. La perte si brusque de mon ami Mieg me plongea dans la plus profonde douleur, et mes regrets ne cesseront qu'avec ma vie.

Le professeur Graells qui comprenait l'importance de la précieuse col- lection d'insectes de Mieg, sollicita et obtint du gouvernement espagnol, qu'il en fit l'acquisition.

Les entomologistes de la péninsule pourront y consulter les types que j'ai déjà publiés et ceux que je publierai par la suite.

Mieg n’a rien écrit sur l’entomologie descriptive, quoiqu'il ait beaucoup étudié les insectes, et qu'il m'en ait communiqué au moins quatre cents portraits. Mais il à mis au jour des ouvrages qui ont un cachet original de science et de littérature, Il parlait et il écrivait l'espagnol comme si c'eùt été sa langue maternelle. Je citerai parmi ses ouvrages ceux que je dois à son amitié,

Paseo por el gabincte de historia natural de Madrid, ete., Madrid, 4818. Petit in-8° de 512 pages de texte, suivi en 1821, de figures au nombre de 210, dessinées et gravées par l’auteur lui-même.

Cette promenade dans le cabinet d'histoire naturelle de Madrid, donne la mesure des vastes connaissances de Mieg en zoologie.

Cualro palabras a los senores traductores y editores de novelas por un suscriplor etc., Madrid, 1838. Ces quatre mots forment un volume in-12 de 83 pages, entièrement consacré, avec beaucoup d'esprit et de tact, à la littérature et à la critique.

El brujo en sociedad o sea breve instruccion para aprender a ejecu- tar con destreza muchos juegos de manos y otras varias suertes curiosas y divertidas. Madrid, 1839, Ce Sorcier de la société, etc., est un volume in-12 de 350 pages. C'est un ouvrage original et fort curieux, qui prouve toutes les ressources de l'esprit et la variété d'instruction de l’auteur.

20 LÉON DüFOUR. Notice nécrologique sur Mieg, etc.

Il met au grand jour, par des raisons empruntées aux mathématiques, à la physique et même à la chimie, tous les tours de prestidigitation des escamoteurs, le joueur de cartes, de dés, des nombres, les devinations, etc. Tout cela est exposé et écrit avec une admirable clarté.

Coleccion de problemas y cuestiones sobre la fisica y la quimica, Madrid, 1840 ; un volume in-12 de 290 pages. Mieg y fait preuve d’une grande solidité de savoir, comme professeur de ces spécialités.

Panorama del ferro carril de Madrid à Aranjuez. Madrid, 1853. Charmant petit album de 36 planches, peintes par Mieg et lithographiées en couleur à Madrid. Il représente les embarcadères, les stations, les viaducs, les ponts, les villages, les édifices, les points de vue de tout le trajet du chemin de fer de Madrid à Aranjuez.

Introduccion a la historia natural de los insectos. Madrid, 1846. Livret in-12 de 84 pages, avec vignettes et planches. Il atteint parfaite- ment son but, de signaler aux néophytes les généralités et la classifica- tion de cette classe d'animaux, ainsi que la manière de prendre les insectes, de les conserver et de les disposer dans les collections.

nn

EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE 4".

4. Epeira sericea, $. Grandeur naturelle, 2. Abdomen vu en dessous, 3 Pompilus croceicornis. &. Grandeur naturelle. h. Euchalcis Miegii $. Grossi (1). 5. Id. Vu de côté, 6. Mesure de la longueur naturelle de l'insecte. 7. Patte postérieure détachée et très grossie. 7 « Antenne détachée et grossie, 8. Euchalcis hematomera. &. Grossi. 9. Id, Vu de côté. 10. Mesure de la longueur naturelle de l'insecte. A1, Astala Miegii. &. Grossi. 41 & Aile grossie pour faire voir les cellules. 42. Mesure de la longueur naturelle de l’insecte. 43. Bembezx bipunctata. $. Grandeur naturelle. 14. Tête détachée vue de face, 45. Ce Bembex en profil, pour montrer la crête sous-abdominale. 16. Cephus nigripennis. $. Grandeur naturelle.

(1) Les lignes longitudinales des ailes tracées par l’iconographe ne sont point des nervures, mais de simples plis accidentels.

à EE

OBSERVATIONS SUR DIVERS POINTS D'ENTOMOLOGIE, Par M. le Dr DOUMERC.

I. NOTICE sur LE BOTYS pu COBEA.

(Séance du 11 Janvier 1860.)

Tout le monde connait le Cobea scandens, cette jolie plante grimpante qui fait l’ornement de nos treillis jusqu'à la fin d'octobre. On sait aussi qu'inconnue de Linné et de Jussieu, ce fut Cavanilles qui en fit mention le premier, et qu’elle fut importée en France vers 1804 du Mexique les Espagnols la nommèrent Yedra morada, c'est-à-dire Lierre violet par rap- port à la couleur de ses grandes fleurs.

Les plantes exotiques sont très rarement attaquées dans notre climat par nos insectes indigènes, et l’on peut dire pour cela que la faune entomologique d’un pays consiste rationnellement dans la collection d'insectes qui vivent uniquement aux dépens des végétaux qui naissent spontanément de son sol et sans culture. Ce n’est que par les transports et des moyens articificiels que l’on obtient l’acclimatation de quelques espèces exotiques, et encore ne serait-ce que passagèrement et disparaîtraient-elles complétement sans le secours de leur éducation, telles que le Bombyx mort et autres espèces sétifères introduites par M. Guérin-Méneville dans le Midi de la France. Cependant si quelques espèces de Lépidoptères originaires des pays chauds sont acclimatées depuis longtemps à l’état sauvage dans notre zone tem- pérée, cela provient évidemment de ce que leurs chenilles se sont accom- modées de la nourriture de quelques-unes de nos plantes indigènes succé- danées, par leurs principes immédiats, de celles de leurs pays originaires. Mais il est de remarque que ces dernières espèces ont subi à la longue, par cette mutation de climat, une aberration plus ou moins grande dans leur proportion ou dans leur couleur. Plusieurs exemples en font foi, et enire autres le Sphinx Atropos, originaire d’Afrique, s’est fort amoindri en grandeur et en coloration variable dans notre climat d'Europe. Au reste, ces anomalies se présentent même fort souvent chez les espèces indigènes dans les localités de hauteur dissemblable; et Pierret les avait déjà cons- tatées depuis longtemps pour les papillons pris sur le sommet des Alpes ou à leur pied dans les plaines qui les environnent. Il en est de même pour les espèces tropicales, car il nous est arrivé fréquemment dans notre voyage d'exploration, lorsque nous transportions des plantes vivantes chargées d'œufs des Héliconiens du sud du Brésil au Jardin-du-Roi à Cayenne, de retrouver ensuite dans les environs les mêmes espèces qui en étaient provenues, mais aberrées soit en couleur soit en grandeur, C’est

22 DOUMERC.

probablement à ces causes de transports climatériques opérés par les an- ciens naturalistes voyageurs qui nous ont précédés, que l’on doit rapporter la diversité de synonymies données par les auteurs sur les espèces exo- tiques décrites sous différents noms quoique appartenant à la même espèce. Cramer, par exemple, appelle Quérina ce que Fabricius nomme Doris, puis il appelle à son tour Hecale ce que Cramer nomme Pasithoe, etc. Or, toutes ces variétés confuses n’existeraient pas si l’on connaissait plus exactement leur souche primitive.

Une autre singularité, c’est la facilité qui incombe dans notre climat aux espèces d’origine exotique d’être soumises aux accidents tératologiques, même dans les circonstances les plus favorables à leur développement nor- mal. Le Sphinx ocellata est particulièrement dans ce cas, et l’on sait que cette espèce originaire d'Amérique ne s’est impatronisée dans notre climat que parce que sa chenille y a trouvé dans le Saule et la Filipendule une nourriture abondante analogue à celle des plantes de son pays natal, Je viens de remettre tout récemment à la collection du Muséum un spécimen tératologique de ce Sphinx fort remarquable en ce que, quoiqu’éclos pen- dant l’été dans les circonstances les plus favorables et de grandeur ordi- naire, parfaitement conformé du reste dans toutes ses parties, ses quatre ailes ont tout au plus 5 à 6 lignes de longueur, et nullement en moignon, mais très bien développées de forme, et offrant toutes leurs couleurs, et leurs ocelles inférieures comme en miniature. Il est bien rare au contraire de trouver dans nos espèces purement indigènes un développement téra- tologique de leurs ailes aussi complet.

Je ne m'étendrai pas davantage sur mes réflexions à ce sujet qui sorti- raient de celui de cette notice, je ferai seulement remarquer que lorsque l'on compare le vol rapide des mâles de nos Bombyx forestiers, relativement à la défectuosité des ailes de leurs congénères exotiques transportés dans nos régions pour l’industrie séricicole, et qui ne leur servent guère qu’à ram- per près de leur femelle pour l’accouplement, on est en droit de soupçonner que cet état d'inertie physiologique du système musculaire peut aussi bien dépendre d’un fait de tératologie anatomique qu’il serait intéressant d’étu- dier, que de l'influence climatérique ou tératologique de leur translation,

Il n'est guère probable que les œufs du Botys dont je vais décrire main- tenant les mœurs aient été transportés avec les premiers plants du Cobea sur celui j'ai trouvé sa chenille au mois de juillet 1859, il est donc pré- sumable, relativement au choix que font les chenilles de s’accommoder de différentes plantes, que notre Botys indigène se nourrissait primitivement de quelques plantes de notre flore parisienne, mais de laquelle ? C’est pro- bablement ce que nos lépidoptéristes découvriront ultérieurement ; et l’on sait du reste que quelques espèces de ce genre, telle que l’urticalis, par exemple, déposent souvent leurs œufs en paquets contre les parois d’un

Botys du Cobea. 23

vieux mur au voisinage de pieds d’ortie, sur lesquelles se rendent les jeunes chenilles aussitôt leur éclosion.

La famille des Polémoines de Jussieu ne comprend jusqu’à présent que les six genres : Phlox, Polemonia, Cantua, Gobæa, Hoitzia et Gillia, dont toutes les espèces sont américaines à l’exception de la Polémoine blanche d'Europe, mais dont on ne connait pas plus la chenille qui s’en nourrit que celles des autres.

Au nombre des Botys de notre Faune française, nous en avons huit espèces parisiennes décrites par Geoffroy et qui sont : l’urlicalis, 54 (hortularia de Fourc.), Réaum., t. 4, pl. 49, qui vit sur l'Ortie; la séra- tiolaris, 66 (idem Fourc.), De Géer, t. pl. 37, sur l'Epi d’eau; la Sum- bucalis, 110 (arcolata Fourc.), Réaum., t. 4, pl. 19, sur le Sureau; puis les forficalis, 414, verticalis, 112, farinalis, 118, que l’on trouve communément dans nos maisons, ainsi que diverses teignes : Pingui- nalis, 4, et Glaucinalis, 2. J'ai donc lieu de croire que l'espèce que j'ai trouvée sur le Cobea, et que je présume être nouvelle, ne s’en accom- modait qu'accidentellement faute d'autre plante indigène à sa disposition.

La chenille du Botys cobealis, que je nomme ainsi en attendant que l'on découvre la plante qui lui est spécialement affectée par la nature de notre climat, ressemble assez de prime abord à celle de lurticalis, mais elle n’a que quatre lignes de long et ses anneaux sont d’un brun orangé munis de quelques petites houppes de poils fins et leurs segments cerclés de jaune clair; la tête et les pattes antérieures d’un noir lisse.

20 Dès le 8 juillet elle cessa de ronger les feuilles du Gobea dont elle n’entama que le parenchyme, ne touchant pas aux côtes ni aux pétioles, C'est alors que pour se métamorphoser, elle s’enroule dans l’une des feuilles fanées, mais persistante, pour filer sa coque dont les deux bouts corres- pondent aux ouvertures tubuleuses du cylindre,

N'ayant pas voulu la déranger de ce second état, je mis cette feuille en- coconnée dans un petit bocal fermé, et ce n’est que lors de son éclosion, le vingt-sixième jour suivant, que je vis que la petite chrysalide était de forme ordinaire, d’un fauve rougeàtre, et le corselet fendu longitudinale- ment par la sortie du Papillon.

Ce Botys, comme on peut le voir dans le spécimen que j'ai remis pour la collection du Muséum, n’a que A lignes 1/4 de long. Lorsqu'il est fraf- chement éclos, les jolies couleurs dont il est paré sont des plus vives, mais au bout de deux ou trois jours, même renfermé dans une boîte à l’abri de la lumière, elles pälissent considérablement.

Les antennes filiformes sont blanchâtres. La tête, les palpes, l'abdomen et les pattes d’un jaune pâle. Les ailes supérieures sont d’un rouge pon- ceau à reflet violacé; leur bord postérieur est garni d’une large marge frangée d’un jaune citron, el près de leur bord antérieur il y a deux taches

+

24 DOUMERC.

de la même couleur, dont l’une moyenne vers leur base et l’autre plus large vers leur extrémité, mais également distancées l’une de l’autre dans leur milieu. Les ailes inférieures sont uniformément d’une couleur purpurine, plus pâles que les supérieures et garnies aussi d’une marge citrine posté- rieure. Le dessous des quatre ailes est de même couleur que le dessus et offre les mêmes particularités de dessin, mais beaucoup plus pâles.

Je serais charmé que quelque lépidoptériste plus expérimenté que moi dans la détermination des espèces, me démonträt que ce Botys est déjà connu et nommé par quelques auteurs d’entomologie, mais quant à l’ha- bitat, aux mœurs et à l’époque de son apparition, je ne les ai trouvées mentionnés dans aucun ouvrage à ma disposition, du moins pour celles avec lesquelles j'ai comparé les descriptions de l'insecte à l’état parfait. Serait-ce la costalis Fab.?

11, NOTICE

sur la

TEIGNE pes TOILES D'ARAIGNÉES TEGENAIRE ET SEGESTRIE.

(Séance du 22 Février 1860.)

ee cent

Presque toutes les substances animales ou végétales sont soumises à l'influence destructive des insectes dont les larves font leur nourriture ou leur tanière pour s’y métamorphoser en nymphe avant de passer à l'état parfait. La tribu des Tinéites, en particulier, joue, comme on le sait, un grand rôle sous ce rapport par la détérioration qu’elle cause aux diffé- rents tissus d’origine animale, tels que draps, flanelles et même toutes sortes de pelleteries, telles que ganterie, buffleteries et celle des couver- tures de nos livres. Les objets de fabrique végétale, tels que ceux de coton ou de chanvre, sont au contraire rarement attaqués par les Teignes, à moins qu'ils ne soient mélangés de quelques trames animales.

La soie, quoiqu'étant un produit animal, paraît faire exception à la règle générale, car je ne connais point de détérioration relative à la fabrication de ces tissus, tels que foulards et autres espèces par les Teignes ; cela tient vraisemblablement aux différentes manipulations et à l’ingrédient des préparations chimiques de coloration qu'on leur fait subir avant de les livrer au commerce. Il serait intéressant de vérifier si en Chine, les cocons de ver à soie sont égarés dans les bois de Müriers ou d’Aylante

Teigne des toiles &'Araignées. 25

indigènes à ce pays, comme ceux de nos différents Bombyx et Saturniens dans les vergers de France, ne seraient pas dans cette condition de liberté soumis à quelque nidification de Tinéites particulières.s

Lorsqu'on examine comparativement à la loupe les fils isolés des coques de chenilles et ceux des Araignées tapissières, on s'aperçoit que leur na- ture n’est pas la même; car les fils de chenilles sont plus lisses, plus résistants et plus glutineux que ceux des Araignées, qui, par contre, le sont autant moins et d’une nature tomenteuse, ce qui paraît dépendre de la dissemblance des organes sécréteurs qui les produisent, les premiers appartenant, par leur connexion, aux voies digestives d’un animal impar- fait qui doit devenir papillon, les autres, au contraire, émanant d'organes spéciaux intimement liés à l'existence physiologique de l'animal dès sa sortie de l'œuf jusqu'à sa mort. Cette différence matérielle des fils de Chenilles et d’Araignées, par rapport à leur nature intrinsèque, démontre suffisamment que l’objet qu'ils ont à remplir doit être tout différent. L'on pourra toujours fabriquer des tissus plus ou moins résistants avec des fils de coque de n’importe quelle chenille, tandis que l’on n’a point encore pu obtenir de trame solide avec ceux des Araignées, voire même les essais tentés à ce sujet sous Louis XIV,

Dans les traités de chimie organique que j'ai consultés, on ne trouve qu’une analyse très restreinte de la soie fournie par les chenilles telles que celles du Mürier, mais nullement de celles des fils de toiles d’Arai- gnées, sur lesquelles cependant il serait facile d'opérer par l’abondance que nous en offre les Tegenaires. D’après les expériences de M. Roard, la soie des chenilles est formée de différentes proportions de matière gommeuse, d’une matière grasse analogue à la cire et d’une quantité presque imperceptible de matière huileuse odorante, mais il ne détermine point pour cela la nature propre de la soie pure qui, d’après son analyse, y entre pour 0,72 à 0,73%°*,

Sous le rapport de l'application de leur propriétés physiques, on sait que de temps immémorial les toiles d’Araignées sont employées à linstar de l’amadou comme un excellent hémostatique, et il n’est pas venu, avec juste raison, à l’idée de nos campagnards de leur substituer la soie des cocons de nos Saturniens ou de tout autre analogue, parce que l’expérience en a prouvé un résultat tout opposé au mode d'action des premières. Une autre expérience que j’ai faite pour me convaincre de la dissemblance des prin- cipes immédiats qui constituent la soie des fils de chenilles et celle d’Arai- gnées, est de mâcher pendant quelques minutes un lambeau de cocon de Bombyx Salurnia, puis ensuite un flocon de fil de la Vierge ou de toile de Tegenaire époussetée, on éprouve alors une différence des plus notables, soit dans la trituration soit dans le goût qu'offre chacun d’eux en parti-

26 DOUMERC.

ticulier, La trituration dentaire de la soie de chenille est pâleuse et l’âcreté de son suc n''irritant les parois de la bouche, je fus obligé de me rincer à plusieurs reprises avec de l’eau-de-vie pour en atténuer la phlo- gose; la trituration de toile d’Araignée est au contraire toute granuleuse et ne m'a fait éprouver rien de semblable, c’est-à-dire ni goût, ni action délétère spéciale.

De Géer, Réaumur et Ræsel ont assez savamment disserté sur l’origine des fils de chenilles et d’Araignées pour que je n’aie pas besoin d’y reve- nir; seulement je n’ai pas trouvé dans leurs immortels ouvrages quelque observation sur les conséquences de la nature spongieuse des toiles des Araignées comme servant de tanière à d’autres insectes, tels, par exemple, que les Teignes tapissières ou à fourreau en capuchon; car il n’est point question ici de certains Ichneumonides dont le mode de génération s’ef- fectue aux dépens des œufs des Araignées et dont leurs larves font leur proie.

Linné, Geoffroy et autres entomologistes ont mentionné un grand nombre d'espèces de la tribu des Tinéites proprement dites dont Fabricius et La- treille ont successivement formé les genres Alucite, OEcophore, Euplocame, Phycis, Yponomeute et Ypsolophe, et parmi les espèces qu'ils compre- naient, celles qui attaquent de préférence les tissus de nos fabriques, telles que les T, tapet:ella, melomella, pellionella, fascitella, ete., se dis- tinguent suffisamment de celles qui mettent à contribution les villosités spongieuses de certains végétaux parasites, tels sont, par exemple, les Phycis, dont les chenilles forment le tube de leur capuchon avec les villo- sités de la surface et des pores du bolet des Hètres. Quant aux tribus des Pyralides, des Crambites et des Deltoïdes, dont les espèces étaient plus ou moins confondues autrefois avec les précédentes, elles sont plus parti- culièrement, par leurs mœurs, les parasites des parenchymes foliolés des végétaux.

Au nombre des espèces qui appartiennent au groupe des OEcophores, je pense que l’on peut ranger celle qui fait ici le sujet de mon observation et que je remets à M. Lucas pour le Muséum. Elle se rapproche de la leucatella de Linné et serait probablement la même si cet auteur dans sa description de sa Fauna suecica, 14/44, au lieu de deux bandes blanches qu'il lui attribue lui en donnait trois, comme les offrent distinctement les ailes supérieures de mon espèce; au surplus il ne mentionne ni sa grandeur ni aucune figure à consulter, ce qui laisse dans le doute de son identité, quoique pour tout le reste elle s’y rapporte convenablement, Relativement aux mœurs de cette OEcophore, Villers lui donne pour ha- bitat les haies ou buissons, ce qui confirme encore mon observation en ce que c'est que lon trouve aussi des toiles épaisses de Tegenaire

Teigne des toiles d'Araignées. 27

agreste et de Segestrie sénoculée, et que l’on pourrait à cet égard la nommer OEcoph. telatella pour la distinguer de la (eucatella, si elle n’est pas identiquement la même.

Les toiles des Araignées orbitèles, spiraliformes ou rétiformes des Epeires, Théridions et autres, dont la laxité n'offre aucune consistance, sont défavorables au travail de nidification des larves de l'OEcophore, tandis que le tissu serré et feutré des Araignées tubiformes et tapissières, telles que les Tegenaires et les Segestries, est au contraire celui qui leur sert de tanière et de capuchon.

Que l’on récolte, comme je l'ai fait, pendant l'automne et lhiver, ces grands lambeaux de toiles pendantes qui tapissent les encoignures et les solives des écuries et des étables, et dont les Araignées ont disparu par la rigueur de la saison; que l’on examine ces toiles à la loupe, et l'on verra qu'indépendamment de la poussière dont elles sont imprégnées, il y à d’autres granulations hétérogènes qui, à la transparence du jour, sont assez semblables aux petites crottes des chenilles dont sont parsemés les nids filamenteux de celles de l’Yponomeute du Fusain. Ce sont les œufs de la Teigne qui, dès le premier jour de mai, si l’on a eu soin de tenir le carton qui renferme la masse de toiles à l'abri de l'humidité, donnent des petits vers d’un quart de ligne de long et qui, en grossissant jusqu’à une ligne, déchiquetent la trame telaire pour se former, aux dépens de la villo- sité spongieuse, des petits fourreaux capuchonnés ils subissent, pendant leur immobilité, leur passage à l’état de nymphe. Ge n’est que le 15 mai que l’éclosion a lieu, et ce qu’il y a de particulier chez cette espèce, c’est que ce sont les femelles qui apparaissent les premières, car je n’ai obtenu de mâles que le 12 juin suivant, époque leur accouplement a lieu. Pendant le jour, cet insecte se tient blotti dans quelque recoin, mais, vers le soir, il se met à voltiger, surtout à l'apparition d’une lumière, comme tous ses congénères,

Je ne sais si cette OEcophore est bisannuelle, ne l'ayant point obtenue en automne. Il se peut cependant qu’à l’état de liberté il y ait une autre couvée à cette époque qui passe son hivernage dans les élables jusqu'au printemps suivant.

Le toupet de la tête de cet insecte est d’un jaune ferrugineux, Ses an- tennes filiformes, noires annelées de blanc, ainsi que ses palpes, retrous- sés et légèrement bifurqués à l'extrémité, Les ailes supérieures d’un beau noir de jais, avec trois bandes transversales d’un blanc de neige argenté, également espacées entre elles; chez le mâle, la troisième bande apicale est obsolète et ne forme qu’une tache oblongue interrompue à leur extrémité. Leur bord postérieur est finement cilié. Les ailes inférieures sont noirâtres et ternes, mais bordées d’une large frange noire de soie

28 DOUMERGC. Teigne des toiles d'Araignée:.

chatoyante, Le dessous des quatre ailes est comme le dessus, mais beaucoup plus pâle. L'abdomen et les pattes entièrement recouverts d'écailles blanches argentées et marquetées irrégulièrement de quelques taches noires. La longueur de la femelle de ce joli petit Lépidoptère au repos est de 2 1/2 lignes, celle du mâle de 4 1/2 seulement.

Cette Teigne s’accommoderait-elle du tissu des toiles d’Araignées, faute de mieux? et par conséquent serait-elle le parasite destructeur originaire de quelqu’autre produit de fabrique animale? Cest une question dont je laisse la solution aux observations ultérieures des Lépidoptéristes. Quoi qu'il en soit, cette objection m'est survenue pendant la rédaction de mon observation, en réfléchissant que la plupart des chenilles de Lépidoptères s’accommodent indistinctement de diverses plantes affectées à leur genre, pourvu que ces dernières appartiennent, par leurs propriétés et leur carac- tère botanique à la même famille naturelle. Aïnsi les chenilles de Piérides se rencontrent en général aussi bien sur les choux que sur les Cardamines, les GCheiranthes, les Sisvmbres, etc., toute la famille des Crucifères; les Machaoniens sur les Anets aussi bien que les Carottes et de toute autre Ombellifère ; les Saturniens s’accommodent de presque tous les arbres frui- tiers sauvages ou de nos vergers, appartenant à la famille des Pommacées. La plupart des Sphingides s'adressent aux Jasminées ou aux Sarmentacées, d’autres aux Rubiacées aux Euphorbiacées ; les Smérinthes, en général, aux Amentacées ou aux Tillacées; chez les Noctuellides, les Cucullia affectent de préférence les plantes de la famille des Scrophulariées. Enfin pour ce qui est relatif aux mœurs des groupes de Tinéites que Geoffroy nomme domestiques pour les distinguer des premières qui vivent aux dépens des végétaux comme les Pyrales, il est de fait que chaque genre d’étoffes fabriquées de poils, de plumes ou de laine sont autant d'objets divers affectés à la nourriture et à la mutation de chaque genre en parti- culier; mais pour les espèces de chacun de ces genres, comme par exemple celui des GEcophores, il importe peu pour les opérations de leurs larves que létoffe soit de feutre ou de laine, pourvu que son tissu soit analogue à la substance tomenteuse de la toile des Araignées lapissières ou tubicoles dont elles se servent alors avec les conditions favorables des

autres tissus pour la fabrication du tube capuchonné elles subissent eur métamorphose.

D

DESCRIPTION

DE

TROIS LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX DE L'ILE DE CORSE.

Par M. BELLIER DE LA CHAVIGNERIE.

(Séance du 13 Février 1861.)

MAMESTRA SYLVATICA. Griseo-fusca; alis anticis lineis duabus nigris maculisque ochraceo-albidis ; posticis puncto centrali et lineä obs- curiore : fronte villosû : abdomune crenato. Omnibus alis puncto centrali et lineis brunneis subtus lalè signata. Habitat, julii, in Gorsicæ sylvis. (PL 2, fig. 11).

Antennes assez longues, légèrement dentées ; palpes épais et à dernier article tronqué; toupet frontal très saillant; collier grisâtre ; abdomen garni de crêtes noires. Ailes supérieures épaisses, arrondies au sommet, d’un brun grisâtre et traversées par deux lignes noires bien écrites, entre lesquelles les taches ordinaires, plus claires que le fond et un peu ochracées, se détachent nettement : la subterminale est peu dentée, d’un gris blanchätre et bordée intérieurement par de petits traits noirs cunéi- formes. La base de l’aïe et le bord interne sont marqués d’une grande tache blanchâtre, beaucoup plus apparente que toutes les autres. On voit aux ailes inférieures un point central et une bande brune qui les tra- verse en entier. Le dessous est d’un gris clair brillant, le point central y est plus visible qu’en dessus, et les quatre ailes sont traversées par une ligne brune, épaisse, qui est simple aux supérieures, mais denticulée aux inférieures. Jambes assez velues et pattes annelées de brun et de blanc.

J'ai pris cette noctuelle en juillet, au nombre de deux exemplaires seulement, dans les forêts hautes de la Corse.

ELLOPIA PINICOLARIA. Pectinicornis : alis omnibus glauco-viridi- bus ; anticis ad apicem angulatis, vittis duabus albis, interruptis, nullo modo parallelis ; posticis unicä : alarum marginis concoloribus. Habi- tat, julii, in Pino Laricio, per Gorsicæ montes. (PI. 2, fig. 12).

Cette Géomètre est voisine de l'Ellopia prasinaria Wien-Verz. Voici en quoi elle en diffère. Les quatre ailes sont d’un vert plus glauque et les supérieures ont leur sommet plus aigu. Celles-ci sont traversées par deux bandelettes d’un blanc pur, bordées de brun roussâtre du côté de l’espace médian, et disposées tout autrement que chez prasinaria, car ces lignes qui partent du bord interne, s'arrêtent au deux tiers de l’aile, sans aller

30 BELLIER DE LA CHAVIGNERIE. Lépidoptères nouveaux.

jusqu’à la côte, et celle qui est le plus rapprochée du corps est très obli- que, presque parallèle à la côte; les deux lignes se rejoindraient vers l'apex si toutes deux étaient prolongées. Les ailes inférieures sont traver- sées par une seule ligne blanche assez régulièrement arrondie. Franges des quatre ailes concolores. La tige des antennes, le front et l'extrémité de l'abdomen sont blanchätres, mais les antennes sont plus longues, plus pectinées et plus brunes que chez prasinaria.

Cette Ellopia vit comme ses congénères européennes parmi les Coni- fères. Elle se trouve, en été, sur les montagnes de la Corse, dans les forêts de Pins Laricio.

LIODES BENESIGNATA. Seticornis: alis fuscis ; anticis in fasciam nigro-radiosis punctisque albidis tenuèler signatis ; poslicis pallidioribus, nigro-punctatis, minimè rolundalis: alarum marginis latè ciliatis nigro- que cinctis. Subtus lucens et bonè scripta. Habitat, mense Augusti, per Corsicæ montes. (PI. 2, fig. 13).

Cette Géomètre appartient au genre Liodes, créé par M. Guenée, et ne figurent encore que deux espèces européennes: Ja Liodes tébiata Ramb., Dup. (fuscata Boisd.), et la Liodes fuscata Hubn., Herr-Sch.

La Liodes nouvelle que je vais décrire est voisine de tibiata, mais ne saurait être confondue avec cette dernière, encore moins avec fuscata. Elle est d’un brun jaunâtre assez foncé. Les ailes supérieures sont mar- quées dans l’espace médian, par de petits traits d’un noir vif qui recou- vrent les nervures ; une série de points blanchâtres, très fins, dessine la coudée. Les ailes inférieures plus claires que les supérieures, et d’un brun encore plus jaunâtre, sont profondément échancrées vers leur som- met: elles sont traversées par une ligne de points noirs qui fait suite à la coudée parallèlement au bord externe. Les franges sont concolores, mais un peu plus pales, garnies de longs cils, très soyeuses, et précédées d’un liseré noir interrompu souvent par les nervures. Le dessous des quatre ailes est luisant et bien écrit; les points cellulaires qui ne se voient pas en dessus y sont très distincts : celui des ailes inférieures sur- tout est fort épais et bien arrondi. Les antennes diffèrent essentiellement par leur structure de celles de tibiata; elles sont jaunâtres, moins épais- ses, mais bien plus fortement crénelées. Corps grèle, allongé, et de la couleur des ailes inférieures ; pattes brunes, annelées de gris-blan- châtre.

J'ignore les mœurs de cette Géomètre, que je n'ai trouvée qu'acci- dentellement posée sur un rocher, en août, dans les montagnes de la Corse.

ra ge QI RS

NOTE SUK UN LÉPIDOPTÈRE HERMAPHPRODITE (CGhelonia Latreillei).

Par M. BELLIER DE LA CHAVIGNERIE.

(Séance du 23 Janvier 1861.)

Les cas d'hermaphrodisme chez les Lépidoptères, sont toujours assez rares pour que chaque fois qu’il se présente un fait nouveau, il soit signalé. Le recueil des Annales renferme déjà la description ou la figure de plusieurs hermaphrodites très remarquables.

Ce sont: Angerona prunaria. & à droite, à gauche. (Ann. soc, Ent. 1835, pag. 143, pl. 1 c, fig. 5.) ; Lycæna Alexis. & à droite, @ à gauche. (Ann. soc. Ent. 1835, pag. 145, pl. 1 b, fig. 4.) ; Argyn- nis Paphia. & à droite, $ à gauche. (Ann. soc. Ent. 1837, Bulletin, pag. LxII.) ; Déiphtera cœnobila. & à droite, $ à gauche. (Ann. soc. Ent. 1843, Bulletin, pag. vis.) ; Liparis dispar. & à gauche, @ à droite. (Ann. soc. Ent. 1849, pag. 173, pl 6, fig. 2.) ; Anthocha- ris Cardamines. à gauche, @ à droite. (Ann. soc. Ent, 1852, pag. 325, pl. 4, fig. 3.)

Chez quatre de ces hermaphrodites, les signes caractéristiques du mâle se trouvent portés à droite, et chez les deux autres ils existent à gauche, Il en est le plus souvent ainsi pour les sujets hermaphrodites ; c’est ce qui résulte des observations consignées dans le mémoire relatif au Lycæna Alexis dont il est question plus haut, et M. Lefebvre, l’auteur de ce travail, énumère 47 cas différents d’hermaphrodisme, signalés par divers entomologistes.

Le nouvel hermaphrodite que j'ai l'honneur de présenter à la Société appartient à la tribu des Bombycides. C'est une Chelonia Latreillei, Lépi- doptère propre à l'Espagne.

Godart, qui le premier fit connaître cette charmante espèce, en la dédiant à son illustre maître, ne publia que le mâle n'ayant pas vu l'autre sexe. M. Boisduval dans l'Icones n’a décrit également que le mâle, ajoutant que selon le témoignage de M. Feisthamel qui possédait des individus de l’un et l’autre sexe, la femelle était en tout semblable au male. 11 existe, au contraire, entre le mâle et la femelle de la Chelonia Latreillei une très grande différence, et je profiterai de l’occasion qui nest offerte, pour faire également passer sous les yeux de la Société

32 BELLIER DE LA CHAVIGNERIE. Hermaphrodisme d'un Lépidoptère.

plusieurs exemplaires mâles et femelles, parmi lesquels se trouvait con- fondu le sujet hermaphrodite auquel je reviendrai dans un instant.

On pourra remarquer qu'indépendamment des antennes, qui chez le mâle de la Latreillei sont fortement pectinées, ainsi que cela a lieu géné- ralement pour les Bombycides, tandis qu'elles sont simplement ciliées chez la femelle, le mâle a la tête, le collier, les ptérygodes, l'abdomen surtout en dessous, et les pattes, d’un gris jaunâtre assez clair, alors que chez la femelle toutes ces parties sont d’un noir profond, sans apparence de gris. La présence du collier, qui n’existe que chez l’un des sexes, est surtout caractéristique. On peut, du reste, consulter l'excellent ouvrage iconographique de M. Herrich-Schaëffer, le mâle et la femelle de la Chelonia Latreillei sont représentés très exactement pl. 13, fig. 66 et 67, et pl. 21, fig. 118.

Les différences notables dont je viens de parler, entre les deux sexes de la Chelonia Latreillei rendent fort intéressant l’hermaphrodite de cette espèce. Non seulement une antenne, celle de gauche, appartient au sexe mâle, et l’autre antenne, celle de droite, au sexe femelle ; mais la moitié du thorax et de l'abdomen est gris jaunâtre à gauche, l’autre moitié entièrement noire à droite, et le collier n'existe que du côté gau- che. Il n’est pas jusqu'aux pattes qui n'aient été modifiées aussi très régulièrement chez cet être bizarre, car les trois pattes de gauche sont jaunâtres et appartiennent à un mâle, tandis que les trois pattes de droite sont noires et se rapportent à une femelle.

On peut observer encore que les ailes de droite ont atteint un plus grand développement que celles de gauche, parce que chez les Chelonia les femelles sont généralement plus grandes que les mâles.

Le sujet est donc, en apparence, un hermaphrodite complet, et con- trairement à ce qui a été constaté dans le plus grand nombre de cas, le sexe mâle domine à gauche et le sexe femelle à droite.

Il eût été intéressant d'étudier les organes internes de cet hermaphro- dite lorsqu'il fut pris. Aujourd'hui que le papillon est complétement des- séché, les observations anatomiques qu’il aurait fournies ne peuvent plus avoir lieu et sont malheureusement perdues pour la science.

NOTE SUR QUELQUES ESPÈCES DU GENRE PTEROPHORUS. Par M. BRUAND D'UZELLE. {Séance du 9 mai 1860,

Les figures des Microlépidoptères qu'a publiées Duponchel, sont quel- quefois inexactes et souvent imparfaites ; il est des groupes il est pres- qu'impossible de distinguer les espèces qu'il a voulu désigner, le groupe des Pterophorus est de ce nombre, outre qu'un grand nombre de Lépi- doptéristes se sont occupés depuis lui des Microlépidoptères, genres si lon- gtemps négligés en France.

Les figures qu'a données Herrich-Schæffer valent beaucoup mieux, sans comparaison. Il a suivi Zeller; et, d’après lui, ayant fait d’une espèce Adactyla, (Aydistis Her.-Sch.), son genre Adactyla Z., il a décrit et figuré sept espèces que je regarde comme simples variétés locales d’Adactyla, sans compter la variété que nous avons prise communément dans Îles montagnes alpestres du Dauphiné (au bourg d’Oisans), et que j'ai désignée sous le nom de var. Delphineusella.

J'indique donc ici quelques espèces non figurées par Duponchel, outre quelques-unes inédites, d’autres complétent celles nommées ou figurées par Herrich-Schæffer.

PTEROPHORUS ISCHNODACTYLA, Tr., Zell., Dup., catal., H,-S. 37, sup. envergure 19-20 mill. (PI. 2, fig. 6).

Ce Ptérophore, qui a les cinq branches courbées, fait partie du groupe Xerodactyla, et il a la première branche des ailes supérieures moins droite et à courbe plus arrondie que T'etradactyla, Baliodactyla, ete. Sa couleur est un blanc tirant légèrement sur le jaunâtre, comme Pentadactyla, avec trois points noirs sur la seconde branche supérieure, et deux points de même couleur sur la première supérieure, moins visibles que ceux de la seconde. L'extrémité des trois branches inférieures est marquée d’un petit point noir, parfois peu distinct: ce point manque quelquefois; car la figure 37, Supp. de Herrich-Schæffer n’en porte qu'un, et sa description ne l'indique pas : mais dans l’exemplaire que j'ai eu sous les yeux, que M. Millière a pris dans les environs de Lyon, et d'après lequel j'ai fait le dessin ci-joint, (fig. 6, pl 2), on voit très bien deux points, quoi- qu'ils ne soient pas gros; de même on distingue un très petit point noir à l’extrémité de la seconde branche supérieure. De même, les trois branches de l'aile inférieure portent à leur extrémité un petit trait noirä- tre, au lieu d’un point noir.

Série, TOME I.

[Se

34 BRUAND D'UZELLE.

Les très légères différences que je signale ici, sont probablement des variétés dues à la localité; Duponchel assigne l’Autriche et la Hongrie comme patrie à ce Ptérophore, pour époque les mois de juin et juillet : Herrich-Schæffer indique en outre le mois d'avril, il prétend que Zeller l'a pris au milieu de mai, puis en Sicile, au mois de juin. Cest, je crois, au mois de juillet, que mon ami M. Millière a recueilli Zschnodac- tyla, près de Lyon.

PTEROPHORUS LOETIDACTYLA Brd., classification des Tinéides, Ptér. Trichodactyla W., var? Laœtus, Zel., H.-Sch. Cat. v, p. 51 Selon H.-Sch. Leucodactyla KoÏl. Leucodactyla H.-S. (PI. 2, fig. 7.)

Zeller a multiplié, ce me semble, les espèces ; ainsi Pélosellæ, Obscurus, Tristis paraissent se rapporter à la même espèce, Obsoletus Z., paraît être la même qu'Obscurus. Dans la description, Herrich-Schæffer ne signale pas une différence que sa figure 18 indique, avec ses fig. 16 et 17 (Obs- curus et Pilosellæ) de sa planche 3 des Ptérophorides. En effet, fig. 16 et 17, comme 13, 14 et 45, ont un pinceau de poils élargi à l'extrémité de la troisième branche inférieure, tandis que la figure 18 (Tristis) n’en offre point. Or, selon M. Lederer, Lœtus Z. porterait deux petites dents noires aux deux tiers ou trois quarts de la seconde des branches supé- rieures, outre deux petits pinceaux, longs et minces, de couleur brune, que l’on remarque à la même branche, un peu plus vers l'extrémité et que j'ai indiquées; de plus la troisième branche inférieure offre quatre petites dents noires très minces au-dessous de sa première moitié ; puis une dent plus élargie, un peu moins noire, enfin l'extrémité se termine par un petit faisceau également noirâtre. La branche supérieure présente cinq ou six bandes blanches transversales, comme la figure 43 (Tricho- dactyla) avec la même teinte ; seulement, dans l'individu que M. Lederer m'a déterminé comme étant Lætus Z., on ne remarque pas le trait blan- châtre qu’on voit dans la figure 13 d'Herrich-Schæffer. De même la figure 43 présente une éclaircie blanche à la troisième branche inférieure, tandis qu’elle n'existe pas dans l’exemplaire que j'ai comme Lœtus Z., Lœ- tidactyla Brd. Cet exemplaire a été pris, autour de Lyon, par mon ami M. Millière ; ainsi que l'espèce suivante.

Après tout, Lætidactyla pourrait bien n'être qu’une variété de Tricho- dactyla, ainsi que ma Brunneodactyla.

Le Pter. Lœtidactyla Z., différerait du Pter. Brunneodactyla , d'après ce que j'ai remarqué, et ce qu'on peut vérifier ici: En ce que la tache blanchâtre placée à l'intersection des ailes supérieures, n’est pas bordée de foncé en dedans ; en ce que le second rameau de ces mêmes ailes ne porte qu'un seul trait blanchâtre, peu indiqué, vers l'extrémité ;

Pterophorus 95

en ce que le troisième rameau des ailes inférieures est partout de la même largeur, et entièrement de couleur rousse: de plus ce rameau ne porte point d’écailles noires en dessus ; mais en dessous, il en offre deux faisceaux, l’un (très petit) à l'extrémité, l’autre (plus gros) un peu plus en arrière; plus loin on distingue encore quatre écailles noires, alternant avec quatre écailles blanches.

Le corps est roux à la portion antérieure. La tête et le corselet roux, avec le bas des épaulettes jaunâtre. L’abdomen est brun, avec deux traits jaune-paille sur la partie supérieure de chaque anneau ; ces traits clairs sont séparés par une raie cunéiforme d'un brun foncé. Le dessous des épaulettes est d’un brun noirâtre, et la naissance de l'abdomen est jaune- paille de chaque côté.

PTEROPHORUS BRUNNEODACTYLA Mil., Brd., Cat. des Tinéides, Var. de Trichodactyla H., ainsi que Laæltidactyla. (PI 2, fig. 8.)

L'espèce que j'ai nommée Brunneodactyla, d'après un exemplaire pris à Lyon, par mon ami M. Millière, offre presque la forme de Lœtidactyla, avec un dessin identique. Les branches supérieures portent des bandes blanchâtres à peu près semblables ; seulement la couleur est d’un brun plus foncé; les dents de la seconde branche sont les mêmes; parmi les branches des ailes inférieures, la seconde paraît plutôt uniforme que celle de Lætidactyla ; la troisième n'offre pas les quatre petites dents noirâtres que présente celle de Lætidactyla dans sa première moitié, le second tiers de sa longueur est blanc, le dernier tiers offre plus de barbules noi- râtres ; les pattes, ainsi que les antennes, sont plus foncées. Je crois, à la vue des espèces figurées par Herrich-Schæfler, que Brunncodactyla n’est qu'une vue de Trichodactyla H., ainsi que Hyeracii Z., Ericelorum Z., Pilosellæ Z., Obscurus, Tristis.

Je crois que la troisième branche inférieure prend accidentellement la teinte blanchâtre qui sépare Brunneodactyla de Læœlidactyla ; comme elle distingue Trichodactyla de Hyeracii Z., de Pélosellæ et d’Ericetorum du même auteur. Si, en outre, les petites dents varient à la branche inférieure , comme je le suppose, on peut confondre ici une dizaine d'espèces.

Voici les quelques différences que j'ai remarquées avec Lætidactyla 2. et que je signale ici. Brun, avec taches et traits blancs : antennes anne- lées de brun et blanc ; palpes également; le troisième rameau inférieur alternativement brun, blanc et roux. Premières ailes : lPintersection des deux rameaux est blanche, bordée de noirâtre en dedans ; la côte est noire vers le sommet, excepté vis-à-vis les taches, elle est blanchâtre, ainsi qu’à l'extrémité apicale. La frange est blanche à l'extrémité inférieure du

36 BRUAND D'UZELLE.

rameau supérieur et coupée d’un trait noirätre, un peu en avant de la première raie blanche transversale ; plus loin, et jusqu’à l'intersection des deux rameaux, elle devient d'abord brune, puis roussâtre. Au deuxième rameau, la frange est brune en dessus ; à l'extrémité, qui est curviforme, elle est blanche ; à la partie inférieure, elle est d’abord d’un brun noirâ- tre, puis blanchâtre, et enfin roussâtre vers la base. Sur la portion blan- châtre, on remarque deux dents noires, dont la première (lextérieure) est bordée de blanc en avant, l’autre entourée de blanc des deux côtés. Secondes ailes : les deux rameaux supérieurs sont d’un brun-roussàtre uni, avec la frange brune tout autour, excepté vers l'extrémité inférieure ; le second rameau est d’une égale largeur jusqu'aux trois quarts de sa longueur, il devient plus étroit et se termine d’une manière presque aiguë. Le troisième rameau est d’un brun-roux à la base ; le second tiers est blanc; le dernier tiers est roux, bordé d’écailles noires en dessus et en dessous, avec l'extrémité rousse.

MILLIERIDACTYLA Brd., Millière. Envergure 20-21 mill. (PI 2, fig. 9).

Cette espèce que mon ami M. Millière a capturée dans les environs de Lyon, que j'ai crue inédite et que j'ai désignée par son nom, rappelle, au premier aspect, Baplodactyla Z. (Leucodactyla Kol. sup. suivant H.-Sch.) : en l’examinant attentivement, voici en quoi on voit qu’elle en diffère. D'abord, les deux branches de l'aile supérieure sont moins écartées, la division étant moins profonde ; les branches de l'aile inférieure diffèrent égale- ment: en ce que la première est plus patuliforme; la seconde paraît un peu ensiforme ; la couleur des trois branches est un brun uni- forme et peu foncé, et non, comme chez Baptodactyla, une couleur grise assez claire. La première branche supérieure, porte bien un trait noir transversal à la division des deux branches ; puis un trait ou point, de même couleur, entre le trait et la base de l'aile ; mais la première bran- che est plus large et arrondie chez Méllieridactyla que chez Baptodac- tyla, elle est plus aiguë et resserrée ; à moitié distance de la division à la frange, on voit une bande brune, oblique, qui descend de la côte vers la division, venant s'appuyer sur un trait noir: cette bande brune est entourée de blanchâtre en avant et en arrière ; le fond général étant d'un gris granuleux. La seconde branche porte seulement deux petits traits Jlongitudinaux noirâtres, placés un peu plus loin que la division, et entourés d’une éclaircie blanchâtre. La frange de la seconde branche est précédée d’une série de petits points noirs; elle est d’un gris-brun, à la première branche, qui est dessus, avec le bas, noirâtre.

Cette espèce tient le milieu, pour la couleur et le dessin, entre Zet-

Plerophorus. 97

terstidactyla et Plagiodactyla. Elle à la forme d'ailes de Copnodactyla, c'est-à-dire que les supérieures ont les deux divisions peu longues et non falquées ; les inférieures ont la première division patuliforme, la seconde ensiforme à l'extrémité et la troisième simple et grèle; sans aucunes dents ou épines ni aux unes ni aux autres.

Les ailes du dessus sont brun assez foncé à la base, tirant un peu sur le roux au bord inférieur, s’éclaircissant en blond et même en blanchà- tre depuis le milieu jusqu'à l'extrémité du second rameau. L’intersec- tion est marquée d’une lunule noire, dont la concavité est tournée vers la base ; cette lunule est surmontée d’une tache blanche assez large, qui s'appuie à la côte, et qui est elle-même bordée à gauche et à droite par deux taches d’un brun foncé, dont l'externe est cunéiforme, et dont l’in- terne, arrêtée très nettement du côté de la pointe apicale, se mêle de l’autre côté avec la couleur du fond. L’extrémité de l'aile, depuis la tache brune cunéiforme, est d’un gris blanchâtre réticulé de points bruns ; mais la portion qui touche la tache est presque blanche. La côte, qui est brune jusqu'à la première tache blanche costale, devient blanche elle- même depuis jusqu'à l'extrémité, La portion de l'aile qui avoisine la frange, depuis la lunule noire, est réticulée d’écailles noires et blanches. On remarque un point noir au milieu de l'aile, entre la lunule et la base. Les deux nervures supérieures sont indiquées par deux raies blanchâtres, depuis ce point médian jusqu’à la lunule noire, dont l'inférieure est bordée de noiratre en dessous. Le second rameau porte, au-dessous et un peu en avant de la lunule énfersectionale, deux traits noirs qui viennent s'appuyer extérieurement sur une éclaircie blanche. La frange du second rameau est d'un brun-roux jusqu’à l'angle inférieur, elle porte un rudiment de liseré noir externe ; depuis là, elle devient blanche, et elle est précédée de points noirs. Celle du rameau supérieur est également blanche, précédée aussi de points noirs, avec une petite touffe de poils noirs à l'angle inférieur. Enfin, l’on distingue encore trois ou quatre petits points noirs, placés contre la côte supérieure, entre la tache brune cunéiforme et la pointe apicale,

Les ailes inférieures sont d’un brun-roux, avee la branche de même couleur, ou un peu plus claire.

Le dessous des ailes supérieures est de couleur fauve, avec l'extrémité grisâtre, une tache blanchâtre à la côte, vis-à-vis l'intersection des deux rameaux ; puis deux ou trois points noirs marginaux précèdent la frange à chaque division, comme en dessus. Les secondes ailes ont le rameau du milieu totalement fauve, ainsi que la frange ; la moitié externe du pre- mier est d’un jaune ocreux-pâle, et le troisième entièrement de cette der- nière couleur, avec la frange un peu roussatre.

Le point noirâtre qui se voit en dessus à l'intersection est légèrement indiqué en dessous par une tache brune peu arrêtée.

38 BRUAND D'UZELLE. Pterophorus,

Les antennes sont d’un brun-noirâtre, avec la naissance blanchâtre en dessous. Les palpes sont d’un jaune ocreux-päle avec l'extrémité blan- châtre. La tête, le corselet et les épaulettes sont d’un gris mêlé d’écail- les blanchätres. L'abdomen offre des raies longitudinales qui sont alter- nativement d’un brun-clair et d’un jaune-ocreux pâle ; la raie médiane qui est couleur d'ocre, est bordée de blanchâtre en dessous du corselet, à droite et à gauche. En outre, chaque intersection porte quatre petits points noirs (deux de chaque côté).

Je crois que M. Millière avait pris au mont Pila, près de Lyon, cette char- mante espèce, qui paraît rare, et dont il avait qu'un individu, celui d’après lequel j'ai fait le dessin de cette figure.

PTEROPHORUS BAPTODACTYLA Z., H.-S., 39, Brd. Class. des Tinéides. (PI. 2, fig. 10).

Cette espèce remarquable a été prise dans les environs de Lyon, par mon ami M. Millière ; il m'a communiqué l’exemplaire d’après lequel j'ai fait cette figure, qui diffère légèrement de celle de Herrich-Schæffer, 39. Ces quelques différences, qui sont probablement locales, ne peuvent influer sur la forme qui est identique et bien distincte. Les deux bandes qui bordent la seconde branche supérieure, qui est blanche, sont pres- que noires dans la figure donnée par Herrich-Schæffer ; dans lexemplaire provenant de Lyon, elles ne sont que brunes; en revanche, la teinte générale de celui-ci est un brun peu intense, tandis que la couleur du 89 d’Herrich-Schæffer, est d'un gris assez clair ; mais on retrouve les traits noirs et blancs dans les deux individus.

Dans son catalogue, Duponchel à omis de citer cette espèce, que j'ai enregistrée dans la classification des Tinéides. Herrich-Schæffer pense que c'est Leucodactyla de Kollar.

On ne sait rien sur les premiers élats de ce Ptérophore, pas plus que sur les autres espèces précédentes.

Je comptais publier une sixième espèce inédite, Albodactyla, recueillie à Hyères, par mon ami M. Millière; mais cet entomologiste vient de publier ce Lépidoptère ; ainsi je ne puis donner, comme nouveaux, les détails qui concernent cette espèce. Du reste, M. Millière a décrit sous tous les états ce Pterophorus dans les mémoires de la Société Linnéenne de Lyon, et l’on trouve dans ce travail plusieurs faits intéressants sur plusieurs espèces peu uo mal connues,

ÉTUDES suR LE GENRE LITHOSIA,

Par M. GUENÉE.

Séance du 12 Décembre 1860.

La Lépidoptérologie à fait chez nous, en ce qui concerne l'étude et la détermination des espèces européennes, des progrès considérables depuis vingt-cinq ans, et l’on peut dire que les collections bien nommées qui étaient, en France, de rares exceptions, sont maintenant devenues la règle : néanmoins, quelques familles et genres difficiles résistent encore à cet incontestable progrès, et font tache mème dans les collections les mieux déterminées. La Société a appelé, avec raison, l'attention sur les genres Syrichtus, Eupithecia, et sur la famille des Zygénides. Je viens lui signaler aujourd'hui un genre non moins difficile et d'autant plus perfide que chacun, croyant le connaître à fond, néglige de létudier comme il devrait l'être. 11 en résulte que le genre Lithosia est non seu- lement un de ceux les déterminations sont le plus souvent inexactes, mais aussi dont la synonymie est la plus incorrecte, deux défauts qui proviennent de la même cause : l'extrême ressemblance des espèces entre elles.

J'ai donc cru rendre service à mes collègues, en leur offrant une notice monographique de ce genre, dont j'élaguerai toutefois les espèces qui n'offrent aucune difficulté comme Quadra, Rubricollis, Muscerda, elec. Pour éviter les longues descriptions qu'on lit peu chez nous, qu'on ne traduit guère chez nos collègues étrangers, j'ai donné des diagnoses lati- nes j'ai tâché de résumer, aussi exactement que le permettent les nuances souvent bien délicates qui séparent ces espèces si voisines, les caractères distinctifs de chacune d'elles.

Il serait superflu de faire une histoire détaillée du genre Lithosta, cha- eun connaît ces Lépidoptères allongés et aplatis dont les ailes inférieu- res, plissées comme celles des Crambus, en ont imposé à Latreille lui- même, qui les plaça, dans sa méthode, auprès des Tinéites, rapproche- ment purement superficiel. 11 n'est point de chasseur, si novice qu'il soit, qui n'ait vu voler au crépuscule, dans les bois ou autour des lumiè- res qui les attirent en grand nombre, ces lourdes Lithosides qui viennent s’abattre brusquement dans le filet, et qui croyant d’abord à la cap- ture d’une grande Géomètre, ne se soit maintes fois figuré lavoir man- quée, s'il n'a pas visité attentivement les plis de la gaze qui Font pour ainsi dire escamotée,

L0 GUENÉE.

On sait aussi que toutes leurs chenilles vivent de lichens ; mais cette ressemblance dans leur nourriture n’entraine pas, il s’en faut bien, celle de leurs mœurs. Ainsi on trouve abondamment celles de Complana el Plumbeola dans les feuilles sèches accumulées en plein soleil au pied des chênes, dans les endroits les plus chauds et les-plus abrités, en com- pagnie de celles des Lithosides Mesomella et Rosea. Celle de Griseola pré- fère les lieux humides et ombragés. Gelles de Rubricollis et d'Unita, Si voisines l’une de l’autre malgré la différence des insectes parfaits, se tiennent sur les branches des chênes. Gelles de Palleola et d'Arideola se collent le jour sur les rochers et grimpent le soir et le matin sur les graminées. Celle de Caniola passe sa vie sur les tuiles des toits. I est difficile, comme on voit, de joindre des habitudes aussi différentes à une nourriture aussi uniforme.

Les Lithosia exotiques ressemblent extrêmement aux nôtres dont elles partagent tous les caractères, en sorte qu'on pourrait facilement les pren- dre pour des indigènes. J'aurais pu en décrire quelques nouvelles, mais n’en possédant pas un très grand nombre, j'aime mieux laisser le terrain entièrement vierge, pour en rendre l’exploitation plus facile à celui qui viendra plus tard le mettre en œuvre.

J'ai changer quelques noms, et des mieux enracinés dans nos col- lections françaises. On me pardonnera ces actes de justice, quand on verra que les noms anciens que j'ai rétablis, se trouvent tous valoir mieux comme signification, que ceux qu’on leur avait substitués. C’est une bonne fortune qui n'arrive pas toujours au droit, d’ailleurs incontestable, de la priorité.

1. LiTHOSIA CEREOLA Hb.

Hb. 99, Her.-Sch, p. 158.

Habitus fere Selinæ. Alæ anticæ sublriangulares, aureo-luteæ, costa vivi- dèiore, recta, diluta ; subtus disco nigricante, margine latissime luteo. Alæ posticæ in hoc genere angustæ, subtrigon«æ, utrinque pallide-luteæ. Thorax peclusque nigra, fronte, humeris, collareque croceis. Abdomen nigrum, ano, ventre, tibiisque posticis pallide luteis. Fœmina mulld minor, alis anguslioribus, segmentis posticis ulrinque croceis.

Cette espèce est tout à fait intermédiaire entre le genre Setina et la Lithosia Unita. Elle n’a point la coupe des autres Lithosies , ses ailes supérieures étant proportionnément plus larges, et les inférieures beau- coup moins développées. Les unes et les autres ont une forme beau- coup plus triangulaire, et la côte des premières ne présente aucune trace de la courbure qu'on remarque avant l’apex chez toutes les Lithosies et surtout chez l'Unita, J'ajoute que les écailles sont fines et comme velues,

Lathosia. ai

ce qui rend les ailes beaucoup moins opaques que dans tout le reste du genre.

Elle paraît encore peu connue. La figure de Hubner donne une très bonne idée de la forme des ailes, mais elle exagère le disque grisâtre des supérieures qui, en réalité, n'existe qu'en dessous et ne s’aperçoit en des- sus que par transparence. Je l'ai reçue de M. Staudinger qui l’a prise en Laponie, mais il paraît, d’après M. Herrich, qu'elle habite aussi l'Allema- gne et l'Autriche,

Nota. Cette curieuse espèce porterait certainement à douter de la vali- dité du genre Setina, tant elle paraît intermédiaire entre ce genre et les Lithosia proprement dites; mais, indépendamment de plusieurs caractè- res de détail, il en est deux qui me paraissent les séparer d’une manière décisive. Le premier se trouve dans la nervulation qui est extrèmement différente dans les deux genres, et sans entrer à ce sujet dans des détails qui ne seraient pas ici à leur place, et pour me borner à l'aile inférieure, je dirai que les Lithosia, Y compris celle qui nous occupe, n'ont que trois nervules à la médiane, tandis que les Setina en ont quatre, mais il faut une certaine attention pour découvrir les deux premières, qui nais- sent de la même tige et si près du bord, qu'elles forment pau ainsi dire, avec lui, un triangle équilatéral.

Le second caractère, sur lequel j'insisterai davantage, parce qu'il n’a été signalé jusqu'ici, je crois, par personne, est bien plus curieux et mérite d'attirer l'attention des anatomistes. Il consiste en une vésicule proportionnellement énorme, placée sur le côté externe du métathorax et recouvrant toutes les cavités adjacentes d’une pellicule parcheminée, transparente et divisée dans son milieu, au moins après la mort de lin- secte, par un sillon longitudinal. Cette singulière ampoule est tellement visible au premier coup d'œil, qu'il est inconcevable qu'elle ait échappé à l'attention de tous les auteurs qui ont écrit sur les Lithosides et sur- tout de M. Boisduval, qui a créé le genre Setina (1). Elle ne manque pas, du reste, d’analogues dans les familles voisines. On remarque chez une foule de Callimorphides deux vésicules à la base de l'abdomen, mais d’une tout autre nature et recouvertes d’écailles. M. De Villiers a signalé dans nos Annales et M. Goureau a étudié après lui, chez la Ghelonia Pudica. un organe que ce dernier dit être une dépendance de la hanche et qui à la plus grande analogie avec celui que je signale ici. Il parait que lin-

(1) Je dis créé parce que s’il est vrai que le genre Setina appartient à Schranek qui l’a établi dans sa Fauna Boica (tome If, 2e partie, page 165), ce dernier n'en peut revendiquer que le nom puisqu'il renferme chez lui notre famille des Litho- sides tout entière, en sorte que c’est M. Boisduval qui a réellement opéré la sépara- tion des Setina «! des Lithosia proprement dites.

42 GUENÉE.

secte en question produit à l’aide de cette espèce de timbale une véri- table stridulation. 11 me reste à étudier les Setina sur le vif, pour m'’as- surer si cet organe a une destination semblable, et c'est ce que je ne manquerai pas de faire. Quant à présent, il suffit à mon sujet de l'avoir signalé comme un caractère de la plus grande valeur pour la séparation du genre Setine.

2. LITHOSIA UNITA.

Le manteau jaune Geoff. 11, p. 192 (1762). Engr. 219 «a, 6, c. Unila Wien-Verz. C-2. Esp. pl. 93, fig. 6-7. Bork. 80. Fuess. Neu. Mag. 11, p. 212. Schr. 1505. Aureola Hb. 98. God. p. 395, pl. 40, fig. 5, Ochs. 111, p. 140. Bdv. Icon., p. 107, pl 58, f. 2. Steph. p. 94, pl 18. Wood. 96. Frey, pl. 380, fig. 3. Herr.-Sch. p. 158. Luteola View, 4. Aurantia HawW. p. 447, 5.

Alæ anticeæ vividè ochraceæ, unicolores, costa valde convexa ; subtus atro- griseæ, margine luteo, villaque costali usque ad medium (in mare) lutea. Alæ posticæ dilutiores, ulrinque iminaculatæ. Thorax vivide ochraceus ; abdomen griseum, ano luleo ; corpore subtus pedibusque nigris. Fœmina paulo minor.

C'est une des plus répandues et elle habite à peu près loutes les con- trées de l’Europe. Elle se trouve en mai dans les bois chauds et élevés, sous les feuilles des arbres, d’où on la fait partir en battant.

La chenille a quelques rapports avec celles de Quadra et Rubricollis et est aussi légèrement aplatie en dessous, avec des poils moins longs que chez ces deux espèces, mais bien plus que chez Complana, Caniola, ete. , surtout sur les côtés. Elle est d'un gris-jaunâtre marbré de vert sale, avec les points verruqueux ordinaires, les postérieurs plus gros, d’un jaune orangé, la vasculaire noire, les sous-dorsales sinueuses, formées par l'accumulation de marbrures noires. Sur les 2°, 3°, 7°'et 11° anneaux, les trapézoïdaux sont salis de noir et éclairés postérieurement par une lache dorsale blanchätre. Elle vit en août sur les lichens de différents arbres.

Cette Lithosie est bien l'Unita de tous les anciens auteurs, nom très juste et qui rappelle très heureusement le caractère qui, joint à la forme de ses ailes supérieures, la fait reconnaitre au premier abord. C’est donc un très grand tort qu'on a eu de transporter son nom à une autre espèce, et je crois que c’est justice à tous égards de le lui rendre, sans trop se préoccuper du trouble momentané que cette restitution apportera dans les collections. On verra, d’ailleurs, que le nom d'Unéta n'était pas appli- qué d’une manière bien uniforme,

Lithosia. 13

‘)

3. LITHOSIA PALLIFRONS Z. Zell. Entom. Zeit.

Parva. Alæ anticæ vivide ochraceæ, unicolores, costa post medium con- vexa ; subtus atrogriseæ, vittis costali et marginali, fimbria vix latioribus, luteis, costa basi nigricante. Alæ posticæ margine interiori late nigricante, nervis concoloribus, costa subtus tenuissime lutea. Corpus luteuwm, pectore segmentisque 5 abdominis griscis.

J'ai reçu cette nouvelle espèce de la Silésie et déterminée par M. Zeller lui-même. Depuis, je l'ai prise à Bourg-d'Oisans en juillet. Elle parail n'habiler, dans nos montagnes, que des hauteurs secondaires, car à La Grave et au Lautaret, elle est remplacée par la Luteola.

On la distinguera de Luteola par sa tête jaune, et les nervures des secondes ailes concolores, etc., et de Pygmaæola par le thorax entièrement jaune, la teinte des ailes presque aussi vive qué chez Luteola, la coupe des ailes inférieures, qui parait un peu moins triangulaire chez le &. Néanmoins, certaines de ses variétés se rapprochent tant de la Pygmaæola, qu'on ne sera bien sûr de la validité de Pallifrons, que lorsqu'on con- naitra les premiers états.

H. LITHOSIA MARCIDA Mann. Wien. Ent. Mon. 1859, p. 94.

Je n'ai vu de cette nouvelle espèce qu'un seul individu, et si mauvais, que je n’ose en donner de description, el que je ne puis même bien déter- miner sa place. Selon M. Mann, elle serait voisine de la Pallifrons.

Il l’a trouvé en juin, sur des chardons, en Sicile.

5. LITHOSIA LUTEOLA W.-V.

Wien.-Verz. C-3. Bork. 81. View. 4 (Var.). Schr. 1508. Hb. 92. Ochs. p. 138. Frey. 380, fig. 4.? Bdv. ic. p. 106, pl. 58, fig. 4 Dup. Supl. p. 28, pl. 2, fig. 4. Herr.-Sch. p. 158, 44. Lutarella Glerck, pl. 4, fig. 9? Linn. S.-N. 355 ??. Lutosa Esp. pl. 95, fig. 8-9. Le Jaunet Engr. 300 &, b, c.

Parva, satwrate ochuacea. Alæ anticæ unicolores angustæ, æquilatæ, costa recta: sublus nigræ, marginibus interno et terminali dimidioque costæ luteis, atomis nigris conspersis, præserlim margine interno. Alæ posticæ anticis concolores, margine interno nigro, quast bifido, nervorum parte an- leriort nigerrimo. Capul nigrum. Thorax luteum, collare, dorso, lnume- rumque medio nigris. Abdomen antice nigrum. Fæœmina minor.

hh GUENÉE.

Autriche, Allemagne, Hongrie, Pyrénées, Alpes françaises, en juillet. Gette petite espèce habite surtout dans les forêts de sapins. J'en ai pris deux individus à La Grave (Hautes-Alpes) en 1858. Ge sont, je crois, les premiers qui aient été trouvés en France.

M. Herrich-Schæffer l’a confondue avec la Vitellina. I est cependant bien facile de l'en distinguer, ainsi que de toutes les espèces voisines, par son front noir et les deux principales nervures des secondes ailes de la même couleur, qui se détachent même sur le gris noir du fond, et se pro- longent sur les deux nervures supérieures en formant une petite fourche.

Il n’est rien moins que certain que la Lutarella de Linné se rapporte ici, puisqu'il dit positivement que les ailes sont sans taches en dessus ; cependant il cite la figure de Clerck qui, au contraire, représente le dis- que des ailes inférieures entièrement noir. On ne saurait donc lui rendre avec certitude le nom des anciens auteurs.

Var. A, Plus grande. Partie noire des ailes inférieures beaucoup plus large, occupant la moitié de ces ailes, en dissimulant ainsi la fourche des nervures supérieures. Prusse.

6. LITHOSIA PYGMÆOLA Dbhd.

Dhday Zool. 1914. Wood Supl. 1691. Bdv. Icon. p. 105, pl. 57, fig. 9 (non 10) (1834). Dup. Supl. p. 30, pl 2,fig. 5. Luteola Frey, pl. 380, fig. 4?

Parva. Pallide straminea. Alæ anticæ unicolores, basi paulo angustiores, costa vix convexa; subtus griseo-nigræ, fimbria, vilta terminali fimbriæ latitudine costæque dimidia parte luteis. Alæ posticæ subirigonæ , pri- moribus concolores, dèmidio anteriori nigro-griseæ. Gaput luteum. Thorax abdomenque luteo-grisea, ano stramineo. Fœmin«a minor, alis brevioribus plus minusve griseo lotis, costa tunc mere straminea.

France, midi de l'Angleterre, dans les bois secs et sablonneux, en juin et juillet. Jamais très abondante. Je la prends aux environs de Château- dun et autour de Paris, à Herblay (Seine-et-Oise).

Le mäle varie peu, mais ilm'en est pasde même de la femelle, qui est tantôt de la même nuance que lui, et tantôt lavée de gris sur toutes les ailes supérieures. J'en ai vu du même ton que chez Arideola, mais alors la côte reste toujours d’un jaune paille. Elle varie aussi beaucoup pour la taille. On en rencontre de très petits individus, surtout en Angle- terre.

Je ne vois pas de différence entre les exemplaires d'Angleterre (j'en ai 18 sous les yeux) et les nôtres. Cependant, chez quelques individus, la

Lithosia.

teinte noirâtre des ailes inférieures s'étend davantage que chez ceux du continent.

Je crois avoir trouvé la chenille de cette petite Lithosie, qui serait d’un gris terreux presque sans dessins ; mais je n'ai pu obtenir le papillon. Elle se trouve sous les pierres, dans les bois secs et pierreux ou sablon- neux, Le papillon quitte peu ces localités et reste presque toujours à terre, M. Doubleday me mande qu’on le prend sur les côtes du comté de Kent, dans une localité croit abondamment le Lichen fusco-ater qui sert probablement de nourriture à la chenille.

Il n’est pas facile de décider, sur la figure et la description de M. Bois- duval, si sa Vitellina & se rapporte à la présente espèce ou bien à la Pallifrons ; et, quoique le nom de Vitellina soit un peu antérieur à celui de Pygmæola, j'ai cru devoir adopter le dernier, qui ne laisse pas de prise à la confusion. (Quant à la $ de cette Vitellina, il est très certain qu'elle ne se rapporte ni à l’une ni à l’autre).

J'observe enfin que, malgré les différences que j'ai signalées à l’article Pallifrons, malgré la forme des ailes supérieures et la couleur du thorax entièrement pur chez la Pallifrons, tandis qu'il est toujours plus ou moins souillé de gris chez la Pygmæola, ces deux espèces semblent parfois se fondre par des individus un peu indécis. Il sera donc sage d'attendre la découverte des premiers états, pour les considérer comme définitive- ment distinctes l’une de l’autre.

7. LITHOSIA PALLEOLA Hb.

Hb. 221. Gilveola Och. 11, 137. Treits. Supl. x, p. 166. Bdv. IC. p. 104. Dup. Supl. p. 34, pl 3, fig. 1. Unita, Bdv. Icon. p. 103, pl. 58, fig. 3. Herr.-Sch. p. 157.

Major. Alæ anticæ valde oblonge, æquilatæ, costa in medio paululum convexa, pallide stramineo-ochracecæ , costa tenuissime fulva, apice fim- briaque luteo tinctis ; sublus griseæ, viltula costali margineque late luteis. Alæ posticæ ochraceæ, anticis paulo vividiores, margine interno vix griseo,

diluto, subtus obscuriore. Gaput et collare lutea; abdomen ochraceum lateribus anoque vividioribus, dorso griseo subtiliter tincto. Antenne basi vividè luteæ.

Autriche, Hongrie, quelques parties de l'Allemagne, Alpes et Pyrénées. en juillet.

C'est cette espèce qui est désignée, dans la plupart des collections, sous le mauvais nom d'Unita. Elle est très bien figurée dans Hubner, sous celui de Palleola, et je ne puis m'expliquer pourquoi Ochsenhei- mer lui a imposé un nouveau nom, et surtout pourquoi tous les autres auteurs l'ont suivi.

C'est la plus oblongue de toutes les Lithosies,

16 GUENÉE,

La chenille vit en juin et juillet sur les lichens qui croissent sur les rochers dans les montagnes. On la trouve le matin grimpée sur les tiges de graminées les plus voisines de ces roches, et quand le soleil vient la déloger, elle s'applique contre leur partie ombragée. Elle est d’un joli gris de lin, avec les verrues et leurs poils concolores. Les vasculaire et sous-dorsales sont noires, un peu interrompues ; et, de chaque côté de la première, on voit des linéaments noirs, surtout dans l'incision. Au- dessus de chaque trapézoïdal postérieur est une tache ovale orangée. La stigmatale est large, marquée de taches orangées inégales et surmontée d’une ligne noire interrompue. Les pailes sont d’un blond jaunâtre et la tête noire ou brune.

Cette chenille, comme la plupart de ses congénères, croit très lente- ment et vit presque de rien. Je l'ai vue parfois manger des plantes, et notamment du Genista purgans, entre les touffes duquel elle se réfugie souvent, dans les Pyrénées elle est très commune, Je lai retrou- vée dans les mêmes conditions , dans les Alpes, notamment à Bourg- d’Oisans.

Var. A. UNITA Hb. 985.

Ailes supérieures entièrement d’un ochracé vif, presque du même ton que chez Unita (Aureola) unicolores chez le 4, très légèrement teintées de grisätre sur le disque chez la $.

Hongrie.

Pour les Entomologistes qui veulent nommer cette Lithosie Unéta, cette variété doit être le type de l'espèce, puisque c’est elle que Hubner a figurée le premier sous ce nom. Elle est beaucoup plus rare que la Patleola typique, et n'existe que dans peu de collections.

Var. B. PETREOLA. Arideola Herr.-Sch. 57 ?? (non 58-59).

Plus petite. La teinte paille des premières ailes entièrement lavée de gris soyeux, excepté sur la frange et sur la côte. Liseré fauve encore plus vif et tranchant nettement sur la couleur pâle de l'insecte. Teinte grise des ailes inférieures s'avançant presque jusqu'à la moitié de laile. Thorax entièrement gris. Tête et collier d’un jaune vif.

Élevée au Vernet (Pyrénées-Orientales).

La chenille que j'ai décrite ci-dessus, est celle qui m'a donné cette variété,

Var. C. ARUNDINEOLA. Unita Dup. Sup. p. 20, pl. 4, fig. 7.

Un peu plus petite que le type et à ailes peut-être encore plus étroites. Tout l’insecte d’un blanc ochracé avec tous les bords des ailes seule-

Lithosia. 7

ment un peu plus jaunes. Point de teinte grise aux secondes ailes de part ni d'autre. Les quatre ailes parfaitement concolores, ainsi que la tête et le collier.

Je n'ai que deux $ de cette variété, et je ne puis me rappeler d’où elles me viennent. La figure de Duponchel les représente bien, mais il ne faut pas en conclure qu'elles aient été trouvées près de Chartres, comme il le dit dans sa note page 21. La Palleola est, je crois, tout à fait étrangère à nos départements du centre et Duponchel l'aura con- fondue avec la Caniola.

Nota. M. Rambur a figuré dans son catalogue systématique des Lépi- doptères de l’Andalousie, pl. 11, fig. 3, une nouvelle Lithosia qu'il nomme Flaveola, et qui paraît très voisine de la Palleola, mais comme il n’a point publié de texte, il nest impossible de dire en quoi elle en diffère,

8. LITHOSIA BECKERI Men. Menetriès in litt.

Alæ anticæ elongatæ, æquilalæ, costa vix convexa, margine rotundato, supra pallidissime stramineæ, unicolores, sublus grèseo-nigræ, viltulis cos- tali et terminali vix latitudine fimbrice, stramineis. Ale posticæ supra albo- stramineæ, nervis anticis pallide griseis ; sublus vitta subcostali grisea. Thorax antennæque straminea, capile collareque vix ochraceis. Abdomen albo-stramineum, pilis dorsalibus subgriseis.

Je n'ai vu qu'un seul individu de cette nouvelle espèce, et je le dois à la bienveillance de M. Ménétriès. Elle me paraît très voisine de la Palleola et surtout de sa variété Arundineola, dont elle se distingue par le bord terminal des premières ailes arrondi, la couleur paille de ces ailes très pâle, parfaitement uniforme et à peine teintée d’ochracé au sommet de la côte, par le corps entier d'une teinte également uniforme, sans teinte jaune sur les côtés ni à l'extrémité de l'abdomen. Le mâle doit offrir quelques autres caractères.

Russie méridionale.

Je ne la trouve publiée nulle part, mais je lui conserve le nom sous lequel elle m'a été envoyée.

9. LITHOSIA ARIDEOLA Her.

Hering Ent. Zeit. 1844. Frey. p. 22, pl. 494, fig. 4. Herr.-Sch. 58-59 (an 572). Unita var. Herr.-Sch. 52-53 ?

Habitus Complanæ at paulo minor, alisque brevioribus. Anticæ angustæ, luteo-griseæ, parum nitentes, vilta costali æquilata ochracea, costa ipsa vividiore, fimbria nervorumque apice luteis; subtus griseæ, costa, fimbria,

L8 GUENÉE,

upiceque luteis, dilutis. Alæ posticæ stramineæ, margine anteriort late sed dilute, griseo, striga cellulari straminea, linea ante fimbriam diluta , ochracea. Caput collareque fulva. Thorax abdomenque grisea, ano lateri- busque luteis. Femina mari æqualis.

Nord de la Silésie, Poméranie, en août.

C’est de la Complana qu'elle se rapproche le plus, au moins par les dessins, car elle est plus petite, plus courte, d’un gris plus jaunâtre, moins plombé, moins luisant. Ses ailes sont généralement plus mates, moins épaisses et comme plus transparentes. Enfin, la côte des infé- rieures, largement lavée de gris et surtout l'absence du repli à celle des supérieures ne permettent pas la confusion.

Freyer représente la chenille, mais ne la décrit point. D'après sa figure, elle serait noire, parsemée de points ou taches inégales d'un gris de fer, avec une stigmatale jaune, étroite, et une large tache orangée, placée comme chez Palleola. La tête d'un jaune d’ocre. Elle a des mœurs tout à fait analogues à celles de cette dernière; c’est-à-dire qu'on la trouve, en juin, grimpée sur les tiges de lAÿra canescens et autres graminées.

La figure 52-53 de M. Herrich, qu'il rapporte à son Unita comme variété, représente notre espèce, pour ainsi dire, plus exactement que celles de son Arideola.

A0. LITHOSIA CANIOLA Hbh.

Hb. 220. Och. 1v, p. 196. Godart,v, p. 18 (in not.) Bdrv. icon. p. 99, pl. 57, f. 6. Dup. Supl. p. 22, pl. 2, fig. 1 «, b. Herr.- Sch. p. 160.

Alæ anticæ albo-griseæ, sericeæ, fimbria concolori, vitta costali albidiore, costa tenuissime fulva, versus medium convexa ; sublus jriseæ, margine terminali late albo. Ale posticæ albæ, vix luleo tinctæ, margine interno levissime griseo, diluto. Gaput collareque fulva. Thorax abdomenque mu- rina, ano in mare luteo, in fæmina concolori.

Commune dans la France centrale et méridionale, en juin. On la ren- contre dans l’intérieur des villes, des maisons, des édifices publics. Je l'ai trouvée jusque dans les galeries les plus élevées de la cathédrale de Chartres.

La chenille vit principalement, peut-être même exclusivement, sur les lichens qui croissent sur les murailles et surtout sur les tuiles des toits. Elle est d’un brun-terreux, avec une ligne vasculaire noire, et les sous- dorsales d'un orangé pâle, continues, mais étranglées dans les incisions et un peu liserées de noiràtre. La stigmatale est également orangée et

Lithosin. A9

continue, La tèle et les pattes sont noires. On la trouve en avril el mai, Je l'ai représentée dans l’Iconographie des chenilles de Duponchel.

Cette Lithosie ne varie pas et les individus du Midi ne diffèrent point de ceux du centre.

Il est peu probable que Albeola Hb. 284, se rapporte ici. Même en faisant la part de la grossièreté de la figure, il reste encore trop de diffé- rence pour qu’on puisse y reconnaître une Caniola.

Var, A. LACTEOLA Bdv. Icon. p. 400, pl. 58, fig. 4 (1834). Dup. Supl. p. 38, pl. 3, fig. 3.

Un peu plus petite, Côte, collier et extrémité de l'abdomen moins jaunes.

Corse el Sardaigne,

Non seulement cette Lithosie ne me semble pas spécifiquement diffé- rente de Caniola, mais c’est à peine si elle peut constituer une race bien distincte. On trouve chez nous des Caniola qui forment des passages très naturels,

11. LirHOstrA CosTALISs Zell.

Zeller Isis 1847. Mroosina Herr.-Sch. p. 159, fig. 54-56.

Je n’ai point vu cette espèce, qui paraît voisine de la Complana, mais plus grande, d’une coupe un peu différente, à bande costale plus étroite, avec un liseré jaunâtre au bord interne, etc.

M. Zeller l'a recue de Brousse et M. Herrich-Schæffer de Constanti- nople.

12. LITHOSIA COMPLANA Linn.

Linn. S. N. 445. F, S. 1153. Réaum. 1, p. 313, pl. 17, fig. 13-14 ? Geoff. 11, p. 191 (le manteau jaune). Wien.-Verz. C-4. Fab. 53. Esp. pl 92, fig. 8 (non 7) et pl. 185, fig. 9-11. Bork. 77. Engr. 301 4, c (le manteau à tête jaune). View. 2. Schr. 4507 (le 4 seul) Schw.-Kléem. p. 13, pl 2, fig. 10-14. Ochs. p. 129. God. V, p. 47, pl 41. Frey. pl. 380, fig. 4 et pl. 687, fig. 1. Dup. Supl. pl. 4, fig. 5. Fisch.-Rosl. p. 55, 104, pl. 42. —Herr.-Sch, p. 158. Depressa Wood. 104.

Alæ anticæ angustæ, fere œquilatæ, costa vix medio convexa, pallide plumbeo-griseæ, sericeæ, nitentes, vilta costali lata, lutea, usque ad api- cem œquilata, costa ipsa tenuissime fulva ; subtus obscuriores, vitta cos- tali integra margineque lato luteis, fasciculo versus medium coslæ squa- moso, plicalo. Alæ posticæ utrinque pallide ochraceæ, immaculatæ. Gaput collareque fulva. Thorax plumbeum. Abdomen semi-griseum semi-luteum. Pedes lutei. $ major, alis paulo latioribus.

Série, TOME I. fi

90 GUENÉE.

C'est la plus répandue des Lithosia et la plus commune dans nos con- trées. Elle vole abondamment, en juillet, autour des clématites en fleurs.

La chenille est très commune au premier printemps dans les feuilles sèches, elle se retire pendant le jour. Elle est d’un brun-terreux, à vasculaire et sous-dorsales noires, avec deux séries dorsales de taches ovales ferrugineuses, éclairées antérieurement et séparées entre elles par un petit point d’un gris blanc. La région latérale est plus pâle, avec des linéaments noirs, marqués, à la place de la stigmatale, de traits fau- ves, isolés, très fins. La tête est noire. Elle vit sur les lichens des arbres et surtout des chênes.

Un caractère qui fera sûrement reconnaitre cette espèce et dont per- sonne n’a parlé jusqu'ici, c’est un bandeau d’écailles grossières qui est placé sous le milieu de la côte des premières ailes et qui y forme une espèce de repli. Ce caractère n'existe que chez le mâle et ne se rencontre que chez cette Lithosie et la suivante.

La synonymie présente quelques incertitudes. Le peu qu'en dit Réau- mur s’y applique assez mal, puisque, suivant lui, la téte et le corselet sont d’un jaune de feuille morte. Geoffroy, qui se réfère à Réaumur, dit qu'elle est d’un blanc gris en dessus et en dessous. Linné renvoie à la figure de Clerck qui représente lAbrostola Triplasia. Enfin, Hubner, qui représente bien la chenille, donne sous le même nom un papillon qui appartient à la Plumbeola et ne figure point celui-ci, omis- sion très remarquable pour une espèce si commune. Ces différentes erreurs doivent sans doute être attribuées, pour les anciens auteurs, au peu de précision qui régnait dans les descriptions de leur temps, et pour le dernier, à une confusion entre les deux espèces.

43. LITHOSIA MOLYBDEOLA Gn.

Alæ anticæ angustæ, fere æquilatæ, costa vix convexa, plumbeo-sericeæ, vitta costalÿ angustiori, vivide fulva, ad apicem decrescente; sublus ni- griores, fasciculo costali squamoso, plicato, dimidioque costæ fulvis. Ale postlicæ pallide plumbeæ, margine (plus minusve lato) ochraceo. Gaput et collare vivède fulva. Thorax abdomenque plumbea, ano ochraceo. Fæœ- mina vix manor, obscurior, ano vix ochraceo.

Mon excellent ami, M. Henry Doubleday, m'ayant envoyé une série de Lithosies de la Grande-Bretagne pour le présent travail, je trouvai parmi ses Complana deux individus qui me parurent en différer spécifiquement. Ils avaient été trouvés dans une bruyère, près de Warrington (Lancashire). Sur mon invitation, M. Doubleday pressa son correspondant de chercher

Lilhosia. 51

ia chenille et de nouveaux individus de papillons. Sur le premier point ses recherches furent infructueuses, mais il recueillit une grande quantité d'insectes parfaits, et j'en ai sous les yeux une vingtaine qui présentent tous les mêmes caractères, et me confirment dans l'opinion que cette espèce est probablement distincte de la Complana. Toutelois, la question ne peut être jugée en dernier ressort que par la découverte des premiers états.

La Molybdeola est intermédiaire entre Complana et Plumbeola: elle à la coupe de la première et la couleur de la seconde, un peu plus lui- sante toutefois. On la distingue de la Complana par sa leinte plus foncée, la bandelette costale jaune beaucoup plus étroite et finissant en pointe avant d’arriver à l’apex, comme chez la Plumnbeola. Les ailes inférieures toujours fortement lavées de gris au bord interne : cette couleur s'éten- dant même très souvent sur toute leur surface, et ne laissant alors d’ocracé, qu'une bordure assez large, qui s'engage dans un sinus, entre la nervure médiane et l’interne. La tête et le collier d’un jaune très vif; le thorax et l'abdomen plombés : ce dernier ne laissant de jaune qu'à l'extrémité, encore ce jaune est-il ordinairement très mêlé de gris. La femelle surtout à à peine du jaune à l’anus, Elle est de la même taille, ou même plus petite que le mâle.

On distinguera encore plus facilement cette espèce de la Plumbeola, par la coupe des ailes tout à fait semblable à celle de Complana, le gris aussi luisant, la bandelette costale plus étroite et plus vive, la frange teintée de gris, le collier unicolore, les ailes inférieures plombées, mais surtout par la présence du repli squameux de la côte des premières ailes.

La Molybdeola varie beaucoup plus que la Complana. Elle habite les plaines basses et marécageuses, et sa chenille vit probablement sur les lichens qui s’attachent aux tiges des bruyères ou qui tapissent les pier- res dont elles sont parsemées. Nul doute qu’en la cherchant dans des localités analogues à celles du nord de l'Angleterre, on ne la retrouve en France et dans d’autres contrées de l’Europe.

44. LITHOSIA PLUMBEOLA Hb.

Albin. pl. 70 6, h (1749). Hb. 100. Herr.-Sch. p. 458. Luri- deola Zinck. Somm. Allg. Litterz. 1817, p. 68. Treits. Sup. x, p. 162. Frey. pl. 637. Dup. Gn. chenilles. Complanula Bdv. ic. p. 97. Dup. Sup. p. 15, pl. 1, fig. 4. Complana & Esper, pl. 92, fig. (non 8). Haw. p. 147, 3. Wood. 100.

Alæ anticæ latiusculæ, costa post medium convexa, moœ'gine rotundato, saturate murinæ, vitta costali lutea versus apicem acutissima, fimbria

59 GUENÉE.

strigaque basali luteis. Alæ poslicæ ochraceæ. Caput fulvum. GCollare griseo maculatum. Thorax abdomenque mwrina, segmento anali apud marem, apice ani apud fœminem, luteis.

Cette Lithosie, la plus commune après Complana, et même plus com- mune qu'elle dans plusieurs contrées, en est sans doute un peu voisine ; mais on est allé beaucoup trop loin, en disant que leurs chenilles seules pouvaient les faire distinguer. La coupe d'ailes très différente, le collier, l'abdomen, et par dessus tout l'absence du fascicule d’écailles sous-costal, suffisent pour les séparer avec certitude.

La chenille est entièrement noire, avec une bande stigmatale d’un fauve-rouge, qui va du au 10° anneau. Elle vit avec Complana et à les mêmes mœurs.

Il peut rester quelques doutes sur la figure de Hubner, qui représente le collier sans taches et la bande costale d’égale largeur. Néanmoins, je crois, avec M. H.-Schæffer, que c’est bien ici que se rapporte sa figure 100.

45. LITHOSIA GRISEOLA Hb.

Le manteau bordé. Engr. 303 à, b, c, d (1788). Griscola Hb. 97. Och. p. 128. Haw. p. 147, 2. Sepp. 1v, pl 16. Frey. pl. 380, fig. 2. Steph. p. 96. Bdv. ic. p. 95, pl. 57, fig. 5. Dup. Sup. p. 24, pl 1, fig. 3. Wood. 102, Herr.-Sch. p. 160.

Magna. Alæ anticæ latæw, costa valdè convexa, suprà plumbeæ, sericeæ, fombria pallidiore, vilta costali luteo-diluta, ante apicem desinente ; subtus plumbeæ, margine latissime griseo-lutescente, vilta costali lutea, costa basi nigra; fasciculum squamosum luleum superante. Alæ posticæ griseæ, plus- minusve ochraceo tinctæ, sublus ochraceæ, margine interno griseo. Corpus plumbeum, capite anoque luteis.

Commune dans presque toute l’Europe, dans les plus petits bois, en juillet : aime les endroits frais, ombragés et même humides.

Elle varie pour la teinte, surtout aux ailes inférieures. J'ai un mâle qui les a entièrement d’un ocracé pur. Chez les individus elles sont gri- ses, le disque est presque toujours plus jaune, jusqu’à la disco-cellulaire qui forme alors un long trait clair. Enfin, je possède un exemplaire, dont le thorax est d’un jaune pur, sans aucune trace de gris. Il faut observer, en outre, que le collier est tantôt entièrement jaune, tantôt largement taché de gris-plombé.

La chenille est noire, avec une double ligne dorsale fauve, composée de taches irrégulières. Sur les premiers anneaux, ces deux lignes deviennent confluentes. Les poils sont beaucoup plus longs que chez

Lithosia. 29

Complana. La tête est d'un noir luisant. Elle vit sur les lichens des arbres et est beaucoup plus difficile à trouver, au moins chez nous, que cette dernière,

Jar. À. STRAMINEOLA Doubleday Zoolog, 19144. Flava Haw.p. 147, n°4. Steph. p. 95 Wood. 99. Plumbeolata Wood 103 ?

Tout l’insecte d’un jaune-paille sale de part et d'autre, sans autre mélange de gris qu’une très légère teinte sur l'abdomen et parfois sur le thorax.

Gette belle variété n’a encore été trouvée qu'en Angleterre, principale- ment dans les lieux marécageux. Elle est beaucoup plus rare que le type et en paraît, au premier abord, très différente; mais si on étudie attentivement les caractères organiques , la forme des ailes, le faisceau squameux qui recouvre le réceptacle du frein, la forme du corps, etc., on n'observe aucune différence avec la Gréseola ordinaire.

Les auteurs anglais ont voulu y reconnaître la Lithosia Flava de Fabri- cius (Supl. 9.) qui me paraît plutôt être une des variétés de Palleola. Mais il est impossible de rien conclure d’une description aussi courte. Du reste, Fabricius dit que Flava habite l'Italie, nouveau motif de doute, la Gréseola étant plutôt une espèce boréale.

16. LITHOSIA DEPLANA Esp.

Esper. p. 97, pl. 93, fig. 1-2 (1786). Non Lin. nec Fab, Le manteau livide. Engr. 302 a, b, c. Gomplana Var. Schr. p. 313. Bork. 78. Helvola Hb. 95 (non Clerck). Helveola Och. p. 133. Steph. p. 94. Wood. 98. Frey. pl. 380, fig. 5. Bdv. Icon. p. 402, pl. 57, fig. 8 Dup. Sup. p. 24, pl 2, fig. 2 Herr.-Sch. p. 459. ® Depressa Esp. pl. 93, fig. 3. Bork. 79. Och. p. 132. Treits. Sup. x, p. 164. Frey. pl. 380, fig. 6. Bdv. Ic. p. 1014, pl. 57, fig. 7. Dup. Sup. p. 18, pl. 4, fig. 6. Herr.-Sch. p. 159. Ochreola Hb. 96. Gélvcola Wood 97 ?

Mas : Alæ anticæ æquilatæ, margine rolundato, farinosæ, pallide ochra- ceo-grisecæ, vita terminali grisea, sericea, fimbria costæque initio luteis; fasciculo subcostali squamoso prope basim. Alæ poslicæ primoribus con- colores, villa latiori grisea. Caput thoraxque vividè fulva, humeris pallide Lerminatis. Antenne valde ciliatæ. Fæmina valde differt, alis anticis ubique sericeis, salwratè griseis, villa costali lutea, costa convexa; alis posticis vix pallidioribus, villa terminali deficiente.

C'est seulement dans ces derniers temps qu'on à reconnu pour Îles

»! GUENÉE, Lithosta.

deux sexes d’une méme espèce les Lithosia Deplana (Helveola) et Depressa. Elles sont, en effet, tellement différentes, qu'il était difficile de le supposer. Le mâle se distingue nettement des autres Léthosia par les ailes supérieures, dont les trois quarts sont revêtus d’écailles relevées qui leur donnent un aspect farineux ou velouté; elles portent, en outre, sous la nervure sous-costale, près de la base, une petit fascicule d’écailles encore plus développées. Enfin, ses antennes sont garnies de cils très longs et fortement recourbés. La femelle, au contraire, ne diffère en rien des autres Lithosies sous tous ces rapports.

La Deplana habite la Suisse, l'Allemagne, l'Angleterre et même la France, mais elle est très localisée partout. Les environs de Norwich en Angleterre et la Touraine en France sont, je crois, les deux seules localités ou elles aient été rencontrées dans ces deux derniers pays.

Inutile de dire qu'il ne faut pas confondre cette espèce avec la Deplana de Linné et de Fabricius, qui n’est autre que le mâle de la Quadra, et doit ainsi être rayée du vocabulaire entomologique.

Var. A. UNICOLORA.

Belle variété femelle, dont les premières ailes sont entièrement d’un jaune d’ocre vif, uni, absolument comme chez Unila (Aureola). Les secondes ailes sont également d’un jaune d’ocre uniforme, mais plus pâle.

Elle m'a été communiquée par M. Doubleday, avec d’autres individus formant passage. Elle est absolument à la Deplana ce que la var. Stra- mincola est à la Griseola, et me fournit une nouvelle preuve à l'appui de la réunion de ces deux dernières.

Var. B. FOEMINEA.

Variélé mâle, absolument de la même couleur que la femelle, et lui ressemblant à la côte près. Ailes inférieures d’un gris uni et sans appa- rence de bande terminale.

Prusse. Collection de M. Bellier.

Cette curieuse variété, si elle était plus commune, aurait pu prolonger Pillusion qui avait fait croire à l’existence de deux espèces,

DESCRIPTION pe QUELQUES HÉMIPTÈRES NOUVEAUX.

Par M. le Dr SIGNORET. {Séance du 9 Janvier 1861.)

Genre ELVISURA Spin. Essai sur les Hémipl. p. 358, Gènes, 1837.

1. E. SPINOLLÆ Sign. Long. 16 mill., larg. 9 mill. Indes. (PL 2, fig. 2).

L'espèce dont je vais parler ici, fait partie d’un genre peu connu jus- qu'à ce jour et fondé par Spinola ; je veux parler du genre E/visura, créé par lui sur un individu provenant du Sénégal, tandis que celui dont je donne aujourd’hui la figure est des Indes.

D'un noir brillant, recouvert sur la tête, le prothorax, lécusson, et surtout sur l'abdomen, d’une pubescence d'un gris poussiéreux. Protho- rax présentant des macules arrondies jaunes, et quelques-unes égale- ment sur lécusson.

Tête épaisse, arrondie en avant, lobe médian, ne dépassant pas les latéraux ; bords latéraux faiblement sinueux, yeux peu saillants ; ocelles à égale distance des yeux et de la ligne médiane et assez rapprochés du bord postérieur ; toute la tête, en dessus, comme en dessous, est recou- verte de la pubescence grisàtre dont il est parlé, moins quelques faibles portions convexes : cette pubescence enlevée laisse voir une ponctuation excessivement fine. Prothorax avec le bord antérieur droit, les latéraux a peine sinueux, le bord postérieur fortement arrondi et s'étendant sur lécusson; angles postérieurs obtusément arrondis; près du bord anté- rieur quelques dépressions, dans lesquelles existe la pubescence grisà- tre, ainsi que sur les côtés et en arrière des angles postérieurs ; sur son disque quelques petites taches arrondies jaunâtres. Écusson à extrémité acuminée, atteignant l'extrémité de l’abdomen et présentant une forte carène médiane; de chaque côté, près des bords latéraux, des dépres- sions recouvertes de la même pubescence; et sur le disque 6 à 7 petites taches jaunâtres, analogues à celles du prothorax, et vers les deux tiers une fascie jaunâtre ponctuée, Élytres débordant faiblement l’écusson. Ab- domen avec un fort sillon médian, et recouvert d’une pubescence d’un gris soyeux, très abondante. Pattes courtes, épaisses, recouvertes de [a même pubescence,

26 V. SIGNORET.

2. SPARTOCERA QUADRICOLLIS Sign, Long. 25 mill. —Jurimaquas, Pérou.

D'un brun jaunâtre avec les angles thoraciques saillants, largement an- guleux ; le thorax formant un bord concave dentelé en avant de l'angle thoracique et postérieurement convexe; le disque antérieur incliné en avant, le postérieur horizontal et présentant en avant du bord postérieur une tubérosité transversale. Antennes courtes, le deuxième article le plus long, le quatrième le plus court,

Cette espèce se rapproche beaucoup de la Sp. mæsta Fab., dont elle se distingue facilement par la forme carrée transverse du disque postérieur du prothorax et par la couleur d’un brun ferrugineux uniforme.

3. SPARTOCERA TRILINEATA Sign. Long. 18 mill. Moyabamba, Pérou.

Cette espèce se rapproche beaucoup de la Sp. sculpta Perty, mais en diffère par le thorax, moins rugueux, par les angles postérieurs moins an- guleux, par la couleur d’un brun noirâtre plus uniforme.

D'un brun noirâtre, avec les bords latéraux et postérieurs du prothorax, trois lignes discoïdales, une médiane et deux latérales de chaque côté des tubercules discoïdaux, une série de macules sur les bords latéraux de l'abdomen, jaunes. Antennes avec le deuxième article le plus long, les autres à peu près d’égale longueur.

h. MOLCHINA SPINOSA Sign. Long. 30 mill. Jurimaquas, Pérou.

Cette espèce ressemble beaucoup à la M. compressicornis Fab., mais en diffère par les angles thoraciques prolongés en une épine transversale recourbée en arrière, et par la tache médiane des élytres plus importante ; du reste, même forme et même couleur.

D. SUNDARUS FLAVICOLLIS Sign. Long. 20 mill. Moyabamba, Pérou.

De même grandeur, même forme et couleur que le Sund. regalis Hope (Sund. venialor À, et S.); en diffère par la couleur uniforme du prothorax et par l'abdomen d’un beau bleu métallique avec les bords latéraux jaunes, et par la forme de la dilatation thoracique, laquelle ici a lieu dans tout le bord latéral, tandis que dans l'espèce citée elle ne comprend que les deux tiers postérieurs du bord; ici elle est plus large et moins allongée.

6. SUNDARUS ACUTUS Sign. Long. 20 mill. Moyabamba, Pérou.

Gette espèce se distingue facilement des précédentes par la dilatation du prothorax qui ici est en aile, finissant par un angle aigu et non arrondi

Hémipteres nouveaux. 97

comme dans les autres; de plus, par la couleur, le prothorax d’un jaune- rougeàtre, avec trois macules antérieures noires, etc. Poitrine et abdomen également d'un jaune rougeâtre, présentant, le premier, deux macules latérales, une de chaque côté du sternum; les bords latéraux de labdo- men noirs sur les trois premiers segments, le quatrième segment entière- ment jaune excepté à la base, le cinquième présentant une large macule basilaire envahissant presque toute la surface du segment, Pattes entière- ment jaunes.

Genre HirACIA Walker. Cat. of. hom. Coll. in Borneo 1857. 154.

7. H. LAGERDE Sign, Long. 14 mill., larg. 6 mill Bahia. (PI 2, fig. 3.)

Corps en ovale allongé. D'un brun olivàtre, ponctué sur les élytres de macules noires. Tête avec les rebords faiblement carénés, anguleux en avant, présentant sur le vertex une carène médiane, de chaque côté vers le bord postérieur une faible excavation ; front avec une carène médiane faible, et une carène latérale en fer à cheval, dont les branches viennent se perdre au niveau des antennes; celles-ci très petites. Rostre atteignant à peine les jambes postérieures. Prothorax, avec le bord antérieur pres- que droit, le postérieur concave et présentant une forte carène médiane. Écusson tricaréné, les latéraux en fer à cheval antérieurement, près du bord postérieur un petit point enfoncé. Élytres, avec des nervures très saillantes et épaisses, avec de nombreuses anastomoses vers le bord apical, et présentant des macules noires : une formant fascie vers la base et une vers le tiers apical ; en outre, de nombreux points noirs pla- cés sur les nervures. Abdomen d’un brun jaunâtre, avec de petits points noirs latéraux, oviducte très grand dépassant les élytres. Pattes brunes, les tibias postérieurs présentant 4 épines externes, sans compter celles du sommet des libias, au nombre de 6 à 7.

8. I. WALKERI Sign. Long. 7 mill, larg. 3 mill. Indes. (PL 2, fig. 4.)

D'un gris Jaunâtre, avec deux macules noires sur les élytres. Tête faiblement anguleuse en avant, présentant une carène médiane sur le front. Vertex creusé en goutlière, avec les bords fortement carénés, bord postérieur concave. Prothorax anguleux, arrondi en avant, présen- tant un grand nombre de petites tubérosités le long du bord antérieur et sur son disque, et une impression médiane transverse, Écusson faible- ment tricaréné. Élytres avec les nervures sans anastomoses, mais faible- ment réticulée: dans l'intervalle, Abdomen jaunàtre, plus court que les

»8 V. SIGNORET. Hémipteres nouveaux.

élytres. Pattes jaunes, très longues ; les tibias postérieurs offrant aux côtés externes 7 épines, ce qui différencie surtout cette espèce de celle de M. Walker,

Genre AGROMETOPUM Stäl. Af. K. Vel. Akad. (1855).

9, ACROMETOPUM SENEGALENSE Sign. Long. 4 mill., larg. 2 mill. à peine, Sénégal. (PI 9, fig. 5.)

Je viens ajouter une nouvelle espèce à ce genre intéressant, ce qui, avec celle décrite déjà par moi dans ma Faune des Hémiptères de Mada- gascar, Ann, Soc. 1860, et celle de M. Stäl, la costatipenne de Caffrerie, porte à trois le nombre des espèces.

Globuleux, d’un gris jaunâtre. Tête arrondie en avant; vertex faible- ment caréné sur les côtés et une carène médiane à peine visible; front à 4 faceltes, avec une carène médiane et une circulaire de chaque côté : lesquelles sont réunies au sommet. Prothorax très étroit, tricaréné. Écusson grand, tricaréné. Élytres avec des nervures saillantes, faible- ment ponctuées de noir; vers le bord externe une macule noire. Abdo- men brunâtre. Pattes brunâtres, maculées de jaunes : les tibias aplatis, à peine dilatés : les postérieurs présentant deux épines au côté externe,

Cette espèce offre des différences qui pourraient paraitre suffisantes à d’autres auteurs pour former un genre, mais je trouve que la création d’un genre nouveau, lorsqu'il n'y a pas nécessité, ne fait qu'embrouiller et rendre de plus en plus difficile l'étude de l'histoire naturelle, aussi ne saurais-je approuver la manie, oserais-je dire, de quelques auteurs alle- mands, qui bientôt créeront autant de genres qu'il y aura d'espèces, comme on peut le voir dans quelques ouvrages récents sur les Hémip- tères.

ESSAI sur la

FAUNE ENTOMOLOGIQUE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE BALADE)

Et des îles des Pins, Art. Rifu. ete,

Par le Révérend Père MONTROUZIER.

HEMIPTÈRES (1). {Séance du 9 Janvier 1861.)

1. COLEOTRICHUS MARGINATUS Sign. Ayrtensis Montr. Mss. Long. 14 mill., larg. 8 mill. Nouvelle-Calédonie.

De même grandeur que le Lynceum, mais plus aplati et moins acu- miné postérieurement, Jaune ponctué de brun en-dessus, brun noirâtre en-dessous, avec les bords latéraux jaunes. Tête plus large que longue. jaune, avec le lobe médian et la base ponctués de noir. Antennes noires, avec le second article le plus court. Rostre noir, ne dépassant pas les trochanters postérieurs. Prothorax, avec les côtés latéraux jaunes, Île disque offrant des bandes obsolètes transverses, alternativement jaunes et brunes, sur le milieu une ligne médiane jaune, Écusson dépassant extrémité de l'abdomen, présentant également les mêmes bandes obso- lètes du prothorax, alternativement brunes et jaunes, ponctuées de noir. Dessous du corps noirâtre avec les carènes sternales jaunes. Pattes noires,

2. CALLIDEA ELEGANS Montrouzier. Long. 43 mil, larg. 7 4/2 mill, Lifu.

Ovale convexe, Tête bleu-noir, pubescente. Partie antérieure et côtés

(1) L'éloignement du père Montrouzier de tout centre scientifique ne lui ayant! pas toujours permis de rapporter ses espèces aux véritables genres auxquels elles appartiennent et quelquefois même de connaître certains types précédemment décrits, notre collègue M. le docteur Signoret a bien voulu revoir el compléter les deserip- tions des Hémiplères, les classer dans leurs groupes véritables, el la plupart du Leimps il a pu faire ce Travail avec les {ypes mêmes de l'auteur E. D.

LL

60 MONTROUZIER.

du corselet jaunes. Base, côtés, jusqu'aux deux tiers de l’écusson de même couleur, ainsi que deux taches sur le limbe de ce dernier, vers le dernier tiers. Pattes jaunes. Côtés de l'abdomen jaunes. Le reste du dessus du corps, la poitrine et l'abdomen bleu-métallique. Les deux premiers articles des antennes jaunes, les suivants noirs.

La forme générale du corps rappelle la Call. Senator de Fabricius mais se rapproche encore plus de la G. Basalis Gray, dont elle pourrait, n'être qu'une variété. La tête est triangulaire, pointue, convexe, finement pointillée, marquée de deux sillons longitudinaux qui partent de lori- gine du rostre, se dirigent parallèlement vers la face, semblent se per- dre, reparaissent en s’éloignant vers le front et se rapprochent sur le vertex, pubescente. Le rostre est long, dépassant la troisième paire de pattes, noir. La gaine est jaune, rembrunie au bout, Les yeux sont grands, saillants; les ocelles espacés. Les deux premiers articles des antennes courts, cylindriques ; le troisième un peu plus long, subaplati ; les deux derniers plus longs, égaux entre eux, aplatis. Le corselet transversal, convexe, échancré en avant, arqué en dedans à la base, saillant sur les côtés en un angle qui le partage inégalement, finement pointillé, marqué d'un O transversal derrière les angles antérieurs, est pubescent. L’écus- son convexe, atténué insensiblement sur la première moitié des côtés, puis plus brusquement rétréci, tronqué au bout, offre à la base une saillie en arc de cercle, est finement pointillé, pubescent.

Quant à la coloration, elle est fort variable, Il n’y a de constamment bleu que la tête, la poitrine, l'abdomen, la base du corselet, le milieu du limbe, le bout des élytres et les derniers articles des antennes, Il n'y a de constamment jaune que les deux premiers articles des anten- nes, les pattes, les côtés de l'abdomen, le bord antérieur et les côtés du corselet, la base, les côtés jusqu'aux deux tiers et deux taches sur le limbe de l’écusson, Mais selon que le jaune ou le noir s'étend plus ou moins, il se forme une foule de nuances, qui font qu'on à peine à trouver deux individus d’une coloration identique.

3. SCUTELLERA GRANDIS Thunberg. Arrogans Montr. Mss. C. sea- maculata Leach, Miscell. Zool. PI 14, Long. 12 mill., larg. 40 mill. Lifu.

h. TEGTOCORIS BANCKSII Fab, Scutellera Laporte (1852). Lifu,

Cette espèce, que j'ai minutieusement décrite avec ses variations, dans mon travail sur les insectes de Woodlark, et que j'ai trouvée à l'ile des Pins, en Nouvelle - Calédonie, au nord et au sud, à File d’Art et enfin à Lifu, que Cuminghand a aussi, je crois, rencontrée dans le nord

Hémiptères de la Nouvelle-CGalédonte. 61

de l'Australie, offre ici des teintes plutôt vertes que bleues. Elle vit sur l'Hibiscus tiliaceus des voyageurs qui, soit dit en passant, a les feuilles très entières et non dentées, comme le tilleul, ni comme lespèce

typique.

5. Ponors GEoPHiLus Montr.— Long. 6 mill., larg. 3 4/2 mill. Nouvelle- Calédonie et Nouvelle-Hollande (Coll. Signoret).

Jaune ponctué de noir, avec la tête et le bord du prothorax noirâtre.

Cette espèce, pour la forme et la taille, se rapproche beaucoup du Podops dubius Pal. Beauvois. Tète plus large que longue, le lobe médian plus court que les latéraux. Yeux très pédonculés. Antennes noirâtres, insérées dans une forte échancrure, le bord de celle-ci formant une dent au-dessus des yeux. Rostre jaune. Prothorax fortement tubereu- leux sur le disque antérieur; celui-ci séparé du postérieur par un fort sillon. Côtés sinueux, présentant à la terminaison du sillon transverse, une petite dent et une autre à langle antérieur au-dessous des yeux. Angles postérieurs arrondis. Écusson atteignant presque l'extrémité abdo- minale, sinueux sur les côtés. Poitrine et abdomen noirs : celui-ci jaunà- tre sur les bords, avec les stigmates noirs. Pattes jaunes, avec les genoux noirâtres.

6. HETEROPUS MELACANTHUM Boisduval. Voyage de l’Astrolabe, 628. Long. Q mill., larg. 4 1/2 mill. Lifu.

La description de M. Boisduval (Faune Ent. de l'Océan, p. 628), me paraît exacte dans l’ensemble, Elle ne s'applique cependant pas à mon insecte dans tous ses détails. Peut-être ce dernier est-il une variété ? La tête est allongée, coupée presque carrément au bout, à peu près droite, munie de deux sillons parallèles partant de la base du rostre, couverte de points enfoncés, irrégulièrement disséminés; d’un brun fer- rugineux bronzé. Les yeux sont grands, saillants, arrondis. Les ocelles, placés un peu en arrière, peu visibles. Les antennes jaunes. Le rostre jaune pâle, ferrugineux au bout, dépasse à peine la deuxième paire de pattes. Le corselet étroit en avant, légèrement échancré sur les côtés, terminé latéralement par une épine droite échancrée en arrière, droit à la base, est convexe sur l'arrière, incliné à la partie antérieure. Le fond est jaune foncé, les côtés antérieurs bordés de jaune pâle, le bord anté- rieur plus foncé, avec quelques taches jaune pâle, les épines latérales d’un noir bleu. Il est couvert de gros points enfoncés noirâtres. L’écusson jaune foncé, couverts de points enfoncés, plus rares sur le milieu, rem- brunis à la base, à l'extrémité arrondie, lisse, d’un jaune pâle. La partie coriace des élytres jaune, couverte de points enfoncés, plus serrés sur

62 MONTROUZIER.

les bords, surtout sur l’externe, à l'angle extérieur largement teint de rouge-brun. La partie membraneuse à deux taches diaphanes. Les ailes sont vert-violet, irisées. Le dessous du cou et les pattes sont d’un jaune pâle. Le reste du dessous du corps est d’un jaune-brun marbré de gris. Cette Pentatome, que j'ai décrite, mais qui n’a pas été publiée dans ma Faune Ent. de Woodlark, se trouve à Woodlark, Nouvelle-Calédonie, à Lifu. Elle vit de chenilles, de larves qu'elle tue et dont elle suce le sang.

7. BRACHYPLATYS VANIKORENSIS Boisduval, Voy. Astrol., 627. (1832), PI, 11, Ê 6. Art.

8. ÆTaHus NuMEENsiS Montr, Long. 41 mill., larg. 6 mill. Nouvelle- Calédonie.

Noir sur le corps. Noir-poix sur les élytres. Marginé sur le prothorax et les élytres de blanc jaunûtre.

Un des plus grands Æthus; se distingue de suite de toutes les autres espèces, par la bordure blanche dont il est orné.

Tête arrondie en avant, légèrement rebordée, Antennes d’un noir de poix, le quatrième article jaunâtre, Rostre couleur poix. Prothorax lisse, avec une rangée de points, transverse au milieu, et quelques petits points vers le bord antérieur. Écusson lisse, avec quelques gros points disséminés sur son disque. Élytres couleur poix, ponctuées et bordées comme le prothorax d’une ligne blanchâtre. Abdomen noir, marginé de blanc jaunâtre. Pattes noir de poix, recouvertes d'épines, les tibias anté- rieurs légèrement dilatés. (Signoret).

9. Æraus LiFUANUS (Mihi). Long. 6 mill., larg. 4 mill. Liu.

D'un noir luisant. Partie membraneuse des élytres brune. La tête est arrondie en avant, rebordée, garnie de poils fauves, assez iongs. Les yeux sont transversaux. Les ocelles voisins des yeux. Le corselet transversal, un peu plus étroit en avant, muni d’un petit rebord sur les côtés, lisse en avant et en arrière, pointillé inégalement sur le milieu. L'écusson est grand, échancré sur les côtés vers l’extrémité, arrondi au bout, pointillé en-dessus. La partie coriace des élytres pointillée est plus grande que la membrane: celle-ci dépasse un peu l'abdomen. Le rostre n'atteint pas la deuxième paire de pieds. Le dessous du corps est noir, lisse. Les pieds d’un rouge-ferrugineux obscur.

A terre, sous les débris de végétaux. Répand une odeur fétide. Tache les doigs en jaune (1).

(1) Cette espèce me parait très voisine de la letospermi White. (Signoret.)

Hémiptères de la Nouvelle-CGalédonie. 65

10. SPUDOEUS PUNCTATISSIMUS (Mihi). Long. 18 mill., larg. 9 mill. Balade.

Jaune varié de brun avec de forts points enfoncés noirs.

Tête deux fois plus longue que large ; le lobe médian le plus long, très ponctuée, excepté le lobe médian ; une ligne jaune imponctuée, par- tant de l'extrémité antérieure de celui-ci, se continue jusqu'à la base du prothorax. Antennes très longues, le premier article le plus petit et attei- gnant l'extrémité de la tête. Rostre très long, atteignant le dernier seg- ment abdominal. Prothorax plus large que long, les côtés très sinueux les angles postérieurs aigus. Écusson tuberculeux à la base et jaune à l'extrémité ; celle-ci imponctué. Élytres avec de larges espaces jaunes imponctués, le reste, au contraire, très ponctué. Abdomen noirâtre avec deux bandes latérales et les bords jaunes. Pattes brunes, jaunes à la base. (Signoret).

11. SPUDOEUS FOETIDUM (Mihi). Long. 18 mill., larg. 9 mill Woodlark.

Jaune ponctué de noir verdâtre, avec deux macules, noir verdàtre à la base de l’écusson.

Tête plus longue que large, très sinuée sur les côtés, lobe médian plus long que les latéraux. Yeux très pédonculés ; vertex présentant entre les yeux deux lignes longitudinales noires. Prothorax sinueux, dentelé sur les côtés, angles postérieurs en pointe épineuse noir ; base du prothorax avec quatre larmes noirâtres, appuyée au bord postérieur. Écusson long. Élytres plus finement ponctuées. Membrane translucide, avec six fortes nervures brunes. Abdomen jaune avec deux bandes latérales noirâtres. Pattes noires, excepté à la base. (Signoret).

12. PENTATOMA BRUNNIPENNIS (Mihi). Long. 9 mil, larg. 6 mill. Lifu.

Ovale, rugueuse, verte, bout de l’écusson jaune. Partie coriace des élytres brune, excepté au bord extérieur qui est vert. Rostre dépassant la dernière paire des pieds. Milieu de l'abdomen blanchâtre.

Obs. De même grandeur que le P. fimbriata Fabricius, dont elle se rapproche beaucoup; en diffère par son épaisseur plus forte et par le vert uniforme du corps. (Signoret).

13. PENTATOMA BASIVENTRIS Signoret., Inconspicuum Montr. Mss. (Nom

servant déjà pour une espèce de M. Dallas). Long. 11 mill., larg. 6 mill. Balade.

Jaune maculé de points enfoncés bruns, plus ou moins confluents. Abdo- men noir, avec la base jaune.

6/ MONTROUZIER,

Tête noire. Antennes jaunes. Rostre atteignant les jambes postérieures jaune ; les deux derniers articles plus épais et noirâtres. Prothorax très rugueux, les côtés presque droits, les angles postérieurs subépineux. Élytres plus finement ponctuées. Membrane jaunâtre, sept à huit nervures. Abdomen en-dessus présentant de chaque côté un petit point noir à la base de chaque segment, dessous noiràtre, avec une large macule dis- coïdale à la base et les côlés jaunes. Pattes jaunes ponctuées de noir. (Signoret).

44. PENTATOMA PUNCTUM. (Mihi). Long. 13 mill., larg, 8 mill. Lifu.

Verte avec la bordure antérieure du corselet jaune et une bande d’un vert pomme sur le limbe, transversale. Base de lécusson et milieu des ailes blanchâtres. Un petit point noir sur chaque élytre à la jonction des parties coriace et membraneuse et à la hauteur de la pointe de l’écusson. Pieds veris. Dessous du corps fauve, avec les côtés de la poitrine et le bout de l'abdomen, verts. Rostre atteignant la dernière paire des pieds, vert ainsi que les antennes. Dessous du corps couvert de points enfon- cés. Ailes dépassant un peu l'abdomen.

Get insecte se trouve aussi à Woodlark. Cest par oubli qu'il n’a pas été décrit avec les autres Pentatomes de cette île; mais il y offre une petite différence, étant dépourvu de points noirs sur les ailes.

15, PENTATOMA BoITARDI (Mihi). Long. 14 mill., larg. 8 mill. Balade (Nouvelle-Calédonie).

D'un jaune brunätre, fortement ponctué de noir.

Tête presque noire. Yeux saillants. Antennes jaunes, les quatrième el cinquième articles les plus longs et les plus obscures, excepté à la base. Rostre long, jaune, avec le sommet noir. Prothorax rigueux avec les angles antérieurs présentant une faible expansion jaune. Bord antérieur jaune. Angles postérieurs subanguleux. Abdomen alternativement noir et jaune sur les côtés. Dessous noir, avec une macule latérale jaune sur chaque segment, Pattes brunes, jaunes à la base.

16. PENTATOMA PERROUDI (Mihi). Long. 7 mill., larg. 4 mill. Art.

Vert avec deux macules jaunes au dessus des angles postérieurs du prothorax.

Une des plus petites espèces ; viendrait se placer près du fibulaitum Germar. D'un vert jaunâtre un peu plus foncé sur les élytres. Tête avec les sutures lobaires et la base noire, Antennes avec le sommet des troi- sième, quatrième et cinquième articles noirâtres. Rostre jaune, noir à

Hémipleres de la Nouvelle-Calédonie. 65

l'extrémité et atteignant le premier segment abdominal, Prothorax avec le bord antérieur et deux macules latérales au-dessus des angles posté-

rieurs jaunes. Angles postérieurs obtus. Dessous d’un vert jaunâtre uni- forme. (Signoret).

17. RHAPHYGASTER SULCATUM (Mihi). Long. 45 mill., larg. 9 mill, Lifu. Variété,

18. BATHYCOELIA LONGIROSTRIS (Mihi). Longueur du corps, 20 mill., larg. 42 mill. Ile d'Art.

1rande, verte, avec deux taches noires aux angles antérieurs de l’écus- son, finement rugueuse, Rosire très long, atteignant presque l'extrémité de l'abdomen.

49. CATACANTHUS TRICOLOR (Mihi). Ile d'Art,

Décrit dans la faune de Woodlark, sous le nom générique de Penta- toma et spécifique de trécolor, et qui me parait être une variété du G. punctun Ræœmer. PI. 10, f. 9. (Signoret.)

20. CUSPICONA VIRIDE (Mihi). Lifu,

Cette Pentatome ne diffère presque en rien de celle de Woodlark, que j'ai décrite sous le nom générique de Pentatoma, et qui est très voisine du G. Roei Hope.

21, NezaArAa (Amyot et Serv.) CONFLUENTA (Mihi). Long. 9 mill., larg, 5 mill Nouvelle-Calédonie.

Jaune avec des points noirs confluents, mais en ligne droite ou sinueuse, les points également distants sur tous le dessus de l’insecte. De même grandeur que le N. flavolimbatus Hope, virescens A. et Serv. en ovale allongée, uniformément ponctué de noir. Dessous du corps jaune, avec des taches rouges de chaque côté de l'abdomen. (Signoret.)

29, RHyncocorISs (Westw.) AUSTRALE Mihi, Long. 14 mill. Ile d’Art.

Vert, couvert de points enfoncés. Rostre dépassant la troisième paire de pieds. Abdomen terminé par quatre épines, dont les extérieures les plus longues. Épine du corselet droite (1).

(4) Cette espèce me paraît très voisine de la consociale Boisduval (Voy. Astr. 630) et ne semble en différer que par la couleur, M. Boisduval l’'indiquant rouge tandis que celle-ci est verte. (Signoret.)

le Série, TOME Î. Q)

66 MONTROUZIER.

23. RHYNCOCORIS PUNGENS (Mihi). Long. 43 mill. Woodlark.

Forme de l'Australe, mais un peu plus petit, vert jaune, Épines diri- gées en arrière, d’un noir bleu à l'extrémité.

94. MICTIS PROFANUS Fab. Nouvelle-Calédonie.

Ne diffère en rien de l’espèce d'Australie.

25. ANISOSCELIS AUSTRALE Fabricius. Bédentulatus Montr., Faune de l'ile Woodlark (Nouvelle-Calédonie).

26. GONOCERUS (division Agonotomus inédit Spinola) Amyort (Mihi). Long. 8 mill, larg. 4 mill. Lifu (1).

Oblong jaunâtre, pointillé de brun. Corselet beaucoup plus étroit en avant et plus bas qu’en arrière, ayant les angles postérieurs terminés en une épine rembrunie. Abdomen concave en dessus, débordant les ailes. Dessous du corps et pattes jaune-clair, Antennes fauves, à dernier arti- cle pubescent.

27. LYGÆUS SQUALIDUS (Mihi). Taille 11 mill,. Lifu. (2).

La tête triangulaire, le sommet et la base d’un noir mat, le reste est d’un rouge de sang qui s'étend dans une échancrure du vertex. Les an- tennes sont entièrement noires. Les yeux saillants. Le corselet est d'un noir mat, avec une bordure de chaque côté et une raie qui part de la base et s’élargit transversalement avant d'arriver au bord antérieur, qu'elle n’atteint pas, d’un rouge de sang. L'écusson est entièrement noir. Les élytres sont noires. La partie coriace est faiblement bordée d’un rouge-cbseur ; aux deux côtés en avant, et seulement à la moitié du côté interne en arrière et sur le limbe, elle offre deux points plus foncés. Les pieds sont noirs, Le dessous du corps est annelé de rouge et de noir.

(1) Cette espèce est très voisine de la G. capitulatus H.-Schæff. f. 564. Spinola, dans des tableaux nouveaux qu'il m'avait envoyé quelque temps avant sa mort, divi- sait le genre Gonocerus en trois divisions : le genre Agonotomus, dont les types seraient les Gonocerus lanciger, pugnator, calumniator Fab. et auires ; le genre Peniscomus, pour le Gonocerus crassicornis Dallas el plusieurs espèces inédites, et qui se distingue des premiers par les antennes épaissies ; enfin le genre Gono- cerus pour les espèces européennes. (Signoret.)

(2) De même grandeur que le S. familiaris Fab. et dans la même division par rapport aux taches du prothorax, (Signoret.)

Iémiptères de la Nowvelle-Calédonte. 67

28, LYGÆUS BICINCTUS (Mihi). Long. 7 mill

Noir, avec la tête rouge, une bande transversale jaune-orange, inter- rompue vers la base du corselet, deux bandes de même couleur sur les élytres, la seconde interrompue, un point blanc sur la partie membra- neuse des élytres; à l'exception du labre, des yeux et des antennes, la tète est rouge : elle est triangulaire, aiguë ; les yeux sont saillants; le corselet noir, orné vers la base de deux grandes taches jaunes presque unies et remarquable par une côte tranchante longitudinale au milieu du limbe; les élytres sont parallèles ; les pattes grèles ; l'abdomen noir luisant; la poitrine noire tachée de rouge.

29, MacroPLax (Fieber, Eur. Hem. 1861) Lucruosus (Mihi). Long. 4 mill. Lilu (1).

Petit, noir; partie coriace des homélytres blanche, avec une tache noire, arrondie au milieu : partie membraneuse rembrunie; tête très pointue, finement granuleuse, ainsi que le corselet.

Vit sur un Sida que Forster appelle Indica, mais qui, je crois, est une espèce distincte.

30. OPHTHALMICUS MEMBRANÆUS (Mihi). Long. 5 4/2 mill., larg. 4 6/10 mill. Lifu.

Allongé, à tête un peu plus large que le corselet. Yeux saillants. Cor- selet à peine plus étroit en avant, carré-pointillé. Élytres diaphanes, n'ayant de coriace que la bordure de la première partie, légèrement plus courtes que l’abdomen. Ailes irisées, diaphanes, de la longueur des ély- tres. Dessus du corps brun-foncé même noir; dessous jaune-foncé.

Genre Ocypus (Mihi). Faisant partie du groupe des Capsites.

tostre des Cicadaires plus que des Hémiptères propres. Antennes de quatre articles, filiformes à deuxième article presque aussi long que tous les autres réunis, insérées entre et à la base des yeux, espacées entre elles. Tête large, en triangle évasé, non séparée du corselet par un étran- glement. Yeux latéraux, saillants, oblongs, Ocelles nuls? Gorselet en carré long, transversal, à peine plus large que la tête. Écusson médiocre. Par- tie coriace des élytres, munie le long du côté interne d’un sillon. Cuisses postérieures très grosses, propres au saut.

(1) Cette espèce viendrait se placer à côté du M. Helferi Fieber, (SignoreL.)

68 = MONTROUZIER.

31. OGYPUS VARIEGATUS (Mihi). Long. 2 8/10 mill. (1).

Petit, jaune, variolé de brun. La tête est jaune, ornée à la partie supé- rieure de lignes noires, transversales, flexueuses, interrompues. Les anten- nes jaunes sont rembrunies au bout. Le rostre jaune a la tranche jaune. Les yeux sont d’un brun-rougeâtre. Le corselet jaune-brun à la base légèrement bordée de jaune-citron, et sur le limbe une ligne longitudi- nale de même couleur. L’écusson est jaune, rembruni à la base et au milieu. La partie coriace des élytres est d’un brun-jaune, avec deux taches foncées. La partie membraneuse diaphane, offre des ares concen- triques enfumés. Le dessous du corps et les pieds sont jaune-safran, Les cuisses postérieures offrent au côté extérieur des lignes noires.

82, Dyspecus (Am. et Serv.) sipÆ (Mihi). (2). Long. 9 mill. Lifu.

Tète rouge, sauf l’origine du rostre, les antennes et une tache derrière chaque œil, qui sont d’un noir profond. Corselet rouge, bordé de blanc en avant et orné d’une bande transversale noire derrière la bordure. Écusson noir; partie Coriace des élytres rouge avec un point noir sur chacunes d'elles : partie membraneuse noire, légèrement bordée de dia- phane. Ailes brunes. Dos rouge avec une tache noir-brillant vers l’extré- mité. Base des cuisses rouge. Pieds noirs. Poitrine noire, annelée de blanc. Abdomen blanc annelé de noir.

83 PHYSATOCHEILA (Fab.) IRREGULARIS (Mihi). Long. 25 mill. (3). Lifu.

Petit, ovale allongé, rétréci aux extrémités, gris, avec le corselet, une bande transversale sur les élytres et pieds d’un fauve presque doré. Des- sus du corps couvert de points. La tèle est petite, noir-brun, avec un duvet soyeux argenté. Les yeux oblongs, entiers, latéraux, rouges. Les antennes insérées au-dessus du labre, rapprochées entre elles à leur nais- sance, ont les deux premiers articles épais, courts, égaux entre eux, le troisième extrèmement long, le quatrième au moins trois fois plus court que le précédent, terminé par une massue ovale. Je n’ai pu distinguer les ocelles. Le corselet étroit en avant, puis dilaté sur les côtés et relevé

(1) Cette espèce se rapproche beaucoup pour la forme du Capsus leucocephalus Fallen, mais du double plus petit; il entrerait peut-être dans les nouvelles divisions créées par M. Fieber, par exemple dans le genre Stipkrosoma Fieb. (Signoret.)

(2) Cette espèce ressemble beaucoup au D. pœcilus H.-Schæff. et n’en est peut- être qu'une variété. (Signoret.)

(3) Espèce très voisine du Phys, quadrimaculata Wolff, Fieber, pl, 7, fig. { à 3, (Signoret.)

Hémipteres de la Nouvelle-CGalédonre. 69

sur le limbe, est couvert de points enfoncés et orné de trois côtés qui s'étendent sur l’écusson. Les ailes ont les parties coriace et membraneuse semblables, couvertes de points enfoncés, non encaissées par les rebords de l'abdomen, rétrécies à leur seconde moitié, arrondies au bout. Tous les pieds sont grèles.

34. MEZiRA (Amyot et Serv.) LiruANA Montr, Long. 6 mill., larg. 2 mill, Lifu.

Noir, rugueux, muni d’une épine derrière les yeux, ayant le sillon transversal du corselet peu marqué. Tous les Arades de l'Océanie que je connais se ressemblent, le lugubris de M. Boisduval, celui de Woodlark, que j'ai appelé {horacoceras, et un plus petit de l'ile d'Art que jai décrit sous le nom d’Artensis.

Aplatis, parallèles, presque carrés, d’un noir profond, ayant le corselet coupé par un sillon transversal. Celui-ci se distingue en ce que ce sillon est à peine marqué, Voisine de M. membranacea Fab.

30. MEzirA (Am. et Serv.) MINIMA (Mihi), Long. 4 mill. Ile d'Art,

Brun-jaunâtre, avec la tête, le disque du prothorax, l’écusson et les élytres noirâtres,

Une des plus petites espèces des Aradus, se distingue facilement de toutes les autres par sa coloration, Tête noire, le lobe médian tronqué à l'extrémité. Antennes épaisses, le premier article le plus gros, globu- leux, le second beaucoup plus petit, le troisième le plus long et le plus mince. Prothorax, avec les bords latéraux largement jaune-brun. Écusson avec une fine carène médiane, les bords carénés, Élytres noires, avec la suture de la membrane jaune. Abdomen jaune-brun en dessus, débordant passablement les élytres. Pattes noires. (Signoret.)

96. OPsicorus Klug (Reduvius Auct.) BrANNULIPES (Mihi). Long. 6 mill, Nouvelle-Calédonie.

Une des plus petites espèces de ce genre, d’un brun-rougeàtre avec le rostre, les antennes et les pattes jaunes ; celles-ci biannelées de brun sur les cuisses. Tête un peu plus longue que large, uniformément brune. Rostre épais, jaune, avec lextrémité noir. Antennes, avec les deux pre- miers articles épais, les suivants sétiformes, sommet du second article noir. Prothorax jaunâtre, avec les carènes et les côtés brunâtres. Écus- son brun, plus päle à l'extrémité. Élytres jaunes, variées de brun. Mem- branes noires, Abdomen jaune, rougeâtre en-dessus et en-dessous, avec des taches brunes de chaque côté. Pattes jaunes présentant un anneau médian et le sommet des cuisses bruns, (Signoret).

70 MONTROUZIER.

97, PLOIARIA ACANTHIFERA (Mihi). Long. 13 mill, larg, 45 mill. Lifu.

Allongé, noir, rouge et jaune. Hanches de la première paire médio- cres. Cuisses épineuses en dessous. Jambes arquées. Corselet armé de deux épines sur les côtés, à la partie postérieure. Écusson muni de deux autres épines placées l'une derrière l’autre, et dont la première est la plus longue. La tête allongée, coupée en deux lobes d’égale largeur par un sillon transversal, est pubescente, rouge, rembrunie en dessus. Le rostre est jaune. Les antennes sont très longues, le premier article est le plus long, le troisième vient après, puis le deuxième, enfin le qua- trième : les deux premiers sont jaunes, les autres noirs. Le corselet est coupé en deux, comme la tête, par un sillon transversal. Le premier lobe est le plus long, un peu en trapèze allongé, aplati en dessus, muni d’un sillon longitudinal, échancré de chaque côté; jaune, noir luisant sur le milieu du limbe. Le second lobe transversal, légèrement concave, se termine de chaque côté par une épine relevée; il est rouge, noir au milieu. L'écusson allongé, triangulaire, noir, bordé de rouge, porte deux épimes arquées. Les élytres longues, parallèles, jaunes, rembrunies au milieu, ne dépassent pas l'abdomen. Celui-ci n’a pas les côtés relevés, il est convexe en-dessous, jaune au milieu, rouge à l'extrémité, noir sur les côtés, Les pieds sont jaunes. Les genoux rouges (1).

98. CICADA LIFUANA (Mihi}. Long. 32 mill. Lifu.

Tête brune, avec une ligne partant du sommet et atteignant le premier ocelle, d’un vert-pàle. Rostre vert-brun, avec la tranche antérieure vert- bleu. Ocelles roses. Prothorax brun, avec une ligne longitudinale verte et deux grandes taches jaune-foncé. Mésothorax rouge-ferrugineux-0bscur. Dos jaunâtre, base du pénultième segment noir. Poitrine blanche. Abdo- men blanc, annelé de jaune. Veines de la première moitié des élytres vert-bleu. Élytres irisées. Pieds jaune-brun,

39. CICADA ARTENSIS (Mihi). Long, sans les ailes, 22 mill. ; avec les ailes, 35 mill, Ile d'Art. Assez rare.

Verte, avec de grandes taches d’un rouge brûlé; ailes diaphanes à beaux reflets irisés, veinées de rouge el lachées, en trois endroils, de leintes noires ou enfumées, Trois dents aux cuisses antérieures.

(4) Les tibias antérieurs sont surtout remarquables el présentent un caractère propre à faire un genre de cette espèce : au lieu d’être droits et de venir s’appli- quer sur les cuisses, ils sont arqués et enlèvent par conséquent à cet insecte le carac- ère propre au genre Ploiaria, d'avoir des palles antérieures ravisseuses, (Si- gnorel.

Hémipleres de La Nouvelle-Calédonie. 71

40. PryELus INERMIS (Mihi). Long. 6 mill., larg. 1 8/10 mill. Lifu,

Fauve, avec des nébulosités vert-clair. Aïles irisées. Jambes postérieu- res dénuées d’épines.

UL. PTYELUS SEX-MACULATUS (Mihi). Long. 5 mill. Lifu,

Petite, noire, trois taches blanches sur chaque élytre, dont la première transversale, la deuxième au bord interne et la dernière plus reculée au bord externe. Jambes postérieures armées d’une seule épine.

42. PrYELUS LINEOLUS (Mihi). Long. 6 mill., larg. 4 8/10 mill, Lifu.

Brune, ornée de quatre lignes arquées, transversales, jaunes sur le des- sus de la tête et de six lignes de même couleur sur le côté antérieur, au- dessus du rostre. De deux autres lignes jaunes, transversales, interrom- pues au milieu, dont l’une arquée et l’autre droite sur le corselet, Élytres brunes, avec deux taches diaphanes, dont l'une est à la base petite et l'autre à l'extrémité grande, entourant un point brun placé près de la côte, Ailes hyalines. Dessous du corps blanc. Origine de la trompe brun-foncé. Pattes rembrunies. Tout le dessous du corps est très finement pointillé. La tête est avancée en forme de museau. Le rostre dépasse la deuxième paire de pattes sans atteindre la troisième. Les jambes postérieures sont armées d’une forte épine.

Genre CARCHARIAGEPHALUS (Mihi).

Ce genre vient se placer tout prêt des Ledropsis et ses caractères géné- raux sont les suivants, Tête protubérante, aplatie, Antennes insérées dans la tranche, un peu au-dessus des yeux. Vertex tricaréné, une carène médiane et les deux latérales très près du bord latéral et venant se con- fondre avec lui en avant. Ocelles très petits un peu au-dessus des yeux, très près de la carène latérale,

43. CARCHARIACEPHALUS FORESTIERI (Mihi). Long. 4 6/10 mill. Lifu.

Jaune citron. Bords de la tête et une ligne longitudinale sur le milieu, rouges, deux taches noires sur chaque homélytre, à l'extrémité au côté interne et un petit trait transversal, oblique, au côté externe à la hau- teur de la première des taches précédentes. Dessous du corps jaune très pâle. Pelotes des tarses, pointe de la tarière rouges. Jambes postérieures longues, garnies de deux rangées d’épines serrées. La tête est aplatie, en forme de museau avancé, plus pâle que le fond, traversée dans sa longueur par une ligne rouge, ornée d’un trail jaune arqué, large à sa base, étroit au somnnet, de chaque côté de cette ligne, les bords sont

72 MONTROUZIER.

finement liserés de rouge sur les côtés. Les yeux sont un peu échancrés en avant et en arrière, par dessous. La tête en dessous es peu concave, le rostre très grêle au bout, dépasse à peine la première paire de pattes. Le prothorax est transversal, peu convexe, légèrement rugueux, à peine échancré en arrière. L’écusson est grand, triangulaire, coupé transversa- lement par un sillon. Les homélytres allongées, légèrement dilatées à la base, arrondies au bout, un peu plus longues que l'abdomen, creusées d'un sillon longitudinal oblique, sont un peu diaphanes vers l'extrémité. Les ailes sont diaphanes, à reflets irisés, un peu rembrunies à l'extrémité du côté interne, à nervures fortes. Les pieds des deux premières paires, peu éloignés d’une paire à l’autre, sont médiocrement distants à leur base ; ceux de derrière se touchent à leur insertion et sont reculés. Les cuisses sont grèles, Les jambes postérieures égalent en longueur les deux tiers du corps. La tarière est forte, recourbée, et dépasse notablement l'abdomen.

Le mâle diffère un peu de la femelle, non seulement par les couleurs mais aussi par la proportion des organes. Ainsi, il a les homélytres à peine plus longues que l’abdomen, dépourvues de taches noires à l’extré- mité, mais en revanche munies d’un point rouge de chaque côté, à la partie antérieure près du sillon. La tête et le corselet sont plutôt verts que jaunes. La tête n’est pas ornée de lignes rouges. La taille est la même,

Je dédie cette jolie espèce à l'abbé Forestier, mon ami et mon confrère, qui s'occupe avec succès d'histoire naturelle, surtout de géologie, et à l’obligeance de qui je dois divers spécimens intéressants.

li PSEUDOPHANA (Burm.) OXYCEPHALA (Mihi). Long. du corps 10 mill.; avec ailes, 44 mill. Lifu.

Verte, Tête avancée en pointe, ayant une côte longitudinale sur le milieu et une sur les côtés en-dessus, tricarénée en-dessous. Rostre proportion- nellement court, épais à la base, très aigu. Ailes en toit écrasé; les supé- rieures beaucoup plus longues que les inférieures, larges, arrondies au bout, au côté extérieur. Pieds non épineux (1).

(4) Cette espèce, comme forme et grandeur, se rapproche beaucoup de la Ps. europæa Fab.; mais en diffère par la structure des nervures qui toutes son£ bifur- quées et disposées Jongitudinalement; de plus, par les nervures du bord apical, qi, au lieu de s'arrêter au stigmate de la côte ou rervure externe, se prolonge jusqu'à la base insertion de l’élytre, ce qui la rapprocherait du groupe des Aselyia Walk., dont elle s'éloigne également par les nervures sans anastomose transverse : ce qui est le principal caractère du genre de M. Walker. Dans le cas les carac- tères que je signale se retrouveraient dans d’autres, je proposerai d'en former un genre sous le nom de Montrouzierana. (Signorei.)

Héméptéres de la Nouvelle-Calédonie. 78

45. FLATTA FARINOSA (Mihi). (Genre Phylliphanta Am, et Serv.) Long. 9 mill. Lifu.

Ailes en toit aigu, tête légèrement conique. Corps blanc avec une teinte verdatre. Ailes blanches. Ne diffère que par les couleurs de ma F. rostrata de Woodlark.

HG. RIGANIA TRANSLUGIDA (Mihi) (1). Long. 5 mil Lifu.

Brune. Ailes supérieures en toit écrasé, d’un tiers plus longues que le corps, larges, ayant l'angle extérieur arrondi, légèrement rentrant, avec le pourtour et une ligne étroite sur le limbe, d’un brun opaque, le reste diaphane ; un point blanc de chaque côté, sur le milieu du côté extérieur. J'ai trouvé fréquemment en octobre et novembre, une larve que j'ai cru appartenir à cette espèce. Elle n’en diffère que par les ailes qui n’offrent que des vestiges. L’anus est muni d’un long duvet cotonneux.

H7. RICANIA MARGINATA (Mihi). Lifu.

Vert-jaune, annelé de brun et de rouge. Ailes diaphanes, bordées de brun opaque au col intérieur (2).

48. Issus viripis (Mihi), Long. 5 mil. Lifu.

Corps comprimé, plus haut que large, Face plus large à la partie infé- rieure. Vert avec les pattes et le bout des ailes inférieures d’un jaune rembruni,

L9. COELIDIA? LUTEA (Mihi), Long. 5 mill, Lifu,

Entièrement jaune, sauf les yeux et la bordure postérieure des ailes supérieures qui sont noires, ainsi que quelques taches près de cette bor- dure, Antennes très longues, Tête en museau court. Pieds postérieurs aussi longs que le corps.

50, COELIDIA? VITTATA (Mihi). Long, 5 mill., larg. 4 5/10 mill, Lifu.

Verte avec une large bande transverse, jaune derrière les yeux. Élytres diaphanes ; nervures noires, excepté vers le bout qui est liseré de brun

(1) Espèce Lrès voisine du Poch. australis Walker, et dont elle diffère par la disposition des fascies brunes des élytres. (Signoret.)

(2) Diffère de la précédente par la rareté des nervures. Les nervures terminales ne sent qu'au nombre de douze; celles de la côte externe de douze à dix-huit, com- pris celles du stigmate ; les cellules discoïdales sont au nombre de neuf seulement. N'ayant qu’un individu de cette espèce, je n'ose avec lui former une coupe nouvelle, vu que les nervures et les cellules pourraient varier, (Signoret.)

7! MONTROUZIER, Hémipteres de lu Nouvelle-Calédonir.

et orné d’un arc de cette dernière couleur, concentrique avec la bordure. Tête et corselet légèrement rugueux. Jambes postérieures munies d’une double rangée d’épines grêles, longues, serrées.

DL. COELIDIA ? PICTA (Mihi). Long. 5 mill Lifu.

Tête obtuse, peu avancée, jaune. Rostre bordé de noir. Corselet jaune, avec une large bande transversale, noire à la base. Écusson jaune, avec la base et deux points noirs près de la pointe. Élytres rousses, avec deux arcs rembrunis vers l'extrémité. Ailes foncées, Pieds jaunes, cuisses posté- rieures garnies de deux rangs d’épines serrées,

92, APHIS DOLICHI (Mihi). Long. 2 mil. Lifu.

Noir, avec les ailes diaphanes. Les antennes blanc-sale, Le rostre de même couleur, ainsi que les pieds. Extrémité des cuisses et des jambes noire. Le rostre est court, ne dépassant guère la première paire de pieds. Les antennes égalent en longueur les trois quarts du corps. Les élytres supérieures sont presque deux fois aussi longues que ce dernier. Les deux cornes de l'abdomen sont médiocres, au milieu d'elles on voit une pointe recourbée en haut.

Se trouve, en décembre, sur une espèce de Dolichos, venue de Chine, dont la fleur est bleu-lilas, et la gousse comestible est longue de 3 à 4 décimètres.

DE L'EMPLOI DE L'ALCOOL SATURÉ D'ACIDE ARSÉNIEUX

POUR LA

CONSERVATION DES COLLECTIONS ENTOMOLOGIQUES.

Par M. C.-E. LEPRIEUR.

(Séance du 13 Juin 1860.)

I est peu de naturalistes qui n'aient eu à regretter de voir leurs col- lections devenir la proie des larves d'Anthrénes, d'Anobium même de Ptinus, el qui n'aient reconnu en même temps l'insuffisance des moyens généralement mis en usage pour détruire ces animaux.

Aussi, lorsque dans le courant de 1848, un de nos anciens collègues, M. Édouard Pilate, m'apprit qu'il employait dans ce but l'alcool saturé d'acide arsénieux, m'empressai-je d'essayer moi-même ce procédé contre lequel, néanmoins, j'étais mis en garde par le silence absolu de tous les chimistes sur la solubilité de Pacide arsénieux dans lalcool. Berzelius seul, signale qu’il y aurait à ce sujet quelques expériences à faire.

Pendant près de douze ans, je me suis servi de l’alcoo! arsénié, pour y plonger les insectes que je recueillais dans mes courses, sans qu'il me soit venu à l’idée de me rendre un compte rigoureux de la quantité d'acide arsénieux dissous, et par conséquent, du danger plus ou moins grand qu'il pouvait y avoir à manier journellement et sans grande précaution, un agent toxique que l’on est habitué à considérer comme lun des plus dangereux.

Un dépôt blanchâtre sur le bouchon et le col du flacon qui renfermait l'alcool, me prouvait cependant l'existence d’une certaine quantité d'acide arsénieux; d’un autre côté, l'absence de tout dépôt cristallin sur les insectes et la non-oxydation des épingles employées à les piquer, indi- quaient que la proportion de matière dissoute, devait être excessivement faible, et pourtant la parfaite conservation des insectes qui avaient été plongés dans le liquide arsénié, démontrait facilement l’action énergique de cette dissolution.

Dans la séance du 22 février 18690, plusieurs de nos collègues n'ayant lait honneur de n''engager à publier dans les annales de la Société, une note plus étendue que ma communication verbale, je voulus me renseigner plus complétement que je ne l'avais fait jusqu'alors, sur la valeur de ce procédé et je me lrouvai par là, entrainé à faire quelques expériences que j’exposerai plus somimairement possible.

76 C.-E. LEPRIEUR.

Cinq cents grammes d'alcool rectifié pesant 94° centés. furent versés à la température ordinaire sur un excès d'acide arsénieux opaque: après huit jours de contact, pendant lesquels le liquide avait été souvent agité, on décanta. L'alcool fut filtré à plusieurs reprises, et 200 grammes de ce dernier évaporés au bain-marie dans une capsule de platine, laissèrent un résidu pesant 0 gr. 03, soit 0 gr. 45 par kilogr. Toutefois, comme l'alcool à 94° n’est pas employé habituellement par les naturalistes, je voulus dans une seconde série d'expériences, me placer dans des conditions plus ordi- naires, plus pratiques surtout et je me servis simplement de l'alcool à 33° ou 85° centigr. préalablement distillée. En agissant comme précé- demment, on obtint à la suite d’un contact prolongé pendant huit jours, une solution dont 200 gr. furent de même évaporés au bain-marie, Le résidu obtenu pesait 0 gr. 402, soit 0 gr. 51 par kilogr. Néanmoins, comme la solubilité de lacide arsénieux dans l’eau présente de très grandes ano- malies, suivant le degré de température, le temps plus ou moins prolongé du contact, etc., il était intéressant de rechercher s’il ne se comporterait pas d’une manière analogue avec l’alcool, et notamment si la proportion d'acide dissous, n’augmenterait pas à la suite d’un contact très longtemps prolongé. La solution alcoolique fut en conséquence abandonnée à elle- même, et c'est seulement au bout de quatre mois, pendant lesquels le liquide avait été souvent agité, qu’on a cherché à doser de nouveau l'acide arsénieux en dissolution. Il a suffi pour cela d’évaporer au bain-marie, un poids connu d’alcool arsénié. Deux dosages remarquables par leur con- cordance, ont donné pour résulat 1 gr. 38 par kilogr., soit 4 gr, 20 par litre d'alcool à la densité de 0,860.

On se procure aisément cette dissolution en introduisant dans un flacon bouché à l’émeri, d’une capacité de 2 à 300 grammes environ, 12 à 15 grammes d'acide arsénieux opaque, choisi autant que possible en mor- ceaux et non en poudre, puis on achève de remplir avec de FPalcool à 89° centés. On a soin d’agiter fortement et souvent le mélange, puis au bout de quelques mois, ou plus tôt si cela est nécessaire, on décante l’al- cool dans un autre flacon, en évitant, autant que possible, qu'une petite quantité d’arsenic ne soit entraînée. L'alcool, ainsi obtenu, ne diffère en rien par ses caractères physiques de l'alcool ordinaire et peut être employé de la même manière que celui-ci, soit qu'on y plonge les insectes au moment de la récolte, soit qu’on les lave au moyen d’un pinceau qui en serait imbibé, etc. On remplit ensuite de nouveau d'alcool le flacon con- tenant l’arsenie, et on comprend facilement, d'après la faible solubilité de lacide arsénieux , que la quantité indiquée puisse suffire pendant un espace de temps considérable.

Depuis longtemps, comme on sait, les naturalistes se servent d'acide

Moyen pour la conservation des collections entomologiques. 77

arsénieux, pour mettre les peaux d'animaux à l'abri des ravages des Der- mestes, et le savon de Becœur, ainsi que plusieurs autres préparations ana- logues, doivent surtout leur efficacité à la proportion considérable d’arse- nic qu'elles contiennent. On ignorait toutefois, la possibilité de dissoudre ce composé dans l'alcool et l’avantage de se procurer ainsi un moyen très avantageux de conservation.

On pourrait m'objecter que l’on possède déjà dans le bichlorure de mer- cure, un agent énergique de conservation, agent bien connu, employé journellement pour l’'empoisonnement des herbiers et même aussi pour lembaumement des cadavres. Ce composé étant très soluble dans l'alcool, présenterait de plus l'avantage de pouvoir donner naissance à des solutions plus ou moins concentrées, suivant l'usage auquel on les destinerait. Or, c’est précisément cette solubilité extrème d’un composé dont l'action toxi- que égale, si même elle ne la dépasse pas, celle de lacide arsénieux qui m'a empêché d'y avoir recours. En outre, pour préparer des solutions de bichlorure à des degrés déterminés de concentration, il faut des balances, des mesures, faire des pesées, posséder, en un mot, une série d’instru- ments, dont les naturalistes doivent toujours pouvoir se passer,

D'un autre côté, l’évaporation lente de la dissolution qu’il est presque impossible d'éviter, donnant à la liqueur une densité plus grande, la ren- dra plus vénéneuse et d’un maniement plus dangereux. La solution plus concentrée corrodera les épingles, couvrira les insectes d’un dépôt prui- neux, constitué par le sel mercuriel et quelquefois même, abandon- nant dans les boîtes le sel toxique à l’état pulvérulent, pourra faire courir de grands dangers aux personnes qui auront à les ouvrir pour l'étude.

Le grand avantage de l'alcool arsénié, consiste précisément dans la fai- ble solubililité de l'acide arsénieux, suffisante, toutefois, pour lui commu- quer des propriétés énergiques. Elle permet aussi de se passer de balan- ces, de calculs, et l’on n’a pas même la crainte que le liquide devienne plus toxique par l’évaporation spontanée de l’alcool, l'arsenic se déposant au fur et à mesure de la disparition du liquide. D'un autre côté la matière dissoute n'étant que d’un millième et demi environ du poids du dissolvant, on peut impunément toucher l'alcool arsénié avec les doigts et il ny aurait même aucun danger à courir, dans le cas par mégarde, on por- terait à la bouche un pinceau qui en serait imprégné. Parler ici de l’action physiologique de lacide arsénieux sur l’homme et spécialement de son innocuité, lorsqu'il est absorbé à très petite dose, serait m'écarter beau- coup du cadre que je me suis tracé : il ne me semble cependant pas hors de propos de signaler l'existence en Autriche et en Hongrie, d'hommes désignés sous le nom de mangeurs de poison (Giltesser), qui, dit-on, se

78 C.-E. LEPRIEUR.

procurent une santé des plus florissantes, par l'absorption journalière d’une très faible quantité d’arsenic.

Pour être aussi énergique, aussi complète que possible, l’action de lal- cool arsénié, doit s'exercer sur des tissus privés de vie depuis peu de temps. Il est indispensable, par conséquent, que les insectes y soient plongés, soit vivant encore, soit, ce qui serait peut-être préférable, après avoir été asphyxiés au moyen de la vapeur d’éther, de chloroforme ou de benzine. Un certain nombre d’entre eux, en effet, ne peuvent pas être plongés vivants dans l'alcool même pur, car aussitôt qu'ils arrivent au contact de ce liquide, ils ouvrent leurs élytres et développent leurs ailes comme s'ils voulaient s'envoler. Presque tous les Philonthus, les Aleochara, quelques Elatérides, etc., sont dans ce cas. Tous les insectes couverts de poils plus ou moins hérissés, comme les Trichius, les Amphicoma, les Tropinota, parmi les Lamellicornes; ceux dont le corps est revêtu d’écail- les colorées très fugaces, d’une composition analogue à la cire, comme les Lixus, les Larinus, un certain nombre de Buprestides, les Adesmia, les Ewrychora et une foule d’autres qu’il est inutile de citer ici, ne peuvent être plongés dans l’alcool ordinaire, sans perdre la plupart de leurs carac- tères distinctifs.

On peut cependant, à l’aide de quelques précautions, les mettre à l'abri de la dent destructive des larves d’Anthrènes. Il suffit pour cela d’appli- quer sur leur abdomen, au moyen d’un pinceau, quelques gouttes d'alcool arsénié. Il en est de même des insectes appartenant aux ordres des Hymé- noptères, Névroptères el Diptères. Pour les Lépidoptères, l'application de l'alcool arsénié sur leur corps velu, présente plus de difficulté et exige une plus grande précaution, à cause des écailles colorées et fugaces dont leurs ailes sont revêtues. Quant à la presque totalité des Coléoptères, des Hémip- tères et mème des Orthoptères, on peut sans crainte les plonger dans le liquide préservatif, pourvu qu’on ne les y laisse pas plus de dix à douce heures. Après ce temps, il faut les retirer de l'alcool, les jeter sur un papier buvard, puis les piquer ou les coller, dès qu'ils auront perdu par l’évaporation la majeure partie du liquide,

est aux fâcheux effets produits sur les insectes par un séjour trop pro- longé dans l'alcool, qu'il faut attribuer la répulsion que témoignent beau- coup d’entomologistes, à l'égard de l'emploi de ce liquide, qui cependant est complétement inoffensif, pourvu qu'on ne s’écarle pas des ‘indications que nous donnons ici.

Quand on a laissé les insectes se dessécher avant de les plonger dans l'alcool arsénié, Paction de celui-ci n’est plus aussi efficace. Son absorption par les tissus est en effet beaucoup moins facile, la quantité qui les imbibe

Mogen pour la conservation des collections entomologiques. 79

après l'immersion et par suite la proportion d'acide arsénieux fixé dans les téguments et les viscères de l’insecte sont moins considérables. Lorsqu'une collection est fortement attaquée par les larves d’Anthrènes, ete., la simple application de l'alcool arsénié au moyen d’un pinceau, sur les insectes dévorés, serait complétement insuffisante et n'aurait guère d'autre résul- tat que l’engourdissement momentané des insectes parfaits ou de leurs larves, que laisserait tout aussi vivaces et tout aussi destructeurs l’évapo- ration rapide de la trop faible quantité d'alcool employé. 11 faut, dans ce cas, avoir recours à l'immersion, prolongée pendant douze heures environ, temps nécessaire pour faire périr d’une manière certaine, non seulement les insectes parfaits et leurs larves, mais aussi les œufs, dont la vitalité et la résistance à l'absorption du poison sont plus grandes encore.

A l'exception de l'emploi du bichlorure de mercure, dont nous avons déjà signalé les inconvénients, ainsi que de celui du savon arsénical de Bécœur, appliqué à la face abdominale de l’insecte, qu'il souille et dont il cache les caractères différentiels, les nombreux procédés qu'on a proposés jusqu’à présent pour détruire les larves d’Anthrénes, ete., el conserver les collections, consistent :

Dans l'exposition des insectes ou des boîtes de la collection à la tem- pérature de l’eau bouillante, au moyen d'instruments appropriés.

2 Dans lintroduction dans les boîtes de substances volatiles plus ou moins odorantes.

Le premier moyen a été préconisé par deux de nos collègues, MM. Boïis- duval (1) et Guénée (2) qui l'ont appliqué principalement à la conserva- tion des Lépidoptères. L’instrument qu'ils emploient et qu'ils désignent sous le nom de Nécrentôme, n’est en dernière analyse que la partie infé- rieure d’un alambic, c’est-à-dire une cucurbite et son bain-marie, qu’on peut fermer hermétiquement. Celui de M. Boisduval est cylindrique : les deux parties sont soudées l’une à l’autre. Celui de M. Guénée est cubique et cette forme permet d'y introduire, plus facilement et sans perdre de place les étaloirs chargés de papillons ; de plus les deux parties ajustées à frottement, au lieu d'êtres soudées, peuvent être nettoyées avec une grande facilité. On comprend aisément le mode d'emploi du Nécrentôme. On intro- duit, en effet, dans le bain-marie les insectes attaqués. Le couvercle est remis en place, puis on porte à l’ébullition l'eau de la cucurbite, et après une exposition d’une ou deux heures à cette température, on retire les boîtes pour les remplacer par d’autres.

D'après M. Boisduval, ce procédé ne présente dans son application

(1) Ann. Soc. Ent. Fr,, 1837, Bull, p. LXXXHE, (2) Id, , 1338, Bull, p. XXVIt et XLIX,

80 C.-E, LEPRIEUR,

aucun inconvénient. Seulement, ajoute-t-il, il est éndispensable de recom- mencer l'opération tous les ans. D'après MM. Guénée et Villiers de Chartres, ce procédé aurait au contraire l'inconvénient de faire passer au gras les pa- pillons qui y sont introduits, et pour y remédier ils proposent de couvrir le corps et même les ailes de ces insectes, d'une terre argileuse absorbante (terre de Sommières, magnésie calcinée, etc.), qu'ils enlèvent ensuite par un léger frottement à l’aide d’un pinceau. On pouvait à l'avance prévoir ce résultat, En effet, la température élevée à laquelle se trouvent soumis les insectes, provoque la fusion de la totalité des matières grasses conte- nues dans leur corps, à la périphérie duquel, celles-ci parviennent par imbibition, en le recouvrant d’un enduit sale qui ternit l'éclat de leurs brillantes couleurs et fait disparaître en totalité ou en partie des taches, la plupart du temps caractéristiques. L'obligation on se trouve de couvrir les insectes d'argile pulvérisée est des plus fâcheuses; mais il doit résulter de leur exposition prolongée à la température de l’eau bouillante un incon- vénient plus fàcheux encore et duquel cependant n’a parlé aucun de ces expérimentateurs. Il semble, en effet, impossible que les insectes puissent ne pas abandonner toute l'humidité qu'ils renferment normalement, pour ainsi dire, et acquérir par une fragilité excessive.

Je dois encore ajouter, contrairement à l’opinion de MM. Boisduval et Guénée, qu'il me semble douteux, que l'exposition à la température de 100° pendant une heure ou deux, soit suffisante pour tuer les œufs des insectes destructeurs, qui, comme personne ne l’ignore, peuvent résister sans altération aux plus extrêmes variations de température. Quoi qu'il en soit, je n’hésiterai jamais à accorder à ce procédé la préférence sur tous ceux que je vais rapidement énumérer.

Tous sont basés comme on l’a dit précédemment, sur l'introduction dans les boîtes ou les tiroirs de la collection de substances variées, vola- tiles ou fortement odorantes.

Alcool, éther, chloroforme, benzine, musc, camphre, naphte, huiles vola- tiles de serpolet, de thym, de lavande, etc., i n’est peut-être pas de subs- tance dont on n'ait successivement essayé, préconisé, puis rejeté lemploi, même jusqu'à celui des globules de mercure roulant au fond des boîtes (1) ; mais aucun de ces procédés n'avait donné entre les mains des expérimen- tateurs de résultats satisfaisants, et la question en était restée à ce point, lorsque dans la séance du 28 juillet 1858, M. Reiche (2) fit connaitre l'emploi heureux, tenté dès 1846, par le comte Mannerheim et plus tard par M. de Motschulsky, de la poudre des capitules des Pyrethrum cauca- sicum et roseum, connue en Russie sous le nom de poudre persane.

(1) Loc. eit. (2) Ann. Soc., 1858, Bull, p. CLIV et suir.

Moyen pour la conservation des collections entomologiques. 81

Lui-même venait de l’expérimenter avec quelques succès. Cette communi- cation provoqua dans le cours de la même séance et dans celles du 11 août et du 8 septembre suivants (1), une discussion à laquelle prirent part un certain nombre de nos collègues.

Des expérienes furent tentées par plusieurs d’entre eux, à l’aide de poudres de diverses provenances et il faut bien l'avouer, les résultats obte- ous furent aussi opposés que possible et partant peu concluants. En effet, si quelques-uns de nos collègues reconnurent à ces poudres une action, peu marquée il est vrai, elles restèrent en revanche complétement inertes entre les mains du plus grand nombre. ‘Tous du reste s’accordèrent à reconnaître que si leur action destructive paraissait peu contestable quand on les employait contre les insectes parfaits, il n’en était plus de même quand on les destinait à la destruction des larves d’Anthrénes, & Anobium, etc., qui font tant de ravages dans les collections. A plus forte raison, seront-elles complétement ineflicaces conire les œufs de ces dernières espèces.

Il est très probable que l’action de ces poudres est complexe, et que c’est dans ce fait qu'il faut chercher la cause de la divergence d'opinion des divers observateurs. Leur premier effet, aussi bien que celui des autres substances que nous avons signalées, repose en dernière analyse, sur l’in- troduction dans le système respiratoire des insectes parfaits ou de leurs larves, d’une matière volatile, soit douée spécifiquement de propriétés anes- thésiques, soit ne produisant d'autre résultat que de diminuer la quantité d'air respirable qui traverse les trachées dans un temps donné. Lorsque l’action n’en est pas continuée pendant une période suffisamment prolon- gée, cet effet cesse peu à peu par suite de l’évaporation de la substance, et si on n’a pas eu le soin de détruire mécaniquement les insectes ou les larves engourdies, ils ne tardent pas à recouvrer leurs forces et à se trou- ver tout aussi aptes à recommencer leurs ravages. Il ne me semble pas impossible qu'à ce premier rôle qui appartient à tous les corps volatils signalés précédemment, viennent s'ajouter quand on emploie les poudres de Pyrethrum, etc., une véritable intoxication provenant de l’introduc- tion dans les trachées, de leurs particules les plus ténues.

D'un autre côté, la résistance extrème que tous les expérimentateurs ont signalée dans les larves d’Anthrenes, pourrait tenir, en outre de la vitalité plus énergique de toutes les larves, à l’enorme quantité de poils dont celles-là sont hérissées: ces poils pouvant mettre un obstacle insur- montable à l’envahissement des stigmates par les portions, même les plus fines de la poudre. Enfin, l'insufflation ne devrait-elle pas les effets remar-

(4) Voyez Bull. 1858.

Série, TOME I. 6

#2 C.-E. LEPRIEUR.

quables qu'on lui a reconnus généralement, à cette espèce de vaporisation de la poudre qui enveloppe, en quelque sorte, les insectes nuisibles d’une atmosphère dont l’action devient rapidement mortelle. Lorsqu'on réfléchit aux dangers qui résultent pour les animaux supérieurs, de l'introduction de corps étrangers dans les voies aériennes, on est porté naturellement à se demander si les mêmes causes ne pourraient pas produire sur les insec- tes des effets analogues, et pour ne citer qu'un fait, personne n'ignore que les huiles fixes portées mécaniquement sur les stigmates ou dans les tra- chées des courtilières, leur donnent très rapidement la mort par suite de l’occlusion de ces organes. Cette hypothèse, n'offre du reste, rien de con- traire aux faits généraux observés jusqu'à ce jour et je suis persuadé que l'observation ne pourra que la changer en certitude.

Si comme MM. Aubé et Lucas l'ont fait connaître à la Société dans sa séance du 23 mai 1860, on met les insectes attaqués en présence du sulure de carbone (Museum) ou des vapeurs de benzine (MM. Aubé ei Grenier) dans des caisses hermétiquement fermées et suffisammant gran- des, pour recevoir à la fois une quarantaine de tiroirs ou de cartons, on se retrouve, comme je l'ai déjà dit en parlant du Nécrentôme, dans la nécessité d'employer des instruments coûteux et encombrants. Je ferai remarquer, en outre, que les vapeurs de sulfure de carbone ont une odeur des plus désagréables et que leur innocuité sur l'appareil respiratoire n’est nullement prouvée.

Depuis douze ans que renonçant à l'emploi de tout autre moyen, je me sers exclusivement de l'alcool arsénié, j'ai pu en apprécier les bons effets et il est facile de voir par l’examen de la collection que j'ai rapportée d'Algérie, dans laquelle un grand nombre de Coléoptères existent depuis 1851, qu'à l'exception de ceux qui, comme je lai dit, ne peuvent être plongés sans inconvénient dans l'alcool même pur, tous sont dans un état remarquable de conservation. On pourrait toutefois m'objecter que, m’oc- cupant beaucoup de récoltes entomologiques pendant mon séjour à Bône, ouvrant fréquemment mes boîtes et remaniant sans cesse la disposition des insectes, il n’a guère été possible aux larves d’Anobiun d’'Anthré- nes, d'y trouver le repos indispensable à leur entier développement ; mais dans ce cas je citerai la conservation des Coléoptères d'Europe, que je possédais lorsque j'ai quitté Lille en 1851 et que j'ai laisser en France lors de mon départ pour l'Algérie. Les boites qui les renfermaient, entas- sées les unes sur les autres au-dessus d'une armoire, n'ont reçu des personnes auxauelles elles étaient confiées, d’autres soins que d’être exposées environ une fois par an au soleil, afin d'empêcher, autant que possible, le développement de la moisissure. De temps en temps on y mettait quelques fragments de camphre, dont l'efficacité comme nous l’a-

Moyen pour la conservation des collections entomologiques. 85

vons vu précédemment est fort problématique. Placées comme on le voit, dans les conditions les plus favorables au développement des Anthrênes, etc., je n’y ai trouvé au bout de huit ans que fort peu d'insectes détruits, et aucun de ces derniers n'avait été soumis à l’action du préservatif. J’a- jouterai que dans le cas des larves destructrices viendraient attaquer les insectes ainsi préparés, elles ne tarderaient pas à ressentir les effets du poison si intimement combiné aux tissus, et ne pourraient parvenir à leur entier développement ou tout au moins, que si elles atteignaient ce but, leur action destructive serait, selon toute probabilité limitée à une seule génération.

Il était important de connaître, au moins d’une manière approximative, la quantité d'alcool arsénié que les insectes pouvaient absorber propor- tionnellement à leur propre poids, afin d'en déduire celle de l'acide arsé- nieux qui resterait dans les tissus. Les diverses expériences que j'ai ten- tées dans le dessein d'arriver à ce but, ayant fourni des résultats presque identiques, je me contenterai d'en rapporter trois qui sont détaillées dans le tableau suivant :

F |

POIDS DES INSECTES

——_——__— | mms | mem

|

|

| TT

al INSECTES MIS EN EXPÉRIENCE| >; |27% Apres exposilion à Pair pendant : ES

| S |2% TT | ss D ; . | = [Ze 12h.124h./36h |48h.160h.172h.16 jrs

Ÿ |

gr. [gr.(1)| gr. | gr. | gr. | gr. |gr.(2)

9e

| vi | Un Melolontha vulgaris. .11,07/1,35,1,10,0,4010,4010,40! » » [0,44

Trente Coléoptères de di- Ur | | | verses espèces. . . . .[0,5710,7210,5510,5010,4010,30,10,28| » 10,26

| Soixante-six Coléoptères | | et Hémiptères de di- verses espèces. . . . .| » |1,5311,19 ego 0,8210,7610,67

|

Comme on le voit, les insectes vivants plongés dans l'alcool et retirés après un séjour de 12 heures, n’ont augmenté que du quart environ de leur poids primitif; mais je crois qu'on doit admettre que l'alcool rem- place à peu près, volume pour volume, les liquides existant dans les divers tissus et considérer comme poids réel des insectes, celui seulement qu'ils

(1) Après un séjour de quatre heures dans l’éluve de Gay-Lussae. (2) Abandonnés à l'air libre.

84 C.-E. LEPRIEUR., Conservation des collections entomologiques.

possèdent à la suite de l'exposition à l’air libre pendant six huit jours, ou dans l’étuve de Gay-Lussac pendant trois ou quatre heures. Ce poids est environ le tiers de celui des insectes à leur sortie de l'alcool. Or, nous savons déjà que l'alcool arsénié contient un millième et demi environ (0,0014) de son poids d’acide arsénieux : il en résulte que les insectes auront conservé dans leurs organes dans un état de division extrême, une quantité d’arsénic égale, à peu de chose près, à trois millièmes de leur propre poids, proportion très suffisante pour les mettre à l'abri de la des- truction par les larves d’Anthrênes, d’Anobium, etc.

L'emploi de l'acide arsénieux en disso'ution dans l'alcool, offrira donc comme avantages importants :

Nul changement dans les habitudes ou l'outillage des entomolo- gistes.

Facilité de préparer soi-même, un liquide préservateur toujours identique, dans lequel l'agent efficace, quoique en proportion suffisante pour empêcher les ravages des larves, ne peut cependant jamais devenir dangereux pour ceux qui l'emploient.

Enfin et c’est le point sur lequel je crois devoir appeler le plus l'attention de mes collègues, possibilité de prévenir d'une manière presque absolue les ravages des larves d’Anthrênes, etc., tandis que tous les autres moyens que nous avons examinés, ne peuvent avoir, quelle que soit leur efficacité, d'autre résultat que la destruction actuelle des larves existant dans une collection, sans pouvoir mettre celle-ci à l'abri d'attaques ulté- rieures et encore moins les prévenir.

COURTES REMARQUES SÜR LES MOYENS DE CONSERVER LES COLLECTIONS ENTOMOLOGIQUES.

Par M. le D' SICHEL.

(Séance du {3 Juin 1860.

Le meilleur moyen d'empêcher les collections entomologiques d'être envahies par l’Anthrône, la mite et la moisissure, sera toujours d’avoir des armoires et des boîtes qui ferment bi n, d'ouvrir souvent ces derniè- res pour les remuer, les exposer à l'air, au soleil, à la chaleur, de ne pas laisser séjourner les collections dans des pièces froides, humides ou trop longtemps fermées et privées d'air, enfin, de n°y introduire les insectes qu'on n'a pas recueillis soi-même, qu'après les avoir soumis à une espèce de quarantaine prolongée dans des boîtes bien isolées, afin de s'assurer qu'ils ne sont atlaqués par aucun insecte destructeur. C’est grâce à ces précautions, que ma collection d’Ilyménoptères, par son état de bonne conservation, malgré son étendue considérable, à fait, il y a trois ans, l'étonnement de notre savant collègue Léon Dufour, qui n'avait pas cru jusqu'alors qu'on pût maintenir si complétement intacts des atteintes des insectes destructeurs un aussi grand nombre d’'Hyménoptères.

Lorsque, dans une boîte abandonnée pendant quelque temps ou non encore mise en quarantaine, je reconnais la présence manifeste ou proba- ble de larves d’Anthrène, voici comment je procède avant d’incorporer son contenu dans ma collection.

Jenferme les insectes suspects dans des boites qui ferment exactement, et sur le fond ou le couvercle desquelles j'étale avec un pinceau une cer- taine quantité de benzine. De quart d'heure en quart d'heure, je rouvre la boîte, et je trouve alors des larves d’Anthrène, s’il en existait dans les insectes, les unes courant encore, les autres immobiles et pour la plupart couchées sur le dos, mais encore vivantes, d’autres enfin mortes. Je réi- tère l'emploi de la benzine plusieurs jours de suite, puis encore plusieurs fois à huit ou quinze jours d'intervalle, mais d'ordinaire il suffit d’un jour pour expulser toutes les larves d’Anthrênes. Quand, après quinze jours environ, aucune larve d’Anthrêne n’a plus paru, on peut sans crainte placer dans la collection les insectes ainsi traités.

Substituer comme mesure de préservation aux précautions préserva- {rices générales que je viens d'indiquer, ef qui sont connues depuis long-

86 SICHEL. Conservation des collections entomologiques.

temps, le séjour prolongé de tous les insectes d’une collection un peu grande dans une solution arsénicale ou autre, me paraît une chose diffici- lement praticable. Mais il est de toute impossibilité de songer même à une simple immersion rapide des espèces poilues d'Hyménoptères, et des Lépi- doptères en général, dans une solution alcoolique quelconque, qui couche le poil de tous les insectes, et altère notablement les couleurs des Lépi- doptères.

Voici ce qui m'a le mieux réussi, lorsqu'il s'agit d'espèces rares d’une origine ou d’une conservation douteuses,

Après avoir soumis ces insectes à l’action de la vapeur de benzine, d’a- près le procédé ci-dessus exposé, que des larves d’Anthrêne en aient été expulsées non, je me sers d’une solution aussi concentrée que possi- ble de strychnine dans de l’éther, dont je fais tomber quelques gouttes, à Paide d’un pinceau à aquarelle, sur chaque insecte à préserver, entre la jonction de l'abdomen et du thorax, par le côté du dos et celui du ventre. Gette solution ne couche pas le poil des insectes poilus, comme le fait l'alcool, n’altère pas les couleurs, même les plus délicates, des Lépidop- tères, comme le font toutes les solutions métalliques, ne produit pas sur les insectes un enduit pulvérulent blanchâtre ou glauque, comme celui qu'on rencontre toujours après l'emploi des solutions de sublimé corrosif, et ne défigure pas les objets à conserver, comme l’affreux savon de Bécœæur, qui les rend méconnaissables. On prépare simplement la solution de strychnine, en mettant de la strychnine pulvérisée dans un flacon qu’on remplit d’éther sulfurique, qu'on agite souvent, et qu'on laisse reposer avant d'employer le liquide. Peu soluble dans l’éther, la strychnine l’est cependant assez pour communiquer à ce liquide une notable amertume et une efficacité positive comme préservatif.

SUR QUELQUES ESPECES

DE

COLÉOPTÈRES DU NORD DE L'AFRIQUE.

Par M. L. REICHE.

{Séance du 14 Novembre 1860.

1, PIMELIA Lucasir Reiche. Longit. 19-20 mill., latit. 14 mil. Oblonga, nigra, nitidulu. Caput oblongum, parce subtilèus punctulatum, medio sublævigatum, inter oculos transversim vix impressum; clypeo sub- rectè truncalo; labro truncato, medio sinuato subemarginalo: oculis vix prominulis:; antennis gracilibus, thoracis basin attingentibus. Thorax transversus, capile duplo latior, latitudine dimidio brevior, convexus, antice posticeque subæqualiler angustatus, « latere valde rotundatus; an- qulis anticis obtusis, posticis rolundatis; disco dense tuberculalo ; tuber- culis rotundatis; lènea media longitudinali, sublævigala. Scutellum minu- tum lævigatum. Elytra basi Thorace dimidio laliora, usque medium gra- dualim ampliora, ibidem thoracis sumima latitudine duplo latiora, inde ad apicem attenuata, apice breviler producta, convexa, quadricostata, su- Lura elevata; costis basi vix obsoletis, præserlim postice serralo crenatis; secunda dorsali postice abbreviata:; interstitiis pubescentia breve, rufula, caduca veslilis, sal dense tluberculatis; luberculis ad basin rotundatis et graduatim indè ad apicem subconicis: epipleuris breviter lomentosis luberculis minulissimis valde distantibus instructis. Sublus abdomine levi- Ler rugoso, tomento breve rufulo induto; pedibus sat gracilibus, tibiis anti- cis compressis apice valde dilatatis; intermediis et posticis apice parum incrassalis; Larsis quatuor posticis compressis cilèatis, arliculo primo lon- giore. H. Constantina Algiriæ.

Cette espèce, qui n’est pas rare dans les collections de Paris, fait partie de la première division, deuxième subdivision de Solier; elle vient se ran- ger dans son tableau dichotomique, à côté de la P. subquadrata, dont elle diffère par sa taille moindre, sa forme oblongue, beaucoup moins élargie, ses côtes dentées en scie à dentelures aiguës inclinées en arrière, les intervalles des côtes revêtus d’un duvet roussätre caduque, mais qui persiste toujours un peu vers l'extrémité et garnis de tubercules plus gros el isolés.

J'ai cru devoir dédier cet insecte à mon savant collègue et ami M. Lucas, qui, par ses travaux sur la faune de l'Algérie a groit à plus d’un titre à la reconnaissance des Entomologistes.

88 L. REICHE.

2. PIMELIA PAPULENTA Reiche. Valde affinis P. Lucasii at major, in elytris depressa, thorace paulo latiore, labro integro, an varietas? Hab. Bou-Saada Algirie. Longit. 22-94 mill., latit. 42 1/2-45 mill.

Cette espèce, sur la description de laquelle je n’ai pas cru utile de m'é- tendre davantage, est tellement voisine de la P. Lucasii qu'au premier coup d'œil on la prendrait pour une variété de grande taille, cependant les trois individus que j'en possède présentent tous les caractères diffé- rentiels signalés plus haut, dont le plus important est la forme du labre tronqué carrément et nullement échancré,

Le plus petit des trois individus me vient d'Algérie, sans autre dési- gnation, le plus grand à été trouvé à Bou-Saada, par notre collègue M. Strauch.

Je profite de l’occasion que m'offrent ces deux descriptions pour signa- ler quelques synonymies dans le genre Pémelia.

Je ne sais sur quel fondement on a porté, dans le Catalogue de M. Schaum, la Pimelia grossa de Linné, comme synonyme de la P. barbara de Solier, l'espèce Linnéenne ayant, dit l’auteur, le corselet marginé et dilaté (Syst. nat. 11, p. 676), ne peut ètre une Pémelia et appartient très probablement au genre Akis, s’il faut s’en rapporter à la figure d'Olivier au genre Morika: la description de Linné irait même assez bien à la M. Jevenr Lucas (Ann. soc. Ent. 4850, p. 1v), dans tous les cas, cette espèce doit disparaître du catalogue des Pémelia.

La P. barbara Sol. (Ann. soc. Ent. 1836-106) me paraît bien être la P. inflata Herbst (Coléop. virr, p. 98), comme l'indique le susdit catalo- gue, quoique la disposition des stries dans la figure (PL 193, fig. 129) ne lui convienne pas.

Herbst a eu raison de changer en P. Ryssos le nom de P. rugosa d'Oli- vier, qui faisait double emploi avec la P. rugosa de Fabricius, laquelle est une Adesmia. Cette P. Ryssos Herbst n’est pas rare en Algérie.

La Melanostola cylindrica Solier est la Pimelia bajula Olivier.

La Pimelia Solieri Muls., Op. Ent. 1-168 (1852) fait double emploi avec la Pimelia Solieri Lucas, Revue Cuvierienne, 4844, p. 266, et je propose en conséquence de la nommer Pémelia Mulsanti Reiche, bien qu'il y ait une Pimelia Mulsanti décrite par M. Levrat en 1852, dans les mémoires de la Société Linnéenne de Lyon; cette dernière espèce n'étant autre qu’un Micipsa décrit depuis par M. Lucas (Ann. soc. Ent. 1855 xxx1v) sous le nom de M. rufitarsis, lequel nom ne doit plus, par conséquent, figurer qu’en synonymie de celui de W. Mulsanti Levrat.

3. BLaps SrrauUCHIt Reiche. Longit. 25-35 mill.. lat. 10-13 mill. Oblongi®, ater, vix nitidutus, Bt. polychresto Forskai vicinus. Caput

Cotéopteres du nord de l'Afrique. 89

subrotundum, antice laxe punclulatum postice lœve; epistomo subarcuatim truncalo; labro crebre et profunde punctalo, antennis tenuibus, prothora- cis basi altenaentibus; oculis parum prominulis vix emarginatis. Thorax transversus, medio capite duplo latior, latiludine tertia parte brevior, antice posticeque œqualiter angustatus, à latere roduntatus, paulo antè medium latior, modice convexus, lœvigatus, sublente minulissime laxe punctulatus, antice vix emarginalus: angulis rotundatis : postice subarcuatim truncatus : angulis obtusis. Sculellum triangulariler valde transversum, obsolele punc- tulalum. Elytra ovala, basi thoracis basi latitudine, indè usque medium gradualim ampliora, ibidem tThoracis summa latiludine dimidio latiora, dein ad apicem attenuata, et in cauda gracili apice dehiscenti terminata, valde convera, postice gibbosa, octo costala; coslis basi obsoletis ; sublente punctis minutissimis vix perspicuis impressa. Sublus nilidior; abdominis segmento primo lransversiünm valde rugato el luberculo compresso armato, commissura prima pilis rufescentibus fasciculum emmiltente, segmentibus, 2-5 irregulariler rugalis, apicale tomentoso; pedibus validis; femor ibus posticis abdominis longitudine; tibiis anterioribus el intermediis parum incurvalis. Fæmina differt thorace parum augustiore, pedibus gracilio- ribus, abdomine minus rugato nec luberculalo, haud penicillato. Hab. Bou-Saada Algiriæ a Dom, À Strauch, numerose lecla.

Par sa taille et les côtes de ses élytres, cette espèce se rapproche du BL. polychrestus de Forskal (Jter in Arabia p. 79), lineata Solier ; elle en diffère par sa forme plus élargie, par ses élytres plus convexes surtout postérieurement, par leurs côtes effacées à leur base et par leur prolonge- ment caudal fourchu en deux pointes aiguês à l’extrémité. Gomme la plu- part des Blaps, cet insecte varie beaucoup de taille, les caractères sexuels du mâle ne sont bien marqués que dans les grands individus, à mesure que la taille décroit, le tubercule tranchant qu'on remarque sur le premier segment abdominal, s’atrophie de plus en plus au point de disparaitre complétement. Je crois cette observation applicable à toutes les espèces de Blaps pourvues de ce caractère.

J'ai cru devoir dédier cette espèce à M. le docteur Strauch, naturaliste de Saint-Pétersbourg, très distingué et connu des membres de la Société Entomologique de France par un catalogue systématique, parfaitement rédigé, de tous les Coléoptères décrits dans nos annales, depuis l'origine jusqu’à la fin de 1859.

h. BLAPS PROPHETA Reiche. Longit. 29-39 miil., lat. 43 1/2-16 mill. —Cblongus, ater, vix nilidulus, BL superstitiosæ Erichson vicinus. Caput parvum, rotundum, vage minute punctulatum ; epistomo vix rectè truncato: labro crebre :* profundius punctato; antennis tenuibus, prothoracis basi

90 L, REICHE.

attingentibus; oculis parum prominulis, vix emarginatis. Thorax trans- versus, medio capile duplo latior, latitudine tertia parte brevior, antice magis posticeque angustatus, a latere rotundatus, paulo ante medium la- Hior, modice convexus subtilissime sparse punctulatus, antice late emargi- natus; angulis rolundalo obtusis; poslice rectè truncatus angulis obtusis. Sculellum transverse-triangulatum, obsolete punctulatum. Elytra basi tho- racis basi latitudine, indè usque medium graduatim ampliora, ibidem tho- racis Sumima latiludine dimidio latiora, dein ad apicem attenuata ct in cauda brevissima compressa dehiscente terminata, modice convexa, postice subgibbosa, lavigala, sublente obsoletissime sparsim punctulata. Subtus nilèdior: abdominis segmento primo transversim valde rugato ct tuber- culo compresso arcuato; commissura prima pilis rufescentibus fasciculum emiltente; segmentibus 2-5 irregulariler rugatis, apicule tomentoso; pedi- bus gracilioribus, femoribus posticis abdominis longitudine: tibiis omni- bus parum incurvatis. Fœmina differt latitudine multo majora, thorace parum latiora, abdomine minus rugato haud tuberculato nec penicillato. Hab. Bou-Saada Algiriæ a Dom. À Strauch lecta.

La femelle de cette espèce ressemble au superstitiosa Erichs (Wagner Reise, 183), mais elle est plus petite, plus courte, avec le corselet moins convexe, à angles postérieurs oblus, nullement réfléchis; quelquefois elle présente sur ses élytres des traces de côtes longitudinales plus ou moins prononcées. Le mâle, beaucoup plus étroit que celui du superstiliosa, a quelque ressemblance avec le Bl. nitens Castelnau (Hist. nat. d. Ins. 11- 200), BI. stygia Erichs; mais il est plus large, moins convexe, moins brillant et son prolongement caudal n'est pas retroussé. Ce prolongement dans les deux sexes est comprimé, plus court que dans les espèces com- parées et à pointes de la déhiscence aiguës.

». HELOPS ÆNESCENS Reiche, Longit. 40-12 mill., latit. 4-5 mill. Oblongus, convexus, œneus, parum nitidus; Hel. afro Erichson affinis. Caput rotundum, antice valde depressum, punctulatum, subcanaliculatum : epistomo subrotundato: oculis emarginatis, parum prominentibus: anten- nis thoracis basi attingentibus, validis, apicem versus incrassatis, articulo lertio quarlo dimidio longiore. Thorax transversus capite duplo lalior, sumina latiludine tertia parte brevior, valde convexus, nitidus, tenue mar- ginalus, punclis minutissimis distantibus, mpressus, antice attenuatus : angulis obtusis; a latere valde rotundatus, postice magis attenuatus, rectè truncalus; angulis sinuato-reflexis, acutiusculis. Scutellum transversum lœve. Elytra ovala, basi thoracis basi latiora; humeris rectè angulatis: pone medium ampliora, apice attenuata, conjunctim parum acuminata.

valde convexa. minus nitidu. striato punctata: punctis distantibus: inters-

nn

Coléopteres du nord de l'Afrique. 94

titiis lævibus transversim subrugatis. Subtüs abdomine punctato-rugato, tarsis infrà fulvo hirtis ac spongiosis.

Hab. in Kabylia Algiriæ; a Dom. E. Chapelier lectus.

Cette espèce, voisine du H. afer, lui ressemble tellement, qu'on la prendrait pour une variété bronzée de cette espèce, mais indépendamment de cette couleur, les angles postérieurs du corselet réfléchis, l'en distin- guent suflisamment.

La femelle est plus grande et encore moins brillante que le mâle.

Je profite de l'occasion que nroffre la description de cet Helops, pour faire connaître que j'ai reçu un mâle de l’Helops tuberculiger Reïiche (Ann. Soc. Ent. 1857, p. 265), dont je ne connaissais, lors de sa descrip- tion, qu’une femelle; ce mâle a le sommet des élytres fortement prolongé en queue, pour le reste, il ne diffère nullement de la femelle.

6. URODON TESTACEIPES Reiche. Longit. 2 3/4 mill., latit. 1 4/4 mill. Ovatus, fuscus, indumento subcervino veslilus; antennarum basi, ore pedibusque lestaceis. Urod. rufipedi simillimus. Caput deflexum, paulo convexum, pube grisescenti depressa dense vestilum ; roslro recte Lruncalo ; oculis nigris parum promainulis : antennis thoracis basi attingenlibus, Les- taceis, articulis tribus ullimis nigris. T'horax capite basi duplo latior, antrorsum angustatus sinuatusque, medio parum rotundatus, basi medio angulatim productus, angulis lateralibus acutis parum pronäinulis; pube cervina depressa, ad angulos posteriores «lbicanti, vestitus. Scutellum demer- sum. Elytra thorace paulo latiora et dinudio longiora, basi conjunctèm valdè emarginata apice singulatim rotundata, supr modice convexa, pube cervina basi, a latere et in sutura albicanti vestila. Pygidium conicum, canaliculatum, cervino tomentosumn. Subtus griseo-cervino tomentosus : pedi- bus testaceis; abdomine apice integro &.

Hab. in Kabylia Algiriæ. Inv. Dom. E. Chapelier.

Cette espèce à la taille de l'Urodon rufipes Fab., elle en diffère par sa forme plus allongée, son corselet anguleux au milieu de la base, la mas- sue de ses antennes noires, ses pattes entièrement testacées et la couleur de la tomentosité qui la revêt.

7. ANOPLISTES OBLONGO-MACULATUM. Syn. Callidiu moblonge-macu- latum Guérin. Var. Sexmaculatum con. du Reg. An. Texte, p. 23/4.

Cet insecte est une des trouvailles les plus intéressantes qu'ait faites eu Kabylie orientale M. labbé E. Chapelier, attaché à la colonne expédition- naire envoyée l’année passée dans cetie contrée, par le gouverneur de l'Algérie. Mais ce qui surtout la rend très curieuse, c’est que l'individu qu'il a bien voulu m'envoyer, offre sur les éivtres une lache noire posté.

92 L. REICHE, -— Coléopteres du nord de l'Afrique

rieure qui manque dans le type décrit par M. Guérin. Comme il n'y a que cette seule différence, il est hors de doute que ce ne soit la même espèce.

L'examen des cavités cotyloïdes des pattes antérieures qui sont arron- dies et non prolongées en dehors, ne permet pas de laisser cette espèce dans le genre Callidium et désigne sa place parmi les Purpuricénides et dans le genre Anoplistes.

L'habitat de cette espèce est très étendu, M. Guérin l’a décrit comme venant de Grèce et je l'ai reçue par M. Truqui de l'île de Chypre.

8. LEMA PURPURICOLLIS Reiche, Longit. 4 mill., latit 2 mill Oblonga, nigro cyanea; thorace rubro purpureo, elytris cyaneis; nitida, Lemæ melanopæ Linné affinis. Caput breve, inter oculos rugulosum et trans- versim tmpressum, vertice Sulcatum; oculis valde prominulis, vix emar- ginatis; antennis dimèidio corporis vix longitudine, validis. Thorax capi- lis latitudine, longitudine medio paulo latior, valde convexus postice cons- trictus, a latere rotundalus, disco vage punctato; punctis valde impressis; nigro longitudinaliler subbifasciato. Sculellum quadratum, nigrum. Ely- tra thorace duplo latiora, elongata, parallela, infra basin transversim ëmpressa, crenalo Slriala, transversèim subrugata:; interstitiis- lœvibus. Sublus tomentosa; pectore punclulato.

Hab. in Kabylia, Algiriæ, Invenit. Dom. E. Chapelier.

Cette espèce, extrèmement voisine de la Lema melanopa Linné, en dif- fère par ses antennes encore plus renflées, son corselet plus convexe, à ponctuation beaucoup plus forte, ses élytres à stries plus fortement ponc- tuées et crénelées, et dont les crénelures, en se réunissant, forment pres- que des rides transversales, enfin par ses pattes entièrement d’un noir bleuûtre,

te

DESCRIPTION

DE QUATRE NOUVELLES ESPÈCES DE COLÉOPTÈRES

APPARTENANT A UN GENRE NOUVEAU,

Par M. le Dr AUBE.

(Séance du 13 Janvier 1861.)

Genre THECA (1).

Le genre Theca ne se compose encore que d’un petit nombre d'espèces dont les mœurs ne nous sont pas parfaitement connues et que l’on peut caractériser ainsi :

Labre entier arrondi. Mandibules courtes, robustes et bidentées à leur extrémité interne. Mächoires courtes, épaisses, à divisions égales gar- nies à l'extrémité de cils très serrés, l’externe un peu plus saillante en avant. Palpes maxillaires de quatre articles: le premier obconique; le second également obconique, un peu plus long; le troisième presque triangulaire, de la longueur du premier; le quatrième beaucoup plus grand, largement sécuriforme en dedans. Menton largement et peu pro- fondément échancré. Languette allongée, profondément échancrée et ciliée à son extrémité. Paraglosses elliptiques dépassant à peine les angles saillants de la languette. Palpes labiaux de trois articles : les deux pre- miers allongés et à peu près égaux, le dernier largement sécuriforme en dedans il est un plus arrondi que le dernier article des palpes maxil- laires. Antennes insérées un peu en avant des yeux, de one articles : le pre- mier assez gros, presque globuleux ou un peu en massue; le second cylin- drique, plus petit que le précédent: les troisième, quatrième, cinquième et sixième presque sphériques, légèrement anguleux en dedans; les septième et huitième de la longueur des précédents, mais fortement saillants en pointe en dedans, surtout le huitième qui est presque aussi large que le suivant, lequel et le dixième sont beaucoup plus grands que les précé- dents, aplatis, tronqués au sommet et fortement sécuriformes; le dernier également aplati, est ovale allongé et un peu plus long que le neuvième ; ces trois derniers articles forment ensemble une espèce de massue. Tar- ses pentamérés : le premier article des antérieurs large, cordiforme et un

(4) J'ai cru devoir conserver le xom de Theca imposé à ce genre par M. Rey, de Lyon, dans sa correspondance entomologique, et cela déjà depuis plusieurs années, quoiqu'à ma connaissance les caractères n’en aient pas été publiés. Son nom vient-il de Oixn : étui, gaine? Je l’ignore.

ÿ4 AUBÉ,

peu plus long que les suivants; les second, troisième et quatrième égale- went cordiformes, aussi larges que longs: le cinquième un peu plus long que les précédents, droit et armé de deux crochets égaux. Les tarses intermédiaires et postérieurs ont le premier article aussi long que les trois suivants réunis (d'?).

Le corps est plus ou moins ovoïde au repos. La {ete jusqu'aux yeux et les antennes sont rentrées dans le corselet. Les pattes légèrement aplaties sont appliquées contre la partie inférieure du corps et dans cet état, ces insectes ressemblent assez bien à de petits Byrrhus. Le corselet est con- formé comme celui de certains Anobium, c'est-à-dire légèrement arrondi à la base, avec les côtés très obliques et dirigés en avant et en bas, de manière à former avec le sommet, qui est très comprimé latéralement, un angle plus ou moins aigu el très abaissé. Élytres recouvrant entière- ment l’abdomen, marquées de dix stries ponctuées et du rudiment d’une onzième près de l’écusson. Ailes bien développées et propres au vol.

Ce genre appartient au groupe des Anobides et se place assez naturelle- ment entre les Xyletinus et les Dorcatoma, tenant plus des premiers par la forme du corps et des seconds par la structure des antennes.

Les espèces du genre Theca, dont je donne aujourd’hui la description, sont au nombre de cinq, ont la plus grande analogie entre elles et ne se distinguent réellement les unes des autres que par une taille plus ou moins avantageuse, une très légère différence dans la fors.e générale et la profondeur plus moins grande des stries des élytres et des points qui s’y trouvent; et, chose assez remarquable, c’est que des cinq espèces que j'ai pu observer, ce sont les plus petites qui offrent les stries les plus pro- fondes et les points les plus enfoncés. Aussi, en raison de cette grande ressemblance, ne décrirai-je un peu longuement que le Theca pellita Chew. qui, quoique déjà décrit, me servira de type et n’appliquerai-je aux autres que la description comparative, m'attachant surtout à fire ressortir les caractères différentiels dans les diagnoses latines. J'ai choisi de préférence le Theca pellita, parce qu'il est déjà connu et que, tout récemment, M. le docteur Strauch, de Saint-Pétersbourg, en à rapporté d'Algérie un assez grand nombre qu'il a distribué à Paris, el que par cela mème, cette espèce est plus répandue que les autres, qui doivent encore être fort rares dans les collections.

1. THECA PELLITA. Chev. Revue Zool. de Guér. 1859, p. 384 (Xyleti- nus). Oblongo-ovata, picea, pube sericeo-testacea dense vestita, opaca. Capite reticulato. Thorace sparsim punctulato. Elytris levissime subrelicu- latis, striato-punctulatis, striis punctisque ad suturam lenuissime, ad latera fortius impressis. Pedibus piceis, apice tarsisque ferrugineis. Long. 3 mil.

Ovoïde, légèrement allongé, d'un brun de poix et entièrement couvert

Coléoptères nouveaux. 95

d'une pubescence veloutée d’un gris testacé. Tête réticulée; antennes tes- tacées pâles. Corselet couvert de petits points enfoncés assez écartés et d’où sortent autant de petits poils très fins et dressés. Écusson cordiforme. Élytres très finement réticulées, couvertes de dix stries ponctuées et du rudiment d’une onzième à la base très près de l’écusson; ces stries sont extrêémement fines et garnies de points, également très fins, près de la suture et sur le dos; mais beaucoup mieux senties et plus fortement ponctuées sur les côtés, et d'autant plus qu'eiles se rapprochent davantage du bord externe; de chaque point il sort un petit poil fin et soyeux; les intervalles sont larges et plans. Dessous du corps d’un brun de poix, avec les parties latérales de l'abdomen dans une petite étendue, et souvent l'extremité, ferrugineuses. Pattes brunes, avec l'extrémité des tibias et les tarses ferrugineux.

Il habite l'Algérie et a été pris en quantité assez considérable, comme je l'ai déjà dit, par M. le docteur Strauch, chez un sellier d'Alger. I était en compagnie de l'Anobium paniceum et M. Strauch supposait que ces deux insectes vivaient des débris de cuir qui étaient épars dans l'atelier. Mais il est certain, d’après une communication récente que m'a faite M. Léon Dufour à Sai.t-Sever, que la larve de cet insecte vit dans une espèce par- ticulière de Bolet coriace,

2, T. PILULA. Oblongo-ovata supra, piceo-castanea, infra ferrugi- nea, pube sericeo-testacea dense vestila, vix opaca. Gapile ferrugineo et thorace sparsim punctulatis. Elytris subtilissime reticulatis, striato-punc- tulatis, striis punctisque ad suturam leviter, ad latera fortius impressis. Pedibus ferrugineis, tarsis testaceis. Long. 2 mill.

Il à la plus grande analogie avec le pellita, mais il s'en distingue cependant par sa taille un peu plus petite, sa teinte générale moins fon- cée, sa tête presque lisse et ferrugineuse. Les stries et les points des élytres, tout en conservant la même disposition, sont un peu plus sentis et enfin tout le dessous du corps et les pattes sont ferrugineux, les tarses testacés.

Je possède deux individus de cette espèce, dont un m'a été envoyé de Mont-de-Marsan par M. Perris, et j'ai pris moi-même l’autre aux environs de cette même ville. M. Chevrolat en possède un exemplaire venant Ge l'Algérie.

3 T, BYRRHOIDES Rey in litter. Ovata, supra castanea, infra ferru- ginea, pube sericeo-testacea dense vestita, vix opaca. Capite ferrugineo, subtilissime reticulato. Thorace sparsim punclulato. Elytris subtilissime reticulatis, striato-punctulatis, striis punctisque ad suturam leviter. ad

96 AUBÉ, Coléopteres nouveaux

latera fortius impressis. Pedibus ferrugineis, tarsis testaceis. Long, 4 3/4 mill.

Plus de deux fois plus petit que le pellita, se rapprochant davantage du pilula, dont il diffère également par sa taille moins avantageuse, sa forme plus courte et plus ramassée, et par les stries et les points des ély- tres qui sont un peu plus sentis et offrent entre ceux du dos et ceux des côtés une différence moins sensible, mais c'est surtout sa forme et sa taille qui le distinguent des deux précédentes.

J'ai reçu cette espèce de M. Raymond, auquel la science est redevable de tant d’intéressantes découvertes ; il l’a prise au nombre de cinq exem- plaires, en baltant une salsepareille aux environs de Saint-Raphaël. Je dois dire ici qu'elle avait déjà été prise il y a quelques années, à Hyères, par M. Rey de Lyon, et que c’est cette même espèce qui lui a servi de base pour créer le genre dont nous nous occupons ici.

4. T. ANDALUSIAGA. Ovala supra piceo-caslanea, infra ferruginea, pube sericeo-castanea minus dense vestita, vix opaca. Capite rubro, subti- lèssime reliculato. Thorace sparsim punctulato, Elytris apice ferrugineis. sublilissime reticulalis, forte strialo-punctatis; striis punclisque ad latera non fortius émpressis. Abdomine apice diluliore. Pedibus ferrugineis, tar- sis testaceis. Long. 1 mill.

De même forme que le byrrhoides, mais encore plus petit et plus foncé en dessus; il s’en distingue surtout par les stries des élytres qui sont très fortement enfoncées et ponctuées, toutes semblables entre elles et par les intervalles qui, au lieu d’être plans, comme dans cette dernière et les pré- cédentes, sont convexes et un peu saillants. J'en possède un seul exem- plaire venant d’Andalousie.

9, T. RAPHAELENSIS. Oblonga, subcylindrica, ferruginea, pube seri- ceo-testacea minus dense vestila, nitidula. Capite reticulato. Thorace spar- sim puncluluto. Elytris sublilissime reticulatis, forte striato-punctatis, striis punclisque «d latera non fortius impressis. Tarsis dilutioribus. 2 mill.

Le Raphactensis diffère Ce tous ses congénères par sa forme plus allon- gée, qui le fait ressembler un peu à l’Anobiun paniceum, par sa couleur entièrement ferrugineuse et sa pubescence moins serrée. Les stries des élytres sont toutes semblables et les intervalles légèrement convexes comme dans le précédent, dont il se Gistinguera toujours par sa taille beaucoup plus grande et sa forme très allongée.

D D

DESCRIPTION

DE CINQ NOUVELLES ESPÈCES DE COLÉOPTÈRES

PROPRES À LA FAUNE FRANÇAISE.

Par M. le baron GAUTIER DES COTTES. (Séances des 8 Août 1860, 9 Janvier, 13 Février et 13 Mars 1861.)

1. CARABUS GLACIALIS Gaut. des Cottes. Planus, æncus, parum niti- dus ; prothorace cordiformi, brevi, angulis postlicis obtusis ; elytris lœviter parallelis, aspero lineatis, utrinque tripunctatis ; apice sinuato. Long, 20 mill. (PI. 2,