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UNIVERSITY OF TORONTO PRESS

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MATERIAUX POUR L’EPIGRAPHIE BEITRÄGE ZUR KUNSTGESCHICHTE DES ET L’HISTOIRE MUSULMANES MITTELALTERS VON NORDMESOPOTA- DU DIYAR-BEKR MIEN, HELLAS UND DEM ABENDLANDE PAR VON MAX van BERCHEM JOSEF STRZYGOWSKI

MIT EINEM BEITRAGE: „THE CHURCHES AND MONASTERIES OF THE TUR ABDIN“ VON GERTRUDE L. BELL

XXIll TAFELN IN LICHTDRUCK UND 330 TEXTABBILDUNGEN

1910

HEIDELBERG CARL WINTER’S UNIVERSITÄTSBUCHHANDLUNG

PARIS ERNEST LEROUX

Verlags-Nr. 467

AU GENERAL DE BEYLIE

HOMMAGE DES AUTEURS

4 . ®@.

INHALTSVERZEICHNIS.

Materiaux pour l’&pigraphie et l’histoire musulmanes du Diyar-Bekr

par Max van Berchem.

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Beiträge zur Kunstgeschichte des Mittelalters von Nordmesopotamien, dem Abendlande von Josef Strzygowski.

VORwWOrlEE 5 R ee

I. Die christlichen Denkusler VODWAÄTTIGR ce 5 Einleitung: Die Grenzen der Beweiskraft von Inschriften . , Se R 6

1. Die beiden Prunkfassaden von Dijarbekr . . ». 2.2... ö 2. Wiederverwendung und Nachahmung älterer Bauglieder durch Ks Musimerse re 3. Die vorislamischen Teile der Westfasade - ». 2.2220 2.2.20. ADiesParallelenfiuwäcyptenere eure 58 2

5. Die altchristlichen Kirchen von Amida (mit einem Be von Atom Das 6. Dekorativer Reichtum der christlichen Architektur in Amida, Syrien und Ägypten 7. Die ursprüngliche Bestimmung der alten Westfassade . . . 2...

II. Die altchristliche Baukunst Nordriesopotamiens . . . . . Man

IaDieszentralengkiesenbautenrder Studieren 9. The churches and monasteries of the Tur Abdin by Gertrune L. BEL 2. 2». ... BEZUSATITDEHTASSUN SUR re ee: aule u was AsMesopotamiensundkdaszäbendlandee. er u ee Sr ITEDIerMauemEyronrAmidare week an nano

IN DRS UNE ÄNIOEN 0, Ba a SONO 5 ET VaalieseroßenMoscheesvonräAimidar euer Se dmDierbeideneHassadenke nr ae ee een here ehe ß A e R DEDIEweIrEentlIcheSMOScheem ee ee R

3. Ursprung der beiden Moscheetypen . . 2... 2 Be. we ec ADaspMinaret ara... R a ee a De: VI. Zur Geschichte des islamischen Ornamenies a a ee c

BSDIELRIOHHErUNngweRe Le re ee > A : :

2 IE IEOARTÜNE au 0, erde er ea Fr PL NEE GE DieaOxtokidenschüsseluinelnnsbrucke pen ee Die Stuckreliefs aus Dijarbekr . . ER N Eee ah el ner Un ek eh elle auf ie VII. Hellas und Mesopotamien . .. 2.8 0 Val aan a oe

VIII. Anhang: Nordmesopotamien und Gen von LEoPoLD vox S 8 |

Index et additions ä la premiere partie . 2 2 2 2 2 2.0.

Register und Zusätze zum zweiten Teil... 2.2.2 2.2...

SHROEDER . 2 2... 0.

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MATERIAUX

POUR

LEPIGRAPHIE ET LHISTOIRE MUSULMANES DU DIYARBAKR

MAX VAN BERCHEM

Amida

INTRODUCTION.

IR: monuments des pays musulmans! surgissent enfin de l’oubli les avait plonges la decadence de lIslam, les laissait dormir notre science un peu bornde, nourrie d’esprit classique et de prejuges religieux et nationaux. et heureux reveil, nous le devons A la decou- verte de l’Orient. Depuis que CuamroLLıon nous a rendu l’Egypte antique, nous avons retrouve tant de choses, enfouies dans le sol de l’Afrique et de l’Asie, que nous ne saurions plus nous etonner de rien. Toutefois, si nous admettons aujourd’hui que l’Orient nous a precedes, nous nous resignons mal ä reconnaitre que nous lJui devons beaucoup. Que de recherches n’a-t-il pas fallu pour ouvrir nos yeux sur les nombreux emprunts faits a l’Asie par ce monde antique dont nous nous pretendons les heritiers! Mais notre dette ne s’arröte pas la. Le vieil Orient, que n’avaient ecrase ni les armees d’Alexandre, ni la domination romaine, eut encore la force d’enfanter deux religions universelles, d’enrayer la decadence byzantine et de survivre a la conquete arabe. Pour Epuiser les reserves accumulees par tant de siecles de culture, il faudra cette longue suite d’invasions turques et mongoles dont les dernieres vagues iront mourir, du XIII® au XVIe sieele, au seuil de l’Egypte et de l’Allemagne. Or, durant tout le moyen äge, mais surtout & l’Epoque romane, l’Oceident devenu chretien continue d’emprunter & l’Orient devenu musulman. Que lui emprunte-t-il? En vertu de quels phenomenes historiques? Par quels procedes, par quels chemins? Voilä ce que l’archeologie musulmane peut apprendre aux historiens de l’art et de la civilisation dans l’Europe medievale. A leur tour, les historiens de l'Islam s’habituent a demander des faits preeis ä l’archeologie. Depuis peu, nos puissances coloniales, imitees par quelques pays musulmans, s’efforcent de proteger et de conserver, helas aussi de restaurer les monuments de l’Islam. Enfin, les collectionneurs ont mis ä la mode les produits de l’art musulman, dont la valeur marchande atteint aujourd’hui des prix exorbitants; cet engouement meme est significatif.

Mais il ne suffit plus d’admirer un monument ou un objet d’art; nous voulons qu'il nous apprenne quelque chose. Pour en faire un document preeis, ce n’est point assez d’en apprecier le style; il faut en fixer la destination, l’äge, la provenance ou l'origine. Ces eirconstances, qui pourrait mieux les faire connaitre que le monument lui-meme, quand elles y sont 6crites en toutes lettres? Or, un grand nombre de monuments et d’objets d’art musulmans portent des inscriptions qui donnent leur signalement, leur date, les noms de leurs fondateurs, de leurs auteurs et de leurs proprietaires, pour ne parler que des faits en rapport avec l’archeologie; car la plupart des t&emoignages fournis par l’epigraphie n’interessent que l’histoire litteraire, religieuse, politigue et administrative.

"A defaut d’un terme preeis qu’il faudra trouver un jour, je designe ainsi tous les monuments du moyen äge dans les pays domine l’islamisme. On ne peut dire monuments musulmans, car ce terme ne saurait &tre applique proprement qu’ä des e£difices religieur de l’Islam, encore sous certaines reserves. Je m’en servirai toutefois pour designer tous ceux qui ont ete construits ou fahriques pour des musulmans, sinon toujours par des musulmans.

1*

4 INTRODUCTION.

L’epigraphie musulmane, et par la jeentends surtout l’Epigraphie arabe, de beaucoup la plus abondante, la plus riche et la plus preeise, aura donc un double röle. A l’histoire gene- rale, elle apporte des faits authentiques, bien qu’en petit nombre, qui permettent de contröler et de completer les autres sources; ä l’archeologie et a l’histoire de l’art, ces textes preeis sont indispensables pour classer les monuments qui les portent, puis, subsidiairement et par compa- raison, ceux qui sont depourvus de tout etat civil.

Depuis vingt ans, l’auteur de ces pages s’occupe & recueillir les materiaux d’un Corpus inseriptionum arabicarım dont le plan, bien que trace d’avance, est susceptible de s’&largir in- definiment. La premiere partie de ce recueil est reservee aux inscriptions de l’Egypte. La deuxieme partie renfermera les inscriptions de la Syrie; la troisieme comprendra celles de l’Asie Mineure. Apres avoir consacre dix anndes A la premiere, l’auteur prepare les deux autres, avec l'aide de quelques collaborateurs devoues.! Ces trois pays ont deja fourni les materiaux de plu- sieurs gros volumes et les recherches sont loin d’y @tre achevees. s’arröte le domaine ac- tuel du Corpus, qui ne doit comprendre, en prineipe, que les regions explorees methodiquement. Mais son domaine futur est presque illimite, puisque l’&pigraphie arabe s’etend de l’Atlantique au Pacifique. Les redacteurs du Corpus ont done une double täche: achever la publication des parties commeneees et preparer l’exploration de nouveaux pays.

Ü'est A la seconde partie de ce programme qu’appartient le present travail. La Mesopo- tamie promet de former un jour une importante section du Corpus; mais les releves n’y sont pas assez avances pour une incorporation definitive. Naguere encore, cette vaste region n’avait livre qu’un petit nombre de textes A quelques explorateurs, de Nırpuur AM. Sacnau. Des lors, MM. Lenmann-Haupr et le baron D’ÖrrENHEIM ont bien voulu me remettre les materiaux re- eueillis par eux dans la haute Mesopotamie.” Parmi ces documents, quelques photographies d’Amid attirerent surtout mon attention, par l’importance des monuments qu’on y voyait representes et par linteret des fragments dinseriptions que je reussis A y dechiffrer. Üette premiere etude me faisait esperer une moisson beaucoup plus riche; on va voir que cet espoir n’a pas dte decu. Mais mes efforts pour me procurer de nouveaux documents resterent a peu pres inutiles jusqu’au jour ou M. le general nz BeyLie, sur le point de partir pour l’Orient, voulut bien m’oflrir son precieux concours. Il poussa l’obligeance jusqu’a modifier son itineraire, pour visiter Amid et pour en relever les murailles et la grande Mosquee,’” A son retour, il me remit une precieuse collection de cliches, de photographies, de dessins et de croquis, ne mettant ä& ce don genereux d’autre condition que celle d’en tirer parti pour la science. Quil recoive ici l’expression de ma vive gratitude et quil me permette d’associer A son nom ceux de M. Pocnxox, du general Farumt Pasıa et de M. Güys, consul de France ä Diarbekir, pour les copies d’inscriptions et les renseignements divers que nous devons A leur obligeance.

Voila l'origine de ce livre; voici comment il a et& fait. Frappe de la valeur archeo- logique de ces documents, je les montrai a M. Srkzysowskt, qui desira vivement en tirer parti pour l’histoire de l’art. Avec l’approbation de M. le general pe BEyLıE, nous convinmes de reunir en un volume nos deux etudes; bien que distinctes par le sujet et la methode, elles se completent Tune par l’autre et sont relices par une id6e commune: celle de la haute culture amidienne, dans l’antiquite et au moyen äge.

' ai publie un volume de l’Egypte dans les Memoires de la Mission frangaise au Caire, NIX. M. SoBERNHEIN a commence de publier la Syrie du Nord dans les Memoires de ! Institut frangais du Caire; il vient d’achever les releves de cette region, avee l’aide de M. HerzreLp pour la partie archeologique. M. Mirrwoch etudie les inseriptions de Damas et l’auteur de ces lignes, celles de la Palestine. Pour l’Asie Mineure, l’auteur et M. Halil Epnem vont publier les inscriptions de Konia, Siwas et Diwrigi. Plusieurs autres parties sont ä l’etude (cet ouvrage sera cite CIA).

° Publies par moi dans les ouvrages de ces deux explorateurs, eites plus loin, p. 14, n.1 et 23, n. 1. M. D’Orresneim a bien voulu m’autoriser a reproduire ici quelques photographies de sa riche collection.

° Voir pe BeyLie, Prome et Samara, Paris 1907, p. 60 s.

INTRODUCTION. 5

J'ai donn& le texte, la traduction et le commentaire des inscriptions recueillies par M. ve BEyLie. Les lectures ont et& faites a la loupe et contrölees avec un soin metieuleux; jinsiste ä dessein sur ce detail, parce qu’il est impossible de verifier mes lectures sur les figures de ce livre, qui ne sauraient atteindre a la nettet@ des photographies originales.' J’ai class& les inseriptions dans l’ordre chronologique et je me suis efforc de les Eclairer par d’autres sources, notamment par les chroniques et les monnaies; comme toujours, cette methode comparative a produit des resultats surprenants.” Avec un peu d’apprentissage, on arrive ä& expliquer, par les circonstances de l’'histoire, chaque mot d’une inscription, dont les termes, il ne faut pas l’oublier, ont une valeur preeise, parce quiils etaient soigneusement peses, par le redacteur responsable, avant d’ötre confies au lapieide. Ces memes sources m’ont seryi a combler les lacunes de l’epigraphie; j’en ai tire la matiere d’un canevas destine & relier chaque inseription A la suivante. Eerire l’histoire complete d’Amid sous les musulimans eüt et une täche au-dessus de mes forces; il ne s’agissait que de preparer des materiaux de choix.

En ce qui concerne l’archeologie, je me suis borne A decrire sommairement les &edifices releves, & reunir et ä coordonner les descriptions des geographes et des explorateurs, enfin, ä noter, sur le style et la construction de ces &difices, quelques observations suggerdes par le commentaire des inscriptions. lei encore, je me suis contente de rassembler des materiaux, en laissant a M. Srrzysowskı le soin d’en tirer parti.’

Les mots arabes et la plupart des noms propres ont ete transcrits graphiquement, e’est-A-dire signe pour signe. Sont rendus plus librement les noms de lieu et les mots orientaux, d’origine non arabe, dont l’orthographe n'est pas bien fix&e dans cette Jangue. Il en rösulte d’apparentes contra- dietions, par exemple entre le nom propre @ard-arslän, qui rend l’orthographe arabe la plus frequente, et les mots tures gara et arslan. es petites inconsequences n’ont pas d’inconvenient dans un memoire oüı la linguistique ne joue aucun röle; il suffit d’en donner la raison.

Malgre le temps et la peine qu’il m’a coütes, ce travail n’est qu’un premier essai; puisse-t-il provoquer de nouvelles recherches sur un sol qui promet encore d’amples moissons.*

ı Gelles-ci sont a la disposition des savants qui voudraient contröler mes lectures et verifier l’exactitude des dessins que j'ai faits moi-m&me, ä la loupe, d’apres ces photographies.

® J’ai utilise un grand nombre de chroniques arabes, imprimees ou manusecrites, et quelques sources empruntees aux autres langues orientales, sans pretentre nullement ä les epuiser.

® Je designe par la forınule (fig. Strz.) quelques figures, attribuees au texte de M. Strzycowskı, qui n’etaient pas encore nume£rotees quand j'ai corrige mes epreuves; on les retrouvera facilement dans la deuxieme partie de ce livre.

* M. SırreE vient de rapporter d'un long voyage en Mesopotamie, fait avec M. Henrzrerv, l’auteur de Samarra, des materiaux importants pour l’'histoire et l’archeologie de l’Islam; voir ses travaux preliminaires dans Monats- hefte für Kunstwissenschaft, 1909, et dans Zeitschrift der Gesellschaft für Erdkunde zu Berlin, 1909, M. Massısxox et M. Viorzer en ont recueilli d’autres, de Raqga jusqu’ä Bagdad; voir Comptes vendus de l’ Academie des Inscriptions, 1908, p. 451; 1909, p. 202 s., 370 s.; Gazette des Beaux-Arts, 1909, per., I, p. 297 s.

CHAPITRE PREMIER.

ENCEINTE, PORTES ET TOURS.

A. ETAT ACTUEL.

Parmi les nombreuses villes de l’Asie occidentale qui conservent des restes de leur archi- teeture militaire, Amid occupe, a coup sür, le premier rang. Bien que les auteurs s’accordent a vanter la force et la puissance de son enceinte,! celle-ci n’avait rien d’exceptionnel alors que toutes les cites s’abritaient derriere une ligne de murailles et de tours. Ce qui Jui donne une raleur unique aujourd hui, c’est qu’elle a resiste presque tout entiere aux ravages des sieges, du temps et des travaux modernes qui ont andanti, naguere encore, les superbes enceintes de Bagdad, de Konia, d’Alexandrie et de tant d’autres villes de l’Orient. Cet etat de conservation tout ä fait rare, elle le doit surtout & la nature des materiaux dont elle est faite, une pierre volcanique tres dure, dont la couleur foncee a frappe tous les observateurs et a valu A la ville son nom moderne de Qara Amid, Amid la noire. Elle le doit encore au fait que la capitale du Diyar-Bekr ne joue dans l’histoire qu’un röle assez effac& depuis le milieu du XIII® siecle. On verra que toutes les inscriptions relevees sur les murs, les portes et les tours d’Amid sont anterieures A cette epoque. Ce fait anormal et tr&s significatif, non moins que le silence presque complet des chroniques sur les destindes ulterieures d’Amid, trahit la decadence politique et militaire de cette ville depuis l’invasion mongole.

Amid s’etend sur un large plateau qui domine la rive droite ou oceidentale du Tigre. Ce fleuve coule ici du nord au sud, passe au-dessous du cöte oriental de la ville, et de la, par une lögere courbe A l’ouest, sous son cöte meridional, dont il s’eloigne graduellement dans la direction du sud-ouest. A partir du grand pont de pierre,? il reprend son cours droit au sud, avant de siinflechir a l’est pour gagner la plaine me«sopotamienne.” Ainsi, le front est et une bonne partie du front sud sont defendus naturellement par l’escarpement de la rive et l’on s’explique pourquoi les travaux sont moins considerables sur ces deux cötes que sur les autres fronts,

ı Voir Wägidi, trad. Nıesunr-Morormans, p. 93 s.; Näsiri Khusrau, trad. ScHEFER, p. 28; Ihn al-Athir, ed. ToRNBERG, X, p. 42; XI, p. 325; Ibn Wäsil, Paris, ms. ar. 1702, fo 79 ro; Ibn al-Fagih, Istakhri, Ibn Haugal et Mu- gaddasi, eites plus loin, p. 21, n. 1, et 22, n. 3.

® Deerit plus loin, au no 13.

® C'est peut-etre ce coude du Tigre A V’ouest qui a donne lieu A l’opinion qu’Amid etait autrefois sur la rive gauche du fleuve. Samr-Marrın l’a reproduite d’apres Ammien Marcellin et Ibn Haugal; voir Memoires sur !’Armenie, I, p. 166, 169. Mais Ammien se borne a dire qu’un eoude du Tigre arrose Amid au sud; sans doute, il veut parler de ce petit coude ä l’ouest, et non du grand eoude que le fleuve fait plus loin ä Vest; l’interpretation de Saınt-Marrtın est done erronee. (Quant ä Ibn Haugal, la traduetion d’Ovserey citee par cet auteur est faite sur un texte persan defectueux. Il est vrai qu’Istakhri, copie souvent par Ibn Haugal, dit iei: „Amid, sur le Tigre, A l’est de ce fleuve‘; ed. DE GoRIE, p. 75. Mais c'est une faute de copie, car dans Ibn Haugal, ed. pe GoEsE, p. 150, on lit correctement: „La ville d’Amid, sur une colline ä l’oxest du Tigre“. L’examen le plus superficiel de l’enceinte actuelle contredit formellement l’opinion de Sart-Marrın; outre qu’elle a conserve d’importants vestiges de l’antiquite, les nombreuses inseriptions du calife Mugtadir, publiees plus loin, sont anterieures aux relations d’Istakhri et d’Ibn Haugal.

R 2 r ErAT ACTUEL. [ U Canal diau "s alımentant la wille ">, Wnaerink . long Inseruntions Inzeripliong ee f 5 Jardins SD Eglise Syrı Porte mure aurollgue, Er, 7 Anzenne eglise urınenienne, 2 fsicdte de Sf Thevilare conslruule en 1518, Lrunsforme 3 rap IL PERR Arche e f Taur vigie a Zelayes = nr: nserintions Masquse Dulsuljam False Eglise armenienne Fylıse lukine cunstruile Porte Neuve | a Chuldeensie gregorienne ass I7siecle Mar Pilioun Soda" Cirages. h Pure grecı 77" seele Constrwile al 16 *sıecde ee ge) | Inzeryikions Q Eylise Jacobite Parlıe delruste par ml. ae Marian Ne Urnetruleaw ii

VIf* siecle. ee] c Eylise orlwdoxe Cosmas et Mar Damianos, _ Gnstrusle um VilSweele

Fig. 1. Plan de l’enceinte d'Amid.

ainsi qu’on peut le voir en jetant un coup d’eil sur le plan de l’enceinte.' Celle-ci forme un cercle un peu allonge, dont la regularite n'est rompue que par deux aceidents prineipaux: une avancde vers Je sud-ouest, defendue par deux grosses tours rondes, et la citadelle, vers l’angle nord-est; on en parlera tout A l’'heure. L’enceinte est percee de quatre portes, a peu pres suivant les quatre points cardinaux: au nord, la porte de la Montagne (bab al-djabal, dagh kapusu) ou porte de Kharput; ä l’ouest, la porte d’Asie Mineure (bäb al-Rüm, Rum kapusu) ou porte d’Alep; au sud, la porte de la Colline (bab al-tall) ou porte de Mardin (Mardin kapusu); & l’est enfin, la porte du Fleuve ou du Tigre (bäb al-md’ ou Didjla), appelee aujourd’hui porte Neuve (yeni kapu).

Ainsi, deux lignes tirdes de porte en porte ä travers la ville, du nord au sud et de l’est & l’ouest, determinent A peu pres les deux axes de l’ellipse formee par l’enceinte. Cette orien- tation, qui rappelle celle de mainte enceinte antique, notamment ä Damas et a Alep, n'est cer- tainement pas fortuite; elle trahit l’origine reculde de l’enceinte d’Amid, dont le plan general, on va le voir, est reste le meme A travers les modifications qu’elle a subies. Quant aux portes derobdes ou poternes que plusieurs auteurs anciens et modernes signalent en divers points de l’enceinte, elles ne jouent qu’un röle episodique dans l’histoire des sieges d’Amid.”

ı Voir (fig. 1) le plan dresse sur les notes et les eroquis du general pe Beyri£ et de M. le consul Güys. Sans pretendre A une exaclitude definitive, ce document inedit aceuse un grand progres sur le petit eroquis fait par NıEBuUHR en 1766 et publie dans son Voyage en Arabie, Amsterdam 1780, II, pl. XLVII. Hätons-nous d’ajouter que cet excellent observateur a fait tout ce qu’il pouvait faire A son epoque et dans les conditions il voyageait.

2 Voir plus loin, p. 9 s., les deseriptions d’Ewrıya, de Nırsunn, de Garpen, celle de Mugqaddasi, p. 22, et le commentaire du no 26.

S ENCEINTE, PORTES ET Tours.

La muraille se compose d'une forte courtine, couronnee d’un parapet crenel&e et d’un chemin de ronde et flanqude d’un grand nombre de tours tres rapprochees. Les unes sont de simples contreforts ou des saillants carres; les autres sont des ouvrages semi-cireulaires, d’une construction plus savante. En general, les premiers sont plus anciens et remontent soit A l’an- tiquite, soit aux premieres dynasties musulmanes, qui ont imit& la fortification byzantine, tandis que les seconds ont ete ajoutes A diverses epoques du moyen äge et trahissent les progres de la construction militaire en Orient, sous linfluence des ercisades. On remarquera que ces der- niers se concentrent surtout sur les fronts nord et ouest de l’enceinte: en outre, ces fronts etaient defendus par un large fosse precede d’un avant-mur, dont il reste des traces visibles sur le front ouest. C'est qu’au nord et & l'ouest, le terrain d’approche, plat et decouvert, offre une attaque plus favorable que les fronts est et sud, proteges naturellement par les berges du fleuve. Üette eirconstance explique les nombreuses refections des fronts ouest et nord, qui ont soutenir le prineipal eflort des sieges, alors que les fronts proteges par le Tigre ont mieux garde leur aspect primitif.

Fig. 2. Vue d’Amid, depuis la citadelle.

Ü'est au souci de la defense que parait se rattacher aussi l’avancee formee par l’enceinte au sud-ouest, dans un terrain d@couvert entre les portes de Mardin et d’Alep. Comme on le verra plus loin, les deux grosses tours A et B, qui defendent les angles saillants de cette avancee, n'ont ete construites qu’au debut du XIII® siecle. Cette date precise, qui ressort des inscriptions gravees sur elles, ne saurait etre attribuce A l’avancee tout entiere, dont les saillants, pour la plupart carres, semblent trabir une origine plus ancienne. Quelle que soit l’£poque de sa con- struction, e’est probablement la nature du terrain d’approche qui a pousse les ingenieurs ä rompre en ce point le trace regulier de l’enceinte.!

A l'extremite opposde de l’enceinte s’ölevait la eitadelle, dont l’assiette a et& determinde par la colline qu'elle couronne et qui domine toute la ville, bien qu’avec un faible commande-

' Voir le plan, fig. 1. Garven, p. 185 (eite plus loin, p. 12) parle iei d’un ravin qui parait etre la cause de cette irregularite dans le trac& de l’enceinte: „Between the Rum and Mardin gates, the walls take a sweep inwards in the

form of a crescent, to clear a ravine which extends some way up towards them“.

ErTAT ACTUEL. 9

ment.! Une enceinte ä part, flanquee «le tours, percee de trois portes et tournant son front convexe vers la ville, faisait de la citadelle un reduit independant.? Elle est plus ruinde que la grande enceinte, mais il en subsiste des restes importants.” Elle est dominde a son tour par un mamelon, peut tre artificiel, qui porte les ruines d’une construction mal determinde.! Ajoutons enfin qu’un aqueduc, signale par plusieurs auteurs anciens et modernes, amenait l’eau du nord-ouest jusqu’au pied de la muraille, d’ou elle penetrait par une galerie dans l’interieur de la ville, entre les portes de Kharput et d’Alep.’

Pour completer cet apercu sommaire", voici quelques extraits des voyageurs modernes qui ont eerit sur les fortifications d’Amid.”

Le voyageur turce Ewuiva® les deerit ainsi en 1065 (1655): „La ville forte de Diyar-Bekr a ete bätie en pierre noire sur une haute colline appel@e le rocher de la Fille, qui domine de tres haut la rive du Tigre .... La partie situde du cöte du nord-est est assise sur des rochers qui s’elevent A une grande hauteur, et sous le sommet de la forteresse s’etendent les cavernes de la Fille... Quand depuis les murailles on jette un regard sur le vaste fleuve qui coule ä& leur pied, il apparait comme un petit ruban, tant ce cöt& de la forteresse est &leve. En re- vanche, sur les cötes nord, ouest et sud, le sol est plat. La hauteur de chaque partie de la muraille est de quarante coudces royales (dhird malaki) et ses fondations ont dix aunes (arshin) de largeur. Cette forteresse porte aussi le nom de @ara Amid, parce quelle a ete bätie en pierre noire. L’ingenieur lui a donne la forme d’un rectangle allonge du cöte nord (!). Tous les saillants et les ereneaux de ses murailles se font face et se defendent mutuellement en cas de siege. Elles sont construites en pierre dure et leur base est assise sur le rocher uni, de sorte qu’un ennemi qui en ferait le siege en creusant des mines et des tranchees sur un de ses cötes ne pourrait s’en rendre maitre. Les assieges ne la livreraient qu’au bout d’une annde de siege et presses par la famine. Sur le cöte est de son quadrilatere, olı se creuse un profond abime, un fosse est inutile; mais sur les fronts nord, sud et ouest regne un fosse et aux angles du carre s’elevent des tours semblables a la muraille de Chine ... Elle n'est pas & trois ou quatre etages, comme les autres forteresses, mais c’est une solide enceinte a un seul tage. Elle possede quatre portes de fer; au nord s’ouvre la porte de la Montagne ..... & l’ouest, la porte de Rum... au sud, la porte de Mardin, et ä l’est, la porte Neuve. D’ici, l’on descend sur la rive du Tigre et, en passant un pont’, on se rend ä la place forte de Mifargin, puis, en passant le pont du Batman, on arrive en un jour ä la place forte de Hazu.!° Il y a aussi une

! Voir, pl. I, une vue de l’enceinte prise du sud-est, avec la citadelle A droite.

® Voir le plan, fig. 1. Outre ces trois portes, dont l’une, en O du plan, est muree (voir au no 31), la citadelle a deux petites portes ouvrant au nord-est sur la campagne (plan, fig. 1, nos I et 2) et appelees Oghrun et Fatah (ou Demir) kapusu; cf. Ewriya et Nıepunr, cites plus loin, p. 10.

° Les saillants et le chemin de ronde de la partie convexe, tournee vers la ville, sont assez bien conserves; voir fig. 2, au premier plan, et plus loin, 31.

* Voir N du plan, fig. 1, et pl. I & droite. C’etait un palais, suivant H. ve Heıı et Garpex (eites plus loin, p. 12) ou un chäteau d’eau, d’apres le general pe Beyuıf, dont l’opinion parait confirmee par l’existence d’une source abondante qui sortait (et sort encore?) de la citadelle et faisait tourner des moulins; voir Ewriva, cit& plus loin, p. 10.

5 Voir U du plan, fig. 1, et pl. II, une vue de l’enceinte, prise du nord-ouest.

® Je me borne ä ces notes rapides sur une enceinte que je n’ai pas vue et dont l’etude exigerait un gros volume. Pour quelques details de la courtine, des tours et des portes, voir fig. Strz., d’apres les eroquis du general pe BeyLie, et le commentaire des inscriptions.

Je ne trouve rien a signaler dans les relations de Rauworrr (1575), de verra Varre (1615), de TaverNnıER (vers 1650), de Dupr£ (1818), de Sourusate (1837), de pe Morrke (1838), de pe CHorer (vers 1890), ete. Sur la relation de 1507 publiee par Rauusıo, voir plus loin, au no 30,

° Voir Ewriva TsHeLeBr, Siyahet-näme, Constantinople 1314 H., IV, p. 298. Je ne traduis ieji que quelques passages essentiels de sa description prolixe et un peu confuse.,

° Voir plus loin, au no 13.

Sur les ponts du Batman su et du Hazo su, voir plus loin, p. 33, n. 1.

Amida. 3

10 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

porte dans le palais de la eitadelle (itsh qal’a), olı reside le pasha; elle s’ouvre Aa l’est, du cöte du Tigre, et s’appelle Oghrun! kapu; c'est un passage peu frequente.“

Puis l’auteur donne quelques mesures en pas, assez vagues et d’ailleurs contradictoires, et note la durete extraordinaire de Ja pierre noire dont la muraille est faite. Ensuite, il deerit la eitadelle, avec son vaste palais renfermant un grand nombre de chambres, de salles, de bains, de bassins et de fontaines, ses fenetres et ses balcons donnant sur la vallde du Tigre et jouissant d’une vue admirable, „sa salle ancienne, construite par les sultans du passe, ol l’on voit des peintures d’un style antique, polychromes, telles qu’on en voit peut-etre au Caire, dans la salle (qda) du sultan Qalawün*.?” Il en attribue la construction & Biyiqli Muhammad Pasha, le vizir du sultan Salim I. „Cette eitadelle, dit-il, est tr&s forte. Elle a une porte de fer qui souvre au sud dans la ville. Ses gardiens sont toujours sur pied et montent la garde.“ Enfin, il deerit la source d’eau elaire qui sort de son rocher, fait tourner des moulins, passe dans le palais et, sortant par une fenetre, grillee de fer et perece dans le mur de la forteresse, coule au pied du rocher de la Fille et se preeipite en torrent, de pierre en pierre, pour se jeter dans le Tigre.

Nıesunr (1766), op. eit., II, p. 324 s.: „Le nom de Diarbekr n’est pas ancien; autrefois, cette ville s'appelait Amid, et on l’appelle encore ainsi dans les documents tures. Elle est situee sur la rive ouest du Tigre, sur un rocher qui est fort escarpe du ecöt& de la riviere ...... La ville est entouree d’une haute muraille de pierre noire et dure, A cause de quoi les Turcs la nomment aussi Qara Amid. Dans Ja muraille, il y a plusieurs bastions ou grandes tours, ot l’on pourrait placer des canons. On trouve ici quatre portes ..... (suivent les noms dejäa connus). La citadelle a du cöte de la ville une aussi forte muraille que celle de la ville elle- meme... Elle avait autrefois trois portes, mais Ogrum kapusu est murede et Demir kapusu est toujours fermee, de sorte quil n’y a qu’une porte d’ouverte, qui est celle de la ville. Le pasha ... .. demeure dans la citadelle. Les princes musulmans avaient autrefois un palais sur la colline qui se trouve iei, mais il n’en reste plus que les fondations ...... Les bastions et les tours de la muraille de la ville sont ronds, octogones ou carres; ils n’ont pas tous dte bätis a la m&me epoque. Les carres paraissent ötre les plus anciens, car on y trouve des in- sceriptions purement coufiques.*“ Suit une note sur les inseriptions copiees par l’auteur; cf. plus loin, les 10, 11 et 14.

Buerinenam, Travels in Mesopotamia (1316), Londres 1827, I, p. 366 s.: „The aspect of Diarbekr ... . is that of a walled and fortified city, seated on a commanding eminence, ap- pearing to be strongly defended by its position as well as its works without, and splendid, and wearing an air of great opulence*. Puis l’auteur deerit l’aspect general des environs de la ville, V’arrivee par la porte de Mardin et les rochers de basalte sur lesquels repose la muraille, et continue plus loin, p. 572 s.: „The eity of Diarbekr is seated on a mass of basaltic rock, rising in an eminence on the west bank of the Tigris, the stream of that river flowing by the foot of this hill, from north-east to south-west, as it makes a sharp bend in that direction from the northward. The form of the town is very nearly circular; it is walled all around, and is about three miles in cireuit. There are four gates now open in the city, and these are called by the names of the respective quarters of the country to and from which they lead (suivent les noms) . . . The eitadel, standing about midway between (Dagh kapusu and Yeni kapu), is thus in the north-east angle of the town; and, seated on the eminence of rock here, in a line with the walls, it overlooks the stream of the Tigris below, and by its elevation commands the

' @est a dire „porte derobee*; cf. Niegunr, eit® a l’alinea suivant (Ogrum), et plus haut, p. 9, n. 2.

® Bien que Qaläwin ait bäli plusieurs edifices dans la eitadelle du Caire, il s’agit iei plutöt d'un des superbes monuments eleves par son fils, Je sultan Muhammad, probablement du Palais bigarre, qui renfermait plusieurs salles appelees ga; voir Casanova, dans Memoires de la mission du Caire, VI, p. 635 s. et passim. Bien qu’Ewriya ait visite l’Erypte, on voit qu’il ne parle ici que par oui-dire.

ETAT ACTUEL. 11

whole of the town. The eity-walls have round and square towers, at irregular intervals, and being high and strongly built of hewn stone, present an appearance of great strength; but the most securely fortified portion of it is that on the north, where the square towers are very thickly placed, and where there is a long battery of guns mounted, pointing through covered embrasures ...... . The ceitadel, which enjoyed so commanding a position here, is now aban- doned, and completely in ruins .. . The form of the eitadel is nearly eircular; and it enclosed a space of at least a furlong in diameter. Within its ruined enceinte, is still the palace of the Pasha, which is a commodious rather than a splendid building . ... . In the lower part of the citadel, near one of the gates of entrance, and now, indeed, the only one, as two of the former are closed up, we saw, etc.“ Suit la description de vieux canons, des mosquees, des eglises et des autres monuments de la ville, puis une notice historique sur Amid.

H. pe Herr, Voyage en Turquie et en Perse (1847), Paris 1855, U, p. 443 s. L’auteur deerit dabord la porte d’Alep (voir plus loin, avant le 27), puis il continue ainsi: „En allant dans la direction du midi, l’enceinte se compose d’abord d’une muraille erenelee, construite en pierres de taille volcaniques, flanquee de distance en distance de tours demi-circulaires, con- solidees a leur base par un soubassement imitant des tetes de peles; en outre une sajllie rec- tangulaire, dont l’usage ne m’est pas encore connu, existe entre deux tours. Üette partie de l’enceinte compte cing tours rondes et six carrees; la onziöme possede des inseriptions arabes, de la m&me &poque que la construction de l’enceinte, et une de ces petites niches a colonnes, telles que l’on en voit & Eregli et qui sont assez communes dans l’architecture byzantine. Sur cette m&me tour, la facade presente trois lignes que je crois de caracteres coufiques, sculptees sur les pierres m&@mes de l’appareil. Au-dessus de ces lignes, on remarque, un peu ä gauche,

un lion, un bauf, deux oiseaux et d’autres animaux plus ou moins fabuleux . ... rien de plus grossier et de plus informe que ces animaux. La troisiöme facade de la tour porte une in- scription arabe.. ... (suit la description des douzieme et treizieme tours; voir plus loin, aux

29 et 30). La quatorzieme est carrde, ainsi que les quatre suivantes. La dix-neuvieme est ronde; puis viennent sept tours carrees A pans coupes. La vingtseptiöme et la suivante sont rondes et se trouvent placees de chaque cöte de la porte de Mardin kapusu, situde au midi. A partir de cette porte, on rencontre a sa gauche une tour carree A angles coupes. Viennent ensuite quatre petites tours quadrangulaires ..... ces tours, ou plutöt contreforts, pr&sentent un massif plein qui ne depasse pas la hauteur des murailles. La deuxieme tour (A partir de Mardin kapusu) est ronde; iei commencent les escarpes volcaniques d’oü l’on domine la plaine du

Tigre... Au delä de cette plaine, on traverse le Tigre sur un pont de dix arches ä forme ogivale. La troisitme et la quatrieme tour sont carrees et separces l’une de l’autre par deux eontreforts .... (suivent quelques mesures). La cinquieme tour est angulaire et possede deux

lignes de caracteres coufiques, avec deux petites niches a sa base (voir au 11). Toutes ces tours sont generalement espac&es de 55 a 65 pas, et chacune est separde de sa voisine par deux petits contreforts carres. Les sixitme et septieme ont les memes dimensions que les precedentes; la septieme porte deux lignes de caracteres coufiques. Les deux suivantes sont rondes. La dixieme est une grosse tour carree ..... avec deux lignes d’inseriptions; la suivante est ronde, separee par un contrefort d’une tour carree avec deux inseriptions. La treizieme est ronde et porte egalement deux inscriptions. La quatorzieme est carrde. La quinzieme est ronde, separde par trois contreforts de la seizitme, qui est carrde. lei, les escarpes, atteignant leur plus grande elevation, dominent le Tigre; aussi les murailles, ä partir de ce point jusqu’a la porte Neuve, sont-elles moins importantes et peu defendues par des tours. On y voit simplement huit contre- forts. Quelques «boulements ont occasionne la chute d’une partie de l’enceinte, restaurde ulterieurement par les Tures. Une longue rampe condnit ä la porte Neuve, qui possede, A sa droite, une haute tour carree avec deux inscriptions. La dix-huitieme, söparee de la precädente par deux contreforts, est carree. On compte jusqu’a eing contreforts entre Ja dix-neuvieme et

y

12 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

la vingtieme, magnifigue tour a six faces, ayant deux mächicoulis et une belle inscription arabe

(peut-etre le 16). Viennent ensuite deux tours carrdes ..... Ce cöte de l’enceinte (sous la eitadelle) est tres irregulier, par suite de la nature du sol extremement accidente ..... Au delä

de la citadelle, les escarpes cessent, et l’on remonte sur le plateau, otı les murailles suivent la direction de l’est; l’enceinte reprend ieci toute sa regularite. Elle se compose, jusqu’ä la porte de la Montagne, de huit tours rondes separdes par des contreforts carres ... (lei, l’auteur signale des inscriptions greeques et latines pres de cette porte), Vers la partie centrale de la eitadelle se trouve un mamelon artifieiel sur lequel s’elevait jadis un chäteau ou palais dont les vestiges existent encore, ete.*

GarDEn, Description of Diarbekr (1857), dans JRGS, Londres 1867, XXXVIL, p. 182 s.: „Ihe town of Diarbekr is built up on the right bank of the Tigris ..... It is surrounded by walls defended by towers, some of which are rectangular, others semi-circular. They are of various sizes and heights. Some of these are ornamented with sculptured designs of lions, suns, etc., in high relief; likewise with Arabic or Cufic inscriptions in very large characters, also in relief. Many of these inscriptions are much worn by time... . A terre-plein Cintervallum) runs all round the outside of the walls; then a low wall, and a ditch beyond, where the nature of the ground allows of it. On the east, or river side, the walls are lower than else- where, being built upon the edge of a somewhat preeipitcus line of rock, the face of which has further been scarped to increase their strength. The walls are in a much better condition in some parts than in others ... At many points, repairs have already been made... That the walls and towers have been erected at different periods is apparent from the fragments of old buildings built into them at localities, and especially parts of the shafts of columns, the eireular ends of which are to be seen in several places. One semi-circular tower on the north side is almost entirely constructed of these latter remains ... .. Between the towers are smaller rectangular ones, which, besides acting as defences, served also as buttresses to strengthen the walls. Many of the towers are of great antiquity ... . Some of these had formerly buttresses at their bases ..... There were also small posterns at different points along the walls, which are now all built up. Wherever there is a precipice ..... on the outside, the walls are lower... A broad street runs all round the town between the walls and the houses . .... I presume, to facilitate the movements of troops and prevent... . treason by undermining the walls. The gates are four in number... (suivent les noms connus). There was a fifth, from the eitadel to the river on the east side, but it is now built up.“ Suit la description des quatre grandes portes (voir plus loin, p. 15 et 16, et avant le 27).

P. 185: „Water is brought. from a long distance to the westward by means of a water- course covered in, and built of hewn stones cemented together. On nearing the town it flows along an aqueduct about 3/2 to 4 feet wide, built of black volcanie stone, and raised on 27 rectangular piers, and as many semi-cireular arches, by which it is carried through the walls between the Rum and Dagh gates.“ Suit la description d’un bassin, contenant des poissons sacres, et des glacieres de la ville, puis la traduction de trois inscriptions; voir les 29, 30 et 33.

P. 157. „The eitadel is placed at the north-east angle and has two gates communicating with the town. Im it is situated the Saray (palais), a low, common-looking building, in a dila-

pidated state... On each side of the gateway of the Saray are the figures of animals sculp- tured in relief.! Immediately opposite the Saray is a great mound, on which the former Moham- medan princes ..... had their castle, but of which nothing remains but the foundation walls.“

Suit la description des mosquees, des glises et des autres edifices (voir plus loin, A la fin du chapitre de la grande Mosquee, etat actuel).

! Ces lions de pierre existent encore, d’apres un croquis sommaire du general pr BEYLIE.

ÄBBASSIDES. 13

B. HISTOIRE ET INSCRIPTIONS.

Lorsque les Arabes, conduits par 'Iyäd & la conquete de la M&sopotamie, mirent le siege devant Amid, vers l’an 18 (639), ils furent arrötes longtemps par cette puissante enceinte, avant eux tant de fois disputee entre Byzantins et Sassanides.! Le seul auteur connu qui fasse de ce siege un reeit detaille, singulierement captivant, bien que d’une authentieit douteuse, signale les quatre portes de l’enceinte, auxquelles il donne Its noms arabes que nous connaissons; il vante aussi la force de ces murailles, qui faisaient deja d’Amid le boulevard du Diyar-Bekr.?

Des lors, Amid appartint aux Omayyades, puis aux Abbassides, dont les gouverneurs de province, en cherchant ä secouer le pouvoir central, preparerent le d&membrement du califat et la conquete seldjoukide. C'est A l’une de ces tentatives d’independance que se rattachent les plus anciennes inseriptions relevees sur l’enceinte d’Amid.

ABBASSIDES.

Porte de Mardin. La porte de Mardin ou de la Colline s’ouvre dans le front sud de l’enceinte. Elle comprend une seule entree (fig. 3), encadree par une forte moulure rectangulaire, qui se compose d’une serie de gorges, de boudins et de filets.” Un arc de decharge, appareill€E dans le mur, soulage le linteau, dont la clefa un peu cede. La porte est fermee par deux puissants vantaux de fer, garnis de bandes et de clous, d’un travail ancien et fort curieux (fig. Strz.).

Je me borne ä ces observations, aucune photo- graphie ne donnant une vue d’ensemble de la porte avec les defenses qui la protegent. Le seul auteur qui lui consacre quelques lignes est GARDEN, tom. eit., p: 185: „The Mardin gate is differently built, there being but one immediate flanking tower to the east- ward.' The entrance, however, is shielded from out- ward view by a high and strongly built wall, beyond which the ground slopes off preeipitously towards the river.‘ Fig. 3. Porie de Mardin

! Sur les sieges d’Amid avant l’epoque musulmane et la construction de son enceinte par les empereurs Gonstance et Justinien, voir les sources eitees dans Sarr-Marrın, Armenie, I, p. 166 8.; Rırter, Erdkunde, XI, p. 20 s.; Michel le Syrien, trad. Cuasor, I, p. 267 et n. 12, ete. Il est inutile d’aborder iei le probleme si discut& de l’emplacement de Tigranocerte.

® Voir Wägidi, trad. Nıepunr-Morprnmans, p. 935. Bien que l’attribution de cette chronique ä Wäqidi soit tres suspecte, je la eite a defaut d’une autre source aussi abondante sur la conquete d’Amid, et parce qu’elle a certainement conserve un fonds historique d'une reelle valeur. Le recit beaucoup plus bref d’Ibn al-Azraq, Londres, Brit. Mus. Or. 5503, fo 6, dont je dois la copie a l’obligeance de M. Aneoroz, parait s’inspirer de Wägidi ou de ses sources. Voir aussi Belädhüri, ed. DE GoEJE, p. 176, et d’apres lui, Ibn al-Athir, ed. Torseers, I, p. 416; Michel, trad. Cuagor, II, p. 426; Abu I-faradj, &d. Sarmanı, p. 173; Nawawi, ed. WüstesFeLo, p. 492; Quartremere, dans Rashid al-din, p. 331. La date exacte de la prise d’Amid est incertaine,. D’apres Wägidi (p. 92 et 104), les Arabes parurent devant la ville le 7 djumädä I" de l’an 17 (27 mai 638) et le siege dura au moins eing mois. Suivant Ibn al-Azraq, Ibn Shaddäd, Berlin, Anrtwarpt 9800, fo 47 vo, et Michel, Amid fut prise en l'an 18; suivant Belädhüri et Ibn al-Athir, en l’an 19.

® Sur l’äge probable de ce cadre, voir plus loin, le commentaire du no 27

L’auteur veut dire qu'elle est bätie autrement que la porte d’Alep, qu'il vient de decrire et qui possede deux tours flanquantes; voir plus loin, avant le no 27. Mais son observation ne concorde ni avec H. ve Herr, cite plus haut, p. 11, ni avec le plan de l’enceinte, d’apres lesquels cette porte aussi est flanquee de deux saillants arrondis.

14 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

1. Calife Mugtadir. A l’exterieur de la porte, sur le cöte du saillant de droite, en Ö du plan (fig. 1); sur trois blocs du parement, encastres sous un cordon en quart de rond. Trois lignes en coufique simple; caracteres moyens, grossierement sculptes, avec des hampes cuneiformes (pl. II). Publiee dans le recueil DOrrrxnein!, 114.

In’ya d’autre dieu qu’Alläh. Voici ce qu’a ordonne l’&mir des eroyants Dja’far, Yimäm al-Mugtadir billäh.

Les deux derniers mots sont graves sur le premier bloc a droite. Sur le deuxieme sont sculptes deux petits quadrupedes aflrontes, d’un style naif et grossier, probablement deux felins, avec de courtes oreilles droites et une criniere, Ja queue relevee, tenant dans leur gueule un objet de forme bizarre, peut-etre un oiseau.” Deux autres quadrupedes affrontes, semblables aux premiers, sont sculptes plus bas, sur un bloc du parement, sous l’extremite droite de linscription et pres du sol (fig. Strz.).

2. Le möme. 297 H. A gauche de la precedente et A la möme hauteur. Trois lignes seulptees dans eing blocs du parement, formant de droite a gauche trois groupes: A (blocs 1 et 2), B (bloce 3) et © (blocs 4 et 5). M&me type; mömes caracteres (pl. II). Publiee dans le recueil D’ÖPPENHEIM, 115.

Gi) s* a Ess) es 3) B a du G a zu (8) (al ec IVarRE >

II n’y a d’autre dieu qu’Alläh, Mahomet est le prophete d’Alläh. Voici ce qu’a ordonne Be Yimam al-Mugtadir billäh, ’&mir des eroyants, en l’annde 297 (909— 10). Et (ce travail) a eu lieu par les mains de Yahyä, fils d’Ishaq, de Djardjaräya, et d’Alımad, fils de Djamil, le serviteur d’al-Mugtadir,

On &tudiera plus loin le protocole du calife et le röle des deux personnages charges des

travaux. Le relatif qui suit le nom du premier est ecrit distinetement ‚>-], sans points dia-

eritiques. Je lis Bee al-djardjarayi „originaire de Djardjaräya*, ville situee sur la rive gauche du bas Tigre, entre Bagdad et Wasit.” Le relatif qui suit le nom du second person-

nage est ecrit Aal, sans points; je lis al, al-mugtadiri „serviteur ou fonctionnaire d’al- Mugtadir“. Ce mot est grave fort serre, faute de place, ce qui explique l’omission du ya final. Les exemples de relatifs d’appartenance formes sur des surnoms imamiens sont tres nombreux.*

! C’est ainsi que je designe mon memoire sur les inscriptions arabes recueillies par cet explorateur en 1899, dans Beiträge zur Assyriologie, Vll, vos Oppenheim, Inschriften aus Syrien, Mesopotamien und Kleinasien, Arabische Inschriften, bearbeitet von Max van BERCHEM.

° Sur les felins du pont de Baibars a Lydda, qui tiennent un petit mammifere sous leurs patles, voir ÜLERMONT- Ganseau, Recueil d’archeologie orientale, I, p.266 s. On en voit deux pareils sur une porte de Mossoul, le Bäb Sindjar, mais ils sont probablement de fabrique r&cente.

Sur cetle ville et la forme de son ethnique, voir les sources citees dans le recueil D’ÖrPENHEIM, p. 74, n. 2.

* Pour l’epigraphie notamment, voir dans CIA, I, nos 11, 13, 33, 39 a 41, 456, 457, ete.

ABBASSIDES. 15

Sur un bloc du parement, encastr& dans la troisieme assise au-dessous du centre de l’in- seription, sont sculptes un soleil A huit rayons, dans un medaillon, et de chaque cöte, un petit quadrupede: ä droite, un chien (?) courant dont l’une des pattes anterieures s’appuie au me-

daillon; a gauche, une gazelle (?) a deux longues cornes, fuyant et retournant la töte vers le chien.

Fig. 4. Inscription 3.

3. Le meme. 297 H. Sur la courtine de l’enceinte, & gauche (a l’ouest) de la porte de Mardin, face exterieure. Une longue ligne sculptee a mi-bauteur dans les pierres du pare- ment. Me&me type; memes caracteres (fig. 4). Inedite.

2 mots) all Jb) Bor En al, zul LI a 09) Aal] 2) e lern

[1 mot] & Je Ob Gl fi mot; 9 Je Snlell [2 mots] (2) MIN [1 mot) () eo) er) Ir = (9) la li st Mu de ale All Da oa All Je

. inöles Inauss = u N]

Voiei ce qu’a ordunne Dja’far, l’imäm al-Mugtadir billäh, l’emir des eroyants ..... . par les mains de... Abu 1-Hasan ‘Ali, fils de... Et la depense de ce travail a &t& confiee aux mains (?) de Yahyä, fils d’Ishaq, de Djardjaräya (2), et d’Alımad, fils de Djamil (2), d’Amid, en l’annde 297 (909—10).

Bien que les caracteres soient fort petits sur la photographie, il serait possible de les lire & la loupe, si celle-ei etait parfaitement nette; mais l’appareil a bouge pendant la pose et ä part les noms et titres du calife, la date et quelques mots isoles, la lecture de ce texte est fort douteuse et ne repose que sur un rapprochement avec les autres inseriptions de Mugtadir.

16 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

Porte de Kharput. La porte de Kharput (fig. 5 et fig. Strz.), percee dans le front nord de l’enceinte, s’ouvre dans le mur de la courtine, que couronne un haut parapet crenele. Elle est flanquee de deux gros saillants arrondis, dont les ereneaux dominent legerement ceux de la courtine. Le cadre de la porte se compose de deux pieds-droits, ornes d’une corniche mouluree aux trois quarts de leur hauteur!, et d’un linteau droit, inscrit dans un arc en plein eintre qui retombe sur deux pilastres a chapiteaux decores d’oves et de feuilles d’acanthe (pl. IV). A droite et a gauche de ces derniers, un peu au-dessus du sol, deux niches sont ereusces dans le mur; chacune est flanquee de deux colonnettes A füt torse et a chapiteau grossierement sculpte, et couronnee par une coquille inscrite dans un arc en plein cintre. Deux autres niches sont creusces dans les parois laterales des deux saillants et se prolongent jusqu’au sol (pl. IH). Celle de gauche est decoree comme les niches frontales, mais elle n’a pas de coquille; celle de droite, qui n’a pas de colonnettes, est couronnee par une coquille sans are.

Au-dessus des niches laterales regne un cordon en quart de rond, qui fait le tour des deux saillants. Plus haut sont percees des meurtrieres etroites et longues, pareilles ä celles de la porte de Mardin.?

GARDEN, tom. eit., p. 154: „Externally, and on each side of the gateway, which is lower than that of the other entrances, is a small niche, and in the flanking towers two others; the latter are apparently for sentinels (?). In the walls on the right-hand tower are some inseriptions; amongst others a Greek one turned upside down, above which are two lions, very rudely exe- cuted, like those at Kharput castle. The left tower is decorated by two sculptured buffaloes, and an eagle, all of which are in a poor style of art.“®

4. Le m&me. 297 H. Au-dessus de l’arc de la porte, a l’exterieur, en P du plan (fig. 1). Quatre lignes sculpteces dans les pierres du parement. Me&me type; me&mes caracteres

! Celte corniche, visible sur une ancienne photographie de ma collection (fig. Strz.), a disparu sur celles de MM. n’Orrpexheim (fig. 5) et pe Bevuie (pl. IV); je suppose qu’elle a et& ravalce recemment.

® Pour l'interieur de la porte de Kharput, voir plus loin au no 12.

® Ges eing animaux sont tous dans Ja niche du saillant droit; voir plus loin, p. 17 en bas.

ÄBBASSIDES. 17

(pl. IV). Quelques mots de ce texte ont et publies dans le recueil D’OrrExneim, 116. La photographie du general DE BeyLie me permet d’en donner iei une edition plus complete, mais non definitive. Les lacunes proviennent de l’eclairage defectueux et du faible relief des carac- teres; en outre, la partie droite de l’inscription est invisible sur Ja photographie.

ligne illisible In“) (2) EN all zeäll UI] nn Allıas M)& ni leue. Ale (1)

al FSRWIE) el Gr! u s* (SL Je (?) ale Azar.\ Ö,>3 l[environ 6 mots illisibles] (3)

‚al ß) 5,219 (?) ner lH Inmui = AR 8% = x a=| [3 mots illisibles] (4)

Voici ce qu’a ordonne le serviteur d’Alläh, Dja’far, l’imäm al-Mugtadir billäh, l’&mir des eroyants...... Et la depense de ce travail a te confice aux mains de Yalıya, fils d’Ishaq, et d’Ahmad, fils de Djamil, en l’annee 297 (909—10). La royaute et le pouvoir sont a Alläh; l’empire et la force appartiennent aA Alläh.

Les trois derniers mots des lignes 3 et 4 forment une phrase ä part dont le debut, intercale dans la partie historique de ce texte, semble en interrompre le sens. Voici l’explication de cette apparente anomalie. L’inscription est gravee sur deux assises superposees de blocs; ceux de l’assise superieure portent chacun des fragments des lignes 1 et 2; ceux de l’assise inferieure, des fragments des lignes 3 et 4. Or, les six mots de la phrase dont je parle sont reunis sur le dernier bloc de l’assise inferieure a gauche. Cette disposition, qu’on a dejä rencontree dans les inscriptions precedentes, s’explique a merveille si l’on admet que ces textes ont ete sculptes avant la pose. En effet, dans un texte grav@ apres la pose, c’est-ä-dire sur un mur tout appareille, l’inscription court d’un bout ä l’autre de chaque ligne et passe d’un bloe au suivant sans que les joints trahissent aucune solution de continuite. Il arrive meme qu’un joint coupe une lettre en deux. Ici, au contraire, les joints sont mal raccord6s et la o le texte passe d’une pierre A la suivante, il est rare qu’un joint coupe une lettre ou m@me un mot.

5. Le me&me. 297 H. Dans la paroi laterale du saillant droit, au-dessus de la niche et sous le cordon en quart de rond. Une ligne sculptee dans les pierres du parement. M&me type; m&mes caracteres (pl. III). Publiee dans le recueil pD’Orrenneim, 118.

. las raus 9 ei A all 5 null al all yäll ey] Kan 4 A een ale Voici ce qu’a ordonne Dja’far, l’imäm al-Mugtadir billäh, l’&mir des eroyants, qu’Alläh le rende puissant! L’annde 297 (909— 10).

Sous l’inseription, la niche s’amortit en une coquille a sept eötes. Sous celle-ei, A l’in- terieur et sur les bords de la niche, sont seulptes deux felins, deux buflles ou chameaux ä une bosse et un oiseau, tous de m&me taille et dans ce style naif et grossier qui donne A ces animaux de l’&Epoque de Mugtadir une frappante analogie avec le bestiaire de nos eglises romanes primitives. Autour de la niche, trois blocs du parement sont sculptes de greeques et de tresses qui rappellent les meandres du style merovingien." Mais si les animaux, qui forment un tout decoratif avec la niche, sont probablement contemporains de l’inseription, les dessins sont de simples hors-d’euyre auxquels il serait imprudent d’assigner la m&me date, car ils peuvent

! Entre deux de ces ornements, sculptes sur un seul bloe, ä droite de la niche, sont graves en creux, verticale- ment, en coufique simple ä petits caracteres, les mots 4u| y| a)! \ „iln'ya d’autre dieu qu’Alläh*.

Amida,

18 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

avoir ete seulptes auparavant, sur des blocs remployes dans ce mur ä l’epoque de Mugtadir, ou au contraire, ils peuvent avoir ete ajoutes plus tard. Je les croirais plutöt plus anciens, comme cette inscription grecque, gravee sur un bloc encastre A l’envers dans le parement, sous le debut du texte arabe.

6. Le m&me. Dans la paroi laterale du saillant gauche, au-dessus de la niche et sous le cordon en quart de rond. Une ligne sculptee dans les pierres du parement. M&me type; mömes caracteres (pl. III). Inedite.

fl az BE) aan) Gr! cr s* (Jall) 2 & 3 mots martelös] | SL ge Ge 2 s marteles] &\}: . [2 mots marteles] &U3 Je

(Ce travail) a eu lieu par les mains de... le gouverneur (?), et de Yahyä, fils d’Ishaq, le gouverneur, et d’Ahımad, fils de Djamil, le prepose ä ce travail.

Ce texte, qui fait pendant au precedent, en forme aussi Ja suite. Dans les trois espaces places entre crochets, les caracteres ont te marteles, car il y a des lacunes dans le texte et l’on distingue encore plusieurs lettres qui n’ont pas etc arasces exactement au niveau du champ. on s’attaquant A certains passages, le marteleur semble avoir obei a un motif determine. On connait deja Yahyä, qui est appell& iei "ümil, c’est-a-dire sans doute „gouverneur* d’Amid au nom du calife’, et Alımad, qui est designe comme al-wakil "ala dhälika, c’est-A-dire „le charge de ce travail“, sans doute sous la haute direction du premier.

*. Le meme. 297 H. A gauche de la niche et tout pres du sol sont encastres quatre blocs A, B, C, D, portant des fragments d’inscriptions; le premier est plac& au-dessus des trois autres. En A, une ligne, en B, C et D, deux lignes du m&me type, A mä&mes carac- teres (pl. Il et fig. Strz.). Le fragment B est reproduit ici (fig. 6) d’apres un dessin publie par H. ve Herr, atlas, pl. XLI; cf. le recueil D’OrPENHEIM, 120 et fig. 13.

CN le ee ya

.

FOND

I n'y a d’autre dien qu’Alläh. Voici ce qu’a ordonne Djafar, ’imam al-Mugtadir billäh, l’&mir des croyanls, l’annede (29)7, etc.

(es fragments ne proviennent pas tous de la möme inscrip- | AL ZileäuN\bLi tion. En A, les lettres, bien qu’offrant le m&eme aspect cuneiforme, vuL sont plus grandes qu’en B, C et D, et ici, l’on constate une singuliere 7 LAtIk Stakosk incoherence. Ainsi, le titre amir al-muminin est partage entre la ligne 2 du bloc B et la ligne 2 du bloc €, dont la ligne 1 forme une phrase a part. Mais il y a plus: sur le bloc D, le bismilläh est ecrit tout entier en caracteres retournes: le bloc n’a pas et ren-

Fig. 6. Inscription no 7, fragment B

verse de haut en bas, car les lettres ont bien la tete en haut, mais elles se lisent de gauche a droite, comme sur un cachet ou sur un coin monetaire. Ce fragment provient-il d’un moule destine ä reproduire une inseription dans du plätre? Cette hypothese, peu vraisemblable en elle-

ı Ou peul-etre [El „le juge“. ® *Arib, @d. pE GoEIE, p. 57, signale, sans le nommer, le “ämil d’Amid en 304, c’est-a-dire sept ans plus tard, peut-etre etait-ce encore Yalıyä.

ÄBBASSIDES. 19

meme, est contredite par le fait que les lettres sont ici en relief, comme dans toutes les in- scriptions du möme groupe; s’il s’agissait d’un moule, les caracteres seraient en creux. est plutöt un de ces exemples, nombreux dans l’epigraphie s@mitique, de ce que les Allemands appellent le Wappenstil.!

Sur une pierre du pare- ment, encastree ä gauche au-dessus du bloc A, sont sculptes deux petits felins affrontes; sur deux blocs au- dessus du precedent, deux oiseaux affrontes picorant les fruits d’un arbre & feuilles maigres et allongees; sur deux blocs plus ä gauche, une main et un cheval (fig. Strz.). Ces animaux rappel- Jent, par leur style, ceux de la niche opposee et ceux de la porte de Mardin; ils sont peut-etre contemporains des inscriptions de Mugtadir. Sur d’autres blocs encastres autour de la niche sont sculptees une greceque agre- mentee d’etoiles et de roset- tes, des grappes de raisin, une ammonite et deux in- scriptions grecques placees le haut en bas (pl. III).

Inseription eoranique. Une photograpbie (fig. 7) faite par un photographe d’Amid, aujourd’hui decede, a ete remise au general DE BEyLiE par M. Güys, qui n’a pu donner aucune indication sur la provenance de l’in-

Fig. 7. Inscription coranique.

scription qu’elle represente. Sur quatre blocs de pierre, assembles artificiellement pour la pose, sont sceulptes en coufique simple des fragments d’un verset du Coran, II, 256 (verset du siege), sans aucune indication historique. Le bloe inferieur porte, au-dessus des caracteres, un ceurieux decor de cercles allonges, separes par des bätonnets, qui parait &tre un motif antique deforme, Le style des caracteres, analogue ä celui des inscriptions de Mugtadir, permet de les attribuer

t Voir Linzearskr, Ephemeris, I, p. 113s. Ce savant me cite encore, ä ce sujet, les ouyrages suivants, que je n'ai pas sous la main: Curtıus, Gesammelte Abhandlungen, Il, p. 77s.; JorLes, dans Archeolog. Jahrbuch, 1904, p. 277 s. La paleographie arabe offre de nombreux exemples d'eeriture retournee, surtout aux basses epoques, dans les manuscrits, les tissus, sur les briques &maillees, ete.; elle a &t& signalee aussi dans la numismatique. Pour l’epigraphie proprement dite, voir SaRRE, Islamische Tongefüße, dans Jahrbuch der K. preuß. Kunstsammlungen, NXVI, tir. ä part, p. 10, fig. 12; recueil d’OrrexHeim, no 166, p. 127, n. 1, ete. Sur le röle magique de l’&eriture boustrophede chez les musulmans, voir DouttE, Magie et religion dans UAfrique du Nord, p. 151.

3*

20 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

a la ıneme &poque. Ce document pal&ographique est interessant, parce que les caracteres y sont plus grands et plus nets que sur les photographies des murailles.

Les inseriptions de Mugtadir ont une grande valeur paleographique. On ne possedait A ce jour aucun face simil& de textes en coufique simple provenant de la Me&sopotamie. En com- parant ceux-ci A leurs contemporains d’Egypte et de Syrie, on y retrouve les m&mes caracteres generaux: une allure libre, un peu lächee, sans souci de style. Les caracteres d’Amid se distin- guent par leurs formes plus maigres et plus gauches et par l’extremite en triangle de leurs hampes et de leurs queues; ce dernier trait est commun A la plupart des inseriptions coufiques, mais nulle part, il n’est aussi accuse qu’a Amid. C'est a ces larges triangles, plutöt qu’aux superbes rinceaux des inseriptions merwanides publiees plus loin, que je suis tente d’attribuer l’origine de la legende, accreditee par quelques voyageurs modernes, d’inscriptions syriaques, perses ou cıumeiformes sculptees sur les murs d’Amid.' Aucun texte de ce genre n’y a et releve jusqu’iei, mais il n’est pas impossible que les lapieides arabes de Mugtadir aient eu sous les veux des caracteres ceuneiformes dont leur fantaisie siinspira pour le dessin de leurs lettres coufiques. N’a-t-on pas trouve des inscriptions cuneiformes tout pres d’Amid et les lapicides du Caire n’ont-ils pas seulpte au XV® siecle, dans les ecus de quelques &mirs Mamlouks, des armoiries qui ressemblent singulierement ä des hieroglyphes?

Les inscriptions de Mugtadir ne sont pas moins importantes pour l’histoire. Ce sont les plus anciens, presque les seuls documents lapidaires connus des Abbassides et au point de vue diplomatique, il n’est pas sans interöt d’en etudier le protocole. Celui-ci comprend quatre ele- ments prineipaux: le nom propre du calife, son titre dimäm, son surnom en alläh ou surnom imamien?, enfin son titre amir al-mu minin. Ües quatre elöments figurent dans tous les textes de Mugtadir et dans l’ordre indique ci-dessus. L’inscription 1 est la seule le titre amir al-mu minin soit place en tete. L’inseription 4 renferme aussi un nouvel element, l’epithete “abd alläh «le serviteur d’Alläh». Cette epithete, qu'il ne faut pas confondre avec le nom propre “Abdalläh®, est tres frequente «dans le protocole omayyade; elle est plus rare chez les Abbas- sides.* En revanche, le titre d’imäm et le sumom imamien ne figurent pas dans les documents officiels des Omayyades, qui se contentent, le plus souvent, des trois elöments suivants: l’epithete “abd alläh, le nom propre et le titre amir al-mu’minin. Ce protocole resume l’esprit du califat omayyade, qui est un &mirat arabe, prepose par Alläh & Ja communaute musulmane.® Avec les Abbassides, cette conception secmitique fait place & lidee persane d’un pontificat, qui se reflöte dans le protocole des nouveaux califes, par l’abandon graduel de l’epithöte "abd alläah et l'adoption du titre dimäm et du surnom imamien.‘

ı Texıer, Description de’ Armenie, I, p. xxı: „Toutes les murailles de Diarbekir portent encore leurs ereneaux et leurs casemates; elles sont couvertes d’inseriptions en caracteres inconnus dans le pays. Ce n’est pas de l’armenien; je pense que ce sont des caracteres syriaques.“ De MorTkeE, Lettres sur l’Orient, trad. francaise, p. 219: „Les murs portent une foule d’inseriptions greeques et perses“. (Gumer, La Turguie d’Asie, Il, p. 453: „On pretend qu'il existe sur ces murailles des inseriptions en caracleres cuneiformes“.

® Je l’appelle ainsi, parce que ce surnom n’est qu’une epithete du titre imdm; voir mes Titres califiens d’Occident, tir. A part. du Journal asiatique (cite plus loin JA), p. 19, n. 3.

3 Voir mon Epigraphie musulmane d’Algerie, dans Rerue africaine, 1905, p. 183, n. 3.

4 On la retrouve ailleurs dans le protocole de Mugtadir, notamment dans l’inseription en bordure d’une etoffle publiee par Kararacer, Papyrus Erzherzog Rainer, Führer durch die Ausstellung, p. 228, et sur une medaille d’or de la colleetion Zouboff ä Moscou. Sur la titulature a l’epoque de Mugtadir, voir aussi Hiläl, ed. Anmeproz, p. 1488.

® Voir ces documents, surtout les inseriptions, qui sont plus completes, sous ce rapport, que les monnaies et les chroniques.

° L’epilhete rappelle les vieux noms semitiques en “abd; quant au titre, il ne parait pas avoir eu, a l’origine, de couleur speeifiquement religieuse. Sur l’origine des titres calıfiens, voir mes Titres califiens d’Occident, passim.

? Cf. Gorpziner, Muhammedanische Studien, II, p.53. Les Fatimides, imbus aussi d’idees persanes, portent le titre d’imäm et un surnom imamien, avec le titre “abd alläh wa-waliyyuhu; voir COLA, I, index ä ces titres.

ÄBBASSIDES. 1

En ce qui eoncerne l’'histoire generale, les inscriptions de Mugtadir se rattachent a une tentative d’independance du gouverneur d’Amid. Vers le milieu du III® siecle de l’hegire, le Diyar-Bekr appartenait a l’une de ces familles indigenes, alors si nombreuses dans l’empire des califes, dont les chefs, par leur situation politique, @taient a mi-chemin entre les simples gou- verneurs de la premiere epoque et les dynastes presque independants des siecles suivants. Depuis l’annde 284, le chef de cette famille &tait un certain Muhammad ibn Ahmad ibn ‘Isa ibn al- Shaikh, dont le pere et le grand-pere avaient gouverne Amid avant lui. Muhammad s’etant revolte contre le calife Mu’tadid, celui-ci marcha eontre Amid ä la fin de l’annde 285, assiegea la ville et battit ses murs en bröche en rabi’ II 286 (avril-mai 599). Le mois suivant, Muhammad demanda l’amän, que le calife Jui accorda, en y ajoutant des presents, en signe d’amnistie. Toutefois, par prudence, il detruisit les murs de la ville! Voila sans doute pourquoi Mugtadir, le fils et second successeur de Mu’tadid, fit faire & l’enceinte d’Amid, onze ans plus tard, les importantes reparations dont t@moigne l’epigraphie.

Quand les auteurs arabes disent que les hommes ou les elements ont detrwit un edifice, il ne faut pas les prendre toujours ä la lettre. J’ai signal&e plusieurs exemples de ces exage- rations, communes & toutes les sources historiques.” Il faut entendre ici que loin de raser une enceinte aussi considörable et aussi precieuse, Mu’tadid se borna sans doute a la decouronner, peut-etre & demanteler les ouvrages masses autour des portes, olı semblent se concentrer les restaurations de Mugtadir. On ne pourra fixer l’importance et l’etendue de ces refections qu’en explorant l’enceinte sur tout son parcours. Autant qu’on peut en juger par les documents que jai sous les yeux, les portes de Mardin® et de Kharput, peut-ötre une partie de la porte d’Alept, sont l’euyre de Mugtadir, sinon dans leur plan primitif, qui remonte sans doute a l’antiquite, du moins dans leur &levation generale actuelle. Pour m’en tenir a la porte de Kharput, la seule dont les photographies donnent un apergu suffisant, le plan general parait antique, mais c’est a Mugtadir que je crois pouvoir attribuer l’appareil actuel de la courtine et des deux saillants. Je suis tente de lui attribuer aussi les details qui entourent ses inscriptions, tels que le profil et la decoration de la porte et des niches, les cordons, les meurtrieres et les motifs iconographiques, en reservant les parties hautes et le crenelage, qui peuvent ötre d’une epoque plus recente.

La comparaison suivante fera mieux comprendre sur quels faits reposent ces conclusions generales. L’enceinte du Caire a conserve trois superbes portes fatimides, qui furent bäties, vers l’annde 1090, par trois ingenieurs originaires d’Edesse.° Malgre la distance qui separe, dans le temps et dans l’espace, les portes d’Amid de celles du Caire, l’origine mesopotamienne des ingenieurs fatimides et la continuite des traditions dans l’architeeture militaire de l’Orient avant les croisades autorisent ce rapprochement. Or, en comparant la porte de Kharput avec les portes du Caire, on sera frapp& de certaines dissemblances et de certaines analogies.

Les premieres sont tout d’abord dans le style du decor, par quoi les portes du Caire sont bien superieures ä celle d’Amid. Celles-la sont des ereations d’un seul jet, de vrais morceaux d’architeeture, empreints d'une mäle elögance. Üelle-ci trahit non seulement un style plus grossier, qu'il est permis d’attribuer ä son origine plus ancienne, puisque pres de deux siöcles

! Voir Tabari, ed. pe Goes, Ill, p. 1942, 1992, 2185 a 2188; Ibn al-Athir, VII, p. 321s., 339 s.; Ibn Shaddäd, ms. cite, fos 43 vo et 49 r0; Abu I-fidä’, ed. Constantinople, II, p. 61; Ibn Khaldün, ed. Boulaq, II, p. 349; Quartke- MERE, dans Rashid al-din, p. 331, n. 127; Rırrer, Erdkunde, XI, p. 35; cf. Ibn al-Fagih, ed. ve GoesIE, p.53. Sur la famille de “Isä, voir Hiläl, p. 146.

® Voir mes Notes sur les croisades, tir. a part du JA, p. 40.

* A l’exception du cadre de la porte; voir plus haut, p. 13, et plus loin, au no 27. Sauf les refections ortokides; voir plus loin, au no 27,

5 Voir Maqrizi, Khitat, I, p. 381, 1. 5, et mes Notes d’arch£ologie arabe, |

4

‚tir. a part du JA, p. 45; cf. CIA, I, nos 33, 36 et 37; Comite de conservation des monuments de lart arabe, fase. XIV, appendice, p. x.

22 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

separent l’Abbasside Mugtadir du Fatimide Mustansir, mais encore un manque d’unite qu’on peut expliquer par les retouches nombreuses qu’elle a subies. En revanche, il est une autre difference qui me parait plus importante au point de vue auquel je me place iei: par son plan general, par le profil des saillants et leur &ecartement plus considerable, la porte de Kharput ne ressemble guere aux portes du Caire, dont les saillants, plus ötroits et serres contre l’entree, font pour ainsi dire corps avec elle. Le plan de la premiere, au contraire, offre des analogies avec celui de quelques portes de l’Epoque romaine ou byzantine, par exemple, avec celui du @Qasr al-Sham‘, pour rester au Üaire.

Les analogies entre Amid et le Caire sont dans l’elevation de la courtine, perede d’un passage voüte que protege un etage superieur de defense!; dans le choix des materiaux, qui sont en belle pierre de taille, alors que l’appareil romano-byzantin mele volontiers la brique A la pierre, comme au Qasr al-Sham’ encore; enfin, dans certains details d’appareillage, tels que ces petits arcs au sommet des meurtrieres, qui sont creus6s dans un seul bloc de pierre.?

Ces comparaisons tendent a prouver qu’ä la porte de Kharput et peut-etre aux autres portes de l’enceinte d’Amid, le plan general, les fondations et les materiaux remployes sont probablement d’origine antique, tandis que l’elevation generale, appareil et decor, peut &tre at- tribudce a Mugtadir. Cette conelusion, qui sapplique en general A toute l’enceinte, est conforme aux lois de l’archeologie militaire. Les grandes enceintes subissent des transformations succes- sives, commandees par les mouvements de la cite qu’elles protegent et par les progres de la fortifieation militaire. Il est rare qu’on les construise d’un seul jet; il est plus rare encore qu'on les rase au niveau du sol pour les rebätir sur un plan tout different,

MERWANIDES.

Environ un demi-siecle apres les travaux de Mugtadir, trois geographes arabes, parlant d’Amid, vantent la force et la puissance de son enceinte, „construite en pierre noire volcanique d’une grande resistance*.” Mugaddasi y compte eing portes, les quatre principales, d&ja con- nues’, et une poterne, qu'on utilise en temps de guerre.?

Uest encore l’enceinte restaurde par Mugtadir qui soutint plusieurs attaques des Byzantins jusqu’en 362 (972—73), puis, lannde suivante, un assaut dirig& par l’empereur Zimisces.® Ües divers sieges, sur lesquels les auteurs donnent des renseignements assez vagues et contradie- toires, n’eurent pas d’effet durable, car Amid resta aux Hamdanides, qui la possedaient alors.? Peu apres, elle tomba aux mains des Bouyides®, puis, vers 373 (983—84), au pouvoir d’un chef kurde nomm« Bädh, dont les deux neveux, les fils de Marwän, fondörent en 380, ä la mort de

' A la porte de Kharput, ces defenses ne sont guere visibles que sur la face interienre; voir plus loin, au no 12.

® Au Caire, Ja courtine a l’ouest du Bäb al-nasr possede, ä l’interieur, des fenetres dont les arcs offrent ce dispositif; pour Amid, voir pl. II et fig. 5.

° Voir Istakhri, Ibn Haugal et Mugaddasi, dans Bibl. geogr. arab., ed. pr GoEıE, 1, p. 75; IL, p. 150; II, p. 140; cf. Le Strange, The lands of the Eastern caliphate, p. 108.

* Il leur donne les memes noms que Wägidi; voir plus haut, p.7 et 13. La redaction de Wägidi etant attribuee a l’epoque des eroisades, il se peut que le texte de Mugaddasi soit plus ancien. Quoi qu’il en soit, ces portes recurent probablement leurs noms arabes des la conquete musulmane; cf. plus loin, p. 27,

° Sur les poternes de l’enceinte, voir plus haut, p. 7, et plus loin, au no 26,

° Voir Yahyä, ed. Rosen, p. 183 s.; Mattbieu d’Edesse, trad. Duravrırr, p. 12 A 16, et dans Hist. arm. des Crois. 1, p.7 a 12; Ibn al-Alhir, VIO, p. 158, 423, 461 et passim; Ibn Shaddäd, ms. eite, fo 50r0; Abu I-faradj, trad, Bruns, p. 206; ed. SarHanı, p. 295; Ibn Khaldün, IV, p. 242, 246 s., et les autres sources eitees par WEır, Geschichte der Chalifen, Il, p. 19 s., et SCHLUMBERGER, L'Epopee byzantine, 1, p. 228s., 255 8.

Depuis 323 (935), d’apres Ibn Zäfir, Gotha, Pertsch 1555, fo SI ro, dans Rosen, Extraits de la chronique de Yahya (en russe), p. 102; des 322, suivant Ibn Shaddäd, fo 49 vo,

° Vers Tanne 368, d’apres Ibn al-Athir, VIII, p. 511; Ibn Shaddäd, fo 51 vo,

MERWANIDES. 93

leur oncle, la dynastie des Merwanides. L’histoire de ces princes, qui gouvernerent le Diyar- Bekr, avec Mifargin pour capitale, sous la suzerainet€ des Abbassides, puis des Seldjoukides, est suffisamment eonnue pour que je me borne a renvoyer aux sources principales, quitte A revenir sur certains details aA propos des inscriptions qu’on va lire.!

Fig. 8. Inseription 8, avec meurtriere superieure.

$. Emir Ahmad. 426 H. Sur la face anterieure d’un saillant carre situ dans le front est de l’enceinte?; sur des pierres blanches encastrees dans le parement. Deux longues lignes en coufique fleuri, d’un style admirable, mais encore sobre; grands caracteres (fig. 8 et 9). Inedite.

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sges sb elaly aa al DEI ol a NN.

SR nr 2 EEE: rn - > < Asp) SE an SW &) LI Le du Voici ce qu’a ordonne de faire l’emir, le seigreur tres majestueux, l’assiste (d’Alläh), le vainqueur, “Izz al-isläm, Sa’d al-din, Nasr al-daula, le pilier de la religion, la gloire de la nation, la noblesse des &mirs, Abü Nasr Ahmad, fils de Marwän, qu’Alläh prolonge son existence et fasse durer sa royaute! Aux mois de l’annee 426 (1034—35), etc.

! Voir les sources eitees par moi dans Lenmans-Havpt, Materialien zur älteren Geschichte Armeniens und Mesopotamiens, dans Abhandl. der K. Ges. der Wiss. zu Göttingen, phil.-hist. Klasse, neue Folge, IX, Arab. Inschriften, p- #s.; cf. Ibn Shaddäd, fo 52 vo. La prineipale est Ibn al-Azraq, dont M. Aueproz a publie d’importants extraits dans JRAS, 1903, p. 123 s. En outre, je dois a son obligeance des extraits inedits du m&äme auteur sur Amid ä l’epoque des Inalides et des Ayyoubides; voir plus loin, aux chapitres de ces deux dynasties.

2 Je n’ai pu determiner l’emplacement precis de cette inscription ni des nos 10, 11, 14, 16, 17, 25, 26, 33 et 34.

® Coran, III, 167, fin.

24 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

Le coufique fleuri est ce caractere angulaire dont les lettres ont des hampes et des queues epanouies en rinceaux. Le plus ancien exemple connu de ce type est une epitaphe du musede de Tashkent, datee de 230 H.! Il parait en Tunisie vers 340, sous les Fatimides, qui l'intro- duisent en Egypte et en Syrie.? Au siöcle de l’'hegire, il est repandu dans tout le monde

Fig. 9. Inscription 8, avee meurtriere inferieure.

musulman, de l’Espagne jusqu’a Java, ob l’on a retrouv& recemment une £pitaphe musulmane gravce en coufigue fleuri, en 475 ou 495.” Dans Amid, toutes les inscriptions merwanides et seldjoukides sont tracdes en un admirable coufique fleuri. Dejä tres stylise dans l'inseription 8, ce caractere devient de plus en plus riche, pour faire brusquement place ä l’arrondi vers 575.* Sous ce rapport, aucune ville, pas meme le Caire avec ses superbes inscriptions fatimides, ne peut etre comparce ä la capitale du Diyar-Bekr. L’echelle tres reduite des photographies ne donne qu’une faible idee de la magnificence de cette “pigraphie vraiment royale, peut etre la plus belle du monde, mine inepuisable pour l’ötude du decor. Esperons qu’il en sera fait & temps des releves a grande echelle et que le gouvernement ottoman saura recueillir, dans un musde local, les debris de ces monuments dont les jours sont comptes.

Abü Nasr Ahmad ibn Marwän succeda A son fröre Said en 401.° A son avenement, il recut du calife le titre Nasr al-daula, qui figure ici et dans les inseriptions suivantes.® Il se peut que l’on trouve encore des textes merwanides plus anciens que celui ci, car le predecesseur d’Ahmad ä Amid en fit deja reparer l’enceinte. Ce personnage etait, non pas Said, mais un certain Yüsuf ibn Damna, qui s’etait empare d’Amid en 386, apres avoir assassine le premier Merwanide, Ilasan ibn Marwän, le frere de Said et d’Alımad. Il garda cette ville durant tout le regne de Said a Mifargin et une partie du regne d’Ahmad, qui ne la lui reprit qu’en 415.7

! Voir Hanımann, dans Oriental. Litt.--Zeitung, 1906, p. 28s., 70 s., 1178. Cette date parait deeidement trop reeulee; comme elle marque la mort du defunt, l’inseription n’a ete gravee sans doute que plus tard.

? Voir les sourees eitees dans mon Epigraphie musulmane d’Algerie, 1905, p. 185 s., et L’art musulman aut musce de Tlemeen, tir. A part du Jowrnal des Savants, p. 10>.

* J’en dois Ja communication a M. Snover Hurgronse, qui la publiera bientöt.

* Voir plus loin le no 26.

° Voir les sources eitees dans Lenmann-Haupt, Materialien, Arab. Inschriften, p. 4, n.3 et 6, n. 1.

° Voir Ibn al-Azrag, dans Ameoroz, p. 131; Ibn al-Athir, X, p. 11: Ibn Khaldün, IV, p. 319 (Nasr au lieu de Nasir); ef. Sharaf al-din, ed. Versammsor, I, p. 19; trad. Cmarmov, Ib, p. 35, 356; Näsiri Khusrau, trad. Scherer, p. 21, n. 2.

° Voir Ibn al-Athir, IX, p. 51; Ibn al-Azrag, dans Anmeproz, p. 126 a 132 (p. 127, pour les travaux de Yüsuf a l’enceinte d’Amid; p. 132, pour la reprise d’Amid par Ahmad); Ibn Shaddäd, fos 43 vo, 5310, 57 ro. L’enceinte de Mifargin a fourni deux inscriptions plus anciennes; voir Lenwann-Haupt, Materialien, Arab. Inschriften, nos 2 et 3.

1

MERWANIDES. 2:

9. Le meme. 42% H. Sur la grosse tour F du plan (fig. 1), vers le sommet du mur qui la ferme & la gorge, du cöte de la ville; sur des pierres blanches encastrees dans le pare- ment. Dans un cadre & biseau, deux longues lignes incompletes A droite, plusieurs blocs ont disparu. Meme type; m&mes caracteres (fig. 10). Inedite.

Fig. 10. Inseription no 9,

Era eine De) SE ya! Ina EN ll PAN\ () N gs Alam Veh Ass] (1) fl mot (?) die 3965 Polo cr arlza sl NM SEEN A 5 A de u Aaeb ll zalb al al u Je lb Sn Ab ae

Voiei ce qu’a ordonne de faire notre maitre l’&mir, le seigneur tres majestueux, l’assiste, Je vainqueur, Izz al-isläm, Sa’d al-din, Nasr al-daula, le pilier de la religion, la gloire de la nation, la noblesse des &mirs, Abu Nasr Ahmad, fils de Marwän. Aux mois de l’annee 42x. Et ce travail a eu lieu par les mains de son gouverneur Abü Tähir al-Ala’, fils de... fils de Sahl.

Les parties detruites, places ieji entre crochets, peuvent &tre restituees avec une grande vraisemblance; voici comment. Dans la partie conservöe de la ligne 1, le texte est identique ä la partie correspondante du 8. Il est done permis de restituer, dans la premiere lacune, les huit premiers mots du 8. J’ai porte ce chiffre ä neuf, en ajoutant le titre mauländ, qui ne figure pas dans le 8, mais bien dans les 10 & 13. La lacune de la ligne 2 compre- nant environ trois mots de plus que celle de la ligne 1, c’est environ douze mots qu'il faut retablir au debut de la ligne 2. Or, en intercalant iei la partie correspondante du 8, on arrive au total exact de douze mots, ä condition de supprimer l’eulogie du 8.1 Il ne reste qu'une inconnue: dans la date, le chiffre des unites, qui correspond ä l’une des annees com- prises entre 420 et 429.

! La longueur absolue des lacunes ne pouvant &tre determinee sur la photographie, il est permis de retablir les cing mots de cette eulogie, mais ä condition d’en restituer autant ä la ligne 1, par exemple les mots wa-bind’ihi wal-infägi "alaihi min mälihi des nos 10 et 11. Alors, les deux lacunes comprendraient 14 et 17 mots, la difference restant egale ä trois mots.

Amida, A

26 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

Le personnage charge des travaux, designe comme 'dmil, etait sans doute le gouverneur! d’Amid pour Ahımad, qui residait, on le sait, a Mifargin. Son nom n’a pas encore ete retrouve dans les chronicdues.”

La tour F, l’une des plus grandes et des plus belles de l’enceinte, avec une saillie tres forte sur la courtine, offre, dans sa construction, des details du plus haut interet (fig. Strz.). Sans vouloir en aborder ici l’&tude, je me borne ä rappeler que l’attribution de la tour entiere au debut du XI" sieele n’est nullement certaine, car le texte d’Alhhmad peut se rapporter A une restauration. On sait quen &pigraphie, les termes de construction et de refection d’edifices sont fort ambigus.” Pour se faire une opinion sur ce point, il faut interroger le monument lui-m&me. Or, la plupart des inscriptions merwanides de l’enceinte d’Amid sont sculptees sur des pierres blanches, encastrees au milieu des pierres noires de l’appareil environnant, et cet appareil est souvent irregulier autour des inscriptions; ces details semblent bien trahir de simples refecetions. Ainsi, dans le mur qui ferme la tour F a la gorge et qui porte l'insceription 9, on discerne, autour de celle-ci, au moins deux appareils differents et des traces de reprises. J'aurai l’occasion de repeter cette observation sur les autres tours merwanides et d’en tirer quel- ques conclusions sur la part de l’antiquite et celle du moyen äge dans l’enceinte actuelle.*

10. Le meme. 437 H. Sur la face anterieure d’un grand saillant carr& du front est de l’enceinte, dans le voisinage de la porte Neuve; sur des pierres blanches encastrees dans le parement. Deux longues lignes couvrant tout le front du saillant. M&me type; memes carac- teres, d’un style plus riche et admirablement conserves (pl. IV). Publiee par l’auteur sur un dessin de NIEBunR.”

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Kl 19 \e:lä all Ib! es u (sie) y| As) An za Js 3 & ob cn ar) Alam! Inäbs a. FR SAN Ke| 8, de &r „= es Q) all Sb de el G5> ?) In o Be ll

Voici ce qwa ordonne de faire, de bätir et de payer sur sa fortune, desirant Ja recompense d’Alläh et recherchant sa misericorde, notre maitre l’emir, le seigneur tres majestueux, le vainqueur, “Izz al-ıslam, Sa’d al-din, Nasr al-daula, le pilier de la religion, la gloire de la nation, la noblesse des emirs, Abü Nasr Alımad, fils de Marwän, sous le gouvernement de son fils l’emir Sa’d al-daula Abü l-Hasan Muhammad, qu’Alläh pro- longe leur existence et soutienne® leur royaute! Et ce travail a eu lieu par les mains du juge Abü Ali al- Hasan, fils de “Ali, fils d’Alımad, d’Amid, l’annce 437 (1045—46). Et lingenieur en est Nasir, fils de Saba (2).

ı Gf. plus haut, p. 18, et plus loin, p. 27, n. 2.

? Le nom de son pere est eerit Ace" ou Le peut-etre Aela ou Llela. Les diverses lecons fonrnies par ces combinaisons et les points diacritigues ne semblent repondre a aueun nom arabe connu. est peut-tre un nom kurde ou persan, tel que JE” „papier“ ou &lels”,joie*.

' Voir CIA, I, p. 99 et passim.

* Voir plus loin, p. 27 s.; ef. plus haut, p. 21.

5 Voir Voyage en Arabie, I, p. 326 et pl. NLIX, B; Lenmans-Haupt, Materialien, Arab. Inschriften, p. 7 et pl. XI.

6 Je prefere A| „qwil soutienne* a As „qu’il eternise*: cf. Lemmans-Havpt, op. eit., p. 7,.n.9.

MERWANIDES. 97

Ce texte, parfaitement lisible sur la photographie, concorde mot pour mot avec le dessin de Nırrunr!; il s’agit donc, evidemment, de Ja m&me inscription. L’emir Sa’d al-daula Mu- hammad, qui n’a pas encore ete signale dans les chroniques, est associe ici A son p£ere, soit A titre de gouverneur d’Amid, soit en qualite de surveillant general des travaux?, confies de fait au juge d’Amid. L’inseription se termine par le nom de lingenieur, preeede des mots wal-bannd’ qu’on retrouvera plus loin?; le nom de son pere reste douteux."

Ahmad a-t-il entierement bäti ce saillant, ou bien s’est-il borne A le restaurer? Sur la face anterieure qui porte l’inscription, la photographie montre trois appareils distinets: une zone en grand appareil, ä la base; une zone en moyen appareil, avec de faibles bossages, dans la region olı se trouve linscription; une zone superieure a parements lisses, ä partir de la meur- triere percee au-dessus de linscription. On peut supposer que la tour a te refaite par Alımad a partiv de Ja seconde zone, avec laquelle linscription parait @tre bien lice. La zone inferieure serait alors plus ancienne et la zone superieure aurait &te restaurde plus tard encore.

L’annee suivante, en 438 (1046), le voyageur persan Näsiri Khusrau, en route pour la \Mecque, traversait les Etats du Merwanide, auquel, ditil, on donne dans la priere publique les noms et titres al-amir al-azam izz al-isläm sa’d al-din nasr al-daula wa-sharaf al-milla Abü Nasır Ahmad. Ce protocole est exactement celui des inscriptions d’Ahmad.’ A Amid, Näsiri admire l’enceinte, construite en gros blocs d’une pierre noire, assembles ä joints vifs, d’une hauteur et d’une epaisseur inusitees, flanquee de tours au front &tendu, cereneldes et munies a la gorge d’escaliers pour le service de la plate-forme et du chemin de ronde de la courtine. Puis il signale ses quatre portes, placdes dans la direction des quatre points cardinaua": & lest, la porte du Tigre (porte Neuve); au nord, la porte d’Armenie (porte de Kharput); a l’ouest, la porte de Rum (porte d’Alep); au sud, la porte de la Colline (porte de Mardin).” Il observe encore une enceinte ex- terieure, construite en m&me appareil, crenelde et munie d’un chemin de ronde, possedant des portes correspondant ä celles de l’enceinte principale, egalement en fer. Il s’agit de cet avant- mur, defendant la contrescarpe du fosse, dont il reste encore des traces aujourd’'hui.°

La valeur de cette description remarquablement exacte est rehaussee par des mesures en gez persans, quil me parait inutile de convertir en metres, faute de releves cotes de la muraille actuelle, pouvant servir de points de comparaison. Näsiri ajoute que le gouverneur militaire (amir) et eivil (häkim) d’Amid est le fils de l’emir Ahmad. Bien qu’il ne le nomme pas, il s’agit evidemment de ce Muhammad qui figure, A ce titre sans doute, dans l’inscription 10. Enfin l’auteur resume son impression par ces mots, ä coup sür significatifs dans la bouche d’un homme qui a parcouru la moitie du monde musulman, alors a l’apogee de sa culture: „En Arabie, en Perse, en Turkestan, en Inde, j’ai vu un grand nombre de villes et de forteresses, mais nulle part je n’en ai trouve une qui püt &tre comparce a Amid“.’

! Ce dessin est divise en quatre lignes au lieu de deux et il ne rend pas tres exactement les proportions et la beaute des caracteres. A part ces defauts, imputables peut-etre au graveur, les trois dessins de Nıepunr (voir les nos II et 14) sont a peu pres irreprochables.

® Suivant qu’on interprete le terme wwiläya comme l’equivalent d'un titre wäli „gouverneur“, ou bien dans le sens plus general de „direction, surveillance*; voir les sources citees dans le recueil n’OrPENHEIN, p. 40, n. 1, 46, n. #, et plus loin, le commentaire des 16 a 22.

3 Voir les nos 11, 13, 15, 16, 17, 21 et 2.

* On voit «uatre petites dents a peu pres verticales, suivies d'un af ou d’un /äm final. M. Harrmaxn me suggere le vieux nom arabe \L,, qu’on peut adopter ä defaut d’une lecon plus satisfaisante.

5 A part deux variantes, au debut et ä la fin des titres.

© Ce detail important et parfaitement exact trahit l’origine antique de l’enceinte; voir plus haut, p. 7. Sur ces noms, voir plus haut, p. 7, 13 et 22; le seul nouveau est celui de la porte d’Armenie. ° Voir plus haut, p. S en haut. ° Voir Näsiri Khusrau, &d. SCHEFER, p. 8; trad., p. 268.; cf. DERENBOURG, Vie d’Ousäma, p. 320; Le STRANGE, The lands of the Eastern caliphate, p. 109, 4*r

[8

ExcEInTtE, PORTES Er Tours.

11. Le meme, 444H. Sur la face anterieure d’un saillant carre situe vers l’angle sud- est de l’enceinte, pres de I du plan (fig. 1); sur des pierres encastrees dans le parement. Deux longues lignes du m@me type; memes caracteres (fig. 11 et 12). Publiee par l’auteur sur un dessin de Nıssunr.!

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Voiei ce qu’a ordonne de faire, de bälir et de payer sur sa fortune notre maitre l’&mir, le seigneur tres majestueux, le vainqueur, “lzz al-islam, Sa’d al-din, Nası al-daula, le pilier de la religion, la gloire de la nation, la noblesse des &mirs, Abü Nasr Alımad, fils de Marwän, qu’Alläh prolonge son existence et fasse durer sa royautc! Et ce travail a eu lieu par les mains du juge Abu "Ali al-Hasan, fils de “Ali, fils d’Ahmad, d’Amid, en V’anndce 444 (1052—53). Et Vingenieur en est Nasir, fils de Saba ().

Fig. 11. Inscription 11, partie droite,

Ce texte est identique A celui de Nrzsunr®; il s’agit done de la m&me inseription. Le juge charge des travaux et l’ingenieur de la tour sont les memes qu’au 10. Il est vrai que le nom de lingenieur est invisible sur les photographies; mais le dessin de Nırsunr, bien qu’un

! Voir Nıesung, Zoe. eit. et pl. XLIX, A; Lenmans-Haupt, Materialien, Arab. Inschriften, p. 6 et pl. XI. Une copie de la premiere partie de ce texte a te faite par Texıer, qui l’a donnee, avec «d’autres notes et dessins provenant d’Amid, a la bibliotheque du R. Institute of British architeets, a Londres; j'en dois un calque a l’obligeance de M. R. Phenxe Spiens. Je nm’al pu la determiner qwavec peine et elle n’a plus de valeur a cöte des photographies du general pe Beyuie. Les dessins architeeturaux de Texıer sont publies plus loin par M. StrzyGowskt,

® Et non &ll>, comme j’ai lu dans Lenmass-Haurt, d’apres Nieeunn.

> A part les reserves faites plus haut, p. 27, n. 1.

MERWANIDES. 29

peu confus ici, permet d’affirmer qu’il s’agit de ce m&me Nasir, dont le nom paternel reste douteux.

Au-dessous de linseription s’ouvrent deux meurtrieres etroites et allongees, aupres desquelles on voit deux niches, creusees dans deux blocs monolithes encastres dans le parement, qui est ici en tres grand appareil (fig. 12 et fig. Strz.). Chaque niche est cantonnee de deux colonnettes a chapiteau, et couronnee par une co- quille & eing cötes, inserite dans un petit are en plein entre. Chacun des quatre &coingons est orne d’un oiseau semblable a ceux qu’on voit a gauche de la porte de Kharput!, autant qu'on peut en juger sur les photographies. Sous la niche de gauche sont sculptes en coufique simple quelques mots dont la lecture a resiste a tous mes efforts.”

A quelle epoque remontent ces sculptures? Le style des niches et de linseription et la forme des meurtrieres rappellent les travaux de Mugtadir ä la porte de Kharput. On peut croire Fig. 12, Inseription 11, partie gauche. que l’inseription d’Ahmad marque A& peu pres le niveau de la reparation faite a la tour, sous son regne, et que la partie inferieure, en plus grand appareil, avec les niches, trahit une reprise plus ancienne de Mugtadir, sur la base antique.

/

. 12. Le m&me. A linterieur de la porte de Kharput, en R du plan (fig. 1), sur le mur de la courtine. des deux cötes et au-dessus du passage de la porte. Long bandeau ä mi-hauteur de la muraille, suivant les angles de la courtine avec les contreforts du passage, en ABCDEF du plan (fig. 13).° Le texte suivant est reconstitue sur deux photographies, l’une montrant A B et lautre, C D. Une ligne du m@me type; memes caracteres (pl. V et fig. 14). Inedite. Fig. 13. Plan de la porte de Kharput. 5 ls Ju all JO

EN an AN Segel aD) Su N PLN ZNO Wy als all Je a (B)

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. [la fin n'est pas visible] «| “y] 5,3 Ay Ares all E$ dsl

Voici ce qu’a librement entrepris de faire, de bätir et de payer, pour gagner la faveur d’Alläh et de son prophete Muhammad . . . notre maitre l’&mir, Je seigneur tres majestueux, l’assiste, Je vainqueur, “Izz al-islam, Sa’d al-din, Nasr al-daula, le pilier de la religion, la gloire de la nation, la noblesse des @mirs....

! Voir plus haut, p. 19 en haut.

* Ce petit texte ne parait renfermer qu’une invocation a Alläh. Voici comment H. ve Herr, II, p. 445, deerit cette tour: „La cinquieme tour (a partir de la porte de Mardin), de 16 m SO de largeur, est angulaire et possede deux lignes de caracteres coufiques, avec deux petites niches A sa base*.

® Ce croquis, dresse sommairement sur les photographies, n’a d’autre but que d’indiquer la disposition generale de la porte et l’emplacement des inseriptions.

* On attendrait ici «Je, comme dans les inscriptions preeedentes, mais l’alif semble distinct.

30 ENtEINTE, PORTES Er Tours.

La reconstitution du texte offre quelque difticult‘, parce que l’angle B Ü n’est visible sur aucune des photographies. Un examen minutieux de celles-ci prouve que cette lacune est peu considerable. Or, en comparant ce texte aux autres inscriptions d’Ahmad, on voit qu'il ne manque ici, dans le protocole, que les mots al-amir al-sayyid, dont la longueur correspond bien a celle de la lacune. Il est done certain que C D est la suite de A B, d’autant que les caractcres des deux fragments offrent le me&me aspect.

Le debut de A est assez fruste, mais la lecon hädhäü ma tatawwa'a bi- ‘amalihi est confirmee par deux re- pliques dans les 22 et 24, a la grande Mosquee. Les deux mots suivants, entierement frustes, sont restitues sur les autres inscriptions d’Ahmad. Plus loin, le texte est bien conserve jusqu’au mot mauland, a la suite duquel on voit encore (pl. V) un bloe anepigraphe dans le bandeau. La texte visible reparait vers Je milieu de © (pl. V), dont la premiere moitie ne renferme probable- ment que les deux mots al-amir al- sayyid; il continue en D, au-dessus de la porte, jusqu’au mot al-umard'. La fin du texte doit se trouver en E et en F, sur le contrefort et la muraille qui s’elevent ä gauche de la porte et qu’on ne voit sur aucune photographie.

Au-dessus de D, une pierre est encastree en relief dans le mur (pl. V). On y voit sculpte un petit arc brise, rehausse d’oves ou de palmettes, encadrant un sujet, embleme heraldique ou simple decor, dont les contours sont trop frustes pour permettre de le determiner.

Du cöte de la ville, la porte forme un are brise, encadre dans un second are brise, plus eleve (pl. V). Au-dessus du second are s’eleve un etage de defense qui se prolonge, ä droite et a gauche, au-dessus des murs A et F (fig. 15 et 14 et fig. Strz.). Cet etage est perce de hautes baies a arc brise, dont les piedroits sont en pierre de taille, comme tout le reste de la porte, et dont les arcs sont appareilles en briques cuites, tres longues, placdes en voussoirs, normalement a la

courbe. Les petits ecoincons entre ces arcs sont aussi en briques, appareillees en dessins geo- metriques. Le mur est derase au-dessus des bajes et Ja couverture de l’etage a disparu.

Voici comme GARDEN, op. eit., p. 154, deerit ce dispositif: „On the inside of the Dagh kapu is a building, now in ruins, in the upper part of which are a number of arched and well- built windows formed of red tiles, with Cufie inscriptions on the walls between them“.

En resume, l’exterieur de la porte de Kharput, avec les saillants qui la protegent, a ete restaure par le calife Mugtadir, tandis que la face interieure, avec son etage de defense moitie pierre, moitie brique, peut etre attribuce a l’emir Ahmad. Mais l’insuffisance des documents permet d’autant moins de preciser les limites de cette attribution que les photographies trahissent des refections plus modernes autour du passage de la porte, notamment dans les deux ares en D et dans les contreforts CO et E.

Inseription coranique,. Une autre photographie, qui parait prise en G du plan (fig. 13), a droite et a Ja hauteur de l'inseription precedente, montre deux lignes du m&me type et de

MERWANIDES. 31

memes caracteres, sculptee sur des blocs encastres dans le parement (pl. V). Ce texte ne ren- ferme qu’'un verset du Coran, IX, 18.

Fig. 15. Pont du Tigre, vu d’amont.

13. Emir Nasr. 457 H. Au sud de la ville, en dehors de la porte de Mardin, un magni- fique pont de pierre traverse le Tigre d’ouest en est, en aval du coude forme& par le fleuve sous le front sud de l’enceinte.! Son tablier repose sur dix arches brisees, retombant sur de gros piliers munis d’avant-becs en amont et de contreforts en aval (fig. 15 et 16). Pr&s de la rive gauche, sur la face sud du pont, entre les arches et le parapet, on voit les restes d’une longue inseription, seulptee sur des pierres blanches encastrees dans le parement; celui-ci est bäti en pierres volcaniques noires, comme l’enceinte. L’inseription est divisee en trois compartiments A,BetC, disposes sur les trois premieres piles et comprenant chacun deux lignes en coufique fleuri, a grands caracteres ornes de rinceaux d’un beau style (fig. 16 et pl. VI).? Inedite.

Sa

Fig.16. Pont du Tigre, vu d’aval,

! Ce coude a et& deerit plus haut, p. 6. On le voit, avec le pont, sur la nouvelle carte d’Asie Mineure, par R. Kıeperrt, feuille C VI. ® La pl. VI montre en bandeau les compartiments A et B et en pleine figure, les compartiments B et €.

NS

ENCEINTE, PORTES Er Tours.

1 ou 2 mots] (9) N EN dl ALYy ale 9 5WNI5 Pan Aller.) A

sa all Sri A) (1)C Se [ig ++» environ 10 mots!] As Al Cral| el; (1) B [environ 8 mots] (2) A (felin) () 3 a, lbs all RAT «Lei la 429 ?o,0 "el 22), C sl. Bu le 6 gi «e. 4&ä5 mots] SH e el3 | = (2) B

(2) au ir ae ll Dlyl1y Sr 0) =

Voiei ce qu’a ordonne de faire(?) et de payer notre maitre, l’emir tres majestueux, le seigneur ....

. . Nizäm al-din, Mu’ayyid al-daula . . . (Abu |-Qäsim Nası, fils de) “Izz al-isläm®, qu’Alläh prolonge son existence, quil rende sa vietoire (?) puissante et qu'il le dirige dans la bonne voie*, desirant la r&compense d’Alläh et recherchant sa misericorde .... . . Et la plus grande partie de ce travail a eu lien par les mains ... . du juge Abu l-Hasan "Abd al-Wähid, Pannee 457 (1065). Et ingenieur en est "Übaid, fils de Sandjar (?).

La pierre blanche, molle et rongee par l’humidite du fleuve, est presque partout fruste; la seule partie bien conservee du texte est le fragment €, ligne 1, la plupart des caracteres ont garde leur nettete. Mais en le comparant aux autres inscriptions merwanides, on peut en retablir lordonnance generale, sinon tous les details. Commencons par la date. Dans le chiffre

„* . - . des centaines, on voit distinetement un “ain devant le mot &Ls „cent“, detail important qui assure + u la lecon Alasy! „400°. En effet, le style des caracteres est incompatible avec les deux seules

Dr D27 y autres lecons offrant la meme partieularite d’un "ain A cette place: Alan „700° et Alan) „IO0*.

Le chiffre des dizaines, bien quun peu fruste, est certain. Enfin le chiffre des unites offre

l'alternative si fröquente entre les deux lecons a. „sept“ et a. „neuf*, avec une presomption en faveur de la premiere. Qu'on lise 457 ou 459, linseription est definitivement acquise a l’emir Muayvid al-daula Abu l-Qäsim Nasr, un fils d’Ahhmad, qui regna de 453 a 472.° Des lors, en sappuyant sur les inscriptions precedentes et sur le 14, il est possible de retablir une partie du texte, notamment les surnoms du fondateur, Nizäm al-din et Mu’ayyid al-daula, celui de son pere, 'Izz al-isläm, qui figure dans les S a 12 et 14, enfin le nom du charge des trayaux, le juge Abu l-Hasan “Abd al-Wähid, qu'on retrouve aussi au 14. Le nom de l'in- genieur est sculpte sur une pierre noire du parement, a la suite des pierres blanches du frag- ment ©. Il est tres indistinet, a cause du ton fonc& de la pierre et parce que les caracteres y

sont graves grossierement.® Apres le mot »\{!|, on discerne d’abord deux lettres, telles que 8

A restituer d’apres le no 14.

Peut-etre 2,8 „sa puissance*.

Gf. le protocole du 14, ou l’emir Ahmad est aussi designe par son seul surnom de “Izz al-isläm.

oo

Cette eulogie, bien que nouvelle en epigraphie, est clairement ecrite et parait certaine. M. “Ali Bancar me rappelle A ce propos le proverbe: al-abd yufaqgir wa-alläh yudabbir „Vhomme propose et Dieu dispose*.

> A Ja mort d’Ahmad en 455, un frere de Nasr, nomme Sa’id, recut Amid en partage. Mais en 455, il fut empoisonne par une esclave, a l’instigation de Nasr, qui reprit alors Amid: voir Ibn al-Azraq, dans Ameoroz, p. 142s.; Ibn al-Athir, N, p. 11, 19; Ibn Shaddäd, fo 58 ro; Ibn Khaldün, IV, p. 320; Abu I-fidä', II, p. 190.

Nıegumg, Zoe. eiöt,, dit a ce propos: „La plupart des inseriptions coufiques sont ou bien 'sur une espece de pierre blanche et molle, ou bien elles sont de terre grasse et cuites au four ... Si l’on en trouve l’une ou l’autre sur la pierre (noire voleanique) dont Ja muraille est faite, elle est si mauvaise, que l’on peut distinetement voir que la pierre etait trop dure pour le sceulpteur ... et que l’on s’est servi de la pierre blanche parce qu’elle se laisse mieux travailler.* Cette observation precise est confirmee par les photographies du general pE BeyLi£.

ww

MERWANIDES,

suivies dun groupe tel que e.., puis, au-dessus de ce dernier, le groupe A_e, qui parait ötre

le nom de lingenieur, peut-etre “Ubaid, les deux lettres isolees representant le mot (y „fils“ et

le groupe suivant renfermant le nom paternel, peut-etre Sandjar.

L’attribution du pont a Nasr est confirmee par un auteur digne de foi. Parmi les nombreux travaux d’art que le chroniqueur Ibn al-Azraq Färigi attribue aux Merwanides, figurent plusieurs ponts jetes sur les cours d’eau qui arrosaient leurs domaines. Suivant Jui, Ahmad, le pere de Nasr, bätit, pour la route d’Amid a Mifargin, un pont sur la riviere Hauw et un autre de vingt arches dans les environs d’Amid; il serait interessant d’en rechercher les traces.! Un peu plus loin, il attribue preeisement a Nasr un pont sur le Tigre a Amid.? Il est done certain que le pont actuel a et€ construit par Nasr, ou plutöt rebäti par lui, car il est non moins certain que bien avant son regne, un pont traversait le Tigre pres d’Amid. Nıesvur, qui parle du pont actuel, stexprime ainsi: „A environ 1400 ou 1600 pas doubles de Mardin kapusu, on voit en- core un beau pont avec dix arcades sur le Tigre. Le pont meme est fait d’une pierre noire et dure, mais une inseription coufique que l’on y trouve est sur une pierre molle et par la meme elle a beaucoup souffert par les injures du temps. Cela fait qu’on ne peut plus voir dans quelle annee il a ete bäti; mais le caractere parait plus ancien que le plus ancien de la muraille de la ville que jai copie, et il est par consequent assez vraisemblable que c’est la le pont qui a ete bäti l’an 124 de l’hegire.“?

On ne peut reprocher a NIEBUHR d’avoir juge perdue, des 1766, une inscription que seul un heureux hasard m’a permis d’attribuer. Le prineipal interet du passage de Nırpunr, c'est de signaler l’existence d’un pont bäti sous les Omayyades. Bien qu’il ne cite, ä ce propos, quun ouvrage de seconde main®, le renseignement se trouve exact. En l’annde 124 (742—43), la derniere du regne du calife Hishäm, un pont sur le Tigre a Amid fut detruit par une crue printaniere du fleuve, charriant des glacons et des debris de toute espece; sa restauration, com- mencee sous Hishäm, fut interrompue par la mort de ce calife’ Suivant une autre source, un

\ Voir Ibn al-Azraq, dans Aueoroz, p. 126, 132, 135. Sur la carte de R. Kıerert, la route d’Amid ä Mifargin traverse un grand nombre de cours d’eau paralleles, descendant des montagnes de Hazru au nord, vers le Tigre au sud; je n’y trouve pas une riviere du nom de Hauw. Les mots „the river Hauw“ dans Axeoroz repondant ä la lecon

2> „® ‚je propose de lire »> „® „le Nahr Hazru‘, et d’y reconnaitre le principal de ces cours d’eau, a mi-chemin entre Amid et Mifargin, qui passe a Hazru et que la carte eitee appelle Hazru su, traduction turque de Nahr Hazru. On n’y a pas signale, que je sache, les vestiges d’un pont important. En revanche, la meme carte marque les ruines d’un vieux pont au sud de Hazo, sur le Hazo su, ä l’est de Mifargin, pont signal& par Hädji Khalfa, Djihän-numä, ed. Constantinople, 1145H., p. 440; cf. Cnarwoy, dans Sharaf al-din, Ia, p. 152. I serait tentant de lire >». dans le texte d’Ibn al-Azrag; mais le contexte, il est question d'un voyage de Mifargin a Amid, prouve qu’il s’agit du Nahr Hazru, a l’ouest de Mifargin, et non du Nahr Hazu, ä l’est de cette ville. D’autre part, il ne faut pas con- fondre le pont du Hazo su avec celui du Batman su, situ@ plus a l’ouest, entre le premier et Mifargin. Cette con- fusion a el& faite par CHarmov, tom. cit., p. 482, qui cite, A propos du premier, la description qu’Ewrıva fait du second; on peut s’en convaincre en consultant le texte ture du voyageur, IV, p. 76s. Le Batman köprü, qui figure aussi sur la carte de R. Kırrert, repose sur une grande arche brisee et sur deux petites. Sa face est porte les restes d’une insceription d’apres laquelle il aurait ete bäti, en 643 de notre ere, par „un certain Othmän*“; le reste de l'inseription est illisible. Ce renseignement, donne par Tayror, Travels in Kurdistan, dans JGRS, Londres 1865, XXXV, p. 25, meriterait d’etre verifie. Si la date est exacte, nous aurions ici la plus ancienne inscription musulmane connue et ce personnage pourrait &tre le calife ‘Uthmän, &lu en 644. Mais cette attribution est peu vraisemblable et la date semble erronee. M. Leusans-Haurr m’ecrit que le pont existe encore et qu'il croit y avoir vu une inseription.

® Dans Aneoroz, p. 145. Ibn Shaddäd, fos 44 r0 et 60 ro, ajoute que Nasr le bätit vers le debut de son regne et qu'il institua des fondatiops pour son entretien,

® Voir NiEBUHR, loc, cit.; cf. EwLiya et H. pe Herr, cites plus haut, p. 9 et 11.

* SEMLER, Übersetzung der allgemeinen Welthistorie, qui s'appuie sans doute sur Assexasr, cite plus loin,

> Voir Denys de Tell Mahre, trad. CHagor, p. 29, aussi dans Assemanı, Bibliotheca orientalis, Il, p. 107, eite dans Rırter, Erdkunde, Xl, p. 35.

or

Amida.

34 EncEINTE, PORTES ET Tours.

pont sur le Tigre aurait ete detruit plus tard par lempereur Zimisces, vers 363 (973), au cours de son expedition contre Amid.' Si cette indication est exacte, trois ponts au moins se sont succede Ja sous les musulmans, avant celui de Nasr: le premier, peut-&tre antique, detruit sous Hishäm, le deuxi@me, detruit par Zimisces, le troisieme enfin, detruit avant la construction de Nasr; car il est peu probable que le fleuve ait ete prive de pont depuis Zimisces jusqu’a Nasr.? Un coup d’eil sur la nouvelle carte de R. Kızpert montre que la route d’Amid a Mifargin

a traverser le Tigre, des lantiquite, sur un pont tres important. Or, le choix de l’emplace- ment d’un pont est diete par des conditions topographiques assez peu variables. Si le pont traverse le Tigre au sud d’Amid, et non pas A lest, c'est que les circonstances qui ont motive cet emplacement existaient probablement des lantiquite. Il est done a presumer que le pont antique se trouvait au m&me endroit? et que c'est sur ses fondations que s’eleverent ces ponts successifs, jusqu’ä celui de Nasr.' Seul un examen sur place montrera si le pont actuel a con- serve des vestiges antiques; les photographies ne donnent aucune indication preeise ä cet egard. A part le sommet de quelques piles, le tablier et le parapet tout entier, magonnes en petits moellons noy6s dans d’epais lits de mortier, parties beaucoup plus recentes, l’ensemble du pont parait bien remonter a Nasr. Il est construit avec cette pierre noire qu’on trouve dans len- ceinte d’Amid, notamment dans les parties refaites par les Merwanides. On y releve deux caracteres qui distinguent generalement les ponts musulmans des pont antiques: le profil brise des arches et la faible epaisseur de leurs claveaux. Mais voici quelques indices plus precis en faveur de cette attribution. Les bloes de linscription, quoique tres frustes, sont bien en place; ils n’ont pas dte deposes et replaces en desordre a la suite d’une refection ulterieure, comme c'est le cas pour les blocs du 31. Immediatement au-dessus de linscription, sous le parapet restaure, court un cordon en pierre noire, dont le profil se compose d’un quart de rond entre deux filets. Ce cordon, qu’on pourrait prendre pour une cormiche marquant, sur les deux faces, le niveau du tablier, ne regne en realite qu’au-dessus des trois compartiments de linscription, entre les- quels il sinterrompt. Il est done evident quil avait pour but de pro- töger la pierre tendre de linseription contre la pluie et les gouttieres et quil est contemporain de celle-ci. A gauche de la ligne 1 du comparti- ment C, sous l’extremite de ce cordon, une pierre noire encastree dans le parement, a la suite des pierres blanches de linscription, porte un felin sculpte, passant ä droite, tirant la langue et relevant la queue en S au-dessus du dos (fig. 17). Le style de cet ani- mal, embleme heraldique ou simple decor, trahit

Jo 90 D+opura. encore l’Epoque merwanide. Moins naif et mieux dessine, mais aussi plus pretentieux et moins

amusant que les bestioles de Mugtadir aux portes de la ville, cet animal est encore loin, pour la pu- rete des formes et la beaute du style, du buflle devore par un felin qu'un veritable artiste sculptera, juste un siecle plus tard, a& l’entree de la grande Mosquee.° En revanche, il n'est pas sans analogie avec un autre felin sceulpte sur un des saillants de l’enceinte, a cöte d’une autre inscription merwanide.° Enfin, la plupart des pierres noires du parement, autour de lin-

Fig. 17. Sur le pont.

Fig. 19. Marques du pont

' Voir Matthieu d’Edesse, trad. DurLaurıer, p. 16: cf. plus haut, p. 22.

° Ibn al-Azrag ne dit pas, du moins dans l’extrait d’Aneoroz, a la suite de quel incident Nasr bätit son pont,

' En 512, Jean, eveque d’Amid, fit construire un pont sur le Tigre: voir plus loin le chapitre de M. Strzycowskı sur les eglises d’Amid.

* Dans l'inscription, les mots „et Za plus grande partie de ce travail a eu lieu par les mains du juge "Abd al-Wähid . . .* pourratent indiquer que Nasr n’a pas refait le pont tout entier. Mais je erois que le redacteur veut plutöt dire que ce juge n’a dirige que la plus grande partie des travaux de Nasr.

5 Voir plus loin, au no 24, fig. 24 et 25 et pl. XVI.

® Voir plus loin, au no 15.

MERWANIDES. 35

scription, portent des signes lapidaires, probablement des marques de tächeron, dont le style, bien qu'assez vague, parait trahir Ja m&me epoque. Voieci (fig. 18) celles que jai pu relever exactement sur les photographies.' La premiere a gauche est de beaucoup la plus frequente et peut &tre interpretee comme un nom propre: Mu’min. Dautres pierres portent des graflites en coufique simple et grossier.

En resume, le pont du Tigre parait &tre d’origine antique. Les chroniques en signalent plusieurs restaurations jusqu’a celle de Nasr, attestee par une inseription. C'est a lui que remonte le pont actuel, & part les parties evidemment plus recentes. D’autre part, il est possible que le pont actuel ait conserve des vestiges anterieurs au XI* siecle.

14. Le m&me. 460 H. Sur la face anterieure d’un saillant carr& de l’enceinte, sur des pierres encastrees dans le parement. Deux lignes du meme type; m@mes caracteres, d’un style moins orne (pl. VI). Publice par l’auteur d’apres un dessin de Nıesunr.” Revu et corrige sur une photographie due a l’obligeance de M. Po«xox, le texte suivant est definitif.

A Se EN aan all we el N EN NN a La) sell ae ll al El or de ee AIDA

I : = - « z .

. Alaw ,\8 we as 3 Asa cr

Voici ce qu’a ordonne de faire l’&mir tr&s majestueux, le seigneur Nizäm al-din, Mu’ayyid al-daula, la

gloire de la nation, la puissance des rois, Abu l-Qäsim Nasr, fils de “Izz al-isläm, qu’Alläh prolonge son exi-

stence et fortifie sa vietoire! Par les mains du juge Abu |-Hasan ‘Abd al-Wähid, fils de Muhammad, en l’annee 460 (1067 —68).

Ibn Shaddäd, f?44 r°, signale dans l’enceinte, en dehors et en dedans, des travaux de Nasr, marques par des inscriptions a son nom. Le juge “Abd al-Wähid figure dans l’inseription precedente, ä titre de charge des travaux du pont. Quant & l’ingenieur, il n’a pas signe son cuvre. Son nom, qui ne parait pas dans le dessin de Nırzunr, ne figure pas non plus sur la photographie de l’original.

15. Emir Mansür, 476 H. Sur trois faces A, B et © du saillant polygonal T du plan de l’enceinte (fig. 1), a l’ouest de la porte de Kharput; sur des pierres encastrees a mi-hauteur dans le parement, entre deux etages de meurtrieres. Une ligne du möme type, la deuxieme

tres courte, sous le milieu de la premiere, en Ü; m&mes caracteres (fig. 19 et 20). Inedite. a all EI AN uYl A gu ale GE Ns ale le... alen B (fälin) A all als ce ya El a al NN SE eye ee ll rel ll u Je El a aa Be 8 ze Ce 5 «Ns Al SL a i Une de ces marques est seulptee sur le corps du lion, fig. 17.

2 Voir NIEBUHR, loc. eit. et pl. XLIN, C; Lemwmans-Hauptr, Materialien, Arab. Inschriften, p. S et pl. XI.

® Au lieu de \£. » » alu, dans ma premiere edition.

. i Au lieu de ap] dans ma premiere edition; cette nouvelle lecon, plus conforme au dessin de Nırgunr, est

confirmee par la photographie de M. Posxon. 5 Au lieu de aXLe au) ı | dans ma premiere edition.

56 ENGEINTE, PORTES ET Tours.

Voici ce qu’a ordonne de faire et de payer sur sa fortune l’emir, le seigneur tres majestueux, le vain- queur, Sail al-islam, “Alam al-din, Näsir al-daula, la couronne des rois, Ja noblesse des emirs, Abu I-muzaffar Mansür, fils de Nizäm al-din, qu’Alläh fortifie sa vietoire! Et cela a eu lieu par les mains du juge Abü Nasr Muhammad, fils de ‘Abd al-Wähid, dans les mois de l’annde 476 (1083—84). Et l’ingenieur en est Abü Sa’d, fils de Hamid (?).

Fig.19. Insceription 15, faces A et B.

Mansür, le fils aine de Nasr et le dernier des Merwanides, rögna de 472 a 478, Depouille de ses Etats par le sultan Malik-shäh, il mourut obscuröment a Djazira, en 436 ou 489." Les surnoms

Fig. 20. Inscription 15, face €.

Näsir al-daula et Abu l-muzaflar, que lui donne Ibn al-Azraq, sont confirmes par ce texte, qui l'appelle encore “Alam al-din; le surnom en isldm n'est pas tout ä fait certain, parce que le dernier mot du fragment B est un peu fruste.

Le juge charge des trayaux est sans doute le fils de ce juge "Abd al-Wähid qui figure, au meme titre, dans les deux inseriptions precedentes. Le nom du pere de l’ingenieur est eerit distinctement, mais sans points diacritiques; on peut le lire Hamid ou Humaid.?

Sur la photographie, le felin sculpte en A est indistinet et parait un peu fruste. Il est passant A gauche; on distingue vaguement son corps, sa tete, ses quatre pattes et sa queue en

' Voir Ibn al-Azraq, dans Ameoroz p. 146 s., Ibn Shaddäd, fo 64 r0, et d’autres sources eitees plus loin, p. 37, n. 8. ° Jignore si ces noms sont usites, mais on trouve le feminin Humaida; voir WüstexreLpd, Register, p. 253, et les index d’Ibn al-Athir et de Tabari (ne pas confondre avec Hamid, Humaid et Humaida).

SELDJOUKIDES. 37

S, relevee au-dessus du dos (fig. 19 a droite). Ce dernier detail permet de rapprocher cet animal de celui qui decore le pont du Tigre.' Mais il serait premature d’en conclure que les Mer- wanides portaient un felin pour embleme heraldique, tant qu’on ne possede aucun renseignement preeis A cet egard.

SELDJOUKIDES.

Le regne des Merwanides touchait ä sa fin. Des longtemps, des @missaires du sultan Toghril-bek avaient „penetre* le Diyar-Bekr.” En 463, le sultan Alp-arslän, en route pour la Syrie, traversa les Etats de Nasr, qui lui apporta l’hommage d’un tribut. En passant ä Amid, le Seldjoukide en admira la puissante enceinte et, caressant le mur avec sa main, il la passa sur sa poitrine, pour attirer sur lui la benediction divine, ajoute le chroniqueur arabe, qui ne dit pas si dans ce geste, le Ture superstitieux ne voyait qu’un heureux presage pour sa cam- pagne de Syrie, ou sil commandait ä sa fortune de lui livrer enfin cette enceinte convoitde.? A cette occasion, le vizir d’Alp-arslän, le c@lebre Nizäm al-mulk, fit visite a Nasr et, pour en- dormir les craintes qu’eveillait en lui la venue de son maitre, il lui fit entrevoir le diplöme de sultan. Mais plus tard, il se borna ä le faire nommer sultan al-umard’, titre plus banal et moins compromettant, alleguant qu’il ne pouyait exister deux sultans ä la fois.* Que cette anecdote soit vrale ou non, elle est bien orientale et montre que les Merwanides n’etaient plus que les humbles sujets des Seldjoukides. Encore ne deyaient-ils pas le rester longtemps. Raffines de eulture, tres larges en matiere religieuse,° gätes par la fortune et par des meeurs trop faciles®, ces princes kurdes n’avaient pas la sympathie des nouveaux maitres de l’Asie. Pour gouverner leur vaste empire, ceux-ci voulaient des soldats eprouves, sachant ä la fois commander et obeir. En 477 et l’annee suivante, ä la suite de circonstances trop longues ä raconter, le sultan Malik- shäh chargea Fakhr al-daula Muhammad ibn Djahir, un ancien vizir des Merwanides Ahmad et Nasr, qui etait entre ä son service, d’enlever le Diyar-Bekr au Merwanide Mansür. Ibn Djahir s’empara de Mifargin et Yun de ses fils, Za’im al-daula’, prit Amid. Le sultan confia le gou- vernement du Diyar-Bekr & Ibn Djahir; on va voir qu'il ne le garda pas longtemps.®

! Voir plus haut, p. 34 et fig. 17.

® Au moins ä deux reprises; voir Ibn al-Azragq, dans Aueproz, p. 137 et 143. Ce dernier suspecte les dates attribuees par le chroniqueur ä ces deux tentatives. La premiere, qui est l’annee 434, est confirmee direetement par Abu I-faradj, trad. Bruns, p. 243 (cf. Hist. arm. des Crois., I, p. 320, n. 1) et indirectement par un passage d’Ibn al-Athir, IN, p. 370, duquel il ressort qu’en 439, Amid appartenait a Toghril-bek, ou du moins qu'il y disputait la suzerainete et le droit de priere au Bouyide Abü Kälidjär; ef. ibid., p. 358. Pour la seconde, qu’Ibn al-Azrag place en 458, elle est evidemment fausse, puisque Toghril-bek mourut en 455, et il vaut mieux adopter la date de Matthieu, trad. DurAurıer, p. 115s., qui correspond a 454—55. D’apres ce dernier, la tentative seldjoukide fut suivie d’une attaque infructueuse d’Amid par les Byzantins, signalee aussi par Abu I-faradj, trad. Bruns, p. 262. Suivant Ibn al-Athir, IX, p. 433, et X, p. 11, et Ibn Khaldün, IV, p. 319, Toghril-bek lui-meme entra dans les Etats d’Ahmad, qui lui offrit un tribut. Quoiqu’il en soit, il est permis de croire que des le regne d’Ahmad, Amid reconnaissait la suzerainete plus ou moins oflicjelle des Seldjoukides; cf. Sharaf al-din, &d. V£Lıaxvor, I, p. 19; trad. CHaruoy, Ib, p. 35 s.

* Voir Bundäri, ed. Hourswa, p. 37; Ibn al-Athir, X, p. 43; Abu I-faradj, trad. Bruxs, p. 266; cf. Ahu I-fidä’ II, p. 196; Matthieu, trad. Dvraurıer, p. 163; Duvar, Histoire d’Edesse, dans JA, serie, XIX, p. 97.

* Voir Ibn al-Azraq, dans Ameproz, p. 144.

° Les Merwanides favorisaient notamment les chretiens, comme il ressort de plusieurs passages des auteurs,

© Sur le harem d’Ahmad, ses tresors, ses monuments, son goüt pour les arts et la litterature, voir Ibn al-Azraq, dans AMEDRoz, p. 1315s.; Ibn al-Athir, X, p. 11; Ibn Khallikän, trad. ve Stase, I, p. 158; Abu I-fidä’, II, p. 189.

° Ihn al-Athir, X, p. 93, et Ibn Khallikän, trad. ve Staxe, III, p. 281, 287, lappellent Za’im al-rwasä’; la variante Za’im al-daula, dans Ibn al-Azraq et Ibn Shaddäd, est plus conforme ä la titulature de cette epoque, les surnoms en al-daula, comme un peu plus tard ceux en al-din, sont employ&s couramment en guise de noms propres.

° Fakhr al-daula Muhammad ibn Djahir, originaire de Mossoul, fut longtemps vizir du Merwanide Ahmad. A l’avenement de Nasr, il garda son poste, mais peu apres, en 454 ou 455, il l’abandonna pour se rendre ä Bagdad, il fut successivement vizir des califes Qä’im et Mugtadi. En 474, Nizäm al-mulk l’appela en Perse ä la cour du sultan, auquel il persuada de conquerir le Diyar-Bekr, recevant de lui, par avance, le gouvernement de cette province

58 EncEINTE, Porrks Er Tours.

16. Sultan Malik-shäh. 452 H. Sur la face anterieure d’un saillant polygonal du front est ou sud de l’enceinte, sur des pierres encastrees dans le parement. Cinq lignes en coufique fleuri; grands caracteres A fort relief, d’un style plus orne que celui des inscriptions merwanides (pl. VID. Celle-ci est un peu fruste et plusieurs mots sont illisibles. Inedite.

>, Ellay all gaol lb. „Leit olzzals (2) 2) bl SL [5 a 6 mots] ae + alas (I 87 Bu Le u 5) äulı [1 mot] Js Ns crAl (8) 3 bu: ja“ (1 mot] (?) 39% [1 mot] all Je al Al zus all zus all Od AN: 3 ll All] Se aM)

asldl use cr ren ER zül sn I ) lb >: FAN) all A Al ae Be

e [1 mot]! u & Er ap Ausb In$ 1.pao) as “2

. le sultan magnifie, le tres grand roi des rois, le sultan de la terre d’Alläh et le maitre des pays d’Alläh ..... Muiizz al-dunya wal-din, Djaläl al-daula..... Abu I-fatı Malik-shäh, fils d’Alp-arslän, qu’Alläh fortifie sa victoire! Sous le gouvernement de l’&mir Qawäm al-mulk, Shams al-din, “Umdat al-daula Abu Ali al-Hasan, fils de “Abd al-Malik, qu’Alläh fasse durer ses jours! Et ce travail a eu lieu par les mains du juge Abu Nasr Muhammad, fils de ‘Abd al-Wähid, en l’annde 482 (1089—90). Et l’ingenieur en est Muhammad, fils de Saläma, de...

En fait d’inseriptions des grands Seldjoukides, on ne connaissait jusquici que quatre textes dans la grande Mosqude de Damas, dates de 475, au nom de ce m&me Malik-shäh, qui n'y figure quineidemment, avec un protocole tres bref, entre son frere Tutush et le calife Mugtadi.” Voila done le premier document &pigraphique, officiel et complet, au nom d’un grand Seldjoukide de Perse. Il renferme les titres al-sultän al-muazzam, shähanshäh al-a’zam, qui figurent aussi dans les inscriptions de Damas et sur quelques monnaies de Malik-shäh, et qu’on retrouvera dans toutes les inseriptions seldjoukides d’Amid. C’est done A l’instar des Seldjou- kides de Perse que leurs cousins d’Asie Mineure ont porte ces titres, avec quelques variantes et jusqu’a la fin du XIII® siecle, sur leurs monnaies et dans leurs inscriptions.” Mais les pre- miers, ä leur tour, les avaient empruntes A des dynasties plus anciennes. Quant aux surnoms

Amid et Mifargin furent pris en 478. L’annee suivante (Bundäri et Ihn al-Athir) ou deux ans apres (Ibn al-Azrag), Ibn Djahir fut rappel&e aupres du sultan, qui le chargea de la conquete du Diyar-Rabi’a. Il mourut a Mossoul en 483; voir Ibn al-Azraq, dans Ameoroz, p. 136 A 151; Bundäri, index, notamment p. 24, 75s., S2; Ibn al-Athir, index a Fakhr al-daula, notamment X, p. I1, 1#s., 67, 748. S3, S6, 93s., 105, 121 (index n'est ni complet, ni tres exact): Ibn Shaddäd, fos 60 s; Ibn Khallikän, trad. pe Stang, I, p. 158; IH, p. 280s.; Abu I-fida’, II, p. 190, 200 a 209; Ibn Khaldün, IV, p. 320=.: V, p. 6s.; Sharaf al-din, ed. Verramisor, I], p. 20; trad. Cuarmoy, Ib, p. 36, 256; cf. plus loin, aux nos 16 et 17. Muhammad avait bäti une maison A Bagdad; voir Sibt ibn al-Djauzi, ed. JewErT, p. I1 en bas.

! Ge mot parait eerit or mais Ja lecon Sul est la seule possible; cf. le mot suivant, qui parait eerit Me

et qu’il faut lire Inte. Dans plusieurs inseriptions d’Amid en eoufique fleuri, les lettres a dents courtes se prolongent vers Je haut du champ par une hampe decorative qui leur donne l’air de vraies lettres a hampe.

> Voir mes Inseriptions arabes de Syrie, tir. a part des Memoires de UInstitut eyyptien, p. 1&s., 90 s.

Pour l’epigraphie et la numismatique des Seldjoukides d’Asie Mineure, je me bome ä renvoyer ici A la troisieme partie du Corpus, dont le premier volume est sous presse; voir plus haut, p. 4 n. 1.

Le vieux titre de roi des rois, qu’ont porte tour a tour la plupart des souverains de la Perse et de la Meso- potamie antiques (voir les sources citees dans Humann et Puchstein, Reisen in Kleinasien, p. 281, n. 1) et, en dernier lieu, les Sassanides (voir Tabari, trad. NöLDERE, Geschichte der Perser, p. 15, n. 1), reparait avec ’Islam, sous les formes shahanshäh (voir Ibn Khurdädbeh, ed. pe Gore, p. 16, trad., p. 12) et shähanshäh, d’abord chez les Samanides, qui restaurerent, ä tant d’egards, les traditions sassanides, puis chez les Bouyides. D’apres Nizäm al-mulk, ce titre fut porte par l’emir Nüh ibn Mansür; voir Siyäset-name, ed. SCcHEFER, p. 136; trad., p. 200. I est vrai qu’il ne figure ni

SELDJOUKIDES, 39

personnels du sultan, cette inscription et les deux suivantes se bornent A confirmer ceux que nous connaissions deja.!

L’emir dont le protocole, introduit par les mots fi wiläya, fait suite ä celui du sultan, est le gouverneur du Diyar-Bekr au nom de Malik-shäh. En effet, Muhammad ibn Djahir fut rappele en 479 ou 480° et remplac€e par un personnage que les auteurs appellent „al--Amid Qawam al-mulk Abü “Ali al-Balkhi*?” et qui ne peut ätre que le „VQuwdm al-mulk Shams al-din “Umdat al-daula Abi “Ali al-Hasan“ de linscription; je souligne les deux surnoms qui assurent cette identification.

Mais que veut dire al--Amid chez les auteurs? A partir du XIIIe siecle, c’est le surnom en al-din qu’on designe couramment sous cette forme abregee; ainsi, al-Imäd, pour ‘Imäd al- din. Au XI® siecle, ces surnoms n’etaient pas encore repandus et, dans les chroniques, les per- sonnages marquants de cette epoque sont dösignes plutöt par leur surnom en al-daula ou en al-mulk.“ En tout cas, al-Amid ne peut ötre ici le surnom en al-din, puisque linseription le donne sous la forme Shams al-din; ce n’est pas davantage celui en al-mulk, qui est Qawäm al- mulk, de l’avis unanime des chroniques et de l’inseription; reste le surnom en al-daula. Il est vrai que linscription donne “Umdat al-daula; mais les mots "amid et "umda derivant du m&me radical et signifiant tous deux „soutien“, il est facile de les confondre et l’on peut supposer que le vraji surnom etait en "umda, change par les chroniques en "amid, forme plus connue.?” Enfin, al--Amid pourrait etre l’abrege d’un autre surnom.° Cette petite obscuritö ne saurait faire ob- stacle ä une identification basde sur la coineidence des dates et de deux surnoms certains. L’in- seription prouve que ce personnage etait encore gouverneur au debut de l’annde 482 et con-

sur les monnaies de cet emir, ni dans les auteurs que j’ai pu consulter, notamment Hamdalläh et Mirkhond. Mais on peut croire que le celebre vizir, si verse dans la diplomatique, ne s’est pas trompe; d’ailleurs, son assertion parait eonfirmee par un passage d’Ibn Khallikän, eite par FraEun, Opuscula postuma, Il, p. 205, d’apres lequel les Sama- nides portaient le titre sultän al-salätin. Comme le titre de sultan ne semble pas remonter jusqu’aux Samanides (voir “Umari, trad. QuArREMERE, dans Notices et Extraits, XIII, p. 247), on peut croire que l’auteur arabe a traduit ainsi le titre persan shahanshäh. S'il en est ainsi, le titre gänlar qani des Ilik-khän du Turkestan pourrait bien ötre une traduction turque du shähänshah samanide; voir GRENARD, dans JA, serie, XV, p. 40, n. 1, et 77 (d’apres le Kudatku bilik). En tout cas, il est certain que les Bouyides ont porte ce titre (et celui de malik al-mulük), deja, semble-t-il, avec l’Epithete a/-a’zam, ainsi que le titre al-sultän al-muazzam; voir Fraens, Op. post., I, p. 255; Lase- Poorz, CBM (Catalogue of Oriental coins in the British Museum), II, nos 668 a 682, 687; IX, p. 261s.; CovErxton, dans Num. Chron., 1903, p. 177s.; Ameproz, meme revue, 1905; Coprınsron, Musalman numismatics, p- 83; Nizäm al-mulk, Söyäset-näme, trad. SCHEFER, p. 91, 103, n. 1; Ibn al-Athir, IX, p. 312; Mirkhond, trad. WiLken, Geschichte der Sultane aus dem Geschlechte Bujeh, p. 98; Huanr, Calligraphes et miniaturistes, p. 77, ete. Ce qui parait ötre propre au protocole seldjoukide, c’est Ja combinaison constante de ces deux titres en un seul, avec alternance des deux £pithetes: al-sultan al-mu’zzam shähanshäh al-a’zam ou al-sultän al-a'zam shähanshäh al-mu'zzam. Apres les Seldjoukides, ces titres, comme tant d’autres, se repandirent et furent portes par les representants de plusieurs dynasties; voir les sources eitees dans mon Epigraphie des Assassins, tir. ä part, p. 34, 36, n. 4.

! Les surnoms Mufizz al-din, Djaläl al-daula et Abu I-fath figurent dans les inseriptions de Damas, citees plus haut, sur les monnaies de Malik-shäh et dans plusieurs auteurs; voir Lase-Poore, CBM, II, no 61s.; IX, p. 277: Räwandi, trad. Browse, dans JRAS, 1902, p. 585, 597; Bundäri, p. 48; Ibn Khallikän, trad. ve Srase, III, p. 440; Hamdalläh, trad. Gaxris, I, p. 216, 233; Mirkhond, trad. Vurvers, Geschichte der Seldschuken, p. 91, 105; Siyäset-näme, trad. SCHEFER, p. 202, n. 1. Le premier de ces surmoms figure ici pour la premiere fois sous la forme souveraine en al-dunyä wal-din;, cf. CLA, I, index ä titres en ad-dunya wad-din.

® Voir plus haut, p. 37, n. 8.

* Voir Ibn al-Azragq, dans Axeoroz, p. 149; Bundäri, p. 76; Ibn al-Athir, X, p. 105; Ibn Shaddäd, fo 62 ro.

* Voir ZDPV, XVI, p. 93; cf. plus haut, p. 37, n. 7, et plus loin, au chapitre de la coupe d’Innsbruck.

° Il n'est pas me&me besoin de supposer iei une faute de copie dans les manuscrits; le substantif “umda etant feminin, on l’a peut-tre remplace, dans le langage courant, par le masculin ‘amid, qui paraissait plus logique dans un surnom masculin. A l’appui de cette hypothese, on remarquera que les surnoms masculins renfermant pour premier terme un substantif feminin sont rares. 11 y aurait toute une grammaire ä &erire sur les formes de la titulature.

® D’apres Bundäri, p. 74, et Ibn al-Athir, X, p. SS, Abü "Ali al-Balkhi portait le titre ‘amid Khuräsan.

40 ENCEINTE, PORTES Er Tours.

firme aussi, sur ce point, le temoignage d’Ihn al-Azraq.' Quant au juge charge des travaux, c'est cet Abü Nasr Muhammad ibn "Abd al-Wähid qui figure, au mäme titre, dans les 15 et 17. Enfin le nom de l’ingenieur, Muhammad ibn Saläma, est suivi d’un mot dont on ne peut lire que l’artiele, le reste etant cache sous des taches de plätre; c’est sans doute un relatif designant la famille ou le lieu d’origime de ce personnage.

Au-dessus de l’inscription, sous une meurtriere percee au milieu de la face anterieure du saillant, regne un court cordon horizontal qui s’amortit en retour d’equerre vers Je sol et abrite trois animaux sculptes dans les pierres du parement: au centre, un objet fruste qui parait ötre un oiseau de proie, analogue & celui qui de- core l’entree de Ja porte d’Alep?; a droite et A gauche, deux chevaux, passants et affrontes, la queue relevee, portant la bride et la selle arabe a etriers, mais non montes (fig. 21).” Plus bas, la premiere ligne du texte est bloquee par deux felins, passants et affrontes, rappelant ceux qui decorent les grosses tours A et B, mais d’un style plus grossier.‘ Plus bas encore, au milieu de lintervalle qui separe les lignes 4 et 5, sont sculptes deux petits quadrupedes ä cornes (gazelles ou bouquetins), passants et affrontes, et aux deux extremites de ce me&me intervalle, deux volatiles (corbeaux ou oiseaux de proie), passants et affrontes, la queue et les ailes &ployees, et picorant & terre. Au-dessous de chacun d’eux, on distingue vaguement un objet en spirale, peut-etre deux dragons. Enfin, sur les deux pans coupes qui relient la face anterieure aux faces laterales du saillant. un peu plus bas que l’inscription, sont sculptes deux petits quadrupedes, portant sur le dos un oiseau A queue et A ailes Eeployees, semblables aux precedents. Ce curieux bestiaire est si peu distinet sur les photographies qu'il faut attendre, pour l’etudier, des releves plus complets.

Sous linseription, au milieu et A la base de la face anterieure du saillant, est creusee une niche semblable a celles qui decorent les saillants de la porte de Kharput.” Elle est cantonnede de deux colonnettes a petits chapiteaux et couronnee d’une coquille A sept cötes, que surmonte une courte inscription coufique, illisible sur la photographie* Une autre niche, creusee ä la base de l’une des faces laterales du saillant, porte aussi une courte inseription au-dessus de sa coquille; l’autre face laterale n’est pas visible sur les photographies.'

! Suivant Ibn al-Azraq, dans Aneproz, 1902, p. 787, et 1903, p. 149, une deputation du Diyar-Bakr se rendit, des l’annee 481, aupres du sultan, pour lui demander la destitution d’Abü "Ali, qui lui fut accordee. Mais d’apres le eontexte, il semble qu'il resta en fonctions jusqu’au debut de 482, car son successeur (designe n’eut pas le temps d’entrer en charge et eeda la place a un nouveau gouverneur, "Amid al-daula, le fils de Muhammad ibn Djahir, qui n’arriva a Mifargin qu’ä la fin de 482; voir plus loin, p. #1.

2 Voir plus loin, au no 27. Sur les photographies, cet animal est si peu distinet qu’il m’est impossible d’en donner un dessin.

> Autant qu’on peut en juger sur les photographies, qui sont peu nettes, ces montures ressemblent, d’une part, A lun des chevaux de la tombe de Tshao (VII® siecle), publie par Cumavannes, dans Comptes rendus de !’_Academie des Inseriptions, 1908, p. 202 et pl. XIU, et d’autre part, ä celles qui figurent, comme armoiries, sur une belle lampe en verre &maille de la collection @. pe RoruschiLn a Paris, fabriquee, d’apres son inseription, pour le mausolee du fils de l’emir Bektimur le chambellan, fonetionnaire du sultan Mamlouk Muhammad, dans la premiere moitie du XIV® siecle (fig. 22). Le British Museum possede de cette lampe une excellente copie, signee d'un artisan parisien. A plus de deux sieeles et demi de distance, l’analogie est frappante et tend A prouver, avec d’autres indices, que l’iconographie heraldique des Mamlouks d’Egypte a son origine

en Mesopotamie. Les mules des lampes, passant a gauche avec la queue relevee, por- tent aussi Ja bride, mais au lieu de la selle, apparemment un bät charge. L’ecu eir- eulaire est d’argent (email blanc) A la bande horizontale de gueules (email rouge), meublee d'une mule d’argent.

'‘ Voir plus loin, aux nos 29 et 30.

5 Voir plus haut, p. 16.

% Je crois y deviner la ceonfession de foi ou une formule analogue.

? Ces nombreuses niches, qui ne peuvent avoir aucun röle religieux dans les saillants d’une enceinte, semblent la survivance d’une ancienne tradition architeeturale: cf. H. pre Herr, eite plus haut, p. 11.

SELDJOUKIDES, 41

17. Le meme, 485 H. Sur le front semi-eireulaire d’un gros saillant arrondi situe dans le front sud-est de l’enceinte, ä mi-hauteur, entre deux meurtrieres, sur des pierres encastrees dans le parement. Deux lignes du meme type; memes caracteres qu’au 16, mais d’un style plus sobre (pl. VII). Inedite.

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A ordonne& de faire ceci le sultan magnifie, le tres grand roi des rois, le roi des rois, Mu‘izz al-dunyä wal-din, Djaläl al-daula, Abu l-fath Malik-shäh, fils d’Alp-arslän, qu’Alläh fasse durer son sultanat! Sous le gouvernement du maitre {res majestueux, Mu’tamid al-daula, le grand ministre, Abu I-barakät Djahir (ou Djuhayyir), fils de Muhammad, qu’Alläh fasse durer ses jours! Et ce travail a eu lieu par les mains du juge {res majestueux, Ja gloire des juges, Abü Nasr Muhammad, fils de "Abd al-Wähid, en l’annee 485 (1092— 93). Et l’ingenieur en est Muhammad, fils de Salärma.

Cette inseription date de l’annee meme de la mort de Malik-shäh. Le personnage dont le protocole, introduit par les mots fi wiläya, fait suite a celui du sultan, est encore le gou- verneur du Diyar-Bekr. On sait qu’au premier gouverneur seldjoukide, Muhammad ibn Djahir, avait succede, en 479 ou 480, cet Abü “Ali al-Hasan qui figure dans le 16, en 482. Vers la fin de cette annee, il fut remplace & son tour par '‘Amid al-daula Muhammad, un deuxieme fils de Muhammad ibn Djahir!, qui resta deux ans en charge. A la fin de 484, celui-ci se rendit ä Ispahan, puis a Bagdad, remettant le gouvernement du Diyar-Bekr a son jeune frere, un troisieme fils de Muhammad ibn Djahir, que les auteurs appellent Käfi al-daula Abu ]-barakät Djahir (ou Djuhayyir).” Des l’annee suivante, ce dernier retourna aupres du sultan, laissant ä sa place son fils Abu l-Hasan.” Peu apres, on apprenait en Diyar-Bekr la mort de Malik-shäh et l’avenement de Barkyärug."

Le „Mu’tamid al-daula käfi l-kufät Abu I-barakät Djahir (ou Djuhayyir) ibn Muhammad“ de l’inseription est evidemment le „Aafi al-daula Abu I-barakät Djahir (ou Djuhayyir), fils de Mu- hammad ibn Djahir“ des auteurs. Son pere avait deja recu du Merwanide Ahmad, en 430, ce titre® dont la forme oflicielle, on le voit, est Akaft al-kufät. Il est doublement interessant: par sa forme, il fait partie de ces titres composes du singulier et du pluriel d’un meme titre de fonetion, tels qu’amir al-umara, da; al-duät, nagib al-nugabä', qüdi al-qudät; par son sens, il

! Le premier etait Zaim al-daula; voir plus haut, p. 37, n. 7. On trouvera les sources sur “Amid al-daula dans le commentaire du no 18.

2 Ibn al-Athir, X, p. 149, le nomme al-Käfi ibn Fakhr al-daula. Ses noms complets figurent dans Ibn al-Azraq, AmEproz, p. 151, et Ihn Shaddäd, fo 62 vo, M. Axeproz m’ecrit qu’il a lu Djuhayyir, en se basant sur la

3 Bone x EN ee Y Er lecon 1g> du ms. de Londres, or, 5803. Comme d’apres Ibn Khallikän, III, p. 287, ce nom se prononce Djahür, et non Djuhair, il faut admettre, en eflet, si la lecon avec le damma est exacte, que Käfi al-daula s’appelait, non pas Djuhair, mais Djuhayyir „le petit Djahir‘, forme diminutive du nom ancestral. Dans l’inseription, on lit distinctement „.g>, mais sans points ni voyelles; ce document authentique n’apporte done rien au debat. 2

3 Voir Ibn al-Azraq et Ibn Shaddäd, loc. eit,

* Voir plus loin, au debut du chapitre des Inalides.

5 Voir Ibn al-Azraq, dans Aueoroz, p. 137. Amida, 6

42 ENCEINTE, PORTES ET Tours.

se rattache ä un groupe de titres viziriens derives du radical kauft et faisant allusion aux „eapacites“ du titulaire.'

Le charge des travaux est encore ce juge Muhammad ibn “Abd al-Wähid qui figure dans les n°° 15 et 16 et qu’on retrouvera au 13. Enfin Tingenieur de la tour est le möme que celui du saillant portant liinseription 16; son ethnique, illisible la-bas, fait ici tout A fait defaut.

On trouvera au chapitre troisieme d’autres inseriptions provenant de l’enceinte, des portes et des tours d’Amid. L’ordre chronologique nous conduit maintenatit A l’etude de la grande

Mosquee.

"Ch le titre dhu I-kifäyatain, explique par Goupzımer, dans WZKM, XII, p. 3268. Le titre kafi al-kufät altribue aux vizirs remonte au moins aux Bouyides; voir Browse, History of Isfahäan, dans JRAS, 1901, p. 425, 438.

CHAPITRE DEUXIEME. GRANDE MOSQUEE.

A. ETAT ACTUEL.

Situce au centre de la ville, en a du plan (fig. 1), la grande Mosquee d’Amid, en turc Ulu djämi‘, parait en &tre l’edifice le plus important. Il y a tout lieu de croire que ce sanctuaire est d’origine chretienne, peut-£tre meme antique et paienne. Sa situation centrale, au croisement des deux lignes droites qui relient entre elles, deux par deux, les quatre portes de la ville, suggere un rapport entre le monument et le plan de l’enceinte, laquelle, on l’a vu, remonte en tout cas ä& l’epoque romaine.' Malgre les remaniements qu’il a subis, l’edifice lui- me&me trahit au premier coup d’eil une origine preislamique. Son plan offre une analogie frappante avec celui de la grande Mosquee de Damas et d’autres sanctuaires musulmans de Syrie, qui furent des eglises avant d’ötre des mosquees, et des temples avant d’etre des &glises. De plus, il renferme un grand nombre de debris antiques?, et bien que l’opinion courante d’apres laquelle il remonte, en son etat actuel, aux anciens Armeniens ou aux Byzantins, soit detruite par le t@moignage des inscriptions, ces debris proviennent sans doute des premieres phases de la construction. Enfin, les auteurs anciens et modernes s’accordent generalement A dire que la grande Mosquee est une ancienne eglise, et plusieurs d’entre eux appuient leur opi- nion sur une tradition locale. Tout incertain qu’il soit, ce tEmoignage a plus de valeur qu’une attribution superficielle, faite au pied leve, A l’un des styles classiques de nos manuels d’arch&o- logie, surtout quand il s’agit d'un monument aussi complexe et aussi etranger ä nos formules d’ecole que la grande Mosqude d’Amid. Sans rechercher si elle est de style armenien, ou by- zantin, ou arabe, je me bornerai, dans les pages suivantes, ä fixer, ä& l’aide des inscriptions, l’epoque A laquelle remontent plusieurs de ses parties.

La grande Mosqu&e comprend une serie d’edifices groupes autour d’une vaste cour rec- tangulaire de 71 metres de longueur est-ouest sur 30 mötres de profondeur nord-sud (voir le plan, fig. 23).” Le cöte sud de la cour est borde par la mosquee proprement dite, dont le plan forme un rectangle de 71 metres de longueur est-ouest sur environ 16 metres de profondeur nord-sud. Elle se compose de trois parties principales: un sanctuaire oceupant le centre du rectangle, sur une largeur de 10 a 11 mötres, et traversant l’edifice depuis la cour jusqu’a la paroi sud, dans laquelle est creusde la niche du mihräb, flanqude de la chaire & droite; deux

! Voir plus haut, p. 7 et fig. 1. 2 Voir plus loin, p. 45, et no 35 et pl. XV], a droite en bas. 3 Simple esquisse faite sur les notes, les mesures et les photographies du general ve BeyLıf, ce plan n’est qu’un lever ä vue et ne pretent nullement a une exactitute definitive. 6*

14 (RANDE MOSQUEE.

ailes occupant les extremites du rectangle, sur une longueur d’environ 30 metres chacune, et divisces en trois nefs par deux rangees d’arcades sur piliers carres, courant de l’est a l’ouest. Ainsi, le grand axe de ces six nefs est perpendiculaire au grand axe du sanctuaire. Ohaque Yangde compte six piliers, portant cing arches a arc brise. Au-dessus de ces arcs, les murs de

BERENSNIRIRE BEINE EEE

ig}

refend sont perces d'un nombre double de petits arcs ou voütains, soit dix dans chaque mur.! Les cötes longs du sanctuaire s’ouvrent sur les six nefs par six arcades ä arc brise, au-dessus desquelles les murs de refend sont perees de deux voütains alternant avec trois baies plus grandes (voir la coupe EF, pl. XX).

! Voir la coupe ED, pl. XX. (es petits ares, en arabe fäg, sont frequents dans l’architecture musulmane, notamment

la grande Mosquee de Damas, et en Egypte, dans les mosquees toulounides et fatimides; voir mes Notes d'archeologie arabe, tiv. a part, I, p. 25, n. 2; II, p. 27

sim

ETAT ACTUEL, 45

Les six nefs laterales ne sont pas plafonnees. Leur charpente forme six toits A double pente.' Ceux des deux nefs centrales prennent au-dessus des voütains; ceux des quatre nefs laterales prennent au-dessous. Le sanctuaire est couvert, ä environ dix metres du sol, d’un plafond plat orn€e de peintures de l’epoque ottomane, datees de 1124 (1712). Au dessus s’eleve un toit a double pente, perpendiculaire a ceux des six nefs. Sur les deux petites faces nord et sud du sanetuaire, ce toit s’appuie sur deux pignons. Entre le rez-de-chaussce et les pignons regne un haut etage perc& de baies a plein eintre. Ainsi, la petite face nord du sanctuaire s’eleve bien au-dessus du niveau general de la longue facade nord de la mosquee; mais elle ne fait pas saillie sur cette facade, c’est-A-dire qu’en plan, elle est dans son alignement (pl. VII).

Cette facade souyre sur la cour par seize portes ou fenetres, formedes d’une grande baie a linteau droit, surmontee d’une baie plus petite en are brise. Deux de ces baies s’ouvrent dans la partie centrale, correspondant ä la petite face nord du sanctuaire; entre elles, un mihräb est menage dans la cour (pl. VII). Les autres baies s’ouyrent, sept par sept, dans les ailes, correspondant au cöte nord des deux nefs laterales nord. Les tympans de quelques arcs sont decores de niches creusees dans le mur, flanqu6es de colonnettes ä füt chevronne, et cou- ronnees d’une coquille a neuf cötes (pl. XII). Au-dessus des arcs regne un long bandeau d’in- scriptions (n°S 18 et 21), qui court sur toute la facade de la mosquee, sauf sur la partie cen- trale, correspondant ä la petite face nord du sanctuaire, ce bandeau est interrompu par un decor plus moderne, en mosaique de marbre (pl. VII). Divers debris d’architeeture, notam- ment des trongons de füts, des bases et des chapiteaux de colonne, sont deposes dans la cour, le long de cette facade (pl. XVI, a droite en bas).

La facade sud de la mosquee est formee par un mur plein sur l’aspect exterieur duquel toute indication fait defaut. Ü’est de ce cöte, vers l’angle sud-ouest du sanctuaire, que s’eleve une haute tour carree, sans doute un ancien clocher, transforme en minaret et couronne plus tard par une lanterne en eteignoir, de style ottoman (plan VIII)?

Les cötes est et ouest de la cour sont bordes par deux facades remarquables, qui pre- sentent la m&me disposition generale. Au rez-de-chaussee, dix colonnes ä chapiteau corinthien portent un entablement richement decore, qui ressaute au-dessus des chapiteaux, en saillie sur le nu du mur; un etage superieur moins eleve repete la möme disposition. Entre les colonnes s’ouyrent neuf arcades percees dans le mur. ÜCelles des rez-de-chaussee sont couronnees d’un arc tantöt brise, tantöt deprime, avec un leger deerochement au milieu; celles des premiers etages se terminent par un linteau droit, monolithe, rattache aux deux pieds-droits par des cor- beaux moulures (pl. IX ä XI et XII a XV).

Sur la facade ouest (pl. IX a XI), les füts de colonne du premier etage sont sculptes de grecques, de torsades et d’entrelacs, offrant autant de modeles differents, et ies deux entable- ments sont d’une richesse inouie. A chaque etage regne un long bandeau d’inscriptions, cou- rant sous l’entablement. Celui du rez-de-chaussee (n? 19) passe au niveau des chapiteaux, qui le coupent en neuf compartiments, correspondant aux neuf arcades. Celui du premier etage (n° 20) passe au-dessus des chapiteaux et ce sont les des en saillie qui le coupent en neuf parties. Cette facade est en ruine et l’on voit le ciel A travers ses fenetres beantes. Une partie de sa decoration est masquee par des constructions parasites, fort genantes pour un arch£ologue, mais qui feraient la joie d’un peintre.

! D’apres les notes du general (voir la coupe AB, pl. XX); mais ä l’exterieur, un seul toit a double pente, peut-&tre moderne, recouvre les trois nefs de chaque cöte (pl. VII).

2 D’apres une tradition locale, tous les minarets carres d’Amid sont d’anciens clochers, transformes par les musulmans; voir Ewrıya, eite plus loin, p. 47; Nıesunr, tom. cit., p. 325; BuckınsHam, tom. cit., p. 378, 384. Üette observation est interessante au point de vue de l’origine des minarets carres du type syro-maugrebin; cf. G. Marcaıs, dans Revue africaine, 1906, p. 43; Triersen, Pharos, p. 101, n. 2,

46 (RANDE MosQUEE.

La facade est (pl. XIII a XV) est mieux conservee, mais son decor est plus sobre et plus froid. A chaque etage regne aussi un bandeau d’inscriptions. Celui du rez-de-chaussee (n° 22) passe au-dessus des chapiteaux, mais sans etre interrompu par les des en saillie, qui portent aussi des caracteres sur leur face anterieure. Le bandeau du premier etage, qui passe & la hauteur des des, est anepigraphe, sauf au-dessus de la fenetre centrale, il porte une inscription beaucoup plus courte que les trois autres (n® 23). Dans l’arcade centrale du rez-de-chaussee s’ouvre un passage voüte qui correspond, & l’exterieur, a une entree monumentale, portant une autre inscription (n® 24).

Le cöte nord de la cour est divise en deux parties par une ruelle qui debouche ici dans la Mosquce. Entre elle et l’angle nord-est de la cour s’allonge une rangee d’arcades ogivales, retombant sur des colonnes ä superbes chapiteaux corinthiens (pl. XX). La moulure epaisse qui borde les arcs se prolonge en retour d’equerre au-dessus des chapiteaux, au lieu de s’amortir dans leur corbeille. En arriere de cette colonnade en ruine s’eleve un edifice qui porte deux inseriptions (n° 25 et 52). Entre la ruelle et l’angle nord-ouest de la cour s’eleve une facade pereee de baies semblables ü celles de la facade nord de la mosquee, au sud de la cour. Au- dessus de ces baies regne un bandeau portant une inseription (n® 37).

Ce plan general presente une frappante analogie avec celui de plusieurs grandes Mosquees syriennes, en partieulier celle dde Damas.' Les deux £difices renferment la m&eme cour rectangu- laire, entouree de colonnades et de portiques, avec des entrees au milieu des cötes, et bordee au sud par la mosquee proprement dite. Celle de Damas oflre la meme disposition d'un vais- seau central oriente nord-sud, avec la qibla dans le mur du fond, et flanque de deux ailes, comprenant chacune trois nefs orientdes est-ouest, s6parces par des rangces d’arcades et de voü- tains et couvertes par six toits & double pente. A Damas, une coupole s’eleve au-dessus de la ceroisee du sanctuaire et des deux nefs centrales des ailes.” Il se peut que la croisee d’Amid ait te recouverte autrefois par une coupole, car le plafond et le toit du sanctuaire, on la vu, sont d'une &poque moderne. Toutefois, «l’apres les mesures du general pe Beyuır, le plan de l’edifice n'est pas tres favorable a cette hypothese. En effet, la croisee comprise entre les quatre gros piliers centraux forme un rectangle allonge, peu propre & recevoir une coupole, du moins sur plan cireulaire, alors qu’a Damas, le m&me espace est ä peu pres carre.

Quant aux edifices qui bordent les autres cötes de la cour a Amid, on ne saurait les comparer aux portiques de Damas, car les photographies ne montrent que leur facade; j'y re- viendrai plus loin, A propos des inscriptions qui les decorent. Pour completer cet apercu som- maire, voici quelques extraits des voyageurs modernes «qui parlent de la grande Mosquee

d’Amid.”

! Sur la grande Mosquee de Damas, voir les sources arabes citees dans LE STRANGE, Palestine under the Mos- lems, p. 22% s.; "Ilmawi, trad. Sauvaıke, Description de Damas, dans JA, serie, VII, p. 185s., 369s., et les topographies inedites d’Ibn “Asäkir, d’Ibn Shaddäd Halabi, de Nu’aimi, de Busräwi, ete. Parmi les auteurs modernes, Fergusson, History of architecture, IL, p. 5228; Kremer, Topographie von Damascus, I, p. 34s et pl. 1; Porter, Five years in Damascus, p. 22; PHex& Spiers, dans Jownal of R. Institute of British architeets, 1896, p. 258., Arch. Review, VIIL p. SO s., 158s; East and West, p.211s.; Dickie, dans PEF, Quarterly, 1897, p. 268 8.; G. Marcaıs, dans Revue africaine, 1906, p. 37 8.; Sarapın, Manuel d’architeetwre musulmane, p. 65 a 87; Tmiersen, Pharos, index A „Damaskus“; voir aussi mes Inseriptions arabes de Syrie, p. 12 s., les guides d’Isampert, BAEDERER, MuRRaY, etc. Les zrandes Mosquees d’Alep, deHama et de Homs, construites sur un plan analogue, mais encore inedites, seront publiees sous peu, dans le Corpus, par MM. SoBERNHEIM et HERZFELD.

? Voir un detail de cette coupole dans Cnoisy, L’art de batir chez les Byzantins, p. 85 et pl. XXI.

3 Au milieun du XVII® siecle, TavErsıer se borne aA mentionner „une magnifique mosquee qui a ete autrefois une eglise de chretiens“; Voyages, Paris 1724, I, p. 373. Au XIX®, Durr£ signale ses colonnades et l’attribue aux califes; WVoyage, I, p. 70. SourHucare admire ses colonnades de marbre, sa belle cour, ornee d’un bassin, sa haute tour carree, transformee en minaret, son toit eleve et ses fenetres en plein cintre, et la considere aussi comme une ancienne eglise; Narrative, II, p. 291; ef. Rırter, Erdkunde, XI, p. 55. Lyektama a NNEHoLT decrit en quelques mots son appareil en pierres noires et blanches alternees, sa facade corinthienne, sa cour, ete.; Voyage, IV, p. 229s.

ETAT ACTUEL. 47

Ewriva (1655), op. eit., IV, p. 31: „Au centre de la ville s’eleve un sanctuaire ancien, une mosquee considerable .... c'est la grande Mosquee. Les historiens grecs s’accordent ä dire que ce sanctuaire antique a et& bäti du temps de Moise. A droite des colonnes du haram se trouve une colonne blanche sur laquelle une inscription est gravee en hebreu, donnant la date de la construction. En quelques mains que la place forte d’Amid se soit trouvee, ce sanctuaire n’a jamais cesse d’etre voue au culte.... Il est comparable ä la grande Mosquce d’Alep, ou a la Mosquee des Omayyades a Damas, ou ä la Mosquee al-Aqsä a Jerusalem, ou & la Mosquce al-Azhar au Caire, ou ä Ja Mosquee de Sainte-Sophie ä Constantinople. Sa construction trahit, par mille indices, que c’est une ancienne eglise transformee (en mosquee).' C'est parce que son minaret est quadrangulaire qu’il a &tre le clocher d’un ancien couvent.” Elle a un mihräb et une chaire de style ancien. Liinterieur de la mosquee est decore de lustres et de candelabres. Trois rangees de colonnes grandes et petites, de differentes sortes, sont placees les unes sur les autres ..... A linterieur de la mosquee se trouve une mosquee shafiite dis- tinete ... . Cette mosquee a quatre portes et l’on s’y assemble nuit et jour . . . L’exterieur du haram’ est pav& de dalles de marbre blanc dur, et juste au centre se trouve un bassin pour les ablutions ... . Les quatre cötes du haram, comme ä la Mosquee Sulaimäniyya ä Constan- tinople, sont bordes de portiques reposant sur des colonnes faites en marbres de differentes sortes ..... Les colonnes les plus elevees sont faibles et minces; celles qui sont au-dessous sont plus fortes; celles qui sont encore plus bas sont tres puissantes.* Sur ces colonnes, il y a des voütes renversees (sernigun qubbeler) tres remarquables.” Il ya trois portes, sur les trois cötes du haram. Le® minaret quadrangulaire a ete restaure. Bref, il n’y a pas ä Diyar-Bekr de mosquee aussi grande que celle-ci; elle peut contenir 10000 personnes. Toutes ses constructions et ses votes renversees sont entierement recouvertes de plomb pur.“

NIEBUHR (1766), loc. eit.: „La grande Mosquee, un superbe edifice, doit sans doute avoir ete l’eglise principale des chretiens. Je n’en ai pas pu voir grand chose, puisqu’un chretien n’ose m&me pas entrer dans la cour .

Texıer (1839), Description de l’Armenie, ete., I, p. xxI: „Un des monuments les plus curieux d’Amid est l’ancien palais qui a appartenu, dit-on, a Tigrane, mais que Sapor II a occupe£. Ce monument se compose de deux facades paralleles et d’un vaste edifice en retour, qui a te converti en mosquee ... Chacune des facades est ornee de deux etages de colonnes de marbre precieux, portant des entablements richement sculptes. Les chapiteaux sont du style romain byzantin, et les sculptures denotent un travail du III® ou IV*® siecle. Cependant tous les arcs des portes du rez-de-chaussee sont en ogive, ce qui prouve que ce genre de construction est beaucoup plus antique qu’on ne croit.“?

Dr Hanner, qui en attribue la construction ä Khälid ibn al-Walid, parait la confondre avec une mosquee de la eitadelle, qu’Ewriva, IV, p. 34, attribue a ce chef arabe; Empire ottoman, trad. Herrert, IV, p. 231s. Cuimer fait une confusion analogue dans sa Turgquie d’Asie, II, p. 458. In’y a rien ä relever dans les relations de BvekicHan, DE MOLTKE, DE ÜHOLET, etc.

! Voir plus haut p. 43.

2 Voir plus haut, p. 45, n. 2.

® On voit par le contexte que l’auteur appelle ainsi la grande cour. D’apres cette phrase, il y aurait trois etages de colonnes, alors que les facades est et ouest n’en ont que deux. Mais on sait deja qu’Ewriva est peu preeis; d’ailleurs, sa description s’applique peut-etre a la colonnade nord, dont il ne reste aujourd’hui que l’etage inferieur.

° L’auteur entend ici, sans doute, les curieux arcs en anse de panier signales plus haut, p. 45. Peut-etre

4

veut-il parler de voütes couvrant les portiques en arriere des arcs; on n'en voit rien sur les photographies.

% L’auteur dit iei bir „un“ minaret, mais il n’y en a pas d’autre que celui dont j’ai parle, qui est carre et qui a ete restaure a l’epoque ottomane; voir plus haut, p. 45.

° L’observation de Texıer est exacte, mais la conelusion qu'il en tire sur l’antiquite des ares brises ne l’est pas, puisque les facades, et preeisement leurs ares, datent du XII* sieele; voir plus loin, le commentaire des n0s 20 et 23.

48 GRANDE MOsQUEE.

H. pe Hern (1847), tom. eit., p. 441: „Le monument le plus important de Diarbekir, apres ses murailles, est ce qu’on appelle la grande Mosquee, monument compose de deux vastes facades eloignees l’une de l'autre d'une centaine de metres. L’aspect en est tres original. C'est la fan- taisie orientale repandue ä flots dans une riche ornementation.... et reunie au style de l’archi- tecture grecque, ce qui les fait passer pour avoir appartenu A une eglise chretienne; il est bien plus evident que ces deux facades appartenaient a la domination arabe et quelles faisaient partie d’un palais construit par des architeetes grecs, probablement appeles a la cour des califes. Nulle part on ne voit la trace d’une inscription byzantine, d’une croix, d’un symbole.“

P. 451 s.: „Deerivons d’abord la fagade situde A l’ouest et qui, sauf quelques troncons de colonnes dont la presence est accidentelle, n’a ete ni denaturee, ni restauree. La partie infe- rieure se compose de neuf arcades separees par des piliers rectangulaires d’olı se detachent de legeres colonnes laissant quelques centimetres entre elles et le mur. L/arcade du milieu, ainsi que celles places aux deux extremites, donnent ä la voüte une forme un peu anguleuse, tandis que les autres sont ogivales un peu surbaissdes, et decorees d’une riche architecture a boudins. Les clefs de voüte, les arcades ogivales presentent diverses rosaces. A quelques millimetres au- dessus des archivoltes, a la naissance (des chapiteaux qui surmontent les colonnes fix6es au mur, vient une ligne dinscriptions coufiques, formant une admirable broderie, et entourant tout l’edifice. Les chapiteaux, tailles dans la roche volcanique, sont d’ordre corinthien, mais la forme primi- tive parait avoir ete denaturee. Generalement ils sont irreguliers, et surtout fortement deprimes. Au-dessous, se voient des debris de füts de colonnes, divers fragments de marbre rose et veing, blanc et rouge, places avec ordre les uns au-dessus des autres, et provenant sans doute des parties interieures du monument, de m&me que les beaux troncons qu’on admire dans la facade opposee.

„Les trois faces de l’entablement sont remplacees ici par un petit filet surmonte d’une ligne de chapelet, au-dessus de laquelle rögnent des ornements de trefles A fleurons avec une nouvelle ligne de chapelet; le tout est surmonte par une frise representant des feuilles de vigne et des raisins. On remarque, au-dessus d’un etroit filet, une ligne de petits denticules, garnis ä leur partie superieure d’un chapelet que surmontent divers ornements ol se distinguent les trefles A fleurons, termines par un reglet. L’entablement qui s’eleve au-dessus de chaque colonne et se detache de l’edifice, regne en m&me temps tout le long de la facade.

„Le second etage est egalement compos& de dix colonnes, entres lesquelles se trouvent des ouvertures affeetant une forme toute particuliere. Elles sont quadrangulaires, avec les angles superieurs pleins. Les chapiteaux, de style corinthien, ont la meme irregularite que les pre- miers cites. Quant aux füts, ils sont intacts et charges de moulures diverses. Le premier ü gauche offre des cannelures en spirale; le second, des rosaces entremeldes de zigzags a angles droits; les suivants presentent des combinaisons se reproduisent les rosaces et les zigzags meles A des croix et ä des losanges. Puis figure comme ornementation une inscription coufique reonant au-dessus des chapiteaux, ces derniers etant richement sculptes pour s’harmoniser avec le tout. Un entableinent exactement semblable a celui de l’etage inferieur regne au-dessus des

chapiteaux. Largeur des arcades ogivales . . . . . 2 metres 38 Largeur des trois autres (etage inferieur) De 60 Epaisseur des pieds-droits de separation . 0 metre 90 Circonference de la base des chapiteaux . 1 ,„ 99

„La partie centrale de la fagade meridionale est occupee par la nef de la mosquee, dont les parties laterales forment les ailes. Cette nef, traversant le second etage, offre exterieurement un edifice reetangulaire A toit triangulaire et A pignon. On a retrouve une niche avec ornamen- tation orientale.' Un rez-de chaussee, perce de cinq (sept!) fenötres carrees au niveau du sol, forme

! Cette niche est le mihräb signal& plus haut, p. 43 en bas.

ETAT ACTUEL. 49

la petite facade de l’ouest; une ouverture ogivale les surmonte. Au-dessus regne une belle ligne d’inseriptions coufiques. De chaque cöte de la fagade ä pignon, au rez-de-chaussee, sont les portes qui donnent entree ä la mosquee, et dont l’ouverture est Ja m&me que celle des fen£tres. La partie orientale possöde aussi einq (sept!) eroises avec une porte a son extremite. Une ligne din- seriptions coufiques la decore egalement et l’on remarque, de plus, deux niches! de style byzantin, placdes entre les ouvertures ogivales.. Toute cette fagade meridionale est posterieure & la facade de l’ouest.”? On voit qu’elle a et reconstruite, moiti€ avec de nouveaux materiaux et moitie avec les anciens. C'est ainsi que les inscriptions coufiques ont &te utilisees pour l’orne- mentation de cette nouvelle construction.

„La facade orientale presente exactement les m&mes dimensions et les m&mes dispositions que celle de l’ouest. Malheureusement, elle parait avoir ete d’abord detruite, et restauree avec toute sorte de debris, restauration qui l’a complötement defiguree. Il lui reste neanmoins des portions de sculpture parfaitement intactes. L’etage superieur presente de belles colonnes de marbre, veine de rouge et de blanc, qui ne sont nullement & leur place; de toute facon, cette facade est posterieure et inferieure, quoiqu'intacte, A la pr&cedente.

„La facade du nord offre, du cöte de l’est, dix arcades ogivales de 2 mötres 50 d’ouverture, posant sur des chapiteaux corinthiens de forme irreguliere, que supportent des füts de colonnes de marbre blane et rose. Au delä sont des constructions modernes et sans interet.

„La distance entre les deux facades de l’est et de l'ouest est de 87 pas; elles ne sont pas completement paralleles ... . Les deux des qui surmontent les colonnes ornant la fenetre cen- trale de l’etage sup6rieur portent chacun une espece de modillon pere€ d’un trou, et dont la face presente une tete de beuf. Les murs des deux facades ont 75 centimetres d’&paisseur.

„Tout fait supposer que ces facades appartenaient ä deux monuments auxquels se rattachaient des ailes laterales formant une vaste cour interieure. La construction appartient evidemment au style gree degenere. On y trouve, avec de legeres modifications, tout ce qui constitue l’archi- teeture elassique, avec une surabondance d’ornements qui caracterise l’ecole byzantine du IX® au XII® siecle ... . Quant A l’origine de ces constructions, ’hypothese la mieux fondee est de lattribuer A la domination arabe, alors que des artistes grees etajent appeles A la cour des califes. L’opinion, generalement accreditee, que ces monuments ont et& chretiens, me parait completement fausse. Les inscriptions coufiques, l’absence de toute eroix, la disposition des facades, tout indique une origine musulmane.“*”

GARDEN (1857), tom. eit., p. 188: „I visited the Ulu-jami, or great Mosque, which they say was originally a Christian church. It has a sloping roof, covered with sheets of lead, and on each side of the centre building is a wing, thus forming three separate mosques for three of the four sects of Mohammedans (Hanafi, Shafii, Malaki)..... In the front is a large quadrangle, which is entered from the eastward by an archway, above which are carved figures of lions destroying other animals, but rudely executed.‘ At the inner and opposite extremities of this quadrangle, eastward and westward, is a facade, consisting of a double row of columns, one above the other, and ten in number. The capitals of the lower columns are Corinthian, those of the upper are what I should call Saracenie, possibly Byzantine, but handsomely ornamented. Each section of the shafts of the lower columns is of a different coloured marble. Some of these columns, which are quite plain, have two sections, others three. The shafts of the upper

! Signalees plus haut, p. 45. 2 Cette observation est en tout cas trop absolue; voir plus loin, les nos 18 et suiv. > On verra plus loin ce qu'il y a de vrai et ce qu'il y a de faux dans le jugement de l’auteur, pour qui la grande Mosquee, consideree au point de vue de l’archeologie classique, ne pouvait @tre qu’une enigme indechiffrable. D’ailleurs, les dessins qu'il en a publies dans son atlas, pl. XLIl et XLII, sont peu veridiques; voir le recueil D’OPPENHEIN, au 124, et plus loin, p. 53, r.3 et 56, n. 2. * Voir plus loin, au no 24. Amida.

50 (RANDE MosgQtEE.

rows of columns appear to be formed of single blocks; and, although not so high as the lower ones, are each ornamented with traceries of a different pattern carved in high relief, Above the capitals of the lower row of columns at the eastern extremity is a border, consisting of bunches of grapes and vine-leaves. The traceries on the walls between the columns have the appearence of being Saracenic or perhaps Byzantine. Arabie or Cufie inscriptions are introduced at different points ... . At the north-west corner is a small mesjid, for the use of the fourth sect (Hanbali) of Mohammedans .

Fereusson, History of architecture (1567), I, p. 425: „Another building which merits more attention than has hitherto been bestowed upon it is now used as the great mosque at Diar- bekr. Neither its history nor even its date is correctly known; but judging from its style, in so far as it can be made out from such drawings as exist, it seems to belong to the age of Tiridates (236— 324). The palace for such it was originally consists of an oblong courtyard, at either end of which is a building with open arcades in two stories facing one another—as in the palace of the Hebdomon at Constantinople —and between the two, facing the entrance, is the facade of a church standing on the east (south!) side of the court.!

„Lhe prineipal of the two wing-buildings is represented on woodcut 945. The frame- work is of a debased Roman style of architecture, very similar to parts of the buildings of Diocletian or Constantine at Spalato or Jerusalem; but, being far removed from the influence of the capital, the details display a wildness which is not to be found in any contemporary examples in Italy or the further West. The upper range of openings seem to be of the same date with the decorative details, but the lower range of arches look if correctly drawn so much more modern that one cannot help fancying they belong to another age. Till, indeed, the building is examined by some competent person, it must remain doubtful whether what we now see is the re-erection of an older building of the date of the Cufic inscriptions? which cover its walls, or whether all the essential parts are of the date above assigned to it, and the pointed arches and inscriptions subsequent additions. The building is rich, and so interesting that it is to be hoped that its history and particularities will before long be investigated.*’

PuEen& SPIERs, Architeeture East and West, p. 66: „The next building (of Sassanian archi- tecture) mentioned by Fergusson is the so-called palace of Tigranes (lire Tiridates) at Diarbekr, now the mosque of that town, the date of which he places at A. D. 256-342 (lire 324); but, according to Professor Rawuinson, it did not come into possession of the Sassanians until A. D. 359. The remains consist of the facades only of two palaces, the north and south facing one another at a distance of some 400 feet." They seem to me to have been built up of materials taken from some more ancient palace, possibly that of Tigranes, an Armenian monarch, who, in B. C. 74, drove the Parthians temporarily out of Mesopotamia; and, though interesting for the exuberant richness of the carved shafts, capitals, and friezes, and the various peculiar forms of arched openings, they do not add much to the history of Sassanian style. Cufie inscriptions run across the fronts, under the entablature. Here again the ornament which

' For ihe prineipal part of the information regarding this building I am indebted to M. GC. Texırr. He pos- sesses detailed drawings of every part, but they have never been published (note de Fercussoxn; sur les releves de Texıer, voir plus haut, p. 28, n. 1, plus loin, p. 56, n. 2, et la deuxi&me partie de ce livre).

These inscriptions were all copied by Consul Tayror, and brought home to this country. I never could learn, however, that they were translated. I feel certain they were never published, and cannot find out what has become of them (note de Fereussox; en effet, les copies de Tayror, si tant est qu’elles existent, n’ont jamais ete publiees).

® Bien qu’appuye sur des documents imparfaits, le jugement de Fersussox est remarquablement exact; voir plus loin, p. 60 et 66.

* Gette mesure est trop forte et le plan de la cour publie par l’auteur, fig. 25, est peu fidele: voir plus haut, p- 43 et fig. 23. Au lieu de „north and south“, lire „east and west“.

I r ETAT ACTUEL. al

has been applied resembles that which M. Loftus found at Warka, and which is peculiar to the Parthian style.“'

Il faut avouer que ces descriptions jettent bien peu de lumiere sur les origines de la grande Mosqu6e. Laissant ä ce sujet la parole ä M. Srrzysowskı, jaborde l’'histoire de l’edifice sous les musulmans, en coordonnant les inseriptions et les faits tir&s des chroniques.

B. HISTOIRE ET INSCRIPTIONS.

Wägqidi raconte qu’apres la prise d’Amid par les musulmans, l’eglise prineipale de cette ville, dedice a Saint-Thomas, fut partagee: ‘Iyäd en prit les deux tiers pour en faire une mos- quee et laissa l’autre tiers aux chretiens pour l’exercice de leur culte.” Cette premiere mosquee etait-elle Ja grande Mosquee actuelle? C'est probable, quand on songe que la grande Mosquee de Damas e£tait, elle aussi, l’eglise principale de cette ville, dedice a Saint-Jean; que son plan general, on Ta vu, offre des analogies frappantes avec celui de la grande Mosquee d’Amid; enfin, qu’apres la conquete arabe, elle fut aussi partagee entre musulmans et chretiens.’

D’autre part, l’eglise Saint-Thomas de Wägidi pourrait bien etre celle que l’empereur Heraclius fit bätir ou rebätir en 629. En effet, l’eglise d’Heraclius &tait la principale de la ville, comme Saint-Thomas dans Wägqidi, et l’eveque d’Amid & cette epoque s’appelait preeise- ment Mar Thomas.’ Il se peut que l’eglise d’Heraclius, dont les auteurs ne donnent pas le nom, ait ete placde sous le vocable du patron de l’eveque.

Il est vrai que l’eglise d’H£eraclius fut entierement restauree en 770, sous l’episcopat de Mar Aba.° Or, cette indication ne parait-pas s’accorder avec le partage de l’eglise entre musul- mans et chretiens, et voiei pourquoi. On sait que l’eglise Saint-Jean de Damas fut entiere- ment convertie en mosquee et rebätie par le calife omayyade Walid I", a la suite d’un proces demeur& celebre.” Or, cette mainmise du calife sur une eglise que les traites garantissaient aux chretiens n'est pas un fait isole. Walid semble avoir persecute les chretiens syst&matiquement, du moins au dire d’un auteur chretien: „Ce Walid detestait les chretiens et il demolit les eglises. Tout d’abord, il renversa la grande eglise de Damas et bätit A sa place une mosquee. Il fit de möme en beaucoup d’endroits.“” Or, Ja grande Mosquee d’Amid, dont l’origine preisla- ınique ne fait aucun doute, a &tre convertie entierement en mosquee durant les premiers siecles de l’Islam, comme on va le voir. Bien qu’aucun texte preeis ne l’aflirme, il est permis d’attribuer cette operation au calife Walid. Mais alors, il devient diffieile d’identifier la grande Mosquee avec l’eglise d’Heraclius, qui fut restauree, comme sanctuaire chretien, en 770, c’est- ä-dire 55 ans apres la mort de Walid.

' La figure 26, a laquelle l’auteur renvoie iei, montrant l’elevation d’une partie de la facade ouest, n'est pas tres exacte, comparee aux photographies du general pe Bryuıf; voir plus loin, p. 56, n. 2.

® Voir Wägqidi, trad. NieBunr-MoRDTMAnN, p. 108 (sur la valeur de ce livre, voir p. 13, n. 2); ef. Yägqüt, Mu'djam, ed. WüsTEnFELD, I, p. 67.

® Voir les sources citees plus haut, p. 46, n. 1.

+ Voir Denys de Tell Mahre, trad. Cnagor, p. 5; ef. Assemanı, Bibliotheca orientalis, II, p. 102: Rırter, Erdkunde, XI, p. 32.

5 Voir Denys, trad. CHaBoT, p.5 et 7; cf. Assemanı, loc. cit. et p. 48, n. 1, et 57. Faute d’indications preeises, je renonce ä& faire intervenir ici les autres eglises signalees par les auteurs chretiens avant la conquete arabe.

® Voir Denys, trad. CuaBot, p. 96; cf. Assemanı, tom. eit., p. 11&; Rırter, Erdkunde, loc. cit. L’auteur ajoute que les depenses furent faites par l’eveque et l’archidiacre Thomas. Ce dernier nom n’est-il qu'une coineidence, ou faut-il y voir un indice que cette £glise est celle de Saint-Thomas? D’apres Assemanı, op. cit., I, p. 348, la grande eglise d’Amid brüla en 848; est-ce la meme?

? Voir les sources eitees plus haut, p. 46, n. 1.

8 Voir Michel le Syrien, trad. Cuagor, II, p. 481 et pages precedentes; ef. Ibn "Asäkir, dans QuATREMERE, Sultans Mamlouks, I a, p. 265, et Sauvaıne, dans JA, serie, VII, p. 193.

59 (GRANDE MOosQqu&Be.

En resume, nous admettrons provisoirement que l’eglise d’Heraclius est peut-ätre l'eglise Saint-Thomas de Wägidi; que celle-ci, partagee entre musulmans et chretiens, est probablement la grande Mosquee actuelle, entierement convertie en mosquee a une Epoque ulterieure, soit sous le calife Walid, soit seulement sous les Abbassides, si l’on veut tenir compte de la restauration de l’eglise d’Heraclius en 770.!

Le voyageur persan Näsiri Khusrau, qui visita Amid en 438 (decembre 1046), deerit la grande Mosqu6e en ces termes”: „La grande Mosquee est aussi en pierre noire, en sorte qu’il ne peut rien y avoir de plus regulier ni de plus solide. Au milieu de la Mosquee, plus de 200 eolonnes de pierre la soutiennent, toutes monolithes. Sur les colonnes, des arcs sont bandes, pareillement en pierre; au-dessus du sommet des arcs s’elevent d’autres colonnes plus basses que les premieres, et une autre rangee d’arcs sont bandes au-dessus des grands arcs (du rez-de- chaussee). Tous les toits de la mosquee (proprement dite) sont couverts en dos d’äne et la menuiserie et les sculptures en sont artistement travaillees et peintes. Dans la cour de la mos- quee est placde une grande pierre sur laquelle est pos& un vaste bassin de pierre, de forme eireulaire ... Au milieu du bassin se trouve un bee en cuivre d’oü sort en jet une eau claire

„Pres de la mosquee se trouve une eglise d’un travail tres remarquable. Elle est con- struite aussi en pierre et le sol en est couvert de dalles de marbre orndes de dessins graves. Dans cette eglise, a l’entree de la rotonde” qui est le lieu d’adoration des chretiens, jai vu une porte de fer grillee, telle que je n’ai vu nulle part la pareille.

Cette description s’applique-t-elle A la grande Mosquede actuelle? Il est probable que la grande Mosquee de Näsiri s’elevait sur Je möme emplacement que celle d’aujourd'hui, car l’histoire d’Amid ne renferme aucun fait qui justifie le transfert, d’un edifice a un autre, du sanctuaire principal de la ville Si la description de Näsiri ne s’applique pas trait pour trait & l’edifice actuel, c'est qu’une grande partie de ce dernier, comme on va le voir, n’existait pas encore A l’epoque de Näsiri.

Bref, jusqu’a plus ample inform6, je suppose que la grande Mosquee actuelle correspond ä celle de Näsiri, ainsi qua la mosquee primitive d’Amid, preievee sur l’eglise Saint-Thomas, laquelle fut entierement transformee en mosqude A une Epoque inconnue.?

Ibn al-Azragq, l'historien des Merwanides, n’a fourni jusquiici aucun renseignement sur la grande Mosquce, dont les fastes &pigraphiques s’ouvrent A l’epoque precise olı nous avons quitte l’enceinte de la ville.

SELDJOUKIDENS.

18. Sultan Malik-shäh,. 454 H. Du cöte sud de la cour, bandeau sur le mur exterieur de la nef laterale nord de laile ouest de la mosqude propre. Ce bandeau part de l’angle sud- ouest de la cour, a la hauteur de l’entablement du rez-de-chaussee de la facade ouest, passe

Sur la photographie reproduite pl. VII, la grande Mosqu6e est appelee Saint-Theodore; c'est sans doute une erreur. Saint-Theodore est une eglise armenienne situce plus a l’est, au sud de la cidatelle, en © du plan, fie. 1.

2 Ed. Scherer, p. Sen bas. Je modifie un peu la traduction de l’editeur, p. 28, pour serrer le texte de plus pres.

> Jignore iei le sens exact de tdrim, que SCHEFER traduit par „sanctuaire surmonte d'une coupole*“. Le contexte semble indiquer quil s’agit du choeur; c'est done, soit l’espace central et eirculaire voüte en coupole, soit l’abside voütee en berceau ou en cul-de-four. Sur färima „porche en bois“, voir A. NöLnere, Das Heiligtum al-Husains in Kerbelä, pP. 1S >.

* Dans les capitales et sous la pression des evenements politiques ou religieux, le siege de la grande Mosquee a pu eire transfere d'une mosquee a une autre; pour le Caire, voir un exemple dans CZA, I, p. 190. Mais dans une ville de second rang, et surtout d’origine antique, le titre de grande Mosquee reste naturellement attache au vieux sanctuaire munieipal, tour ä tour temple, eglise et mostu6e,

° Peut-&tre apres Näsiri seulement, puisqu'il signale une &glise „pres“ de la grande Mosquee; mais le mot persan nezdik est trop peu preeis pour qu'il soit permis d’en inferer que cette eglise etait dans le meme ddifice.

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SELDJOUKIDES, 5:

au-dessus des sept baies qui donnent jour dans cette nef et s’arrete vers le bord de la petite face nord du sanctuaire." Le texte a ete retabli sur deux photographies qui n’en donnent cha- eune qu’un fragment detach6, laissant deux lacunes importantes, la premiere vers le milieu de linseription, la deuxieme vers la fin. Mais les baies visibles sur les photographies forment des points de repere suffisants pour fixer la longueur approximative de ces lacunes.” Beau cou- fique fleuri; grands caracteres, d'un style admirable, rehausses de riches rinceaux dans les champs (pl. VII). Inedite.”

Alam z N 0 Se al (1) y\ A| ee deu (Angle sud-ouest de la cour)

xls Lil ar el ja) da RS aan (2) a Le) San na ob . environ 16 mots entre les erochets ... OMo | &r Ex (3) ce ) als) Ne al bsy) A ra EN IN NA EL [äl el (m

fi eNl li Sb (6) Js el5 s,>9 An All el>l > u en ©: NR DEL.E

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(?) int (?) a ä 3 (7) [environ 10 mots entre les crochets ... Real Le ur Ame „ei

. ... A ordonne de faire ceci le sultan magnifie, le tres grand roi des rois, le seigneur des rois des nations, le maitre des Arabes et des Persans, Mu“izz al-dunyä wal-din, Djaläl al-daula, Abu I-fatlı Malik- shäh, fils d’Alp-arslän ..... qu’Alläh fasse durer son sultanat! Sous le gouvernement du vizir, du seigneur tres majestueux, Sharaf al-din “Amid al-daula, la couronne des vizirs, Abü Mansür Muhammad, fils de Mu- hammad ibn Djahir, qu’Alläh fasse durer ses jours! Et ce travail a eu lieu par les mains du juge tres distingue, Abü Nasr Muhammad, fils de ‘Abd al-Wähid ... En l’annde 484 (1091—92).

Le protocole ressemble beaucoup A celui du 17, date de 485. D’apres le reperage des photographies, la premiere lacune renferme un passage important que je ne puis restituer sur les ns 16 et 17.2

Le gouverneur, dont le nom est introduit par les mots wiläya, comme dans les inscrip- tions precedentes, est ce fils de Muhammad ibn Djahir que les auteurs, d’accord avec l’inscrip- tion, appellent le vizir Sharaf al-din “Amid al-daula Abü Mansür Muhammad et qui gouverna le Diyar-Bekr depuis la fin de 482 jusqu’ä la fin de 484, c’est-A-dire entre Abü ‘Ali al-Hasan, nomme dans le 16, et Abu l-barakät Djahir (Djuhayyir), nomme dans le 17.° Quant au

' Voir plus haut, p. 45 et pl. VII.

® Dans le texte suivant, les chiffres 1 & 7 indiquent les points l’inscription passe au-dessus de la clef des arcs des sept baies, qui sont &quidistantes. Ces chiffres representent done, non des divisions naturelles du texte, mais des jalons destines a relier les deux fragments et ä fixer la longueur des lacunes, detail important pour le commentaire historique. Ne pouyant exposer iei les operations minutieuses sur lesquelles repose ce reperage, je prie qu’on veuille bien me ceroire sur parole.

® J’en ai publie un court fragment dans le recueil n’Orrexkeim, no 124B, d’apres un dessin de H. ve Heır, atlas, pl. XLII. Ce fragment appartient bien ä l’inseriplion no 18, quoique le voyageur russe, plus artiste qu’arche- ologue, l’ait combine, dans son dessin, avee un morceau de la fagade ouest; j’ai dejäa signale, p. 49, n. 3, le manque de preeision des belles planches de son atlas.

* Peut-&tre des noms de plus dans la genealogie de Malik-shäh, peut-tre des eulogies.

5 Voir plus haut, p. 41. ‘Amid al-daula vecut avec son pere a Bagdad, l’assistant dans sa charge de vizir du calife, auquel il servit souvent d’ambassadeur aupres du sultan. En 471, il lui suceeda comme vizir en titre. En 476, il quitta son poste et se rendit avec son pere ä la cour de Malik-shäh, qui le chargea de conquerir Mossoul, tandis

54 GRANDE MOsQuEE.

Juge charge des travaux, son identification ne saurait &tre douteuse, puisque Muhammad ibn “Abd al-Wähid figure comme juge dans les n°s 16 et 17, c’est-A-dire avant et apres la date du 15. La deuxieme lacune, evalude A environ 10 mots, renferme encore quelque titre de ce personnage, peut-etre madjd al-qudät, comme dans le 17.

La date a et€ lue, non sans peine, sur la petite photographie (reproduite pl. VIII). “Amid al-daula n’ayant gouverne le Diyar-Bekr que de 482 a 484, l’annde 484 est certaine, car le chiffre des unites, bien qu’indistinct, n’est en tout cas ni un deux, ni un trois.!

Ainsi, la Mosquee a &t& restaurde sous le regne de Malik-shäh, en 484. De quelle partie de ledifice s’agit-il au juste? De l’aile ouest tout entiere, ou de sa nef laterale nord, ou seule- ment du mur qui porte l'inscription ? Celle-ci ne le dit pas preeisöment et il est diflicile de suppleer a son silence. En effet, ce mur porte, sur toute sa longueur, des joints peints en blane qui trahissent une reparation beaucoup plus recente que celle de Malik-shäh; en outre, l'absence de tout caractere architeetural ne permet pas de juger si l’inseription forme un tout organique avec la facade ou si elle n’est qu’un simple hors d’@uvre.?

INALIDES.

Les Seldjoukides avaient divise leur vaste empire en provinces gouvernees par des hommes de leur choix. Mais cette unite politigue n’etait qu’apparente et de toutes parts allaient surgir de nouvelles dynasties locales, rattachees au pouvoir central par des liens de vassalit6, sous un regime feodal dont l’etude reste A faire. Amid allait, elle aussi, tomber aux mains d’une de ces familles d’atabeks reconnaissant la suzerainet& des grands Seldjoukides et, plus tard, celle d’un de leurs successeurs en Perse, en Mesopotamie ou en Asie Mineure, ou celle des Ayyou- bides, jusqu’au jour oU suzerains et vassaux seront balayes par la tourmente moneole.

Nous avons laisse Amid en 485, sous le gouvernement d’Abu l-Hasan, petit-fls de Muham- mad ibn Djahir.” La m&me annde, Malik-shäh mourait et son fils Barkyäruq montait sur le tröne. Abu l-Hasan quitta le Diyar-Bekr et ses administres, las d’offrir leur hommage au nou- veau sultan, trop occupe d’autre part pour songer A eux, s’adresserent ä son oncle et rival Tutush, le frere de Malik-shäh. En 486, Tutush occupa le Diyar-Bekr et le fit gouverner par un oflieier ture appel& Toghtekin.* En 488, ä la suite d’une revolte contre le lieutenant de ce dernier, Tutush remit Amid ä son fils Dugäq,” auquel succeda un oflicier turcoman du nom d’Inäl.“ Ce dernier y fonda une de ces dynasties locales dont je viens de parler, qui pos-

que son pere et son frere Za'im al-daula s’emparaient du Diyar-Bekr. En 482, il fut nomme& gouverneur du Diyar- Bekr; en 484, il quitla ce poste pour reprendre celui de vizir du calife. Il fut depose en 492 (ou en 493) et mourut en prison la ım&eme annee. Il avait epouse la fille du celebre Nizam al-mulk; voir Ibn al-Azraq, dans AmEDRoz, p. 150=.; Ibn al-Athir, index, notamment X, p. 41, 74s., S3, 87, 124 et 203; Bundäri, index, notamment p. 36, 50s., 75s.; Ibn Khallikän, Ill, p. 281, 256; Ibn Shaddäd, fo 62 vo.

! Sur celte photographie, qui m’a permis de jalonner le texte, on distingue, dans le chiffre des unites, ce petit ornement, en forme de croix de Malte, qui caracterise la bouele du *‘ain final dans les inseriptions en coufique fleuri, a Amid, et qui assure ici la lecon & „quatre‘. Elle est d’autant plus certaine que je m’y suis arrete avant de connaitre, par les chroniques, l’&poque du gouvernement de “Amid al-daula.

> CH. plus loin, p. 62 et 68.

® Voir plus haut, p. 41.

* Le m&me qui fonda, dix ans plus tard, la dynastie des Atabeks de Damas; voir Ibn al-Azraq, dans AmEnRoZ, p. 152; Ibn Shaddäd, fo 63 ro,

> Ce nom figure, non dans l’extrait «’Ameproz, p. 152, mais dans l’original, Br. Mus. Or. 5803, fo 152 r0.

® Voir Ibn al-Azraq, dans Amepnoz, p. ldls. Ce nom, eerit ol, est sans doute le möme que Jul; cl: 3109 et Shall. D’apres une autre version du meme auteur, Br. Mus. Or. 6310, fo 95 v0, suivie par Ibn Shaddäd, Oxford,

3odl. Mars 333, fo 121 v0, et Berlin, ms. eite, fo 77 vo, Amid, ä la mort de Tutush, passa äa l’emir Sädar (?), puis A

son frere Inäl; cf. Ameproz, p. 152, n. 3.

INALIDES. 55 seda Amid de pere en fils, durant quatre generations, jusqu’a la conquete de Saladin. Ces dynastes, qui s’allierent par des mariages aux Ortokides de Mardin, ont passe jusqu’iei presque inapergus, parce qu’on n’a publi€ aucune monnaie frappee ä leur nom et que les chroniques arabes les plus connues n’en parlent qu’ineidemment et dans des termes fort obscurs. Il est done indispensable de resumer ici, sous la forme d’un tableau genealogique, les renseignements, puises ä des sources connues ou inedites,' sur une dynastie que les splendides facades de la grande Mosquee d’Amid viennent de reveler ä l’histoire et que je demande la permission de baptiser du nom de son fondateur, le Turcoman Inäl.

INALIDES D’AMID.

(2) Sädar(?) Inäl, vers 490 Fakhr al-daula Ibrahim Nadjm al-din Ilghäzi nomme en 493 et 500, 7 en 503 Ortokide de Mardin [LT nm Sa‘d al-daula Daldi Yumnä khätün Husäm al-din Ten 536 epouse llaldi Timurtäsh I Djamäl al-din Shams al-mulük Mahmüd Safıyya (var. Daifa) khätün succede A son pere en 536, depossede par Saladin en 579 epouse Mahmüd en 542.

Mais les Inalides tomberent & leur tour sous la tutelle d’une puissante famille qui leur fournissait leurs vizirs et dont l’anc£tre portait le nom de Nisän. Cette famille, restee jusqu'ici dans l’ombre, a cöte des Inalides, merite, elle aussi, d’etre rendue ä l’histoire, pour la part qu’elle a prise & la construction de la grande Mosquee plutöt que pour son peu glorieux röle politigue. Voiei, d’apres les m&@mes sources,’ le tableau genealogique des Nisanides.

NISANIDES D’AMID. Nisan | Ahmad

| Mu’ayyid al-din Abü “Ali al-Hasan ibn Ahmad deja maitre effectif d’Amid en 536, f en 55l en

Djamäl al-daula Kamäl al-din Abu 1-Qäsim ‘Izz al-daula Abü Nasr “Ali ibn al-Hasan, nomme en 543, suc- nomme en 542, prend possession d’Egil? cede a son pere en 551, vivait äge en 573 en 551, f en 565 Bahä’ al-din Mas’üd, suceede ä son pere Asad al-din vers 575, chasse par Saladin en 579 succede A son pere a Egil en 565.

19. Inalide Ilaldi et sultan Muhammad I”. Vers 510 H. On a vu que la facade ouest porte deux longs bandeaux d’inscriptions courant sous les entablements du rez-de-chaussee et du premier tage. Celui du rez-de-chaussee est coupe, par les chapiteaux des colonnes, en neuf compartiments correspondant aux neuf travees. Ces compartiments, numerotes ici de 1& 9, sont tous visibles sur l’une ou l’autre des photographies dont je dispose, mais quelques frag- ments sont detruits ou entierement frustes et une partie du compartiment 6 est invisible sur les photographies du general ve BeyLır, les seules qui permettent de lire sürement le texte. Cette derniere lacune, comme celles du 18, est provisoire et pourra ötre comblöe par de

! Ces sources ont et@ analysees dans le recueil p’ÖrrexHEım, au no 124, auquel je me borne ä renvoyer ici; voir aussi Ibn Shaddäd, fos 64 et 77 vo, et Ibn al-Qalänisi, ed. Ameproz, index A Amid, Ibrahim, Aikaldi, ete.

2 Voir la note precedente,

® Sur celte ville forte, situ&ee a 30 kilometres au nord-ouest d’Amid, voir les sources citees dans le recueil D'ÖPPENHEIM, p. 95, n. 2.

56 (GRANDE MosquEE, nouyeaux releves (cf. p. 57, n. 6). Une longue ligne du m&öme type; memes caracteres, d’un

style plus riche qu’au 18 (pl. IX a XI et XIII). Inedite.?

(?) s\a [() has e) ... environ 3 mots detruits, puis 3 mots frustes] ... Al. (1) era) ya EAN En (3) | >, a‘) ch Syyaälly (?) äu (2) @) He]

ws x EAU ) Iyer Fi N 5 AU ei zz Je Alla el Asa) An

N (?) ds Are slaals ar oki. ala> 3] (6) la al ri nl a el» e (3) Snelalls AN DEAL cab LA) MD SLE zul oa tb] 7) AL ey zul Rr gr I A SH null er nu es Ba el»:

« (?) lu [5 & 10 mots frustes]

A ordonne de faire (?) cette magsüra oceidentale (?) et la magsüra decouverte l’emir tres majestueux, le sejgneur assiste d’Alläh, vainqueur, Fakhr al-din, Sa’d al-daula, l’öclat de la religion, la beaut& de la nation, ’ausiliaire du royaume, la puissance des emirs, Abü Mansür Ilaldi, fils d’Ibrahim, le glaive de l’&mir des eroyants, qu’Alläh prolonge son existence, sous le rögne du sultan magnifie, du tres grand roi des rois, du maitre des nalions, qui tient les nuques des Arabes et des Persans, Ghiyäth al-dunyä wal-din, le roi de l’Islam et des musulmans, Abü Shudjäa® Muhammad, fils de Malik-shäh, l’associ6 de l’&mir des eroyants. Et cela a eu

lieu par les mains (?) du juge tres distingue ..... En l’annee 5

La lacune du compartiment 1, bien que definitive, a peu d’importance et peut ötre com- blee approximativement d’apres les autres inscriptions. Du dernier mot, on ne voit guere que

le groupe go; je restitue geil, al-magsüra, on va voir pourquoi. Le premier mot du com-

partiment 2 est un qualificatif du mot preceedent. La lecon proposde n'est pas tres distincte; elle m’est plutöt suggerce par le 22, olı la facade „est“ est appeldce al-shargiyya; on peut en inferer quicı, la facade „ouest* est appelee al-gharbiyya. Les mots suivants al-magsüra al-makshifa yparaissent hors de doute. Le parallelisme des n°® 19 et 22 exigerait de lire ici al-suffa al-gharbiyya (?) wal-magsüra al-makshüfa, comme la-bas al-suffa al-shargiyya wal- magsüra al-ulyi. Bien que cette solution soit tres tentante et que, paleographiquement, le

mot Azol|, al-suffa, se rapproche du groupe 2, je crois quil faut y renoncer, car, dans ce groupe, le wi est tres distinet et ne peut en aucun cas Ätre pris pour un fd.

' La planche XIII donne la vue generale de la facade d’apres une photographie du baron p’ÖrPENHEIM; les planches IN a XI donnent une serie de details, d’apres les photographies du general pe BeyLie.

2 en ai publie un court fragment dans le recueil D’OPPENXHEIM, no 124 A. Dans son atlas, pl. XLII, H. or Herr donne de cette facade une gravure tres belle, mais peu fidele, ou la position relative des facades nord et sud est renversee: voir le recueil D’OPPENHEIM, pP. S7, n. 3, et plus haut, p. 49, n. 3. Parmi les details de la möme facade que l’auteur reproduit a la pl. XLII figure un fragment d’entablement dans lequel il a introduit arbitrairement quelques mots du no 18; voir plus haut, p.53, n. 3. On trouve une petite vue de la facade ouest dans SCHLUMBERGER, Niclphore Phocas, p. D13, et ve Bevruie, L’habitation Dyzantine, p. 55, d’apres une photographie de M. Cnaxtre. Dans son memoire sur l’architeeture des Sassanides, paru dans les Transactions of the R. Institute of British architects, VI, p. 43, el dans Architecture East and West, p. 67, M. Pnex& Spiers a donne l’&pure d’une partie de la facade ouest, sans indieation de provenance. Ce dessin, qui parait assez libre, compar&e aux photographies, provient sans doute des releves inedits donnes par Texıer ä la bibliotheque du R. Institute et parmi lesquels se trouve la copie informe de quelques fragments d’inscriptions; cf. plus haut, p. 28, n. 1, et 50, n. 1.

InALıDeEs. 51

Des lors, il faut croire que la facade ouest est designee deux fois par le terme de maqgsüra,

dont je parlerai au 22. Les mots al-magsüra al-gharbiyya (2) s’appliqueraient ä la facade en general et les mots al-magsüra al-makshüfa viseraient plus specialement le premier etage „ä ciel ouvert“; tel est le sens technique de makshüf.‘ Or, on a vu que le premier etage de la facade ouest est, en eflet, A ciel ouvert. Il est vrai que cet etage peut n’avoir pas et acheve ou que sa couverture peut s’etre effondree, comme semble l’indiquer l’aspect ruine de la fagade. Mais le terme de makshüf „d&couvert“, certainement choisi A dessein par le redacteur de linserip- tion, me fait croire que, dans l’intention du constructeur, cet etage devait @tre une galerie & ciel ouvert, quelle qu’en füt la destination preeise, comme l’etage superieur des arenes antiques.”

L’Inalide qui figure iei au premier rang est celui que les auteurs appellent Sa’d al-daula Aikaldi ibn Ibrahim. Les inscriptions 19 et 20 les confirment en tout point, sauf en ce qui concerne le nom propre de ce prince. Les manuserits donnent plusieurs variantes de ce

nom; la plus frequente est Sl qui represente un nom ture regulierement forme: aji-gäldı

„la lune est venue“.® Cette lecon tres satisfaisante n’est pas confirmee par l’epigraphie. Dans le

19, le nom est un peu fruste, mais la lecon RN est appuyee par les trois repliques des 20, 21 et 22, qui sont parfaitement distinctes. Le fondateur s’appelait done, non Ai- kaldi, mais llaldi, c’est-a-dire en ture il-aldi „il a pris le pays“; ce nom, bien que peu usuel, figure aussi dans la literature arabe du moyen-äge.° Les autres titres et surnoms d’llaldi sont conformes ä la titulature des dynastes du XII® siecle; jy reviendrai a propos du 20.

Le protocole qui suit celui d’Ilaldi offre deux lacunes. La premiere, au compartiment 6, correspond ä une solution de continuite entre deux photographies du general DE BEYLIE; mais ce passage n'est pas fruste, car on en distingue les caracteres sur la photographie du baron D’ÖPPENHEIM et il est facile de le restituer sur la replique du 20.* La deuxieme lacune, au compartiment 7, est passablement fruste, mais le 20 fournit aussi les elements de sa resti- tution, bien qu'ils y soient combines dans un ordre different. Il s’agit ici du sultan seldjoukide Muhammad I, fils de Malik-shäh, dont les surnoms Ghiyäth al-din et Abü Shudjä’ et le titre gqasim amir al-mu’minin sont deja eonnus par les monnaies et par les auteurs.‘

! Le verbe kashafa signifie aussi „enlever le toit d’un edifice*, du moins a la Il® forme; voir Dozy, Supplement.

* En effet, si le toit avait disparu plus tard par aceident, l’inseription ne renfermerait pas ce terme. Une ex- ploration permettrait seule de verifier le fait. Le sommet de l’entablement du premier etage est couvert d’herbes folles et de nids de eigognes et je ne puis y distinguer l’amorce d’une couverture queleonque. Les toits a tuiles ereuses qu’on voit sur les photographies appartiennent ä des masures modernes blotties entre les colonnes de la facade, comme celles qui s’abritaient dans toutes les ruines antiques. ll y avait deja des eigognes a Amid au XII* siecle; voir Michel, trad. C#agor, III, p. 212.

> Cf. ai-dughdi, kai-gäldi, ete., dans Houtsma, Ein türkisch-arabisches Glossar, p. 34s. et 29 du texte arabe, et

RapLorr, Versuch eines Wörterbuches der Türk-Dialekte, passim. Les autres variantes, SHAbl, N Ib ete., ne sont que des fautes de copie, si frequentes dans les noms propres peu usuels.

* Le no 22 donne la variante sl, sans l’alif, mais bien avec un /äm en troisieme place; cette lecon figure

aussi dans Ibn al-Azraq, Brit. Mus. Or. 6310, fo 122r0, et Ibn Shaddäd, fo 77 vo (eerit Gb).

5 Voir Hourswa, op. cit., p. 29 du texte: (SA, expliqu& par l’arabe ul Js-|;ck. p. 30: ga explique par l’arabe E

* Restitution confirmee, au dernier moment, par les photographies de l’expedition allemande d’Assur.

Pour les monnaies, voir Laxe-Poorre, CBM, III, nos 678. Pour les auteurs, Räwandi, dans JRAS, 1902, p. 585, 604; Bundäri, p. 88; Ibn Khallikän, III, p. 232; Abu I-faradj, trad. Bruxs, p. 289, 305; Hamdalläh, trad. Gastın, p. 247s.; Laxe-Poore, Dynasties, p. 153, etc.

Amida,

[21

\ (GRANDE MOosQUEE.

On remarquera que son protocole, introduit probablement par les mots fi daula, comme dans le 20, ne vient qu’apres celui de son vassal Ilaldi. Ce detail, insignifiant en apparence, trahit la decadence profonde qui suivit, pour l’empire seldjoukide, la mort de Malik-shäh. Dans les n°® 16, 17 et 18, le protocole de Malik-shäh occupe le premier rang; c'est le sultan qui donne l'ordre de construire et qui le transmet A son vizir, dont le protocole est introduit par les mots fi wiläya. lei et dans le 20, le dynaste a pris la place du sultan. La seule mar- que de deference qu'il temoigne encore & son suzerain est dans les mots fi daula „sous le rögne de“, remplagant les mots fi wiläya „sous le gouvernement de*, qui introduisent, dans les inscriptions de Malik-shäh, le protocole de son vizir. Ce renversement de l’ordre hierarchique joue un röle important dans l’Epigraphie de la grande Mosquee d’Amid et j’y reviendrai a propos des 20, 21, 22 et 24.

Le nom du juge charge des travaux est illisible sur les photographies; bien quil paraisse assez fruste, il n’est peut-etre pas definitivement perdu, Ce juge pourrait bien ätre “Abd al- Wähid ibn Muhammad, nomme comme intendant des travaux dans le n®° 20. Enfin, lin- sceription se termine par une date; bien qu'illisible sur les photographies, elle existe certainement. En effet, les derniers mots sont &erits sur deux petites lignes superposdes, suivant une mode assez frequente dans l’epigraphie mesopotamienne; or, ces deux lignes renferment toujours une date." Iei, on peut la fixer & peu pres; voici comment.

Le sultan Muhammad parut sur la scene politique vers 490. En 492, son nom fut pro- clame pour la premiere fois a Bagdad, mais jusqu’en 498, il eut pour rival redoutable son frere Barkyärug.” Un traite, conelu entre les deux fröres en 495, donnait a Muhammad une partie de l’empire, y compris le Diyar-Bekr, mais avec le simple titre de roi (malik), celui de sultan etant reserve a Barkyärug. Un nouveau traite, conclu en 497, confirmait ä Muhammad la possession du Diyar-Bekr.” L’inseription peut done remonter a l’annde 495; toutefois, la pre- sence des titres sultaniens les plus eleves me fait croire qu’elle n’est pas anterieure a 498, date de la mort de Barkyäruq, & la suite de laquelle Muhammad resta le seul maitre et sultan de l’empire, jusqu’en 511, date de sa mort. D’autre part, linscription du premier etage portant, on va le voir, la date 515 et l’examen de la facade indiquant qu'elle a ete elevee d’un seul jet, il parait probable que la construction du rez-de-chaussee n’a precöde que de peu d’anndes celle du premier etage; on ne peut done se tromper beaucoup en lui assignant la date ronde 510. L’ecart de quelques annees entre les deux etages s’explique soit par limportance et la richesse de la facade, soit par une interruption momentan‘de des travaux & la mort de Muhammad.

A quelle occasion ce travail fut-il entrepris? Vers cette epoque, un incendie detruisit la grande Mosquee d’Amid.* Ibn al-Azraq, generalement bien informe, ne consacre qu’une ligne & cet aceident, quil place en 513. Matthieu d’Edesse le met en 508-09 (1115—16) et le deerit comme un feu vengeur, descendu du ciel contre les peches des musulmans, qui devora l’edifice de fond en comble. Bien que son style ampoul& n’inspire qu’une medioere confiance et que son recit soit evidemment exagere, puisque Ja Mosqude a conserv& des restes importants d’une epoque anterieure, la date qu'il assigne A lincendie est plus vraisemblable que celle donnee par T'historien musulman. En effet, il est bien tentant de voir dans ce (desastre la cause de la

' Voir plus loin les nos 20 et 27, et Lemmanx-Haupt, Materialien, Arab, Inschriften, n05 2, 3 et 4.

° Voir Bundäri, p. 82s.; Ibn al-Athir, X, p. 194s.; Ibn Khallikän, II, p. 233; Abu I-fidä’, IL, p. 222s.; Ibn Khaldün, V, p. 22s.; Hamdalläh, p. 241s.; Mirkhond, trad. Vurvers, p. 139s.; DEFREMERY, Recherches sur le regne de Barkiarok, dans JA, 1853, passim; Weir, Chalifen, I, p. 143s.; Tewsım, CMO, IV, p. 56, n.1.

Voir Ibn al-Athir, X, p. 226, 254; Abu I-fidä’, II, p. 225, 227; Abu I-faradj, ed. SarHanı, p. 343; Ibn Khaldün, V,p. 27, 32; Sibt ibn al-Djauzi, ed. Jewert, p. 6 et passim; Mirkhond, trad. Vurrers, p. 142=.; Pricz, Mahommedan history, Il, p. 361; Weir, Chalifen, III, p. 146s.; Hammer, G@emäldesaal, V, p. 93.

* Voir Ibn al-Azrag, Br. Mus. Or. 5803, fo 161 ro; Matthieu, trad. DurAurıer, p. 291, et dans Hist. arm. des crois., 1, p. 114, 614; cf. le recueil p'OrrENHEIM, p. 97.

INALIDES. 59 refection totale de la facade ouest. Or, le sultan Muhammad etant mort ä la fin de 511, l’in- cendie devrait ötre anterieur d’au moins une annce au travail signe de son nom.

La fin de l'inseription renferme peut-&tre le nom de l’architecte, qui figure ä cette place dans l’inscription du rez-de.chaussede de la fagade est, 22.

20. Inalide Naldi et sultan Mahmüd I”. 515 H. Le bandeau du premier etage, qui regne au-dessus des chapiteaux, est coupe, par les des en saillie qui les surmontent, en neuf compartiments, numerot6s ici de 1 A 9, correspondant aux neuf travees. Mieux conservde que celle du rez-de-chaussde, cette inseription renferme peu de parties frustes. En reyanche, le texte suivant offre deux lacunes: la premiere, au compartiment 6, provient d’une solution de conti- nuite dans les photographies;' la deuxieme est au compartiment 8, entierement masque par l’auvent de toile d'une masure blottie entre les deux colonnes de cette travee. Une etude sur les lieux permettrait sans doute de combler ces lacunes. Une longue ligne du meme type; mömes caracteres (pl. IX a XI et XIII; ef. plus haut, p. 56, n. 1). Inedite.

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A ordonn& de faire ceci l’ömir tres majestueux, le marechal Fakhr al-din Sa’d al-daula, l’eclat de la religion, la noblesse de la nation, la couronne des rois, la puissance des emirs, Abü Mansür Ilaldi, fils d’Ibrahim, qu’Alläh fasse durer sa royaute, sous Je regne du sultan magnifie, du tres grand roi des rois, qui tient les nuques des nations, du maitre des Arabes et des Persans, de l’aide des serviteurs de la religion, de l’auxiliaire du calife d’Alläh, Mughith al-dunyä wal-din, du roi de I’Islam et des musulmans, Abu l-Qäsim Mahmüd, fils de Muhammad, fils de Malik-shäh, la main droite de l’&mir des eroyants. Et cela a eu lieu par les mains de celui qui a besoin de la misericorde d’Alläh, Abu I-fatı (2?) ‘Abd al-Wähid, fils de Muham- mad, l’annde 518 (1124— 35).

Le protocole d’Ilaldi” oflre quelques variantes A celui du 19, notamment ce titre düsfah- salär „marechal“,' qui ne figure pas lä-bas; on peut en conclure qu’llaldi l’a recu entre les annees 510 et 518. Um autre indice de son avancement, c’est l’eulogie adima alläah sultänahu, remplacant l’afäla allah bagaahu du 19.

! Elle est comblee, au dernier moment, par les photographies de l’expedition d’Assur.

? Sur ce titre, voir plus haut, p. 38, n. 4. Dans la regle, il est eerit „\2:al% ; la variante sl; lalt n'est pas une faute du lapieide, mais plutöt une forme primitive de ce mot, avec le pluriel persan en & long.

3 (e nom est &crit distinetement SM]; voir plus haut, p. 57, n. 4.

Sur ce titre, voir CIA, 1, p. 452, 640 s.; III, p. 64, n. &; cf. le recueil pD’ÖPPENHEIM, p: 97, n.2:

> Dans l’epigraphie de cette epoque, on trouve souvent des eulogies renfermant le mot sultän (ou saltuna), bien qu’elles s’adressent ä des dynastes qui ne portaient pas le titre de sultan; voir Leumans-Haupt, Materialien, Arab. Inschriften, nos 3 et 9, et plus haut, nos 8 et 11. Je traduis alors ce mot par „royaule“, et non „sultanat“.

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60 (RANDE MosQUEE.

Le sultan dont le protocole, introduit par les mots fi daula, fait suite a celui d’Ilaldi, n'est pas le grand Seldjoukide Mahmüd, qui regna peu de temps en Perse, apres la mort de son pere Malik-shäh, mais le premier souverain de la branche de I'Iraq, Mahmüd ibn Muham- mad, qui regna de 51l a 525, ä Bagdad et en Me&sopotamie, pendant que son oncle Sindjar gouvernait la Perse.' Les surnoms personnels que lui donne l’inscription sont deja connus par les auteurs et les monnaies, auxquels j’emprunte en outre le titre yamin al-mı minin, vestitue dans le compartiment 8.” Comme dans liinseription preceedente, le suzerain nominal n'est nomme qu’apres son vassal et ce detail, loin d’etre au hasard, exprime une nuance diplo- matique intentionnelle et fort instructive.

L'intendant des travaux, ‘Abd al-Wähid ibn Muhammad’, est sans doute le fils du juge Muhammad ibn al-Wähid qui figure au m&me titre dans les n°15, 16 et 17, et le petit-fils du juge ‘Abd al-Wähid ibn Muhammad, charge des travaux dans les 13 et 14. Cette famille de magistrats, olı les noms de Muhammad et de “Abd al-Wähid alternent de pere en fils, est un exemple de la persistence des traditions locales, dans la magistrature, & travers tous les changements politiques.* Enfin, la date est bien conservee et parfaitement lisible.”

Ainsi, la facade ouest, le morceau le plus riche de la grande Mosquee d’Amid, a ete com- mencee par llaldi, sous le sultan Muhammad, vers 510 au plus tard, et achevee par lui, sous le sultan Mahmüd, en 518. Ces indications sont d’autant plus pröcises que les bandeaux qui les portent ne sont pas des surcharges plaquees, apr&es coup, sur une fagade antique, pour rap- peler quelque insignifiante reparation. Ils font corps avec la facade et l’on peut affirmer que celle-ci, dans son ensemble, est un produit de la premiere moitie du XII® siecle. Mais il ne faut pas en conclure que tous les elements qui la composent ont 6t& erees de toutes pieces A cette epoque; au contraire, il n'est pas douteux qu’une partie de cette admirable decoration ne soit d’origine beaucoup plus ancienne M. Srkzycowskı nous donnera sans doute le mot de cette curieuse enigme; je me borne A signaler encore, dans cette composition d’un caractere unique, quelques details evidemment contemporains des inscriptions.

On a vu que les neuf arcades du rez-de-chaussce sont tantöt en arc brise, tantöt en anse de panier. Leur archivolte est richement moulurde suivant un profil qui rappelle bien plus le moyen äge que l'antiquite; cette impression s’accentue A l’examen des petits motifs sculptes sur la clef de plusieurs de ces arcs: ici, une lampe de mosqude, de type arabe; lä, deux triangles entrecroises, formant une etoile A six pointes, dite sceau de Salomon, ete. Au-dessus de l'arcade de la travde centrale est sculptee une tete de taureau encadröe dans un petit me- daillon, vue de face et tenant un anneau dans sa gueule. Deux tötes pareilles, mais sans cadre

! Voir Bundäri, p. 119s ; Ibn al-Athir, X, p. 367 a 471, passim; Ibn Khallikän, III, p. 337; Abu I-fidä’, II, p. 240 a Ill, p.5: Ibn Khaldün, V, p.45 a 57; Sibt, ed. Jewert, p. 43 a 85; Hamdalläh, ed. Ganrıs, I, p. 2735s.; Mirkhond, trad. Vurrers, p. 1735.; Wein, Chalifen, IL, p. 21&s.

° Pour les monnaies, voir Laxe-PooLe, CBM, Il, nos 77s.; Tewnıp, CMO, IV, no 91; pour les auteurs, Räwandi, dans JRAS, 1902, p. 585, 857; Bundäri, p. 119; Ibn Khallikän, III, p. 337; Hamdalläh, I, p. 273; Mirkhond, p. 173: Laxe-Poone, Dynasties, p. 154. Bien que la fin du mot Es soil cachee par la saillie d’un.de, il faut lire ainsi, conıme sur les monnaies et dans les auteurs, et non Bas) (confirme& par les photographies de l’expedition d’Assur). Il est vrai que sur les monnajes nos 77 et 78 de Londres, Lane-PooLe a lu es. Mais dans les nos suivants et dans Tewnıp, Zoe, eit., ou l’on nous montre des monnaies, frappees aux noıns de Sindjar et de Mahmuüd reunis, sur les- quelles figurent ces deux surnoms en «al-din, il est clair que celui en maizz se rapporte a Sindjar et celui en mughith, a Mahmüd. Des lors, sur les monnaies n0s 77 et 78, ou bien le surnom en muizz se rapporlte aussi A Sindjar, ou plutöt il faut lire mughith au lieu de mu‘izz, ces deux mots offrant une grande analogie graphique.

Sa kunya n'est pas distinete; au lieu de „al >) peut-ötre ZaJl o1.

ee Er ° Ch. un exemple analogue chez Ameproz, dans JRAS, 1908, p. 419. ° Le chiffre des centaines est grav& au-dessus des deux autres; cf. plus haut, p. 58, n. 1.

INALIDES. 61

et sans anneau, sont sculptees, en fort relief, au sommet des des qui surmontent les deux eolonnes encadrant la travde centrale du premier tage. Je chercherai plus tard le sens de ces emblemes, qu’on retrouvera sur la fagade est et sur la porte d’Alep, me bornant ici ä noter leur caractere medieval.

21. Nisanide al-Hasan et Inalide Mahmüd. 550 H. Du cöte sud de la cour, bandeau sur le mur exterieur de la nef laterale nord de l’aile est de la mosquee. Ce bandeau, qui fait pendant au 18, commence pres de l’angle de la petite face nord du sanctuaire, passe au- dessus des sept baies qui donnent jour dans cette nef et se termine A l’angle sud-est de la cour, & la hauteur de l’entablement du rez-de-chaussee de la facade est. Le texte suivant a ete retabli sur quatre photographies qui n’en donnent chacune qu’un fragment detache, lais- sant entre elles deux lacunes importantes, l’une au debut, l’autre vers la fin. Mais les baies visibles sur les photographies forment des points de repere suflisants pour fixer la longueur approximative des lacunes.! M&öme type; me&mes caracteres, admirablement conserves et plus riches que ceux des inscriptions precedentes (pl. XII). Inedite.

1 & 2 mots (2) 10812 mots ... do ll Al Jen A Aal AL N... Al

do) del de al cine äldleke Sl Ne dl Al gel SFT IN ad el N [environ 10 mots (5) 1A 2 mots] (9) 6 Als Sl as All ans Seeds AI! el as ir bo &lliy algel zen all Al el euzll zul m (6 Gr Ay

. (angle sud-est de la cour) ars Sl Aa -Ulls ans Cr Ge fi (7) Sur

A ordonne de faire ceci..... pour gagner la faveur d’Alläh, al-Hasan, fils d’Ahmad ibn Nisän, qu’Alläh ale piti& de qui implorera sa pitie pour Jui, et cela sous le regne de notre maitre l’&mir, le marechal tres majestueux, le seigneur grand, l’assiste d’Alläh, le vainqueur, le savant, le juste, Djamäl al-din wal-daula, l’eelat de )’Islam et des musulmans, le bonheur de la religion, le soleil des rois (Shams al-mulük) et des sultanser 2.2. Mahmüd, fils d’Daldi, l’aide de l’&mir des eroyants, qu’Alläh fasse durer son regne et donne la vietoire A ses auxiliaires! Et cela (a eu Jieu) en l’annee 550 (1155—56). Le charg6 des travaux est Aidoghdi, fils de “Urwa(?), et T’architeete, Hibatalläh, de Gurgan.

L’ordre de construction, provisoirement perdu dans la premiere lacune, emane du Nisanide al-Hasan, qui fut vizir des Inalides Ilaldi et Mahmüd et mourut en 551, une annee apres la date de cette inscription.” Le personnage dont le protocole, introduit par les mots fi daula, fait suite au sien est l’Inalide Mahmüd, qui succeda a son pere Ilaldit en 536 et posseda Amid

! Dans le texte suivant, les chiffres 1 a 7 indiquent les points l'inseription passe au-dessus de la clef des arcs des sept baies et representent iei, comme au 18, de simples jalons destines ä relier les fragments et A fixer la longueur approximative des lacunes, en vue du commentaire.

2 Cenom est peu distinct; paleographiquement, la lecon 235 semble possible, mais ce vieux nom arabe ne s’accorde guere avec le nom ture Aidoghdi.

® Voir p. 55, la genealogie des Nisanides. L’eulogie vahima alläh indique peut-&tre que l’inscription ne fut

redigee qu’apres la mort de Hasan; toutefois, cette eulogie s’adresse aussi ü des vivants; ef. plus loin, p. 65, n. 4.

' Ce nom est &crit distinetement SM; voir plus haut, p. 57, n. 4, et 59, n. 2.

62 GRANDE MOSQUEE.

jusqu’en 579.1 Il porte ici le titre isfahsalär, donne A son pere dans le 20, et les surnoms Djamäl al-din et Shams al-mulük, qu’on retrouve dans les chroniques.” Une partie de son protocole est comprise dans la deuxieme lacune, qui s’arr&te heureusement avant le nom propre.

La r@daction du protocole jette un jour curieux sur la situation politique des maitres d’Amid & cette epoque. En premiere place figure le vizir; c'est lui qui fait bätir et bien que son nom, par une reserve sans doute intentionnelle, ne soit accompagne d’aucun titre, c'est Jui qui commande A son maitre nominal; malgre ses titres pompeux, l’Inalide n’occupe que le se- cond rang. Son protocole est pr&ecede des mots fi daula, les m&mes qui, dans les 19 et 20, precedent le protocole des sultans seldjoukides Muhammad et Mahmüd. En 550, e’etait un fils de ce dernier qui rögnait en Iraq.” Mais les maitres d’Amid, s’ils reconnaissent encore sa su- zerainete, ne songent m&me plus & lui rendre hommage dans leurs inseriptions. Voila done la deuxieme phase du renversement hierarchique signal& A propos des n°®19 et 20. Lä-bas, c’etait le dynaste qui avait pris la premiere place, celle du sultan dans les inscriptions seldjoukides, et relögud celui-ei & la seconde, celle du vizir. Ici, c’est le vizir & son tour qui prend la pre- miere place, relegue le dynaste ä la seconde et supprime le nom du sultan. Les 22 et 24 montreront les phases suivantes de cette evolution.

Apres la date, qui est tres distincte, linscription nomme encore lintendant des travaux, qui porte un nom turc bien connu, enfin l’architeete, dont l’ethnique est &erit distinetement

al, sans doute «al-gurgäni „originaire de Gurgan‘. Il existait alors au moins trois localites 3 gun

de ce nom: la ville situ6e au sud-est de la Caspienne et deux autres, moins importantes, l’une dans le Fars, l’autre pres de Kirmanshahan.* D’apres Yägqüt, le nom de la premiere s’ecrit

obs, Djurdjän, la forme „s%“, Gurgän, etant reservee aux deux autres;? de fait, la plupart des auteurs arabes l’ecrivent ainsi. Mais les regles orthographiques de Yäqüt ne sont pas toujours d’accord avec la langue du moyen äge ou la prononeiation locale* Quoiqu'il en soit, l’architecte etait persan, peut-etre de naissance, en tout cas d’origine. Ce fait, important pour Uhistoire architeeturale de la Mosquee, souleve une question que j’ai deja posee A propos du 18: A quelle partie de l’edifice se rapporte l’inseription? Ici encore, aucun document ne m’autorise A repondre avec preeision.

Dans les deux tympans inscrits entre les arcs des baies 3, 4 et 5, sous le bandeau, sont creusdes deux niches flanquees de colonnettes A füt chevronne et couronnees d’une coquille a neuf cötes (pl. XII). Sur le linteau droit de la baie 4 sont sculptees de petites niches et quel- ques ornements d’un style grossier. Tous ces motifs, qui presentent des analogie de style et de facture avec ceux de la porte de Kharput, me paraissent remonter ä l’epoque abbasside. Si tel est le cas, cette partie de la Mosquee n’a pas ete entierement refaite sous les Inalides. D’autre part, les joints blancs qui sillonnent la facade trahissent une restauration beaucoup plus recente. Cette absence d’unite architecturale enleve aux inscriptions 18 et 21 une partie de leur valeur archeologique; en effet, il n’est pas possible de juger si ces inscriptions, comme celles des facades est et ouest, datent la facade sud en faisant corps avec elle.”

ı Voir p. 55, la genealogie des Inalides, et plus loin, p. 72.

® Voir Ibn al-Azraq, Br. Mus. Or. 5503, fo 170 r0, 172 vo; Ibn Shaddäd, Zoe. eit.

» Voir Lane-PooLe, Dynasties, p. 154 et table genealogique des Seldjoukides.

'‘ Sans parler de la ville du Khwarizm appelee Gurgandj ou Djurdjaniyya, dont il ne peut guere etre ici question, car on attendrait alors le relatif gurgändji ou djurdjäni

° Voir Yägqüt, Mu’djam, IV, p. 261; Mushtarik, p. 371 (tous deux ed. WüsTEnFELD); BARBIER DE MeynaRd, Die tionnaire geographique de la Perse, p. 481.

6 Voir mes Notes sur les croisades, tir. a part du JA, p. 22.

° Voir plus haut, p. 54 et plus loin, p. 68.

INALIDES. 63

22, Nisanide ‘Ali et Inalide Mahmüd. 559 H. On a vu que la fagade est, comme la facade ouest, porte deux longs bandeaux courant sous les entablements du rez-de-chaussee et du premier etage. Le premier regne au-dessus des chapiteaux et, comme au premier etage de la facade ouest, il est coupe, par les des en saillie qui les surmontent, en neuf compartiments (numerotes de 1&9). Mais ici, les des ne sont pas tous an&pigraphes: sept d’entre eux portent, sur leur face anterieure, quelques caracteres de l’inseription. Le texte suivant, retabli sur trois photographies, renferme plusieurs lacunes. Le compartiment 1 est presque entiörement fruste et tout le compartiment 4 a disparu pour faire place & une inseription moderne en vers.! Ces deux lacunes sont definitives, mais il est facile de les combler, de meme que les deux petites lacunes de la fin, qui proviennent de l’insuflisance des photographies et ne sont que provi- soires. Une longue ligne du m&öme type; m&mes caracteres, un peu plus sobres que ceux du 21 (pl. XIITA XV). Inedite.?

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