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AVIS
L'Académie n'accepte aucune solidarité relalive aux opinions émises dans le Recueil de ses Actes.
Rordeaux. Imprimerie d. (iOunouilhou, rue Giiiraiidr, 11.
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L'ACADÉMIE
KilTIONALE
DES SCIENCES. BELLES-LETTRES ET ARTS
DE BORDEAUX
L'AcatWmi*' «W RorUoimx a ("ii cubllc tiou» le i^irnc «1« I^uis XIV, itar kttni^pot'.-iitc^ «hi 5 .«'pn-inltrc 1712
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PARIS
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1877
LETTRES GRECQUES
DB
J.-C. SCALIGER A IMBERT
PUBLIÉES, TRADUITES ET ANNOTÉES
PAR REINHOLD DEZEIUERIS
C'est une note de M. Léonce Couture qui m'a révélé rcxistencc à Leyde de deux lettres de Jules-César Scaliger à Gérard-Marie Imbert.
L'excellent rédacteur de la Reviie de Gascogne me priait, il y a quelques mois, d'user de mes bons rapports avec M. W.-G. Pluygers, le docte bibliothécaire de l'Université de Leyde, pour en obtenir communication. Avec l'autorisation de M. Pluygers, M. W.-N. du Ricu, conservateur de la môme Bibliothèque, voulut bien les faire transcrire par M. Hartmann. Je les publie (*) sur cette copie, après avoir fait collationner de nouveau par M. du Rieu certains passages qui me paraissaient suspects.
J'adresse aux trois savants hollandais l'expression de ma vive gratitude pour tous leurs bons offices.
Ces deux lettres ont été écrites par Scaliger en 1557,
(I) Ma traduction, communiquée à M. L. Couture avant l'impression (lu texte, doit être utilisée par lui dans un appendice à son étude sur Imbert, appendice qui paraîtra dans la Revue de Gascogne,
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à roccasion des vers grecs que le jeune Imbert avait faits à son éloge (*).
L'illustre érudit habitait alors Agen. Imbert, qui était de Condom, et, par suite du voisinage, lié anciennement avec Scaliger, se trouvait à Paris, où il terminait, sous Daurat, ses études littéraires. Sur la recommandation de Scaliger, il était entré dans Tintimité du savant J. de Maumont (*), qui surveillait alors, chez Vascosan, l'impression du livre de Scaliger contre Cardan (Exoteri- carum exercitationum liber xV"" de Subtilitate^ ad H. Carda- num), ouvrage qui parut en cette même année 1557.
Le 44 et le 15 mars 1557 (^), Maumont, malade, écrivait, de l'imprimerie même, une lettre dans le post- scriptum de laquelle il annonçait à Scaliger que Daurat et Imbert venaient de lui faire remettre des vers grecs destinés à être imprimés en tôle du volume, et il ajoutait quelques mots sur les sentiments d'estime que les deux hellénistes professaient à l'égard de celui dont ils venaient de chanter les louanges dans l'idiome d'Homère (*).
(i) Ces vers, avec la traduction que j'en ai faite, ont été réimprimés à la page 98 du volume des Sonnets cxotériques d'imbert, publié avec tant de soins par M.Tamizey de Larroque. Je les reproduis ci-après, p. 27.
(2) Cest ce qui me paraît ressortir de cette phrase d'une lettre de Maumont à Scaliger (p. 246 des Epistolce J.-C, Scaligeri) : « ... Imbcrtus tuus, nuncquCj beneficio tuo, totus noster, » — Sur Jean de Maumont, voyez la note de M. Tamizey de Larroque, ouvrage cité, p. 76.
(3) J'ai cru un moment que cette date du i5 mars impliquait le millésime de i358; mais le volume contre Cardan, qui était alors sous presse, porte un achevé d'imprimer de juillet 1557. Il résulte de cela que Maumont faisait commencer l'année au i^ janvier, appliquant par anticipation la réforme établie six ans plus tard par l'ordonnance de Roussillon (i563).
(4) « Id autemfecerunty aller [Daurat], ut benevolentiam erga te suam, tuorumque operum admirât ioncm toti mundo testificaretur ; alter porro [Imbert], ut vetercm suam tut observantiam atque amorem magis ac magis patefaceret et confirmaret. » (Extrait de la lettre de Maumont imprimée par Dousa parmi celles de Scaliger, p. 243 et suiv. Quant au post'Scriptum resté inédit, on en trouvera le texte plus loin, p, 34.)
C'est à cette occasion que Scaligcr prit la plume pour pemercier Imbert; il est possible qu'il en ait fait autant à regard de Daurat; mais la pensée que ce dernier lirait probablement la lettre écrite à son jeune disciple a pu être pour quelque chose dans l'emploi qu'il fit de la langue grecque, emploi qui était d'ailleurs une manière gracieuse de se mettre à l'unisson de ses panégyristes.
Cette circonstance, cette singularité si l'on veut, a peut-être été la cause de la non -insertion de ces deux pièces dans le recueil des lettres de J.-C. Scaliger, qui fut publié par François Dousa, en 4600 (*).
Sans doute, il serait difficile d'admettre que quelques pages de grec eussent pu paraître un épouvaiitail aux lecteurs hollandais de cette époque. Daniel Heinsius, précisément alors, saisissait volontiers les occasions de faire des dédicaces en dorien (*); le fils de Scaliger s'exerçait avec amour à mettre en ver^ grecs des vers latins, et Dousa même, bien que plus spécialement latiniste, ne reculait pas non plus devant le grec; mais la publication du recueil do ces lettres a été faite avec une négligence si manifeste, le désordre règne tellement d'un bout à l'autre du volume, qu'il faut bien admettre que ni Joseph Scaliger, ni Dousa n'ont surveillé de près l'impression. Ils se seront probablement contentés de livrer des copies à l'imprimerie Plantinienne, et, pour éviter de plus grandes causes d'erreurs, ils en auront
(1) Dousa, dans sa préface, conslaïc qu'il a recueilli la plupart de ces lettres pendant un voyage en France. Il dit en avoir tiré aussi quelques unes des papiers de J.-C. Scaliger, conservés par son fils Joseph. Je pense que celles que je publie ici proviennent de cette dernière source. Elles ont toute l'apparence de copies autographes, et les passages dont j'ai eu le fac-similé présentent les a et les y très caractéristiques fournis par le spécimen de l'écriture de Scaliger, dans l'atlas du Théocrite de Gail.
(2) Il dédiait ainsi son Théocrite, en 1604, à Paul Choart de Buzanval, auquel Dousa avait dédié, en 1600, le recueil des lettres de J.-C. Scaliger.
distrait les épîtres grecques, qui devaient d'ailleurs intéresser un nombre de lecteurs beaucoup plus restreint.
Quoi qu'il en soit, ces deux épîtres paraissent être restées inédites (*), et cette circonstance fortuite rnc permet aujourd'hui do fournir un utile complément à l'excellente édition des Sonnets d'Imbert, publiée par M. Ph. Tamizcy de Larroque, et à la curieuse notice consacrée à cet auteur par M. Léonce Couture.
J'ajoute que ces pages, fort remarquables comme manifeste d'indépendance intellectuelle, offrent un intérêt particulier pour l'histoire des études grecques. Si l'on examine, d'une part, l'aisance du langage et la précision des termes, si Ton songe qu'en 1557 les dictionnaires grecs complets faisaient défaut (^), on reste profondément surpris de la force de volonté de ces hommes de la Renaissance, qui, sans autre secours que la lecture, l'application et \Ti sagacité, parvenaient à une possession aussi intime de langues anciennes. Il suffit de lire la seconde de ces lettres pour constater, à ses répétitions, qu'elle n'a point été le produit d'une préparation prolon- gée; or, depuis Budé, je ne vois guère que le bon Coray qui eût su improviser ainsi d'utiles conseils à la jeunesse de son temps. Il l'aurait Mt en un style moins imagé et
(i) J'apprends par M. du Rieu que Schclhorn, dans les vol. VI et VHI de ses Amccnitates Litterarice, a publié quelques parties du recueil des papiers de Scaliger conservé à Leyde. Je ne suppose pas toutefois que les épîtres à Imbert arent trouvé place dans cette publication, que je n'ai pu consulter. — J'apprends aussi, au dernier moment, que, dans ces mêmes papiers, se trouvent encore deux lettres grecques de Scaliger le père, écrites Tune à son fils Sylve, l'autre à Muret. Je me propose de les faire imprimer plus tard, si le public accueille avec intérêt celles que je lui oflVe aujourd'hui.
(2) Le lexique, fort estimable, de Robert Constantin ne parut qu'en i562. L'auteur était l'ami et peut-être le disciple de Scaliger. Je ferai remarquer que c'est une longue épître grecque qui sert de préface a son livre.
plus volontairement Tacile et doux (*), mais non, ce me semble, avec une plus ample connaissance des ressources de la langue.
Je sais bien qu'en y regardant de très près, on peut trouver en ces lettres certaines incorrections de détail; maïs ce qu'on ne saurait contester à celui qui les a écrites, c'est une intelligence rare, un sentiment profond des allures de la phrase grecque. Il sait, lorsqu'il le veut, étendre et nuancer sa pensée au moyen de ces enlace- ments prolongés dont Paul-Louis Courier faisait ses délices; mais il semble posséder surtout le secret des habiles groupements de particules, qui rendent le laco- nisme expressif et lui communiquent le relief et l'élan.
Malgré une vive boutade contre Platon, on voit que Scaliger doit au sublime penseur plus qu'il ne veut bien le dire. Le tour de ses deux lettres, leurs formules et jusqu'à leur vocabulaire, trahissent mainte fois le souvenir direct de Platon et l'influence de cette parole pleine à la fois de puissance et de charme qui est une des gloires immortelles de l'esprit humain. Seulement, à la grâce vague de l'idéaliste, Sqaliger a substitué la précision un peu raide et brusque de Tobsorvatcur, le réalisme du savant : en cela, il tient de ses auteurs favoris, Aristote, Théophrastc et Galien.
Au milieu de ces grands hommes et parlant tout à coup leur langue, notre grand érudit se montre sous un aspect nouveau; et, merveilleux effet de rinflunneo grecque ! la
ii> Je songe, en disant cela, aux prolégomènes en grec nioJerne qui accompagnent les divers volumes de la Bibliothèque grecque de Coray, cl j'engage le lecteur philhellène à comparer aux lettres de Scaliger quelques-unes de ces pages pleines de sens élevé qui, sans viser à la grandeur, touchent et imposent la sympathie. (Voir notamment les prolégomènes des volumes contenant le Gorgias de Platon, la Morale d'Aristote et les Entretiens d'Kpictcte par Arrien.)
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rudesse ordinaire de sa personnalité se trouve un instant radoucie par la délicatesse de son hellénisme.
Ce testament philosophique et littéraire dut être d'ailleurs le chant du cygne. A bout d'une vie toute remplie de pensée et d'action, vie dont il était fier à bon droit, le puissant vieillard mourait à Agen, en 1558, laissant à son temps des regrets dont Esticnne de La Boëtie se fit le touchant interprète, et léguant à l'avenir un fils continuateur de sa gloire : celui qui allait être Joseph Scaliger.
IKAAANOr EniiTOAAI
LETTRES DE SCALIGER
l'2
I
SCALIGER A IMBERT
Que Dieu te donne, très glorieux jeune homme, de bien penser et de bien faire, à toi qui montres des lumières au-dessus de ton âge et au-dessus de la mesure habituelle de ton pays. Ton âge, tendre encore, a été fortifié par l'application à la sagesse, tandis que, ton pays, les richesses et le dérèglement qui en est la conséquence le jettent trop souvent dans une voie où tout est sophistication de la vie. Reçois donc mes plus grands, mes plus sincères remercîments pour les éloges que tu m'as adressés. Tout ce qu'il me reste à souhaiter, c'est d'être un jour, aux yeux des autres, tel que tu m'as dépeint. Mes travaux, en effet, ces travaux que tu admires, ils sont sans utilité pour le plus grand nombre, et ils doivent déplaire aux habiles. Aux yeux de la foule, la sagesse n'est pas la sagesse, et, pour les doctes, les nouveautés de doctrine sont autant de vanités et de sottises. Certes, les enseignements du savoir antique sont, d'une façon générale, l'objet de mon admiration, de mon respect; mais ne semble-t-il pas que leurs dissidences entre eux et leur incompatibilité soient de nature à ouvrir les yeux à quiconque n'est pas aveuglé pas une insouciante confiance? En effet, comme la nature a organisé nos sens de façon à nous permettre de fuir les dangers du mal et de poursuivre les avantages du bien, elle a de même disposé les facultés intellectuelles à l'égard de ce qui fait le malheur ou le bonheur suprêmes. C'est pourquoi il faut tout soumettre à l'examen, mais non d'une manière nonchalante
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et irréfléchie, et ne rien embrasser avec une sorte d'adulation scrvile. Que les anciens nous imposent un frein, cela ne doit pas être, à mon sens, et, je le dis hautement, cela serait déraisonnable. Qu'ils nous servent, au contraire, d'aiguillon, comme le sont les prix de la lutte, dans la recherche de la vertu et du savoir. Du moins, voilà les principes que j'ai sans cesse devant moi et sous mes yeux. Je n admets donc pas qu'il soit d'un homme bien né de se méconnaître, en se réduisant aux rôles subalternes, et suis bien convaincu que le travail, la réflexion, ennemis de l'insouciance, sont les coryphées, les grands acteurs de toute vertu. Adieu!
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II
SCALIGER A IMBERT
*
SALUT
Jusqu'ici j'avais été frappé de la vigueur de ton esprit heureusement doué; je suis stupéfait à présent en voyant combien il est difficile. Tu pouvais, tranquillement et non sans plaisir, prêter l'oreille à tout le bien que l'on disait de toi, et qu'on disait, je pense, avec assez de grâce : quelle mouche t'a donc piqué, mon cher, pour te faire attifer une apologie inutile, en prenant à partie et châtiant vertement, comme s'il t'eût joué u» mauvais tour, celui-là même qui, loin de penser à mal, s'appliquait à faire ton éloge? Enfin! il est clair que j'ai perdu ma peine, et que la gratitude est déjà évanouie.
Or çà, parce que j'ai dit que tes pensées et tes œuvres étaient au-dessus de la mesure habituelle de ton pays, voilà que tu m'opposes Hérodote disant que les régions douces et fertiles ne produisent pas les hommes de valeur. D'abord, ce n'est pas Hérodote qui pourrait me persuader, moi qui ai beaucoup et profondément observé les rapports des choses en vue de la vérité. Une sentence ne suffit point, pour convertir, à elle seule, un homme sensé. Hérodote, lui, n'en est pas un : il n'est qu'un artisan de futilités; son mot est un mot en l'air et le fait n'existe pas. En vue de ce qui touche le plaisir de l'oreille, notre homme épanche un flux de paroles sortant de la plus douce de toutes les sources; mais, ce qui convient réellement à l'histoire, il ne s'en soucie et va son train, s'admirant bravement tout seul. Son
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II
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raisonnement ici n'est qu'un corpuscule sans âme, et les choses, dans la réalité, ne vont point de la sorte. En effet, les- hommes et les plantes n'ont pas la même origine. Les bouches des arbres se trouvent développées dans l'intérieur de la terre ^ et elles en tirent la nourriture nécessaire pour vivre et produire des fruits; c'est pourquoi Platon les appelle des animaux tenant au sol; mais la véritable nourriture de l'homme n'est pas ce qui passe par sa bouche; nous ne sommes point, en un mot, ce petit sac, cette outre que tu vois. La pensée, voilà le seul, le véritable homme, et la bouche de l'âme* sans cesse affamée, altérée des choses d'en haut, a été placée vis-à-vis d'elles par la nature, et précisément à l'inverse de ce qui se voit chez les plantes.
Et d'ailleurs, la force, la fermeté, le courage, sont choses tout autres que bien penser et écrire avec talent. Or, à mon avis, c'est ceci même qui est ton partage à toi, mon bel ami, tandis que cela est le lot de ta patrie, dont tu prétends dans ta lettre te faire le champion contre ma franchise. Mais encore semblc-t-il que tu t'en vas plaidant, sans traiter la vraie question. La Gascogne n'est point un pays doux, que je sache, ni absolument fertile, et même la plus grande partie de son territoire ne l'est nullement : ici il en va d'une façon, et ailleurs d'une autre ; mais, dans l'ensemble, c'est une terre maigre, sablonneuse, propre à la culture du millet, du sorgho, mais inhabile, en particulier, à la production du froment. Ce n'est pas la grasse fécondité de ce terroir qui pourrait aYnoUir ceux qui l'habitent, sa rudesse serait plutôt susceptible de les rendre vaillants, comme nous voyons que cela a lieu en réalité. Les Gascons, en effet, de l'aveu de tous, sont d'excellents hommes de guerre; moi, j'incline même à croire qu'ils sont les premiers parmi les Français pour le fait des armes. Quant au reste, ils sont inférieurs, que ce soit naturel, volonté ou habitude qui les prive de tels avantages. Voilà pourquoi je maintiens ce que j'ai écrit dans ma lettre, où il est dit, si j'ai bonne mémoire, que
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tu es plus attique qu'on ne l'attendrait d'un Gascon. Mais Jtoi, tu as embrouillé ce qui était si clair. Tu ne sais donc pas que, dans la nature, il y a des germes qui restent inféconds, tandis que l'habitude se développe, par suite d'une série d'actions, à côté de la nature, ou même contre elle? Admettons que le naturel de ton pays soit apte aux lettres, autant que tu voudras, et plus encore; mais cette habitude-là, où la trouves-tu, je te prie, chez tes compatriotes? Toi, mon enfant, toi, le fils d'un père distingué, grâce à une forte nourriture, après t'être assimilé les qualités natives du terroir, tu es parti, loin de tes jeunes camarades, et t'es élancé bien en avant à la recherche de la culture la plus accomplie, laissant à ceux-ci les vulgaires dons de nature, revendiquant pour toi la conquête du mérite personnel qui fait la supériorité, et réservant ainsi pour ta part, dans le domaine infini du beau (lequel est caché comme le sont les plus précieux trésors), tout ce qui est nécessaire pour le vrai bonheur. Tu as ainsi laissé derrière toi tous ces malheureux, destinés seulement à maugréer un jour contre le sort.
Mais patience, s'il te plaît, un instant encore, et causons ensemble en amis et tranquillement.
Est-ce que, par hasard, tes compatriotes ne sont pas tous des désœuvrés, passant entièrement leurs jours et leurs nuits à divaguer dans les tavernes, ou à courir le Palais, armés de leurs sacs de procès? Et qu'y trouve- 1 -on dans ces sacs-là, bon Jupiter, et vous tous Dieux qui* tenez les balances de la Justice? On y trouve toutes choses pleines de déloyauté, pleines d'outrages. Quels mensonges! quelles imprécations! quels accrocs à la justice! quelles gangrènes du bien! quelles plaies de la paix! quelles morts de la concorde chrétienne I D'autres, sans être des suppôts de l'ivrognerie (et disons, si tu veux, qu'ils ne boivent même pas de vin), n'en vont pas moins gaspillant leur temps, trésor divin, gaspillant leur intelligence, don de Dieu, pour jouer
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aux dés ou se livrer à d'autres dissipations. Oui! voilà ce qu'ils font, ceux-là, tandis que tu étudies. Eux, par suite de leur folie, cessent d'être des hommes, tandis qu'en marchant vers la sagesse tu t'inspires de Dieu! Qu'y a-t-il donc de commun entre toi et tes Gascons, mon ami, si ce n'est la vue du même soleil? Et s'il leur arrivait d'en être privés, de ce soleil, du même coup ils deviendraient aveugles, tous tant qu'ils sont, et traîneraient leur vie dans les ténèbres. Pour toi, au contraire, le vrai soleil brillera à jamais; jamais sa clarté ne s'obscurcira, car celui-là brille par lui-même, et, seul, il est le commencement et la fin de tout.
Et voilà ce que je disais sur ta patrie, moi qui, en ce débat, me vois obligé maintenant de me défendre contre celui dont j'avais fait de si pompeux éloges. Eh bien! oui, je l'ai dit, mais sans le proclamer pourtant sur les toits. Je n'envie pas vos biens, mon cher, non, en vérité. Et qu'aurais-jc à faire de vos biens ou de quoi que ce soit dont vous me supposez dépourvu? J'ai l'habitude de n'envier que ce qui en vaut la peine; or, ici, loin qu'il y ait chose digne d'envie, il n'y a au fond rien du tout.
A mes yeux, la vie ne peut avoir qu'un but, auquel conduisent deux chemins, deux chemins étroits : c'est le bonheur par la vérité et par la vertu active. Tout le reste, pour moi, n'est que bourbier et erreur : ma vie en est le témoignage. C'est aussi dans cet esprit que je t'ai particulièrement félicité de ton application aux nobles études, et à mes exhortations tu as répondu que j'avais bien fait d'aiguillonner un homme déjà en train de courir.
Pourtant, je ne voudrais pas que les spéculations de Platon envahissent ton esprit au point de l'effacer sous un tas de chimères. Quelle singulière idée as-tu d'aller te nicher dans son Ile des Bienheureux! Etait-il donc d'un homme sage ou d'un juge sérieux de proposer en prix, après la mort, à ceux qui ont le mieux vécu, ces jardins épicuriens que nous n'avons même pas jugés dignes de notre recherche ici-bas?
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Ce n'est pas nous qu'il pourrait prendre à ces sophismes, à ces images enfantines, bonnes pour des bambins, pour des femmelettes amoureuses de futilités, lorsqu'il nous plante complaisamment des arbres, des bois sacrés tout couverts de fleurs, produisant deux fois l'an des semences, des fruits de toutes sortes, au bord de ces eaux délicieuses qui bouillonnent sans jamais tarir. Et pourquoi, du même coup, n'avoir pas préparé des couches, aménagé des repos et, par Mercure! des prytanées pour s'y loger? Car si les fruits sont nécessaires pour refaire ce qui s'est décomposé, dissous, évaporé, le reste le serait tout autant, pardieu !
Pour moi, vois- tu, il est depuis longtemps une autre attente qui l'emporte sur ces niaiseries d'aussi loin que le ciel est distant du chaos : la réunion suprême avec le premier auteur des choses, active identité se concentrant en soi et poursuivant sans effort son évolution infinie, supérieure à tout, égale seulement à elle-même et pareille pour l'éternité. Adieu !
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Tzat^i Ttoù yjvaioxç ûd^^Trâdeo't, dévdftoc i:po(fvzsv(ùV vm akcrn loo d^L'fiBakrt èv iisrîoiç (ùpon^ (féffovza Tiavfj'nspiiiav xai vocpLapTiicc» r,%i ïJaTwv yh)y.é(ày «êwaovç ' dvaêpddtiç. T«' 5'cù xoù xÀcvat ÛTréorpfovTO xac dvctnau'kat avvhzavzo tloli^ Wi zcv E^LiTjy, Ttpvraveîa iç zo xaTaXùecv; édv y dp xapTci dvocyxaîGi su ZG dvûtztOévai zo ovaiwOev, ii iiaXvOév^ r, eçarfxyjOeVj io5
E]Ejt5« it a^XoL ftiri TzpovzéOrtj îtsoy cifpavcç «Tri x*^^> ^teŒTyîxe, zo7g\jzgv tcccûtcuç toùç /ïî^ouç aTreXf^TTovra* dxopoç za'jz6zY,ç pLSzd 7:p(ùZGv irifitcijpyo'j èv iccvzip o^jiXyîçOeîd'a, xoù ûcysv nèvov aneiptùç [ieza7Zpe(fcixévT,j a7râvrû)v [lèv zpeîzzb^v no Twv âfXX(k)V, «uT^ Se ddialeiTtZ(»}i hin zt '/.où G(ioix. Eppcoo"©.
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NOTES
Page i3 : *0 IxaXavi;. Voilà un article qui ne manque pas de signification. Il est li» pour rappeler au petit cadet de Gascogne rinsigne honneur qu'il a d'être loué par le seigneur de l'Escale, que dis-je? par Jules-César des princes délia Scala.
P. i3, ligne i : Aoiyj 6 Heé;. Formule Homérique. Iliade, i, i8. , P. i3, ligne 2 : lIpâTteiv xaXo);. Je sais que cet accouplement de mots forme un idiotisme dont le sens est un peu différent de celui que je donne. Mais on verra plus loin (p. 17, 1. 10, et p. 22, 1. 87) que Scaliger prend ces mots dans leur sens isolé ordinaire, comme l'a fait d'ailleurs Arisiote, cité dans Thésaurus d'Henri Estiennc.
P. 1 3, 1. 3 : "Eti aira).r,. Imbert, né en i53o, avait alors environ vingt-sept ans. L'expression est donc un peu forcée; mais Scaliger envisage surtout l'âge de la souplesse et de la perfectibilité des facultés intellectuelles.
P. i3, 1. 3. Il vaudrait mieux lire k'ppoKai. Scaliger a ajouté à cette forme le 7 euphonique que les Attiques et en général les écrivains modernes ont introduit au parfiiit passif dans un assez grand nombre de verbes (voyez Fischer, Sur la Grammaire de Weller, II, p. 402-403). M. Alexandre, dans la onzième édition de son Dictionnaire grec, et M. H. Congnet, dans son Manuel des verbes irréguliers, enregistrent encore le parfait £ppco«T|xai.
P. 1 3, 1. 5 : lo^îCîiv. Bien que l'emploi de l'actif ne soit pas sans exemple, «Tofîî;£<iOai serait d'un meilleur emploi en c passage, si i\\i moins il a bien le sens que je lui ai donné.
v)7
P. i3, 1. 7. V^oici cet cloge de Scaliger par Imberl :
napOlvo; ovaa xa^Tj, Tcavra; eçeu^e yâfjLov;* TxOta Ss fxa'J;iXâxat ^t^jilii^ Tjcivav àoiSoi,
TO'jvexa xai ?ccK[jL7caiv ^'cv^^a TaOtot nêXei. l'eivato yâp «^6 Aib; xlxvov çiXov 'ATpuTuivr,,
MaïaSo; f,5uX6yw wai5\ iiiytiia yâjioi;- £r<T'ouv TpiTct)vi; féxev, eô Trâtep, o'jti yt ^«Oaa
eî Tciiv ôv |Jir,Tir,p (fxTiflre TravroÔar,.
k 1^ fîllc prcfcrce de Jupiter, la sage Minerve, malgré Tcclat de sa jeune beauté, repoussa tout hymen. Voilà ce qu'ont rechanté sans cesse et mensongèrement ces radoteurs de poètes : et c'est ainsi que de pures faussetés sont en crédit de par le monde. I^ fille chérie du maître des Dieux, cette infatigable Miner\'e, t'enfanta, ô Scaliger! s' étant unie d'amour à Mercure, le fils éloquent de Maia. Or donc, si la déesse sortie du cer\'eau de Jupiter te donna le jour, il n'est point surprenant, maître vénéré, qu'une mère pareille ait doué son enfant de la science universelle. »
P. i3, 1. 19 : 'Ev 5uMC£u(j£i. Il faudrait lire : SwiiEia.
P. 14, 1. ai : KévTpa. Ce rapprochement et cet emploi figuré de ■/aÀivéç et de xsvtpov se trouvent dans Longin (Du Sublime, 11^ 2).
Cf. J,-C. Scaligeri Epistolœ, p. 35 et suiv. — 11 est intéressant de voir comment Jules-César Scaliger et André Chénier se sont rencontrés dans ce programme d'indépendance intellectuelle. Chénier a dit {Invention, vers 91) :
Quoi ! faut-il, ne s'armant que de timides voiles. N'avoir que ces grands noms pour nord et pour étoiles, Les côtoyer sans cesse, et n'oser un instant, Seul et loin de tout bord, intrépide et Hoitant, Aller sonder les flancs du plus lointain Nérée Et du premier sillon fendre une onde ignorée ? Les coutumes d'alors, les sciences, les mœurs Respirent dans les vers des antiques auteurs : Leur siècle est en dépôt dans leurs nobles volumes. Tout a changé pour nous, mœurs, sciences, coutumes: Pourquoi donc nous faut-il, par un pénible soin, Sans rien voir près de nous, voyant toujours bien loin. Vivant dans le passé, laissant ceux qui commencent, Sans penser, écrivant après d'autres qui pensent. Retraçant un tableau que nos yeux n'ont point vu, Dire et dire cent fois ce que nous avons lu ?
et plus loin (vers 182) :
Pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs, Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques : Sur des pcnscrs nouveaux, faisons des vers antiques,
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f
F. 14, 1. 2*3 : ToO E'JYevoOc àvôpbç eîvai x. t. >. André Chénier {Invention, vers 162) :
Libre et sans détour, Chaque homme ose Stre un homme et penser au grand jour.
P. 17, 1. 2 : Tb 6à vOv IpyôSe;. Il est presque superflu d'avertir le lecteur que cette seconde lettre est une réplique de Scaliger provoquée par la réponse d'Imbert à la première. Nous n'avons malheureusement plus cette réponse d'Imbert; mais on va voir qu'elle était un plaidoyer pro domo sua, c'est-à-dire en faveur de la Gascogne.
P. 17, 1. 10 : Hérodote, Histoires, livre ix, ch. 122. — Pour l'intelligence entière de ce qui va suivre, il est nécessaire de donner ici une plus complète citation du passage d'Hérodote. En
voci le texte : «PiXleiv yàp ex tûv [jlo(>q(X(ov -/(ôptùy |jia).axoùç yi'^t^j^oLv ou yap TOI TTjC avTTjÇ yr,ç élvoti xoipiriv ts Sw'Jiiacrrbv 9'jsiv, xol avôpaç ôtY^^^^^î Ta icoXéfjLta. — « C'est le propre des pays doux de produire des populations amollies, et jamais la même terre n'engendre ù la fois fruits admirables et hommes vaillants à la guerre. »
La querelle un peu subtile que Scaliger fait à Hérodote a probablement pour base unique les mots 9\>£iv à'v^pa; (xaXaxoû; appliqués à une région quelconque. Scaliger ne nie point, comme on pourrait le croire tout d'abord, les influences climatologiqucs; mais il distingue entre les influences physiques et les influences morales, et, à la suite d'Aristoie {Morale, 11, i), il accorde à ces dernières une puissance prépondérante. Posant en principe l'état d'insuffisant développement intellectuel de la Gascogne de son temps (principe d'ailleurs très contestable), il n'admet pas que l'on puisse l'excuser en invoquant une prétendue débilité native, une fatalité physique, et il se croit autorisé à la déclarer coupable d'une négligence de culture, d'un mauvais régime moral. — A ce sujet, ai-je besoin de rappeler les remarquables considérations émises dans le traité d'Hippocrate : Des airs, des eaux et des lieux, et les développements célèbres de Njontesquieu dans V Esprit des Lois ?
P. 18. 1. 21 : (Vj ycrp. X. T. ). Scaliger a dans la pensée plusieurs passages de la Morale d'Aristotc. Voir en particulier le chap. vu du premier livre.
P. 18, 1. 22: 'EpiTcx^WiT-a. Tout ce passage paraît avoir été inspire
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par la lecture de Philon le Juif (p. 216 et suivantes, édition de Paris, 1640).
P. i8y 1. 24 : 01 9csf\ Tov nxàTtdva. Scaliger fait allusion à ce passage de Plutarque (Qt/e5/2on5 naturelles, I, i) : Zcôov ygtp eryetov To 9UTbv eîvai ol icefÀ nXdttuva xcà 'AvaÇafipav xoi lr,\L6%çiixos oîbvrai. Cf. Opinions des philosophes, xxvi. Le passage de Platon visé ici est, je crois, dans le Timée, p. 90, a. Du reste, il faut remarquer que l'auteur venait d'examiner longuement ces doctrines des anciens dans un commentaire exégétique des livres De Plantis attribués à Âristote. On trouve même dans ce livre, publié en l'année i556, plusieurs passages auxquels Scaliger se reportait mentalement en écrivant à Imbert. En ce qui concerne Plutarque il faut remarquer que, précisément à cette époque, Scaliger avait eu occasion d'en faire une étude particulière. Voyez mon introduction aux notes de La Boëtie sur l"£p(i>Tixô;.
P. 18, l. 26 : "Chcep opa;. L'emploi figuré de âvXaxoc semble remonter à un mot célèbre d'Anaxarque (Voy. Gataker sur Marc Aurèle, vui, Sj); mais Scaliger fait particulièrement allusion ù un proverbe cité par le comique Alexis et conservé par Athénée {Banquet des Savants, xi, 470).
P. 18, 1. 27 : "Avôpwicé; ê<xTi. Cf. ^Xixlon ^ I^ Alcibiade, i3o, c).
P. 18, 1. 28 : At^ûv TOI avu). Il semble qu'il vaudrait mieux lire : xûv «vw.
P. 18, 1. 29. Un chapitre des observations de Scaliger contre Cardan {Exercit. cxl, 2) traite du même sujet et se termine ainsi : « Postremum est a fine contemplandum. Nam sicuti plantœ os a terra, sic nobis oris situs a cœlo-, ut quemadmodum illœ indè, sic nos illinc nostrarum actionum principia hauriamus, •
P. 21, l. 49 : ]fpo<T9u/j{jL£vov. Scaliger a présent à la pensée et paraphrase d'assez près le commencement du second livre de la Morale d' Aristote.
P. 21, 1. 63 : 'AUofpovIwv. Il y a ici une irrégularité d'accord provenant de l'attraction de la pensée.
P. 21, 1. G4. J'avoue avoir hésité sur le sens de cette phrase : r, icpo; oîxac \i.ixk SvXaxiou. L'emploi figuré de &uXàxtov, quelques lignes plus haut (p- 18, 1. 26) et sa réunion ù à<Tx/>c ne faisaient qu'augmenter mes doutes. Et puis, l'emploi du langage de la Grèce'antique éloigne d'aborJ de l'esprit son application à des usages particuliers de la France moderne. J'ai tn^n songé aux
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sacs de procès des procureurs du xvi* siècle, et je suis convaincu que celte interprétation rend exactement la pensée de Scaliger. Du reste, pour justifier ma traduction, je puis citer l'auteuf lui même : en ses poésies latines {J.-C, Scaligeri Poemata, éd. de Conimelin, 1621, p. 388), il dit, parlant encore de ses voisins de TAgenais :
.... litibus tremenda secta saccorum,
P. 21, 1. 66 : Ihta; àpiç. Il semble qu'il y ait ici un lapsus. La notion implicitement contenue dans le mot $u73T]{ai&v ne semble pas suffisante pour justifier cette syntaxe.
P. 21, 1. 67 : TtjXéçia. Il faudrait ajouter eXxr^, et lire : Tr^Xl^sia.
P. 21, 1.69. Scaliger se souvenait encore de Philon, p. 867, B, c, éd. de 1640.
P. 22, 1. 78 : 'Apxh T6 xa\ t£Xoç. Ce passage est une réminiscence de Platon, Rép, vu, p. 532, 533, éd. d'Henri Estienne. — Sur VS[iL\ui 4ni-/îiç, voyez Wyttenbach sur Plutarque (De sera numinis vindicta, p. 94).
P. 22, 1. 82 : oùx eyvfupKTx Ôl. Je ne sais si j'ai bien saisi le sens de ces mots, car, en réalité, Scaliger ne s'est point gêné pour publier en toute circonstance ce qu'il pensait des habitants de l'Agenais. Dans la préface de sa Première harangue contre Erasme (Tolosce, 162 1), on lit (p. 3) : « ... Quo concilio hactenus orationem illam » [contra Erasmum] edendam distulerim, nemini admirationi » esse débet, qui, quitus in locis, quibusque temporibus, quasve » inter génies agam, compertum habuerit. Agennum oppidum » est Aquitaniœ, ut incolœ jactant, princeps.... Ager ubertate » soli incertum estprositne magis incolis, an officiât : ita annonœ » spesuspensi omnia munia, non civilia solUm, sed rustica quoque » negligunt, Propterea animi cultui minîis student. Si quis tamen »> ad literarum studia sese applicat, lucro illectus i%^itur eam in i» partem cujus ope fortunarum suarum promoveat graium. Id » unum hic intuemur, ut accepium patrimonium ampliore ccnsu » faciamus.., >•
Cette préface est datée de i53i, vingt-si^ ans avant les lettres à Imbert. En i533, dans sa Seconde harangue contre Erasme (p. 3i, éd. de Toulouse, 1620), il renouvelait la même critique et se plaignait de son isolement au milieu des barbares. On voit que chez Scaliger c'était une opinion invétérée. Voici du reste le
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portrait versitié des Agenais qu'il envoyait à Ferron (Poemata, p. 389-390) :
Q4t me hic nocentum Nitiobrigum turba, Inertia ebriosa, muccido in luxu
Cuivis Megitrct ambacta,
é\firatur execrare qux ipsa sacravit, Certationes, pervicacias, rixas, zMcnJaciosum pcctus, invidos mores, Ilydras Cleonis, Alphii truces hydras^ Colère quietam, soiitariam vitam. In totum ab istis Cerberis abhorrcntem, Qui/œitus acre persequuntur, ac lites.
Une autre peinture satirique du Gascon d'Agen au temps de Scaliger se trouve aux pages 403-404. Elle se termine par ce trait de mœurs plus mordant encore que le reste :
Cœlum fatigans cereisque, votisque, Templi frcquentans limen, assidens aris, 'Deum nec intus esse, nec forts crédit.
Il est clair que J.-C. Scaliger s'est plu sur ce point à diversifier l'expression de ses critiques, mais qu'à aucune époque il n'a pris soin de se taire sur ce qu'il pensait de la Gascogne d'alors. La Gascogne d'aujourd'hui se console en songeant qu'Erasme n'a pas été mieux traité qu'elle par cette plume hautaine et tranchante; elle prend sa revanche en honorant le grand érudit, et en s'efforçant d'élever chez elle-même un monument populaire à sa mémoire respectée. (Voyez les excellents travaux de M. de Bourrousse de Laffore et de M. Ad. Magen relatifs à Jules-César Scaliger.)
P. 22, 1. 92. Je donne la leçon de mon apographe; mais il est probable que Scaliger a écrit : t^ (j^ Ôiavoi'a.
P. 22, 1. 93. Scaliger {Poemata, p. 42) :
Ecce ego, ciii rigidi arrident spineta Lycei, Vs^ec divina placent magni pigmenta Plalonis...
P. 22, 1. 96 : Toî; z\) pÊoitDxiSffi. Voyez Platon, Gorgias (523, a, b) et Axiochiis {3yi, c). — Scaliger se souvient évidemment d'un passage de Plutarque, Parallèle de Cimon et de Lucullus, \ .
P. 25, 1. 98 et suivantes. Cette fin est remplie d'expressions empruntées à Platon et aux néo-platoniciens.
P. 25, 1. 100 : HpoçyTEuwv. Autre inspiration évidente de Philon (p. 48, A, B, éd. de 1G40).
32
p. 25, 1. lo'i : AtETtoïc Mot douteux dont le sens n'est pas net. Je Tai traduit en me reportant à cette phrase du Critias (p. 1 18, e) à laquelle il fait évidemment allusion : Kai\ SU Sy) toO eviauxoO ttjv Yt^v exotpicoOvTo. Du reste, Platon lui-même ne fait que varier un vers fameux d^ Hésiode sur les habitants des Iles des Bienheureux {Travaux et Jours, 172) :
lolfftv |ig>.tv)âéa xapicbv Tfii; IftEo; dàXXovTa ^Ipst (eCScopoc apovpa.
P. 25, 1. io3 : Kot\ xXvat. C'est précisérhent ce que Platon reproche à Musée d'avoir fait {Répub. n, 3o3, c).
P. 25, 1. 108 : ""Axopoc II faut remarquer que, du temps de Scaliger, ce mot n'était pas encore enregistré par les lexiques.
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APPENDICE
En ni envoyant la transcription des deux épi 1res que Von vient de lire, M. du Rieu, qui avait reficontré le no?n dimbert inscrit dans un autre fragtnent de lettre, eut la bonne gi^âce de ni en communiquer Voriginal même. Malgré Vabsence de signature, jy reconnus de suite le post-scriptum d'ime missive de Jean de Maumont à Scaliger, et jai retrouvé plus tard dans le volume de 1600, p, 243 et suivantes, la lettre à laquelle cet appendice doit se joindre. Le morceau étant inédit, je le donne ici afin que les possesseurs du recueil publié par Dousa puissent V ajouter à la page 248, à la suite du premier post-scriptum de la dépêche de J, de Maumont.
La fièvre dont ce dernier disait être atteint avait singulièrement alterné son écriture qui nest pas facile à déchiffrer, J espère donner toutefois une transcripticn exacte.
H
34
MoNS»^ SCALIGER, A AGEN.
Ut tibi plenius satisfacerem, Aurati «versus, quos de te scripsit , ponendos initio operis tui ad Cardanum , festinato descripsi, cum in chalcographia Vascosani essem et hesternas literas meas properanti homini dare ad te vellem. Sic ergo habent : (Suivent les vers grecs de Daurat imprimés en tête du livre contre Cardan,)
Alterum Imberti epigramma non vacat exscribere, ob urgeniem nuncii festinationem. Vale. Ex chalcographia Vascosani, Idib. Mart. festinantissime, ut vides, et vacillanti manu, ob febrim et tremorem, quo nundum vix bene relinquor. — Utrumque epigramma ab auctore mihi heri vesperi est missum in hanc typographiam. Imbertus, quantum mihi licuit epigramma oculis tune, ut homini occupato et maie valenti, lustrare, ait in summa nugari qui ^iunt Pallada virginem, cum te, Apollinem patrem, pepererit.
Legam attentius et curabo utrumque excudendum, nam digni sunt homines quibus hac in re mos geratur, lui, pol, amantissimi et veri laudum luarum prœdicatores. Iterum vale.
d5
LA MORALE AIMABLE
 U. THEODORE FROUENT
Auteur des Itères et Detoira (*), Par m. HIPPOLYTE MINIER.
Faire de la inorale en prose
Et n'être pas trop endormant,
C'est difficile assurément;
Mais, en vers, c'est bien autre chose :
On a beau de fleurs remailler,
Sermon qui rime fait bâiller.
Pour t'exprimer, pauvre morale,
A quoi donc auras-tu recours?
Ne fuiras-tu les long's discours
Et leur emphase doctorale
Que pour succomber sous l'ennui
Qu'un vers pompeux traîne après lui?
Pourtant, ta voix, fais-la connaître : Plus opportune que jamais. Sous le chaume, dans les palais, Il faut partout qu'elle pénètre. De tes lois que Ton nie en vain Il faut que le texte divin Au fond de tous les cœurs se grave, Et que, d'avance et hautement, Le siècle insensé qui te brave Sache quel est son châtiment.
(*) Hecueil de poésies couronné par l'Académie fi*ançaise.
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Quoi ! tu gurderais le silence,
Quand, sous ses pieds broyant les mœurs,
Le vice, greffé d'insolence,
Êit des vertueuses clameurs?
Quand le scandale qu'on affiche
Vous fait célèbre ou vous fait riche ?
Quand la pudeur cède aux bijoux
L'éclat de son pur diadème?
Quand l'honnête femme elle-même
Lorgne Phryné d'un œil jaloux?
Oh! non, ce n'est pas, quand notre âge, Livrant aux quolibets moqueurs La foi, la gloire et le courage. Éteint la flamme dans les cœurs; Oh! non, ce n'est pas en présence Du gouffre ouvert par la licence, Que, tout haut, n'osant pas gémir Du spectacle qui l'effarouche, La morale, un doigt sur sa bouche, Pourrait lâchement s'endormir ?
Je sais bien qu'on va me répondre : « Que la morale tonne en prose ou gronde en vers, » Qu'elle emprunte la voix du ciel ou des enfers, > A quoi bon, franchement, puisque, pour la confondre, » L'ennui l'attend partout?. . . Vous l'avez dit ! »— C'est vrai ; Ce fut mon premier mot, et je le redirai Tant que, dans un accès d'aigreur déclamatoire, La morale, en public venant se présenter.
N'appellera pour l'escorter Que la lourde oraison ou la satire noire.
Le plaisir est le dieu des hommes d'aujourd'hui; Encor plus que la mort, ils redoutent l'ennui; Eh bien ! puisqu'ils ont peur des visages moroses, Dans un monde enivré de folie et d'orgueil,
37
Veux-tu te ménager un cordial accueil? 0 morale, à ton tour, couronne-toi de roses !
Prends une lyre aux joyeux sons, Et que sa voix enchanteresse Donne l'attrait d'une caresse A tes plus sévères leçons; Qu'un doux sourire dissimule Ce qu'un reproche aurait d'amer : Comme le seigneur Jupiter Apprends à dorer la pilule.
A la tendre enfance, surtout, Réserve une coupe choisie ; Que sa jeune âme prenne goût A ta salutaire ambroisie; Que de ta bouche un bon conseil Soit, — au sein où tu le déposes — Ce qu'est un rayon de soleil Aux fleurs nouvellement écloses.
Oui, pour voir promptement germer Le grain que contient ta parole. Avec grâce il faut le semer. En chantant l'heure qui s'envole; Il faut, des plus riants espoirs Se faire un cortège fidèle, Et se proposer pour modèle... L'auteur de Rêves et Devoirs,
Sa morale n'a rien d'austère, Et qu'elle est pure cependant! C'est un flot limpide, abondant, Où la raison se désaltère. Son vers aimable a la douceur Du trésor qu amasse l'abeille; Il s'est souvenu que l'oreille Est le plus court chemin du cœur!
38 A M. UIPPOLYTE AIINIEU
Par m. th. FROMENT.
En recevant ces vers, trop indulgents sans doute, Où d'un petit ruisseau qui s'enfuit goutte à goutte
Tu fais une onde aux flots jaseurs. J'ai compris, que tous deux, ayant mêmes étoiles, Au même vent du ciel nous ouvrions nos voiles
Et que nos muses étaient sœurs.
NonI ce n'est pas Phryné qui se vend et qu'on aime. Le scandale qu'on paie et l'argent que l'on sème
Qui nous inspirent des concerts! Nous avons, Dieu merci I de plus nobles idoles A qui nous réservons l'encens de nos paroles
Et les louanges de nos vers.
C'est Vhonneur du foyer, c'est la jeune décence De la vierge timide et qu'un sourire ofifense,
Du jeune homme qui sait rougir; C'est le charme innocent d'une âme qui s'ignore, C'est la vertu d'un cœur qui peut faillir encore.
C'est l'homme qui vit pour agir.
Toi, poëte, prenant ton vol h grands coups d'ailes. Sur la scène où tu suis de plus fameux modèles Tu sais plaire et sais émouvoir-,
m
Moi, plus humble, blotti danâ l'ombre de la classe. Sans m'éloigner du nid je murmure à voix basse Quelques rêves sur le Devoir.
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RAPPORT
SUR LE LIVRE DB M. BROCHARD
LA VERITE SUR LES ENFANTS ASSISTES
PAR M. LE D' AZAM (*)
L'Académie a reçu de M. le D^ Brochard, médecin à Lyon, un livre ayant pour titre : La Vérité sur les enfants trouves, et elle a chargé une Commission composée de MM. Loquin, Petit-Lafitte et Azam, de lui 4aire connaître ce livre. — Je viens remplir cette mission.
Les problèmes sociaux dont la solution est la plus diflicile sont ceux qui touchent à la fois au sentiment et au raison- nement; ceux qui doivent compter avec les passions humaines et aussi avec les lois, avec le budget, avec I avenir du pays.
De ce nombre e>t la question des enfants trouvés.
Il faut bien qu'il en soit ainsi, car depuis saint Vincent de Paul jusqu'à nos jours, elle a occupé nombre de bons et de grands esprits et nécessité d'incessants travaux. Est-elle cependant résolue pour le plus grand bien de l'humanité? Nous croyons, comme M. Brochard, qu'elle est loin de Têtre et qu'elle ne le sera pas de si tût.
J'espère, Messieurs, que vous n'attendez pas de moi un
(*) Au nom d'une commission composée do MM. reUt-T^fltte, A. Loquin et U*^ Azani (Séunce du 29 juin 1876).
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travail complet sur la question; bien que depuis longues années elle m'ait souvent préoccupé, je ne saurais sortir du cadre que vous m'avez tracé.
Je me contenterai de faire suivre l'appréciation du livre de M. Brochard de quelques considérations sur un point qui, à mon sens, a pris une importance considérable, Taccrois- sèment de plus en plus grand du nombre des avortements.
M. Brochard nous est connu, il a habité Bordeaux pendant quelques années. Et on peut le dire, avec honneur pour lui, il a consacré sa vie à la défense des petits enfants.
Si ses efforts n'ont pas eu tout le succès qu'on en pouvait attendre, ils ont conquis de grandes sympathies et mérité de hautes récompenses.
M. Brochard est lauréat de l'Académie de Médecine, et un de ses mémoires sur la Mortalité des nourrissons a reçu de l'Institut de France, en 1866, un des prix Monthyon, etc.
Bordeaux ne*saurait ôtrc indifférent à ces problèmes et à ces luttes. Sans entrer dans leur long historique, il me sera permis de dire la part qu'y a prise notre cité.
Au moment où l'enquête officielle de 1862 proclamait les bienfaits et les services de la suppression des tours et des mesures administratives qui les remplacent, s'élevait au Sénat la voix indignée de notre éminent collègue le cardinal Donnet. Dans une tournée pastorale dans le Blayais, il avait touché du doigt l'abominable vérité, et sa réalité n'avait rien de commun avec l'optimisme officiel.
Le 7 mars 1863, il écrivait au préfet de la Gironde une lettre devenue célèbre, où il disait entre autres choses :
«Cinq enfants, placés à la fois chez une femme sortant ï> de prison pour vol, sont morts dans l'espace d'une semaine. » En 1862, vingt-quatre enfants ont été placés dans la » conununc de Pugnac. 11 en est mort vingt-trois. »
En même temps le regretté M. de Bethmann, président
de rAdministration des hospices, et administrateur, depuis longues années, de l'hospice des Enfants-Trouvés, signalait des faits analogues et disait : Ye/frayante morlalilé des nourrissons. Ce sont ses termes. Dans sa lettre, il répudiait en termes indignés et éloquents toute participation à ces tristes résultats pour l'Administration des hospices de Eiordeaux.
En effet, ceux que saint Vincent de Paul avait préposés ù la garde de son œuvre en avaient été écartés peu à peu, sinon par la loi, du moins par des circulaires ministérielles. Et alors comme aujourd'hui l'administration départementale dirigeant seule à son gré était seule responsable.
Hâtons-nous de le dire, ce scandale paraît avoir porté quelques heureux fruits, du moins dans notre département; car, même en tenant le compte qu'il convient des rapports officiels, nous estimons qu'on n'aurait plus à relever des chiffres aussi déplorables. Â cela du moins a servi le nouveau massacre des Innocents; chez nous on s intéresse davantage aux nouveau-nés. (Je ne parle que de ceux qui naissent.) Aimons à croire, pour l'honneur de l'huinanilé, qu'il en est de même dans le reste de la France, bien qu'au- jourd'hui M. Brochard affirme le contraire.
Peu après, en 1866, la Société médico-ckirurr/icalc des Hôpitaux et Hospices de Bordeaux, saisie de la question par iMM. Brochard et Sous, la mettait à l'étude, et M. le D^ Levieux, vice-président du Conseil dhygiùne de la Gironde et médecin honoraire des hôpitaux, versé plus que personne dans ces difficiles éludes, était chargé du rapport.
Peu confiant dans les chiffres officiels, il se renseignait par lettres confidentielles, dans les communes où sont placés d'habitude les enfants trouvés, et les renseignements obtenus étaient encore lamentables. Nous n'entrerons pas dans les détails, un seul résultat suffira pour vous éclairer ;
Deux communes étant données, Tune qui ne reçoit de Bordeaux aucun enfant assisté, Tautre qui en reçoit depuis quatre ans; dans la première, la statistique des décès de 0 à 1 an est de 13 pour 100; dans la deuxième, la mortalité est de 82 pour 100, presque tous!
Une discussion considérable suivit ce rapport. Et de cette lutte courtoise et indépendante où les médecins les plus distingués, les plus compétents de Bordeaux donnèrent leur avis, se dégagea la pensée générale, qui est encore plus enracinée après dix ans dans Tesprit de ceux qui y ont pris part, que le mystère qui entoure la conception doit entourer la naissance. En un mot, que la suppression des tours ne donne pas les résultats que les législateurs en ont attendus, et que, réglementés ou non, ils doivent être rétablis.
M. Brochard nous raconte les difficultés inhérentes à rétude de la question. Pour lui, elles ont été grandes dans le département du Rhône, et nous avons lieu de croire qu'il n'en serait pas de même dans la Gironde. Apôtre des petits enfants, M. Brochard avait Tardeur et la passion des apôtres. Ces sentiments, se heurtant au positivisme administratif, ne pouvaient qu'amener des conflits déplorables. C'est ce qui est arrivé. Aussi le livre qui nous occupe est-il, dans la sphère administrative, considéré comme un libelle. Juges impar- tiaux, nous croyons cette appréciation sévère, et si le côté du sentiment a été développé avec passion, nous n'en saurions blâmer l'auteur. Son indignation et son cœur ont guidé sa plume; sentant vivement, il a écrit de même.
La plus grande partie du livre est consacrée à l'étude du régime actuel des enfants assistés. L'auteur attaque avec violence le mode administratif aujourd'hui en vigueur, et considère ses résultats comme déplorables; il n surtout on vue le département du Rhône et les départements voisins.
II faut reconnaître que cette vivacité, jointe à un long exposé de luttes personnelles, peut faire penser que M. Bro- chard a eu non seulement en vue la question générale, mais qu'il a eu le désir dexposer au public des dissentiments dans lesquels nous n'avons pas à entrer.
Notre mission est plus haute, et tout en rendant justice à M. Brochard, il nous sera permis de regretter, pour un livre d'ailleurs bien fait, ce caractère frappant de personnalité.
M. Brochard termine son livre par des considérations générales et par des conclusions dans lesquelles nous relevons d'excellentes choses.
Après avoir exposé les dangers que le système actuel fait courir à ces frêles existences, il s'étonne à bon droit qu'alors que rÉtat exige de l'inspecteur des haras, de l'inspecteur des forêts, la connaissance du cheval et celle de la grande culture, on ne demande pas à l'inspecteur des curants de savoir l'hygiène ou la médecine. Défendre le budget parait être le principal souci.
L'auteur insiste sur le fait le plus grave, l'état
actuel de la natalité française donné par les recensements. \oici les chiffres que nous empruntons à M. Emile Laurent, et qui sont conOrmés par l'honorable M. Abort, inspecteur des enfants assistés dans la Gironde :
IS70. Excédant des décè> sur les naj.'îsiinces. . . . 103,3111
1871. — — 444, S80
1872. Excédant des naissances sur les d(!'C<.'s. . . . 17''./J80
Tout en tenant le compte qu'il convient de nos malheurs de 1870 et de 1871, il faut avouer que ces trois années donnent une moyenne d'excédant de décès de !i7,l2rî, et qu'au point de Mie de Taccroissement de sa population la France est bien loin au dernier rang des nalioiis.
n est permis de se préoccuper de Favenir, lorsque après avoir perdu deux provinces la France voit demeurer presqiir»
u
stationnaire, d'autres disent diminuer, le nombre de ses enfants.
Cette situation qui provoque les inquiétudes bien légiti- mes, non seulement des économistes, mais aussi de tous les Français soucieux de l'avenir du pays, a des causes multi- ples que nous trouvons partout signalées, surtout dans un Mémoire de M. Emile Laurent récemment couronné par rinstitut. Ce sont : la diminution du nombre des mariages, la mortalité des enfants du premier âge, qui comprend la mortalité des enfants trouvés, et la diminution du nombre dos naissances.
Le livre de M. Brochard traite particulièrement de la mortalité des enfants assistés et soutient avec vigueur Taccroissement de cette mortalité depuis la suppression des tours. L'administration et ses défenseurs disent le contraire; malheureusement pour ces derniers, les recense- ments généraux ne paraissent pas leur donner raison. Et il est permis de penser que la mortalité des enfants assistés entre dans la perte pour un élément important.
Envisagée d'une façon générale, la mortalité du premier âge frappe tellement les esprits que le 23 décembre 1874, TÂssemblée nationale, émue des vérités accumulées dans le rapport de M. Th. Roussel, a adopté l'excellente loi qui porte le nom de ce philanthrope, et que sur un grand nombre de points du territoire se sont constituées des Sociétés prolectrices de l'Enfance. Vous savez, à l'honneur de notre cité, que Bordeaux a été une des premières villes qui ont marché dans cette voie.
Mais il est un terme du problème qui a attiré l'attention de tous et M. Brochard lui a consacré de longues pages. Je veux parler de la diminution des naissances.
Pour lui comme pour nous, cette diminution est, quant à sa plus grande part, le corollaire de la suppression des
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tours, et aujourd'hui le législateur et Técononiiste doivent, à noire sens, accorder à ce côlé de la question une imporlance de plus en plus grande. En un mot, s'il naît moins d'enfants, c'est qu'il en périt davantage dans le sein de la mère. Car, nul n'est assez naïf pour croire que la fécondité ait diminué et que la moralité publique se soit si grandement accrue. Les lois et les règlements ont sur les mœurs une action si lente et si limitée qu'autant vaut dire qu'ils n'en ont aucune, surtout en ce qui touche aux choses du sentiment. On n'édicte pas la vertu, on n'ordonne pas rhonnêteté.
Ou'arrive-l-il lorsque les lois ne tiennent pas un compte suffisant des passions humaines? Celles-ci n'en sont point réformées. Le crime qu'elles provoquent et qui viole la loi se fait petit. Il se transforme. Il devient délit, bienlcH il ne sera plus qu'une imprudence, un oubli, un rien insaisis- sable, que protègent ici la pudeur et le secret absolu. Mais, si secret qu'il soit, il est connu du médecin qui le tait par devoir, et ses conséquences sont évidentes pour l'écono- miste qui chiffre l'avenir des peuples.
Lorsqu'on 1674, saint Vincent de Paul créa le tour et fit au cœur des mères le sublime appel que vous connaissez tous, il sauvait les milliers d'enfants que le déshonneur et la loisère forçaient d'abandonner; il en fut ainsi pendant cent soixante-quinze ans, jusqu'en 1828, époque où certains vices de l'institution commencèrent à frapper nos législateurs. Le tour coûtait cher; il encourageait à l'abandon, par suite au vice. On abusait du secret pour faire nourrir des enfants aux frais de l'État; sa réglementation fut prescrite, puis son abolition devint complète, et aujour- d'hui, après plusieurs enquêtes, après des discussions solennelles dans les assemblées délibérantes, après des règlements et des circulaires ministérielles iimombrables,
4G
le fonctionnement de Tœuvre peut se résumer en quelques mots :
Quelle que soit la cause de l'abandon de Tenfant : misère ou déshonneur, la mère qui veut participer au secours dit temporaire, doit déclarer son nom et permettre une sorte d'enquête qui, du reste, est secrète; — ou, pour passer au travers de la loi dont le texte n'est pas si serré qu'on pourrait le croire, elle doit employer des moyens que beaucoup connaissent, et que nous n'avons pas à indiquer ici. En un mot, le secret absolu est au prix d'une sorte do fraude.
Loin de nous la pensée de mettre en cause la sagesse et les hautes espérances du législateur; il a été guidé par par l'idée saine et morale de faire reprendre, à un moment donné, lenfant par sa mère, et de le faire légitimer par le mariage. Ce résultat n'est pas rare, nous n'y saurions contredire. Mais on ne saurait espérer cet heureux destin pour tous les enfants.
Une fille, une femme loin de son mari, commet une faute; la misère et le déshonneur en sont la suite certaine et a un moment donné deviendront publics, sans compter les mille désastres qui les peuvent suivre et qui sont dans l'esprit de chacun. Il faut déclarer le nom de la mère, et le mystère de la conception sera dévoilé par la naissance, voilà ce qu'entrevoit la malheureuse, voilà ce qui arrive si l'enfant vient au monde. Vous reconnaîtrez avec moi, Messieurs, qu'étant si gênant, il est bien plus simple qu'il n'y vienne point.
Mais je l'ai dit plus haut, pour vivre dans la société, même dans la bonne société, le crime se fait petit, si petit qu'il ne sera plus qu'une imprudence, une négligence, un oubli. Bien plus, il saura devenir intéressant, car la criminelle qui a détruit en son sein celle existence qui la
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déshonore, n'a eu qu'une affreuse naigraine qu'elle a certai- nement gagnée en se dévouant à sa famille.
Pour la morale, pour la société, Tenfant qui a vécu dans le sein de sa mère, ne fût-ce que quelques jours, vaut un homme. Mais reconnaissons-le, il n'en est pas de même dans les mœurs ; vous me permettrez de ne pas développer davantage ce point délicat.
II tend à s'introduire dans les peuples civilisés une tolé- rance singulière dont les États-Unis nous donnent aujour- d'hui le triste exemple. On lisait, il y a un an, sur les murs de Boston une afTiche à peu près ainsi conçue : a Les :s> dames ou jeunes filles qui sont dans Tembarras peuvent 3 s'adresser au 13' X... (ici V adresse); il est disposé à leur » rendre service, d
Espérons que la France demeurera toujours bien loin de cet abominable perfectionnement.
S'il ne s'étale pas impudemment sur les murs, le crime n'en existe pas moins chez nous; tous les secrets le protègent, surtout le secret professionnel de l'accoucheuse et du médecin. Bien mieux, la science aidant, il est devenu insaisissable, presque innocent pour la malheureuse qui le sollicite. Il vit parmi nous sans qu'on s'en doute, et il est aujourd'hui de plus en plus rare que l'enfant venant à terme, la mère soit placée dans la nécessité ou de le tuer, ce qui est un crime puni de mort, ou do l'abandonner dans la rue ou dans l'égout (puisque les tours sont fermés). Aussi grand sujet de satisfaction pour les faiseurs déchiffres, les abandons et les infanticides diminuent chaque jour grâce à la suppression des tours qui a moralisé les masses, et le budget réalise une économie qui croit chaque année.
Hélas! celte économie n'est que le prix du sang des enfants du pays! Et ce n'est pas les enfants qu'on tue, ce
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sont les embryons qu'on détruit; on les fait passer, suivant Texpression tristement pittoresque en usage à Bordeaux.
Aussi te nombre des avorlements augmente tous les jours. Je ne parle que de ceux que poursuit la justice. Consultez la Médecine légale de M. Tardieu; quant à ceux dont le magistrat ne peut connaître, tout le monde sait qu'il est plus formidable encore.
Les médecins surtout le savent mieux que tous, car ils sont chaque jour appelés pour conjurer leurs misérables suites. Mais ces faits qu'ils savent ils doivent les taire; leur honneur, celui de leurs clients leur en font le devoir.
Je crois en avoir assez dit sur celte question délicate
Vous avez compris à quelles conséquences peu prévues hi suppression des tours conduit la société française.
En présence du mal qui grandit, en présence de l'avenir de la population du pays, n'est-il pas permis de croire que tout en voulant le bien, nos législateurs ont encouragé le mal et que la question est loin d'avoir reçu sa dernière solution?
En conséquence, nous pensons que, dans l'intérêt de la
société, le mystère qui entoure la conception de l'enfant
doit pouvoir entourer sa naissance, et que si les tours ne
"sont pas rétablis comme au siècle dernier, ils doivent du
moins être réglementés de façon à permettre ce mystère.
En résumé, nous pensons que l'Académie doit déposer honorablement dans ses archives le livre de .M. Brochard ayant pour titre : La Vérité sur les enfants trouvés, qu'elle doit adresser une lettre de remerciments à l'auteur, et lui accorder comme récompense le rappel de la médaille d'or qu'il a déjà reçue de la Compagnie.
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SOLUTION
d'us
PROBLÈME DE GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE
PAR M. VALAT
La Note que j'ai l'honneur de communiquer a l'Académie offre la solution et la discussion d'un problème fort simple, qui ne semble offrir qu'un médiocre intérêt; mais l'équalion a laquelle je suis parvenu en prenant un système de coor- données peu favorable suggère des considérations qui donnent un aspect nouveau ù la question, par l'introduction de solutions. évidemment étrangères. Il s'agit do tracer la courbe déterminée par les milieux des transversales assujé- ties à passer par un point fixe et terminées aux côtés d'un angle donné. C'est en m'occupant des parallèles ou anti- parallèles placées sur le plan d'un triangle que le problème s'est présenté à mon esprit.
J'avais pressenti la découverte d'une sorte d'hyperbole à branches infinies et probablement du 2® ordre : quel a été mon étonnement de trouver une équation du 6* degré par rapport à chacune des variables, dont la discussion n'est pas sans difficulté et ne semble pas offrir de l'intérêt... J'essayai donc un autre système de coordonnées, qui me fournit immédiatement une équation du 2* degré, l'hyper- bole qu'il m'avait été aisé de prévoir. Reprenant alors le premier système, je me convainquis que l'équation du G* degré était décomposable en deux autres, dont l'une était celle de l'hyperbole obtenue précédemment, et l'autre, du
50 ^' d^ré, devait coinppendre les solutions étpangères. Celle- pï, complète par rapport à l'une des variables, ne contient que des puissances de degré pair de l'autre variable; elle exprime une sorte d'hyperbole à deux branches seulement et une courbe moins simple, avec une boucle de forme elliptique, arrondie d'un cdté, amincie de l'autre cdlé, en s'étendant à l'infini par deux branches qui font suite it In seconde partie de la boucle. Ainsi, les difficulté particu- lières à l'analyse sont écartées; mais il reste à se rendre compte de l'introduction et du sens de ces solutions Olran- f^ères. C'est donc sur ce point que se porte l'intérêt de la question, et je n'ose affirmer d'avoir dissipé le nuage que les détails du calcul ont amené-
Gela posé, suivons la marche que nous avons adoptée dans les deux exercices prc'cédents. Admettons d'ailleurs, pour éviter autant que i)OSBible les embarras du calcul, que l'angle donné est droit et que le point fixe est situé sur la bissectrice de cet angle, à une distance p du sommet, de sorte que le point donné est sur la courbe ; on peut môme lijouter que la perpendiculaire menée à ce point swx la bissectrice est une tangente, i^ig. \ .)
Première solvtioH. — Prenons pour axes roclangulaires
51
les droites Aj^, kx; par suite, A est Topigine, et la trans- versale BC donne par son milieu m un point de la courbe demandée. On aura mq = y, \q=ix] la droite BC aura pour équation y = mx et coupera les côtés do lanjçle, de sorte que
par suite,
0B = '-^?, oc^'i^;
m — I m-hï
2pm
7/r — 1
D'ailleurs, i»B^=mC==::Om=^JBG,en vertu des condi- tions du problème, et cette droite est aussi Thypoténuse d'un triangle rectangle. On aura donc la relation
wV>* -*- w*/>' = (w- -— iy [f/ -h (.r -H p)* ; . Remplaçant »w par -, il en résulte l'équation
(A) x*-h xy^ a^p—x) — x-y- i'^-^P) ('ï?+ ^P) + •''"* i^-^P)' ~ 0 , incomplète par rapport à y, très complète pour x.
Defixième solulion. — Prenons pour axes les cotés de l'angle donné fig. 1 et le sommet 0 pour origine; appelons tt, / les coordonnées générales; nous aurons OB ■= ^2uy 0C = 9tet
A« =: Oi = —-—5 Li^^'il— - -r
2 :i • .
et
AC = Ai- + Ci' = ;r + f^C - i/>/l/2.
A C i?i c
Enfln, la relation -t-t = — conduit à l'équation de la * Af mq ^
courbe
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Si nous n'avons pas commis d'erreur, il faut que celle-ci soit un des membres de la précédente, et c'est ce qui a lieu; car on a
(A)= (y'«-a:"4-^|) [6iy* + 96py"(2a?'-p)
^ — 64a?'*-f- 64px" — IBp'^aî' -f 4;/] ;
ce qui nous montre qu'à côté de la solution obtenue, il en est d'autres que nous donne l'équation
(F) 16y'*-*-24py'*(2aî'— p) — (îoî'— p)»(2a?'+|?) = 0.
Quoiqu'elle soit encore assez compliquée , elle offre une certaine simplicité par rapport à y' ou j/, et dès lors nous la décomposerons en deux, qui seront
(G) 4.v' = (2.T— p)(— 3p+2Kaî« + 2p*) et
(H) 4y' = (p-2ir)(3p+2Kx^T2p).
Aucune ne semble convenir au problème; mais elles con- duisent à des courbes faciles à construire par points et dont la naturo n'a rien de saillant. La courbe (G) a une boucle qui se lie à deux branches infinies; la seconde a quelque analogie avec l'hyperbole et ne s'étend que d'un seul côté, celui qui est opposé à la première courbe. Nous ne croyons pns nécessaire ou même utile d'examiner chacune de ces courbes avec détail, bien que nous l'ayons essayé sans ren- contrer de diRîculté, en prenant pour p un nombre particu- lier, de manière à rendre le calcul moins fatigant. Ainsi, lorsque /> = 8 , l'équation (G) prend la forme
après avoir porté l'origine au point A au moyen de la rela-
lion j^œ'-hôi q«' donne Six — j( = 3a:',el opéré les réductions.
La seconde, avec les mêmes hypothèses, se présente sous la forme
y'— —a:' [l2 + ^(0;' +4)'+Tf8].
et Ton voit qu'elle ne s'étend pas dans l'fingle des nbsuisbi's positives, en présentant deux branches infinies du c<Mé opposé, à partir de l'origine dont l'ordonnée est tangente à la courbe.
Quelles sont les questions étrangères qui conviennent à ces deuK courbes? C'est ce que nous n'avons pu découvrir, et nous ne pouvons nous empêcher d'en être préoccupé, bien que nous ayons la conviction qu'elles ne répondent pas au problème. Nous croyons devoir ajouter l'équation de la courbe cherchée en coordonnées polaires, en nous servant de la première figure.
Quatrième solution. — L'origine étant en 0, nous avons dans Om un rayon vecteur, et par suite
Om = mB=:mC = p avec mOq ^ «;
5G
«railicui'S,
BC=:2p, 0B=:2psina, OC = 2pcosa,
2sina 2cosa
On aura donc Féquation
^ ^ ^ i \sina cosa/
qu'on peut déduire également de Téquation
En prenant Torigine en 0', ou paîtant de Féquation plus simple ut := ~r y on obtient
p —
2Kcos*a — sin'a
P qui donne, pour a = 0, o = - et pour a = 45", o :== oo ,
puisque sin a = oos a.
Troisième partie.
Nous avons cru que nos recherches acquerraient un cer- tain degré d'intérêt si nous les étendions aux transversales qui sont menées par un point fjxe dans les sections coniques, considération qui rapproche le problème des nombreuses et importantes propriétés des diamètres.
1° Examinons en conséquence ce qui se passe d'abord dans l'ellipse rapportée à son sommet et à des axes rectan- gulaires, savoir : a*y* + b*u* = ^ab*x. {Fig. 4.)
L'origine sera ce qu'était le sommet de l'angle donné dans le problème précédent, et A pris sur le grand axe sera
5/
le point fixe donné i. Posons OA = />; les coordonnées te ,e d'un point m, milieu d'une transversale passant par Â, nous conduisent à Téquation y = m{x — p), dont l'intersection avec la courbe fournit les équations
et
"" a*m* -H 6* «*fw* -h 6* ~"
Soient x\ x' les valeurs tirées de la première, y\ x' les ordonnées correspondantes tirées de la seconde; on a
H=^x +x ,parsuile2a --^-^ — rr-. Daillcurs,m=- — ;
par conséquent, Télimination de m nous donne
(K) a'-H'-rbU' = b'{a-hp)t—ap%
ellipse dont le grand axe sera a — p en posant tt = 0, doù r =a, f =p.
Le second axe s obtient en posant ^=p H — ^ = — i^— ;
d ou resuite m = - ^ — ^-^ . Posons — ^ =a : nous aurons
a 2 2 '
fr , ., '/ b
u = -a=b ou
a a' lï'
Les deux ellipses sont donc semblables.
A'o'a. — 1" Si a = 6, nous aurons donc a ~- b' ; ce sont deux cercles. 2^ Si p = 0, l'on a a*u' + bU' = b'at, c'est-à-dire
m' = _ (af — («) ; Tellipse est tracée sur le demi-grand axe de la première et son second axe est aussi 5 .
58 S^Si p = 2a, l'on a a*u' + bH'= SabH — '2a'b' et
ar ^ '
Pour u = 0, Ton trouve e—%ai + 2a' = 0; d'où
3a_^. /3a' — ia* 3a ^ a.
f = H ±1/ = — ± - >
2 V 4 2 2
par suile on a : 1° ^' = 2a ; 2® a, encore la demi-ellipse sur le demi-grand axe.
4° On revient à l'ellipse même donnée pour p = 3a, car on a
a'n' + 6'r' = 6'4af— 3a'6'; d'où
a'^ ^
et posant m = 0 , l'on a ^ = 3a et ^^ = a ; grand axe =^^a.
Laissons les diverses conséquences qui résultent de cette discussion et passons à la parabole.
2? if=^px : le point fixe étant placé sur l'axe des x à une distance du sommet = p\ nous aurons pour une trans- versale l'équation y = m {x — p) ; la parallèle à l'axe menée par m coupe la parabole en un point qui fournit une tan- gente parallèle au diamètre conjugué, comme on sait, et l'on
a par conséquent m = - ^ d'où l'équation
(L) n:=:^(/ — r), d'où n^ = p{t^f).
parabole dont le sommet est en A et dont le paramètre est la moitié de celui de la parabole donnée.
!•* Si / — p = i' 9 l'équation devient u*=:^pt\ el l'origine sera maintenant en A;
2" Si p' =p, l'équation devient M*nrrp(i — p)'^pt — p\ etposant /— -p = <', d'où /=p-ir^', nous avons m* =p/', résultat analogue au précédent ^
5y
:¥^ Les deux paraboles, semblables dailleiiis cotnine les courbes de ce genre, ont leurs paramètres dans le rapport de 1 à 2.
Nous dirons peu de chose de Thyperbole, qui a tant do rapport avec Tellipse; partant de Téquation ordinaire
y^ = —^(x^—iax)^ la transversale passant par le point fixe
îïura pour équation y = m{x — /)); d'où, par des calculs analogues à ceux que nous avons exécutés pour Fellipse, nous trouvons
et
Los coordonnées du point milieu étant x\ x'\ y\ y\ on aura ^i = x' +x ; par suite, 2/ = — Ç-^ — ^r,— ; dail-
leurs m ^^ ; par suite on aura
que nous présenterons sous la forme ( M) u* = -, [t* — (/; + rt) f -f- «/;] .
Nous bornons là nos recherches.
Cl
COMMUNICATION
SUR
LA DÉCOUVERTE D'UN LIVRE
Qui a appartenu à M>°« la Comtesse de Griguan
ET COPIE
D'UNE LETTRE DE LABBÉ TESTU A LA BELLE COMTESSE
PAR M. VALAT
Nous offrons à F Académie un volume que nous croyons avoir appartenu à la belle comtesse de Grignan; en avouant que les indices ou témoignages qui militent en faveur do notre opinion, ne sont pas des preuves suffisantes pour afiirmer l'exactitude de Torigine que nous lui attribuons : une lettre ou plutôt la copie d'une lettre de fabbé Testu, est le seul titre que nous pouvons faire valoir en ce moment, jusqu'à ce que des recherches nouvelles nous aient mis sur la trace d'un document plus positif.
Le livre dont il s'agit est l'œuvre du P. Lemoyne, auteur du poëme de Saint-Louis, ou la Sainte Couronne conquise; ce poëme a été l'objet d'une longue analyse critique dans le cours de littérature de Lahar[)e. Le Père jésuite est plus connu encore par un petit traité de la Dévotion aisée, qui eut l'honneur d'ôtre plusieurs fois cité dans les lettres provinciales de Pascal, comme une œuvre peu édifiante; auteur d'un recueil énorme de poésies de tout genre, et de quelques ouvrages en prose plus sérieux, il est maintenant oublié, et ses œuvres auraient subi le même sort, sans la critique dont elles ont été l'objet; car on lit encore Laharpe, et les Provinciales vivront autant que la langue française. Cependant, il faut bien dire toute la vérité, les productions
6i
poétiques du P. Lemoyne eurent une grande vogue; et parmi ses ouvrages en prose, la Gallerie des femmes fortes, dont il est ici question, obtint un succès que Ton a peine à comprendre; Tauteur inconnu de la trouvaille dont nous entretenons PAcadémie a bien soin de faire remarquer que le volume fut demandé par la comtesse, qu'il fut acheté sur son ordre par Tabbé Teslu et pour son compte; en 1Gp7 il était à sa cinquième édition, du vivant de Fauteur, qui mourait quatre ans après.
Il est venu en notre possession par un pur hasard, et si nous n'en avons point fait connaître plus tôt Torigine, c'est qu'il nous répugnait d'en disposer, comme s'il nous appartenait; nous le tenons d'un élève du Lycée de Rodez, qui le faisait circuler en classe, amusant ainsi ses camarades par les étranges gravures qui figurent les femmes fortes, payennes ou chrétiennes, dont les actions héroïques sont célébrées d'une façon non moins étrange; déposé sur notre bureau, lorsque nous en arrêtâmes la circulation, il n'a jamais été réclamé ni par l'élève qui n'osait risquer de se faire connaître, ni par sa famille, malgré mes invitations réitérées : il n'y a rien de dangereux en effet dans ce livre, si ce n'est pour le goût... Nous nous bornons à ce simple récit, craignant que notre mémoire nous fasse défaut sur les détails d'un incident qui remonte à cinquante ans environ. Du reste, quelle que soit l'opinion qu'on se forme sur Fauteur do la lettre dont nous donnons la copie, on ne Stiurail s'empêcher d'y trouver avec le caractère léger, mais spirituel, de l'aimable et un peu mondain abbé, la couleur de l'époque, ainsi que des observations pleines de finesse et des saillies dignes d'un des fidèles amis de M""^ de Sévigné. Com- ment ne pas s'intéresser à des tableaux qui reproduisent avec quelques détails intimes des personnages devenus historiques I
L'on comprend, et nous n'avions peut-être pas besoin de
63
le dire, que nous ne changeons rien au texte qui vous a été soumis, soit à ce qui appartient à Tabbé ou qui lui est attribué, soit à ce qui vient de la plume du véritable propriétaire du volume jusqu'à présent ignoré, auquel nous sommes prêt de restituer le précieux volume, sans profiter du bénéfice de la prescription plus que légale.
Il nous était venu la pensée de saisir Toccasion de recueillir quelques notes biographiques ou littéraires sur Tabbé Testu, comme sur le P. Lemoyne; qui valent la peine d'être étudiés à divers points de vue. Nous sommes, Dieu merci, bien riches en écrivains estimables ou d'une valeur secondaire; toutefois le moment est favorable de rendre pleine justice à tous ceux qui nous ont précédés, en laissant des traces d'un labeur toujours favorable aux progrès des lettres ou des sciences.
L'abbé Testu n'est point indigne de raltenlion des sérieux esprits de notre époque ; il eut la réputation d'un causeur ingénieux, et fut recherché non seulement des dames d'un rare mérite, mais il était écouté et consulté à l'Académie française dont il fit partie : il essaya d'abord de la prédica- tion, et y eut des succès, dont il ne fut point satisfait; il rentra dans la retraite auprès de l'abbé de Rancé, son ami, pour y étudier les maîtres de l'éloquence sacrée, et lorsque revenu sur sa chaire, il recueillait les fruits de sa laborieuse
•
préparation, il se vit contraint d'abandonner, à cause de la faiblesse de sa constitution, une carrière qui lui assurait une place honorable parmi les prédicateurs du temps.
Il y aurait bien plus à dire du P. Lemoyne, et ce serait lui rendre imparfaitement justice, que de lui reconnaître seulement du talent et une grande imagination. Il a manqué de mesure et de goût, on ne peut le nier; mais il y a du bon dans ses poésies, et parfois du très bon; Laharpe, en le critiquant avec toute raison, a su découvrir de beaux
u
passages, qu'il cite, en les opposant aux vers des maîtres de la brillante école littéraire qui n'était encore qu'à son berceau, lorsque le P. Lemoyne publia son poëme en 1G51 et 1G53. Boileau n'avait pas encore donné les règles et les exemples de la bonne, de la vraie poésie; il n'avait pas surtout appris à ses contemporains à goûter et à comprendre l'art difficile d'approprier le style à la nature du sujet : sans lui, Racine lui-même n'eût été qu'un versificateur ou un médiocre poète.
Mais nous laissons à d'autres, quoique à regret, le soin de relever la mémoire et d'apprécier lé mérite du P. Lemoyne, ou de l'abbé Teslu : ils valent la peine d'être étudiés, et nous serions heureux de provoquer une sorte de réhabilita- tion, qui ne serait ni sans honi\eur, ni sans profit pour son auteur.
Copie de la pièce manuscrite, placée en tête du volume, intitulé : la Gallerie des femmes fortes, par le P. Lemoyne de la Compagnie de Jésus, 5™® édition. Paris, 1667.
AVANT-PROPOS.
Cet exemplaire a appartenu à Madame de Grignan, fille de
Madame de Sévigni.
Voici comment il m'est tombé entre les mains. Une matinée de ce beau mois de juin 1815, je me promenais dans la campagne cherchant des monuments gothiques; comme je dessinais les sculptures d'un vieux clocher, passe
•
le curé qui m'invite à entrer dans son presbytère; j'acceptai, et sur une des tablettes enfumées de sa cuisine, je vis un vieux livre couvert de poussière, que je me mis à feuilleter. Qu'on imagine ma joie, quand je trouvai au premier feuillet, attachée avec une petite épingle de laiton, chargée de vert-de-gris, une lettre de Tabbé Testa à Madame de Grignan. Je tenais un livre que la fille bien-aimée de l'ai-
05
mable Madame de Se vigne avait t^^nii; je lisais une lettre qu'elle avait lue, il s'agissait de m'approprier ma trouvaille : je proposai au bon curé de m'abandonner ce livre, en échange du dessin de son église et de ^!on presbytère; il me dit qu'il ne pouvait en disposer, qu'il appartenait à sa gouvernante Gouton : Mademoiselle Gouton, dis-je à la gouvernante, aussitôt qu'elle entra; voilà une pièce de qua- rante sous, belle, blanche et neuve comme vous; c'est le prix que M. le Curé a mis à ce vieux livre, le marché vous convient-il? On ne dédit pas Monsieur le Curé, me répon- dit-eîle, en pliant le genou pour faire la révérence. Je rais la pièce de quarante sous dans le milieu de la main de Made- moiselle Gouton; je saluai M. le Curé et me retirai avec mon bouquin dans ma poche. Rentré chez moi, je n'ai ou rien de plus pressé que de recopier cette vieille lettre tout usée, toute noire, toute tailladée par environ cent cinquante ans de vétusté, et ensuite de faire relier ce précieux exem- plaire, qui, certc'H, en vaut bien la peine.
<i Tout est n.'diirel et vraisemblable dans ce récit, hors }) un point; cest la discrétion singulière du narrateur, qui ï ne cherche pas à savoir conmient ce livre est tombé dans p les [nains de M"* Gouton, et ne nous apprend ni le nom y> du village qu'il a rencontré dans sa promenade de touriste, » ni son propre noni : ce sont autant de mystères, qu'il i> était aisé de dissiper, au profit d(? son honneur et de sa * réputation d'historien ; nous y aurions beaucoup gagné, » en trouvant de nouveaux motifs de croire à Tauthenticité lù de Tanecdote; d'un autre coté, notre opinion personnelle, :b qu intéresse vivement la découverte d'un livre de la » bibliothèque de la belle Comtesse, nous semble confirmée, ^ soit par la simplicité du récit, soit par Tinvraisemblance » d'une supercherie dont on ne tire aucun profit, soit enfin » par le texte même de la lettre attribuée à l'abbé Toslu, p qu il nous paraît difficile d'imaginer avec les détails de
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» mœurs contemporaines qu'elle renferme, et c'est surtout i> à celte pièce que nous adressons les esprits critiques, » dont nous voudrions obtenir la sympathique adhésion. »
LETTRB DE l'ABBÉ TESTU A LA COMTESSE DE GRIGNAN.
Madame la Comtesse, conformément à vos ordres, j'ai achepté chez votre libraire La Gallerie des femmes foi'tes. C'est, je vous assure un ouvrage très foible, de goust point; de jugement, point; d'imagination un peu; encore ce peu d'imagination est-il déréglé, extravagant, burlesque, bar- l^are. Ce n'est pas l'avis de tout le monde, mais c'est le mien.
J'ai rencontré chez le bon homme Cramoisy (*) un homme qu'on y rencontre souvent. C'est un auteur de manuscrits qui ne voient jamais le jour. Cet homme toujours travaillant, toujours habillé de gris, toujours pauvre, me fait l'honneur quand il parle devant moi, de me trouver quelque mérite ; mais derrière moi, il dit que je n'ai que de l'esprit volatil •qui s'échappe, qui se perd, qui n'a aucune solidité, il scait que les personnes que le Roy honore de sa confiance, ont iiuelquefois daigné m'apercevoir ; et il m'appelle : mon petit preslat, mon joli petit monseiyneicr, et quand je suis sorti il njoute : Ce petit abbé Testu se démènera tant, mangera tant de petites colations des dévotes de qualité, qu'il finira par estre evesque; toutefois il n'entrera pas dans l'église par la porte, ce sera par la chatière ('). Vous le voyez,
(*) Au XVII* siècle, les Cramoisy étaient les Didot de nos jours.
(') Je ne sais où j'ai lu que cet abbé Testu, souvent mentionne!* dans les lettres de M"* de Sévigné, était si petit qu'au besoin il aurait pu servir d'âme à un gros homme. Je crois avoir lu aussi ([u'il fut fait évèque à la recommandation de M"* de Maintenou. «Notre annotateur se trompe doublement; c'est M"* de Montcspan '» qui demandait l'évôchô à Louis XIV qui le refusa, le trouvant trop a mondain. L'abbé ne fut point nommé. »
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Madame, je me regarde bien au-dessus de la portée de tous ces petits traits.
On m'a dit que cette manière d'auteur estait d'assez bas lieu, bien que né sur les montagnes d'Auvergne ; qu'il n'estait qu'un petit robin encore qu'il portât le nom patronimique de l'illustre famille des Grignan (\). On m'a dit aussi qu'il était en relation trez fréquente avec le grand Arnault qu'il contredit souvent en face, et qu'à cause de cette assurance le grand Arnault le croyait seul des habitués du Port Royal en estât de lui tenir teste. C'est avec cet homme, tel quel, que nous avons eu chez vostre libraire, une vive discussion, si vive sur la fin que le jeu de ses poumons me deschirait le tympan de l'oreille ('); je lui ai ri au nez (') et l'ai salué profondément en me retirant, y^raw^ mais un peu tard qu'on ne m'y prendrait plus. Voici d'où estoit venue la discussion. Cet homme qui a des sentiments tout terrestres, qui ne croit pas à l'union des âmes, aux sentiments et aux passions platoniques, qui dit qu'il a toujours le diable pondu à Toreille quand on lui parle de la vertu des femmes de hault estage, prétendpit que le Père Lercoyne avait manqué de sens quand il avait esté chercher les femmes fortes parmy les roynes, les princesses ou les femmes de qualité. — Où auriez-vous donc voulu qu'il les eut prises, lui ai-je dit, est-ce parmy les femmes du commun? — Ehl pourquoi pas? pour- quoi pas? s'est-il écrié avec une voix d'onagre qui a fait accourir de l'arrière boutique quelques voisines qui avaient esté visiter la librairesse : fort de cette gallcrie de petites bourgeoises, qui appuyées sur le comptoir, se rengorgeoient comme une rangée d'oies sur le bord d'une mare, notre homme s'est mis à apostropher des femmes imaginaires, que
(*) Le comte de Grignan était François de Castellanne d'Adeniar (sic) de Mon tell, comte de Grignan.
0 Ainsi dispute mon ami François V. Il a bien quelquefois raison ; mais il crie comme ayant toujours raison : il crie pour vingt.
(•) Voilà bien l'allure de l'imbécile, quand sa tête vide, vernissée de fatuité, est abordée par une tête pleine de cer\'elle.
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les bonnes commères crovoient estre delà connoissance.du stontor d'AuTcrgne : «Ehl pourquoi, disoit-il, ou plutôt » crioit-il, pourquoi no vous appellerai-je pas femme forto, » vous jeune marchande drapièrc, qui avez plusieurs enfants » dont un vous chérit plus que les autres, vous nomme : » belle maman et qui cependant les soignez, les caressez, les » aimez également tous. — Et vous, jeune jolie procureuse ii> qui ne regardez jamais vostre maistre clerc qui vous » regarde toujours, vous avez tout doucement pardonné à » votre mari ses amours avec votre petite cousine, avec » vostre nouvelle servante, au lieu de les publier à toutes » les fenestres de votre maison; pourquoi ne vous appelle- » rai-je pas femme forte — et toy, pauvre douce Annettc » qui avois '^sic) un mari dont le caractère bouillonnant, » contenu en public par l'éducation, n'estoit contenu par » rien dans ton mesnage; tu Taimois cependant, de tout ton » ton cœur; tu remerciois Dieu de te Tavoir donné; tu dois » estre comptée aussi parmy les femmes fortes. — Vous » estes encore, pour moi, la femme forte, vous, Madame » Roniainville à qui le sort ne cesse de donner des domc^s- » tiques fainéants ou sots, des servantes maladroites ou » insolentes, et qui ne les reprenez jamais qu'avec la voix » d'un ange. — Je connais dans la rue Saint-Martin une belle » mercière; elle est naturdlement obstinée, entestée; elle » croit fermement avoir toujours raison ; ot cependant per- » sonne au monde ne prend plus facilement condamnation : 5> c'est encore la femme forte. — Je me souviens maintenant, » Madame Cramoisv, a-t-il dit en s'adressant à la femme du » libraire, que vous me ôtes un jour l'éloge de deux de vos » amies; l'une qui a sa taille belle, ne met jamais son » masque, ni à l'église ni à la promenade (^), bien que la » petite vérole ait cruellement gasté son visage, l'autre trez » jeune mère de famille, dont le mari est premier commis de T> M. de Barbezieux , pour économiser la moitié de ses
(*) r/ciaii alors l'u.-age. Voyez les auteurs du lemps.
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» sCppointcments, se refuse les despenses de luxe, appelées » despensei^ nécessaires à la représentation : ses amies, les » amies de ses amies la critiquent; elle le sait, elle se laisse s> critiquer, car elle est vraiement la femme forte, comme » celle qui va à visage découvert. J'ai toujours désiré de » connoitre une belle horlogôre de la rue du Roulle, qui est » belle comme Vénus, qui a deux grandes demoiselles de » seize ans, belles comme des amours. Elle néglige sa » parure ; elle ne pare que ses filles qui ne tarderont pas à » trouver des maris : c'est la femme forte et très forte. On » me citait une petite femme; toujours assaillie par de » nouvelles fantaisies de bijoux, de musique, de livres, de » beaux meubles^ de beaux jardins^ de beaux logements, qui » résistait victorieusement à toutes ces fantaisies, et une 3> autre, qui avait un mari doux et débonnaire qui se seroit » laissé gouverner et par lequel elle se laissait toutefois » gouverner, afin d*obéir aux préceptes de Dieu et à Tordre » de la nature, je le dis haultement : c*estaient deux femmes » fortes. »
Madame la Comtesse, inutilement on voudrait interrompre cet homme lorsqu'il a commencé à parler : Figurez-vous un grand rouet de moulin, qui jette l'eau de toute part et brise tout ce qui fait obstacle à son mouvement. — Monsieur, Monsieur! lui disais-je, une petite observation, un seul mot! il ne m'entendait pas: force m'a esté de le laisser aller.
^ Un savant et pieux recollet, a-t-il continué, me disait » l'autre jour qu'il avait confessé des femmes de tous ien» » estats, depuis la pauvre bûcheronne 0), qui enduro la » pluie, la neige, le soleil, la faim, la soif, la misère, qui i> tous les soirs bénit Dieu, avant d'entrer dans sa couche » de feuilles sèches, jusques aux princesses, aux grandes i> dames, dont les volontés et les désirs sont tout-puissants,
(') Le dictionnaire de TAcadémie n'avait pas été' fait : c'était encore le bon temps; on disait Buchetonne, Librairesse, Horlogére,
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» au milieu de ce continuel cortège de grands écuyers, de 0 beaux pages et élégants officiers. »
Il a débité sous le nom du recollet tant de pauvretés, tant de mensonges, que, perdant le peu de patience qui me restait, je me suis sauvé à toutes jambes.
Excusez-moi de vous avoir si longtemps entretenu des bizarres opinions de cet extravagant, qui n*a guères d'autre mérite que d'estre enthousiaste fol de Tesprit de Madame la marquise vostre mère.
Avant de unir ma lettre, je vous demanderai. Madame, encore un moment d'audience. Il est un projet qui me vient et revient souvent dans la teste. Le Père Lemoyne a fait les portraits des femmes fortes qui ne vivent plus; je voudrois, moi, faire les mignatures des femmes^qui vivent. Je me suis déjà essayé : voici le premier petit médaillon.
« Artenice est née du sang des dieux : dès qu'elle vit le x> jour, les fées qui la destinoient à monter sur le trosne, » la comblèrent de tous les dons. A peine parut-elle à la » cour que sa beauté éblouit tous les yeux. Ses rivales » obtinrent du Roy, le grand Emanuel, qu'elle seroit Royne » du loingtain Royaume d'Arles (*). C'est là que depuis i> plusieurs années, elle règne par son amabilité et par ses » grâces sur un peuple enchanté.
» L'esprit d'Artenice est comme son hault-chasteau. Il est » élevé au dessus des moyennes régions : Artenice tient de » son vieil Homère que les princesses de Troye ne dédai- » gnaient les seings du mesnage ; elle surveille avec dignité » son immense maison ; et par une continuelle économie, » elle en soutient la magnificence. Elle passe, sans effort, » des haultes méditations de la philosophie la plus ardue, à » la petite causerie des salons : elle pose le compas d'Euclide » et prend une aiguille de tapisserie. Artenice fait le » bonheur du roy, son époux, qui fait le bonheur d'Artenice.
(1) ^fme de Grignan était commandante de la Provence. Sur ce fait et sur tous les autres, voyez les Mémoires du temps.
r
7
n
» Dieu veut les entourer d'une nombreuse famille et multi- » plier dans leur maison les rejetons des héros qui allèrent, » sous Godefroy de Bouillon, conquérir TAzie (*).
» Le cœur d'Artenice est le trône de Tamour filial, aussi » bien que de Tamour conjugal. Elle est la fille de l'aimante » et aimable Zénobie.
» Au physique la fille est la jolie mignature de sa mère : » au moral sa mère est la jolie miniature de sa fille.
» Ar^enice, pour avoir un corps délicat n'en est pas moins p la femme forte (*). »
Nous n'osons combattre la bien sévère admonestation de notre inconnu; c'est une pensée fort morale, que celle (l'éviter toute flatterie à l'égard des femmes, comme à l'égard des rois : mais ici l'abbé n'est pas au confessionnal, et rien ne nous autorise à croire qu'il fut un directeur trop indulgent; nous avouons avoir éprouvé un véritable plaisir à lire ce joli portrait, ainsi que le coup de pinceau vraiment délicat qui met en relief les qualités supérieures de la mère de la comtesse, cet admirable modèle de goût, d'esprit et d'amour maternel.
(*) L'histoire des croisades mentionne les Casteîlane et les Adhé- mar.
(') Ce petit flatteur d abbé Testu, si, au lieu d'exagérer les qualités (le M°" de Grignan, dont il était le directeur, il lui eût fuit connaître ses défauts, il eût peut-ùtre rendu cette belle, spirituolle et vertueuse comtesse une femme parfaite, autant que ce mot peut s'appliquer aux êtres de la très imparfaite race humaine; c'est une observation malheureusement vraie : on dit quelquefois la vérité aux rois, on ne la dit jamais aux jeunes femmes.
73
ÉTUDE
SUR
9 ^
QUELQUES PROPRIETES DES NOMBRES
PAR M. VALAT
Le hasard seul nfa conduit à certains résultats numéri- ques, dont plusieurs rappellent des propriétés connues, si mênne ils n'ont pas été recueillis avant moi dans des formes analogues ou identiques; ce que je n'ose afllirmer, n'aynnt pas eu Toccasion de nùiccuper de ce genre de questions, plus curieuses qu'utiles. C'est en discutant les équations de deux courbes, Tune du 2®, l'autre du -4® degré, et faisant croître simuUanément les abscisses correspondantes par progression arithmétique, que, surpris des résultats singu- liers qui s'offraient à moi, je cherchai la loi que je pressen- tais, et je trouvai les propriétés suivantes ainsi que bien d'autres, dont je m'occuperai avec plus de soin, si celles-ci ont quelque valeur aux yeux des calculateurs.
Je les expose avec toute la concision dont je suis capable et dans l'ordre où elles se sont produites, puisque j'ai dû, en poursuivant mes recherches, étendre et généraliser à mesure que je déroulais les premières conséquences du principe qui m'a servi de point de départ. Je donne l'énoncé sous la forme d'un théorème; puis vient l'application, et je termine par la formule générale, qui sert de démonstration. Je n'ai pas besoin de faire remarquer l'extrême simplicitr^ du premier théorème, qui est l'expression d'une presque
idenlité; la simplicité du point de départ, si elle n'est pas un mérite, ne doit pourtant pas être assimilée à un défaut : qu'on ne me la reproche pas.
Article 1®'. — Bez produits de deux nombres.
Théorème i. — Le produit de deux nombres consécutifs quelconques, augmenté du plus grand, donne le carré de celui-ci; augmenté du plus petit, donne aussi le carré du plus grand diminué de Tunité.
Rx. 6.7 4-7 = 7« = 49, 6.7-^6 = 6.8 = 48.
En général,
n(n + 1) + n + 1 = (>n- 1)' , n(n -h 1) + n = (n -4- 1)* — 1 .
Tliéorème 2. -7- Le produit de deux nombres pairs ou impairs consécutifs, augmenté de 1, donne le carré de leur
«
moyenne arithmétique.
Ex. 8.7 + 1 = 36, 10.124-1 = 421.
En général,
(2/Î4- 1)(2» + 3) + 1 = (2n4- 2)% 2n(2n + 2)+l = (2n4-l)'.
Théorème 3. — Le produit de deux nombres pairs ou impairs, que sépare Tintervalle d'un seul pair ou impair, augmenté de 4, donne le carré du nombre intermédiaire.
Ex. 7.11 H- 4 = 81 carré de 9, 6.10 4- 4 = 64 carré de 8.
En général,
(2n+l)(2n+K) + 4 = (2n-f-3)% 2n(2n-f-4) + 4=(2n4-2)«.
Nota. — On voit la loi que suivent les produits analogues dont les facteurs sont séparés par 2,3, ... intermédiaires.
75
Chacun des produits doit être augmenté de Tun des carrés 9,16, etc., pour former le carré de la moyenne arithméti- que des nombres donnés.
Ainsi 4.42+16 = 64 el 5.13+16=81. Comme 4.14 4-25 = 81 et 5.15 4-25=100.
. Théorème 4. — Le produit de deux nombres pairs ou impairs, consécutifs ou non, augmenté du carré de leur demi-différence, donne le carré de leur demi-somme
2n(2» 4-2p) 4-p' = (2n 4-p)» et
(2« 4- 1) (2« 4-2p 4- 1) 4-p* = (2n 4-p 4- 1)'.
De ce dernier théorème résulte un moyen pratique fort simple de trouver deux carrés en nombres entiers ou frac- tionnaires, dont la somme soit un carré.
Les diverses formules qui donnent la solution de ce problème, dont la plupart sont consignées dans les traités de Géométrie, et plus particulièrement dans YHistoire des Mathématiques de Montucla, se réduisent à celle que nous avons présentée. En la mettant sous la forme suivante
(») ^'*''*' + (-2-)=(-2-)'
on obtient la règle pratique dont nous pouvons nous servir [)Our calculer deux carrés dont la somme soit un carré, et même pour former la suite de tous les carrés susceptibles de remplir la même condition.
Règle pratique, — Prenons deux nombres quelconques; élevons au carré chacim d'eux; le produit des deux carres et le carré de leur demi-différence donnera le carré de leur demi-somme.
Ex. 11 et20donnentl2lel400,dontleproduitestlecarré
76
A AAKy^t^ cicin -4 /400-I21V 279» 77841 ^ deli X 20 = 220; ajoutez! 1 =-7-- — |— ,et
,/400-f- 12l\' 271444' vous aurez le carre ( 0 1 = — ^
On a donc
,.,.. 77841 2714ii 48400 H r — = — j —
ou bien
11» X 20% c'esl-à-dire 220' 4- (^Y= (^)';
en nombres entiers, 440* + 279* = 521% ou bien
193600 -+- 77841 =271441.
2® Exemple. Prenons 5 et 7, dont le produit 85 élevé au
— ^j-^J i=r 144, et vous aurez
carre /49-+-25\'
Nota. — La formule (t) donnera la série des carrés entiers ou fractionnaires remplissant la condition mentionnée, en y posant m = 1 ... 2 . .8... 4, etc., avec ?i=:^2 .. 3...4...5, etc. L'hypothèse m=:n conduit à Tidentité m' = m% il est d'ailleurs évident que cette formule peut revêtir la forme entière, bien connue, 4m'?i' + (n* — m*)* = (n^ -h m*)\
Article 2. — Des produits île trois nombres. .
Théorème 5. — Le produit de trois nombres consécutifs pairs ou impairs, augmenté de quatre fois le terme intermé- diaire ou leur moyenne arithmétique, donne le cube de ce même nombre.
Ex. 3.5.7 + 4.5 = 125 = 8» et 4.6.8 + 4.0- 216 = 6^
77
En général,
C2n 4- 1) {in 1- 3) {in 4- 5) -h 4(2#i -h 3) - . (2n -+- 3;' et
2n(2w -f 2) i;2/î 4- i) -h 4.2« -î 2) = {in -h 2;^
On en déduit, par la suppression du fadeur commun, les deux expressions
(2w 4- I ) (2/j 4- fi) 4- 4 = ('2w 4- 3)*, 2w(2w4-4M-4=i(2nH-2)%
déjà trouvées dans le précédent article.
On aura plus simplement la formule générale
n{n 4- 2) (n 4- 4) 4- 4(w 4- 2) = (n 4- 2)^,
qui donne aussi
n ' îî 4- 4 1 4- 4 =1= {li 4- 2/
Théorème 6, — Quand les nombres sont séparés par un intervalle plus considérable, la règle demeure la même, sauf le coetlicient du terme ajouté au produit des trois nombres^ qui devient l'un des carrés suivants : 9, IG, 25, etc.
Ex. «(n4-3)(n4- 6)4-9(w4-3; = (w4-3)'.
Si w = 1 , on a
1.4.7 4 9.4 = 64 = 4'
En général, pour 1 intervalle ;), on obtient la formule
W (W 4- p) (W 4- ip) 4-p* (W 4-p) - - (n 4-p)%
de laquelle on déduit la forme précédente
n(w4-2p; 4-p* = (n4-p/.
Article 3. — D($ produits de quatre nombres.
Théorème 7. — Le produit de quatre nombres consécutifs pairs ou impairs, augmenté de dix fois le produit des deux
78
termes intermédiaires et de 1, donne la 4' puissance de leur moyenne arithmétique.
Ex. 3.5.7.9-1- 10.8.7-*- 1 = 6* = 1296, 2.4.G.8 -4- 10.4.6 +1 = 5* = 628.
En général I .
n(« + 2)(n-f-4)(w4-6)-hl0(w-h2)(n-f-4)H-l = (n-h3V.
Théorème 8. — Le produit de quatre nombres consécutifs quelconques étant augmenté : 1^ du double produit des trois derniers; 2^ du carré du troisième, donne la i^ puissance de ce troisième.
Ex. 2.3.4.8-h2.3.4.6 + 4« = 4* = 286 et
3.4.8.6 H- 2.4.8.6 -f- 8» =:5* = 628.
En général,
n(«-+-l)(»n-2)(n-h3)
+ 2(n-f-l)(n4-2)(«-h3) + («-f-2)» = (n-h2)*;
de cette formule on tire
«(n-i- l)(n4- 3) -^ 2(n H- 1) (n-i-3) 4- (n -*- 2) = (n-i-2/
ou celle-ci
(tn-l)(n-t-3)4-l = (n4-2)%
connue.
Théorème 9. — Le produit de quatre nombres consécutifs étant augmenté du double produit des deux nombres inter- médiaires, donne le carré de ce dernier produit.
Ex. 1.2.3.4 4-2.2.3 = 2*.3' = 36 ou bien
n(w+l)(n4-2)(n + 3)4-2(n4-l)(n + 2) = (n-fl)'(n + 2)%
d'où Ton tire
n(n4-3) -^ 2 = {n-h 1) (nn- 2),
79 plus généralemeot
(n+p)(nH-p') — (in-p— l)(n4-p'4-i) =p' + 1— p. En admeltant p' =p ..., soit
n = 10, p'=p = 4, 14.14 — 13.15 = 1.
Nous laissons à dessein de nouvelles combinaisons qui conduisent à des formules sans intérêt, comme celle-ci
(n-hl)(«-+-3) — n(?i + 4) = 3; soilw=10...11.i3 — 10.14iii:3, c'est-à-dire 143-140=3.
Nota. — On a dû remarquer que la plupart des propriétés signalées tiennent è la disposition symétrique des termes qui forment progression w itinnélique, A ce point de vue, elles se rapprochent des propriétés connues sons le nom de Nombres de Beriiouillij et récemment étudiés par Téminent professeur de Liège, M. Catalan, dans son ouvrage publié par la Société royale des Sciences, sous le nom de Mélanr/es mahémaltques (2' série, t. II, année 1867, Liège); mais plusieurs échappent à cette loi de symétrie, et nous y ajoute- rons la suivante, qui n'est pas une des moins remarquables.
Théorème iO. — Le produit de quatre nombres, consé- cutifs seulement deux à deux, c'est-à-dife du premier au deuxième et du troisième au quatrième, avec une lacune par suite du deuxième au troisième, augmenté : 1^ du pro- duit des deux termes du milieu; 2° de 1, donne le carré du produit de ces termes diminué préalablement de Tunité.
Ex. 1.2.4.54-2.4-1-1=: 49= 7%
2.3.5.6 4- 3.5 4- 1 = 196 = 14%
3.4.6.7 4-4.64-1 = 529 = 23*. En général,
n{n 4- 1) (n4- 3) («4-4) -h (w 4- 1) (« 4- 3) -f- 1
= [(n+l)(n4-3)-l]'j
.^0 de cette égalité on déduit une égalité déjà obtenue
(n -h I ) {n/h 2) — /? (n -+- 4) = 3 ,
et par suite celle-ci
{n -H I) (« -f 2) (n -4- 3) — w ( w -h 2) (n 4- V) = 3(« -f- 2j Ex. 10.il.l2 -9.II.i3~3.il = 33.
Akiicle 4. — D^i* produits de cinq nombres.
Théorème H. — Le produit de cinq nombres impairs consécutifs donne la 5* puissance du facteur qui tient le milieu de ces nombres rangés par ordre de grandeur crois- sante, si on l'augmente : 1^ de vingt fois le produit des trois facteurs du milieu, 2° de seize fois le terme du milieu, qui est la moyenne arilhnjétique des cinq nombres.
Ex. 3. 5. 7. 9. 11 + 20. 5. 7. 9-f- 16. 7 = 7%
c'est-à-dire
10395 -f- 6300 + 112 = 16807.
En général, on a
(2n-+-l)(2w-4-3)(2w-4-o)(2n-f-7)(2w-+.9)
H- 20(2w-f-3)(2w-f-8)(2w + 7; -h!6(;2n-H5) = (2w^-o)^
Si Ion supprime le terme commun 2n4-5 qui occupe le milieu do la série, nous avons
(2w -+- 1) (2« -i- 3) (2n-i- 7) (2fH-9)
20(2n-^3)(2n4-7)^-16 = (2n-^S)^
théorème analogue au théorème 0, et dont nous no donnons pas renoncé.
81
Théorème i2. — Le produit d'une série de cinq nombres pairs rangés dans Tordre ci-dessus indiqué sera aussi une 5* puissance de leur moyenne arithmétique, si l'on augmente le produit de quatre fois le produit des termes de rang impair et de seize fois la "A^ puissance de la moyenne.
Ex. 2.4.6.8. 10 + 4.26. 10 + 16.6' = 6» = 7776,
3840 + 480 -+- 3466 et
4.6.8.10.12 4-4.4.8.12 4- 16.8' = 8» = 32768.
23040 + 1536 4-8192.
En général,
2w(2»4-2)(2n-h4)(2n4-6)(2n4-8)
4-4.2n(2w4-4)(2»4-8)4-16(2» + 4)' = (2»4-4)».
Olons le terme commun 2w + 4, et nous aurons
2w(2«4-2)(2«4-6)(2w4-8)4-4.2n(2M4-8)
4-16(2n4-4)' = (2«4-4)*.
Nous n énoncerons pas le théorème correspondant; mais nous ferons remarquer que la comparaison des deux dernières formules conduit à l'identité
5(«4-l)(«4-3)4-l-4w(n4-4) = 16(n + 2)*,
autre théorème applicable à la série des nombres consécutirs n, n + 1, n + 2, n-h3, w + 4.
Théorème iS. — Le produit de cinq nombres consécutifs quelconques donne également la 5*" puissance de leur moyenne arithmétique, pourvu que Ton augmente ce produit de dix fois la moitié du produit des trois nombres intermé- diaires et du terme milieu ou moyenne arithmétique des cinq nombres.
82
Ex. 1.2.3.4.5 + -^^.10 + 3 = 3' = 243,
z
2. 3.4.8.6 + ^^.10 + 4 = 4* = 1024,
3.4.8.6.7 + -^4^ .10 + 5 = 5' = 3125. En général, on a
n (n -h 1) (n-h 2) (n 4- 3) (n + 4)
+ (^±ili^±^Hl±^).,0 + «-.2 = («+2)'.
En ôtant le terme commun n + 2 , il reste
n(n+l)(n + 3)(n + 4)+^""^*y'^^^10+l = (n + 2)«. Si n =: 4 , en trouve
4.8.7.8 + ^.10+ 1 = 6' = 1296, 1120 4-176'-^!.
Nous omettons plusieurs résultats analogues aux précé- dents et ne poussons pas plus loin cet exposé, craignant de poursuivre des recherches trop faciles ou déjà plus avancées et plus complètes; mais si j'acquiers la certitude qu'elles ne sont pas connues en tout ou partiellement, si d'ailleurs elles offrent un degré d'intérêt qui les rende dignes d'être plus attentivement étudiées, je continuerai à les présenter el à les apprécier dans leur singulière variété.
Ainsi, je croirai devoir examiner ce qui se passe : 1** lors- que certains de ces facteurs deviennent égaux ; 2^ quand on prend la série des nombres figurés; 3^ lorsqu'on veut s'élever à la loi générale de ces variations.
83
l_ A
LÉGENDE DU PRÊTRE JEAN
PâR G. BRUNET
I
La légende du Prêtre Jean fut acceptée sans hésitation au moyen âge; elle n'est guère connue aujourd'hui que d'un petit nombre d'érudits. Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos d'en citer ici quelques détails, sans prétendre en rien épuiser un sujet à l'égard duquel on pourrait écrire un gros volume.
Vers le milieu du xu® siècle, les conquêtes des croisés dans la Palestine étaient sérieusement menacées; la puis- sance des Sarrasins s'était accrue d'une façon effrayante; Édesse venait d'être enlevé d'assaut (1144); le découra- gement se répandait parmi les chrétiens. Soudain, se répandit en Europe le bruit qu'un puissant roi, fidèle à la religion de Jésus, et maître d'une partie de l'Asie, le Prêtre Jean^ avait remporté de grandes victoires sur les Musulmans et qu'il marchait au secours des croisés. On croit facilement ce qu'on désire, et l'appui du monarque dont Texistencc venait de se révéler ne fut pas mise en doute. Les papes voulurent entrer en relation directe avec lui; Alexandre III lui adressa, le 27 septembre 1177, une
8^
lettre (*) qu'il remit à Tévêque Philippe avec mission de la porter à son adresse; ce Philippe avait déjà apporte au pape une communication du Prêhe Jean exprimant le désir de se rendre à Rome; c'est du moins ce qu'affirment quelques anciens auteurs, mais leur assertion ne saurait être admise.
L'ambassadeur partit, mais on ne reçut pas de ses nouvelles, et le Prêtre Jean ne se montra point dans la Syrie à la télé de ses armées; plus tard parurent les Mongols dont les hordes sauvages portèrent le fer et le feu dans les régions septentrionales et orientales ^de TEurope.
On pensa qu'un des moyens propres à détourner le retour de semblables calamités était d'adoucir les mœurs de ces nomades, de les convertir au christianisme; de courageux missionnaires partirent dans ce but; ils recueillirent au sujet du Prêtre Jean des notions vagues et contradictoires; on affirma qu'il avait péri les armes à la main en combat- tant les Mongols ; Jean de Piano Carpin appelle ses États les petites Indes et mentionne les habitants comme étant de couleur noire.
L'ignorance de l'époque transporta en Afrique le Prêtre Jean, tout en croyant le laisser en Asie. Jourdain nous apprend que les États de ce monarque, l'Abaccia (Abyssinîe), forment la seconde Inde, la moyenne; six rois, trois chré- tiens et trois musulmans, sont soumis à son autorité; ses sujets sont braves cl guerriers, toujours combattant contre
(*) Cotte lettre se trouve avec des variantes dans divers recueils. Voir entre autres les Annales ecclesiastici de Baronius, édit. de Lucqnes, 1*7 W, t. XIX, p 450. et les Begesia Pontipcum Romanorum, édités par Ph. JalTô, BeroUni, 1851, p. 775. La lettre papale débutait aiujii : « Gharissinio iu Christo fllio illustri et magnifico ludoruni »> Hegi; » on trouve parfois ensuite ces deux mots : « Sacerdotum » sanctissimo, » mais ils paraissent avoir été ajoutés par quelque copiste.
85
le sultan d'Aden, contre les peuples de la Nubie. Il avait formé le projet de se rendre à Jérusalem afin de visiter le Saint Sépulcre, mais il céda aux instances des seigneurs de sa cour, qui lui représentèrent tous les dangers qu'il y aurait à traverser de vastes pays au pouvoir des Sarrasins.
A l'époque du Concile de Florence, le pape Eugène IV voulut tenter de réunir à TÉglise romaine ce peuple sebismatique que la rumeur publique plaçait dans l'Asie centrale; il adressa, le 5 des calendes de septembre, deux lettres identiques, Tune à l'empereur des Indes, Thomas, l'autre au Prêtre Jeariy empereur des Éthiopiens. On les trouve dans les AnJiales Mindrumde Wadding (t. XI, p. 71). Ces communications ne pouvaient avoir aucun résultat.
Le Portugal était alors, des divers États de l'Europe, le plus empressé à se lancer dans la voie des découvertes maritimes; de brillants succès couronnaient ses efforts. Le prince Henri dirigea vers TÉthiopie (ou Abyssinie) des envoyés qui y trouvèrent en effet un roi professant le christianisme et qui, à certains égards, reproduisait les traits déjà assignés au Prêlre Jean. Un ambassadeur de ce monarque parut à Lisbonne, à la cour du roi Emmanuel. On regarda comme certain que les sujets de ce prince avaient conquis une grande partie de TAsie; on alla jusqu'à représenter le souverain du Thibet, le Dalaï Lama, comme étant son descendant, mais coupable d'apostasie. Il fallut attendre jusqu'au xvii* siècle pour que des notions plus justes eussent fait justice de ces erreurs.
Nous trouvons à cette époque diverses opinions émises parles savants au sujet du nom de ce roi fantastique; les Italiens, qui s'étaient occupés de lui, l'appelaient Preste Giani; Joseph Scaliger {De Emend. temp.y I, 7) le place dans la Perse; d'autres l'appellent Prester Chai (chef des priants, des chrétiens); on le nomma aussi Preto Joam,
86
Jean le Noir (preto, en portugais, noir). D'ailleurs, la confusion qui, au moyen âge, régnait dans les idées géographiques, ne distinguait guère l'Afrique de TAsie; les Éthiopiens et les Indiens sont à peu près un seul et même peuple pour certains auteurs. Ajoutons que le Prêtre Jean fut signalé comme descendant d'un des trois rois mages dont il est fait mention dans FÉvangile; on le représenta tantôt comme un descendant de Balthazar, roi de Saba, ou de Gaspar ou Jaspar, roi de Tarsis, noms que les modernes ont fort défigurés. En Âbyssinie, les rois mages s'appellent Kyssad, Âuxosson et Âlbetir. (Ludoiphe, Lex. JElhiop.) On alla jusqu'à prétendre que les Tarlares expri- maient l'intention d'aller à Cologne chercher les trois rois mages et de les amener dans leur pays. {Recueil de Voyages, par Bergeron, p. .i7.)
H
TÉMOIGNAGES DES AUTEURS DU BlOYEN AGE.
Othon, évèque de Fresîngen, paraît le premier auteur (*) qui ait fait mention du potentat qui nous occupe; il inscrit dans sa Chronique, à la date de 1145, que quelques années auparavant, un prince, appelé Jean, qui habitait derrière l'Arménie et la Perse, chrétien, ainsi que son peuple, mais nestorien, avait porté la guerre dans la Perse et la Médie, s'était emparé d'Ecbatane, et avait adressé des lettres à divers souverains afin de leur notifier l'extension de sa puissance.
Albéric de Trois-Fontaines dit dans sa Chronique^ année 1165, que le Prélrc Jean, roi de l'Inde, envoya à divers
(') Chronicon, lib. VII, ch. xxxiu. BasHeœ, 1569. p. 140.
87
souverains, tels que Manuel, empereur de Constanlinople, et Frédéric, empereur des Romains, une lettre contenant beaucoup de choses merveilleuses.
Jacques de Vitry, évêque d'Acre, dans son Historia IlierosoUmiiana (*), dit que les Nestoriens étaient fort nombreux dans la terre du prince très puissant appelé Prêtre Jean. En 1219, ce prélat adressait au pape Ilonorius III une lettre qui mentionnait le très puissant roi des Indes David, que le vulgaire appelle Prêtre Jean, guerrier aussi habile qu'intrépide, toujours victorieux; il ajoutait: cDominus eum in diebus noslris suscitavit ut 3» esset maliens paganorum et perfidi Machometi pestiferse p traditionis et execrabilis legis exterminator. >
On voit que Jacques de Vitry se faisait de graves illusions ; c'est un tort que bien des Français ont partagé de nos jours.
Marco Polo, le plus célèbre, le plus instructif des grands voyageurs du moyen âge, raconte les démêlés des Tartares avec aie Prestre Johan, de coi tout le monde en parolent desagrantsegnorie.D (Ch.LXlV, p. 63, édit. de1826, in4% publiée par la Société de Géographie.) Cinghis Can mande au Prestre Johan qu'il <r veut sa fille prendre à femme.» Le Prestre Johan le a tint à grant despit et dit : Et coman » a grand vergoigne à Cinghis Can de demander ma fille à ]p femme? Or, ne set-il qu'il est mes homes et mon sers? > Or, retornés à lui et li dites que je feroie ardoir ma file ]i que je la donast à feme, et li dites por ma part que je li » mant qu'il convenoit que je le met à mort si con traiter » et desliaus qu'il estoit contre son seingnor (*). »
(*) Insérée dans le Recueil de Bongars : Gesta Dei per Francos. Hanovis, 1611, p. 4092.
C) On consultera avec profit les notes de deux savants éditeurs 4e Marco Polo : Marsden en 1824 et Pauthier en 1866.
88
Cinghis Can fut très irrité a de la grant vilenie que le Prestre Joban il mande, > et il marcha contre lui à la tête d'une très nombreuse armée (n et fu la grangnor bataille que fust jamès veue; le Prestre Johan fut tué et ses États furent conquis par Cinghis Can. » (Ch. LXV-LXVIIL)
Le chapitre CIX nous apprend a cornent le Prester Johan ûct prandre le roi Dor. »
Guillaume de Rubruk (*), de Tordre des Frères mineurs, pénétra en 1253 dans TÂsie centrale : saint Louis Tavait envoyé auprès du khan desTartares. Il raconte qu'au temps de la prise d'Antioche par les croisés (en 1098), Carichan, roi du Gara-Calhay, fut, à sa mort, remplacé par un usurpateur, prêtre nestorien et chef des Naïmans, qui fut généralement appelé le Prêtre Jean; celui-ci étant mort sans héritiers, fut remplacé à son tour par son frère (nunc potens pastor).
Un autre missionnaire, Jean Du Plan de Carpin (*),
(*) h'Itinerarium de Rubruk a été publié dans le IV* vol. des Mémoires de la Société de Géographie (1836, in-4% p. 213-396) d'après deux manuscrits, Tun du British Muséum, l'autre du Trinity Collège (Cambridge); il avait déjà paru, mais d'une façon bien incomplète, dans les recueils de voyages anglais d'Hakluyt, 1598, 3 vol. in-fol., et de Purcbas, 1625, 5 vol. in-fol., ainsi que dans la collection de Bergeron, 1729, 2 vol. in-4®. Le texte, mis au jour en 1836, est précédé (p. 205-212) d'une notice due à M. Th. Wrigbt et à M. Fran- cisque-Michel, qui, jeune encore, débutait dans cette carrière de l'érudition qu'il a parcourue avec éclat et avec une infatigable activité.
(') Né vers la fin du xn« siècle, il entra dans l'Ordre de saint François. La première édition complète de la relation de son voyage est celle qui figure dans les Mémoires de la Société de Géographie, p. 603-'779.
Vincent de Beauvais avait inséré, dans son Miroir historial, une partie de la relation du moine voyageur; diverses collections de voyages la reproduisirent avec plus ou moins de détails. M. d'Avezac (p. 433-601) a laborieusement réuni au sujet de Du Plan de Carpin nt de sa mission tous les détails biographiques et bibliographiques
89
raconte que le Prêtre Jean eut recours au feu grégeois pour combaltre les Tartares. Il fit fabriquer une grande quantité de statues de cuivre qu'on remplit de matières combustibles et qu'on attacha sur des chevaux; derrière se placèrent des hommes qui y mirent le feu.
Mathieu Paris avance également, dans son Historta major, que le Sacerdos Johannes professant les erreurs des Nesto- riens, régnait dans Tlnde majeure. Vincent de Bcauvais en parlait de son côté dans son Miroir hisiorial, et Joinville mentionnait ^ le peuple des Tartarins subjectz à Prcslre -h Jehan d'une part et à l'empereur de Perse d'autre part. >
Ricold de Monte-Groce affirme, comme Marco Polo, que le Prebstre Jehan périt dans une bataille contre les Tartares, c et le fils du grant caan print à femme la fille de > Prebstre Jehan. »
Il serait d'ailleurs aussi difijcile que superflu de chercher à établir une base solide sur les idées géographiques des auteurs du xiii"* siècle, sur les guerres qui ravageaient TAsie et qu'ils connaissaient fort imparfaitement. MM. d^\ve- zac et Oppert sont entrés à cet égard dans des considérations étendues; nous ne pouvons qu'y renvoyer.
Le Prêtre Jean, après avoir été l'objet de vagues indica- tions, cessa d'occuper les esprits; les chrétiens, qu'il devait venir appuyer, ne le voyant pas venir, conçurent des doutes à son égard. Le xiv* siècle est à peu près muet sur son compte; il faut arriver à l'an 1448 pour trouver le témoi- gnage de Jean de Lartic, grand-maître de Rhodes, qui, dans une lettre écrite le 3 juillet au roi de France (Charles VII),
qu'il est possible de rassembler. Parti de Lyon (où se tenait aloi-s un concile), le jour de Pâques, 16 avril 1245, il revint dans la mémo ville en 1248, après avoir traversé la Russie et après avoir échappe d*une façon presque miraculeuse aux dangers et aux fatigues du plus pénible des voyages.
90
parle du Prêtre Jean de PInde comme étant en Afrique, maître du cours du fleuve sans lequel TÉgypte ne peut vivre, et menaçant La Mecque. Dès 14-36, un géographe italien tragait une carte sur laquelle il donnait à TAbyssinic le nom i^Imperium Prèle Jani.
Un célèbre voyageur anglais, Jean de Mandeville (*), donne au Prêtre Jean le nom de « grant empereur d'Inde et ]» appelle on son royaume lisle de Pentexoire; tient moult » grant terre et a moult de bonnes citez. La meilleure cite » de lisie de Pentexoire a nom Nise, qui est la cité royal » moult noble et moult riche. Cil empereur Prestre Jehan "ù est crestien et très grant partie de son royaume aussi, y
Mandeville avait connaissance de la lettre qui circulait en Europe sous le nom du Prêtre Jean; il ne manque pas d'en relater toutes les merveilles, n'y trouve rien d'invrai- semblable, et dans le cours de ses récits, il relate bien d'autres singularités du même genre; la traduction espagnole offre, à l'égard d'êtres monstrueux, des figures en bois fort singulières. Quelques-unes ont été reproduites dans le Catalogo de la biblioteca de Salva (Valencia, 1872, 2 vol. gr. in-8°), n« 3782, pages 742-744 («).
En résumant les témoignages que nous venons d'indiquer, on est amené, ainsi que le constate judicieusement M. d'Avezac, à la ramener à deux versions distinctes : l'une qui place le Prêtre Jean dans l'Inde ultérieure, l'autre qui le met dans le Tarakhilhay. Celle-ci est la plus ancienne;
(^) Ce récit des pérégrinations de cet intrépide touriste eut un grand succès : les éditions latines, les traductions en diverses langues se succédèrent avec rapidité. (Voir le Manuel du Libraire.)
0 L'édition possédée par Salva : Juan de Mandauilla : Libro de las inarauillas del mundo (Valencia, Jorge Costilla, in-folio goth.) était restée inconnue à tous les bibliographes; elle est accompagnée de ligures sur bois représentant les monstres les plus fantastiques; le Catalogo en parle avec détail.
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elle est assez circonstanciée pour qu'on puisse la rappro- cher d*événeraents historiques qu'elle rappelle en les défigurant; des conquêtes réelles furent attribuées à un personnage imaginaire; il fut signalé en 1219 comme faisant trembler TAsie, ce qui ne pouvait s'appliquer alors qu'à Tchenkiz (Gengis-Khan).
Une opinion longtemps conservée, ajoute M. d'Àvezac, plaça dans le Thibet les États du Prêtre Jean. Les rapports apparents de la hiérarchie et des doctrines lamaïques avec celles de la chrétienté, rapports venus probablement d'une fusion du nestorianisme dans le bouddhisme, propagèrent cette idée; le Dalaï-Lama fut regardé comme le représentant du Prêtre Jean, dont les Tartares avaient renversé l'empire. Les opinions restèrent diverses et incertaines; elles finirent par s'effacer lorsque nul indice ne vint attester l'existence d'un souverain prince et pontife à la fois, adonné à des croyances qui, si elles n'étaient pas décidément orthodoxes, se rapprochaient du moins de celles de l'Église romaine. On trouve ainsi l'explication des préoccupations de plus d'un pape à l'égard de ce chef d'une hiérarchie analogue à celle du catholicisme.
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UNE LETTRE ATTRIBUÉE AU PRÊTRB JEAN.
Dans la seconde moitié du xii'' siècle, on vit circuler une lettre latine adressée par le Prêtre Jean à Emmanuel, c'est- à-dire à l'empereur de Constantinople, Manuel Commène, qui régna depuis le mois d'avril 1143 jusqu'en septembre 1180. Cette lettre passait pour avoir été envoyée à l'empe- reur d'Allemagne, au roi de France, à celui de Portugal; elle se trouve jointe à Yltinerarium de Jean de Hesse,
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imprimé en 1504 à Deventer, par Jacques de Bréda; elle a été reproduite, avec des variantes, dans divers recueils, notamment dans la Bibliolheca Orientalis d'Âssemani, et (d'après un manuscrit conservé à la Bibliothèque de Berlin), dans \e& Monumenla GermanitB historica de Pertz, t. XVIII, p. 579 C).
Nous ne traduirons pas cette épître; elle commence ainsi : a Nunciatur apud maiestatem nostram quod diligebas ]» videre excellentiam nostram et mentio Altitudinis nostre » apud te. > Le rédacteur inconnu de cette Epistola s'est borné à reproduire les fables que la crédulité populaire entassait autour d'un souverain régnant à l'autre extrémité du monde.
Le Presbiler Joannes se qualifie de dominus dominan- Hum, surpassant en richesses et en puissance tous les autres potentats. Soixante rois sont ses tributaires. Son pouvoir s'étend jusqu'à l'Inde ultérieure, où est le corps de saint Thomas (*), et comprend Babylone, aujourd'hui déserte près de la tour de Babel.
a Dans notre terre naissent des cocodrilles, des panthères, i> des onagres, des lions moult étranges, blancs et rouges,
(*) Elle se retrouve tout au long dans une des épopées les plus remarquables qu*ait produites TAllemagne au moyen âge, dans le Titurel d'Albert de Scharflfenberg. Une traduction française vit le jour dès le commencement du xvi' siècle, M. Ferdinand Denis Ta reproduite dans un curieux et petit volume publié en 1S43 : Le Monde enchanté.
0 D'après de fort anciennes et respectables traditions, Tapôtro saint Thomas aurait souffert le martyre dans Tlnde et aurait été enseveli dans la ville de Miliapor ou San Thomé. Il existe encore sur la côte de Malabar, dans les États de Cochin et de Travancore, de^; Chrétiens de saint Thomas, connus dans le pays sous le nom de Nazarini et de Syriens; ils y sont établis depuis bion des siècles, ayant quitté la Mésopotamie pour se soustraire aux persécutions des Musulmans. Voir une notice, à lour égard, de lil. Coquebert de Montbret, dans le Recueil de la Société de Géographie, t. IV, p. 25-36.
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1» des ours blancs, des merles blancs, des dragons, des
> grifons, des tigres noirs, verts, des hyènes, des chevaux
> et des ânes sauvages grands comme des moutons, des
> chevaux verts ayant deux petites cornes, des licornes, des
> cyclopes, des hommes cornus ayant un œil sur le devant f et trois ou quatre sur le derrière de la tête, des hommes
> ayant les pieds ronds comme ceux d'un cheval (^), des 1» hommes sans tète, des faucons, des satyres, des géants
> dont la taille est de neuf coudées et des oiseaux de toute » espèce, parmi lesquels le phénix (*) et Tyllerion (*).
> Il y a parmi nos tributaires des anthropophages, et dès qu'un homme, parmi eux, vient à mourir, ses parents dévorent son corps, regardant celte pratique comme chose des plus sacrées (*).
> Dans notre terre, le miel et le lait abondent partout; il n'y existe aucun poison, et les grenouilles ne s'y font point entendre. Nul serpent ne s'y cache dans Therbe, et il n'y a aucun scorpion. Un fleuve. nommé l'Yconus et sortant du
(*} Ces créatures monstrueuses figurent dans maint récit; et on les retrouve dans les Voyages de Sindbad qui font partie des Mille et une Nuits. Pline parle fort en détail de ces êtres extraordinaires; l'anglais Mandeville les décrit de visu,
(^) Il y aurait une élude intéressante à entreprendre à Tégard de cet oiseau fabuleux. Bornons-nous à signaler un vol. in-12 de 154 p., Paris, an VJI : Poèmes sur le Phénix, traduits du latin d'Ovide, de Ladance, de Claudien et de Lermœus.
C) « Ils ont couleur de feu et leurs helles sont tranchantes comme • rasoirs, et en tout le monde n*en a que deux et vivent l'espace de » 60 ans, et puys s'en vont noyer en la mer. »
(*) Jean Du Plan de Carpin, nonce du pape en Tartarie en 1245- 1247, signale chez les Mongols une semblable coutume qu'il qualité de mirabilis, imo potiùs miserabilis. • Cum alicujus pater humanœ natures debitum solvit, omnem congregant parentelam, ut comedant eum, » Rubruk dit de son côté : « Homines solentes comedere parentes suos defunctos ut causa pietatis non facerent aliud sepulchrum eis nisi viscera sua, » Oderic ajoute que le fils fait bouillir la tcte de son père mort et la mange.
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paradis, traverse une de nos provinces, où il se divise en plusieurs bras; il roule dans ses eaux des émeraudes, des saphirs, des topazes et toutes sortes de pierres précieuses. Chez nous naît aussi Fberbe aesidos : celui qui la porte sur soi a le pouvoir de chasser les mauvais esprits et de les forcer à déclarer leur nom, de sorte qu'aucun esprit immonde n'ose envahir notre pays.
» Â trois jours de marche de distance du paradis d'où Adam fut expulsé, il y a une fontaine dont Teau donne à celui qui en boit trois fois à jeun, la faculté de rester toute sa vie tel qu'il était à l'âge de trente ans, et il y a dans cette fontaine des pierres qui rendent l'homme invisible. aSy avons passé cinq cent soixante-deux ans, et nous i> sommes baigné dedans ceste fontayne $ix fois. :»
ePrès de nos États, il y a une rivière qu'on appelle Pyconie, et les habitants sont de la taille d'un enfant de sept ans, leurs chevaux de celle d'un mouton. :»
< Il y a dans notre terre une mer qui ne contient pas d'eau, mais du sable toujours agité, et roulant d'énormes vagues; personne ne peut la traverser, et des montagnes voisines descend un fleuve qui se jette dans cette mer, et qui, au lieu d'eau, roule de grosses pierres, i^
€ Entre la mer de sable et les montagnes, il se trouve une pierre douée de propriétés merveilleuses. Elle est creusée en forme de bassin et gardée par deux sages vieillards; les malades y viennent^ et, s'ils sont chrétiens, ils descendent dans le bassin, et aussitôt il surgit une eau qui leur passe par dessus la tête, et la chose s'étant répétée trois fois, les malades sont guéris de toutes leurs maladies. y>
« En notre terre est l'arbre de vie gardé par un serpent, deux fois plus grand qu'un cheval, qui a neuf tètes et deux ailes; il veille jour et nuit, hors le jour de la Saint-Jean.
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Alors nous allons à Tarbre et n'en vient goutte à goutte que trois livres de cresme, et le patriarche de saint Thomas s'en sert pour nous sacrer. »
< II existe dans notre terre des vers qu'on nomme sala- mandres et qui ne peuvent vivre que dans le feu; ils font des pellicules comme les vers à soie, et elles servent aux ouvriers de nos palais pour confectionner les étoffes à notre usage. Ces étoifes se lavent au moyen d'un grand feu. :»
« Il n'y a dans nos États aucun pauvre; tous les voyageurs et étrangers reçoivent l'hospitalité; il n'existe aucun voleur; l'adultère et l'avarice sont inconnus. :»
€ Quand nous allons à la guerre, nous faisons porter devant nous quatorze croix d'or ornées de pierres précieuses, et chacune de ces croix est suivie de dix mille cavaliers (0 et de cent mille fantassins.
> Entre nous et les Juifs il y a une rivière qui court si fort que personne ne peut la passer excepté le samedi, jour auquel elle se repose; les Juifs sont deux fois plus nombreux que les chrétiens ou les Sarrasins, mais le grand roi d'Israël nous paye chaque année un tribut de deux cents chevaux chargés d'or, d'argent et de pierres précieuses.
x> Lorsque nous allons à cheval, nous faisons porter devant nous une croix de bois, sans aucun ornement, en mémoire de la passion de Jésus-Christ, et un vase d'or, rempli de terre, aQn de nous rappeler constamment que notre chair retournera à son origine, c'est-à-dire à la terre. Chaque année, nous visitons à Babylone, à la tête d'une puissante armée, le corps du prophète Daniel, et nous
(') La traduction hébraïque porte : « Sept mille cavaliers m'ac- compagnent; ils prient constamment Dieu pour moi, et tous sont des «ainis. »
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sommes bien armés afin de combattre les serpents et les botes monstrueuses qui habitent le désert (*). Et on prend chez nous des poissons dont le sang fournit la couleur pourpre.
}> Le - palais qu'habite notre Sublimité est en tout conforme à celui que saint Thomas éleva pour le roi Gondoforus. Le toit est de bois d'ébènequi ne peut ni brûler, ni être brisé. Au-dessus il y a deux boules d'or; les fenêtres sont de cristal (^). Devant le palais est une place où ont lieu les combats en champ clos auxquels nous assistons; elle est pavée avec la pierre qu'on nomme onichinus afin de donner plus de courage aux combattants. Dans la chambre où nous reposons, brûle toujours du baume. Notre lit est de saphir à cause de la vertu de chasteté. Trente mille hommes mangent chaque jour à notre table, elle est d'émeraude et soutenue par quatre colonnes d'améthystes, et grâce à la vertu de cette pierre, personne ne peut s'enivrer.
:» Devant la porte de notre palais, il y a une plate-forme sur laquelle on monte par un double escalier de vingt-cinq marches de porphyre, d'albâtre et de cristal ; au-dessus, des colonnes d'or soutiennent un miroir qui est doué de la propriété de nous montrer tout ce qui se machine contre nous et tout ce qui se passe, de bon ou de mauvais, dans
(*) D'après le juif Benjamin de Tudèle, qui a laissé une curieuse relation de ses voyages en Europe et en Asie au xu' siècle, le tombeau de Daniel serait à Surr ; il n*y aurait à Babylone qu'une synagogue élevée par ce prophète, et les alentours de cette ville en ruines seraient remplis de serpents et de scorpions.
(*) On trouve, dans une des parties les plus curieuses des Mille et une Nuits, les Voyages de Sindbad, la description encore plus brillante du palais du roi de l'Inde, possesseur de mille éléphants; le toit brille de l'éclat de cent mille rubis, et le prince a, dans son trésor, vingt mille couronnes ornées de diamants.
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les provinces de nos Étals (*). Et ce miroir ne peut être ni brisé, ni renversé (*).
j» Nous sommes servis chaque mois par sept rois (^), soixante-deux ducs et deux cent quarante-cinq comtes ou marquis se succédant les uns aux autres.
(*) D'après Jean de 'Hesse, la capitale du Prêtre Jean, située aux extrémités de la terre habitable, est grande comme vingt-quatre fois la ville de Cologne ; elle est carrée ; au milieu est le palais ayant deux milles allemands do longueur et autant de largeur; il repose sur 900 colonnes; au milieu il s'en trouve une plus grande que les autres qui soutient quatre statues gigantesques en pierres précieuses, et le palais repose sur leurs tètes inclinées. II y a aussi, dans le palîiis du Prêtre Jean, • spéculum continens très lapides preciosos... • ad quod sunt electi quatuor doctores qui intuendo ipsum omnia » sciunt qua3 fiunt in mundo. »
(^ De vieux auteurs racontent gravement qu'un miroir placé sur une haute tour à Alexandrie annonçait, à une distance équiva- lente à une traversée do cinquante jours, les navires ennemis qui se dirigeaient vers la ville. Un Grec le brisa.
Ce miroir mervoilleux se retrouve dans les légendes que le moyen âge accumula autour de Virgile transformé en cnclianleur; ren- voyons à leur égard à un travail de M. Ed. du Meril inséré dans les Mélanges archéologiques et Utléraires, 1850, in-S®, p. 425-478, et à une notice de M. Gaston Boissier, Revue des Deuoo-Mondes, 15 janvier 1877.
On lit dans le roman de Gléomadès composé par Adenès au xiu^ siècle :
A Romme flst, i est veritcs
Virgiles plas grant chose assos :
Car il i flst an mireoir
Par qooi on poToit bien savoir,
Par ymagc qaMI y avoit,
Se cm vers Romme poarchasoit
Ne fausseté, ne trayson
De céans de lenr snbjectlon.
La même circoni^ tance se retrouve dans le Roman des Sept Sages de
Rome, dans le poème de l'anglais Gower : Confessio amantis, dans
les poésies de Froissart, etc.
C) Ceci est emprunté aux sept princes de la cour d'Ashaschwc-
• rosch ou Assuréus (Esther, 1, 14) ou peut-être aux sept électeurs de
Tempire germanique. Mandeville reproduit exactement tous ces
détails.
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» A notre table prennent place, chaque jour, près de nous à droite douze archevêques et à gauche douze évêques, des abbés, en aussi grand nombre qu'il y a de jours dans l'année, pour le service de notre chapelle.
j> Il y a dans notre palais une fontaine dont Teau^ après avoir coulé un moment, revient souis terre au point d'où elle était partie, et celui qui en boit, trouve en sa bouche le goût de tout ce qu'il désire boire ou manger, et elle remplit le palais d'une odeur suave, comme si tous les parfums y abondaient; si quelqu'un pendant trois ans, six mois, trois semaines et trois jours, goûte chaque jour de l'eau à celle fontaine, il vivra trois cents ans, trois mois, trois semaines, trois jours et trois heures, et il sera toujours en possession d'une brillante jeunesse (*). >
Il serait superflu de donner plus d'étendue à des extraits d'une lettre que les copistes ont à l'envi surchargée de détails fabuleux, mais les contes qu'elle renferme ne sont pas indignes de quelques observations. Au milieu de ce fantastique, parfois ridicule, se dégagent des souvenirs et des traditions qui servent à l'histoire des aberrations de l'esprit humain, et ces aberrations changent de forme, mais ne périssent jamais; sous ce rapport, le xix° siècle, en dépit des progrès de la science, est encore plus riche que ses devanciers; il n'y a de modiflé que l'aspect extérieur des choses.
Une partie des merveilles que le Prêtre Jean relaie au sujet de ses États, se retrouve dans les Mirabilia Indiœ du dominicain Jourdan de Severac, qui voyagea dans l'Inde en 1130; son récit a été publié pour la première
(*) La fonttiine de Jouvence fit une vive impression sur les imagi- nations au moyen ûge; ce fut en cliercbant IMIe de Dimini, désignée comme la renfermant, qu'en 1512 Ponce de Léon découvrit la Floride.
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fois en 1834 dans le VI* volume du Recueil de Voyages et de Mémoires publiés par la Société de Géographie; on y lit, entre autres chose'?, qu'il y a dans Tlnde des serpents cornus, d'autres ayant dans la tôte des pierres précieuses; dans les trois grandes îles de Jana (Java), il se trouve des hommes tout velus, pas plus grands que des enfants de trois ou quatre ans, et vivant dans les bois; il ajoute que dans rinde, pendant la nuit, le diable parle souvent aux hommes, siciit ego audivi.
Parmi les usages du pays, le bon moine signale l'habitude des femmes de se brûler avec le cadavre de leur époux défunt, ce qu'elles font en donnant les plus grands signes de joie; il dit avoir plusieurs fois été témoin du sacrifice de cinq femmes, veuves d'un seul mari.
Observons d'ailleurs que les fables, les prodiges qui se multiplient sous la plume des voyageurs et des cosmo- graphes du moyen âge méritent Tatienlion de Thommo studieux qui recherche la forme dont la tradition populaire a revêtu des faits réels : ces vieux narrateurs étaient do bonne foi; ils ne forgeaient point des inventions deslinéos à abuser de la crédulité du public; ils émellaient des opinions reçues qui font connaître la situation intellectuelle d'une époque. Ce que l'Europe entendait dire de l'Inde se reproduisait dans une direction tout opposée, et l'orien- taliste Klaprotli a retrouvé dans une Encyclopédie chinoise qu'il cite {Nouveau Journal asiatique, t. XII, p. 288) ce que Du Plan de Carpin disait d'un pays habité uniquement par des femmes et par des chiens.
On consultera avec profit un livre fort savant, où se montre une érudition sérieuse : Traditions tératologiqucf^ , par J. Berger de Xivrey (Paris, Imprimerie royale, 1830, in-8°, xxiii et 532 p.). Cet ouvrage comprend un traité : De Momtnm et Belhiis, d'après un manuscrit du x* siècle;
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une [prétendue] lettre d'Alexandre à sa mère et ù Arislole (*) sur les prodiges de Tlnde (texte grec et traduction française); les Merveilles dinde, e^mlr^xie^ àxx Romand Alexandre, composé au xv* siècle par Jean Wauquelin (manuscrit de la Bibliothèque nationale); les Proprietez des testes, extrait d'un autre roman d'Alexandre dont Tauteur est ignoré.
Le moyen âge consacra à Alexandre des épopées (voir Ginguené dans YHistoire littéraire de la France, t. XV); M. Michelant a publié, en 1840, le Roman d'Alexandre, par Lambert li Tors et Alex, de Bernay, dans la Biblio- tek (^) de TAssociation littéraire de Stutlgard (voir un compte-rendu de cette publication fort estimable dans la Bibliothèque de V École des Chartes, 2® série, t. III (1847), p. 350-354). Ce poëme a servi de base à une composition latine : Liber Alexandri magni de prœliis, écrite au X® siècle et dont on connaît huit éditions antérieures à 1500. Ce livre traduit en français, et remanié, a cons- titué YHystoire dit très hardy et vaillant Alexandre le Grajit, dont il existe plusieurs éditions.
L'origine de ces traditions fabuleuses se rencontre dans un ouvrage grec connu sous le nom du Pseudo-Callislhène, et auquel M. Berger de Xivrey a consacré un long et très savant Mémoire dans les Notices et Extraits des manuscrits
(*) Vincent de Beau vais, dans le quatrième livre de son Miroir historial (ch. liii-lx), a extrait la majeure partie des récils contenus dans la prétendue lettre d*Alexandre; elle fut publiée en latin dès h* XV* siècle, réimprimée à Paris en 1537 et à diverses reprises. Les manuscrits sont nombreux; ils diffèrent beaucoup entre eux. M. Berger de Xivrey est le premier qui en ait fait paraître le texte grec.
(*) T^ Manuel du Libraire, t. I, 958, donne la liste de cinquante ouvrages diflférentH compris dans cette collection et publias de 1839 à 1859.
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de la Bibliothèque du roi, t. XIII, 2' partie, p. 162-306. Le texte grec a paru à la suite de l'Arrien, publié par M. Muller (Paris, 1847) dans la Bibliotheca grœca, éditée par la maison Didot; une ancienne version latine, attribuée à Julius Valepius, se retrouve dans le t. III du Quinte-Curce, de la collection Lemaire (Parisiis, 1822-1824).
Ces légendes obtinrent la plus grande vogue dans TEurope entière; elles parurent en italien, en espagnol, en allemand, en anglais et dans les langues du Nord (voir Graesse, Lehrbuch einer allg. Hier. Geschichte^ Dresden , 1 842 , t. ni, p. 452-456; VHisloire romanesque d^ Alexandre, par F. Faucheur, Gand, 1848, in-8**, 44 p. (extrait du Messager des sciences historiques); VHisloire fabuleuse é[ Alexandre, dans XAnnuairedela Bibliothèque royale de Bruxelles, \^ii', VEssai sur la légende d! Alexandre le Grand, par M. Eug. Talbot (Paris, Franck, 1850, in-8<>); et un travail fort remarquable inséré dans les Mélanges d Histoire littéraire, de M. Favre, de Genève, 1852, 2 vol. in-8o.
Les Merveilles dinde, de Jean Wauquelîn, signalent des dragons de diverses couleurs, ayant sur la tète des crêtes tranchantes comme des rasoirs; des lions blancs «grans comme toriaux)); des rivières pleines de serpents e moult terribles »; des femmes cornues et « ayant le corps velut tout ensi comme on diroit ung camel, et pouvoient bien avoir XII piez de hault» ; d'autres femmes ayant «cheveux de couleur d'or et Ions comme jusques à leur talon, lesquels piez estoient comme piez de cheval» ; d'autres femmes qui ne se nourrissaient que de fleurs et de rosée; des fontaines où le poisson cuit revenait en vie (*); des porcs sauvages ayant à chaque pied deux ongles fort tranchants « et avoient
(') Ceci se retrouve dans la lettre d'Alexandre (Traditions, p. 369) ; un poisson salé porté dans une fontaine pour y être lavé se ranim:i et s'enfuit.
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ces ongles bien lY pieds de larges; des poissons à forme humaine (^) ; des serpents ayant « au froncq cornes de mouton » ; des hommes à tête de cheval et jetant de la flamme par la bouche.
Ces vieux auteurs signalent aussi des animaux ayant têtes do porc, des grifles à leurs pattes et des queues de lion; des femmes horribles et gigantesques, ayant une corne de vache au nombril; des hommes ayant six mains et six pieds; d'autres ayant vingt-quatre doigts (Pline, VU, 2, se borne à leur en donner douze). Les Arabes, qui se plaisent à renchérir sur toutes ces imaginations, décrivent des êtres qui sont comme la moitié d'un homme séparé en deux dans toute sa longueur, n'ayant ainsi qu'un œil, qu'un côté, qu'une jambe; des oiseaux ayant des yeux comme ceux des hommes et s exprimant en langue humaine. Ils se gardent bien d'oublier les hermaphrodites, à l'égard desquels on a fort déraisonné (voir entre autres auteurs G. Bauhin : De Hermaphrodilorum tuttura, Oppenhemii, 1614, in-8®; J. Duval, Des Hermaphrodites, Rouen, 1612, in-8°; Riolan, Discours sur les Hermaphrodites ^ 1614, in-8^; J. Moller, Discursus de Cornuiis et Herm^phroditis ^ Berolini, 1708, in-4°). N'omettons pas Aldovrande, Monstrorum Historia, BononiîB, 1642, in-fol., et l'écrit beaucoup plus sérieux de C. Steiglener, De Hermaphrodilorum natura, Bamberga3, 1817, in.4^
M. Berger de Xivrey (p. 5-11) aborde ce sujet; il renvoie à M. Isidore-Geoffroy Saint-Hilaire ; Histoire des anomalies
(*) Le chapitre xxxi du traité De Belluis est consacré aux hommes marins (voir p. 317 des Traditions et les notes du savant éditeur). Nous ajouterons seulement qu'un petit volume rare et curieux : Recueil de la diversité des habits (Pari^, Richiird Proton, 156?, in-S") reprpFente comme « moino de la mer » et comme « euesque de la mer » des hommes dont l'cxtrémilé du corps se termine en queue de poisson.
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de F organisalion (t. I, p. 32), et au Dictionnaire des Sciences médicales auquel nous empruntons les lignes suivantes : c On s'est trop empressé de conclure qu'un » hermaphroditisme parfait ne saurait jamais se rencontrer » chez les mammifères et particulièrement chez Thomme. 1 L'histoire de Fandrogynie est encore très obscure, i
Les cyclopes (*) qui figurent dans la lettre du Prêtre Jean se montrent aussi dans les c Merveilles d'Inde :» : < gens merveilleusement grans et gros, et si n'ont que ung > oeil qui leur est assis au milieu du froncq. » Avec eux sont c gens luisants corne or et n'ont point de teste, mais » les yeuXy le nez et la bouche ou milieu de leur poitrine. » N'oublions pas aussi des bêtes ayant trente pieds de long et qui csembloient estre chevaulx, mais avoient piez à » manière de pattes de lyons. t^
Le fleuve qui, au lieu d'eau, ne roule que de grosses pierres, est mentionné dans bien des auteurs du moyen âge. Nous indiquerons seulement ces vers d'un trouvère du xui* siècle, Rutebeuf :
« La rivière qui bruit
Dou ilux des pierres jor et nuit. »
{Œuvres, t. II, p. 53, 2« édition, Paris, Daflis, 1874, in-18.) Mandeville n'oublie point des arbres ayant pour fruits des tètes d'angos et qui donnent souvent aux voyageurs d'utiles enseignements.
Ne voulant point entrer ici dans des développements superflus, nous ne nous arrêterons pas aux autres créatures fantastiques dont parlent, d'accord avec diverses rédactions de la lettre du Prêtre Jean, les écrivains du moyen âge;
(*) Leopardi a consacré aux cyclopes, aux cynocéphales et aux monstres de ce genre un des chapitres de son curieux et savant traité : Ikgli Errori popolari nelli antichip
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laissons de côté les licornes (*), les amazones (*), les satyres (voir un volume devenu rare : Des Satyres brutes, monstres et démons; de leur culte et de leur adoration, par Hédelin, 1627, in-S*).
 regard des propriétés attribuées à certaines plantes et à diverses pierres, on peut consulter le Lapidaire ou sont déclarez les noms des pierres orientales avec les vertus et proprietez d'icelles (ouvrage attribué à J. de Mandevîlle et dont le Manuel, III, 1361, indique quatre éditions du XVI" siècle); le Libellus de lapidibusy attribué à l'évêque Marbode; YHortus sanitatis (de Jean de Cusa), dont il existe une traduction française imprimée en 1501, réim- primée en 1529. Consultons également r//br/t*5de/fctarurw, espèce d'encyclopédie composée au moyen âge par une abbessc alsacienne, Herrade de Landsberg, et qui n'a point été publiée en entier; une notice intéressante lui est consacrée dans le I*' vol. de la Bibliothèque de P École des Chartes,
Ces récits merveilleux se retrouvent encore dans le Tesoro de Brunelto Latini, espèce d'encyclopédie, composée à la fin du xiii* siècle et plusieurs fois réimprimée (^); on les rencontre dans la Cosmograjyhie de Munster, dont François de Belleforest donna en 1575 une traduction fort augmentée (3 vol. in-fol.). Le crédule Thevet en enrichit
(*) Voir les Proprietez des bestes (Traditions, p. 559-5G7); And. liacci, Discorso del alicomOf Firenze, 1573, ïn-V*; 1582, in-8^ (trad. en latin par W. Gabelchover, Stultg., 1598, in-8«); L. Catelnn, Histoire
m
de la licorne, Montpellier, 1624, in-8«; Revue de l'histoire de la licorne par un naturaliste de Montpellier (P.-J. Amoreux), Paris, 1818, in-8*.
(*) Pierre Petit a réuni et discuté tous les témoignages de l'anti- quité relatifs à ces guerrières dans son livre ; De Amazonibus dissertatio, 2« édit., Amst., 1689, in-12; il s'efforce d'établir la réalité de leur existence.
(') Une intéressante étude sur cet écrivain se trouve dans l'ou- vrage de M. Ortolan ; Les Pénalités de r Enfer du Dante, 1873, in-12.
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sa Cosmographie universelle^ 1575, 2 vol. in-fol. (entre autres gravures sur bois, on remarque celle qui représenle le phénix et la licorne).
Quant à la cosmographie fantastique des Orientaux dont rimagination exubérante s'est donné pleine carrière, renvoyons à la Bibliothèque orientale de d'Herbelot, 1777, i vol. in-4^
IV
BIBLIOGRAPHIE DU PRÊTRE JEAN.
En indiquant divers écrits relatifs à la légende qui nous occupe, nous nous proposons seulement d'offrir quelques informations utiles aux personnes qui désireraient aborder sérieusement des questions que nous avons dû nous contenter d'effleurer.
Une rédaction grecque de la prétendue lettre adressée à l'empereur de Constantinople, supposé qu'elle ait jamais existé, ce qui est douteux, est aujourd'hui perdue; mais le texte latin a du moins été conservé : Joannes Presbyter : De ritu et moribus Indorum^ in-4®, 8 feuillets. Il existe diverses éditions de cette lettre, imprimée vers l'an 1500; le Manuel du Libraire en indique quelques-unes (t. III, p. 546).
Un poète florentin, Giuliano Dati, prit ce livret pour base d'un petit poëme en cinquante-neuf octaves : La gran Magnificenda del Prèle Janni, signore deW India Maggiorc c délia Elhiopia (sans date), in-4'' (il existe une autre édition); le frontispice offre une gravure sur bois représen- tant le Prêtre Jean et ses cardinaux.
Nouvelles de la terre du Preslre Jehan (sans lieu ni date), in-4o, 14 feuillets; livret imprimé à la fin du xv* siècle, devenu très rare et très recherché des bibliomanes; de
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beaux exemplaires ont été adjugés à 550 fr. (vente Walck- naer) et 330 fr. (Solar). 11 existe d'autres éditions du commencement du xvi® siècle» imprimées a Paris; elles offrent des différences dans lortbc^raphe et dans le texte; une d'elles signalée comme inconnue (in-4^, 12 feuillets) est portée au prix de 600 fr. au catalogue de M. Tross, libraire à Paris, 1868, n^ 1143. La Bibliothèque nationale en possède diverses copies; M. Paulin Paris en décrit une dans son très estimable travail sur les Manuscrits de la Biblio- tlièque du Bm (Paris, 1836-1848, 7 vol. in-8^ t. VI, p. 383).
C'est d'après un de ces manuscrits (n° 2,34':2), remontant au xii'' siècle, que M. Jubinal a reproduit cette pièce, sans y ajouter aucune note, dans les Œuvres de Rutebeuf (t. III, p. 356-375); elle avait déjà depuis bien longtemps été insérée à la suite d'un roman de chevalerie : Histoire du chevalier Pierre de Provence et de la belle Maguelonne, dont il existe des éditions nombreuses indiquées au Manuel du Libraire.
Un littérateur fort instruit, ami zélé des livres, et qui a laissé de très bons travaux bibliographiques, M. 6. Duples- sis (*), a inséré les Nouvelles de la terre du Preslre Jehan à la suite de la réimpression publiée en 1853, in-16 (dans la Bibliothèque elzévirienne) du recueil de facéties mis au jour, à la fin du xvi* siècle, sous le nom de Philippe d'Alcripe : La Nouvelle Fabrique des excellents traictz de vérité.
On lit dans toutes les anciennes éditions de Rabelais (liv. U, ch. xxxiv), que Pantagruel épousa «la ûlle du roi d'Inde nommée Presthan »; c'est une de ces fautes typogra- phiques qui ont souvent défiguré le texte de maître François;
(') Notamment la Bibliographie parémiologique, Paris, Potier, 18i7, in-8<»; on trouve une notice intéressante sur M. Duplcssis, en tête du catalogue de ses livres (Potier, 1856).
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la véritable, la bonne leçon est « la fille du roi dlndo nommé Prestre Jehan » ; elle a été signalée pour la première fois dans une notice de M. Gust«)ve Brunet sur une édition imoiinue de Rabelais (Paris, 1844, in-8^, â6 p.). Cette édition, restée jusqu'alors ignorée, fut imprimée ù Poitiers en MDXXXUI sans nom de ville ; elle présente un grand nombre de variantes importantes. On n'en connaît qu'un seul exemplaire complet, qui, après avoir appartenu à M. Armand Berlin, est entré dans la Bibliothèque nationale.
M. Jubinal annonce dans son édition de Rutebeuf qu'il a réuni de nombreux matériaux dans le but de rédiger un travail étendu sur le Prêtre Jean ; ces recherches, à notre connaissance du moins, n'ont pas été livrées à la publicité.
H. Jacquet a donné dans le Nouveau Journal asiatique (t. VI, p. 57), un fragment intitulé c Le Livre du grant Caan >, extrait d'un manuscrit de la Bibliothèque du roi; il remarque qu'il n'y est fait aucune mention dwPresire Jehan, la grande merveille qui occupait TEurope depuis un demi- siècle, et qui, avec le célèbre oiseau-roc et la pêche des diamants dans les montagnes, appelait, sollicitait toutes les recherches des voyageurs. Cette légende créa pendant longtemps une littérature spéciale qu'on eût pu découvrir dans tous les pays du monde, car il sembla convenu d'appeler Prêtre Jean toute chose qu'on ne connaissait pas.
M. Paulin Paris a consacré quelques pages au Prêtre Jean et à ses lettres dans Y Histoire littéraire de la France (l. XXI, p. 796-803); il fait observer que les idées vagues sur les doctrines religieuses de l'Inde et du Thibet contribuèrent a répandre en Europe l'opinion qu'un puissant souverain, régnant aux extrémités de l'Asie, professait le christianisme. Il pense d'ailleurs que, même au xii'^ siècle, on n'ajouta pas une foi entière aux merveilles accumulées dans les États do ce roi-pontife.
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Le Livre des Légendes : Introduction {Paris ^ 18â6,in-8<^, XIV, 284 p.), publié par M. Le Roux de Lincy, contient des extraits d'anciens poëmes encore inédits où se relrou- vent les récits sur les merveilles de la terre du Prêtre Jean : les licornes, les anthropophages, les hommes monstrueux, les € angulies qui bien ont 2 pies de lonc. »
• Main le autre biesle merveilleuse Est en Ynde horibie et hydeuse. »
La précieuse bibliothèque formée a grands frais par sir Thomas Grenville et léguée au British Muséum renferme un volume d'une extrême rareté : Of Pope John and his londesy imprimé à Anvers, sans date, par Jean de Doesbo- rowe. (Voir Bibliotheca GrenvilUana, London, 1848, 3 vol. in-8<>, t. II, p. 7.)
Il existe une Letlera inedila del Prête Giovanni al imperatore Carlo IV. (Lucca, Rocchi, 1857, in-8^.) Nous n'avons pas eu l'occasion de voir cet opuscule, tiré à 75 exemplaires, et nous ignorons si cette lettre est réellement inédite.
Un Flamand laborieux, Damien de Goes (*), publia à Louvain, en 1532, un petit volume in-4** intitulé : Legatio magni imperatoris Presbyteri Johannis ad Emmanuelcm Lusitaniœ regem, anno i4i5; item de Indorum fide, cere- moniis. religione, etc.
Nous devons une menlion spéciale au livre de M. Oppert (Gustave) : Der Presbyte)^ Johannes in Sage und Geschichle (Berlin, J. Springer, 1864, in-8o, 208 p.), travail étendu et résultat de longues recherches; il n'a cependant pas échappé aux critiques de quelques érudits; Tauleur rapporte in extenso les passages.de Vincent de Beauvais, de Marco
(*) David Clément lui a consacré une notice inténssantc dans le t. IX de sa Bibliothèque curieuse (Goltingen, 4750-60, 9 vol. in-S*»).
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Polo (') et autres que nous nous sommes bornés à indiquer; il donne une traduction do la lettre écrite de Pékin le 8 janvier 1305 par le franciscain Jean de Monte Corvino (*) ; il discute les témoignages de divers écrivains orientaux, notamment du Persan Mirkhond (^) et du Syrien Bar- Hebrâeus (^) au sujet de potentats de TAste centrale dont les annales fournissent des faits qu'on rattacha aux récits relatif au Prêtre Jean.
M. Oppert a placé à la fin de son livre le texte latin de YEpistola et un extrait de Yliinerarium de Jean de Hesse, avec l'indication des variantes que présente un manuscrit de la Bibliothèque de Berlin (il existe plusieurs éditions de cet Uinerariiim, imprimé à la fin du xv* et au commence- ment du XVI* siècle); en 1505, un Belge, Nie. Maseranus, le publia à Anvers, sans se douter qu'il eût déjà vu le jour. Il y a quelques exemples de méprises de ce genre (*).
(*) La Revue de VOrient, mai t8G2, p. 287-3"28, contient, avec un commentaire de M. Païutiier, ce (lui, dans le texte original de Marco Polo, se rapporte au Prêtre Jean.
C) Né en Calabre en 1Î47, mort à Pékin en 1330; le pape Clémc'nt V l'avait, en 1308, nommé archevêque de cette capitale.
(*) Son Histitria priorum regum Persarum a 6t6 imprimée plusieurs fois avec traduction latine (1782, 1808, 1832); elle a été traduite en anglais et en allemand ; M. Defremery en a entrepris une version française accompagnée d'un savant commentaire (Voir le Manuel du Libraire^ t. lll, 1246).
(*) Gregorii-Abulpliaragii sive Bar-llebrœi Chronicon Syriacum edidit G.-G. Kirsch., Lipsise, 1788.
(*) Nous ne citerons que deux exemples de ces bévues, en laissant de cOté celles commises par des écrivains encore vivants.
Le P. Louis Baroni, religieux servite, publia à Paris en 1789 un poëme de Boccace : Il Filoslralo, en ajoutant ora per la prima volta dato in luce; i\ en existait déjà cinq éditions imprimées à la fin du XV* et au commencement du xvi* siècle.
Un savant lyonnais, fort estimable d'ailleurs, M. Breghot du Lut. mit au jour en 1838 comme inédit un poëme latin de Garinet sur le roi de la Basoche, sans se douter que, deux siècles avant, cette pro-
flO
Le travail de M. Oppert se complète par quelques ooQsidérations sur deux productions du moyen âge où se retrouvent des légendes, des récits merveilleux se rattachant |)ar quelques points à l'histoire fantastique du Prêtre Jean et de SOS États. Il s'agit d'abord de VHysloire du très preux cheualier Perceval le Gallois (Paris, 1530, in-folio), rédaction en prose d'un poëme composé au xui' siècle par le trouvère Guyot et qu'un poète allemand, W. von Eschen- bach, a imité dans son Percival, imprimé en prose en i 477 et dont il existe des éditions modernes. (Voir les Études sur le Percival et sur la Légende du Saint Graal par G.-A. Hein- rich; Paris, 1855, in-8®, et \es Percival Sfudien, par San Marte (pseudonyme d'A. Schutz), Halle, 1862, in-8**.) Quant au Saint Graal, dont il existe plusieurs éditions en prose et dont le texte même a été l'objet d'une très estimable publication due à M. Francisque-Michel (1840, pet. in-8®), nous nous écarterions de notre sujet en essayant d'aborder les questions que soulève cette production remarquable.
Le savant Allemand aurait pu mentionner un petit traito : De ritu et moribus Indorum et de Principe cornm Près- hytero Joanne, in-4° (s. 1. ni d., mais vers 1490); livret de 12 feuillets à 48 lignes à la page contenant trois opuscules. On en connaît deux autres éditions, mais ni Panzer, ni Hain n'ont fait mention de celle-ci dans leurs travaux, d'ailleurs si étendus, sur les éditions du xv® siècle.
On trouve le Prêtre Jean mentionné dans V Histoire des Huns de J. Deguignes (Paris, 1756-58, 5 vol. in-4^), VHistoria Tartarorum de Mosheim (1741, in-4°), V Histoire de Russie, par Kariamzin (Paris, 1819-26, 11 vol. in-8°)(*),
(Uiclioii avait ôlô insérée dans les BucuUcorum Auctores, recueil publié à Bile en 1546, ex typographia 7. Oporini. Voir, pour un imlvo fait plus récent, le Manuel du Libraire, t. Il, col. 14G1.
(') Voir >:ur cet ouvrage le Journal des Savants, nuv. 1S18. et le Foreign Quarterly Hevietc, sept. 18*?8.
la section consacrée à TAsie orientale dans la Géographie (Erdkunde) de Karl Rilter (Berlin, 1830-1858, 20 vol. in-8®) (*), le Précis de Malle-Brun, mais il ne saurait entrer dans notre plan de réunir tous ces témoignages.
On trouve un caractère plus sérieux, quoiqu'il y ait encore des circonstances apocryphes, dans un opuscule imprimé à Paris en 1526 : Lettre du Roy de Portugal (Emmanuel) à nostre Sainct Père le Pape, de la conversion de quatre Royaumes Indiens à la Saincle Foy Chrétienne, et du re- couvrement du royaume de Abexim, in-8*^. Le Manuel du LibrairCy qui mentionne (article Emmanuel) diverses édi- tions de cette pièce en latin et en italien, ne mentionne pas la rédaction française.
C) Il n'a élé traduit en français que la section relative à TAfrique 1836, 3 vol. in-8°), et elle est aujourd'hui bien arriérée.
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NOTICE HISTORIQUE
SUR LBS
MOYENS ANCIENS ET NOUVEAUX DE PASSAGE
DE LA Garonne devant bordeaux
ET DE LA DORDOGNE DEVANT CUBZAC (*)
PAR M. W^ UANÈS
INTRODUCTION
Vers le milieu du xviii® siècle, la France avait encore ses routes dans un état déplorable. Les plus grandes voies de communication y offraient des sinuosités regrettables, des pentes abruptes d'un difficile parcours, de grandes inégalités de largeur. Les chaussées étaient composées de matériaux qui n'étaient pas toujours choisis et disposés au mieux pour les charges qu'ils avaient à supporter. L'entretien s'en faisait
(^) C'est aux Archives du département, dans les bibliothèques de la Chambre de commerce et de la Ville, ainsi que dans la bibliothèque particulière de Thonorable M. Clouzet, que j*ai recueilli les nombreux renseignements qui m*ont servi à rédiger cette Notice.
Je prie MM. les conservateurs et propriétaire de ces difTércntes collections de recevoir ici mes vifs remercîments pour l'obligeance qu'ils ont mise à faciliter mes recherches.
Je remercie également MM. les Conducteurs des ponts et chaussées, employés aux travaux du pont de Gubzac, pour les informations et dessin qu'ils ont bien voulu me donner concernant ce grand ouvrage. fVoir p. 491, la table des matières relatives à cette Notice,)
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à certaines époques de Tannée par Tentreprise de tous les travaux, de ceux de main-d'œuvre comme de ceux de fournitures, et des ouvriers temporaires procédaient alors aux réparations par des rechargements généraux d'un mauvais effet. Enfin, les travaux d'art exigés pour le passage des vallons et des cours d'eau qui traversaient ladites routes étaient aussi fort négligés.
Dans les dernières années de ce xviu® siècle, de grandes améliorations ont sans doute été apportées à cet état de choses, mais c'est seulement à partir de 1811, et notamment après la polémique très active à laquelle donna lieu, vers 1830, le système préconisé par le constructeur anglais Mac-Âdam, déjà mis en pratique dans le Limousin par Tingénieur Trésaguet, que l'entretien de nos routes a fait de notables progrès, au moyen d'une main-d'œuvre constante et journalière et de rechargements partiels exécutés par des cantonniers permanents.
Au commiencement du xix® siècle, voici ce qu'était la route nationale n" 10 de Paris en Espagne, qui se dirige vers Madrid en passant par Bordeaux et Bayonne.
De Paris à Bordeaux, cette route n'a pas varié de tracé; elle a tovgours été dirigée sur Orléans et Tours, en décrivant une courbe assez prononcée à travers un pays peu accidenté; de là elle se poursuit, presque en ligne droite, sur Saint* André-de-Cubzac, où elle rencontre* la route venant de Brest, qui relie entre elles les villes du littoral et est pour Bordeaux d'une très grande utilité. A partir de Saint-André, elle arrive à Bordeaux par la Grave-d'Ambarès et le Carbon-Blanc, en traversant les deux rivières de la Dordogne et de la Garonne. Dans cette partie, elle avait reçu de grands perfectionne- ments des travaux entrepris dans la généralité de Paris par le célèbre ingénieur Perronet, dans la généralité de la Guienne par l'habile administrateur Tourny. On y observait
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déjà sur plusieurs poia.d de longs alignemeots de chaussées en pavés de grès d'échantillons. Toutes les grandes rivières y étaient déjà depuis longtemps pourvues de ponts, à Texception de celles de la Dordogoe et de la Garonne qu'on pasaait encore en bac.
' De Bordeaux à Bayonne, la route n^ 10 se dirigeait anciennement en droite ligne par Gradignan^ Belin, Lipostey et Geours-de-Marenne, en traversant les grandes landes, pays de sable peu habité. Sous le Directoire, on lui fit remoiUer la Garonne jusqu'à Langqn, et de là on la dirigea sur Bayonne à travers les petites landes, par Bazas, Captieux, Roquefort, Mont-de-Marsan et Dax. Elle n'arriva plus dès lors à Bayonne qu'en faisant une courbe très prononcée qui, jusqu'à Saint-Vincent, point de rencontre des deux routes, allonge le parcours de trois dixièmes en sus, soit d'environ quinze lieues de poste. Elle procura, il est vrai, l'avantage de traverser un pays habité, dans lequel les armées que Napoléon envoya en Espagne trouvèrent do bonnes étapes, et où tous les travaux d'art purent être promptement achevés; mais sur cette nouvelle direction, on dut encore construire au delà de Bazas des chaussées en bois de pin, comme il avait été fait sur la route des grandes landes qui , abandonnée pendant plusieurs années, occasionna au roulage de grands excédants de frais.
En résumé, le principal vice qu'offrait alors la route nationale n^ 10 résultait du défaut de ponts pour passer les rivières de la Dordogne et de la Garonne. Comme Ta dit M. Hervé dans son rapport à la séance du 20 avril 18â4 de la Chambre des députés : a: C'était peut-être alors la seule voie de grande communication sur laquelle on nVût pas obvié par des ponts aux inconvénients, retards et périls d'un p(issaj2;e par bac. s> C'était donc aussi une des plus urgentes améUoralions qu'elle réclamât. Ce ne fut cependant
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que vingt ans plus tard que Ton commença à s'en occuper d'une manière sérieuse.
Le passage de Cubzac, comme étant le plus dangereux et le premier qui se présentait en venant de Paris, aurait dû, semble-t-il, être le premier sur lequel dût se porter Tatten- tion de Tadministralion. Dès 1776, la Chambre de commerce de Bordeaux avait fait observer à ce sujet que la plus grande utilité des ponts étant de former sans obstacles la continua- tion des chemins, ce serait en laisser un bien grand à Cubzac si le pont de La Bastide était exécuté avant celui de Cubzac.
Néanmoins, par suite de discussions survenues entre les habitants de Libourne et ceux de Saint-Ândré-de-Cubzac, il arriva que le pont de La Bastide futcommencéen ISlOet celui de Cubzac en 1835 seulement, soit vingt-cinq ans plus tard.
Dans ce qui va suivre, nous donnerons en deux chapitres tout ce qui concerne chacun des passages de Bordeaux et de Cubzac, d'abord Texposé des modes de bacs employés, puis celui des projets de ponts présentés.
CHAPriRE P'
Des bacs employés et systèmes de ponts présentés pour le passage de la Garonne devant Bordeaux.
Le passage de la Garonne devant Bordeaux ne donna lieu qu'à l'emploi d'un seul mode de bac, mais à la présentation de nombreux projets relatifs à des ponts de quatre systèmes différents, savoir : des ponts mobiles sur bateaux, et des ponts fixes en bois, en fer et en pierre.
^\», — Du passage par bac sur la Garonne.
Les bords des fleuves navigables et les rives des ports de commerce furent toujours considérés comme une dépen-
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dance du domaine publie, et des arrêts royaux, rendus en Conseil d'État, ont concédé soit à des seigneurs, soit à des villes, soit même à des particuliers, le droit de tenir des bacs aux ports établis sur les rivières et de percevoir des droits de passage déterminés, sans d*ailleurs pouvoir disposer autrement des terrains.
Les particuliers auxquels ce droit de passage fut donné, étaient le plus souvent les marins classés de la localité, qui se servaient à cet effet d'embarcations leur appartenant, et percevaient avec ou sans autorisation un droit de passage.
1« Passage de la Garonne devant Lormont.
CTest ainsi qu'anciennement, alors que la grande route de poste de Paris à Bordeaux se terminait au port de Lormont, les marins de ce lieu passaient, sans droit fixe de bac ni de passage, les gens, chevaux et voitures dans des bateaux à eux, soit en traversant directement la Garonne d'une rive à l'autre, soit en les conduisant dans ces bateaux jusqu'à Bordeaux.
Plus tard, et pour prévenir bien des abus, on soumit ces bateliers à un tarif, auquel ils durent se conformer, ainsi qu'aux prescriptions d'un règlement qui leur défendit de percevoir davantage même en temps de débordement de la rivière, et qui leur ordonna d'avoir toujours le nombre de bateaux et d'hommes sufiisant pour rendre en tout temps le passage sûr et commode.
Ce fut le 23 octobre 1759, qu'après des contestations et vexations nombreuses entre les marins de Lormont et les passagers, le maréchal de Richelieu, gouverneur de la généralité de Guienne, rendit, pour les faire cesser, une ordonnance à la suite de laquelle un poste militaire de 15 hommes fut chargé de stationner à Lormont et d'y veiller à la police du passage; et ce fut au commencement
de 1760 que M. de Tourny fit publier un règlement de ce qui devrait être payé pour lé port et passage des pei^nnes, bestiaux, voitures et dentées de Lormont à Bacalan, aux Chartrons et à Bordeaux, comme de Bacalan, des Ghartrons et de Bordeaux à Lormont.
Dans ce règlement en onze articles il est, entre autres, stipulé, pour la traversée pendant le jour, quMl serait perçu les prix suivants :
1. D'oDe personne k pied, quand il y en avait 12 et plus, de Lormont ii Racalan, aux
Chartrons, k Bordeait, et réciproqneaient l sol, 1 sol 1/8, 2 sols.
Quand il n*7 en avait qu'un 12—18— 24 —
2. D'un catalier et son cheval, qaand il y en ayait deux et
plus 6— 9— 12 —
Quand il n'y en avait qu'on 12—18— 24 —
3. ITon tonneii de tin, pièce d*eaiime-vie on cent de Mdies,
quand il y en avait plusieurs 12— 15 —
Quand il n'y en avait qu'on 18 — 21 —
A. D'me voltnre h i cbevani, personnes cemprises 2 Uv., 2 Uv. 10 s., 9 Uv.
5. D'une voiture h 4 roues, personnes comprises 4 liv. 10 s., 5 Uv., 6 Uv.
Il est dit dans ce même r^lement c qu'au moyen des droits qui y sont fixés, les maîtres de bateaux ne pourront refuser de faire les dits passages, sauf en cas de tempête et de marée contraire ;
» Qu'il devra y avoir toujours à Lormont deux bateaux ou filardières (gabares) à flot. Tété jusqu'à dix heures du soir et Thiver jusqu'à huit heures aussi du soir;
i> Que quand on prendra des bateaux la nuit et après les heures ci-dessus, on paiera pour la traversée de la rivière : en été, 24 sols — 40 sols — 42 sols; — en hiver, 30 sols — 48 aols — 3 livres. »
2o Passage de la Garonne devant Bordeaux.
Au port de La Bastide, le passage de la Garonne se faisait, comme à Lormont, par les marins du lieu, mais moyennant un péage depuis longtemps autorisé. Ce passage avait également soulevé beaucoup de plaintes, qui se produisir^t
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dÔ8 1717 et se renouvelèrent en 1754 devant les maire et jurats de Bordeaux, cbai^és de la police sur les quais, havres et ports de la ville. Alors furent prises contre ces bateliers les mesures suivantes : Il leur fut enjoint :
«De tenir leurs bateaux prêts depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit close, à peine de 10 livres d'amende pour la première fois. »
Il leur fut fait défense :
« 1** D'empôcher ceux qui voudront passer de s'embarquer dans tel bateau que bon leur semblera, et d'alléguer aucun tour de rôle entre eux ;
» 2^ De mettre et de recevoir dans les plus grands bateaux au delà de 30 personnes et dans les moindres au delà de 15, à peine de 50 livres d'amende ;
» 3*^ De faire attendre plus d'une demi-heure, sous prétexte que les bateaux n'ont pas le nombre fixé de passagers.
» 4P Enfin de prendre ni d'exiger pour le passage au delà de ce qui est marqué au tarif. »
t
Au commencement de 1763, et pour faciliter les abords du port de Bordeaux, on fit un chemin qui vint aboutir directement au port de La Bastide, vis-à-vis la place Bourgogne au centre de la ville; alors la poste cessa de passer par le port de Lormont, elle se dirigea sur le port de La Bastide, dont le passage devint très fréquenté. Pour le rendre aussi facile et aussi sûr que possible, les maire, lieutenant de maire et jurats de la ville de Bordeaux résolurent d'établir sur ce point un service public municipal, et en raison des frais à faire pour Torganiser sur de bonnes bases, ils demandèrent à TÉtat la concession de ce passage, moyennant Tautorisation de percevoir les droits jusque-là flxés par les règlements.
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Ces magistrats se ôroyaient parfaitement fondés dans leur prétention, comme ayant toujours été maintenus, à l'exclusion même des officiers de Tamirauté, dans Texercice de la police sur les quais et ports de la ville.
Us faisaient observer que cette concession ne porterait aucun préjudice aux intérêts de personne, attendu que personne n'a jamais eu aucun droit sur ce passage, livré jusqu'ici aux matelots, premiers occupants, qui en faisaient le service sans y être nullement tenus.
Ils ajoutaient que ces matelots employaient à leur service des bateaux à bords relevés ne permettant qu'à grand'peine l'entrée des hommes et des bestiaux, et qu'il n'était praticable d'y introduire des voitures qu'en les démontant presque en entier, ce qui entraînait de grandes pertes de temps et exposait à la perte totale des voitures; que sous ce rapport il était donc de l'intérêt public de leur accorder une demande par laquelle ils s'engageaient à appliquer au passage de La Bastide des bacs et bateaux dont les plans seraient dressés par le sieur Grognard, habile constnicteur des navires du Roi, et qui seraient de grandeur convenable, solidement construits, bien équipés et gouvernés par de bons matelots, propres à recevoir toutes sortes de voitures attelées, promettant en outre de donner chaque année au domaine une redevance de 10 livres.
Ces raisons obtinrent une approbation complète, et un arrêt du 12 juin 1763, du Roi en son Conseil, fît aux maire et jurats de Bordeaux concession du droit et permission d'établir sur la Garonne au passage de La Bastide à la ville des bateaux plats et autres pour passer et repasser toutes sortes de personnes, bestiaux et voilures, à la chaîne par eux d'entretenir les dits bacs et bateaux, ensemble les abords, de manière à rendre en tout temps le dit passage
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sûr et commode, et leur permet en conséquence de perce- voir les droits ci-après, savoir :
1. Vaut une personne on pour ceux qoi tondront fréter le bateau ... 12 sols.
2. Ponr une p<?rsonne atec sa cliarge 1 —
3. Ponr nn esTalier et son cheval 5 —
4. Ponr ano elurrette i 1 cheval, chargée on non 1 livre -i —
5. Pour nn cabriolet on voiture k 2 roues et 1 cteval, y compris le
coodncteiir et les personnes dans la voiture 1 — 10 —
6. Pour nne berline on voiture b 4 roues et 2 chevaux, y compris le
conduetenr et les personnes dans la voiture 3 . » _
7. Pour un tonneau de vin ou pièce d'can-de-vie 8 —
— porté aux Chartrons, en Paludate ou à bord . 10 —
g. Pour un cent de fagots ou faissonnatis, ou cent de bûches 6 et 5 sols.
«Fait Sa Majesté très expresse défense aux maire efT jurats, ainsi qu'à leurs fermiers et préposés, de percevoir de plus grands droits que ceux ci-dessus; à tous matelots, bateliers ou autres de passer des personnes, bestiaux ou voitures dans d'autres bateaux que ceux établis par les dits maire et jurats, à peine de 500 livres d'amende. »
Cet arrêt royal fut suivi le 17 janvier 1764 d'un arrêt du Parlement ainsi conçu :
« Ordonne :
» P Qu'il sera établi par les maire, lieutenant de maire et jurats de la ville de Bordeaux pour le service du passage de La Bastide, 3 bacs ou bateaux plats, à rames, propres a embarquer les charrettes ou voitures attelées, armés chacun de 5 matelots faits et experts à la navigation, et en outre 12 filardières ou gabares à quille et à un mât, avec chacune 3 matelots expérimentés et connaissant la passe, lesquels ne pourront être employés à autre chose qu'au dit passage;
» 29 Que les bateaux des propriétaires de fonds situés aux environs, et ceux appartenant aux différents ports au-dessus ou au-dessous de la ville pourront aborder vis-à-vis la place Bourgogne, et môme dans l'étendue des lieux axés pour le dit privilège, en n'y causant néanmoins point d'obstacles ni d'embarras qui puissent priver le public d'un port utile et commode vis-à-vis une des principales portes de la ville;
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3° Dans le cas où les suppliants se détermineraient à affermer le dit passage, la dite ferme ne poarra être donnée qu'à des boargeois et habitants de Bordeaux ou de ]a sénéchaussée de Guienne. »
La ville de Bordeaux devenue ainsi concessionnaire du passage de La Bastide, elle i'affernoa par adjudication du 26 octobre 1764, sous les conditions suivantes imposées au fermier :
« 1^ De se conformer aux règlements de 1763 et 1764 ; , »29 1>e laisser en bon état, à la fin de son bail, les bateaux, gabares, agrds et apparaux qui lui étaient remis;
» 3^ De fournir à tous les frais d'entretien et exercice du dit passage ;
» 4^ D'entretenir pendantlanuitle nombre de bateaux néces- saire pour le passage des courriers et autres cas pressants ;
» 5^ De ne passer dans les plus grands bateaux que 30 personnes et au-dessous, et dans les autres en proportion ;
» 6^ De payer le prix de son a(^udication dans les mains du trésorier de la ville, quartier par quartier et d'avance. »
La traversée de ce passage (0 continua ainsi de se faire d'une manière assez régulière dans les bateaux de construc- tion perfectionnée, mais non toutefois sans y éprouver des difficultés et des retards provenant soit de Teffet des vagues et des courants, soit de Tinclémence des saisons et des temps de brouillard; aussi désirait-on vivement d*en être affranchi par la construction d'un pont.
S 2. — Des projets de ponts sui^ bateaux.
Deux projets de ponts sur bateaux furent présentés en 1776 à M. l'intendant Dupré de Saint-Maur, savoir : Par M. Sylveira, un pont sans accessoires, dont le passage
(^) Le passage de Li Bastide en 1776 était servi par 2S matelots, y conipris Tadjudicataire qui en est le chef, et par 12 gabares et 2 bateaux plats appartenant à la ville. 11 était affermé 8,000 francs.
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tant au-dessoQs qifen dessus sera praticable en toat temps 6t présentera à la vue 35 arcades demeurant à toute, marée à la hauteur de 12 à 16 pieds au-dessus de Teau;
Par SI. Chevalier, avocat, un pont haussant et baissant insensiblement sans aucun secours suivant la marée, avec achat sur la rive droite, de près de 500 journaux de terram, qui serviront à la création, dans le quartier de La Bastide, d*un faubourg devant le disputer un jour à la façade parallèle du port, ainsi qu'à Pédification de vastes magasins et à Pouverture de canaux, bassin à flot et forme sèche pour radoub et construction, tous établissements qui procureront à la marine des facilités inappréciables que le port de Bordeaux ne lui a pas données jusqu'ici.
1» Projet de M. Sylveira.
Le pont de M. Sylveira, supposé inébraïilable aux courants les plus rapides comme aux chocs les plus violents, sera porté par 36 bateaux, ayant chacun 54 pieds de long sur 24 pieds de lai^; ils seront à varangues plates; leur forme sera aiguë devant et derrière, ils ne caleront que 4 pieds, chacun d'eux sera tenu par 4 ancres, à chacune desquelles il y aura une chaîne.
Le pont sera lié d'un bateau à Tautre par des charpentes et poutres, retenues par des liens de fer, qui formeront les arcades ou voûtes sur lesquelles portera le tablier.
Un garde-fou, ou galerie, régnera tout le long du pont, avec des bancs de distance en distance.
n sera fait dans la longueur dudit pont trois bascules ou ponts-levis pour le passage des grands navires. La maîtresse bascule, placée dans le milieu, aura 36 à 40 pieds de large et sera éclairée par quatre fanaux. Les défit AUtreB, à égale distance de la première, auront 24 pieds de lai^o et sei*ont éclairées par deux fanaux. Ces ponts-levis seront toujours
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prêts à s'ouvrir, tant la nuit que le jour, pour le passage des navires matés, et cette opération se fera en quatre ou cinq minutes au plus.
M. Sylveira, comparant le pont qu'il propose à ceux de même genre construits à Beauo^ire et à Rouen, est convaincu de la possibilité de son exécution, ainsi que des avantages qu'on en retirera. Il s'oblige à l'entretenir à ses frais, risques et périls, et offre de l'abandonner gratuitement à la ville après trente ans, à la condition qu'il lui sera • permis de percevoir jusque-là l'entier péage qui se paie actuellement pour le passage dans les bacs.
2» Projet de M. Chevalier.
Le pont de M. Chevalier sera supporté par de vastes bateaux qui seront amarrés à des piles ou pilotis, sans ancres, chaînes ni câbles qui puissent nuire à la navigation. Ces bateaux, distants entre eux de 20 à 24 pieds, formeront autant d'ouvertures dans lesquelles les barques ordinaires passeront de jour et de nuit en démâtant, tandis que deux autres ouvertures de 36 à 40 pieds, s'ouvrant et se fermant avec toute la célérité désirable, fourniront le passage des navires avec toute leur mâture à des heures fixes et réglées, au moins deux fois dans une marée.
Ce pont sera établi à l'instar de celui existant à Rouen sur la rivière de Seine, semblable à la Garonne, pour le flux et reflux, comme pour les crues et les courants. Il aura 60 pieds de largeur, et présentera au milieu une voie pour les voitures et de chaque côté un trottoir élevé de 18 pouces pour la commodité des gens de pied. Il ne sera exigé d'autres rétributions des passants que la moitié des droits perçus aujourd'hui; il sera donné à la ville une somme de 10,000 livres à prendre par privilège et préférence sur le produit du pont; il lui sera en outre réservé la faculté de
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racheter le pont en en payant comptant le prix, à dire et estioiation d'experts.
8» Examen de ces projets.
Les deux projets ci-dessus furent soumis à Texamen de la Chambre de commerce et de TAssemblée générale des ingénieurs des ponts et chaussées de Paris, dont les avis furent les suivants :
«La Chambre de commerce fit observer qae la facilité des communications importe beaucoup au commerce, qu'ainsi on a comblé les vallons profonds et joint les sommets des montagnes pour avoir des routes horizontales rendant les voitures plus roulantes et à moindres frais; qu'ainsi, quand une rivière a présenté un obstacle, on a rapproché les bords et construit des ponts qui ont levé les embarras de rembar- quement et du débarquement. Or, le profit des ponts établis sur les rivières que traverse la route de la Flandre à Bordeaux se trouve perdu à l'arrivée à Gubzac; là une rivière large, profonde et dont le cours rapide met souvent en défaut Thabileté des mariniers, nécessite l'embarquement des marchandises dans des gabares pour être portées à Bordeaux dans deux révolutions de marées. Certainement un pont à Cubzac sauverait ces marchandises du risque dans le transport et du retard assez ordinaire en hiver, mais le pont isolé de La Bastide présenterait peu d'utilité essentielle au commerce et à l'agriculture. Ce dernier pont, joint à celui do Cubzac, offrirait à la masse du public des facilités qui ne sauraient balancer les conséquences désastreuses de voir le cours de la Garonne, devant Bordeaux ou plus bas, perdu sans ressource pour la grande navigation. Le tableau effrayant des seules possibilités de ce genre justifie les appréhensions de la Chambre que détruiront difficilement les arguments d'une théorie en faveur dudit pont. »
MM. les ingénieurs des ponts et chaussées firent au projet Chevalier les objections suivantes :
« Ils appréhendent, d'une part, que la concession demandée .
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à perpétuité du droit de péage et reu^quisitiou de 500 jour- naux de terrain au delà de la rivière, ne soulTre les plus grandes difficultés, soit de la part du public condamné à toujours à un droit onéreux, soit de la part des propriétaires de terrains qui s*en verront dépouiller avec peine.
» Ils craignent quHI ne soit beaucoup plus difficile à Bordeaux qu'à Rouen d'établir des palées qui puissent retenir assez solidement ce pont, parce que, indépendamment de la différence considérable dans la largeur et la profondeur des deux rivières, la marée y est environ six fois plus haute et plus impétueuse, et que la pente de la Garonne est tout autrement rapide que celle de la Seine.
» Us croient d^ailleurs que l'on aura beaucoup de peine à trouver des pieux de bon bois qui seraient d'une longueur et grosseur convenables pouif former les palées et qu'il serait même difficile de les battre.
» n n'y aurait qu'un seul moyen de résoudre ces objections, ce serait de faire l'essai de la solidité du pont entier, en en construisant quelques travées dans la partie oà la rivière est la plus profonde et où les courants sont les plus forts, et en laissant subsister ces palées pendant quelque temps, notam- ment pendant les équinoxes où la marée est la plus haute ; mais cette expérience serait bien coûteuse, et pourrait ôtre faite en pure perte ; on aurait donc peine à la conseiller. »
Les deux projets dont il est ici question furent encore examinés avec beaucoup de soin à la mairie de Bordeaux.
MM. les maire et jurais, dans un rapport très développé concernant le projet Sylveira, critiquent d'abord la préten- tion de cet auteur de tenir son pont à la même hauteur des eaux et de faire que la pente des plates-formes commu- niquant aux deux rives ne soit que de 2 1/2 pieds au maximum de Tascension comme de rabaissement des eaux.
Ils font observer ensuite que les bascules coupant le pont en trois endroits, il se trouvera, quand ces bascules seront levées, divisé en quatre parties dont deux auront leurs extrémités sur la rive, et les deux autres seront absolument
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isolées. Cojument dès lors eoipécber que l^ force des vents et des courants ne dérang;e et ne àéfkce ces quatre parties ou quelques-unes d'entre elles? Gomment empêcher surtout que les po^ties isolées, sans continuité et sansaucun appui latéral^ ne soient poussées Tune vers Taulre?
On ne conçoit pas, ajoutent-ilSf qu'une machine composée d'une infinité de pièces, de plus de un quart de lieue de lon- gueur, si vivement agitée et déplacée si souvent aux deux extrémités, puisse me pas s'arquer, se désunir et se détruire?
Us estiment, en somme, que le projet .SyJveira doit être rejeté, comme peu réfléchi, d'une exéciition insoutenable, nuisible au comn^erce et à la navigation.
MM. Bonfin et Laroque, .architectes, dans im rapport très succinct adressé à la mairie de Bordeaux, se prononcent ainsi au sujet du projet Chevalier.
«L'auteur laisse son projet dans le vagae, il se contente d*annonoer des plans fixes, dit qu'il a des devis tout faits, et néglige de les communiquer.
» Dans ses propositions relatives au nouveau faubourg à créer, aux canaux à ouvrir et aux chantiers de construction à édifier, on ne trouve encore dans ses écrits rien de fixe ni de clair.
» Il est impossible, d'après cela, d'attacher aucune impor- tance au Mémoire de M. Chevalier. »
40 Observations.
En résumé, c'est avec juste raison que ni Tun ni l'autre des projets si incomplètement étudiés d'un pont de bateaux à construire sur la Garonne devant Bordeaux n'ont pas été admis. Leurs auteurs, en les présentant, ont été séduits par Texemple du pont de Rouen qui remontait déjà .à plus d'un siècle, mais, ainsi que Font montré MM. les iogénieurs, il n'y a aucune analogie entre Tétat de la Garonne à Bordeaux et celui de la Seine à Rouen.
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Le pont de Rouen , de 200 mètres au plus de longueur , fut construit de 1626 à 1630, à la suite de reffondrement du grand pont de pierre établi vers 1160 par les soins de la reine Mathilde, femme de Henri II, duc de Normandie et roi d'Angleterre. Il dura et fut entretenu très exactement jusqu'en 1836, époque à laquelle il fut rompu par les eaux; sa durée fut donc de plus de deux siècles pendant lesquels il rendit d'utiles services et reçut plusieurs perfectionne- ments successifs. En 1709 notamment on allongea les bateaux qui supportaient ce pont 4 par 4, et on assure qu'en six heures de temps on pouvait le démonter et le rétablir sans rien rompre, ce qu'on était obligé de faire auparavant. A la même époque, les deux parties, qu'on éloignait pour laisser passer les navires furent roulées sur le pont par le moyen de roulettes de fer que des poulies de cuivre faisaient jouer.
Le pont de Rouen a d'ailleurs donné lieu à une erreur qui montre comment souvent on écrit l'bistoire et qui mérite d'être relevée ici.
Cette erreur vient de ce qu'on en a attribué la construc- tion à M. Lamandé. Il est dit à ce sujet au volume XYI* du Dictionnaire technologique des Arts et Métiers^ publié en 1829, que le pont de bateaux construit à Rouen par M. Lamandé est un des ouvrages les plus remarquables en ce genre. Or, dans aucune des histoires de la ville de Rouen, dont la dernière est de 1870, il n'est parlé d'un pont de bateaux autre que celui qui est décrit dans XEncy- clopédiCy et dont l'invention est attribuée au frère augustin Nicolas. Ce qui a pu occasionner cette erreur, c'est que MM. Lamandé père et fils ont été Tun et l'autre ingénieurs en chef à Rouen, à vingt-cinq ans d'intervalle, et qu'en celte qualité ils ont probablement eu à s'occuper de l'entretien de ce vieux pont du frère augustin.
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Quant aux propositions de M. Chevalier concernant les établissements hydrauliques quMl se proposait de créer à \j\ Bastide pour procurer au port de Bordeaux les avantages dont, à cette époque, jouissait seul le port de Liverpool en Angleterre; quant à la création d'un vaste bassin à flot, destiné à recevoir les navires^ à les garantir des dangers qu'ils courent dans leur mouillage en rivière, et à leur faciliter les opérations de chargement et de déchargement, H. Chevalier n'avait pas prévu les difficultés qu'il eût rencontrées sur cette rive, notamment celles provenant du manque de sources d'eau pure pouvant servir à l'alimentation de son bassin, laquelle aurait dû forcément se faire avec les eaux vaseuses de la Garonne.
Ce sont ces difficultés qui, dans les nombreux projets de ce genre formés depuis lors, et dont j'ai donné ailleurs le détail, ont fait choisir de préférence la rive droite pour l'emplacement de semblables établissements.
S 3. — Des projets de ponts en charpente.
En 1807, alors qu'on voyait encore, en haut lieu, des difficultés insurmontables dans la construction d'un pont en pierre devant Bordeaux, Napoléon ordonna que l'on y construisit un pont en charpente.
lo Projet de M. Didier.
L'ingénieur en chef Didier, à qui cet ordre fut transmis, fit bien observer les grands embarras qui en résulteraient pour la navigation, en raison des nombreux points d'appui exigés, et les dangers d'incendie auxquels cet ouvrage serait exposé; mais on persista, et il dut procéder aux études qui lui étaient demandées.
D'après les plans arrêtés par cet ingénieur le 6 décem-
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brc 1800, et le devis dont on donne ici un extrait, le pont devait être établi vis-à-vis la porte Bourgogne, à peu près au droit du passage de La Bastide, se composer de 51 travées de 10H5 chacune, et avoir, entre le nud des culées, une longueur de 550" 15, y compris une travée mobile de 13"*80 pour le passage des navires et la sur- épaisseur de S'^^O pour les palées de côté et d'autre du pont- levis. — Sa largeur, du dehors en dehors des fermes de rive, serait de 14 mètres, dont 9 mètres au milieu pour le passage des voitures et 5 mètres pour les trottoirs de côté et d'autre. — Enfin, sa hauteur devait être fixée à O'^IO au-dessus de Vétiage, ou du niveau des plus basses eaux.
e: La voie du pont se prolongera vers la porte Bourgogne sur une longueur de 93 mètres, avec la pente de 1 mètre, et y rejoindra le niveau du pavé au-dessous de cette porte. Il en résultera une levée de 17 mètres de largeur qui sera revêtue de chaque côté par un perré en moellons de pierre dure se terminant à 10 mètres de distance du nud des socles de la dite porte; cette distance fera la largeur des levers qui régneront autour de la place et qui serviront h former ses arrivages. »
La fondation des culées, établie à 2°*50 au-dessus de rétiage, se fera à Taide de bâtardeaux et épuisements, par le régalage des fouilles, le battage et le recepage des pieux que Ton recouvrira d'un grillage à cases remplies de moellons enfoncés à la hie, et d'une plate-forme sur laquelle seront assises les maçonneries.
a Les pilotis, destinés à former les palées inférieures, seront au nombre de 36 pour chaque palée, ils auront 16 mètres environ de longueur et un diamètre de 0™25, mesurés sans écorce. On les recèpera en contre-bas des basses eaux. On les coiffera ensuite de chapeaux trans-
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vénaux portant deux cours de moises qui embrasseront les contre-ficheS) lesquelles ainsi que les chapeaux susdits seront embrassés par les poteaux moisants devant former la palée supérieure, i»
Ces grands montants supérieurs recevront l'assemblage des fermes de travées, composées principalement d'arba- létriers, de sous-poutreaux, et d'un cours de poutres. Sur c^ fermes, au nombre de neuf par travée, seront posés douze cours de poutrelles qui porteront le double plancher de dix centimètres d'épaisseur, à joints croisés, constituant le tablier.
f U sera placé, en amont des hautes palées, un brise- glace dont la solidité sera maintenue au moyen d'une armature en fer. :»
f Les planchers achevés, on posera, de chaque côté les doubles parapets en fer, entre lesquels régnera le trottoir de 2™50 de largeur. Il y aura, en outre, des ouvertures pour le passage des gens de pied et dans lesquelles il sera impossible aux chevaux et autres bestiaux de s'intro- duire. :»
a: II sera placé à la suite de la o7* travée du côté de Bordeaux un pont-levis qui laissera i2"80 de pass«nge libre entre les palées qui le supporteront. »
fil sera construit, à l'extrémité des deux travées latérales, deux fortes palées pour tenir lieu de culées aux deux parties en deçà et au delà, ainsi que pour porter le punt-levis qui sera à deux volées et à bascule. "»
«Il sera fait, enfin, 4 petits corps de garde en bois p<i.ur être occupés par les hommes qui manœuvreront le pont-levis, et qui seront en niAme temps chîirgés d'enlre- tenir la propreté sur le pont. 0
Le total des ouvrages à faire pour la construction de ce pont en bois, avec culées en maçonnerie, piles et
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travées en charpente, fut estimé par M. Didier devoir se
monter à 2,305,416^54
En y joignant la somme de 77,930 00
pour la réparation du chemin qui condui- rait au passage provisoire de la rivière à
Trugey, il arrivait à la somme totale de. . . 2,383,346^54 soit à la somme de 2,408,000 fr.
So Projet de H. Ue.
Pendant que M. Didier s'occupait de cette étude, M. W. Lée, consul américain, présenta le 26 juillet 1808 à Tadministration supérieure des ponts et chaussées un mémoire par lequel il demandait d'établir à ses frais un pont en charpente sur la Garonne devant Bordeaux. 11 faisait valoir, à Tappui, le grand succès obtenu dans des entreprises de ce genre exécutées sur plusieurs points des États-Unis, et notamment le pont de 4,250 mètres de longueur qui joint Boston à Cambridge, sur une rivière plus profonde et aussi rapide que la Garonne, sujette, en outre, à des débordements considérables et à tout ce que d'énormes glaçons et de grosses débâcles peuvent occa- sionner d'accidents. Or, ce pont établi sur 180 palées en bois de pin, auquel il avait contribué comme actionnaire, n'avait, depuis plusieurs années qu'il existe ,. exigé que de légères réparations et sa solidité n'avait jamais été contestée.
Voici la description que donnait M. Lée de son projet de pont, dont il offrait un modèle en bois :
«Ce pont aura 14 mètres de largeur, dont 8™80 an milieu pour la circulation des chevaux et des voitures, et 2™60 de clique côté pour les trottoirs. Il sera supporté par des palées distantes entre elles de 6"^50. Chaque palée sera composée de Tpienxenfoncésperpendiculairement, liés entre
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eux à leur extrémité supérieure par un chapeau destiné non seulement à les contenir, mais à recevoir les poutres sur lesquelles sera établi le plancher. Ges poutres seront posées à queue d'aronde sur le chapeau. Contre chaque pieu, en face de la palée, seront placés et enfoncés obliquement deux forts pieux ou étais qui tiendront le tout en respect. A 2°^ au-dessous du chapeau seront deux grosses moises enfermant les pieux, et jointes Tune à l'autre par des boulons serrés avec des écrous. L'intervalle régnant entre ces premières moises et le chapeau sera rempli par six croix de Saint-André, dans le but de fortifier les pilotis et d'opposer plus de résistance au poids qu'ils auront à supporter par le passage sur le pont. Au niveau des plus basses eaux seront encore deux moises pareilles à celles dont il vient d'être parlé; non seulement celles-ci s'appli- queront aux pilotis perpendiculaires, mais elles iront encore s'attacher aux étais, elles les uniront ainsi davantage au corps de la palée et lui donneront un motif de plus de tenir contre l'effet des courants. — Six caissons seront placés de distance et remplis de pierres pour opposer une forte résistance aux chocs violents. Le pont sera bordé de chaque cdté dans toute sa longueur d'une jolie balustrade à hauteur d'appui servant à la fois d'ornement et de garde-corps. Sa chaussée ne sera point pavée, ce qui évitera beaucoup de dépenses, mais formée de forts madriers qu'il est aisé de réparer ou de renouveler. Il y aura pour la liberté de la navigation un pont à bascule qui se lèvera et se baissera facilement au moyen d'une demi -roue dentée s'engrenant dans un pignon solidement ûxé. »
L'auteur de ce projet annonce qu'il pourra ne rien coûter à rÉtat, qu'il se charge de trouver par voie de souscription les fonds nécessaires, pour lesquels il s'est déjà assuré d'un nombre de soumissionnaires pouvant disposer d'environ un million de francs. Il demande seulement au gouver- nement: 1^ d'accorder à sa compagnie un privilège lui garantissant qu'aucune autre compagnie n'obtiendrait pen- dant un temps donné la faculté de construire un pont
sur tout autre point de la rivière devant Bordeaux ou . i\ proximité; 2" do Tautoriser à percevoir un droit de péage, dont la quotité et le mode de perceplion seraient réglés subséquemment et dont le recouvrement serait protégé par la force publique.
M. Lée s'obligerait à faire en même temps jeler un pont semblable sur la Dordogne à Saint-André-de-Cubzac, si on lui en témoignait le désir.
80 Examen de ces projets.
Sur le premier examen qui fut fait du mémoire de M . Lée, il lui fut demandé, le 16 octobre 18U8, de refaire son projet sur les bases qui lui étaient indiquées, de raccompagner d'un devis estimatif et de faire connaître les produits présumés du péage qui devrait être établi sur son pont.
M. Lée répondit le 26 août suivant, il évalua la dépense de son projet modifié à la somme de 1,676,000 fr. et demanda 50 années de péage d'après un tarif qui était plus modéré que celui imposé au concessionnaire du bac de La Bastide.
Les deux projets de ponts en charpente, avec palets en bois et culées en maçonnerie, dressés l'un par M. Lée et l'autre par M. l'ingénieur en chef Didier, furent, au commencement de 4810, soumis au Conseil général des ponts et chaussées qui émit à leur sujet l'avis suivant :
Le Conseil observe relativement au système proposé par M. Lée :